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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15562 Localisation: Paris
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Posté le: Dim Nov 02, 2014 16:38 Sujet du message: |
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@ Patzekiller : C'est bien ce que je dis. Les Mustang I, fin 43 début 44, sont retirés du front européen. _________________ Casus Frankie
"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire) |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15562 Localisation: Paris
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Posté le: Mer Nov 12, 2014 14:07 Sujet du message: |
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Un petit ajout de Wil Coyote...
22 mars
Bienvenue sous la pluie
Port de Cardiff – Deux officiers belges attendent l’arrivée du Léopoldville, en provenance de Tunis (avec quelques escales). Le navire transporte en effet le 1er Bataillon du 3e Chasseurs à Pied, qui vient remplacer le 2e Grenadiers au sein de la 1ère DI belge – ou, comme disent les Anglais, de la 1st Belgian Infantry Division. Le comité d’accueil comprend le major Verschueren, du I/18 Li, et le major Moets, du I/2 C. En effet, la 1ère DI descend en droite ligne de feu la 7e DI, qui a combattu sous le commandement du Gén-Maj. Van Trooyen sur le canal Albert, puis en Bretagne sous le commandement du Lt-Gén. Vandaele, avant d’être évacuée. Le 3 Cha va donc s’intégrer à l’ensemble formé par le 18e de Ligne et le 2e Carabiniers.
– D’après les rapports de Dirk Naessens et de ses collègues, dit Verschueren, ils ont reçu une formation de premier ordre. Leurs entraînements étaient très réalistes. Je pense qu’ils peuvent nous apporter quelque chose d’intéressant, au moins grâce à leur expérience du combat acquise en Sicile.
– Oui, répond Moets, mais nous devrons les former aux armes, aux procédures et aux tactiques britanniques. Enfin, il paraît qu’on ne sera pas forcés de se parler en anglais et qu’il n’y a aucun problème de langue.
– Tant mieux. Sais-tu que le colonel Wets va reprendre le commandement de la 1ère Brigade à la place d’Herbiet ? Je le tiens de Duez [le colonel Duez est le chef de corps du 18 Li].
– Bah, pourquoi pas ? Nous pourrons profiter de son expérience.
………
Sur le bateau qui approche du quai, les hommes du 1er Bataillon constatent non sans amertume qu’une pluie fine et persistante tombe sur le Pays de Galles. Fini le soleil et la douce chaleur de l’Afrique.
– Il n’y a pas à dire, soupire le capitaine de Selys-Longchamps, l’Angleterre est beaucoup plus humide que la Belgique !
Le major Weber sourit : « Vous savez votre affectation ? »
– Je vais au Groupe, enfin, au Squadron 348. Je vais voler sur Typhoon ! Dès que je serai passé par l’OTU – l’Operational Training Unit, bien sûr.
– Nous aussi, nous allons avoir droit à une mise à jour. Mais ensuite, vous n’aurez plus de missions d’appui au sol, au moins pour quelque temps.
– Oh, je ne crois pas qu’on va nous laisser au chômage ! J’aurai peut-être même l’occasion de revoir le pays d’en haut !
– Souhaitons le revoir tous de près ! Enfin, il va être temps de nous dire au revoir.
– Ce fut un honneur de vous rencontrer, mon major. Je vous souhaite bonne chance.
– Merci capitaine, et bons vols. J’espère que vous aurez sous peu l’occasion de venir nous appuyer !
Comme les deux hommes se serrent la main, le commandant Lacoppe, l’adjoint du chef du bataillon, les rejoint : « Les hommes sont prêts à débarquer, mon major. »
– Allons-y. Passe en dernier pour être certain que l’on n’oublie personne.
– Pas de risque ! Les gars sont bien trop contents de débarquer.
………
A peine sur le quai, le major Weber est accueilli par ses nouveaux collègues, qui se présentent en français : « Bonjour major, je suis le major Verschueren, du I/18 Li. »
– Et moi le major Moets, du I/2 C. Bienvenue au Pays de Galles !
– Aangenaam [enchanté], répond Weber, qui a passé la traversée à réviser son flamand à l’aide d’un manuel. Je suis le major Weber, du I/3Ch. Et si je puis me permettre, nous pouvons nous tutoyer, je pense ! Moi c’est Jacques.
– Moi Léon, répond Verschueren
– Charles, conclut Moets. La traversée s’est bien passée ?
– Deux nuits d’alerte sous-marine, c’est tout. Quel est notre lieu de stationnement ?
– Le camp de Tenby. Heureusement, il n’a plus rien à voir avec celui de 1940, de triste mémoire ! Mais justement, depuis 40, nous n’avons plus eu l’expérience du combat, nous avons hâte que vous nous transmettiez la vôtre.
– Euh, vous savez, nous serons aussi un peu vos élèves !
………
Pendant ce temps, des aviateurs font eux aussi connaissance : « Capitaine Jean de Selys-Longchamps ? Commandant Gonnay, 348e Squadron. Bienvenue en Grande-Bretagne ! »
– Merci mon commandant.
– Tu as toutes tes affaires ? Oui, bien allons-y. Le major Lamarche m’a envoyé t’accueillir et t’emmener à l’OTU.
– Le major Lamarche ?
– Le chef du 348e ! Un ancien du 2e Rgt Aérien. Il a participé à la défense de Chartres en 40 avec des CR.42, tu te rends compte ! Mais à présent, nous avons du matériel capable de rendre les coups. Tu verras, le Typhoon te changera de ton P-39. J’ai toujours trouvé que c’était un drôle de zinc, avec ce train tricycle et son moteur derrière le pilote !
– Bizarre mais efficace ! Son 37 mm ne laisse pas les troupes au sol indifférentes, surtout les ennemies.
– Tu verras, quatre 20 mm plus toute une gamme de bombes, c’est pas mal non plus. |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15562 Localisation: Paris
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Posté le: Dim Nov 16, 2014 18:38 Sujet du message: |
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Léger retour en arrière (merci Wil & Benoit XVII)...
28 mars
Grand départ
Caserte, 1er Btn, 2 Gr. – Le bataillon se prépare à faire mouvement. Les lignes ont été repliées, le matériel rangé dans les véhicules, toutes les munitions distribuées. Les ordres sont connus, les places dans la colonne également. Quelques véhicules de DCA les ont rejoints pour le mouvement, on ne sait jamais. Depuis le dernier briefing du colonel, avant-hier, la nervosité est allée croissant. D’ici quelques heures, ce sera le départ pour le front.
La radio dans le Dodge PC crache ses ordres.
– Ça y est mon major, nous avons ordre de faire mouvement !
– Merci chef !
Naessens attrape sa radio et s’adresse à ses subordonnés : « Redon, ici Redon 1, nous venons de recevoir nos ordres. Le peloton antichar ouvre la marche. Pour le Roi, pour la Belgique, 1er Bataillon, en avant marche ! »
Dans un grand bruit de moteurs, le 1er Bataillon du 2e Grenadiers s’ébranle vers l’ennemi.
………
De la fenêtre de son PC, le colonel Herbiet observe ses hommes qui font mouvement. Pour la deuxième fois, il va affronter les Allemands, mais cette fois, songe-t-il en serrant les dents, ça ne sera pas pareil ! Il ne peut oublier les jours sombres de 1940.
………
Le 10 mai, son régiment était sur le Canal Albert, secteur Lixhe-Kanne. Il devait assurer la défense des ponts, mais sa mission principale était la couverture de la forteresse d’Eben-Emael. Au matin, les Allemands avaient attaqué, mais par un moyen incroyable pour les Belges : des planeurs dont certains s’étaient posé directement sur le fort. D’autres troupes, venant de Maestricht, avaient tenté de passer en force, mais le pont de Kanne avait été détruit à temps. Ses hommes avaient tenu tête à l’ennemi, mais le 11 au matin, il n’avait plus aucun contact avec le 18e de Ligne : sa gauche n’était plus couverte. A 17h00, sa position était tournée. Dans la nuit, après avoir caché le drapeau du régiment dans une grotte, il avait tenté de rejoindre les lignes belges avec une partie de son état-major. Mais par malchance pure, ils étaient tombés sur un bivouac de la Wehrmacht – prisonniers au bout de 48 heures de guerre !
C’est dans un camp de prisonniers que, le 29, il avait appris la capitulation de l’Armée belge. En juin, il s’était retrouvé à l’Oflag IIA de Prenzlau avec bon nombre d’autres officiers belges. Le séjour avait été difficile, surtout lorsque les Allemands avaient commencé à libérer les prisonniers originaires des provinces flamandes.
Début novembre, il avait appris que son tour devait venir. Son honneur lui intimait de refuser et de rester avec ses collègues wallons. Il allait le signaler au responsable du camp quand il fut appelé chez le général-major Daumerie, ancien commandant de l’infanterie de la 7e DI : « Colonel, j’ai appris que vous n’acceptiez pas d’être renvoyé au pays. Est– ce correct ? »
– Tout à fait, mon Général. Ce n’est pas normal que soyons libérés du simple fait que nous sommes Flamands. Je vais refuser.
– Je suis d’accord avec vous, colonel, mais vous n’en ferez rien. J’ai longuement expliqué aux Allemands que vous étiez de la réserve, et non de l’active, contrairement à ce qu’une malencontreuse erreur de classement administratif aurait pourrait leur laisser supposer [les Allemands libéraient les officiers flamands de réserve, mais non ceux d’active]. Vous n’allez pas me mettre dans l’embarras tout de même !
– Mais mon général…
– Un instant, je vous prie. Vous savez certainement que notre gouvernement, en parfaite harmonie avec les intentions secrètes mais bien réelles du Roi [Herbiet ne sut jamais si Daumerie croyait vraiment ce qu’il affirmait là…], continue la lutte contre l'envahisseur, à l’exemple du gouvernement français et avec l’aide des Anglais et des Français.
– Oui, mais…
– Ce que vous ne savez peut être pas, c’est que votre régiment, ainsi que tous les hommes de la 7e Division qui ont pu échapper à la capture en mai, se sont battus héroïquement durant la Bataille de France. Ils ont fait honneur au drapeau. Beaucoup d’entre eux, ainsi que des soldats d’autres unités et surtout l’ensemble des CRI et des CRAB ont été évacués en Afrique et en Angleterre.
– Vous voulez dire que beaucoup de nos hommes ont pu éviter la capture… et qu’ils sont toujours mobilisés !
– Exactement. Et ils sont prêts à continuer la lutte. Mais pour cela, il leur faudra un encadrement solide. Colonel, libre et à Bruxelles, vous serez plus utile à l’Armée et au Pays qu’ici et prisonnier. A Bruxelles, le général Keyaerts est à la tête de l’Office des Travaux de l’Armée Démobilisée, l’OTAD, comme on dit, et il cherche des gens de valeur. Allez donc le trouver.
– Mais, mon général, les hommes à encadrer ne sont pas en Belgique…
Le général avait souri : « Oh, colonel, une fois là-bas, vous verrez bien… Dites-moi, vous êtes-vous demandé pourquoi vos homologues wallons faisaient preuve de tant d’assiduité pour les cours de flamand que nous organisons au camp ? Nous trouverons des solutions pour eux également, soyez rassuré ! »
Herbiet s’était raidi, au garde-à-vous : « Je comprends mon général. J’obéis ».
– Au fait, si jamais vous étiez amené à reprendre un jour la tête du 2 Gr… Je me suis laissé dire que son drapeau n’avait pas été pris… Alors, au cas où vous sauriez ce qu’il est devenu…
– A vos ordres… et merci, mon Général !
Le colonel n’avait jamais su comment Daumerie avait appris tout ça !
Fin novembre, il avait été transféré vers Bruxelles et presque immédiatement pris en charge par l’OTAD. Pendant quelque temps, il avait simplement fait son travail, observant et écoutant ses collègues pour avoir une idée de leurs opinions. Par un glacial dimanche de décembre, il était allé faire un tour du côté du canal Albert. Il avait récupéré le drapeau du 2e Grenadiers dans le trou où il l’avait caché et l’avait dissimulé chez lui, en attendant…
………
En janvier, Herbiet avait été approché par plusieurs officiers pour des discussions à bâtons rompus. Il avait nettement eu l’impression d’être soumis à des tests. On lui avait plusieurs fois parlé indirectement de rejoindre une sorte de fraternelle secrète d'officiers prêts à reprendre le combat sous les ordres du Roi, le moment venu. Il avait laissé entendre qu’il préfèrerait être de nouveau sous l’uniforme, à la tête de ses hommes… Un jour, un commandant était venu le trouver : « Plusieurs de mes collègues m’ont dit que vous êtes… digne de confiance, mon colonel. »
– Disons que… je tiens à prendre ma revanche. Cela vous convient ?
– Tout à fait, mon colonel. Aimeriez-vous rejoindre un… mouvement d’officiers patriotes et loyaux envers Sa Majesté ?
– Eh bien, je respecte infiniment ces mouvements, mais voyez-vous, je serais plus efficace, je pense, si je reprenais la lutte à visage découvert, sur le champ de bataille.
– Je comprends. Mais notre mouvement recherche du personnel d’encadrement.
– Votre mouvement ?…
– Nous sommes une sorte de Légion Belge. Nous cherchons à préparer la reprise du combat contre l’ennemi ici même, en Belgique.
– Légion Belge… Cela fait très romain ! Non, voyez-vous, je vais vous parler très franchement : j’aimerais rejoindre Londres ou l’Afrique pour reprendre la lutte armée et ouverte. Je ne me sens pas l’âme d’un combattant au visage masqué. Mais votre action est tout à votre honneur, certainement plus difficile que celle de nos hommes qui se battent en Afrique !
– Je vois. Merci de m’avoir écouté, mon Colonel. Si je puis faire quelque chose pour vous, n’hésitez pas.
– Alors je n’hésite pas. J’étais très sérieux, en parlant de Londres et de l’Afrique. Pourriez-vous m’aider à partir ?
– Laissez-moi quelque temps, si vous permettez. Nous vous recontacterons.
………
Mi-mars, un capitaine lui avait transmis – oralement – ce simple message : « Rendez-vous ce jeudi à 19h00 à Schaerbeek, devant le dépôt des chemins de fer ».
Le jeudi soir, Herbiet était à l’heure. Quelques instants plus tard, il avait aperçu le commandant qui lui avait parlé en décembre. Sur un signe discret, il l’avait suivi jusqu’à un petit appartement d’un immeuble proche, où un autre homme les attendait.
– Bonsoir mon colonel. Je vais être direct, si nous avons mis si longtemps à vous contacter, c’est que nous voulions être sûrs de vous.
– Je comprends, nous vivons de sombres moments où l’on ne peut se fier à personne…
– Permettez-moi de vous présenter Arnold [De son vrai nom Arnold Deppé.]. Il est en train d’organiser une filière d’évasion vers l’Espagne. Nous espérons qu’il pourra vous aider à rejoindre nos troupes combattantes. Mais je dois vous dire que ce sera risqué, très risqué…
– C’est la guerre ! Dois-je prendre moins de risque que nos hommes qui se battent ? Monsieur Arnold, quand partons-nous ?
– Dans quelques semaines ou dans quelques mois, nous testons la filière. Mais soyez très discret, vous ne devez rien dire à votre entourage, même le plus intime. Ni à vos collègues, bien sûr. De plus, je vous préviens : vous ne serez pas seul. Le commandant a un autre candidat à l’évasion. Ne demandez pas qui, vous le saurez le jour du départ.
– Je comprends.
Arnold s’était levé, souriant : « Merci Messieurs. Colonel, je reprendrai contact avec vous par le commandant ou le capitaine que vous connaissez. Mais à dater de début juin, soyez prêt à partir à n’importe quel moment. »
………
Mi-juin, Herbiet commençait à trouver le temps long quand il avait finalement reçu un message du commandant : « Rendez-vous mardi à 19h00, au café devant le dépôt des trams à Molenbeek ». Enfin !
Le mardi, il avait passé la journée à l’OTAD, travaillant comme si de rien n’était. Mais il était rentré chez lui en fin d’après-midi pour prendre quelques affaires préparées la veille et, surtout, pour enrouler autour de sa taille le drapeau du 2e Grenadiers.
A 19h00, il entra dans le café, où le patron lui servit un verre avec un message : « Dans 15 mn dans l’arrière-salle ».
Arnold était déjà là, ainsi qu’un autre homme. Le colonel Libbrecht !
– Vous aussi ?
– Oui, et vous également !
– Bien messieurs, je vous rappelle de faire preuve de discrétion et, plus encore peut-être, de naturel. Pour éviter d’attirer l’attention, nous ferons le voyage à peu près en même temps, mais pas ensemble. Colonel Herbiet, votre guide doit arriver. Justement, le voici, ou plutôt la voici !
Surpris, les deux officiers avaient vu arriver une femme, qui s’était présentée comme “Dédée” [Andrée De Jongh, cofondatrice du réseau Comète, filière d'évasion spécialisée dans les aviateurs alliés, mais ne dédaignant pas d’aider aussi les Belges de l’Armée de Terre !] : « Voici vos passeports, Messieurs. Etes-vous prêts ? Oui, très bien. [S’adressant à Herbiet :] Mon colonel, nous prenons tout à l’heure le train pour Tournai, puis pour la France. Notre couverture est que nous allons nous recueillir sur la tombe de notre jeune frère aviateur, mort au combat au-dessus de Bordeaux. Nous retrouverons nos amis à Anglet. »
Tournai, Lille, Paris, puis cap sur Bordeaux. Chaque fois, leur histoire tenait le coup : « Notre frère Hansel, pilote de chasse, est mort aux commandes de son avion en juillet dernier en défendant Bordeaux. Il est enterré à Mérignac. »
De Bordeaux, ils étaient allés à Anglet, à la villa Voisin, où “Tante Go” [Elvire De Greef, principale coordinatrice de la traversée des Pyrénées de 1941 à la Libération.], une personne de confiance réfugiée dans la région, les avait accueillis. Hélas, Libbrecht et Arnold n’étaient pas au rendez-vous. Ils décidèrent d’attendre quelques jours, ce qui permit à Herbiet de faire plus ample connaissance avec Dédée. Comme il s’étonnait qu’une femme prît part à une aussi dangereuse expédition, elle avait répondu qu’Edith Cavell et Gabrielle Petit étaient les héroïnes de son enfance, et que d’ailleurs les Allemands se méfiaient bien moins des femmes, qui couraient donc moins de risque, prétendait-elle ! Par l’intermédiaire de son père, elle était entrée en contact avec un réseau qui cachait des officiers français et anglais égarés en Belgique après les combats de mai 1940. Ce réseau avait malheureusement été éventé par les Allemands, ce qui avait provoqué plusieurs arrestations. D’où sa décision de mettre sur pied une filière d’évasion vers l’Espagne, puisque le séjour en Belgique n’était décidément plus sûr du tout. Elle avait effectué son premier passage deux mois plus tôt, finançant l’opération par la vente de ses bijoux. Les Britanniques et les Français s’étaient montrés très intéressés par l’opération et l’avaient mise en contact avec les autorités belges. C’est ainsi qu’elle avait pris conscience de la nécessité de faire évader des officiers belges pour faciliter la reconstitution en cours de l’armée. On lui avait donné le nom d’un contact à Bruxelles, et la filière qui permettait l’évasion d’Herbiet avait vu le jour.
Après quatre jours sans nouvelles, ils avaient pris la décision de tenter le passage de la frontière sans plus attendre. C'est alors que Libbrecht était arrivé, haletant, à la villa. Arnold avait été contrôle et embarqué à la gare de Lille par le SONEF ; il avait cependant réussi à détourner l'attention des sbires de Laval, ce qui avait permis à Libbrecht de filer.
Il n’était plus question d’attendre.
Cette nuit-là, un guide basque, moyennant finance, les avait pris en charge au pont de Ciboure pour passer en Espagne.
Après avoir marché deux heures, ils s’étaient reposés une demi-heure dans une ferme, tandis que le guide s'assurait de l’absence de patrouilles frontalières. Puis… « Nous escaladons la montagne à travers les pâturages (montée de 2 petites heures). On suit les ruisseaux et les torrents pour éviter le repérage par les chiens, et aussi parce que les terrains tantôt secs, tantôt humides, maintiennent les pieds et les espadrilles dans une forme idéale ! Il est de bon ton d'avoir le moins de bagage possible – ne pas compter sur la complaisance des guides à ce sujet. A mi-côte, on découvre les lumières d’Irún. Au sommet, vastes pâturages où circulent et se cachent les patrouilles allemandes. Les guides les ont repérées de jour, et de ce chef passeront par la crête ou le vallon pour les éviter, suivant leur position. »
Andrée les avait accompagnés, car un groupe qui avait tenté la traversée peu avant eux s’était fait pincer par la police espagnole et envoyer au camp de Miranda. Elle les avait conduits au consulat britannique de Bilbao. Les Anglais, maintenant au fait de l’existence de la filière, avaient donné aux deux officiers les moyens de rejoindre Gibraltar – un trajet épuisant, aussi bien physiquement que nerveusement.
Sur le Rocher, on les avait dirigés sur la mission de liaison belge, ou un major les avait reçu : « Bien messieurs. Vous avez fait bon voyage ? Comment vous appelez vous ? Et, si vous êtes militaires, vos grades et anciennes unités ».
– Colonel BEM Herbiet, Chef de Corps du 2e Grenadiers.
– Colonel BEM Libbrecht, Chef de Corps du 2e Chasseurs à Cheval.
Le major avait pâli – deux colonels d’un coup ! – puis avait bondi sur ses pieds : « Mes respects, heu, mes colonels ! Et bienvenue à Gibraltar ! »
– Bien major, quelle est la suite du programme ?
– Vous allez rejoindre l’Angleterre, où vous serez mis à disposition de notre état-major, qui vous réaffectera.
– Très bien. Mais sauriez-vous me trouvez une valise pour ceci ? avait dit Herbiet en lui tendant le drapeau du 2e Grenadiers. Il commence à me tenir chaud !
Le major avait souri : « Bien sûr mon colonel ! Avec plaisir ! »
Peu de jours plus tard, ils étaient sur un cargo en direction de Londres, et même en uniforme ! Et à présent, Herbiet, Libbrecht et… le drapeau du 2 Gr. arboraient tous la médaille des Evadés.
………
– Mon colonel, c’est l’heure de faire mouvement.
– Bien chef, allons-y ! répond Herbiet, qui émerge de ses souvenirs. En route ! |
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dado
Inscrit le: 12 Nov 2013 Messages: 995 Localisation: Lille
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Posté le: Dim Nov 16, 2014 19:10 Sujet du message: |
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petite coquille, 2ème réplique du dialogue:
| Citation: | | – Je suis d’accord avec vous, colonel, mais vous n’en ferez rien. J’ai longuement expliqué aux Allemands que vous étiez de la réserve, et non de l’active, contrairement à ce qu’une malencontreuse erreur de classement administratif aurait pourrait leur laisser supposer [les Allemands libéraient les officiers flamands de réserve, mais non ceux d’active]. Vous n’allez pas me mettre dans l’embarras tout de même ! |
Palpitant récit d'évasion vu du côté belge!  |
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Benoit XVII
Inscrit le: 24 Oct 2006 Messages: 471 Localisation: Belgique
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Posté le: Dim Nov 16, 2014 22:02 Sujet du message: |
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Il nous semblait approprié à Wil et moi de rendre ainsi hommage au réseau Comète et à sa fondatrice, Andrée de Jonghe, une des plus grands dames de la Résistance belge, récemment décédée.
Pour nos amis français, Edith Cavell et Gabrielle Petite étaitent deux infirmières, l'une anglaise, l'autre belge, qui furent fusillées par les Allemands à Bruxelles au cours le la Première Guerre Mondiale pour faits d'espionnage. Elles sont restées en Belgique les icônes du courage féminin face à la barbarie. |
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JPBWEB

Inscrit le: 26 Mar 2010 Messages: 5326 Localisation: Thailande
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Posté le: Lun Nov 17, 2014 05:21 Sujet du message: |
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| Citation: | | Le major avait pâli – deux colonels d’un coup ! – puis avait bondi sur ses pieds : « Mes respects, heu, mes colonels ! Et bienvenue à Gibraltar ! » |
Tiens, quel est au juste le protocole pour s'adresser ensemble a plusieurs officiers du même grade ? Le 'mon' n'étant pas un adjective possessif, le mettre au pluriel comme le fait ici le major est évidemment incorrect, quoique tentant.
Et tant qu’on y est, quel est le protocole pour s’adresser à un officier en néerlandais ? Lors de mon service militaire, mes quelques conversations avec des officiers flamands se sont évidemment toujours déroulées en français (tenus de s’adresser à un subordonné dans la langue de celui-ci), de sorte que je n’ai pas idée de comment on s’adresse dans l’ABL à un officier en néerlandais. _________________ "L'histoire est le total des choses qui auraient pu être évitées"
Konrad Adenauer |
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Wil the Coyote

Inscrit le: 10 Mai 2012 Messages: 1930 Localisation: Tournai (Belgique)
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Posté le: Lun Nov 17, 2014 08:23 Sujet du message: |
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En fait, les collègues néèrlandophones disent simplement: Majoor, Kapitein ou Kolonel....
Le "Mon" étant, Monsieur l'Officier, si j'ai bonne mémoire....le plus cocasse étant quand une recrue s'adresse à un officier feminin en lui sortant en "mon Lieutenant"..... _________________ Horum omnium fortissimi sunt Belgae |
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Wil the Coyote

Inscrit le: 10 Mai 2012 Messages: 1930 Localisation: Tournai (Belgique)
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Posté le: Jeu Nov 27, 2014 10:40 Sujet du message: |
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Appel à l'équipe: quels sont les types de véhicules et d' armements lourds utilisés pour une DI type Britannique (Atk, DCA....) _________________ Horum omnium fortissimi sunt Belgae |
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Gribouille
Inscrit le: 24 Déc 2011 Messages: 25 Localisation: La Hulpe- Belgique
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15562 Localisation: Paris
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Posté le: Lun Déc 15, 2014 14:48 Sujet du message: |
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Revenons à nos aviateurs belges...
22 mars
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Pendant ce temps, des aviateurs font eux aussi connaissance : « Capitaine Jean de Selys-Longchamps ? Commandant Henri Gonay, 348e Squadron. Bienvenue en Grande– Bretagne ! »
– Merci mon commandant.
– Tu as toutes tes affaires ? Oui, bien allons-y. Le major Lamarche m’a envoyé t’accueillir et t’emmener à l’OTU.
– Le major Lamarche ?
– Le chef du 348e ! Un ancien du 2e Rgt Aérien. Il a participé à la défense de Chartres en 40 avec des CR.42, tu te rends compte ! Mais à présent, nous avons du matériel capable de rendre les coups. Tu verras, le Typhoon te changera de ton P– 39. J’ai toujours trouvé que c’était un drôle de zinc, avec ce train tricycle et son moteur derrière le pilote !
– Bizarre mais efficace ! Son 37 mm ne laisse pas les troupes au sol indifférentes, surtout les ennemies.
– Ne t’inquiète pas, quatre 20 mm plus toute une gamme de bombes, c’est pas mal non plus.
Le commandant Gonay conduit alors Selys-Longchamps jusqu’à la gare. Le voyage en train jusqu’à Millfield, l’aérodrome où se trouve l’OTU du Typhoon, va prendre quelques heures, largement de quoi faire connaissance.
– Au vu de tes états de services, indique Gonay, tu seras sûrement dispensé de certains cours. Je vois mal qu’on prétende t’apprendre comment faire une bonne attaque au sol…
– Merci ! sourit Selys-Longchamps, mais le Typhoon n’est pas le P-39, je vais devoir m’y habituer.
– En effet. Au fait, comment ça se passe sur le front en Italie ? Ici, bien sûr, nous n’avons pas encore fait d’appui rapproché en opération. On se contente de missions Rhubarb au-dessus du pays et de la France.
– Eh bien, notre concours est recherché par tout le monde. Le capitaine ajoute, sur le ton de la confidence : « Je dois te dire, entre nous, que la réputation de précision des Américains est très surfaite… »
– Que veux-tu dire ?
– Pour être sûrs d’être efficaces, ils privilégient la quantité sur la précision, ce qui ne plaît pas toujours aux troupes au sol, à cause des… éclaboussures. Nous, comme les Français, on a moins d’avions, donc on est plus économes de nos bombes et on recherche la précision ! Du coup, notre groupe et les groupes d’appuis français sont très sollicités.
– Bravo !
– Il faut dire qu’au niveau tactique, notre travail est plus facile qu’en 1940. Fini le temps des missions à vue sans guidage au sol, maintenant nous avons des FAC dans les unités terrestres, qui nous guident avec soin pour que nous trouvions les cibles.
– Quel genre de cibles ?
– Blindés, artillerie, points de ravitaillement…
– Et les ouvrages d’arts, les ponts… ?
– Non, nous les laissons aux bombardiers moyens, nous restons très proches du terrain ! Et puis le P-39 n’aime pas trop se battre en altitude. Mais si un Messer ou un 190 se risque au ras du sol, on peut lui donner la leçon !
– C’est très intéressant, il faudra que tu nous expliques tout cela quand tu arriveras au 348. Mais voici la gare de Millfield. Nous devons y être attendus.
En effet, une navette pour l’aérodrome de Millfield est là, et les deux pilotes ne tardent pas à arriver à l’OTU.
– Viens, je vais te présenter à ton chef d’escadrille. C’est le major Prévot, il a été mis ici pour qu’il puisse un peu souffler. Il a été abattu au-dessus de la Belgique, mais il s’est évadé pour reprendre le combat !
Les deux hommes se présentent d’abord chez l’Adjudant d’unité, auquel Selys-Longchamps remet ses documents administratifs (son dossier ainsi que son ordre de marche). L’adjudant va alors dans le bureau du major signaler la présence des deux officiers. Après quelques longues minutes, ils sont introduits chez le CO.
– Capitaine-aviateur de Selys-Longchamps, mes respects mon major !
– Bienvenue Capitaine ! Je vous attendais. Bienvenue à toi aussi, Henri. Bien, Capitaine, j’ai eu des informations sur vous par votre ancien CO et je vois également dans votre dossier ses notes, dont celle-ci : « Excellent pilote, précis lors des appuis demandés, mais a une forte propension à n’en faire qu’à sa tête. Néanmoins, au vu de ses états de service, je le propose au grade de Capitaine et à l’attribution du titre de Chevalier de l’Ordre de la Couronne ». Que dois-je en déduire, Capitaine ? demande Prévot, la mine imperturbable.
De son côté, Gonay ne peut s’empêcher de sourire.
– Euh, je ne sais que répondre, mon major… Peut-être préférerez-vous attendre de m’avoir vu à l’œuvre ?
– Hum…Tant que vous restez dans les limites du raisonnable. Cela dit, ces limites sont en général beaucoup plus étendues pour les Britanniques que pour les Français, vous ne serez qu’un fou furieux de plus au sein du 348e… Bien, au vu de votre dossier, votre conversion ne devrait pas durer trop longtemps. Vous rejoindrez le Sud-Est de l’Angleterre assez vite. D’ici là, vous devrez vous faire au climat, très britannique lui aussi. Bon, après le voyage que vous avez fait, vous êtes libres pour la fin de la journée. Voyez avec l’Adjudant pour la partie administrative ainsi que pour votre logement. Rompez, Capitaine. Soyez ici demain à huit heures.
– A vos ordres, mon major.
Selys sorti, Prévot se tourne vers Gonay, qui affiche un large sourire : « Ne rigole pas trop, j’ai eu Lamarche au téléphone, il va être affecté à ton Flight ! »
– Plus on est de fous, plus on rit !
– Quel programme ! conclut Prévot, levant les yeux au ciel. |
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patzekiller

Inscrit le: 17 Oct 2006 Messages: 4148 Localisation: I'am back
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Posté le: Lun Déc 15, 2014 17:39 Sujet du message: |
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un détail que j'ai appris l'an dernier d'un vrai pilote de la RAF, abattu au dessus de la France et évadé ensuite...
tout pilote de la RAF qui réussissait à s'évader était automatiquement muté sur un autre front : la raison était que la gestapo recueillait religieusement les effets qu'elle trouvait, qu'il pouvait y avoir de indications patronymiques, et que si le pilote se faisait à nouveau abattre puis capturer, en additionnant 1+1 on saurait qu'il avait déjà été abattu, donc qu'il s'était évadé...
on passait alors à d'autre méthodes pour lui faire cracher le morceau et remonter toute la filière d'évasion
je crains donc que notre bon major ne soit condamné à rester en OTU, ou à être muté en Italie, en birmanie, ou au convoyage _________________ www.strategikon.info
www.frogofwar.org |
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Wil the Coyote

Inscrit le: 10 Mai 2012 Messages: 1930 Localisation: Tournai (Belgique)
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Posté le: Lun Déc 15, 2014 17:46 Sujet du message: |
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il s'agit du Squadron Leader Léon Prévot DFC, qui après s'etre évadé est passé par les 65, 197 et 350 Squadron (il fut CO du dernier), après son passé d'instructeur l'a rattrapé et il est désigné pour la RAF/Belgian Training School de Snailweil en fonction de commandant du Flying Wing. _________________ Horum omnium fortissimi sunt Belgae |
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patzekiller

Inscrit le: 17 Oct 2006 Messages: 4148 Localisation: I'am back
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Posté le: Lun Déc 15, 2014 22:54 Sujet du message: |
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ce qui semble indiquer que compte tenu de leurs problèmes d'effectifs, les belges prenaient un risque vs leurs filières d'évasion _________________ www.strategikon.info
www.frogofwar.org |
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Wil the Coyote

Inscrit le: 10 Mai 2012 Messages: 1930 Localisation: Tournai (Belgique)
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Posté le: Mar Déc 16, 2014 12:01 Sujet du message: |
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Petite question, un Squadron est divisé en Flight. Combiens d'avions par Flight et par Squadron? Merci _________________ Horum omnium fortissimi sunt Belgae |
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Anaxagore
Inscrit le: 02 Aoû 2010 Messages: 11875
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Posté le: Mar Déc 16, 2014 12:20 Sujet du message: |
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36 pour un escadron, 12 pour un flight (je crois) _________________ Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe. |
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