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Milne Bay (feuilleton)

 
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Déc 10, 2006 18:01    Sujet du message: Milne Bay (feuilleton) Répondre en citant

Ce feuilleton vous est offert par Mark Bailey et par l'Office du Tourisme de Nouvelle-Guinée (euh, peut-être pas par l'Office du Tourisme)

1er août 1942
Milne Bay (Nouvelle-Guinée)
A la pointe est de la Nouvelle-Guinée, Milne Bay est en forme de rectangle, allongée d’ouest en est sur une trentaine de km, large d’une douzaine, et ouverte à son extrémité est, entre le détroit de Chine, au sud-est, et la péninsule du Cap Est, au nord-est. La baie est donc très abritée, entourée de trois côtés par de pentes raides et boisées, ne donnant sur la mer que par des mangroves ou par d’étroites bandes de terre marécageuse entrecoupées de zones plus sèches, sablonneuses et semées d’innombrables palmiers et cocotiers. Quoique la baie soit assez profonde, les seuls points de la côte où il soit impossible de débarquer sont les mangroves.
Si, le long des bords nord et sud de la baie, la bande côtière ne fait jamais plus de 1 500 m de large, et souvent deux ou trois fois moins, elle s’élargit à l’extrémité ouest en une plaine côtière de 6 à 8 km de large, avant de rencontrer les collines.
Milne Bay est en général très humide, et plus humide encore pendant la saison des pluies, qui commence en juillet. Elle est également réputée comme l’une des capitales mondiales du paludisme, tant par le nombre et la férocité de ses moustiques que par la virulence de ses parasites sanguins.
C’est dans cet villégiature enchanteresse que l’armée australienne avait envoyé la 7ème Brigade de la 1ère Division de l’AMF, venant du Queensland (Brisbane). La 7ème comprenait les 8ème, 25ème et 61ème bataillons d’infanterie, le 5ème Royal Australian Artillery et le 7ème Royal Australian Engineers. La 18ème Brigade arrivant à Port Moresby, l’état-major avait décidé de renforcer la 7ème Brigade avec le 53ème Bataillon de la 30ème Brigade, stationnée à Port Moresby et censée être acclimatée.
Puis, la 15ème Brigade avait été assignée à Milne Bay. Ses quatre bataillons (57ème, 58ème, 59ème et 60ème) arrivaient de l’Etat de Victoria et n’étaient nullement acclimatés, ce qui réduisit sévèrement leur capacité de travail. Le pire était qu’ils persistaient, malgré les conseils, à porter des shorts et à relever leurs manches, voire à ne pas mettre de chemise chaque fois qu’ils le pouvaient… ce qui les rendait très vulnérables aux piqûres de moustiques, donc au paludisme.
Le Major-Général Clowes commandait l’ensemble de la région. Sa tâche principale était de construire des infrastructures. Il disposait pour cela du 7ème Bataillon des RAE et de quelques compagnies du génie de l’US Army. Ces troupes installèrent assez rapidement deux terrains d’aviation à l’angle nord-ouest de la baie, près du village de Gili-Gili (Turnbull, sur Swinger Bay, au nord-est du village, et Gurney, 3 km à l’ouest du village). On construisit aussi des appontements près de la Mission Ladava et un réseau routier décent. Les conditions de travail des hommes du génie étaient atroces. Choisir les endroits où installer les terrains avait été facile, mais élargir trente km de pistes, les renforcer de plaques métalliques, creuser tout le long des fossés de drainage et remplacer les dix-sept ponts de bois légers par des structures capables de supporter le passage d’un camion de 10 tonnes à pleine charge avait été une tâche herculéenne. Et tout cela avait dû être fait avant que les pluies ne transforment les routes en question en bourbiers infranchissables. A l’ouest de Waigani (à 8 km environ de Gili-Gili), il n’y avait que des pistes.
Au début d’août, il y avait là trois squadrons de la RAAF : le Sqn 75, sur Hurricane, le Sqn 76, sur Boomerang et Wirraway, pour l’appui au sol, et le Sqn 100, sur Beaufort, dont on espérait beaucoup. La base n’avait pourtant pas été prévue pour recevoir autre chose qu’un squadron de chasse, et l’état des pistes posaient d’énormes problèmes, en dépit des couvertures de plaques Marsden. Les pistes étaient souvent recouvertes par 5 à 10 cm d’eau et il était fréquent que les avions aquaplanent et aillent s’enliser au bord de la piste dans le sol mou et spongieux. Ces difficultés épargnaient heureusement les hydravions Saro Lerwick du Sqn 11, installés au creux de la baie. En revanche, l’humidité omniprésente affectait gravement les appareils de l’unité de radar N° 37, qui étaient souvent en panne.
Clowes avait aussi fait construire une solide ligne défensive le long de la mer, de la Mission Ladava au sud-ouest jusqu’à l’embouchure de Poin Creek, au nord-est, près du point où la piste de Turnbull touchait presque la mer. La partie est de cette ligne était défendue par le 53ème Bataillon. Le QG de la 15ème Brigade avait été établi à Gili-Gili et ses unités couvraient la côte à l’est du 53ème Bataillon, jusqu’à la Mission K.B. Le QG de la 7ème Brigade était à Hagita House, au sud de la piste de Gurney, et ses unités couvraient la côte au sud-ouest.
Toute cette installation n’avait pu se faire que grâce à des transports par la mer et notamment à deux petits cargos, les AK Anshun (3 188 GRT) et Anking (3 472 GRT), tous deux de la China Navigation Co et filant à la vitesse raisonnable de 12 nœuds. Six bâtiments de guerre devaient les couvrir : le DD Warramunga (tout neuf et mis en service à la hâte), les DD Thracian, Vampire, Vendetta et Voyager et l’aviso Yarra (tous de la RAN, sauf le Thracian, de la Royal Navy).
Le commandement allié avait bien pressenti que la stratégie japonaise ne s’en tiendrait pas à l’attaque de Lae/Wau (en mars) et de Buna-Kokoda (en mai). Milne Bay était en effet en troisième position sur la liste des cibles de la Marine Impériale en Nouvelle-Guinée. Son attaque devait utiliser les mêmes transports et les mêmes navires de guerre de seconde ligne. La flotte d’invasion de Milne Bay était ainsi composée :
– Force principale : CLTT Ooi (amiral), CL Tama, DD Asagao, Fuyo, Minekaze, Okikaze et Sawakaze, AC Yakumo, Idzumo et Iwate*, ML Okinoshima, ravitailleur d’hydravions auxiliaire (AV) Kunikawa Maru (avec 8 x A6M2-N et 4 x E13A1), transports AK Bangkok Maru (5350 GRT), AK Nankai Maru et Nanai Maru (3 500 GRT), AK Ka Maru n°4 et Ka Maru n°33, LSI Shinshu Maru et Mayasan Maru, LSV(A) Koryu Maru n°1 et Koryu Maru n°2.
– Force d’appui : 2 x dragueurs de mines auxiliaires (AMS) type 1** et 4 x chasseurs de sous-marins auxiliaires (ASC) type Cha-1***, 8 x péniches de débarquement de 17 m (39 t, 10 nœuds, chargées de ravitaillement).
(extrait de B. Marcus – Les Forces Armées Australiennes dans la Seconde Guerre Mondiale)

* Ces “croiseurs cuirassés” étaient des antiquités qui plafonnaient à 14 nœuds et portaient 4 x 8-pouces/40, 4 x 6-pouces/40, 7 x 75 mm AA, 12 x 25 mm AA.
** 222 GRT, 9,5 nœuds, 1 x 75 mm AA et 3 x 25 mm AA.
*** 135 GRT, 11 nœuds, 2 x 25 mm AA.

(to be continued)
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Casus Frankie

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Dernière édition par Casus Frankie le Lun Déc 11, 2006 10:08; édité 2 fois
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Déc 10, 2006 18:37    Sujet du message: Répondre en citant

(suite)
2 août 1942
Milne Bay (Nouvelle-Guinée)
Milne est attaqué pour la première fois, par quatre A6M2 et quatre G3M venus de Lae. Trois Hurricanes sont détruits au sol et un Lerwick est coulé au mouillage. Le radar est en panne, mais six Hurricane en patrouille interceptent les Japonais sur le chemin du retour et abattent deux des bombardiers avant de perdre l’un des leurs sous les coups des Zéro (le pilote se parachute dans la baie). Quatre Hurricane de renfort arriveront le lendemain de Port Moresby.


5 août 1942
Milne Bay (Nouvelle-Guinée)
Ce jour-là, le radar de Milne fonctionne bien ! Treize Hurricane et neuf Boomerang se heurtent à douze A6M2 de Lae en patrouille offensive. Pour une fois, le ciel au-dessus de la baie est clair, les nuages habituels étant restés accrochés aux collines. Une furieuse bataille voit les pilotes australiens payer chèrement leur manque d’expérience. Trois Hurricane et deux Boomerang sont abattus, pour seulement deux A6M2. Cependant, les Australiens constatent que le Boomerang résiste honorablement en combat tournoyant contre le Zéro, bien qu’il soit plus lent – en revanche, comme on le savait déjà, le Hurricane, s’il est plus rapide, ne peut affronter l’ACM2 en duel tournoyant. Pendant ce temps, un C/J1N1 photographie la zone à haute altitude. Obstinés, les Australiens envoient de nouveaux avions de renfort de Port Moresby.

8 août 1942
Milne Bay (Nouvelle-Guinée)
Huit A6M2 de Lae, volant à basse altitude le long de la côte, débouchent à ras du sol par surprise et mitraillent la piste de Turnbull. Trois précieux C-47 et quatre Beaufort de la RAAF sont détruits. Les Japonais s’échappent sans peine.

9 août 1942
Milne Bay (Nouvelle-Guinée)
Six Beaufort du Sqn 100 répliquent et bombardent Lae. Les nuages empêchent d’observer les résultats, mais si trois A6M2 accrochent les bombardiers au retour, aucun n’est abattu.

11 août 1942
Milne Bay (Nouvelle-Guinée)
Les coastwatchers du cap Nelson aperçoivent un convoi de petits navires. Huit Beaufort et quatre Wirraway (armés de bombes), accompagnés de six Boomerang et escortés par neuf Hurricane, décollent pour s’en occuper. Il s’agit de la force d’appui venant de Lae, dont les huit péniches de débarquement et leurs six petits escorteurs sont vite en très mauvaise posture. Les Beaufort, bombardant à moyenne altitude, coulent un chasseur de sous-marins et stoppent deux péniches. Les Wirraway attaquent à basse altitude et coulent un dragueur de mines et deux péniches, mais perdent deux appareils. Les canons de 20 mm des Boomerang font presque un massacre : ils incendient les deux péniches stoppées, plus une troisième, et font de gros dégâts à un autre chasseur de sous-marins et au second dragueur.
Alors que ces avions rentrent à Milne Bay, un Hudson signale deux autres convois ennemis, sans pouvoir préciser leurs positions avant d’être abattu. Peu avant le coucher du soleil, un autre Hudson repère les deux convois.

(à suivre)
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MessagePosté le: Lun Déc 11, 2006 22:10    Sujet du message: Répondre en citant

(la suite)

Milne Bay (Nouvelle-Guinée)
Les efforts frénétiques des Australiens pour retrouver les convois ennemis sont gênés par un temps très nuageux. Ce n’est qu’en milieu d’après-midi qu’un Hudson les repère.
Les premiers à attaquer sont neuf B-17 du 19ème BG, basé à Mareeba. Ces avions ont fait escale à Port Moresby et ont tourné au-dessus de Milne jusqu’à ce que l’ennemi soit signalé. Cette remarquable performance n’est pas récompensée ; très gênés par les nuages, les quadrimoteurs ne mettent aucun coup au but. Pire : quatre chasseurs bimoteurs J1N abattent deux des B-17 et en endommagent gravement un autre, qui ramène son équipage sain et sauf à Port Moresby, mais devra être ferraillé après son atterrissage. Ce sont ensuite neuf Beaufort qui attaquent à la torpille – la première attaque du genre menée par le Sqn 100. Deux avions sont abattus, mais une torpille frappe le Nanai Maru, qui stoppe (la plupart des soldats transportés pourront être récupérés par l’AC Iwate avant que le transport ne sombre). Viennent enfin huit Wirraway, qui attaquent en piqué avec détermination. Leurs bombes de 250 livres endommagent l’AC Yakumo et le transport Nankai Maru, mais la DCA abat trois bombardiers et deux autres sont victimes de deux hydravions de chasse A6M2-N du Kunikawa Maru. Ce dernier s’est en effet installé dans une baie isolée de l’île Normanby.
Le dernier rapport des Hudson indique que le convoi s’éloigne de Milne Bay vers le détroit de Vitiaz. En fait, les navires cherchent la protection d’un grain, mais les Australiens croient à un repli. Ils entrent dans la baie au début de la nuit.
Les destroyers qui couvrent le convoi repèrent alors l’aviso HMAS Yarra, escortant les transports Anshun et Anking. Ceux-ci transportent le 60ème Bataillon de la 15ème Brigade, du ravitaillement et quatre chars Valentine. C’est la présence de ces derniers et le rapport erroné évoquant un repli japonais qui ont conduit l’état-major à prendre le risque d’ordonner aux transports de continuer vers Milne, malgré l’arrivée des Japonais. Ils sont à huit nautiques de Gili-Gili quand ils sont attaqués par les croiseurs Ooi et Tama et les DD Minekaze, Okikaze et Sawakaze. Le Yarra est pris sous un feu violent, auquel il répond de son mieux tout en émettant un rideau de fumée. A un contre cinq (tous plus puissants que lui), il tient vingt minutes avant d’être cassé en deux par une paire de torpilles du Tama. Les trois destroyers se jettent alors vers les transports. L’Anking est rattrapé par le Minekaze et coulé à 400 mètres de Waga Waga, sur la rive nord de la baie ; les deux tiers des hommes qu’il transporte réussissent à atteindre la terre. L’Anshun s’échoue volontairement devant les défenses du 53 Bataillon, à Swinger Bay, et la moitié des hommes des deux compagnies qu’il transporte peuvent descendre à terre grâce à des filets jetés sur les flancs du navire avant que l’Okikaze repère celui-ci ; les autres s’efforcent alors de s’échapper sous une grêle d’obus, avec plus ou moins de succès.
Les troupes du 53ème tentent de couvrir les naufragés avec leurs mitrailleuses et leurs mortiers, ce qui n’a d’autre efficacité que d’attirer sur leurs positions le feu des destroyers et des croiseurs légers, bientôt regroupés. Puis, au bout d’une heure, les tirs navals se font plus intenses : les trois antiques croiseurs cuirassés sont arrivés sur les lieux et commencent à préparer le terrain pour le débarquement.
La force d’invasion compte six mille hommes, plus une surprise. Les Japonais débarquent simultanément en deux points : d’une part, presque sans opposition, devant la Mission K.B., cinq km à l’est de Turnbull, d’autre part 800 mètres à l’ouest de ce même terrain, dans Swinger Bay. A cet endroit, les Japonais innovent. Alors que les bateaux de débarquement du Shinshu Maru commencent à mettre l’infanterie à terre, les Koryu Maru n°1 et n°2 approchent de la plage. Pendant que l’infanterie engage les défenses du 53ème, ces deux bateaux s’échouent, leurs panneaux de proue déjà ouverts. De chacun jaillissent sur la plage douze chars (très) légers HA-GO, suivis par 300 soldats.
Le 53ème, à court d’entraînement et composé de recrues au moral fragile, craque. Le bataillon mis en déroute se désintègre complètement, en dehors de quelques hommes qui meurent à leurs postes. Les soldats s’enfuient, jetant leurs armes et leurs paquetages, mais ils sont massacrés par les Japonais qui les poursuivent. Ces derniers envahissent les deux tiers de la piste de Turnbull avant d’être bloqués par une contre-attaque déterminée menée par le 57ème Bataillon de la 15ème Brigade. Les “Victoriens”, bien qu’affaiblis par le paludisme, affrontent les Japonais et les repoussent de 200 mètres après une demi-heure d’un sanglant combat au corps à corps. Manquant d’armes antichars, ils tentent d’utiliser des “bombes collantes” contre les petits chars japonais, qui font des ravages dans leurs rangs, mais l’humidité tropicale a rendu ces bombes inutiles, car des moisissures ont poussé sur la colle ! Les équipes au sol de la RAAF participent à la lutte pendant que les Beaufort stationnés sur la piste brûlent. Leurs deux 40 mm sont d’un grand secours : ils détruisent quatre chars HA-GO, mais sont finalement submergés par l’infanterie. A H+3, vers minuit, Turnbull est aux mains des Japonais, en dehors de son extrémité ouest, où s’accroche obstinément ce qui reste du 57ème.
Pendant ce temps, le reste de la force japonaise s’est emparé d’un des deux ponts sur Wehuria Creek et avance presque jusqu’à Gili-Gili, s’emparant des appontements et de quelques dépôts. Ils sont arrêtés près du village et repoussés par une contre-attaque improvisée par la 7ème Brigade. Les chars légers japonais montrent à nouveau leur valeur (en l’absence de toute opposition digne de ce nom) en brisant la contre-attaque des hommes de Field. Un HA-GO est quand même détruit par un fusil antichar et deux par des canons de 25 livres qui font feu en tir direct – il en reste dix-sept.
Le journal de Field résume cette nuit en quelques mots furieux : « Au diable le 53ème ! Les Japs ont débarqué en plein sur leurs positions de défense et ces salopards ont filé comme des lapins. Du coup, ma 7ème et la 15ème ont été séparées et les Japonais se sont facilement emparés de Turnbull. Ils n’ont pas cédé face à ma contre-attaque et ils ont massacré la 15ème. Et nous voici maintenant en train de défendre Gili-Gili pour couvrir Gurney, pendant que la 15ème est repoussée à l’est. »

(à suivre)
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MessagePosté le: Mer Déc 13, 2006 01:04    Sujet du message: Répondre en citant

(la suite)

13 août 1942
Milne Bay (Nouvelle-Guinée)
A l’aube, le front de la 7ème Brigade s’est plus ou moins stabilisé le long d’un ruisseau à mi-chemin entre Gili Gili et Wehuria Creek. La position australienne à ce moment est désastreuse. Les défenseurs ont été coupés en deux par l’effondrement du 53ème : la 15ème Brigade, durement éprouvée, est accrochée entre les unités japonaises débarquées à la Mission K.B., à l’est, et celles occupant Turnbull, qui parviennent peu à peu à faire lâcher prise aux hommes du 57ème. Plus à l’ouest, la 7ème Brigade, en grande difficulté, tente de regrouper ses trois bataillons pour rouvrir la route de Stephen’s Ridge et reprendre contact avec la 15ème, sous les obus des trois croiseurs cuirassés japonais.
Tandis que les combats se poursuivent au sol, les 8 Hurricane, 6 Boomerang et 5 Wirraway qui ont survécu au bombardement de Gurney et de Turnbull tentent de décoller. Dès que les premiers appareils quittent le sol, ils sont repérés et l’Iwate tourne à nouveau ses canons vers la piste de Gurney. Les autres décollent au milieu des obus, mais deux Wirraway et un Boomerang sont détruits en essayant. Les seize survivants se jettent sur les plages où débarquent les Japonais, mitraillant et bombardant à bout portant les soldats et les barges de débarquement encore pleines de ravitaillement. Leurs munitions épuisées, ils se reposent aussitôt à Gurney, où ils réarment en laissant tourner leurs moteurs et repartent aussitôt. Le Yakumo se joint alors au bombardement de Gurney, et deux des derniers Wirraway l’attaquent avec leurs bombes de 250 livres. L’un d’eux l’encadre et s’enfuit, filant mitrailler les plages. L’autre est touché par la DCA et prend feu ; ses bombes ratent leur cible, mais le Wirraway agonisant s’écrase sur l’arrière du vieux croiseur, déclenchant un incendie. Le Yakumo fait une violente embardée et s’éloigne vers les grains de pluie à l’est de la baie. Il est 07h30.

La bataille de Mission Point (extrait de B. Marcus – Les Forces Armées Australiennes dans la Seconde Guerre Mondiale)
« En comptant les détours nécessaires pour passer entre les nombreux écueils, la distance entre Port Moresby et l’entrée de Milne Bay est d’un peu moins de 300 nautiques, par le Détroit de Chine (China Strait). Quand Port Moresby reçut les rapports sur les convois japonais approchant de Milne, la seule force navale disponible était les cinq destroyers de la Force L : quatre vieux bâtiments fatigués (HMS Thracian, HMAS Vampire, Vendetta, Voyager)et un tout neuf, à peine rodé (HMAS Warramunga). C’était en réalité plutôt une force anti-sous-marine, destinée à l’escorte de convois et dont le rôle anti-surface, très secondaire, n’avait en réalité jamais été envisagé. Les équipages de ces cinq navires étaient frais émoulus de l’école navale – les pertes de la Royal Australian Navy avaient été lourdes et les vieux bateaux étaient excellents pour l’entraînement.
Quand l’alerte fut donnée, les cinq bâtiments étaient occupés à de tout autres tâches, mais ils ravitaillèrent, expédièrent la réparation des problèmes les plus urgents avant d’appareiller et de mettre le cap sur le détroit de Chine à 24 nœuds – ce que les plus vieux d’entre eux pouvaient donner de mieux pendant une longue durée. Après une nuit d’un voyage sans incident, l’aube se leva sous un ciel très couvert et vide d’avions japonais. De nombreux grains bouchaient la vue, réduisant même la visibilité à zéro quand les navires y pénétraient. Chacun se prépara à l’action avant de passer le détroit de Chine, mais aucune opposition ne se manifesta. En entrant dans Milne Bay, la radio commença à grésiller des cris furieux et désespérés des avions de la RAAF qui tournoyaient au-dessus des plages. Mais les rives nord et ouest de la baie étaient complètement dissimulées par une ligne de grains.
Le Warramunga pénétra sur la fréquence radio des avions et s’identifia, à la stupéfaction des aviateurs (mais aussi des Japonais chargés des écoutes radio) et fut rapidement informé de la situation et de la localisation des navires ennemis. Les destroyers montèrent à 29 nœuds, tout ce que pouvaient faire les pauvres classe V.
A 07h40, la force aperçut un navire ennemi qui se dirigeait vers elle, à environ 15 nautiques de Gili-Gili. De ce bâtiment s’élevait une épaisse fumée venant de ce qui semblait être un incendie à l’arrière. C’était le Yakumo, en train d’éteindre l’incendie déclenché par le Wirraway qui l’avait percuté. Le Japonais, voyant les destroyers approcher, commença par présumer qu’ils étaient de la Marine Impériale, mais finit par les interroger en arrivant à 8 000 mètres. La réponse fut une salve du navire de tête, le Warramunga. Encadré par les gerbes, le croiseur donna immédiatement l’alarme tout en répliquant et en s’efforçant de s’échapper vers le nord à pleine puissance – soit, malheureusement pour lui, à 15 nœuds seulement. Contre les cinq destroyers, le Yakumo n’avait pas la moindre chance, mais les grains n’étaient qu’à 4 nautiques.
A 07h50, le Japonais réussit à toucher le Warramunga d’un obus de 8 pouces, mettant hors service sa tourelle X (un jumelage de 4,7 pouces) et tuant les servants. Mais les destroyers l’accablaient d’obus de 4,7 et de 4 pouces et la distance était tombée à 4000 mètres. Pour en finir, le Thracian accéléra à 32 nœuds et lança trois torpilles.
A 08h05, au moment où il atteignait l’abri des grains, le Yakumo fut touché à l’arrière par une de ces torpilles. Il courut sur son erre pendant plusieurs minutes et coula à 08h17, à moins d’un demi nautique du rivage, la pointe de ses mâts émergeant tout juste des vagues.
Pendant ce temps, atteint à la chaudière avant par un des derniers obus de 6 pouces du croiseur coulé, le Thracian devait ralentir à 20 nœuds. Il commença à rebrousser chemin vers le détroit de Chine.
A 08h15, les destroyers pouvaient apercevoir quelques transports, mais aussi le Tama, l’Ooi et les cinq destroyers japonais, suivis par les Idzumo et Iwate, arrivant pour les affronter. Les deux camps ouvrirent le feu à longue portée pour leurs armes – 12 000 mètres environ. Il s’ensuivit une action prolongée, violente et sinueuse, où les deux adversaires tendaient des rideaux de fumée et serpentaient entre les grains, à la recherche d’une bonne occasion pour lancer leurs torpilles. En tête de file des deux flottes adverses, le Warramunga et le Tama s’observaient et se cherchaient avec obstination. Le vieux croiseur léger, dont l’artillerie était plus puissante que celle de son adversaire, lui infligea une vraie punition, ses obus frôlant et secouant une douzaine de fois la coque de l’Australien, qui fut touché à quatre reprises. Mais une demi-douzaine d’obus du destroyer firent de nombreuses victimes sur les ponts du Japonais. Ni l’un ni l’autre ne purent mettre une torpille au but.
A 09h15, c’est le Voyager qui gagna le gros lot: lancée à 6 000 mètres de distance, une de ses torpilles Mk VIII frappa le Fuyo en plein milieu. Le petit destroyer se cassa en deux et coula très vite.
A 09h30, après plus d’une heure de combat, les Alliés n’avaient plus beaucoup de torpilles, guère plus d’obus, et ils savaient qu’ils n’atteindraient pas les transports. Le Warramunga ordonna alors à tout le monde de décrocher vers le détroit de Chine. Ils avaient au moins forcé les Japonais à dépenser leurs munitions et avaient donné aux fantassins trois heures de répit sans bombardement naval.
Ayant récupéré au passage le Thracian, les navires alliés rentrèrent à Port Moresby, où ils arrivèrent au matin du 13. Tous étaient endommagés, en particulier le Warramunga. Les canons arrière du Voyager étaient inutilisable et le navire avait une voie d’eau à bâbord. Le Vendetta avait perdu un canon avant et une salve de 8-pouces de l’Iwate (le seul coup au but du vieux bâtiment) l’avait mitraillé d’une grêle d’éclats. La passerelle du Vampire était durement touchée et sa cheminée arrière était décapitée.
Les cinq destroyers ravitaillèrent et se soignèrent comme ils purent. Les Australiens recrutèrent des volontaires sur le Thracian pour compenser leurs pertes et prirent les torpilles restant sur le navire anglais pour se les répartir. Avec les quelques torpilles en stock à Moresby, chaque bâtiment eut droit à une demi-charge. En revanche, il y avait à peu près ce qu’il fallait d’obus pour regarnir leurs soutes.
Avant l’aube du 14, les quatre Australiens étaient repartis, cette fois pour une attaque nocturne, pendant que le Thracian, clopinant et sans la moindre torpille, emportait des munitions et 100 soldats vers Dahuni Bay, à l’ouest de Milne. L’état-major de Port Moresby organisait en effet jusqu’à ce petit village côtier une noria d’embarcations légères, avec du ravitaillement et de quoi installer des dépôts et un appontement. »
Mais revenons à Milne Bay, le 13 août.
A midi, tous les avions de Gurney avaient été détruits. Cependant, leur action et celle des destroyers avaient garanti à l’armée plusieurs heures d’un répit très utile et très bien employé.
Dans l’après-midi, plusieurs attaques sont menées par des Beaufort de Port Moresby. Ignorant la situation sur le terrain, ils se contentent de bombarder sans grande efficacité les bateaux en mer. Deux d’entre eux sont perdus.
Au crépuscule, six des derniers Fairey Battle opérationnels sur ce théâtre (et même dans le monde) mènent une attaque désespérée. Déjà démodés en 1939, les Battle n’en conduisent pas moins un bombardement précis des plages, détruisant quatre péniches de débarquement et faisant de nombreuses victimes chez les Japonais. Ils sont malheureusement surpris par une paire d’A6M2 venus de Lae en ravitaillant à Buna. Les pilotes sont le jeune as Toshio Ota (un disciple de Saburo Sakai) et son ailier, un novice. Ota, qui laissera un Journal de Guerre d’autant plus précieux qu’il sera interrompu par sa mort dans les derniers jours du conflit, raconte : « Des Fairey Battle ! Je cherchai une escorte, mais je n’en vis aucune – les pilotes de ces bombardiers démodés, terriblement sous-motorisés, étaient des braves. Quand nous arrivâmes, ils bombardaient et mitraillaient les plages à très basse altitude, malgré une DCA nourrie. Mon ailier et moi, nous plongeâmes sur eux comme des faucons pèlerins sur de maladroits pigeons. J’incendiai le premier avec mes mitrailleuses ; il tomba en mer tout près du rivage dans une gerbe d’eau. Les autres nous virent, j’en suis certain, mais ils poursuivirent leur attaque – des braves, en vérité. Je touchai un deuxième appareil avec mes mitrailleuses ; je le vis se traîner jusqu’à son terrain, tout près, pour s’y poser en catastrophe, en flammes – je me souviens avoir espéré que le pilote s’en tirerait. Un troisième apparut devant moi ; je sélectionnai les canons et mes obus lui arrachèrent la queue ; l’appareil bascula sur le côté et piqua dans les flots. Son mitrailleur avait touché mon Reisen, mais sans gravité. J’assaillis un quatrième, qui dégagea brutalement sur la droite, juste sous les canons de mon ailier, qui le fit exploser d’une longue rafale…
Ce soir, à Lae, nous avons célébré la première victoire de mon ailier. Il était ravi, bien sûr, mais je lui ai rappelé qu’il devrait se souvenir toute sa vie de la bravoure des hommes que nous venions de tuer. Ils n’avaient même pas esquissé une tentative de fuite ; ils avaient combattu jusqu’au bout, pour terminer leur bombardement. Il a volontiers reconnu qu’il fallait admirer un tel sens de l’honneur guerrier, et qu’il était en vérité honorable d’affronter de tels adversaires. »

(à suivre)
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MessagePosté le: Mer Déc 13, 2006 16:55    Sujet du message: Répondre en citant

14 août 1942
Milne Bay (Nouvelle-Guinée)
A l’est, la 15ème Brigade fait un effort énergique pour se frayer un chemin jusqu’à Stephen’s Ridge, mais sa progression est arrêtée lors d’un furieux combat sur Diura Creek. L’attaque pourrait cependant réussir, sans l’apparition de péniches de débarquement et d’un croiseur cuirassé, l’Iwate, dans Swinger Bay. Une unité japonaise débarque et, avec le soutien des canons du croiseur, menace l’aile gauche de la 15ème, l’empêchant de consacrer tous ses efforts à son offensive.
Pendant ce temps, à l’ouest, la 7ème Brigade contre-attaque violemment à partir de Gili-Gili, pour reprendre les appontements et les dépôts et écarter les Japonais de Stephen’s Ridge. Les Australiens utilisent les quelques chars dont ils disposent, mais ce sont de vieux Mk VI, l’un des rares engins blindés au monde auxquels le HA-GO japonais puisse se comparer favorablement… Les HA-GO s’opposent efficacement aux Mk VI et détruisent deux d’entre eux au canon (alors que les malheureux Mk VI n’ont que des mitrailleuses…). L’infanterie japonaise s’accroche et, bien soutenue par les canons de l’AC Idzumo, repousse les Australiens sur leur ligne de départ. Pire encore : Field aperçoit trois bateaux de débarquement qui se dirigent vers Gaba Gabuna Bay, au sud de ses positions. De là, même des forces légères pourraient le prendre à revers. Cette menace l’oblige à retirer sa brigade vers Gili-Gili et à envoyer ses uniques réserves dans la zone de la Mission Ladava. Celles-ci rencontrent les Japonais débarqués peu avant et les arrêtent le long d’un ruisseau au nord de Gaba Gabuna Bay. Cependant, les Japonais restent maîtres du pont qui enjambe le cours d’eau, et les 25-livres doivent dépenser de précieuses munitions pour le détruire.
A la tombée de la nuit, Clowes et le commandement de la 15ème Brigade décident que celle-ci va décrocher et marcher vers le nord pour franchir la crête qui domine sa position actuelle. Elle obliquera ensuite vers l’ouest, puis redescendra vers le sud pour rejoindre la 7ème. La Brigade n’a pas d’autre choix : à cours de munitions, elle serait vouée à la destruction si elle ne se déplaçait pas. Ce parcours représente 25 km sur la carte. Au sol, il va s’avérer beaucoup plus long…


15 août 1942
Milne Bay (Nouvelle-Guinée)
Le CL Tama et le DD Asagao débarquent de petits groupes de SNLF sur de petites îles gardant les approches du Passage Jomard. Ils projettent aussi de s’emparer de Samarai (la capitale provinciale, sur un îlot parfaitement plat) ; mais en arrivant au large de l’île, ils constatent que les bâtiments ont été incendiés par les Australiens.

Port-Moresby (Nouvelle-Guinée)
Les Australiens commencent à manquer d’avions. En plus de la vingtaine d'appareils perdus à Milne Bay, une douzaine sont détruits au sol sur la piste de Moresby par des Zéro volant à basse altitude, sous la couverture radar.

16 août 1942
Milne Bay (Nouvelle-Guinée)
La RAN et la RAAF font tous leurs efforts pour venir en aide aux forces isolées autour de Gili-Gili, mais ce n’est pas assez, malgré l’aide de la NEIAF, dont les Lodestar évacuent 200 blessés graves dans la nuit, sous le feu ennemi et sur une piste ravagée, sans la moindre perte. La RAAF lance une série de raids, mais les nuages qui couvrent la mer et la situation confuse au sol font que ces attaques sont moins efficaces qu’elles ne pourraient l’être.
Clowes sait maintenant qu’il ne recevra pas de renforts notables. Son problème est donc insoluble : les Japonais peuvent tourner son flanc à tout moment en débarquant quelques troupes derrière ses lignes, sans qu’il puisse rien y faire. Les combats se poursuivent toute la journée, et les 25-livres dépensent beaucoup de munitions contre les concentrations japonaises, aidant à tuer dans l’œuf une série d’attaques. La 7ème Brigade, très affaiblie, est cependant repoussée au-delà du ruisseau de Gili-Gili. Les véhicules du Brigadier Field transportent ravitaillement et blessés vers Baraga, à l’extrémité de la route (plus ou moins) carrossable à l’ouest de Gili-Gili, près de Waigani, où a été construite une autre piste d’atterrissage.
Beaucoup va dépendre de ce que pourra faire la Navy contre la flotte japonaise dans la baie.

(à suivre)
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MessagePosté le: Jeu Déc 14, 2006 00:13    Sujet du message: Répondre en citant

17 août 1942
Milne Bay (Nouvelle-Guinée)
La bataille du détroit de Chine (China Strait), nuit du 16 au 17 août 1942 (extrait de B. Marcus – Les Forces Armées Australiennes dans la Seconde Guerre Mondiale)
« Les quatre destroyers australiens, tous endommagés, les Warramunga, Vendetta, Vampire et Voyager, décidèrent de reprendre la route la plus courte pour accéder à Milne Bay, à travers le détroit de Chine.
En face, le Tama et deux DD gardaient le Passage Jomard. La bouche du détroit de Chine était surveillée par le CLTT Ooi, le gros mouilleur de mines Okinoshima et les DD Okikaze et Sawakaze. L’Ooi, qui avait utilisé 8 torpilles quelques jours plus tôt, en avait encore 32. Les DD en avaient respectivement deux et trois.
Une fois de plus, les vigies de nuit de la Marine Impériale montrèrent leur supériorité, repérant la formation australienne à 23h51, à près de 9 000 mètres de distance, malgré une forte nébulosité et de nombreux grains. L’Ooi observa les quatre destroyers trois minutes avant de tirer huit torpilles ; une minute plus tard, les Australiens changèrent légèrement de cap, mais les Japonais continuèrent à retenir leur feu.
Le Warramunga repéra la formation japonaise à 23h56 et ouvrit le feu immédiatement, touchant d’emblée l’Okinoshima, dont la massive silhouette dominait les navires voisins (les Australiens le prirent d’ailleurs pour un croiseur lourd). L’Okinoshima répondit tout de suite, du tir précis de ses deux tourelles doubles de 5,5 pouces.
A 23h57, le Voyager, dernier de la formation australienne, fut frappé par une torpille juste en avant de la passerelle. L’impact provoqua une explosion digne d’un croiseur de bataille (la torpille avait dû courir en surface, et aucune épaisseur d’eau n’amortit la détonation). Une grosse boule de feu s’éleva, faisant croire aux Japonais qu’ils avaient coulé un croiseur de classe Arethusa. Le Voyager ne fut pas brisé en deux, mais sa blessure était mortelle. Il sortit de la ligne de bataille, l’avant enveloppé de flammes qui montaient à trente mètres.
Pendant ce temps, la bataille se transformait en une série de duels. Le Vendetta engagea l’Ooi et le Vampire l’Okikaze. Le Sawakaze, un moment engagé par le Voyager, se trouvait libre de tout adversaire et choisit de s’en prendre au Vampire.
Le Warramunga soutint pendant dix minutes un échange inégal avec l’Okinoshima et fut durement touché. A 00h08, il dut finalement rompre le combat quand deux obus de 5,5 pouces mirent hors service sa chaudière avant. Il avait déjà reçu cinq autres obus et n’avait plus qu’une tourelle de 4,7 pouces opérationnelle. Peu après, à 00h09, une de ses torpilles frappa son adversaire en avant de sa tourelle A, ouvrant un trou béant dans sa proue. Le gros navire se replia de son côté pour panser ses plaies.
A ce moment, le Vampire était stoppé et en flammes, ayant reçu une pluie d’obus des deux destroyers japonais auxquels il faisait face. Il avait réussi à toucher et à endommager sérieusement l’Okikaze, mais à un contre deux, il était perdu. Une torpille du Sawakaze finit par l’achever à 00h40, mettant un point final à la bataille.
Le Vendetta avait vécu un moment passionnant. Il avait engagé l’Ooi pendant près d’une demi-heure, ne recevant que deux obus et touchant cinq fois le croiseur lance-torpilles, mais sans lui infliger (ni subir) de sérieux dommages. Réalisant qu’il était dangereusement isolé, il finit par se replier, en couvrant le Warramunga.
Cette âpre petite action fut le dernier soupir offensif de la Royal Australian Navy dans ces eaux jusqu’à l’arrivée d’Europe de ses nouveaux destroyers modernes. L’entrée à Port Moresby du Warramunga, noirci et sanglant, accompagné du Vendetta, fut une vision saisissante pour les soldats massés sur le rivage en demandant ce que faisait la Navy. Le Warramunga dut repartir pour six mois de réparations en Australie. Le Vendetta rejoignit le Thracian, à peu près réparé, et l’aviso Swan, pour des courses régulières jusqu’à Dahuni Bay, préservant un lien vital pour l’AMF de Milne Bay. »

Après l’échec de la RAN à nettoyer la baie, Clowes n’a plus le choix. Il ordonne à ses hommes épuisés de se replier aussi lentement que possible vers Gurney pendant que ceux de la 15ème, qui marchent sans arrêt depuis deux jours, sous de fréquentes attaques aériennes, les rejoignent en titubant le long de la piste de Kalobi. Alors, durant toute une sanglante et sinistre journée, les hommes de la 7ème Brigade luttent pour donner à ceux de la 15ème une chance de s’en tirer. Ils y parviennent de justesse…
Pendant ce temps, les unités du génie et du train travaillent jour et nuit pour transporter le ravitaillement et le matériel vers Baraga, tandis que l’unité de construction américaine prépare frénétiquement des positions de défense le long de la rivière Kalobi, d’Halfway Creek et de Flying Fox Creek.
La RAAF envoie tout ce qu’elle peut pour soutenir les troupes au sol. Malgré une météo abominable, les bombardiers réussissent à passer, mais le prix est élevé. Huit appareils sont abattus par les chasseurs japonais (qui perdent trois A6M2-N), six par la DCA lors d’attaques à très basse altitude, et treize (!) parce qu’ils s’écrasent dans les montagnes en essayant de trouver leur chemin à travers les nuages jusqu’à Milne Bay. Aujourd’hui encore, avec toutes les aides à la navigation moderne, le trajet reste dangereux si la météo est mauvaise…
(à suivre...)
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MessagePosté le: Jeu Déc 14, 2006 01:02    Sujet du message: Répondre en citant

18 août 1942
Milne Bay (Nouvelle-Guinée)
Clowes ordonne à ses troupes de décrocher jusqu’à Halfway Creek et Flying Fox Creek (les deux ruisseaux qui barrent la route de Waigani). Un bataillon improvisé de 600 hommes, composé essentiellement de personnel au sol de la RAAF, reçoit l’ordre de tenir le gué d’Hagita, point de passage sur la rivière Kalobi, « aussi longtemps que vous le pourrez » précise Clowes. Le choix de ces hommes ne vient pas du désir d’épargner ceux de l’infanterie régulière – bien qu’ils ne soient plus très frais, ce sont tout simplement les seuls qui ne soient pas au bord de l’épuisement. Ils reçoivent un renfort inattendu sous la forme de 120 hommes commandés par le Capitaine Maitland. Ce sont des hommes du 53ème Bataillon, qui s’était enfui lors du débarquement japonais. « On a souvent dit qu’il s’agissait des seuls qui aient tenu leurs positions sur les plages, mais il est probable que ceux qui avaient tenu sur les plages y étaient morts. Les 120 hommes (et Maitland lui-même, sans doute) avaient probablement fui… » (B. Marcus, op.cit.).

19 August 1942
Milne Bay (Nouvelle-Guinée) – Bataille de la Kalobi
Il pleut – enfin, il pleut encore plus fortement et plus continuellement que d’habitude. Un groupe de Japonais déborde les 700 hommes de la RAAF et du 53ème en traversant plus au sud, près du confluent de la Kalobi et de la Maiwara. Mais la force qui tient le gué d’Hagita refuse de bouger – en effet, sans ce gué, les Japonais ne peuvent avancer en nombre vers l’ouest, ni faire passer de ravitaillement.

20 août 1942
Milne Bay (Nouvelle-Guinée) – Bataille de la Kalobi
« Sur les 720 hommes qui avaient pris position au gué d’Hagita, il n’y eut que trente et un survivants. Tous étaient des hommes de la RAAF, tous avaient été blessés, tous avaient reçu l’ordre formel écrit d’évacuer et aucun ne jugea utile de témoigner de ce qui s’était passé exactement. Il fallut aux Japonais deux jours complets d’une lutte acharnée, presque constamment au corps à corps, pour se frayer un passage. Ce combat donna à Clowes le temps qui lui était nécessaire.
Aucun des cent vingt hommes du 53ème Bataillon ne survécut. Cette action leur valut la grâce de rester dans les mémoires non comme “des hommes du 53ème, qu’ils aillent au diable”, mais comme des hommes de ce qui fut par la suite immortalisé comme le “Bataillon Perdu”. Bien des années plus tard, les mots « Il était avec le Bataillon Perdu » suffiraient pour que des hommes se taisent un instant et lèvent leurs verres en silence. » (B. Marcus, op. cit.)


21 août 1942
Milne Bay (Nouvelle-Guinée)
A leur tour épuisés, les Japonais arrivent devant Halfway Creek, et s’arrêtent. Clowes, sachant que cette position sera intenable une fois les forces ennemies regroupées, est déjà en train de disposer ses hommes ailleurs. Il a trouvé une nouvelle position de défense dont les flancs sont bien assurés : il s’agit d’un col de montagne, aujourd’hui indiqué sur les cartes sous le nom de Bloody Saddle – le Col Sanglant.


(Et là, désolé, mais Mark n'a pas encore écrit la suite...)
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