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Et pendant ce temps-là en Chine
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Sep 23, 2007 18:57    Sujet du message: Et pendant ce temps-là en Chine Répondre en citant

Ce qui suit est la première partie d'un copieux travail de notre remuant australien, Mark. A priori, Fantasque l'estime raisonnable. N'hésitez pas à signaler des bugs, des coquilles, ou émettre des remarques sur le fond. En sachant tout de même que la bataille de Changsha s'est déroulée OTL presque à l'identique, car malgré l'absence d'une unité blindée chinoise, les Japonais ont bel et bien pris une raclée évoquée par Capra dans "Pourquoi nous combattons". Contrairement à ce qu'on croit souvent, les Chinois se sont vraiment battu.


Annexe 43-4
L’Allié méconnu
L’appui des Occidentaux à la lutte de la Chine contre le Japon
D’après “Our Yellow SOB” – KMT, Chinese Communists and us versus Japan, par Bernard Marcus. Melbourne, 1999.

En Europe, du point de vue de certains Espagnols, la Seconde Guerre Mondiale a commencé en 1936. De ce côté du monde, nous pourrions dire que, du point de vue chinois, elle a commencé en 1937, avec la seconde guerre sino-japonaise.

1937-1940 : le premier stade de la guerre
Quand la guerre commença, le 7 juillet 1937, l’Armée Nationale Révolutionnaire (ANR) du Kuomintang (KMT) comptait deux millions d’hommes en 182 divisions et 46 brigades d’infanterie, 9 divisions de cavalerie, 4 brigades et 20 régiments d’artillerie. Mais dès le début des opérations, l’ANR souffrit de deux lourds handicaps.
D’abord, elle était sous-équipée ; sa technologie militaire était nettement moins avancée que celle des Nippons et de leurs alliés. Ses unités étaient faibles, manquant d’artillerie lourde, de transports à moteur, de munitions suffisantes et d’un soutien logistique adéquat. Dix des 182 divisions d’infanterie avaient près de 11 000 hommes, mais moins de 4 000 fusils et carabines, 250 à 300 mitrailleuses légères et 50 ou 60 lourdes, une quinzaine d’obusiers courts et une trentaine de canons et mortiers au niveau du bataillon ou du régiment (mais pas de chevaux pour les traîner), ainsi que 250 lance-grenade environ. Les autres divisions n’avaient qu’environ la moitié de cette dotation. Il existait quelques formations exceptionnelles, comme le 29e Corps, dont chaque division comprenait quatre brigades et plus de 700 mitrailleuses légères. Les communications de toutes ces unités étaient très médiocres. Cependant, ces divisions étaient étonnamment mobiles – l’avantage d’avoir un équipement réduit au minimum…
Second et terrible handicap, la Chine n’était pas politiquement unie. Le Kuomintang et le Parti Communiste Chinois (PCC) étaient loin d’être réconciliés lorsque les troupes japonaises envahirent le pays et pendant toute la guerre, ces deux groupes furent forcés de déguiser de profondes dissensions, qui furent responsables d’affrontements politiques et même militaires (au niveau local du moins).

En dépit de ces handicaps, l’ANR connut quelques succès au début de la guerre. Elle repoussa l’offensive de l’armée japonaise à Shandong, Hubei et Shanghaï, en lui infligeant de lourdes pertes. La seconde bataille de Shanghaï s’acheva presque de la même façon, mais des renforts japonais arrivés in extremis firent pencher la balance en faveur du Soleil Levant. Quoique très mal équipées, les forces chinoises défendant Nankin détruisirent les fameuses unités Shikaya et Kisarazu des Forces Spéciales de l’Armée japonaise. Durant la bataille de Sujou, le 2e Corps japonais perdit 30 000 hommes (morts et blessés). En fin, lors de la bataille de Wuhan, une centaine d’avions japonais furent abattus, plusieurs patrouilleurs coulés et les forces terrestres japonaises subirent des pertes significatives. Ainsi, malgré ses nombreux désavantages, les performances de l’ANR furent très honorables.

Néanmoins, l’équipement japonais était très supérieur et, en dépit de durs combats, les armées de la République chinoise (qui comprenaient en réalité les forces des Seigneurs de la Guerre) furent sans cesse repoussées. Les avantages essentiels des Japonais étaient un contrôle de plus en plus étroit de l’espace aérien tactique au-dessus du champ de bataille et une supériorité indiscutable en artillerie, logistique, blindés et communications. Malgré tout, les Chinois s’accrochèrent et menèrent chaque fois que cela fut possible des contre-attaques significatives. Certaines obtinrent des succès considérables, mais toujours locaux et temporaires. Ainsi, pendant deux ans, le KMT fut forcé de reculer, avant que les fronts ne tendent à se stabiliser au point où le nombre des Chinois faisait contrepoids à l’équipement japonais.

1941 : le coup de main des Européens
Durant l’année 1941, la situation des armées chinoises continua de se dégrader, avec une seule lueur d’espoir : Anglais et Français avaient refusé de céder aux exigences japonaises demandant la fermeture de la Route de Birmanie d’une part, de la voie ferrée Haïphong-Kunming d’autre part. Tout au contraire, les Anglais se mirent à apporter de discrètes améliorations à la Route et, plus important encore, au port de Rangoon et aux ports fluviaux qui l’alimentaient. Au départ, cela n’eut que peu d’effet sur le tonnage transporté, mais c’était la base d’une amélioration à venir.
La Route de Birmanie était une voie étroite et en mauvais état, dont le débit était de 3 000 à 4 000 tonnes par mois au début de 1941. Les améliorations apportées firent passer ce chiffre à près de 8 000 tonnes en décembre. En fait, jusqu’au 7 décembre, la principale voie de ravitaillement chinoise fut de loin la voie ferrée Haïphong-Kunming, par où transitaient chaque mois 40 000 tonnes. Il n’est pas étonnant que sa fermeture ait été l’un des principaux objectifs japonais lors de l’invasion de l’Indochine française.

On estime que, sur l’ensemble de 1941, quelque 750 000 tonnes de matériels et fournitures de toutes sortes arrivèrent en Chine par la route ou le rail. Une grande partie de ce tonnage était représentée par des aliments à haute valeur énergétique, une aide économique et des approvisionnements militaires généraux (munitions, carburant…). Mais si, en 1941, l’aide américaine se cantonna en général à ce genre de livraisons, Anglais et Français, bien qu’ils fussent eux-mêmes sérieusement “gênés” en ce qui concernait le matériel militaire, purent trouver à livrer aux Chinois une quantité relativement importante d’équipements plus ou moins dépassés ou inutiles. Il fut ainsi possible d’expédier des systèmes de transmissions (télégraphe) et du matériel de guerre proprement dit – fusils, canons et même véhicules blindés. C’est ainsi que les Chinois reçurent des Alliés en 1941 un attirail guerrier hétéroclite, le plus souvent démodé et qui devait pourtant se révéler d’une utilité vitale.
– 120 tankettes italiennes CV-33 et une vingtaine de chars M11/39, le tout plus ou moins révisé après sa capture en Libye et en Ethiopie et accompagné d’une quantité assez importante de pièces détachées (il n’y aurait pas d’autre livraison de ce genre, mais elle était d’autant plus utile que l’ANR possédait déjà un certain nombre CV-33) ;
– 50 chars français R35/H35 (là non plus, il n’y aurait pas de suivi) ;
– 35 chars FT-17 récupérés dans des arsenaux américains et destinés à l’entraînement (l’ANR en possédait déjà une cinquantaine) ;
– 34 chars M2A1 “medium” tout neufs généreusement offerts par les Etats-Unis (bien que trop lourds pour l’infrastructure chinoise, certains de ces engins purent être engagés lors de la Troisième Bataille de Changsha, où ils rendirent d’immenses services dans la rues de la cité) ;
– 50 chars légers Marmon-Herrington CTLS-4T commandés à l’origine par les Hollandais (l’ANR avait déjà reçu 82 Marmon-Herrington CTLS-4TAC et 82 CTLS-4TAY) ;
– 80 chars Valentine anglais ;
– 120 chars (très) légers Mark-VI : plus que dépassé pour les Britanniques (en dehors de l’entraînement), le Mk-VI était le seul blindé allié de 5 tonnes produit en série à l’époque ; très fiables, ces tankettes devinrent le “char léger” standard de l’ARN (60 Mk-VIB rééquipés avec 2 x 15 mm AA Besa et déclarés obsolètes par les services britanniques, 50 “chasseurs de char” Mk-VID dotés d’un 2-pdr en tourelle ouverte, qui devaient représenter un atout majeur pour l’ARN, quelques Mk-VI convertis en véhicules de commandement et communications) ;
– un nombre croissant d’Universal Carriers Bren ;
– enfin, 350 automitrailleuses Marmon-Herrington 4WD Type II construites en Afrique du Sud. Prévues à l’origine dans le cadre d’une commande de mille véhicules pour l’armée de l’Union Sud-Africaine, ces excellentes machines commencèrent à être produites en grande série au moment même où les besoins pour ce type d’engins déclinaient avec la conclusion victorieuse des deux campagnes africaines (en Libye et en Ethiopie). Quoiqu’elles aient rendu des services dans des tâches de sécurité dans les empires coloniaux français et britannique et qu’un certain nombre aient été utilisées en Grèce dans des tâches de reconnaissance, une bonne partie de la production de ces automitrailleuses risquait fort d’être inemployée, lorsque les appels au secours des Chinois furent entendus. C’est ainsi que le hasard fit de l’Union Sud-Africaine un fournisseur majeur de véhicules blindés à l’armée chinoise. Ces engins, qui pouvaient se rendre jusqu’à leurs destinataires par leurs propres moyens à partir des ports fluviaux de Birmanie devaient acquérir une réputation enviable auprès des Chinois.
Note – Les chiffres indiqués ci-dessus représentent les livraisons totales décidées en 1941. Une bonne partie de ce matériel, effectivement livrée en 1941, ne fut pas opérationnel avant les premiers mois de 1942. De plus, un certain nombre de Valentine, de Mark-VI et d’automitrailleuses Marmon-Herrington ne furent effectivement livrés qu’au premier, voire au deuxième trimestre de 1942.

Décembre 1941-janvier 1942 : la troisième bataille de Changsha
Les ambitions de l’Armée Impériale
Lorsque les Etats-Unis (bien tard, du point de vue des Chinois, entre autres) entrèrent effectivement dans la Seconde Guerre Mondiale, la Chine et l’ANR étaient épuisées et gravement touchées par presque cinq années de guerre contre le Japon. A cette époque, après la bataille de Shang-Kao, la bataille du Shansi du Sud et les 1ère et 2ème batailles de Changsha, les fronts étaient à peu près stables. Les forces de l’Armée Impériale étaient très dispersées, ce qui ne l’empêcha pas de décider à la fin de 1941 de lancer une nouvelle offensive d’envergure, au moment même où elle venait de déclencher la guerre contre les Etats-Unis ! Ce serait la Troisième bataille de Changsha, dans le Hunan, en Chine du Sud.
Cent-vingt mille hommes (les 3e, 6e, 34e et 40e Divisions d’Infanterie, 9e, 14e et 18e Brigades Mixtes Indépendantes), sous le commandement du Général Yuiki Anami, devaient être lancés à l’attaque pour prendre la ville clé de Changsha, puis descendre la vallée de la rivière Xiang et enlever le nœud ferroviaire vital situé au nord-est de Lingling, perçant la ligne défensive formée par la Xiang et les lacs Pung-Ting. Les forces japonaises disposaient d’une artillerie abondante, de blindés et d’une totale maîtrise de l’air. En face, la 9e Zone de Guerre de l’armée de la République de Chine, commandée par le Général Hseuh Yueh (Xue Yue), alignait 300 000 hommes (des 3e, 4e, 10e, 26e, 28e, 37e, 58e, 69e, 72e, 73e, 78e, 79e et 99e “Corps”), en comptant des réserves qui ne furent pas engagées.

24 au 31 décembre : voir Changsha…
Le 24 décembre 1941, les 3e, 6e et 40e divisions japonaises, massées à Yueh-yang, se mirent en mouvement vers le sud en trois colonnes et traversèrent la rivière Hsin-chang, défendue par le 28e Corps. Elles se frayèrent un chemin malgré la résistance chinoise, puis poussèrent au sud vers la rivière Milo (qui court d’est en ouest vers les lacs Pung-Ting) en direction de Changsha.
Le 26 décembre, le 58e Corps attaqua de l’est les colonnes japonaises, pendant que le 28e montait une forte contre-attaque à Kuang Wan-Chao. Les Chinois formèrent une nouvelle ligne de défense le long de la Milo avec les 37e et 99e Corps.
Le 28 décembre, cette nouvelle ligne fut forcée par les 6e et 40e Divisions à Hsin-pin. Le 37e Corps chinois décrocha vers l’est, s’alignant sur le 78e et le 26e, tandis que le 4e et le 79e se concentraient au sud de la ville de Changsha et le 73e au nord-ouest, de l’autre côté de la rivière Hsiang. Dans la ville même, le 10e Corps se retranchait. En fait, les Chinois formaient une profonde poche autour de la ville, tout en concentrant six corps dans la région de la rivière Liu-Yang.
A mi-chemin entre la Milo et Changsha, les colonnes japonaises se heurtèrent à une forte résistance chinoise, forçant la colonne est à faire un détour plus à l’est et les deux autres à marcher plus près l’une de l’autre que prévu. Dans leur avance, les Japonais rencontrèrent trois divisions chinoises, qui furent repoussées mais non écrasées et se replièrent dans les montagnes de l’est, où se trouvait suffisamment de ravitaillement pour elles.
Dans Changsha même, la population civile fut évacuée, en dehors de volontaires désireux de participer à la défense, assurée par le 10e Corps. Ce corps avait reçu un nombre significatif de mortiers britanniques, plusieurs canons antichars de 2-livres et deux batteries de canons de 75 mm français (de l’autre guerre, mais encore très efficaces). Autre appui inhabituel et d’une grande importance (pour la propagande, mais pas uniquement) : huit chars américains M2A1 furent déployés dans la ville. Ils se montrèrent d’une grande valeur en défense, grâce à leur capacité de tirer à la mitrailleuse dans toutes les directions.
Le 31 décembre, les Japonais enlevèrent les premières défenses au sud-ouest de la ville, mais ne purent avancer beaucoup plus avant malgré un sanglant combat de rues. Ils tentèrent alors leur chance par le sud, puis par l’est et là encore, ils furent accrochés par des défenseurs obstinés. Pendant ce temps, la partie nord de la cité était durement bombardée. Les attaquants finirent par pénétrer dans la ville elle-même, mais seulement pour s’y trouver face à une résistance acharnée. C’est à ce moment que furent tournées les images des M2A1 américains soutenant les contre-attaques de l’infanterie chinoise. Projetées quelques mois plus tard aux Etats-Unis, ces images modifièrent profondément la perception par le public américain des capacités combatives des Chinois.

… et découvrir la 200e DB
Le 1er janvier 1942, le 73e Corps chinois traversa la Hsiang au nord de la ville et contre-attaqua, soutenu par une artillerie relativement importante. Les Japonais subirent de lourdes pertes, surpris non seulement par l’appui d’artillerie, mais aussi par le fait que l’assaut était conduit par une brigade de la 200e Division Blindée de l’ANR.
Des conseillers soviétiques avaient en effet organisé en Chine, dès 1938, une unité mécanisée. Cette 200e Division consistait alors en un régiment blindé et un d’infanterie motorisée. Le premier comprenait quatre bataillons de chars à trois compagnies chacun et la division comptait en théorie 200 véhicules blindés. Pour équiper sa première division blindée, le gouvernement chinois (qui n’avait alors que des Panzer I et II) acheta 88 T-26 et des automitrailleuses BA-10 et BA-20.
La 200e Division, commandée par le Général Du Yu-Ming, fut engagée fin 1938, infligeant une défaite retentissante à l’Armée Impériale lors de la bataille de la Passe de Kunlun, où elle anéantit une brigade japonaise. Elle associait alors à ses deux premiers régiments un régiment d’automitrailleuses et un d’artillerie. Son équipement se composait à ce moment de 70 T-26, 40 BT-5 et 18 ou 20 tankettes CV-33, plus 50 BA pour le régiment d’automitrailleuses. Le régiment d’infanterie motorisée utilisait des fusils et des camions soviétiques et le régiment d’artillerie disposait de 12 obusiers de 122 mm, de canons de DCA de 45 mm et de 8 ou 10 canons de campagne de 75 mm. Cependant, la division devait subir de lourdes pertes lors d’une contre-offensive japonaise tardive. Par la suite, elle allait perdre la plus grande partie de son équipement en combat, mais aussi à cause de pannes irréparables liées à l’absence de pièces détachées, l’aide soviétique allant déclinant.
La 200e était sur le point d’être transformée en division d’infanterie quand l’assistance anglo-française commença à se matérialiser. Cette aide permit au Major-Général Tai An-Lan de réserver son matériel soviétique pour l’entraînement et de rééquiper son unité avec des “chars légers” Mk-VI, des chars “moyens” H-35/R-35 et des chars “lourds” Valentine, ainsi qu’une trentaine d’engins italiens et quelques chars américains.
Lors de “l’attaque du Nouvel An” (pour les journalistes occidentaux, pas pour les Chinois, bien sûr), la 200e DB était ainsi composée :
1er Régiment Blindé (Hu Hsien-Chun) : 16 Valentine et 20 H-35/R-35.
2e Régiment Blindé : 8 M2A1 medium, 12 M11/39 et 35 Mk-VIB
598e Régiment d’Infanterie (sur camions)
Compagnie antichar indépendante : 12 Mk-VID (armés d’un 2-livres en tourelle ouverte)
Compagnie de reconnaissance : 18 tankettes CV-33
Régiment du Génie (Li Shu-Cheng)
Régiment d’Artillerie (Chu Mo-Chin) : 24 canons de 75 mm
Régiment de camions (Hung Shih-Shou) – la présence des camions rendait inutile de recourir au régiment de cavalerie prévu pour y suppléer.
Bataillon de Transmission
De plus, une centaine d’automitrailleuses Marmon-Herrington Mk II jouaient un rôle essentiel en assurant la sécurité des petits convois de ravitaillement soutenant la 200e et les unités d’artillerie. Si ces convois (deux à six camions en général) n’apportaient pas grand-chose aux unités d’infanterie qui les voyaient passer, le simple fait de constater que leur armée possédait un certain nombre de véhicules était si extraordinaire qu’il faisait énormément de bien au moral des soldats de l’ARN – presque autant de bien que la vue occasionnelle d’un P-40 frappé de l’étoile du Kuomintang.

Le piège se referme
Le 2 janvier, l’attaque du 73e Corps et de la 200e DB sur la Hsiang força le commandement japonais à engager ses réserves (et notamment ses blindés) pour contre-attaquer. Dans une brève et violente action, la plupart des blindés japonais engagés (une poignée de Type 89 CHI-RO moyens et de Type 95 HA-GO légers) furent mis hors de combat par une douzaine de R-35 et une paire de Valentine. Un R-35 fut déchenillé par un coup heureux. Un instructeur français décrivit le combat comme « un affrontement d’amateurs pleins de bonne volonté » – mais si le savoir-faire des Chinois n’était pas très supérieur à celui des Japonais, leur matériel, pour dépassé qu’il fût à l’époque en Europe, leur donnait un net avantage.
Le 3 janvier, le Général Hseuh Yueh referma son piège. Les 78e, 26e, 79e et 4e Corps ratissèrent le terrain autour de la rivière Liu-Yang, ébauchant l’encerclement des troupes de l’Armée Impériale qui attaquaient Changsha (3e, 34e et 40e Divisions) et coupant leurs lignes de ravitaillement. Dans le même temps, les unités qui s’étaient repliées dans les montagnes vers l’est en redescendirent pour attaquer les voies de ravitaillement japonaises au nord et au nord-est de Changsha, avec le concours des groupes de guérilla du Kuomintang.
Le 4 janvier, la ligne japonaise s’effondra. Trois divisions se retrouvaient encerclées et demandèrent pour se dégager l’aide de la 9e Brigade Mixte Indépendante (en fait, une division légère) stationnée à Yueh-Yang. Mais les jours suivants, celle-ci se retrouva enlisée dans des combats contre des unités chinoises très agressives.
Le 10 janvier, les Japonais lancèrent une attaque le long de la Liu-Yang pour couvrir leur retraite, mais les troupes chargées de cette mission tombèrent dans une véritable embuscade et furent encerclées et détruites avec le soutien de formations de la 200e DB. Sur un champ de bataille où la possession du moindre blindé garantissait souvent une victoire tactique, la présence des H-35 et R-35, sans même parler des Valentine, eut un impact hors de proportion avec leur nombre.
Dans le même temps, une tentative de percée vers le nord de ce qui restait des trois divisions japonaises encerclées réussit mieux. Les Japonais réussirent à percer et à forcer le passage de la rivière Lao-Tao, non sans subir de lourdes pertes.
Le 15 janvier, les Japonais atteignirent la rivière Sinchiang, ayant battu en retraite sur plus de 100 km. Ils avaient perdu plus de 70 000 morts et blessés sur les 120 000 hommes engagés dans l’offensive. L’armée chinoise avait perdu au moins 80 000 hommes, mais sur 300 000.

Une vraie victoire sous les yeux du monde
La Troisième bataille de Changsha était une grande victoire chinoise et un véritable désastre japonais. Elle fut largement publiée par les médias alliés (qui avaient bien peu de raisons de se réjouir à l’époque, notamment sur le théâtre Pacifique) et fut par la suite narrée en détails par Frank Capra dans le chapitre du film Pourquoi nous combattons consacré à la Chine.
Moins d’un mois après Pearl Harbour, c’était une grande victoire alliée, avec capture de pièces d’artillerie et de blindés et même des centaines de prisonniers, le tout sous les yeux de la presse, c’est-à-dire des journalistes américains mais aussi, pour la première fois, de journalistes anglais et français. Le Général Hseuh Yueh avait fait le nécessaire pour que les correspondants de guerre à Chungking puissent se joindre aux troupes de la 200e DB, ce qui leur permit de faire une relation de la bataille beaucoup plus rapide et détaillée que ne l’étaient normalement les nouvelles de Chine. Bien évidemment, les affirmations de la propagande du Kuomintang affirmant que le cours de la guerre en Chine avait été inversé étaient grossièrement exagérées, mais la bataille fit beaucoup pour le prestige du gouvernement de Tchang-Kai-Chek à l’étranger et améliora considérablement sa légitimité dans la lutte contre les Japonais. Le Général Hseuh Yueh gagna dans l’affaire une grande renommée dans toute la Chine pour avoir démontré ses capacités de chef de guerre alors qu’il n’avait pas la maîtrise de l’air, peu d’artillerie et une logistique très réduite. Il s’était avec succès opposé aux Japonais, avec leur matériel, leur artillerie, leur aviation, leur organisation, grâce à l’avantage du nombre, à quelques douzaines de blindés de second ordre, à sa connaissance du terrain et à son savoir-faire opérationnel.

Après Changsha : la nouvelle stratégie chinoise
On considère aujourd’hui que Changsha et ses suites furent un tournant de la guerre en Chine, entraînant une modification profonde de la stratégie chinoise les années suivantes. L’Armée Nationale Révolutionnaire avait bel et bien remporté la bataille, encaissant et arrêtant une puissante offensive japonaise, puis manœuvrant et organisant une offensive permettant d’encercler une partie importante des forces ennemies et les obligeant à battre en retraite. Changsha était sauvé et avec la ville, les lignes de chemin de fer vitales dont dépendait la logistique chinoise (pour médiocre qu’elle fût).
Enhardis par leur victoire, les Chinois proposèrent d’aider la colonie britannique isolée à Hong-Kong. Cependant, cette offensive s’épuisa rapidement en raison d’un défaut de ravitaillement et de violentes actions de l’aviation japonaise. Pourtant, un effort avait été accompli et, plus important encore, il avait été accompli en public.

Les conséquences politiques d’une victoire militaire
Finalement, le Général Hseuh Yueh et, à travers lui, le Généralissime Tchang Kai-Chek, avaient pu démontrer qu’avec tous leurs défauts, malgré toute la corruption et l’incompétence révélées par les rapports des envoyés occidentaux, les forces chinoises avaient été capables de remporter une grande victoire sur les Japonais en les contraignant à reculer de plus de 100 km. Ce, à une époque où les autres armées alliées soumises aux attaques japonaises ne pouvaient que s’accrocher désespérément, comme le Commonwealth en Malaisie, se replier en vendant chèrement leur peau, comme les Français en Indochine, ou se faire balayer, comme les Américains aux Philippines. Le Kuomintang pouvait affirmer que seules ses forces avaient pu affronter un assaut majeur des forces japonaises et les battre sans discussion. Renforcer l’ANR n’était donc pas du gaspillage, loin de là ! Quant aux conclusions des envoyés de Tchang Kai-Chek, sous les communiqués ronflants, elles tenaient un langage qui ne pouvait que toucher juste à Londres, Washington et Alger : « Nous ne réclamons pas de matériel de pointe, seulement le matériel dont vous pouvez vous passer, vos surplus, vos engins démodés, et de la nourriture adaptée à une armée en campagne. Nous n’avons besoin que de ces modestes fournitures pour infliger à l’Armée japonaise des pertes que vous ne pourrez pas lui infliger car, en Chine, l’ennemi est à portée de main. » Après Changsha, il était politiquement impossible que les Alliés ignorent ces demandes.

La “liste de courses” du prêt-bail chinois
Concernant la fourniture de matériel au titre du Prêt-Bail, le Conseil Militaire du KMT établit une liste arrangée en quatre catégories par ordre de priorité.
– Première catégorie : systèmes de communictions à usage du gouvernement, armées légères, mitrailleuss, mortiers, armes antichars légères et aliments en conserve à haute teneur énergétique.
– Deuxième catégorie : assistance pour la construction d’une infrastructure de transport, artillerie légère, automitrailleuses, armes anti-aériennes légères, véhicules de transport légers (la jeep ubiquitaire et les camions ”deuce” montrèrent une fois de plus leur utilisé sans égale).
– Troisième catégorie : aviation et chars.
– Quatrième catégorie : aide économique au sens large. Les Chinois tentèrent d’expliquer aux Américains que tout leur gouvernement avait dû déménager d’un bout à l’autre du pays, dans une ville de second ordre, comme si le gouvernement américain avait dû aller s’installer du jour au lendemain à Tucson, Arizona ; on ne pouvait pas leur demander de fonctionner normalement. Leur économie s’en ressentait. Il leur fallait créer une monnaie à peu près stable et développer quelques fonctions économiques de base. Pour cela, ils avaient besoin d’aide agricole, pour régulariser l’approvisionnement alimentaire grâce à un réseau routier et télégraphique fonctionnel. Les fermiers chinois étaient industrieux, tout ce qu’il leur fallait était la possibilité de transporter les denrées cultivées là où l’on en avait besoin, et peut-être un peu d’engrais.

Les nouveaux objectifs de l’ANR
Concernant les opérations sur le terrain, Tchang présenta à ses alliés un plan apparemment raisonnable. Avec une assistance réduite, ses forces pourraient tenir Changsha, la ligne des lacs Pung-Ting et celle du Yang-Tsé au nord et à l’ouest. Les opérations offensives seraient étendues vers Canton et Hong-Kong, non dans l’espoir de prendre ces villes, mais pour contrôler l’arrière-pays et bloquer les Japonais autour des ports, dans l’attente des débarquements alliés en 1944. La puissance aérienne alliée et le contrôle des voies de chemin de fer étaient essentielles à la réussite de cette stratégie. Tant que les Nationalistes tenaient les voies ferrées (et une partie du Yang-Tsé) et pouvaient les utiliser, ils pouvaient transférer des forces d’une région à l’autre et les ravitailler bien plus vite que l’Armée Impériale japonaise ne pouvait y parvenir.
Tout en semblant modeste et sensé aux Alliés, ce plan était extraordinairement hardi du point de vue chinois, car il acceptait d’engager les meilleures troupes de l’ANR dans des opérations offensives contre les Japonais. Mais il exigeait des renforts substantiels (selon les standards chinois) et la création d’une armée moderne et mobile (toujours selon les standards chinois). Par ailleurs, ce plan intégrait bien la Chine dans la stratégie alliée contre le Japon. En effet, cette stratégie ne pouvait se dérouler convenablement que si la Chine du Sud était à peu près contrôlée par le Kuomintang.

Les arrières-pensées des Alliés
Il n’est pas étonnant que les arguments chinois aient été bien reçus à Washington, Londres et Alger. Londres, en particulier, leur était très favorable. Dès février-mars 1942 en effet, il était clair que le fait de conserver le contrôle de la Route de Birmanie était devenu un enjeu stratégique majeur pour les Britanniques. C’était le seul moyen de préserver un certain prestige en Asie après la chute de Singapour, que la destruction de l’Eastern Fleet et la perte de la Malaisie rendaient inévitable. Churchill se devait de considérer le contrôle de la Birmanie (et de la Route) comme un objectif stratégique majeur et le simple fait de le décider en fit un objectif majeur. C’est ce que le commandant de théâtre, Lord Wavell, désigna sèchement comme « le parfait ice-cream stratégique auto-lécheur » (the ultimate self-licking strategic ice-cream), version militaro-culinaire de la fameuse prophétie auto-accomplissante (self-fulfilling prophecy).
Ce choix permettait aux Britanniques de justifier par le tonnage de ravitaillement envoyé vers la Chine leur obstination à défendre Singapour (et notamment l’organisation de l’opération Pedestal) et de faire oublier, au moins en partie, l’effondrement de leur Empire d’Extrême-Orient. De plus, avec l’accord de ses alliés, Churchill jetait ainsi les bases d’une grande stratégie (pour une fois) cohérente sur le Théâtre Pacifique.
Par ailleurs, les Britanniques n’avaient pas vraiment d’alternative. Leurs espoirs de retrouver leur empire dépendaient de l’énergie qu’ils mettraient à le conserver par les armes, mais aussi de leur capacité à complaire suffisamment à la Chine pour l’amener à dire que l’aide britannique valait bien quelque sacrifice et que l’Empire Britannique était, tout compte fait, « Une Bonne Chose ». Les Français n’avaient guère d’autre choix que prendre le train en marche.
En revanche, les Etats-Unis prenaient tout juste la peine de masquer leur dégoût d’une pareille duplicité – tout en faisant pression sur la Chine pour leur accorder l’ouverture de son marché après la guerre et son soutien aux intérêts politico-économiques américains dans toute l’Asie de l’Est. Britanniques et Français eurent, lors de négociations ultérieures, bien des occasions de relever l’hypocrisie flagrante de l’attitude américaine.
Quoi qu’il en fût, les Alliés projetaient pour 1943-1944 un vaste plan de contre-attaque : à l’ouest, les Britanniques mèneraient l’offensive à partir de la Birmanie vers Singapour ; à l’est, les Américains avanceraient à travers les îles de Micronésie : au sud, les Australiens et Américains se dirigeraient vers le nord-ouest en passant par la Nouvelle-Guinée. Ces trois axes convergeaient vers Formose. La suite comportait la remontée de la côte chinoise et la conquête des îles Ryukyus. D’où l’intérêt pour une action chinoise vigoureuse en Chine du Sud, coupant de l’intérieur des terres les ports tenus par les Japonais, aidant à leur libération, puis facilitant la remontée le long de la côte. De leur côté, les Français insistaient pour une action concertée au Vietnam permettant de chasser les Japonais du bassin de la Rivière Rouge. Le déploiement de Chinois Han au Vietnam étant exclu, il était envisagé d’entraîner des troupes vietnamiennes en Chine, avec des instructeurs français (ou espagnols, ou même allemands, la Légion Etrangère n’étant pas avare de nationalités…).
Pour que tous ces projets tiennent debout, il était important que les Chinois conservent Changsha et reçoivent assez de renforts pour étendre leur contrôle vers l’est et le sud-est de la ville. Pour tous les Alliés, Changsha devint alors une pierre angulaire de la lutte contre le Japon. Et l’aide militaire à la Chine devint une nécessité. Mais quelle aide ?
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MessagePosté le: Lun Sep 24, 2007 22:27    Sujet du message: Répondre en citant

Compte tenu des imperatifs français durant 41, 50 R35 ou H39,
n'est-ce pas un peu optimiste? quelques dizaines de FT et White-Laffly seraient plus logiques, non ?
Le reste du récit est très sympa Smile

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MessagePosté le: Lun Sep 24, 2007 22:59    Sujet du message: Répondre en citant

Pontus a écrit:
Compte tenu des imperatifs français durant 41, 50 R35 ou H39, n'est-ce pas un peu optimiste?


L'idée est qu'en 41 (pas dès janvier, à partir du printemps), les R35/H39 deviennent inutiles, et que les chars M3/M3F, avant les SAV-41, ont commencé à arriver en nombre pour les remplacer.

Pontus a écrit:
Le reste du récit est très sympa Smile


Et ce n'est que le début !
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MessagePosté le: Lun Sep 24, 2007 23:21    Sujet du message: Répondre en citant

Il y a 125 R35 et 44 H35-39 en service en juin 40. Si tu compte la campagne de Lybie, la Sardaigne, l'Ethiopie et si je me souviens bien dans la chrono, des R35 apparaissent en Corse en 1941 et dans les Iles Grecques.
Si tu ajoute la necessité d'envoyer des blindés en Indochine, plus la nécéssité de posseder du materiel d'instruction, on va avoir du mal à fournir 50 chars à la Chine. Question Question Question
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MessagePosté le: Lun Sep 24, 2007 23:26    Sujet du message: Répondre en citant

Pontus a écrit:
Si tu ajoute la necessité d'envoyer des blindés en Indochine, plus la nécéssité de posseder du materiel d'instruction, on va avoir du mal à fournir 50 chars à la Chine. Question Question Question


En Indochine, ce seront des SAV-41. Mais en effet, il faut sans doute revoir le chiffre de chars envoyés en Chine. Je transmets !
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MessagePosté le: Lun Sep 24, 2007 23:44    Sujet du message: Répondre en citant

Franck a écrit :

Citation:
En Indochine, ce seront des SAV-41. Mais en effet, il faut sans doute revoir le chiffre de chars envoyés en Chine. Je transmets !


Je t'avouerai qu'avec les discussions en cours (Cf Composition des grandes unités blindées françaises) je suis un peu perdu. Smile

Amicalement Pontus
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MessagePosté le: Mar Sep 25, 2007 12:13    Sujet du message: Répondre en citant

Mark m'avait signalé que dans ses tonnages, il n'avait pas tenu compte de la fermeture temporaire de la route venant d'Indochine. Si je me souviens bien de la chrono, le Gouvernement français s'était plié pendant quelques mois aux injonctions des Japonais faute de forces suffisantes pour défendre l'Indochine.
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MessagePosté le: Mar Sep 25, 2007 14:02    Sujet du message: Répondre en citant

Benoit XVII a écrit:
Mark m'avait signalé que dans ses tonnages, il n'avait pas tenu compte de la fermeture temporaire de la route venant d'Indochine. Si je me souviens bien de la chrono, le Gouvernement français s'était plié pendant quelques mois aux injonctions des Japonais faute de forces suffisantes pour défendre l'Indochine.


Plus ou moins. Cf le discours de De Gaulle en juillet 41. Il n'y a pas eu d'interruption totale, seulemetn une réduction "cosmétique" du trafic pendant quelques temps.

Par ailleurs, mea culpa pour ne pas l'avoir précisé, les chiffres doivent finalemetn s'entendre pour l'ensemble 40, 41 et début 42 (par la route seulement, début 42, bien sûr).
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MessagePosté le: Mer Sep 26, 2007 23:57    Sujet du message: La Chine, suite Répondre en citant

Après Changsha : quelles armes pour les Chinois ?

La réponse alliée fut d’abord parfaitement improvisée, mais étonnamment efficace. En effet, les Chinois étant à court de tout, absolument tout, la moindre livraison pouvait avoir un impact considérable.

Les participations australienne, britannique, française… et belge
Les premiers à répondre (en raison de la proximité géographique) furent les Australiens. Canberra était à court de matériel de guerre, mais avait bien assez d’aliments énergétiques. De la viande en boîte, des fruits en conserve et des sacs de farine furent expédiés vers la Birmanie, où le flux du bric-à-brac envoyé par les Français et les Anglais en 1941 commençait à se tarir.
Les Britanniques, eux-mêmes plutôt à court, n’avaient guère à donner au début. En raclant leurs fonds de tiroir, ils mirent cependant la main sur des fusils Lewis et sur des pistolets-mitrailleurs, plus une poignée de chars Valentine, quelques petits Mk VI et deux douzaines d’automitrailleuses Marmon-Herrington Mk II inutilisées. Ils expédièrent ce qu’ils n’avaient pas encore envoyé l’année précédente en fait de matériel italien capturé. Ils disposaient aussi de deux armes importantes en quantités significatives : des fusils antichars Boyes, déclarés inutiles après la campagne de Grèce et renvoyés aux dépôts, et des canons antichars de 2 livres (2-pdr), remplacés par des 6 livres (6-pdr). Ces deux armes, si elles étaient dépassées en Europe, restaient très efficaces contre les blindés japonais. Mais surtout, le Royaume-Uni pouvait fournir deux éléments capitaux : une certaine capacité de transport maritime et la possibilité d’améliorer les ports, les routes et les voies ferrées de Birmanie. La Birmanie où allaient, de plus, débarquer des renforts alliés, fournis par une autre nation : la Force Publique du Congo belge !
Les Français, eux, n’avaient guère à offrir que leurs meilleurs vœux de réussite, mais ils firent de leur mieux pour ravitailler leurs forces qui tenaient encore le nord de l’Indochine et les groupes de guérilla vietnamiens, laotiens et cambodgiens. Ces forces aidèrent à couvrir les approches de la Route de Birmanie et causèrent aux Japonais toutes sortes de problèmes. Quoique leur action fût marginale à ce stade, elle était très utile et ouvrait d’intéressantes perspectives pour l’avenir.

La ruse de Tchang Kai-Chek
Mais comme de bien entendu, c’était la réponse américaine qui devait faire la différence, et Tchang Kai-Chek joua à ce moment un coup politico-militaire particulièrement astucieux. Il confia à son conseiller américain, le Général Joseph Stilwell, qu’il méprisait cordialement, la tâche de protéger le flanc est de la Route de Birmanie et, si possible, de prêter assistance aux troupes franco-vietnamiennes défendant la région de Dien-Bien-Phu (notamment pour les aider à se ravitailler). Dans ce but, Tchang le plaça à la tête de quelques-unes des unités les plus mal équipées du Kuomintang et le laissa libre de déterminer sa stratégie locale, en accord avec les Franco-Vietnamiens, mais sous le contrôle politique des Français pour tout ce qui concernait l’Indochine. Les conséquences ne se firent pas attendre : “Vinegar Joe” Stilwell fit l’impossible pour que Washington accroisse son assistance à la Chine… et il acquit très vite une détestable réputation à Alger.
Comme Wavell le fit remarquer en août 1942 à son chef d’état-major, le Général Percival (évacué de Singapour sur l’ordre du Maréchal Gort et brûlant du désir de reconquérir la Malaisie) : « Au moins, Stilwell n’est plus dans mes jambes, ni dans celles du Généralissimo [Tchang Kai-Chek] et nous pouvons nous occuper de faire la guerre. »

Le Génie américain
Selon les prévisions initiales du KMT, le débit maximum de la Route de Birmanie pouvait être de 80 000 tonnes par an (environ 6 500 tonnes par mois), dont l’armée chinoise ne devait recevoir qu’une faible part, environ 10 000 tonnes par an. Le débit annuel était donc l’équivalent de la moitié du tonnage transporté par un seul convoi moyen sur l’Atlantique Nord, et la part militaire ne représentait que la charge d’un unique cargo. Sur la route, ce tonnage était transporté par l’équivalent de 22 camions de 10 tonnes par jour (en fait, par davantage de camions, la plupart ne pouvant porter que moins de 10 tonnes). De fait, comme la capitainerie du port et le conseil des armateurs (Shipping Council) de Rangoon et des ports fluviaux l’indiquèrent, à aucun moment, le débit de la Route ne dépendit du tonnage débarqué dans les ports. Il y en eut toujours assez. Non, le débit de la Route était fonction du nombre et de la taille des camions disponibles d’une part, de l’état de la route d’autre part.
C’est alors que les incessantes récriminations de Stilwell auprès de Washington obtinrent l’envoi d’une équipe du Génie routier pour assister les unités épuisées et peu nombreuses de l’Armée Anglo-Indienne. Comme le Général Percival devait l’observer dans ses souvenirs de guerre, « Personne au monde n’était capable de construire une route mieux et plus vite que les spécialistes du Génie de l’US Army que nous vîmes arriver. Ce sont eux qui, avec les ouvriers locaux, furent directement responsables de tout ce que les Alliés purent réussir à partir de la Birmanie contre les forces ennemies en Chine. Leur performance dans une tâche qui aurait désespéré Sisyphe lui-même fut au-dessus de tout éloge. » Ces unités américaines devinrent les troupes du Génie les plus médaillées de l’Histoire, félicitées et décorées par la Chine, l’Empire Britannique, la France, la Belgique, les Etats-Unis et même, un peu plus tard, par le Vietnam et par l’URSS. Grâce à elles, dès le mois de juillet 1942, malgré la mousson et sans compter les activités britanniques, les camions américains véhiculaient sur la Route 400 tonnes par jour, près de 150 000 par an – bien plus que les 220 tonnes quotidiennes et 80 000 annuelles prévues un an plus tôt (mais bien peu par rapport aux énormes quantités qui traversaient l’Atlantique – les Américains n’avaient pas eu à sevrer leurs autres alliés pour fournir davantage d’aide aux Chinois).

Une aviation ravitaillée… par air
En dehors des quelques chars M2 de 1941, les premières livraisons américaines furent des avions pour la ROCAF (Republic Of China Air Force). Les premières demandes chinoises en fait d’aviation étaient très excessives, car elles reposaient sur une très médiocre connaissance des besoins et des capacités propres de l’armée chinoise dans ce domaine. L’exil du gouvernement à Chungking le handicapait sérieusement dans de nombreux secteurs techniques tels que celui-ci. Il fallut quelque temps à l’état-major de l’ANR pour comprendre les exigences logistiques d’une force aérienne.
En revanche, l’USAAF, aidée par la RAF et l’Armée de l’Air, ne fut pas longue à reconnaître quelle aviation pouvait être mise en œuvre par les Chinois. Cette force devait être développée et entretenue à l’extrémité d’un long et ténu lien logistique. Les types d’appareils devaient être aussi uniformisés que possible. Le P-40 et le P-39 furent choisis comme les appareils de base pour la ROCAF, dont ils devaient être l’épine dorsale.
Mais à ce moment intervinrent des considérations de politique américaine. Selon ces considérations, la Chine devait devenir la base de départ de bombardements stratégiques du Japon lui-même à partir du courant de l’année 1942. Les plus gros problèmes gênant la réalisation de ce plan étaient les bombes et le carburant, dans cet ordre. Les projets originels des politiques portaient sur plus de 500 Forteresses Volantes basées en Chine ; il fallut en rabattre. Même le chiffre de 300 B-17 aurait été excessif si tous ces appareils avaient dû être ravitaillés en même temps, mais dans les conditions primitives rencontrés sur le territoire chinois, seuls 80 à 100 quadrimoteurs pourraient être opérationnels le même jour. De plus, le taux d’attrition serait très élevé en raison des accidents et des dommages subis au sol. Cependant, même dans ces conditions, il se révéla impossible d’approvisionner tous ces avions en bombes par la Route de Birmanie. Cette constatation conduisit au développement du système des “navettes de transport de bombes”. Il s’agissait de B-17 d’un modèle dépassé, utilisés pour transporter des bombes dans leur soute à bombes, plus tout ce qui pouvait tenir dans leur pointe arrière. Ces machines, dépouillées de leur armement en dehors de leurs mitrailleuses de queue, volaient par dessus l’Himalaya jusqu’aux aérodromes chinois, en emportant assez de carburant pour faire le voyage de retour à vide sans avoir besoin de refaire le plein. Une douzaine de ces appareils furent convertis en tankers, n’emportant rien d’autre que de l’essence d’aviation. Avec un certain nombre de C-47, ces vieux B-17 assurèrent ainsi le plus gros du pont aérien par dessus le “Hump”, comme les équipages appelaient l’Himalaya.
Finalement, il fut décidé d’assurer l’essentiel des besoins de l’aviation chinoise par voie aérienne. La seule exception fut qu’une petite raffinerie put être établie sur les champs pétrolifères birmans les plus au nord afin de répondre à certains des besoins en carburant de l’armée chinoise. Cette raffinerie fabriqua du carburant pour les véhicules terrestres comme pour les avions, mais ne fut jamais capable d’approvisionner tous les avions de la ROCAF.

Quels chars choisir ?
Les équipes d’évaluation de l’ANR furent d’accord pour estimer que le M3 Stuart ‘medium’ (pesant 14,2 tonnes) était le véhicule qu’il leur fallait pour leurs bataillons blindés, en raison de l’importance de sa production, de sa simplicité et de sa relativement petite taille, mais le véhicule qui leur plut le plus était britannique. Le Mk-VII (plus tard baptisé Tetrarch) était considéré supérieur au Stuart, mais il était loin d’être disponible en quantité suffisante. Néanmoins, à l’inverse du Stuart, il pouvait être équipé d’un obusier de 3 pouces, pour l’appui d’infanterie. Certains furent effectivement livrés, mais en petit nombre.
Le char “moyen” étant donc le M3 Stuart, le seul char “lourd” disponible étant le Valentine, il fallait résoudre l’irritante question du char “léger” de la NRA. La question était délicate, car ce qu’il fallait vraiment aux Chinois était une tankette des années 1930 : bon marché, 5 tonnes de poids maximum, armée de mitrailleuses et dotée d’un blindage résistant aux mitrailleuses lourdes japonaises. Mais en 1942, personne chez les Alliés ne voulait construire un véhicule aussi dépassé, qui ne serait qu’un piège mortel sur d’autres champs de bataille que ceux de Chine. Cela ne laissait qu’une possibilité. Les Britanniques avaient déjà livré à l’ANR diverses variantes du char Mk-VI et eux-mêmes utilisaient largement ce véhicule pour l’entraînement et pour des tâches de sécurité des lignes arrières et des zones éloignées du front (en Birmanie par exemple). Plus important : la production du l’engin était toujours en cours chez Vickers. Le Mk-VI, bon marché à fabriquer et facile à entretenir, était donc le seul candidat réaliste pour le rôle de char léger chinois, dans sa variante Mark-VIC. Ce modèle pesait 5,2 tonnes au lieu de 4,8 pour la version de base. Il avait un Besa de 15 mm et une 7,62 co-axiale. Cet armement le rendait supérieur aux tankettes standards de l’IJA (avant l’arrivée du HA-GO), car le Besa de 15 mm avait une capacité de perforation de blindage. Le Mk-VIC assuma sa tâche et resta en ligne jusqu’à la fin de la guerre.
Il était aussi qu’il faudrait quelque chose de meilleur pour suppléer le Mk-VI dans le rôle de char léger (qu’il ne pouvait pas vraiment remplir). Il n’y avait guère d’autre choix que le M22 Locust. Cet excellent petit engin produit par Marmon-Herrington devait être commandé en série (500 exemplaires) par l’US Army pour une utilisation aéroportée en avril 1942. Cependant, pour pouvoir le transporter en planeur, il fallut l’alléger au point qu’il devint mécaniquement peu fiable. Corriger ce problème fit remonter son poids à 7,5 tonnes, mais si les parachutistes firent la moue, les Chinois trouvèrent le résultat tout à fait à leur goût. La minceur de son blindage et le faible calibre de son canon n’étaient pas un problème sur le front chinois, où la fiabilité était en revanche une nécessité absolue. Le Locust corrigé devint un char léger très fiable et puissant (pour la Chine), qui commença à parvenir aux unités de l’ANR en 1943, où il devait remplacer le Mk-VI sur les fronts les plus importants, sans jamais faire disparaître tout à fait la vieille machine.
Les Tetrarch destinés à l’appui d’infanterie n’étant disponibles qu’en très petit nombre, les Britanniques envoyèrent à la place des Valentine équipés d’un obusier de 3 pouces (Valentine ICS). Ce véhicule devint le char d’appui d’infanterie standard de l’ANR, voisinant avec son frère armé d’un 2 livres. Finalement, la production canadienne fut entièrement consacrée à ce client.
A la fin de la guerre, les unités de l’ANR étaient essentiellement équipées de Mk-VI, de Locust, de Stuart et de Valentine (ICS ou 2 livres), avec quelques Tetrarch. Quand le Alliés atteignirent les côtes chinoises, les Etats-Unis envoyèrent un certain nombre de Grant (pour l’appui d’infanterie) et de Sherman, mais ces chars se révélèrent bien trop lourds pour l’infrastructure chinoise à distance des ports. Ils furent limités aux zones desservies par des voies ferrées (où ils furent très efficaces contre ce qui restait des unités japonaises).
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MessagePosté le: Ven Sep 28, 2007 16:09    Sujet du message: Répondre en citant

Suite... Pour ceux qui se poseraient la question : non, Mark n'a aucune sympathie pour le "Parti".

Après Changsha : aide alliée et politique intérieure chinoise


Le KMT prend l’avantage sur le PC
Sans que les autres Alliés en eussent conscience, la fourniture à l’ANR de véhicules de transport et de blindés légers modifia de façon notable la situation politico-militaire intérieure en Chine, où la guerre était depuis le début l’affrontement de trois parties : les Japonais, les Communistes et les Nationalistes. Ces véhicules étaient peu nombreux, mais leur impact se révéla disproportionné. Dès leur apparition, ils firent pencher la balance tactique entre l’ANR du Kuomintang et l’ALP (Armée de Libération du Peuple) du Parti Communiste chinois. Le fléau de cette balance s’inclina de plus en plus au fur et à mesure de l’évolution du conflit, quand le gros des troupes commença à être mieux ravitaillé et mieux entraîné. Quand la ROCAF (force aérienne) vit pousser ses premières dents, la balance se mit à pencher de plus en plus vite. Auparavant, l’ANR et l’ALP avaient souffert de la même façon d’une logistique très médiocre et manquaient d’à peu près tout, sauf d’armes légères d’infanterie, tandis que l’aviation ne disposait que d’une poignée d’appareils. Comme l’ANR l’avait appris à ses dépens de l’Armée Impériale, la présence sur le champ de bataille de la moindre tankette armée de mitrailleuses et le soutien apporté à l’infanterie par une demi-douzaine de véhicules non blindés suffisaient pour décider l’issue de la plupart des actions. L’ajout de la constitution d’une force aérienne accentua encore l’avantage tactique des Nationalistes sur les Communistes.
Tchang Kaï-Chek et ses généraux étaient bien conscients de cette évolution. Peu à peu, l’ANR devint de plus en plus capable de chasser les unités communistes des zones non occupées par les Japonais, y compris dans le bastion communiste du Yunnan, dont l’expansion commença à ralentir dès la fin de 1942. Les communistes étaient déjà en lambeaux dans le sud, l’ouest et le centre de la Chine. Les Nationalistes utilisèrent contre eux deux stratégies. L’une, presque involontaire, fut de les absorber. De meilleures armes, un meilleur ravitaillement, une plus grande efficacité faisaient des troupes de l’ANR et des guérillas qu’elle soutenait le bon cheval sur lequel miser. Les nouvelles recrues et même de nombreux éléments des unités communistes les moins idéologiquement engagées vinrent spontanément rejoindre l’ANR. Les communistes les plus convaincus se regroupèrent, mais les forces du KMT purent assez facilement annihiler ces restes, selon l’autre stratégie de toutes les guerres civiles, éprouvée sinon toujours efficace : l’élimination physique.

Les communistes entre Charybde et Scylla
Cette évolution de la situation força les communistes à développer leurs bases en territoire occupé par les Japonais, où il leur était plus facile de détruire les structures politiques et militaires du KMT. Dans ces régions, le KMT n’avait aucun des avantages que lui apportait l’aide alliée – de fait, son action contre les Japonais y était moins efficace que celle des communistes. Néanmoins, cette tactique était pour les communistes une épée à double tranchant, car elle donnait au KMT un important argument de propagande. En effet, les partisans de Tchang se mirent à affirmer que les communistes collaboraient avec les Japonais dans les zones militairement calmes et à prétendre que ces collaborateurs avaient éliminé le KMT de ces zones pour le compte des Japonais.
Par la suite, le KMT se vit fournir un autre argument. En effet, quand la présence communiste dans une région s’accroissait, les guérillas se mettaient à harceler les garnisons japonaises, déclenchant de violentes répliques de l’occupant. L’Armée Impériale commençait à appliquer sa politique des “Trois Tout” (Tout tuer, Tout brûler, Tout détruire), massacrant des populations entières, brûlant les récoltes et détruisant les villages) et les communistes ne furent jamais capables d’empêcher ces représailles. Cette situation permit au KMT de crier qu’après avoir trahi la résistance chinoise, les communistes tentaient de prendre le contrôle des régions concernées contre leurs “alliés japonais”, mais qu’ils étaient trop faibles pour y parvenir et que leur simple présence poussait les Japonais à des massacres que les communistes étaient incapables d’empêcher.
Ces affirmations n’auraient guère eu de crédibilité sans l’amélioration régulière des résultats obtenus par l’ANR contre les Japonais et la sécurité (très relative bien sûr) qui régnait sur leurs arrières. La présence de plus en plus visibles d’avions aux cocardes chinoises renforçait aussi dans la population le sentiment que les communistes n’étaient plus dans le sens de l’histoire. Pire encore pour ces derniers, pendant que les offensives japonaises des “Trois Tout” massacraient les paysans, ils continuaient de chercher à éliminer les paysans les plus riches, les commerçants, les propriétaires terriens et les lettrés confucianistes, décapitant ainsi les communautés locales mais se privant d’une couche de la population qui aurait pu canaliser les ressources dans leur direction.
Les communistes se montrèrent incapables de sortir de ce piège. Le résultat fut que, s’ils contrôlaient la société du nord-est de la Chine (derrière les lignes japonaises), ces régions étaient de plus en plus dévastées et dépeuplées, et de moins en moins capable de ravitailler des guérillas communistes. Sans doute, après les offensives japonaises, beaucoup des paysans survivants rejoignaient-il l’Armée Rouge pour être nourris (et, parfois, pour se venger des Japonais), mais l’armée dont les effectifs croissaient ainsi devait exiger davantage de nourriture auprès des paysans qui continuaient à travailler la terre. Ce n’était rien d’autre que du classique banditisme chinois, à l’échelle d’une ou de plusieurs provinces. Dans de nombreux endroits, les opérations de l’Armée Rouge dégénérèrent en pillages et autres actions dignes de seigneurs de la guerre.

Des canons… et du beurre
Pendant ce temps, le filet de ravitaillement qui sourdait de la Route de Birmanie – un mince filet, mais qui se faisait chaque jour plus large – améliorait progressivement la situation sur les arrières du KMT. L’aide Prêt-Bail n’était pas limitée aux armes. Elle comprenait des aliments qui, pour étrangers qu’ils fussent aux habitudes chinoises, étaient très riches en calories. Pour la première fois, cela allégeait le fardeau supporté par la paysannerie – un peu seulement, mais même la plus minime amélioration du niveau de vie était la très bien venue. Plus marquant encore se révéla l’effet des engrais modernes. L’accroissement de la production alimentaire qui s’ensuivit repoussa quelque peu le spectre toujours présent de la famine, et ce fut un changement capital.
A côté des armes et de la nourriture, l’assistance incluait une aide à l’industrialisation sous la forme de fabriques de ciment, de matériel pour la construction de routes et de voies ferrées, de ponts préfabriqués, de fils pour le télégraphe et le téléphone… La simple construction d’un réseau routier utilisable par tous les temps (sans oublier ses ponts) pouvait révolutionner l’économie de toute une région. La mise en place d’un réseau radar connecté par radio et par téléphone, même si ce réseau était squelettique, permettait de créer sur une vaste région un premier système de communications, commandement et contrôle. Un tel réseau devait faciliter beaucoup la chasse aux “bandits” (dénomination qui comprenait effectivement une majorité de brigands, mais aussi des forces communistes).
Les Alliés, bien sûr, applaudissaient à l’élimination des véritables bandits, en partie responsables de la situation catastrophique des campagnes chinoises, privant le gouvernement du KMT de ressources et fixant une partie de ses forces militaires. Les communistes se plaignirent d’être victimes de cette chasse, mais ces protestations ne leur firent aucun bien, car les véritables brigands étaient en majorité et prétendaient souvent être des unités communistes lorsqu’ils étaient capturés. Il suffit au KMT de prouver qu’une bonne proportion des forces détruites étaient vraiment composées de bandits, ou d’hommes se comportant comme tels, pour que ses accusations de “banditisme communiste” parussent justifiées.

Un mieux très relatif, mais un mieux
Ce qui précède ne veut pas dire que les Nationalistes se comportaient comme de parfaits démocrates, loin de là. La corruption était endémique, jusqu’au niveau le plus élevé, et la politique suivie par le gouvernement de Chungking était désordonnée voire chaotique. Chacun chez les Alliés, y compris aux Etats-Unis, savait ce qu’il en était. Cependant, comme l’expliqua un jour à un collaborateur le Président Franklin Roosevelt, reprenant un mot utilisé pour un dictateur latino-américain : « Mr Tchang est un fils de p… jaune, c’est vrai, mais c’est NOTRE fils de p… jaune ! »(Mr Chang is a yellow son-of-a-bitch, of course, but he’s OUR yellow S.o.B !)
Par ailleurs, la corruption et l’inefficacité des hommes n’étaient pas les seules causes du chaos ambiant. L’état désastreux du système de communications du pays y était pour beaucoup. La lente amélioration de celui-ci et la compréhension au sommet du pouvoir chinois qu’une corruption trop visible limitait le soutien allié conduisirent à de lentes mais notables améliorations.
Côté communications, un programme visant à installer une radio dans chaque village et un émetteur dans chaque ville se révéla comme la clé de progrès spectaculaires dans les opérations anti-bandits et l’amélioration de la situation économique.
Côté corruption, les requêtes insistantes des Etats-Unis quant à l’application de la loi ne furent jamais appliquées que d’une façon très épisodique. En revanche, dans les régions où les anciennes structures sociales n’avaient pas été détruites par les communistes ou par les combats, la pacification des campagnes par l’élimination des bandes armées permit le retour d’une certaine paix civile perdue depuis près d’un siècle. Au moins les Alliés pouvaient-ils constater quelques progrès sociaux et considérer que leurs efforts et leurs cadeaux portaient des fruits encourageants.
Lorsque vint le temps de la libération des zones occupées par les Japonais (et disputées par les communistes), les différences sautèrent aux yeux. En 1944, un journaliste décrivit ces régions comme « des terres ravagées, ruinées et dépeuplées, où de pitoyables groupes d’habitants plongés dans la barbarie sont harcelés sans cesse par les communistes comme par les Japonais. » A la même époque, un autre commentait la situation en ces termes : « Beaucoup de membres du KMT sont assurément des voleurs corrompus, mais du point de vue chinois, les zones tenues par l’ANR sont relativement paisibles, relativement prospères et leurs habitants sont relativement bien nourris et relativement bien gouvernés. Le terme “relativement” fait référence au véritable enfer sur Terre créé par les Japs et les communistes dans les zones qu’ils se disputent. Les Japs sont susceptible d’abattre sans provocation, sans avertissement et sans raison tous les Chinois qu’ils aperçoivent, tandis que les communistes assassineront joyeusement un enfant affamé pour lui voler un misérable reste de nourriture… » Même en tenant compte d’un anticommunisme “viscéral”, cette description n’était pas sans exprimer une certaine réalité.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Sep 30, 2007 10:33    Sujet du message: Répondre en citant

Suite... OTL, les Chinois envoyèrent effectivement ue force aider les Anglais sur le front birman.

Mi-mars à début juin 1942 – “L’intercession” en Birmanie et Indochine
Les Chinois baptisèrent leur intervention destinée à soutenir Anglais, Français et Américains sur les lointaines marches du Yunnan, aux frontières de l’Indochine et de la Birmanie, du nom “Intercession”, qui soulignait la générosité du peuple et du gouvernement chinois portant secours à leurs malheureux alliés. Les forces engagées comprenaient les 5e, 6e et 66e Corps d’Armées, regroupés sous le nom de “Force Expéditionnaire Chinoise en Birmanie” (FECB) et le commandement du Lieutenant-Général Joseph Stilwell, secondé par le Lt-Général Lo Cho-Ying. Stilwell avait pour tâche de couvrir la Route de Birmanie, de concert et en coopération avec les forces françaises et leurs alliés locaux, Vietnamiens et Laotiens plus ou moins indépendantistes, ainsi qu’avec les tribus birmanes, dont l’action était organisée d’assez loin par les Britanniques commandant l’Armée des Indes.
Stilwell était extraordinairement peu à sa place à ce poste. Tout ce qui fut accompli sur le terrain le fut en réalité par le Général Lo, en relation directe avec les Français par l’intermédiaire du Lt-Général Lin Wei. Mais selon la plupart des historiens, la principale mission confiée aux troupes de second rang composant la FECB avait été brillamment exécutée : envoyer Jo Stilwell loin de Chungking durant plusieurs mois. De fait, Geiju, où Stilwell installa son QG à partir du 21 mars, est situé au sud de Kunming, non loin de la frontière sino-indochinoise.
Composition de la FECB
– Réserve d’état-major
36e Division* (Général Li Chih-Peng) – En réserve au Yunnan.
88e Division* – Envoyée en mai 1942 défendre le sud du Yunnan contre les incursions de troupes japonaises venant d’Indochine.
2e Division de réserve – Envoyée en mai 1942 effectuer des actions de guérilla sur les arrières japonais le long de la frontière avec l’Indochine.
– 5e Corps (Général Tu Yu-Ming)
22e Division (reconstituée) (Général Liao Yao-Shiang) – 64e, 65e et 66e régiments
96th Division (Général Yu Shao) – 286e, 287e et 288e régiments
– 6e Corps (Général Kan Li-chu) – Entré en Birmanie dès février 1942
49e Division (Général Peng Pi-sheng) – 145e, 146e et 147e régiments
93e Division (Général Lu Kuo-Chuan) – 277e, 278e et 279e régiments
55e Division Provinciale (Général Chen Mien-Wu) – 1er, 2e et 3e régiments
1er Bataillon du 13e Rgt d’Artillerie.
Bataillons du Génie, du Train et des Transmissions.
– 66e Corps (Général Ma Wei-Chi) – Utilisé dans le sud-ouest de la province du Guanxi. Détaché auprès de Stilwell à partir de mi-avril 1942, mais normalement indépendant et travaillant en coopération avec des éléments français venus du Vietnam.
28e Division (reconstituée) (Général Liu Po-Lung) – 82e, 83e et 84e régiments
29e Division (reconstituée) (Général Ma Wei-chi) – 85e, 86e et 87e régiments
38e Division (reconstituée)* (Général Sun Li-jen) – 112e, 113e et 114e régiments
1er Bataillon du 18e Rgt d’Artillerie.

* Divisions entraînées avant le conflit par des insructeurs allemands et réorganisées.
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MessagePosté le: Ven Oct 05, 2007 18:04    Sujet du message: Répondre en citant

OTL, la campagne eut bien lieu. Les Japonais ne l'emportèrent que de justesse, grâce au sous-équipement des Chinois. N'hésitez pas à donner votre opinion !

Mai à octobre 1942 – La campagne de Chekiang et Kiangsi
La campagne de Chekiang et Kiangsi trouve son origine dans le raid des B-25 de Doolittle contre le Japon le 18 avril 1942. De fait, si les avions de Doolittle étaient partis du porte-avions Hornet, quelques-uns avaient effectivement pu se poser en Chine et les stratèges américains prévoyaient que des escadrilles entières seraient dès que possible basées sur place. Les forces japonaises et celles du Manchoukouo (gouverné par des marionnettes du Japon) attaquèrent donc la province du Kiangsi (au sud-est, dans l’intérieur) et la province du Chekiang (au nord-est, au bord de la mer de Chine). L’offensive japonaise avait au départ pour but de détruire les aérodromes pouvant servir aux bombardiers américains mais surtout, en réalité, de dévaster les campagnes. Ce fut en fait une des premières offensives “Trois Tout” de l’Armée Impériale.

Deux armées japonaises engagées
– 11e Armée (Général Yuiki Anami) : 13e et 34e Divisions d’Infanterie, Colonnes Hinaro (1 bataillon de la 68e DI), Ide (1 bataillon de la 68e DI), Imai (3 bataillons de la 40e DI) et Takehara (4 bataillons de la 6e DI).
– 13e Armée (Général Shiguro Sawada) : 15e, 22e, 32e, 70e et 116e Divisions d’Infanterie ; Brigades composites Harada et Kono ; 3 régiments d’artillerie, 3 régiments du génie, 1 régiment de construction de routes, 5 régiments de camions, 1 bataillon blindé.
La 11e Armée était massée autour de Nanchang (au sud-ouest) et la 13e autour de Hangchow (au nord-est). Leur plan était d’attaquer de façon convergente le long de la voie ferrée réunissant les deux villes. Par ailleurs, il était prévu de débarquer au Chekiang 10 000 hommes de l’Armée Impériale et des troupes spéciales de la Marine (SNLF), afin de couper de leurs arrières les forces chinoises basées dans l’est de cette province. Dans le même temps, des attaques secondaires partant de Nanchang devaient détruire les garnisons de l’Armée Nationale Révolutionnaire (ANR) à l’est de Nanchang, près du lac Po-yang.
– Ces deux armées devaient être soutenues par le 1er Groupe Aérien.

En face, deux Zones de Guerre de l’ANR
– Troisième Zone de Guerre (Général Ku Chu-tung)
10e Armée (Général Wang Ching-Chiu) : 49e Corps (26e et 105e DI, 13e DI provinciale), 63e et 79e DI.
25e Armée (Général Li Cheuh) : 88e Corps (21ème DI reconstituée, 30ème DI reconstituée, 32e DI provinciale) ; 9e Corps provincial (33e, 34e et 35e DI provinciales).
32e Armée (Général Shangkuan Yun-Hsiang) : 25e Corps (40e, 55e et 108e DI), 26e Corps (32e, 41e et 46e DI), 50e Corps (144e et 145e DI, 7e DI reconstituée), 74e Corps (51e, 57e et 58e DI), 86e Corps (16e et 67e DI), 100e Corps (19e et 75e DI), 5e DI de Réserve.
– Neuvième Zone de Guerre
4e Corps (59e, 90e et 102e DI), 58e Corps (10e et 11e DI reconstituées) et 79e Corps (98e et 194e DI, 6e DI provinciale).
Les forces des 3e et 9e Zones de Guerre n’étaient pas très nombreuses, mais elles avaient reçu de nouveaux matériels. Il s’agissait notamment de fusils, tout simplement, mais aussi de fusils antichars anglais. Le moral des hommes avait aussi été amélioré par les nouvelles de la troisième bataille de Changsha, et par le simple fait d’avoir vu monter au front des automitrailleuses portant les insignes chinois et des camions chargés de ravitaillement. Ce ravitaillement comportait des aliments à haute valeur calorique et une bonne quantité de munitions pour les nouveaux fusils. De plus, si les unités de la 3e Zone de Guerre s’étaient jusqu’alors contentées d’intensifier depuis le début de l’année les opérations de guérilla qu’elles menaient le long de la voie ferrée, les 10e et 25e Armées, massées au sud de Nanchang, avaient reçu des renforts et certaines unités avaient même vu arriver quelques blindés.
Plus important encore, le Conseil National Militaire chinois, informé des concentrations de troupes japonaises dans la région de Hangshow, avait ordonné mi-avril une pause opérationnelle à ses quelques unités aériennes pour les rééquiper en prévision des combats à venir. Les Chinois allaient ainsi disposer d’un peu plus de cent avions capables d’intervenir dans la région : une quarantaine de P-40 et autant de P-39 fraîchement livrés, et une vingtaine d’I-153 survivants des combats précédents. Une trentaine de pilotes étaient chinois (la Chine entière comptait à cette époque 70 à 80 pilotes de guerre), les autres étaient pour la plupart américains.

15 au 30 mai : les Japonais attaquent de Hangshow – Batailles de Lanhai et Ku-Fang
L’Armée Impériale passa à l’attaque le 15 mai 1942. La 13e Armée avança rapidement de Hangchow vers le sud-ouest, le long de la voie ferrée Chekiang-Kiangsi. Le 21, les Japonais atteignaient la ligne Chienleh - Tung Yang, à 30 km de leur point de départ. La résistance de l’ANR était cependant notable, car la 25e Armée avait préparé une série de lignes de défense, mais elle manquait d’armes en raison de mauvaises lignes de communication. Chaque fois qu’un point de résistance arrêtait les Japonais, ils manœuvraient pour le déborder, obligeant les Chinois à se replier sur la position suivante.
L’action décisive sur ce front se déroula du 25 au 29 mai, quand la Brigade Kono et les 15e, 22e et 70e DI commencèrent à envelopper les positions logistiques vitales de l’ANR, autour des villes de Lanhai, au confluent de la rivière Fuchan, et de Ku-fang, plus au sud, à 70 km sur la voie ferrée au sud-ouest de Hangchow. Six divisions de l’ANR (les 40e, 63e, 79e, 146e, 192e et 5e de réserve) affrontèrent là les Japonais. Le 27 mai, une violente contre-attaque chinoise rejeta les assaillants devant Ku-fang, mais plus au nord, après de très durs combats, l’Armée Impériale enfonça les 40e, 146e et 192e DI près de Lanhai. Les positions chinoises s’effondrèrent et les forces de l’ANR se dispersèrent. Beaucoup de petites unités se lancèrent cependant peu après dans des opérations de guérilla sur les arrières japonais, tentant de ralentir l’ennemi pour que les défenseurs de Ku-fang puissent battre en retraite vers l’ouest. Les Japonais réagirent à ces opérations par des frappes de contre-guérilla, qui consistaient essentiellement en massacres de civils.
Le plan japonais devenait transparent. L’Armée Impériale n’avait pas encore attaqué de Nanchang, mais une telle attaque était plus que prévisible, car elle lui permettrait d’envelopper les forces de l’ANR défendant l’axe ferroviaire. Le vainqueur de ChangSha, le Général Hseuh Yueh, élabora alors un plan hardi pour renverser le cours de la bataille. Il proposa à l’état-major (c’est-à-dire à Tchang Kaï-Chek) de déplacer de 170 km vers l’est six de ses propres divisions, dont la fameuse 200e Blindée, pour lancer une contre-offensive en direction de Nanchang, quand l’offensive japonaise serait bien lancée. La manœuvre était risquée et impliquait, quelle que fût son issue, de dépenser une grande partie du matériel allié reçu l’année précédente. Tchang Kaï-Chek tint cependant le pari – selon certains sources, il avait prévu qu’en cas de réussite, il en capterait le bénéfice, tandis qu’en cas d’échec, il ferait porter toute la responsabilité sur Hseuh Yueh, se débarrassant ainsi d’un éventuel rival politique.

31 mai au 25 juin : les Japonais attaquent de Nanchang, les Chinois contre-attaquent – Bataille de Linchuan
Le 31 mai, la 11e Armée japonaise, basée à Nanchang, passa à l’attaque. Malgré une forte résistance des hommes de la 9e Zone de Guerre, les troupes du Général Yuiki Anami avancèrent d’abord régulièrement vers le sud-est. Les unités de l’ANR reculaient de point d’appui en point d’appui, ne pouvant que retarder les Japonais. Néanmoins, le Général Anami constata avec inquiétude que ses blindés légers subissaient des pertes inhabituelles sous les coups de fusils antichars et que les pertes de son infanterie étaient plus lourdes qu’à l’accoutumée. Des armes capturées lui fournirent bientôt une explication : les troupes chinoises étaient dotées d’un nombre important d’armes américaines et britanniques. Pire, ses officiers lui signalèrent que presque tous les soldats chinois semblaient posséder à la fois un fusil et quelques notions sur la manière de s’en servir. Pourtant, l’offensive continuait de progresser. La ville de Linchuan tombait notamment le 6, à 40 km de Nanchang.
Du 2 au 6 juin, d’autres unités d’Anami traversèrent le lac Po-yang et débarquèrent sur la rive est, occupant sans résistance les villes de Po-yang, Juihung et Yuchien (celle-ci à 10 km du lac). Mais le 12, Anami fut sidéré d’apprendre que des troupes chinoises (celles de la 32e Armée) venaient de contre-attaquer à l’est du lac, encerclant les trois villes et piégeant 9 000 de ses hommes.
Le même jour cependant, sur son axe d’attaque principal, les troupes de la 11e Armée s’emparèrent de la ville de Nas-cheng, à 80 km environ au sud-est de Nanchang. Au même moment, du côté de la 13e Armée, la 32e DI atteignait Yu-shan, sur la voie ferrée, 60 km environ à l’est des pointes les plus avancées d’Anami, à Ying-tan. Le plan japonais semblait fonctionner : les positions de l’ANR au nord de la voie ferrée formaient maintenant un vaste saillant à base étroite, où 80 000 hommes étaient sur le point d’être encerclés.
Mais le 18 juin, la 9e Zone de Guerre lança une contre-attaque de grande envergure à Nas-cheng. Elle jeta toutes ses forces contre la 13e Division, enveloppant rapidement Nas-cheng où 4 000 Japonais et Mandchous se retrouvèrent encerclés, pendant que les Chinois se dirigeaient vers Linchuan, où le reste de la 13e DI se retranchait en toute hâte. Anami dut rappeler une grande partie de la 34e DI, qui continuait de progresser vers l’est, pour défendre Linchuan.
La bataille pour cette ville dura du 21 au 25 juin et coûta très cher aux deux divisions japonaises. Menacés d’être encerclés, les Japonais finirent par abandonner la ville et par passer sur la rive nord d’un affluent du Yang-Tsé reliant Linchuan (sur la rive sud) à Nanchang (40 km au nord-ouest, sur la rive nord). Les 13e et 34e DI avaient perdu près d’un tiers de leurs effectifs,sans compter les 4 000 hommes piégés à Nas-cheng, maintenant à près de 40 km de leurs lignes.
Le plan japonais était gravement compromis par ce succès chinois, mais le Général Anami pouvait espérer avoir subi le plus dur. Les pertes chinoises étaient très lourdes et la 9e Zone de Guerre n’était visiblement pas en état de renouveler une action comme celle qu’elle venait de mener. Pourtant, ce n’était que le début des malheurs de la 11e Armée.

26 au 29 juin – Yueh attaque – Chute de Nanchang
Le 26 juin, l’aviation chinoise (ou du moins, des avions portant les étoiles à douze branches du KMT) apparut en force au dessus du champ de bataille – une centaine de monomoteurs était en effet une véritable démonstration de force pour la ROCAF, même aidée par les pilotes étrangers de la CATF. Mais le coup le plus marquant vint de l’ouest, avec l’attaque des forces du Général Hseuh Yueh. Cinq divisions d’infanterie bien équipées (c’est-à-dire avec un fusil par homme et des munitions pour chaque fusil), plus ce qui pouvait passer pour une division blindée (à condition bien sûr de ne pas prendre pour référence les événements du front germano-soviétique qui avaient lieu au même moment) : depuis deux ans, les Chinois n’avaient jamais lancé à l’attaque de forces comparables. Les hommes de Yueh percèrent sans grande difficulté les faibles lignes japonaises, 40 km à l’ouest de Nanchang.
Anami ne pouvait pas faire grand-chose. Ses meilleures troupes, déjà fatiguées et amoindries, se trouvaient 50 à 50 km à l’est de la ville. Tout en leur donnant l’ordre de décrocher vers Nanchang, il rameuta ce qu’il lui restait pour défendre la ville : 25 000 hommes encore, mais pour la plupart des unités mandchoues de second rang. Mais ces unités ne pouvaient pas défendre toute la longueur de la rivière entre Linchuan et le Yang-Tsé et les divisions de Yueh les débordèrent facilement. Avec l’arrivée des éléments blindés de la 200e Division, la position japonaise devint tout à fait impossible à tenir. Malgré les barouds d’honneur livrés çà et là par les quelques unités japonaises présentes, les Mandchous craquèrent. Près de 8 000 se rendirent et les autres fuirent vers le nord. Nanchang tomba le 29 juin.

30 juin au 15 juillet – La course au Yang-Tsé et le repli d’Anami
Le Général Hseuh Yueh commença alors à se progresser vers le nord, coupant la retraite des forces d’Anami vers l’ouest. Ses unités atteignirent la rive ouest du lac Po-yang le 1er juillet et se dirigèrent aussitôt vers la ville de Juchang, sur le Yang-Tsé. La prise de ce port interdirait le trafic japonais sur le fleuve, amoindrirait leur contrôle sur le Wuhan et condamnerait définitivement les forces d’Anami. Le 6 juillet, après une course folle de 80 km, Yueh arriva à Cha-Heje, 10 km au sud de Juchang. Là, des troupes japonaises s’étaient retranchées entre la chaîne de Lu Shan à l’est et une zone de collines à l’ouest. Le 8 juillet, les blindés de la 200e Division réussirent, non sans pertes (au combat et par casse mécanique) à déborder cette ligne par l’ouest, obligeant les Japonais à se replier sur une seconde ligne, entre les monts Lu Shan et un lac situé à l’ouest de Juchang. Là, ils réussirent à arrêter les forces de Yueh, à 5 km de Juchang.
Pendant ce temps, Anami ordonnait à toutes ses troupes de se regrouper à l’est du lac Po-Yang. Les 13e et 34e Divisions y parvinrent sans trop de mal, à la différence des forces encerclées dans Nas-Cheng, qui durent se frayer un chemin sous un harcèlement continu. Les quatre colonnes encerclées dans Po-Yang, Juihung et Yuchien furent dégagées. Il restait à Anami 45 000 hommes environ.
Ces forces avaient espéré retraverser le lac Po-Yang, mais les attaques aériennes “chinoises” avaient été fatales à une grande partie des petits bateaux utilisés par les Japonais, contre lesquels les canons des P-39 s’était montré redoutablement efficace. L’état-major japonais rappela en hâte des escadrilles de toute la Chine du Sud et réussit à reprendre le contrôle de l’air au bout de dix jours de lutte, mais trop tard.

16 juillet au 1er août – Anami s’échappe
Le 16 juillet, les Japonais jouèrent leur dernier atout. La Marine Impériale débarqua comme prévu 10 000 hommes environ à Wenchow et cette force avança bientôt vers l’intérieur des terres, désorganisant les arrières de la 3e Zone de Guerre.
A partir du 20 juillet, les forces de la 13e Armée japonaise lancèrent une série d’attaques vers l’ouest pour dégager Anami. L’une de ces attaques progressa de 15 km avant d’être arrêtée à Hang-Fang, le 25. Pendant ce temps, les forces d’Anami attaquaient elles aussi en direction d’Hang-Fang, pour être elles aussi bloquées. Mais il s’agissait d’une feinte : au même moment, Anami lançait ses meilleures troupes vers Jingde-Shan, où elles réussirent à rejoindre le 1er août les lignes de la 13e Armée. Anami n’avait plus avec lui que 35 000 hommes, presque tous Japonais. Il avait perdu plus de 60 000 soldats (dont 40 000 Mandchous).

Un épilogue de trois mois
Les combats se poursuivirent jusqu’à la fin d’octobre. A l’est, les forces chinoises réussirent à repousser la 13e Armée jusqu’à Chao-Hsein et à contenir les unités débarquées à Wenchow dans une poche autour de ce port. Au nord, les divisions du Général Yueh ayant dû retourner dans la région de Changsha, pour éviter une attaque japonaise venue du Wuhan, les Chinois reculèrent de 50 km jusqu’à Chi-Jin, région de lacs et de marais facile à défendre.


La Chine au rang des Alliés majeurs
La campagne de Chekiang et Kiangsi était une grande victoire chinoise. Les Japonais avaient perdu 100 000 morts et blessés et l’ANR environ 80 000. La moitié de ces pertes étaient sans doute des soldats mandchous, mais c’était la première fois que l’ANR avait infligé plus de pertes qu’elle n’en avait subi. Cependant, le prix de cette victoire était élevé, car les Japonais avaient massacré plus de 150 000 civils chinois pendant les opérations. Par ailleurs, les Chinois avaient dépensé une grande quantité du matériel et des munitions envoyés par les Occidentaux depuis 1940 par la voie ferrée Hanoi-Kunming et par la Route de Birmanie, et il allait leur falloir du temps pour le remplacer.

Le moral chinois à la hausse
Restait qu’une vaste région de Chine avait été libérée et qu’une voie ferrée d’importance vitale avait été reprise. Si la maîtrise de l’air par les Japonais empêchait de l’utiliser de jour, elle pouvait être utilisée de nuit – à condition bien sûr de trouver des locomotives. Plus important encore, c’était la deuxième victoire chinoise sur les Japonais et elle valait à la Chine, qui avait par deux fois affronté et vaincu l’armée japonaise, une place de choix parmi les Alliés. Les conséquences politiques de ces batailles étaient donc considérables. Il est probable que, sans elles et sans le matériel allié qui avait facilité la première et permis la seconde, la situation de la Chine, du Kuomintang et du gouvernement de Chungking se serait sévèrement aggravée, tant face au Japon que vis-à-vis du PC chinois. Selon certains historiens, l’autorité du gouvernement de Tchang Kaï-Chek se serait très certainement effondrée et la corruption endémique au sein du KMT aurait probablement explosé, avec tous les effets délétères que cela implique.

Les Occidentaux impressionnés
La réaction des Occidentaux fut d’abord le scepticisme devant les déclarations chinoises. Cependant, il fut bientôt évident que les proclamations de Tchang Kaï-Chek, si elles étaient comme d’habitude excessives, reposaient sur un solide fond de vérité et que l’ANR se comportait très bien. Britanniques et Français virent immédiatement l’intérêt qu’ils pouvaient en tirer. Ils envoyèrent des journalistes couvrir les combats et utilisèrent les reportages, images et prises de vues pour souligner que les victoires chinoises n’avaient été possibles que grâce à la résistance de Singapour, qui avaient empêché les Japonais de s’en prendre à la Route de Birmanie, et au maintien jusqu’à l’extrême limite du trafic ferroviaire Hanoï-Kunming. Tchang Kaï-Chek ne tarda pas à approuver chaleureusement, car ce raisonnement conduisait évidemment à conclure qu’il était nécessaire de poursuivre l’envoi à la Chine du maximum d’aide alliée.
De fait, même les envoyés de Washington en Chine le confirmaient. L’ANR avait finalement fait bon usage des armes et des munitions qui lui avaient été livrées. Il fallait donc poursuivre les efforts dans ce sens…

Les Japonais en quête de solutions
L’Armée Impériale avait été sidérée par l’apparition – même relativement brève – de blindés et d’avions alliés, et n’avait pas apprécié d’affronter des unités chinoise dont tous les hommes possédaient un fusil et des munitions. L’état-major comprenait maintenant l’importance de la Route de Birmanie, mais était hors d’état de la couper.
Le pire était sans doute que, comme en Malaisie et en Indochine, l’infériorité technique des chars japonais avait été manifeste. Si des améliorations étaient possibles à bref délai, par exemple en modifiant l’armement du CHI-HA, la fabrication de nouveaux engins de meilleure qualité se heurtait à de nombreux obstacles, allant de la disponibilité d’un acier de la qualité voulue aux capacités d’emport des cargos de la flotte marchande nippone. L’état-major n’en réclama pas moins la production d’urgence du CHI-NU et l’accélération du développement du CHI-TO. En revanche, la production de la tankette HA-GO devait se poursuivre, cette petite machine étant considérée comme nécessaire aux opérations sur le théâtre chinois.
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Didi



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MessagePosté le: Dim Oct 07, 2007 19:25    Sujet du message: Répondre en citant

Il est, si j'ai bien compris, sous entendu que le KMT sort vainqueur de la guerre civile chinoise, mais le fait que les soviétiques attaquent plus tôt et surement plus longtemps ne risque-t-il pas de d'encore plus avantager le PC qu'historiquement ?
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Oct 07, 2007 19:47    Sujet du message: Répondre en citant

Tu as mis le doigt dessus...
Sans parler du fait que, comme le dit Mark, l'Armée Impériale en Chine est maintenant "in a world of hurt"...
L'évolution déclenchée par la FTL paraît en effet permettre au KMT de prendre un avantage décisif dans la guerre civile et de la remporter dans les mois suivant la fin du conflit avec le Japon.
MAIS le Petit Père des Peuples voudra sûrement dire son mot à ce moment, pour aider les camarades chinois qui l'appelleront au secours.

Bon, on n'y est pas encore Wink
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Casus Frankie

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MessagePosté le: Lun Oct 08, 2007 19:12    Sujet du message: Répondre en citant

guerre en chine au lieu de guerre de corée, hum? Wink
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