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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15562 Localisation: Paris
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Posté le: Lun Avr 01, 2019 14:56 Sujet du message: |
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| Pendjari a écrit: | Superbe !
Le Commandant Monasterio est-il un proche parent du même, ennemi juré de Zorro alias Don Diego Delavega ?  |
Je suppose que tu as noté quelques autres noms dans cet épisode… _________________ Casus Frankie
"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire) |
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Finen
Inscrit le: 17 Oct 2006 Messages: 2224
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Posté le: Lun Avr 01, 2019 15:21 Sujet du message: |
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D'ici à ce que Diego et Bernardo viennent au dela de la mort au secours de Reyes à bord d'un engin noir surgit de la nuit...  |
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demolitiondan

Inscrit le: 19 Sep 2016 Messages: 13213 Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris
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Posté le: Lun Avr 01, 2019 15:26 Sujet du message: |
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Il me vient une cornerie Requesens - pourquoi ne pas appeler sdkfz 251 "Tornado" ? _________________ Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste |
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requesens
Inscrit le: 11 Sep 2018 Messages: 1640
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Posté le: Lun Avr 01, 2019 15:57 Sujet du message: |
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Quand même !!!
Au fait Eric Blair, personne n'a relevé ?
@Finen/Demolition Dan : au vu de ce qui se prépare, ils ont avoir besoin de toute l'aide possible. _________________ "- Tous les allemands ne sont pas nazis, monsieur !
- Oui, je connais cette théorie, oui." |
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FREGATON

Inscrit le: 06 Avr 2007 Messages: 5185 Localisation: La Baule
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Posté le: Lun Avr 01, 2019 16:01 Sujet du message: |
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| Casus Frankie a écrit: | | Pendjari a écrit: | Superbe !
Le Commandant Monasterio est-il un proche parent du même, ennemi juré de Zorro alias Don Diego Delavega ?  |
Je suppose que tu as noté quelques autres noms dans cet épisode… |
Il y à semble-t-il toute la garnison des lanciers de Los Angeles: un gros sergent, un caporal ahuri... 8) _________________ La guerre virtuelle est une affaire trop sérieuse pour la laisser aux civils. |
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Alias

Inscrit le: 06 Juil 2007 Messages: 812 Localisation: Dans les environs de Genève-sur-Léman
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Posté le: Lun Avr 01, 2019 16:20 Sujet du message: |
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| requesens a écrit: | Quand même !!!
Au fait Eric Blair, personne n'a relevé ? |
Bah oui, quand même. _________________ Stéphane "Alias" Gallay -- https://alias.erdorin.org
Multi-classé rôliste / historien / graphiste / fan de rock-prog / utilisateur de Mac |
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requesens
Inscrit le: 11 Sep 2018 Messages: 1640
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Posté le: Lun Avr 01, 2019 16:35 Sujet du message: |
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Cela ne s'invente pas mais il y eu un général franquiste dénommé….mais si...Monasterio.
https://es.wikipedia.org/wiki/José_Monasterio_Ituarte _________________ "- Tous les allemands ne sont pas nazis, monsieur !
- Oui, je connais cette théorie, oui." |
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Finen
Inscrit le: 17 Oct 2006 Messages: 2224
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Posté le: Lun Avr 01, 2019 16:51 Sujet du message: |
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| Ce Monasterio là était, semble t-il, un fin louvoyeur! |
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Archibald

Inscrit le: 04 Aoû 2007 Messages: 11888
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Posté le: Lun Avr 01, 2019 19:47 Sujet du message: |
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Un rugbyman nommé Pillar, ce serait pas mal aussi :p _________________ Sergueï Lavrov: "l'Ukraine subira le sort de l'Afghanistan" - Moi: ah ouais, comme en 1988.
...
"C'est un asile de fous; pas un asile de cons. Faudrait construire des asiles de cons mais - imaginez un peu la taille des bâtiments." |
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LaMineur
Inscrit le: 12 Oct 2009 Messages: 471
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Posté le: Mar Avr 02, 2019 09:07 Sujet du message: |
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Faut reconnaître qu'il a encore bonne mine, le sergent....
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requesens
Inscrit le: 11 Sep 2018 Messages: 1640
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Posté le: Mar Avr 02, 2019 09:22 Sujet du message: |
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Excellent…..  _________________ "- Tous les allemands ne sont pas nazis, monsieur !
- Oui, je connais cette théorie, oui." |
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Casus Frankie Administrateur - Site Admin

Inscrit le: 16 Oct 2006 Messages: 15562 Localisation: Paris
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Posté le: Mar Avr 02, 2019 13:44 Sujet du message: |
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La suite……
Assis dans la cabine d’un camion, les deux sous-officiers roulaient en direction de l’hôpital de campagne, situé à l’autre extrémité de la ville. Luis avait proposé quelques cigarettes à un soldat allemand pour les y conduire et ils avaient échangé quelques mots avant que le chauffeur ne se concentre sur sa conduite : le sol était gelé et les risques de dérapage évidents. A présent, il regardait le paysage : en vrai Méditerranéen, le froid et la neige était des nouveautés pour lui. Au loin, après les dernières maisons de la petite ville, la plaine était grisâtre, couleur de neige vieillie. Il avait toujours imaginé un paysage blanc pur, mais ici les hommes en avaient décidé autrement.
Sur la route qui traversait Hrebinka, le trafic était intense : une majorité de camions du train, mais aussi des unités d’artillerie tractant des pièces de petit calibre et quelques véhicules blindés. Tout au long des quelques kilomètres du trajet, des groupes de civils russes, sous la surveillance d’un ou deux militaires, pelletaient la neige ou comblaient les ornières.
Garcia rompit le silence pour lui demander d’un air étonné : « Tu parles allemand ? »
– Tout le monde connait quelques mots, toi aussi tu apprendras, tu verras.
– Oui mais toi tu parles bien !
– Je dois être doué pour les langues, affirma Luis dans un sourire. Notre chauffeur me disait que les officiers sont inquiets, les Russes remontent du sud. Ils ont pris une grosse fessée voici quelques jours, mais ils ne vont pas ralentir longtemps, ceux du train font des navettes pour apporter des munitions. J’ai peur que tu sois arrivé à un mauvais moment… Maintenant, à propos d’Alejandro… J’avais un ami qui adorait la lecture, il était capable de réciter de mémoire des passages entiers des œuvres qu’il avait lues. Un jour il m’a parlé des Atrides, tu connais ?
Garcia, les yeux ronds, marqua un temps d’hésitation : « Non. Ce sont des gens connus ? »
Luis réprima un sourire
– En un sens… En fait, ce sont des Grecs qui vécurent voici très longtemps. Une sorte de famille maudite, frappée par la mort et la trahison. Tu vois, la famille d’Alejandro, c’est un peu les Atrides en Espagne. Ce que je vais te dire est un secret, aucun officier n’est au courant, mais tous ses camarades le sont. Si tu dois combattre avec nous, mieux vaut que tu le saches aussi, mais tu ne devras pas le répéter en dehors de notre petit groupe.
Garcia acquiesça. Luis était sûr qu’il se tairait – on pouvait lire sur le visage de cette âme simple comme dans un livre ouvert.
– Bien sûr, mais qu’a-t-il fait de si grave ?
– Le problème n’est pas ce qu’il a fait mais qui il est.
L’autre fronça les sourcils.
– Gonzalez n’est pas son nom. Il a emprunté les papiers du fils de sa nourrice. Son père n’est pas un employé de banque mais un aristocrate, officier dans la garde royale d’Alphonse XIII et grand propriétaire terrien ! J’ai vu une photo de lui avec casque à pointe et monocle, il ressemble à un officier prussien de l’Autre guerre… Par contre, Alejandro ne nous a jamais dit son vrai nom, pour empêcher que quelqu’un puisse dénoncer la supercherie.
En 36, son père a participé à l’élaboration du soulèvement et a comploté avec les généraux, il les connait tous et même certains qui étaient en face ! S’il apprend que son dernier fils est ici, il interviendra directement auprès de Muñoz-Grande pour le faire renvoyer en Espagne, et ça Alejandro ne le veut surtout pas.
Pour que tu puisses mieux comprendre le genre d’homme qu’est son père, sache qu’il a attendu les résultats du soulèvement sur ses terres près de la frontière portugaise, afin de pouvoir se mettre à l’abri si les choses ne se passaient pas comme prévu. Le 20 juillet, la Vieille Castille était aux mains des militaires, Valladolid, Salamanque, Burgos s’opposaient au gouvernement. Rassuré, il a convoqué tous ses journaliers – à cause des moissons ils étaient plusieurs dizaines, il les a fait se rassembler devant sa demeure, il a pris un fusil et en a abattu cinq, juste pour que les autres comprennent qu’il restait le maître. D’après son fils, ce n’est pas un fasciste, il détestait José-Antonio et continue à détester la Phalange, c’est simplement un riche monarchiste qui a eu peur que son monde soit détruit. C’est vrai qu’il a été près de tout perdre et de voir apparaitre une Espagne inconnue. Il était prêt à tout, même à s’allier avec des gens qu’il méprise profondément, pour garder son mode de vie et ses valeurs.
Garcia écoutait. Paysan navarrais croyant, presque dévot, il ne pouvait comprendre cette violence aveugle envers les humbles. Il intervint avec vigueur : « Les phalangistes et ceux qui les suivent sont tous des señoritos [des gosses de riches] qui veulent faire une révolution pour que les paysans et les ouvriers vivent mieux mais qui ne peuvent s’empêcher de les mettre devant un mur quand ils voient un ! Durant la guerre, ces brutes ne faisaient aucun prisonnier. Je les ai vus achever des blessés rouges intransportables et abattre l’infirmier qui était resté pour les soigner. Plusieurs fois, mes camarades et moi avons eu des problèmes avec eux. »
Luis écouta cette diatribe sans surprise : l’animosité entre phalangistes et réquétés navarrais était de notoriété publique. Il devrait dire à Garcia que les premiers étaient très nombreux dans la Division et qu’il ne faudrait pas trop répéter en public ce genre de propos. Mais il préféra reprendre d’abord le fil de son histoire.
– Le marquis avait trois enfants : une fille, l’aînée, et deux garçons. Alejandro est le cadet. Des enfants splendides pour qui notre homme avait de grands projets. Mais tu sais que le chemin est long du projet à la chose et rien ne se passa comme il avait espéré. En mars 1937, le marquis convoqua son fils ainé, José-Luis, 16 ans révolus, beau garçon, intelligent, et lui dit plus ou moins : « Mon fils, la vraie Espagne est en guerre et tu dois participer à la victoire. Beaucoup de jeunes de ton âge luttent les armes à la main, tu dois les rejoindre. Me comprends-tu ? Demain, un officier viendra te chercher pour te conduire auprès de tes camarades ; tu remettras ce pli à ton chef de corps. »
Le lendemain, un capitaine se présenta et José-Luis partit ave lui, son père sur le perron, accompagné du jeune Alejandro, le salua d’un double « ¡ Viva España, Arriba España ! » Sa mère et sa sœur, en pleurs, refusèrent de le regarder s’éloigner.
Le garçon rejoignit le front Nord au moment où les troupes nationales commençaient leur offensive sur le Pays Basque. José-Luis se présenta devant son colonel, un ami de sa famille, et lui tendit la lettre qui disait en substance : « Fais de mon fils un soldat au service de Dieu et de l’Espagne, mais rappelle-toi qu’il n’a que 16 ans et qu’il ne connait rien de la vie militaire. Je te laisse prendre les décisions que tu estimeras nécessaire pour faire de lui un homme, un vrai Espagnol. »
Sais-tu ce que décida cet officier pour faire de ce garçon un homme ?
– Sie sind bald angekommen, intervint le chauffeur.
– Danke… Nous arrivons.
– Et alors, que s’est-il passé avec le garçon ?
– Descendons.
Les pieds dans la neige, il souhaita bonne chance au soldat. Le froid vif le saisit et un frisson le parcourut. Il se retourna vers Garcia et sans aucune précaution, comme s’il ne s’était pas interrompu, continua.
– On l’envoya dans un peloton d’exécution ! On le transforma en tueur d’abattoir. Pour faire de lui un homme, on lui donna un fusil et on lui ordonna de tuer de sang-froid d’autres Espagnols qui le regardaient droit dans les yeux. Tous les soirs, il écrivait un long courrier à son frère et lui racontait l’horreur qu’il vivait.
Le deuxième soir, il fut convoqué par le colonel qui lui demanda de ses nouvelles, allait-il bien ? Comment se comportaient ses camarades avec lui ? Avait-il des besoins particuliers ? Etait-il bien installé ? Solidarité de classe, je présume, mais pas un mot sur les exécutions ou sur les malheureux fusillés. A la fin de l’entretien, le colonel ajouta une question imprévue : était-il vierge ? Rouge et bafouillant, il dut reconnaître qu’il n’avait jamais connu de femme.
Dans un éclat de rire, l’officier lui dit : « Alors viens, nous allons voir les filles, je t’invite ! Mais pas un mot à ton père et encore moins à ta mère. »
A la “Madame”, il demanda la plus belle pour le jeune homme car c’était sa première fois. José-Luis raconta à son frère qu’en dépit des efforts de la prostituée il n’avait rien pu faire. Honteux, il mentit au colonel. Le lendemain, les exécutions reprirent et il se transforma de nouveau en bourreau.
Installé dans un ancien bâtiment industriel, l’hôpital paraissait en bon état. Des camions et des ambulances allaient et venaient sans cesse, le trafic était soutenu : les combats se rapprochaient. Ils montèrent quelques marches et se retrouvèrent au chaud. Visiblement, le sergent attendait la suite du récit.
– Viens, la plupart des médecins et des infirmières sont espagnols. Allons aux cuisines et essayons de nous faire offrir un café acceptable.
Ils purent obtenir, luxe suprême, deux cafés au lait sucrés offerts par une infirmière madrilène. Debout près d’un ces grands poêles en faïence inconnus en Espagne, leurs doigts gantés serrés autour du quart brûlant, l’un racontait et l’autre écoutait, concentré.
– Tous les jours, la même tâche se répétait plusieurs fois : commandement, salve, coup de grâce. Cela faisait une dizaine de jours qu’il en était ainsi quand il aperçut une femme parmi les condamnés. Qu’avait-elle pu faire pour être là ? Certains soldats hésitaient, d’autres au contraire se moquaient d’elle. Le lieutenant qui commandait ce jour-là le peloton suspendit l’exécution et en référa au capitaine Monasterio, qui lui répondit : « Les cadavres n’ont pas de sexe. » José-Luis avoua à son frère que cette fois il ferma les yeux. Puis arriva l’incroyable.
Depuis près d’un mois, son unité se déplaçait sur l’arrière du front, il n’avait vu aucun combat, n’avait participé à aucune action, il n’était qu’un exécuteur et n’éprouvait que du dégoût pour les hommes qui l’entouraient, pour son père et pour lui, quand il vit un soldat déposer son fusil et commencer à confesser et à absoudre des condamnés. Il vit ce soldat affronter le capitaine et celui-ci le mettre en joue avec son pistolet. Mais le soldat continua, indifférent au danger, prêt au sacrifice ultime pour donner une parcelle de charité chrétienne à ces ennemis. Tu as compris de qui il s’agissait ?
Le sergent, silencieux, acquiesça de la tête, cette histoire était fascinante.
– Le même soir, José-Luis, se tira une balle sous le menton. Bien sûr, pour tous ce fut officiellement un accident, mais personne n’était dupe, encore moins Alejandro qui reçut quelques jours plus tard la dernière lettre de son frère. Ce dernier lui disait que leur père avait vendu son âme à des barbares qui massacraient leurs frères ad majorem dei gloriam. Que l’horreur qu’il avait vécue l’avait définitivement souillé et qu’il ne pourrait jamais laver le sang de ses victimes, seule la mort pourrait le délivrer.
La marquise et sa fille aînée s’enfuirent pour Biarritz, elles ne voulaient plus avoir de contacts avec celui qu’elles considéraient comme responsable de la mort de José-Luis. Quelque temps plus tard, la fille, nommée Maria-Catalina, tomba amoureuse d’un Français divorcé. Quand son père l’apprit, il lui ordonna de rompre et de rentrer en Espagne, elle refusa et resta en France. En 1940, le marquis fit intervenir notre ambassadeur à Paris pour la récupérer, mais les Français sont bizarres : ils perdent la guerre, refusent de signer la paix et continuent à se battre, et puis ils considèrent que les affaires d’amour et de sexe sont des choses légères mais qu’elles doivent être traitées sérieusement. L’an dernier, leur gouvernement – celui des Allemands à Paris, hein, même pas celui des Bolcheviques à Alger – leur gouvernement a communiqué à notre représentant que la jeune fille était majeure, le fiancé tout à fait honorable, le mariage civil tout à fait valable et qu’ils souhaitaient beaucoup de bonheur au jeune couple. Que pouvait espérer le marquis d’un peuple qui a coupé la tête d’un roi et en a renversé plusieurs autres ?
Garcia était abasourdi : « Mais ton ami, le frère de José-Luis, pourquoi est-il ici ? »
– Tu ne comprends pas ? C’est sa vengeance. Son père a perdu deux enfants sur trois, il veut qu’il souffre pour le dernier d’entre eux : est-il vivant ? Est-il blessé ? Survivra-t-il ? Une souffrance sans cesse renouvelée qui le ronge et le détruit, qui frappe n’importe quand : un bruit, une odeur, une situation qui lui rappelle ses enfants et voilà la douleur qui revient, sans pitié, qui lui noue l’estomac et qui l’empêche de dormir. Avant de partir, le pseudo-Alejandro a laissé une lettre où il expliquait ce qu’il allait faire : s’enrôler sous un nom d’emprunt. S’il mourait, son père ne le saurait jamais, ne pourrait jamais se recueillir sur sa tombe, son nom serait perdu pour toujours, sa lignée disparaitrait. Si toutefois il revenait, ce serait parce qu’il le souhaitait ou bien parce qu’il serait invalide. Tu imagines ? Mais allons le voir.
Malheureusement, la visite fut brève. Sous sédatif, Alejandro dormait. Un médecin allemand rassura Luis : son ami était sauvé et ne garderait aucune séquelle, il avait eu beaucoup de chance et allait bientôt partir en convalescence à l’hôpital espagnol de Königsberg. Luis lui confia un paquet de cigarettes à remettre de leur part au blessé.
Les camions qui remontaient vers le front étaient nombreux, trouver un véhicule leur fut facile.
– Tu sais que notre sergent a été abattu par un paco – je pourrais peut-être suggérer au lieutenant ce que tu le remplaces ?
Garcia, respectueux des ordres et de la hiérarchie, ne répondit pas.
– Je pense que les hommes seraient contents d’être sous tes ordres.
Son interlocuteur tourna la tête : « Pourquoi ? »
– Parce que notre ancien sergent était un parfait crétin, mauvais et dangereux. Un de ceux qui pensent que la sauvagerie remplace l’intelligence et qu’être vainqueur signifie détruire toute trace de l’adversaire. Une bête fauve qui pensait avec ses cojones, en avoir ou pas. C’était un ancien légionnaire du Maroc et pour lui le monde était uniquement peuplé de fascistes et de communistes : tous ceux qui n’étaient pas d’accord avec Primo de Rivera, Franco et Mussolini étaient des Rouges dangereux qui devaient être passé par les armes. Comme Monasterio, d’ailleurs – mais le commandant a au moins l’excuse d’avoir perdu son père et son frère en 36, sur le front de Madrid. Ici, le sergent a fait se déshabiller entièrement des prisonniers russes avant de les exécuter, juste pour les humilier. Le lieutenant a dû intervenir et ça s’est mal passé !
Et puis – les femmes des Rouges sont la récompense des vainqueurs, comme elles l’étaient déjà en Espagne. Ici, tu verras rapidement qu’elles se prostituent pour une boîte de conserve ou un morceau de pain, avec ça elles nourrissent leurs enfants. Lui était fier d’avoir inventé une variante : il posait un pain à côté de la fille et la laissait manger tant qu’il n’avait pas terminé. Puis avec l’hiver, il a eu une autre idée : il laissait le pain dehors durant la nuit, au matin il était gelé et à ce moment-là il ramassait une femme, laissait la nourriture près d’elle mais alors qu’elle griffait désespérément pour en ramasser quelques miettes, lui continuait son affaire en riant. Quand il en avait terminé, il chassait la fille avec les misérables morceaux qu’elle avait pu arracher.
Enfin… Comme tous ceux de la Légion, il était couvert de tatouages. Sur sa poitrine était écrit « Balle arrête-toi ». Mais le paco l’a eu d’une balle en pleine tête.
Ils étaient arrivés à l’isba, un soldat les y attendait : « Vous devez rejoindre vos hommes au plus vite, prenez vos affaires, un camion ramasse tous les gars au repos et va bientôt passer. »
Ce fut rapide. Les deux Russes étaient invisibles, mais Garcia laissa pour eux dans la cuisine une saucisse et du pain.
Il faisait de plus en plus froid, la bâche du camion ne protégeait que bien peu les soldats entassés à l’arrière. Serrés les uns contre les autres, ils souffraient, certains en silence, d’autres – les plus nombreux – en utilisant les multiples termes que la langue espagnole emploie pour désigner une partie intime de l’anatomie masculine. La proverbiale organisation germanique n’avait pas pensé aux uniformes d’hiver, il faut dire que la guerre devait durer six ou huit mois : en décembre, on aurait dû être à Moscou et non pas dans la steppe ukrainienne. Encore heureux qu’ils n’aient pas gardé les uniformes de pacotille avec lesquels ils avaient quitté l’Espagne !
Ils finirent par arriver aux tranchées de première ligne et se refugièrent dans le premier abri. Aucun n’eut à parler, la réponse arriva avant la question : « Les Russes sont là ! »
La 57e Armée soviétique était à portée de canon. |
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Jubilé
Inscrit le: 03 Jan 2013 Messages: 794
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Posté le: Mar Avr 02, 2019 14:02 Sujet du message: |
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| Le passage sur les exécutions me fait penser à "Fiesta". |
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fab59
Inscrit le: 25 Mai 2009 Messages: 20
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Posté le: Mar Avr 02, 2019 14:56 Sujet du message: |
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L'histoire de ce soldat fuyant son père est-elle OTL?
Sinon c'est toujours aussi prenant de vous lire |
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gryffon2a
Inscrit le: 08 Mar 2019 Messages: 16 Localisation: Corse
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Posté le: Mar Avr 02, 2019 15:11 Sujet du message: |
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| Je ne sais pas si c'est inspiré mais d'après ce que j'ai lu le comportement de la division azul était bien meilleur que celui des allemands. C'est vrai ? |
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