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La Pologne, d'une "libération" à l'autre
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loic
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MessagePosté le: Mer Aoû 13, 2025 16:03    Sujet du message: Répondre en citant

demolitiondan a écrit:
Et surtout pas de gouvernement à renverser dans notre univers.

Y a-t-il vraiment une différence avec OTL ?
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On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
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demolitiondan



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MessagePosté le: Mer Aoû 13, 2025 17:51    Sujet du message: Répondre en citant

Ben oui. Comme précisé. FTL, y a un gouvernement légal d'union national déjà.
Les différences seront sensibles. Pas spectaculaires - mais sensibles. Si vous pensez que je vais partir dans un délire à la hussard ailé. Arrow Arrow Arrow Arrow Arrow
_________________
Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
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Anaxagore



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MessagePosté le: Mer Aoû 13, 2025 20:26    Sujet du message: Répondre en citant

... ah bon, pas d'intervention de hussards chevauchant des pégases? Zut les voir lutter contre des T-34 et des chasseurs MiG-3 aurait été amusant... Laughing
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Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Aoû 14, 2025 08:44    Sujet du message: Répondre en citant

Des hussards ailés, Anaxagore ! Portant sur le dos des trucs en forme d'aile (oui je sais, faut être Polonais pour ça). Pas sur pégases !
Autre note, cette fois @ Demo Dan : l'annexe sur la Roumanie ne fait même pas le tiers de celle-ci !



La mise au pas du pays
Face à une population épuisée, passée non loin d’un génocide et qui n’était plus guère en état de se défendre, la “République populaire” dicta ses règles du jeu.
– Répression policière et sociale massive contre les “gangs” (des groupes d’autodéfense…) par la milice citoyenne et les unités du ministère de la Sécurité publique.
Les effectifs de ce ministère atteindraient le tiers des effectifs totaux de l’état, soit 140 000 personnes ! De plus, sans doute pour remercier l’Armée Rouge, milice et police l’aideraient à exterminer les mouvements nationalistes ukrainiens subsistant dans l’est du pays.
– Déplacement dans la nouvelle Pologne de la population des territoires récemment annexés par l’URSS.
Pour faire admettre la ligne Curzon, le régime irait jusqu’à se prévaloir de l’acquiescement de l’ancien gouvernement polonais – lequel, pourtant, n’avait jamais formellement signé le moindre traité sur la question. Six millions de personnes seraient ainsi déplacées d’est en ouest, si besoin à la pointe des baïonnettes.
– Rétablissement des finances de l’État par tous les moyens nécessaires, y compris par des confiscations.
Avec, parmi tant d’autres outils, le fameux décret Bierut « sur la propriété et l’utilisation des terres dans la région de Varsovie ». Ce décret impliquait en réalité la confiscation de tous les biens immobiliers privés de l’ancienne capitale (94 % du parc !), officiellement à des fins de reconstruction (14).
– Nationalisation de l’industrie et des banques.
A des termes strictement polonais – l’URSS avait aimablement renoncé à ses futures participations… contre (notamment) la fourniture annuelle de 8 à 13 millions de tonnes de charbon à des prix environ huit fois inférieurs aux prix mondiaux. Néanmoins, le pillage du pays, par l’Armée Rouge puis par le biais d’accords économiques, se poursuivrait (15)…
– Mise en œuvre d’une réforme agraire, comprenant notamment la confiscation massive des terres précédemment occupées par des germanophones.
Ce qui, paradoxalement, empêcherait une collectivisation totale, les parcelles confisquées ayant été attribuées à des fermiers individuels. Cependant, la production souffrirait beaucoup de cet émiettement !
– Mise en place d’un plan triennal de rétablissement des productions industrielles et agricoles.
Mais il s’y ajouterait un plan sur six ans, pour reconstruire à marche forcée l’industrie lourde, base de l’industrie d’armement. Et bien sûr, ce plan prévoirait la réduction graduelle des fonds destinés par le plan triennal à l’agriculture et à l’industrie de consommation…
– Unification de l’ensemble des organisations politiques, sous l’égide du Parti ouvrier unifié polonais (PZPR) de Bolesław Bierut. De même, création de l’Union de la Jeunesse polonaise par fusion de l’ensemble des organisations de jeunesse.
– Rupture du concordat de 1925 avec l’Église de Pologne.
Cependant – nécessité faisant loi, sans doute – relative tolérance en matière de manifestations religieuses (16) et d’activité éditoriale des associations catholiques.
L’Église s’en tirait bien – mais il faut dire qu’elle avait adopté « une attitude constructive » en appelant les fidèles, dans ses lettres pastorales, à « travailler ensemble dans la nouvelle Pologne ». La dite « nouvelle Pologne » tenterait toutefois de créer son « clergé patriote », un peu sur le modèle du clergé jureur de la Révolution française. Tentative qui resterait cependant marginale, le catholicisme n’admettant qu’une seule hiérarchie ecclésiastique. Finalement, un accord conclu le 14 avril 1949 avec l’épiscopat polonais garantirait l’indépendance de la structure de l’Église et de la procédure de nomination de ses évêques, ainsi que le retour des cours de catéchisme dans les écoles et des aumôniers dans les hôpitaux, les prisons, l’armée… En échange, le clergé s’engagerait à « respecter la loi et l’autorité de l’État », à « s’opposer aux activités hostiles à la Pologne » et à « ne pas faire obstacle à l’expansion des coopératives dans les campagnes ».
– Élimination de l’ensemble des « éléments négatifs » de l’armée – anciens de l’AK, officiers républicains…
Cette mise au pas s’accompagnerait d’une réforme militaire dirigée par le maréchal Rokossovski – lequel, pour la forme, devait acquérir en 1947 la nationalité polonaise. Le maréchal aurait les pleins pouvoirs et ne répondrait qu’à Moscou. Une forte contraction des effectifs serait tolérée pour épurer les forces armées, mais cette mesure serait que provisoire – à terme, l’armée polonaise deviendrait la plus nombreuse d’Europe de l’Est.
– Éradication de l’analphabétisme et mise en place d’une éducation universelle, uniforme, gratuite, publique et obligatoire, avec ouverture de très nombreuses bibliothèques (fermées ou détruites par les Allemands).
Cependant, on ne trouverait pas dans ces bibliothèques les nombreux ouvrages considérés par le gouvernement comme « séditieux », qui seraient voués à la destruction.

Notes
14- Le décret utilisait des moyens subtils pour obtenir la confiscation. Ainsi, le propriétaire d’une maison détruite était mis en demeure de la reconstruire à ses frais et dans un délai très court. A défaut, la ville se substituait à lui, exigeant en retour des mensualités… qu’elle recouvrait en saisissant le bien ! Historiquement, les propriétaires – ou plutôt leurs descendants – ne furent indemnisés qu’en 2008.
15- « Tout ce que les Allemands n’ont pas détruit ou emporté dans le secteur industriel est maintenant détruit et emporté par les troupes soviétiques. Tout ce qui a été installé, déplacé ou en général modifié dans les entreprises industrielles après 1939 est considéré comme un héritage allemand, donc un butin de guerre, qu’il faut démanteler et emporter en Russie. » Jan Stanisław Jankowski, ancien délégué du gouvernement pour la Pologne à Varsovie.
16- Ainsi, les soldats de l’Armée polonaise, même devenue “populaire”, commençaient leur journée de caserne avec le chant religieux « Quand les lumières du matin se lèvent ».
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Anaxagore



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MessagePosté le: Jeu Aoû 14, 2025 09:03    Sujet du message: Répondre en citant

Casus, je sais bien, mais c'était plus marrant aisi.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Aoû 15, 2025 08:16    Sujet du message: Répondre en citant

@ Anaxagore : je m'en doutais - mais tous les lecteurs ne connaissent peut-être pas les hussards ailés.


Une convalescence sans issue
C’en était fait… Nous étions en 1947 et le pays entrait dans une nouvelle ère.
Pour l’intérêt du lecteur, sortons un peu du strict cadre de notre propos pour évoquer à grands traits comment le gouvernement tenta de réaliser son programme et quelle fut la destinée d’une Pologne désormais soumise à l’URSS.
Sur le plan économique, le plan triennal fut un grand succès – en 1949, la valeur de la production industrielle était déjà environ 50 % plus élevée qu'en 1937, et la productivité par habitant avait augmenté de 150 %. Pour affirmer cette réussite, le système de cartes d’approvisionnement mis en place depuis la guerre pour organiser le ravitaillement de la population fut aboli le 1er janvier 1949. Toutefois, le 30 octobre de la même année, un échange de billets de banque fut soudainement effectué, invalidant environ 60 % des espèces en circulation. Il s’agissait d’une confiscation de facto des ressources monétaires des Polonais, opération nécessaire à l’obtention de nouveaux moyens financiers… L’économie redémarrait donc avec force, mais au bénéfice de Moscou et non de la population du pays, ce qui était sans doute ce qu’on en attendait.
Pendant ce temps, la répression politique se poursuivait avec entrain.
La nouvelle constitution votée en 1945 attendrait le 1er mai 1951 pour être appliquée – le temps pour le PZPR de régler ses dissensions internes entre les partisans d’un politique « par l’éducation », autour de Władysław Gomułka, et les tenants de la ligne dure, dirigés par Bolesław Bierut (17). Les seconds triomphèrent, bien sûr – Gomułka fut arrêté lors de ses vacances sur la côte de la Baltique, exclu du Parti, accusé de trahison… puis simplement mis au placard.
La nouvelle constitution – dite “constitution de mai”, voire “constitution stalinienne” (sic !) n’était en réalité rien d’autre qu’un acte déclaratif de propagande. Elle ne réglementait pas les activités du principal centre du pouvoir politique – à savoir, le Parti ouvrier unifié polonais. Par suite, elle était sans aucun doute moins importante que les statuts du dit Parti. Quelques évolutions typiquement soviétiques furent néanmoins gravées dans le marbre : principe de l’unité du pouvoir d’État, référence à une république du Peuple travailleur et principe du pouvoir populaire, dont l’émanation était censée être la Diète – le pouvoir législatif, auquel étaient en théorie subordonnées les autres institutions : le pouvoir judiciaire et le pouvoir exécutif, représenté par le gouvernement et le Conseil d’État.
Évidemment, dans ce contexte, toute aide de l’Occident – qu’il s’agisse du plan Marshall ou de modestes accords commerciaux avec les Français ou les Britanniques – était désormais malvenue. En cinq années à peine, le pays avait bien changé…
« En 1952, la Pologne était un pays fermé. Elle était séparée du monde par une clôture de barbelés longue de plus de 2 000 km, 1 300 tours de guet et une bande de terre volée de plus de 3 000 km. Les frontières étaient gardées par 30 000 soldats des Forces de Protection des Frontières, qui avaient l’ordre de tirer sur quiconque tentait de s’échapper. En un an, le ministère de la Sécurité publique n’avait délivré de passeports qu’à 12 000 personnes, et la grande majorité d’entre eux avaient été attribués à des fonctionnaires et à des militants du Parti soigneusement sélectionnés et contrôlés, et pour des voyages d’affaires dans d’autres pays du bloc soviétique. Seules cinquante personnes environ avaient reçu des passeports pour voyager en Occident à titre privé. » (D’après “Un pays sans issue ? Migrations de Pologne, 1949-1989”, par Dariusz Stola)

La première révolte et la punition
En mai 1951, fraîchement désigné président de la Semj (la nouvelle Diète) et du Conseil d’État, Bolesław Bierut concluait sa prestation de serment par ces mots : « Que Dieu me vienne en aide ». Cependant, dans son esprit, il n’avait sans doute plus besoin de l’aide du Ciel : après vingt ans de loyauté servile, au prix de milliers d’assassinats et de centaines de milliers d’emprisonnements et de condamnations aux travaux forcés, le serviteur de Staline était arrivé à ses fins : l’alignement complet de son pays sur Moscou. Et il pouvait penser qu’avec le temps, le pays finirait par l’accepter. Après tout, l’Église était respectée, la prospérité globalement rétablie (même si, à l’échelon individuel, le citoyen n’en profitait que peu), le Teuton puni, les anciens responsables évincés… Tout était pour le mieux ! Un avenir radieux de collectivisme prosoviétique semblait s’ouvrir.
Et pourtant, Bierut se trompait – car en réalité, le communisme était loin d’avoir pénétré en profondeur la société polonaise.
Mais Bolesław Bierut ne s’en rendit pas compte. Il mourut à Moscou quelques mois à peine après Staline, le 18 mars 1954 – sans que l’on puisse établir de lien : chacun savait que sa santé était très mauvaise (18). Dans le contexte d’un début de déstalinisation, cette disparition ouvrit les cellules de quelques-uns et donna de l’espoir à beaucoup. Et les plaisanteries sur sa fin – « Il est parti en manteau de fourrure et il est revenu dans une mallette en cuir » – pouvaient permettre de prévoir la suite. Très vite, d’importantes grèves exigeant des réformes éclatèrent à Poznań et Łódź.
Ces protestations violentes révélaient une fragilité qui surprit en Occident, tant leurs slogans étaient éloquents : « A bas la bourgeoisie rouge », « Nous voulons la liberté », « A bas le bolchevisme », « A bas les communistes », « Nous exigeons des élections libres sous la supervision de l’ONU », « Vive Mikołajczyk » et même « A bas les Russes » ou encore « A bas les Moscovites » ainsi que « Nous exigeons une Pologne véritablement libre » ! La chanson antisoviétique “Bij bolszewika!” revenait à la mode…
Les débordements gagnèrent vite les foires et les usines, tandis que les prisons étaient attaquées pour libérer les prisonniers. En l’absence des porte-flingue de la Sécurité publique – dont, le ministère avait fort imprudemment été dissout dans une maladroite tentative d’apaisement – ce fut l’armée qui se chargea de la répression, sous l’autorité du nouveau président, Józef Cyrankiewicz. C’était l’ancien Premier ministre de Bierut : autant dire qu’à Moscou, on n’envisageait pas de changer quoi que ce fût.
Soixante-dix morts plus tard, il fallut bien constater qu’on ne pourrait pas tenir éternellement le pays à la pointe des baïonnettes. Le PPR envisagea des réformes cosmétiques – c’est ainsi qu’il fut décidé de rappeler Władysław Gomułka, communiste prétendument modéré, pour mener une nouvelle politique socialiste (l’expression « à visage humain » n’était pas inventée, mais c’était l’esprit), tout en éloignant les staliniens avérés tels Rokossovski ou Minc. Depuis l’Europe occidentale, Mikołajczyk se déclarait même prêt à revenir – bravade ! Tout ceci était déjà bien trop pour l’URSS. Dans la nuit du 11 au 12 mai 1954, l’ensemble du territoire polonais fut envahi par des troupes d’occupation en Allemagne, des forces venant d’Ukraine ou de Biélorussie et enfin des éléments stationnés sur place. L’armée polonaise, toujours sous les ordres du maréchal Rokossovski, ne résista pas. Bien au contraire, elle fut la première à prendre le contrôle des villes.

Gomulka et le dégel anti-stalinien
Il est possible que ces événements aient contribué à l’échec de la réunification hongroise de 1955 – après tout, l’Armée Rouge était lancée, elle n’allait pas s’arrêter sur les Carpates si les Hongrois de l’Est osaient tenter de quitter le Camp des Travailleurs.
Quoiqu’il en soit, en Pologne, Władysław Gomułka ne sauva sa tête qu’en multipliant les concessions et en désavouant les exilés. Homme prudent mais communiste sincère, il semblait persuadé que le régime n’aurait d’avenir que dans la transparence. Il déclara ainsi, lors d’une réunion du Bureau politique du Comité central du Parti ouvrier unifié polonais : [/i]« Quand on a perdu la confiance d’un pays, il est possible de le gouverner une nation à l’aide de baïonnettes, mais celui qui s’oriente vers une telle éventualité s’oriente vers la perte de tout (19). Nous ne pouvons pas revenir aux anciennes méthodes. »[/i]. Tout en caressant d’une main le parrain soviétique pour le rassurer, il entreprit de mettre en œuvre de l’autre avec rapidité ce qu’on baptiserait plus tard « le dégel anti-stalinien » : fin du culte de la personnalité, abandon de la collectivisation de l’agriculture, amélioration des libertés civiles, création de conseils ouvriers, grâces massives de prisonniers politiques, réintégration d’un certain nombre d’officiers renvoyés de l’armée, fin des boutiques réservées à la Nomenklatura (20), autorisation de posséder à nouveau des biens précieux.
Toutefois, Gomulka ne parvint pas à éliminer totalement des organismes gouvernementaux le stalinisme, lequel restait représenté au PPR par la faction Natolinistes (21) de Zenon Nowak, un dur de la première heure. Mais alors qu’il tentait toujours de négocier avec l’URSS le retrait des troupes russes du territoire polonais, les élections de la Diète de 1956 offrirent à sa faction réformiste Puławy une assise pour poursuivre ses aménagements (plutôt que ses réformes…). Certes, la liste était unique, mais il n’y avait eu que 6 % d’abstentions.
Malheureusement, dès 1957, le Parti dut revenir sur une partie de ses promesses et mettre l’avenir en pause. C’était la condition fixée par les Soviétiques pour accepter l’évacuation partielle du territoire et – occurrence unique dans le bloc de l’Est – le principe d’une non-ingérence dans les affaires polonaises des forces soviétiques « restant temporairement stationnées en Pologne (22) », dont les effectifs seraient précisés ultérieurement. Dans l’esprit de Moscou, c’était sans doute de peu d’importance : la Pologne, vue comme une fille ingrate et agitée (quoiqu’indispensable économiquement), se trouvait fort heureusement coincée entre le grand frère et la sœur cadette, la petite RDA, bien plus disciplinée. Et en pratique, comme la Pologne n’avait pas de politique étrangère propre (23) et se comportait exclusivement comme un sous-traitant de l’URSS, on pouvait bien rallonger un peu la laisse du chien – lequel ne manquerait pas de rester là où il était nourri ! Jusqu’à autoriser à nouveau des cercles catholiques laïcs à la Diète.
Bref – l’espoir, ténu mais présent, l’espoir qui faisait rentrer d’Europe de l’Ouest des dizaines de milliers d’exilés, parmi lesquels des militaires et des hommes politiques – vacillait telle une chandelle dans le vent. Cela ne pouvait augurer que d’un retour du conflit.

Nouvelle révolte, nouvelle punition et nouveau dégel
A l’été 1957, des troubles sociaux et surtout la fermeture de plusieurs revues étudiantes décidée par la faction rigoriste déclenchèrent une nouvelle poussée de fièvre. Celle-ci se traduisit par cinq jours d’émeutes varsoviennes très durement réprimées par la milice, laquelle constituait de plus en plus une véritable armée privée au service des durs du Parti. Ceux-ci envoyèrent contre les manifestants leurs nouvelles unités, formées, équipées et fanatisées sur le conseil du grand voisin, et que l’on avait baptisées d’un acronyme voué à une terrible postérité : ZOMO (Zmotoryzowane Odwody Milicji Obywatelskiej, Réserves motorisées de la milice citoyenne).
Ces événements mettaient évidemment la faction Puławy en porte-à-faux. Soutenir la répression, c’était désavouer les réformes. Désavouer la répression, c’était soutenir la sédition ! Prudent comme toujours, Gomułka joua un temps le balancier, s’attachant en pratique à éliminer les extrémistes des deux camps pour s’appuyer sur une légion d’opportunistes obéissants…
Et au début des années 60, il fallait bien convenir que – contre toute attente – l’équilibriste était près de parvenir à ses fins ! De fait, hormis quelques régulières poussées de fièvre universitaire marxiste (incarnées notamment par Jacek Kuroń et Karol Modzelewski, jeunes militants expulsés avec fracas du Parti ouvrier…), la Pologne désormais stable semblait s’acheminer vers un régime bâtard. Ce régime restait fondamentalement communiste et socialiste (contrairement à celui de la Roumanie, de nature affairiste, voire oligarchique), mais il se voulait aussi d’une tolérance très vigilante vis-à-vis de la culture catholique traditionnelle, tout en s’ouvrant un peu au modèle de culture de masse occidentale. C’est fort paradoxalement que l’on qualifierait plus tard cette orientation de “libérale”, dans ce qui fut désigné comme la “Gauche culturelle”.
Le pays se modernisait à grande vitesse : cinéma, téléviseurs, magasins en libre-service… Mais les inégalités entre l’intelligentsia citadine et la campagne demeuraient abyssales. Face à cet immense risque social, la réforme agraire de 1957 avait été mise sous le tapis – l’État renonçait à la collectivisation et admettait une certaine libéralisation des prix, qui fit beaucoup pour permettre au pays de dégager un excédent commercial (24) et pour restaurer une certaine fierté nationale, y compris avec tout le mépris que cela impliquait vis-à-vis de l’URSS (25), laquelle se voyait contrainte à une (très relative) bienveillance, tout simplement parce qu’elle dépendait en grande partie de ce domestique peut-être un peu trop compétent.
En réalité, et en dépit de tous ses efforts, le Parti n’était pas à même d’imposer une véritable culture soviétique. Le 3e Congrès de 1965 entérina cet état de fait par plusieurs décisions fortes :
– loi sur la “réconciliation” autorisant le retour des anciens combattants de l’AK, lesquels toucheraient même leurs pensions d’anciens combattants, pour peu qu’ils acceptent le régime ;
– mise en place d’un Code de la Famille et de la Tutelle parmi les plus modernes d’Europe à cette date, avec divorce par consentement mutuel et définition des obligations de garde ;
– émission d’un grand nombre de Codes judiciaires dont certains sont toujours en vigueur à ce jour.
Tout allait donc bien en République Populaire de Pologne ? Non, hélas. Mais assez bien pour les conservateurs, qui ne voyaient aucune raison de réformer, alors qu’avec le ralentissement naturel du développement, la croissance économique diminuait inexorablement.


Notes
17- Signalons en passant que l’intéressé avait tenté de s’entremettre entre Staline et Tito – mais il semble que le Yougoslave n’ait pas apprécié ces efforts à leur juste valeur…
18- Le compte-rendu d’autopsie parle de grippe et de pneumonie ayant entraîné une crise cardiaque. Bierut souffrait d’une athérosclérose sévère et d’une maladie rénale. Le suicide ou le meurtre n’ont jamais été sérieusement démontrés. Quoi qu’il en soit, il garde une image noire dans l’histoire polonaise, celle d’un mini-Staline méprisé, dont on écrit volontiers que « le qualifier de marionnette du Kremlin serait lui faire beaucoup d’honneur ».
19- Gomulka connaissait peut-être ce mot attribué à Napoléon : « On peut tout faire avec des baïonnettes, sauf s’asseoir dessus. »
20- Des magasins à accès (très) limité, dont les vitrines trop bien garnies étaient masquées par des rideaux jaunes – symbole insupportable de ségrégation politico-sociale.
21- Laquelle était aussi férocement anti-internationaliste (donc nationaliste) et antisémite. Les tenants de l’utilisation d’une “main lourde” savent toujours quels instincts flatter.
22- A des fins dites défensives vis-à-vis de l’OTAN, et aussi (surtout) pour protéger Kaliningrad.
23- A quelques détails près toutefois – la République Populaire de Pologne s’abstint notamment de reconnaitre plusieurs mouvements indépendantistes violents luttant contre la République Française, renvoyant ainsi l’ascenseur de quelques bonnes volontés passées.
24- La propagande soviétique, qui luttait pour faire croire que le système des kolkhozes marchait, passait pudiquement sous silence l’origine des biens qu’on trouvait dans les magasins moscovites. Ce qui inspira aux paysans polonais un trait d’humour acide : « L’Union soviétique fait des miracles : chaque année, elle fait pousser du blé russe en Pologne ! ».
25- Autre plaisanterie de l’époque : « L’agriculture soviétique n’a que quatre problèmes : l’été, l’automne, l’hiver et le printemps. ».
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Hendryk



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MessagePosté le: Ven Aoû 15, 2025 09:22    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
Seules cinquante personnes environ avaient reçu des passeports pour voyager en Occident à titre privé. »

On repense à ce film de Kieslowski, Le Hasard, qui appartient par ailleurs à la sous-catégorie uchronique des divergences dans la vie des individus (selon que le personnage principal arrive à prendre son train ou le rate, le reste de son existence sera différent). Dans l'un de ses destins possibles, il devient dissident, et au moment de prendre l'avion, il est arrêté et son passeport confisqué.

Casus Frankie a écrit:
En mai 1951, fraîchement désigné président de la Semj (la nouvelle Diète)

Ce n'est pas plutôt la Sejm?

Casus Frankie a écrit:
21- Laquelle était aussi férocement anti-internationaliste (donc nationaliste) et antisémite. Les tenants de l’utilisation d’une “main lourde” savent toujours quels instincts flatter.

On voit une référence à cette politique à la fin de L'Orchestre rouge, quand le personnage joué par Claude Brasseur voit une vitrine avec un écriteau "Interdit aux Juifs" et la brise d'un coup de poing.
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ChtiJef



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MessagePosté le: Ven Aoû 15, 2025 09:59    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
24- La propagande soviétique, qui luttait pour faire croire que le système des kolkhozes marchait, passait pudiquement sous silence l’origine des biens qu’on trouvait dans les magasins moscovites. Ce qui inspira aux paysans polonais un trait d’humour acide : « L’Union soviétique fait des miracles : chaque année, elle fait pousser du blé russe en Pologne ! ».
Je la connaissais sous la forme "les Soviétiques récoltent en Russie le blé qui pousse en Pologne"
Il y avait aussi la blague sur les vaches croisées aves les girafes : elles broutaient l'herbe en Pologne et produisaient le lait en Russie...
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demolitiondan



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MessagePosté le: Ven Aoû 15, 2025 16:21    Sujet du message: Répondre en citant

Sinon, personne pour relever comme un teaser ?
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Anaxagore



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MessagePosté le: Ven Aoû 15, 2025 16:36    Sujet du message: Répondre en citant

demolitiondan a écrit:
Sinon, personne pour relever comme un teaser ?


L'évocation des ZOMO?
Au passage, je me demande à quelle sauce tu vas 'manger' Karol Józef Wojtyła Wink
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demolitiondan



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MessagePosté le: Ven Aoû 15, 2025 16:41    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Gomulka et le dégel anti-stalinien
Il est possible que ces événements aient contribué à l’échec de la réunification hongroise de 1955 – après tout, l’Armée Rouge était lancée, elle n’allait pas s’arrêter sur les Carpates si les Hongrois de l’Est osaient tenter de quitter le Camp des Travailleurs.

Tout de même.
Et pour répondre à ta,question, tu va peut être me trouver conservateur. Mais en même temps, vu l'inertie du Vatican ... je rappelle tout de même que les cardinaux sont nommés individuellement par le pape. Pie XII (peu de chance que la FTL le fasse trembler, lui) puis Paul VI. Supprimer Paul VI serait enclencher un virage extraordinaire pas du tout justifié.
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Archibald



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MessagePosté le: Ven Aoû 15, 2025 17:46    Sujet du message: Répondre en citant

J'aime bien quand la FTL passe en mode "après-guerre". Très intéressant.

Citation:
se trouvait fort heureusement coincée entre le grand frère et la sœur cadette, la petite RDA, bien plus disciplinée.


Wait, il y a donc une Allemagne de l'est ? le rideau de fer FTL se balade donc entre un petit bout d'Allemagne, la Pologne, et la Hongrie coupée en deux ?
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Hendryk



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MessagePosté le: Ven Aoû 15, 2025 20:12    Sujet du message: Répondre en citant

demolitiondan a écrit:
Sinon, personne pour relever comme un teaser ?

La partition de la Hongrie?
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demolitiondan



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MessagePosté le: Ven Aoû 15, 2025 21:20    Sujet du message: Répondre en citant

Et sa réunification avortée.
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Hardric62



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MessagePosté le: Ven Aoû 15, 2025 21:28    Sujet du message: Répondre en citant

demolitiondan a écrit:
Sinon, personne pour relever comme un teaser ?


J'étais éloigné de l'ordi pendant la journée, vacances. Cela étant dit, au-delà de la séparation sans réunification 'immédiate' de la Hongrie, la situation va être intéressante, avec la zone soviétique d'Autriche (à voir comment ça va se passer là), la Yougoslavie... On va voir combien de temps ça va durer, mais le rideau de fer va être 'intéressant' dans le coin... Mur de Budapest en plus de celui de Berlin?
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