Fantasque Time Line Index du Forum Fantasque Time Line
1940 - La France continue la guerre
 
 FAQFAQ   RechercherRechercher   Liste des MembresListe des Membres   Groupes d'utilisateursGroupes d'utilisateurs   S'enregistrerS'enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

L’eau ferrugineuse, oui, mais…
Aller à la page 1, 2, 3  Suivante
 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Fantasque Time Line Index du Forum -> 1944 - Politique intérieure de la France Combattante
Voir le sujet précédent :: Voir le sujet suivant  
Auteur Message
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 15564
Localisation: Paris

MessagePosté le: Lun Fév 17, 2025 18:23    Sujet du message: L’eau ferrugineuse, oui, mais… Répondre en citant

Bon, en guise d'interlude (souvenirs lointains…), ce texte de HOUPS (vous l'auriez sûrement deviné…), qui est évidemment interdit aux femmes enceintes…
A la vôtre !



Alger, janvier 1944

Assis – une fois de plus – sur l’un des inconfortables sièges dévolus à la trituration de fessiers pas tous augustes, le visiteur s’absorba dans la lecture de l’un des deux quotidiens dont il s’était muni, sachant par expérience que l’attente pouvait s’éterniser. Contrairement à d’autres fois, l’édifice bruissait sourdement. Une porte claqua quelque part. Dans un corridor proche, des talons féminins trotti-cliquetèrent sur le carrelage. Malgré ce brouhaha et de désagréables courants d’air, l’huissier restait imperturbable. S’il n’avait pas bougé pour introduire la litanie des quémandeurs et des requis, on l’aurait pu croire exhumé de quelque recoin du Grévin, toujours le même, aussi immuable et éternel que ces fauteuils (quoiqu’en meilleur état apparent), ou que les plantons de l’entrée. Ayant épluché un résumé d’un discours de Churchill, un commentaire d’une déclaration de Roosevelt, et une relation fort édulcorée des opérations en cours, il attaquait la rubrique des faits divers, rubrique pouvant par ailleurs abriter quelque pépite, lorsqu’enfin le santon à chaîne dorée vint l’inviter à entrer dans le saint des saints.
Le trio qui le reçut s’avéra autre que ce à quoi il s’attendait : le troisième larron supputé – terme qui ne l’effleura même pas – avait bien laissé traces de son passage sous forme de mégots relevant d’une marque qui n’avait rien de nationale, mais il était remplacé par un homme dont la présence le surprit de prime abord, bien que, pour lui, le rencontrer n’eût rien d’exceptionnel. Mais avec les deux autres ? Ou ce qui aurait pu vraisemblablement être le triumvirat habituel ? Que diable ces trois-là allaient-ils lui sortir ?
Reynaud et Mandel, environnés de volutes bleutées l’un derrière son bureau, l’autre debout dans l’embrasure de la fenêtre, au côté de… Jardon, de l’Agriculture, ni plus ni moins, suspendirent la conversation en cours. Après les salutations d’usage, il y eut un silence. Oh, rien d’un ange passant chargé d’archives, plutôt un silence de réflexion – de quoi, pour le visiteur, réitérer in petto : « Qu’est-ce qu’ils vont encore me trouver ? ».
– Alors, Jacques, comment vous portez-vous ?
– Au mieux, Monsieur le Président.
– Remis de vos fatigues ?
– Tout à fait.
– Bien. Les affaires en cours vous donnent-elles un surcroît de travail ?
– Eh bien… franchement, oui. Je jongle avec les départs et les arrivées, et je suis assailli de demandes toutes plus pressantes les unes que les autres. Un ou deux collaborateurs de plus ne seraient pas de trop. Ainsi qu’un ou deux cargos ou tout autre rafiot capable d’atteindre Marseille. L’Armée ne nous facilite pas la tâche !
– Oui. Nous savons ce qu’il en est. Et je crains que ce que nous allons vous annoncer en rajoute.
– ???
– Vous n’ignorez pas que le Gouvernement est sur le point de quitter définitivement cette blanche cité pour remettre les pieds en France – enfin… En Métropole, veux-je dire.
– Oui. A ce sujet, je me permets d’ajouter qu’actuellement, mes services et moi-même ne pouvons quitter Alger, ça sèmerait une pagaille…
– Oh, en termes de pagaille, venez faire un tour dans nos bureaux…
– Ou chez nos chers députés. Les plus renâcleurs à ce retour sont précisément ceux qui avaient eu le plus à redire à leur Déménagement d’il y a trois ans et demi. Ils criaient à l’expatriation… Déjà trois ans et demi !
– Si tu le veux bien, revenons à nos moutons. »
Reynaud se tourna vers Bingen : « Ce qui a motivé, cette entrevue, c’est en partie de votre faute, Jacques. »
– Faute, faute…
– Oui. Non. Pas faute au sens de faute, bien sûr. Mais qui dit déménagement dit, lorsqu’on en a le loisir – et, Dieu merci, aujourd’hui nous avons ce luxe ! – qui dit déménagement dit “tri”. Tri des dossiers, des archives. C’est ahurissant la quantité de papier que nous avons pu noircir en si peu de temps. Je n’arrive pas à y croire !
– Ça fait réfléchir, ça oui !
– Et cela nous a permis d’exhumer et de revoir – on ne va pas tout jeter – le rapport que vous nous aviez transmis à la suite de cette mission en France, vous vous rappelez ?

(S’il se rappelait ? Une toux opportune évita à Bingen une exclamation indignée.)
– D’autres l’ont complété, bien sûr…
– Disons tout net que la situation de la population nous inquiète. La situation politique, bien évidemment…
– … Mais c’est un autre sujet. Ce qui a rapport avec vos compétences, Jacques, c’est l’état sanitaire de nos compatriotes. Les privations subies…
– Messieurs, vous n’ignorez pas que je me bats chaque jour pour acheminer en Métropole nourriture et médicaments, sans pour autant en priver l’Algérie, que je manque de navires pour les transporter, qu’il en disparaît déjà ici, et c’est encore pire à Marseille !
– Pour alimenter le marché noir !
– Or, justement, c’est l’afflux de biens qui tarira ce marché noir !
– Je veux bien l’entendre, Monsieur le ministre, mais…
– Marché noir qui alimente un certain ressentiment de la population, ne nous voilons pas la face.
– Même ici, d’ailleurs.
– Alors, que proposez-vous, Messieurs ? Je ne peux pas accélérer la construction des Liberty-ships de nos alliés ! Je n’ai aucun pouvoir pour contrôler ce qui entre et sort de nos ports. Encore heureux que les méfaits des sous-marins boches se soient raréfiés !
– Aussi avons-nous pensé que vous alliez faire le nécessaire pour que l’acheminement d’une denrée d’une importance vitale…
– … une denrée hautement symbolique…
– … patriotique et populaire, dirais-je….
– … et que tout un chacun associe à la France. Que l’acheminement de cette denrée, donc, soit prioritaire.
– La chose est si importante que le Président du Conseil s’intéresse à la question, nous ne vous le cachons pas, vous allez voir pourquoi.
– Avec toutes mes excuses, mais ce ne sera jamais qu’une priorité de plus.
– Nous comprenons vos réticences…
– Disons-le franchement : elles ne nous étonnent nullement. Nous allons vous expliquer comment nous voyons la chose.
– Je me permets d’ajouter que nous n’en serions pas là si…
– Hmm, cher ami, nous en avons longuement discuté, je crois, et ce n’est pas le sujet du moment !

Et d’explications, il y eut. Pimentées de beaucoup de gêne, au vu des événements d’un passé récent. Ces trois-là avalaient une sacrée couleuvre, mais Bingen se garda bien de faire la moindre remarque, d’autant plus que la proposition accaparait toute son attention. Qui donc pouvait en être l’auteur ? Jardon ? Ça se pouvait, mais lui-même, qui se tenait à l’écart de toutes ces manœuvres d’arrière-plan (ou d’arrière-cour, qui n’avaient jamais cessé), lui, en charge des transports maritimes – et plus ! – ne le saurait peut-être jamais. Et, au fond, pour le moment, à quoi bon se triturer les méninges pour ce qui était de bien piètre importance en ce qui le concernait ?

Quelque mois plus tard, dans les cinémas d’Alger, d’Oran, de Marseille, et de toutes les villes françaises libres ou libérées, ainsi que dans des salles des pays alliés…
Images
: « Actualités Pathé » puis ouverture sur la Bonne Mère avant que la caméra ne plonge en direction de la rade de Marseille, pour se focaliser sur l’arrivée d’un cargo. (Bruit de sirène.) Elle balaie ensuite une foule assez nombreuse qui salue depuis les quais. Beaucoup de femmes, d’enfants. La caméra ne s’attarde pas, revient sur le navire. Pendant ce temps, le titre apparaît en surimpression : « Sous l’égide du gouvernement de la République – Le VIN ET LA PATRIE ». Sur cette séquence, en fond musical : Douce France (1).
Voix off : « C’est avec beaucoup d’émotion que de nombreux Marseillais se sont massés sur les quais de la cité phocéenne afin de saluer l’arrivée du Bacchus (2), de la SoFluMar, en provenance d’Alger. Le Bacchus est un pinardier qui transporte dans ses flancs plusieurs milliers d’hectolitres de vin issu des vignobles de l’Algérois. Le vin !… [Changement de plan, images de vendanges : ébloui par le soleil, un vigneron cligne de l’œil face à l’objectif, après avoir déversé le contenu de sa hotte dans une espèce de gros baquet. A sa suite, en arrière-plan, une femme fait de même. Plan suivant : de robustes ouvriers font circuler une bouteille, boivent au goulot.]… Le vin ! Cette boisson hygiénique et fortifiante a de tout temps présidé au quotidien de chacun, et accompagné toutes les festivités. [Une noce un peu empruntée festoie à l’ombre d’un arbre. La mariée trinque en riant aux éclats.] Mais la guerre et son cortège de désolations ont ravagé les vignobles et les caves. [Des soldats, sans doute français, avancent, courbés, s’abritent derrière une carcasse de véhicule, sur fond de bâtiments en flammes. Panoramique sur des terres trouées de cratères, alternant avec celles de maisons en ruines ou en feu.]
Dans les chais qui avaient échappé à ces destructions, l’Occupant, de par la loi du plus fort, a razzié les bouteilles, puis Messieurs Laval et compagnie ont détourné à leur profit le peu de récoltes que nos compatriotes vignerons avaient péniblement tenté d’engranger. [Visiblement filmés pour des Actualités Cinématographiques allemandes, des Landsers hilares sortent d’une cave, bouteilles en main, et boivent effrontément face à la caméra, puis d’autres, emportant des caisses, déposent tour à tour leur fardeau sur une table. Chaque caisse est ouverte par un officier qui en extirpe plusieurs bouteilles, visiblement de champagne, et les aligne près de ce qui semble être un registre. Un œil averti aura reconnu des membres de la Luftwaffe. Plan suivant : des pilotes allemands ouvrent une bouteille, la mousse dégouline du goulot. Ils rigolent.]
Ne trouvant plus qu’une mauvaise piquette pour satisfaire ses besoins, le peuple de France a ainsi vu disparaître le sang de ses vignes, parti chez l’ennemi comme son blé, son charbon, son acier, conséquence de l’ignominie de ceux qui le trahissaient. [Images trop familières de femmes faisant la queue devant une épicerie. L’épicier sort de sa boutique et installe une ardoise : « Plus de pommes de terre ». Plan suivant : une rue de la capitale, panneaux en gothique à l’arrière-plan, puis intérieur d’un restaurant, certainement pas une gargote de quartier : des officiers allemands y festoient en compagnie de civils bien portants. Il y a même une ou deux présences féminines.]
Par bonheur, depuis le retour de nos armes sur le sol de la Mère Patrie, les choses changent !
Cependant, comme nos soldats bénéficient d’attributions de vin venant d’Afrique du Nord, des individus peu scrupuleux ont sali leur Arme en organisant un ignoble marché noir à base de centaines de litres de vin détournées, dont nos valeureux combattants avaient le plus urgent besoin. [Dans une arrière-boutique – on voit l’angle d’un comptoir – des mains anonymes troquent un flacon contre un sac informe.] Ces véritables gangsters n’hésitaient pas à couper d’eau ces boissons dès leur arrivée sur le sol de Provence, ou, à la demande de restaurateurs peu regardants, à en augmenter frauduleusement la teneur en alcool par l’adjonction d’autres alcools frelatés, à défaut de sucre – mélanges aux effets des plus néfastes. [Une terrasse de bistrot, dans une ville impossible à identifier – des soldats trinquent. Un cycliste passe dans le champ, accompagné d’un chien. Autre plan : une infirmière passe entre des lits d’hôpital, leurs occupants n’ont ni bandage, ni pansement.]
Aussi, alarmées par l’ampleur de ces trafics et leurs néfastes effets, les Autorités se sont-elles empressées d’y mettre un terme, dans un premier temps en emprisonnant les auteurs de ces malversations… [Vus de dos, des militaires armés encadrent d’autres individus en uniforme et les font monter dans un camion bâché.]… Puis, aujourd’hui, grâce au travail acharné de nos compatriotes vignerons d’Algérie, elles permettent à la population de pouvoir enfin avoir accès en toute sérénité et en toute transparence à une boisson non frelatée, si utile à tous. [Plein écran, une main empoigne une bouteille et remplit un verre d’un liquide coloré.]
Rappelons qu’un litre de vin véritable est un aliment complet indispensable à une bonne santé. [Jeune athlète torse nu, pectoraux avantageux, dégustant la boisson.] Ce litre de vin contient en effet tous les minéraux nécessaires au bon fonctionnement de notre corps, tels que le phosphore, le calcium ou le fer… [Dessin d’animation, façon craie sur tableau noir : le contour d’un corps humain, un verre stylisé sur la gauche. A l’énumération des corps chimiques, une flèche part du récipient et pointe le composant du corps qui apparaît simultanément : le cerveau, un fémur, un biceps.] … En boire régulièrement est donc une nécessité pour lutter contre les carences alimentaires. [Autre individu torse nu : bras maigres, poitrine creuse. On enchaîne sur la foule se pressant autour d’un récipient, citerne ou tonnelet, on ne sait trop.]
Consciente de ces bienfaits dont elle a été si privée, la population s’est rendue sur les lieux de distribution. [Chacun tend son verre en direction de deux hommes en uniforme, mais ce ne sont pas des gendarmes – peut-être des membres du CLR ? – visiblement préposés à l’opération et tout aussi visiblement sur le point d’être débordés. On voit une majorité de femmes et d’enfants. Au premier plan, une fillette d’une dizaine d’années à peine, serrant un récipient contre elle, paraît plus intéressée par la caméra que par le robinet qui remplit sans interruption tasses et gobelets. Retour sur le pinardier, vu du quai, en contre-plongée.]
Dès son accostage à Marseille, le contenu des flancs du Bacchus est déchargé dans les grandes cuves des chais récemment construits sur le port. De là, il est transféré dans des camions-citernes qui acheminent le précieux liquide en divers points de la ville, ou qui vont alimenter Aix-en-Provence, tandis que le front et les autres régions libérées seront ravitaillés par wagons-citernes. [Plan large sur une file de camions chargés de citernes bariolées de bandes plus ou moins sombres, puis sur des wagons rebondis poussés par une machine de service. Des cheminots posent pour l’occasion devant un aiguillage.]
Les premiers bénéficiaires de cette manne africaine se présentent devant les points de distribution, munis de leurs tickets, mais aussi de récipients, car le précieux liquide, véritable sang de la Nation, est livré en vrac, ce qui rend sa manutention plus aisée. [Une autre distribution. Sur fond de bousculade, des files s’organisent.]
Il est ainsi distribué un litre de vin par semaine pour un travailleur, un demi-litre pour une femme enceinte ou pouvant justifier d’une occupation, ainsi qu’un huitième de litre pour tout enfant de plus de huit ans, pour qui il est recommandé de couper cette quantité. [Garçonnet au bras, une femme tend un bidon de lait au préposé. Elle se tourne vers l’objectif, grand sourire, yeux brillants.] Les adolescents en pleine croissance ont droit quant à eux à un quart de litre par semaine pour les garçons, et la même quantité tous les quinze jours pour les jeunes filles. [Un moustachu à béret et bretelles remplit les verres d’un jeune homme puis d’une jeune fille. La scène se passe devant une maison, sans doute une ferme : derrière eux, on distingue les brancards et la roue d’un tombereau, ainsi qu’une porte de grange.]
Il ne faut pas croire que les habitants du Midi seront les seuls à bénéficier de ces arrivages. [Sous les encouragements – on suppose que ce sont des encouragements – un blondinet ingurgite tout un gobelet et le repose en faisant un grand sourire un peu niais.] Prenant la parole en public, M. ***, préfet de la République, a assuré que d’autres livraisons ne tarderaient pas à suivre afin d’approvisionner le Pays au fur et à mesure de sa Libération. [Le préfet en uniforme cède place à des vignerons d’âge mûr et à des femmes s’activant entre des ceps. La caméra s’attarde sur une femme tenant les mancherons d’une charrue entre deux rangées de végétaux. C’est un bovidé qui tracte l’engin.]
Le précieux nectar sera convoyé dans l’arrière-pays grâce au travail acharné des cheminots de la SNCF, qui savent combien est nécessaire la remise en état rapide de leur outil de travail. [Travelling sur des individus s’affairant avec force pioches et brouettes autour d’une voie. Le spectateur a tout juste le temps de remarquer que la plupart sont ou bien jeunes, ou de l’âge de leurs pères.] Conjointement, le Gouvernement va s’attacher à ce que les vignerons, quelle que soit la taille de leur vignoble, puissent de nouveau pratiquer leur activité dans les meilleures conditions possibles afin de vivre dignement de leur travail et procéder au relèvement de la Nation. [Silhouette de De Gaulle à son bureau, penché sur un dossier. Fondu-enchaîné, images d’archives d’un village en effervescence : un tonnelier roulant une barrique neuve, un bourrelier finissant une pièce de harnachement, une tablée de travailleurs levant le coude, et pour finir, panoramique sur un vignoble, sans doute dans le Beaujolais.]
Aussi des représentants des syndicats et coopératives viticoles, de nouveau autorisés, ont-ils été conviés à rencontrer au sud de la Méditerranée leurs collègues de l’Algérois. [Chapeaux de paille en tête, un peu empruntés dans leurs vêtements clairs, les membres de la délégation sont accueillis dans une exploitation viticole, le cadre ne laisse aucun doute. Poignées de mains.] Lors de cette visite fructueuse, ces délégués ont pu prendre connaissance des innovations mises en œuvre dans les vignobles d’Algérie… [Les mêmes, tournant autour d’un tracteur.] … et se sont notamment montrés vivement intéressés par les possibilités qu’offre la motorisation des exploitations. En effet, celle-ci réduit la fatigue du travailleur et multiplie son efficacité. [Tracteur flambant neuf en plein labour. Le conducteur, un Arabe tanné par le soleil, tressaute sur son siège au rythme des cahots de l’engin.] Un tel véhicule n’a pas besoin de repos ni de soins exigeants et peut largement tracter une charge qui nécessiterait l’emploi de plusieurs animaux. [Un cheval en collier de cuir s’ébroue, chargé d’une tonne débordant de grappes. Le plan suivant montre une scène équivalente, mais c’est un Massey-Ferguson – on voit nettement le nom de la marque – qui entraîne une remorque transportant non pas un, mais trois récipients tout aussi remplis. Des vendangeuses, poings sur les hanches, soufflent en regardant le convoi s’ébranler.]
De retour en Métropole, la délégation a été reçue par M. Jardon, ministre de l’Agriculture, pour discuter des modalités de la régénération de la viticulture française. [Le ministre accueille les voyageurs en haut d’un escalier, encadré par deux plantons.] Le bureau de M. Jardon a fait savoir que cette réunion avait été des plus constructives… [Grande table, dossiers ouverts devant des cendriers bien remplis, on reconnaît le ministre en bout, tout le monde paraît studieux et appliqué, ça discute, ça échange !] La représentation du monde viticole du Languedoc et de Provence accueillait même des représentants du Bordelais, qui avaient bravé les pires dangers pour assister à ces travaux. [Photo de groupe, sur le même perron, chapeaux mous, casquettes, pas de hauts-de forme !] Ces Messieurs ont publié un communiqué commun. S’ils déplorent l’absence des représentants des autres vignobles encore sous l’emprise de l’Occupant… [Carte de France, zone libérée, zone occupée.] … ils font preuve d’optimisme pour l’avenir, car le Pays saura se relever et montrer au monde que la viticulture française reprendra très bientôt le rôle qui a toujours été le sien : le premier ! [Sur fond de vignes, de vendanges joyeuses et de tournées généreuses, générique de fin avec quelques notes de Marseillaise.]

Notes
1- Trenet a chanté cette chanson pour la première fois lors d’un gala de Noël 1943 à Marseille, où il s’était installé au début de l’année, « fatigué de l’atmosphère parisienne ».
2- Jauge brute : 1 810 tx, longueur : 85,50 m, emporte 17 000 hectolitres en citernes. Ne pas confondre avec le Bacchus, ravitailleur en… eau de la Royal Navy (Eastern Fleet). En 1935, la mise en service du Bacchus français avait entraîné la colère des dockers d’Alger, car ce type de navire leur enlevait du travail ! En 1944, il y a du travail pour tous… [Merci +++ à Capu Rossu ! Et merci à qui proposera un nom adapté pour M. ***, préfet de la République.]
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Hendryk



Inscrit le: 19 Fév 2012
Messages: 4023
Localisation: Paris

MessagePosté le: Lun Fév 17, 2025 19:14    Sujet du message: Répondre en citant

A la santé de la FTL!


_________________
With Iron and Fire disponible en livre!
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Etienne



Inscrit le: 18 Juil 2016
Messages: 3217
Localisation: Faches Thumesnil (59)

MessagePosté le: Lun Fév 17, 2025 19:17    Sujet du message: Répondre en citant

"Sauvez un vigneron, buvez du vin!" Laughing
_________________
"Arrêtez-les: Ils sont devenus fous!"
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé Visiter le site web de l'utilisateur
Archibald



Inscrit le: 04 Aoû 2007
Messages: 11889

MessagePosté le: Lun Fév 17, 2025 19:24    Sujet du message: Répondre en citant

Autres temps, autres moeurs... !
Au passage, tout ça ne va pas plaire a Mendès France, pourfendeur de l'alcool en faveur du lait (autant que je me souviennes).
_________________
Sergueï Lavrov: "l'Ukraine subira le sort de l'Afghanistan" - Moi: ah ouais, comme en 1988.
...
"C'est un asile de fous; pas un asile de cons. Faudrait construire des asiles de cons mais - imaginez un peu la taille des bâtiments."
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
demolitiondan



Inscrit le: 19 Sep 2016
Messages: 13214
Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris

MessagePosté le: Lun Fév 17, 2025 20:06    Sujet du message: Répondre en citant

Y aurait beaucoup à écrire sur la Champagne et le Bordeau entre 40 et 44, j'ai des sources. J'ai distinctement entendu les violons et la voix nasillarde des actualités de l'époque.
_________________
Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
demolitiondan



Inscrit le: 19 Sep 2016
Messages: 13214
Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris

MessagePosté le: Lun Fév 17, 2025 20:11    Sujet du message: Répondre en citant

https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Bou%C3%ABt

Il a été révoqué en 40 sur la base des lois de Vichy. Aucune raison ici en FTL.
_________________
Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Archibald



Inscrit le: 04 Aoû 2007
Messages: 11889

MessagePosté le: Lun Fév 17, 2025 20:16    Sujet du message: Répondre en citant

demolitiondan a écrit:
Y aurait beaucoup à écrire sur la Champagne et le Bordeau entre 40 et 44, j'ai des sources. J'ai distinctement entendu les violons et la voix nasillarde des actualités de l'époque.


https://www.youtube.com/watch?v=KcJYHaXB2i4

Parodiées dans Le viager, avec le muguet...
_________________
Sergueï Lavrov: "l'Ukraine subira le sort de l'Afghanistan" - Moi: ah ouais, comme en 1988.
...
"C'est un asile de fous; pas un asile de cons. Faudrait construire des asiles de cons mais - imaginez un peu la taille des bâtiments."
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Le Chat



Inscrit le: 12 Jan 2020
Messages: 688

MessagePosté le: Lun Fév 17, 2025 20:37    Sujet du message: Répondre en citant

demolitiondan a écrit:
Y aurait beaucoup à écrire sur la Champagne et le Bordeau entre 40 et 44, j'ai des sources. J'ai distinctement entendu les violons et la voix nasillarde des actualités de l'époque.


Entièrement d'accord, Houps est un orfèvre!
_________________
"Tout fout le camp, je vous dis : la preuve : Shakespeare a réussi à écrire Henri VIII. Stallone, lui, n'est pas allé au delà de Rocky VI". (Le Chat, P. Geluck)
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
loic
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 10782
Localisation: Toulouse (à peu près)

MessagePosté le: Lun Fév 17, 2025 21:26    Sujet du message: Répondre en citant

Bravo à Houps !

Citation:
« Actualités Pathé » puis ouverture sur la Bonne Mère avant que la caméra ne plonge en direction de la rade de Marseille,

Ils avaient déjà des drones pour réaliser ce genre de prise de vue ? Car le survol d'un avion même léger à Marseille pourrait déclencher la panique.

En tout cas, le tableau n'est vraiment pas rose ! Mais cela passera-t-il aux actualités Pathé ?

https://www.lemonde.fr/vins/article/2017/09/12/le-vignoble-francais-sous-l-occupation-allemande-une-tragedie-qu-on-a-voulu-oublier_5184491_3527806.html :
Citation:
Cette mise en coupe réglée, raconte l’auteur, ne s’est pas faite sans la collaboration active de la grande majorité des viticulteurs et, surtout, des maisons de négoce – en Champagne, Bourgogne et dans le Bordelais, qui sont les trois régions documentées dans ce livre. Ces maisons ont vu un nouveau marché s’ouvrir et des occasions d’enrichissement démesuré.

On peut ajouter l'Alsace. De nos jours, il peut arriver que des vignes soient massacrées nuitamment, la rancune est tenace.

https://www.humanite.fr/medias/2e-guerre-mondiale/les-raisins-du-reich-comment-les-grands-vignobles-francais-ont-collabore-avec-les-nazis :
Citation:
les lignes de démarcation, établies en juin 1940, épousent à la perfection la disposition des grands vignobles, de la Gironde à la Champagne, en passant par le Val de Loire ou la Bourgogne.

Citation:
Du côté des producteurs et des négociateurs, l’équation est simple : l’Occupation leur offre un nouveau marché, ce qui leur permet d’écouler les milliers de bouteilles qui sommeillent depuis la crise financière des années 1930.


https://www.revue-farouest.fr/articles/les-raisins-des-nazis-le-vin-comme-arme-de-guerre/ :
Citation:
En 1944, la Libération met un terme à quatre années d’Occupation. La plupart des négociants ayant collaboré avec l’ennemi passent entre les mailles du filet. Les plus zélés, comme Louis Eschenauer, seront condamnés. Il sera envoyé en prison et devra payer des amendes pour sa collaboration avec le régime nazi. Mais les vignobles bénéficient globalement d’une grande indulgence : plusieurs lois d’amnistie sont votées et la plupart des négociants ont uniquement dû payer des amendes. “Dès la Libération, on parle de reconstruire la France, et pour cela, il faut de l’argent”, rappelle Antoine Dreyfus.


Citation:
Le monde viticole étant une source d’emploi et d’argent, la justice restera très bienveillante à leur égard.


La Grande Pitié a parlé de Bömers et Eschenauer, mais nous pourrions réparer cet oubli : 1944, Heinz Bömers [le grand acheteur allemand ou Weinführer], prend la fuite. Le soldat nazi chargé de l’achat en France des vins destinés au Reich s’enfuit en laissant derrière lui Gertrude Kircher. À seulement 23 ans, elle est la secrétaire de Heinz Bömers depuis 1941. Juste avant de prendre la fuite, Bömers lui ordonne de “brûler tous les documents”. Mais à la Libération, Gertrude Kircher va finalement livrer l’intégralité des archives de son patron aux Forces françaises de l’Intérieur (FFI). Elle prendra la nationalité française par la suite.

https://rue89bordeaux.com/2018/01/vins-de-bordeaux-loccupation-allemande-affaires-continuent/ : le cas d'Adrien Marquet, maire de Bordeaux (dont nous avons parlé). Mais aussi l'après-guerre.
_________________
On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Archibald



Inscrit le: 04 Aoû 2007
Messages: 11889

MessagePosté le: Mar Fév 18, 2025 08:20    Sujet du message: Répondre en citant

Ah, Marquet, vieille crapule...
_________________
Sergueï Lavrov: "l'Ukraine subira le sort de l'Afghanistan" - Moi: ah ouais, comme en 1988.
...
"C'est un asile de fous; pas un asile de cons. Faudrait construire des asiles de cons mais - imaginez un peu la taille des bâtiments."
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
ChtiJef



Inscrit le: 04 Mai 2014
Messages: 4414
Localisation: Agathé Tyché

MessagePosté le: Mar Fév 18, 2025 09:27    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Plan suivant : une rue de la capitale, panneaux en gothique à l’arrière-plan
Gothique ? Ca m'étonnerait. Outre que (j'ai vérifié sur des photos d'époque) les panneaux de l'occupant ne l'utilisent pas, le Führer, lui-même et en personne, a formellement interdit l'usage de cette écriture prétendument "juive" en 1941...

---

Petite anecdote qui me fut rapportée : un vigneron bourguignon reçut un jour la visite d'Allemands amateurs avertis venus déguster son nectar. Ce que le brave homme avait parfaitement anticipé...
C'est ainsi qu'il leur offrit quelques verres de ses meilleures productions. Ses visiteurs - ni aucun autre d'ailleurs - ne revinrent jamais ! Il avait échangé les étiquettes entre piquette et grands crus !
_________________
Les vérités sont des illusions dont on a oublié qu'elles le sont (F. Nietzsche)
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
houps



Inscrit le: 01 Mai 2017
Messages: 2162
Localisation: Dans le Sud, peuchère !

MessagePosté le: Mar Fév 18, 2025 09:59    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour à tous, et merci de vos retour.
Pour débuter, une vidéo pour les moins de vingt ans, et les autres :
https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i05057828/bourvil-l-eau-ferrugineuse-ou-la-causerie-du-delegue-de-la-ligue-anti-alcoolique
Voilà.
Embarassed Merci à ChtiJef pour ce rappel - pan sur le bec - on peut changer la phrase :
"Plan suivant : une rue de la capitale, un soldat allemand règle la circulation à l'arrière-plan." (Soldat, c'est un terme "passe-partout")

Ensuite, je ne suis pas marin Very Happy et excusez-moi pour le HS, quelques éléments non pas de réponse, mais pour préciser mon point de vue, ce qui n‘engage que moi.

Tout d’abord, Loïc, évidemment que Pathé ne dispose ni de drone, ni d’hélicoptère, simplement d’images d’archives, de monteurs, de techniques et du « formatage cinématographique » des spectateurs de l’époque, ce qui permet de donner l’illusion d’une plongée. Bon, ça, c’est un détail.

OTL, le monde viticole connaît une énième crise à la fin des années trente. Il y a surproduction, au point que dans certaines caves, on vide au caniveau la récolte précédente pour faire de la place pour celle qui vient. La guerre arrive à point pour écouler ces surplus, l’Armée étant, comme en 14, grosse consommatrice de vin. Sauf que, patatras, défaite, Occupation, et les avantages qu’en tirent certains. Jusque-là, et même ensuite, peu de changements en FTL, petits arrangements entre amis, etc...
Et les difficultés des viticulteurs – pas des négociants – sont les mêmes :
- Raréfaction, voir absence, des produits de traitement que sont le cuivre et le soufre. Les vignes redeviennent plus que sensibles aux maladies.
- Raréfaction des animaux de trait : n’oublions pas qu’à part quelques grandes unités motorisées, la Wehrmacht est en majorité hippomobile, que l’essence est rare, réservée aux unités combattantes, et que, par exemple, nombre de tracteurs d’artillerie fonctionnent plus au picotin qu’au super. Ne restent alors dans les exploitations agricoles – et pas que dans la viticulture – que des animaux de réforme, ou des bovidés. Or ceux-ci sont normalement dévolus à l’alimentation, (lait ou viande) et l’Occupant rafle des troupeaux entiers pour ses propres besoins, militaires ou civils.
- Raréfaction de la main d’œuvre. En agriculture, une semaine de 40 h, ça n’existe pas. De surcroît, la viticulture de ces années-là est un métier extrêmement physique. Femmes, « vieux » et adolescents n’ont pas le même rendement. Certes, ça a déjà été le cas en 14-18, mais la féminisation de la profession n’est pas facile. N’oublions pas qu’il est patent qu’une femme qui a ses règles ne peut entrer dans une cave, au risque de faire tourner le vin. C’est dans les mentalités, ça ne se change pas partout sur un claquement de doigts.
- Destruction des instruments de production. Là, il y a une différence FTL vs OTL : de nombreux centres de production vont être sur la ligne de front, et pas qu’un peu, que ce soient les vignobles des Côtes du Rhône, du Sud-Ouest, du Bordelais, pour ne citer qu’eux. Et ces lieux ne sont pas traversés par la guerre : ils la prennent de plein fouet, en une fois à l’aller et une fois au retour pour certains. Ce qui veut dire que ce ne sont pas que les bâtiments qui écopent, mais aussi les terres. On ne remet pas en culture du jour au lendemain un vignoble cul par-dessus tête, avec cratères d’obus et munitions non explosées.

Lorsque le Gouvernement regagne la Métropole, ses membres ont certes en tête ce qui s’est fait – douloureusement – en Afrique du Nord, mais ils doivent composer avec :
- une crise sanitaire : population sous-alimentée, sous-vitaminée. Voir ci-dessous. (HS En vue)
- une situation politique sensible : les viticulteurs, et tout ce qui tourne autour de la viticulture, ce sont des électeurs. Parmi les « déménagés », il y en a qui sont des élus de régions viticoles, et il y aura certainement des élections à court terme. Heureusement, les vignobles d’AfN ne peuvent plus inonder le marché métropolitain, tout au plus l’épauler.
- la nécessité de réformer la viticulture métropolitaine, au vu de ce qui s’est fait en AfN.

Tout ça, ce n’est plus de la composition, c’est du grand écart façon Moulin Rouge.

Les viticulteurs ne sont pas opposés à certains changements de pratiques. L’idée était dans l’air depuis un moment, la guerre chamboule tout et accélère certains processus. Création de coopératives aidant, ils vont se tourner peu à peu vers une amélioration de la qualité de leur production, plutôt que sur sa quantité, suivant la voie tracée par les « Grandes Maisons ». La raréfaction du soufre et du cuivre, qui perdure après-guerre, les pousse à se tourner vers de nouveaux produits « de synthèse » pour lutter efficacement contre les maladies (produits phytosanitaires et insecticides) et « booster » les rendements (engrais). Ceci, plus la mécanisation – qui allège la charge de travail et réduit la main d’œuvre– les met entre les mains des grands groupes de l’industrie pétrochimique. Pour la main d’œuvre, pas de souci : les grands chantiers de reconstruction et l’industrialisation de la France vont l’absorber sans problème, avec de meilleures conditions de travail.

Rolling Eyes Petit aparté sanitaire. A côté de l’équation « L’homme c’est le vin, et le vin, c’est l’homme » (où homme = « vir » et non « homo »), il faut se rappeler que l’eau au robinet, ce n’est pas une généralité en France métropolitaine jusque dans les années 70. Il vaut mieux, alors, boire du vin, même exécrable, que de l’eau. Et il est préférable de faire bouillir celle-ci pour les biberons des nouveau-nés. Ce n’est qu’avec des captages sanitairement corrects, et des réseaux de distribution ad-hoc que l’eau potable va arriver dans presque toutes les maisons, et ça, ça ne se fait pas du jour au lendemain non plus. Ce sont de gros chantiers, surtout pour les petites communes en milieu rural avec habitat dispersé. Dispersé parce qu’ayant souvent un point d’eau en propre, - en propre, hein, pas simplement "propre" - captage ou puits pas toujours « clean ».
Shocked Aparté dans l’aparté : ces réseaux, installés dans les années 50-70, arrivent en fin de vie. Vannes qui lâchent, canalisations qui fuient ou rompent, il faut les changer. Et d’abord savoir où elles passent. Ce n’est pas une blague : le Lidar a de beaux jours devant lui, car la plupart du temps, il n’y a aucun plan des réseaux d’eau potable et d’eaux usées. Ce qui donne lieu à des blagues du genre « Oh, oui, n’aie crainte, j’étais jeune, mais je me rappelle bien, la conduite passe là, on a un regard ici, un autre là, vas-y, envoie ! » Et au premier, deuxième ou troisième coup de pelleteuse, bingo ! La conduite ! Alors, soit l’eau potable, soit les eaux usées, soit une canalisation dont personne ne soupçonnait l’existence : raccordement sauvage, canalisation privée, canalisation morte depuis des lustres..., soit –Aïe ! – le gaz. Quand on ouvre, on a des surprises : tuyaux en plomb, en fonte, en fibrociment, en « plastique », toute une archéologie.
Bien, revenons au sujet : vieillissement de la chose, donc entretien. On peut changer une vanne. Ce n’est pas très onéreux pour la Collectivité. On peut poser une rustine sur une fuite ponctuelle. Refaire un raccord. Mais on en arrive souvent au constat qu’il faut changer toute une section, ce qui veut dire des mètres de canalisation, des regards, des vannes... Jusqu’à un récent tour de passe-passe administratif, ces grosses interventions passaient dans la rubrique « investissement », avec subventions spéciales et conséquentes à la clé, plus récupération de la TVA. Plus maintenant : toute intervention sur de l’existant, c’est du « fonctionnement ». Plus du tout les mêmes subventions, et plus de récup’ de TVA. Et le vieillissement des infrastructures s’accélère... Fastoche, pour les collectivités locales. Ah, oui, dernier point : c’est valable pour tous les gros travaux. Changer la chaudière d’un bâtiment communal, les fenêtres d’une école : si c’est de la «création », c’est la rubrique « investissement », si c’est du remplacement, c’est du « fonctionnement ». Surveillez vos taxes locales.
Fin du HS.
Arrow
_________________
Timeo danaos et dona ferentes.
"Les étudiants entrent à l'université persuadés de tout savoir. Ils en ressortent persuadés de ne rien comprendre. Où est passé le savoir ? A l'université, où on le sèche pour l'entreposer et en prendre soin."
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
loic
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 10782
Localisation: Toulouse (à peu près)

MessagePosté le: Mar Fév 18, 2025 10:39    Sujet du message: Répondre en citant

Merci pour cet aparté toujours instructif Laughing

Pour en revenir à la vigne, j'ai réalisé un point important (peut-être déjà évoqué sur le forum d'ailleurs) : les vignerons de métropole utilisent énormément les vins d'Algérie pour couper/assembler leur propre production. OTL, le sujet devient un problème une fois l'AfN prise par les Alliés (donc à partir de 1943). FTL, cela va être un problème dès 1940 et risque de provoquer pas mal de remous. À moins qu'une solution ne soit trouvée côté espagnol (mais la production a baissé de 20 à 30% à cause de la guerre civile) ou italien (à priori, OTL cela commence à baisser à partir de 1942) ?
_________________
On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...


Dernière édition par loic le Mar Fév 18, 2025 10:53; édité 1 fois
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
ChtiJef



Inscrit le: 04 Mai 2014
Messages: 4414
Localisation: Agathé Tyché

MessagePosté le: Mar Fév 18, 2025 10:51    Sujet du message: Répondre en citant

Tout à fait d'accord sur un point : jusqu'à la généralisation de l'eau courante chlorée et aseptisée (et de l'eau minérale...), personne (sauf puits garanti sain) ne boit d'eau, et surtout pas celle de la rivière ! C'est bien trop dangereux, les épidémies de choléra sont là pour le rappeler. On boit donc essentiellement de la bière, (ou comme dans mon enfance, son succédané "maison"), du cidre et du vin.
_________________
Les vérités sont des illusions dont on a oublié qu'elles le sont (F. Nietzsche)
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
ChtiJef



Inscrit le: 04 Mai 2014
Messages: 4414
Localisation: Agathé Tyché

MessagePosté le: Mar Fév 18, 2025 11:01    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Les viticulteurs ne sont pas opposés à certains changements de pratiques. L’idée était dans l’air depuis un moment, la guerre chamboule tout et accélère certains processus. Création de coopératives aidant


Les caves coopé datent de plus longtemps que ça :
Citation:
La création de la première coopérative de France se fit à Maraussan (Hérault) en 1901.
Les caves de l'Hérault qui suivent sont :
Mudaison (1901), Marseillan (1903), Puisserguier(1905), Siran (1907), Marsillargues et Frontignan (1910)


Et euh, quid de la Corse (avant que les pieds-noirs ne transforment la plaine orientale en pissoir à vignes) ?
_________________
Les vérités sont des illusions dont on a oublié qu'elles le sont (F. Nietzsche)
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Fantasque Time Line Index du Forum -> 1944 - Politique intérieure de la France Combattante Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Aller à la page 1, 2, 3  Suivante
Page 1 sur 3

 
Sauter vers:  
Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas voter dans les sondages de ce forum


Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com