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L'infanterie en gros plan, par CRIXOS
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clausewitz



Inscrit le: 04 Fév 2007
Messages: 164
Localisation: Nantes

MessagePosté le: Mar Aoû 28, 2012 16:03    Sujet du message: Répondre en citant

Ah magnifique. Manque plus que Maitre Folace (le quartier-maitre ?) et les frères Volfoni.
_________________
Ma nouvelle uchronie

http://clausuchronia.wordpress.com/
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raven 03



Inscrit le: 20 Mar 2009
Messages: 1139
Localisation: loire (42)

MessagePosté le: Mar Aoû 28, 2012 16:13    Sujet du message: Répondre en citant

clausewitz a écrit:
Ah magnifique. Manque plus que Maitre Folace (le quartier-maitre ?) et les frères Volfoni.


pourquoi ce nest pas lui le quartier maitre ...???

les Volfoni ne peuvent pas etre au 113 .
A la mort du Mexicain ,ils ne connaissaient pas l 'ami Fernand.
Donc ils appartiennent à une autre unité ( de pareils boutiquiers doivent faire parti des mesquins de l'intendance coloniale ..non???) Laughing

au fait le gendarme ...ne s'appelerait -il pas Cruchot ???
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lebobouba



Inscrit le: 12 Juil 2008
Messages: 351
Localisation: Devant son écran

MessagePosté le: Mar Aoû 28, 2012 16:36    Sujet du message: Répondre en citant

Justement, c'est Raoul Volfoni qui cause avec nostalgie à Fernand de la "drolerie" bue à Bien Hoa aux "Volets Rouges" chez Lulu...

Le frangin Paul peut très bien être ailleurs sur la planète...
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raven 03



Inscrit le: 20 Mar 2009
Messages: 1139
Localisation: loire (42)

MessagePosté le: Mar Aoû 28, 2012 17:22    Sujet du message: Répondre en citant

Ce que je voulais dire c'est :
le fait de ne pas appartenir à la meme unité n'empeche pas de frequenter les memes bouges mal famés... Laughing Embarassed et à des epoques differentes
Lucienne est là depuis longtemps

Pour exemple:
Plus pres de nous (ou pas.. ), il ya quelques milliers de gars qui, comme moi ,ont du frequenter un endroit poetiquement appelé "la croix du sud".. Confused ou ailleurs le" bar de l'Amitiée " Embarassed et hors de ma propre unité, je me souviens de peu de monde. Crying or Very sad
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Merlock



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Messages: 1436

MessagePosté le: Mar Aoû 28, 2012 17:35    Sujet du message: Répondre en citant

sting01 a écrit:
en reserve la vente au troupe du Mikado ... et donc participer a l'effort de guerre national en faisant des dites troupes des junkies!


Ah! Si c'est pour une oeuvre... Rolling Eyes
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"Le journalisme moderne... justifie son existence grâce au grand principe darwinien de la survivance du plus vulgaire." (Oscar Wilde).
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Wil the Coyote



Inscrit le: 10 Mai 2012
Messages: 1859
Localisation: Tournai (Belgique)

MessagePosté le: Mar Aoû 28, 2012 20:36    Sujet du message: Répondre en citant

Pour les Volfoni Brothers vu qu'il connaisse pas mal d'endroit éxotique Cool je ne vois que la Royale Drapeau blanc pardon Fregatton...

On peut mettre Raoul sur le Primauguet et Paul sur la Gloire.

Et si en plus l'un des deux est commandé par le Second-Maitre cannonier Moncorgé alors on fait de l'Audiard avant la lettre Dancing

Pour Maitre Folage pourquoi pas l'Administratif du 113eme et le maitre d'hotel comme ordonnance du Colon et l'equipe sera complete
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Hendryk



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Localisation: Paris

MessagePosté le: Mar Aoû 28, 2012 20:43    Sujet du message: Répondre en citant

Wil the Coyote a écrit:
Pour Maitre Folage pourquoi pas l'Administratif du 113eme et le maitre d'hotel comme ordonnance du Colon et l'equipe sera complete

Reste Mme Mado, qui se plaint que "le mirage africain nous fait un tort terrible"...
_________________
With Iron and Fire disponible en livre!
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pcfd



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Messages: 152
Localisation: castres

MessagePosté le: Mar Aoû 28, 2012 20:49    Sujet du message: Répondre en citant

et Pascal ? En tireur d'élite ou dans la maquis corse?
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Respectez toutes les religions au combat; ne prenez aucun risque quant à votre destination si vous êtes tué.
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Capu Rossu



Inscrit le: 22 Oct 2011
Messages: 1941
Localisation: Mittlemeerküstenfront

MessagePosté le: Mar Aoû 28, 2012 21:16    Sujet du message: Répondre en citant

Bonsoir,

Pour les Volfoni, outre la Royale il y a aussi la possibilité de la Coloniale donc Saigon !

Quant à Pascal et son frère, il me semble qu'ils sont italiens.

Quant à Mado, elle a pu fréquenter un bordel exotique : de Casablanca à l'Indo en passant par Dakar et autres lieux africains, ça ne manquait pas.

@+
Alain
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Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 17 Oct 2006
Messages: 11317
Localisation: Paris

MessagePosté le: Mar Aoû 28, 2012 23:00    Sujet du message: Répondre en citant

Comme promis...


Détachement Forbin
Aventures vietnamiennes (suite)

Monsieur & Monsieur

Monsieur & Monsieur étaient deux jeunes hommes représentatifs du 113e. Ils avaient moins de 30 ans, ils étaient sportifs, courageux, combattants aguerris (l’un depuis la France, l’autre depuis la Grèce) et tous deux déjà cités. Accessoirement (et de façon moins représentative, il faut le dire), ils étaient homosexuels. Depuis Alexandre le Grand jusqu’à Lyautey en passant par Richard Cœur de Lion, il y a toujours eu des guerriers pour préférer Adonis à Vénus.
Moins classique (encore que…), ils formaient un vrai couple. Sans pour autant être toujours collés l’un à l’autre, ils se retrouvaient après l’exercice ou le combat pour parler de leur journée et vivre leur vie. Ils étaient discrets, mais cela finit par se savoir – ce n’était peut-être pas les seuls dans le régiment, mais c’était ceux qui se cachaient le moins, et sans doute le seul couple. Quand Monsieur 1 fut blessé en Italie et que Monsieur 2, après s’être rué à son aide et l’avoir porté jusqu’au poste de secours, se mit à demander plusieurs fois par jour de ses nouvelles avec des sanglots dans la voix, ce fut un fait acquis. Lequel fait souleva au début quelques commentaires, puis on passa à autre chose : après tout, les deux hommes étaient aussi bons combattants que leurs camarades et ils faisaient bien leur boulot, on pouvait compter sur eux au combat, c’était l’important – en plus, c’était de bons copains.
De ce jour, on put constater qu’ils manifestaient l’un envers l’autre une réelle tendresse, y compris en public. Devant ces deux amoureux, leurs camarades, attendris, pensaient à leurs femme, fiancée ou bonne amie. Au bout d’un moment, ils faisaient presque figures de mascottes. Il n’y eut pratiquement pas de protestations. Un ou deux hommes se plaignirent bien aux gendarmes de la présence de ces « tantes » au sein du 113e. Les gendarmes, protocolairement mais très vite, firent suivre les plaintes par la voie hiérarchique jusqu’à De ****. Celui-ci reçut les plaignants et leur demanda quel était le problème. On lui parla sexualité. Il demanda si quiconque avait été racolé ou provoqué. Les plaignants durent admettre que non. Donc il n’y a pas de problème, déclara De ***. La prochaine fois, ce sera huit jours pour m’avoir embêté pour rien. Devant la tranquille candeur (ou la mauvaise foi souriante) de leur chef, les grincheux se le tinrent pour dit. On n’en parla plus.
Les deux hommes étaient du voyage en Indochine. A l’époque, leur relation tombait encore sous le coup de la loi en France, ils se disaient que sous d’autres cieux on risquerait moins de les emmerder. Engagés au Tonkin ans l’équipe de Dio, ils ne se quittèrent plus, formant un binôme particulièrement efficace, chacun couvrant l’autre, et avec ce duo de choc, pendant plus de deux mois leur section n’eut aucun tué. Cela tenait du miracle. Mais à la guerre, les miracles durent peu.
Un jour, dans une région accidentée semée de pitons calcaires, leur section accrocha un fort élément japonais. Cela partait plutôt bien, mais une erreur de transmission empêcha de signaler la présence d’un deuxième élément qui suivait le premier et qui prit de flanc l’embuscade des hommes du Détachement Forbin. Il fallut décrocher, il y avait deux morts et plusieurs blessés. Monsieur & Monsieur restèrent en arrière pour ralentir l’adversaire et permettre l’évacuation des blessés, avec l’aide d’une poignée de partisans nungs – de redoutables combattants qui avaient rejoint les Forbin avec enthousiasme. Le reste de la troupe put s’échapper, mais ce ne fut que grâce au sacrifice du groupe de Monsieur & Monsieur. Il n’y eut qu’un survivant, un partisan nung qui avait réussi à se cacher dans des fourrés et qui devait raconter leur fin à Dio lui-même.
Pourchassé, le groupe avait filé vers une hauteur, espérant semer les Japonais sur un terrain plus difficile. Ils n’étaient alors plus que cinq hommes. En arrivant au sommet, ils eurent deux mauvaises surprises. Une très mauvaise : le chemin qu’ils suivaient donnait sur un à-pic. Une pire : les Japonais ne les avaient pas lâchés. Ils s’embusquèrent dans les rochers pour tirer leurs dernières cartouches. Au bout de presque vingt minutes, deux des trois nungs avait été abattus et Monsieur 2 avait pris une balle dans le ventre. Sous le feu japonais, il se mit à ramper pour rejoindre son amant et y parvint, en ayant sans doute récolté une ou deux autres balles en route. Monsieur 1 l’embrassa farouchement et lui tirer une balle dans la tête. Puis il se dressa en brandissant son coupe-coupe à bout de bras et en hurlant des insultes. Chose étrange (sauf peut-être quand on connaît les soldats nippons), les Japonais cessèrent le feu. Monsieur 1 continua alors à vociférer, à découvert. Cette fois, il les défiait, il leur proposait un duel à l’arme blanche.
Apparemment, les Japonais comprirent et un officier s’avança. Le dernier nung, de sa cachette, ne comprit pas pourquoi il ne faisait pas abattre le Français sur place. Orgueil, respect ? Il tenait un sabre réglementaire. Il jeta sa casquette, son baudrier et sa veste et avança en position de garde à deux mains. Monsieur 1 tenait sa machette à bout de bras, la pointe braquée vers le visage de l’officier. L’officier se fendit de haut en bas avec une grande rapidité. Mais plus rapide encore, Monsieur 1 passa sous sa lame, à droite de son adversaire, le coupe-coupe levé avec la pointe derrière son dos en protection. La lame du Japonais frappa dessus et glissa. Monsieur 1 se retrouva derrière l’officier et avant que celui-ci puisse se retourner, il le décapita d’un terrible coup de taille. Puis il jeta son arme, courut vers la falaise et sauta dans le vide sans un mot.
Sous la conduite d’un autre officier, les Japonais rendirent les honneurs et s’en allèrent en emportant leurs morts. Quand ils furent partis, le nung survivant alla chercher de l’aide au plus proche village. Les partisans nungs furent traités selon leurs rites. Les deux Français furent enterrés ensembles au sommet du piton. Il paraît que si une femme enceinte s’allonge sur leur tombe, elle aura un fils d’un courage indomptable.
Le nung survivant resta dans l’armée française jusqu’à la limite d’âge et bien après. Il ne pouvait imaginer servir un autre peuple. Aucun ne pourrait être si courageux. Il s’installa ensuite en France, ayant obtenu sans difficulté la nationalité française au vu de ses états de service.
En 1957, l’ex-soldat *** buvait tranquillement une bière dans un bar de Paris. Installés à une table, au fond, deux jeunes hommes discutaient en ne dérangeant personne, il les avait à peine remarqués. Au bout d’un moment, quatre autres jeunes gens entrèrent dans le bar. A peine servis, ils parurent reconnaître les deux du fond et commencèrent à les asticoter, les traitants de « petits amoureux » avant de passer des moqueries aux insultes. Le barman ne réagissait pas, non plus que les rares autres clients – *** entendit l’un d’eux parler des « blousons noirs qu’il valait mieux pas embêter » (et c’était vrai que trois des insulteurs portaient ce vêtement à la mode chez certains). Les deux premiers garçons se levèrent pour partir, leurs agresseurs leur bloquèrent le passage. Quatre contre deux, et les quatre étaient plutôt plus costauds. « Partez pas comme ça, les fiottes ! On va vous apprendre comment on fait pour être un homme ! » s’exclama le plus braillard des quatre, donnant le signal d’un tabassage en règle.
C’est juste après avoir envoyé le plus petit des deux par dessus une table que le braillard sentit soudain une locomotive (après examen, une chaussure taille 40) percuter latéralement son genou gauche ; celui-ci décida immédiatement de refuser tout service et son propriétaire se retrouva par terre, hurlant de douleur. Son copain le plus proche se retourna pour recevoir le plus mémorable coup de boule de toute sa vie, il ne reprit connaissance qu’aux Urgences de l’Hôtel-Dieu. Les deux derniers se tournèrent vers le trouble-fête, un petit vieux, et un Jaune par dessus le marché ! Ils n’eurent pas le temps de s’en étonner, l’un reçut une chaise dans les jambes et tomba dans les bras du Jaune, qui le saisit vigoureusement par le col de son blouson noir et lui cogna non moins vigoureusement le crâne contre le comptoir. Le quatrième n’hésita pas longtemps sur la conduite à suivre et prit ses jambes à son cou, il court encore.
Sans même laisser aux deux garçons qu’il avait secourus le temps de se remettre de leurs émotions et de le remercier, *** paya sa bière et partit. En lui rendant la monnaie, le barman (qui venait enfin d’appeler Police Secours) osa lui demander : « Les… deux, là, c’est des amis à vous ? » Il répondit simplement, avec le petit accent dont il n’avait jamais réussi à se débarrasser : « Non, mais depuis, hmm, douze ou treize ans, il y a des imbéciles que je peux vraiment plus supporter ». Puis il rentra chez lui où l’attendaient sa femme et ses trois enfants. Il n’était pas mécontent de lui. « Pour un type de 47 ans, je me défends encore » se disait-il en dialecte nung.


Sur la route de Hué
Les Japonais se cantonnaient au pays utile (pour eux), laissant le reste vivre sa vie en se contentant de contrôler ce qui sortait de ces zones laissées plus ou moins libres. Quand les paysans allaient en ville pour échanger ce qu’ils avaient cultivé (du riz en général) contre des produits manufacturés, ils écopaient d’une « taxe de solidarité au sein de la Sphère de Coprospérité asiatique » s’élevant à 35 %. De temps en temps, les Japonais expédiaient des troupes sur les routes coloniales et provinciales jusqu’aux villages agricoles, afin de rapprocher la population paysanne de la fameuse Sphère. La taxe passait alors à 50 %, pour payer les frais de transports. Inutile de dire que le tout conduisait à la croissance d’un certain ressentiment populaire !
Les hommes du Détachement Forbin qui vadrouillaient au sud de la région de Hué sympathisaient volontiers avec les populations mises ainsi en coupe réglée. L’injustice du traitement qui leur était imposé titillait la fibre anarchiste de L-P (et de pas mal de ses hommes). Son équipe avait traversé le secteur des hauts plateaux, où grenouillaient depuis l’attaque japonaise divers maquis, la plupart sur base ethnique. En effet, les ethnies locales avait un problème de coopération, lié au fait qu’elles se haïssaient toutes copieusement. Elles se rejoignaient seulement sur deux points. Premier point, les Japonais étaient des *** (expression locale que l’on ne pourrait traduire que par une formule longue, compliquée et employant de nombreux termes classés vulg ou arg par le Larousse, voire ne figurant point dans cet estimable ouvrage). Second point, les Français étaient les seuls impartiaux, du moins les derniers arrivés (les anciens ne valaient guère mieux que les Japonais, mais ils avaient disparu).
Comme il fallait encadrer ce salmigondis, deux équipes de quatre hommes furent affectées par L-P aux tribus locales. Après avoir bu du sang de bœuf et de l’alcool issu de fermentations improbables, les huit gaillards étaient devenus frères de sang avec une vingtaine de guerriers au moins (en remerciant Pasteur et ses disciples pour l’invention du vaccin antitétanique) et s’étaient vu offrir des épouses locales qu’il eût été de mauvais goût de refuser. Finalement, ils s’étaient bien acclimatés. Bon, leur secteur était calme, vu que les Japonais n’y mettaient les pieds que pour piller la récolte, soit deux fois par an. Ils en profitèrent pour s’organiser quelque peu. Leur infirmier se mit à la disposition d’un prêtre d’âge vénérable et de trois bonnes sœurs qui lui rendaient une dizaine d’années. Les quatre religieux avaient installés un dispensaire et une école dans ce coin perdu. Ils ne faisaient aucun prosélytisme, le missionnaire disant qu’ils témoignaient de l’amour de Dieu pour les hommes en préservant les corps et en éduquant les esprits. Le plus enragé des bouffeurs de curé en aurait perdu l’appétit !
Maintenant, il fallait se préparer à la prochaine incursion japonaise. Il s’agissait en général de deux bataillons sur camions, suivant des routes différentes. Les membres des deux équipes se mirent d’accord, chacune d’elles attaquerait un des bataillons. Une fois la décision prise, se posa la question du comment.
Les Japonais n’étant pas idiots en matière militaire – on leur laissait le bénéfice du doute – il fallait bien planifier le coup. Mal emmanché, c’était un truc à finir bouffé par les fourmis locales. Ils mirent alors tout bien à plat afin de s’organiser au mieux.
Effectifs totaux (à répartir entre les deux équipes) : 8 Européens plus 136 à 479 hommes issus des tribus montagnardes (le chiffre dépendant de l’humeur, de la météo et des obligations familiales et/ou religieuses).
Armement : pour les Européens, 4 USM1, 2 trench guns, 2 FM Bar et 12 grenades. Pour les montagnards : des Lebel, des Berthier, des Arikasa, dans un état en général déplorable et en nombre inférieur à celui des montagnards, avec, en moyenne, 13 cartouches par arme. Ce manque d’armes à feu était en partie compensé par le fait que chaque homme possédait un coupe-coupe et la plupart une arbalète.
Equipements supplémentaires : houes disponibles en grande quantité, il fallait juste négocier avec les femmes qui avaient peur de les perdre (note : on se passera des houes). En revanche, les lances de bambou étaient pour rien cette année.
Bon, il allait falloir choisir particulièrement bien le terrain. Ils se mirent d’accord pour attaquer chaque bataillon au niveau d’un pont. Solides constructions coloniales, ces ponts n’étaient pas gardés, les locaux ne possédant pas les moyens de les faire sauter. La route était damée, mais pas bitumée et un peu abîmée par les pluies.
La première semaine de préparation, les hommes fabriquèrent des pointes punji, des tas de pointes punji, des paniers entiers de ces pointes de bambou durcies au feu et badigeonnées d’excréments. Bien affûtées, elles perceraient facilement des semelles de chaussure.
La longueur d’une colonne bataillonnaire japonaise sur route normale fut estimée à 3 Km. On se dit qu’en terrain difficile, la troupe marcherait sur les flancs des véhicules pour en assurer la protection ; les camions iraient lentement et seraient très rapprochés, la colonne ne s’étendrait que sur 1,5 Km.
Bref autour de chaque pont et sur 750 mètres dans les deux directions, on planta des pointes punji des deux côtés de la route sur une largeur de 3 à 4 mètres, à raison de 2 ou 3 pointes par m2. L’installation est facile et rapide, planter la baïonnette, installer la pointe, damer autour et passer à la suivante. Ensuite éviter le secteur. Inconvénient, on ne pourrait pas attaquer par les flancs sauf à marcher sur ses propres pièges.
Un élément avec le FM et le trench gun devait bloquer la tête de la colonne, une fois qu’elle aurait franchi le pont et serait arrivée 750 mètres plus loin, avec des chevaux de frise artisanaux à base de bambous et de bois de fer. Deux autres éléments, formés chacun d’un porteur de M1 et de la moitié des meilleurs fusils locaux, harcèleraient la colonne sur ses flancs (un élément sur chaque rive afin de limiter les risques de tirs fratricides).
Quand ils partirent, le missionnaire recommanda aux Forbin de ne pas manger de viande offerte par leurs alliés après une bataille, le gens du coin ayant tendance à manger le foie et le cœur de leurs ennemis, crus ou frits avec des oignons. Sur ces bonnes paroles, il reprit le chemin de l’école où il essayait d’expliquer les subtilités des maths à des élèves s’arrêtant de compter à vingt (l’un comptant en base 18 depuis qu’il avait perdu deux orteils).
La colonne japonaise attribuée comme cible à la première équipe Forbin avançait selon les prescriptions réglementaires – c’est d’ailleurs pourquoi le 113e respectait si peu les règlements ; ils rendaient les actions prévisibles. En tête, une section d’éclaireurs, puis une automitrailleuse (Rogntudju, jura le chef de détachement), puis une colonne de camions (beaucoup de mains de camions, disait l’éclaireur), une autre automitrailleuse au centre et une en queue. L’entretien ayant manqué, le glacis entre la route à la forêt avait perdu de sa largeur, et les hautes herbes cachaient bien les pointes punji.
Comme prévu, 750 mètres après le pont, ils laissèrent passer la section d’éclaireurs, qui marchait avec peut-être un kilomètre d’avance. Dès qu’elle eut disparu au tournant, la jungle s’anima et une théorie d’hommes apporta des chevaux de frises improvisés. Les éclaireurs seraient traités par une forte troupe de jeunes guerriers impatients de faire leurs preuves et guidés par quelques vétérans.
L’opération de barrage pris moins de trois minutes. Bien en prit puisque cinq minutes plus tard apparut la tête de la colonne. Précédant les camions, l’automitrailleuse de tête avançait, capots et portières ouverts pour aérer l’intérieur, avec une escorte de fantassins. Ils virent le barrage, s’arrêtèrent et mirent plusieurs minutes avant de bouger. Côté “allié”, on se rongeait les sangs. Y va, y va pas, y va, y va pas, Y VA !
Les fantassins approchèrent du barrage pour le démonter, l’automitrailleuse restant en couverture. Au moment où ils arrivaient aux troncs, une pluies de flèches d’arbalète en coucha quelques-uns sur la route, se tordant de douleur. Au même instant, le tireur au trench gun, ayant posé son arme, lançait une grenade à au moins 25 mètres, droit dans la portière avant droite ouverte. Il mit en plein dedans (des années de pratique à la pelote basque) et le véhicule explosa. Dès qu’il vit la coupole partir en l’air, le tireur au FM se mit à arroser les hommes de tête puis le long de la théorie de camions. Soldats entraînés et disposant de bons réflexes, les Japonais sautèrent sur les bas-côtés de la route pour se mettre à l’abri. Aïe est un mot universel, les hommes tapis dans la forêt s’en rendirent compte. Visiblement les punji avaient fait leur petit effet. Les soldats blessés s’efforçaient de retirer les bouts de bois qui mordaient dans leur chair, les autres essayaient de se replier vers les camions pour y trouver un abri conter les flèches des arbalètes. Le porteur du M1 et son groupe les engageaient d’un feu précis (au moins pour le M1) à moins de 60 mètres. Les soldats japonais qui le pouvaient tentaient de retourner le feu, mais sans savoir exactement quoi viser. Un petit groupe tenta de passer outre les pointes punji pour gagner le couvert, perdirent deux hommes pendant le trajet et huit ou dix autres quand ils bondirent entre les troncs d’arbres. S’inspirant de la tactique anglaise à Azincourt, deux rangées de pieux en bambous avaient été installées en défense et les plus ardents allèrent s’empaler dessus. Les survivants se le tinrent pour dit et refluèrent vers les camions, terrorisés.
Après son jet qui lui aurait valu une superbe carrière aux USA comme lanceur au base-ball, le tireur au trench gun se sentait plus d’humeur à faire du ball-trap. Il appela son collègue au FM et, épaulés par plusieurs porteurs de coupe-coupe ou de lances en bambou, ils commencèrent à remonter la colonne. Le tireur au FM mitraillait un camion après l’autre d’un tir fauchant sous les châssis et le long des roues. Le porteur du trench gun faisait du tir de saturation avec ses chevrotines, à courte distance, ses projectiles broyaient tout à l’impact. Tous deux avançaient en se couvrant mutuellement et les porteurs d’armes blanches achevaient les blessés. Un Japonais surpris à bout portant par le tireur au trench gun réussit à agripper le canon et à le dévier vers le bas ; quand le coup partit, sa jambe droite fut arrachée au-dessus du genou ; un instant plus tard un montagnard lui coupait miséricordieusement la gorge.
Au sixième camion, ils estimèrent que ça commençait à chauffer un peu trop. Les réservoirs des camions furent défoncés à coups de coupe-coupe, puis un camion fut incendié par une grenade, les autres s’enflammèrent par sympathie et toute l’équipe d’assaut se replia sous le couvert de la fumée. Le signal de la retraite fut lancé par tambour.
La colonne dut retourner sur ses pas ayant perdu six camions, une automitrailleuse, au moins soixante-dix tués (dont la section d’éclaireurs, anéantie) et deux fois autant de blessés (dont beaucoup, blessés par les pointes punji, finirent par mourir d’infection, même si leur blessure n’était pas très grave).
Les jeunes qui s’étaient chargés de la section d’éclaireurs avaient un bilan très correct. Huit tués et dix blessés (dont deux devaient mourir) pour un butin de 22 fusils, 2 FM, un sabre et 49 oreilles (l’un des soldat en avait déjà perdue une quelque part).
Le soir, le soldat *** se vit proposer un plat de viande par un montagnard. Il refusa, prétextant avoir trop mangé. Le montagnard fut étonné de voir refuser de la si bonne viande de cerf-cheval, mais après tout…
Quelques jours plus tard, les deux équipes du 113e vécurent un joli quiproquo. Il était prévu que l’une attaquerait une colonne puis qu’en fonction du résultat, l’autre adapterait sa tactique pour la seconde attaque. Incompréhension ? Chacune étant persuadée que c’était à l’autre d’attendre le résultat, l’autre colonne japonaise avait été attaquée presque en même temps que la première et avec une issue très semblable. L’effet sur le moral des troupes en fut d’autant plus marqué.


Carnet mondain
L-P de *** vagabondait dans le sud de la Cochinchine. Par tempérament, la guerre clandestine ne lui seyait pas trop. Ayant distribué sa cinquantaine d’hommes par petites équipes pour faire le boulot, il préférait aller d’un maquis à l’autre pour donner des séances d’instructions ou participer à des réunions d’objectifs. Il adorait cette vie un peu bohème. Avec lui il avait son radio, son infirmier, un garde du corps et 5 tirailleurs annamites aux uniformes en lambeaux et à la rage de combattre intacte. Tout le monde avait le teint cuit local, y compris les Européens qui ne portaient en général qu’un short dans la journée.
Leur base principale se situait dans une zone de plantations de caoutchouc, entre Saigon et la frontière cambodgienne. Le gendarme *** faisait régner l’ordre républicain sur cette zone de plus de 10 000 Km2. Plusieurs pistes discrètes y avaient été installées et une véritable ligne aérienne à base de Potez 25 permettait un modeste ravitaillement, le transfert de quelques blessés et de documents (le “GB Louvre” utilisait toujours quelques uns de ces vieux engins, pratiquement reconstruits pièce par pièce au fil des réparations depuis 1942).
L-P et son groupe se déplaçaient souvent avec des vélos à bandages pleins qui permettaient un déplacement rapide avec une certaine quantité de matériel. Ce jour-là ce n’était pas le Tour de France, mais il y avait un peu d’esprit de compétition dans le peloton et c’est peut-être ce qui fit qu’ils détectèrent trop tard une présence japonaise. En tête, deux tirailleurs qui pédalaient à fond de train donnèrent dans un barrage improvisé après un virage au bout d’une longue ligne droite. Ils tentèrent de faire demi-tour, mais les soldats du Mikado ouvrirent le feu et les abattirent. Cependant, la salve alerta le reste de la troupe, qui réussit à faire demi-tour. Les soldats japonais débouchèrent en courant au bout de la ligne droite, tiraillant pendant que les cyclistes donnaient tout ce qu’ils pouvaient.
L-P s’arc-boutait sur les pédales en pensant qu’au virage à l’autre bout de la ligne droite ils seraient hors de vue, quand il sentit sa jambe droite lui manquer. Il se sentit glisser, tomber lentement vers la droite puis ce fut le trou noir.
De ce trou noir il ne devait se rappeler que peu de chose. Des coups de feu, quelqu’un qui l’avait chargé sur son dos comme un sac de son avant de partir au pas de course. Sa jambe, d’abord insensible, qui devenait horriblement douloureuse. Encore plus tard un mouvement de balancier, monotone, interrompu par de grands chocs et des jurons. Puis un lieu frais, des draps en jute, des mains qui le baignaient à grande eau.
Plusieurs jours de chaleur terrible, avec une soif dévorante et la sensation d’un fer rouge dans le mollet (une combinaison sulfamides-asticots avait empêché l’infection de dégénérer en gangrène). Avec une voix douce et des mains petites et habiles qui le manipulaient comme une poupée. Il était totalement impuissant et il détestait ça. Il tentait de se concentrer pour pouvoir parler, mais il n’y arrivait pas.
Quand il émergea de son semi-coma, il faisait jour. Il était sur un lit, dans une sorte de hangar. Sur une chaise à côté dormait son garde du corps, propre et rasé. Comme L-P se levait sur un coude, il ouvrit les yeux : « Mon capitaine, ça va ? »
– Oui, je crois, où sommes-nous, que s’est-il passé ?
– Alors dans l’ordre, on vous a récupéré sous le feu des Japs avant de se tirer par la forêt. Vous aviez une balle dans la jambe, vous perdiez beaucoup de sang et en plus, vous vous étiez un peu cogné la tête en tombant. C’était il y a douze jours, on vous a amené ici pour vous soigner parce que la base était trop loin. Les tirailleurs connaissaient ce coin. C’est une espèce de dispensaire de jungle dirigé par des sœurs de Dalat en rupture de couvent. Elles sont parties lors de l’invasion japonaise avec leurs élèves et pupilles et se sont dispersées dans le pays. Elles sont incroyables, j’ose même pas lâcher un juron.
– À ce point… Et le reste de l’équipe ?
– Ils vont bien, sauf les deux qui sont rentrés dans les Japs, bien sûr. Deux tirailleurs sont restés pour vous garder, l’infirmier aussi, pour vous soigner, les autres sont retournés au camp de base. Votre adjoint a pris la direction des opérations. Et moi je suis revenu régulièrement aux nouvelles… Attention, voilà sœur Marthe !
Sœur Marthe était visiblement une maîtresse femme, même si elle devait mesurer 1m50 à tout casser et faisait un peu pot à tabac. Elle avait un grand regard franc et un sourire déterminé. La petite population au sein de laquelle elle était installée l’idolâtrait et faisait ses quatre volontés, juste pour ne pas lui faire de peine. Elle avait soigné L-P avec l’infirmier de l’équipe. Ce dernier avait extrait la balle ; par bonheur, l’os n’était pas brisé, mais la plaie était très vilaine et certainement infectée. La médecine européenne aurait peut-être trouvé certains des moyens employés par sœur Marthe archaïques et L-P se sentit malade à l’idée qu’on utilisait des asticots pour nettoyer sa plaie. Mais c’était ça ou la gangrène et perdre la jambe – son choix fut vite fait.
Après quelques mots de réconfort, sœur Marthe demanda au soldat *** de l’accompagner dehors. Elle avait besoin de feu pour sa pipe et ne voulait pas fumer chez les malades. Elle allait envoyer une de ses protégées de Dalat pour tenir compagnie au lieutenant.
L-P se demandait quel autre personnage on allait lui expédier et, en attendant, il se rallongea et ferma les yeux. C’est alors qu’il entendit une voix très douce lui demander : « Bonjour mon capitaine, puis-je vous offrir une tasse de thé ? »
Il se tourna pour répondre, et lui qui n’avait jusque-là connu qu’une peur très normale sentit l’abîme s’ouvrir sous lui. La jeune femme qui lui faisait face était si belle que les mots lui manquaient. Comme il bafouillait et qu’elle prenait une expression interrogative avant de se lever, il se reprit juste à temps : « Oui, très volontiers mademoiselle. »
Le thé était bon, sa garde-malade se taisait, satisfaite de voir son sujet boire sans trembler de fièvre. L-P n’osait rien dire de peur de rompre le charme. Le charme fut pourtant rompu par sœur Marthe, qui rentrait dans le hangar avec le garde du corps après avoir fumé sa pipe. Un instant L-P la haït de chasser celle qui lui avait apporté du thé. Puis il se reprit. Mais son esprit vagabondait, cherchant mille subterfuges pour savoir qui était cette personne, d’où elle venait… et quelle était sa situation de famille. Sœur Marthe le tira d’embarras, il l’aurait embrassée !
– Cette petite est ma filleule, Claire – Claire-Thuy Nguyen. Elle est orpheline et je m’occupe d’elle et de quelques autres depuis ses trois ans. Elle suivait une formation d’infirmière à Dalat, elle nous rend d’incroyables services. Elle vous a veillé toutes les nuits depuis votre arrivée. Je ne la vois pas prendre le voile, mais c’est une bonne fille. Elle va continuer à prendre soin de vous, capitaine. Bon je vous laisse entre ses mains, je dois aller vérifier la cuisine et surveiller vos tirailleurs.
Et elle le planta là dans un grand envol de cornette rapiécée.
– Sacré caractère hein mon capitaine ?
– Des mois que je te dis de m’appeler par mon prénom, en plus toi et les autres vous m’avez sauvé la peau, laisse tomber le grade.
– D’accord mon capitaine, je te laisse, je reviendrai dans une semaine pour prendre des nouvelles !
Le soldat parti, la jeune fille revint à son chevet. Elle venait de nouveau lui apporter du thé ou lui proposer le vase de nuit, une jarre en l’occurrence. L-P était terriblement gêné, il voulait parler, mais ces considérations matérielles l’en empêchaient. Elle lui semblait trop belle pour ça. Pour rompre le silence, il lui demanda s’il y avait des livres ou de la musique afin de s’occuper. Elle alla chercher quelques volumes dépareillés. Ils venaient de la bibliothèque de sœur Marthe, qui préférait les cigarettes à la pipe mais ne fumait qu’une page par jour faute de papier à rouler. Quand son infirmière lui expliqua la raison des chapitres absents avec un petit sourire, L-P éclata de rire et elle l’imita, plus discrètement. Il lui demanda alors de l’aider à s’asseoir dans son lit. D’un mouvement souple et précis, elle l’adossa à plusieurs coussins. Il put alors s’observer à loisir, constatant qu’il avait beaucoup maigri. Il avait faim et elle lui apporta un bol de soupe. Le soir ce fut du riz avec des bananes. Puis elle lui souhaita gentiment bonne nuit. Les deux jours suivants, elle revint régulièrement lui tenir compagnie et lui porter ses repas. Ses tirailleurs venaient aussi le voir, mais à d’autres moments. Sœur Marthe passait également en coup de vent, toujours occupée à l’une ou l’autre tâche. Elle venait le soir pour lui voler une page déjà lue afin de rouler sa cigarette vespérale.
Trois jours après son réveil, L-P pouvait s’asseoir sur le bord de sa couchette. Il demanda à sa garde-malade de l’aider à se lever. Il était plus grand qu’elle, mais avait perdu tant de poids qu’elle n’eut pas de difficulté. Ensuite elle le soutint d’un côté pendant qu’il s’appuyait sur une canne. Ce jour-là il ne fit que quelques pas. Les deux jours suivants, ils augmentèrent la durée du déplacement pour arriver à sortir du hangar.
Pendant les trois semaines suivantes, le temps que les chairs cicatrisent et que le sang perdu soit remplacé, elle fut là tous les jours. Ils parlaient peu. L-P était paralysé par la timidité et elle n’était pas plus diserte.
Trente-cinq jours après sa blessure, L-P put marcher sans canne. Il demanda à Claire de lui offrir l’aide de son bras encore une fois pour faire le tour des lieux. Elle accepta et ils firent un petit tour dans le village. Tout le monde les saluait et les enfants venaient avec de grands sourires pour voir le Blanc blessé et son infirmière qu’ils connaissaient si bien. En revenant au hangar, ils virent sœur Marthe qui fumait sa pipe sur un banc à l’entrée. Elle devisait avec les deux tirailleurs.
– Et voilà, je suis guéri, dit L-P à celle qui l’accompagnait.
– Oui, vous n’avez plus besoin de moi maintenant.
Elle paraissait attristée et fière à la fois. L-P se jeta à l’eau.
– Epousez-moi !
– Oui d’accord, heu pardon, vous pouvez répéter…
– Je vous aime, à la folie, voulez-vous m’épouser ?
– Oui je le veux, je vous aime aussi !
En les voyant se serrer mutuellement si fort qu’une feuille de papier bible n’aurait pas trouvé sa place entre les deux amoureux, sœur Marthe vint aux nouvelles. Les deux jeunes gens furent surpris de l’entendre jurer « Sacré nom d’une pipe ! » d’une voix de stentor. Puis elle sortit un mouchoir en soie de parachute pour sécher ses yeux avant de les embrasser tous les deux. Puis elle grommela un peu au sujet du père *** qui ne serait pas là avant cinq jours pour célébrer leur union. Alors qu’elle avait tout ce qu’il fallait : les alliances. Elle leur offrit en effet, en guise de cadeau de mariage, les anneaux de ses défunts parents.
………
L-P et Claire se marièrent au fond de la jungle devant un curé auvergnat, un village vietnamien et tous les hommes du 113e qui purent venir. Sœur Marthe mena Claire à l’autel (100 % bambou). Pour respecter les formes républicaines, le gendarme, faisant fonction d’officier d’état-civil, avait auparavant célébré le mariage civil, pour lequel Fernand et le Mexicain furent témoins du marié (seule et unique fois de leur vie où ils témoignèrent officiellement devant un représentant de la loi). Les Japonais fournirent le banquet (contre leur gré). Dio expédia un message de félicitations par radio, désolé de ne pas pouvoir être présent. Mais il en profita pour y joindre une sorte de cadeau de noces : là-bas, loin en Europe, la guerre était finie.
………
Sœur Marthe est restée en Cochinchine, même après qu’elle fut devenue Vietnam. Elle est morte à 85 ans d’un cancer du poumon. Jusqu’à son dernier souffle, elle expédia chaque année à sa filleule une carte pour son anniversaire et une autre pour l’anniversaire du mariage. En échange, elle recevait des photos de la famille. Son décès laissa d’unanimes regrets. À son enterrement, il y avait les communistes d’un côté et les chrétiens de l’autre. Tout le monde s’entendit très bien. D’ailleurs, c’est avec l’aval du gouvernement vietnamien qu’on envoya à Rome un dossier de demande de béatification – le procès est en cours.
………
L-P et Claire-Thuy eurent en tout cinq enfants. Dio fut le parrain du premier et est resté un ami de la famille.
………
Dès qu’il en eut la possibilité, L-P expédia deux télégrammes en métropole.
L’un était adressé au colonel de ***, commandant le 113e RI : « Mon colonel. J’ai l’honneur par la présente de vous demander votre autorisation pour mon mariage qui a eu lieu le 25 novembre 1944. Je suis très heureux de vous en informer. Nous vous adressons, ma femme Claire-Thuy de *** Nguyen et moi-même, toutes nos amitiés. »
L’autre télégramme était adressé à Mme de ***, veuve du Lt-col de ***, château de *** : « Maman, suis marié. Prière remballer ambitions avec filles vos amies marquises, baronnes, duchesses et tutti quanti. Vais très bien. Bisous à toute la famille. Photo de moi et de ma femme suivra dès que possible. Quand elle arrivera, merci de demander la présence du Docteur de ***, notre médecin de famille, avant de la regarder. »


Note - La date ci-dessus est bien entendu sujette à rectification, de quelques jours ou semaines en plus ou en moins.
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sting01



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MessagePosté le: Mer Aoû 29, 2012 02:54    Sujet du message: Répondre en citant

raven 03 a écrit:
sting ,
j'ai mis goyave comme j'aurais pu mettre kom qwuat (bonne ortho??)

Par contre je n'aurais jamais imaginé que les mangues soient un produit cher.

Pour l'entrepreneur averti tu as une idée precise ou mr Ming ou mr Wang feront l'affaire..ou peut etre Mme Song...??


Mylady devrait faire l'affaire, la Mamasan favorite du Lieutnant (Chef d'escadron a cette epoque je presume) Raoul Salan!

La mangue est un fruit delicieux , et donc un met de choix. Disons similaire aux mures en France ... Cher n'est peu etre pas le mot exacte, mais meme si j;ai connu une personne qui distillait les mures (Mr E. Velu), habituellment on les mange et tout autres usage sera conside comme du gachis.

Kumquats est l'orthographe donne par Wiki, je ne m'aventurerai pas a proposer une autre car : 1) c'est chinois, 2) je ne pourrais proposer que la transliteration du vocable thai (Thai noi pour etre specifique), 3) le son doit etre similaire en Laotien , en Issan mais avec une graphie differente 4) Le nom doit etre similaire en Vietniamien mais avec un son different 5) doit etre totalement different en Kmer ou en Mon.

L'alcohol de Durian au contraire ... La distillation eet la consomation etant reservee uniquement au Grand Palais, je suppose que le gout doit etre interresant a tout le moins.
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sting01



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MessagePosté le: Mer Aoû 29, 2012 03:16    Sujet du message: Répondre en citant

un petit vieux de 47 ans ???????????

viens me voir , j'ai 51 ans et je te montrerai ce que c'est un petit vieux!

Un ancien, un homme d'age mur ... mais pas un petit vieux, c'est une insulte.

En Cochichine, dans le sud, region de Camau, il y a des population musulmanes , ni viet ni kmer ... Il y a aussi des Kmers, qui n'aiment pas les viets et les japs. Cela pour te permettre d'etoffer tes minorites.

Au nord de l'annam et au Tonkin, les populations sont reparties de cette maniere :

Les viets sur le delta et les cotes
Les Thais sur les plateaux et les moyennes montagnes
Les Meos et les Mongs sur les cretes.

Les deux derniers groupes etant des cultivateurs de pavot.

Tous se haissent plus ou moins, mais a la mniere de la vieille Asie; c'est a dire sans genocide. Tous haissent les japonais, qui veulent les asservir; et collaboreront avec les FRrancais si ces derniers ne se melent pas de leurs affaires.

Personages a presenter :

Deo Van long et Bordier son gendre
Deo Van Ahn

Ces deux la pour les Thais

Chao Quang Lo (un grand Monsieur) pour les Nungs (ou 'bec d'ombrelles')

Les meos n'ont pas de rois (trop anarchiques ou trop libres), sont des individus (a l'epoque) ayant une civilisation de l'age de pierre, sont les rares a etre a l'aise dans la jungle, et surtout sont des gueriers redoutables (mais de pietres soldats si vous saisissez la difference).

Petit point detail, il a prit 2 ans pour avoir le GCMA operationel; organiser les resistances est un travail de longue haleine (trouver les fonds, achetez l'opium, motiver les chefs cela prend du temps).
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Aoû 29, 2012 08:07    Sujet du message: Répondre en citant

sting01 a écrit:
un petit vieux de 47 ans ???????????

viens me voir , j'ai 51 ans et je te montrerai ce que c'est un petit vieux!

Un ancien, un homme d'age mur ... mais pas un petit vieux, c'est une insulte.


Evidemment, c'est une insulte !
Mais c'est ce que pensent les "blousons noirs" (pour les plus jeunes de nos lecteurs = soit skins, soit sweats à capuche) en voyant un petit bonhomme, jaune et dégarni...
_________________
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Wil the Coyote



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MessagePosté le: Mer Aoû 29, 2012 08:33    Sujet du message: Répondre en citant

J'espere que Madame la Colonel n'est pas tombée dans les vaps Cool diantre un mariage hors sang bleu Very Happy

Par contre je suis dubitatif, Fernand et le Mexicains temoignant devant un gendarme, les bras m'en tombe Laughing

Sinon encore une fois, extra l'histoire du 113eme et enfin le colonel De*** est enfin CO

Bravo
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loic
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MessagePosté le: Mer Aoû 29, 2012 09:53    Sujet du message: Répondre en citant

une théorie d’hommes ???
la théorie de camions ???

Euh ...
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On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
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