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France et Europe Occupées - Février 1944
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Capu Rossu



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MessagePosté le: Sam Nov 06, 2021 22:59    Sujet du message: Répondre en citant

Bonsoir,

Anaxagore, souviens toi de ce qu'avait répondu Einstein à quelqu'un qui lui demandait s'il pouvait estimer la grandeur de l'infini :

"Pour la grandeur de l'infini, je ne vois que deux choses, la taille de l'univers ou celle de la bêtise humaine. Pour la taille de l'univers, je n'en suis pas sûr..."

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Alain
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loic
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MessagePosté le: Dim Nov 07, 2021 00:54    Sujet du message: Répondre en citant

Le personnage avait du talent dans son domaine, c'est clair !
Pour le reste, endoctrinement total. Des dizaines d'années après, beaucoup d'Allemands étaient encore persuadés d'avoir raison contre le reste du monde.
_________________
On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
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Archibald



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MessagePosté le: Dim Nov 07, 2021 10:13    Sujet du message: Répondre en citant

Capu Rossu a écrit:
Bonsoir,

Anaxagore, souviens toi de ce qu'avait répondu Einstein à quelqu'un qui lui demandait s'il pouvait estimer la grandeur de l'infini :

"Pour la grandeur de l'infini, je ne vois que deux choses, la taille de l'univers ou celle de la bêtise humaine. Pour la taille de l'univers, je n'en suis pas sûr..."

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Alain


Elle est magnifique, cette citation. Et absolument intemporelle - malheureusement.
Je ne suis pas du genre pessimiste, mais c'est un brin désespérant de voir l'humanité refaire encore et toujours les mêmes erreurs basiques. Un populiste et bon orateur passe... le bon sens trépasse.
_________________
« Je ne crois pas que les Allemands aient jamais l’idée d’attaquer dans la région de Sedan. » Huntziger, 7/05/1940.

"Weygand c'est un mur, Gamelin un édredon" (Daladier)
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Nov 07, 2021 20:18    Sujet du message: Répondre en citant

28 février
Pologne
Opération Tempête – L’acharnement
District de Lublin
– Première réunion de travail entre le général Zygmunt Berling et le colonel Kazimierz Tumidajski – le second étant venu, plus encore que le premier, à la demande insistante des Soviétiques. L’ambiance est moins que cordiale, et pourtant les deux hommes ont beaucoup de choses en commun ! Tous deux se sont engagés dans les légions polonaises de l’empire austro-hongrois dès 1914, tous deux ont combattu les Russes lors de la guerre d’indépendance, tous deux ont reçu la Virtuti Militari… mais leurs destins n’en ont pas moins divergé.
D’abord, Berling est resté dans l’armée austro-hongroise jusqu’à la fin. Un esprit chagrin pourrait en déduire que le commandant de cette soi-disant 1ère Armée polonaise est en toute circonstance du côté des plus forts. Tumidajski, lui, a déserté dès 1917 pour rejoindre le 2e Corps polonais… de l’armée russe, avant de faire le coup de feu en Ukraine contre l’occupant allemand. Et puis, Tumidajski n’a pas été chassé de l’armée pour inconduite, lui. Au contraire, pendant quinze ans de garnisons entre Brest et Sanok, il s’est attaché à faire honneur à ses couleurs . Sans jamais se mêler de politique, soit dit en passant.
En résumé, et n’en déplaise à ce mercenaire de Berling, comparaison n’est pas raison. Comme le lui fait remarquer le colonel de l’Armia Krajowa : « Nous avons tous les deux fait un choix. Un choix basé sur nos idéaux et notre vision de l’avenir. Mais c’est à peu près tout ce que nous avons en commun. » Au temps pour la cordialité et la concorde entre compatriotes… Reste l’offre d’unir leurs forces, au moins pour la libération rapide du territoire national. Kazimierz Tumidajski rétorque qu’il répondra demain, après en avoir discuté avec ses adjoints.
Dans l’attente, les combats continuent. A Puławy, un important détachement du 8e RI (de la 3e DI du colonel Adam Świtalski “Dąbrowa”) est rudement pris à partie par la Hermann-Göring, après avoir imprudemment tenté de s’infiltrer en ville afin de se saisir des ponts. Les Polonais sont repoussés avec d’assez lourdes pertes.
En revanche, autour de Puławy, les choses se passent bien mieux. Un peu plus au nord sur la Vistule, la troupe du capitaine Piotr Ignacak “Sawa” s’empare au terme d’un assaut brusqué du fort de Mierzwiączka, à Dęblin. Au même moment, le groupe du sous-lieutenant Klemens Kurzyp “Wojtyński” prend la caserne de Stężyca et capture les Allemands qui n’avaient pas encore évacué.
D’une manière générale, l’AK se saisit à chaque action réussie d’une quantité substantielle d’armements abandonnés par les services logistiques allemands, notamment à Klementowice et Sobolewo – ce qui est évidemment toujours bon. Les Résistants s’infiltrent partout dans la campagne, en profitant de l’effondrement des lignes allemandes et du repli des unités de répression. Ils empêchent parfois des drames… Ainsi, à Zastowo Polanowski (un peu au sud de Puławy), le sous-lieutenant Janusz Furdal “Dębicz” coopère avec des bataillons paysans commandés par le sous-lieutenant Jan Jabłoński “Drzazga” pour protéger le village d’un massacre prévisible par les forces de la Luftwaffe en retraite. Il en est de même à Końskowola (à l’est de Puławy), où les Résistants sortent une fois encore du bois pour empêcher des représailles aveugles. Des actes courageux, évidemment, mais à la fois bruyants et improvisés et qui ne seront peut-être pas pour rien dans l’échec ultérieur du 8e RI…
………
District de Polésie – Prise de contact entre la 30e DI du colonel Henryk Krajewski “Leśny” et la 15e Armée soviétique. Cette dernière, parfaitement lucide sur la faiblesse des effectifs polonais comme sur l’urgence d’exploiter au plus tôt l’effondrement allemand, ne perd pas de temps : elle invite – elle ordonne – aux résistants de se rendre dans la région de Lublin, pour transport avant intégration dans une future armée dont tout le monde connaît déjà le chef… Ce n’était pas exactement ce qu’attendaient les Résistants – ils descendent bien vers le sud, mais avec une autre idée en tête.
………
District de Białystok – Les derniers coups du Lt-colonel Franciszek Slęczka “Krak” dans la région d’Augustów ont véritablement déchaîné la fureur de l’armée allemande. Alors que le HG Mitte est en pleine retraite et la Prusse orientale menacée, ces piqûres d’insectes dont Walter Model s’inquiétait déjà cinq jours auparavant sont devenus véritablement la goutte de trop, et il a été décidé d’agir à la fois vite et fort.
Faute de troupes de garnisons valables dans la région, alors que la SS est déjà occupée et que – rappelons-le – l’ordre dans les districts militaires relève de la Heer, le HG Mitte détache donc la 221. SicherungDivision (Johann Pflugbeil), habituée à l’exercice. Cette formation a ces derniers temps vu un peu le feu face à l’Armée Rouge – elle n’y a pas brillé, c’est le moins qu’on puisse dire ! Alors, qu’elle aille faire son travail. Et si d’aventure les chars rouges la rencontraient au détour d’un sentier, ce serait regrettable – sans plus.
Pendant ce temps, dans l’ignorance de ce danger qui vient, les hommes de 29e Division d’Infanterie (Lt-colonel Władysław Liniarski “Mścisław”) continuent de se rassembler dans le marais d’Osowiec…
Région de Rzeszów – Rien à signaler pour l’heure dans cette zone. Après la dévastation apportée par la Florian Geyer, c’est au tour de la 8. Armee de parcourir la région dans une ambiance de douleur et de mort. Les Allemands sont vaincus, les Allemands sont pressés… les Allemands sont de mauvaise humeur ! Ils traversent champs et villages tels les routiers en fuite d’une époque médiévale. Face à cette force agressive et motorisée, la Résistance reste évidemment coite.
………
District de Łódź – Le colonel Michał Stempkowski “Barbara” se sent enfin assez fort pour peser. Ses troupes quittent donc en bon ordre les forêts de Przysucha, pour aller frapper une foule d’objectifs divers dans la région. Au programme, attaques de gare, embuscades et fermetures de routes. Le tout, évidemment, par des éléments dispersés qui se replieront ensuite afin d’esquiver les inévitables représailles.
………
District de Cracovie – Rencontre aussi discrète que grave entre le colonel Julian Filipowicz “Cor”, l’archevêque Adam Sapieha et plusieurs autres notables représentatifs de la classe politique “souterraine” polonaise à Cracovie, notamment Jan Jakubiec, le représentant du gouvernement en exil. Filipowicz, gravement malade (22) et encore plus affaibli par le combat qu’il mène, n’est pas venu seul. Il est accompagné du lieutenant-colonel Edward Józef Godlewski “Garda”, son second – ce qui lui coûte, d’ailleurs : en dépit de son énergie et de ses qualités de chef proprement exceptionnelles, de l’avis général, le grand soldat est aussi « d’un caractère fort et éprouvé, n’appréciant pas le travail d’équipe ». C’est dire les doutes qui l’assaillent, pour qu’il daigne ainsi demander son avis à autrui…
Pour la totalité des représentants de la population du district (car c’est bien ainsi qu’il faut les considérer), l’insurrection semble décidément une démarche dangereuse, voire inconsciente. Les Allemands disposent de 30 000 soldats à Cracovie, auxquels peuvent s’ajouter sans trop de difficulté 10 000 miliciens mobilisables parmi les colons. Certes, l’Armia Krajowa dispose elle-même de 9 000 soldats sur zone, et pourrait sans doute tripler au moins ce nombre en rameutant des forces de Łódź ou de Radom-Kielce (ce n’est pas si loin). Et on pourra aussi, évidemment, compter sur la population locale, dont les Szare Szeregi et autres, qui ont hâte de faire le coup de feu contre l’Occupant. Toutefois, même à parité numérique théorique, l’armement fait défaut. Filipowicz doit convenir qu’il ne dispose à l’heure actuelle en ville que de quoi armer 1 000 ou 1 500 personnes au maximum (et encore, essentiellement avec des explosifs artisanaux). Les ateliers sont dans les forêts, les caches d’armes aussi…
Un Occupant puissant, un armement « dramatiquement insuffisant » – ce sont les mots de Godlewski lui-même – et une répression féroce prévisible… Est-ce bien raisonnable, avec tout ce que la ville a déjà subi ? Au surplus, si l’Armée Rouge avance avec célérité vers Cracovie, elle est encore à 140 kilomètres de ses faubourgs. Alors certes, le soulèvement est un symbole permettant à la Pologne d’exister et de revenir dans le concert des nations – mais cela, Varsovie s’en charge très bien. Avec, hélas, les résultats et le manque soutien international que l’on sait, alors même que ses troupes sont pourtant réputées les meilleures de l’AK et que le terrain urbain y est quatre à cinq fois plus étendu.
En réalité, devant ce pathétique tableau, il est bien évident qu’une insurrection à Cracovie n’a absolument aucune chance, non pas de réussir, mais même de se développer. Pire, autour de la table, plusieurs se demandent si les Allemands n’attendent pas justement cette révolte pour nettoyer la ville de son ancienne population. En effet, depuis ce matin, une gigantesque rafle est en cours – on compterait déjà 6 000 jeunes gens victimes d’arrestations « préventives ». Car un étrange tract circule dans les rues, appelant à un futur soulèvement dans les jours à venir. Une démarche fort imprudente, dans laquelle l’Armée Secrète n’a évidemment rien à voir. Elle ne risque pas d’annoncer ses opérations, vu les conséquences que la Heer en tire. L’attaque du train d’Hans Frank, en janvier ? Cent otages fusillés ! Deux Allemands abattus récemment rue Lubicz ? Quarante prisonniers exécutés !
En résumé, selon Jan Jakubiec, « l’intérêt stratégique est discutable, les chances de succès nulles et une réaction très violente inévitable, car d’ores et déjà prévue par l’Occupant qui nous provoque littéralement ! » Et Monseigneur Sapieha de conclure : « un soulèvement dans ces conditions ne ferait que profiter aux Allemands. » Devant cette belle unanimité, et même si ses hommes sont prêts, l’Armée Secrète ne peut tirer qu’une conclusion…
………
District de Varsovie – De fait, pour la capitale polonaise, les gros ennuis commencent… La « force de secours » commandée par von dem Bach-Zelewski entre dans le cœur du sujet. Ses deux colonnes frappent Ochota et Wola, allant affronter l’insurrection en bataille rangée. Et, selon la formule consacrée, cela ne se passe vraiment pas bien… pour personne.
Dans le quartier d’Ochota, la force composée du RONA et du 608. Sicherung Rgt progresse poussivement le long de l’avenue Krakowska. De leur côté, à Wola, les Osttürkisher, Dirlewanger et autres Sipos se heurtent violemment aux barricades des rues Wolska et Górczewska. Dans les deux cas, les progrès initiaux sont modestes – le commandement de l’Axe parlera avec surprise de ces opposants qui se battent « avec acharnement et détermination, sans qu’il soit possible pour l’heure de trouver la moindre trace de fatigue dans la force terroriste. »
Mais, du point de vue allemand, ce n’est pas très grave… Car sitôt que les combats s’apaisent dans un quartier (et parfois même avant !), les forces d’Oskar Dirlewanger, renforcées de troupes fournies personnellement par Heinz Reinefarth, mettent à exécution leurs ordres particuliers en provenance de Wevelsburg : il faut punir Varsovie en éliminant sa population rebelle ! Au nord, Bronislav Kaminski ne tarde pas à faire de même – après tout, ses Biélorusses aussi font partie de la SS. Partout dans les blocs repris par le Reich, les assassins de l’Ordre Noir entrent dans les maisons et immeubles, en sortent les habitants et les fusillent sur le pas de leur porte. Evidemment, avec les hommes du Sonderkommando Dirlewanger, tout ceci ne va pas sans quelques sévices encore plus infâmes. A deux heures de l’après-midi, les Kommandos entrent ainsi dans l’hôpital de Wola, parfaitement identifiable et inoffensif : il traite surtout des malades civils. Ils exécutent méthodiquement les 300 patients dans leurs lits, ainsi que la soixantaine de soignants à leur chevet – certains auraient été brûlés vifs. Le quartier tout entier hurle de douleur face à cette entreprise d’extermination.
Aujourd’hui encore, l’attitude de von dem Bach Zelewski face à ce massacre pose question. Le général prétendra à son procès (23) avoir donné l’ordre dès 17h30 d’arrêter les exécutions de civils et même avoir fait pendre deux ou trois Dirlewanger pour insubordination. La réalité de l’ordre est avérée – mais son inexécution l’est tout autant, sans parler de tout ce qui allait suivre dans les jours à venir. En réalité, Bach Zelewski s’est sans aucun doute couvert, prévoyant avec un étrange bon sens un futur procès. Une défense pathétique qui ne trompera personne, surtout quand le général osera prétendre avoir « agi avec humanité » dans toute cette affaire, allant jusqu’à affirmer « sous mon commandement, j’ai limité l’ampleur de la répression ». De fait, le chef de la « force de secours » ne limite rien du tout. Son ordre, quand il est diffusé, est tout simplement ignoré. Pillages, massacres et viols se poursuivent dans une ambiance de sac barbare.
En face, l’insurrection s’attache à tenir sans esprit de recul, envers et contre tout, une ligne de défense Wolska - Chłodna - Elektoralna - Senatorska - pont de Kierbedź. Elle y concentre ses forces, abandonnant donc pour ce faire à l’ennemi une bonne partie de la rive Est (dont le quartier Praga). Sur cette rive survient dans la journée la 562. GrenadierDivision (Johannes Oskar Brauer), à peine formée en Prusse orientale mais néanmoins envoyée ici pour répondre à l’appel de Stahel. Sitôt arrivés, ses hommes ont la surprise de s’entendre donner l’ordre de « tuer tous les hommes et déporter toutes les femmes et tous les enfants avant de brûler tous les bâtiments ». Ils sont surpris, mais ils s’exécuteront… évidemment.
Pendant ce temps, un peu au nord de la boucherie de Wola, les bataillons Zośka et Wacek (des Szare Szeregi) réussissent finalement à se rendre maîtres des ruines de l’ancien ghetto, ainsi que du camp de transit KL Warschau de l’avenue Gęsia, libérant ainsi 348 détenus juifs que les Allemands avaient chargés (provisoirement…) du nettoyage des gravats. Faible lueur d’espoir dans la nuit qui tombe… Même si, pour l’insurrection, le sujet était bien moins de leur porter secours que de sécuriser une fois pour toute la liaison entre Wola et la Vieille ville, en prévision des très rudes affrontements à venir. Ces hommes iront rejoindre la petite centaine de leurs coreligionnaires survivants cachés dans la zone soulevée – trop faibles ou malades pour combattre, la Résistance les a affectés à des tâches de soutien, voire administratives.
Pour l’instant, Varsovie tient toujours. Et naturellement, ce flot de sang achèvent de pousser la population dans les bras de l’insurrection. Il est vrai qu’elle n’a plus vraiment le choix !

Le ciel n’est pas vide
Panatella Air Base (Brindisi, Italie)
– La pluie s’estompe un peu sur le talon de la Botte – elle sera sans doute de retour bientôt, peut-être même dès demain. Sans perdre de temps, 13 Halifax décollent vers la capitale polonaise. Treize ? Pourtant, le 1586th Special Duty Flight (Polish) ne compte que 6 avions … Mais ces derniers sont accompagnés de 7 appareils du Sqn 148 ! Apparemment, tous les sujets de George VI ne partagent pas la réserve de Londres quant au support à fournir aux insurgés, et le fair-play britannique n’est pas toujours un vain mot (24). Parmi les courageux aviateurs qui vont survoler à l’aube le territoire martyrisé de la République, le Pilot Officer Bill Leckie, qui s’est porté volontaire avec tout son équipage. Il se verra (bien plus tard !) décerner la Croix de Valeur polonaise pour sa bravoure.
Les quadrimoteurs se présentent peu après 7 heures du matin au-dessus de Varsovie sans avoir été interceptés. Ils tombent donc au beau milieu de la contre-offensive lancée par la « force de secours » nazie, alors que ce qui deviendra le massacre de Wola vient à peine de débuter. Survolant le feu et la fureur, les quadrimoteurs larguent leurs cargaisons au-dessus de la place Krasiński sans incident, à la grande surprise de tous, y compris de leurs équipages. Un transport passe même très bas au-dessus du quartier de Wola, pour déposer ses conteneurs au plus près de ce que l’équipage estime être les lignes insurgées…
Puis les Halifax rentrent à Brindisi, leurs pilotes et mitrailleurs stupéfaits des flammes qu’ils ont aperçues – les quelques tonnes qu’ils ont pu larguer paraissent bien dérisoires pour espérer éteindre le brasier allumé. Ils ne manqueront pas d’en faire rapport à qui de droit.

Opération Comet : les six premiers
Une plaine au sud de Chelwiska (près de Radom), 02h00
– Nuit sans lune, ou presque… Un bourdonnement résonne au-dessus des arbres silencieux, puis s’éloigne pour disparaitre au sud. Une poignée de minutes plus tard, plusieurs formes sombres touchent le sol sous des parachutes.
Il s’agit d’une section de Cichociemni, les Invisibles Silencieux : l’élite de l’armée polonaise en exil, destinée aux opérations spéciales. Celle-ci est chargée de préparer le terrain pour la Brigade aéroportée polonaise. Six hommes… Pardon, cinq hommes et une femme ! Car ce groupe commandé par le lieutenant-colonel Stanisław Dmowski “Podlasiak” comprend aussi l’agent spécial Elżbieta Zawacka (25), chargée spécifiquement de la coordination avec l’insurrection de Varsovie ainsi que de l’instruction des combattantes féminines.
Cette minuscule unité a beaucoup de travail. Prendre contact physiquement avec les forces du district de Radom-Kielce, sécuriser au plus vite une zone de largage (sans forcément attendre les troupes de l’AK !) et aussi… guetter l’arrivée des Soviétiques, absolument pas informés et dont chacun ici connait parfaitement les intentions. Après tout, le major Maciej Kalenkiewicz, arrêté dans la région de Vilnius par le NKVD, était aussi un Cichociemni… On saura le rappeler à Stanisław Dworzak, quand les Rouges voudront passer la Vistule.
Mais pour l’heure, le plus important n’est pas là. Une urgence à la fois. Car dès demain, dans l’idéal, le parachutage de la Brigade devra commencer !
………
Aéroport de Tatoi (Athènes) – Au même moment, le major-général Stanisław Sosabowski reçoit enfin une bonne nouvelle. Les Yougoslaves acceptent, par l’entremise des Français, l’utilisation d’un des aérodromes de la plaine de Niš pour les opérations polonaises, à des fins de transit. Pourtant, personne ne leur a dit qui étaient exactement ces parachutistes. Ni où ils allaient. Mais le gouvernement royal n’y a vu aucune objection…
D’abord, parce que tout ce qui peut nuire aux communistes (ou peut-être aux Hongrois !) est le bienvenu. Ensuite, parce qu’ils interprètent Comet comme la promesse de renforts dans la région, voire d’une action préparatoire à Grenade. Enfin – et c’est sans doute la raison principale pour certains décisionnaires du palais de Dedinje – parce que toute cette affaire agace visiblement les Britanniques. Au temps pour la confiance entre Serbes et Britanniques, confiance dont l’avenir semble de toute façon fort sombre…

NEF
Pseudo-flotte coulée
Paris
– Ces dernières années, le parcours de Jean de Laborde comporte plusieurs contradictions : alors qu’en tant qu’Amiral Ouest, il a conduit la lutte anti sous-marine dans l’Atlantique en 1939-40 et assuré la protection des convois entre les ports de la façade atlantique et l’Afrique du Nord, il a refusé ostensiblement de faire partie du Sursaut. Ensuite, celui qui nourrissait de la rancœur envers le Gouvernement car il estimait qu’il aurait dû avoir le poste de Darlan – Grand Amiral de la Flotte – a accepté de commander la marine du NEF, une flottille de chalutiers et de remorqueurs ! Bref, Laborde reste insaisissable. La seule certitude qu’on peut avoir en ce jour est que Jacques Doriot, chef du NEF, poursuivant sa logique de rationalisation, met fin par décret à l’existence de la Force Navale de Sécurité. Les bateaux la composant sont reversés à la Kriegsmarine.
Dans les faits, cela ne change pas grand-chose, toutes leurs manœuvres étant déjà très encadrées par la flotte allemande. Comme cela devient une habitude, les membres de la force qui vient de disparaître se voient offrir le choix suivant : rejoindre la PSE, la Légion Tricolore ou la Charlemagne. Pas de risques de voir les marins de la FNS s’échapper comme les soldats de la FST : au 28 février, plus de la moitié des effectifs se trouvent… dans les geôles des ports où ils sont affectés, pour cause de rixes diverses avec les marins de la Kriegsmarine et autres insubordinations !
Jean de Laborde conserve néanmoins le titre de Secrétaire d’Etat aux Colonies du NEF… qui n’en administre évidemment aucune.


Notes
21- Au point de récolter, lui et sa femme Janina, la Croix du Mérite pour leurs multiples activités caritatives.
22- NDE – Il mourra en août 1945 d’un cancer du poumon.
23- Ainsi que dans ses discussions avec Léon Goldenson, cf les fameux Entretiens de Nuremberg.
24- Depuis 1942, le Sqn 148 est bien connu pour un exploit douteux et sans doute unique : la totalité de ses navigants ont reçu au moins un blâme pour insubordination, avec même cinq passages en cour martiale !
25- NDE – Certains phallocrates doutent aujourd’hui de son droit à porter le titre de Cichociemni – elle n’aurait pas fini son entraînement…
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Anaxagore



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MessagePosté le: Dim Nov 07, 2021 20:23    Sujet du message: Répondre en citant

Laborde est encore plus pathétique en FTL...
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JPBWEB



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MessagePosté le: Dim Nov 07, 2021 21:12    Sujet du message: Répondre en citant

Archibald a écrit:

Elle est magnifique, cette citation. Et absolument intemporelle - malheureusement.
Je ne suis pas du genre pessimiste, mais c'est un brin désespérant de voir l'humanité refaire encore et toujours les mêmes erreurs basiques. Un populiste et bon orateur passe... le bon sens trépasse.


Oui, enfin il ne faut pas exagérer la puissance du verbe. On ne peut pas convaincre les gens de penser le contraire de ce qu’il pensaient déjà. Le populiste qui a du succès, c’est celui qui sait capturer l'esprit du temps et fournir aux masses une explication simple et (au moins en apparence) cohérente aux problèmes reels ou supposés qui les accablent. Idéalement en leur désignant les coupables de leur frustration/infortune/anxiété. Le lavage de cerveau, ca existe, mais c’est un traitement qu’on ne peut appliquer qu’a quelques individus captifs, pas a une population entière.

A l’époque du Dr Goebbels, les moyens d’information étaient limités, et des la mainmise des Nazis sur l’appareil d’état allemand, entièrement sous son contrôle. Il lui était donc assez facile de contrôler le narratif et de caler son discours sur l’information qu’il distillait au peuple allemand. De nos jours, les moyens de diffusion de l’information sont immensément plus divers et puissant, et ils échappent presque totalement au contrôle des autorités, meme dans les pays totalitaires comme la Chine et la Russie. Seule la chape de plomb a la nord-coréenne parvient a maintenir un niveau Goebbelsien de contrôle. Mais en parallèle, beaucoup de gens se limitent a lire et écouter les echos de ce qu’il pensaient déjà, ce qui ramène le populiste au pied du mur: dire a son public cible ce que ce public est prêt a entendre, voire ce qu’il veut explicitement entendre. Il n’y aura que très peu de conversions par conviction, tout au plus de la radicalisation dans le sens ou les gens étaient déjà engagés.
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demolitiondan



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MessagePosté le: Dim Nov 07, 2021 21:33    Sujet du message: Répondre en citant

Tiens oui, c'est inédit ce bloc sur Laborde.
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Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
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Hendryk



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MessagePosté le: Dim Nov 07, 2021 22:11    Sujet du message: Répondre en citant

Anaxagore a écrit:
Laborde est encore plus pathétique en FTL...

Espérons que contrairement à OTL, il finira bien ses jours derrière les barreaux. A moins qu'il ait droit à une sentence plus expéditive avant la fin de la guerre...
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Capu Rossu



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MessagePosté le: Dim Nov 07, 2021 22:25    Sujet du message: Répondre en citant

Bonsoir,

Je ne trouve pas la référence (21) dans le texte.
Un problème de lunettes, peut-être ? Very Happy

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Alain
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demolitiondan



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MessagePosté le: Dim Nov 07, 2021 22:47    Sujet du message: Répondre en citant

Et puis, Tumidajski n’a pas été chassé de l’armée pour inconduite, lui. Au contraire, pendant quinze ans de garnisons entre Brest et Sanok, il s’est attaché à faire honneur à ses couleurs . Sans jamais se mêler de politique, soit dit en passant (21).
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C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
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Archibald



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MessagePosté le: Lun Nov 08, 2021 12:03    Sujet du message: Répondre en citant

Hendryk a écrit:
Anaxagore a écrit:
Laborde est encore plus pathétique en FTL...

Espérons que contrairement à OTL, il finira bien ses jours derrière les barreaux. A moins qu'il ait droit à une sentence plus expéditive avant la fin de la guerre...


Mais... c'est qu'il a presque vécu 100 ans, celui là ! Jusqu'en 1977, rien moins. On dirait vraiment qu'il le faisait exprès. "Tiens je vais vivre un siècle, rien que pour leur casser les pieds plus longtemps." On pourrait appeler ça "l'esprit Tatie Danielle."
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« Je ne crois pas que les Allemands aient jamais l’idée d’attaquer dans la région de Sedan. » Huntziger, 7/05/1940.

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JPBWEB



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MessagePosté le: Lun Nov 08, 2021 12:30    Sujet du message: Répondre en citant

Archibald a écrit:
Hendryk a écrit:
Anaxagore a écrit:
Laborde est encore plus pathétique en FTL...

Espérons que contrairement à OTL, il finira bien ses jours derrière les barreaux. A moins qu'il ait droit à une sentence plus expéditive avant la fin de la guerre...


Mais... c'est qu'il a presque vécu 100 ans, celui là ! Jusqu'en 1977, rien moins. On dirait vraiment qu'il le faisait exprès. "Tiens je vais vivre un siècle, rien que pour leur casser les pieds plus longtemps." On pourrait appeler ça "l'esprit Tatie Danielle."


Mais c'est probablement ca, sa punition: vivre quasi centenaire, pour pouvoir resasser sa haine recuite, soigner ses ulcères et distiller son aigreur pendant encore 30 ans.
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Joukov6



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MessagePosté le: Lun Nov 08, 2021 12:52    Sujet du message: Répondre en citant

Il faut bien avouer que c'est quand même très ironique de voir Goebbels clamer haut et fort que le Reich se bat pour éviter un monde où "seul le fort dominera" alors que c'est précisément l'un des principes fondateurs du nazisme...

Citation:
Mais en parallèle, beaucoup de gens se limitent a lire et écouter les echos de ce qu’il pensaient déjà, ce qui ramène le populiste au pied du mur: dire a son public cible ce que ce public est prêt a entendre, voire ce qu’il veut explicitement entendre.

Malheureusement nous détestons, tous, lire/écouter/voire quelque chose qui va à l'encontre de nos croyances personnelles, et à l'inverse nous adorons tout ce qui les confirme. Et malheureusement ce biais est aggravé par les algorithmes des différentes plateformes internet, ces dernières étant financées par la publicité elles ont besoin que vous restiez longtemps devant celles-ci, et du coup le meilleur moyen pour vous faire rester est de vous proposer un contenu que vous appréciez, et très rapidement on se retrouve dans un cercle fermé où toutes vos idées sont confirmées et où toute remise en question est écartée.
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Anaxagore



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MessagePosté le: Lun Nov 08, 2021 14:27    Sujet du message: Répondre en citant

D'où l'intérêt de parler avec des gens critiques. Mais on devrait s'arrêter de parler de ça, il me semble avoir vu passer un chat noir avec des ciseaux...
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Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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Archibald



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MessagePosté le: Lun Nov 08, 2021 15:09    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:

Mais c'est probablement ca, sa punition: vivre quasi centenaire, pour pouvoir resasser sa haine recuite, soigner ses ulcères et distiller son aigreur pendant encore 30 ans.


J'ai bien ri en lisant ce post. C'est... un autre point de vue, tout aussi valable quand on y pense. Laughing
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