Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15562 Localisation: Paris
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Posté le: Lun Fév 19, 2007 17:46 Sujet du message: 18, 19 et 20 août 42, version INTEGRALE |
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Personne n'ayant râlé, je continue. Je signale à folc qu'il peut noter un SM italien envoyé ad patres et à tous les intéressés un tout petit exemple du caractère doux et accommodant du Général-de-Brigade-à titre-provisoire (j'ai bien vu quelle citation était évoquée par F, j'ai essayé de m'en inspirer)
18 août
Alger
Après de nouvelles conversations avec les représentants de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande à Alger (l’ANZAC Committee), le ministère de la Guerre décide d’envoyer par le paquebot Normandie, qui doit emporter cent chasseurs Hawk-87 offerts à la Nouvelle-Zélande, dix instructeurs de l’école de chasse de Meknès pour aider les trois squadrons néo-zélandais à l’entraînement à devenir opérationnels aussi vite que possible.
Grèce occidentale
La 6ème Escadre de Chasse, qui a remplacé la 7ème, est basée sur l’île de Zanthe et dans le Péloponnèse. Sa première opération est l’escorte d’une formation de 18 Beaumont du 238ème Bomber Wing de la RAF, en compagnie des P-39D des GC I/80 et II/80 (yougoslaves), pour attaquer le port de Durrës (Durazzo). La 6ème EC a été rééquipée avec un mélange de NA-73 et NA-83 Mustang I de basse altitude (pour le GC II/6) et de NA-89 Mustang II de haute altitude (pour les GC I/6 et III/6). Ni la Luftwaffe ni la Regia Aeronautica ne réagissent ; les entrepôts et magasins visés sont laissés en flammes.
La nuit suivante, couvert par la “Division Perzo” (deux CL, cinq DD, trois TB), le mouilleur de mines rapides HMS Welshman pose plusieurs champs de mines à l’entrée du Golfe de Patras.
Mer Egée
L’Escadre de Mer Egée, commandée par le Captain Guy Grantham, escorte jusqu’à Limnos un convoi de cinq navires. Ce convoi transporte des troupes grecques et des canons de DCA, mais aussi du matériel lourd du génie pour agrandir le terrain de Mudros.
Roumanie – Blowlamp V
Des renforts plus ou moins bienvenus
A l’aube, la situation à Ploesti apparaît sinistre. Même si le raid nocturne a été relativement peu efficace, moins de 25% des canons de flak lourde sont encore opérationnels et les Gruppen de chasse de nuit ont littéralement fondu. Les hommes des équipes de lutte anti-incendie sont totalement épuisés et incapables de contrôler les brasiers qui se développent à la Romana Americana. Le Général Gerstenberg, qui s’attend au pire, demande désespérément des renforts.
A 10h30, des chasseurs hongrois se posent sur les terrains des environs de Ploesti. La situation est assez désespérée pour faire appel à eux, mais pas assez, semble-t-il, pour que les survivants des unités roumaines fassent bon accueil au 2ème Régiment de Chasse magyar (16 Bf-109E et 12 Fiat CR-42).
A midi arrivent à Plovdiv (Bulgarie) 24 Bf-109F et 8 Bf-109E des II et III/JG 53, détachés du IIème FliegerKorps du Général Loerzer, déployé en Grèce du Nord.
On enfonce le clou…
Les craintes de Gerstenberg ne sont pas sans fondement. Avant même que les avions du JG 53 ne soient arrivés à Plovdiv, 72 B-24 (36 américains et 36 français, en trois boxes de 24) ont quitté Rhodes et se dirigent vers le nord, escortés par autant de P-38.
Les chasseurs du JG 53 sont vite alertés ; vingt Bf-109F et six Bf-109E grimpent pour intercepter le raid. Mais la formation serrée et la haute altitude des bombardiers déconcertent les pilotes allemands, et alors qu’ils se placent pour attaquer par le haut, ils sont surpris par l’attaque des P-38 du 1er FG et de la 2ème EC. Le combat est plus équilibré que contre les Roumains ; en quatre minutes, les Américains perdent trois avions et les Français quatre, mais ils abattent sept Bf-109F et trois Bf-109E. Les intercepteurs qui ont pu glisser entre les mailles du filet détruisent deux B-24, mais perdent deux avions sous les feux des mitrailleurs. Le Bf-109F est un excellent chasseur de supériorité aérienne, mais son armement assez léger en fait un médiocre destructeur de bombardiers lourds !
Aux abords de Ploesti, 12 Bf-109E hongrois et tout ce que les Roumains ont pu mettre en l’air – 16 Bf-109E et 12 IAR-80 – tentent une interception. Les Hongrois (à qui personne, et surtout pas les Roumains, n’a expliqué à quoi ils devaient s’attendre…) sont surpris par les P-38 du 14ème FG et perdent tout de suite huit avions en échange de deux Américains. Les chasseurs roumains grimpent le plus haut possible, puis essayent de piquer à travers les chasseurs pour atteindre les bombardiers. Ils arrivent ainsi à en abattre quatre (pour un Bf-109E et un IAR-80 détruits par les mitrailleurs des B-24) avant que les P-38 ne leur mettent la main dessus. Malgré tous leurs efforts pour se dégager, ils perdent alors cinq Bf-109E et quatre IAR-80, l’escorte ne perdant que deux avions du 1er FG et un de la 2ème EC.
La flak de Ploesti est presque silencieuse et, la nébulosité étant moindre que la veille, les bombardiers obtiennent de bons résultats contre la Romana Americana, maintenant détruite à 70%.
Au retour, un B-24 est abattu par un Bf-110 en maraude et trois autres s’écrasent à l’atterrissage à Mytilène ou à Chios. Les pertes du jour sont donc de dix bombardiers et douze chasseurs, mais 28 chasseurs ennemis ont été abattus par les P-38 et deux par les mitrailleurs (les revendications étant de 41 et 9, respectivement…).
Roumanie – Blowlamp VI
A peine les chasseurs de l’Axe se sont-ils posés que les sirènes d’alarme se remettent à hurler. Devant les résultats limités du raid de la nuit précédente, le Général Doolittle a décidé, après discussion avec son adjoint de la RAF, de faire un pari. Le raid de nuit Blowlamp VI sera scindé en deux : les Stirling des 236ème et 251ème Wing décolleront en fin de journée pour attaquer au crépuscule.
Attaque au crépuscule
C’est ainsi que 54 quadrimoteurs au ventre noir s’envolent de jour en formation relativement serrée, suivis à la tombée de la nuit par 24 Manchester et 22 Wellington.
Quelques chasseurs roumains réussissent à décoller avant que les Stirling n’atteignent leur cible, la raffinerie de la Columbia Aquila, mais ils ne peuvent les intercepter qu’après le bombardement. De 16000 pieds seulement, par beau temps, celui-ci est dévastateur, ne laissant de la Columbia Aquila que des ruines en feu. Aux dernières lueurs du jour, les Roumains abattent cinq bombardiers anglais, perdant un IAR-80 et un Bf-109E détruits par les mitrailleuses quadruples des tourelles de queue.
En début de nuit, les bombardiers bimoteurs s’en prennent à la Romana Americana, qui brûle déjà. Les incendies-leurres ne sont plus guère efficaces, car ils sont trop loin de la cible pour tromper les navigateurs. Plus de la moitié des bombardiers touchent la raffinerie, semant encore davantage de destructions. La chasse de nuit allemande abat quatre Wellington et trois Manchester, mais perd un Bf-110.
A la fin de Blowlamp VI, la Columbia Aquila et la Romana Americana sont détruites à 80%. Les incendies s’étendent à grande vitesse, tandis que les pompiers harassés sont incapables de les circonscrire assez vite pour éviter des catastrophes.
Piste de Kokoda (Nouvelle-Guinée)
Le message de Wootten met en rage l’état-major (d’autant plus qu’il y va y avoir une fuite, comme on pouvait s’y attendre, et que la presse en aura connaissance), mais cela n’aide guère les hommes épuisés qui tentent de chasser les Japonais du Bowl. Ils savent qu’ils ne peuvent pas être relevés et s’accrochent comme des sangsues aux pentes qu’ils ont durement conquises. A court de rations, ils ne peuvent pas allumer de feu pour se faire un repas chaud ou même du thé – à moins de 40 mètres de l’ennemi, la fumée d’un feu le jour, sa lueur la nuit, ferait une trop belle cible pour les mortiers japonais. Dans la journée, ils sont coincés dans leurs trous, à deux ou trois. La nuit ne fait que réduire un peu les risques, quand on leur apporte des munitions et de quoi manger.
Mais ils avancent peu à peu et concentrent sur eux l’attention des Japonais..
Milne Bay (Nouvelle-Guinée)
Clowes ordonne à ses troupes de décrocher jusqu’à Halfway Creek et Flying Fox Creek (les deux ruisseaux qui barrent la route de Waigani). Un bataillon improvisé de 600 hommes, composé essentiellement de personnel au sol de la RAAF, reçoit l’ordre de tenir le point de passage sur la rivière Kalobi, « aussi longtemps que vous le pourrez » précise Clowes. Le choix de ces hommes ne vient pas du désir d’épargner ceux de l’infanterie régulière – bien qu’ils ne soient plus très frais, ce sont tout simplement les seuls qui ne soient pas au bord de l’épuisement. Ils reçoivent un renfort inattendu sous la forme de 120 hommes commandés par le Capitaine Maitland. Ce sont des hommes du 53ème Bataillon, qui s’était enfui lors du débarquement japonais. « On a souvent dit qu’il s’agissait des seuls qui aient tenu leurs positions sur les plages, mais il est probable que ceux qui avaient tenu sur les plages y étaient morts. Les 120 hommes (et Maitland lui-même, sans doute) avaient probablement fui… » (B. Marcus, op. cit.).
Truk (Pacifique Sud-Ouest)
06h25 – La Flotte Combinée rentre au port. Elle a été devancée par certaines de ses unités, le Soryu et le Kaga notamment, en piteux état, et l’Akagi, qui arrive, n’est pas au mieux. Sans parlers des cuirassés Mutsu et Kirishima et du croiseur lourd Haguro… De longs travaux en perspective pour les chantiers navals japonais, déjà débordés.
Rabaul
Arrivée du Hakusa, ravitailleur de vedettes rapides, avec les G-4, G-5, G-6 et G-7. Le Hakusa, ancien navire porteur de vedettes de douanes chinois, peut en effet transporter quatre vedettes rapides accrochées à des grues à portique à l’avant de la passerelle. A bord du navire lui-même se trouvent trois vedettes rapides de classe H-2 (MGB, ou canonnières rapides), les H-11, H-12 et H-13. Cette classe est devenue nécessaire aux opérations japonaises aux alentours de la péninsule malaise, où près d’une vingtaine servent à cette date, avec les premières canonnières rapides de classe H51. Comme la classe T51, la classe H51 est cependant victime de nombreuses “maladies infantiles”.
Le Hakusa est escorté par quatre chasseurs de sous-marin de classe Cha et huit péniches de débarquement de 17 mètres. Ces petits bateaux sont chargés d’établir un système de transport local.
Le Capitaine Iishi regagne Guadalcanal dans la nuit.
Guadalcanal
Les chasseurs de sous-marin japonais Cha-3 et Cha-4 débarquent 20 tonnes de ravitaillement et 12 torpilles pour l’équipe du Capitaine Iishi.
Les activités de patrouilles se poursuivent sur le front, avec des résultats équilibrés.
19 août
Mer des Antilles
Peu après minuit, un convoi allant de Colon vers la côte est des Etats-Unis est attaqué au sud-ouest de Kingston (Jamaïque) par deux sous-marins allemands, qui manquent de peu le DD USS Erie (qui commande l’escorte) et coulent deux cargos. L’escorte contre-attaque et le DD USS Lansdowne, aidé par les patrouilleurs français Coutelas et Javelot (des 173-ft), coule l’U-509 quelques minutes avant le lever du soleil (c’est la deuxième victoire du Lansdowne en un mois). A l’aube, deux Grumman G-21A basés d’habitude à Fort de France, mais redéployés à Kingston, entrent en jeu. Ils détectent un autre sous-marin allemand se dirigeant vers le convoi et parviennent à l’endommager. Ce sous-marin, l’U-162, sera coulé dans l’après-midi par les DD britanniques HMS Quentin et Vimy, arrivant de Kingston.
Alger
Conseil de cabinet. Le ministre de l’Economie, Raoul Dautry, indique avoir reçu une note des Finances qui « s’interroge sur le caractère opportun de l’envoi, sans contrepartie apparente, d’un grand nombre d’avions de chasse en bon état à la Nouvelle-Zélande. » Cette note provoque une réponse immédiate du ministre de la Guerre, Charles de Gaulle, prononcée sur le ton poli qui convient, mais non sans raideur : « Cet envoi n’est qu’un mince investissement pour l’établissement de liens politiques à long terme, qui sont nécessaires pour conserver à la France son statut de grande puissance. La France Combattante se doit d’aider tous ceux qui combattent nos ennemis communs. Le rôle de la France dans le Pacifique Sud vaut bien une centaine d’avions ! Au reste, la politique de la France ne se fait pas à la comptabilité. »
Méditerranée centrale et Sicile
02h54 – Le sous-marin de Sa Majesté Unbroken surprend en surface, dans le détroit de Sicile, le sous-marin italien Alabastro, allant de Tarente à Naples. L’Alabastro est coulé par deux torpilles.
Dans la journée, la ville de Catane est bombardée par des B-26 américains et français, escortés par des chasseurs basés à Malte. La Regia Aeronautica réagit à peine. Le port est durement touché, mais les maisons voisines sont elles aussi frappées et on relève plus de deux cents morts et blessés civils.
Grèce et Mer Egée
Nouvelle journée d’attaques contre les terrains de la Luftwaffe dans la région d’Athènes, pour soutenir l’opération Blowlamp et pour user la Luftwaffe et la fixer sur le front grec.
Cette fois, les Mustang II du III/6 assurent la couverture haute en compagnie des Spitfire V des Squadrons 33, 112, 238 et 250 de la RAF. L’escorte rapprochée des Beaumont et des Boston est confiée aux Hurricane-II et aux Kittyhawk de la RAF, et les terrains sont mitraillés peu après le bombardement par des NA-73 et NA-92FGA de la 13ème EC, basés à Mudros et à Mytilène-1. Cette opération massive, où sont engagés 148 chasseurs et 54 bombardiers ; provoque une violente réaction de la Luftwaffe, mais les Bf-109F et G du JG-27, débordés par le nombre, sont incapables d’approcher les bombardiers alliés. La Force Aérienne de Mer Egée perd 4 Hurricane, 3 Kittyhawk, 2 Spitfire et 3 Mustang (dont deux de la 13ème EC, abattus par la Flak d’aérodrome), mais 6 Bf-109 sont abattus et sur les pistes de Tatoi et d’Eleusis, sérieusement endommagés, 3 Bf-109, 2 Bf-110, 4 Ju-87 et 2 Ju-88 sont réduits à l’état de ferraille.
Roumanie – Blowlamp VII
A l’aube, le Mosquito PR d’évaluation des dégâts constate que les quatre raffineries déjà attaquées ont beaucoup souffert. Un autre Mosquito compte assez peu d’avions sur les terrains entourant Ploesti.
A 09h45, le Général Doolittle, après avoir conféré avec les officiers commandant les 98ème et 376ème BG et la 60ème EB, décide de lancer une nouvelle attaque diurne, cette fois contre le très important complexe Concordia Vega, au nord de Ploesti.
Rassemblant tous les avions et équipages en état de combattre, les trois unités constituent une formation de 96 avions en trois boxes, avec 8 avions de réserve. Ces derniers doivent suivre la formation principale jusqu’à Limnos, pour remplacer les appareils qui auraient des ennuis mécaniques (trois B-24 seront ainsi remplacé, les cinq autres “réservistes” allant se poser à Rhodes). C’est vraiment un “effort maximum”. Cent quatre chasseurs décollent aussi, même si 92 seulement dépasseront le massif du Rhodope (28 du 1er FG, 32 du 14ème FG et 32 de la 2ème EC).
Cette formation massive (pour l’époque) doit être suivie, 400 km et presque 80 minutes plus tard, par 51 bombardiers Stirling de la RAF. Ces appareils auraient dû participer à Blowlamp VIII, mais Doolittle soupçonne que les responsables de la direction de la chasse allemande auront du mal à véritablement faire la différence entre les formations et concentreront leurs efforts sur la plus grosse. Les Stirling doivent attaquer le Creditul Minier à Brazi, au sud de Ploesti, au moment où toutes les défenses ennemies seront en alerte au nord de la ville, où les B-24 attaqueront les installations de Concordia Vega.
Les bimoteurs de bombardement de nuit assureront seuls Blowlamp VIII.
25 minutes de combat continu
Pendant ce temps, un sentiment proche de la panique gagne l’état-major allemand, au fur et à mesure que l’étendue des dégâts causés aux raffineries se précise, que l’on mesure l’ampleur des pertes de la chasse et que l’on apprend que l’efficacité de la flak sera très réduite ce jour-là, car les servants sont épuisés… et leurs canons aussi (la section centrale de presque tous les 88 mm doit être remplacée). Dans la matinée, Kesselring approuve le redéploiement de toute la chasse du IIème FliegerKorps à Plovdiv, y compris les I et II/JG 53 et les Bf-110 du ZG 1. Ces avions se posent à peine sur leur nouvelle base quand retentit le premier klaxon d’alarme de la journée. « Encore ? grogne le Capitaine Von Stahlman, dont le Bf-109F vient d’atterrir à Plovdiv. Est-ce que les B-24 poussent sur les arbres, en Amérique ? »
– Bien sûr, répond Heinz Becker, dont l’avion s’est immobilisé tout près, ils ont des pommiers à B-24. Mais ce ne serait rien s’ils n’avaient pas aussi des poiriers à P-38. Et si ce n’était pas la saison des deux…
Comme Doolittle l’espérait, l’association d’un raid à haute altitude et d’un autre à moyenne altitude désoriente dans une certaine mesure la direction de la chasse allemande. L’effort de défense principal s’exerce contre les B-24. De Plovdiv décollent 36 Bf-109F et 24 Bf-110 C et F, qui vont intercepter les attaquants un peu au sud de la frontière roumano-bulgare. Les monomoteurs se jettent sur les P-38 du 14ème FG (49ème FS) pour frayer la voie aux Bf-110 et un violent combat éclate. Cette féroce bataille est ainsi rapportée par un des pilotes américains (avec l’aimable autorisation d’Air Force Journal, mars 1993).
« Ils sont arrivés de nos 4 heures, nombreux, en deux groupes, et nous ont sauté dessus. Notre squadron leader a crié de larguer les réservoirs supplémentaires et de dégager à droite. J’emmenais le White Flight et quand le Red Flight (à ma gauche) a dégagé à droite, j’ai vu des 109 dans leurs queues. J’ai tout de suite dégagé à gauche, suivi par le Blue Flight, et le Green Flight a dégagé à droite. Nous avons nettoyé la queue de Red Flight et j’ai endommagé un 109, pendant que deux autres tombaient.
Il y avait des Jerry partout, au milieu de notre squadron et tout autour. Nous avons formé deux cercles en sens opposés. Un P-38 est parti en vrille ; il avait décroché et perdait de l’altitude. Un tas de 109 lui sont tombé dessus. J’ai plongé et j’ai flingué leur leader. Les autres ont dégagé en split-S et j’ai rejoint la formation. Mais deux autres P-38 tombaient à ma gauche, en flammes, et l’un était tout près de moi. J’ai gueulé : « P-38 on fire, bail out ! » (P-38 en feu, sautez !), mais je n’ai pas eu de réponse.
A partir de cet instant, nous n’avons plus rien fait que voler en cercles Lufbery, chassant les 109 qui s’accrochaient à nos queues. A chaque instant, je pouvais voir au moins un chasseur ennemi devant moi, au-dessus ou au-dessous. Ils arrivaient de toutes les directions et d’au-dessus de nous, en nombre et à toute vitesse. Un P-38 volant à l’horizontale a quitté son Lufbery et attiré immédiatement un tas de 109. J’ai viré sec et j’ai réussi à leur envoyer une giclée de traçantes ; l’un a basculé en fumant noir et les autres sont partis en split-S, mais le P-38 a décroché et il est tombé en vrille. Nous utilisions tous beaucoup de munitions et de pétrole, mais je me suis rendu compte qu’il allait falloir se battre jusqu’au bout et je me suis fait une raison. La bagarre a duré presque 25 minutes, mais au bout d’un moment, les 109 restaient un peu au-dessus de nous, ne faisant qu’une passe de temps en temps. Alors, d’autres sont arrivés et on s’est jeté sur eux. J’en ai eu un près du cockpit et il a disparu instantanément. Les autres ont dégagé en désordre. J’ai profité de l’occasion et j’ai foncé vers le sud, en zigzaguant brutalement. Je n’avais que sept P-38 derrière moi. »
Le 49ème FS a eu affaire aux chasseurs du JG 53, perdant huit avions, deux autres, durement touchés, se posant en catastrophe à Limnos. Les pilotes vont revendiquer 28 victoires ; en réalité, les archives du JG 53 montrent que lors de ce premier combat de la journée, la formation allemande a perdu seize des siens (dont un commandant de Gruppe et deux commandants de Staffeln), plus sept gravement endommagés. Sur seize, trois Bf-109 ont sans doute été abattus par des P-38 du 48ème FS (qui a perdu deux avions), mais les hommes du 49ème FS ont détruit les treize autres.
Pendant ce temps, les Bf-110 ont tenté de s’en prendre aux boxes de bombardiers, mais sont coiffés par les P-38 de la 2ème EC. Sachant que d’autres combats les attendent dans la journée, les Français ne font que quelques passes en plongeon et ressource pour briser la formation allemande, abattant cinq Bf-110 (pour 7 revendiqués) sans pertes. Sachant qu’ils ne sont pas de taille contre les Lightning, les pilotes allemands rompent le combat.
Ces affrontements ont nettement réduit la taille de l’escorte, mais ils ont aussi distrait les contrôleurs allemands, et les Stirling ont pu se glisser sans encombre au-dessus du nord de la Grèce, pendant que les B-24 approchent de leur objectif.
Les chasseurs roumains et hongrois se lancent à leur tour à l’attaque et, comme la veille, en deux formations largement séparées. Les Roumains, avec 22 IAR-80 et 18 Bf-109 (14 x 109E et 4 x 109F), sont les premiers au contact. Les pilotes des Messerschmitt essaient délibérément d’attirer l’attention de l’escorte pour laisser aux IAR-80 la possibilité d’attaquer les bombardiers. Cette feinte marche, dans une certaine mesure : les P-38 du 1er FG et de la 2ème EC sont engagés par les Bf-109, qui perdent onze avions en échange de quatre P-38. Mais les lents IAR-80 ont toutes les peines du monde à intercepter les B-24. Avec une vitesse maximum qui ne dépasse pas 510 km/h à 16000 pieds, il n’est pas facile de rattraper des bombardiers qui volent à 450 km/h à 26000 pieds. Les Roumains n’ont alors d’autre choix qu’une course prolongée vers les feux croisés des tourelles américaines. Pire : les IAR-80 ne sont armés que de quatre mitrailleuses ( 4 x 7,92 mm ou 2 x 7,92mm et 2 x 13,2 mm) au lieu de six, car ils ont dû en faire démonter deux pour avoir une chance de rejoindre les Liberator. Attaquant la box inférieure, les 22 chasseurs parviennent à abattre deux des bombardiers et à en endommager quatre, mais perdent cinq des leurs sous la mitraille des B-24. Ils sont alors assaillis par huit P-38 du II/2, qui abattent six Roumains au prix d’un seul P-38.
Peu après, les six Bf-109E hongrois font une passe sur une box intermédiaire. Ils détruisent un B-24, en endommagent deux et dégagent avant que l’escorte ne les rattrape.
Le feu du ciel
A ce moment, la formation est au-dessus de la raffinerie Concordia Vega. Une petite brise du nord-est rend la visée particulièrement précise et plus de 66% des bombes des 93 bombardiers tombe à moins de 900 mètres du point central, détruisant les installations à 75%. La Flak est cependant très dense, car la Concordia Vega n’a jamais été attaquée auparavant ; deux B-24, endommagés par les chasseurs et volant plus bas que leur box, sont détruits. Sous les avions qui font demi-tour, de violents incendies font rage et de lourds nuages noirs et huileux dérivent au-dessus de Ploesti.
Alors que les B-24 repassent la frontère bulgare, les Stirling attaquent la raffinerie du Creditul Minier, à Brazi, après une feinte vers Bucarest. A 17000 pieds, les bombardiers britanniques sont très efficaces, bien qu’ils ne soient pas épargnés par la Flak, car Brazi n’avait pas encore été attaqué. Trois Stirling tombent, mais le Creditul Minier est arrosé de bombes et détruit à 70% par d’énormes incendies. Quittant la zone de l’objectif, les Britanniques sont attaqués par huit CR-42 hongrois, qui n’avaient pas décollé pour intercepter des bombardiers (ils savent que les B-24 vont trop vite pour eux), mais pour éviter d’être détruits par un bombardement (la défense anti-aérienne avait cru que les Stirling allaient bombarder des aérodromes). Les petits biplans réussissent à abattre un Stirling, mais perdent deux des leurs.
Les BV-24 sont maintenant près de la chaîne du Rhodope. Faute de mieux, le Général Gerstenberg supplie les commandants des JG 53 et ZG 51 de mener une nouvelle attaque. Certains des chasseurs qui ont atterri à Plovdiv après le premier combat de la journée et qui n’ont pas été endommagés ont pu ravitailler. Huit Bf-109F et 20 Bf-110 peuvent décoller et interceptent le raid au-dessus des collines de Thrace. Les pilotes de l’escorte sont harassés et manquent de munitions et de carburant. Pourtant, ils abattent trois avions (un Bf-109F et deux Bf-110) en échange de deux P-38 (un du 1er FG, un de la 2ème EC). Les chasseurs bimoteurs ajoutent deux B-24 à leur tableau (des traînards volant plus bas que la formation principale) et endommagent quatre appareils.
Enfin la bataille s’achève. Sept B-24 ont été détruit en combat et six autres doivent se poser en catastrophe à Limnos (2), Lesbos-Mytilène (3) ou Chios (1).
Les Stirling perdent encore deux appareils attaqués par des Bf-110 et trois autres se posent sur le ventre à Chios.
Au soir du “Mercredi en Flammes” (Wednesday in Flames)
Cette bataille est la plus dure livrée par la force Blowlamp. Treize B-24 ont été perdus, dont sept en combat aérien, et neuf Stirling, dont six en combat. Dix-sept B-24 et onze Stirling ont été plus ou moins endommagés. L’escorte a subi de lourdes pertes : 21 P-38 abattus (dont 17 en combat aérien) et 18 endommagés. Le 14ème FG a été très éprouvé – le 49ème FS a perdu dix avions (dont deux par accident à l’atterrissage) sur les seize appareils engagés dans Blowlamp VII.
Les chasseurs de l’Axe ont payé pour cela un prix très élevé. Vingt-quatre chasseurs de la Luftwaffe ont été détruits en combat (17 du JG-53 et 7 du ZG-1), plus 22 Roumains et deux Hongrois. Beaucoup d’autres avions sont endommagés, et certains irréparables.
Mais si la bataille est une défaite pour les forces du Général Gerstenberg, ce n’est pas seulement parce que ses chasseurs ont été décimés. Ils n’ont pu empêcher les bombardiers d’atteindre leurs cibles : les deux objectifs du jour, la Concordia Vega et le Creditul Minier, ont été si durement touchés qu’ils ne retrouveront plus, jusqu’à la fin de la guerre, leur production d’avant ce raid.
Paradoxalement, pour l’état-major de Blowlamp, le résultat n’est pas si clair. Les pertes subies dans la journée apparaissent si élevées que le Général James Doolittle, après discussion avec l’Air Vice-Marshall Tedder, décide de suspendre les raids.
Roumanie – BlowlampVIII
Un dernier coup de Lampe à souder
Cette décision n’empêche pas 27 Wellington et autant de Manchester de quitter Héraklion entre 20h41 et 21h12. Les Wellington attaquent le Creditul Minier et les Manchester l’Astra Romana. Les installations de Brazi brûlent violemment et les feux de diversion ne peuvent éviter que les bombes de la nuit ajoutent leurs dégâts à celles de la journée. L’Astra Romana est plus difficile à repérer; seuls dix Manchester identifient positivement leur cible. Les 17 autres bombardent la ville, tuant 39 personnes et en blessant 127.
La chasse de nuit allemande abat quatre Wellington et deux Manchester. Un cinquième Wellington est abattu par la flak et deux Manchester endommagés se posent à Limnos ; ils sont irréparables. La force de bombardement de nuit a elle aussi payé le prix.
Opération Blowlamp/Lampe à souder – Le bilan
Après quatre jours et quatre nuits consécutifs d’attaques, six des sept complexes de raffineries ont été touchés et nulle part les dommages cumulatifs ne sont inférieurs à 90% – le Creditul Minier, détruit à près de 90%, est le plus atteint. Les livraisons d’essence à haut degré d’octane tombent brutalement à moins de 25% de leur niveau habituel durant la dernière semaine d’août ; deux mois après les raids, le 15 octobre, elles n’atteindront encore que 50% de la normale. Les livraisons de pétrole brut sont elles aussi désorganisées, car les lignes de chemin de fer passant près des raffineries ont été gravement atteintes : les livraisons tombent de moitié, et le 15 octobre, elles ne dépasseront pas 75% de la norme.
« Blowlamp/Lampe à souder imposa de sévères contraintes à la Luftwaffe à un moment très difficile. La perte, même temporaire, d’une grande partie de son essence d’aviation fut considérée à Berlin comme un terrible désastre. Ce fut l’un des événements qui devaient par la suite conduire le chef d’état-major de la Luftwaffe, le Général Hans Jeschonnek, à la dépression nerveuse et finalement le pousser au suicide. » (Maurice Héninger « L’épreuve du feu – L’évolution des outils militaires durant la Deuxième Guerre Mondiale » Plon Ed., Paris, 1985)
55 B-24, 38 Stirling, 26 Manchester, 29 Wellington, 68 P-38…
Pour parvenir à ces résultats, 38 B-24 ont été perdus, en combat ou à l’atterrissage, sur des bases alliées ou en Turquie. Dix-sept autres ont été si endommagés qu’il a fallu les « réduire à leurs composants » (en fait, ils ont été cannibalisés). Au total, après quatre jours, 55 B-24 ont été détruits et 33 autres sont en réparations sur une force de 176 appareils – soit un potentiel offensif réduit de 50%.
La RAF a perdu 27 Stirling (plus 11 irréparables) sur 142, 17 Manchester (plus 9 irréparables) sur 72, et 20 Wellington (plus 9 irréparables) sur 69. La plupart des ces pertes ont été dues à la chasse de nuit allemande (7 et 8/NJG 1).
L’escorte n’a pas été épargnée. L’unité la plus touchée a été le 14ème FG de l’USAAF, qui a perdu 15 avions en combat, plus 12 détruits à l’atterrissage ou irréparables. Puis vient la 2ème EC, avec 14 avions perdus et 8 irréparables (sur 60). Enfin, le 1er FG de l’USAAF a perdu 12 avions, plus 7 irréparables. De si lourdes pertes subies en quatre jours auraient pu briser le moral allié, si ces unités n’avaient pas aussi remporté de nombreuses victoires.
… 43 Bf-110, 40 Bf-109, 102 Roumains, 15 Hongrois, 14 chasseurs de nuit
Les pertes aériennes de l’Axe ont en effet été considérables.
Les II et III/ZG 26 ont perdu 27 Bf-110 sur 43 avions en état de vol au départ. En y ajoutant les cinq appareils irréparables et les six qu’il faut renvoyer en Allemagne pour y être remis en état, les deux unités n’ont plus à elle deux que… cinq Bf-110 en état de vol. Le ZG 1 du IIème FK a perdu 7 Bf-110 et 4 irréparables sur 41 avions. Il est clair que le Bf-110 n’est pas un avion à utiliser contre des formations de bombardiers lourds solidement escortées !
Le JG 53 a perdu 29 Bf-109 (plus 11 irréparables) et ne compte plus que 12 avions opérationnels.
Les deux Flotilas roumaines ont subi des pertes effroyables. La Flotila 2 a perdu 45 avions sur 57 (plus dix irréparables) et n’a plus que deux avions en état de vol. La Flotila 3 ne va guère mieux : 39 avions abattus et 8 irréparables sur 51, soit quatre encore opérationnels.
Les Hongrois (2ème Régiment de Chasse) a perdu 10 avions, plus cinq irréparables, ce qui le laisse avec 13 appareils (6 Bf-109E et 7 CR-42).
Enfin, les chasseurs de nuit allemands ont abattu la plupart des 74 bombardiers de la RAF détruits depuis le 16 août. Trois pilotes ont obtenu respectivement dix, huit et sept victoires en quatre nuits. Néanmoins, les 7 et 8/NJG 1 ont perdu huit avions (six Bf-110F4 et deux Ju-88C6), plus six irréparables. Sur 32 chasseurs de nuit opérationnels le 16 août, onze seulement le sont encore le 20.
Les 157 chasseurs de l’Axe abattus en quatre jours l’ont été en majorité par l’escorte, qui a revendiqué 201 victoires (61 pour le 1er FG, 72 pour le 14ème FG et 68 pour la 2ème EC). Mais les mitrailleurs des B-24 en ont revendiqué 81. Neuf pilotes de l’USAAF (cinq du 14ème FG et quatre du 1er FG) ont obtenu le titre d’As, dont trois en une seule mission. Cinq pilotes français ont obtenu cinq victoires ou plus, mais quatre d’entre eux avaient déjà leurs galons d’As depuis les combats de Limnos, au printemps précédent.
« Malgré de lourdes pertes, Blowlamp fut un succès à la fois stratégique et tactique. Non seulement la Luftwaffe était privée pour un bon moment d’une grande partie de son essence à indice d’octane élevé, mais encore les pertes subies par les Commandements aériens de Grèce et des Balkans obligeaient à renforcer les défenses de Ploesti avec des avions qui auraient été bien utiles en Russie, dans le Péloponnèse ou, quelque temps plus tard, en Sicile.
Le JG 53 comme le ZG 1 ne devaient jamais revenir en Grèce : ils furent définitivement rattachés au FliegerFührer Balkan et le II/JG3 “Udet” fut retiré en hâte de la région d’Athènes et déployé lui aussi dans les Balkans. La chasse du Xème FliegerKorps, qui était jusqu’alors considérée comme une réserve stratégique, dut être déployée pour remplacer la chasse du IIème FK en Grèce du Nord. Ainsi, Blowlamp avait également atteint un autre de ses buts : assurer une puissante diversion avant une importante offensive alliée.
L’incidence politique vaut aussi d’être soulignée. En Roumanie, l’étoile du Général Antonescu commença à pâlir, malgré les victoires proclamées sur le front russe. Bien que la population civile de Ploesti ait été durement éprouvée lors des raids nocturnes, des sentiments pro-occidentaux (ou du moins anti-allemands) commencèrent à se faire jour dans la population et les élites. L’impact de Blowlamp s’ajoutant à celui de la bataille de Limnos, le gouvernement turc fut lui aussi très impressionné, et la neutralité turque commença sérieusement à pencher du côté des Alliés – le troisième objectif de l’opération était atteint. » (Maurice Héninger, op. cit.)
Enfin, Blowlamp entraîna de substantielles modifications dans l’organisation et l’équipement des forces aériennes engagées.
« Les deux Flotilas roumaines durent être entièrement reconstituées. Pour prix de l’héroïsme de leurs pilotes, elles reçurent en décembre 1942 des Bf-109G, et le Haut commandement de la Luftwaffe accepta même de lui attribuer des Bf-410. La “Bataille des Quatre Jours” devait ainsi jouer un rôle significatif dans l’expansion de la Force Aérienne Roumaine, bien que les pertes en pilotes eussent été plus difficiles à remplacer. Cependant, les deux Flotilas ne devaient jamais rejoindre le front russe, comme cela avait été prévu.
La Luftwaffe avait appris à la dure que ses chasseurs lourds, seuls capables de détruire sans trop de mal un bombardier quadrimoteur, n’étaient pas de taille à lutter contre les chasseurs d’escorte alliés, mais que ses chasseurs de supériorité aérienne, plus agiles, étaient trop légèrement armés pour abattre facilement les géants américains.
En revanche, les succès des chasseurs de nuit furent dûment relevés. Les deux Gruppen de chasse de nuit auraient été renforcés pour devenir un Geschwader, sans l’offensive de la RAF contre la Ruhr, qui commença au début de 1943.
Du côté allié, la bataille aérienne du 19 (le “Mercredi de Flammes”) avait jeté quelques doutes sur la valeur du P-38. L’avion avait triomphé contre des chasseurs dépassés (Bf-109E, Bf-110C et F, ou IAR-80), mais avait eu du mal à faire face à un avion plus avancé (Bf-109F). Nul ne contestait les performances de l’avion à très haute altitude, mais contre le Bf-109F, il devait compter sur le travail d’équipe et une bonne coordination des unités pour survivre si l’ennemi était en nombre. Cela ne pouvait que s’aggraver avec l’introduction de chasseurs allemands plus modernes et plus puissants. Si les formations allemandes avaient été équipées du redoutable FW-190, la situation du 49ème FS aurait pu devenir critique et la bataille s’achever en désastre. Les représentants de Lockheed devaient soigneusement relayer les enseignements de la bataille, qui conduisirent en 1943 à des améliorations significatives du Lightning. Cependant, Blowlamp réclamait l’introduction de chasseurs d’escorte à long rayon d’action dotés de capacités en combat aérien au moins égales à celles des chasseurs adverses les plus avancés.
Enfin, il ne fut pas immédiatement évident que les bons résultats obtenus par les bombardements à haute altitude avaient été liés à des facteurs tels qu’un très beau temps durant la plupart des missions, une bonne connaissance de la région des objectifs et la nature même de ces derniers. Ces résultats allaient conduire le commandement de l’USAAF à penser qu’il serait facile de les répéter. L’expérience de la 8ème Air Force au-dessus de l’Europe de l’Ouest montrerait que ce n’était pas le cas, au moins jusqu’à ce que les bombardiers soient équipés d’aides de visée comme le radar H2X. » (Maurice Héninger, op. cit.)
Milne Bay (Nouvelle-Guinée) – Bataille de la Kalobi
Il pleut – enfin, il pleut encore plus fortement et plus continuellement que d’habitude. Un groupe de Japonais déborde les forces de la RAAF et du 53ème en traversant plus au sud, près du confluent de la Kalobi et de la Maiwara. Mais les hommes qui tiennent le gué d’Hagita refusent de bouger – en effet, sans ce gué, les Japonais ne peuvent avancer en nombre vers l’ouest, ni faire passer de ravitaillement.
Rabaul
Une nouvelle tentative de reconnaissance aérienne échoue en raison du mauvais temps, qui oblige les avions à faire demi-tour.
Guadalcanal
Les chasseurs de sous-marin japonais Cha-3 et Cha-4, sur le point de repartir pour Rabaul, sont attaqués par deux Swordfish et un Floatfire, 2 nautiques à l’ouest de Savo. Le Cha-3, gravement endommagé par une bombe qui explose à toucher sa coque, tente de s’échouer près de Tassafaronga, mais se brise en deux sur un récif corallien. Les marins récupèrent le plus possible de matériel sur l’épave avant qu’elle ne sombre.
20 août
Grande-Bretagne
L’Allied Combined Operations Joint Staff (état-major allié interarmes des opérations combinées) étudie les derniers détails de l’opération “Rutter”, dont la date a été fixée au mercredi 2 septembre. Le Major-Général John H. Roberts (Armée canadienne) répète son commentaire du 30 juillet : « Ce sera du gâteau ! »
France occupée
Un grand “Sweep” allié frappe les terrains d’Abbeville-Drucat, Amiens et Beaumont-le-Roger. Le premier est la cible de 36 B-17 de l’USAAF (97ème BG), le deuxième est attaqué par 27 Beaumont I de la RAF et le troisième par 36 Beaumont I britanniques, tous solidement escortés par la RAF (Spitfire V et IX) et l’Armée de l’Air (1ère EC, sur Spitfire IX). Cette fois, la Luftwaffe réagit en force et engage les JG-2 Richtofen et JG-26 Schlageter. Le combat aérien est très violent. La RAF perd sept Spitfire et la 1ère EC un, mais sept FW-190 sont abattus, dont un par le Cdt René Mouchotte (qui commande l’escadre), un par son ailier et un par le Capitaine Christian Martel (qui commande le II/1).
Casablanca
En début d’après-midi, le grand paquebot Normandie quitte Casablanca pour Dakar, Capetown, Freemantle, Sydney et Auckland, parcours qu’il doit accomplir à 30 nœuds de moyenne. Il est chargé de 88 Hawk-87 en caisses (12 autres appareils, qui n’ont pu être conditionnés à temps, suivront par un autre bateau). Ces avions sont accompagnés par six instructeurs, auxquels s’ajoutent six anciens pilotes de la 7ème EC, qui ont été durement éprouvés au-dessus du Péloponnèse au printemps 1942 et doivent transmettre aux Néo-Zélandais leur expérience du combat.
Héraklion
L’Air Vice-Marshal Sir A. Tedder, chef de la Force Aérienne de Mer Egée, ordonne le lancement de l’opération Icarus, vaste offensive aérienne supposée faire croire à l’ennemi que la prochaine attaque alliée visera la Grèce ou les Balkans.
Singapour
Dans la nuit, une division japonaise débarque dans l’île d’Ubin (Pulau Ubin), entre la côte nord-est de Singapour et la côte du Johore. Elle se heurte à une forte résistance.
Dans le même temps, cinq divisions japonaises débarquent sur les côtes nord, nord-ouest et ouest de l’île de Singapour elle-même. Le débarquement simultané des Japonais sur un front aussi large disperse les tirs de l’artillerie des défenseurs et limite leur aptitude à concentrer leurs réserves sur les points menacés. De plus, l’avance des attaquants sur plusieurs axes crée une certaine confusion et quelques unités risquent d’être prises de flanc.
Pour faire face plus efficacement et contrebalancer l’effet du contrôle total de l’espace aérien par les Japonais et des tirs d’artillerie venant de l’arc des positions japonaises sur les collines bordant la rive sud du Johore, le Commandement de Malaisie décide de replier ses unités vers leurs sources de ravitaillement, d’abord au nord-ouest, puis à l’ouest. Cette stratégie est préférée à toute tentative d’envoyer des renforts en première ligne, car le Premier Siège a démontré l’extrême difficulté de déplacer renforts et ravitaillement vers l’avant sous les bombardements ennemis. De plus, les troupes s’installent ainsi sur un terrain ferme, n’ayant pas été ravagé par les combats d’avril et mai, et où les troupes disposent d’une couverture végétale. Enfin, la contraction du front allié permet à l’artillerie de mieux concentrer ses tirs défensifs sur un secteur particulier, car les Alliés ont l’avantage de lignes de communication intérieures.
Selon les rapports de l’état-major du IIIème Corps Indien, « Dans la région nord, les Japonais ont utilisé pour la préparation d’artillerie des obusiers de 11 pouces et de 9 pouces, installés dans des positions creusées à contre-pente, ce qui rendait le tir de contre-batterie difficile. Obtenir le bon angle de chute pour les obus, dans la bonne direction et à la bonne portée, posait de gros problèmes. Peu de ces énormes obusiers ont donc été touchés par nos tirs, mais quelques résultats spectaculaires ont été observés sur ce qui devait être leurs dépôts de munitions avancés. Cependant, les obus de 9 et 11 pouces sont si gravement endommagé les fortifications et retranchements de la partie ouest du secteur de la Jetée qu’une défense efficace et économique dans cette zone est devenue impraticable.
A l’est de la Jetée, les troupes débarquées par l’ennemie ont subi de lourdes pertes et ont été repoussées.
A l’ouest, en revanche, la 9ème Division Indienne s’est retirée sous la pression ennemie de la “ligne côtière” et de la “ligne des collines” des batailles d’avril sur les positions construites dans les collines couvertes de plantations d’hévéas, juste en arrière. Cette zone n’a pas été gravement touchée lors des combats d’avril-mai et permet aux défenseurs d’être à couvert des observations ennemies, tout en leur offrant de bons postes d’observation. Les plantations permettant à nos réserves de se dissimuler et d’intervenir sans être gênées par l’aviation, les troupes japonaises tentant d’exploiter leur succès contre les défenses côtières pour progresser vers l’intérieur de l’île se sont heurtées à de violentes contre-attaques menées par l’infanterie Gurkha de la 16ème Division Indienne et par les blindés britanniques. » (…)
« Dans la région ouest, la 11ème Division Indienne (renforcée) s’est repliée en combattant, selon les plans, sur la ligne Krangi-Jurong. Malheureusement, une grande partie de l’artillerie de défense des plages (de vieux canons britanniques ou des canons japonais capturés) a dû être abandonnée après avoir très vite consommé toutes ses munitions en tirant sur les embarcations japonaises et sur les cibles repérées en Johore. En dépits de tous les efforts et du soin pris en disposant les canons pour faciliter leur retraite, les artilleurs et leur infanterie d’appui ont constaté que, dans les conditions tactiques présentes et après les violents orages qui ont rendu la plupart des pistes impraticables, ils n’avaient pas d’autre choix que de détruire les canons. » (…)
Piste de Bulldog (Papouasie - Nouvelle-Guinée)
En arrivant au “col du Chinois Mort” (Dead Chinaman), ce qui reste du groupe du Capitaine Minchin rencontre les premiers renforts de l’AIF (Australian Imperial Force) à atteindre la région : des éléments d’une compagnie de la 6ème Division. Ceux-ci sont des soldats professionnels qui ont l’habitude de prendre de haut les volontaires et autres “amateurs” de l’AMF (Australian Militia Force), mais ils changent brutalement d’avis en voyant arriver les “Squelettes Combattants de Minchin”, comme les 70 survivants se sont baptisés. Minchin lui-même jette un coup d’œil aux positions occupées par les hommes de l’AIF et comprend immédiatement qu’ils ignorent tout des tactiques de l’infanterie japonaise. Sous les yeux du Major de l’AIF, il se met à leur donner des ordres afin de redéployer les défenseurs de façon à faire face à une attaque japonaise standard “engagement de face et prise de flanc”. Quand il a terminé : « Voilà, dit-il au Major sidéré, comme nous sommes sur une crête, nous devrions tenir 24 à 36 heures. Ont-ils du ravitaillement, à Bulldog ? » Informé qu’en effet, Bulldog a reçu une bonne quantité de ravitaillement, Minchin y envoie un coureur avec l’ordre de transporter vivres et munitions jusqu’à une position située à une heure de marche du terrain d’aviation de Bulldog et se retourne vers le Major, carrément médusé : « Finalement, nous devrions pouvoir les arrêter là-bas. Vous comprenez, nous sommes maintenant tout proches d’un point de ravitaillement, tandis que celui des Japonais est à 20 heures de marche d’ici. Or, ils sont dans un état de forme qui n’est pas très différent du nôtre… »
Piste de Kokoda (Nouvelle-Guinée)
Les hommes des compagnies A des 2/9ème et 2/10ème bataillons, soutenues par leurs compagnies B, occupent finalement toute la dépression connue sous le nom de Bowl.
Pendant qu’ils grignotent les défenses ennemies, le 2/12ème, renforcé par les compagnies C des deux autres bataillons, qui ont pu se reposer un peu, s’est glissé le long du flanc droit japonais par la piste du jardin, à l’extrême gauche des positions australiennes. Les hommes s’impatientent contre le sort injuste qui les retient encore, alors que les positions ennemies avancées ont été encerclées et anéanties. Mais les Japonais refusent de décrocher et ils ne se rendront pas. Alors les Australiens avancent lentement, nettoyant sans pitié chaque pouce de terrain du moindre Japonais, tuant tous ceux sur lesquels ils mettent la main. Enfin, au soir du 20, la principale position ennemie est devant eux.
Milne Bay (Nouvelle-Guinée) – Bataille de la Kalobi
« Sur les 720 hommes qui avaient pris position au gué d’Hagita, il n’y eut que trente et un survivants. Tous étaient des hommes de la RAAF, tous avaient été blessés, tous avaient reçu l’ordre formel écrit d’évacuer et aucun ne jugea utile de témoigner de ce qui s’était passé exactement. Il fallut aux Japonais deux jours complets d’une lutte acharnée, presque constamment au corps à corps, pour se frayer un passage. Ce combat donna à Clowes le temps qui lui était nécessaire.
Aucun des cent vingt hommes du 53ème Bataillon ne survécut. Cette action leur valut la grâce de rester dans les mémoires non comme “des hommes du 53ème, qu’ils aillent au diable”, mais comme des hommes de ce qui fut par la suite immortalisé comme le “Bataillon Perdu”. Bien des années plus tard, les mots « Il était avec le Bataillon Perdu » suffiraient pour que des hommes se taisent un instant et lèvent leurs verres en silence. » (B. Marcus, op. cit.)
Guadalcanal
Des patrouilles de marines très agressives forcent les Japonais à être plus prudent pour éviter de subir de nouvelles pertes, qu’ils auraient beaucoup de mal à remplacer.
Le Capitaine Iishi met l’équipage du Cha-3 au travail pour creuser dans les rives de la rivière Mbonehe deux abris de 1,40 m de profondeur, où pourront se loger les G-351 et G-352 à leur arrivée. Chacune de ses autres vedettes lance-torpilles dispose déjà d’un nid douillet ombragé (et masqué) par des arbres en surplomb. Ces petits engins n’ayant qu’un tirant d’eau de 0,75 m, le travail n’était pas très difficile et la petite escadre est maintenant presque invisible d’avion.
Dans la soirée, Iishi fait une nouvelle reconnaissance de la zone de Tulagi. Il est encore aperçu, cette fois par des Australiens, mais ses petits bateaux sont pris pour des chaloupes alliées, dont Iishi constate qu’elles font la navette entre la baie de Tetere et Tulagi. Il observe aussi l’emplacement de ce qui reste de l’USS Astoria et les diverses dispositions alliées. _________________ Casus Frankie
"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire) |
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