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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

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Posté le: Mer Mar 04, 2026 10:17 Sujet du message: |
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17 août
La Hongrie, coûte que coûte
Après Györ-Nitra – Tenir le filet
Au sud du Danube – Repos pour le 2e Corps Blindé (Ivan Lazarev), après sa folle cavalcade vers le lac Balaton. L’unité tente à présent de se réorganiser entre Ajka et Tapolca, en assurant le contrôle – encore ténu – de ses voies de ravitaillement. Ivan Bagramian envisage sans doute bientôt de progresser vers Sümeg et Somlóvásárhely afin d’achever la prise de la rive est du Marcal. De ce côté, Lazarev n’est guère poussé par son commandement – même s’il ignore pourquoi. En fait, le Vojd est sans doute bien plus intéressé par la prise de Bratislava – et de Vienne, si possible – que par la conquête une poignée d’arpents de marais, qu’il est supposé céder demain aux Britanniques (si ceux-ci tiennent parole de leur côté).
Pour sa part, le 5e Corps de Cavalerie (V.D. Kriuchenkine) achève de s’emparer de Veszprém, saisissant sur l’ancienne base des Pumas rouges un nombre substantiel d’épaves et quelques avions abandonnés – tous sans valeur militaire mais qui feront tout de même quelques belles images de propagande. Avec la chute d’Esztergom au début du mois, la Honvèd semble décidément en voie de disparition dans toutes ses composantes et l’on ne voit pas très bien avec quelles ressources elle pourrait prétendre continuer la lutte. Indifférents à ce genre de considérations, Kriuchenkine commence déjà à se porter vers l’ouest, en direction de Városlőd et Kapolcs, afin d’assister Lazarev. Il laisse toutefois ici quelques unités face aux Britanniques (on ne sait jamais, la voracité des capitalistes est bien connue…) – mais pas beaucoup : il ne faudrait pas croire que la guerre est finie.
Opération Tatabánya-Székesfehérvár – Fermer la nasse
Au sud-ouest de Budapest – N’étant plus gênée par personne – et certainement pas par les Britanniques, toujours coincés à Székesfehérvár – la 9e Armée (Vasily Glagolev) commence à prendre effectivement le relais du 8e Corps Mécanisé (Vladimir Baskakov), jusqu’à Telki comme promis, au moins dans un premier temps, en attendant que la 18e Armée (Andrei Gretchko) s’étire depuis le nord et par-delà le fleuve pour lui tendre la main.
Glagolev doit se concentrer sur Budapest, quitte à négliger ses arrières – ordre de Tolboukhine, et de toute manière, les aimables troupes du NKVD se déploient déjà face aux Impériaux. Elles formeront bientôt un véritable cordon sanitaire qui chassera tout le monde du secteur, tout en empêchant les réfugiés de passer. Circulez, il n’y a rien à voir ! L’opération Tatabánya-Székesfehérvár est bel et bien terminée. Désormais, l’activité des troupes soviétiques sur la rive droite relèvera de la seule et immense tragédie du Siège de Budapest.
Festung Budapest – Mort sur le Danube
Forteresse de Buda (côté est) – L’arrivée de la 9e Armée à Budaörs signe la fin des illusions de l’Axe dans ce secteur – les Germano-Hongrois cessent donc leurs actions offensives le long d’une ligne courant à peu près de Frankhegy à Érd en passant par la forêt de Kammaraerdő. Les seules unités à peu près valables de l’Axe – 20. Panzergrenadier (Georg Jauer), 17. SS-Freiwilligen Kavallerie Maria-Theresa (August Zehender) et division Szent-Lászlo (major-général Zoltán Szügyi) – repassent en réserve avec les Zrinyi II du 1er Bataillon d’assaut. Enfin, celles qui ne sont pas déjà parties vers le nord éteindre le feu de ce côté – ou au moins essayer.
Les canons d’assauts de la Honvèd n’ont pas démérité. Poussés en avant par le redouté Lt-colonel László Veresváry – une brute glaciale, c’est vrai, mais un militaire compétent – les Hongrois ont repoussé seuls les Rouges de 5 kilomètres et détruit une quinzaine d’engins. C’est bien, avec un seul peloton ! Tant pis…
Il est toutefois probable que, les jours suivants, les unités de relève soient contraintes de se retirer jusqu’à un marqueur plus visible que la ligne actuelle… Et de fait, qui va prendre à cette heure le relais des parachutistes de la Szent-Lászlo ? Même pas des réservistes allemands, mais des ouvriers d’usines de munitions enrégimentés !
Pendant ce temps, plus au nord, les combats se poursuivent entre la force mixte germano-hongroise et le 8e Corps Mécanisé. Les éléments soviétiques avancés s’accrochent dans le cimetière d’Óbuda, menant une petite guerre très désagréable alors qu’ils sont supposés être sur la défensive. Et l’affaire dégénère en une succession de petits accrochages, de la périphérie de Táborhegy à Mocsárosdűlő – les quais du Danube restant ici douloureusement fermés aux Soviétiques.
………
QG avancé du 4e Front Ukrainien (Monor) – Fiodor Tolboukhine regarde sa montre. Partout, d’Alsónémedi à… Csomád (ces noms hongrois, quelle plaie !) les unités de l’Armée Rouge ont mené des reconnaissances offensives quoique mesurées du dispositif ennemi. Elles ont obtenu une certitude : cette ligne Attila n’est qu’une barricade de bois pourri. Un coup de pied dedans et tout s’effondrera. Ne restera ensuite qu’à piétiner en prenant garde aux échardes. L’aiguille tourne sur l’étoile rouge qui décore la montre en argent du maréchal (cadeau du Kremlin…), égrenant les secondes avant l’assaut. Qui sait, peut-être que toute cette pénible affaire sera réglée avant la fin du mois ? Apportant ainsi une gloire éternelle au maréchal Tolboukhine, le seul soldat de l’Armée Rouge à avoir vaincu deux ennemis de la Mère Patrie !
………
Radio Berlin – « Les efforts désordonnés de l’ennemi pour prendre nos forces armées par surprise ont échoué. Partout, les troupes bolcheviques sont en déroute et la capitale hongroise n’est même pas véritablement assiégée. Bientôt, de nouvelles forces venant de toute l’Europe viendront au secours de ses glorieux défenseurs. »
Des Roumains chez les Soviets
Le bal des maudits – « La nuit a été longue, la nuit a été bonne. Partout, nous avons repéré d’immenses vides dans les défenses fascistes – entre la 376e DI allemande et la 1ère Brigade de montagne hongroise, nos camarades pourraient faire passer une division de chars !
Le lieutenant Lucian Hasdeu est donc content. De nous tous… et, paradoxalement, de nos médiocres adversaires ! Permission d’aller dormir pour la section, au moins jusqu’à cette nuit. Les camarades ne sont pas longs à ronfler. Pour ma part, je ne me fais pas prier mais je reste très attentif. Anca aussi. Bon gars, Anca, qui a fait la bataille du Danube l’année dernière. Il connait comme moi les méthodes de nos amis et se doute bien qu’on risque de nous réveiller très tôt demain matin. »
(Adieu mon pays… encore une fois, Vasil Gravil, Gallimard 1957)
La Slovaquie, prochaine étape !
La pause est bien finie
A l’est de Bratislava – Pour compléter la pression mise sur la capitale slovaque, l’Armée Rouge se dépêche de boucler sa prise des vallées de la Nitra et de la Waag. Faute d’une 38e Armée (Kyrill Moskalenko) déjà en train de repartir en arrière pour prendre le relais de la 5e Armée de Chars (Andrei Kravchenko), la 5e Armée de la Garde (Vyacheslav Tsvetaev) assaille seule Großtopoltschan [Topoľčany]. On l’a vu, cette localité d’importance mineure se retrouve aujourd’hui – malheureusement pour elle ! – en avant de la ligne de repli du XVII. AK (Otto Tiemann), lequel court pour l’atteindre, aux environs de Bánovce nad Bebravou.
Les défenseurs du secteur – 78. Sturm-Division (Hans Traut) et 311. StuG Abt (Hauptmann Karl-Ludwig von Schönau), deux unités déjà en voie de disparition – ne peuvent guère que subir, sous un tonnerre d’artillerie mobile et le vrombissement des Sturmovik. Heureusement pour Traut et von Schönau que les troupes de Tsvetaev, étirées en colonnes jusqu’à Nitra, sont dispersées dans toute la plaine !
Mais malheureusement pour eux, le 20e Corps Blindé (Pavel Poluboiarov) est passé devant les frontovikis – 16e Armée (Nikolai Kiryukhine) et 47e Armée (Filipp Zhmachenko). Et il charge dans la plaine de la Nitra, avec sa poignée de T-34 survivants. Cette action, conjuguée à un effort notable de la 1ère Armée tchécoslovaque (Ján Golian) – peu motorisée mais motivée, et qu’on laisse gentiment passer devant – disperse la queue du XVII. AK, dont la 218. ID (Viktor Lang) perd – encore – quelques plumes. Plus grave, cette accélération ne laisse pas aux défenseurs de Großtopoltschan la possibilité de se replier !
Si, à la nuit tombée, le gros de l’infanterie de Tiemann a plus ou moins passé la trouée de Jarky (250 mètres de large, une voie ferrée – évidemment, ça favorise le défenseur !), plus au sud, la 78. Sturm-Division et le 311. StuG Abt sont finalement éteintes. Hans Traut est capturé (20), avec ce qu’il restait de sa troupe d’élite – plus grand-chose en vérité. Quant à von Schönau, il a péri dans son StuG III…
Opération Corvinus – Mordre les mollets des Soviets
Sárvár – Le convoi du feld-maréchal Rommel a atteint sa destination sans incident majeur ni mitraillage – voilà qui change et même qui fait plaisir ! Désormais sur les lieux de ses futurs exploits (c’est certain), Erwin Rommel continue de dresser ses plans en direction de Veszprém et Pápa. Ceux-ci devront être prêts demain au plus tard – il s’agit de faire vite pour profiter de l’occasion. Et puis, n’a-t-il pas triomphé des Français en 40 grâce à sa célérité, y compris contre l’avis de certains ? De l’audace, de la vitesse, enfin ! Il faut absolument reprendre l’initiative.
Certes… Mais avant d’accomplir ces nobles ambitions, le Renard des Balkans doit encore juger de l’état de ses troupes. Et Rommel part donc immédiatement en voiture, à la rencontre du LXV. Panzer-Korps et du III. Panzer-Korps.
Gageure
Bratislava – L’Armee-Abteilung Ungarn accueille son nouveau chef : Karl-Friedrich von der Meden, commandant jusque-là de la 17. Panzer. Un changement dans la continuité, donc !
Von der Meden cède sa division au Generalmajor Rudolf Demme, un ancien des panzer-grenadiers et du génie blindé, chargé de la diriger « à titre provisoire ». Un peu vexant, c’est vrai, mais d’autres ont réussi comme cela, dans d’autres armées. De toute façon, il y a sans doute déjà un divisionnaire de trop sur deux dans l’Armee-Abteilung Ungarn, au vu des effectifs des 17. et 19. Panzer…
Guerre aérienne
Espèces en bocal
Szombathely (Steinamanger) et Grosspetersdorf – Entassés sur un aérodrome toujours aussi désespérément encombré, les Pumas rouges recherchent un moyen de limiter la casse dans l’éventualité (probable…) d’un mitraillage ou d’un bombardement. Ils entreprennent ainsi de redéployer une bonne partie de leurs effectifs et de leurs moyens sur l’aérodrome de Tulln an der Donau, en Basse-Autriche. Pour les Hongrois, c’est loin de la patrie, mais c’est mieux desservi, donc mieux ravitaillé. Pour les Allemands, c’est très élégant, au sens où cela prépare déjà la perte probable de l’ouest de la Hongrie et le repli de leurs troupes – comme de leurs valeureux alliés en exil – afin de défendre le Vaterland.
Quoiqu’il en soit, les Magyars en ont bien pour plusieurs jours avant de retrouver un semblant d’efficacité opérationnelle.
Note
20- Jugé coupable de crimes de guerre commis en 1943 et en URSS, il sera condamné à 25 ans de travaux forcés – on l’autorisera à gagner l’Allemagne de l’Ouest en 1954. |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

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Posté le: Mer Mar 04, 2026 10:30 Sujet du message: |
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17 août
Hongrie soumise
Enfants soldats – Baptême du feu
Budapest – « Lever matinal. Eugène appelle son bataillon. On lui ordonne de se présenter à une villa sur la colline aux roses. Au-revoirs en pleurs.
Eugène et moi marchons sur la voie étroite de la rue Kescske vers l’usine Holzspach. Aux portes, des Allemands ! La 6e section du 15e régiment de la 17e division de cavalerie SS, sous le commandement de l’Obersturmführer Klett. Ils sont là depuis la nuit dernière, venant de Sashegy. Mais qu’est-il arrivé aux vannistes précédemment casernés ici ? Ils ont marché hier pour prendre des positions sur la Városmajor ! Et où sont les Soviets ?
– Na ja ! Les Ivans sont partout. Faites gaffe !
Nous nous arrêtons brièvement chez les Hilkene. Ma tante Bici dit qu’il y a dans la villa d’à côté le QG d’une compagnie étudiante, son mari ne fait que les visiter. Nous trouvons justement l’oncle Philip occupé à bavarder avec un superbe lieutenant de l’aviation. Il s’agit d’Olaf Szamódy (21), un ami de Gyuszi Elischer, le commandant du bataillon étudiant. Il veut garder Eugene avec lui jusqu’à nouvel ordre. Olaf téléphone à Ilona pour des instructions me concernant.
– Elle te fait savoir qu’elle souhaite que tu recherches un adjudant dénommé Zsoldos au Haymarket. Celui-ci te confiera des dépêches à remettre au lieutenant Horváth à ton retour.
Adieux à Eugene et aux cousins Hilkene. Je commence à trotter en descendant la colline. Au Haymarket, la section de mortiers est partie. Je trouve le vieux Zsoldos encerclé par une bande de conducteurs de tram.
– Il était temps que tu te montres ! Prends cette chemise et livre-la au lieutenant Horváth, à l’abri de la rotonde ferroviaire, dans les reliefs. Je dois emmener ce groupe aux baraques Radetzky. Ce sont tes nouveaux camarades vannistes – tous les quinze viennent justement de se porter volontaires.
Zsoldos m’explique rapidement que le bataillon a été mis en alerte hier soir et qu’on lui a ordonné de bloquer tous les accès au Haymarket avant d’envoyer des équipes de reconnaissance en direction de l’ouest, vers Hűvösvölgy, où le bataillon de garde a engagé des éléments avancés soviets. Ce matin, l’ordre a été changé : les vannistes doivent relever ce bataillon de garde et prendre des positions défensives dans Városmajor. La situation est encore plus compliquée du fait de la position des forces à Budaörs, qui ont aussi demandé des renforts immédiats. C’est un foutoir complet : on ne peut pas déployer une unité sur deux positions aussi éloignées en aussi peu de temps !
Je traverse le Haymarket et j’entre dans la rue Retek. Dans la rue Fény, on érige une barricade avec des pavés et des rails. Juste à côté, un char allemand sans tourelle. Si j’en crois mon Panzerer-Kennungstabelle, il s’agit d’un véhicule de dépannage du génie, un Bergepanzer. A son logement ouvert, un officier ajuste son télescope binoculaire.
Le Bergepanzer se met à avancer assez doucement pour que je puisse le suivre de près. Nous tournons à droite vers l’avenue Olasz. Nous laissons à droite le parc Városmajor et la clôture en bois du centre de maintenance de la rotonde ferroviaire. Le char accélère, je me mets à courir. Nous atteignons les bâtiments de l’hôpital Saint-Jean, où de grandes croix rouges marquent les toits. Des soldats hongrois tentent de traverser la route en traînant une mitrailleuse lourde.
D’un seul coup, Clonk Clonk Clonk Clonk ! Des balles frappent le char. Le conducteur fait marche arrière et manque de me rouler dessus. Je saute sur le côté, roule sur le trottoir jusqu’à trouver un abri sous un porche. La mitrailleuse soviétique pilonne maintenant la clôture en bois sur l’autre trottoir. Je risque un coup d’œil : devant moi, le corps d’un soldat hongrois, avec un fusil de prise Tokarev à ses côtés. Je ne tente pas de le récupérer : trop risqué !
Je cours à travers l’avenue jusqu’à l’entrée du site de maintenance. Le Soviet me tire dessus, les balles font jaillir des éclats sur les pavés de granit belge. A l’abri, je trouve le lieutenant Horváth avec cinq hommes. Il ouvre la chemise que j’apporte et lit les instructions.
– Nous devons localiser un groupe allemand dans l’école Baár-madas. On retraverse l’avenue, puis en haut dans les escaliers Lóránffy. Allez !
Cette fois, en passant, je tente de récupérer le fusil de valeur du Hongrois mort. Le Soviet vise le corps, il explose devant moi en m’éclaboussant de sang. Je tente de me cacher derrière une voiture abandonnée qui a brûlé. Des balles font des trous dans le métal fondu, des morceaux de pneu me sautent au visage.
– Ervin ! Sors de là !
J’atteins le mur abritant la volée d’escalier et le lieutenant Horváth.
– Ça va ? C’était ton baptême du feu !
Je tremble de partout mais je suis tout de même Horváth jusque dans la cour de l’école de filles. Nous sommes hors de portée des fusiliers soviétiques. Tout est calme ici.
A la porte, la sentinelle est un grand-père en uniforme de la Wehrmacht. Il nous escorte jusqu’à l’abri et nous rencontrons un officier SS avec un accent viennois.
– Je suis le Hauptsturmführer Doktor Hans Vogel,
– Et moi, je suis le lieutenant Horváth, du bataillon Vannay. Ce cadet est notre estafette.
Le docteur Vogel commande un Alarm-Abteilung, nom de code Kampfgruppe Europa. Ses hommes ont été récupérés par la police militaire dans les gares de Budapest quand ils quittaient l’hôpital ou rentraient de permission. Le docteur Vogel a été subordonné à la 17e SS. Son adjoint est le lieutenant-colonel Bierhenke, d’une division de grenadiers du peuple (22). Ils ont pris position dans ces bâtiments à la place du bataillon étudiant hongrois, qui s’est glissé plus à l’est pour fermer le vide entre la colline aux roses et Őbuda.
Le lieutenant Horváth fournit au docteur Vogel une carte détaillée de la zone et explique son dispositif dans le Városmajor. La plupart des bâtiments de l’hôpital Saint-Jean sont aux mains de l’ennemi. Horváth tient la zone du parc derrière le talus de la voie ferrée menant à la rotonde, et y a construit plusieurs trous de combat tout en posant des mines anti-personnel. Il a aussi installé trois nids de mitrailleuse couvrant le talus. L’un est dans un petit bâtiment au coin de la rue Városmajor. Les deux autres ont été creusés dans le sol. Des barils remplis de goudron ont été roulés vers ces positions et renforcés par des plaques en métal recouvertes de sacs de sable. Les mitrailleuses sont capables de tirer vers l’arrière si l’ennemi les déborde. Cette nuit, les installations seront complétées par du barbelé. Des mines antichars vont être posées dans la Olasz Fasor (23).
A part tout cela, les hommes d’Horváth occupent les hangars de maintenance du dépôt ferroviaire, et encore plus loin les bâtiments conventuels de l’église Városmajor. Il veut déployer une autre compagnie de vannistes pour sécuriser les gros blocs d’appartements le long de l’avenue Olasz et une troisième compagnie du côté opposé du parc. Encore plus loin, les ultimes reliefs des petites collines souabes sont tenus par le 16e Régiment de la 17e Division SS.
Vogel explique que la 17e SS est dispersée partout dans Buda. Ils tiennent aussi la colline aux Aigles, le cimetière de la prairie aux Loups et Őbuda elle-même. Les vides entre les positions ont été assignés aux étudiants sur la colline aux roses, aux vannistes sur Városmajor et aux parachutistes renforçant les gendarmes sur la colline Orbán. Ensemble, Horváth et Vogel tracent une carte de la situation et m’ordonnent de remettre leurs rapports à Ilona au QG.
Je quitte l’école, mais ne peux m’empêcher de remarquer que les escaliers comme les couloirs sont pleins d’adolescentes. Ce sont des réfugiées de Transylvanie, évacuées d’un orphelinat. J’espère les voir de plus près à la prochaine occasion. Le devoir m’appelle, hélas !
Rassemblés rue Toldy, des centaines de vannistes attendent leurs transports. Les uniformes tant promis ont enfin été livrés ! Des camions allemands arrivent pour être chargés d’équipements et d’armes, les bus municipaux s’occupent des hommes. Le lieutenant Vedres, de la 8e Division hongroise, m’explique ses ordres d’arranger le transfert des vannistes côté Pest pour une mission de type “brigade de pompiers”. La situation est critique là-bas : des chars et des éléments d’infanterie soviets seraient sur le point de forcer la ligne de défense d’Alsónémedi.
Je fais mon rapport à Ilona ; elle m’assigne un couchage dans le couloir du sous-sol, à côté de la chambre de ses filles. On me donne un matelas, de la literie, deux couvertures pour chevaux. A la briqueterie, on dormait sur des matelas de paille !
A 17 heures, le lieutenant Vedres a envoyé deux compagnies de vannistes à Újpéteritelep. De là, elles devront marcher 6 kilomètres vers Alsónémedi. Le capitaine Bajzáth les accompagne pour faire la liaison avec le commandant de la 8e Division, le colonel Árpád Maltary. Les Hongrois sont subordonnés là-bas à la 376e Division allemande du général Herman Frenking. Un motocycliste arrive avec des nouvelles alarmantes. Au sud de Buda, les Russes avanceraient vers la station ferroviaire de Kelenföld. La 20. Panzergrenadier Division demande des renforts d’urgence. Ilona et le lieutenant Vedres veulent bien envoyer un second groupe de vannistes là-bas, mais le commandant de l’infanterie de la 8e Division, le lieutenant-colonel Variházy, contremande cet ordre avec colère.
– Tous les vannistes doivent immédiatement être dépêchés à Alsónémedi !
A 22h00, dans la bibliothèque, comme cadeau de bonne nuit, Ilona reçoit un coup de fil désespéré de Bajzáth. Le second convoi de 278 vannistes s’est fait rafler par les restes de la 215e Division allemande, occupés à défendre une position clé à l’ouest d’Üllő. Vannay veut conserver son bataillon entier, au lieu de faire de la viande à la découpe. Ilona appelle le major Eckesparre, adjoint au 30e Corps, et parvient à le charmer afin qu’il fasse preuve de son autorité. Le lieutenant Vedres reçoit l’ordre de renvoyer tous ses camions vers Alsónémedi et Vannay part en coup de vent rejoindre ses troupes là-bas ! Moi et Ilona essayons de comprendre cette situation confuse : les groupes motorisés allemands sont envoyés en hâte au sud et au nord de Buda, tandis que l’infanterie hongroise dans Buda monte sur des camions allemands vers Pest, à l’est…
23h00 : Vannay appelle de son QG avancé. La situation est sous contrôle, mais il craint une attaque demain à 6h00. Toutes les ambulances ont été positionnées aux postes avancés. Ilona m’explique sur une carte que les 560 hommes de Vannay ont été assignés sur une position de 5 kilomètres de long sur la ligne principale. Devant eux, il y aurait deux bataillons soviétiques dans des bunkers, et une division roumaine. Les sapeurs hongrois qui tenaient ces bunkers se sont rendus sans combattre.
Le terrain est dégagé, hormis quelques petits reliefs. La voie la plus importante menant à Gyál puis Wekerletelep est défendue par la 376e Division, qui dispose de quelques semi-chenillés mais pas de chars. Il ne fait pas de doute que l’ennemi attaquera bientôt ici, pour se saisir de l’île Csepel et de ses importants stocks de carburant comme de munitions. Je suis incrédule : la 17e SS a juste été transférée de Pest vers Buda et en retour le bataillon Vannay a été envoyé de Buda vers Pest afin de combler le vide laissé par ce départ ? Ilona est amusée : « Imagine la tête de Tolboukhine quand ils verront que la composition des troupes qui leur faisait face a changé pendant la nuit ! » »
(Boy Soldier – Budapest 1944, par Ervin Iván Galántay, Militaria 2007)
Tchécoslovaquie “libérée“
Nasi se vraceji
Košice – Une nouvelle bienvenue parvient de Londres au gouvernement tchécoslovaque : le président Edvard Beneš a décollé de Croydon pour rentrer au pays ! Et avec une escorte composée uniquement d’avions nationaux, s’il vous plaît !
Toutefois, même si l’Europe de cet été 44 n’est plus vraiment celle de l’été 43, le voyage reste aussi long que dangereux. En plus, ces jours-ci, il fait très orageux sur les Alpes. Du coup, la date d’arrivée de Beneš est incertaine – détours et escales techniques obligent. Enfin, du moment qu’il arrive… Il pourra enfin rétablir l’autorité légale une bonne fois pour toutes !
L’Esprit de la Guerre (Dennis Kolte)
Museau à museau
Sárvár – « Le IV. Abteilung du 1. Regiment n’est pas exactement l’unité d’élite du Brandenburg – si tant est qu’il en ait encore, hélas. Peu de chance donc qu’on nous présente aux chefs, huiles et autres intéressants personnages venus se faire photographier avec nous. Jadis, le régiment fuyait la publicité – et, ça tombe bien, on ne lui en offrait guère. Mais cela aussi a sans doute changé.
Passant à fond de train devant notre méprisable colonne à l’arrêt, une berline fortement escortée – par des motards, deux chars légers et même deux flaks mobiles. Sur le siège arrière, j’aperçois brièvement le profil d’un type qu’on dit génial, mais dont j’observe tout de même qu’il n’a plus gagné une bataille depuis deux ans au moins, à ma connaissance : le feld-maréchal Erwin Rommel, que Radio-Berlin surnomme toujours le Renard. Comme chacun sait, les grands chefs ont de grands souhaits. De grands souhaits entraînent généralement de grands problèmes – et plus grands sont les souhaits, plus grands sont les problèmes.
Je comprends mieux pourquoi Kriegsheim nous a fait mettre en rang et nous a ordonné de nous décrotter. Il fallait faire bonne impression, tout propres comme des sous neufs faux. Tartufferie.
J’observe mon groupe, uni sous nos casques camouflés. Youcef se marre, Valeska maugrée et Olaf, comme de juste, parait impressionné. Karl, lui, tremble légèrement. Je lui demande en français : « Ben quoi, qu’est-ce que t’as ? » – « Rien, Caporal-chef. J’appréhende. ».»
Notes
21- Commandant de la 2e Compagnie du 1er Bataillon d’assaut universitaire.
22- La 132. VGD, détruite peu de temps avant.
23- Avenue Italienne. |
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Hendryk

Inscrit le: 19 Fév 2012 Messages: 4023 Localisation: Paris
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Posté le: Mer Mar 04, 2026 10:50 Sujet du message: |
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| Casus Frankie a écrit: | | Je traverse le Haymarket et j’entre dans la rue Retek. |
C'est en VO, Haymarket? ça fait anglo-saxon comme toponyme. _________________ With Iron and Fire disponible en livre! |
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demolitiondan

Inscrit le: 19 Sep 2016 Messages: 13213 Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris
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Posté le: Mer Mar 04, 2026 11:04 Sujet du message: |
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Apparemment oui, je n'ai trouvé aucun équivalent en langue magyare. _________________ Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste |
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John92
Inscrit le: 27 Nov 2021 Messages: 1620 Localisation: Ile de France
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Posté le: Mer Mar 04, 2026 11:21 Sujet du message: |
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17 août
La Hongrie, coûte que coûte
Après Györ-Nitra – Tenir le filet
Au sud du Danube –
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En fait, le Vojd est sans doute bien plus intéressé par la prise de Bratislava – et de Vienne, si possible – que par la conquête d’ (à ajouter)une poignée d’arpents de marais, …
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Indifférents (Indifférent ? C’est Krichenkine qui l’est ) à ce genre de considérations, Kriuchenkine commence déjà à se porter vers l’ouest, …
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La Slovaquie, prochaine étape !
La pause est bien finie
A l’est de Bratislava –
…
Mais malheureusement pour eux, le 20e Corps Blindé (Pavel Poluboiarov) est passé devant (a dépassé ) les frontovikis – 16e Armée (Nikolai Kiryukhine) et 47e Armée (Filipp Zhmachenko). Et il charge dans la plaine de la Nitra, avec sa poignée de T-34 survivants. Cette action, conjuguée à un effort notable de la 1ère Armée tchécoslovaque (Ján Golian) – peu motorisée mais motivée, et qu’on laisse gentiment passer devant – disperse la queue du XVII. AK, dont la 218. ID (Viktor Lang) perd – encore – quelques plumes.
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17 août
Hongrie soumise
…
RAS
… _________________ Ne pas confondre facilité et simplicité |
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Pendjari

Inscrit le: 06 Juin 2018 Messages: 1303 Localisation: Nantes
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Posté le: Mer Mar 04, 2026 11:27 Sujet du message: |
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"Haymarket" = marché au foin si je traduis correctement.
Je connaissais le massacre de Haymarket Square à Chicago en 1889 mais je n'ai rien trouvé quant à l'origine de ce mot en Magyar, enfin à Budapest en particulier. _________________ "J'ai glissé Chef !" |
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demolitiondan

Inscrit le: 19 Sep 2016 Messages: 13213 Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris
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Posté le: Mer Mar 04, 2026 11:28 Sujet du message: |
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Si vous y tenez absolument, c'est le Heu Markt (Széna piac) sur la Kálvin tér.
VOILA. _________________ Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15562 Localisation: Paris
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Posté le: Mer Mar 04, 2026 13:16 Sujet du message: |
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Ah !
Sinon, pour ceux qui s'interrogeraient sur le sous-titre "Museau à museau"…
Il s'agit de Rommel et Dennis. Un museau de Renard et un museau… de lionceau ? _________________ Casus Frankie
"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire) |
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Etienne

Inscrit le: 18 Juil 2016 Messages: 3217 Localisation: Faches Thumesnil (59)
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Posté le: Mer Mar 04, 2026 18:43 Sujet du message: |
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Ah! Je connaissais plutôt le Muzo de Placid...  _________________ "Arrêtez-les: Ils sont devenus fous!" |
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loic Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 10782 Localisation: Toulouse (à peu près)
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Posté le: Mer Mar 04, 2026 22:13 Sujet du message: |
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| Citation: | | la seule et immense tragédie du Siège de Budapest |
La majuscule est-elle utile ?
| Citation: | | à la rencontre du LXV. Panzer-Korps et du III. Panzer-Korps |
Eventuellement "des III. et LXV. Panzer-Korps ?
| Citation: | On lui ordonne de se présenter à une villa sur la Colline aux Roses
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Majuscules ?
| Citation: | | Il veut garder Eugène |
| Citation: | | Adieux à Eugène |
| Citation: | | la Colline aux Aigles, le cimetière de la Prairie aux Loups et Őbuda elle-même. Les vides entre les positions ont été assignés aux étudiants sur la Colline aux Roses |
Majuscules ?
| Citation: | | Ilona appelle le major Eckesparre, adjoint au 30e Corps |
30e ou XXXe ?
| Citation: | | le feld-maréchal Erwin Rommel |
On a aussi écrit Feld-Maréchal ou Feld-maréchal (mais ça fait un paquet de corrections...) _________________ On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
Dernière édition par loic le Jeu Mar 05, 2026 08:17; édité 1 fois |
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demolitiondan

Inscrit le: 19 Sep 2016 Messages: 13213 Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris
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Posté le: Mer Mar 04, 2026 22:57 Sujet du message: |
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Le petit Ervin n'écrit pas en chiffres romains. _________________ Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15562 Localisation: Paris
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Posté le: Mer Mar 04, 2026 23:27 Sujet du message: |
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Et en hongrois, si j'ai bien pigé, c'est Eugene, pas Eugen ni Eugène.
Quant aux noms de lieux avec des capitales, je les considère comme des noms propres composés…
Le Siège de Budapest : la lettre capitale est une façon de donner de l'emphase. Une peu comme dans la Grande Guerre.
Pour les Panzer-Korps - en effet, c'est mieux "III. et LXV." dans ce cadre.
Enfin, feld-maréchal - ça fait un petit moment que j'ai normalisé ainsi, mais, c'est vrai, après pas mal d'hésitations…  _________________ Casus Frankie
"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire) |
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loic Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 10782 Localisation: Toulouse (à peu près)
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Posté le: Jeu Mar 05, 2026 08:18 Sujet du message: |
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Du coup, faut retirer l'accent à Eugene.
Si tu veux trouver les différentes écritures de feld-maréchal, faut cocher la case "Respect des accents/majuscules" dans le moteur de recherche. _________________ On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ... |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15562 Localisation: Paris
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Posté le: Jeu Mar 05, 2026 11:33 Sujet du message: |
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18 août
La Hongrie, coûte que coûte
Après Györ-Nitra – Tenir le filet
Au sud du Danube – Le 2e Corps Blindé (Ivan Lazarev) continue de se regrouper et de reprendre son souffle – et son chef dans les premiers. Le général sait bien qu’il vient de réaliser un nouvel exploit (21). Il ne doute donc pas que les récompenses suivent… En attendant, il s’attache à consolider la ligne sur le Marcal, en s’emparant dès aujourd’hui de Somlóvásárhely, demain de Sümeg… et après-demain de Keszthely ? Qui sait.
Derrière lui, le 5e Corps de Cavalerie (V.D. Kriuchenkine) continue de nettoyer et commence à remonter vers son camarade sur la route de Tapolca, dépassant Városlőd et Kapolcs parmi des bois humides, piégeux et pleins de moustiques comme de fascistes en déroute. La victoire est ici bien pénible.
Festung Budapest – Mort sur le Danube
Forteresse de Buda (côté est) – Au sud, la 9e Armée (Vasily Glagolev) commence à chasser l’Axe de ses positions les plus avancées – et bien peu défendables… – d’Érd et de Törökbálint pour le repousser sur une ligne plus raisonnable, sans doute marquée à terme par la voie ferrée de Kelenföld. Confrontés à cette action déterminée, Allemands et Hongrois retraitent sous un feu d’artillerie constant en direction du district ferroviaire – la 199. ID (Walter Wißmath) se voit bien obligée de fermer la marche derrière la 20. Panzergrenadier (Georg Jauer) et le 1er Bataillon d’assaut magyar. Tout le monde doit pouvoir reculer ensemble.
Pendant ce temps, du côté d’Óbuda, des combats stériles se poursuivent : la 17. SS-Freiwilligen Kavallerie Maria-Theresa (August Zehender) et la division Szent Lászlo (major-général Zoltán Szügyi) luttent désormais pied à pied pour reprendre les espaces plus ou moins ouverts de Testvérhegy et d’Aranyhegy (dont les parcs de Mocsárosdűlő, qui commencent à ressembler à des cimetières…). Les Germano-Magyars cherchent notamment toujours à dégager le carrefour de l’Aranyhegyi-patak, afin de fermer aux Rouges la plupart des accès au Danube. Pour ce faire, manquant toujours autant d’infanterie, ils font massivement appel à des éléments improvisés, telles que les Unités spéciales de défense, dont le Bataillon Vannay.
De son côté, jugeant avec sagacité que les Allemands se porteront forcément un jour au secours des assiégés, Vladimir Baskakov n’exige pas que son 8e Corps Mécanisé s’accroche obstinément à ses positions. En revanche, il guette l’arrivée de la 18e Armée (Andrei Gretchko) sur sa droite – cette armée vient en effet de prendre pied sur l’île de Szentendre. Mais en attendant, il faut faire payer chaque victoire aux fascistes, en dépit – pour lui aussi – d’un certain manque d’effectifs pour tenir sa ligne…
………
Forteresse de Pest (côté ouest) – Début de l’assaut massif, concentrique et très déterminé ordonné par Tolboukhine contre la ligne Attila. La ceinture fortifiée de la Festung Budapest comprend en réalité trois lignes de défense successives distantes de 3 ou 4 kilomètres (la ligne intérieure longeant les premiers arrondissements) et, forcément, de circonférence toujours plus grande de l’intérieur à l’extérieur.
Très contestée par l’Armée Rouge depuis sa première offensive de juillet, la ceinture extérieure n’est plus tenue que sur le flanc sud, et avec des effectifs si faméliques que, par endroits, on n’y trouve pas plus d’un homme pour cent mètres. On comprend donc que l’Axe compte plus sur sa deuxième ligne, allant de Vecsés à Pécel, Sorosksár et Maglód. Sur la première ligne, seules la 1ère Brigade de Montagne (Ferenc Lóskay) et la 376. ID (Herman Frenking) s’accrochent encore à leurs positions chèrement reprises d’Alsónémedi, Ócsa et Felsőpakony. Et encore – même là-bas, il a fallu faire largement appel à des supplétifs !
L’attaque démarre avec méthode.
Au nord, la 18e Armée d’Andrei Gretchko a deux objectifs : prendre la vallée du Sződrákosi à la 72. ID (Hermann Hohn) – peu nombreuse mais bien retranchée dans les bois vers Csomád – et descendre le Danube par l’île de Szentendre, point de passage majeur mais dont Tolboukhine soupçonne qu’elle sera peu défendue… Pari gagnant : ses troupes débarquent assez facilement depuis Vác et commencent à descendre vers le village de Szigetmonostor. La prise de Szentendre – véritable aiguille de 20 kilomètres de long – ouvrirait à l’Armée Rouge l’ensemble du flanc nord de l’Axe jusqu’à Megyer et la caserne Petőfi Sándor (qui sert de base à ce qu’il reste de la flotte du Danube). Autant dire que la presque totalité de la ligne Attila serait tournée ! Mais, comme le pensait Tolboukhine, Reinhardt n’a absolument rien à dépêcher sur Szentendre. Il ne prévoit donc pas de s’accrocher à sa première ligne, ni même à sa seconde, bien plus que nécessaire – abstraction faite des instructions imbéciles de cette andouille de Pfeffer-Wildenbruch. Avant la nuit, Csomád est ainsi contestée et le combat se décale vers Dunakeszi, après une retraite menée dans les pires conditions en tous les points du front.
Immédiatement à gauche de Gretchko, la 14e Armée (Valerian Frolov) doit forcer les positions de la 330. ID (Georg Zwade) à Veresegyház, Szada et Gödöllő. Cette unité, décimée par les combats passés de Transylvanie, ne peut prétendre sérieusement tenir sa ligne. Elle se trouve très vite en très grande difficulté, perdant sa seconde ligne pour refluer vers Mogyoród et Kerepes, soit pratiquement la troisième ligne. La menace d’une prise de flanc permise par le recul de la 72. ID aura au moins servi à cela… Une fois encore, les bombardements et les mitraillages accompagnent le repli. Et pourtant, Frolov ne pèse pas de tout son poids !
A l’inverse, la 3e Armée roumaine (Petre Dumitrescu) appuie avec détermination – à la mesure de ses faibles moyens et de l’appui parcimonieux des avions des FARR, dont la disponibilité devient franchement pis qu’aléatoire, faute de pièces détachées (22). Les Roumains ne tentent pas moins de passer le massif de Gödöllő jusqu’à Isaszeg. Ils y affrontent la 328. ID (Joachim von Tresckow) – laquelle trouve ici un adversaire à sa taille : elle n’hésite pas à saigner son ancien allié avec cruauté, quoique non sans mal. Cependant, l’aile droite de Dumitrescu se venge, à la limite du Gödöllő, sur encore plus petit et mal équipé qu’elle – ou du moins elle essaie. La 1ère DI hongroise (Gusztáv Deseö) est déshéritée, certes, mais ne voit pas la moindre raison de céder à son rival de toujours ! Deseö refuse de reculer et les deux unités se heurtent avec un bel élan, qui ferait surement plaisir à leurs parrains respectifs… s’ils y attachaient le moindre intérêt. En fin de journée, les Roumains ont peu progressé et trop perdu – mais c’est sans doute le prix de la rédemption.
A Gyömrő, la 62e Armée (Vladimir Kolpakchi) tente de s’ouvrir un passage en plaine, droit vers Hákoshegy et le Xe district, avant de tenter un enveloppement en formant pinces avec la 14e Armée. Faute d’une Szent-Lászlo partie ailleurs, son seul adversaire immédiat est la 2e Brigade de Montagne (Sándor Makray), renforcée (mal) d’éléments épars. Celle-ci ne fait absolument pas le poids : elle est pratiquement pulvérisée par la frappe initiale, ce qui impose l’intervention de la seule réserve du secteur, la 14. Panzergrenadier (Erich Schneider), afin de couvrir la troisième ligne à Rákoskeresztúr et de barrer à la 62e Armée la route des aérodromes. Malheureusement, cette division, qui ne vaut guère plus qu’un bataillon (et encore !), ne peut qu’espérer ralentir la vague, en attendant mieux.
Plus bas, à Üllő, la 6e Armée de la Garde (Pavel Batov) prend sa revanche de l’humiliation jadis infligée par la 215. ID (Bruno Frankewitz). Cette dernière, faiblement soutenue par les débris du 191. StuG Abt (Hauptmann Alfred Müller), tente de refluer vers Vecsés, entraînant à sa suite la 376. ID (Herman Frenking) vers Gyál, dont les éléments hongrois censés la renforcer s’effondrent…
Tous ces mouvements laissent ainsi la 4e Armée roumaine (Gheorghe Avramescu) affronter la 1ère Brigade de Montagne hongroise (Ferenc Lóskay) et la 225. ID (Ernst Riße) à Ócsa, avec le seul appui d’une (petite) partie de la 9e Armée soviétique. Les unités de l’Axe ne sont pas vraiment flamboyantes, certes, mais on pourrait voir dans la faiblesse de cet appui un manque de coordination déplorable. Et si, finalement, les camarades avancent, c’est surtout du fait des progrès des armées soviétiques… et, en général, de l’effondrement complet de la ligne Attila (23).
Devant pareil tableau, d’aucuns pourraient croire la partie déjà jouée. Pourtant, dans tous ces secteurs, les combats se poursuivent toute la journée avec acharnement, sitôt la troisième ligne atteinte, ou même avant. L’Axe lance de vigoureuses contre-attaques, dont certaines sont initialement couronnées de succès. Cependant, chaque fois, Allemands et Hongrois ne peuvent ni exploiter, ni tenir le terrain reconquis – faute d’effectifs, et, plus globalement, de perspectives. En réalité, en s’acharnant ainsi pour défendre la ligne Attila, à l’extérieur de la ville, la Festung consume ses forces vives en pure perte. Exactement ce que souhaitait son adversaire.
Ainsi, au soir du premier jour, de larges brèches se sont ouvertes entre les unités en retraite, tandis que les bombardements aériens rendent particulièrement difficile, sinon impossible, la montée en ligne des réserves – d'ailleurs, une partie de celles-ci a déjà été envoyée autre part. Tout cela augure bien de la suite, et dès cette nuit.
………
Radio Berlin – « Désespérant de s’emparer de Budapest avant l’arrivée des secours dépêchés depuis le Vaterland, l’armée bolchévique vient de lancer un nouvel et sanglant assaut sur les positions de la Festung. Partout, le Slave est repoussé, ou ne progresse qu’au prix des plus lourdes pertes, sans rien changer au cours des opérations : nos soldats tiennent, et nos armes miracles arrivent pour balayer les charognes de nos ennemis. »
Sabordage
Sur le Danube – Avec l’attaque – et la chute probable – de l’île Szentendre, les restes de la flottille allemande du Danube sont désormais irrémédiablement coincés. Certes, les derniers bateaux s’efforcent d’évacuer les blessés et de ravitailler l’île en munitions, sous les tirs d’artillerie… mais c’est sans espoir. Les petits Sturmboots ne sont pas conçus pour faire du transport à découvert !
Avant la fin de la journée, il n’en reste donc plus un seul opérationnel, entre les obus de l’artillerie et les mitraillages des Sturmovik. Les marins survivants et ce qui subsiste des équipes techniques en sont quittes pour rejoindre l’infanterie et partager son sort final.
Des Roumains chez les Soviets
Le bal des maudits – « C’est vrai, les Hongrois ne se laissent pas faire. A peine la Horia, Cloșca și Crișan s’est-elle élancée sur notre droite, en premier échelon, qu’elle se voit contre-attaquée par des miliciens ralliés. Ceux-ci sont courageux, assez entraînés (enfin, plus que la moyenne des leurs…), bousculent nos camarades et, dans l’élan, emportent même nos premières lignes.
Tenue en réserve, la Vladimirescu Kecskemét monte immédiatement au feu. « En avant, camarades ! Pour la victoire et la Grande Roumanie égalitaire ! » hurle Palariar, le pistolet au poing. Dans les retranchements et positions saisis par l’ennemi, mon escouade engage deux groupes adverses – notre équipée de la veille avec le lieutenant Lucian Hasdeu fait que nous connaissons bien le secteur et comment contourner les obstacles. J’expédie deux adversaires dans une tranchée et nous avançons rapidement vers une sorte de PC avancé. Mais je n’ai pas le temps d’en approcher. L’explosion d’un obus de mortier venu, hélas, de nos lignes, me jette au sol et le monde s’effondre. Sonné, il me faut plusieurs minutes pour reprendre mes esprits – devant moi, on traîne plusieurs corps, dont un officier peut-être. Deux nouveaux camarades tués par un tir ami. Malheurs de la guerre, ennemie des peuples, mais il faut continuer ! »
(Adieu mon pays… encore une fois, Vasil Gravil, Gallimard 1957)
La Slovaquie, prochaine étape !
La pause est bien finie
Devant Bratislava – C’est fait : la 38e Armée (Kyrill Moskalenko) se trouve face aux faubourgs nord de la capitale slovaque. Il est donc possible – et souhaité – d’engager immédiatement le repli de la 5e Armée de Chars (Andrei Kravchenko). Kravchenko reçoit l’ordre de regrouper ses troupes dès cette nuit à Miloslavov – soit à une dizaine de kilomètres des positions de la 10e Armée (Vasily Popov) à Šamorín, où celle-ci commence justement à chercher quelques points de passage en dépit de quelques barrages intermittents. N’en déplaise à la Stavka – laquelle insiste beaucoup sur le fait que ce n’est qu’un mouvement de 18 kilomètres – cette manœuvre risque de prendre un peu de temps : les rares points de passage sur le Petit Danube sont surchargés (notamment à Most pri Bratislave, toujours aussi bien nommée, mais toujours aussi en ruines) et il reste à Kravchenko près de 120 chars et presque 60 canons automoteurs, avec tout ce que cela implique en termes de ravitaillement et de véhicules de soutien. Informé, Bagramian – qui sait bien tout cela – ne peut qu’enjoindre à son subordonné de se dépêcher. Tout le monde est déjà assez en retard comme ça et Moscou a l’œil sur chacun !
Plus au nord, le 20e Corps Blindé (Pavel Poluboiarov) atteint comme prévu la trouée de Jarky, en achevant de bousculer la queue du XVII. AK (Otto Tiemann). En insistant un peu, il pourrait sans doute forcer le barrage de la 218. ID (Viktor Lang)… mais les pertes seraient en proportion, or Poluboiarov n’a pas la plus puissante des unités de l’arme blindée rouge, en dépit du soutien valeureux de quelques troupes de pointe de la 1ère Armée tchécoslovaque (Ján Golian). La 1ère Division (Alois Liška), par exemple, formée au combat interarmes par les Occidentaux et bénéficiant de l’expérience des Balkans, fait montre d’un bel élan… sans réussir toutefois à exploiter pleinement son potentiel, faute de transports motorisés en nombre suffisants (restés à la frontière yougoslave !) et de « difficultés techniques imprévues dans la coordination » (24). Quant aux autres troupes, en formation ou mal équipées, elles se contentent de faire du nettoyage et hissent le drapeau rouge (et le tricolore tchèque) dans les localités traversées, par exemple Baťovany (25)….
Derrière Poluboiarov, la petite 16e Armée (Nikolai Kiryukhine) patine, avant de faire enfin la jonction avec la 5e Armée de la Garde (Vyacheslav Tsvetaev) quelque part aux environs de Rybany. En fait, il s’agit plus d’une prise de relais : en effet, Tsvetaev doit immédiatement repartir en arrière, avec la 47e Armée (Filipp Zhmachenko), pour prendre la direction de Travna en prévision des opérations sur le Danube. A-t-on assez dit, pourtant, que Bratislava – donc Vienne – étaient prioritaires, et non Trenčín ou Nové Mesto nad Váhom !
Opération Corvinus – Mordre les mollets des Soviets
Sárvár – C’est parti… sous la direction du Renard des Balkans en personne, l’OB Donau abat sa dernière main, en envoyant au charbon ses deux principales réserves blindées toujours opérationnelles : les LVI. Panzer-Korps (Walter Krüger) et III. PanzerKorps (Fritz-Hubert Graeser). Ces dénominations et l’ordre de bataille de ces deux corps – respectivement deux divisions blindées ou motorisées et trois divisions blindées – ne doivent pas faire illusion : ces troupes sont essorées, manquent de tout (notamment de carburant), n’ont pas vraiment pu se reposer depuis leurs affrontements contre les Britanniques pour le saillant de Nagykanizsa, et leur effectif est presque tombé au tiers de leurs tables d’équipement. Un peu moins de la moitié, pour les plus chanceux. Il ne faut donc pas en attendre un triomphe spectaculaire en cas de rencontre avec le cœur de l’Armée Rouge, comme naguère pour l’Armee-Abteilung Ungarn.
Cela étant, pour le moment, peut-être bien que la chance sourit aux Allemands. Couverts par un temps incertain – et surtout par une certaine indifférence de leurs adversaires, qui les considèrent irrémédiablement vaincus dans ce secteur – les panzers avancent en deux colonnes, dirigées respectivement vers Pápa (par Celldömölk, pour Walter Krüger) et vers Ajka (par Zalabér, pour Fritz-Hubert Graeser). Il s’agit de passer la grande plaine humide du Marcal avant qu’on vienne à leur rencontre. Pour l’instant tout va bien… Même si la peur du Jabo ou même de l’avion de reconnaissance hante les transports blindés.
Guerre aérienne
Espèce (encore) protégée
Ouest de la Hongrie – Les Pumas rouges tentent de reprendre des couleurs. En fin d’après-midi, deux Gustav de la 101/4 Vihar décollent sur alerte pour intercepter un B-24 endommagé, lequel a le malheur de passer à côté de leurs nouveaux terrains. Le Viermot est promptement expédié par le lieutenant Béla Füleky et le sergent Zoltán Nemeslaki, qui se partagent cette unique victoire.
Notes
21- Un historien soviétique : « L’action victorieuse du 2e Corps Blindé a empêché l’ennemi de rallier Székesfehérvár, ce qui a offert au 4e Front Ukrainien une liberté d’action décisive pour agir en profondeur et frapper le dispositif défensif de la Festung Budapest. »
22- Quant aux VVS, elles se font prier pour fournir des appareils à leurs nouveaux camarades !
23- Les historiens récents ne sont pas tendres avec les 150 000 soldats roumains cobelligérants (et surtout avec la 3e Armée). « Un poids plus qu’un appui » disent certains – hélas, c’est moins une critique qu’un constat.
24- Cette superbe litote de l’historiographie soviétique cache une raison bien plus sombre : l’Armée Rouge se méfie comme de la peste de la 1ère Division tchécoslovaque, unité formée à l’étranger avec des réactionnaires et des expatriés, possible noyau de quelque chose de nationaliste, dont Moscou ne veut à aucun prix. On comprend que le 2e Front Ukrainien n’ait pas reçu spécialement pour consigne de coordonner ses autres troupes avec cette division, quitte à sacrifier quelques dizaines d’engins et presque autant d’équipages… Quant aux pertes tchèques, elles arrangent bien Staline !
25- Si durement éprouvée par la répression du Soulèvement qu’elle deviendra Partizánske en 1948. |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15562 Localisation: Paris
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Posté le: Jeu Mar 05, 2026 11:41 Sujet du message: |
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18 août
Hongrie soumise
Enfants soldats – Un goût de défaite
Budapest – « Je dors trop longtemps et je rate le petit déjeuner. Au QG, Ilona est tendue et fume en continu. Les nouvelles arrivent lentement d’Alsónémedi. A 10h00, un appel du capitaine Bajzáth : l’ennemi a attaqué par surprise et Vannay a immédiatement contre-attaqué depuis le flanc jusqu’aux bunkers. La résistance adverse, composée de sales Roumains, connaît un flottement. Les lignes téléphoniques ont gagné 800 mètres.
Ilona écrit des messages dans son registre. Je m’assois à côté d’elle et fait de même dans mon propre journal. Elle dit que c’est sûrement utile, car nous pourrons comparer nos notes en cas d’ambiguïté.
10h45 : appel de l’enseigne Pálházi de la ligne de bunkers. L’ennemi frappe dur et Vannay a été touché ! Son évacuation est retardée par un feu de mortiers lourds. Le bataillon a besoin de ravitaillement urgent : fusils, munitions, grenades, Panzerfaust… Le capitaine Sándor Németh, du III/8, prend le commandement à titre temporaire.
11h45 : le capitaine Bajzáth a appelé le QG de la 8e Division (26). Vannay est arrivé à Gyál, il a perdu beaucoup de sang mais ses blessures ne sont pas sérieuses. A Alsónémedi, l’ennemi attaque toujours plus dur et le capitaine Németh a dû ordonner la retraite vers les positions de départ. Le général Frenking veut renouveler l’assaut à 14h00 avec le soutien de canons automoteurs allemands,
12h45 : Vannay appelle Ilona depuis le QG de la 376e Division. Il attribue au lieutenant-colonel Variházy, de la 8e Division hongroise, l’échec de son attaque. Il a déployé ses vannistes avec seulement 40 coups par fusil ! Ils sont simplement tombés à court de munitions. Alors, des blindés soviets sont apparus derrière nos positions antichars et ont submergé tracteurs et équipages. Vannay exige que Variházy soit démis de son commandement. Il va demander au général SS Zehender de s’en expliquer avec le général Reinhardt.
Ilona téléphone à notre correspondant au Kampfgruppe Europa, le Hascha (27) Wenger. Elle nous rapporte que le docteur Vogel a déjà demandé par deux fois le rappel immédiat de tous les vannistes à Buda.
Déjeuner dans le sous-sol de la cuisine. Soupe de lentilles et jambon. Des chenils ont été aménagés dans la cour. Les civils donnent leurs animaux. Les filles s’occupent de les nourrir. Le vieil adjudant Zsoldos veut dresser ces chiens à des missions de reconnaissances.
14h30 : nouvel appel de Vannay, depuis Pesterzsébet. Il a eu un bon échange avec Zehender, qui a appelé personnellement le commandement suprême et arrangé un entretien entre Variházy et le colonel Irme Kalándy, en charge des aspects disciplinaires.
15h40 : le capitaine Bajzáth appelle du QG de la 8e Division. Le lieutenant-colonel Variházy a été démis de son commandement. Le lieutenant-colonel allemand Krämer (28) prend en charge tout le secteur d’Alsónémedi, dont les vannistes,
19h00 : Pálházi depuis Gyál : les vannistes n’ont reçu aucun ravitaillement en nourriture depuis 24 heures. L’assaut sur Alsónémedi a été annulé.
20h30 : Vannay appelle du château de Buda : sa réunion avec Kalándy s’est bien déroulée. Le bataillon va être renvoyé vers Buda sur des véhicules de la 20. Panzer-Division. Il veut voir Ilona dans ses appartements de la rue Donáti.
Ilona appelle les frères Salésiens d’en face : peuvent-ils préparer des matelas et des couchages pour les vannistes de retour ?
21h00 : Ilona prend son journal et part rue Donáti pour discuter avec Vannay. Je reste dans la bibliothèque avec l’équipe de transmission.
21h15 : les camions allemands arrivent et déchargent 99 hommes. L’enseigne Pálházi nous informe que le bataillon a eu 73 tués et que 67 hommes sont manquants. Ils ont mangé avant de quitter Gyál, maintenant ils ont besoin de dormir. Les hommes sont sales, grognons et démoralisés.
0h00 : le capitaine Bajzáth appelle du QG de la 8e DI pour signaler que le général Frenking a ordonné la retraite sur la 3e ligne Attila, qui passe derrière l’aéroport Ferihegy et va jusqu’à Soroksár. Cette réduction de périmètre va permettre de renvoyer tous les vannistes dès demain. »
(Boy Soldier – Budapest 1944, par Ervin Iván Galántay, Militaria 2007)
Amateurs obstinés
Quartier juif historique de Budapest – La violente rebuffade subie ces derniers jours (et infligée par leurs alliés et protecteurs germains, en plus !) n’a pas découragé les Croix-Fléchées. Faute de pouvoir entrer dans le ghetto historique, les militants multiplient désormais les chasses aux Juifs contre tout ceux qui passent à leur portée, sauf dans les rares refuges encore sous la protection de Wallenberg ou de Perlasca – car son bluff tient toujours !
Plus cynique encore : faute de pouvoir atteindre leurs cibles dans leurs si chers uniformes de milicien, les séides de Vajna envoient une centaine de policiers complices dans la zone tenue par les Allemands, soi-disant pour stopper les massacres et mettre quelques personnes choisies à l’abri. Dans la soirée, les patrouilles allemandes retrouveront 45 corps dans la rue Wesselényi… soit à quelques mètres à peine d’un poste de police. Les dépouilles seront ensuite ramassées et jetées dans le Danube – sur le conseil cynique du Docteur Ferenc Orsós, médecin légiste, qui discourt volontiers sur la nécessité « d’éviter un autre Lublin (29) ».
Tchécoslovaquie “libérée“
Nasi se vraceji
Aérodrome de Tri Duby (au sud de Banská Bystrica, Slovaquie) – L’annonce de l’arrivée prochaine – voire imminente – des camarades anciennement exilés déclenche une tornade de joie dans tout le 1er Régiment aérien de Chasse indépendant tchécoslovaque (capitaine František Fajtl), tout comme dans la 9e EC Bohême-Moravie et la 22e E-ACCS Tatras (30). Bientôt, leurs La-5 FN et leurs Mustang vont avoir de la compagnie, avec les Spitfire IX qui accompagnent Beneš !
En prévision de ce jour heureux – et aussi parce qu’il n’y a plus vraiment de raison de rester près de Banská Bystrica dans de si mauvaises conditions – les pilotes tchécoslovaques se préparent à faire mouvement vers Nitra. Il s’agit d’une ancienne installation de l’aviation tchécoslovaque, retapée vaille que vaille par les Allemands durant les derniers jours de son occupation. Un grand terrain mal drainé, avec quatre hangars seulement. Mais au moins, c’est le début de quelque chose qui ne pourra que s’améliorer. Et puis les vétérans ne seront pas dépaysés !
Hongrie “libérée”
Un gentil collaborateur
Debrecen – Encore une figure recrutée pour les manigances communistes : Gyula Kállai rejoint la future institution de collaboration avec les Soviets. Cet ancien du Parti communiste hongrois, expulsé de son université pour ses activités politiques, puis devenu journaliste, a beaucoup contribué à la résistance contre le régime Horthy. Au point qu’il a passé tout l’été 1943 en prison… avant d’être relâché, faute de preuves. Décidément, la régence était au moins aussi molle que réactionnaire !
Revenu à Debrecen, où il avait jadis travaillé pour le journal Független Újság, Kállai n’est sans doute pas à proprement parler un notable respecté. Cependant, c’est une plume loyale et utile. Pas du luxe, devant la difficulté visible que rencontre le Magyar Kommunista Párt à recruter des personnalités tierces.
L’Esprit de la Guerre (Dennis Kolte)
Je sais que tu es là
Sur la route de Sümeg – « Nous avançons péniblement sous la pluie, en affichant la certitude que nous allons gagner – ou du moins que nous le pensons, ou que nous voulons le penser. La marche – car nous sommes à pied : sur le front même, qui va risquer de traîner dans un cercueil offert aux Jabos ? –… la marche se fait mécanique. Abrutis de fatigue, les hommes parlent peu. Et une sensation lancinante gagne mon esprit. Une voix. « Je sais. » La voix reprend. « Je sais. » – « Je sais que tu là. »
Au-dessus de nous tourne un oiseau de proie. Un vautour ? Non, il est plus bas que je ne pensais, donc plus petit. Un faucon, dirait-on. Rien d’anormal en cette saison et dans cette région. Mais j’ai l’impression qu’il m’observe…
« Là. » Pas de doute, le faucon suit ma trace. Au début, il volait haut, bien sûr, à ma recherche. Mais il m’a trouvé. « Là. » Je le vois à chaque détour du chemin, posé sur une branche, puis passant d’un arbre à l’autre, me sondant de son regard perçant, par-delà obstacles et reliefs, jusqu’au tréfond de mon âme. « Là. »
« Là. » Le cri se répète, entêtant, comme une sinistre promesse. « Là. » La présence de l’oiseau s’estompe dans le soir, tandis qu’un bruit sourd d’artillerie souligne que nous approchons de la ligne de feu. Un bref instant, je pense me coucher, quand je l’entends à nouveau. « Je sais que tu là. » Je me retourne, il est installé dans un arbre, à considérer le monde d’un regard égal et fixe, tournant la tête vers moi d’un mouvement froid et mécanique. Il s’envole à nouveau. File vers l’est. Nous devance.
« Là. » Les premières traçantes nous accueillent.
« Là. » Les ordres fusent, rauques. Il faut y aller – c’est alors que je revois l’oiseau de proie posé sur un chaume abandonné, le bec ensanglanté, les serres plantées dans une colombe dodue, dont les entrailles tachent de vermillon le blanc de son plumage. « Là. » »
Notes
26- Rattachée à la 376. ID, du fait des très lourdes pertes subies dans les Carpates.
27- Abréviation pour Hauptscharführer – équivalent SS d’un adjudant-chef.
28- Ancien commandant du 90. Panzer-Grenadier Rgt (20. PzGr), dissout du fait des terribles pertes subies et dont les survivants ont été absorbés par le 76. Panzer-Grenadier Rgt.
29- Historiquement, Orsós fit partie de l’équipe chargée d’étudier le charnier de Katyn – son propos est ici transparent.
30- Deux groupes seulement pour l’une comme pour l’autre. |
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