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1940 - La France continue la guerre
 
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La course à la bombe
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dak69



Inscrit le: 24 Oct 2006
Messages: 345
Localisation: lyon

MessagePosté le: Ven Sep 21, 2007 09:19    Sujet du message: Répondre en citant

Alors attention au Thor-boyaux !
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Martel



Inscrit le: 17 Aoû 2007
Messages: 258
Localisation: Paris, France

MessagePosté le: Ven Sep 21, 2007 12:43    Sujet du message: Imprimatur de Casus Frankie Répondre en citant

Bonjour,

Suite à relecture et aux ajouts pertinents de Casus Frankie, voici la version définitive des posts précédents :

Bonne lecture.

18 juillet 1940
Oxford

Depuis la fameuse réunion de Toulouse du 20 juin 1940, le nouveau gouvernement français, alerté par les scientifiques sur le danger de laisser l’Allemagne développer un programme atomique, ressent « l’ardente obligation » (1) de rester dans la course. Cependant, le principe de réalité l’a obligé à reconnaître que le “Grand déménagement” a mis à mal la capacité de recherche française et qu’un pays à « l’échine brisée » ( 2 ) est incapable de mettre en œuvre les moyens industriels et financiers suffisants. La nécessité de se rapprocher des Britanniques est indiscutable. Encore faut-il négocier un accord qui permette de sauvegarder l’essentiel. C’est pourquoi, après un mois d’échanges de courriers très Secrets, politiques, militaires et scientifiques, les deux alliés se retrouvent aujourd’hui sous les lambris de l’un des plus prestigieux établissements universitaires d’Oxford.
Ces négociations vont aboutir au Projet Concorde, sur la recherche atomique, ainsi qu’à des accords spécifiques sur le RDF (pas encore baptisé radar) et l’aéronautique. L’accord sera officiellement paraphé au mois d’août 1940 par Paul Reynaud et Winston Churchill . ( 3 )

Préambule de l’accord sur le projet Concorde ( 4 )

« La France et le Royaume-Uni conviennent de partager leurs ressources pour faire aboutir le projet Concorde dans les meilleurs délais.
Les chefs de gouvernement conviennent que :
1 – Les deux parties n’utiliseront jamais les résultats de ce projet pour se nuire l’une à l’autre.
2 – L’une des parties ne les utilisera pas contre un tiers sans le consentement de l’autre.
3 – Aucune des deux parties ne communiquera d’informations sur le projet à un tiers sans le consentement de l’autre.
4 – Les deux parties reconnaissent que la question des avantages de caractère industriel ou commercial liés aux résultats du projet ne pourront utilement être traités qu’après la guerre. La répartition de ces avantages sera alors honnête, juste et en harmonie avec le bien être économique du monde, en tenant compte du poids des tâches de recherche et de production incombant aux deux pays. ( 5 )5 – Afin d’assurer une collaboration pleine et efficace entre les deux pays en vue de faire fructifier le projet, une commission mixte de coordination franco-britannique sera mise en place à Londres. Elle sera composée de :
i. M. Raoul Dautry, ministre de l’Armement (France)
ii. Field-Marshal Sir John Dill, G.C.B., C.M.G., D.S.O. (Royaume-Uni)
iii. Dr Frédéric Joliot-Curie (France)
iv. Dr Henry Tizard (Royaume-Uni)
v. M. Philippe Serre, Sous-secrétaire d’État à la Guerre et à la Défense nationale (France)
vi. Colonel the Right Hon. J. J. Llewellin, C.B.E.1 M-0., M.P. (Royaume-Uni)

Les fonctions de ce comité, travaillant sous le contrôle des deux gouvernements, sont :
– La validation du programme de travail à réaliser dans les deux pays ;
– Le contrôle de chaque aspect du projet ;
– L’allocation des ressources (finances, matières premières, appareillages, aspect industriel)
– L’interprétation de cet accord et le règlement des problèmes issus de son application. »
Suivent l’ensemble des articles de l’accord.

Un protocole secret accompagne ce texte. Il concerne la constitution d’une unité spéciale franco-britannique chargée de suivre le programme atomique allemand (actions de renseignement) et de veiller « par toute action appropriée » à l’empêcher d’aboutir. L’ouverture des archives britanniques et françaises a révélé que cette unité spéciale a participé activement au sabotage des efforts allemands pour se procurer de l’eau lourde en Norvège, à la fuite en Angleterre du physicien danois Niels Bohr et au sabotage d’installations de recherche allemandes. Aucun élément ne vient cependant indiquer que cette cellule ait participé, en 1944-45, à la chasse aux savants atomistes allemands. La guerre finie, chaque pays allait en effet adopter à ce sujet la politique du chacun pour soi !

1- Cinquante ans plus tard, la paternité de cette expression n’est toujours pas établie avec certitude. Deux hommes sont en lice : Charles de Gaulle, avocat de la Bombe A française, et Raoul Dautry, père de la filière industrielle et économique.
2- Là, l’expression est bien de De Gaulle.
3- Cette signature ne se fera pas sans un débat passionné au sein du cabinet britannique entre Winston Churchill et Antony Eden : le Premier ministre voulant exiger davantage des Français et le ministre de la Guerre, futur ministre des Affaires étrangères, se faisant l’avocat d’une position plus généreuse.
4- Les Britanniques sont d’accord pour écrire Concorde, avec un “e”, considérant que les négociations ont lieu chez eux et que le centre nerveux scientifique du projet sera installé à Oxford. Lorsque les Américains commenceront à participer au projet, ils ne manqueront pas d’oublier systématiquement le “e”, au grand agacement du Général…
5- Cet article permettra à la France de respecter les engagements pris auprès du gouvernement belge et de l’Union Minière du Haut Katanga.



13 Septembre 1940

Alger – Siège provisoire du 2e Bureau, section allemande

Le Colonel ouvre la porte du cagibi qui sert de bureau au Capitaine Allier. Sans entrer (ce qui serait inutile et même difficile vu l’exiguïté du lieu), il tend à son subordonné une petite liasse de documents avec le demi-sourire ironique qu’il réserve aux cas hors normes ou au moins inhabituels : « Capitaine, voici de quoi mériter votre solde princière de nouveau promu. Vous êtes apparemment l’agent dont la culture scientifique est la plus développée. Par ailleurs, cela pourrait bien concerner votre ancien département ( 6 ) . Enfin, cela nous arrive du nord de l’Europe et vous êtes un peu notre expert en la matière ( 7 ) , cela me paraît donc être dans vos cordes. Préparez une note d’évaluation et le cas échéant, déterminez si ces éléments doivent faire l’objet d’une communication à l’échelon supérieur. Il semble que nos amis anglais aient reçu des éléments semblables et qu’ils n’y ajoutent guère foi, pour l’instant. Voyez s’ils ont raison ! En tout cas, rien ne presse, ces informations viennent de nous parvenir, mais elles datent de fin mai. Encore un mot : quoi qu’il en soit, tout cela est très secret. »
« Un vieux machin traînait sur une étagère, donnons-le au bizuth, grogne Philippe Allier in petto. Et comme c’est secret, pas moyen de me faire assister par une de nos charmantes secrétaires pour taper mon rapport. Et je tape toujours à deux doigts… Ah zut, qu’est-ce que c’est que cette corvée ! »
Il ne lui faudra pas longtemps pour changer d’avis.


18 Septembre 1940

Alger – L’arrière-salle d’un café tranquille

« Je ne sais pas bien par où commencer, mon Commandant… » Bien que nommé capitaine trois mois plus tôt, Philippe Allier continue a avoir un peu de mal à prendre la parole. Il se lance.
– L’ambassade de France à Stockholm a reçu fin mai une enveloppe jaune contenant un très long rapport et la description complète, dessin à l’appui, d’une “bombe planeur” radioguidée. Ce courrier contenait aussi des informations portant sur les premiers essais d’un “obus-fusée” destiné à « percer les ouvrages de la ligne Maginot ». Le rapport faisait référence à un site de recherche non identifié. J’ai hérité de ce dossier il y a quelques jours. Pour la ligne Maginot, il n’y avait plus grand-chose à faire, mais la notion d’obus-fusée ne m’était pas inconnue. Il y a quelques mois, j’étais au service des Poudres et Explosifs et j’avais vu passer une étude de faisabilité signée de vous. J’ai mis quatre jours à vous retrouver grâce aux services du ministre de l’Armement, et me voici. J’ai voulu vous apporter ce rapport en mains propres. Pensez-vous avoir un moment pour le lire ?
– Tout ce qui peut me soustraire à la pagaille ambiante est le bienvenu, grogne le Commandant Jean-Jacques Barré.
– L’Echo d’Alger appelle ça « le grand emménagement », sourit Allier. Mon ordonnance, l’Adjudant Marrec, avec sa franchise bretonne, utilise un terme qui me semble mieux adapté.
– Je vais parcourir rapidement ce rapport, pendant que vous sirotez votre anisette, propose Barré. Si je trouve que c’est sans intérêt, je vous le dirai tout de suite.

L’anisette est suivie d’une autre, puis d’un café et d’un deuxième… Barré ( 8 ) tourne page après page sans lever le nez. Visiblement, Allier est tombé juste.
Enfin le commandant replie les documents : « C’est extraordinaire ! Si ces documents sont exacts, ils valident une partie de mes propres travaux. Et dire qu’il y a des soi-disant experts qui ont décrété que mon programme n’était pas viable ! ( 9 )
A la suite des études que j’ai réalisées depuis dix ans, j’ai en effet publié le rapport que vous avez vu sur l’intérêt d’utiliser des obus-fusées tubulaires. J’ai démontré qu’un projectile de ce type et de calibre 240 tiré à 1 100 mètres par seconde pourrait avoir une portée de cent un kilomètres, alors qu’un obus-projectile classique n’atteint que cinquante-trois kilomètres.
Les Allemands ont été plus malins. Leur bombe-planeur, longue de 8 mètres et d’une envergure de plus de 5 mètres, lancée sur une rampe aménagée, emporterait 830 kg d’explosif et 550 l de carburant, pour une portée de 200 km à la vitesse de 600 km/h. Nous n’avons rien d’équivalent ! Heureusement que ce n’est encore qu’un projet ! ( 10 )
Et leur obus-fusée ! Ils envisagent une portée de 300 km avec une tonne d’explosifs et un moteur qui utilise le méthanol et l’oxygène liquide, comme celui de mon projet ! Vous vous rendez compte de la vitesse qu’atteindrait cet engin ! 1 000 km/h, le double, peut-être plus ! ( 11)
Cet obus serait imparable. Au delà de son utilisation pour la guerre, une telle maîtrise technologique pourrait même ouvrir à l’Homme les portes de l’Espace ! » ( 12 )

– Vous pensez donc que ces informations sont solides ? interroge Allier.

– Elles concordent très bien avec les connaissances existantes et vont dans le même sens que mes propres travaux. Mais à ma connaissance, rien n’a jamais été mis en pratique à une telle échelle. L’effort financier et industriel par réaliser ces appareils devrait être colossal. Leur mise au point exige sûrement un centre de recherche très important. En tout cas, il y a au moins une bonne nouvelle, il est probable que ces armes n’existent encore que sur le papier.
Mais nous ne pouvons pas rester dans l’incertitude. Capitaine, il faut que vous convainquiez vos supérieurs de la nécessité de recouper ces informations et de s’intéresser de plus prés aux travaux allemands sur les fusées et l’astronautique. Je vais préparer une note technique sur ces documents avec mes préconisations et il me faut consulter d’urgence M. Esnault-Pelterie, que j’ai eu la bonne idée d’emmener avec moi en quittant la France…

« J’ai comme l’impression que les conséquences de ce rapport vont me valoir de nouveaux déplacements… » songe Allier.

21 Septembre 1940

Alger – L’arrière-salle d’un café tranquille

Astronautique et Projectiles autopropulsés – Note à l’état-major général des Armées ( 13)

« (…) Sur la base des possibilités techniques existantes, il est donc imaginable de réaliser :
– des obus-fusées de très grandes portées de l’ordre de 1000 kilomètres et plus ;
– des obus-fusées perforants dont la vitesse pourrait être de l’ordre de 2 000 mètres par seconde ;
– des obus-fusées de DCA (permettant de réduire le temps de trajet de moitié) ;
et, pour les bombardements aériens :
– des bombes-fusées perforantes ;
– des bombes-fusées suraccélérées.
Pour les fusées à très longue portée, des propulseurs à essence et oxygène liquide sont envisageables. En cas de pénurie d’essence, l’utilisation d’hydrogène ou de méthane liquide, produits nationaux, est possible ainsi que celle du couple peroxyde d’azote-benzène.
La stabilisation de telles fusées est réalisable par des empennages avec éventuellement des gouvernes asservies à un dispositif gyroscopique.
En conclusion, l’étendue des possibilités des projectiles autopropulsés est très grande. Je propose donc de poursuivre simultanément la mise au point des différents types d’engins autopropulsés qui viennent d’être évoqués. Il me semble que leur étude pourrait être entreprise sans nécessiter des moyens démesurés hors de portée de la situation actuelle en AFN.
Enfin, les autopropulseurs peuvent être aussi être utilisés à des fins purement scientifiques ou utilitaires. »

– Votre nouvelle note est fascinante, mon commandant ! Je vous remercie de m’avoir permis de la lire. Mais vous ne pensez pas, si vous me passez cette expression, demander la lune à l’état-major ? ( 14 )
– Croyez-moi, Capitaine, notre situation a au moins un avantage : elle est propice à un grand coup de balai dans des schémas de pensée conformistes. Avoir la tête dans les étoiles ne peut pas faire de mal. Cela permet d’envisager l’avenir. Ne croyez pas que ce sera simple ! Mais on peut commencer à petite échelle, par la construction d’un banc d’essai statique pour tester un propulseur. Si les Autorités me donnent leur accord et pour peu que je puisse reconstituer une équipe, nous pourrions commencer les essais sous six mois.

Enfin, mon petit Allier, n’oubliez pas, si nous les scientifiques devons mettre au point les engins de demain, c’est à vous, les “moustaches” ( 15 ) , qu’il revient de savoir ce que prépare l’ennemi. Quand remettez vous votre rapport ?
– Dans deux jours, mon commandant. J’y joindrai copie de votre note.
– Merci. Avez-vous donné un nom de code à ce dossier ?
– En attendant mieux, j’ai choisi “Thor”. ( 18 )– Thor ? Eh bien, Capitaine, j’espère que le crépuscule des dieux ne tardera pas trop.

30 Septembre 1940

Alger – Siège provisoire du 2e Bureau, section allemande

La mine du Colonel est sombre : « Alors Allier, on a fait des siennes ! Apparemment, votre rapport a attiré l’attention en haut lieu ! Il faut vous expédier en Angleterre ! Vous êtes content, j’espère ! Je vais devoir me passer de vos services pendant quelque temps ; notez que vous n’êtes pas indispensable, mais bon… Pour l’anglais, je crois que vous êtes bilingue. »

– Oui mon colonel, ma grand-mère était écossaise.

– Ouais… Vous accompagnerez le Commandant Barré, qui va rencontrer, sur les conseils du Docteur Esnault-Pelterie, le Docteur Edward Jones ( 16 ) , qui est paraît-il un spécialiste reconnu dans le domaine des fusées et autres feux d’artifice . Quant à vous, vous allez rencontrer nos bons amis de l’Intelligence Service pour partager avec eux notre évaluation de Thor.

Enfin, la vôtre, non ? Vous devrez vous mettre à la disposition du chef d’une unité spéciale conjointe franco-britannique qui vient d’être créée, le groupe Argos . ( 17 ) Les cent yeux de ce groupe sont chargés de suivre les progrès allemands dans la recherche atomique. En fonction de la réaction des Britanniques, nous verrons s’il est opportun d’élargir cette mission à la recherche astronautique.

Ah, Marrec part avec vous. C’est un spécialiste des missions tordues. Si jamais vous passiez de la théorie à la pratique, cela pourrait vous servir.


3 Octobre 1940

Dans le Dewoitine 338 de la Direction du Transport Aérien Militaire à destination de Londres

– C’est peu dire que notre rapport a attiré l’attention en haut lieu, mon petit Allier, explique le Commandant Barré, sa courte barbe tremblant d’excitation.
Le ministre de l’Armement lui-même s’en est saisi, il a promis de donner les moyens qu’il me faut pour le projet “Engins Autopropulsés”. Je vous l’ai dit, dans la situation où nous sommes, l’inertie bureaucratique n’est plus de mise. Le ministère est même déjà en train de chercher un site pour y implanter le banc d’essai statique et le cas échéant un polygone de tir. Au moins, cela ne posera pas trop de problème, dans le Sahara, il y a toute la place qu’on veut ! Et maintenant, cap sur Londres ! J’ai hâte de rencontrer Jones !

Cette mission à Londres ne va pas manquer de piquant, pense Allier. Seul l’Adjudant Marrec est moins enthousiaste : « Mon capitaine, a-t-il commenté, à Londres, il y a des Anglais, qui sont des gens spéciaux, et il y a un climat spécial… Sans compter que cette année, avec le blitz, les averses sont teutonnes. Nous avons intérêt à ne pas oublier notre parapluie. »

6- Alors lieutenant, Allier était auparavant affecté au service des Poudres et Explosifs.
7- Puisqu’il a participé à la récupération de l’eau lourde norvégienne au début de 1940.

8- Jean-Jacques Barré, polytechnicien et futur ingénieur général de l’armement, est avec son maître Robert Esnault-Pelterie (inventeur du moteur à oxygène liquide, du moteur en étoile… et du manche à balai), l’un des pères du programme de fusées français.
9- Le 25 mai 1940, suite aux recommandations d’un expert commis par la Section Technique de l’Artillerie concluant à la non viabilité du projet de Barré, il est décidé de mettre fin aux études sur les obus-fusées. La liste des découvertes des scientifiques français auxquelles les militaires n’ont pas cru est très longue, à commencer par le radar…
10- Ce sera le V1.
11- En fait, 5400 km/h. Ce sera le V2.
12- On sait que les programme spatiaux européen, russe et américain seront basés sur des déclinaisons du V2.
13- Publication aujourd’hui introuvable, mais reproduite dans la biographie de Jean Vilin, Jean-Jacques Barré, Pionnier français des fusées et de l’astronautique (1996). Cette note est en fait le point de départ du programme d’astronautique français qui culminera avec les programmes Ariane et Hermès.
14- Philippe Allier ne croit pas si bien dire. D’après les biographes d’Hergé (le père de Tintin), c’est Barré qui inspirera le personnage du Professeur Tournesol, tel qu’il est décrit dans Objectif : Lune et On a marché sur la Lune, et ce sont ses projets qui inspireront la célèbre fusée rouge et blanche.
15- Surnom donné à leurs agents secrets par les autres militaires.
16- Le Docteur Jones est bien la bonne personne à contacter. Il participe au comité d’évaluation des renseignements fournis par les services de renseignements britanniques.
17- Argos (ou Argus), fils d’Arestor et de Mycénée, géant de la mythologie grecque, avait reçu l’épithète de Panoptès (celui qui voit tout) parce qu’il avait cent yeux, répartis sur toute la tête. Il en avait en permanence cinquante qui dormaient et cinquante qui veillaient, de sorte qu’il était impossible de tromper sa vigilance. Héra lui confia la garde d’Io, que Zeus avait changée en génisse. Sur l’ordre de Zeus, qui souhaitait délivrer Io, Hermès parvint à l’endormir complètement au son de sa flûte et le tua. Pour récompenser sa fidélité, Héra sema les yeux d’Argos sur la queue du paon, son oiseau fétiche.
18-Pour mémoire, Thor est un très puissant guerrier d’une force colossale. Sa ceinture magique (Megingjord) augmente encore sa force : plus il la serre, plus il devient puissant. Il possède un marteau de guerre appelé Mjöllnir, fabriqué par deux nains nommés Eitri et Brokk sous les ordres de Loki. Ce marteau revient toujours dans sa main après avoir frappé. Pour manipuler son manche brûlant, il utilise des gants de fer. Il traverse le ciel à l’aide de son char tiré par deux boucs magiques nommés Tanngnjóst (Dents grinçantes) et Tanngrísnir (Dents étincelantes).
Il est le plus fort des hommes et des dieux. Il est ainsi le défenseur de Midgard et le gardien des dieux et des hommes contre les géants. Thor est aussi un personnage, sous la graphie « Donner », de L’Or du Rhin de Richard Wagner


Voila, c'est tout pour aujourd'hui...

Martel et Casus Frankie
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"Enfin le cardinal a terminé son sort.
Français, que dirons nous de ce grand personnage ?
Il a fait la paix, il est mort :
Il ne pouvait pour nous rien faire davantage. "
Epithaphe anonyme du Cardinal de Mazarin.
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Martel



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MessagePosté le: Ven Sep 21, 2007 21:18    Sujet du message: Imprimatur II de Casus Frankie Répondre en citant

Bonjour, et je poste les version estampillées CK dans le désordre Embarassed

20 juin

Toulouse – Hôtel de France (1)

21h00 – Cinq personnes entrent dans le bureau du ministre de la Guerre.
Charles de Gaulle s’est levé pour les accueillir : « Madame, et vous aussi Monsieur, je suis heureux de vous rencontrer enfin. » dit-il aux deux premiers visiteurs. Il accueille cordialement Raoul Dautry, ministre de l’Armement ; enfin, les deux autres membres du groupes, un capitaine et un lieutenant, rectifient la position et se voient gratifier d’un sonore et énergique : « Repos, Messieurs ! »

Je vous prie de bien vouloir prendre place, continue De Gaulle. Monsieur le Ministre, vous avez souhaité organiser cette réunion lors de laquelle le Capitaine de Margerie, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, représentera le Président du Conseil. Je vous laisse la parole. ( 2 )

Raoul Dautry se redresse : « Mon Général, que savez vous des programmes de recherche atomique en cours en France ? »
J’ai eu connaissance des notes transmises au secrétariat de la Défense Nationale à propos des magnifiques découvertes des Docteurs Joliot-Curie, ici présents.
Bien, je vais brosser un rapide tableau général de la situation et M. et Mme Joliot-Curie vous préciserons les derniers développements scientifiques. Le Lieutenant Allier, de son côté, explique Dautry en désignant le lieutenant qui se fait petit dans un coin de la pièce, a préparé une synthèse des nos connaissances sur les programmes de recherches étrangers.

Il apparaît que notre gouvernement va devoir prendre des décisions lourdes de conséquences sur l’avenir de notre recherche atomique. Malgré la situation sur le front, ou plutôt à cause d’elle, il est important que ces décisions soient aussi promptes et pertinentes que possible, car les conséquences militaires peuvent être incalculables.

Le Général n’a pas bronché. Dautry toussote et reprend :
– Depuis la découverte de la radioactivité par Becquerel, Pierre et Marie Curie au début du siècle et la confirmation des travaux d’Albert Einstein dans les années 20 ( 3 ) , les scientifiques de tous les pays se sont livrés à une véritable course pour percer les secrets de l’atome, avec pour objectif la découverte des mécanismes qui gouvernent la production d’énergie du soleil lui-même.
Les recherches depuis le début de la dernière décennie sont jalonnées de progrès permanents. On peut citer par exemple la découverte de la radioactivité artificielle en 1934 par les Docteurs Curie et, en décembre 1938, la découverte de Otto Hahn et Fritz Strassman, de l’Institut Kaiser-Willem, du principe de la réaction en chaîne.


C’est ce principe, coupe Frédéric Joliot-Curie d’une voix passionnée, que nous avons mis en œuvre dès février 1939, prenant ainsi une avance provisoire sur nos collègues allemands. Mais nous avons été plus loin. Avec nos collègues du Groupe de Paris ( 4 ), nous avons pu mettre en évidence qu’une réaction en chaîne auto-entretenue est possible. Nos recherches ont donc montré qu’en théorie on pourrait créer un explosif extrêmement puissant, une bombe “atomique”.

– Extrêmement puissant ? Que voulez-vous dire ? demande De Margerie.

D’une puissance énorme, répond Irène Joliot-Curie d’une voix douce et ferme. Une seule bombe représenterait probablement l’équivalent de plusieurs milliers de tonnes de TNT. ( 5 )

De Margerie sursaute.

Oui, Capitaine, de quoi raser une ville de bonne taille, affirme calmement la scientifique.

Et de quoi changer le cours d’une guerre, complète Charles de Gaulle, pensif.

Pendant que ses auditeurs digèrent les implications d’une telle invention, Frédéric Joliot-Curie poursuit : « Dans notre équipe, Francis Perrin a défini alors la masse critique de l’uranium, c’est à dire la plus petite quantité de ce matériau fissile nécessaire au déclenchement et à l’entretien d’une réaction de fission nucléaire en chaîne. Cependant, il a aussi constaté que l’uranium naturel ne pouvait pas entretenir une réaction en chaîne efficace en l’absence d’un modérateur, un élément qui ralentit la vitesse des neutrons rapides émis par la fission. Notre groupe a découvert de façon théorique au début de cette année que l’eau lourde pouvait jouer ce rôle. Nous nous sommes alors rapprochés du ministère de l’Armement pour obtenir le plus possible d’eau lourde – je précise qu’il s’agit d’eau dont l’hydrogène est remplacé par un de ses isotopes, le deutérium. »

C’est là que nous sommes intervenus, reprend Raoul Dautry. La seule source d’eau lourde en Europe est l’usine de Vemork, construite en Norvège par Norsk Hydro en 1934. Nous avons donc commencé à négocier le rachat de la totalité du stock de l’usine, et nous avons alors découvert que les Allemands avaient déjà offert d’acheter tout le stock d’eau lourde de Norvège. Nous avons immédiatement fait connaître au gouvernement norvégien l’importance militaire possible de l’eau lourde et ce dernier a confié la totalité du stock (165 “quarts”, soit 187,5 litres) à un agent de nos services, qui l’a fait passer en France via l’Angleterre juste avant l’invasion de la Norvège par les Allemands en avril. Le Lieutenant Allier, affecté à la Direction des Poudres, faisait partie des responsables de la mission, achève le ministre en désignant le jeune lieutenant, qui se redresse sur sa chaise.

Vraiment ? répond De Gaulle, qui semble s’apercevoir soudain de l’existence du lieutenant. Si les Allemands étaient alertés, l’affaire a dû être chaude.

Oui mon Général. Heureusement, je n’étais pas tout seul. Tout ne s’est pas déroulé comme prévu et certains des nôtres et de nos amis norvégiens n’ont pas eu autant de chance que moi.

L’intérêt de l’Allemagne pour l’eau lourde ne peut signifier qu’une chose, commente De Gaulle.

Oui mon Général, Hitler veut sa bombe atomique…

Un silence pesant s’installe, rompu quelques instants plus tard par le ministre de la Guerre : « Je vous ai interrompu, Monsieur le Ministre, reprenez votre exposé. »
Après les premiers succès de l’offensive allemande et dans l’incertitude sur le sort de nos armes ou même, dois-je l’avouer, sur la volonté du gouvernement de continuer le combat…, le résultat de nos recherches, tout le matériel et l’eau lourde récupérée en Norvège ont été évacués vers l’Angleterre avec tous nos savants atomistes (hormis M. et Mme Joliot-Curie), sous la supervision des Docteurs Curie et d’Henri Longchambon, Directeur du CNRSA ( 6 ) . Les instructions données à Lew Kowarski et Francis Perrin sont de remettre en état le laboratoire et de continuer l’étude de l’eau lourde sur place, à Cambridge.
Cependant, complète Frédéric Joliot-Curie, un pan essentiel de nos recherches va devoir être mis en sommeil. Sachant que la connaissance et la maîtrise des propriétés de l’uranium sont loin d’être complètes, Lev Kowarski a poussé les recherches sur l’uranium et ses isotopes ( 7 ). La piste qu’il suit concerne l’U235 et son éventuelle capacité a entrer en réaction sans modérateur ( 8 ) , mais vu la rareté de cet isotope et le déménagement des équipes…
Où en est le déménagement de nos autres laboratoires « sensibles », en dehors des spécialistes de l’atome, Monsieur le Ministre ? demande De Gaulle.
Grâce aux moyens que vous avez pu nous founir in extremis, et il faut bien le dire à l’utilisation systématique du système D par les personnels, l’essentiel de nos équipes scientifiques, avec leurs données clefs et quelques instruments, très peu hélas, se dirigent actuellement vers leurs lieux d’embarquement pour l’Afrique du Nord . J’attends un point plus précis d’Henri Laugier. ( 9 )
Une bonne nouvelle déjà, la mission à Londres de Maurice Ponte, de la CSF, est un succès. ( 10 ) Néanmoins, compte tenu de la situation, il est resté pour établir la liaison avec les spécialistes britanniques du radar. Hélas, ce qui n’a pu être emporté a dû être détruit ou démantelé. ( 11 ) Dans certains domaines, le seul fait de reconstituer les infrastructures de base va être long et coûteux…
Nous aviserons, grogne De Gaulle. L’important est d’avoir réussi à sauvegarder l’essentiel, les hommes. Pour le reste, l’intendance suivra !
De mon côté, j’ai ordonné l’évacuation des spécialistes des codes secrets du “PC Bruno” du Commandant Bertrand et de leurs machines il y a une semaine. J’ai eu ce jour confirmation de leur arrivée sur leur lieu d’embarquement .

Un grand sourire éclaire le visage du Lieutenant Allier, qui s’enhardit :
« Mon Général, cette nouvelle va faire plaisir à mon supérieur le Commandant Paliole, de la section allemande du 2e Bureau. »

Vous pouvez lui en faire part, s’il n’est pas déjà au courant.

– Il nous faudra aviser de l’évacuation du PC Bruno le gouvernement polonais réfugié à Londres
, complète De Margerie.

Oui, mais pas avant que nous n’ayons pris une position officielle.

Raoul Dautry soupire : « Nous serons probablement poussés, faute de moyens, et dans un souci d’efficacité dans la lutte contre l’Allemagne nazie, à faire front avec nos alliés et notamment avec les Britanniques. »

– Vous voulez dire que nous devrons leur transmettre nos résultats et mettre nos moyens en commun ?
interroge De Gaulle.

Oui, l’Empire ne pourra jamais supporter seul notre effort de recherche. Il en sera de la recherche atomique comme de la construction aéronautique ou du reste. Il nous faudra rechercher des accords avantageux avec les gouvernements alliés en utilisant l’avance que nous avons dans certains domaines comme un outil de négociation.
Nos scientifiques doivent impérativement continuer leurs recherches partout ou cela est possible. Je préparerai une note de synthèse avec MM. Laugier et Longchambon sur ce que nous pourrions continuer à faire seuls et sur ce qui devra être fait en collaboration
. (12)
Bien, mais malgré le fait de ne pouvoir plus compter bientôt que sur les ressources de l’Empire, il nous faudra cependant garder plusieurs fers au feu. La France a un rang éminent à tenir et il n’est pas question de se retrouver pieds et poing liés vis à vis de quiconque, lorsqu’il s’agit des intérêts supérieurs et de l’avenir scientifique du pays, insiste De Gaulle.
Mais je crains de nous avoir éloigné du sujet de notre réunion. Continuez, Monsieur le Ministre.

Comme je vous le disais en commençant, rappelle Dautry, le Lieutenant Allier a préparé un point sur l’état de la recherche atomique en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et dans les pays de l’Axe.

Le jeune homme se lance : « Tout d’abord, mon Général, comme les Docteurs Curie vous le confirmeront, beaucoup de spécialistes de l’atome allemands, autrichiens, hongrois ou italiens ont émigré en France, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis ou en Suède ( 13 ) . Cet exode de scientifiques, lié au caractère répressif, raciste et antisémite du gouvernement nazi, le prive fort heureusement de compétences dont profitent les pays d’accueil.
C’est ainsi que nos alliés anglais, qui sont probablement arrivés aux mêmes conclusions que nous sur la volonté du régime nazi de développer un programme de recherche atomique, ont vu leurs équipes renforcées par des spécialistes allemands comme Otto Frisch et Rudolf Peierls et ont accentué leurs efforts. Ils possèdent une forte communauté scientifique qui travaille sur l’atome dans des laboratoires bien équipés. Selon nos sources, l’Aeronautical Research Commission, dirigée par M. Henri Tizard (c’est un peu un équivalent du CNRSA), a constitué une commission animée par le Docteur Marcus Oliphant ( 14 ) et chargée d’orienter les efforts de recherche sur l’uranium. »
( 15 )

– Nous pensons que Marcus Oliphant et ses collaborateurs sont plus avancés que nous sur les propriétés de l’uranium et de ses isotopes, complète Frédéric Joliot-Curie.

Pensez-vous que les Britanniques soient favorables à un rapprochement avec nos équipes ? demande De Margerie.

Nous pouvons compléter et renforcer les résultats des nos expériences réciproques et une collaboration entre nos deux pays ne peut que profiter à l’effort de guerre. Nous avons des atouts à faire valoir, répond Joliot-Curie.

Les Américains, reprend Allier, possèdent eux aussi des scientifiques de haut niveau ( 16 ) et des laboratoires à la pointe de la recherche.
Par contre, intervient Irène Joliot-Curie, si leurs scientifiques et notamment ceux qui ont récemment fui l’Europe en sont conscients ( 17 ) , je ne suis pas certaine que le gouvernement américain soit au fait de la menace que pourrait représenter une bombe atomique nazie.

Je peux vous apporter un complément d’information à ce sujet, propose le Lieutenant Allier. Nous avons eu connaissance que le fameux Albert Einstein a pris contact l’an dernier avec le gouvernement américain et le Président Roosevelt pour l’avertir des dangers de voir l’Allemagne fabriquer une telle bombe. Il a aussi souligné la nécessité de renforcer la recherche dans ce domaine, pour l’instant essentiellement universitaire, et affirmé l’importance d’assurer l’approvisionnement en uranium des Etats-Unis. ( 18 )

Et où trouve-t-on de l’uranium ? demande De Margerie.

Une des principales sources est alliée : c’est le Congo Belge. En revanche, dès l’année dernière, les Allemands ont mis l’embargo sur les ventes d’uranium tchécoslovaque

Avons-nous un accord à ce sujet avec les autorités belges ? demande De Gaulle.

Non, mais avec l’Union Minière du Haut Katanga, répond Raoul Dautry. Nous avons acheté l’an dernier 5 tonnes d’oxyde d’uranium pour nos recherches. Le CRNSA a aussi obtenu de l’UMHK une assistance technique et un financement d’un million en échange du brevetage commun des découvertes éventuellement réalisées. ( 19 ) Il nous faudra donc approcher un représentant de l’UMHK pour assurer un approvisionnement régulier si nécessaire, en fonction des recommandations de nos scientifiques.

En effet, cela paraît prudent. Il faudrait peut être aussi penser, à terme, à un programme de prospection. Vous vouliez ajouter quelque chose, Allier ?

Oui, mon Général. Nos sources américaines ont aussi noté un accroissement de l’activité des laboratoires de recherche sur l’atome, ce qui tendrait à prouver que l’intervention d’Albert Einstein a eu des retombées. ( 20 )

Je voudrais maintenant aborder le cas allemand. Le 2e Bureau, alerté, a réalisé quelques investigations et nous sommes certains que les recherches allemandes sont menées principalement à Berlin, à l’Institut Kaiser Willem, là ou beaucoup de découvertes importantes ont eu lieu dans le passé. Ces recherches sont dirigées probablement par le Dr Werner Heisenberg. Malheureusement, nous ne disposons d’aucune “source” qui nous permettrait d’évaluer l’état d’avancement de leurs recherches. Cependant, selon les Docteurs Curie et leur équipe, il est probable que les Allemands en sont au même point que les autres équipes de recherches dans le monde.

Pour le Japon, nous n’avons pas de source d’information, mais il est raisonnable de penser que s’il y avait un programme, son responsable serait le Dr Yoshio Nishina, qui travaille au Rinken (Institut de recherche en physique et chimie).

Le Lieutenant se tait. De Gaulle hoche la tête : « Fort bien, Allier. Efficace dans l’action pratique, clair et précis dans l’exposé théorique… Monsieur le ministre, avez-vous informé le lieutenant de sa promotion au grade de capitaine ? »

Dautry sourit : « Je voulais vous laisser ce plaisir, mon Général. »
Allier rougit violemment et s’étrangle. Bien plus tard, il racontera : « J’ignorais que De Gaulle n’aurait jamais reçu même un lieutenant sans s’informer en détails à son sujet… »

Après cet intermède souriant de quelques instants, Irène Joliot-Curie reprend la parole :
« Toute notre réunion a porté sur l’évaluation d’une potentialité et d’un risque. D’un côté les résultats de nos recherches montrent que la fabrication d’une bombe d’une puissance gigantesque est théoriquement possible, mais nous sommes encore loin d’en avoir maîtrisé tous les secrets. Il va falloir du temps et des moyens pour y parvenir. De l’autre, l’Allemagne paraît s’orienter elle aussi vers la maîtrise de la fission avec les conséquences militaires que nous avons évoquées.
Alors que notre pays vit des heures terribles, il était de notre devoir de vous rapporter ces éléments. De notre point de vue, une véritable course à la bombe a commencé en 1938 et elle entre dans une phase critique. C’est au gouvernement de prendre les décisions qui s’imposent à présent. »


Je dois ajouter, intervient Frédéric Joliot-Curie, que l’objectif de nos recherches était à l’origine de maîtriser une nouvelle source d’énergie. Tout ce qui nous permettra de progresser dans cette direction sera bienvenu et il faudra prévoir cet aspect dans nos négociations avec les Britanniques. Cette guerre aura une fin et, au delà de la mise au point d’une bombe, la maîtrise de l’énergie atomique sera un enjeu de demain, un enjeu de la paix.
Hélas, nous sommes en guerre. Maintenant que nous savons que la bombe est possible, nous ne pouvons pas reculer et laisser à l’ennemi le monopole de cette arme.


Ni à l’ennemi ni à personne, répond Charles de Gaulle. Madame, Monsieur, le sort de cette guerre dépend peut-être de vos recherches et de celles de vos collègues. Mais au delà même de la guerre, la grandeur de la France exige qu’elle maîtrise l’atome.

Il est 22h40, ce 20 juin. Côté français au moins, le sort en est jeté. La Bombe existera. On ne la désinventera pas...


1- L’Hôtel de France à Toulouse : « Depuis 1890, l’hôtel et sa belle façade sont parfaitement placés au cœur de Toulouse, près des magasins, des théâtres, des cinémas, des restaurants et des cafés. L’Hôtel de France est un hôtel de charme avec un décor évocateur du XIXe siècle. La place du Capitole se trouve seulement à 5 minutes de marche de l’hôtel. L’entrée avant est à 50 mètres de la belle place Wilson. » Guide Michelin, édition 1939. « A la fin des années 1960, l’hôtel a été profondément rénové et si sa belle façade a été préservée, ainsi qu’un décor évocateur du XIXe siècle, il ne reste plus rien des agencements originaux. Il n’est ainsi plus possible de visiter la chambre du Général de Gaulle lors de son passage avec le gouvernement français en Juin 1940. » Guide Michelin, édition 1995.
2- « Je vous laisse la parole », tic de langage gaullien que l’on retrouvera bien des fois durant les trente années suivantes.
3- Le fameux E=MC². Cette équation permet d’affirmer qu’une masse d’un kilogramme de matière peut se transformer en 25 milliards de kilowatts-heures ! Une petite quantité de matière peut donc devenir une énorme quantité d’énergie, c’est le principe de la bombe atomique.
4- Hans von Halban, Lew Kowarski et Francis Perrin.
5- La première bombe atomique au plutonium, baptisée Gadget, devait représenter une force destructrice équivalant à celle de 21 000 tonnes de TNT.
6- Centre National de Recherche Scientifique Appliquée.
7- Le noyau d’un atome est constitué en première approche de protons et de neutrons. En physique nucléaire, deux atomes sont dits isotopes si leur noyau compte le même nombre de protons. Ce nombre est désigné par le numéro atomique. Deux isotopes ont donc le même numéro atomique. Ce qui distingue deux isotopes, c’est leurs masses atomiques. La masse atomique d’un atome est le nombre de nucléons (protons et neutrons) que contient le noyau de cet atome. La différence de masse atomique entre deux isotopes est donc due à une différence dans le nombre de neutrons. En 1940, on connaissait dans la nature quatre-vingt dix éléments chimiques différents, de l’hydrogène 1H à l’uranium 92. Deux éléments restent à découvrir…
8- Quelles que soient les teneurs en uranium des milieux, les proportions entre les trois isotopes formant l’uranium naturel sont (presque) exactement les mêmes : 238U : 99,28 % ; 235U : 0,71 % ; 234U : 0,0054 %. On trouve donc dans une tonne d’uranium naturel pur 7,1 kilogrammes d’U235 et 54 grammes d’U234, le reste étant de l’U238.
9- Directeur du CNRS depuis 1937. Raoul Dautry avait fait du rattachement du CNRS à son ministère la condition pour accepter le poste de ministre de l’Armement en septembre 1939.
10- La mission de Maurice Ponte, de la Compagnie générale de TSF, ou CSF, consistait à remettre aux Britanniques plusieurs exemplaire d’un générateur d’ondes courtes à impulsions, un magnétron à résonance et à cathode à oxydes, bien supérieur à ce que les Britanniques possédaient à l’époque. Ces derniers reconnurent fort loyalement par la suite que ces nouveaux générateurs leur « avaient ouvert de larges horizons et permis de gagner au moins six mois » dans la création de leurs radars à ondes ultracourtes qui ont apporté une contribution si importante à la victoire des Alliés.
11- Comme le PC Radar de la défense aérienne de Paris, détruit par Emile Girardeau, de la Compagnie générale de TSF (CSF), et comme tous les équipements radar du territoire.
12- Ce sera le fameux rapport Dautry, qui va profondément orienter la recherche des années à venir et fournir la base de la réorganisation du CNRSA en CNRS.
13- Citons notamment Enrico Fermi (Italie), Leó Szilárd, Edward Teller, Eugene Wigner (Hongrie), Otto Frisch, Rudolf Peierls, Lise Meitner (Allemagne)…
14- Oliphant est également l’un des pères du radar.
15- C’est la commission Maud, composée de Sir George Paget Thomson, président, Marcus Oliphant, Patrick Blackett, James Chadwick ,Philip Moon, John Cockcroft.
16- Ernest Lawrence (père du cyclotron et créateur du Radiation Laboratory) , Enrico Fermi, James Compton…
17- Niels Bohr, lors de sa visite aux Etats-Unis en janvier 1939 pour la conférence de la Carnegie Institution de Washington, a rapporté les résultats de Lise Meitner et Otto-Robert Frisch sur la fission. Le principe de la réaction en chaîne a alors été discuté lors de cette conférence, ce qui a conduit les scientifiques américaine à engager le même type de recherche que leurs collègues britanniques et français.
18- Il s’agit de la fameuse lettre du 2 août 1939, qu’Einstein regrettera amèrement d’avoir écrite après l’utilisation effective de la bombe atomique contre le Japon.
19- Le personnage central est ici Edgar Sengier, l’administrateur-délégué du l’Union Minière du Haut-Katanga. L’UMHK exploitait la mine de Shinkolobwe, principal gisement d’uranium au monde, dont le minerais titrait jusqu’à 65%. L’UMHK ayant accumulé des stocks importants, l’exploitation n’était pas rentable et elle fut interrompue en 1939. Sengier était ingénieur, en relation étroite avec les milieux scientifiques. Il avait appris en 1938 les possibles utilisations de la radioactivité à des fins de production d’énergie ou à des fins militaires par des scientifiques britanniques, qui l’avaient averti que ce serait une catastrophe si l’uranium tombait entre des mains ennemies. Sengier avait aussi des contacts avec Joliot-Curie, qui avaient permis la négociation de l’accord CNRSA-UMHK.
20- Les SR français ne se sont pas trompés : Roosevelt a créé et fait financer la “commission de l’uranium” pour $ 6 000 par l’US Navy.



Et voila

Bonne soirée

Martel
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Martel



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MessagePosté le: Dim Sep 23, 2007 14:57    Sujet du message: Du temps et de la gastronomie à Londres Répondre en citant

Bonjour,

Ci-joint la suite du voyage Londonnien de Tintin et Tournesol


15 Octobre 1941 : Londres 21h30

Station Kensington Metro de Londres

Difficile de trouver le sommeil, dans le hurlement des sirènes les explosions des obus de la DCA londonienne ou des bombes allemandes, sans compter les évacuations dans les abris, comme ce soir dans cette station du « Tube londonien ».

Les stations du métropolitain parisien sont quand même moins exiguës !

Par contre la foule hétéroclite entassée sur les quais garde une dignité et un « self control » impressionnant. Si les allemands pensent démoraliser les londoniens, c’est raté.
Même Marrec a l’air impressionné par le calme et la détermination de nos hôtes, ce qui en soit est une performance…

C’est le moment de faire le bilan de ces quelques jours dans la capitale de l'Empire britannique.

Après une visite au 10, Covent Garden siège de la délégation militaire française à Londres, nous avons rencontré le docteur Edward Jones. Les documents THOR ont fait apparemment le même effet à Londres qu’à Alger.
En effet, le rendez vous avec le responsable du Groupe ARGOS à Cambridge prévu initialement 1 semaine plus tard était brusquement avancé.
Après un voyage tranquille en train, nous avions été accueillis en gare de Cambridge et conduits dans le bureau d’une base aérienne du sud de la ville, il y avait là le colonel Mac Tavish que je devais apprendre à connaître dans les 2 années qui allaient suivre. Il était flanqué du commandant Pierre Bourgoin ( 19 ) et d’un représentant du Home Office en civil présenté comme Sir Henry.
Le colonel avait ouvert la discussion d’un ton cordial et me souhaitant la bienvenue en Angleterre. Bourgoin présenté comme son adjoint avait joint ses souhaits de bienvenue à ceux du colonel.

« Sir Henry » avait pris la direction des opérations et indiqué que suite aux documents Thor, nos deux gouvernements avaient pris la décision d’ajouter la détection et l’évaluation du programme d’astronautique allemand aux missions d’Argos.
Le commandant Barré allait devoir préparer pour l’unité de recherche, dont j’allais prendre la tête, une note, définissant le périmètre des recherches notamment une estimation de la taille des installations requises. Je devais prendre mon poste après avoir escorté le Commandant à son vol de retour.pour Alger.

Durant le voyage en train vers Londres , le Commandant Barré m’apprit alors que les anglais n’avaient aucun programme équivalent en cours ( 20 ) et que vu du coté allié, il semblait avoir récupéré l’étiquette de spécialiste es affaire astronautiques. ( 21 )

Pour le repas d’adieu, Marrec a même trouvé le moyen de « dégotter » un restaurant breton ( 22 ) tenu par une « pays », Maryvonne Le Gall épouse Jones, qui lors du dernier repas du commandant Barré à Londres a réussi à nous servir sa spécialité la crêpe à l’andouille de Molène . ( 23 )

Les adieux furent bref, mais les vœux du Commandant allaient bientôt prendre un ton prémonitoire :

Bon mon petit Allier, au revoir, gardez vous bien et surtout n’allez pas vous mettre trop souvent dans la gueule du loup…


19- Le commandant Bourgoin est le futur commandant du 4th SAS / 2ème RCP basé à Cambridge
20- Authentique.
21- Authentique mais en 1943 en Otl
22- Aujourd’hui on dirait une crêperie
23- Essayez c’est très bon…à condition qu’elle vienne bien de l’ile de Molène. L’histoire ne dit pas comment son restaurant a pu continuer a être régulièrement alimenté durant toute la période la guerre.


Et la suite...
Quelques aspects techniques sur l'EA 1940 de JJ Barré

Bonne journée

Martel
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Martel



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MessagePosté le: Dim Sep 23, 2007 20:54    Sujet du message: EA 1940 et désert Algérien Répondre en citant

Bonsoir

et le pendant Algérien pour JJ Barré


Carnets du professeur JJ Barré (Extraits)

2 Novembre 1940 Alger

Suite à la note remise en Septembre, le ministère de l’armement passe officiellement commande d’un prototype d’ E A .
Apparemment un « gratte-papier » du ministère a trouvé utile de remplacer EA par gazogénérateur… ( 24 ) La campagne d’information « l’ennemi a de longues oreilles » semble avoir stimulé l’imagination de nos bureaucrates.

20 Novembre 1940 Alger

Rencontre avec les équipes « rapatriées » à Alger de Dewoitine. ( 25 )
L’ingénieur Marc Bruno m’expose les travaux commencés sur les bombes planantes en 1939 et au début de cette année.
Plusieurs prototypes ont été construits par Dewoitine et ont apparemment démontré leur stabilité de route.
Les prototypes et la documentation de soufflerie ont été évacués, et il me parait possible de combiner nos recherches pour faire avancer le système de propulsion.
Les équipes de l’époque ont été en partie reparties sur d’autres projets ( 26 ) mais il faut que j’obtienne la réquisition de ceux qui restent.
Voir également le projet de soufflerie à l’étude à Alger d’après Bruno.

17 Décembre 1940 Alger

Retour de Beni-Ounif dans le sud oranais après un déplacement du 3 au 16 décembre. Le site pré-selectionné par le ministère convient parfaitement. Je vais préparer l’envoi du matériel disponible et la construction du banc d’essai va pouvoir commencer.


16 Janvier 1941 Beni-Ounif


Enfin le banc est opérationnel ! Les choses sérieuses vont pouvoir commencer.

Au courrier une lettre du petit Allier. A mot couvert le capitaine m’annonce que le marteau a frappé ses trois premiers coups et qu’il va bientôt m’envoyer une analyse de la première représentation. Je me demande ce qu’il va m’annoncer.

Enfin… au travail sur l’EA 1940 ou plutôt le gazogène modèle 40 !

24- Rappelons qu'à cette époque et suite au rationnement les automobiles peuvent fonctionner à l'aide des fameux "gazogènes" qui sont en quelque sorte des "gazogénérateurs".
25- Fantasque ©
26- Conformément aux directives du CNRS et du ministère de l’armement


Pour la suite retour à la bombe...

Bonne nuit


Martel
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patzekiller



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MessagePosté le: Dim Sep 23, 2007 21:03    Sujet du message: Répondre en citant

ah, ah! il va falloir glisser dans les carnets de notes de ce monsieur, ou dans ses conversations avec le capitaine ou les rosbeefs, une allusion à la grande soufflerie de meudon ce qui permettra l'envoi d'arsene pour la faire sauter avec jacques lelong.
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Martel



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MessagePosté le: Dim Sep 23, 2007 21:38    Sujet du message: Le grand soufle de Meudon Répondre en citant

Ok noté Garde à vous

Je suis en train de préparer le calendrier et la chaine des évènements et annecdotes FTL qui vont permettre la découverte des V1 et v2.

En FTL d'après le gardien du temple CK, le V1 vont pleuvoir sur Londres plus tot... octobre 1942

Je prends note des suggestions et je mélange le tout ( ergol et properglo bien sur...)
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Sep 23, 2007 22:10    Sujet du message: Répondre en citant

Non, non... Pas les V1.... Les bombes planantes anti-navires Embarassed Embarassed Embarassed
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MessagePosté le: Jeu Sep 27, 2007 21:11    Sujet du message: Imprimatur IV de CK Répondre en citant

Bonsoir,

Ci-joint version ajustée et validée par CK

Compte tenu de vos remarques sur le SAS, le commandant Bourgoin ne commandera pas une unité française de SAS sous commandement britannique. Garde à vous

Bonne lecture

Martel

15 octobre 1940
Station Kensington, métro de Londres

Notes du Capitaine Allier (ces notes, déclassifiées longtemps après les événements, sont aujourd’hui disponibles au Centre d’Etudes d’Histoire de la Défense, au Château de Vincennes à Paris)

Difficile de trouver le sommeil, dans le hurlement des sirènes et les explosions des obus de la DCA anglaise ou des bombes de la Luftwaffe, surtout après avoir plongé dans un abri, comme ce soir dans cette station du “Tube” londonien. Station très inconfortable, les stations du Métropolitain parisien sont quand même moins exiguës !
En revanche, la foule hétéroclite entassée sur les quais garde une dignité et un “self control” impressionnant. Si les Huns (comme on les appelle ici) pensent démoraliser les Londoniens, c’est raté. Même Marrec a l’air impressionné par le calme et la détermination de nos hôtes, ce qui en soit est une performance…
Faute de pouvoir dormir, c’est le moment de faire le bilan de ces quelques jours dans la capitale de l’Empire britannique.

Après une visite au 10, Covent Garden, siège de la délégation militaire française à Londres, nous avons rencontré le Docteur Edward Jones. Les documents Thor ont fait apparemment le même effet à Londres qu’à Alger. En effet, le rendez-vous avec le responsable du Groupe Argos à Cambridge, prévu initialement une semaine plus tard, a été brusquement avancé.

Après un voyage tranquille en train, nous avons été accueillis en gare de Cambridge et conduits jusqu’à une base aérienne au sud de la ville. Il y avait là un certain Colonel Mac Tavish, que je risque fort de revoir très souvent dans les mois et les années qui viennent, vu que le retour au pays n’est, je le crains, pas pour demain… Il était flanqué du Commandant Pierre Bourgoin (présenté comme son adjoint) et d’un représentant du Home Office en civil, qui nous a été présenté comme “Sir Henry”. Tout ce monde nous a cordialement souhaité la bienvenue en Angleterre. Le colonel m’a félicité pour mon accent anglais et s’est montré très touché d’apprendre mon ascendance écossaise.

“Sir Henry” a pris la direction des opérations et indiqué que suite à l’examen des documents Thor, nos deux gouvernements avaient pris la décision d’ajouter la détection et l’évaluation du programme d’astronautique allemand aux missions d’Argos. Le Commandant Barré va devoir préparer pour l’unité de “recherche”, dont je vais prendre la tête, une note définissant les caractéristiques des activités à surveiller et notamment une estimation de la taille des installations requises pour ces travaux. Je dois prendre mon poste immédiatement.

Dans le train qui nous ramenait vers Londres, le Commandant Barré m’a appris que les Anglais n’ont actuellement aucun programme équivalent en cours. Il semble qu’il soit devenu le spécialiste allié numéro un ès affaire astronautiques.

Pour le repas d’adieu, ou du moins d’au revoir, Marrec a réussi à dégotter un restaurant breton tenu par une payse à lui, Maryvonne Le Gall épouse Jones. Celle-ci nous a servi sa spécialité, la crêpe à l’andouille de Molène (délicieux, selon Marrec, à condition que l’andouille vienne bien de l’île de Molène – c’était délicieux, donc l’andouille était bretonne – mais comment Mrs Jones fait-elle pour approvisionner son restaurant ?).

Nos adieux ont été brefs mais chaleureux. « Au revoir mon petit Allier, m’a dit le commandant, gardez vous bien et surtout n’allez pas vous mettre trop souvent dans la gueule du loup… » Excellent conseil, je pense, que je m’efforcerai de suivre…



2 novembre 1940
Alger


Carnets du Professeur (et Commandant) Jean-Jacques Barré (archives du CNRS)
Suite à la note remise en septembre, le ministère de l’Armement passe officiellement commande d’un prototype d’ EA. Cependant, un gratte-papier du ministère a eu l’idée géniale de remplacer EA par gazogénérateur… La campagne d’information “L’ennemi a de longues oreilles” semble avoir stimulé l’imagination de nos bureaucrates.

20 novembre 1940
Alger


Carnets du Professeur (et Commandant) Jean-Jacques Barré (archives du CNRS)
Rencontre avec les équipes de Dewoitine “repliées” à Alger.
L’ingénieur Marc Bruno m’expose les travaux commencés sur les bombes planantes en 1939 et au début de cette année. Plusieurs prototypes ont été construits par Dewoitine et ont apparemment démontré leur stabilité de route. Les prototypes et la documentation de soufflerie ont été évacués, et il me paraît possible de combiner nos recherches pour faire avancer les travaux sur le système de propulsion. Conformément aux directives du CNRS et du ministère de l’Armement, les équipes engagées dans cette recherche ont été en partie réparties sur d’autres projets, mais je dois pouvoir obtenir la réquisition de ceux qui restent.
Bruno conseille de voir également le projet de soufflerie à l’étude à Alger.

17 décembre 1940
Alger


Carnets du Professeur (et Commandant) Jean-Jacques Barré (archives du CNRS)

Retour de deux semaines de séjour à Beni-Ounif, dans le Sud oranais. Le site pré-selectionné par le ministère convient parfaitement. Je vais préparer l’envoi du matériel disponible et la construction du banc d’essai va pouvoir commencer.


16 janvier 1941
Beni-Ounif (Sud oranais)


Carnets du Professeur (et Commandant) Jean-Jacques Barré (archives du CNRS)
Enfin le banc d’essai est opérationnel ! Les choses sérieuses vont pouvoir commencer.
Au courrier, une lettre du petit Allier. Il m’annonce que « le marteau a frappé ses trois premiers coups » et qu’il va bientôt m’envoyer une analyse de la première représentation. Je me demande ce qu’il va m’annoncer.
Enfin… Au travail sur l’E ngin A utopropulsé 1940 ( EA1940 ) – ou plutôt sur le gazogène modèle 40 !
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Archibald



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MessagePosté le: Dim Sep 30, 2007 12:35    Sujet du message: Répondre en citant

Excellent! Le colonel Barré, pere des fusées made in France... c'est vrai qu'il avait fait des tentatives en 1941!
V1, V2, et la bombe propulsée anti navire, la HS 293 (si je me souviens bien).
Je crois que je vais suivre ce chapitre avec interet Smile

Tiens, apres la bombe atomique et les fusées, il faudrait peut etre se soucier (dans la meme veine) de nos ingenieurs qui planchaient sur les premiers jets français a partir de 1937.
Je m'etait fait une petite liste de noms il y a quelques années
- René Leduc
- Dimitri Sensaud de Lavaud (aie, nom ecorché. Navré!). Celui ci a fait tourner un turboréacteur au banc au printemps 1937, en meme temps que Heinkel et Whittle!
- Auguste Rateau (le premier a avoir fondé une entrerprise de moteurs a réaction, son moteur etait prévu pour le Triton, mais celui ci a finit avec un BMW 003)
- son "compère" René Axionnaz
- Joseph Szildowski, le fondateur de Turboméca.
Voire meme Henri Coanda, qui avait réalisé un avion a "motoréacteur" en 1910 (le compresseur du réacteur etait entrainé par un moteur a piston, comme sur les Caproni Italiens)

Je comprend bien qu'il est totalement impossible de construire le Triton ou le Leduc 010 en AFN. Par contre, nos ingenieurs peuvent etre "dispatchés" en Grande Bretagne ou chez Bell...

Qu'en pensez vous ? L'evacuation du Leduc 010 vers l'AFN pourrait etre interessante aussi...
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Martel



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MessagePosté le: Dim Sep 30, 2007 13:42    Sujet du message: René Leduc et statoréacteur Répondre en citant

Bonjour,

Merci à Archibald pour cette ouverture sur d'autres horizons.

Je creuse ... Very Happy

René Leduc est aussi précuseur dans le domaine des pulsoréacteurs :

"Propulseur à réactions intermittentes" (brevet n° 705 648 du 4/02/1930). C'est l'idée que les allemands développeront et appliqueront comme mode de propulsion de leurs bombes volantes V1 lancées contre Londres en 1944. Son nom actuel est pulsoréacteur.

Ce qui fait au moins une bonne raison pour lui faire rencontrer JJ Barré...


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loic
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MessagePosté le: Lun Oct 01, 2007 05:24    Sujet du message: Répondre en citant

Selon wikipedia (http://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Leduc) :
Citation:
1940. - En juin, c'est l'exode. La fabrication du prototype n'est pas achevée. La défaite entraîne le repli en zone libre de l'équipe Leduc, soit environ quinze personnes, avec les éléments construits du prototype. Ils se retrouvent dans les ateliers Bréguet à Toulouse.


Le mois gagné à Toulouse ne permettra sans doute pas de faire voler le proto. Quant à l'évacuer, ça commence à faire pas mal de choses qu'on ne chiffre pas. Les plans et l'équipe, c'est déjà très bien (et détruire le proto).
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Lun Oct 01, 2007 09:43    Sujet du message: Répondre en citant

Oui, de toutes façons, une fois en terre anglo-saxonne, la première chose à faire sera de refaire les plans (puis le proto) en pouces et pieds Wink [/list]
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Archibald



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MessagePosté le: Jeu Oct 04, 2007 12:19    Sujet du message: Re: René Leduc et statoréacteur Répondre en citant

Martel a écrit:
Bonjour,

Merci à Archibald pour cette ouverture sur d'autres horizons.

Je creuse ... Very Happy

René Leduc est aussi précuseur dans le domaine des pulsoréacteurs :

"Propulseur à réactions intermittentes" (brevet n° 705 648 du 4/02/1930). C'est l'idée que les allemands développeront et appliqueront comme mode de propulsion de leurs bombes volantes V1 lancées contre Londres en 1944. Son nom actuel est pulsoréacteur.

Ce qui fait au moins une bonne raison pour lui faire rencontrer JJ Barré...


Martel


Ouaip, Leduc a précédé un allemand (je ne me souvient plus du nom) de quelques mois en 1930 au sujet du pulsoréacteur (le Fana de l'aviation, octobre 1999).
Pour Leduc et les autres, je lancerais peut etre un sujet a part (les ingenieurs français de la propulsion a réaction, en FTL) histoire de ne pas "polluer" celui ci davantage Smile
(pas trop le temps en ce moment, reprise d'etudes et une année chargée en vue!)
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Martel



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MessagePosté le: Jeu Oct 04, 2007 19:26    Sujet du message: Ingénieurs français en FTL Répondre en citant

Dont acte,

Je laisse donc le sujet ouvert à Archibald.

Very Happy

Martel
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"Enfin le cardinal a terminé son sort.
Français, que dirons nous de ce grand personnage ?
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