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"Fabrice à Waterloo", Avril 1944
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demolitiondan



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MessagePosté le: Jeu Oct 13, 2022 16:39    Sujet du message: Répondre en citant

Plusieurs choses dans ce numéro assez musical..

Les frères Jacques - les fesses les fesses ! les fesses les fesses !

https://www.youtube.com/watch?v=ljbq8Kg1Mic

J'adore les frères Jacques. C'est tendre et fin en plus.

Un peu plus fin quand même : https://www.youtube.com/watch?v=126OV4I4lxw

Les jouets de ce pauvre Dennis, on les retrouve à Colmar, au musée ... ben du jouet justement.





Il y a surement à dire sur l'ambassade française à la concession internationale de Canton, dans les années 30. En attendant, la chanson de Dennis aussi.

https://www.youtube.com/watch?v=SLtQ9gu_NmA
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Oct 13, 2022 16:48    Sujet du message: Répondre en citant

La chanson est bien belle aussi en français (même si ce n'est pas Marlène Dietrich qui chante).
Et, très proche d'inspiration, mais en plus sombre, je vous recommande aussi "Girofli, girofla", chanté par Yves Montand.
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Casus Frankie

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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Oct 13, 2022 22:49    Sujet du message: Répondre en citant

Note en passant – encore 3 parutions de "Fabrices", puis une petite semaine d'Opération Cobra…
Et Avril 44 sera fini.
Ensuite, une gâterie (genre les chocolats de l'entracte, mais du ****).
Et on attaquera Mai 44.
Aïe. Faudra pas que je me casse un bras, ce coup-ci…

Cool Cool Cool
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Casus Frankie

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demolitiondan



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MessagePosté le: Jeu Oct 13, 2022 23:16    Sujet du message: Répondre en citant

Ah non crotte ! On en vient à peine à bout, et y a tellement à faire sur mai.
J'annonce un des mois les plus chargés, de mon côté comme de celui d'autrui...
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Oct 14, 2022 13:20    Sujet du message: Répondre en citant

26 avril
Mariages de guerre
Après l’épisode du 23, ça pourrait donner ça… – Accident de la voie publique
Hautes-Alpes
– Le sergent Benoist descendit du camion quasiment en marche. Il fut soulagé de voir que la cycliste était indemne.
– Ben alors, ma p’tite da… mademoiselle… Vous voulez vous faire écraser, ou quoi ?
– Je ne comprends pas… c’est ce caillou…
– Dites, c’est que c’est pas passé loin ! Vous n’avez rien ? Sûr ?
– Non, non… Mais pfiou… j’ai eu peur… j’en ai encore le cœur tout retourné…

Elle avait plaqué la main sur sa poitrine.
– C’est vrai que vous êtes bien pâle ! Ça va ? Sûr ?
– Faut que je me remette, mais… Ça va… Ça va aller… Oh ! Et mon vélo ?

Le sergent redressait la bécane. Il fit jouer les pédales, lança la roue avant de la main, se plaça de face, et décréta : « Même pas voilée ! Par contre, le cageot… »
– Les œufs ! Mes œufs !

La cycliste souleva un petit sac de toile pour constater que la fragile cargaison n’avait subi aucun dommage. Elle poussa un ouf ! de soulagement et s’assit brutalement sur le bas-côté.
– C’est vraiment votre jour de chance ! Dites-voir, où c’que vous alliez, comme ça ?
– Eh bien, j’allais à Gap, tiens… Les œufs sont pour ma tante…
– A Gap ? Avec encore les deux côtes à avaler ? Comme vous êtes, là ? Hmm… Mo’ ! Ho, Mo’ ! Descends !

La portière côté conducteur claqua et un deuxième quidam parut.
– On va mettre le cl… la bicyclette de la demoiselle là derrière. Tu lui laisses la place. Tenez, montez, mamzelle. Ben oui, y’a une marche. Allez, Mo’, grimpe ! Et attrape la Peugeot de la demoiselle… là, c’est bon… ça y est-y ? Z’avez vot’ paquet ? Y’a tout ? On y va…
Le camion n’avait pas parcouru trois cents mètres que le sergent, qui avait horreur du silence, entonnait à pleine voix :
« J’ai laissé tomber mon mégot
dans les lentilles
crie le mendigot
dans ses guenilles.
Je m’ vois pas trier tout le tas
qui fume !
Ah ! Le voilà, je l’aperçois
dans l’écume… »

La jeune fille se mit à rire.
– Qu’est-ce qui vous fait rire ?
– Je ne connaissais pas cette version….
– Dommage, vous auriez pu m’apprendre la suite. Qu’est-ce que c’est, les herbes, là ? C’est pour les lapins ? Elle a des lapins, la tata ?

C’était une façon comme une autre d’amorcer la discussion. Benoist comprit très vite que question ravito, de ce côté-là, c’était la dèche. Il n’en offrit pas moins trois boîtes de son sempiternel jus d’ananas à la p’tite gonzesse, plus une tablette de chocolat, car la tata semblait détenir un trésor, à savoir, sous les combles de son immeuble, trois pièces qui avaient subi un début d’aménagement “avant”.
Mais fallait sans doute jouer fin.
………
Un pilote au couvent
Hautes-Alpes
– Le voyage en camion lui avait fait gagner un temps considérable. Yolande y vit un signe du Destin. Tante Honorine et elle avaient partagé une bonne salade de pissenlits, avec deux œufs durs, et elle prétexta une course en ville pour sa mère pour s’éclipser, ce qui n’était pas faux, elle avait des tickets de tissu. De la place à l’hôpital, il n’y avait qu’un pas. Par contre, pour trouver ce qu’elle cherchait dans le dédale des couloirs…
N’ayant pas sa langue dans sa poche, elle finit par apprendre qu’il lui fallait se rendre à la Providence. C’était tout près.
L’atmosphère du couvent était encore plus feutrée que celle de l’hôpital, avec moins de relents d’éther et d’infirmières affairées. Les sœurs passaient en devisant à voix basse, et il ne fallut guère de temps avant que l’on s’inquiète de sa présence.
– Je cherche un blessé. Un pilote. A l’hôpital, on m’a dit qu’il devait être chez vous…
– Savez-vous son nom, ma fille ?
– Hélas, non, ma mère. Je sais qu’il est pilote, et qu’il a été blessé à l’épaule, il y a de ça… trois jours. Je dois lui remettre des effets personnels. C’est important… pour lui, m’a-t-on dit.

Et elle ne rougit même pas en proférant ce semi-mensonge !
– Blessé à l’épaule ? Il doit pouvoir marcher, alors. Si ce n’est pas l’heure des soins, il doit être dans le jardin. Sœur Augustine va vous accompagner…
………
– Le voici… Il ne faudra pas rester longtemps, pour ne pas le fatiguer…
– Oh non, ma sœur, j’ai juste quelque chose à lui remettre… J’espère que ça lui fera plaisir…
– Sergent Pignon ? Cette jeune fille désirerait s’entretenir avec vous.
– Hein ? Oh… Merci, sœur… Augustine, c’est bien ça ? Volontiers…

La religieuse s’écarta de quelques pas.
– Asseyez-vous sur le banc. Sœur Augustine n’aura rien à redire. Nous connaissons-nous ?
– Heu… non.
– Diable !

Il porta une main à sa bouche : « Oups… Je veux dire… Très bien. Hem. D’un côté, je préfère : si, en plus de ça… (Il montra successivement son épaule et le pansement sur son front.) j’avais des trous de mémoire… Alors ? »
– Voilà.
(Elle sentit sa figure virer au cramoisi) Il y avait cette photo, dans le poste de pilotage.
– Le cockpit,
fit-il machinalement. Elisabeth ! Bon sang ! Merci mille fois, Mademoiselle…
– C’est… votre fiancée ?
– Elisabeth ? Grands dieux, non ! Non !

Comme il s’esclaffait, elle aurait donné cher pour un trou de souris !
– Elisabeth, c’est ma petite sœur ! Sa photo… bon, on va dire que c’est un porte-bonheur. Comme tout pilote, je suis superstitieux ! C’est la seule photo d’elle – la seule récente – que j’aie ! Comment vous remercier ?
– Ce n’est rien. Je… Je dois… Je dois m’en aller, maintenant.

Il se leva en même temps qu’elle : « Allons ! Vous vous démenez pour ramener un bout de papier à un gars que vous ne connaissez pas, et tout ça pour rien ? »
– C’était juste… je voulais voir l’avion… dedans… et il y avait la photo…
– Voir un avion ? Si ce n’est que ça… ça doit pouvoir s’arranger…
– Mais… Oh !… Vous pourriez ?
– Je crois, oui. Si ça peut vous faire plaisir… Et est-ce qu’un petit tour en l’air ?…
(Il grimaça.) Pas avec moi, bien sûr. Je ne suis pas si impotent, mais je ne piloterai pas de sitôt. Mais du diable si…
– Vrai ? Monter dans un avion ? Je ne sais pas si… Ce doit être fantastique de voler !
– Oh, oui.
(Il grimaça de nouveau.) Tant qu’on n’essaie pas de vous flinguer…
– C’est difficile ? De voler, je veux dire…
– Eh bien…

Il allait se lancer dans un petit discours farci de palonniers, commandes, ailerons, gaz… quand il la regarda vraiment.
– Attendez… voler ? Ou… piloter ?
– Ce n’est pas pareil ?
– Pareil ? Oh non, ce n’est pas pareil ! Piloter, c’est voler, mais en mieux, en bien mieux !

Et, faisant fi de sœur Augustine – qui affectait d’ailleurs de ne pas regarder dans leur direction, il ajouta : « Asseyez-vous, je vais vous expliquer… »

De Sparte à Teutoburg (capitaine Pierre Percay)
Grincements
Aux environs de Kovačica (Voïvodine)
– « La pluie tombait sur le camp que nous quittions dans ma Jeep bâchée. « Vous savez, Augagneur, je pense vous faire accorder une citation, à vous et à ce pauvre Dennoyeur. » « Oui mon capitaine, je vous remercie. Ça fera plaisir à ma maman. » Je n’arrivai pas à savoir si mon sergent était sincère ou se payait effrontément ma fiole. Sans doute un peu des deux.
Aujourd’hui, une tâche ingrate nous attendait – transfert de prisonniers “de grande valeur”, que nous devions récupérer ce soir à Ecka, auprès de la 2e Division d’Infanterie du général Mihailovitch, avant de les ramener au QG de corps pour transfert vers Belgrade puis interrogatoire. Certes, théoriquement, cette mission de police n’était pas de notre ressort… mais les moyens comme le temps manquaient ici à la France, et il fallait que chacun contribuât à l’effort national. Surtout mon unité, à laquelle certains attachaient visiblement peu de valeur. Bref ! Deux de mes lépreux nous suivaient dans le camion que nous avions récupéré chez Clouzeau. J’ouvrais la voie vers le nord. Avec un peu de chance, nous serions rentrés demain matin. »

L’Esprit de la Guerre (Dennis Kolte)
Souvenirs de vacances
Dans les marais à l’est de Szekszárd (Hongrie)
– « La traversée du Danube s’était bien passée. C’est-à-dire qu’elle avait eu lieu de nuit, au calme, et sous la pluie. Trouver notre position n’avait été beaucoup plus compliqué. Comme nous l’avaient signifié les Landsers que nous avions croisés : “Tommy will schlafen !” (9).
Cela valait le coup de préciser – car à la réflexion, nous n’avions jamais affronté beaucoup d’Anglais. Des Serbes, des Australiens, des Ecossais… mais des Anglais de race, non. Une découverte ethnologique de plus, dans une vie qui en comptait déjà beaucoup. « Ça nous dépayse pas. » lâcha un Luka visiblement à son aise dans les marais d’Europe centrale. “Moi si.” répondis-je sans trop réfléchir. La boue humide et l’odeur de vase me collaient au corps… Et ma mauvaise humeur constante, bien connue de tous, commençait de nouveau à inquiéter certains.
Kurt, celui qui me connaissait le mieux, prit sur lui pour me glisser : “Tu préfères qu’on nous envoie avec ceux de la 999 ?” La 999. leichte Balkan-Division ! Une unité disciplinaire peuplée de traîtres antipatriotiques (10), dont on ne sortait que les pieds devant. L’insulte était brutale, à la mesure de ma déchéance.
Mais, passé le choc initial, je comprenais ce qu’il voulait me dire – ça peut toujours être pire. Bien pire même. Et au moins, nous étions toujours dans les Brandenburgers.
– J’aime pas la flotte, tu le sais pourtant.
– Je sais. Mais c’est pas parce que tu as traversé le Kurdistan à pied jusqu’en Turquie qu’on doit commencer à passer nos nerfs les uns sur les autres. Tu le sais bien, on nous l’a assez seriné à Gut Quenzsee.

A côté, Olaf reste en apparence indifférent – ne comprenant visiblement pas ce dont nous parlons. Et Luka pas davantage. Le régiment avait tellement dégénéré ces derniers temps…
– Est-ce que moi j’embête le monde avec mes histoires à Canton, entre les Français de l’Ambassade et le Gang vert ? lança Kurt.
– Franchement ? Parfois oui.
– Je sais. Mais je fais avec. Comme on disait là-bas, nous avons déjà mangé le poisson. Alors autant lécher l’assiette.
»


27 avril
De Sparte à Teutoburg (capitaine Pierre Percay)
Première alerte
Un barrage routier à l’entrée d’Orlovat (Voïvodine)
– « Ma jeep s’arrêta net devant la barrière du point de contrôle, malgré la boue recouvrant la route. Derrière, le camion de Bonhreil fait pareil. Face à moi, un de ces miliciens armés porteur d’un brassard bleu-blanc-rouge (mais à l’horizontale !), visiblement ni pressé ni collaboratif.
Il me baragouina quelque chose dans un patois local. Quelque chose que je ne comprenais pas, et Augagneur non plus. « Mais puisque je te dis qu’on est Français, tête de nœud ! Fran-çais ! Là, ça se voit pas sur mon insigne ? » Son geste d’agacement, ample, viril et surtout aussi inattendu que l’ouverture de sa portière, déclencha comme un début d’incendie. Face à nous, tout à coup, c’était fusils braqués et culasses claquantes que le groupe considérait mon sergent.
Je sortis à mon tour en dépit des circonstances, les deux mains bien en évidence. « Bon, qui commande ici ? » lançai-je dans mon meilleur serbo-croate. Pas de réponse. Moi, plus fort : « Hé ho ? Y a un responsable ici ? » De la guérite émergea alors un escogriffe sans plus d’uniforme que son sbire, mais coiffé d’un vieux bonnet d’astrakan noir porteur d’un insigne d’unité. Il souriait, certainement désireux d’avoir l’air sympathique… l’exact inverse de l’impression qu’il me donnait. « Hola, hola, hola ! Je suis le capitaine Tolimir. Quel est le problème, cher ami ? »
Je considérai mon nouvel interlocuteur – les armes de ses hommes s’étaient baissées, mais n’étaient pas rangées. Son regard allait de ma personne à mon sergent, sans oublier le camion, derrière, où Bonhreil et (surtout) Piveteau avait visiblement sorti leurs Lebel… « Il se passe que votre cerbère, là, ne veut pas nous laisser passer. »
Regard théâtralement interloqué, silence, coup d’œil vers le planton en question, retour vers ma personne. Nouveau silence. Puis : « Il fait son travail. Nous avons ordre de fouiller tous les camions revenant du front. » – « Et pourquoi donc ? » – « Nous craignons l’infiltration de saboteurs, cachés dans la population civile. Il y en a plein ici. »
« Pas de civils dans ma voiture. » – « Oui, je vois ça. »
Le regard glissa à nouveau derrière moi. « Et dans le camion ? » Ravalant l’humiliation profonde que m’infligeait le fait de devoir ainsi parlementer avec ce… soldat de fortune, je pris sur moi pour articuler : « Deux soldats devant – chauffeur et relais. Deux gardes derrière. Et huit prisonniers de guerre. » A ces mots, son œil s’illumina brièvement – un éclair dans la nuit – même si sa contenance froide revint très vite. « Prisonniers ? » – « Oui, en transfert vers Kovačica puis Belgrade, comme le précise d’ailleurs l’ordre de mission que… voici… »
L’énervement et la météo se liguèrent alors pour me jouer un mauvais tour – et l’ordre de mission, rédigé à l’encre, de tomber dans la boue humide, ce qui le rendit instantanément illisible. Je crois bien qu’à cet instant, mon français n’eut pas besoin de traduction – « ET ME…DE ! FAIS CH…ER ! PT…AIN DE CO…RIE DE PAYS A LA C…N ! » Cela ne parut pas décontenancer Tolimir, qui s’avançait les mains dans les poches tout en discourant.
« Allons, allons, pas de problème. Il ne faut pas vous en faire pour les papiers. Les papiers, ça va, ça vient, ça se perd, ça se déchire. » Sa main se posa sur le document humide que j’avais ramassé. « Je vous crois sur parole. »
« Da Se Svi Smirimo Gospodo ! »
A ces mots, son groupe rangea ostensiblement fusils et pistolets-mitrailleurs Thompson pour les mettre à l’épaule – mais toujours main sur la bandoulière. Je fus alors un instant soulagé, car je croyais bien en avoir fini.
J’avais tort.
« Donc, un transfert vers Kovačica… D’accord… Ça justifie votre présence, c’est sûr… Mais ça ne résout pas mon problème. » – « Quel… problème ? » – « Hé bien, mon problème de sécurité, mon cher ami français. Car il me faut toujours m’assurer de l’absence de saboteur dans votre convoi. » Le regard de Tolimir revint vers le Studebaker. « Il va falloir que j’inspecte votre camion. » – « Vous avez la liste des passagers, ça ne vous suffit pas ? » – « La liste, la liste… C’est vite dit. D’abord, elle est illisible. Ensuite, même si vous êtes évidemment des amis de la Yougoslavie, vous n’en restez pas moins des étrangers. Un nom, ça se trafique, une identité, ça se falsifie, une tête ça se change. »
Je restais un moment à considérer l’insulte que venait de m’asséner ce parvenu. Le temps de trouver une réponse tout à la fois polie et diplomatique. « Ce sont les services de la 2e DI du général Mihaïlovitch qui ont établi la liste des passagers. Je ne suis pas habilité à la contrôler. Et vous non plus. »
« Sans doute. Mais au risque de me répéter, je ne cherche pas à déterminer l’identité des Hongrois que vous transportez, juste à m’assurer qu’ils ont bien le droit d’être là. »

La pluie redoublait sur nos têtes. Les mains croisées dans le dos, la pluie dégoulinant sur son bonnet, ce prétendu capitaine me fixait, les yeux luisants au milieu d’un visage en clair-obscur.
« … »
« Alors, je peux voir votre camion ? »
« … »
« On peut rester longtemps comme ça si vous voulez. Moi j’ai tout mon temps. »
« D’accord… Mais sans monter à bord, de l’extérieur. »
« Parfait ! Ça me suffira ! Goran ! Teodor ! Bogomil ! Sa mnom ! »

Nous fîmes ainsi le tour de ce fichu camion, et mon zélé inspecteur serbe considéra un long instant son chargement. A l’arrière, bien sûr, mes deux gardes africains Luc et Marc, fusil entre les jambes. Tolimir les observa un instant, avant de couler vers le fond du plateau. Sous ce regard de vipère, mes prisonniers tâchaient d’être ailleurs – l’un regardait le plafond, l’autre ses chaussures. Un des plus jeunes se cachait la tête entre les mains. « Enlevez-lui les mains. »
« Luc, faites ce qu’il demande. »
Léger coup de la crosse du fusil vers l’intéressé. Regard de l’un, sourire de l’autre. Pas de réaction – le suivant. Puis le suivant. Puis encore le suivant.
« Lui, là. C’est pas un militaire. » – « Comment ça ? » – « Ben vous voyez bien, c’est des vêtements civils. » – « Qu’est-ce que vous racontez ? » – « Non, vous, qu’est-ce que vous racontez ! Vous me dites – j’ai un transport de prisonniers vers Kovačica. Huit prisonniers de guerre – c’est vous qui me l’avez dit ? Oui ? Nous sommes d’accord. Bon, je constate que nous avons ici sept soldats ou officiers et un civil. Ce qui n’est pas normal, et en tout cas non conforme avec vos dires. Vous n’êtes pas en cause ! Evidemment. Il y a pu y avoir une erreur. Je vais donc vous demander de le faire descendre du camion et de me laisser le temps d’appeler les autorités compétentes pour vérifier. En attendant, vous n’avez qu’à poursuivre votre route. Les lignes sont mauvaises, ça peut prendre des heures. »
Après une pause, il ajouta : « Peut-être même que je vais devoir envoyer un coursier vers Ecka. » Puis, avec un sourire empreint d’une cruelle, d’une effroyable raillerie : « Comme quoi, vous voyez que j’ai bien fait de vérifier. » – « Je ne bouge pas d’ici sans tout mon chargement. » A ces mots, il recroisa ses mains dans le dos et repartit d’un pas égal vers sa guérite. « Je vous comprends. Je vais donc vous faire un rapport de prise en charge, afin que vous soyez déchargé de toute responsabilité à son endroit. » Avant de disparaitre dans son antre, il se retourna pour ajouter : « Par contre, je ne peux pas vous autoriser à rester ici. Vous comprenez, vous bloquez le passage. »
Cinq minutes plus tard, il revenait avec, en main, un papier vaguement tamponné sans plus de valeur que celui qui traînait, froissé en boule, au fond de ma poche. Il tombait des hallebardes.
Avec ses trois acolytes, il repassa derrière notre Studebaker et lança à mes hommes : « Faites-le descendre. » Mes deux soldats me regardèrent. « Faites ce qu’il dit. » Bien sûr, le Hongrois – un jeune gars qui, en effet, ne portait pas un uniforme réglementaire – protesta. Se débattit, même. Il fallut presque le traîner dehors avant qu’il tombât dans les griffes de deux des miliciens, lesquels l’entrainèrent aussitôt loin de nous. L’une des expériences les plus pénibles de ma vie – hélas, pas la dernière.
Le prisonnier disparu dans une quelconque cahute en bois, Tolimir tapa dans ses mains comme on s’époussette après être tombé par terre. « Une bonne chose de faite ! Parfait ! Vous pouvez reprendre votre route. » Je me dirigeai vivement vers ma jeep quand il me rattrapa, tendant son papier déjà humide. « Hé, Monsieur l’officier français. Oubliez pas votre reçu ! » Ce fut le coup de trop.
Je refermai la portière que j’avais commencé à ouvrir et revins me poster face à lui en tentant de le dominer de ma taille – ou au moins de faire dégouliner mon casque sur sa tête. « Ecoute-moi bien, espèce de sale bâtard. La première chose que je fais en rentrant à Kovačica, c’est mon rapport sur ta tête de fouine. Alors, s’il arrive la moindre chose à cet homme pendant qu’il est sous ta garde… Tu auras de mes nouvelles. »
Au fond de moi, je crois bien que j’espérais le mettre en colère. Une réaction violente, un coup de poing, n’importe quoi qui m’aurait permis ensuite d’invoquer la légitime défense pour tout faire exploser. Malheureusement, il était trop subtil. Et au lieu du crochet attendu, il me ridiculisa d’un grand éclat de rire, dévoilant les dents blanches d’un loup. « Ahahahahah ! Quel humour ! Qu’est-ce qu’on rigole avec vous, les Français ! »


Notes
9- Tommy veut dormir ! Expression ironique de la Heer moquant le fait que l’armée britannique, toujours assez traditionnelle, répugnait aux actions en dehors des horaires établis…
10- Le plus souvent antinazis, ou réputés tels. Ces derniers avaient été regroupés dans cette formation par un Reich soucieux de garder tous les enquiquineurs dans le même panier, à l’époque où l’heure n’était pas encore à la répression violente. Commandée par l’Oberst Heinz-Karl von Rinkleff et affectée au Bandenbekämpfung, l’unité s’était désintégrée durant la campagne de Grèce, la plupart de ses membres se rendant sans combattre aux Partisans grecs ou au 18th AAG. Parmi eux, August Landmesser – l’homme qui n’avait pas salué lors du lancement du Horst Wessel Lied à Hambourg. En 1944, il ne reste de la 999 que quelques lambeaux, tenus littéralement à la force du fouet.
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demolitiondan



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MessagePosté le: Ven Oct 14, 2022 13:40    Sujet du message: Répondre en citant

Et une référence à la chrono de 41 une !
Sinon, une chronique aussi, avec de vrais souvenirs de casques bleus dedans !
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Pendjari



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MessagePosté le: Ven Oct 14, 2022 14:07    Sujet du message: Répondre en citant

Et le pilote blessé, François Pignon... vous l'avez la ref' ? Very Happy
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loic
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MessagePosté le: Ven Oct 14, 2022 14:12    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Et une référence à la chrono de 41 une !

Un de ces rigolos a participé à Ostmond ?
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On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
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demolitiondan



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MessagePosté le: Ven Oct 14, 2022 14:51    Sujet du message: Répondre en citant

Bien quand Dennis raconte qu'il a traversé le Kurdistan à pied, et qu'on parle de 4 snipers en Irak en 41, et que je parle dans mon annexe sur le brandenburg d'une poignée de survivants ...
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Oct 14, 2022 15:29    Sujet du message: Répondre en citant

loic a écrit:
Un de ces rigolos a participé à Ostmond ?


Heu, Loïc, quand tu parles des aventures de Denis (ou de Percay), le mot "rigolo" ne me paraît pas à sa place… Passionnant, inquiétant… mais pas franchement rigolo Wink
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Hendryk



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MessagePosté le: Ven Oct 14, 2022 15:47    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
« Vous savez, Augagneur, je pense vous faire accorder une citation, à vous et à ce pauvre Dennoyeur. » « Oui mon capitaine, je vous remercie. Ça fera plaisir à ma maman. » Je n’arrivai pas à savoir si mon sergent était sincère ou se payait effrontément ma fiole. Sans doute un peu des deux.

On repense à la remarque du lieutenant complètement blasé de 1917:

"There's a medal in it for sure. Nothing like a scrap of ribbon to cheer up a widow."
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demolitiondan



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MessagePosté le: Ven Oct 14, 2022 16:01    Sujet du message: Répondre en citant

Augagneur a des points communs avec JP Belmondo. D'ici à se rappeler de cette scène dans les Morfalous, vers la fin...
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Hendryk



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MessagePosté le: Ven Oct 14, 2022 16:06    Sujet du message: Répondre en citant

demolitiondan a écrit:
Augagneur a des points communs avec JP Belmondo. D'ici à se rappeler de cette scène dans les Morfalous, vers la fin...

Ce film, ça fait très longtemps, la seule phrase dont je me souviens, évidemment: "C'est bien la première fois qu'il fait des étincelles avec sa bite!"
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John92



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MessagePosté le: Ven Oct 14, 2022 17:00    Sujet du message: Répondre en citant

...
Trouver notre position n’avait pas (à ajouter ? )été beaucoup plus compliqué.
...
« Parfait ! Ça me suffira ! Goran ! Teodor ! Bogomil ! Sa (à supprimer ?)mnom ! »[/i]
Nous fîmes ainsi le tour de ce fichu camion, et mon zélé inspecteur serbe considéra un long instant son chargement. A l’arrière, bien sûr, mes deux gardes africains Luc et Marc, fusil entre les jambes. Tolimir les observa un instant, avant de couler son regard(à ajouter ? )vers le fond du plateau. Sous ce regard de vipère, mes prisonniers tâchaient d’être ailleurs – l’un regardait le plafond, l’autre ses chaussures.
...

(et peut-être que le Lebel est un peu trop vieux pour être en dotation dans l'armée française - en face les autres ont des thompsons)
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Archibald



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MessagePosté le: Ven Oct 14, 2022 17:20    Sujet du message: Répondre en citant

Hendryk a écrit:
demolitiondan a écrit:
Augagneur a des points communs avec JP Belmondo. D'ici à se rappeler de cette scène dans les Morfalous, vers la fin...

Ce film, ça fait très longtemps, la seule phrase dont je me souviens, évidemment: "C'est bien la première fois qu'il fait des étincelles avec sa bite!"


Réplique pas finaude, mais franchement poilante et complètement imparable - par la très regrettée Marie Laforêt. Rien que son air blasé quand elle dit ça, ça vaut le détour.
Et le pauvre Villeret à ses côtés qui essaye d'amortir le choc, seulement pour entendre... ça.

"Vous savez si ça se trouve... ça a été tellement rapide... il n'a même pas souffert."
Grand moment de silence, puis réplique de la mort qui tue.
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"I fight for you Albuquerque. Better call Saul !"

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