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1940 - La France continue la guerre
 
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La Belgique dans la guerre
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Benoit XVII



Inscrit le: 24 Oct 2006
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MessagePosté le: Mer Déc 13, 2006 00:31    Sujet du message: Répondre en citant

L'aviateur belge sans doute le plus connu de la seconde guerre mondiale est Jean de Sélys-Longchamp. Né en 1911, il s'est enfui en Grande-Bretagne et engagé dans la RAF après la capitulation. Son exploit fut de mitrailler avec son Typhoon le quartier-général de la Gestapo en plein Bruxelles le 20 juin 1943. Il y eut 4 morts et 12 blessés parmi les Allemands; l'immeuble était en ruines et apparemment de nombreux dossiers furent perdus. Il est more en août de la même année au cours d'une mission sur Ostende.

C'est le genre de tête brûlée qui aurait dû plaire à Lagadec, non?
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Benoit XVII



Inscrit le: 24 Oct 2006
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MessagePosté le: Mer Déc 13, 2006 00:51    Sujet du message: Répondre en citant

J'aurais quelques questions à vous soumettre concernant l'attitude probable des membres du Gouvernement français à l'égard des Belges, et de Léopold III en particulier, dans le cadre de FFO.

A tout seigneur, tout honneur, de Gaulle. Il semble qu'il ne se soit jamais vraiment posé de question sur la capitulation belge de mai 40, ni qu'il justifiât le décision ni qu'il la condamnât. Il entretenait de bonnes relations avec le Gouvernement Pierlot, même si Spaak l'agaçait souvent. Il l'appelait en privé "l'abominable homme des Belges".

J'ai retrouvé dans un discours adressé à la Belgique depuis la radio de Londres le 2 mai 1943 le passage suivant: "(...) C'est pourquoi, la France qui combat aime et admire de toute son âme la Belgique en guerre. La façon dont votre peuple sait souffrir et résister, autour de son roi captif, est un exemple pour cette Europe que l'Allemagne écrase après l'avoir trompée, mais qui demeurera demain, comme elle le fut toujours, le centre nerveux, la conscience et le bras droit du monde (...)" Ceci me laisse penser que de Gaulle supportera le ralliement du gouvernement autour du Roi dans FFO. Il pourrait peut-être même l'y encourager, sachant à quel point le serment de fidélité est un élément puissant dans les ressorts de la psychologie militaire.

J'envisagerais de placer une rencontre entre de Gaulle, Pierlot et Denis le 17 juin, au cours de laquelle il encouragerait le gouvernement belge à organiser l'évacuation des forces présentes en France, et à se rallier autour du Roi (ou à tout le moins de le disculper de toute accusation de félonie suite à la capitulation). Qu'en pensez-vous?

Quant à Reynaud, je suis très perplexe. Pour des raisons que vous comprendrez, l'historiographie belge ("les Boches du Nord"...) que je connais n'est vraiment pas tendre pour le Président du Conseil... Dans ses Mémoires écrites en 1945, Reynaud maintient les calomnies qu'il a prononcées le 28 mai en tentant de les justifier avec des arguments peu convaincants. Vous qui avez une vision plus gloable du personnage que moi, comment pensez-vous que son attitude pourrait évoluer?

A noter que Mandel n'était pas le moins excité contre les Belges non plus.

Merci de m'éclairer de vos lumières.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Déc 13, 2006 01:34    Sujet du message: Répondre en citant

Je ne sais si mes lumières sont très brillantes, mais en effet, l'attitude de De Gaulle me paraît tout à fait dans le style de l'homme - quand ça ne va pas, "on fait comme si". Le roi s'est mis dans un mauvais cas ? "On fait comme si" tout ça était normal, comme si tout le monde était d'accord pour que le Roi reste en Belgique comme le Bouclier de son Peuple, tandis que le gouvernement s'exile pour être son Epée... (air connu en France OTL...).

Bref, à la fin de la guerre, le Roi sera devenu le premier Résistant. Et avec un peu de chance, lui-même en sera persuadé...

Quant à Reynaud, Mandel etc., dans l'optique FTL, ils ont autre chose à faire à partir du 16 juin que chercher dans la capitulation de l'armée belge une raison à la défaite française. L'heure va être à l'union sacrée des pays envahis.
Amitiés
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Casus Frankie

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MessagePosté le: Jeu Déc 14, 2006 13:40    Sujet du message: Répondre en citant

Je suis assez d'accord avec Casus.

Reynaud aura d'autres chats à fouetter que de s'en prendre au Roi des Belges, même s'il est possible qu'il y ait un communiqué aigre-doux.
A partir du 16/17 juin, la priorité sera bien de transférer le maximum de monde vers l'AFN.

Pour Spaak, je ne connaissais pas ce mot de de Gaulle (qui savait être féroce ...).
Il y eut en août 44 lors de la Libération de Paris cet échange avec Bidault.
Bidault harangue la foule depuis le balcon de l'Hôtel de ville, puis se tourne vers de Gaulle et lui demande:
Mon Général, je n'ai pas dit ytop de C..ries?

Et de Gaulle de répondre, impertubable:
Vous n'en avez pas eu le temps.

Amitiés
F
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MessagePosté le: Jeu Déc 14, 2006 13:40    Sujet du message: Répondre en citant

Note Loïc : doublon effacé
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Jeu Déc 14, 2006 13:48    Sujet du message: Répondre en citant

Fantasque a écrit:
Pour Spaak, je ne connaissais pas ce mot de de Gaulle (qui savait être féroce ...).


Je crois que cela date des problèmes à propos de l'OTAN, PH Spaak était très atlantiste, si je me souviens bien.
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Benoit XVII



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MessagePosté le: Jeu Déc 14, 2006 16:11    Sujet du message: Répondre en citant

OK. Pour de Gaulle, ça rejoint bien ce que je pensais.

Pour Reynaud, je suppose qu'il n'insistera plus trop de ce côté, mais au vu de l'orgueil du personnage, je m'imagine mal qu'il reconnaisse une *erreur de jugement*. Il y aura à l'occasion d'autres petits incidents du style Prince Baudouin pour lui rappeler que les Belges, eux, n'ont pas oublié... On finira dans le Gouvernement français par laisser à d'autres ministres - comme de Gaulle - le soin de traiter avec les Belges.
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Benoit XVII



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MessagePosté le: Sam Déc 16, 2006 22:33    Sujet du message: Répondre en citant

Pour Fantasque, en vue de l'OdB de Torch.

Les plans du Ministère de la Défense Nationale prévoyaient la reconstitution rapide de la 7e D.I., réfugiée en Bretagne - et qu'il devrait être possible de faire évacuer vers l'Angleterre dans les temps. L'ordre en avait même été donné historiquement le 16 juin, mais non suivi d'effet suite à la confusion générée par la prise du pouvoir par Pétain le 17.

Deux autres divisions, la 2e D.I. et la 3e D.I. devaient aussi être reconstituées aux moyens des hommes en cours d'instruction de la classe 40. Il y avait suffisamment d'officiers réfugiés en France pour fournir l'encadrement nécessaire. La classe 40 sera certainement celle qui recevra la priorité (après les aviateurs et la 7e D.I.) dans l'évacuation.

A plus long terme, on espérait encore constituer 3 divisions d'infanterie à partir de la RR. Là, il faudra voir ce que les opérations d'évacuation permettront. Une division d'infanterie belge comportait 16.700 soldats. Le but était néanmoins d'alléger et moderniser le concept.

Enfin, notons encore 600 aviateurs expérimentes, et 150 en écolage. De quoi constituer de belles escadrilles. Avec l'école d'aéronautique transférée à Oujda, on pourrait arriver à 1000 aviateurs belges disponibles au moment de Torch. Combien d'escadrilles peut-on former avec cela?
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Benoit XVII



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MessagePosté le: Dim Déc 17, 2006 23:53    Sujet du message: Répondre en citant

Nouvelle version de l'annexe belge avant le POD, avec plus de détails sur la situation des militaires belges en France.


Annexe 53
La Belgique dans la guerre, jusqu’au sursaut français

Ces lignes éclairent les divergences observées entre le roi Léopold III et le gouvernement belge jusqu’à ce que plusieurs historiens, suivant le mot de de Gaulle, ont appelé le « sursaut » du gouvernement français, le 16 juin. On y donne aussi un aperçu des mouvements des unités militaires belges réfugiées en France, qui joueront un rôle notable dans la suite de FFO.

1940
10 mai
03h00 – Les bombardements de l’aviation allemande sur la Belgique commencent. Le roi Léopold, qui se trouve à ce moment chez la reine-mère Elisabeth, se rend immédiatement au quartier général, où, conformément à la coutume constitutionnelle, il prend le commandement de l’armée belge. Vu l’urgence, il renonce à se présenter au Parlement comme son père l’avait fait le 4 août 1914, et prie le gouvernement de se charger d’informer les représentants du peuple. Dans une proclamation au pays, il affirme : « Comme mon Père le fit en 1914, je me suis mis à la tête de notre armée, avec la même foi, avec la même confiance. La cause de la Belgique est pure. Avec l’aide de Dieu, elle triomphera ! »
07h30 – L’Ambassadeur d’Allemagne se présente au domicile du ministre des Affaires Etrangères, le socialiste Paul-Henri Spaak, pour remettre une note de son gouvernement. Spaak l’interrompt par l’apostrophe qui deviendra célèbre : « Moi d’abord ! » et lit une virulente note de protestation.
Dans l’après-midi – A la demande du Roi, le Vicomte Gatien du Parc Locmaria, Grand-Maréchal de la Cour et gouverneur du Duc de Brabant, conduit en France les enfants royaux, la Princesse Joséphine-Charlotte, le Prince héritier Baudouin et le Prince Albert.

Entre le 10 et le 12 mai :
Le Gouvernement belge convoque la Réserve de Recrutement (RR, ou les « 16-35 ans ») et demande à ses membres de rejoindre « par leurs propres moyens » les centres de recueil prévus à cet effet, répartis en Flandre Occidentale et le long de la frontière française en Hainaut. Le 10 mai, sont concernées les régions situées à l’est du Canal Albert et de la Meuse ; le 11 mai, les régions entre le Canal Albert, la Meuse, et la ligne de la Dyle ; et le 12 mai, le reste du pays. Ce même 12 mai, la responsabilité pour la RR passe du ministre de la santé publique, le libéral Marcel-Henri Jaspar, au ministre de la défense nationale.
Les effectifs de la RR comprennent des appelables non instruites, pour un effectif théorique total de 332,000 hommes, répartis comme suit :
- Levées de 1940 à 1943 (jeunes de 16 à 20 ans) : 200.000 hommes
- Levées de 1936 à 1939 (dispensés, sursitaires, ajournés) : 89.000 hommes
- Levées de 1925 à 1935 (dispensés) : 33.000 hommes
A cela s’ajoutent environ 130.000 hommes non inscrits dans la RR le 10 mai 1940, mais qui ont pu se sentir visés par l’ordre de repli : les membres de la levée de 1941 ayant déjà 16 ans le 10 mai 1940 (30.000 hommes), les levées de 1915 à 1924 (36-45 ans, au nombre de 20.000 hommes) et les démobilisés des levées de 1925 à 1939 (80.000 hommes).

11 mai
Ordre de repli général sur la ligne de la Dyle.

13 mai
11h30 – Le général-major Fromont et le colonel B.E.M. Petré de L’État-major Général de l’Armée belge (EMGA) communiquent au lieutenant-général de réserve Wibier, commandant des Troupes de Renfort et d’Instruction (TRI), l’ordre de préparer le repli de ses troupes et du matériel vers la France. Il doit choisir leur région de destination de commun accord avec l’état-major de l’armée française.

14 mai
11h15 – Le Conseil des Ministres marque son accord pour l’évacuation de l’ensemble de la Réserve de Recrutement vers la France. Cette évacuation se fera dans l’improvisation la plus complète, par train, par colonnes de cyclistes et de piétons, ou en petits groupes isolés, sans le moindre encadrement.
Les mouvements d’évacuation des TRI vers la France commencent.
Le transatlantique S.S. « Ville de Bruges » est attaqué par un raid de l’aviation allemande alors qu’il s’engageait dans l’estuaire de l’Escaut à Doel, près d’Anvers. Gravement endommagé, il doit être échoué.

15 mai
Le lieutenant-général de réserve Chevalier Carlo de Selliers de Moranville, revenu de sa retraite, est nommé responsable de l’organisation de l’accueil de la RR en France. Rouen est désigné comme premier centre de ralliement au sud de la Somme, avant que les jeunes de la RR soient dirigés vers le sud de la France. Plus de 70.000 d’entre eux y seront hébergés, dans des conditions épouvantables, à la caserne Tallandier.

16 mai
Le Roi reçoit à son quartier général de Breendonk H. Pierlot (Premier Ministre), P.H. Spaak (Affaires Etrangères) et le Général H. Denis (Défense Nationale). A ses ministres qui l’informent que la reine Wilhelmine des Pays-Bas a gagné Londres après la capitulation de son armée, le Roi demande : « Croyez-vous qu’elle ait bien fait ? »
Les dernières unités de l’Aéronautique Militaire non encore repliées vers la France reçoivent l’instruction de le faire. Le général-major Legros est responsable de ces unités.
En soirée – Ordre de repli sur l’Escaut.

Du 16 au 18 mai
Les huit malles et le ferry-boat assurant la liaison Ostende-Douvres appareillent pour l’Angleterre.

17 mai
Lettre du Premier Ministre Hubert Pierlot (Catholique) au Roi : « La préoccupation dominante du Gouvernement est de voir l’Armée belge suivre le sort des armées alliées et ne se laisser, en aucun cas, séparer d’elles. Cette question est intimement liée à celle de la sécurité personnelle du Roi. Dès lors, les ministres sont allés jusqu’à se demander quelle conduite le Roi devrait adopter dans l’intérêt supérieur du pays, si aucune force importante de l’armée belge ne pouvait opérer une retraite de manière à échapper à l’encerclement. Leur avis unanime est que le Roi doit, à tout prix, se soustraire à temps au danger d’être fait prisonnier : quel que soit le cours des événements et tant que les puissances alliées continueront la lutte, le fait de l’existence de la Belgique doit s’exprimer par la conservation et l’activité des organes essentiels de l’Etat. »
A Paris, le lieutenant-général Wibier, accompagné de son chef d’état-major, le colonel Cerff, rencontre le général Colson, le chef d’état-major de l’armée française. De commun accord, il est décidé d’envoyer les Centres de Renfort et d’Instruction de l’armée belge (CRI) vers les départements du midi, dans la région qui s’étende de la Haute-Garonne (Toulouse) au Gard (Nîmes). Les généraux commandants de région militaire sont immédiatement prévenus. Les CRI comprennent des troupes de renfort, et les miliciens de la classe 40 encore à l’instruction.
Quant à la RR, il est décidé de constituer trois Centres de Recrutement de l’Armée Belge (CRAB), dans la Haute-Garonne, l’Hérault, et le Gard. Les membres de la RR sont progressivement dirigés vers ces régions, en train, en bicyclette ou à pied.

18 mai
Dans la matinée – Le gouvernement belge quitte la Belgique pour Sainte-Adresse, en Normandie, là où le gouvernement belge s’était réfugié pendant la Première Guerre. A la demande du Roi, quatre ministres demeurent auprès de lui : Hubert Pierlot, Paul-Henri Spaak, Arthur Vanderpoorten (Intérieur) et le Général Henri Denis.
Dans l’après-midi – Apprenant le départ du gouvernement pour la France, Hendrik Baels, gouverneur de la province de Flandre-Occidentale et partenaire de golf occasionnel du Roi, part à la recherche des ministres avec son fils. Il est suivi par son épouse et ses trois filles, parmi lesquelles Lilian, dont on dit que le charme ne semble pas laisser le Roi indifférent. Ayant eu un accident de voiture dans le Nord de la France, Baels est hospitalisé à Poitiers et ne pourra retourner à son poste. Son épouse et ses filles sont à Bernay, en Normandie.

19 mai
18h00 - Selliers de Moranville arrive à Toulouse, où il établit son quartier-général.
Les restes de la 7e D.I., durement éprouvée par les combats des 10-11 mai sur le canal Albert, sont envoyés vers la Normandie.

20 mai
19h00 - Les Allemands referment le piège sur les armées du nord en atteignant la mer à Abbeville et Noyelles-sur-Mer. Environ 25.000 hommes des TRI et 100.000 jeunes de la RR seront pris dans la nasse, et ne pourront pas rejoindre les cantonnements du midi.

21 mai
Le S.S. « Antverpia » est coulé au large de Boulogne par l’aviation allemande.
Le yacht « Aloha », du Corps de Marine, est porté disparu suite à une attaque aérienne allemande.

22 mai
Devant l’avance allemande, les membres du gouvernement belge réfugiés en France à Sainte-Adresse se replient sur Poitiers.

23 mai
A la veille de la bataille de la Lys, le Premier Ministre Hubert Pierlot écrit au Roi pour se plaindre que le gouvernement ne soit pas suffisamment informé de l’évolution de la situation militaire. Il en profite pour rappeler qu’il n’adhère pas à la vision du Roi quant au commandement personnel de l’Armée : « Je n’ai jamais caché à Votre Majesté que je ne saurais partager l’opinion qui est la sienne, concernant la portée de la disposition constitutionnelle qui confie au souverain le commandement de l’armée. Ce texte ne déroge pas à la règle générale, absolue, selon laquelle le gouvernement porte seul la responsabilité des actes du Chef de l’Etat. »

24 mai
Lettre du roi Léopold III au Roi d’Angleterre, Georges VI : « Malgré tous les conseils opposés que j’ai reçu, je sens que mon devoir m’impose de suivre le sort de mon armée et de demeurer avec mon peuple. »

25 mai
05h00 – Au château de Wynendaele, dramatique entrevue entre le Roi et les quatre ministres restés en Belgique : « Sire, la situation militaire est désespérée. Nous nous sommes donc résolus à quitter le pays plutôt que d’être faits prisonniers. Nous venons vous lancer un dernier appel : accompagnez-nous, évitez à la Belgique votre captivité ! »
– Messieurs, répond le Roi, je me considère comme le commandant de notre armée et l’honneur m’interdit de l’abandonner. Partir serait déserter ; je dois partager le sort de mes soldats.
Spaak : « Mais quel rôle le Roi croit-il pouvoir jouer en Belgique occupée ? »
Léopold III : « Je ne sais pas. J’ignore ce qu’il me sera possible de faire. Mais j’espère pouvoir continuer à entretenir dans le pays un minimum de vie économique, faciliter ainsi son approvisionnement et épargner à mes compatriotes les pires souffrances, telles que les déportations. »
Spaak : « Sire, nous sommes d’avis que la Belgique doit continuer la guerre au côté des Alliés jusqu’à la victoire commune. Même si elle n’a pas contracté d’alliance avec eux, en les appelant à son secours, elle a pris un engagement moral à leur égard ! »
Léopold III : « Je ne suis absolument pas d’accord avec cette thèse : la Belgique n’a pris d’autre engagement que de défendre le territoire national tant que la lutte serait possible. A bref délai, dans quelques jours peut-être, la France devra à son tour renoncer à la lutte, car la disproportion des forces ne lui permet plus d’espoir de succès. Sans doute l’Angleterre continuera-t-elle la guerre, non sur le continent, mais sur les mers et dans les colonies. Cette guerre pourra être longue. Elle sera étrangère aux possibilités d’intervention de la Belgique et, par conséquent, le rôle de celle-ci est terminé. »
Denis : « Sire, puis-je rappeler à Votre Majesté qu’il y a en France des centaines de milliers de Belges aptes à porter les armes, qu’ils attendent avec impatience le moment où ils pourront se battre ! »
Léopold III : « Mon Général, je m’étonne d’une telle remarque venant d’un militaire : pour instruire des hommes et les conduire au feu, il faut des cadres ; or ceux-ci se battent au front… »
Pierlot : « Le Roi aura-t-il auprès de lui, à Bruxelles, un Gouvernement ? »
Le Roi réfléchit longuement, montrant bien qu’il ne s’était pas posé la question auparavant. Enfin : « Evidemment, je ne suis pas un dictateur. »
Pierlot : « Si le Gouvernement réfugié en France décide de poursuivre la guerre, qu’arrivera-t-il? Ce Gouvernement sera-t-il toujours le Gouvernement du Roi ? »
Léopold III, une fois de plus, réfléchit et répond : « Non, ce Gouvernement sera nécessairement contre moi. »
Pierlot : « Nous serons alors forcés, si le Roi persiste dans ses intentions, non seulement de renoncer à le couvrir mais de nous désolidariser publiquement d’avec lui. »
Léopold III : « Mon devoir est de rester. A vous de voir où est le vôtre. D’homme à homme, je vous le dis nettement : suivez votre inspiration, et si vous estimez que vous devez partir, je ne m’y oppose plus. »
Spaak : « Sire, combien de temps l’armée belge pourra-t-elle encore tenir ?»
Léopold III : « Tout au plus 24 heures » - En fait, ce sera 3 jours…

10h00 – La bataille de la Lys fait rage. Dans un suprême effort, privée de tout soutien aérien, l’armée belge tente d’enrayer la course allemande vers les ports de la mer du Nord. Pour renforcer l’esprit de résistance de ses soldats, le Roi fait lire une proclamation qu’il conclut par ces mots : « Quoi qu’il arrive, mon sort sera le vôtre. »
13h00 – Un motocycliste apporte au Roi une courte lettre de Pierlot: « En suite à l’entretien que le Roi nous a accordé ce matin, nous croyons, mes collègues et moi, qu’il est de notre devoir de rejoindre les autres membres du Gouvernement. »
18h00 – Léopold III a mandé Raoul Hayoit de Thermicourt, avocat général près la Cour de Cassation, pour lui demander comment peuvent être prises les décisions que nécessiterait la situation maintenant que tous les ministres ont quitté le pays. Hayoit de Thermicourt répond dans une note que les mesures urgentes peuvent être prises par les autorités subalternes encore présentes dans le pays, tandis que les autres nécessiteraient la signature d’un ministre. Il ajoute – ce qui est contraire à la doctrine constitutionnelle – que le contreseing d’un ministre en exercice est indispensable pour nommer de nouveaux ministres.
En soirée – Les quatre ministres arrivent à Londres. Le général Denis y charge le lieutenant-général Chevalier van Strydonck de Burkel d’organiser un Centre de Regroupement des Militaires Belges (CRMB) arrivés en Grande-Bretagne. Ce centre sera installé à Temby, dans le sud du Pays de Galles.

26 mai
Vers midi – Le Général Champon, officier de liaison de l’armée française auprès de l’Etat-Major belge, envoie à Weygand un long message qui se termine par : « Le Commandement Belge vous prie de faire connaître au Généralissime des Armées Alliées que la situation de l’Armée belge est extrêmement grave. Son Commandant en chef entend soutenir la lutte jusqu’à épuisement total de ses moyens, mais les limites de la résistance sont bien près d’être atteintes. »
16h00 – Le Corps de Marine arrive à Dartmouth.
20h30 – Après avoir conféré avec Henri De Man, président du Parti Ouvrier Belge (socialiste), et lui avoir demandé s’il accepterait de redevenir ministre si nécessaire pour résoudre les questions se rattachant à la capitulation, le Roi le prie de solliciter du Gouvernement belge un blanc-seing.
21h00 – De Man envoie un message à l’ambassade de Londres : « Le Roi voudrait que Frédéricq [NDA : le chef de cabinet du Roi, alors avec le Gouvernement belge à Poitiers] obtienne d’un ministre (…) son accord pour que sa signature puisse figurer sur l’acte de démission des ministres actuellement en fonction et la nomination d’un ministère nouveau. L’accord verbal obtenu d’urgence, il y aurait lieu de faire suivre un acte remis à l’ambassade. » Le Roi dira plus tard que De Man avait outrepassé ses pensées, qu’il souhaitait simplement avoir un ministre habilité à poser certains actes à ses côtés, et non la démission du gouvernement.
21h00 – Le Colonel Davy, représentant du commandement britannique auprès de l’Etat-Major belge, informe Pownall, chef de l’Etat-Major britannique, que la résistance belge ne continuera pas plus de 24 heures.

27 mai
02h00 – Le Gouvernement belge repousse énergiquement la demande envoyée par De Man.
10h00 – Le Général Champon, représentant du commandement français auprès de l’Etat-Major belge, parvient à joindre Weygand et l’informe que l’armée belge est au bord de la désintégration.
Entre 15h00 et 16h00 – Devant la dégradation inexorable de la situation militaire, Léopold III décide d’envoyer un parlementaire vers les lignes allemandes. Le Colonel Davy, le Général Champon et l’Amiral Keyes (représentant personnel de Churchill et ami du Roi) sont immédiatement informés. Le général Champon exige que les négociations se déroulent en présence de représentants des Alliés.
17h00 – Le Général Desrousseaux part pour les lignes allemandes demander les conditions d’une suspension des hostilités. Churchill est prévenu par l’Amiral Keyes.
18h05 – Le Général Champon parvient enfin à prévenir Weygand de l’envoi d’un émissaire belge aux Allemands.
18h30 – Reynaud, qui vient d’apprendre l’envoi de l’émissaire, prie Pierlot et Denis de venir le voir d’urgence. La discussion de déroule en présence de Pétain et Weygand.
Reynaud : « Savez-vous où en est la situation militaire en Belgique ? »
Pierlot : « Je crains qu’elle soit véritablement désespérée. »
Reynaud : « C’est tout ce que vous savez ? »
Pierlot : « Oui. »
Reynaud : « Et bien, alors, je vais vous apprendre le reste. Le Roi vient de rendre l’armée belge et de s’entendre avec l’ennemi. A 18 heures exactement, Le Roi vient d’envoyer un parlementaire au G.Q.G. de l’ennemi. Votre armée est bien responsable du désastre militaire dans le nord ! Je devrai faire part à la France et au monde de cet acte de félonie. Votre roi a toujours été un boche, et cette trahison le prouve ! »
Denis : « Je proteste ! Le Commandement et l’Armée belges ont fait leur devoir et se sont conformés aux ordres du Généralissime. Il est injuste et déplacé de porter sur cet événement un jugement aussi prématuré qu’insultant. »
Reynaud : « Ca suffit ! Et maintenant, que compte faire votre gouvernement ? »
Pierlot : « Le gouvernement belge entend poursuivre la lutte aux côtés de la France et de la Grande-Bretagne, avec tous les moyens dont il dispose encore. »

23h00 – Au retour de sa mission, le Général Desrousseaux remet au Général Michiels, chef d’Etat-Major de l’Armée belge, le message suivant : « Der Führer fordert bedingungslose Waffenstreckung » – le Führer exige une capitulation sans conditions. L’Etat-Major recommande au Roi d’accepter. Politiquement, la formule a l’avantage d’être strictement militaire, donc de ne pas engager la responsabilité politique du Roi, pour laquelle il aurait besoin d’un contreseing ministériel.

28 mai
03H00 - Paul Reynaud informe Pierlot et Spaak qu’il va annoncer la capitulation de l’Armée belge à la radio : « Je vais être forcé de l’annoncer dans des termes tels que la sécurité des Belges en France peut être menacée. » A ce moment, environ un million et demi de Belges sont réfugiés en France.
04h00 – L’Armée belge dépose les armes, sauf sur la section Roulers-Ypres, où les instructions n’arriveront qu’avec 2 heures de retard. Entretemps, dans le nuit, l’armée belge a effectué les dernières opérations suivantes : la plaine de l’Yser a été inondée et les ponts ont sauté, la batterie du port d’Ostende a été mise hors d’usage, l’entrée du port de Zeebruges a été bloquée, et la 60e division française, qui combattait avec les Belges sur le canal de dérivation de l’Escaut, a été transportée par camion au sud de l’Yser.
08h30 – Allocution de Paul Reynaud à la radio.
« Je dois annoncer au peuple français un événement grave. Cet événement s’est produit cette nuit : la France ne peut plus compter sur le concours de l’armée belge. Depuis quatre heures du matin, l’armée française et l’armée britannique combattent seules dans le nord contre l’ennemi.
Vous savez quelle était la situation. A la suite de la rupture de notre front, le 14 mai, l’armée allemande s’est insérée entre nos deux armées, qui se trouvent scindées en deux groupes, l’un au nord, l’autre au sud. Au sud, ce sont des divisions françaises qui tiennent un nouveau front, suivant la Somme et l’Aisne, puis rejoignant la ligne Maginot intacte. Au nord, un groupe de trois armées alliées : l’armée belge, le corps expéditionnaire britannique et quelques divisions françaises, dans lesquels beaucoup d’entre nous ont un être cher. Ce groupe de trois armées était sous le commandement du général Blanchard. Il était ravitaillé par Dunkerque. Les armées française et anglaise défendaient ce port au sud et à l’ouest, l’armée belge au nord.
C’est cette armée belge qui vient brusquement de capituler sans conditions, en rase campagne, sur l’ordre de son Roi, sans prévenir ses camarades de combat français et anglais, ouvrant la route de Dunkerque aux divisions allemandes. Il ya dix-huit jours, le même Roi nous avait adressé un appel au secours. A cet appel, nous avions répondu suivant un plan arrêté depuis décembre dernier par les états-majors alliés. Or, voici qu’en pleine bataille, le Roi Léopold II (sic) de Belgique, qui, jusqu’au 10 mai, avait toujours affecté d’attacher à la parole de l’Allemagne la même valeur qu’à celle des Alliés, le Roi Léopold II (re-sic), sans prévenir le général Blanchard, sans un regard, sans un mot pour les soldats français et anglais qui, à son appel angoissé, étaient venus au secours de son pays, le Roi Léopold II (re-re-sic) de Belgique a mis bas les armes. C’est là un fait sans précédent dans l’histoire.
Le gouvernement belge m’a fait savoir que la décision du roi a été prise contre le sentiment unanime des ministres responsables. Il a ajouté qu’il est décidé, lui, le gouvernement, à mettre au service de la cause commune toutes les forces de ce pays dont il peut encore disposer, et notamment à lever une nouvelle armée et collaborer à l’œuvre d’armement de la France.
C’est à nos soldats que nous pensons. Ils peuvent dire, eux, que leur honneur est intact. (…)»
Après l’allocution de Reynaud, la radio française annonce la radiation du Roi Léopold III de la Légion d’Honneur.
Le discours de Reynaud repassera plusieurs fois au cours de la journée sur les ondes de la radio française. Dans les jours qui viennent, le Ministres de l’Information Frossard organisera une véritable campagne de presse pour discréditer l’armée belge et son Roi. Dès le 28 mai et dans les jours qui suivent, de multiples incidents éclatent entre les réfugiés et soldats belges présents en France d’une part, et la population et l’armée françaises d’autre part. : insultes, rixes, jets de pierre, expulsions, refus de ravitaillement, arrestations sommaires, etc. A plusieurs endroits, les officiers supérieurs belges interviennent pour communiquer à leurs homologues français leur volonté de poursuivre le combat, et pour calmer les incidents, notamment en restreignant les contacts entre les soldats belges et la population française. Il y a aussi quelques actes admirables de Français, par exemple d’anciens combattants de 14-18, qui défendent l’honneur des Belges.
10h30 - Le Général Desrousseaux et le Général von Reichenau, commandant de la 6ème Armée allemande, signent l’acte de capitulation.
12h00 – George Dufour, ingénieur en chef de la Compagnie Maritime Belge (CMB), télégraphie à tous les navires belges, où qu’ils se trouvent, de rallier la Grande-Bretagne. La marine marchande belge comporte alors 105 navires, jaugeant 420.000 tonneaux.
14h00 – Allocution de Churchill à la Chambre des Communes : « Je n’ai pas l’intention de suggérer à la Chambre que nous devrions profiter des circonstances pour juger l’action du Roi des Belges et sa compétence en tant que Commandant en Chef de l’armée belge. Cette armée s’est battue très courageusement et a subi et infligé de lourdes pertes. Le gouvernement belge s’est dissocié de l’action du Roi et en s’affirmant comme le seul gouvernement légal de la Belgique, il a formellement annoncé sa décision de continuer la guerre aux côtés des alliés (…) »
16h00 - Plusieurs membres du Gouvernement belge vont déposer une couronne au monument du Roi Albert à Paris.
16h30 – Le Premier Ministre Hubert Pierlot prend la parole à la radio française. Son texte a fait plusieurs fois la navette entre le Gouvernement belge et le Président du Conseil Paul Reynaud. Reynaud exigeait entre autres la proclamation de la déchéance du Roi, la levée en masse des Belges et même l’adoption de la Constitution française par la Belgique !
Le texte final est le suivant, durci par rapport au premier jet suite aux interventions de Reynaud, sans lui donner pour autant toute satisfaction :
« Belges ! Passant outre aux avis formels et unanimes du Gouvernement, le Roi vient d’ouvrir des négociations séparées et de traiter avec l’ennemi. La Belgique sera frappée de stupeur, mais la faute d’un homme ne peut être imputée à la nation tout entière. Notre armée n’a pas mérité le sort qui lui est fait. L’acte que nous déplorons est sans valeur légale et n’engage pas le pays. Aux termes de la Constitution belge, que le Roi a juré d’observer, tous les pouvoirs émanent de la Nation ; ils sont exercés de la manière établie par la Constitution. Aucun acte du Roi ne peut avoir d’effet s’il n’est contresigné par un ministre. Ce principe est absolu. Il est une règle fondamentale du fonctionnement de nos institutions. Le Roi, rompant le lien qui l’unissait à son peuple, s’est placé sous le pouvoir de l’envahisseur. Dès lors, il n’est plus en situation de gouverner, car de toute évidence, la fonction de chef d’Etat ne peut être exercée sous le contrôle de l’étranger. Les officiers et les fonctionnaires sont déliés du devoir d’obéissance, auquel les obligeait leur serment de fidélité.
La Constitution, en son article 82, prévoit l’éventualité où le Roi se trouve dans l’impossibilité de régner. Dans ce cas, il y a lieu à réunion des Chambres. Dans l’intervalle, les pouvoirs constitutionnels du Roi sont exercés, au nom du peuple belge, par les ministres réunis en conseil et sous leur responsabilité. C’est à ce principe qu’entend se rapporter le Gouvernement.
Le Gouvernement a décidé de continuer la lutte pour la délivrance du pays. Avec la courageuse jeunesse qui avait répondu à l’appel du gouvernement, réunie aux éléments militaires belges qui se trouvent en France et en Grande-Bretagne, une nouvelle armée va être levée et organisée. Elle entrera en ligne aux côtés des Alliés. Les Belges appelables au service armé seront, suivant leurs aptitudes, affectés aux travaux de mobilisation civile ou à des fabrications de matériel de guerre. Ainsi, toutes les forces dont nous disposerons seront mises au service d’une cause qui est devenue la nôtre depuis l’agression allemande. Dès aujourd’hui les mesures sont prises en vue d’une exécution aussi rapide que possible de ces résolutions.
Belges, nous vivons la plus douloureuse épreuve de notre histoire. L’heure est venue de nous souvenir des leçons de vaillance et d’honneur données par ceux qui combattirent de 1914 à 1918. Quoi qu’il arrive, nous resterons dignes d’eux. »
17h00 – Le colonel Schuler, Inspecteur-Général de l’Infanterie allemande, se présente au Général Nuyten en demandant à voir le Roi. Il se déclare chargé d’un message du Führer, qui souhaite que le Roi réside au château de Laeken. Le Roi refuse la main que lui tend le Colonel, et demande : « Colonel, je voudrais avant tout vous poser une question : quel est le sort réservé à mes officiers et à mes soldats ? »
Schuler : « Je n’ai pas encore reçu d’instructions à ce sujet. Vos soldats doivent pour se considérer comme prisonniers de guerre. Pour le moment du moins.»
Léopold III : « Dans ce cas, colonel, je me constitue prisonnier entre vos mains »
Schuler : « Sire, il n’est pas question de considérer Sa Majesté comme prisonnier. Le Führer a décrété que Votre Majesté devrait résider dans son château de Laeken. »
Léopold III : « Dites à Hitler que je ne souhaite pas de faveurs particulières. Comprenez-moi bien, Colonel. Je partagerai le sort de mon armée. Un palais n’est pas l’endroit qu’il faut à un Roi dont les soldats sont prisonniers dans des camps. »
Schuler : « Sire, Votre réponse vous honore. Mais nous devons nous conformer aux ordres du Führer. »
17h00 – En présence de Liliane Baels, toujours à Bernay en Normandie, des officiers français se répandent en féroces imprécations contre Léopold III. Un des officiers saisit un numéro de « Match » où figure la Roi en couverture, puis le déchire et jette les morceaux violemment à terre. Liliane intervient en s’écriant : « N’êtes-vous pas honteux d’insulter un homme qui s’est bien battu ? » Les officiers quittent la maison ; ils brisent les vitres de l’auto des Baels en guise de représailles et jettent la clef de contact dans une prairie voisine. Liliane, bouleversée, ramasse les fragments de la photo du Roi et lui écrit une lettre d’hommage. Liliane part ensuite rejoindre son père toujours en convalescence à Poitiers.
18h00 – Proclamation finale du Roi Léopold III à son armée :
« Officiers, sous-officiers, soldats,
Précipités à l’improviste dans une guerre d’une violence inouïe, vous vous êtes battus courageusement pour défendre, pied-à-pied, le territoire national. Epuisés par une lutte ininterrompue contre un ennemi très supérieur en nombre et en matériel, nous nous trouvions acculés à la reddition.
L’histoire dira que l’armée a fait son devoir. Notre honneur est sauf. Les rudes combats et les nuits sans sommeil ne peuvent pas avoir été vains. Je vous recommande de ne pas vous décourager mais de vous comporter avec dignité. Que votre attitude et votre discipline continuent à mériter l’estime de l’étranger.
Je ne vous quitte pas dans l’infortune qui vous accable et je tiens à veiller sur votre sort et celui de vos familles. Demain, nous nous mettrons au travail avec la ferme volonté de relever la Patrie de ses ruines. »

29 mai
10h00 – Le Roi sollicite d’Albert Devèze, Ministre d’Etat, un avis juridique sur la capitulation. Devèze accepte, mais suggère de le faire conjointement avec Hayoit de Thermicourt et Joseph Pholien, ancien ministre (catholique) de la Justice.
11h00 – Alors que l’Armée belge a capitulé depuis plus de 30 heures, le fort de Tancrémont, près de Liège, cesse enfin le feu. Tancrémont a résisté dix-neuf jours, jusqu’à 200 kilomètres derrière les lignes allemandes. Ce haut fait ne sera pas oublié.
15h15 – Le Roi reçoit le général von Reichenau au palais provincial de Bruges. Reichenau rend alors hommage au courage de l’armée belge, et insiste auprès du Souverain pour qu’il accepte son transfert au château de Laeken.
Dans l’après-midi – Lettre de la Reine-mère Elisabeth au Président du Conseil Paul Reynaud : « (…) Vous avez accusé le Roi Léopold d’avoir commis un acte de trahison et de félonie ! Pareille injure m’a profondément indignée et je ne puis taire le ressentiment que cette blessante injustice provoque en moi.
Vous l’ignorez sans doute ; l’armée belge s’est héroïquement battu (sic) aux côtés des admirables soldats français et britanniques. Subissant un sort dont elle n’est pas responsable, encerclée acculée à la mer, épuisée, elle était arrivée aux dernières limites, quand le Roi, son chef, a donné l’ordre de cesser une résistance affreusement meurtrière, qui n’avait plus d’utilité pour personne.
Vous avez affirmé que mon fils traite avec les Allemands. Cette affirmation est fausse. Le Roi Léopold, qui entend partager le sort de ses officiers et de ses soldats, est leur prisonnier. Il subit leur loi. Aucune négociation n’est en cours. Voilà la vérité ! Voilà la vérité que vous connaissez maintenant et que vous aurez à cœur de faire connaître aux Français – si vous êtes un honnête homme !
En opposant le Roi Albert au Roi Léopold, on porte atteinte à la mémoire de l’un et à l’honneur de l’autre. Comme son père, mon fils a été courageux dans la bataille. Il est digne et loyal dans la défaite.
Votre attitude si profondément inique à son égard m’est d’autant plus pénible qu’elle vient d’un Français, parlant au nom de la France, amie de la vérité et de la justice, de cette France à laquelle m’unissent tant de liens de sympathie et d’admiration.
Recevez, Monsieur le Président du Conseil, l’expression de mes sentiments douloureux.
Elisabeth »
Dans la soirée – Message de l’Ambassadeur de Grande-Bretagne à Paris, Sir Ronald Campbell, au Cabinet. Il signale la demande du Ministre de l’Information français, Frossard, qu’on ne fasse aucune allusion dans les émissions en français de la BBC aux déclarations de l’Amiral Keyes à la Chambre des Communes demandant une suspension du jugement sur le Roi Léopold.
23h00 – Le Roi quitte Bruges pour Laeken, sous l’escorte du Colonel Schuler.

30 mai
Dans la matinée – Devèze, Pholien et Hayoit de Thermicourt rédigent leur consultation. Ils y défendent le caractère strictement militaire de la reddition du 28 mai et réfutent les accusations selon lesquelles le Roi aurait traité avec l’ennemi en violation de la Constitution. Ils constatent que le Roi est prisonnier de guerre, donc dans l’impossibilité de régner. Ils terminent par ces mots : « L’article 82 de la Constitution prévoit la procédure qui peut être suivie en pareil cas : il appartient au Gouvernement d’apprécier si, dans les circonstances présentes, il est permis de réunir les Chambres, alors que les membres de la Représentation nationale mobilisés ou demeurés en Belgique occupée ne peuvent faire entendre leur voix. »
Dans l’après-midi – Le Roi rencontre le Colonel Kiewitz, qui vient d’être assigné à sa surveillance.
Aux Etats-Unis – Sur instruction de l’Ambassadeur extraordinaire Georges Theunis, qui avait la responsabilité sur tous les achats de guerre belges aux Etats-Unis, le capitaine-commandant Deweer signe avec la Purchasing Commission britannique la vente à l’armée britannique des 40 Brewsters « Buffalo » déjà livrés ou en cours de fabrication, commandés par la Belgique avant l’invasion.
Le S.S. « Egypte » est intercepté par la MN au large du Cap Bon et interné à Tunis.

Du 30 mai au 4 juin
Le Corps de Marine et 56 chalutiers belges participent à l’évacuation de Dunkerque, contribuant ainsi au sauvetage d’environ 10.000 soldats alliés.

31 mai
Dans la matinée – Hitler invite Léopold III à une rencontre entre chefs d’Etat. Le Roi en accepte le principe, mais demande qu’elle ne soit pas publique.
An parallèle, Conseil de Guerre Suprême interallié à Paris. Reynaud adjure Churchill de rendre Léopold III responsable des désastres militaires alliés dans le Nord, en insistant que c’est la seule façon d’éviter un « déchaînement » de l’opinion française contre l’Angleterre suite à l’évacuation de Dunkerque.
Dans l’après-midi – Le Roi reçoit la consultation des trois juristes et en accepte les conclusions.
17h00 Le Roi reçoit le Cardinal Van Roey, archevêque de Malines et primat de Belgique, pendant une heure et demie. Il lui remet divers documents, dont la consultation des trois juristes.
Pendant ce temps, se tient à la mairie de Limoges une session impromptue des deux chambres du Parlement belge. Soixante-douze sénateurs sur 167 et 114 députés sur 202 y participent. Au moment où le Gouvernement arrive de Poitiers, des cris s’élèvent : « Vive la République Belge », « Vive Pierlot ! » Le maire de Limoges prononce un discours de bienvenue, où il dénonce en Léopold « Un traître non seulement à ses alliés, mais aussi à son peuple » et évoque « la conscience française, soulevée de dégoût pour la félonie du roi Léopold. » Spaak fait alors un discours où il insulte abondamment le Roi, évoquant sa « perte de tout sens moral » et les « mots horribles de déshonneur, de désertion et de trahison qui sont sortis de nos lèvres en présence même de celui qui allait accomplir cet acte. » Plusieurs députés exigent la déchéance de la Couronne, certains réclament l’exécution du Roi.
Finalement, Carton de Wiart, Pierlot et Spaak réussissent à ramener l’auditoire à plus de raison. Pierlot précise notamment, à propos de ses paroles du 28 mai sur le serment de fidélité et le devoir d’obéissance au Roi de la part des fonctionnaires et officiers : « Nous n’avons pas délié, quoi qu’on en ait dit, les fonctionnaires du serment de fidélité, car il n’appartient pas au Gouvernement de poser cet acte, mais nous avons dit que le devoir d’obéissance qui s’attache à ce serment ne lie plus les fonctionnaires et les officiers , car il n’y a pas de devoir d’obéissance envers celui sui n’est plus en mesure de commander. Il n’y a jamais eu de situation plus nette. »
En fin de compte, une résolution est votée : « Les sénateurs et représentants belges résidant en France, exprimant à l’unanimité leurs sentiments, flétrissent la capitulation dont Léopold III a pris l’initiative et dont il porte la responsabilité devant l’histoire (…) et se déclarent solidaires du Gouvernement qui a constaté l’impossibilité juridique et morale pour Léopold III de régner. »
En soirée – Camille Gutt, Ministre des Finances, appelle Lord Halifax, le secrétaire aux Affaires Etrangères, pour lui garantir que « le gouvernement belge, quoi qu’il arrive, est décidé à aller jusqu’au bout. »

1er juin
A cette date, les effectifs militaires belges présents en France sont évalués à 105.700 unités (hors RR), réparties comme suit :
- C.R.I. : 76.150, dont 31.150 de la classe 40
- 7e D.I. : 4.500 unités
- Autres unités et détachements de l’armée de campagne : 2.400 unités
- Troupes de l’intérieur : 7.600 unités
- Aéronautique militaire : 6.350 unités
- Etablissements de fabrication militaire : 5.450 unités
- Divers : 3.250 unités
Toutes ces unités sont réparties dans le Midi, à l’exception de la 7e D.I., en cours de reconstitution à Malestroit, en Bretagne. Dans les jours qui viennent, cette unité sera réorganisée avec l’appoint de renforts des autres unités présentes en France, mais malheureusement sans recevoir d’équipement adéquat.

6h00 – Les premiers membres de l’école de pilotage de l’aéronautique belge arrivent à la base d’Oujda au Maroc.

Mémorandum du Roi établissant les principes auxquels il compte se ranger pour la durée de l’occupation :
« Situation de la Belgique vis-à-vis de l’Angleterre et de la France : Jusqu’à ce jour, nous avons rempli tous nos engagements de neutralité, de guerre ; maintenant, aussi longtemps que notre territoire sert aux hostilités, nous avons le devoir de n’associer le Pays à aucune action contre ceux qui étaient à ses côtés dans la bataille.
Situation de la Belgique vis-à-vis de l’Allemagne ; Nous ne pouvons que, contraints par la force, accepter que notre territoire reste utilisé au profit des opérations militaires. Donc pas de négociations possibles aussi longtemps que le territoire belge ne cesse de servir aux hostilités
Situation du Chef de l’Etat : Difficile en raison de la mentalité de beaucoup de Belges ; de la position prise par le gouvernement de Poitiers. En conséquence, le Chef de l’Etat ne peut poser aucun acte politique aussi longtemps que le territoire sert à des opérations militaires. »

2 juin
Dans la matinée : Lecture de la lettre pastorale du Cardinal Van Roey lue dans toutes les églises de l’archidiocèse où elle avait pu parvenir. Le Cardinal prend nettement la défense du Roi Léopold :
« Nos très Chers Frères,
L’épreuve tragique que nous traversons vient de s’aggraver à l’extrême par les accusations très pénibles formulées à Paris contre Sa Majesté le Roi Léopold III, et dont l’écho a douloureusement atteint la masse du peuple belge.
Pour dissiper, si possible, le néfaste malentendu et obtenir de source directe les éclaircissements nécessaires, nous avons cru de notre devoir de chercher à voir le Souverain en personne. Le Roi a bien voulu nous recevoir et nous a permis de rendre publiques les déclarations suivantes
1° La décision de déposer les armes était imposée par la situation, devenue absolument intenable, de l’armée belge. Encerclées irrémédiablement, sans espoir d’aide efficace de la part des alliés, nos troupes, si elles avaient continué la lutte, étaient tout simplement vouées à l’extermination, entraînant dans leur sort les centaines de milliers de civils entassés sur un minuscule bout de terrain. En défendant le territoire jusqu’à son extrémité, et en ne se rendant qu’au moment où toutes ses forces de résistance étaient épuisées, l’armée a accompli tout son devoir. L’honneur est donc sauf.
2° Cette décision, d’ordre essentiellement militaire, le Roi l’a prise comme Chef suprême de l’armée belge, en plein accord avec son chef d’état-major et sur les indications de celui-ci. Il n’a posé aucun acte politique, n’a conclu aucun traité ni aucune convention quelconque, même militaire, avec l’ennemi.
Il n’a donc enfreint la Constitution belge d’aucune manière. Il a agi dans la conviction, corroborée par l’avis concordant de trois juristes éminents, qu’il avait le droit de la faire en vertu des pouvoirs que la Constitution confère au Roi en cette matière. Il se trouvait d’ailleurs dans l’impossibilité de recourir à ses Ministres, dont les quatre derniers avaient quitté le territoire belge le 25 mai.
3° Il est contraire à la vérité de prétendre que le commandement des forces alliées n’ait pas été mis au courant de la situation intenable de l’armée belge et de la nécessité pour elle de cesser le combat. L’odieuse incrimination de félonie tombe donc à faux.
Au dernier moment, le Roi, comme certains l’y engageaient, aurait pu prendre la voie des airs et se réfugier à l’étranger. Il a préféré partager le sort de ses soldats et les souffrances de son peuple, ce que nous trouvons plus chevaleresque et tout à son honneur.
Les faits, tels qu’ils sont présentés dans ces déclarations royales, et sur lesquels il sera facile de faire, par d’autres témoignages autorisés, la lumière complète, devraient dissiper le funeste malentendu qui a inspiré certaines paroles inconsidérées et certaines attitudes profondément regrettables.
Pour notre part, nous sachant d’accord avec les sentiments de la masse presque unanime du peuple belge, nous gardons à notre Roi notre respect, notre fidélité et notre confiance. Nous demandons aux prêtres de continuer à réciter les prières liturgiques prescrites pour le Roi. Nous invitons instamment les fidèles à recommander sans cesse à Dieu, dans leurs prières et leurs communions, la cause du Roi en même temps que le salut de la patrie. Nous voudrions que tous les Belges, conscients de la gravité de l’heure présente, demeurent unis et solidaires autour du Roi, personnification suprême de la patrie en danger (…)»
Au soir – Le colonel marquis de Villelume, directeur de cabinet de Reynaud à la Défense nationale, propose l’idée de mettre 20.000 travailleurs belges prélevés dans les C.R.I., la 7e D.I. et les C.R.A.B. à la disposition de l’armée française.

3 juin
10h30 – De Villelume obtient l’accord du gouvernement belge pour l’envoi de 50.000 travailleurs en arrière du front, pour préparer la ligne de défense de la Seine et de la Marne. Denis obtient cependant que (1) seules des recrue de plus de 19 ans soient prélevées ; (2) que les bataillons soient déployés en dehors de la zone des combats ; et (3) d’être tenu informé des destinations. Le respect de ces accords sera toutefois très relatif.
13h45 - Le général Wibier reçoit l’instruction de prélever 32.000 travailleurs dans les C.R.I. et le général Selliers de Moranville d’en prendre 17.000 dans les C.R.A.B.
Après-midi - Entrevue entre le Roi et le Ministre d’Etat catholique Paul Tschoffen. Le Roi confirme la position qu’il a décrite dans son mémorandum du 1er juin. Il précise en plus que lorsqu’il a affirmé dans sa proclamation du 28 mai qu’il fallait se « remettre au travail » , il entendait par là les travaux propres à la survie du peuple belge, et qu’il faudra bien tenir compte dans chaque espèce particulière de la mesure dans laquelle l’occupant pourrait en tirer profit.
Le général Spears, représentant de Churchill auprès des autorités françaises, est convoqué chez Mandel. Mandel s’y plaint de l’attitude attentiste des Britanniques à l’égard du roi des Belges.
Circulaire du Ministre de la Défense Nationale Denis à toutes les autorités militaires :
« (…) La situation créée par la reddition de l’armée est tragique. Le Pays ne peut être sauvé que par l’existence d’un gouvernement libre, continuant la lutte à côté des Alliés et décidé à la mener jusqu’au bout pour assurer, lors de la conclusion de la paix, l’existence d’une Belgique indépendante. Si nous n’agissons pas ainsi, la Patrie se trouverait seule, sans appui de la France et de la Grande-Bretagne. Et ce serait à nos dépens que les traités seraient conclus : la Belgique serait, en tant que Nation libre, rayée de la carte de l’Europe.
Il importe donc de reconstituer le plus tôt possible une armée capable de se battre aux côtés des Alliés. La tâche qui nous incombe est impérieuse et magnifique. Si nous la remplissions, nous sauverons la Patrie.
Je compte sur l’esprit de devoir et d’abnégation de tous pour que l’œuvre immense que nous avons entreprise soit menée à bien. Aimés des mêmes sentiments de sacrifice total à la Patrie, nous devons vaincre toutes les difficultés et surmonter tous les obstacles : nous réussirons. »

4 juin
Matinée – Hitler fait savoir au Roi Léopold qu’il « accueille avec joie l’acceptation de principe » d’une rencontre mais qu’il « estime l’incognito impossible ». Il diffère donc l’entretien jusqu’à la « conclusion des événements militaires. »
Après-midi - Discours de Churchill à la Chambre des Communes, annonçant la réussite de l’opération « Dynamo ». Reportant la faute de la défaite dans le Nord sur le Roi Léopold, Churchill déclare :
« Soudainement, sans consultation préalable, sans le moindre avertissement, sans l’accord de ses ministres et de sa propre initiative, il a envoyé un émissaire au commandement allemand, il a capitulé et mis en péril tout notre flanc et nos moyens de retraite. J’ai demandé à la Chambre il y a une semaine de suspendre son jugement parce que les faits n’étaient pas clairement établis, mais j’estime qu’il n’y a à l’heure actuelle plus aucune raison qui nous empêche de formuler notre propre opinion sur ce pitoyable épisode. La capitulation de l’armée belge a forcé les Britanniques à couvrir leur flanc jusqu’à la mer, en un temps minimum et sur une longueur de plus de 50 kilomètres. Sans cette manœuvre, nous nous retrouvions coupés et nous aurions partagé le sort auquel le roi Léopold a condamné la plus belle armée jamais constituée par son pays. Notre flanc se trouvant ainsi à découvert, (…) le contact entre les Britanniques et deux des trois corps de la première armée française se trouvant encore plus loin de la côte que nous a fatalement été rompu, menaçant de nombreuses troupes alliées de ne plus pouvoir atteindre la mer.
(…) Si ce dirigeant et son gouvernement ne s’étaient pas eux-mêmes dissociés des Alliés qui avaient sauvé leur pays de l’anéantissement au cours de la Grande Guerre, s’ils n’avaient pas cherché refuge dans ce qui s’avéra une neutralité fatale, les armées françaises et britanniques auraient pu dès le début sauver non seulement la Belgique, mais peut-être la Pologne. »

Entre le 4 et le 9 juin
Départ des bataillons de travailleurs belges vers l’arrière du front, dans des conditions d’improvisation totale : encadrement squelettique, ravitaillement limité à quatre jours, absence d’armes et même parfois de bottines, confusion sur les régions de destination, absence de missions et directives précises, etc. En raison de l’effondrement du front français sur la Somme et en Champagne, de nombreuses unités se retrouvent désarmées au contact de l’ennemi, où elles subissent des pertes du fait des bombardements, se désintègrent sous le flot des réfugiés et de l’armée française en retraite, ou sont faites prisonnières. Environ 18.500 troupes des C.R.I. et 8.000 C.R.A.B. seront perdues dans l’aventure. Les récits faits par les travailleurs qui auront pu rentrer à leur retour affecteront le moral des unités et seront à l’origine d’un certain nombre de désertions lorsqu’il s’agira de remettre les troupes en mouvement pour les évacuations.

5 juin
A la légation de Belgique à Berne, entrevue entre Louis Frédéricq, Chef de Cabinet du Roi, accompagné de l’aide de camp du Roi, le colonel van Caubergh, et le Vicomte Berryer, conseiller à l’ambassade de Belgique à Paris, en présence du Comte Louis d’Ursel, ministre de Belgique à Berne. Les émissaires du Roi remettent à Berryer divers documents, dont le protocole de capitulation du 18 mai, la consultation de Devèze, Pholien et Hayoit de Thermicourt, en confirmant que le Roi a l’intention de s’y conformer scrupuleusement, et la lettre pastorale du Cardinal Van Roey. Le compte-rendu de Berryer précise que « le Roi reconnaissait la légalité du Gouvernement et était moralement à ses côtés contre l’envahisseur. » Berryer part aussitôt pour la France afin d’informer le Gouvernement.

6 juin
Proclamation du général Denis :
« Officiers, Gradés et Soldats Belges,
Après avoir lutté avec courage contre l’envahisseur, côte à côte avec les Alliés, l’armée belge a été entraînée à la capitulation. Ses chefs, ses troupes, ses armes, ses approvisionnements sont tombés aux mains de l’ennemi qui occupe notre pays. Vos femmes, vos enfants, vos parents, sont sous sa domination, et appellent à grands cris ceux qui leur rendront la liberté ; vos biens sont au pouvoir de l’occupant.
Devant un tel malheur, il ne faut pas gémir et se plaindre. Il faut se redresser, tendre ses énergies, être décidé à reconquérir ce qui nous a été enlevé.
Des milliers de Belges en état de porter les armes sont actuellement en France. Ils formeront des troupes nouvelles, nombreuses, puissamment armées qui auront la tâche magnifique de délivrer la Patrie.
Soldats, sachez bien que vous combattrez pour vous-mêmes, pour vos familles, pour votre patrimoine religieux, moral et social. Tous ces trésors, dont beaucoup ont été conquis par de longs et pénibles efforts, soutenus durant tant d’années, vous les perdrez si la Belgique reste aux mains de l’ennemi. Seule la résolution de poursuivre la lutte peut vous les rendre.
Officiers, gradés et soldats, soyez dignes de ceux de 1914 : vous vous couvrirez de gloire et serez les sauveurs de la Belgique. »

8 juin
Le S.S. « Liège » est sabordé par les Britanniques à Rouen.
Allocution du Premier Ministre Pierlot à la radio française. Le Premier Ministre rappelle que le Roi se trouve dans l’impossibilité de régner et que le Gouvernement exerce seul le pouvoir exécutif. Il ajoute : « Au nom de mes compatriotes, accueillis au foyer de la France, je veux exprimer notre profonde gratitude (…) pour le réconfort, fait de large compréhension et de fraternité, prodigué à nos réfugiés. (…) A l’heure qu’il est, des dizaines de milliers de Belges s’emploient aux travaux défensifs entrepris par le commandement unique, (…) pour assister l’armée française, dont nous constatons, en ce moment-même, les magnifiques ressources de redressement.»

9 juin
Les M.V. « Turquoise » et « Améthyste » sont sabordés à Dieppe.

10 juin
Conseil des Ministres à Poitiers. Le Gouvernement prend connaissance des documents que Berryer a ramenés de Berne. Il apprend avec surprise que le Roi n’a pris aucune initiative politique. Pierlot s’en réjouit, tout en constatant que le Roi « avait complètement changé d’opinion entre le moment où ses ministres l’avaient quitté et celui où il se trouva au pouvoir de l’ennemi. » Les ministres apprennent aussi que le Cardinal Van Roey les a désavoués et pris le parti du Roi. De plus, l’opinion publique en Belgique paraît largement en faveur du Roi. Malgré ces faits nouveaux, le Gouvernement ne juge pas opportun de prendre position à leur sujet à travers une déclaration publique. Le Premier Ministre confie au chargé d’affaires de Grande-Bretagne qu’il préfère « laisser la question constitutionnelle en suspens et consacrer toute notre énergie à la poursuite de la guerre. »

11 juin
14h30 – Le paquebot S.S « Albertville » et le S.S. « Piriapolis » sont touchés par un bombardement allemand au Havre. Le Piriapolis coule immédiatement. Une heure plus tard, l’Albertville explose, se renverse et coule.
12 juin

Devant l’avance allemande, la famille Baels quitte Poitiers pour Anglet, près de Biarritz.
Le S.S. « Yvonne » saute sur une mine et coule au large des bancs de Goodwinds.
Le S.S. « Carlier » est saisi à Dakar par les autorités françaises.
Un total de 98.870 recrues est recensé dans les trois C.R.A.B. du midi de la France, moins les 17.000 envoyés dans les bataillons de travailleurs. De plus, on estime à 25.000 le nombre de recrues non recensées.
Cinq bâtiments de pêche belges participent à l’évacuation de Saint-Valéry-en-Caux.

13 juin
Le Corps de Marine reçoit l’autorisation de quitter Dartmouth.

14 juin
Au Conseil des Ministres, Paul-Henri Spaak lit une note recommandant au gouvernement de quitter la France pour Londres, où il risquait de se trouver paralysé par la débâcle. Le départ est décidé en principe.
Une petite escadrille, constituée du patrouilleur A.6, des chalutiers 0.140 et 0.348, du bateau-pilote n°13 et du Tender T.1, arrive à La Rochelle.

15 juin
Premiers préparatifs hésitants du départ vers Londres. Spaak sollicite des moyens de transport auprès du chargé d’affaires britannique. Dans les instructions envoyées à l’ambassadeur de Belgique à Londres, le Baron Cartier de Marchiennes, le gouvernement demande « si possible », d’évaluer avec les Britanniques la possibilité d’évacuer vers l’Angleterre « des formations militaires utiles pour poursuivre la lutte ».
Le Corps de Marine arrive à Lorient.
11h45 - Le général Wibier, sollicité par les Français pour mettre des bataillons de travailleur à leur disposition pour se défendre contre les incursions italiennes, se voit opposé un refus formel de la part du Ministre de la Défense Nationale, le général Denis. Denis invoque notamment le fait que la Belgique n’est pas en état de guerre avec l’Italie.
Dans la soirée – le gouvernement reçoit l’ordre de quitter Poitiers dans les 24 heures.
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MessagePosté le: Lun Déc 18, 2006 00:45    Sujet du message: Répondre en citant

Superbe, quel travail ... On apprend plein de choses. Les acronymes sont un peu difficiles à distinguer (faudrait une note de bas de page). C'est quoi les CRAB ?
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MessagePosté le: Lun Déc 18, 2006 01:31    Sujet du message: Répondre en citant

Ça veut dire Centre de Recrutement de l'Armée Belge ?? il me semble
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Lun Déc 18, 2006 01:41    Sujet du message: Répondre en citant

Exact !
C'était dans l'une des premières versions du récit.
Je vais mettre tout ça au net.
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MessagePosté le: Lun Déc 18, 2006 15:32    Sujet du message: Répondre en citant

Il faut aussi penser à ajouter dans la chrono de juin 40 avant le POD un ou deux points d'entrée vers cette annexe. Pourquoi pas les deux conseils des ministres belges des 10 et 14 juin ?
Le 11 juin dans la chrono, je mentionne 5 navires de commerce touchés dans le port du Havre, les deux mentionnés ci-dessous en font-ils partie ?
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Benoit XVII



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MessagePosté le: Lun Déc 18, 2006 19:21    Sujet du message: Répondre en citant

On peut mettre le Conseil du 10 juin, mais ça risque de tomber un peu comme un cheveu dans la soupe. Il faudrait sans doute adapter pour le rendre compréhensible pour des non-Belges.

L'Albertville et le Piriapolis font effectivement partie des 5 navires coulés par les Stukas déjà mentionnés dans la chrono.

Conseil des Ministres 14 juin OK, préciser qui est Spaak. Mentionner aussi l'arrivée de l'escadrille à La Rochelle, elle va jouer un rôle dans l'évacuation de la 7e D.I. qui suit après le POD.

Je reprendrais aussi l'intégralité du 15 juin, important pour comprendre ce qui suivra après. La composition du CM à Lorient comprend: les patrouilleur A.4 et A.5, les chalutiers H.75, Z.8, Z.25 et 0.317, le bâteau-pilote BP.13, et les vedettes P.3 et "Prince Charles". Il sera aussi impliqué dans l'évacuation de la 7e D.I.
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MessagePosté le: Lun Déc 18, 2006 19:57    Sujet du message: Répondre en citant

Je note ... je note. Je vais essayer de ne pas trop faire copier/coller avec l'annexe 53. Think
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