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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

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Posté le: Ven Fév 16, 2007 00:16 Sujet du message: MacArthur, le retour (feuilleton) |
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Résumé des épisodes précédents
9 janvier 1942. 80 000 combattants commandés par le Général MacArthur défendent la Péninsule de Bataan, au nord de la Baie de Manille. Ce sont 15 000 Américains et 65 000 Philippins, dont 10 000 soldats de métier et un conglomérat de 55 000 conscrits mal équipés et mal entraînés. Les défenseurs ont de quoi nourrir cent mille hommes… mais pendant un mois seulement.
15 janvier. Les Japonais forcent la ligne du Mont Natib. Les Américano-Philippins sont en pleine retraite. Ils réussissent à s’accrocher autour du Mont Samat, sur la ligne Bagac-Orion.
8 février. Fin des “batailles des Pointes et des Poches” : une nouvelle attaque japonaise a échoué avec de lourdes pertes.
11 mars. Les quatre vedettes rapides du Lieutenant Bulkeley conduisent la femme et le fils de MacArthur, une grande partie de son état-major (dont le Général Wainwright et l’Amiral Rockwell) et un groupe d’infirmières tirées au sort jusqu’à la côte nord de Mindanao. Le Général Douglas MacArthur reste sur Corregidor.
28 mars. Il y a encore sur la presqu’île 72 000 soldats alliés et environ 3 000 non-combattants. Mais seuls 27 000 combattants sont à peu près en bonne santé ; les autres sont blessés ou accablés par la malaria, la dysenterie… et la faim. C’est alors que le Général MacArthur, pour la première fois depuis que la bataille avait commencé, visite Bataan. Il inspecte la ligne Bagac-Orion, avant que quiconque à l’état-major soit averti de sa présence.
3 avril. Nouvelle offensive japonaise à l’est du mont Samat.
12 avril. L’offensive japonaise est relancée.
15 avril. L’est de la ligne Bagac-Orion s’effondre, les Alliés battent en retraite.
18 avril. Une contre-offensive menée par MacArthur en personne rejette les Japonais sur leurs positions de départ.
4 mai. Nouvelle attaque japonaise. Affamés, les survivants des troupes américano-philippines craquent.
6 mai. Le Général King décide la reddition des troupes de Bataan, malgré les ordres de MacArthur, resté sur l’île de Corregidor. _________________ Casus Frankie
"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire) |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

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Posté le: Sam Fév 17, 2007 00:32 Sujet du message: |
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Acte six, épilogue : 7 au 13 mai – La Marche à la Mort de Bataan
par The Duchess of Zeon
Il nous faut malheureusement ici donner quelques précisions sur la trop fameuse “Bataan Death March”. Lors de sa reddition, le Général King n’avait plus sous ses ordres que 45 000 hommes. Un millier environ s’étaient déjà rendu dans les deux jours précédents et étaient convoyés vers le nord, en bon ordre ou à peu près. D’autres avaient réussi à s’échapper dans l’enchevêtrement confus de jungles et de broussailles. Ils devaient être capturés peu à peu dans les mois qui suivirent, mais quelques-uns réussirent à rester libres jusqu’à la capitulation japonaise.
Malheureusement pour la plupart des soldats piégés le 6 mai, les Japonais avaient cru qu’ils ne seraient guère plus de trente mille, et leurs moyens de transport furent débordés. Rendus furieux par leurs échecs précédents et par les longues semaines de résistance de cette armée d’affamés, ils obligèrent les prisonniers à se diriger vers le nord à marche forcée. Mais il y avait un mois que ces hommes n’avaient plus mangé grand chose et il était prévisible que cette marche forcée allait tout simplement en tuer des milliers. Et il n’y eut pas que la marche.
Sous un soleil brûlant qui cognait sur leurs têtes, les prisonniers avançaient en trébuchant. Les soldats japonais parcouraient les colonnes, frappant férocement ceux qui leur paraissaient trop lents ou dont la tête ne leur revenait pas. Ceux qui tombaient d’inanition ou assommés par la chaleur étaient massacrés à la baïonnette ou sauvagement matraqués à coups de crosse. Bien des fois, des Japonais forcèrent les camarades d’un Américain ou d’un Philippin qui était tombé d’épuisement et était trop faible pour se relever à l’enterrer vivant, et ceux qui renâclaient à exécuter cet acte horrible étaient éventrés à la baïonnette.
Les malheureux souffrirent ainsi durant six jours, marchant péniblement ou entassés dans des wagons de marchandises sans nourriture et presque sans eau. Plus de quinze cents tombèrent chaque jour, soit plus de six fois le nombre de ceux qui étaient morts de faim et de maladie pendant les derniers jours de la campagne. De plus, si les défenseurs de Bataan, continuant de combattre au delà de leurs limites, s’étaient attendus à subir des pertes, les prisonniers de guerre qu’ils étaient devenus n’avaient jamais imaginé subir pareilles tortures. Au total, dix mille hommes laissèrent leur vie dans cette terrible épreuve.
Certains ont voulu depuis faire porter à MacArthur une partie de la culpabilité de ce massacre. Ils ont prétendu qu’il avait prolongé la défense de Bataan d’une façon déraisonnable, alors que tout espoir d’être secouru était perdu, et qu’il avait imposé à ses hommes de telles privations que les pertes subies par les prisonniers auraient été similaires même si les Japonais les avaient bien traités. En deux mots, il les aurait plus qu’à moitié tués, et les Japonais n’auraient fait que les achever en les obligeant à faire ce qui, dans des circonstances normales, n’eût été qu’une marche normale.
Mais cet argument est insultant pour les vétérans qui, jusqu’à leur dernier jour, ont été hantés par la sauvagerie des Japonais lors de cette épreuve. Peut-être une reddition plus précoce de Bataan aurait-elle pu sauver un certain nombre de vies, mais il est probable que MacArthur était tout simplement inconscient de l’état de santé de ses hommes. Nous savons que son état-major n’était qu’un ramassis de sycophantes inutiles et il est probable que les informations négatives ne parvenaient guère aux oreilles du Général. Quoi qu’il en soit, il prolongea la défense de la péninsule aussi longtemps que ce fut humainement possible, et on ne saurait nier que ses choix aient été justifiés dans le cadre de ses efforts pour tenir avec ce qu’il lui restait de moyens. |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

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Posté le: Sam Fév 17, 2007 21:32 Sujet du message: |
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Entr’acte (1) : 7 au 27 mai – Veillée d’armes à Corregidor
Le principal danger pour la survie de la garnison de Corregidor, avec ses milliers de soldats et de civils, était le manque d’eau. Le ravitaillement en eau potable de l’îlot reposait entièrement sur un équipement très limité et primitif de désalinisation de l’eau de mer. Celui-ci ne suffisait pas à sa tâche et, s’il était détruit ou tombait en panne, la soif contraindrait la forteresse de Corregidor à se rendre en quelques jours. MacArthur avait constamment souligné le fait dans les demandes de secours dont il accablait Washington. Il précisait qu’il faisait tout ce qui était en son pouvoir pour améliorer l’approvisionnement en eau de l’île. Il avait ainsi ordonné à la garnison d’aménager des surfaces et des canaux de drainage améliorés et d’utiliser tous les récipients possibles pour emmagasiner l’eau de pluie. Cependant, cette eau était très souvent croupie ou même souillée (ce qui n’empêcherait pas qu’elle soit bue dans les derniers temps du siège, avec des effets délétères sur l’état de santé de la garnison).
La nature exacte des efforts de la garnison pour subvenir à ses besoins en eau a été décrite par quelques-uns des survivants. En plus de l’aménagement de canaux de drainage classiques, les rigoles où s’écoulaient les pluies tropicales étaient fermées à leur embouchure par de petits barrages pour empêcher l’eau d’atteindre la mer. Le fond des canaux était garni de bâches goudronnées pour empêcher l’eau de s’infiltrer dans le sol. Des ustensiles de cuisine aux caissons de munitions vides, toutes sortes de récipients étaient remplis d’eau dans ces canaux de drainage et ces rigoles d’écoulement ou simplement disposés sur le sol, baillant vers le ciel, pour attendre une pluie providentielle. Quelques équipements simples pour faire bouillir de l’eau de mer et recueillir par condensation de l’eau désalinisée avaient été improvisés par des GI ingénieux. Mais tous ces efforts comptaient peu au regard des besoins de la garnison en eau potable.
Il était clair que, si le principal équipement de désalinisation était détruit dans les prochaines semaines, Corregidor n’aurait plus une goutte d’eau à boire avant la fin du mois de mai. Début mai, le ton de MacArthur se fit plus strident, réclamant l’envoi de ravitaillement et en particulier d’un équipement de désalinisation, « si des renforts ne pouvait être envoyés à brefs délais. »
Finalement, ce fur la fin dramatique de la lutte sur Bataan qui obligea le War Department à faire quelque chose pour améliorer la situation sur Corregidor, afin que la forteresse pût tenir le plus longtemps possible. Le principal problème était que cet effort devait surtout reposer sur la Navy, et que la Navy considérait que toute opération de ravitaillement de quelque importance de l’île de Corregidor était impossible. Il devait pourtant y avoir une exception à cette règle.
Jusqu’au début de mai, des sous-marins océaniques avaient pu faire escale à Corregidor à la fin de leurs patrouilles de combat pour apporter un peu de ravitaillement (une à cinq tonnes en général). Sur l’ordre de MacArthur, ils avaient aussi évacué à chaque fois six civils, le maximum qu’ils pouvaient emmener. Ces quelques tonnes et ces quelques personnes ou rien, cela ne faisait pas beaucoup de différence (sauf pour les rares évacués), mais il existait une autre possibilité. L’US Navy possédait quelques grands croiseurs sous-marins d’un type ancien – le Nautilus, le Narwhal, l’Argonaut. Ne pouvaient-ils être utilisés pour livrer à Corregidor une quantité importante de ravitaillement, et notamment du matériel moderne de désalinisation ?
La garnison eut de la chance. L’USS Nautilus était arrivé à Pearl Harbour le 28 avril et commençait à se préparer pour des missions spéciales projetées avec d’autres grands sous-marins, dont le Français Surcouf. L’USS Narwhal était rentré de sa première patrouille de guerre un mois plus tôt et se trouvait lui aussi à Pearl. Entre le 8 et le 10 mai, une véritable course contre la montre permit de préparer les deux sous-marins pour cette mission exceptionnellement dangereuse. Toutes les munitions furent mises à terre, à l’exception des torpilles contenues dans leurs tubes, et les canonniers furent eux aussi laissés à Pearl (ils n’auraient pas eu d’obus à tirer, de toute façon). Chacun des deux sous-marins put ainsi être chargé de quelque 105 tonnes de ravitaillement. Corregidor étant bien pourvu en munitions, il s’agissait uniquement de nourriture et d’un matériel de désalinisation. Au bout de soixante heures d’efforts incessants, les sous-marins étaient prêts, un exploit en soi. Ils appareillèrent aussitôt, le 10 mai peu après 19h30.
Le 27 mai, ils étaient en vue de Corregidor, après avoir été brièvement engagés par une force japonaise aux abords des Philippines et lui avoir échappé sans mal. L’île était alors soumise tous les jours à des bombardements violents et presque continuels par des vagues d’avions japonais. Les sous-marins durent rester en plongée et n’abordèrent qu’à la nuit, peu après le coucher du soleil. Dès l’instant où ils touchèrent terre, le déchargement commença, mené avec l’énergie du désespoir, bien qu’il faille travailler dans le noir et en faisant aussi peu de bruit que possible, pour éviter d’attirer l’attention des artilleurs japonais. Corregidor était en effet chaque nuit la cible de tirs sporadiques. Aucun obus ne toucha l’un des deux navires, mais neuf hommes participant aux opérations furent blessés par l’explosion d’un obus.
Pour le voyage de retour en terre amie, qui devait se terminer à Darwin (soit un trajet plus courts que l’aller), 40 civils s’entassèrent dans chacun de sous-marins. Il s’agissait de civils (des femmes pour la plupart) et d’infirmières militaires. Ces quatre-vingt personnes furent les dernières à s’échapper de Corregidor. Le reste de la population, civils ou militaires, ne devait quitter la forteresse que pour les camps japonais ou l’au-delà.
Pendant que les sous-marins se dirigeaient vers “son” île, MacArthur s’était finalement soucié de préparatifs tactiques, ordonnant de creuser des retranchements le long des plages de débarquement les plus probables pour aménager une défense en profondeur. Sur ce sol rocheux, la possibilité de développer un réseau fortifié était cependant limitée et les officiers de son état-major convainquirent MacArthur que le principal effet de ces gros travaux serait de faire consommer plus rapidement les maigres réserves de nourriture de l’île. Le rationnement n’était pas loin d’atteindre le niveau de famine qu’avaient connu les défenseurs de Bataan. Cependant, ils étaient à présent certains d’avoir assez d’eau pour tenir jusqu’à épuisement des réserves de nourriture.
Selon certaines affirmations, ces préparatifs auraient inclus un chapitre supplémentaire. Quelques survivants de la garnison ont en effet prétendu que MacArthur avait ordonné en secret de ne faire sur l’île aucun prisonnier japonais si un débarquement ennemi en donnait l’occasion, en observant que des prisonniers ne feraient que manger le peu de nourriture que possédaient les défenseurs. Ceux qui ont porté ces accusations ont même prétendu que l’application de cet ordre expliquait les ignobles brutalités subies par les survivants qui s’étaient rendus au moment de la chute de l’île.
A propos d’un homme aussi retors et aussi impitoyable que MacArthur, l’idée d’un ordre secret interdisant de faire des prisonniers (et imposant d’abattre les ennemis qui se rendraient) mérite une certaine considération. Il se battait à des milliers de kilomètres de ses sources de ravitaillement et de ses supérieurs, chaque bouchée d’aliment et chaque goutte d’eau était précieuse et l’aversion viscérale des Japonais pour l’idée même de reddition n’était pas bien connue à cette époque. La perspective de devoir prendre en charge des centaines de prisonniers japonais en cas d’échec d’une tentative de débarquement pouvait bel et bien faire craindre que ces prisonniers consomment les dernières rations restant sur l’île et faire paraître tentante l’idée de faire en sorte qu’aucune reddition ne soit acceptée.Pour un homme qui avait grandi en combattant les Indiens d’Amérique et les Moros de Mindanao, c’est-à-dire dans l’esprit de la “Frontière”, quand la brutalité nue était courante et que nulle loi de la guerre n’était respectée, pour un homme tel que MacArthur, il faut reconnaître qu’il était malheureusement possible de céder à pareille tentation.
Néanmoins, il n’existe aucune preuve matérielle que cette simple possibilité se soit jamais traduite dans la réalité. Pour le soutenir, nous n’avons que les souvenirs de quelques hommes qui ont terriblement souffert, sous le commandement fanatique de MacArthur d’abord, durant leur captivité ensuite. La majorité des survivants contestent qu’un tel ordre ait jamais été donné. Le plus probable est qu’il y eut à l’état-major une suggestion de ce genre, en raison de l’éventuelle perspective de la prise d’un grand nombre de prisonniers japonais. La question fut sans doute discutée, mais il n’y a aucune trace d’un ordre quelconque et la proposition fut probablement écartée. En tout cas, aucune instruction ne fut publiée, ni suivie. L’absence de tout prisonnier japonais lors des combats est donc certainement le résultat de leur propre refus de toute reddition, plutôt que d’un hypothétique et démoniaque désir de MacArthur d’imiter la brutalité dont Henry V fit preuve à Azincourt contre ses prisonniers français. Il faut pourtant admettre qu’aucun des principaux acteurs éventuels de la conception ou de la mise en œuvre d’une telle décision n’a survécu au siège, et qu’il sera donc impossible de parvenir à une certitude absolue.
(pour la Duchesse) _________________ Casus Frankie
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

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Posté le: Dim Fév 18, 2007 12:13 Sujet du message: |
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Entr’acte (2) – Grand Jeu à Mindanao
En même temps qu’il pressait les ultimes préparatifs de défense de Corregidor, MacArthur s’engageait dans ce que Rudyard Kipling eût sans doute appelé son “Grand Jeu” personnel. Sans aucune instruction en ce sens de Washington et sans en informer ses supérieurs, MacArthur donna l’ordre au Général Wainwright, qu’il avait envoyé commander la défense de Mindanao (les Visayas, comme nous l’avons indiqué, ayant été abandonnées), d’entamer des négociations avec les indigènes Moro habitant l’île.
Les Moro avaient toujours refusé la domination espagnole. Jusqu’à la fin (c’est à dire jusqu’aux années 1890), les colonisateurs contrôlaient tout juste la côte du territoire. Après l’arrivée des Américains, deux conflits majeurs avaient opposé aux Moro la nouvelle puissance dominante. Il avait fallu des affrontements très durs pour que la paix règne sur l’île de Mindanao. Dans toute la région et dans toute l’US Army, les prouesses militaires des Moro étaient hautement respectées. Le Général “Black Jack” Pershing devait décrire la défense de Bud Bagsak par les Moro comme le combat le plus féroce qu’il eût jamais vu. Dix mille Moro environ, hommes, femmes et enfants, toute la population du secteur, s’étaient retranchées sur la montagne de Bud Bagsak. Un tiers peut-être étaient des combattants (quoiqu’on ait affirmé que les femmes aient participé aux combats et que deux cents d’entre elles aient effectivement été tuées). Sur ces trois mille cinq cents défenseurs, au moins quinze cents furent tués dans l’affreuse bataille qui les opposa durant quatre jours, en 1913, au 8ème Régiment d’Infanterie américain et à deux compagnies d’Eclaireurs Philippins, appuyés par l’artillerie.
Bien qu’ils fussent restés calmes depuis cette époque, ou peut-être justement parce qu’ils l’étaient restés, ils pouvaient faire obstacle aux ambitions japonaises de contrôler Mindanao. C’est pourquoi MacArthur avait demandé au Général Wainwright de rechercher un accord avec les Moro, aux termes duquel il pourrait leur confier les armes et les munitions dont les Américano-Philippins n’avaient pas besoin, pour qu’ils les utilisent contre les Japonais. Mais les instructions de MacArthur comportaient une autre clause, dont l’application par Wainwright fut bien près de le faire traîner en cour martiale après la guerre.
MacArthur avait ordonné que les fonds du gouvernement à Mindanao et tout l’or et les valeurs disponibles fussent distribués aux Moro en cadeaux. Wainwright suivit ces instructions, croyant que MacArthur voulait simplement graisser la patte des chefs Moro. Mais les Moro eux-mêmes interprétèrent cet acte quelque peu différemment, différence exacerbée par la médiocrité des communications entre les deux camps.
Les Moros étaient musulmans, et connaissaient bien la coutume de lever un jizyah, ou capitation, sur les “infidèles” en échange d’une protection. Les chefs des Moro de l’intérieur de Mindanao en vinrent donc à croire, durant les négociations, que les troupes de l’US Army désiraient bel et bien obtenir leur protection en échange d’un tribut. On estime aujourd’hui que telle était précisément l’intention de MacArthur, en orientaliste qui voyant loin. De la sorte, il savait que le sens de l’honneur des Moro les obligerait, une fois l’accord conclu, à mener une guérilla contre les Japonais et à protéger les troupes américaines quand toute résistance organisée se serait écroulée sur Mindanao.
La compréhension de la psychologie des Moro qui permit à MacArthur de parvenir à ses fins reposait pour l’essentiel sur un intérêt personnel très prononcé pour l’Orient, au sens le plus large. Il avait reçu une excellente éducation et était particulièrement fier de sa connaissance des cultures asiatiques en général. Il y avait peu de choses en matière de tours et de détours culturels qu’il ignorât sur toute l’étendue de l’Asie. La profondeur de ce savoir était reconnue même par la plupart de ses pires ennemis comme l’un des traits de caractère qui pourraient permettre à MacArthur de jouer, dans certaines circonstances, un rôle politique plus que militaire.
L’heure de jouer un tel rôle sonna au début de 1942 et MacArthur utilisa son savoir au mieux des intérêts américains à l’époque. Sans doute, le fait qu’il n’ait pas eu l’autorisation de le faire et qu’il ait ainsi certainement outrepassé les limites de son autorité aurait pu légitimement l’exposer à une condamnation s’il avait survécu à la guerre. Ce ne fut pas le cas et d’autres eurent à prendre en charge les conséquences des actions qu’il avait ordonnées, pour le meilleur et pour le pire.
De fait, l’accord conclu entre Wainwright et les Moros fit que ces derniers résistèrent farouchement aux Japonais durant toute la guerre, qu’ils abritèrent vingt mille soldats Américains et Philippins sur leur territoire, les aidèrent dans leurs combats et leur permirent d’éviter d’être écrasés et capturés. Jusqu’à la libération des Philippines, la quasi totalité de Mindanao fut un foyer de guérilla. Les Japonais ne furent jamais capables de véritablement contrôler l’île ; tout ce qu’ils pouvaient faire était d’envoyer des colonnes lourdement armées qui partaient des ports de la côte et ravageaient les villages moro de l’intérieur de l’île avant de se replier. Les ports eux-mêmes étaient constamment harcelés et les Japonais furent obligés de maintenir sur Mindanao une garnison d’une importance hors de proportion avec ce qu’ils avaient espéré – ce qui était, à l’évidence, le but de MacArthur, et fut son ultime victoire.
Mais pour les Etats-Unis, le problèmes commencèrent après la guerre, quand les Moro affirmèrent que les cadeaux qui leur avaient été offerts par un représentant officiel de l’US Army (Wainwright) en reconnaissance de leur suprématie sur Mindanao démontraient que l’ancien Sultanat de Sulu avait été officiellement légitimé par le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique. De ce fait, poursuivaient les Moro, le dit gouvernement ne pouvait soutenir les prétentions du gouvernement des Philippines sur le territoire du Sultanat. Ce désaccord fut à l’origine de la guérilla des Moro contre le gouvernement philippin, qui n’a jamais vraiment cessé depuis plus d’un demi-siècle, les Moro trouvant toujours une puissance étrangère intéressée à les soutenir de façon plus ou moins voilée.
Juste après la guerre, quand les Moro exprimèrent pour la première fois leur position, le gouvernement américain fut douloureusement surpris (d’autant plus que, faisant à l’époque tout son possible pour que ses alliés britannique, français et hollandais accordassent l’indépendance à leurs colonies, il ne voulait pas être accusé d’autoriser les Philippins à exercer sur Mindanao une domination coloniale). Enquêtes et controverses firent rage durant plusieurs années, jusqu’à ce que la culpabilité pour cet état de choses fût mise sur le compte de MacArthur lui-même – mais ce dernier était depuis longtemps hors d’atteinte de toute punition pour ce qui reste le plus original de ses efforts de défense des Philippines.
(pour la Duchesse) _________________ Casus Frankie
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Dernière édition par Casus Frankie le Lun Avr 09, 2007 19:15; édité 1 fois |
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Posté le: Dim Fév 18, 2007 15:41 Sujet du message: |
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Acte sept : 26 mai au 3 juin – Les bombardements japonais
Le 26 mai, la veille de l’arrivée des USS Narwhal et Nautilus à Corregidor, les Japonais commencèrent une campagne de bombardements aériens intensifs contre l’île. La 22ème Brigade Aérienne du Major-Général Kizon Mikani, renforcée par quelques escadrilles, était chargée de ces bombardements. En quatre jours (du 26 au 29 mai) et 650 missions de combat, cette unité lança sur la forteresse deux mille tonnes de bombes. Ces attaques aériennes massives firent des dommages considérables aux défenses, désaxant de nombreux canons, même parmi les plus lourds, et endommageant l’ancien équipement de désalinisation. Huit appareils furent abattus par la DCA.
Tandis que les bombardements aériens se poursuivaient, les Japonais se préparaient à ouvrir le feu avec de nombreuses pièces d’artillerie lourde, celles-là mêmes qui avaient rompu par deux fois les lignes alliées sur la presqu’île de Bataan. Il avait été très difficile de les installer sur le terrain accidenté qui faisait face à Corregidor, afin qu’elles fussent capables de faire pleuvoir leurs obus sur l’île, tout en restant à l’abri des tirs de contre-batterie de la puissante artillerie de la forteresse. Mais finalement, les Japonais avaient rassemblé 11 pièces de 240 mm, 54 de 150 mm et trente-six de moindres calibres, à portée du Rocher et raisonnablement protégées contre les tirs de contre-batterie. De grandes quantités de munitions avaient aussi été amassées, malgré la concurrence acharnée que les responsables de la logistique de Yamashita, en Malaisie, avaient livré à ceux de Homma : les cent un canons disposaient en tout de 105 000 obus.
Le 30 mai à 05h30, Homma lui-même donna l’ordre de commencer le feu. Le premier ours de bombardement, quatorze mille obus tombèrent sur l’île. Le deuxième jour, le chiffre fut de vingt mille. Au soir du 3 juin, l’île de Corregidor avait reçu en cinq jours près de quatre-vingt dix mille obus ! Toute l’île, d’une extrémité à l’autre, était masquée par un voile de fumée soulevé par les explosions continuelles, au point que les artilleurs étaient parfois forcé de faire des pauses pour que cette fumée se dissipe, le temps d’ajuster la visée.
Les débarquements devaient avoir lieu à l’aube. La force chargée de cette tâche fut placée sous le commandement du Major-Général Kureo Tanaguchi, qui commandait la division fraîche arrivée du Japon qui avait brisé les dernières résistances alliées à Bataan au début de mai. Quoiqu’elle ait alors subi quelques pertes, elle était à ce moment considérée comme bien assez forte pour enlever le Rocher. La brigade qui avait été envoyée de Shanghaï pour soutenir les efforts languissants de Homma avait été placée en réserve stratégique (mais elle n’eut à engager aucune de ses forces).
Pour résumer le plan japonais, les premiers débarquements devaient être accomplis sur les plages entre Cavalry Point et North Point par seulement deux bataillons de huit cents hommes chacun. Une fois une tête de pont établie sur l’île, de nouvelles unités déferleraient sur la forteresse pour s’emparer de la totalité de l’île. Un appui d’artillerie extrêmement puissant, assuré par tous les canons disponibles tirant à leur meilleure cadence, serait dirigé contre les plages entre Cavalry Point et North Point juste avant que les bateaux ne touchassent terre.
Il peut être utile de rappeler ici que Corregidor comptait une garnison de 4 000 hommes, plus un nombre difficile à établir aujourd’hui de volontaires issus des 6 000 civils réfugiés sur l’île. L’artillerie opérationnelle comptait huit canons navals de 12 pouces, deux de 10 pouces et cinq de 6 pouces, douze mortiers de 12 pouces, 27 obusiers de 6,1 pouces, 59 canons de 3 pouces et un assortiment d’une quarantaine de canons de 37 mm pour la DCA et la défense des plages, ainsi que 48 mitrailleuses de 0,50 AA et de nombreuses mitrailleuses de 0,30. Un certain nombre avait été mis hors service par les bombardements, qui avaient provoqué des pertes notables en hommes, mais l’arsenal n’en restait pas moins redoutable.
(pour la Duchesse : _________________ Casus Frankie
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Posté le: Dim Fév 18, 2007 22:50 Sujet du message: |
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Acte huit : 4 juin – Le premier assaut contre Corregidor
Peu avant minuit le 3 juin, les troupes d’assaut japonaises embarquèrent dans leurs chalands de débarquement. Au même moment, le bombardement des plages visées s’accentua en un terrifiant crescendo. Les autres secteurs de l’île étant épargnées par les obus, il devint vite clair que les Japonais s’apprêtaient à débarquer.
La vie de Douglas MacArthur était directement menacée. Il répondit à cette menace avec énergie et créativité. Sa première mesure fut de redéployer les affûts quadruples mobiles de 0,50 autour des plages visées par l’invasion. En effet, l’assaut japonais ayant lieu de nuit, il n’était pas nécessaire de maintenir les armes anti-aériennes sur leurs positions. En plus de ce redéploiement, la trêve dans le bombardement du reste de l’île permit de regrouper une réserve de troupes en arrière des plages menacées, que recouvrait une nappe de feu.
Inexorablement, vint l’instant où les bateaux japonais s’approchèrent de la côte. Ils furent reçus par une grêle de feu des canons de 37 mm et de 3 pouces installés sur le rivage. De nombreuses embarcations furent perdues et, à bord de celles qui restaient à flots, le chiffre des pertes montait rapidement. Cependant, les dernières minutes du bombardement avaient repoussé les défenseurs à une certaine distance de l’eau et, en dépit de l’intensité des tirs américains, les Japonais parvinrent à atteindre la plage et à prendre pied à mi-chemin de Cavalry Point et North Point, plus ou moins comme prévu.
Si cette première vague avait très vite reçu des renforts, ce débarquement aurait pu réussir, ou aurait du moins obligé les Américains à engager toutes leurs forces pour garder le contrôle de l’île. Ce ne fut pas le cas, en raison d’une minime intervention de la nature en faveur de MacArthur. De puissants courants marins entre Bataan et Corregidor avaient dévié le second bataillon de la force de débarquement loin à l’écart de son objectif. Ils se préparaient à débarquer ailleurs, quand ils furent rappelés par l’état-major japonais.
Ce rappel était dû aux pertes sévères infligées au premier bataillon. Les plages du débarquement étaient disposées en demi-cercle entre les saillies de Cavalry Point et de North Point, et ces deux pointes étaient solidement fortifiées par les Américains. Les Japonais furent pris en enfilade sur les deux flancs, et les affûts quadruples de 0,50 se montrèrent d’une meurtrière efficacité contre les hommes qui luttaient pour traverser les plages. Le sol des plages lui-même était un obstacle, car le sable était recouvert d’une épaisse couche de mazout qui suintait des épaves des navires coulés dans la baie de Manille par les Japonais eux-mêmes, et les malheureux soldats glissaient, tombaient ou restaient englués sur cet infect tapis. Les Japonais eurent là au moins trois cents morts et blessés sur huit cents hommes, et les survivants devaient s’accrocher sur une bande de terrain qui ne dépassait pas dix mètres de profondeurs par endroits, à découvert ou peu s’en fallait, tandis que les pertes continuaient à croître.
Devant cette situation, le second bataillon reçut l’ordre de ne pas tenter de débarquer ailleurs, de refaire le tour de l’île à contre-courant dans leurs chalands de débarquement et de venir au secours du premier bataillon en débarquant au même endroit. De son côté, l’artillerie recommença à tirer sur l’île, cette fois en arrière des plages, pour désorganiser les concentrations alliées. MacArthur fut alors forcé d’ordonner à sa réserve d’attaquer, plutôt que de la voir détruite sous ce barrage d’artillerie massif ou de permettre aux Japonais d’avancer.
Pendant ce temps, les bateaux transportant le second bataillon s’efforçaient de contourner l’île et de se replacer dans la position initialement prévue. Mais, ce faisant, ils s’exposèrent aux tirs des batteries de l’île, à présent toutes en alerte et prêtes à faire feu. Très vite, une bonne partie des lents petits bateaux, à peine capables de lutter contre le courant, se firent massacrer par les canons lourds de l’île, dont la plupart étaient encore intacts. Trois cents autres Japonais furent ainsi mis hors de combat – environ cent vingt tués par les obus ou noyés dans les eaux de la Baie de Manille, les autres obligés de nager pour sauver leurs vies, leurs chalands de débarquement ayant été détruits sous eux.
L’ordre de contre-attaquer donné par MacArthur fut obéi avec empressement. Bientôt, les Japonais se retrouvèrent dans une position intenable, obligés de faire face sur une minuscule bande de terre à l’attaque des soldats américains et philippins, qui chargeaient avec l’appui des canons de 37 mm et des mitrailleuses lourdes. Cependant, les Japonais eurent là l’occasion de prendre pour cible les affûts quadruples de 0,50, mal protégés contre les tirs venant du sol, endommageant plusieurs de ces pièces et tuant bon nombre de leurs servants, des hommes très entraînés dont la compétence manquerait par la suite.
Devant l’évolution de la situation, le commandement japonais décida le rembarquement du bataillon débarqué. Le chef de celui-ci ordonna à une compagnie de tenir à tout prix, pour permettre au reste du bataillon se replier. Mais ces derniers défenseurs furent bientôt balayés par une violente charge au corps-à-corps qui ne laissa que très peu de survivants.
A cet instant, tout le premier bataillon aurait pu être éliminé, sans l’arrivée de quelques-uns des bateaux de débarquement du second bataillon, qui étaient enfin parvenus à se mettre en position. Les canons couvrant la zone redirigèrent immédiatement leur tir sur ces embarcations, soulageant les Japonais qui tentaient de rembarquer et permettant à une partie d’entre eux de s’extirper de ce guêpier.
Cependant, le second bataillon n’avait pas reçu l’ordre de repli et, dans l’obscurité, ne comprit pas que le premier était en train d’évacuer la plage. Ses bateaux poursuivirent leur chemin vers la terre pendant que les autres tentaient d’en repartir, provoquant une épouvantable confusion jusqu’à ce que tout le monde, y compris les barreurs des chalands de débarquement, comprenne que tout espoir de réussir l’opération était perdu et que la retraite était la seule chance de survie. Les bateaux se replièrent, aidés par la reprise des tirs de l’artillerie contre les plages, une fois qu’il fut clair que le débarquement avait échoué. Ce nouveau barrage fit trente morts et une centaine de blessés parmi les soldats alliés, exposés à découvert après leur contre-attaque. Il coûta aussi la vie à un certain nombre de Japonais retardataires, mais les bateaux restants – plus précieux que les hommes, du point de vue des Japonais – purent quitter les eaux de l’île sans autre perte.
A l’aube, la lutte était terminée. L’Armée Impériale avait subi une nouvelle défaite, après ses échecs lors de la bataille des Pointes et des Poches et de la première bataille du Mont Samat, et cette défaite s’ajoutait à la quasi déroute subie devant Singapour. Sans doute, Homma et son état-major pouvaient plaider qu’ils avaient été trahis par les courants marins, et affirmer qu’ils avaient retenu la leçon. Au prochain essai, ils ne referaient aucune des erreurs commises cette nuit du 3 au 4 juin. Mais le prix à payer pour cette leçon était élevé : plus de cinq cents des meilleurs Fils du Soleil gisaient morts sur les plages de Corregidor ou flottaient, leurs corps déchiquetés par les obus, sur les eaux de la Baie de Manille. Manque de préparation, désordre dans l’exécution : la position de Homma à la tête des opérations militaires aux Philippines était sérieusement menacée. « C’est pour un si piteux résultat que j’ai été privé de précieux transports navals et que des canons et des obus qui auraient dû être envoyés à mes troupes ont été détournés de Malaisie ? » pouvait s’exclamer Yamashita à l’adresse de l’état-major général.
Loin de ces médiocres querelles, MacArthur rédigea un bulletin de victoire aussi grandiloquent qu’à son habitude et le fit distribuer aux hommes en même temps qu’il l’envoyait à Washington. « A l’aube du 4 juin 1942, disait son texte, grâce à MacArthur et à ses héroïques soldats, le glorieux Stars and Stripes des Etats-Unis d’Amérique flotte toujours fièrement sur les murailles de la vieille forteresse de Corregidor.»
(Malheureusement, la Duchesse ne m'a pas encore envoyé les détails de la suite. Pour la Duchesse : _________________ Casus Frankie
"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire)
Dernière édition par Casus Frankie le Lun Fév 19, 2007 09:33; édité 1 fois |
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clausewitz
Inscrit le: 04 Fév 2007 Messages: 164 Localisation: Nantes
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