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L'infanterie en gros plan, par CRIXOS
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lebobouba



Inscrit le: 12 Juil 2008
Messages: 351
Localisation: Devant son écran

MessagePosté le: Lun Aoû 20, 2012 18:22    Sujet du message: Répondre en citant

Les aventures du 113eme, portés sur papier comme les Joyeux ?

OU C'EST QU'ON SIGNE ????!!!!! Shocked Very Happy Razz Dancing Wink
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patzekiller



Inscrit le: 17 Oct 2006
Messages: 3638
Localisation: I'am back

MessagePosté le: Lun Aoû 20, 2012 20:42    Sujet du message: Répondre en citant

idem Very Happy
_________________
www.strategikon.info
www.frogofwar.org
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clausewitz



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Messages: 164
Localisation: Nantes

MessagePosté le: Lun Aoû 20, 2012 21:41    Sujet du message: Répondre en citant

Je plussoie Very Happy
_________________
Ma nouvelle uchronie

http://clausuchronia.wordpress.com/
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Wil the Coyote



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Messages: 1859
Localisation: Tournai (Belgique)

MessagePosté le: Jeu Aoû 23, 2012 18:34    Sujet du message: Répondre en citant

Tout à fait d'accord avec les autres Razz Cool Very Happy
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Capitaine caverne



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Messages: 3842
Localisation: Tours

MessagePosté le: Ven Aoû 24, 2012 09:13    Sujet du message: Répondre en citant

Tope là! Ou est-ce qu'on signe?
_________________
"Au jeu des trônes, il n'y a que des vainqueurs et des morts, il n'y a pas de demi-terme". La Reine Cersei.
"Les gens se disent en genéral affamé de vérité, mais ils la trouvent rarement à leur goût lorsqu'on la leur sert". Tyrion Lannister.
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bonatti



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MessagePosté le: Sam Aoû 25, 2012 18:32    Sujet du message: l infanterie en gros plan Répondre en citant

OUI!!!!!!!!!!!!!!!! ++++++ je fais lire ans a mes enfants ( entre 30et 40 ans) le texte de carthage est réaction : ils se régalent donc c est super bien donc a poursuivre avec l infanterie car il est rare de trouver des ouvrages qui décrivent avec rigueur et compétence le combat infanterie et ce que l on voit dans les films c'est souvent un mélange de pyrocthnie avec des soldats gaulois napoleonien
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sting01



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MessagePosté le: Dim Aoû 26, 2012 05:10    Sujet du message: Re: l infanterie en gros plan Répondre en citant

bonatti a écrit:
OUI!!!!!!!!!!!!!!!! ++++++ je fais lire ans a mes enfants ( entre 30et 40 ans) le texte de carthage est réaction : ils se régalent donc c est super bien donc a poursuivre avec l infanterie car il est rare de trouver des ouvrages qui décrivent avec rigueur et compétence le combat infanterie et ce que l on voit dans les films c'est souvent un mélange de pyrocthnie avec des soldats gaulois napoleonien


Technicquement, un soldat carthaginois ou romain aurait put eficacement combattre sous Napoleon; un marin aurait put faire de meme jusqu'a la guerre Italie-Autriche; les techniques n'ayant que peut evolues (plutot un rafinement du passe; car cela avait ete simplement oublies puis redecouvert)

La poudre a canon etant deja connu a l'epoque de l'Empereur Claude, mais pas utilise pour des raisons morales!

C'est la periode post Napoleoniene (guerre de secession, 1870, 1914-1918) qui simplement revolutiona complement la technique (industrielle et militaire).

Meme pour les engins mecaniques, ils auraient put etre deployes pour les guerres revolutionaires (ballons d'obsevation, sous marins, navires a vapeur ou steamer, telegraphe sans fils, Chappe ). Ces techniques MILLENAIRES (sous marins datent de l'epoque assyrienne)etaient connus, les prototypes crees et testes, seul l'incomprehension fit que cela ne fut pas realiser.
_________________
La can can-can, cancouillote,
c'est pas fait pour les francois.

Anscarides je suis ne,
heritier de la Comte je serai.
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patrikev



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MessagePosté le: Dim Aoû 26, 2012 11:02    Sujet du message: Re: l infanterie en gros plan Répondre en citant

bonatti a écrit:
OUI!!!!!!!!!!!!!!!! ++++++ je fais lire ans a mes enfants ( entre 30et 40 ans) le texte de carthage est réaction : ils se régalent donc c est super bien donc a poursuivre avec l infanterie car il est rare de trouver des ouvrages qui décrivent avec rigueur et compétence le combat infanterie et ce que l on voit dans les films c'est souvent un mélange de pyrocthnie avec des soldats gaulois napoleonien


Le grand public serait peut-être déçu si on lui montrait pendant une demi-heure des soldats qui rampent dans les buissons, avancent de quelques mètres, lâchent une rafale, rampent jusqu'au buisson suivant, sans jamais apercevoir l'ennemi. Ensuite, je suis d'accord que ce ne sont pas les gros budgets qui font le réalisme des scènes.
_________________
- Votre plan comporte un inconvénient majeur.
- Commençons par le plus facile: capturer la bête.
- Le voilà, l'inconvénient majeur.
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bonatti



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MessagePosté le: Dim Aoû 26, 2012 22:24    Sujet du message: l infanterie en gros plan Répondre en citant

il est dommage que dans la liste de films quelques commentaires auraient été les bienvenues car comment transmettre le gout pour l histoire avec des images qui ne reflétent en rien le réel?
oui la pyrotechnie et les ralentis les caméras animés de mouvements permanents cahotiques ne font pas un bon film c est l e talent et l écriture qui importent
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Lun Aoû 27, 2012 17:42    Sujet du message: Répondre en citant

La suite (toujours par CRIXOS).
Je précise que les aventures des 113e se déroulent en 44, alors que la chronique d'Anaxagore (tout à fait compatible) se situe en 43.


Détachement Forbin
Aventures vietnamiennes

27 août 1944, base Epervier…

– L’ambiance est spéciale quand même.
– Moi j’aime bien, ça ne ressemble à rien que je connaissais.
– Quand même, elle est drôle cette cuvette. J’ai l’impression qu’elle a drainé tous les dingues de cette partie du monde.
– Wouoh, tu exagères, il y a des caractères particuliers, mais on en a des beaux, nous aussi !
– Les mecs de la Légion, ils épatent même les Viêts, qui ne s’étonnent jamais de rien !
– Ah, c’est vrai que l’adjudant boche qui écrit tous les jours à son frère, il est spécial. Et il y a aussi son sergent espagnol maniaque de la baïonnette et le Russe qui prend les paris sur le nombre de jours que, attends comment il dit déjà…
– « Le nombrrre de jourrrs que mettrrront ces salauds de RRRouges pour finir d’écrrraser ces salauds de Teutoniques et prrrendre Berrrlin ! » Mais finalement, ils sont sympas.
– Ouais mais quand même, on nous a installés entre les latrines et les cuisines, et ça fouette grave.
– Mais non c’est comme ça sur toute la place ! Bon on arrête de déconner, pile ou face ?
– Tu vas tricher ?
– Moi ! Jamais, tu me connais.
– Bon, pile.
– Face ! J’ai gagné, à moi le Tonkin et à toi la Cochinchine.
– Espèce d’enfoiré, je vais me taper un mois de marche en plus avant de pouvoir agir.
– Hé, c’est le jeu, pas vrai !
Ainsi parlaient L-P (le capitaine L-P) et Dio (le lieutenant Dio) en se partageant leurs secteurs respectifs d’engagement. La limite, en toute modestie, serait le 17e parallèle (avec une marge de plus ou moins 100 km).
Au nord, Haiphong et Hanoi assuraient le lien entre les troupes japonaises de Chine et d’Asie du Sud-Est. Elles servaient de bases aux troupes occupant le Tonkin, le nord de l’Annam et l’est du Laos. Ces troupes devaient aussi réprimer l’activité de Dien-Bien-Phu, dernier bastion français d’Asie, un rocher de Gibraltar ou une île de Malte entourée de jungle au lieu d’eau. Dien Bien Phu, “Chef-lieu de l’administration régionale” – ce n’était pas un nom à rester dans l’Histoire. C’est pourquoi on préférait parler de la base Epervier. Pour en venir à bout, les Japonais auraient dû employer les grands moyens – mais depuis 1942, il y avait toujours ailleurs, en Chine, en Birmanie ou dans le Pacifique, une situation plus grave accaparant les dits grands moyens. C’est pourquoi la base Epervier était toujours là, nid de guêpes ô combien irritant…
Au sud, Saigon, Tourane et Cam Rahn servaient d’ancrages à la marine et à l’aviation japonaise de l’Insulinde, maillons importants de la chaîne japonaise qui s’étendait jusqu’à Singapour, Sumatra et Java.
Lors de la planification avec les officiers venus les voir en Birmanie, les cadres du SpecDet 113 (ou Détachement Forbin) s’étaient entendus sur deux types d’actions.
Des actions classiques : harceler les Japonais un peu partout, de préférence loin de Dien Bien Phu. Le ravitaillement s’effectuerait par avions légers, éventuellement par parachutages. Ravitaillement en munitions s’entend, la subsistance serait à se procurer sur place. Les soldats s’étaient d’ailleurs gavés en prévision, ils avaient presque tous des kilos superflus.
Et des actions moins classiques, pour lesquelles il faudrait entrer en contact avec des réseaux clandestins laissés derrière elle par l’administration coloniale.
Dio, au Tonkin, aurait sûrement plus de classique. L-P, en Cochinchine, aurait plus de spécial, mais dans l’ensemble, le programme était simple. Beaucoup de travail, peu de ravitaillement, le danger permanent et l’impossibilité presque certaine d’être évacué en cas de blessure. Pour compenser, les infirmiers du Détachement Forbin avaient suivi une formation sur la médecine tropicale en plus de ce qu’ils connaissaient déjà en médecine de guerre. Depuis la Grèce et les recommandations du médecin de corps, ils n’avaient cessés de suivre des cours entre les opérations, pendant lesquelles ils mettaient en pratique leur savoir nouvellement acquis. Nombre de blessés leur devaient la vie et cette nouvelle campagne alourdirait encore la facture de reconnaissance.
Les deux officiers partagèrent en frères les hommes et le matériel, c’est-à-dire que chacun resquilla tout ce qu’il put, pas de cadeaux à la famille – finalement ce fut le gendarme ***, apparemment le seul honnête homme de la compagnie, qui fit le partage.

30 août 1944, base Epervier – Le départ des deux équipes se fit sans tambour ni trompette. On avait ficelé sur des bicyclettes les éléments les plus encombrants à transporter. Les postes de radio étaient installés dans des jarres scellées pour éviter l’humidité. Chaque équipe disposait de deux mitrailleuses de 12,7, alimentées par un mélange de cartouches explosives et incendiaires. Les CSR qui avaient rendus tant de services en Europe avaient été décrétés trop encombrants, de plus l’ennemi ne possédait pas de chars dignes de ce nom, dans le coin en tout cas. En contrepartie, il disposait d’une bonne aviation et d’une infanterie accrocheuse et nombreuse.

Septembre 1944 – Il fallut près de quatre semaines à Dio pour arriver dans son secteur d’intérêt, soit la route entre Haiphong et Hanoi. Il s’installa alors au nord de celle-ci dans une zone de jungle plutôt touffue, mais non pas éloignée de toute habitation, afin de permettre le ravitaillement. Il s’était retenu de trop manifester sa présence pendant son approche. Il faisait juste saboter ce qu’il pouvait chaque fois que c’était possible avec discrétion, mais entre les ponts gardés et les Japonais qui se déplaçaient en convois il n’y avait pas tellement de possibilités.
L-P et sa troupe vécurent la même expérience, mais comme ils descendaient le long de la cordillère annamitique, dans un secteur particulièrement sauvage, ils eurent à la fois moins à craindre les Japonais et moins d’occasion de leur nuire.
Bien entendu, ils avaient des guides. Chacun connaissait son propre secteur et ceux de ses voisins immédiats et nos Forbin allèrent ainsi de guide en guide. La progression était surtout rendue difficile par le climat et le terrain, car les habitants étaient amicaux : les Japonais n’étaient pas appréciés par les Viêts, moins encore par les tribus montagnardes.
………
La routine était simple. Réveil avant l’aube, et petit déjeuner assis sur les sacs à dos : bananes séchées et thé de la veille pour faire passer le comprimé de quinine du jour. Avec le soleil, on enlevait le pyjama (seule façon de désigner le vêtement de nuit dont la fonction principale était antimoustique) pour se mettre en chemise et bermuda et c’était le début de la marche, la plupart du temps jusque vers 16h00. Si possible, le bivouac se faisait dans ou à proximité d’un village ami, sinon il fallait chercher un emplacement avec point d’eau. Là, nouvelle attente d’une heure en garde, afin de vérifier l’absence de tout danger. Ensuite seulement débutaient les préparatifs du repas du soir : riz agrémenté de viande séchée et de ce que le terrain pouvait offrir.
Les hommes prirent vite l’habitude de cueillir tout ce qui pouvait être comestible lors de leurs déplacements. Certains s’équipèrent d’arbalètes moïs pour pouvoir chasser sans risque de donner l’éveil à tout le pays. Singes et poissons fournissaient un complément alimentaire utile. Un soir, en arrivant au bivouac, c’est un cerf cheval qui fut surpris coincé dans des taillis et achevé au coupe-coupe par les hommes de L-P. Ce qui ne fut pas consommé fut boucané pour les jours suivants. Pendant que la cuisine se faisait sous la surveillance de ceux qui avaient montré une capacité pour ça, les autres se lavaient et passaient “l’inspection des parasites” avant de se coucher. Les tribus traversées apprirent ainsi que le rituel des Blancs avant de se coucher consistait à se mettre tout nu et à se faire examiner par d’autres Blancs. Curieuses coutumes pensaient les sages locaux, mais bon, chacun voit midi à sa porte.
Ensuite, une fois les sangsues et autres engeances soigneusement exterminées, les hommes se mettaient en pyjama. La tombée du jour voyait l’extinction des feux. Au début, on ne savait pas trop s’il fallait poster une garde quand il n’y avait pas un Japonais à moins de cent Km, mais après avoir entendu rugir un tigre (du moins c’est ce qu’il sembla), on en admit la nécessité.
………
En arrivant dans leurs secteurs d’engagement, les hommes du 113e se retrouvèrent presque dans la même situation que lors de l’opération Surcouf : associés à de petits maquis, sauf que là, c’était au fin fond de la jungle ou d’un marécage, ce qui allongeait les délais. Parfois, pour une simple embuscade de dix minutes, il fallait marcher trois jours, et autant pour en revenir !
Au Tonkin comme en Cochinchine, il y eut beaucoup d’actions, pendant plusieurs mois. Pour les Forbin, il s’agissait de freiner au maximum l’effort de guerre ennemi tout en entretenant les réseaux de renseignements. Riz et caoutchouc devaient être soustraits aux Japonais par tous les moyens. Malheureusement, les Japonais traquaient leur adversaires en utilisant toutes les ressources d’une violence et d’une cruauté sans frein, surtout lorsqu’ils s’apercevaient que les groupes qui les harcelaient comportaient des Blancs. La moindre action était presque toujours suivie de représailles cruelles. Il fallait donc tenter de camoufler la destruction d’un stock en accident, ou alors frapper à l’écart de toute population.
Il est impossible de narrer tous les hauts (ou moins hauts) faits des Forbin et de leurs… correspondants locaux, mais quelques-uns ont marqué les mémoires.

Nettoyage à Bien Hoa
Bien Hoa est une petite ville située près de Saigon. C’était une base d’opérations clandestines essentielle pour l’ensemble Tonkin-Annam-Cochinchine, connu aujourd’hui comme le Vietnam. Les Japonais ne pouvaient contrôler tout le pays, ils avaient donc installés de fortes garnisons à Saigon, Cam Rahn, Tourane, Hué, Hanoi et Haiphong. Le reste du territoire était soumis à un contrôle plus lâche, faute d’effectifs. La mainmise japonaise de Bien Hoa était le plus souvent assurée par des collaborateurs vietnamiens, dont le comportement avait beaucoup évolué depuis le début du conflit, en fonction des nouvelles des différents fronts. Ces collaborateurs étaient périodiquement inspectés par des missions japonaises fortement escortées, mais qui ne faisaient que passer.
En règle générale, les occupants s’étaient abstenus de s’attaquer aux quartiers “chauds” des différentes villes, préférant les utiliser pour leur compte et en tirer des impôts. Celui de Bien Hoa était déjà renommé avant la guerre et ses… gérants avaient donné aux autorités d’occupation l’assurance que les militaires nippons y trouveraient des services de qualité à bas prix en échange d’une garantie tacite de tranquillité. C’est donc là que plusieurs hommes de l’équipe L-P s’installèrent pour organiser attentats et sabotages, sous le couvert de plusieurs maisons dites de tolérance.
L’un de ces établissements était tenu par une certaine Lucienne, qui avait exercé à Nantes lors de l’Autre Guerre, ce qui lui valait le surnom de Lulu la Nantaise. Son claque servait de base arrière et d’entrepôt. Le réseau auquel elle appartenait était dirigé par le Québécois. C’était un métis dont le père venait du Canada français. Celui-ci s’était installé dans le pays vers 1900, avait pris une congaï, comme le voulait la coutume, et en avait eu un fils qu’il avait baptisé Théodore. Ce dernier avait hérité de son père, outre un accent et deux ou trois jurons pittoresques, une taille de lutteur et un goût prononcé pour les explosifs (Papa était artificier dans les mines du Québec, tabernak !). À sa majorité, Théodore s’était engagé dans la police française, où son savoir-faire était reconnu. Dans un pays où la Face était tout, quand il voulait obtenir quelque chose, il débarquait avec une petite valise de dynamite comme moyen de négociation. Au début, il fit partir en fumée deux ou trois claques (après les avoir fait évacuer, quand même). Ensuite, il vécut sur sa réputation, et personne dans la police de Cochinchine n’eut jamais l’idée saugrenue de lui reprocher ses trop bonnes relations avec certaines maisons accueillantes. Depuis le siège de Saigon, où ses parents avaient trouvé la mort, il haïssait les Japonais et ceux qui les servaient et s’était attaché à en réduire le nombre. Il était particulièrement méticuleux dans ses actions, ceux dont il s’occupait disparaissaient sans bruit de la surface de la terre. Une seule fois, il dut travailler avec moins de discrétion, pour s’occuper d’un certain Lucien, dit le Cheval.
Le Cheval (il avait les dents de Fernandel, mais pas son heureux caractère) était un membre de la pègre locale issu de la petite bourgeoisie de Saigon. Opportuniste comme un étrangleur ottoman, il mangeait à tous les râteliers sans aucune vergogne. Mais il était aussi vantard que malhonnête et c’est sa vantardise qui le perdit. Il ne serait venu à l’idée d’aucun résistant de lui faire confiance, mais certains souteneurs et certaines filles lui transmettaient des informations qu’il s’empressait de repasser à la Kempetai.
Un beau jour, une des filles avec qui il avait ses habitudes lui révéla que Lulu la Nantaise cherchait des patates, ce qui voulait sans doute dire qu’elle avait des clients phalangs (Blancs) – de fait, trois hommes de l’équipe L-P étaient attendus. Lucien se vanta d’aller le vérifier avant de se rendre à la Kempetai pour « faire cracher le sang à ces fumiers de Colonialistes ». Dans la chambre voisine (les parois sont minces dans ce type d’établissement, et plus encore en Indochine), une collègue de la fille avait tout entendu. Si elle n’avait pas trop de sentiments pour les Français, elle exécrait les Japonais cruels et violents (et qui ne payaient pas). En plus, elle avait un petit penchant pour le beau Théodore, qui était gentil et ne les battait jamais, elle et ses consœurs. Elle partit à sa recherche pour l’informer pendant que le Cheval tentait de prouver à sa partenaire du jour que son surnom ne lui venait pas de ses dents – éternelle vanité masculine !
Le temps que cette vanité soit satisfaite, Théodore était au courant. Il fallait résoudre le problème et de manière radicale. Il devait agir tout de suite, mais il n’avait sous la main que deux cartouches de dynamite et un coupe-coupe, c’était court pour une exécution dans la rue. Il réfléchit brièvement avant de mettre son plan au point. Il prépara un demi-bâton de dynamite avec une mèche de 4 secondes et le planqua dans une petite jarre de terre cuite. Puis il se mit en embuscade dans la rue où était installé le claque de la Nantaise. Miracle de l’information de l’époque, la foule s’ouvrit devant le Cheval à son arrivée : pour la première fois de sa vie, il marchait sans être pris dans une cohue ou bousculé. Cela ne le fit pas tiquer, distraction, sans doute ! Il arrivait devant la porte du bordel quand il s’entendit interpeller.
– Hé Cheval !
À ces mots, il se tourna et vit le fameux Théodore (qu’il connaissait bien sûr), une petite jarre dans la main droite et un cigare (objet rarissime à cette époque dans cette partie du monde) dans la main gauche. Théodore plongea le cigare dans la jarre avant de parler de nouveau.
– Tiens attrape, réflexe !
Et Théo lui lança la boule. Réflexe en effet, Lucien l’attrapa en se demandant ce que cela pouvait être. Puis il fut submergé par une détonation et frappé par un énorme coup de poing.
L’explosion assomma aux trois quarts le Cheval, tout en le privant définitivement de l’usage de ses mains. Mais Théodore détestait prendre des risques, il voulait être sûr que le bonhomme était mort et si possible pas identifiable. En s’agenouillant tout près de lui, il découvrit que non seulement il n’était pas mort, mais qu’il pouvait même articuler quelques mots (la dynamite qu’on trouvait ici ne valait pas celle du Québec, comme disait son père, hostie d’ciboire !). Il tourna le voyou sur le ventre après lui avoir pris ses papiers et lui glissa son deuxième bâton sous le menton avec une mèche de dix secondes. Puis il ramassa deux ou trois moellons issus du mur éboulé contigu au bordel de la Nantaise. Il les posa sur le corps du blessé et alluma la mèche avec son cigare avant de s’éloigner lentement (inutile de préciser que la rue était aussi déserte que si la ville avait été ravagée par une épidémie).
Quand la police locale vint relever le corps, elle ne retrouva pas la tête. Ce qui restait finit à la fosse commune. L’affaire fut considérée comme un règlement de comptes entre souteneurs. La Kempetai, après un mois de silence de son indicateur, dut admettre qu’il avait disparu et classa le dossier.
Après la guerre, Théodore, jouissant de la double nationalité française et vietnamienne, continua à servir dans la police de Saigon, toujours très apprécié des travailleurs de la nuit, moins des gros bonnets. Mais bon, difficile de virer quelqu’un d’aussi décoré…

Le tir aux pigeons du sergent-chef ***
Le sgt-chef *** était enseignant en mathématiques dans le civil. Il avait la marotte de calculer tout ce qui pouvait l’être et il avait le génie des plans de chargement, son esprit méticuleux ne négligeant aucun point. Au combat, il pouvait dire à n’importe quel moment combien de cartouches il lui restait, presque d’instinct. C’était bluffant et parfois agaçant. Affecté au détachement de Dio, il avait passé la phase d’approche à effectuer des calculs. En tenant compte de la taille et du poids de la balle de 12,7 mm, de la pression et du frottement de l’air et de deux ou trois autres paramètres, y compris le sens de la rotation de la Terre (qui influence la portée), il arriva à la conclusion qu’il pourrait engager une mitrailleuse de 12,7 à une distance de 2 867,3 m avec une dispersion n’excédant pas 64 m2 pour une bande de 50 cartouches. Ce type d’exercice intellectuel le stimulait toujours. Il se mit à calculer ensuite le coût de la guerre et le prix à payer pour éliminer chaque adversaire, celui-ci était prohibitif, c’était déprimant. Rien qu’en Italie, sa conclusion donnait plus de 11 000 $ par tête d’Allemand. Et le prix avait augmenté avec l’arrivée des Yankees, quels gaspilleurs ceux-là !
Lors de reconnaissances dans les parages de Hanoi, les hommes de Dio repérèrent deux petits aérodromes, plutôt bien pourvus. En tout, 50 à 60 appareils. Seulement, la jouer à la sicilienne semblait difficile. Les Japonais connaissaient leur métier et chacun était entouré d’un glacis d’au moins 2 Km, débroussaillé sous la contrainte par la population locale. Et ils avaient beau être bons, les hommes du 113e soupçonnaient que sur un 2 000 m plat, même une 6,35 irait plus vite qu’eux. C’était vexant : tous ces beaux avions alignés sous leurs filets de camouflage ! Lors d’une discussion sur le sujet, le sgt-chef ***, ayant renoncé pour l’instant à finir ses calculs sur le coût du soldat japonais (il y avait la variable du bushido qui rendait le calcul plus difficile, c’était passionnant), prit la parole pour dire qu’il n’y avait pas de problème. Du moment qu’on l’amenait à moins de 2 900 m (il avait simplifié) des cibles, qu’on lui donnait le bon azimut et une 12,7 en batterie avec de quoi l’alimenter, il s’occuperait des avions. Les probabilités étaient pour lui, de l’ordre de 69 % (par gentillesse pour ses auditeurs, il avait laissé tomber les décimales).
Seize hommes furent affectés à l’opération, avec deux des talkies-walkies de l’équipe Dio. Quatre ne devaient s’occuper que de servir la pièce, mise en batterie et conduite du feu. Quatre devaient observer les effets du tir. Les autres assureraient la protection de la pièce. Le sgt-chef *** conduirait l’affaire. Comme il avait calculé les probabilités d’être repérés en fonction du nombre de coups tirés et de la fréquence d’engagement, lui et son équipe passèrent d’abord 10 jours à layonner pour organiser cinq positions de tir reliées entre elles et autant de postes d’observation. Dans les positions de tir, l’emplacement de la pièce était signalé par des bandes de tissu fixées sur des branches et la direction de tir par une autre pièce de tissu. Pour assurer le résultat, chaque poste était décrit sur le petit calepin du sgt-chef *** (copie pour tous les membres de l’équipe de pièce), avec l’azimut et l’angle du canon (pas facile de trouver une équerre et un rapporteur, il fallut demander à un commerçant chinois). Les postes d’observation devaient être en vue directe de la zone des buts et il fallait que les hommes s’y glissent sans toucher à la végétation avant le début des réjouissances. Ensuite, leur principal problème devenait l’immobilité, qui poussait la vermine locale à venir se faire les dents sur cette viande occidentale.
La première tentative demanda onze jours de préparatifs. Il fut décidé qu’elle aurait lieu au crépuscule ; les hommes pourraient compter sur la nuit pour protéger leur retraite. On se concentrerait sur les parcs où les mécaniciens s’occupaient de la maintenance, avec un mélange explosives-incendiaires.
Les observateurs se mirent en position et braquèrent leurs jumelles. La radio donna le top d’une première série de 10-12 coups. Presque quatre secondes plus tard, les observateurs purent voir plusieurs petits éclairs lumineux, un peu comme des flashs photos, apparaître sur le tarmac. La direction était bonne mais le tir un peu court. Le bruit de la rafale fut en partie étouffé par la végétation. La deuxième tomba en plein sur le parc des avions, où les mécaniciens commencèrent à courir pour se mettre à l’abri en cherchant d’où venait le danger. Il y eut encore trois autres rafales, en tout près de 60 cartouches tirées. En modifiant légèrement l’angle du canon ou sa direction entre chaque tir, les balles de 12,7 avaient balayé presque tout le secteur. Plusieurs impacts avaient été observés sur des appareils et des hommes avaient probablement été blessés ou tués par des éclats. Le concept fonctionnait, mais pour le moment il fallait se carapater vite fait pour éviter les ennuis.
Deux jours plus tard à l’aube, toute l’équipe faisait une nouvelle tentative, cette fois en visant le bout de piste, où les avions faisaient leur point fixe. Les appareils décollaient le plus souvent par paire ; au point fixe, ils formaient une cible des plus tentantes. Une première patrouille de deux appareils se présenta, des bombardiers, mais ils décidèrent de ne pas l’engager, ils n’étaient pas chargés de bombes, c’était peut-être un vol de reconnaissance. Mais vers 10h00, les observateurs virent de l’agitation chez les mécaniciens. Un peu plus tard, quatre petits bimoteurs chargés de bombes, suivis par quatre chasseurs, faisaient taxi à la queue-leu-leu vers le bout de piste.
Les deux premiers étaient en place, en train de mettre les gaz à fond sur un moteur puis sur l’autre, quand celui de gauche explosa dans une boule de feu. Son camarade eut le réflexe de mettre les gaz sur les deux moteurs sans plus de vérifications et put décoller, bien que son avion eût été soufflé et légèrement endommagé par l’explosion. Les six autres appareils attendaient des instructions de la tour de contrôle pendant que les pompiers fonçaient vers les débris du bombardier en flammes. Il y eut deux autres salves avec corrections avant qu’une troisième ne frappe le bombardier numéro 4 en stand-by. Il s’était alors écoulé moins de 40 secondes depuis les premiers tirs. Cette fois, le flash photo qui s’éleva faisait dix mètres de haut ! Les appareils intacts tentèrent de fuir en quittant la bande de roulement pour se diriger vers la piste. Mais une bombe décida d’exploser sur le bombardier numéro quatre et le pilote du chasseur le plus proche, terrifié, fit une embardée et alla éperonner son voisin. Pour clôturer dignement la journée, la 12,7 tira plusieurs salves sur la tour de contrôle, une sorte de fragile paillotte de construction locale. Une fois le bon angle trouvé, les observateurs purent voir des débris voler dans tous les sens et au moins deux corps projetés à travers les cloisons par les impacts.
Puis la petite bande tira son plan, très vite et très loin !
Des informations sur ce succès furent transmises un peu partout en Indochine aux combattants susceptibles de l’exploiter. Il y eut plusieurs attaques du même genre sur différents aérodromes militaires. Au moins une fois, la mitrailleuse se mit en plein dans l’axe et attendit que les avions, un groupe d’une douzaine d’appareils, commencent à décoller. Ce fut un vrai massacre, dû plus encore à l’affolement des pilotes canardés à un moment critique qu’aux balles de 12,7 ; on compta trois collisions, dont une entre trois appareils.
Au début, les Japonais avaient cru que les pistes avaient été minées. Quand ils comprirent que les coupables étaient des mitrailleuses à longue portée, ils se mirent à faire élargir le glacis qui protégeait leurs bases.

La mémoire des fantômes
En 1947, la commission d’armistice japonaise se plaignit de n’avoir aucun renseignement sur (entre autres) des centaines d’hommes disparus en Indochine entre septembre et décembre 1944. Ils n’étaient pas parmi les prisonniers faits par les Alliés. En fait, ils appartenaient tous à de petites unités qui avaient disparu corps et biens, avalées par la jungle lors de missions de reconnaissance, de ravitaillement ou de représailles. L’information fut distribuée aux unités ayant combattu dans le secteur à cette époque – donc au 113e. Trois semaines plus tard, l’ancien officier renseignement du 113e signala qu’il avait peut-être quelque chose. En effet, chaque fois que des Japonais étaient abattus et que c’était possible, les gars du Détachement Forbin avaient récupéré plaques d’identité et papiers personnels. Le tout avait été expédié à la base Epervier pour analyse par les avions légers assurant épisodiquement les liaisons, et s’était retrouvé, miracle, à Orange après la guerre.
Les Japonais réclamèrent les plaques individuelles, qui leur furent envoyées. Quant aux papiers et aux documents privés, ils furent, Dieu (ou Bouddha, ou le Tao) seul sait pourquoi, stockés aux archives du fort de Vincennes. Ce n’est que vers la fin des années 90 que des étudiants s’y intéressèrent, pour les besoins d’un travail universitaire franco-japonais organisé sous l’égide de Langues-O. Eux-mêmes Japonais ou japonisants, ils passèrent des mois à déchiffrer et classer tous ces papiers et à les renvoyer aux familles des morts dans des enveloppes militaires affranchies mises à disposition par la générosité du ministère de la Défense. Les documents qui ne purent trouver de destinataires furent brûlés selon les rites funéraires japonais.
Si le travail effectué permit la rédaction d’une douzaine de mémoire et d’au moins deux thèses, les étudiants du groupe de travail disaient souvent que c’était accessoire. Ils tiraient plus de bonheur d’avoir rendu à des familles les derniers souvenirs de parents chers que d’une publication universitaire.

Les rats de Ca Mau
Le principal problème de la péninsule de Ca Mau, pointe sud de la Cochinchine, c’est qu’elle est constituée de boue. Là où cette boue est plus solide, des maisons sont bâties, là où son état est intermédiaire il pousse du riz, là où elle est liquide passent les bateaux. Et la distinction n’est pas toujours claire. Ce grenier à riz était intéressant pour les Japonais, qui y faisaient de fréquentes patrouilles de réquisitions et de contrôle.
C’est dans cette zone économiquement importante (quoique particulièrement infestée de moustiques vecteurs du paludisme) qu’un groupe de dix hommes commandé par le sergent *** avait été expédié par L-P. Les Forbin devait servir d’encadrement à un maquis mixte caché dans les marais. Le ravitaillement se faisait par barques grâce aux innombrables rachs (petits canaux) sillonnant la péninsule. Le maquis faisait sortir du riz et recevait armes, matériels et quinine. Ses membres (Forbin compris) y gagnèrent le surnom de “rats de Ca Mau”, que deux histoires illustrent.
L’une dit que les maquisards piégeaient les rats pour protéger leurs réserves de riz et qu’il en piégeaient tant et tant que, n’ayant pas d’autre viande, ils se mirent à les griller ou à en faire des brochettes ou des ragoûts. Après tout, c’était des protéines !
La deuxième histoire, plus guerrière, évoque l’attaque d’un poste provisoire japonais. De temps en temps, les militaires des forces d’occupation sortaient des villes pour installer des barrages sur les routes et saisir tout le riz qui circulait, et s’ils pouvaient mettre la main sur des cochons, ils les raflaient aussi. Cette fois, deux sections s’étaient installées pour la nuit dans un ancien poste de gendarmerie datant des Colonisateurs et en partie détruit début 42. Malheureusement pour elles, c’était dans le secteur d’engagement des hommes du Détachement Forbin. Le sergent *** décida incontinent d’y aller faire un petit nettoyage. On tomba d’accord sur un plan ainsi conçu.
Les hommes passeraient par le rach, précédés d’un élément de reconnaissance. La troupe d’assaut (quatre Forbin, une quinzaine de Vietnamiens et quelques Khmers réfugiés) serait équipée de machettes, de lances en bambou et d’une grenade par homme. Deux équipes d’appui (deux Forbin et une dizaine de locaux chacune) se posteraient en couverture et en recueil. Equipées de FM et de mitraillettes, elles ne devraient tirer que pour protéger la retraite.
L’élément d’assaut s’infiltrerait au plus près en liquidant les sentinelles. Puis on lancerait la moitié des grenades avant de foncer et de tuer tout ce qu’on pourrait. Comme les assaillants seraient nus hormis un short et des sandales, tout ce qui serait habillé devrait être abattu. De même, les hommes avaient défense de ramasser la moindre arme à feu avant la fin de l’assaut et tout ce qui porterait un fusil finirait découpé à la machette. L’ordre d’assaut serait donné au sifflet ou par l’éclatement d’une grenade et le repli serait ordonné au clairon.
Une fois les instructions données, la petite troupe se mit en marche. Il peut paraître curieux que personne, ni Forbin ni Viet, n’ait mis en doute le bien-fondé du plan, mais le sergent *** était un personnage. Un jour que quelqu’un lui demandait s’il lui arrivait d’avoir peur, il piqua une énorme colère en hurlant qu’il refusait « qu’on lui parle grossièrement ».
Bref ce fut le début d’une séance bain de boue, mais pas comme dans un spa. Grenade dans une poche, la machette dans le dos et la lance à la main, tenue près de la pointe pour éviter de blesser les camarades, l’élément d’assaut se mit à ramper dès la position d’appui. Soit presque 400 mètres dans la rizière. Il n’y avait nul besoin de se camoufler, après trois mètres à plat ventre, chacun ressemblait à une statue de boue noire. Pour se diriger, il y avait la silhouette de l’ancien poste, vaguement éclairée de l’intérieur par les flammes d’un feu de camp mal camouflé. De la rizière, on pouvait très bien voir les sentinelles faire les cent pas. Il y en avait quatre.
A trois heures du matin, tout le monde se trouva à distance d’assaut, soit à quinze mètres à peine des sentinelles. Il y en avait quatre, et quatre binômes furent expédiés pour les neutraliser. Elles furent toutes tuées sur le coup, sauf une. Le coup de lance qui visait la tête passa à côté, le soldat avait bougé au dernier moment. Il se mit à hurler et eut le temps de dire deux ou trois mots avant que le deuxième homme du binôme ne lui plante sa lance dans l’œil droit. L’alerte donnée, foin des grenades, un coup de sifflet strident vrilla les ténèbres et l’élément d’assaut chargea, lances basses pour la majorité et à la machette pour quelques-uns. Deux hommes, des Khmers, avaient été désignés pour rester derrière et achever tous les Japonais qui n’étaient pas déjà morts. Les deux Khmers détestaient visiblement avoir un doute, ils tranchèrent toutes les gorges japonaises qu’ils virent, même celle d’un homme dont la calotte crânienne avait été emportée par un coup de machette extrêmement violent et dont le cerveau avait vidé les lieux.
Le reste fonça dans le tas. Beaucoup de dormeurs étaient en maillot de corps à peu près blanc, qui finirent rouges. Pour éviter les blessures fratricides à la lance, arme dangereuse, la consigne était de la laisser plantée où elle était après le premier choc et de passer à la machette. Les attaquants allaient au plus simple, frappant de taille de haut en bas (l’un des attaquants fut touché lorsqu’un de ses camarades, oublieux de la consigne, frappa horizontalement, depuis tout le monde l’appelle “une oreille”). Cette escrime simpliste avait le mérite de l’efficacité. Cependant, certains, qui frappaient comme des sourds, se retrouvèrent avec leur arme fichée dans un crâne ou dans une cage thoracique, il leur fallut s’appuyer du pied et tirer en biais pour dégager leur lame. Mais cela ne diminua pas l’ardeur générale.
L’assaut dura à peine trois minutes. Les blessés et deux hommes choqués furent achevés par les deux Khmers de la machette-balai. Puis on récupéra armes et munitions, qui furent chargées sur les véhicules des Japonais (trois camions Ford de récupération) et le sergent *** fit sonner la retraite au clairon. Ils utiliseraient la route, l’élément d’appui se replierait par voie d’eau.
Le surnom de “rats” vint du seul survivant de l’attaque. Quand la sentinelle avait hurlé, il ne dormait pas. Le cri l’avait fait bondir sur ses pieds. Et il avait vu surgir de la rizière des formes basses et noires avec de longues griffes brillantes. Il s’était enfui en hurlant et il avait couru toute la nuit sur la route. Récupéré au matin par une patrouille, la seule chose qu’il fut capable de dire fut que des rats géants étaient sortis du marécage pour les manger, lui et ses copains.

(à suivre)
Nous comptons sur des amateurs éclairés pour préciser le type des avions de l'épisode "Tir aux pigeons"
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lebobouba



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MessagePosté le: Lun Aoû 27, 2012 18:46    Sujet du message: Répondre en citant

Saint sacrement ! Il fait pas dans le sentimentalisme le Teddy ! Shocked

Mais bon, ce maudit niaiseux de canasson l'avait bien cherché... Twisted Evil

Autrement bravo pour le reste, je me régale à lire ces aventures avec le même plaisir que les Joyeux... Very Happy

Pour les cibles japonaises, on a:

_ pour les chasseurs, on a les Nakajima Ki-43 III , Ki-44 II , ou Kawasaki Ki-61.

_ les bombardiers seraient des Kawasaki Ki-48 (légers), Mitsubishi Ki-21 ou Nakajima Ki-49 (moyens)
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lebobouba



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MessagePosté le: Lun Aoû 27, 2012 19:03    Sujet du message: Répondre en citant

Une interrogation qui a son importance et qui doit surement tarauder l'esprit de beaucoup depuis des années:

Quelle peut bien être la composition de la "drolerie" servie chez "Lulu la Nantaise" ???
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raven 03



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MessagePosté le: Lun Aoû 27, 2012 19:04    Sujet du message: Répondre en citant

bonjour.
excellent....rien d'autre à dire.

visiblement des avions de l'armée imperiale

donc je te propose :
pour les chasseurs des ki 43 "oscar" ou des ki 44"Tojo"
(fragile le Tojo pour un terrain sommaire)
pour les avions de recco ki 36 "lda" ou ki 51"sonia" et les bombardiers bimoteurs ki 21" Sally".

2 details:
si les 2 aerodromes sont de petits terrains de campagne ,pas de bombardiers bimoteurs , trop gros et ayant besoin d'un gros soutien technique.
Sinon la base attaquée pourrait etre Tong qui possede toute l'infra construite par l'AdlA.
un aerodrome à cette epoque est un grand rectangle( Tong c'est par exemple 400 par 600m) orienté dans les vents dominants .les pistes en dur sont rares et inexistantes en Indo
Si ça t'interesse je possede une liste complete des aerodromes en Indochine ainsi que de leur caracteristiques sommaires et meme leur positions sur une carte ( merci Lela Presse loll)

à ta disposition si tu as besoin d'autres details

amicalement
yvan
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Anaxagore



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MessagePosté le: Lun Aoû 27, 2012 19:08    Sujet du message: Répondre en citant

Je n'ai rien contre la concurrence... mais d'un seul coup j'ai l'impression d'être trop gentil avec les Japonais... je sais pas pourquoi...
_________________
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Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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pcfd



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MessagePosté le: Lun Aoû 27, 2012 19:19    Sujet du message: Répondre en citant

Un régal . Mais on n'a aucune nouvelle de Raoul Volfoni quiq trainait ses basques dans les parrages lui aussi
_________________
Respectez toutes les religions au combat; ne prenez aucun risque quant à votre destination si vous êtes tué.
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