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Archibald

Inscrit le: 04 Aoû 2007 Messages: 11892
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Posté le: Mar Sep 27, 2016 21:10 Sujet du message: |
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Désolé Loic, je plaide coupable: c'est moi qui ait commencé cette histoire de chocolatines et de poches. _________________ Sergueï Lavrov: "l'Ukraine subira le sort de l'Afghanistan" - Moi: ah ouais, comme en 1988.
...
"C'est un asile de fous; pas un asile de cons. Faudrait construire des asiles de cons mais - imaginez un peu la taille des bâtiments." |
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Anaxagore
Inscrit le: 02 Aoû 2010 Messages: 11876
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Posté le: Mar Sep 27, 2016 22:22 Sujet du message: |
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Dans le lac avec des fers au pieds (ceux qui ont lu "Asterix en Helvétie" comprendrons). _________________ Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe. |
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demolitiondan

Inscrit le: 19 Sep 2016 Messages: 13220 Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris
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Posté le: Mar Sep 27, 2016 22:35 Sujet du message: |
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D'abord le baton (lustré comme il se doit) et le fouet ? _________________ Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste |
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Merlock

Inscrit le: 19 Oct 2006 Messages: 2980 Localisation: Issy-les-Moulineaux
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Posté le: Mer Sep 28, 2016 09:17 Sujet du message: |
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| demolitiondan a écrit: | | D'abord le baton (lustré comme il se doit) et le fouet ? |
Il n'est pas sec... _________________ "Le journalisme moderne... justifie son existence grâce au grand principe darwinien de la survivance du plus vulgaire." (Oscar Wilde). |
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ludwig
Inscrit le: 17 Déc 2014 Messages: 54 Localisation: Région Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes-Guadeloupe-Terre Adélie
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Posté le: Dim Oct 02, 2016 21:48 Sujet du message: |
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| Casus Frankie a écrit: |
Mais depuis déjà pas mal de temps, disons depuis 1980, elles sont redevenues à la mode, elles rapportent des points au bac, la gauche les soutient, bref elles sont branchées ! |
C'est ce que l'on aurait pu croire jusqu'à il y a 2 ou 3 ans, mais notre premier ministre ne l'entend pas ainsi : il interdit les classes bilingues et considère que "il n'y a pas de peuple alsacien, il n'y a qu'un Peuple Français"... le Jacobinisme n'est pas mort... _________________ Ludwig
Ce n'est pas parce que certains sont nombreux à se tromper qu'ils ont raison d'avoir tort. |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15568 Localisation: Paris
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Posté le: Dim Oct 02, 2016 21:59 Sujet du message: |
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La notion de peuple est une question de philosophie politique… Constitutionnellement, il n'y a qu'un peuple en France. Ce qui est arrivé à la Yougoslavie et à ses "différents" peuples me fait penser que ce n'est pas plus bête, à condition de ne pas nier les spécificités régionales.
Quant aux langues régionales, elles ont bénéficié de grands efforts depuis déjà pas mal de temps - et si, récemment, il y a eu suppression des classes bilingues (suppression que je regrette personnellement beaucoup !), cela a concerné toutes les classes bilingues et pas seulement celles français + langue régionale. _________________ Casus Frankie
"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire) |
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Chabert
Inscrit le: 30 Aoû 2011 Messages: 1022
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Posté le: Lun Oct 03, 2016 11:15 Sujet du message: |
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| Casus Frankie a écrit: | La notion de peuple est une question de philosophie politique… Constitutionnellement, il n'y a qu'un peuple en France. Ce qui est arrivé à la Yougoslavie et à ses "différents" peuples me fait penser que ce n'est pas plus bête, à condition de ne pas nier les spécificités régionales.
Quant aux langues régionales, elles ont bénéficié de grands efforts depuis déjà pas mal de temps - et si, récemment, il y a eu suppression des classes bilingues (suppression que je regrette personnellement beaucoup !), cela a concerné toutes les classes bilingues et pas seulement celles français + langue régionale. |
Les termes juridiques se veulent précis mais pas indemnes de toute référence. Ainsi, certains utilisent le mot peuple même dans notre République. Ce choix ne me semble pas innocent, enfin, c'est mon esprit tatillon comme à son habitude qui divague . |
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JPBWEB

Inscrit le: 26 Mar 2010 Messages: 5331 Localisation: Thailande
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Posté le: Lun Oct 03, 2016 12:39 Sujet du message: |
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| ludwig a écrit: | | Casus Frankie a écrit: |
Mais depuis déjà pas mal de temps, disons depuis 1980, elles sont redevenues à la mode, elles rapportent des points au bac, la gauche les soutient, bref elles sont branchées ! |
C'est ce que l'on aurait pu croire jusqu'à il y a 2 ou 3 ans, mais notre premier ministre ne l'entend pas ainsi : il interdit les classes bilingues et considère que "il n'y a pas de peuple alsacien, il n'y a qu'un Peuple Français"... le Jacobinisme n'est pas mort... |
Reconnaitre l'existence de quelque chose de plus fondamental que du folklore traditionnel revient a ouvrir une Boite de Pandore qui ne pourra que contribuer a saper les fondements de l'Etat-Nation. Parole de Belge...
D'ailleurs, en Belgique, pays complexe s'il en est, il n'y a officiellement qu''un seul peuple, le Peuple Belge. C'est celui au nom de qui tout est fait. Le serment constitutionnel du roi y fait reference: « Je jure d'observer la Constitution et les lois du peuple belge, de maintenir l'indépendance nationale et l'intégrité du territoire » (article 91 de la Constitution).
Il existe d'autres segments en Belgique, dont celui prêté dans les forces armées (avec le drapeau, et tout et tout) « Je jure fidélité au roi, obéissance a la constitution et aux lois du peuple belge».
Il n'est pas question de peuple flamand, wallon ou quoi que ce soit d'autre. Et pourtant, il existe de très vastes et complexes instituions fédérales et fédérées qui reviennent a adosser deux (ou trois) demi-pays, habités par ce qu'on peut supposer être des demi-peuples belges. _________________ "L'histoire est le total des choses qui auraient pu être évitées"
Konrad Adenauer |
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Chabert
Inscrit le: 30 Aoû 2011 Messages: 1022
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Posté le: Lun Oct 03, 2016 13:05 Sujet du message: |
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En France aussi les différentes vagues de décentralisation ont accordé beaucoup à certaines collectivités. Les Français regardent de loin, ils seraient bien étonnés.
Mais bon, la France reste une et indivisible, c'est le principe.
Amis belges, je vous regarde depuis toujours et j'attends pour voir votre évolution. Qu'allez vous devenir ? Je regarde aussi la Catalogne, l'Ecosse, autant d'entités qui vont bouger. Il ne faut pas jouer à l'autruche. |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15568 Localisation: Paris
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Posté le: Mar Nov 08, 2016 20:44 Sujet du message: Les LeO de Lecarme |
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Ce texte nous vient d'Etienne, bien sûr !
18 Juin 1940
Bureau de piste de la SNCASE, Marignane, 06h30 – Une forte odeur de café emplit la pièce servant de bureau des vols. Pilotes, mécanos ou administratifs (bien peu à cette heure matinale !) discutent en sirotant leur breuvage. Quand le téléphone sonne, un petit rondouillard au crâne dégarni décroche nonchalamment : « Allôooo… Oui, c’est ici… Ah ? Jacques, c’est pour toi ! ».
Jacques Lecarme, chef-pilote essayeur de Lioré & Olivier, devenu SNCASE, se lève de sa chaise et prend le combiné en bakélite : « Lecarme à l’appareil… Oui… Trois appareils à récupérer à Ambérieu ? Diable, et où voulez-vous que je trouve des équipages ? Nous sommes en plein transfert !… Chez les militaires ? Ah oui, faut voir… Bon, je me renseigne et je vous tiens informé. »
Il raccroche. Un pli soucieux barre son front… Il se tourne vers l’homme qui a décroché en premier : « Dis voir, Gaston, il n’y avait pas des aviateurs d’un Groupe de Bombardement qui cherchaient des appareils, hier ? »
– Si, bien sûr, il s’en pointe presque tous les jours ! Ils préfèrent traverser la Mare en avion plutôt qu’en bateau, tiens !
– Et où sont-ils ?
– Attends, ils m’ont laissé une note avec leur adresse… Ah ! Hôtel du Parc, à Marseille.
– Bon, appelle là-bas et dis-leur de me trouver trois équipages, qu’ils arrivent ici au plus vite. Moi, je rappelle Ambérieu. Serge ! Dégotte-moi un transport, un 220 ou un 620, pour aller à Lyon.
– Rien que ça ? Vont faire la gueule, chez Air France.
– Priorité militaire, mon vieux, ça ils vont comprendre. Y en a deux qui stationnent sur le parking, n’ont pas bougé depuis deux jours, ça leur fera du bien. Et s’ils te sortent comme excuse qu’ils n’ont pas de pilote, dis-leur bien que je le prendrai moi-même s’il le faut.
Il faudra bien sûr que Lecarme aille tempêter au bureau de piste d’Air France et fasse valoir ses galons de commandant de réserve pour obtenir gain de cause, en promettant d’aider les mécaniciens de la compagnie nationale, trop peu nombreux. Le flou des commandements, civil et militaire, dont dépend la Compagnie a créé un blocage inextricable, nul ne sachant à qui il doit obéir, ni même à qui exposer une demande. En pareil cas, c’est celui qui crie le plus fort qui a raison, et Jacques Lecarme n’est pas dépourvu de ce genre de capacité.
………
Marignane, 08h30 – Alors que les mécaniciens referment les dernières trappes et capotages d’un Bloch 220 camouflé à la hâte, mais portant toujours son immatriculation civile, une bonne quinzaine d’hommes en uniforme bleu se présentent au bureau des LAM. Le planton de service les dirige vers le Bloch, près duquel Lecarme, qui a enfilé son uniforme de réserviste, converse avec les deux pilotes d’Air France chargés de les emmener.
Le chef-pilote fronce les sourcils. Heureusement, le plus gradé ne porte que deux galons, il pourra plus facilement les diriger.
– Bonjour Messieurs, vous venez pour le convoyage des LeO ?
– Mes respects mon commandant, oui, c’est bien ça.
– Mais j’ai demandé trois équipages, pas cinq ! Combien de pilotes ?
– Deux seulement… Notre capitaine nous a envoyé à plus de douze, au cas où il y aurait de la place !
– De la place dans les LeO, ce sera déjà pas simple, mais ça devrait aller. Seulement, le Bloch ne prend que 16 passagers. Vous êtes dix-sept, et je dois venir avec vous pour faire le troisième pilote !
Il se tourne vers les pilotes civils, mais ces derniers sourient : « Le vol n’est pas trop long jusque Lyon, ça passera, d’autant que nous n’avons plus les fauteuils confort, mais de simples sièges. On a déjà casé plus de monde ! »
– Alors c’est bon ! Quand vous voulez, Messieurs, conclut Lecarme en s’adressant aux pilotes Air France.
Tandis que les passagers s’installent tant bien que mal, les deux hommes font chauffer les moteurs. Le décollage se passe sans mal dans la brume d’été qui couvre le Sud les jours sans vent. Il faudra une heure pour rallier Ambérieu.
Durant le trajet, Lecarme s’entretient avec les pilotes et les navigateurs, tous ravis de voyager avec l’essayeur et metteur au point de leurs avions. Venant de divers groupes, ils se sont retrouvés à Marseille pour rallier l’Afrique. La conversation, amicale, tourne bien sûr vers leurs montures, les LeO 451. Pilotage, fiabilité et entretien, armement, tout y passe. Mais quand les équipages se plaignent du faible blindage de l’avion, et des pertes qu’ils subissent de ce fait, le chef-pilote s’enflamme, et explique aux aviateurs sidérés que l’état-major – apparemment déboussolé par les événements – leur fait employer une tactique pour laquelle leur avion n’a jamais été conçu : « C’est un engin destiné à bombarder à haute altitude, vers 5-6 000 mètres, et à grande vitesse, pour échapper aux chasseurs. Vos viseurs ne sont même pas adaptés pour du bombardement à basse altitude, et la Flak sans blindage, forcément, ça fait du dégât ! »
– C’est bien ce qu’on pensait, mais allez dire ça à nos chefs ! Même le pitaine n’est pas convaincu.
– Mon ex-colon non plus. Les ordres sont les ordres, et comme on n’avait jamais eu d’appareils comme ça…
– Dites, mon commandant, si vous revenez avec nous jusqu’à Istres, vous pourriez peut-être convaincre notre capitaine de faire un essai ?
– Faut voir, mais vous ne devez pas traverser la Méditerranée ?
– Si bien sûr, mais on n’a pas de pilote pour celui que vous aller ramener d’Ambérieu. Donc on doit en attendre un. D’ici là, faut pas perdre la main, et ce ne sont pas les objectifs qui manquent !
– C’est une idée, mais ça sort un peu du cadre de mes fonctions… On verra.
………
Ambérieu, 09h45 – Quand les hommes descendent du Bloch, Lecarme demande aux pilotes d’Air France de ne pas redécoller trop vite après leur complément de plein, il doit y avoir des gens à descendre sur Marseille pour embarquer vers l’Afrique. Puis il conduit le groupe vers le bureau de piste de la SNCASE.
Poignées de main chaleureuses, plaisanteries sur l’uniforme, Lecarme est à domicile. Mais en voyant le nombre d’aviateurs qui sont là, le chef de piste local tique… Les équipages sont de quatre, on peut tolérer un passager supplémentaire, mais pas deux ! Les règlements sont précis, et lui reste ferme. Les aviateurs choisissent entre eux trois hommes qui repartiront avec le Bloch 220.
L’ingénieur des essais Roland Notteaux sursaute à l’évocation du retour du Bloch : est-il possible d’emmener du personnel désigné pour l’Afrique ? Réponse positive de Lecarme, suivie d’un « Mais faut faire vite ! » L’ingénieur disparaît en courant vers les bureaux de l’usine. Une heure plus tard, 12 employés de la SNCASE, dont l’ingénieur Notteaux, sont sur le tarmac avec leurs valises. Coup de chance pour eux et pour les trois aviateurs militaires, le factionnaire du LAM/Air France n’ayant pas tout compris de la demande initiale de Lecarme, le Bloch 220 ira directement en Algérie après une simple escale à Marignane…
Pendant ce temps, Lecarme et “ses” aviateurs vont prendre possession des trois LeO 451 qui sont prêts – enfin, prêts est un bien grand mot, puisqu’il leur manque pas mal de choses : armement, viseur et même, sur l’un d’eux, une radio. Le troisième pilote aura intérêt à bien suivre ses coéquipiers. Mais les trois appareils sont en état de vol, vérifiés et essayés. Leur inspection minutieuse par les équipages est positive. Tandis que les aviateurs s’équipent de leurs combinaisons de vol, les mécaniciens de la SNCASE font chauffer les moteurs et complètent les pleins.
Les LeO décollent à la suite du Bloch et naviguent de conserve, escortés un temps par une patrouille double de Morane. Puis le Bloch poursuit sur Marignane, tandis que les LeO vont se poser à Istres. L’accueil est chaleureux. Les mécaniciens des 11e et 23e Escadres, regroupés sous un seul et vaste hangar, se précipitent sur les appareils et s’efforcent de les compléter avec du matériel récupéré sur des avions endommagés.
………
Istres – Au bureau de vol, puis au mess pour le déjeuner, Lecarme, appuyé par les officiers qui l’ont accompagné, affirme au capitaine Plique l’importance de préférer le bombardement haute altitude, à l’encontre des consignes de l’état-major. Le capitaine hésite à transgresser les consignes, mais la personnalité de Lecarme, son statut de metteur au point de l’avion, ses galons et la force de persuasion de l’ensemble des participants lui font accepter un test grandeur nature. Il a un objectif assigné pour le lendemain : des entrepôts d’Avallon, où les Allemands ont improvisé un atelier de réparation de chars.
Les trois appareils de ce qui est devenu “l’équipe Lecarme” s’ajouteront au dispositif de six avions prévu initialement pour cette mission. Ils partiront en avance pour bombarder à haute altitude, tandis que les avions de Plique s’en tiendront au programme prévu et pourront visualiser les résultats obtenus par les trois autres.
Toute l’après-midi et la soirée, pendant la préparation du vol du lendemain, Lecarme explique à ses hommes le principe de la visée à haute altitude et les procédures à utiliser, pour lesquelles l’avion a été conçu. Il se rend compte avec horreur que les LeO 451 ont bien appliqué ces procédures, mais à basse altitude. Rien d’étonnant si les résultats obtenus ont été décevants ! |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15568 Localisation: Paris
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Posté le: Mar Nov 08, 2016 20:55 Sujet du message: |
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19 Juin 1940
Istres, 03h00 – Il fait encore nuit sur la base provençale de l’Armée de l’Air, mais une intense activité règne déjà. Pendant que les mécaniciens s’occupent des derniers détails techniques et font chauffer les moteurs, les armuriers chargent les avions de bombes et approvisionnent canons et mitrailleuses. Les pleins sont complétés, tandis que les équipages, plus ou moins bien réveillés, écoutent les dernières instructions du capitaine, chef de groupe. Jacques Lecarme est à ses côtés, ès qualité de commandant et surtout responsable du test grandeur nature qu’il va effectuer : un bombardement à haute altitude, comme prévu lors de la conception du LeO 45.
A la SNCASE, dont il dépend, seul Gaston, le chef de piste de Marignane, a été mis au courant, sous le sceau du secret, de l’opération en cours. Officiellement, Lecarme est resté à Istres pour explications techniques, ce qui n’est pas faux : quoi de mieux que d’expliquer par l’exemple ?
04h00 – Alors que blanchit la nuit, les trois appareils de “l’équipe Lecarme” décollent dans un bel ensemble, suivis vingt minutes plus tard par les six avions emmenés par Plique. Il faudra laisser le temps aux trois premiers de grimper pour être à 6 000 mètres au-dessus de l’objectif, ce qui leur prendra un bon quart d’heure. Pour le moment, les neuf bombardiers volent au ras des pâquerettes.
Au-dessus de Lyon, où ils obliquent au 300 vers Cosne sur Loire afin d’échapper à la détection du sol, les trois “Lecarme” sont rejoints par douze Bloch MB-152 du GC I/8, stationné à Bron. L’escorte doit grimper en même temps que le trio de bombardiers ; une patrouille simple montera au pigeonnier avec le trio, les autres s’arrêteront à 3 000 mètres pour couvrir les six LeO restant à basse altitude.
05h00 – Les bombardiers ont parcouru 400 km, plus que 140 jusqu’à l’objectif. Lecarme entame sa montée plein pot, suivis de ses équipiers et des chasseurs. La couverture nuageuse est moyenne depuis Lyon, mais devrait s’améliorer sur Avallon, dixit le prévisionniste d'Istres, et Lecarme l’espère de tout cœur, car bombarder de 6 000 mètres sans voir l’objectif serait bien inutile… Les neuf Bloch de la couverture basse restent juste en-dessous de la couche, vers 2 800 mètres, évoluant plus souvent dedans que dessous, tandis que les six autres avions la traversent résolument. Elle est assez épaisse, et les appareils n’en émergent que vers 5 200 mètres. Sans voir grand-chose du paysage, donc quasiment sans repère visuel, Lecarme vire au 80 au top du navigateur, direction Avallon, reste 70 km.
La couverture nuageuse est à présent moins dense et, miracle, Avallon se révèle nettement par l’avant et en-dessous, éclairée par les premiers rayons du soleil. Le navigateur a pris à présent sa place de bombardier, reléguant ses cartes pour utiliser le viseur après avoir repéré l’objectif. Lecarme suit automatiquement ses indications par l’intercom et corrige son cap avec précision. Les deux autres bombardiers suivent, tout près, à droite et à gauche.
05h20 – Au sol, la flak ouvre le feu, mais les nuages noirs des explosions sont bien trop bas – l’habitude, sans doute ! Lecarme se dit que les artilleurs vont finir par régler leur tir de plus en plus haut, ce qui les désorganisera pour la passe des avions de Plique, puis rompt le silence radio : « Leca 1 à Leca, ouvrez vos soutes ».
Dans les trois appareils, les bombardiers manœuvrent nerveusement leurs viseurs. De leur précision va dépendre la réussite de la mission, et surtout la possibilité de convaincre les hautes instances de la validité de la procédure…
« Leca, top largage… 3… 2… 1, larguez ! » Les bombes se décrochent des soutes. « Leca 2, bombes larguées »… « Leca 3, bombes larguées ». Lecarme ordonne alors le demi-tour, ou plutôt le virage à droite, cap sur Lyon. En bas, les six autres avions ont entendu les messages ; ils sont à 5 minutes de l’objectif, l’horaire est respecté. Bientôt les premières bombes explosent au sol, pile-poil dans l’axe d’arrivée du groupe Plique. « Si notre navigation est bonne, se dit le capitaine, alors les autres là-haut ont au moins mis au bon endroit ! »
De fait, les bombardiers du second groupe, qui ont pris un peu d’altitude pour leur passe, découvrent leur objectif noyé sous les flammes. Un coup au but, probablement, sur un dépôt d’essence ou d’huile ! Et bien d’autres bombes ont aussi trouvé leur cible, observe Plique, ravi. Léger piqué, soutes ouvertes, les six LeO vont achever le travail. La flak, surprise par cette deuxième arrivée beaucoup plus basse, tarde à repointer ses canons et n’ouvre le feu qu’à la verticale des avions, et encore, de façon assez désordonnée. Et avec des hausses déréglées, le résultat est médiocre. Cependant, malgré la gêne moindre, le bombardement est imprécis, ou plutôt beaucoup moins précis que celui de la vague haute… Preuve s’il en était besoin du bien-fondé des explications de Jacques Lecarme : les LeO451, leurs viseurs et leur procédure d’emploi sont faits pour bombarder en altitude !
L’action n’est toutefois pas finie pour le groupe Plique. Appelés à l’aide dès l’approche des premiers bombardiers, repérés par un radar Freya installé au sud de Paris, une vingtaine de Bf 109E surgissent du nord-ouest, en deux groupes. Même si les avions détectés étaient ceux du groupe Lecarme, les pilotes allemands, ne croyant pas à une attaque à haute altitude, sont restés dans la zone des 3 000 mètres et fondent à présent sur le groupe des six. Bien sûr, les Bloch postés au-dessus des bombardiers se portent à leur rencontre, mais une partie des 109 du premier groupe passent à travers cet écran et alignent les bombardiers. Manque de chance pour les chasseurs allemands, ils tombent sur les LeO par l’arrière et de nettement plus haut, c’est à dire juste dans le champ de tir des canons de 20 mm des mitrailleurs arrière. Les armes crachent de part et d’autre. Un Bf 109 explose littéralement sous un obus bien placé, un autre fait demi-tour en traînant un panache de fumée, mais le moteur d’un des LeO se met à flamber, l’empennage d’un autre prend un aspect de gruyère et deux des six mitrailleurs sont touchés… Mais les bombardiers volent encore, et vite, hormis celui au moteur blessé.
Les Bloch ont furieusement engagé les 109, sans grand succès, mais leur attaque a désorganisé celle des Allemands du premier groupe, qui ne peuvent recoller sur les rapides bombardiers et en oublient d’achever le bimoteur endommagé. Le deuxième groupe se voit contraint au combat par la patrouille haute qui avait laissé les LeO du groupe Lecarme rentrer seuls et a piqué sur l’ennemi. Le s/Lt Thollon obtient sa huitième victoire, tandis qu’un Bloch s’éloigne en fumant. Un autre Bloch tombe, un parachute se déploie, un Messerschmitt repart en traînant la patte… On relèvera pas mal d’impacts des deux côtés, preuve de l’ardeur du combat. Le combat s’achève, les bombardiers sont déjà loin et les Allemands n’insistent pas.
Les Français rejoignent leurs bases. Le LeO touché et le 152 endommagé se posent à Lyon, suivis par les dix autres 152. Le retour sur Istres est une formalité pour le groupe Lecarme, suivi de près par les cinq survivants de l’escadrille de Plique, en nettement moins bon état. L’un d’eux, train d’atterrissage endommagé, se pose d’ailleurs sur le ventre.
La séance d’explications (qu’on n’appelle pas encore debriefing) est joyeuse malgré les pertes. Celles-ci auraient pu être beaucoup plus lourdes, et surtout le résultat du groupe Lecarme époustoufle le capitaine Plique, qui demande un Bloch de reco pour photographier les dégâts. Mais d’ores et déjà, ce qu’il a vu l’a convaincu. Son rapport à l’état-major sera circonstancié, les badernes vont tousser !
Dans l’intervalle, l’ordre de repli des unités sur l’Algérie est arrivé. Le pilote du LeO posé sur le ventre prendra les commandes de l’avion de Lecarme, et son équipage sera réparti dans les autres appareils. Mais en attendant, ce soir, il y a fête au mess ! |
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loic Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 10785 Localisation: Toulouse (à peu près)
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Posté le: Mar Nov 08, 2016 23:22 Sujet du message: |
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Superbe récit, mais avec deux incohérences temporelles :
- Avallon est atteint par les Allemands justement le 18 juin, ces derniers ne peuvent pas encore y avoir installé un atelier de réparation et les Français encore moins le savoir. Troyes me semblerait plus judicieux et encore. Soit une reconnaissance datant de la veille aurait repéré un objectif aussi insignifiant, soit la communication entre l'armée et l'aviation aurait subitement progressé !
- un radar Freya au sud de Paris le 19 juin ou même au sud de l'Oise, c'est tout bonnement impossible.
Soit dit en passant, le Freya est un radar longue portée, il aurait donc pu repérer l'approche générale du raid mais sans préciser son objectif. Le relais était passé à un Würzburg pour un pistage plus précis. _________________ On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ... |
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Etienne

Inscrit le: 18 Juil 2016 Messages: 3218 Localisation: Faches Thumesnil (59)
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Posté le: Mer Nov 09, 2016 10:32 Sujet du message: |
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D'après ce que j'ai compris sur les combats en URSS, les ateliers de réparation Allemands étaient fort près des lignes, donc aisément repérables au sol ou en vol; mais on peut décaler l'attaque d'un jour ou deux, ou choisir un objectif plus marquant (c'est le premier qui m'est venu à l'esprit)
Pour le Freya, je ne vois pas l'impossibilité? Lille a reçu son radar fin mai, avant même la construction des pistes en béton. La défense de Paris (ou Reims?) vaut bien ça, non? |
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loic Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 10785 Localisation: Toulouse (à peu près)
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Posté le: Mer Nov 09, 2016 13:03 Sujet du message: |
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Oui, mais les troupes allemandes n'entrent dans Paris que le 14 et il est probablement trop risqué pour les Allemands de déployer une arme aussi importante alors qu'il y a un risque non négligeable qu'elle tombe entre les mains des Français.
Décaler l'épisode entre 5 et 10 jours permet de régler les deux points. _________________ On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ... |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15568 Localisation: Paris
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Posté le: Mer Nov 09, 2016 13:24 Sujet du message: |
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Si l'épisode est daté du 25-26 au lieu du 18-19, tu serais OK pour Avallon et pour un radar installé au sud de Paris ? _________________ Casus Frankie
"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire) |
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