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Unité d'Elite (par Carthage)
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Casus Frankie
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Inscrit le: 17 Oct 2006
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MessagePosté le: Lun Juin 07, 2010 20:26    Sujet du message: Re: Comment dit-on Papa Noel en turc ? Répondre en citant

folc a écrit:
Je ne voudrais pas paraître excessivement pinailleur Whistle , mais le "vol de gerfauts" me paraît à rendre à mon poète préféré, José-Maria de Heredia (qui est aussi un confrère, ayant fait l'Ecole des Chartes) et plus précisément à la pièce "Les Conquérants".


Premièrement, j'ai pas dit que c'était de lui.

Deuxièmement, comment tu fais rimer Heredia avec Bateau ? Alors que Hugo, oui.

Troisièmement, parler de Hugo pour une expression herediesque n'est pas plus mauvais que ces 4 vers.

Quatrièmement, ça pourrait donner ça :

Tel le vol de gerfauts cher à José-Maria
Les uns venant d’Alger, d’autres de Mers-el-Kébir
Enivrés des rumeurs qui couraient dans l'Empire
Les Geumeus arrivaient pour voir le Tsushima


Tu trouves vraiment que c'est mieux ? Attention, parce que si on me chatouille, je vous fais tout le sonnet, moi ! J'ai déjà modifié la versification pour que ce soit possible.
(oui, c'est vrai, je m'engage pas trop, c'est pas comme si je disais "je vous fais la Légende des Siècles", mais c'est le principe qui compte)

CINQUIEMEMENT : la date du 11 septembre te dit-elle quelque chose ? (non, pas 2001... 40 FTL... ne fais pas l'innocent). Et du 12 ? et du 13 ? et........
(tudju) Twisted Evil
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Casus Frankie

"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire)
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patrikev



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MessagePosté le: Lun Juin 07, 2010 21:49    Sujet du message: Répondre en citant

Tel un vol de gerfauts, d'Alger ou de Casa,
Aurait dit Heredia, ou de Mers-el-Kébir,
Les Geumeus affluaient pour voir le Tsushima,
Enivrés de rumeurs sans songer à en rire…

Cool La rime Mers-el-Kébir/rire est limite, mais je me suis débrouillé (stratégie et tactique) pour avoir les voix des anciens du Maroc.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Lun Juin 07, 2010 22:23    Sujet du message: Répondre en citant

M'énerve...
A présent, je me creuse la tête pour finir le sonnet ! d'oh!
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Casus Frankie

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raven 03



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MessagePosté le: Lun Juin 07, 2010 23:18    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
M'énerve...
A présent, je me creuse la tête pour finir le sonnet ! d'oh!


bonsoir

je crois que capitaine Caverne a 2 petits " Kamaraden" qui font rimer tout ce qu'on veut en calibre 800 mm...............il suffit de lui demander
et nous auront de vraies rimes riches ...........et tout et tout.......!!!!
(avec le gros avantage de mettre tout le monde d'accord)

ça va,Chef, est que j'ai été assez lourdeau et beotien ou faut-il que je sorte le III/ 406 planqué à la cave ?

ARTILLERIEMENT VOTRE !!!!
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Juin 08, 2010 01:06    Sujet du message: Répondre en citant

Vous l'aurez voulu !!

Tel le vol de gerfauts cher à José-Maria
Venant d’Alger, d’Oran ou de Mers-el-Kébir
Enivrés des rumeurs qui couraient dans l'Empire
Les Geumeus arrivaient pour voir le Tsushima

Accourez bonnes gens, que s'ouvre sous vos yeux
Du Turco-Italien la corne d'abondance !
Hélas, en tout premier vint un cercueil hideux
Dont le souffle fétide terrifia l'assistance

Mais foin de ce présage ! Et bientôt les motos
Les fusils les avions les radios les locos
Aux Joyeux sur les quais donnèrent de la besogne

Tandis qu'on disputait le butin en hurlant
Bourguiba écoutait, pensif et triomphant,
Le tintement joyeux des lingots de Pologne



Oui je sais. Rasta Rasta Rasta
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Casus Frankie

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carthage



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MessagePosté le: Mar Juin 08, 2010 14:50    Sujet du message: Répondre en citant

Amis, un dernier mot! - et je ferme à jamais
Ce livre, à ma pensée étranger désormais.
Je n'écouterai pas ce qu'en dira la foule.
Car, qu'importe à la source où son onde s'écoule?
Et que m'importe, à moi, sur l'avenir penché,
Ou va ce vent d'autommne au souffle desséché
Qui passe, en emportant sur son aile inquiète
Et les feuilles de l'arbre et les vers du poéte?

VH dit Totor.
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cedant arma togae
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Juin 08, 2010 16:37    Sujet du message: Répondre en citant

J'espère que Carthage a apprécié mon sonnet d'hommage... Very Happy

Enfin, quoi qu'il en soit, j'ai trouvé l'adjectif que je cherchais pour qualifier ses oeuvres : Hugolien !
C'est vrai que cette saga vous a un petit côté Légende des Siècles...
_________________
Casus Frankie

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carthage



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MessagePosté le: Mar Juin 08, 2010 23:39    Sujet du message: Répondre en citant

Merci Ami, mes siècles durent, sauf quelques excursions dans l'espace temps, à peine six semaines, mais ou sont les neiges d'antan, amts, Carthage.
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cedant arma togae
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folc



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MessagePosté le: Mer Juin 09, 2010 20:18    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
Vous l'aurez voulu !!

Bourguiba écoutait, pensif et triomphant,
Le tintement joyeux des lingots de Pologne



J'aime voir citer, même en la détournant,
"La Trebbia" aux flots débordants
Et, en plus, remplacer Hannibal par Bourguiba quel pont Wink à travers les siècles.

Casus, je pense que José-Maria te pardonne Think
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Folc

"Si l'ost savait ce que fait l'ost, l'ost déferait l'ost"
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Lun Juil 12, 2010 16:22    Sujet du message: Nouveau chapitre Répondre en citant

Introduction par Casus Frankie - Je n'entrerai pas plus dans le débat sur le trafic transatlantique et l'alimentation que je ne l'ai fait, ce n'est point que je n'aurais rien à dire, mais Fantasque (qui est en vacances) et certains autres sont plus désignés que moi pour formuler des réponses détaillées sur des sujets déjà anciens (mais sur lesquels, bien sûr, on peut toujours faire des vers nouveaux Wink ).

Le Quatorze Juillet approchant, voici une série de chapitres de la saga des Joyeux, j'ai bien dit une série, un par jour (certes d'inégales longueurs)pendant 5 jours. Signé Carthage bien entendu.
J'ai demandé l'avis éclairé de Frégaton sur certains points techniques, ce qui pourra conduire à quelques rectifications.


Chapitre 31 – Exercices de tir

17 mai 1941, 06h30 – Bizerte, but sur l’Amirauté

En cette belle matinée de la Saint Pascal, les stagiaires de l’école d’artillerie antiaérienne de Bizerte révisaient la mise en œuvre de leurs appareils de télémétrie. On les avait installés en plein milieu de la rade et avec quelque malice sur la Cunégonde, une des trois maries-salopes toutes neuves et pontées qui avaient traversé, avec leurs remorqueurs préférés quoique charbonniers, une Méditerranée devenue hostile, arrivant une semaine après tout le monde – les remorqueurs n’avaient pas eu de mérite à tenir la distance, les maries-salopes renfermaient des centaines de tonnes de charbon !
La première cible des stagiaires artilleurs fut Camille Husson, amiral de son état et qui, ayant plutôt pour habitude de ne point se lever tard, faisait sa petite promenade matinale dans l’anse de l’amirauté – il prisait, l’amiral, cette tranquillité hors du bruit et de la fureur de la guerre, loin de l’agitation souvent vaine du monde militaire. Il s’assit sur le petit banc au pied du bâtiment des transmissions et regarda vers le sud, il pouvait voir la base aéronavale de Karouba, la base aérienne de Sidi Ahmed et, tout au loin, l’arsenal de Sidi Abdallah, tout cela hélas à peu près vide et en tout cas quasi inactif, comme chaque semaine, il allait écrire à Alger pour plaider la cause de Bizerte et, une fois de plus, il ne lui serait pas répondu, tout ça parce que le 17 août de l’année précédente, on avait eu des peurs nocturnes et qu’un journaleux en mal de célébrité avait surnommé Blitz Malte-Tunis l’offensive aérienne de l’Axe qui avait servi de diversion à l’invasion de la Corse, sang de navet, ah, si Paul Cras n’était pas mort, lui qui aurait tout mis en musique !
Pourtant, cette rade était magnifique et bien plus, stratégique ! Il la connaissait dans tous ses recoins et ce depuis très longtemps, 1905 exactement, après le percement du goulet. Ah, 1905, c’était une autre époque, on servait à la mer en nœud papillon, bottines à boutons et favoris qui faisaient surnommer les enseignes les loufiats, comme les garçons de café des bistrots de Paris, Marseille ou Toulon ! Husson était alors tout jeune aspirant embarqué sur le cuirassé Masséna commandé par le vice-amiral de Courthille, venu tester les possibilités de stationnement dans la rade des gros navires cuirassés de l’époque – enfin gros, pas tant que ça, 12 500 tonnes ; à 17 nœuds, la traversée par grosse mer n’avait pas été une partie de plaisir pour l’équipage, les chauffeurs et les soutiers surtout, pauvres gars… Le cuirassé désarmé avait fini comme brise-lames, en 1915, aux Dardanelles, à Sed-ul-Bahr exactement, et lui, tout bonnement, amiral, quelque peu désarmé aussi, mais que voulez-vous, il faudrait toujours des gardiens pour la chiourme.
Camille, à l’instar des seigneurs provençaux qui commandaient les galères, avait connu une prime enfance ensoleillée autant qu’enchantée en la villa de sa tante, la duchesse Husson de Prailly, dans la merveilleuse villa du Plantier de Costebelle, la belle Pauline y menait grand train, recevant noblement ecclésiastiques et académiciens, poètes ou musiciens. Douceurs de la commune d’Hyères-les-Palmiers, département du Var…
Le maître principal Langevineu passa la tête par la fenêtre de la salle des transmissions et proposa respectueusement un jus à l’amiral – c’était fort pratique les transmissions, cela ne s’arrêtait jamais, toujours aux postes de combat, on y trouvait immanquablement, quelle que fût l’heure du jour ou de la nuit, à boire et à manger ; il n’y avait qu’un seul défaut, le bruit : crachotements, sifflements, craquements des manipulateurs et surtout le vacarme imprévisible des deux télétypes qui surprenait toujours les visiteurs une tasse ou un verre à la main, d’où d’inénarrables inondations, renversements et taches rebelles sur les uniformes… Camille entra dans la salle et après avoir répondu aux saluts de tous, trempa ses lèvres dans le liquide bouillant mais divin nectar quand même et se saisit d’un croissant tout chaud, juste livré par la boulangerie de l’hôpital maritime.

06h45 – Même lieu, dix degrés est
Le père Carre pédalait tranquillement, pour la dernière fois espérait-il, vers l’amirauté, ce samedi était un jour béni car il allait se voir remettre officiellement sa belle motocyclette, sa Sévitame à la selle moelleuse et qui semblait posséder un esprit des plus aventureux – certes point une âme en tant qu’objet, le paganisme est chose haïssable, mais, au dire du chef d’atelier auto de l’amirauté, un tempérament à sortir des sentiers battus ou plutôt des capacités de franchissement très inhabituelles ; il lui faudrait bien lire le manuel technique mais celui-ci était des plus succincts : comme la moto, c’était un prototype, mais il semblait bien que Carre allait pouvoir grimper, tout debout sur sa machine, les escaliers imposants de l’archevêché de Carthage, c’est Monseigneur Gounod qui allait être surpris, pour sûr !
Pour fêter dignement ce jour de liesse, il avait décidé d’offrir une petite messe à l’Amiral et à ses commensaux du petit jour, pour cela, il avait pioché dans la vie des saints et avait trouvé deux saints Pascal dont un seul que l’on pouvait fêter ce jour, l’un avait été pape, l’autre berger, cruel dilemme ! Le pape était dénommé saint Pascal 1er et avait régné sur l’église de 817 à 824, l’extrait de son dossier de béatification portait néanmoins une remarque anodine sur l’étrange et expéditive procédure dont usait ce Très Saint Père vis à vis de dignitaires ecclésiastiques dont la trombine ne lui revenait pas… Le pâtre aragonais, par contre, était exempt de tout reproche, analphabète, frère mineur tout au long de sa carrière, il était né en 1540 et mort en 1592, de parents pauvres autant que paysans, une vie sans histoire jusqu’à ce que des miracles aient lieu sur sa tombe, il avait été sanctifié sous le nom de saint Pascal Baylon, sa mère étant née Jubera, ce qui n’apporte d’ailleurs rigoureusement rien à notre propos, bref l’homélie du Père Carre porterait plutôt sur le péquenaud, vers lequel la date du jour et ses origines propres l’orientaient plus naturellement.
Un parfum quasi céleste de caoua et de pain chaud fouailla ses sens comme il passait devant la fenêtre ouverte de certain bâtiment, dans lequel, toute la journée, de pauvres pécheurs s’acharnaient à ordonner, par polarisation, l’éther infini… Langevineu, archange au sourire ébréché, lui transmit par la fenêtre une invitation hussonienne à partager leur brouet matinal, invitation à laquelle l’abbé déféra incontinent, il posa sa bécane contre le mur et entra dans le temple des transmissions en bénissant tout et tous, hommes et machines, d’un geste ample et démonstratif accompagné d’un sonore « Salutas la compagnie » – Husson, qui en était à son deuxième croissant, soupira d’aise, fit préparer un bol de jus pour le bon père et lui tendit le plateau des croissants où Carre piocha sans aucune gêne. Etant pour sa part plutôt du genre à faire des mouillettes, il trempa la corne de son croissant dans son bol de café, ouvrit un large bec et ce qui devait arriver arriva : l’antique télétype relié à Alger-Marine démarra d’un coup, sans préavis, dans le dos de l’abbé qui, bien sûr, ne manqua pas de laisser choir son bol avec son contenu sur une heureusement vieille soutane un peu élimée – il faut dire que le bastringue faisait beaucoup de bruit avec son faisceau d’une cinquantaine de tiges de cuivre qui portaient chacune, à leur extrémité, une lettre, un chiffre ou un symbole, on se serait cru chez un tricoteur industriel du département de la Loire. Tout le monde s’affaira, qui à éponger l’abbé, qui à lire le message, c’est alors que les deux VSOP firent leur entrée tout en saluant l’Amiral, le caoua, toujours le caoua.

06h55 – Même lieu, plein but
Camille Husson eut fait un excellent joueur de poker – son impassibilité était légendaire dans les parties de manille parfois acharnées qu’il s’autorisait de temps à autre dans le cercle familial ; seul une légère oscillation de l’œil droit, lorsqu’il regardait vers le sol, aurait pu trahir l’émotion intense qui l’agitait depuis la veille (et encore eût-il fallu le connaître aussi bien que sa chère épouse). Ce nystagmus bénin s’était déclenché au début du combat à outrance qui opposait Marine Nationale, Royal Navy et Regia Marina, au large de l’île Gaudos et en Mer Ionienne, mais à Bizerte, seuls deux autres hommes savaient : son chef d’état-major, qui travaillait fiévreusement dans la salle des cartes de l’étage supérieur, et l’officier Transmissions, tenu, par les devoirs de sa fonction, à une totale discrétion. Peut-être aussi le fusilier Le Cam qui, s’il se jugeait indigne du port de la hallebarde, naviguait sur les deux étages tel un Mercure aux pieds presque ailés qui portait les messages tactiques, cafés, bières tiédasses et autres sandwichs…
Husson soupira, se reversa un café et réfléchit à l’étrange destin de ses aïeuls provençaux, côté Prailly : tous officiers des galères du Roy jusqu’à l’an de grâce 1748 ! L’un d’entre eux avait même fini par s’acoquiner avec un Comite Réal qui avait rédigé de courts mémoires très techniques sur les usages de la chiourme.
L’officier des transmissions lui tendit alors une petite planchette de bois sur la partie supérieure de laquelle était vissée une large pince métallique enserrant une liasse épaisse de documents, l’amiral s’en saisit, signa le petit carnet qui servait de journal des transmissions prit fort benoîtement congé de ses commensaux puis grimpa quatre à quatre vers la salle Opérations. Le Rosier était devenu grimpant ! Au dernier moment, tel un surjet indécis, il boutura vers son bureau gardé par un Le Cam impassible qui entrouvrit la porte sur une jolie pièce claire au mobilier fastueux, les pavillons ont pour habitude de vivre en des lieux confortables, sur terre comme à la mer. Husson réclama encore du café et des croissants et Le Cam, alma mater du petit matin à l’amirauté, s’engouffra dans l’escalier, chaussé qu’il était de ses forts belles et confortables charentaises à carreaux – au début, cette façon de se chausser avait irrité la maistrance qui lui en avait fait grief, Le Cam, imperturbable, avait vanté le caractère silencieux de ses chaussons qui, en aucun cas, ne perturberaient le sommeil de la bordée de relève, la maistrance se l’était tenu pour dit, surtout sur les conseils paternels de l’amiral.
Camille se plongea dans la lecture de la liasse tout en triturant la planchette dont le toucher le renvoya inéluctablement vers les mémoires du peu respectable ami de son ancêtre.

07h05 – Un degré au-dessus, un autre à droite
Le marquis Prailly de Fontette avait commandé une galère du Roy pendant bien des années, il avait aussi rédigé de petite chroniques apparemment mondaines sur la vie à bord mais qui constituaient un irremplaçable bréviaire pour tous les impétrants ; quand on joignait ses écrits à ceux de l’ignoble Masse, contremaître trop expérimenté de la chiourme, on constituait un tableau saisissant d’horreur de la vie des condamnés, comment pouvait-on agir de la sorte envers des êtres humains, mystère !
Camille sursauta à la lecture des documents que l’on venait de lui transmettre, les choses se compliquaient en Mer Ionienne, il se leva, ouvrit la porte de la salle des cartes et mit son chef d’état-major au courant des derniers développements, le CEM s’activa sur l’immense carte murale pour les mises à jour.
………
Pour dépanner le père Carre, il lui fut trouvé une salopette à bretelles en coton écru qui venait heureusement compléter le gilet de flanelle grise à manches longues qu’il portait ce jour, elle lui donnait l’aspect d’un mécanicien du Bon D…, surtout avec sa barrette, et cela vous avait un petit côté laborieux qui ne déparait pas la pièce toute bruissante d’une activité bourdonnante – les deux télétypes crachaient en continu des flots de paperasses que l’officier transmission recueillait pieusement et classait sur la planchette dans un ordre précis, avec une prescience de mulet 454, Rimailho dit à Filloux qu’il se passait sûrement quelque chose d’important, Le Cam entra en trombe, ravit au transmetteur la planchette pleine et lui remit la vide, puis reprit l’escalier après avoir glissé quelques mots dans le cornet auditif de Langevineu, ce dernier sollicita le prêt du biclou de Carre et partit vitement vers le poste de garde, une sirène ne tarda pas à retentir, suivie par celles de Karouba et de Sidi Ahmed et par la dernière, plus lointaine, de Sidi Abdallah, tout le monde sur le pont, nom de nom !

07h15 – Mêmes réglages
Camille frémissait d’excitation, le masque tombait enfin, trois cuirassés français portant du 340 engageaient la flotte italienne ! En ses jeunes années, il avait servi sur deux d’entre eux, les Bretagne et Provence – pourvu que tout se passe bien, car ces navires, tout comme lui et malgré force refontes, n’étaient plus très jeunes, le monstre italien, par contre, portait du 381 et bien que ralenti, il était quasi neuf, il enviait Gensoul, son collègue montpelliérain, comment allait-il se débrouiller… Et qu’aurait fait le capitaine Prailly de Fontette, quelques siècles plus tôt ? Il eût chargé assurément, tout parfumé qu’il était et avait intérêt à l’être, chargé avec sa galère qui aurait servi enfin à autre chose qu’à promener de jolies marquises, il eut sûrement ordonné le “passe-vogue” et aurait foncé à presque six nœuds, pour une ampoulée d’une demi-heure, la chiourme “tape en bouche”, harcelée de coups de corde, vingt et un coups de palamente à la minute, puis l’ordre donné au comite, vingt-six, de quoi tous les crever mais c’était les ordres, pour courir sus aux ennemis du Roy ! Camille l’imaginait très bien, tranquillement assis sous le dais du château arrière, un vaste chapeau panaché en tête, le pourpoint éclatant, plongé pourtant dans l’odeur abominable qui émanait de la chiourme, forcée qu’elle était, car jamais détachée en mer, de déféquer et uriner sous les bancs, les marquises, jolies visiteuses d’une après-midi, n’étaient pas bégueules ! Oh oui, il le voyait, un œil vissé à la longue-vue pour mieux épier l’adversaire, l’autre pourtant inquiet surveillant la voile et le vent, donnant des ordres secs pour activer le mouvement, les cinquante et un avirons plongeant en cadence sur chaque bord, les deux cent soixante rameurs, apostis, tiercerols, quarterols et quinterols arc-boutés sur les manilles, les vogues avant conduisant la palamente de chaque brancade, oui, il le voyait le petit capitaine poudré, marin provençal insensible et obéissant aux ordres, tout comme Gensoul sous les obus italiens.

07h30, puis 07h40 – Mêmes réglages
Le Cam entra dans la salle Ops et tendit une nouvelle planchette garnie à l’amiral qui se jeta sur les papiers avec voracité, le CEM réclama des renforts, il n’en pouvait plus, n’importe quoi, des enseignes même, mais des renforts – d’enseignes il n’y en avait qu’un seul, le fils de Qui vous savez, qui devait être en train de boucler sa cantine pour Alger, qu’on l’aille quérir, vite, pour faire bonne mesure, on lui adjoindrait quelques élèves de l’école de maistrance triés sur le volet, au passage, l’amiral demanda deux fusiliers pour aider Le Cam qui commençait, lui aussi, au bout de vingt-quatre heures, à perdre la cadence !
Dix minutes plus tard, Philippe était là, sa casquette neuve soigneusement préservée sur une étagère, traçant des routes sur la carte, règle Cras en main, il expliquait doctement ce qu’il faisait à un tout jeune élève de l’école de maistrance qui regardait, bouche bée, la carte et la mention du nom des navires, avec les heures et les positions, l’élève avait pour seule mission de garder le crayon bien taillé et d’utiliser la gomme en cas d’erreur manifeste, mais uniquement sur ordre !
Iturri rejoignit Le Cam dans l’escalier et l’envoya roupiller, ils étaient durs avec les vieux, c’est toujours comme ça avec les fusiliers, marche ou crève, avant d’y aller, le vieux lui transmit les instructions et lui demanda de le réveiller en cas de nouveau et d’intéressant, il lui demandait deux heures de repos seulement et lui recommanda l’amiral, sur lequel il devrait veiller à sa place.

08h00 – Deux degrés en dessous et deux à droite, pour commencer
Une masse humaine composée de marins de tous grades s’agglutinait sous les palmiers derrière l’amirauté – ce n’était pas le meilleur côté du bâtiment, il y avait là une immonde greffe de béton accolée depuis 1932 à la charmante construction d’origine, un vrais gâchis esthétique et sûrement financier – on comptait bien deux mille hommes, dont beaucoup de gradés, Husson apparut alors et monta sur une caisse à ordures en bois renversée qui lui servit d’estrade improvisée, il leur parla tout simplement, comme il l’aurait fait à ses enfants, de la bataille qui durait depuis vingt-quatre heures dans les eaux grecques point si lointaines, de nombreux navires français étaient engagés contre un ennemi redoutable – il fut interrompu par l’officier des transmissions, blême et défait, qui lui tendit la planchette, Husson ajusta ses petites lunettes, lut les messages et laissa tomber le tout d’un air las, il semblait tout vieux maintenant, presque rabougri sur sa poubelle, il annonça d’une voie cassée que la Bretagne avait sombré sous le feu ennemi, il n’en savait pas plus, si, il savait qu’il y avait 1 133 hommes à bord, la Provence et la Lorraine poursuivaient le combat, il descendit de son perchoir où Carre le remplaça pour réciter la prière des morts. Husson se rendit compte tout d’un coup qu’il ne savait pas sur lequel des cuirassés Gensoul avait mis sa marque, il se battait, lui, partageant le sort de la chiourme, Husson l’envia à nouveau, peu importe où il se trouvait à présent, le fusilier Iturri apparut alors, accompagné de Le Cam, qui n’avait guère eu le temps de fermer l’œil, ils entraînèrent l’amiral vers la salle des transmissions pour qu’il se retape, dans la salle Ops, un Philippe au masque crispé mettait à jour la carte, symbolisant le naufrage d’une petite silhouette penchée à 45°, avec le nom, la position et l’heure, Tonino lui tendit, d’une main un peu tremblante le crayon fraîchement taillé.

09h00 – Positions identiques
Les hommes attendaient depuis une bonne heure, ils attendaient l’amiral qui ne revenait pas, ça ne ressemblait pas au vieux, si les nouvelles avaient été mauvaises, il aurait eu le courage de leur dire, non, il ne devait tout simplement pas savoir, le curé avait dit sa messe avec une homélie que personne n’avait trop écoutée, il avait parlé de Soccolans et d’Alcantarins, on attendait en s’abritant comme on pouvait du soleil qui commençait à darder, des Provençaux, matelots et gradés, commencèrent à chanter quelque chose de très ancien, qui disait : « La galero es nouestr’ houstau, plogue ou neve, sian a l’erto, n’aven ni lansou, ni cuberto, dourmen quatre ou cinq dins un ban, que n’a pas tres pan de carruro, semblo tout a fet la mesuro, d’une caisso per porta un mouert, fau que duns aquelle brancado, mangen et caguen tout ensen. »
Il fallait faire l’aiguade à tous ces bonshommes, une citerne vint de l’arsenal, celle des brêles qui faisait un deuxième tour, on se prêta des quarts de fer blanc, des gourdes et même des casques, on but avidement, à la régalade, cela prit une bonne heure car il y avait seulement dix robinets – tout d’un coup, deux fusiliers portant hallebardes firent leur apparition, ils précédaient un Husson requinqué, portant son éternelle planchette, qui grimpa prestement sur sa caisse retournée, il annonça sobrement mais d’une voix forte la victoire des armes de la France, le Vittorio Veneto avait été coulé avec toute son escorte, la victoire était d’autant plus grande qu’elle s’ajoutait au massacre des croiseurs italiens réussi la veille, avait-on appris, par nos alliés de la Royal Navy (nos alliés anglois, qu’en eût dit Prailly de Fontette) ! Bachis et casquettes volèrent vers le ciel, l’amiral leur demanda à tous de regagner leurs postes et d’attendre les événements, car il supposait que rien n’était fini, il n’avait pas tort, du moins les concernant.
A l’étage, l’élève Tonino pleurait ses camarades disparus pendant que Langevineu racontait à un Philippe stupéfait l’histoire du petit.
Camille Husson, soudain fatigué, demanda à Le Cam qu’on lui fiche la paix pendant au moins deux heures et s’endormit rapidement dans son fauteuil, les pieds sur le bureau.

13h00 – But masqué, pas de visée possible
Il fut réveillé par la sonnerie grelottante de son téléphone, son officier des transmissions le réclamait, Alger était au bout du fil, un étage en dessous ; il ouvrit la porte, manqua s’étaler sur un Le Cam qui dormait à même le sol, étreignant amoureusement sa hallebarde et descendit en bras de chemise, il allait beaucoup mieux, il avait faim !
L’officier des transmissions le conduisit dans une petite cabine vitrée, attenante au nouveau télétype auquel elle était reliée, il y avait un petit banc de bois sur lequel Camille posa son séant en empoignant le combiné, il entendit une voix familière, celle d’Eugène Rivet, dit La Ferraille, qui faisait une petite cure d’état-major en Alger et lui demandait s’il était bien le Rosier ! Après sa réponse affirmative, son interlocuteur lui déclara que les vacances étaient finies à Bizerte et qu’il aurait du travail à la tombée de la nuit du lendemain, il aurait exactement sept heures et trente minutes pour l’effectuer et sans rallonge possible, il pourrait, en fonction de la mission, demander des moyens aériens et maritimes qui lui seraient accordés sans trop lésiner mais surtout, il ne devrait y avoir aucune faute – après quelques détails techniques, son interlocuteur raccrocha, Camille fut alors repris par son nystagmus en regardant le sol, mais c’était pour la bonne cause.
D’abord, en vieux soldat, l’amiral demanda courtoisement à se restaurer, il fallait satisfaire la pauvre bête et ne point se contenter de la ration du Roy. Ayant convié Carre, son CEM et l’enseigne Philippe à une brève mais roborative collation, il leur dévoila à l’issue l’étendue de la mission ; il avait fait appeler, dès l’entrée, le CV Marquand qu’il nomma immédiatement responsable du tout, devant lui pour commencer et devant D… pour continuer, on passa dans la salle des cartes et tout ce monde commença à plancher dans l’ivresse relative d’un petit vin gris dont ils avaient eu chacun un verre minuscule.
La demande de moyens fut ardue, surtout pour les aériens, la moitié de la chasse de nuit d’AFN, Alger compris, fut réclamée pour être basée à Sidi Ahmed le lendemain, on n’allait pas se faire refaire le coup du mois d’août précédent ! Husson demanda la mise en réseau, au profit de Bizerte, de tous les moyens de détection lointaine, il exigea de disposer en plus de l’ingénieur Lormier, de ses matériels et personnels pour 19h00 précises, à l’arsenal. Pour plus de sûreté, il prit sur lui de lui envoyer immédiatement deux Laffly w15t, un v15t et dix hommes en renfort. Karouba fut priée de lancer, dès 16h00, des reconnaissances sur Tripoli, Benghazi, le golfe de Gabès et le Cap Bon, des Hudson seraient employés en couverture ASM une heure plus tard, voilà, tout cela prenait tournure.
Lormier tripotait les commandes de son bastringue dans son petit phare de Sidi Bou Saïd quand le téléphone sonna, il se tapa les escaliers de la lanterne jusqu’au petit bureau en pestant, jamais tranquille, même le samedi ! Il demanda à Mademoiselle Siraglia, opératrice des PTT et membre des CAFTAN, de bien vouloir le remplacer provisoirement à l’oscilloscope pour l’étalonnage de l’installation, l’avion ne devrait pas tarder, il viendrait du nord, la conversation avec Bizerte fut brève et étonnante, Lormier, tout pensif, remonta dans sa lanterne, ça tombait bien, aujourd’hui le Dewoitine était à l’heure et on était pressé.

15h00 – But évoluant à très grande vitesse terrestre, visée hasardeuse car les télémétristes s’avèrent incapables, pris d’une crise d’hilarité subite, d’effectuer leurs mesures habituelles
Ce n’était pas tout, il fallait préparer l’arsenal ! Camille demanda sa voiture, las, sa Citron était en révision à l’atelier, le chef proposa de la remplacer provisoirement par deux sides Indian cav, Carre proposa d’en piloter un et Iturri prit le deuxième, chargeant au passage le docteur Robigot et le CV Marquand, le convoi avait fort belle allure, surtout la première machine, qu’on s’imagine le bon Père au guidon, toute barrette au vent et en salopette, dans le side, l’air farouche, l’amiral, le menton marmoréen, étranglé par la jugulaire de sa casquette, enfin Le Cam sur le tan-sad, l’air ravi, en charentaises avec sa hallebarde fièrement dressée vers les cieux ! Des photos furent prises, sans doute par les VSOP, qui se négocièrent à des tarifs inouïs dans la suite des choses et qui, lorsqu’elles arrivèrent (deux ans plus tard) à la connaissance des hautes sphères politiques et militaires, sonnèrent le glas définitif de l’emploi de la hallebarde dans les armées françaises – il était temps, cela durait quand même depuis le XIVe siècle.
Camille, à l’arrivée, tint absolument à passer les troupes en revue, fusiliers, gendarmes maritimes et bataillonnaires, debout dans le side, une main accrochée à la hallebarde de Le Cam et sous les braiments du mulet 454. D’autres photos furent prises, clandestinement cette fois, sans doute par des affectés spéciaux – elles parurent un an plus tard, après un mystérieux parcours, dans la revue allemande Signal avec une légende censée illustrer la pauvreté des moyens militaires français, armement et matériel, en AFN : l’humiliation sonna le glas de la pratique motocycliste habituelle aux amiraux ou généraux de tout poil, les condamnant à l’automobile.
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Mathis ronchonnait en lustrant sa moto, la belle Monique était de service tout le week-end au Casino Pistacci, il s’était levé tard et ne savait que faire, il ressentait son inutilité de façon précise ce matin là, il entra dans la maison pour se laver les mains et fut surpris par la sonnerie grêle du téléphone. Il décrocha pour entendre le basier de Bizerte lui demander avec force respect son urgent concours pour une affaire complexe, il accorda immédiatement le dit concours en bondissant d’allégresse, il avait trois heures pour gagner Bizerte, plus qu’il n’en fallait, il prit son blouson, passa sa combinaison de vol de fabrication maison et chaussa ses bottes, il grimpa l’escalier et cria à Valérie, au travers de la porte de sa chambre, de prendre des vêtements chauds et d’être en bas dans cinq minutes tapantes, Valérie lâcha immédiatement son Rouvière et bondit – des vêtements chauds en mai à Tunis ? C’était sûrement plus intéressant qu’un traité d’anatomie ! Mathis téléphonait déjà au petit terrain pour demander qu’on lui prépare le Cri-Cri pour un départ dans trente minutes.
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A l’issue des opérations d’étalonnage du matériel, la charmante Josette Siraglia se réjouit sincèrement devant le capitaine (cr) Lormier du succès que constituaient toutes ces mesures précises, on était enfin techniquement installés, il n’y avait plus qu’à rédiger la procédure et commencer l’instruction de nouvelles opératrices, elle ajouta qu’elle ne ferait pas ça tous les jours, c’était plus que fastidieux ! Le capitaine Lormier, après s’être raclé la gorge, lui demanda ce qu’elle comptait faire de son dimanche, s’attirant en retour un regard noir de Josette qui s’était bien évidemment méprise sur le sens exact de sa demande, écarlate de confusion, il lui avoua dans un long bredouillement qu’il fallait se préparer à démonter toute l’installation, la transporter sur Bizerte et la remonter là-bas où il leur faudrait, bien sûr, répéter toute l’opération, il lui demanda tout gentiment de bien vouloir l’y accompagner car elle était sa seule opératrice confirmée, ses hommes à lui faisant du jardinage sur des bases aériennes diverses, si elle avait quelqu’un à prévenir, qu’elle utilise le téléphone du bureau, il était gratuit !
Josette, un peu rassérénée, demanda le commissariat et fit grand mystère à un jeune et bel inspecteur des raisons qui provoquaient son indisponibilité totale pendant 48 heures, elle ne serait pas joignable, pour une fois qu’elle pouvait lui faire le coup des priorités de service absolues et indiscutables, elle n’allait pas s’en priver, il tirerait un peu la langue son bel Ange, mais ça pimente ! Ange rendit compte, en termes vifs, de cette absence honteuse à Simonpoli, qui se contenta de dire qu’il y allait avoir du bran et qu’on allait voir ce qu’on allait voir, à tout hasard, il téléphona à son collègue Bernardeau et autorisa l’inspecteur Simonelli à se rendre au petit phare de Sidi Bou Saïd.

17h00 – Finex pour la télémétrie
L’officier de justice de la Provence faisait les cent pas sur la plage arrière, il avait du mal à détacher son regard des onze corps enveloppés dans des housses de matelas en coton qui reposaient sur des civières, on n’avait même pas eu le temps de procéder aux immersions, le temps semblait presser… Un officier de justice embarqué, en temps de guerre, n’a pas grand chose à faire dans sa spécialité, les pulsions délictuelles ou criminelles sont très atténuées, on lui confiait donc, depuis son affectation de 1939 sur ce beau navire, une foule de missions diverses, l’une d’elles tenait à l’état civil, il avait relevé soigneusement les identités des onze morts, la plupart tronçonnés, brûlés et méconnaissables, mais il fallait bien le faire. Une autre de ses responsabilités était la tenue du livre de bord au combat, ce qui lui permettait de fréquenter la passerelle à des moments cruciaux ; le CV Mazen, maître à bord, avait été plus qu’heureux de décharger son second de ce travail minutieux et de l’affecter à d’autres tâches plus essentielles à la survie du navire – et puis cela occupait ce très inhabituel lieutenant de vaisseau, par ailleurs docteur en droit, avocat, député et ancien ministre ; par dessus le marché, il avait une peau d’une belle couleur café au lait, l’officier, prénommé Gaston et nommé Monnerville, il descendait par sa mère d’esclaves de la Martinique, quoiqu’il fût né natif de la ville de Cayenne. L’équipage tout entier avait fini par s’y faire ; on l’appelait parfois, derrière son dos, le laptot, tout en le craignant comme la foudre, surtout les matelots et la maistrance ; les officiers, eux, étaient très sensibles à son volontariat pour servir à leurs côtés, surtout qu’ils avaient appris qu’il avait, avec trois de ses collègues parlementaires, fait modifier la loi organisant la nation en temps de guerre pour avoir l’honneur de les rejoindre bien qu’il eût déjà quarante-trois ans ; bon camarade avec ça, un puits de science, surtout en droit – les marins ont toujours des histoires compliquées – et doué en littérature – ce qu’ils apprécient, car, comme chacun sait, ils adorent faire des phrases.
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Ils avaient décollé du petit terrain, la mécanique avait été étonnée de voir Mathis en place arrière, celle du moniteur, une frêle jeune fille prenant la place pilote, à l’avant, puis ils comprirent quand ils virent le vieux lui expliquer les commandes, Mathis était bon moniteur, c’était reconnu, il lâchait les jeunes en moins de trois heures de vol. Tous, la mécanique aussi, avaient bénéficié de cette formation maison sur avion d’entraînement élémentaire, Mathis leur affirmant qu’ils comprendraient mieux, en volant de temps à autres, les problèmes du pilotage, pour ça le vieux n’était pas chien, le Salmson n’était pas un foudre de puissance avec ses soixante chevaux, mais c’était un appareil plaisant à piloter et qui pardonnait beaucoup aux débutants, la petite jeune fille amena l’appareil en bout de piste et fit son point fixe, l’appareil avança en cahotant puis prit de la vitesse, le vieux devait, en douce, la doubler aux commandes, généralement les bleus ne se doutaient de rien et n’étaient pas peu fiers de décoller du premier coup, sacré Mathis, il savait les mettre en confiance !
A trente mètres sol, le Cri-Cri fit un superbe renversement et frôla, la tête en bas, le toit du hangar, ça c’était le débourrage, tu vomissais ou pas, c’était selon, l’appareil enchaîna plusieurs figures de voltige à la verticale de la mécanique puis disparut vers l’ouest, dans le soleil, Valérie était aux anges et riait de bonheur, Mathis lui indiqua un cap à suivre au compas, lui demanda de garder la bille au centre et de bien surveiller son altitude, il s’occuperait des gaz dans la première demi-heure tout en gardant le droit imprescriptible de venir troubler la concentration de son élève, ça passerait ou ça casserait.
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Ange arriva au petit phare pour voir trois étranges véhicules aux longs nez de fouine et aux nombreuses roues, que des marins et de vieux bonshommes en gris chargeaient de tout un bazar qui sortait du phare, le tout sous la surveillance inquiète d’un capitaine de gonfleurs et celle fort sourcilleuse de sa Josette, impeccablement vêtue de sa tenue de CAFTAN, elle était à croquer la Moncefette ! Il remarquait que les matafs et les vieux filaient doux quand elle s’adressait à eux, leur faisant prendre de multiples précautions dans la manutention et surtout l’arrimage, un vrai acconier de port marchand sa Josette ! En une demi-heure ce fut réglé, elle feignit alors de s’apercevoir de sa présence, dix minutes plus tard, tout le monde fichait le camp en direction de Bizerte, Ange resta seul à l’extrémité du môle, après une bise tendre mais rapide, Josette était montée dans l’un des véhicules, toute seule en place arrière avec sur les genoux ce qui ressemblait à un grand plat à paella soigneusement emballé et qu’elle agrippait comme le saint sacrement, une parabole avait-elle dit, une parabole de la Saint Pascal.

18h00 – La Cunégonde rallie l’arsenal, remorquée par le radier
L’officier de justice de la Provence revoyait le combat, il avait tout vu et tout noté sur le livre de bord, l’explosion de la pauvre Bretagne, cassée en deux morceaux qu’ils avaient débordés par tribord, la pluie d’obus qui tombait sur le Vittorio Veneto qui ralentissait de plus en plus, à bord, les ébranlements et le vacarme des 340, les chocs sourds et les flammes quand ils avaient été touchés, l’attente angoissée de l’explosion qui les aurait emportés comme la Bretagne, le naufrage de l’Italien, le silence qui revenait, les rapports sur les dommages et les pertes pendant que l’escadre avait remis le cap au sud… Il fut courtoisement tiré de sa songerie par un maître fusilier, le commandant le réclamait sur la passerelle, il s’engagea dans l’escalier qui lui faisait, dans sa première partie et à la matière près, penser à celui de la tribune de l’Assemblée nationale, il avait siégé une fois à Alger et avait même espéré faire partie du gouvernement du 17 janvier, las, les radicaux n’avaient pas eu grand chose, la présence de Daladier verrouillait tout, il avait ambitionné la Justice, un SFIO, Sérol, avait été reconduit, quant aux Colonies, enfin à la France d’Outre-Mer, c’était Moutet, SFIO encore, qui l’avait obtenu, décidément il ne fallait pas, quand on se croyait ministrable, s’entêter à servir la France sous l’uniforme ! Sauf évidemment en ce qui concernait le Général, comme tout le monde l’appelait, lui ne l’appréciait pas trop, le De Gaulle, une de ces aversions irraisonnées qui vous suivent toute une vie…
Le commandant le mit rapidement au courant : dans leur assez piteux état, un chantier naval des Amériques était leur destination, fallait-il encore y parvenir ; pendant que la Lorraine, avec l’amiral Gensoul, regagnait Benghazi, la Provence avait mis le cap au sud-sud-ouest, accompagnée par le grand contre-torpilleur Mogador et par les Tornade et Trombe, qui veillaient aux sous-marins. Le cuirassé gîtait quelque peu sur bâbord et sa proue s’enfonçait dans l’eau d’un bon mètre par rapport à la normale, il pouvait encore donner dix-neuf nœuds, mais pour commencer, ils allaient devoir faire escale à Tripoli, pour ne pas passer sous le nez des bases ennemies en Sicile. Tous sursautèrent quand un très gros hydravion les survola à basse altitude avant de cercler autour d’eux, des cocardes, un Anglais venu de Malte, la cavalerie arrivait, ils n’étaient plus tout seuls, Monnerville chantonna, à voix très basse, un petit chant Bèlè : « Bizin remerci le ciel pour sa la saine ki li finn tire dans nous li pied, di sang esclavaz monté desan dan mo le kor. »
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Camille Husson avait réuni tout les chefs de service de l’arsenal et tout les Geumeus, il récapitula pour tous la mission à venir et insista sur les strictes limites temporelles qui leur étaient imparties, il se tourna vers l’ingénieur Strosskopf et lui annonça qu’il serait désormais et pour toute l’opération son rémolat de référence, le rémolat qui réparait les rames et l’accastillage des galères, titre qui n’enchanta pas le quasi huguenot de l’X-1920 ! Les références constantes de Husson à l’univers de la chiourme mériteraient sous peu d’être mises sous l’éteignoir de lectures moins romancées en faveur des comites, plus proche du monde réel de la souffrance, il se promit d’y pourvoir rapidement en faisant un petit cadeau à l’amiral, mais il y avait d’autres dispositions à prendre, on attendait pour cela l’arrivée d’un aviateur qui ne semblait pas pressé. Husson regarda par la fenêtre le Seyan qui occupait la forme des croiseurs et, fait inouï, eut une idée.
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Le Cri-Cri fit un atterrissage pitoyable, il avait effacé pratiquement toute la piste avant de s’y plaquer brutalement, d’y faire deux ou trois bonds erratiques, de bien manquer se mettre en pylône et, après un virage brusque, de finalement se diriger droit sur la porte de la baraque qui servait de bureau au basier avant de s’immobiliser un mètre à peine avant le contact, tout le secrétariat s’était protégé sous les bureaux, certains sautant même des fenêtres arrières, décidément, de l’avis de tous, ce pauvre Mathis avait bien baissé depuis sa blessure ! Tout prit un tour nouveau quand il descendit du poste arrière et qu’une jeune fille sortit du poste avant, les jambes flageolant quelque peu et se fit immédiatement et vertement rabrouer pour, dans l’ordre, un arrondi lamentable, la non utilisation d’aérofreins pourtant bien utiles et prévus à cet effet par le constructeur et, pour finir, la perte définitive de tout prestige professionnel de l’instructeur, ah oui, ça promettait ! Mathis parla moins de cinq minutes avec le basier qui les fit transporter, lui à l’arsenal, elle à l’hôpital maritime – Madame Antoine avait accordée à Valérie trois jours de perme qu’elle voulait laborieux et avait rédigé une petite lettre pour, au choix, le Docteur Laborit ou son confrère Robigot, pour que la gamine se frotte à la réalité prosaïque d’hôpitaux moins nantis que celui de Tunis, la vraie vie en quelque sorte.
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Sur un terrain de Sicile, un superbe Junker 88 faisait son point fixe ; toute la reconnaissance allemande et italienne était sur la brèche après les combats de la veille et du jour mais pour son pilote, c’était la routine : comme la veille et comme le lendemain, il devait simplement rendre à très haute altitude sa visite vespérale, quotidienne et fastidieuse à la base de Bizerte. Cet oiseau de fin de soirée en aurait pour trois heures d’une mission banale, la pression régnait autre part, en Méditerranée centrale et orientale, on avait perdu les flottes françaises et britanniques au sud de Malte et certains voulaient faire les comptes avant de régler le solde.
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L’officier de justice de la Provence mettait à jour le livre de bord en pensant à une chose qui le turlupinait un peu, la fin des Radicaux ! Une vraie Saint Barthélemy ! Il avait commencé sa carrière d’avocat de la conférence du stage dans le prestigieux cabinet Campinchi, le patron, César, qu’on appelait parfois Pontifex maximus – l’était bien pontife, radical autant que Corse, spectateur parfois atterré de l’interminable guerre des deux Edouard tout au long des multiples et inévitables congrès du parti – bref, Campinchi avait fait un très honorable ministre de la Marine militaire dans les deux cabinets Chautemps de 37 et 38, tandis que Gaston, à 39 ans, y était sous-secrétaire d’état aux Colonies, mais les combinaisons avaient radicalement évolué avec les cabinets Reynaud. Bah, Gaston, finalement, s’en fichait, il faisait la guerre comme aurait dit le Tigre, mais Moutet, à la France d’Outre-Mer, allait-il transférer le fardeau de l’homme blanc sur des épaules noires ? Les grands propriétaires terriens d’Algérie cherchaient à profiter de la présence en leurs murs du gouvernement de la France combattante pour s’y opposer de toutes leurs forces et ils pouvaient être bornés, Gaston avait lu certains commentaires de la presse algéroise qui avaient failli paraître après la session de janvier 41 – Jean Zay y avait mis bon ordre, un vrai Frère celui-là ! Le langage utilisé lui rappelait la glose des articles fascistes de l’année 37.
Clemenceau en d’autres temps avait fait jeter dehors les députés d’Algérie qui lui couraient sur le bobichon, un vrai caractère, un Radical dans l’âme. Aujourd’hui, ils étaient presque tous plus ou moins à gauche, depuis 36 en tout cas ! Un espoir, peut-être ?
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Le disciplinaire Dubois, conducteur habituel du mulet 454, s’en alla voir discrètement, en un endroit connu de lui seul, la dame-jeanne qui contenait son deuxième trésor, vingt-cinq litres de boisson décapante, à usage strictement interne et obtenue par macération toute naturelle de fruits divers dans un jus combinant de l’alcool pharmaceutique prélevé sur les stocks de l’infirmerie du BILA, du sucre roux, de la lotion d’après-rasage de barbier et de quelques ajouts personnels dont il n’était pas peu fier, le tout sous un soleil de plomb qui hâtait la réaction chimique décrite jadis par le grand Chaptal, les copains allaient être contents et il allait leur vendre ça à prix d’or ! Il goûta un petit verre de la mixture, claqua de la langue et se déclara satisfait, par contre c’était puissant, une boisson d’homme, il s’en resservit un deuxième pour la route et un troisième pour la soif, ça allait nettement mieux, un vrai nectar, à tout hasard, il s’en versa un quatrième, oui, comme ça, on sentait mieux la pomme (il y en avait aussi).
Dubois (qui ne s’était pas toujours appelé Dubois) ne passait pas tout son temps à concevoir des boissons originales ; c’était un génie de la combine, des trafics en tout genres, certaines de ses applications à caractère commercial tournaient encore mécaniquement, sans lui, et lui rapportaient de gras dividendes qu’il amassait sur son carnet de Caisse d’épargne qui était devenu un compte tel la Belle au bois : dormant ; quand, à l’initiative des vieux tromblons, le receveur bizertois et ses charmantes auxiliaires étaient venus leur ouvrir un carnet pour y placer leur rappel de solde, il avait craché une petite partie du morceau à son jeune collègue sous la forme d’un numéro assez long qui localisait un vieux carnet du côté de Tahiti où il avait été vaguemestre en chef jusqu’en 1921. Il ne truandait jamais ni les PTT, ni les Armées, mais montait de petites et juteuses opérations parallèles qui fonctionnaient habituellement sans heurt, c’est un trafic de cauris qui l’avait fait chuter – ces coquillages, connus des savants sous le nom de Cyprea moneta, étaient forts prisés dans certaines zones du globe, il en récoltait de pleins sacs postaux qu’il expédiait en tout immunité administrative à des correspondants de toutes nationalités qui faisaient en général le même métier que lui, il était tombé suite à un contrôle inopiné de la censure aux armées, qui sévissait encore malgré l’armistice de l’Autre guerre, trois gouverneurs généraux n’avaient guère apprécié son génie monétaire, un jeune avocat de la Marine, commis d’office, l’avait sauvé du bagne et de la dégradation, on l’avait envoyé dans l’infanterie légère d’Afrique pour vingt-cinq ans, il serait donc libérable en 1946… Pensif et un peu titubant, il s’en alla vers le 454 à qui il donna un morceau de sucre avant de gratter vigoureusement l’animal entre les deux oreilles, il espérait que son collègue avait transmis la lettre au notaire.

19h00 et plus tard dans la nuit – Survol et détour
La conférence fut rondement menée, Mathis et Husson rivalisant de prévenances, c’était l’illustration éclatante de la grande fraternité des armées françaises, le problème était d’une rigoureuse simplicité, toute l’opération devait s’inscrire entre deux survols de la reconnaissance adverse, celui de l’oiseau du soir du 18 et celui du matin du 19, par contre, s’il y en avait d’autres, il faudrait les abattre avant qu’ils puissent ramener leurs précieux clichés en Sicile, on ne pouvait se permettre de laisser fuir quelque information que ce soit, le téléphone civil serait coupé à H-30, seuls les circuits militaires resteraient activés, il fut décidé de laisser, dans un premier temps, le Seyan dans la forme des croiseurs où il stationnait depuis les fêtes de Pâques, il ne faudrait aucunement présenter un visage différent à l’interprétation photographique ennemie, la laisser dans une routine rassurante. Le capitaine Lormier présenta ses respects à Mathis en lui expliquant que son installation serait prête et active dès ce soir 20h00, il était juché sur la toiture de l’arsenal, deux étages au dessus, sur une petite terrasse plein nord, il lui faudrait simplement le survol d’un avion pour son étalonnage, à haute altitude puis en radada, son opératrice attendait impatiemment cette opération en surveillant le remontage des matériels.
Mathis et Husson, toujours galants, décidèrent de visiter ces mystérieux équipements et de se faire expliquer leur fonctionnement par la charmante Josette, ils furent suivi par une bonne moitié de l’assistance, elle aussi avide de constater l’excellence de la technique française, tout ce petit monde déboucha sur une terrasse inondée de soleil où Josette Siraglia, CAFTAN venue des PTT, houspillait ses déménageurs d’un soir, comme on allait remonter la parabole tenue par deux bataillonnaires, elle s’empara autoritairement d’une clef de 14 qui lui était fort respectueusement tendue par un maître mécanicien rougissant, ce faisant elle ignorait superbement, en leur tournant le dos, ses visiteurs étoilés et galonnés qui restèrent absolument cois car fascinés : certains peut-être par la complexité de l’installation, d’autres, sûrement, par le côté pile de l’opératrice qui s’était agenouillée pour fixer les écrous du bas – elle eut la surprise, quand elle se retourna, de découvrir une vingtaine de bipèdes mâles, d’âges variés, qui la contemplaient avec recueillement, Camille se racla la gorge longuement et réclama au bénéfice de tous des explications techniques qui leur furent données, hélas, par le capitaine Lormier qui n’était pas vêtu, loin s’en faut, d’un uniforme aussi bien adapté à la variété de ses missions, les sirènes se mirent à retentir, l’oiseau du soir avait été détecté loin vers le nord.
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L’officier de justice s’approcha de la table des cartes. Après une brève escale à Tripoli où les escorteurs mazouteraient un brin, on remonterait plein nord, longeant la Tunisie que l’on frôlerait à moins de dix nautiques, l’enseigne qui faisait les tracés lui assura que c’était pour bénéficier d’une couverture aérienne, celle de l’Armée de l’Air venant de Tunis, celle de l’Aéronavale venant de Bizerte, des Hudson les survolaient toute la journée. Le grand hydravion avait disparu vers le nord, le commandant avait ordonné un silence radio total depuis une grosse heure, seul le Mogador pouvait encore transmettre sous son indicatif du jour, cela dit on restait bien sûr à l’écoute.
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La conférence avait repris, Mathis décrivant le dispositif aérien qui leur était accordé, chasse de nuit et chasse de jour, dès le lendemain, il demanda le commandement de tous ces moyens aériens et d’être renseigné, en temps réel, sur ce que pourrait voir la reconnaissance de l’Aéronavale, c’était important pour la suite, il fallait également relier les batteries de 90 CA de marine à l’installation du capitaine Lormier, de préférence par téléphone, on renforcerait son équipe par des stagiaires de l’école d’artillerie antiaérienne, du moins pour ceux qui ne serviraient pas leurs pièces. On allait répéter tout ça en grand tout de suite, mais sans tirer, sur l’oiseau du soir qu’il faudrait absolument confiner demain au secteur de Bizerte, empêcher toute escapade vers l’est de ce bel oiseau, sinon il faudrait l’abattre, ce qui risquerait de mettre la puce à l’oreille de ses commanditaires.
Husson attaqua alors sur les mesures de camouflage, il y avait de chaque côté de l’arsenal deux très vieux réservoirs de carburant déclassés depuis fort longtemps, ils étaient énormes et très corrodés, on leur avait depuis longtemps préféré des citernes enterrée vers Karouba, le mazoutage devait être séparé de la base de réparations, question de sécurité ; il demanda à Strosskopf si l’arsenal possédait en stock des générateurs de fumée, il lui fut répondu par l’affirmative, il y en avait six, tout neufs – Camille exposa alors sa petite idée.
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A neuf mille mètres, le Junkers, peint de bleu azur sur le ventre et de vert sombre ou presque noir sur le dos, abordait la côte par l’île Cani, il se confondait très bien avec la couleur du ciel. Le feu des deux batteries de 90 CA déclenché à 20h20, tir imprécis comme à l’habitude, le pilote ne fit même pas un écart avant d’effectuer une petite boucle vers l’est, du côté de Tunis, et de s’en retourner vers le nord.
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En vue du chenal de Tripoli, les deux navires ralentirent à deux nœuds, à peine manœuvrant dans l’obscurité, la Provence manqua bien talonner un banc de vase pourtant porté sur les cartes mais à 9,50 m de profondeur – son tirant d’eau habituel de 7,50 m avait dû augmenter et le chenal n’avait pas été dragué pour d’aussi gros navires ; elle mouilla ses ancres arrières et fit aviser par le Mogador Algermarine de la saturation imprévue de ses décanteurs de refroidissement, quasiment occultés par la vase qu’ils avaient avalée.
L’officier de justice apprit de la bouche même du commandant qu’on partirait dès potron-minet vers la Tunisie, à petite vitesse à cause des risques de surchauffe ; on allait mazouter et tenter de réparer ce qu’on pourrait en la bonne rade de Bizerte pour voguer ensuite vers l’Algérie, Gibraltar et les Amériques où un chantier avide les espérait déjà.

18 mai – Patience et longueur de temps
La nuit et la journée suivante furent très longues pour tous, les anciens blaguaient les jeunots en leur rappelant les vertus de la patience, le nystagmus de Camille devenait incontrôlable. Sa seule distraction, pendant que l’équipe Lormier-Josette étalonnait son matériel et que Mathis déployait ses chasseurs, fut d’observer le Seyan qui était extrait par un remorqueur de rade de la forme des croiseurs, il fallait faire de la place pour leur invité.
………
En fin de journée, le Junkers revint par le même chemin, son ventre se confondait toujours aussi bien avec la couleur du ciel, mais il ne pouvait échapper à l’œil cyclopéen du capitaine Lormier. Les premières mesures furent faites optiquement avec l’aide des télémétristes qui permirent, en quelques sortes, de simbleauter toute l’installation, des flots de coordonnées numériques diverses furent transmises aux équipes qui servaient les calculateurs des deux batteries de 90 CA, le feu fut déclenché à 20h12 !
Dans son rapport de mission, le pilote devait déclarer qu’il avait été salué, comme à chaque fois, par les batteries de DCA mais que cette fois, le tir était dangereusement précis, il avait même récolté des éclats en bout d’aile droite, il avait dû obliquer un peu vers l’ouest et surtout monter à 9 500 m quand il avait vu deux Français monter dans sa direction, venant de l’est, cet écart avait peut être faussé sa trajectoire de prise de vue mais il était sûr que les clichés seraient d’excellente qualité, comme d’habitude, les optiques allemandes étant remarquables – l’officier interpréteur, dans la petite roulotte surchauffée qui lui servait de gîte, en convint volontiers tout en plaçant sous une grosse loupe les photographies à peine sèches, on allait d’abord dégrossir.
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Au crépuscule, le bataillonnaire Dubois alla gratter le front du 454 et lui donner deux morceaux de sucre, tout en goûtant à plusieurs reprises son petit élixir maison.
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L’officier interpréteur, dans son rapport, observa que le marchand qui occupait la grande forme en avait été extrait, ils allaient sans doute l’inverser pour la mise en peinture. Il nota surtout un début d’incendie d’un grand réservoir de carburant situé à l’est de l’arsenal, d’énormes volumes de fumée noire s’étendaient jusqu’au formes de radoub, il y avait de nombreux véhicules d’incendie et même des navires de rade qui utilisaient leurs lances, on les voyait très bien, dit-il à son collègue italien, placé auprès de lui pour apprendre les subtilités de son art.
………
La Provence et le Mogador se présentèrent à l’entrée du goulet vers 22h00, les Tornade et Trombe devant passer la nuit à guetter les submersibles ennemis en maraude. Husson, plus parpalégeant que jamais, fut heureux d’avoir fait draguer pendant l’hiver les fonds à 11 m, par précaution ! La Provence était enfoncée de plus d’un mètre cinquante à la proue, mais il lui restait quand même un peu d’eau sous la quille ; pendant que le cuirassé passait le goulet, le Seyan était sorti de la grande forme, le Mogador s’en allait mazouter et Alphonse Funicoli faisait répéter à son harmonie principale, pour préparer un point si lointain quatorze juillet, une fort jolie version de Cherbourg, ce qui fit dire au CV Mazen qu’ils étaient artistiquement accueillis, à défaut d’autre chose.
On enfourna le Provence à la place du Seyan, une horde d’individus en combinaisons de couleurs diverses monta à bord sans trop demander l’autorisation par les nombreuses passerelles installées des deux côtés, le bateau-porte s’avança et obtura la forme, on commença incontinent le vidage, les amarres furent peu à peu filées et on mit en place les premières clefs ; Strosskopf, après avoir parlé avec le commandant et l’officier mécanicien du bord, s’engouffra vers les fonds, d’abord la proue, les déchirures de la coque et les décanteurs ; pour la tourelle, comme il avait renoncé tout de suite à la lever au portique en profitant de la descente du navire au fond du radier, on verrait plus tard, il suffirait de la rendre battante par un quelconque moyen.
………
En Sicile, l’officier interpréteur allemand était de nature fort curieuse (cas fréquent dans sa profession), il demanda à son supérieur l’envoi d’une autre mission, dès 04h00 le lendemain : il avait vu sur les clichés force fumée mais pas de flammes, bizarre autant qu’étrange, on lui donna un accord de principe, sous réserves d’autres priorités.
………
Husson monta enfin à bord et félicita chaleureusement le capitaine de vaisseau Mazen pour sa victoire ; après que tout l’état-major lui eût été présenté et qu’il eût reçu le salut d’un officier de justice ancien ministre auquel il présenta ses devoirs, tous partirent vers la plage arrière pour rendre les honneurs aux dépouilles de leurs infortunés camarades, un clairon sonna Aux morts et le père Carre y alla de son homélie funèbre, à l’issue de laquelle on décida d’évacuer les cadavres du bord, les bataillonnaires étant requis à cet effet.

Nuit du 18 au 19 mai – Mais après tout, qu’est-ce que ça fout…
Les pompes faisant leur office, des milliers de tonnes d’eau étaient évacuées des puits des chaînes d’ancre et rinçaient au passage les décanteurs, l’eau était ensuite repompée dans le radier. Strosskopf, attentif, étudiait les orifices d’entrée et de sortie du dernier projectile italien à avoir touché la Provence, l’obus de 381 avait tapé sous la ceinture cuirassée, fort mince en cette partie effilée de la proue ; les deux adversaires étant assez proches à ce moment du combat, les trajectoires étaient tendues et le projectile avait crevé les tôles minces sans exploser ; les deux écubiers des ancres à tribord avant, outre leur taille gigantesque, étaient peintes d’un fort beau noir, style cuisinière bois-charbon, qui se détachait nettement sur le gris clair du navire, un repère rêvé pour ajuster un tir, même avec un système de visée auxiliaire : à petite distance, du moins pour un canon de marine, c’était inratable !
Il préconisa une soudure électrique de tôles minces, intérieures comme extérieures, dont on avait profusion à l’arsenal, on comblerait les interstices avec du ciment à prise rapide ; ça tiendrait ce que ça tiendrait, il fallait juste que ça permette vingt nœuds jusqu’en Amérique, que l’on change aussi les énormes maillons brisés s’il y en avait en stock et qu’on peigne ces satanées ancres en gris clair, tout ce qui bouge tu le salues, tout ce qui bouge pas, tu le repeins, c’est bien connu – bon, à la tourelle centrale maintenant.
………
Le bataillonnaire Dubois était fatigué, l’alcool ne devait pas y être étranger ; sous la conduite de Kerdoncuff, il prit en place avant la douzième civière, c’était sa troisième rotation de la soirée, il s’engagea avec précaution sur la passerelle métallique qui montait de plus en plus raide au fur et à mesure que le navire descendait dans le radier, cela devenait très difficile, il y eut un choc sourd qu’il ne comprit pas, le navire venait de toucher le fond du radier où il rebondissait très légèrement, son pied glissa, il lâcha la civière, tenta de se retourner et fut happé entre la main courante métallique du bastingage et une clef à demi repliée qui émergeait de la paroi du bajoyer, le thorax et le bassin broyés, il se mit à hurler.
………
Strosskopf l’entendit dans les fonds, vingt mètres au dessous, sans trop savoir de quoi il s’agissait – il avait fallu ouvrir au chalumeau la porte métallique de la réserve 196, elle était soudée de l’intérieur et la coursive qui la desservait s’arrêtait là, en cul de sac, du fait de la présence du fût de la tourelle centrale, on avait mis du temps du fait des risques d’explosion mais de toute façon, le maître fusilier avait fait noyer les soutes, par réflexe, juste avant de mourir avec ses canonniers dans le souffle incandescent qui les avait carbonisé à leur poste de combat ; la porte retirée, Strosskopf pénétra dans un étrange univers, le 381 avait percé la ceinture au niveau d’un hublot et avait explosé dans une des deux réserves du bord qui contenait, jusqu’au plafond d’acier, des centaines de brassières de sauvetage, elles avaient magnifiquement amorti l’explosion mais le dard, accompagné de gaz brûlant et de particules de métal en fusion, avait continué sa course, traversant la paroi de la réserve et celle du fût de tourelle pour finir dans le panier, ce n’était pas bien gros mais bloquait tout, on commença la découpe et on prépara ce qu’il fallait pour obturer le trou bien net fait par l’obus en entrant : 38,1 cm de diamètre !
………
En Sicile, l’interpréteur était content, il aurait sa mission pour 05h00 sur place finalement, mais pas d’autre avant le surlendemain, et en plus, avec un nouvel équipage, des bleus, mais ce n’était pas très compliqué.
Son collègue italien, lui, avait bien retenu que le Seyan Tsushima semblait fort exposé, hors de la forme de radoub. Et il avait noté qu’à l’aube du lendemain, les Français seraient sans doute très occupés à chasser une grosse mouche allemande volant très haut.
………
On avait appelé Robigot qui vint avec Valérie, on tenta d’écarter celle-ci mais elle prépara soigneusement et sans trembler l’injection massive de morphine faite par le médecin chef, à une question informulée de l’amiral, Robigot ne put que répondre par un hochement de tête désolé, il se recula pour laisser la place au père Carre qui, à genoux, confessa Dubois comme il put. Camille était déchiré par des obligations contradictoires, tout arrêter pour dégager le bataillonnaire et perdre deux grosses heures et peut être même plus ou obéir aux ordres ; après Carre, Kerdoncuff avait parlé au mourant qui lui avait recommandé le mulet 454, alors qu’il se relevait, il se vit à sa grande surprise demander son revolver par l’amiral, ensuite, tout se passa très vite, l’amiral s’agenouilla, parla à l’oreille du Joyeux, un coup de feu claqua et Dubois cessa de souffrir pour l’éternité .
Tout le monde regardait, horrifié, la vareuse blanche maculée de sang de l’amiral qui se relevait difficilement, ou peut être l’amiral lui-même, à la surprise de tous, les Joyeux présents sur le pont entonnèrent, au garde-à-vous, le refrain du chant des réprouvés :
Mais après tout, qu’est ce que ça fout, et on s’en fout !
En marchant sur la grand-route,
Souviens- toi, oui souviens- toi
Les anciens l’ont fait sans doute
Avant toi, oui, avant toi, ah, ah, ah
De Gabès à Tataouine,
De Gafsa à Médenine,
Sac au dos dans la poussière
Marchons bataillonnaires !

………
L’officier de justice parla doucement à l’amiral, aussi blanc que sa vareuse, lui assurant qu’il n’avait fait qu’abréger les souffrances d’un mourant et qu’il n’avait rien à se reprocher – il ajouta qu’il connaissait cet homme car il l’avait défendu, bien des années plus tôt et alors que le défunt portait un autre nom, de la vindicte de multiples gouverneurs généraux alliés, lors d’un conseil de guerre dont les minutes avaient étrangement disparu – les paroles s’envolent, les écrits restent, quelle blague ! – il était alors vaguemestre et capitaine, ce bataillonnaire, il avait régné sur la poste aux armées des îles sous le vent et bien au delà, heureux mortel.
………
(à suivre)
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Lun Juil 12, 2010 16:32    Sujet du message: Répondre en citant

(suite et fin du chapitre 31)

Vers 04h00, l’aube pointant à peine, les sirènes d’alerte aérienne se mirent à sonner, tout le monde s’éparpilla vers les postes de combat, deux puis quatre bimoteurs s’envolèrent de Sidi Ahmed, suivis par deux autres qui montèrent plein gaz vers des altitudes inusitées, Husson fit activer ses générateurs de fumée depuis le réservoir est, le vent ayant changé de sens, Lormier mit en route son générateur HF, il n’y avait plus qu’à attendre, on avait amené dans la rade la coque du Belain d’Esnambuc que l’on avait placée parallèlement aux portes des bassins, pour éviter tout torpillage, elle était entourée par la Cunégonde et la Victorine, maries-salopes de service, bardées d’affûts simples ou doubles de 25 CA, également en barrage anti-torpille, cela motiverait sûrement les servants ! Le Mogador assurait la veille au nord de la rade, tout près du goulet.
A 04h45, Lormier fit prévenir Mathis qui dormait dans la pièce à côté, il détectait un écho à haute altitude et à vingt nautiques, Mathis prit le micro et plaça ses deux chasseurs sur la trajectoire du Junkers, à peu près à la même altitude, on ne pouvait savoir avec une marge d’erreur de 100 mètres, le manège dura vingt minutes jusqu’à ce que l’un des deux chasseurs aperçoive des lueurs d’échappement, ce fut très vite réglé, un étoile décrocha du firmament et tomba en tournoyant pour disparaître en pleine mer, Lormier réinitialisa ses réglages.
………
A 05h00, Lormier regarda l’oscilloscope et hurla une mise en garde, trois appareils fonçaient au ras des flots, en plein dans l’axe, droit sur eux, ils allaient aborder le goulet dans cinq minutes, Mathis tira une fusée rouge autorisant le tir libre et rameuta ses chasseurs sur l’arrière de Ferryville, des projecteurs s’allumèrent et pointèrent vers le nord, à basse altitude, on les entendaient, ils arrivaient, des gerbes de traçantes s’élevèrent vers ce qui ressemblait fort à trois bombardiers-torpilleurs, l’un d’entre eux, nerveux, attaqua le premier ennemi qu’il vit, c’était le Mogador, sorti le premier du goulet et qui accéléra juste assez pour esquiver la torpille. Les deux autres passèrent le goulet, découvrirent que leur cible prévue était blottie quelque part dans un coin, mais surtout qu’il y avait une vraie grosse bête dans la forme ! Bien à l’abri la bête, alors ils foncèrent sur le pauvre Belain, l’un fut abattu par les servants des maries-salopes, le dernier libéra sa torpille qui percuta le bananier en plein milieu (il en est des bateaux comme des hommes, certains attirent la poisse ou les torpilles), puis le trimoteur redressa (très peu) en faisant feu (le plus possible) de ses quelques mitrailleuses, des balles touchèrent le toit de l’arsenal où, très heureusement, Mademoiselle Siraglia, du corps des CAFTAN, Monsieur le général Mathis et Monsieur le capitaine Lormier, de l’Armée de l’Air, eurent la vie sauve en se plaquant jusqu’à s’y incruster contre le muret bétonné qui servait de rambarde à la terrasse (et dans une promiscuité provisoire dont nul ne songea même à profiter !), pendant ce temps, les servants de la DCA du cuirassé faisaient un carton sur le bombardier qui s’écrasa en plein milieu du terrain de sports, à côté du mess mixte, on n’y jouerait pas au football de sitôt.
………
Vers 05h30, un petit détachement d’officiers généraux accompagnés de Joyeux et d’un officier de justice procéda à l’inhumation de treize corps dans de petites fosses fraîchement creusées aux côtés de celles d’un équipage d’automitrailleuse tombé à l’ennemi pendant le joli mois de juin Quarante, le père Carre prononça une courte et belle prière et ce mécréant de Gaston récita pour lui même une courte partie d’une strophe de François Villon :
« Frères humains qui après nous vivrez,
N’ayez point contre nous les cœurs endurcis
Car si pitié pauvres de nous avez,
Dieu en aura plutôt de vous merci. »

………
A 06h30, la Provence et le Mogador reprirent en hâte la route d’Alger en fonçant plein ouest à 19,5 nœuds, toujours couverts par le duo Tornade et Trombe ; l’officier de justice entreprit alors de tout consigner sur le livre de bord ; à terre, au fond de la rade, Kerdoncuff faisait de son mieux pour réconforter le mulet 454 avec des morceaux de sucre pendant qu’à l’arsenal, Strosskopf narrait à l’amiral un étrange récit, celui du sieur Jean Martheile qui avait passé dix ans en punition de sa foi huguenote, sur la galère La Palme dans la flotte du Ponant – et qui en était revenu. L’amiral le remercia, on eût dit qu’il avait cent ans, il avait fait coudre un brassard de deuil sur la manche droite de sa vareuse, ce qui avait ému l’enseigne Philippe qui aurait beaucoup à raconter à son père…
Le dit enseigne, passager imprévu et ravi de la Provence, conversa longuement des servitudes et de la grandeur militaire avec l’officier de justice du bord, tous deux tranquillement installés sur un joli banc de jardin (modèle réglementaire) qui, sitôt les morts ensevelis, avait été disposé sous les canons presque encore chauds de la tourelle E. La Marine Nationale avait d’étranges coutumes, songeait Monnerville, un banc de jardin, passe encore sur une galère du Roy, mais sur un cuirassé de la République !

« Tout ce qu’un soldat devait faire, je l’ai fait en soldat
Et pour le reste, mon Dieu, j’ai fait ce que j’ai pu. »

Blaise de Montluc.
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raven 03



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MessagePosté le: Lun Juil 12, 2010 22:46    Sujet du message: Répondre en citant

bonsoir,

c'est un regal, encore ...........et vite !!!!
je suis en manque.

si ça continue il va falloir en faire un bouquin.....et je ne rigole meme pas en ecrivant ça Embarassed Embarassed Pray

amicalement
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loic
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MessagePosté le: Lun Juil 12, 2010 23:50    Sujet du message: Répondre en citant

Très pittoresque, comme d'habitude !

Citation:
une des trois maries-salopes toutes neuves et pontées qui avaient traversé, avec leurs remorqueurs préférés quoique charbonniers, une Méditerranée devenue hostile, arrivant une semaine après tout le monde

La date d'arrivée en AfN n'est pas claire : c'est en août 40 ? Si oui, il paraît peu probable que des navires aussi lents soient partis si tard.

Citation:
Karouba fut priée de lancer, dès 16h00, des reconnaissances sur Tripoli, Benghazi, le golfe de Gabès et le Cap Bon

Reconnaître des bases alliées, quel est l'objectif ? Faire de la reco offensive sur les bases siciliennes et sardes, voilà qui aurait de l'intérêt.

Citation:
L’officier interpréteur, dans son rapport, observa que le marchand qui occupait la grande forme en avait été extrait, ils allaient sans doute l’inverser pour la mise en peinture.

Euh, les Allemands ne sont pas si bêtes quand même. Le Provence ne peut se réfugier qu'à Alexandrie (ce qui aurait été la solution la plus sûre), en AfN ou bien à Gibraltar (je laisse Malte de côté). Un port libyen n'offre aucun intérêt.
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En principe (moi) ...
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mar Juil 13, 2010 00:23    Sujet du message: Répondre en citant

1) Patrikev : la suite, demain.

2) Loïc : les maries-salopes sont arrivées en été 40, oui, elles ne sont pas parties les dernières, mais arrivées en queue de peloton

3) Loïc : je comprends, "des reconnaissances sur la Sicile et Pantelleria, ainsi que sur la route suivie par leur invité, dans le golfe de Gabès et au large du Cap Bon, " te paraît-il plus réaliste ?

4) Loïc : à ce moment, les Allemands, plus ou moins mal informés par les Italiens, ne sont pas sûrs de ce qu'ils cherchent, ils ne sont même pas sûrs qu'il y ait un navire allié très endommagé, et de toutes façons, ils doivent cibler leurs recherches sur le bassin oriental...


Pour les amateurs, le banc de jardin évoqué à la fin du texte...
et, Fregaton dixit, REGLEMENTAIRE. Ce genre d'équipement a survécu jusqu'aux navires les plus récents, Fregaton déplore amèrement leur disparition.

http://1940lafrancecontinue.org/FTL/images/Petit_banc_Provence.jpg
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Casus Frankie

"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire)
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carthage



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MessagePosté le: Mar Juil 13, 2010 07:47    Sujet du message: Répondre en citant

Nous avons du modifier la maquette initiale pour que l'action dure deux jours et demi, amitiés, Carthage.
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