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Le Front Russe, Août 44
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Mar 06, 2026 10:13    Sujet du message: Répondre en citant

19 août
La Hongrie, coûte que coûte
Festung Budapest – Mort sur le Danube
Forteresse de Buda (côté est)
– Situation péniblement contrastée de ce côté du Danube. Au sud, la 199. ID (Walter Wißmath) doit reculer toujours plus en direction de la voie ferrée de Kelenföld – faute du moindre soutien de la part de la 20. Panzergrenadier (Georg Jauer) et du 1er Bataillon d’Assaut hongrois. Celui-ci est remonté vers le nord et les grenadiers sont repartis vers Pest ! Du coup, l’infanterie allemande – déjà durement matraquée durant sa retraite depuis Ercsi – doit céder de larges pans de son dispositif dans la région de Budafok, s’accrochant du bout des ongles à Albertfalva. Partout en aval, les Rouges ont accès aux rives du Danube – autant dire que l’île Csepel est déjà condamnée.
Au nord, au contraire, la division Szent-Lászlo (major-général Zoltán Szügyi) – dont les flancs sont désormais couverts par différents éléments embrigadés et par un détachement de la 17. SS-Freiwilligen Kavallerie Maria-Theresa (August Zehender) – poursuit sa contre-offensive, approchant du carrefour de l’Aranyhegyi-patak. Ici, les Rouges semblent en plein doute. La preuve, des parachutistes hongrois peuvent s’infiltrer dans Csillaghegy, voire carrément dans Urom. Et dans la soirée, ils lancent même un raid qui revient avec deux cents prisonniers, dont le chef d’état-major de la 116e Brigade de chars ! Mais ce succès intéressant n’a pas forcément beaucoup d’influence sur le cours des opérations à l’est de la capitale magyare…
………
Forteresse de Pest (côté ouest) – L’effondrement de la ligne Attila se poursuit – si vite que cela surprend même les Soviétiques. Du coup, inquiet de voir son adversaire se dérober pour disparaitre dans les ruines, Fiodor Tolboukhine change de tactique : il faut insérer au plus vite des éléments blindés pour envelopper et détruire avant de progresser.
Tout au nord, la 18e Armée (Andrei Gretchko) a fini de nettoyer les bois de Csomád. Elle poursuit maintenant jusqu’à Dunakeszi une 72. ID (Hermann Hohn) en plein désarroi, qui rencontre les pires difficultés à se rétablir. Sur le Danube, la résistance sur l’île Szentendre s’écroule : Szigetmonostor est prise et on ne voit pas très bien ce qui pourrait arrêter les Soviets ici, sauf leurs propres difficultés de ravitaillement et l’étirement de leurs lignes. Faute de renforts pour l’Axe, il semble déjà évident que le combat va bientôt se dérouler dans Ujpest, soit au-delà de la troisième ligne Attila.
Plus au sud, la 330. ID (Georg Zwade) doit faire avec le recul de la 72. ID tandis que la 14e armée (Valerian Frolov) continue de la pousser point trop aimablement au-delà de Mogyoród et Kerepes, vers Csömör. Malheureusement pour les Allemands, nous sommes en terrain découvert. Et en dépit du soutien du 228. StuG Abt (Hauptman Wilhelm von Markowitz) – qui fait ce qu’il peut – les mêmes causes ne manquent pas d’avoir ici les mêmes effets. Les Landsers essorés se font encercler ou éliminer – les autres fuient vers la ville, avant que l’arrivée du 6e Corps Blindé de la Garde (Alexander Shamshin). Devant lui, les premières façades de Pestujhely, Rákósszentmihály et Rakospalota…
Immédiatement sur la gauche, la 3e Armée roumaine (Petre Dumitrescu) tente évidemment de profiter ce qui se passe et qui impose le recul de la 328. ID (Joachim von Tresckow) et de la 1ère DI hongroise (Gusztáv Deseö) vers Nagytarsca et Kerepes. Cependant, les Roumains ne disposent pas de vrais transports motorisés… A peine de quelques blindés TACAM, certes glorieux vétérans, mais aussi antiquités incongrues perdues dans la grande plaine danubienne. Quant aux FARR, elles sont absentes à cause de la météo. Du coup, la poursuite devient bousculade – elle se fait à pied, sous la pluie, avec tout ce que cela implique de fatigue, d’inefficacité, de basses vengeances et autres embuscades meurtrières.
Plus bas, la 14. Panzergrenadier (Erich Schneider) s’accroche à Rákoskeresztúr face à la 62e Armée (Vladimir Kolpakchi) et subit de lourdes pertes – cela, moins pour aider les débris d’une 2e Brigade de Montagne (Sándor Makray) en déroute que pour couvrir la retraite du flanc nord et pour défendre encore un peu l’aérodrome de Matyásfold (où une douzaine de transports atterrissent chaque nuit pour apporter un peu de ravitaillement et évacuer quelques blessés). L’espoir fait vivre ! Heureusement pour Schneider, Kolpakchi n’a pas de soutien blindé. Du coup, le talus de la voie ferrée de Rákosliget permet à la 14. PzGr de tenir jusqu’à la nuit, même s’il faut abandonner Rákoskeresztúr pour sa petite voisine Rákoshegy. Sans pouvoir empêcher, de surcroît, les infiltrations vers l’ouest…
Encore plus au sud, la 6e Armée de la Garde (Pavel Batov) achève de broyer les débris de la 215. ID (Bruno Frankewitz) et du 191. StuG Abt (Hauptmann Alfred Müller) à Vecsés. Elle perce ensuite droit vers Pestszenflorinc, tandis que, sur sa gauche, la 376. ID (Herman Frenking) et la 1ère Brigade de Montagne (Ferenc Lóskay) – elles-mêmes en retraite de Gyál vers Pesterzsebet – percutent son arrière. S’ensuivent une succession d’affrontements confus, pas systématiquement en défaveur de l’Axe – mais globalement, la Victoire semble avoir déjà choisi son camp. Surtout que le 12e Corps Mécanisé (Dimitri Ryabyshev) arrive derrière la 6e Garde et submerge les barrages sous des vagues de chars d’assaut. A Gyál, un bataillon entier est encerclé puis massacré par douze T-34 : faute d’antichars en nombre suffisant, il ne peut en détruire que trois ! Et sur la route venant Alsónémedi, quand une quinzaine de blindés frappent les lignes magyares, les Soviets en perdent deux touchés par des Panzerfausts, certes, mais le reste… contourne simplement l’infanterie et poursuit sa route pour finir par tomber sur le QG de bataillon. Celui-ci n’est sauvé que par l’intervention du lieutenant de hussards Ernő Kammerer, qui saute par une fenêtre, le Panzerfaust en main, et réussi à détruire le blindé de tête, détournant la ruée des suivants !
La ligne Attila aura vécu moins de trois jours. Côté soviétique, on est plus que satisfait, même si on perd sans doute beaucoup de monde en voulant aller vite. Et en face, quelque chose que les Germano-Hongrois auraient dû trouver évident dès le début commence seulement à leur apparaître : on va devoir combattre en ville.
………
Radio Berlin « Les glorieux défenseurs de la Festung Budapest tiennent toujours la ligne Attila face à l’ennemi barbare. Ils attendent avec confiance le secours du maréchal Rommel, parti d’Allemagne tendre la main aux héros. »

La Slovaquie, prochaine étape !
La pause est bien finie
A l’est de Bratislava
– Le transfert de la 5e Armée de Chars (Andrei Kravchenko) vers Miloslavov se poursuit non sans difficultés – moins du fait de la logistique ou de l’adversaire que du terrain relativement contraint. Dans l’idéal, Kravchenko devrait pouvoir engager dès demain sa pointe – le 4e Corps Blindé (Mikhaïl Fomichkov) – derrière la 10e Armée (Vasily Popov). Celle-ci commence à tenter de passer le Danube vers Rajka, sous un orage et malgré un terrain assez médiocre. Heureusement que le fleuve est semé par ici de nombreux bancs et îles – voire de presqu’îles (26) – qui permettent la progression d’une infanterie n’ayant pas peur de se mouiller… et qu’en face, il n’y a que des territoriaux ou des miliciens ! Sécuriser une tête de pont devrait donc être une simple formalité. Après, il ne restera “plus qu’à” faire traverser le gros des troupes, sous l’éventuelle menace d’un contre lancé par les débris de l’Armee-Abteilung Ungarn.
Tant pis – les Soviétiques ne craignent décidément rien ! Par contre, ils sont en retard, Moscou le rappelle constamment à leurs chefs : ils étaient censés prendre Bratislava le 20 ! Enfin… Outre les deux armées dirigées vers Bratislava, la trouée de Jarky est désormais sécurisée par les 20e Corps Blindé (Pavel Poluboiarov) et la 1ère armée tchécoslovaque (Ján Golian), avec la 16e Armée (Nikolai Kiryukhine) en soutien. Autant dire que les lignes sont tenues. Ce n’est pas exactement le cas de l’autre côté du Danube – mais ça, Bagramian ne tardera pas à s’en rendre compte.

Opération Corvinus – Mordre les mollets des Soviets
Sárvár
– Alerte entre le lac Balaton et le Danube ! Profitant du flottement de l’aile gauche du 2e Front Ukrainien et d’un petit orage d’été, l’Axe frappe, en deux colonnes.
Au sud, le III. PanzerKorps (Fritz-Hubert Graeser) passe le Marcal et la Torna à Jánosháza pour approcher d’Ajka par la route de Somlóvásárhely – une localité que le 2e Corps Blindé (Ivan Lazarev) venait justement de prendre. Lazarev, à parité numérique (c’est que ses effectifs ont beaucoup diminué) doit reculer en combattant vers son avant-dernier trophée, ses T-34 frappés de face par les premiers Panther de la 7. Panzer (Karl Mauss). Heureusement que ces derniers ne roulent qu’à une section de front ! Et ils doivent, au surplus, traverser des marais (tout en économisant du carburant, mais les Rouges l’ignorent). Au soir, Graeser a progressé de 25 kilomètres et l’on se bat dans une Ajka décidément de plus en plus en ruines. Les Soviétiques n’ont pas cédé grâce au renfort de l’aile droite du 5e Corps de Cavalerie (V.D. Kriuchenkine), arrivée entretemps. Pour le III. PzK, cela reste indubitablement un début prometteur, à défaut d’une véritable percée – on n’y était plus habitué.
Malheureusement, du côté nord, les choses ne se passent pas aussi bien. Le LVI. Panzer-Korps (Walter Krüger) est ralenti par des problèmes logistiques et par la traversée du Marcal (les unités du génie ne sont pas arrivées…). Il doit donc attendre pas moins de 12 heures à Mersevát avant que ses blindés puissent enfin passer le Marcal. Du coup, les deux offensives allemandes sont décalées de plus 14 heures, pas moins ! Faute de mieux, et tâchant désespérément de gagner du temps, Krüger envoie en avant l’infanterie de la 19. PzGr Brandenburg (Josef Irkens), par-delà la lagune, pour balayer les faibles éléments soviétiques qui ne manqueraient pas de tenter de le ralentir. Il ne faudrait quand même pas que ces rogatons puissent monter une défense cohérente, ce serait le bouquet ! Les anciens commandos de l’Abwehr, qui ont bien décliné depuis 1939, remplissent leur mission sans grand panache, gagnant seulement 4 kilomètres sur la route de Nemesszalók face à des forces insignifiantes. Les faits sont têtus : à minuit, en raison du terrain et de la nécessité de couvrir les flancs, les pointes du LVI. Panzer-Korps ne sont qu’à Nyárád – soit encore à 9 kilomètres de Pápa, dont la prise était pourtant prévue le premier jour. Et pourtant, la pince nord est celle qui a le moins d’adversaires à affronter. Il va falloir faire mieux !
De son côté, l’Armée Rouge est fort irritée, mais pas vraiment surprise. Cela fait un petit moment que les appareils de la 17e Armée aérienne (Vladimir Sudets) observent des mouvements blindés en direction du Danube. Et Bagramian sait très bien que les Panzerdivisionen n’ont pas été créées pour faire de la défense statique – ça, c’est le travail des milliers de fantassins puis de miliciens sacrifiés ces derniers mois…. Faisant remonter l’information à la Stavka, le maréchal demande d’un air entendu que la 5e Armée de Chars franchisse bien le Danube… mais vers Gÿor, pas vers Vienne ! En attendant, le 2e Corps Blindé (Ivan Lazarev) reçoit l’ordre d’abandonner ses dernières actions offensives et de se décaler vers le nord sur une ligne Ajka-Pápa, en intercalant le 5e Corps de Cavalerie (V.D. Kriuchenkine) sur sa gauche jusqu’à Tapolca, au maximum. Quant au 8e Corps Mécanisé (Vladimir Baskakov), il est urgent de l’extraire de Buda…

Il en reste encore, dans le fond…
Bratislava
– Dans la confusion et le vacarme des bombardements, la Sturmbrigade Vlad Țepeș (Standartenführer Albert Ludwig) arrive enfin. Elle a perdu plusieurs dizaines d’hommes « du fait du hasard et de la malchance » (en tout cas, c’est que diront les rapports) sur la route de la Slovaquie.
Le fait que ces mêmes rapports ne relèvent pas la délicieuse et ironique incohérence qu’il y a à envoyer des Roumains fascistes défendre le territoire de leurs ennemis de toujours (les maudits Hongrois, les Slovaques ne comptant guère), démontre si besoin était l’intérêt que le Reich porte à cette unité. Foin des nobles ambitions et autres fadaises sur la défense de la civilisation européenne : la Vlad Țepeș existe. C’est sans doute tout ce qu’on en attend. Elle pourra donc remplir un trou, là où Rommel le jugera nécessaire et sans s’inquiéter plus avant des conséquences.

Guerre aérienne
Espèce en voie d’extinction
Hongrie de l’ouest
– Lors d’un vol de transfert en direction de l’Autriche, le Gustav du lieutenant János Báthy (101/5 Mókus) disparaît sans laisser de traces.

Note
26- C’est aujourd’hui le site du Danubiana Meulensteen Art Museum, un musée d’art contemporain planté au milieu du Fleuve bleu.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Mar 06, 2026 10:20    Sujet du message: Répondre en citant

19 août
Hongrie soumise
Enfants soldats – Retraite
Budapest
– « Cette nuit, le pont ferroviaire au sud a été détruit par nos sapeurs. L’attaque soviet approche de Kelenföld. De là, ils ne seront plus qu’à cinq kilomètres au sud de notre école Toldy. De l’hôpital Saint-Jean, les Russes ne sont qu’à deux kilomètres. C’est vraiment absurde que certaines de nos troupes soient encore à Gyál. Le lieutenant Kunfalvi, de la section des armes lourdes, rapporte qu’il agit comme arrière-garde du 673. Grenadier Regiment. Leur retraite met à profit les égouts courant sous la route d’Üllő.
L‘enseigne Nánkodi arrive à l’aube avec les restes de la 4e Demi-Compagnie et ils s’installent dans le refuge salésien. Au soir, c’est au tour de la 22e Compagnie de signaler avoir déchargé 163 hommes aux baraquements de la rue Káplár. Le lieutenant Bíró fait état de 11 tués.
Le capitaine Bajzáth arrive sur une moto, une vieille Zündapp empruntée aux pompiers. Il y a une urgence quant au ravitaillement en nourriture. Notre boulangerie de la rue Tímár a été prise par les SS et ils empêchent de charger notre camion à pain. Bajzáth décide d’intervenir en personne et me demande de l’accompagner.
Il insiste pour que je mette un casque. Il grimpe dans le sidecar et je m’agrippe derrière le conducteur. Tout au long de la route, des obus de mortier soviétiques explosent sur les toits. Une tuile frappe la tête de notre conducteur. Il perd le contrôle de son engin et nous percutons un mur. Notre pneu avant est crevé au-delà de toute réparation.
Nous marchons donc jusqu’à la rue Tímár. Je traduis pour Bajzáth. Les Allemands sont de la 17e Division de Cavalerie SS et après quelques marchandages nous accordent la moitié de la production de pains journalière. Mon allemand a aidé. Le capitaine est content de moi.
Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons à une fabrique de gâteaux au miel : de grandes quantités de farine, miel et cire confisquées par nos éclaireurs sont transférées vers l’école de la rue Toldy. L’enseigne Pálházy fouine dans Köbánya, du côté Pest. Il revient avec un camion plein d’Unicum (27) et plusieurs sacs de sucre, haricots, lentilles et riz.
Les 82 tonnes de nourriture et de munitions stockées à Mátyásfőld n’ont toujours pas été évacuées de l’aérodrome. Le commandant de la 1ère Division, le colonel Gusztáv Deseö, demande qu’on y largue des parachutistes pour défendre la piste. Il indique que, faute de renforts urgents – dont nos vannistes – son unité n’a plus que 459 combattants. Le reste, dont les bataillons KISKA, s’est “évaporé” et le 548. Grenadier-Regiment allemand a été réduit au niveau d’un bataillon. Dans Buda, le bataillon de garde du colonel Veresváry est passé de 600 à 150 soldats. »
(Boy Soldier – Budapest 1944, par Ervin Iván Galántay, Militaria 2007)


Tchécoslovaquie “libérée“
Nasi se vraceji
Aéroport de Košice (Slovaquie)
– Il a fallu du temps pour y arriver. Beaucoup de temps, depuis quelques jours – quoiqu’en vérité cela ne soit rien, comparé à l’attente depuis 1938. Partir de Londres, faire un grand détour pour arriver par le sud en évitant la tempête venue de l’ouest, atterrir pour une pause en Roumanie… et enfin retourner chez soi.
Pour l’occasion, le héros du jour a troqué un DC-3 capitaliste contre un Pe-8 frappé de l’étoile rouge. Il est midi, le tapis rouge est là, les gardes d’honneur aussi. Le quadrimoteur se pose devant les caméras de toute l’Union soviétique, sous un tonnerre de La-5 fournis par le commandant František Fajtl, pendant que, plus haut, les Spitfire Mk IX tournoient avec élégance. Le pilote est à son affaire : quand il s’arrête dans le ronflement martial des moteurs, la porte de son avion se trouve juste au point requis, devant l’échelle de coupée que l’on a préparée avec soin. Puis la porte s’ouvre, pendant que l’orchestre joue très fort Pravda vítězí. Le président Edvard Beneš apparaît et descend en saluant de la main droite et en lançant de grands sourires à la ronde.
Retrouvailles en bas de l’échelle avec les compatriotes rentrés récemment d’exil – de Londres ou d’ailleurs. Poignées de mains viriles mais cordiales avec les amis slovaques, tel le vice-Premier ministre Ján Ursíny, glorieusement soustrait aux nazis et qui garde son sourire en toutes circonstances. Le tout sous le regard plus que bienveillant des caméras de Moscou, lesquelles ne manqueront pas de faire savoir à tous quelle importance l’URSS accorde, d’évidence, au respect du droit et de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Beneš est visiblement ému. Il se risque à quelques mots : « Tant a été fait pour arriver ici. Tant reste encore à faire… ». Tant – et pourtant pas tant que cela. La preuve : en Slovaquie libérée, les institutions provisoires mises en place par Ursíny et Gottwald (notamment) tournent plutôt bien. L’Armée Rouge y veille. Merci à elle. Non – le prochain sujet sur la table serait plutôt la Tchéquie. Un pays, pas un protectorat ! Pas encore libéré, sans doute, mais on y viendra.
Pour l’heure, Edvard Beneš part plutôt en tournée dans le pays libéré, à la rencontre de ses loyaux et enthousiastes citoyens. Le reste attendra bien. Et puis, cela permettra de convaincre ses chers amis slovaques, et accessoirement le monde entier, que le pays est à nouveau exactement comme avant. Tout est bien qui finit bien…


L’Esprit de la Guerre (Dennis Kolte)
Expertise
Sur le Marcal
« Le marais était infesté de moustique, labouré par la pluie et, parfois, haché par des impacts de balles tandis que nous avancions une fois encore vers l’est. « Drang Nach Osten ! » Ça, c’est l’adjudant Weiss qui le hurle. Moi, j’ai renoncé depuis longtemps à ma datcha sur la Volga.
On nous fait progresser en tête, comme de coutume – pourquoi se gêner, vu que je suis le Freischütz ? A la réflexion, c’est sans doute plus intelligent qu’il n’y paraît. On dit que les anciens tels que moi ont l’Anschauungsvermögen, le sixième sens issu de l’expérience, qui permet de voir venir pièges et morts. Devant moi, les quelques maisons d’un bourg dénommé Külsővat. Tout parait calme. Mais c’est impossible : je ne connais pas bien les Russes, mais ils n’auraient jamais abandonné une position aussi défendable.
– Faut avancer, Gefreiter.
– Jawöhl. On fait le tour.

Le chef grogne mais laisse faire. Il est là depuis cinq semaines, moi depuis cinq ans. Ça va aller, je pense. Le Hauptmann Kriegsheim aura au moins contribué à ma réputation.
Et pourtant, rien. Le village contourné est désert, abandonné par l’ennemi comme par les civils.
Youcef : « Tu vas passer pour un idiot, Alasid. ».
Mais l’adjudant corrige tout de suite : « Pas un idiot, un lâche, Kolte. En avant ! ».
Nous poursuivons vers l’est en double colonne, petites foulées, le long d’un fossé. Au milieu de la rangée d’arbres cinq cents mètres plus loin, j’aperçois un éclat dans l’ombre. Pas le temps de dire quelque chose que les premiers obus de mortier tombent. Nous refluons en désordre. Enfin, la colonne du chef reflue en désordre. Moi et ceux qui me suivaient, on plonge dans le fossé à fond de train et on avise.
– On fait quoi, Herr Gefreiter ?
– Rien, Olaf. C’est de la connerie. Nous sommes totalement à découvert et je ne vais pas faire 500 mètres en courant pour me retrouver face à la mitrailleuse d’Ivan. Il nous faut des panzers.

Karl : « En tout cas, au moins on est à l’abri. Sauf d’un tir direct. ».
Spitzeder s’est glissé près de nous. Goguenard, il observe nos Kamaraden partir en quenouille : « Regardez-moi ces cons courir vers les maisons. A tous les coups Ivan a leurs coordonnées ! ».
Évidemment. Les obus incendiaires tombent sur les maisons, à l’instant même où le premier Panzer IV pointe le bout de son canon. Il avance et ses chenilles soulèvent une cendre incandescente mélangée à du chaume. A notre hauteur, premier coup de fusil. J’entends au loin Weiss qui reforme sa troupe. Et moi, à l’abri des Schurzen du panzer, j’observe les braises monter dans l’air, comme jadis les papillons de flammes. »


Note
27- Alcool aux herbes assez fort.
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John92



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MessagePosté le: Ven Mar 06, 2026 11:21    Sujet du message: Répondre en citant

...
19 août

Forteresse de Pest (côté ouest)

Les Landsers essorés se font encercler ou éliminer – les autres fuient vers la ville, avant que (soit à supprimer, soit il manque un verbe ) l’arrivée du 6e Corps Blindé de la Garde (Alexander Shamshin).

Opération Corvinus – Mordre les mollets des Soviets
Sárvár


Du coup, les deux offensives allemandes sont décalées de plus de (à ajouter ?) 14 heures, pas moins !

Il en reste encore, dans le fond…
Bratislava
– Dans la confusion et le vacarme des bombardements, la Sturmbrigade Vlad Țepeș (Standartenführer Albert Ludwig) arrive enfin. Elle a perdu plusieurs dizaines d’hommes « du fait du hasard et de la malchance » (en tout cas, c’est ce (à ajouter ?) que diront les rapports) sur la route de la Slovaquie.












19 août
Hongrie soumise
Enfants soldats – Retraite
Budapest
(texte à mettre en bleu ??) « …
Le commandant de la 1ère Division, le colonel Gusztáv Deseö, demande qu’on y largue ( ????) des parachutistes pour défendre la piste.
… »

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Casus Frankie
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MessagePosté le: Ven Mar 06, 2026 11:48    Sujet du message: Répondre en citant

- Les "enrichissements" (gras, italiques, couleurs, etc) ne sont pas… contractuels, dirait-on dans une publicité.
- Les parachutistes, on les largue sur leur objectif, non ?
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John92



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MessagePosté le: Ven Mar 06, 2026 11:52    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:

- Les parachutistes, on les largue sur leur objectif, non ?

Ce qui nécessite un ou plusieurs avions, je doute que les hongrois en disposent.
Mais bon, licence poétique, je suppose?
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demolitiondan



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MessagePosté le: Ven Mar 06, 2026 12:09    Sujet du message: Répondre en citant

As tu envisagé la possibilité parfaitement OTL que ce pauvre commandant hongrois soit absolument aux fraises, au point d'imaginer qu'on va larguer une FJD sur le terrain d'aviation ?
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Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
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John92



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MessagePosté le: Ven Mar 06, 2026 12:19    Sujet du message: Répondre en citant

demolitiondan a écrit:
As tu envisagé la possibilité parfaitement OTL que ce pauvre commandant hongrois soit absolument aux fraises, au point d'imaginer qu'on va larguer une FJD sur le terrain d'aviation ?

Non, je n'avais pas envisagé un tel niveau de bêtise.
Merci pour l'anecdote OTL.
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demolitiondan



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MessagePosté le: Ven Mar 06, 2026 12:32    Sujet du message: Répondre en citant

Source "battle for Budapest" (2007) achat sur place Smile d'une manière générale, ce genre de trucs est très peu inventé dans mes textes. Adapté. A la limite.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Sam Mar 07, 2026 09:49    Sujet du message: Répondre en citant

20 août
La Hongrie, coûte que coûte
Festung Budapest – Mort sur le Danube
Forteresse de Buda (côté est)
– La 199. ID (Walter Wißmath) continue de reculer dans Kelenföld, perdant toujours davantage pied, alors qu’il s’agit de l’entrée principale de Buda par le mont Gellért…
Du coup, l’infanterie soviétique peut à nouveau déferler dans les faubourgs, envahissant Sasad et Albertfalva, à la grande surprise de tous ceux qui, hier encore, croyaient que ces menus désagréments étaient réglés. Mais d’autres ne cachent pas leur joie. Irme Csécsy, qui deviendra après la guerre un éminent homme politique libéral, note ainsi dans son journal : « Les canons grondent sans arrêt depuis minuit. Parfois, nous entendons aussi le cliquetis des mitrailleuses. C’est la plus belle musique de fête que nous puissions avoir. Puisse Dieu nous venir en aide et mettre fin au règne de ces bandits. Que le feu continue à monter chaque matin et que la ville tombe. ». Il serait tout de même cocasse que le Tout-Puissant soutienne les Bolcheviques – mais on a vu plus étonnant, dans cette guerre.
Au même moment, un groupe de Croix-Fléchées, ébauche d’unité commandée par Pál Prónay en personne, se voit encerclé dans une villa des collines de Buda. Il résistera jusqu’au matin suivant avant que leur chef tombe finalement en maudissant la « trahison » de son ancien adjoint Vannay. Une fois encore, la Honvèd chancelle. L’Armée Rouge ne tarde pas à franchir le Danube vers l’île Csepel, et elle n’est certes pas accueillie qu’à coups de fusil ! Les troupes occupant l’île – principalement le 206e bataillon AA – ne résistent pas et ne se retirent pas : elles passent à l’ennemi avec 16 pièces de DCA !
Face à ce tableau de plus en plus inquiétant, le commandement allemand – et d’abord Pfeffer-Wildenbruch – persiste toutefois à minimiser la gravité de la situation, se persuadant sans beaucoup de raisons que l’ennemi va à nouveau s’essouffler. En attendant, le chaos s’aggrave. Immeubles et redoutes tombent les uns après les autres, faute de la moindre coordination au sein de l’Axe.
Le lieutenant Dénés Horváth, d’une batterie antiaérienne fixe, se souvient… « L’infanterie allemande était supposée arriver sur ma position hier à 21h00 afin de nous protéger. En conséquence, j’avais préparé six tubes pour tirer à la demande. Le sergent-chef de section, Gerhard m’a signalé l’arrivée d’un groupe désorganisé de 150 à 200 individus qui montait vers nous, venant de l’est. J’ai interdit à Gerhard de tirer, parce que je savais que des troupes allemandes étaient censées arriver de ce côté. Ce n’est que lorsqu’elles furent à environ 100 mètres que nous avons réalisé que c’était des Soviétiques ! Nous nous sommes vite retrouvés sous un feu d’armes légères et de mortiers particulièrement intense, auquel nous avons riposté, passée notre surprise initiale, avec tout l’armement disponible. C’est alors qu’une seule section allemande est arrivée d’Orbanhegy, mais dans un tel état de fatigue qu’elle n’a rien pu faire, sinon couvrir la retraite de quelques pièces. Les Soviets sont entrés dans nos positions comme dans du beurre et ont capturé la plupart des équipages. »
Plus bas aussi, c’est la panique. Des civils se retrouvent soudain sur le front. L’un d’eux raconte : « Le matin du 20 août, j’ai vu trois ou quatre gendarmes descendre en courant la route de Budaörs en criant “Les rouges arrivent ! Fuyez pour vos vies !” Une heure plus tard, un homme épuisé dans la quarantaine en tenue de mécanicien est apparu, venant de la même direction et demandant à manger car il était bloqué depuis deux jours dans une maison abandonnée. Il nous a dit qu’un de ses amis se cachait toujours là-bas. Après déjeuner, nous avons entendu des bruits de bottes dans la rue. Un fort groupe de soldats allemands était en train de faire la pause juste devant chez nous. Je suis allé les voir et j’ai demandé : “Où sont les Russes ?” Ils m’ont répondu : “Partout, Budapest est encerclée !”. Puis ils se sont installés dans la maison d’en face et la fusillade a démarré d’un coup. »
D’ailleurs, certains civils de Sasad ne comprennent visiblement pas ce qui se passe. « Les habitants d’un immeuble sont allés se plaindre à Gyula Elischer [chef du Bataillon d’Assaut universitaire, dans lequel sert Eugene Galánty] qu’un de ses groupes faisait trop de bruit en testant leurs armes dans le parc voisin. Quand il leur a répondu que ses troupes étaient engagées face à l’Armée Rouge, ils ont été particulièrement surpris ! »
En fin de soirée, Pfeffer-Wildenbruch doit se rendre à l’évidence : il faut expédier tous les renforts disponibles vers le sud, avant que le Rouge – qui surestime sans doute les capacités de défense du secteur – ne perçoive son avantage et ne pousse pour atteindre la citadelle de Buda. Cela exige de réduire les opérations offensives autour du carrefour de l’Aranyhegyi-patak – lesquelles seront dorénavant l’affaire de la seule division Szent-Lászlo (major-général Zoltán Szügyi), renforcées de quelques éléments épars. Évidemment, les combats continuent. Mais même si le 8e Corps Mécanisé (Vladimir Baskakov) bat désormais clairement en retraite, l’efficacité des Hongrois comme leurs pertes s’en ressentiront.
………
Forteresse de Pest (côté ouest) – La 72. ID (Hermann Hohn) s’accroche désormais désespérément à Ujpest, face à une 18e Armée (Andrei Gretchko) toujours bien supérieure, mais qui doit composer avec de multiples contraintes : prise de l’île Szentendre (dont le nettoyage complet apparaît cependant imminent), redéploiement de son aile droite par-delà le Danube afin de prendre le relais du 8e CM, déplacement de son artillerie. En face, l’infanterie allemande et les Hongrois ralliés souffrent et meurent, sans rien faire de sérieux.
Du côté de Pestujhely, Rákósszentmihály et Rakospalota, la malheureuse 330. ID (Georg Zwade) tente de contenir, avec les… six engins survivants du 228. StuG Abt (Hauptman Wilhelm von Markowitz), la poussée de la 14e Armée (Valerian Frolov). Celle-ci marche désormais au canon – notamment celui de la 62e Armée, sur sa gauche, vers l’aérodrome de Matyásfold, pour refermer un possible encerclement.
Quant au 6e Corps Blindé de la Garde (Alexander Shamshin), il charge et démolit à coups de 122 mm les premiers immeubles, sans parvenir toutefois à pénétrer véritablement en ville. Moitié parce que les gravats bloquent les rues, moitié parce que l’expérience des camarades l’ayant précédé ne l’y incite guère. Sur ces entrefaites, l’arrivée en face de l’aile gauche de la 20. Panzergrenadier (Georg Jauer) contribue à une ébauche de stabilisation.
Entre Frolov et Kolpakchi, la 3e Armée roumaine (Petre Dumitrescu), s’avère toujours aussi incapable de menacer sérieusement la 328. ID (Joachim von Tresckow) et la 1ère DI hongroise (Gusztáv Deseö). Celles-ci reculent vers l’aérodrome de Matyásfold et (pour les Hongrois) vers le village de Rákosszentmihály. Malheureusement pour elle, l’infanterie de von Tresckow se retrouve alors prise dans la mêlée entre la 14. Panzergrenadier (Erich Schneider), la 62e Armée (Vladimir Kolpakchi) et l’aile droite de la 20. Panzergrenadier (Georg Jauer) – le tout pour un terrain d’aviation en ruines constellé de cratères d’obus. La confusion (et l’absence d’éléments blindés rouges suffisants) permet cependant à l’Axe de décrocher vers Rákoshegy et Sashalom – mais sous la mitraille et non sans peine. Et ce n’est pas l’arrivée de la 2e Brigade de Montagne (Sándor Makray) qui compensera ces pertes !
Enfin, au sud, le 12e Corps Mécanisé (Dimitri Ryabyshev), en tête de la 6e Armée de la Garde (Pavel Batov), raccompagne jusqu’à Pesterzsebet les restes de troupes germano-hongroises en déroute. Là aussi, le tissu urbain ralentit ensuite quelque peu les Rouges. La 376. ID (Herman Frenking) et la 1ère Brigade de Montagne (Ferenc Lóskay), avec quelques engins du 191. StuG Abt (Hauptmann Alfred Müller), peuvent donc se redéployer dans plusieurs blocs. Un peu à l’abri, ils subissent une nouvelle pluie d’obus, mais peuvent au moins souffler un peu. Et les Hongrois peuvent dîner pour célébrer une joyeuse fête nationale.
………
Forteresse de Buda (sous le mont Gellért) – Après cette journée catastrophique, le major-général Iván Hindy, maîtrisant ses crampes d’estomac, prend sur lui d’aller voir son prétendu partenaire, Karl Pfeffer-Wildenbruch, pour évoquer avec lui ce qui est encore possible. Selon le Magyar, il reste encore une chance : percer vers l’ouest avec toutes les troupes disponibles et tendre la main aux forces blindées du maréchal Rommel, dont on prétend qu’elles seraient sur le point de reprendre Veszprém, voire Gÿor.
Sur le principe, l’Allemand n’est pas opposé à ce plan – sans doute faute de compétence militaire pour argumenter un refus. Cependant, il sait que la réussite de cette percée impliquerait l’abandon d’une grande partie de la Festung, peut-être de tout Pest. Or, le Führer l’a explicitement interdit – l’OKH a été formel. Du coup, face aux arguments déployés par Hindy, Pfeffer-Wildenbruch se contente de répondre qu’il n’envisage pas un tel mouvement « pour le temps présent ». Il ne se soucie même pas d’expliquer davantage sa décision.
………
QG avancé du 4e Front Ukrainien (Monor) – Le maréchal Fiodor Tolboukhine est satisfait : la ligne Attila a été massacrée en trois jours, comme prévu. Désormais, ses forces sont libres de déferler en ville pour un simple nettoyage. A la réflexion, celui-ci devrait demander une à deux semaines, soit encore moins que prévu. Cependant, ce raisonnement ignore – comme de coutume – les très lourdes pertes consenties ces derniers jours par ses troupes, qui ont attaqué de front les positions adverses sans grande délicatesse tactique. Ce point de détail n’apparaît que par transparence dans les rapports. Ainsi…
« Plusieurs tentatives ayant échoué à s’emparer de l’éminence fortifiée [sur Csömör], le sergent Merkviladze a demandé à faire une nouvelle tentative avec une seule section. Cette autorisation obtenue, il a approché les positions adverses sous le couvert de fumigènes jusqu’à 20 ou 30 mètres d’elles, puis a sollicité un appui d’artillerie. Sa section a ensuite chargé et s’est emparée de la colline, avant de la tenir cinq heures durant face à deux assauts ennemis, jusqu’à l’arrivée des renforts. » Merkviladze sera fait Héros de l’Union soviétique. Mais sa section a eu 50 % de tués.
………
Radio Berlin« En ce jour anniversaire de la glorieuse race magyare, le peuple allemand et son Führer envoient leurs chaleureuses congratulations à l’allié hongrois et à son chef, le Nemzetvezető Ferenc Szálasi. Puisse leur héroïque résistance marquer l’Histoire pour les millénaires à venir ! »

Des Roumains chez les Soviets
Le bal des maudits
« La Vladimirescu Kecskemét avance, perce et triomphe en ce jour, en tête de toute la 4e Armée. Nous entrons ce soir dans les premiers immeubles de la capitale hongroise, bien déterminés à ne pas nous en laisser chasser aussi facilement que nos aînés – puissent leur mémoire nous pardonner.
Sur la route depuis Üllo, cela n’a été que déroutes ennemies, victoires et morts. Une fois envolés les irréguliers arrogants du premier jour, nous n’avons cessé de courir à la poursuite de différentes unités allemandes, dont plusieurs sections d’armes lourdes qui n’ont pu se replier à temps et que nous avons capturées. Du coup, la section a deux MG34. Voilà qui nous sera fort utile ! Seule ombre au tableau : la disparition d’un groupe de 12 camarades, partis à la poursuite de Hongrois en fuite dans les égouts de Budapest et que l’on n’a plus revus. « Espérons qu’ils sont tranquillement à l’abri quelque part au bord du Danube ! » dit la troupe. Mais je n’y crois guère. »

(Adieu mon pays… encore une fois, Vasil Gravil, Gallimard 1957)

La Slovaquie, prochaine étape !
La pause est bien finie
A l’est de Bratislava
– L’Axe achève d’évacuer la vallée du Váh, qu’il laisse à l’ennemi. Le XVII. AK (Otto Tiemann) passe ainsi en Bohême-Moravie par le col de Strečniansky et le col de Hrozenkov , laissant derrière lui un 20e Corps Blindé (Pavel Poluboiarov) ralenti par le mauvais terrain, une 1ère Armée tchécoslovaque (Ján Golian) dispersée et une 16e Armée (Nikolai Kiryukhine) amorphe. Avec le réalignement en cours du XLIV. ArmeeKorps (Friedrich Köchling – de la 6. Armee) au nord depuis Ostrava, toute la Slovaquie est donc officiellement libérée, en dehors d’un petit secteur à l’ouest des Carpates blanches et surtout de Bratislava.
A ce sujet, la 5e Armée de la Garde (Vyacheslav Tsvetaev) et la 47e Armée (Filipp Zhmachenko) arrivent justement toutes deux dans le secteur de Travna, parées à assurer l’arrière de la 38e armée (Kyrill Moskalenko) au nord de la capitale slovaque… voire à la relayer dans l’éventualité – probable – d’un effort prolongé en terrain urbain.
En soi, pareil exercice ne devrait pas poser de difficultés. A ceci près qu’avec les événements en cours plus au sud, dans le secteur de Gÿor, c’est le sens même d’une offensive ici qui commence à faire débat. On l’a vu, Moscou – donc Staline – reste très motivée à l’idée d’enlever la capitale slovaque, mais uniquement dans le cadre d’une opération plus large dirigée vers Vienne. Or, Ivan Bagramian vient de passer une bonne partie de sa nuit au téléphone avec Antonov et Vassilevski, afin d’obtenir l’autorisation de redéployer en urgence la 5e Armée de Chars (Andrei Kravchenko), non pas sur les modestes têtes de pont qu’élargit péniblement la 10e Armée (Vasily Popov) à Rajka, mais du côté de Gÿor. Faute de quoi, il n’est pas sûr de tenir l’anneau extérieur autour de Budapest. Bien sûr, il va essayer mais il ne garantit rien. Et si d’aventure Fiodor Tolboukhine devait se débrouiller seul avec ce qu’il a du côté de Buda…
………
Le Kremlin (Moscou) – A cette heure, pourtant, Staline refuse de voir dans la situation présente le moindre réel danger. Pipe en main, il discourt avec agacement : « Toute cette affaire est ridicule, enfin ! Des forces surgies de nulle part, qui n’ont pas pu battre les capitalistes, qui n’ont pas pu battre nos troupes et qui reviendraient d’un coup du néant comme un fantôme pour dégager Budapest ? Conneries ! » Le juron dévoile l’intensité de sa contrariété.
En face de lui, les deux représentants de la Stavka n’attaquent pas de front comme leur infanterie, bien sûr. Antonov et Vassilevski argumentent avec circonspection. L’engagement de ces réserves blindées de l’Axe en Hongrie – alors qu’on se bat à 100 kilomètres de Berlin ! – n’est-il pas la preuve de l’entêtement des fascistes dans ce secteur, donc de l’intérêt qu’ils lui portent ? N’est-il pas possible de transformer cet entêtement en opportunité, en détruisant loin de la future route de nos forces les derniers adversaires valables du secteur ? Quitte à faire ensuite remonter l’ensemble de nos forces du lac Balaton vers Vienne, sans Danube à traverser et contre un adversaire qui n’aurait véritablement plus rien ? Enfin, est-il vraiment raisonnable de sous-estimer complétement les armées nazies, avec tout ce qui s’est passé et se passe encore sur l’Oder ?
– Avec, de surcroit, un maréchal beaucoup plus sûr de lui… grommelle le Vojd en débourrant sa pipe d’un coup sec sur son bureau. Un jugement bien curieux, vis-à-vis de celui qu’il appelle pourtant encore, avec affection et en public, « ce cher Georgui Konstantinovitch ».
Bref ! Staline veut bien acter – à très vif contrecœur – un report de son offensive vers Vienne, jusqu’à la fin du mois. D’ici là, les forces de Kravchenko devront détruire, avec le 2e CB, le 8e CM et le 5e CC, l’ensemble des forces blindées fascistes subsistant au voisinage du lac Balaton. Puis elles remonteront à la vitesse de l’éclair vers Vienne – avant que les capitalistes se réveillent, surtout ! « Heureusement, leur dernière offensive a été un échec ! » conclut-il dans un sourire. Un échec qui permet d’ailleurs de jauger la juste valeur de ce petit-fils de pasteur, dont un général américain aurait dit un jour avec finesse : « C’est le meilleur général dont les Britanniques disposent. ». Et puis, les Anglais n’ont jamais battu les Russes. Enfin, si, en 1853, mais ça ne compte pas…
Face à ce changement de pied, les deux généraux ne boudent pas un certain soulagement. Même s’ils n’auraient pas eu à assumer personnellement un éventuel échec (même partiel !), autant rester dans les bonnes grâces du Chef. Un dernier point, toutefois…
– Et Bratislava ? murmure Vassilevski.
– Hé bien Alexander, attendons de remonter de Gÿor comme prévu. Inutile de ravager la ville, ça ferait de la peine à ce gentil président tout juste arrivé de Londres… Héhéhé !
Puis le ton se fait plus sérieux et le Vojd conclut : « Mais surtout, poursuivez les bombardements. Pas question que les fascistes qui s’y trouvent puissent s’échapper ! ». Sans préciser bien sûr s’il parle ici des Allemands, des Hongrois ou même des derniers Slovaques fascistes se trouvant dans les murs de leur capitale.

Opération Corvinus – Mordre les mollets des Soviets
Au sud de Gÿor
– Sous un soleil de plomb, le III. PanzerKorps (Fritz-Hubert Graeser) continue de se battre pour Ajka contre le 2e Corps Blindé (Ivan Lazarev) – lequel commence à se décaler largement vers le nord et Pápa, laissant la plus large place au 5e Corps de Cavalerie (V.D. Kriuchenkine). La ville tombe en milieu de journée. Toutefois, cette nouvelle ne satisfait que modérément Graeser – et par suite son chef, Rommel. D’abord, parce que cette prise assez médiocre (la première étape du voyage seulement !) a coûté 22 engins. Ensuite, parce que les petits blindés bolcheviques se sont décalés vers Tapolca et multiplient les attaques de flanc depuis Sümeg, ce qui a obligé Graeser à dépêcher toute la 8. Panzer (Gottfried Frölich) pour leur faire face – le manque d’infanterie se fait (déjà !) sentir. Enfin, parce qu’en face – c’est le pire – le Rouge s’accroche mais sans s’exposer : aucune contre-attaque maladroite, aucune initiative irréfléchie. Graser l’ignore, mais Bagramian, désireux (à juste titre !) d’économiser ses forces après les dernières et coûteuses opérations, a donné à ses subordonnés l’ordre direct de « Tenir et user les fascistes », rien d’autre !
Cette solide défense statique, c’est le cauchemar de Nagykanizsa qui recommence ! Pourtant il faut continuer, envoyer les précieux Panther en tête forcer des barrages et progresser à la queue-leu-leu en dépit de tout. Au soir, la 7. Panzer (Karl Mauss) a dépassé Városlőd et approche de Veszprém par la route d’Herend – un véritable trou de souris (4 kilomètres à peine) au milieu des bois, où le Rouge est évidemment aussi à son aise pour défendre que l’Axe aurait dû l’être… s’il avait eu ici des défenseurs. On a avancé de dix-huit kilomètres dans la journée – déjà moins bien qu’hier. Pire encore : Graeser doit laisser en arrière la 6. Panzer (Oberst Hans-Otto von Bermuth) pour assurer son flanc nord vers Pápa, affaiblissant encore sa pointe !
En effet, du côté de Pápa, le LVI. Panzer-Korps (Walter Krüger) continue de pédaler dans le paprika. La 19. PzGr Brandenburg (Josef Irkens), sortant avec difficulté des marais du Marcal, a enfin réussi à s’approcher de ce premier objectif. Le problème, c’est qu’elle est visiblement incapable d’emporter la ville, ou du moins, pas aussi vite qu’escompté. Foin d’effondrement : ici aussi les Rouges résistent obstinément, refusant de céder et renforçant leurs troupes au compte-gouttes par des arrivées constantes depuis l’arrière. A la réflexion, Irkens parlerait plus d’un filet d’eau que de quelques gouttes, tiens…
On le comprend, Krüger est bien embêté. Faute d’avoir balayé ce carrefour stratégique depuis 24 heures, comme prévu, il doit, soit patienter, soit engager sa 1. Panzer (Walter Soeth) dans Pápa, soit la tourner par le nord vers Gyarmat, sur la route de Gÿor – en très mauvais terrain, à la merci d’une prise de flanc – soit passer par le sud en prenant la route des bois de Nagytevel, c’est-à-dire border le III. PanzerKorps sans rien gagner, sinon une vague perspective d’enveloppement de la ville ! Heureusement pour Krüger, Rommel – qui se pique, comme souvent, d’être présent en personne sur le front – tranche : va pour la route du nord. De l’audace !
Et tout va bien : en fin de journée, Soeth entre dans Gyarmat, achevant de rendre la position des Rouges intenable ici et Pápa tombe. Le LVI. Panzer-Korps peut poursuivre vers le carrefour de Románd, à mi-chemin sur la rouge Gÿor-Veszprém. De là, il pourra border la progression de Graeser et préparer une attaque sur deux axes vers Gÿor. Il est tout de même regrettable qu’il ait fallu 48 heures de combats inutiles (ou si peu utiles) pour parvenir à pareil résultat. A la coupée de son semi-chenillé, le Renard des Balkans se promet d’étudier le pourquoi de ce semi-revers, plus tard et au calme. Une légère disproportion entre ambitions et moyens, peut-être ?

Note
27- Lieu de la défaite des gardes-frontières valaques par les Turcs, le 6 octobre 1663, laquelle a permis l’invasion de la Moravie.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Sam Mar 07, 2026 10:02    Sujet du message: Répondre en citant

20 août
Hongrie soumise
Enfants soldats – Fête nationale
Budapest
« Nuit calme. L’ennemi ne bouge pas vers la Városmajor. A la salle de garde, les hommes d’astreinte sont des conscrits de 17 ans, des Levente (28) de Transylvanie. Comment ceux-là sont-ils devenus vannistes ? Ils ont été évacués de leurs villes natales puis envoyés en colonne vers un camp d’entrainement au nord de Budapest. Leur colonne désarmée avançait vers la route de Vienne quand elle a rencontré des chars soviets arrivant dans la direction opposée.
Ils ont paniqué et se sont enfuis vers Budapest où la PM les a dirigés vers les baraquements Maria-Theresa. On leur a ensuite donné des armes puis envoyés au bataillon Vannay en remplacement des pertes subies à Alsónémedi. Durant les dernières phases de la bataille là-bas, ils ont pris en charge une barricade et stoppé l’avance soviétique en détruisant un T-34 !
Excellent exercice sur le terrain. Leur moral est haut. Le Hascha Wenger les rejoint. Il a des inquiétudes quant au traitement de la minorité allemande par ces traîtres de Roumains. Les Magyars pourraient eux aussi souffrir. Alors, pour que Magyars et Saxons puissent survivre en Transylvanie, nous devons gagner cette guerre !
Je visite un groupe dans un bâtiment voisin. Leur chef de section est le sergent Lajos Pandyra, leur commandant un officier dégingandé, l’enseigne Nándoki. Ils préparent un buffet pour la fête nationale avec l’aide de la fiancée de Nándoki. On a retrouvé plein de nourriture dans les garde-manger des appartements à l’abandon, leurs propriétaires se seraient enfuis vers l’ouest en même temps que les ministres.
De l’autre côté de la rue, le bâtiment salésien grouille d’activité. Les apprentis ont reçu leurs uniformes et ont leur apprend à tirer à la carabine. Un Padre en soutane dessine des diagrammes sur le tableau noir pour expliquer le fonctionnement des grenades à main. Dans la cave, je rencontre Róza “Néni”, qui supervise une bande de filles gloussantes dans la laverie. Apparemment, une petite fête est également prévue chez les Salésiens. Les Padres ont donné leur accord, avec beaucoup de réticence. Ils préféraient organiser une neuvaine afin que les jeunes guerriers confessent leurs péchés avant qu’il ne soit trop tard… Mais ce que ces garçons avaient en tête, c’était plutôt un carnaval.
Un compromis a donc été trouvé : des danses chastes sur un gramophone, mais pas de masques, pas de robes à la mode et surtout pas d’alcool. La salle de banquet sera décorée des insignes vannistes : un crâne avec un casque sur deux Panzerfausts croisés. Le chef décorateur m’invite à y participer.
Je retourne à la bibliothèque Toldy et demande à Ilona si ses deux filles veulent bien venir au bal avec moi. Hélas NON ! Elles mangent avec des officiers à la rue Donáti. Le capitaine Bajzáth m’appelle avec Wenger : nous devons contacter le lieutenant Horváth et transmettre avec lui les salutations de Vannay au KG Europa. Nous n’irons pas les mains vides : le Hascha est chargé de boîtes de foie d’oie et de bouteilles de Slivovitz (29) Kaschers [sic], confisquées par les Croix-Fléchées. A mon grand étonnement, il a aussi un sac de bougies. L’Europa a dû les demander…
Sur l’avenue Olasz, je croise des mitrailleurs de la Wiking, avec plusieurs vannistes qui jouent le rôle des servants chargés des munitions. On a déjà percé un tonneau de bière. Ce sont des Danois qui se reposaient de leurs blessures dans le sanatorium de la Baltonkenese et se sont retrouvés coincés ici. Ils ont été confiés à Vannay par le lieutenant-colonel Kündiger, en charge de l’ensemble des unités d’alarme de la forteresse Budapest, dont nous. Ils ont une voiture Krupp qui tracte un canon antichar de 75 mm. Plus bas, un autre antichar a été installé dans la rue Városmajor – c’est un “rastch-boum” soviétique capturé de 76,2 mm, avec un équipage d’Hiwis ukrainiens en uniforme allemand.
L’équipage de la Wiking est étonnant. Le chauffeur vient de la Wehrmacht et a servi auparavant en Grèce puis en Yougoslavie. Il tremble de malaria. Les canonniers : Olaf, Knut et le Scharführer Söresen, sont tous des Danois, sauf un type déluré appelé Thor et qui viendrait de Bergen, en Norvège. Ils ont été blessés sur la Vistule, où ils ont combattu les Rouges. Seul Knut a déjà servi un 75 mm. Nous leur offrons quelques conserves et du miel, avec un peu de Slivovitz.
Thor se joint à nous pour « représenter sa demi-batterie » et nous atteignons l’école Báar-Madas. Nous nous présentons au colonel Bierhenke, nos présents sont très appréciés. Dans la vaste cave, il y a des centaines de soldats du rang de tous types d’uniformes, mélangés avec les réfugiées de Transylvanie. Mes bougies s’ajoutent aux lampes à pétrole. Il y a plein de soupe Eintopf et du Glühwein chaud épicé.
A 11 heures, le lieutenant-colonel Bierhenke fait un discours, que le lieutenant Horváth complète en hongrois. Je traduis. On parle de notre traditionnelle Waffenbrüderschaft, depuis les Turcs au 17e siècle. Nous avons combattu les Russes durant la Première guerre. Et maintenant nous combattons les Soviets dans la Sainte-Alliance. Alors chantons tous le Festung Europa Lied !
A côté d’Allemands qui entonnent l’hymne luthérien “Notre Seigneur est une puissante forteresse”, des Polonais de la Galizien proposent de chanter un hymne catholique. J’accompagne avec joie. “Christus Vincit ! Christus Regnat. Christus, Christus, Imperat !”
Les cloches sonnent. Les radios écoutent les messages du Nemzetvezető et une adresse d’Adolf Hitler plus générale. Aucune mention de notre bataille. Commentaire des Allemands : « Nous ne comptons déjà plus. » – “Der Adolf hat uns schon abgeschrieben !”.
Pour remonter le moral, deux joueurs de luth hongrois commencent à chanter des chansons paillardes : “Ballári, Ballári, Ballári hó ! Tökömnél fog, a kis Ildikó (30) !” Le refrain est repris en chœur par toute l’assistance multinationale, à l’unisson.
La journée se poursuit. Dans les recoins, ça se tripote pas mal. Je suis assez troublé de notre passage rapide de soldats du Christ à participants à une orgie internationale. Je sors donc prendre l’air. Ciel sans nuage. Les Soviets se tiennent tranquilles. Je rencontre quatre guerriers en vert prêts à partir pour une mission de reconnaissance. Ce sont des Espagnols du Batallon de esquiadores de l’ancien Régiment Bleu. Ils ont combattu en Baltique, puis dans les Carpates à titre individuel quand le régiment est reparti pour l’Espagne. Blessés, ils étaient en convalescence en Hongrie et ont raté le train pour Vienne… Maintenant, ce sont des camarades du KG Europa. Le sergent espagnol, Manrique, veut que je me joigne à eux pour leur mission de ce soir. J’aimerais, mais je suis censé rentrer à 17 heures et il est 19 heures. Faut que j’y aille !
A l’entrée de l’auberge du Faisan doré, de jeunes vannistes montent la garde. Dans le pub, nos Vikings partagent un matelas avec une barmaid plantureuse. Thor les rejoints la tête la première. Le Hascha et moi rentrons finalement à 22 heures. Je demande à la sentinelle postée à l’entrée de la maison salésienne comment s’est passé la soirée. Il n’est pas content : « A 21 heures, les padres ont renvoyé toutes les filles chez elles. Puis ils ont fouillé les dortoirs, ils ont même regardé sous les lits. Nous avons signé pour la Sainte-Croisade, on devrait avoir le droit de s’amuser ! Avant de se faire dessouder… ».
Wenger le calme : « Patience. Cela ne fait que commencer. Nous triompherons et tu auras ta récompense : Fuchs Kommt’ ! (31) ».

(Boy Soldier – Budapest 1944, par Ervin Iván Galántay, Militaria 2007)

Amateurs pas découragés
Quartier juif historique de Budapest
– Finalement, en dépit de toutes les craintes, la situation est plutôt calme aujourd’hui dans le ghetto – c’est-à-dire qu’elle est terrible, mais pas plus que les autres jours. Les faibles meurent, les enfants sont affamés, les vieillards sautent par les fenêtres pour ne pas être une charge pour leurs proches. Le tout sous l’aimable surveillance de l’armée allemande, laquelle a posté plusieurs sections à l’entrée à des fins de “protection”.
Une exception toutefois : la section Croix-Fléchées du sergent Laszlo Miklos réussit à pénétrer dans une maison-refuge. Là, Miklos et son groupe s’amusent à faire faire des pompes sur une baïonnette à plusieurs vieillards, avant de violer en groupe la plus jeune des filles présentes. Ils exécutent plusieurs personnes au hasard, des Juifs mais aussi des Romanichels… et des Hongrois qui ne sont ni l’un ni l’autre. Puis ils en emmènent d’autres sur le pont Széchenyi Lánchíd et les forcent à sauter avant de disparaitre enfin dans la nuit (32).


L’Esprit de la Guerre (Dennis Kolte)
Première fois
Devant Pápa
« Ça y est, j’ai eu mes premiers Russes. Mon vieux camarade Spitzeder avait raison : ces mecs-là sont des furieux. J’ai vu un Ivan prendre la place de son camarade que je venais de tuer, derrière sa mitrailleuse, pour reprendre le tir exactement dans la même position ! Du coup, c’était deux pour le prix d’un. La vie d’un Slave ne coûte visiblement pas cher. Même pour eux !
L’ennemi s’accroche et nous envoie tout ce qu’il a : mortier, blindé (isolé !), camions, semi-chenillés, lance-roquettes motorisé faisant du tir tendu (?!). Le Brandenburg fait saigner, mais saigne. Le Brandenburg n’avance pas. Nous sommes l’antithèse de tout ce que nous fûmes et même de ce que j’ai affronté près de la Méditerranée : des troufions de bas étage, qu’on pousse à l’abattoir sous les ordres de Kriegsheim et Weiss ! Pas de reconnaissance, peu d’artillerie, pas d’appui aérien. Il reste la viande et le plomb. Sur ma droite, j’observe une MG42 qui tire par courtes saccades bien ajustées. Kurt, toi aussi ? On verra. En attendant, il nous faut affronter une contre-charge, que les Russes ont fort heureusement le bon goût d’annoncer en gueulant avant de partir. HOURRAH !
Il n’y a plus de science, plus d’expertise, plus de tactique. Que de la chance et de la survie. Les Russes tombent par dizaines, mais les camarades tombent aussi, les uns après les autres, ou par chapelets, fauchés à la mitrailleuse ou au mortier. Youcef a été touché à la main, Olaf saigne de l’arcade, Karl tremble comme une feuille perdue dans le vent. Et moi, sous le regard étonné de Spitzeder, qui commence à peine à comprendre, j’observe, devant mes mains, les papillons continuer de danser dans les flammes qui dévorent le Panzer de la veille, allumé par un T-34. »


Notes
28- Scouts de 15 à 18 ans, le plus souvent formés au maniement des armes légères.
29- Brandy à la prune.
30- Littéralement : “Attrape moi les… petite Ildikó”.
31- Le Renard arrive. Les landsers attendent Rommel comme le messie : “Oh du lieber Fuchs, komm durch die Donau-Rille un macht den russen kille” – Oh Renard notre sauveur, perce au travers du Danube et détruis les Russes.
32- Trente-sept ans plus tard, “Michael J. Laszlo”, émigré aux Etats-Unis et devenu un honnête citoyen américain, sera rattrapé par la Justice hongroise et privé de sa carte verte au terme de deux procès particulièrement éprouvants. Blanchi en première instance après avoir été défendu par sa propre fille, mais semble-t-il brouillé avec elle immédiatement après, il sera condamné en appel. Les preuves l’incriminant (dont plusieurs “photos souvenirs” épouvantables), découvertes dans… une boîte à musique, avaient été envoyées anonymement à la presse peu après cette probable rupture. Extradé, il sera condamné en Hongrie à la peine capitale.
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Hendryk



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MessagePosté le: Sam Mar 07, 2026 12:36    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:
32- Trente-sept ans plus tard, “Michael J. Laszlo”, émigré aux Etats-Unis et devenu un honnête citoyen américain, sera rattrapé par la Justice hongroise et privé de sa carte verte au terme de deux procès particulièrement éprouvants. Blanchi en première instance après avoir été défendu par sa propre fille, mais semble-t-il brouillé avec elle immédiatement après, il sera condamné en appel. Les preuves l’incriminant (dont plusieurs “photos souvenirs” épouvantables), découvertes dans… une boîte à musique, avaient été envoyées anonymement à la presse peu après cette probable rupture. Extradé, il sera condamné en Hongrie à la peine capitale.

Référence au film du même nom?


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demolitiondan



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MessagePosté le: Sam Mar 07, 2026 15:49    Sujet du message: Répondre en citant

Aj ben oui. La suite est en travaux- 66% fait Very Happy
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Hendryk



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MessagePosté le: Sam Mar 07, 2026 16:04    Sujet du message: Répondre en citant

demolitiondan a écrit:
Aj ben oui. La suite est en travaux- 66% fait Very Happy

On ne s'inquiète pas, Tolboukhine affirme que la prise de Budapest est quasi pliée.
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demolitiondan



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MessagePosté le: Sam Mar 07, 2026 16:42    Sujet du message: Répondre en citant

Il l'as dit Smile
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MessagePosté le: Sam Mar 07, 2026 22:44    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Ce sont des Espagnols du Batallon de esquiadores de l’ancien Régiment Bleu. Ils ont combattu en Baltique, puis dans les Carpates à titre individuel quand le régiment est reparti pour l’Espagne.

Il me semblait que la division Azul avait terminé la guerre en Ukraine ?
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En principe (moi) ...
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