Fantasque Time Line Index du Forum Fantasque Time Line
1940 - La France continue la guerre
 
 FAQFAQ   RechercherRechercher   Liste des MembresListe des Membres   Groupes d'utilisateursGroupes d'utilisateurs   S'enregistrerS'enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

Le Front Russe, Juin 1944
Aller à la page Précédente  1, 2, 3 ... 28, 29, 30 ... 45, 46, 47  Suivante
 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Fantasque Time Line Index du Forum -> 1944 - Le front russe
Voir le sujet précédent :: Voir le sujet suivant  
Auteur Message
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 14039
Localisation: Paris

MessagePosté le: Dim Juin 23, 2024 09:54    Sujet du message: Répondre en citant

22 juin (suite)

Prolétaires aviateurs de tous les pays, unissez-vous !
Fièvre

« On se couche au petit matin, désolés jusqu’à l’os, la hargne pointant déjà sous la mélancolie. Heureusement, dès le réveil, les patrouilles reprennent et je suis sorti de ma couche au débotté par le commandant Albert.
– De Geoffre et Challe, décollage à 10 heures, chasse libre à haute altitude, secteur de Gołdap-Darkienem.
Une fois encore, le destin va faire des siennes. Dans le ciel gris et humide, Challe et moi nous nous baladons au-dessus de Gross Kalveitchen.
– Tout va bien ?
– Tout va bien.

Au-dessous de nous, des nuages, des forêts et des lacs, des nuages, des forêts et des lacs, rien que des nuages des forêts et des lacs – et des troupes, beaucoup de troupes sur lesquelles un soleil d’acier darde de temps à autre des rayons dont chaque détonation nous aveugle. L’air, d’ailleurs, grésille tellement d’étincelles que j’ai toutes les peines du monde à ne pas perdre Challe de vue. C’est qu’il aime les gaz, lui aussi. Je m’applique. Plan dans plan. La patrouille continue.
Tout semble sans histoire quand un hurlement à la radio vient bousculer cette quiétude. Dans l’éclat du soleil, deux éclairs plus brillants encore : deux Messer nous tombent dessus. Nous sommes totalement surpris. Je tire sur le manche comme un fou. Le MiG, dans une convulsion terrible, se tord sur lui-même mais ne part pas en vrille. La rafale du Fritz est passée à cinquante mètres derrière moi. Un quart de seconde plus tôt, il m’envoyait dans un monde dont on ne revient pas pour en faire le reportage. Et le combat commence.
Chacun pour soi et Dieu pour tous. Challe a le sien et moi le mien. A nous deux, mon Boche joli ! Tu m’as surpris mais tu m’as raté, tu as eu tort ! En tournoyant, je gagne sur lui. Il le sent. Il sent que je le sens. Quatre mille mètres. Nous descendons dans la couche mais je ne le lâche pas. Trois milles mètres. Nous nous rapprochons du sol. La pluie vient sur nous. Tant mieux, c’est tout à l’avantage du MiG. Je serre les dents mais voilà que mon vert Messer 109 – car il est tout vert, avec seulement sa croix noire sinistre et sa croix gammée sur fond rouge – dégoûté, bascule à la verticale et se carapate en rase-mottes vers Gołdap. J’essaie de le poursuivre, mais les ondées brouillent ma vue. Fou de rage, je pique derrière lui, demandant à mon MiG tout ce qu’il lui est possible de donner. Le badin affiche 600 ou 700 kilomètres-heure. Rien à faire ! J’accentue le piqué. J’en suis à 80 degrés peut-être quand l’image de Bertrand qui s’est écrasé, victime d’un plan déchiré, me passe dans la tête. Inconsciemment, je tire sur mon manche. Il me semble très dur. Beaucoup trop dur. J’essaye encore, doucement, pour ne rien briser, et petit à petit, il vient vers à moi. Les commandes relâchent leur étreinte. Le nez du MiG se redresse. La vitesse diminue légèrement. Il était temps. Je ne voyais plus clair. Mais quand je reprends conscience, un cinquième de seconde après, je me rends compte d’abord que je viens de frôler les sapins, et qu’ensuite j’ai rattrapé mon Messer, qui joue à saute-mouton au-dessus des cimes, devant moi.
La vue de l’ennemi me donne un coup de fouet. Mètre après mètre, seconde après seconde, je m’en rapproche. Il grossit. Il grossit encore. Je vise, je tire. Mes traçantes l’encadrent parfaitement. Une épaisse fumée noire monte de son fuselage. Je tire de plus belle. On dirait que je lui arrache des copeaux. Il se balance. Il hésite. Il donne l’impression d’être suspendu à un fil, puis c’est la fin, il culbute et tombe dans une clairière, au milieu d’un nuage de boue, de terre, de morceaux de ferraille, de feu et de fumée.
Mais je n’ai pas le temps de me serrer la main pour me féliciter. Je suis très loin de ma base et complètement perdu. Il me faut rentrer. Cap à l’est. En bas, rien ne me guide, les forêts succèdent aux forêts. Plus que dix minutes de vol. Mais cap au sud, cap au sud, bon sang. Il faut s’enfoncer le plus profondément possible pour essayer de passer les lignes. Et puis, alors, profiter du premier champ assez grand pour se poser et sauver l’avion.
Les dieux de la chance étaient avec moi ce jour-là. Je me posai sans encombre sur un ancien terrain, à une vingtaine de kilomètres au sud d’Augustów. »

(Capitaine François de Geoffre, Escadre Franche-Comté/Vistule, Charles Corlet éd. 1952, rééd. J’ai Lu / Leur Aventure 1963 sous le titre Franche-Comté/Vistule)

Opération Oder (suite)
Au pied du mur
OKH, bunker Maybach I (au sud de Berlin) et Adlerhorst (château de Kransberg, Hesse)
– Il a fallu quelques heures pour le confirmer et le reconfirmer tant cela paraissait énorme, et pourtant les faits sont là : la quasi-intégralité de la ligne de front des Heeresgruppen Nord et Mitte est en feu ! Les réserves sont absentes, en reconstitution ou déjà engagées en France. Le scénario catastrophe d’un débordement, voire d’une submersion complète de la Wehrmacht – pire que Bagration, on ne pensait pas que cela fût possible ! – invoque le spectre d’une débâcle cataclysmique, qui rôde désormais dans les couloirs enfiévrés de l’OKH.
La phrase qu’Hans Krebs lâche à un Adolf Hitler incrédule résume le désarroi de l’état-major allemand : « Mon Führer, les Slaves ont levé une immense armée ! ». Dans son nid d’aigle, accroché à son téléphone, le dictateur accuse le coup : « C’est impossible. Pas avec les opérations en cours en Hongrie ! » Et pourtant…
Guderian ne tarde à utiliser sa stature pour jeter sur la table l’évidence : « Il faut lancer toutes les forces disponibles dans la bataille. Se retirer des positions déjà perdues. Dégager les troupes du HG B de Hongrie, pour récupérer au moins la 8. Armee et la 11. Armee et secourir la 6. Armee. Reconcentrer nos forces en Silésie et, de là, frapper les pointes adverses. »
– Cela risque d’être trop long, Guderian,
gronde Hitler. Nous n’avons plus le choix. En Prusse orientale, il faut tenir sur l’essentiel, mais concéder le reste en les saignant. La Silésie doit être défendue à tout prix. Au sud, retirez l’ensemble de nos forces sur le Danube – rabattez la 12. Armee au sud de Budapest, confiez aux Hongrois les clés de leur propre capitale. Ah, Breslau ! Il faut défendre Breslau. Et pour le reste… terre brûlée. Brûlez Cracovie [Krakow], Łódź, Toruń. Ne laissez rien à l’ennemi. Nous allons livrer une campagne… une campagne napoléonienne !
– Et les renforts ?
– Rameutez toutes les troupes en formation ou en reconstitution. Tout le monde. Même les formations d’apparat, l’heure est trop grave. Mais n’annulez pas Zigeunerbaron, elle est vitale. Quant aux troupes de Schwabenwall, elles arriveront trop tard – qu’elles ralentissent les Rouges dans la plaine hongroise, le temps pour nos hommes de passer le Danube.
– Mais…
– C’est pourtant évident ! La barrière des Carpates scinde le théâtre d’opérations. Elle est infranchissable, sauf à y passer des semaines. Nos renforts ne pourront venir que d’Allemagne. Sitôt la situation stabilisée sur le Rhin, nous récupérerons aussi les deux PanzerKorps SS qui ont fait reculer les Américains.
– Zum Befehl.
– Messieurs, en ces heures tragiques pour l’Allemagne, je rentre à Berlin. Retrouvez-moi là-bas. Je compte commander directement.

Regards circonspects entre membres de l’OKH. Le Guide est fatigué, il ne pourra pas tout faire. Sans parler du temps pour organiser le transfert.
Mais Hitler continue : « Le monde occidental ne pardonnera jamais aux Européens et aux Anglo-Saxons pareille trahison. La civilisation qui a fait la gloire du monde s’abandonne à la masse asiatique. Le peuple ne le permettra pas. Il fera bloc autour du régime national-socialiste, comme une meute de loups autour de son chef. Il en va de sa propre survie. Il le comprendra instinctivement. Ce sera tout. »
– Heil Hitler
!
Puis plus rien. Chacun repart à ses nombreuses et urgentes occupations. Guderian n’est pas le moins désorienté – non par son chef, mais par les événements. Qu’est-ce que lui a dit Hausser tout à l’heure, déjà ? Sur la façon dont ça se présentait ?…

L’art d’utiliser les Slovaques
Opération Dukla-Carpates
Kassa/Košice (Grande Hongrie)
– Cette fois, Dukla-Carpates est bien à l’arrêt, peut-être définitif. Des deux côtés, tout le monde guette les nouvelles venues du nord, où le canon gronde bien plus sérieusement.

La Hongrie, coûte que coûte
Opération Schwabenwall
1ère Armée magyare et blindés allemands, dépression de Guruslau
– C’est désormais certain – l’Axe ne se bat plus pour s’emparer même seulement de Cluj-Napoca, mais bien pour garantir sa propre survie. Alors que tout autour, l’édifice de l’Ostheer tremble sur ses bases, l’illusion du “Mur souabe” s’effondre.
Sur la droite du “Mur”, près de Huedin (Bánffyhunyad, Heynod), la 38e Armée (Kyrill Moskalenko) commence à progresser sur la route d’Élesd (Aleșd) par Kissebes (Poieni, Klein Weichselburg). Elle laisse le col de Poic sur sa droite, tandis que le 8e Corps Mécanisé (Vladimir Baskakov) continue de sécuriser son flanc face aux Hongrois de la 1ère DI (Gusztáv Deseö), désormais en pleine retraite vers Zimbor.
Ce qui reste des deux divisions du XLII. AK de Frank Mattenklott s’est écarté vers le col d’Ursoaia. Elles ne représentent plus grand-chose : sans doute moins d’un régiment, renforcé (ou alourdi) d’une foule d’administratifs en débâcle. Quant à la 13. Panzer (Helmutt von der Chevallerie) et au 560. schw. PzJ. Abt (Major Rudolf Markowz), ils ont disparu – en fait, ils se sont désengagés avant d’être débordés et se sont retirés vers Körösfeketetó (Neumarkt, Negreni) pour empêcher les Rouges de menacer Nagyvárad (Großwardein, Oradea). Pourtant, Kyrill Moskalenko n’en a objectivement pas les moyens – en tout cas, pas seul et pas sans pause préalable. Mais la déliquescence du front de l’Axe est telle que Gotthard Heinrici n’est pas prêt à prendre ce risque.
Au centre, la situation paraît en voie de rémission. C’est aussi que les Rouges ne poussent guère ! Une seule moitié de la 47e Armée (Filipp Zhmachenko), déjà bien molestée, ne risque pas de menacer sérieusement la 19. Panzer (Hans Källner) et le 502. schw. Pz Abt (Major Horst Richter-Rethwisch), qui tâchent toujours de défendre le carrefour de Zimbor. Pour rallier les survivants, bien sûr. Mais aussi peut-être, demain, pour repartir de l’avant !
A condition, bien sûr, que cela se révèle possible…
Car, sur le flanc gauche de l’Axe, la catastrophe prend corps. Confrontées à la masse de la 59e Armée (Ivan Korovnikov), du 9e Corps Mécanisé (M.I. Savelyev) et de la seconde moitié de la 47e Armée (Filipp Zhmachenko), la 10e DI (Frigyes Vasváry) et la 27e DI (András Zákó) craquent. Chassées de leurs dernières positions, elles entament un repli en direction d’Alparét (Krautfeld, Bobâlna) et Dés (Dej). Bien sûr, la 17. Panzer (Karl-Friedrich von der Meden) n’a pas été informée de ce repli… mais de toute manière, elle s’est décalée sans rien demander à personne vers Nagyiklód (Iclod), au secours de la 11. Panzer (Wend von Wietersheim). Au même moment, celle-ci tente de passer sous le nez du 16e Corps Blindé (Andrei Getman), entre Iclod (Nagyiklód) et Szamosújvár (Neuschloss, Gherla).
La retraite inorganisée des Hongrois si esseulés s’effectue dans des conditions épouvantables. Après avoir perdu dans la boue des dizaines de véhicules hippomobiles et de rares camions (heureusement, la pluie gêne fortement l’aviation russe !), les troupes de la Honvèd souffrent le martyre face à des Rouges très supérieurs en nombre, en blindés (ce n’est pas la poignée de Zrínyi II et les Turán survivants qui feront illusion !) et, dans une certaine mesure, en tactique. Fort heureusement pour les 10e et 27e DI, les forces d’Ivan Korovnikov sont elles-mêmes plutôt dispersées et digèrent toujours la 5e DI (Zoltán Algya-Papp), définitivement défaite dans les collines à l’est de Bonțida (Bonchida, Bonisbruck) (1).
Quant à von Wietersheim, il parvient à passer et rallier von der Meden – au prix des pertes les plus élevées. Sa Geisterdivision (division fantôme) a désormais une autre raison, moins glorieuse, de mériter son surnom. Il ne reste plus aux deux unités qu’à se retirer elles aussi vers leurs positions de départ, entre Dés (Dej) et Zimbor, pour stabiliser les lignes et saigner les pointes adverses. Et peut-être, demain, pour relancer l’attaque !
Mais dans la nuit, les ordres déclenchés par les inquiétantes nouvelles venues du nord achèvent d’enterrer les dernières illusions.
Du côté des Hongrois, le mirage s’est déjà évaporé. La 8e DI (Árpád Maltary), la 1ère Brigade de Montagne (Ferenc Lóskay) à Magyarlápos et la 2e Brigade de Montagne (Sándor Makray) traversent Dés (Dej), qu’elles abandonnent à l’ennemi pour se retirer vers le col de Mesteacăn avant d’être poursuivies. Cette retraite ne fait nullement les affaires des Allemands, qui n’ont toujours pas atteint Dés. Ils ne risqueront pas de l’oublier…

Pour contrer Schwabenwall
Front de la 11. Armee, monts Apuseni
– Georg-Hans Reinhardt n’a pas eu l’honneur d’une réponse à la suggestion de redéploiement sur une ligne Élesd (Aleșd) – Lippa (Lipova), telle que formulée la veille. Il est vrai qu’avec tout ce qui se passe autour d’elle, sa 11. Armee n’est sans doute pas au premier rang des préoccupations du commandement. Cela, le Saxon le comprend sans peine. Mais par conséquent, il sait que sa proposition garde toute sa pertinence, et risque même de se révéler cruciale dans les jours à venir. Alors il fait accélérer les préparatifs – quitte à céder du terrain face aux Rouges à Zlatna, ou même aux Roumains à Poșaga de Jos. Seule la 12. Luftwaffen-Feld-Division (Herbert Kettner) renforcée doit tenir envers et contre tout sur le col de Valisoara. Cette position est trop stratégique pour être rapidement abandonnée. C’est tout de même dommage qu’elle soit défendue par sa plus mauvaise unité…
………
Front de la 17. Armee, région des Portes de Fer – L’armée de von Arnim est en plein chambardement, comme des quilles bousculées par une énorme boule : le 4e Front Ukrainien, qui a enfin débouché à la lisière de la grande plaine ! En pointe, le 6e Corps Blindé de la Garde (Alexander Shamshin) continue à renverser tous les obstacles jusqu’à Făget (Facsád, Birkendorf), pour poursuivre ensuite immédiatement vers Mănăștiur.
Shamshin n’a devant lui qu’une masse brouillonne et déconfite. Dans l’ordre, la 20. Panzergrenadier (Georg Jauer), la 17. SS-Freiwilligen Kavallerie-Division Maria Theresa (August Zehender) et, au loin, la 14. Panzergrenadier (Erich Schneider), tentent désormais toutes d’improviser une ligne de défense entre Lugos (Lugosch, Lugoj) et Balinț, au fil de l’arrivée de leurs détachements épars.
Le Soviétique ne prévoit pas de se cogner seul à cet obstacle. Il pourrait sans doute le détruire, en prenant le temps nécessaire (et avec l’appui de la 14e Armée de Valerian Frolov), mais ce n’est pas son objectif. On sort des reliefs, l’Armée Rouge peut enfin jouer son air favori et pratiquer l’art opératif qu’elle a plus ou moins inventé ! Même avec des moyens réduits. Le 6e Corps Blindé de la Garde file donc plein est, escomptant dépasser les fascistes par leur gauche, en laissant à l’infanterie – 14e Armée (Valerian Frolov), puis 6e Armée de la Garde (Pavel Batov) – le soin de nettoyer derrière lui. Et puis, le 3e Corps Blindé de la Garde (Mikhail Panov) n’est pas loin, il assistera le 6e Corps Blindé de la Garde en cas de besoin. « Je sers l’Union Soviétique ! »
Au même moment, sur les flancs de la 17. Armee, la situation allemande n’est guère meilleure. A gauche, la 18e Armée (Andrei Gretchko) continue de repousser le long de la Mureș et jusqu’à Bătuța ce qui subsiste du XLVIII. ArmeeKorps et du 190. StuG Abt (Hauptmann Dieter Bender). D’ailleurs, les StuG III de ce bataillon servent de plus en plus de transports d’infanterie ! En forçant un peu, Gretchko pourrait sans doute être très vite à Lipova (Lippa), où Wolfgang Lange fait déjà ses bagages. Quel dommage qu’on ait perdu tant de monde et d’énergie dans les montagnes des Carpates !
Fiodor Tolboukhine se rattrape au sud. La 335. ID (Siegfried Rasp) est prise de flanc à Caransebeș (Karánsebes, Karansebesch) par la 62e Armée de Vladimir Kolpakchi – laquelle la met vite en difficulté. Les gros des troupes allemandes parviennent cependant à remonter vers le nord, en direction de Lugos (Lugoš, Lugosch). Cette localité sera peut-être bientôt menacée par les troupes venues de la Mureș… Bien sûr, Gustav Gihr et sa 95. ID – qui y sont déjà – ont bien fait de ne pas attendre leurs camarades. Mais pour eux, ce n’est peut-être que partie remise !
Peut-être en effet, car les troupes soviétiques sont loin d’être en forme. Adversaire en déroute ou pas, le 4e Front Ukrainien paraît tout de même bien fatigué.

Note
1- Capturé, Zoltán Algya-Papp fera dix ans de détention pour meurtre de civils lors de l’occupation de l’Ukraine. Libéré en 1954, il émigrera à l’Ouest avant de s’éteindre en 1987.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
John92



Inscrit le: 27 Nov 2021
Messages: 1116
Localisation: Ile de France

MessagePosté le: Dim Juin 23, 2024 10:28    Sujet du message: Répondre en citant


22 juin (suite)

Opération Oder (suite)
Au pied du mur
OKH, bunker Maybach I (au sud de Berlin) et Adlerhorst (château de Kransberg, Hesse)


Guderian ne tarde pas (à ajouter ?) à utiliser sa stature pour jeter sur la table l’évidence : [i]« Il faut lancer toutes les forces disponibles dans la bataille.

La Hongrie, coûte que coûte
Opération Schwabenwall
1ère Armée magyare et blindés allemands, dépression de Guruslau


Pour rallier les survivants, bien sûr . Mais aussi peut-être, demain, pour repartir de l’avant !
A condition, bien sûr (évidemment ?), que cela se révèle possible…

Front de la 17. Armee, région des Portes de Fer

Les gros des troupes (forces ?) allemandes parviennent cependant à remonter vers le nord, en direction de Lugos (Lugoš, Lugosch). Cette localité sera peut-être bientôt menacée par les troupes venues de la Mureș… Bien sûr, Gustav Gihr et sa 95. ID – qui y sont déjà – ont bien fait de ne pas attendre leurs camarades. Mais pour eux, ce n’est peut-être que partie remise !
Peut-être en effet, car les troupes soviétiques sont loin d’être en forme. Adversaire en déroute ou pas, le 4e Front Ukrainien paraît tout de même bien fatigué.

_________________
Ne pas confondre facilité et simplicité
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Hardric62



Inscrit le: 20 Avr 2019
Messages: 148
Localisation: Dijon

MessagePosté le: Dim Juin 23, 2024 11:01    Sujet du message: Répondre en citant

Casus Frankie a écrit:

Opération Oder (suite)
Au pied du mur
OKH, bunker Maybach I (au sud de Berlin) et Adlerhorst (château de Kransberg, Hesse)
– Il a fallu quelques heures pour le confirmer et le reconfirmer tant cela paraissait énorme, et pourtant les faits sont là : la quasi-intégralité de la ligne de front des Heeresgruppen Nord et Mitte est en feu ! Les réserves sont absentes, en reconstitution ou déjà engagées en France. Le scénario catastrophe d’un débordement, voire d’une submersion complète de la Wehrmacht – pire que Bagration, on ne pensait pas que cela fût possible ! – invoque le spectre d’une débâcle cataclysmique, qui rôde désormais dans les couloirs enfiévrés de l’OKH.
La phrase qu’Hans Krebs lâche à un Adolf Hitler incrédule résume le désarroi de l’état-major allemand : « Mon Führer, les Slaves ont levé une immense armée ! ». Dans son nid d’aigle, accroché à son téléphone, le dictateur accuse le coup : « C’est impossible. Pas avec les opérations en cours en Hongrie ! » Et pourtant…
Guderian ne tarde à utiliser sa stature pour jeter sur la table l’évidence : « Il faut lancer toutes les forces disponibles dans la bataille. Se retirer des positions déjà perdues. Dégager les troupes du HG B de Hongrie, pour récupérer au moins la 8. Armee et la 11. Armee et secourir la 6. Armee. Reconcentrer nos forces en Silésie et, de là, frapper les pointes adverses. »
– Cela risque d’être trop long, Guderian,
gronde Hitler. Nous n’avons plus le choix. En Prusse orientale, il faut tenir sur l’essentiel, mais concéder le reste en les saignant. La Silésie doit être défendue à tout prix. Au sud, retirez l’ensemble de nos forces sur le Danube – rabattez la 12. Armee au sud de Budapest, confiez aux Hongrois les clés de leur propre capitale. Ah, Breslau ! Il faut défendre Breslau. Et pour le reste… terre brûlée. Brûlez Cracovie [Krakow], Łódź, Toruń. Ne laissez rien à l’ennemi. Nous allons livrer une campagne… une campagne napoléonienne !
– Et les renforts ?
– Rameutez toutes les troupes en formation ou en reconstitution. Tout le monde. Même les formations d’apparat, l’heure est trop grave. Mais n’annulez pas Zigeunerbaron, elle est vitale. Quant aux troupes de Schwabenwall, elles arriveront trop tard – qu’elles ralentissent les Rouges dans la plaine hongroise, le temps pour nos hommes de passer le Danube.
– Mais…
– C’est pourtant évident ! La barrière des Carpates scinde le théâtre d’opérations. Elle est infranchissable, sauf à y passer des semaines. Nos renforts ne pourront venir que d’Allemagne. Sitôt la situation stabilisée sur le Rhin, nous récupérerons aussi les deux PanzerKorps SS qui ont fait reculer les Américains.
– Zum Befehl.
– Messieurs, en ces heures tragiques pour l’Allemagne, je rentre à Berlin. Retrouvez-moi là-bas. Je compte commander directement.

Regards circonspects entre membres de l’OKH. Le Guide est fatigué, il ne pourra pas tout faire. Sans parler du temps pour organiser le transfert.
Mais Hitler continue : « Le monde occidental ne pardonnera jamais aux Européens et aux Anglo-Saxons pareille trahison. La civilisation qui a fait la gloire du monde s’abandonne à la masse asiatique. Le peuple ne le permettra pas. Il fera bloc autour du régime national-socialiste, comme une meute de loups autour de son chef. Il en va de sa propre survie. Il le comprendra instinctivement. Ce sera tout. »
– Heil Hitler
!
Puis plus rien. Chacun repart à ses nombreuses et urgentes occupations. Guderian n’est pas le moins désorienté – non par son chef, mais par les événements. Qu’est-ce que lui a dit Hausser tout à l’heure, déjà ? Sur la façon dont ça se présentait ?…


L'auteur aurait-il regardé un marathon des préquelles Star Wars en écrivant ceci (ce n'est pas une critique, le résultat est assurément très bon)?
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Archibald



Inscrit le: 04 Aoû 2007
Messages: 9875

MessagePosté le: Dim Juin 23, 2024 11:07    Sujet du message: Répondre en citant

Proverbe (nazi ?) du jour : "22 juin qui rit OTL; 22 juin qui pleure, FTL."
_________________
Sergueï Lavrov: "l'Ukraine subira le sort de l'Afghanistan" - Moi: ah ouais, comme en 1988.
...
"C'est un asile de fous; pas un asile de cons. Faudrait construire des asiles de cons mais - vous imaginez un peu la taille des bâtiments..."
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
mikey1983



Inscrit le: 17 Fév 2010
Messages: 295
Localisation: Helsinki, Finland

MessagePosté le: Dim Juin 23, 2024 12:14    Sujet du message: Répondre en citant

le poireau a écrit:
loic a écrit:
Citation:
Kyrill Meretskov a une tâche en apparence plus facile : servir de rotule entre Malinovski et Rokossovski et progresser de pair avec ces deux animaux en direction d’Allenstein puis Elbing, Heiligenbeil et bien sûr Bartenstein.

Pas compris Shocked


Une manière méprisante qu'à Meretskov de qualifier ses deux collègues Malinovski et Rokossovski.
Les maréchaux soviétiques ne s'apprécient pas trop entre eux ! Une tendance soigneusement cultivée par Staline qui les met en concurrence selon le bon vieux principe du "diviser pour mieux régner" !


At least they were better than Rennenkampf and Samsonov...
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
JPBWEB



Inscrit le: 26 Mar 2010
Messages: 4180
Localisation: Thailande

MessagePosté le: Dim Juin 23, 2024 12:26    Sujet du message: Répondre en citant

mikey1983 a écrit:

At least they were better than Rennenkampf and Samsonov...


Not really all that much better, but Staline was a far more effective (and fearsome) boss than Jilinsky and the Tsar's STAVKA.
_________________
"L'histoire est le total des choses qui auraient pu être évitées"
Konrad Adenauer
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
loic
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 9288
Localisation: Toulouse (à peu près)

MessagePosté le: Dim Juin 23, 2024 13:00    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Sa Geisterdivision (division fantôme)

J'ai fait une remarque précédemment concernant cette expression.
_________________
On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
demolitiondan



Inscrit le: 19 Sep 2016
Messages: 9907
Localisation: Salon-de-Provence - Grenoble - Paris

MessagePosté le: Dim Juin 23, 2024 13:29    Sujet du message: Répondre en citant

@Hardric62 : si on peut même plus référencer tranquille. Reconnaissez, du reste, que c'est parfaitement valable. En écrivant ca j'avais la musique sinistre dans la tête, avec la carte qui s'actualise en temps réel ...
@ Archibald : tiens oui. On l'a même pas fait exprès dis toi !
@ mikey1983 : en plus Meretskov n'est même pas maréchal, comme ses deux voisins. Rancoeur, petites bassesses et autres mépris entre camarades.
@ Loic : et on a tenu compte non ?
_________________
Quand la vérité n’ose pas aller toute nue, la robe qui l’habille le mieux est encore l’humour &
C’est en trichant pour le beau que l’on est artiste
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 14039
Localisation: Paris

MessagePosté le: Dim Juin 23, 2024 14:24    Sujet du message: Répondre en citant

@ Loïc et Demo Dan = la 7. Panzer a été surnommée Division Fantôme, par la propagande allemande je pense, en raison de ses exploits sous Rommel.
Ça a dû vexer les hommes de la 11th Panzer, qui pouvaient s'attribuer ce surnom, attendu que leur emblème de division était un fantôme !!
En français, j'ai hésité et je pense qu'on peut résoudre la question en appelant la 11th Panzer "Division au Fantôme".
_________________
Casus Frankie

"Si l'on n'était pas frivole, la plupart des gens se pendraient" (Voltaire)
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
loic
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 9288
Localisation: Toulouse (à peu près)

MessagePosté le: Dim Juin 23, 2024 15:54    Sujet du message: Répondre en citant

OK !
_________________
On ne trébuche pas deux fois sur la même pierre (proverbe oriental)
En principe (moi) ...
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Casus Frankie
Administrateur - Site Admin


Inscrit le: 16 Oct 2006
Messages: 14039
Localisation: Paris

MessagePosté le: Lun Juin 24, 2024 08:36    Sujet du message: Répondre en citant

22 juin (fin)
Etat revenant
Tempête ! – Opération Zuzana
Slovaquie écrasée
– La grand-place de Banská Bystrica est abondamment ornée de croix gammées et de doubles croix d’argent sur pavois de gueules pour la venue de Monseigneur Tiso. On a même réussi à déblayer les décombres et à cacher un peu les traces des combats (point trop intenses, heureusement) qui s’y sont déroulés. Le maître de la Slovaquie vient remettre personnellement l’Ordre du Mérite aux glorieux vétérans ayant écrasé le soulèvement. Parmi eux, pas seulement des gardes Hlinka, mais aussi de nombreux Waffen-SS, pas forcément très flattés (un peu tout de même…). On y trouve notamment des Dirlewanger, voire quelques Ukrainiens de la Galizien !
Ce dernier choix, fort discutable au vu de l’hostilité tenace entre les deux peuples, fait grincer pas mal de dents. Son Excellence aurait-Elle perdu une occasion de se taire ? Surtout quand Elle évoque avec de grands mots obséquieux « les chevaliers de l’Occident chrétien face à la racaille apotaste » ! C’est bien possible… mais ce n’est pas comme si l’opinion des membres de la proto-armée d’un état croupion intéressait beaucoup les Allemands.
Une chose, en revanche, les préoccupe beaucoup. Elle obsède même carrément l’Hauptsturmführer Alois Brunner, tout juste arrivé de Bratislava. La chasse aux nuisibles ! Elle est enfin ouverte dans la région !

Slovaquie révoltée – Des engagements toujours marginaux mais coûteux se poursuivent dans le secteur de Slovenská Ľupča.
A Tisovec, la rébellion consolide ses positions en s’emparant de quelques reliefs alentours, dont des positions sur la route de Muráň (enfin sécurisée) et surtout de Hnúšťa. Impossible de faire plus, malheureusement, faute de soutien et à cause de la pluie – si les Américains avaient su qu’en débarquant dans ce trou perdu, ils pourraient avoir l’aviation avec eux !
Chez les Slovaques, Ján Golian s’attache toujours à consolider le fragile moral de ses troupes. Dans cette optique, Andrej Bagar – acteur antifasciste connu et ancien directeur (sous pseudonyme !) de Radio-Bratislava – improvise une troupe de théâtre, à l’intention notamment des blessés légers et des conscrits. Les jours suivants, prise d’une activité frénétique, la troupe ne donnera pas moins de 50 représentations, dans des cinémas, auberges, hôpitaux, voire parfois directement au milieu des camps de base. Le théâtre du front (Frontové divadlo) n’a sans doute pas une énorme influence – mais, à son niveau il fait tout ce qu’il peut.

Anabase en Slovaquie – Opération Ferdinand
Hauteurs autour de Poniky, au sud du barrage de Slovenská Ľupča
– La pluie dégouline sur le casque de l’Espagnol avec une régularité insultante. Mais l’homme, qui regrette sans doute sa sierra natale, n’en reste pas moins parfaitement immobile, allongé dans les fougères, indifférent à l’irritation aqueuse comme aux crampes. Stoïque, il attend.
Il attend qu’en face quelque chose bouge. Hier, il a été présumé que les guardabosque – ainsi qu’on les appelle désormais – utilisaient régulièrement ce petit chemin pour s’infiltrer jusqu’à Ľubietová, sur les arrières des positions des “réguliers” soviéto-slovaques. Alors, Javier attend. Avec un ou deux compatriotes et autant de Français du Foch, qu’on garde en arrière en cas de coup dur. Et après plusieurs heures à patienter dans ce fichu fossé de ce mierda de vallon, la chance sourit au chasseur. Une dizaine de gars sous leur Feldmutze (enfin, à son avis…) qui progressent rapidement d’arbres en arbres. Laissons-les venir. Ou pas ! Ils sont plus nombreux que son équipe et de toute façon, Javier n’a pas confiance dans les Francés qu’on lui a collés dans les pattes.
Non, il faut faire peur. Comme eux prétendent faire peur. Alors, calmement, Javier ranime ses muscles endoloris, épaule sur la crosse, pour viser le second homme de la troupe – celui qu’il présume être l’officier. « ¡ Hijo de puta, vas a pagar por todos los demás ! » Puis il presse la détente. Touché !… Bien d’autres corps s’entasseront vite ici.

Hongrie soumise
Enfants soldats – Faux espoirs
Ecole de cadets de Kőszeg
« Avant mon réveil, je fais des rêves bizarres : le Docteur Ambro me coupe le pied droit, et la Canne japonaise l’assiste. Puis je réalise que ce n’est pas mon corps qu’on opère, mais celui de mon frère. Je veux parler mais je ne peux pas… car je suis mort.
C’est plutôt une mauvaise façon de démarrer la journée, mais mon moral remonte après les exercices de callisthénie du matin. Pour la première fois de ma vie, j’assume la garde pour tout le bataillon. Comme symbole de ma nouvelle autorité, je porte un brassard et un holster de pistolet vide en cuir noir bien ciré. Au petit-déjeuner, je préside sous le portrait du Nemzetvezető Ferenc Szálasi, qui a remplacé celui de l’amiral Horthy, avec à ma droite mon ami Schramml, en charge de la compagnie A, et à ma gauche le cadet Gerlóczy, pour la compagnie B. Dans la grande cantine, il y a 20 tables à gauche, 20 autres à droite et surtout un total de 320 cadets tous en tunique noire, pantalon noir, boutons d’argent et bottes polies. Les aides sont occupés à servir le café et les rouleaux.
Il est des récompenses à la vie militaire : dignité, pompe et circonstances. Dieu est au Paradis et tous les justes sont à Sa droite.
Je passe dans la salle de garde. Uszta, le caporal ruthène, est toujours sur sa radio. Son frère est occupé dans le parc à des tâches de maintenance – il a la charge d’une demi-section de MUSZ, des juifs qui font des tâches ancillaires en uniforme. Les Ruthènes sont supposés apprendre le magyar, mais à partager leurs baraques avec les juifs, ce sont eux qui ont pris l’accent nasal de Budapest et les manières argumentées des juifs. Très amusant.
Les MUSZ sont exemptés de service au combat et ceux de Kőszeg sont encore plus privilégiés. Leurs travaux se limitent au jardinage – ramassage des feuilles mortes, taille, tonte, coupe de bois pour la bibliothèque des officiers ou la salle de jeu des sous-officiers. Ils ont tous l’air d’avocats et d’hommes d’affaires bien éduqués de Pest. Je me demande combien ils ont payé pour cette sinécure.
Je me promène avec Schramml jusqu’à la guérite d’entrée. J’envisage de lui présenter mon faon mais, me rappelant qu’Ágoston m’a déjà aliéné l’affection de la Canne, je décide finalement de ne rien en faire. Je n’ai plus de carottes, mais Bambi semble apprécier mes rouleaux et reste affectueuse.
Après déjeuner, au lieu de visiter l’hôpital, je me dirige vers le bâtiment de musique. Il y a des salles de cours pour toutes sortes d’instruments. Le bâtiment est normalement désert jusqu’à 4 heures, heure à laquelle les musiciens viennent pratiquer. J’ai donc toute la bâtisse pour moi et je joue du piano – j’apprends la Fantaisie chromatique et Fugue de Jean-Sébastien Bach. Il est presque 3 heures quand Schramml entre en trombe : « Retourne à la salle de garde tout de suite. Ils ferment l’école ! »
Je cours comme un dératé jusqu’à la pièce, où la radio diffuse, non pas une sombre proclamation comme celle du 13 avril, mais des marches et des chansons populaires. J’exige d’Uzta un ordre écrit du commandement, mais il n’en a pas et part du principe que l’instruction ne manquera pas d’être confirmée.
Alors que nous délibérons, le lieutenant de garde Faludi apparait. Il m’ordonne de trouver les MUSZ et de les renvoyer dans leurs cantonnements immédiatement. Uszta (le second) devra s’assurer qu’aucun n’entre ou ne sorte sauf instruction contraire. Je vais donc dans les locaux du jardinage. Quand j’y entre, quelqu’un lance “Attention !”
Ils sont huit autour de la table, à jouer au Klabiasz, le jeu de cartes favori du ghetto. Le chef du groupe est le Docteur Beifeld, un homme jovial et sympathique, fournisseur de figues sèches à mon intention. Mais je suis en service et cette fois, je ne saurais accepter de cadeaux. J’ordonne à Uszta de confisquer les cartes et je prévois d’écrire un rapport sur l’absence d’encadrement des MUSZ, le fait que leur travail n’avance pas, et que les deux frères ruthènes s’absentent souvent pour aller bavarder en salle de garde.
Il y a des protestations. Avec le peu qu’il y a à faire, pourquoi s’énerver ? Hé bien nous sommes jeudi, pas Sabbath, et il n’y a pas de raison qu’ils aient deux jours de congé dans la semaine ! Surtout en temps de guerre.
Je retourne vers le lieutenant Faludi. La radio joue toujours des chansons. Puis, après avoir longtemps attendu une réponse formelle, je signe mon rapport, rentre au dortoir et informe mes camarades de ce que je sais.
Peu importe si l’école ferme, il y a un consensus favorable à la poursuite de la guerre avec les Allemands, surtout contre les Soviétiques. Nous avons tous vu comment les Anglais ont craché dans la main que le Régent leur avait tendue ! Et certains camarades se rappellent les atrocités de la République populaire hongroise de 1919. Leurs chefs, exilés à Moscou, diffusent toujours leur propagande anti-nationale dans le monde entier. Ce sont les responsables des bombardements terroristes sur la Hongrie ! Certains d’entre nous ont perdu des proches dans ces attentats. D’autres ont vu leurs familles expulsées de Transylvanie, à la pointe des baïonnettes des forces roumaines pro-rouges.
Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes.
Un régime soviétique en Hongrie ? Nem, Nem Soha (1) !
Une seule voix dans la pièce glisse que ce n’est pas ce qu’aurait voulu le régent Horthy. Je lui réponds que le régent a agi en pantin naïf des Anglais. Nous avons besoin d’une motivation totale pour combattre les Soviets car si nous perdons, il n’y aura plus d’Honvèd, plus d’école pour cadets, plus de cadets et plus de Nation hongroise. »

(Boy Soldier – Budapest 1944, par Ervin Iván Galántay, Militaria 2007)





Pologne désolée
Spectateurs de l’Histoire
Lublin
– Les loyalistes du gouvernement polonais, regroupés autour de la figure tutélaire du président Raczkiewicz, observent avec intérêt – mais avec tout même un fond d’amertume – la probable dernière étape de la libération de leur pays, l’opération Oder. De la libération des Occupants allemands, du moins… Ils regrettent, bien sûr, qu’il n’y ait guère de troupes polonaises engagées et, pire, qu’il n’y ait pas du tout de troupes amies – de leurs vrais amis, s’entend, ceux qui sont avec eux depuis le début. Et ils sont inquiets, bien sûr, car il n’échappe à personne que les Soviétiques et leurs séides ont déjà leurs projets pour l’avenir du pays.
L’unification des gouvernements polonais a tué dans l’œuf toute velléité d’action indépendante : les rares structures survivantes de l’AK – du moins celles qui obéissent encore – seront assurément contraintes de se signaler puis de collaborer avec l’Armée Rouge, puisque les autorités légales le leur ordonnent. Cependant, elles donnent aussi le plus souvent sans hésiter les noms et adresses de leurs chefs. Ce qui pourrait coûter cher – plus tard.
Tout ceci, les anciens exilés le savent. Mais ils ne peuvent rien y faire – sinon observer, et tenter d’adoucir le sort auquel ils ont consenti pour leur pays (et leurs personnes), en livrant eux-mêmes les rares armes qu’il leur reste. Désormais simple miroir aux alouettes des espoirs déjà déçus de tous les patriotes polonais, le gouvernement du président Raczkiewicz reste ainsi sur le bas-côté, simple spectateur de la libération de son propre sol.
Ce soir, pour fêter le début brillant de la nouvelle offensive, il y aura assurément un dîner de gala, où il faudra porter des toasts… Pour ajouter l’insulte à la blessure ?

Hongrie et Balkans
Bonne précaution
Moscou
– Alors même que les opérations semblent enfin se précipiter en direction du Danube, la Stavka semble s’inquiéter du fait que certains incidents passés pourraient bien se répéter si l’on n’y prenait garde. Elle émet donc une ordonnance relative à l’identification de ses engins. Dorénavant, tous les blindés et engins motorisés en tête de colonne en Hongrie et dans les Balkans devront avoir une croix blanche peinte sur le toit, ainsi qu’une large bande blanche sur les bords de la tourelle ou sur les flancs. Pas génial, certes, pour le camouflage, mais ça devrait éviter les tirs “amis” de la part des capitalistes.
Evidemment, cette signalisation sera dûment communiquée aux ambassades et officiers de liaison concernés – en prenant bien garde qu’elle atteigne Belgrade. Ces royalistes yougoslaves sont si… maladroits ! Croix et bande blanches feraient de belles cibles. Or, il ne faudrait pas que ces fanatiques tentent “par accident” de déclencher un nouvel affrontement mondial ! Le monde en général et l’Union Soviétique en particulier n’ont pas besoin d’un nouveau Gavrilo Prinzip (il paraît d’ailleurs que le gouvernement yougoslave envisage de sculpter la position de celui-ci sur le pavé du coin de rue d’où il a tiré sur François-Ferdinand !)…


Note
1- Non, Non Jamais ! – Slogan irrédentiste d’avant-guerre.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Anaxagore



Inscrit le: 02 Aoû 2010
Messages: 10336

MessagePosté le: Lun Juin 24, 2024 08:45    Sujet du message: Répondre en citant

Bon, monseigneur Tiso vend vraiment la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Le soulèvement "écrasé" est actif dans le paragraphe suivant de la chrono. Après être descendu aussi loin dans l'antisémisme et dans la Collaboration, Tiso doit souffrir des vertiges des profondeurs.
_________________
Ecoutez mon conseil : mariez-vous.
Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
John92



Inscrit le: 27 Nov 2021
Messages: 1116
Localisation: Ile de France

MessagePosté le: Lun Juin 24, 2024 09:06    Sujet du message: Répondre en citant


22 juin (fin)
Etat revenant
Tempête ! – Opération Zuzana
Slovaquie écrasée


Surtout quand Elle évoque avec de grands mots obséquieux « les chevaliers de l’Occident chrétien face à la racaille apotaste (apostate) » !

Slovaquie révoltée – Des engagements toujours marginaux mais coûteux se poursuivent dans le secteur de Slovenská Ľupča.
A Tisovec, la rébellion consolide ( ) ses positions en s’emparant de quelques reliefs alentours, dont des positions sur la route de Muráň (enfin sécurisée) et surtout de Hnúšťa. Impossible de faire plus, malheureusement, faute de soutien et à cause de la pluie – si les Américains avaient su qu’en débarquant dans ce trou perdu, ils pourraient avoir l’aviation avec eux !
Chez les Slovaques, Ján Golian s’attache toujours à consolider (renforcer ?) le fragile moral de ses troupes.

Hongrie soumise
Enfants soldats – Faux espoirs
Ecole de cadets de Kőszeg
« …
Je passe dans la salle de garde. Uszta, le caporal ruthène, est toujours sur sa radio. Son frère est occupé dans le parc à des
tâches (activités ?) de maintenance – il a la charge d’une demi-section de MUSZ, des juifs qui font des tâches ancillaires en uniforme.
… »


_________________
Ne pas confondre facilité et simplicité
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Hendryk



Inscrit le: 19 Fév 2012
Messages: 3336
Localisation: Paris

MessagePosté le: Lun Juin 24, 2024 09:44    Sujet du message: Répondre en citant

Anaxagore a écrit:
Bon, monseigneur Tiso vend vraiment la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Le soulèvement "écrasé" est actif dans le paragraphe suivant de la chrono. Après être descendu aussi loin dans l'antisémisme et dans la Collaboration, Tiso doit souffrir des vertiges des profondeurs.

Quelle médisance! un homme d'Eglise!
_________________
With Iron and Fire disponible en livre!
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Archibald



Inscrit le: 04 Aoû 2007
Messages: 9875

MessagePosté le: Lun Juin 24, 2024 10:04    Sujet du message: Répondre en citant

...de toute façon, Tiso niait tout, en bloc. Ca explique pourquoi il brûle en en-fer pour l'éternité. Arrow
_________________
Sergueï Lavrov: "l'Ukraine subira le sort de l'Afghanistan" - Moi: ah ouais, comme en 1988.
...
"C'est un asile de fous; pas un asile de cons. Faudrait construire des asiles de cons mais - vous imaginez un peu la taille des bâtiments..."
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Fantasque Time Line Index du Forum -> 1944 - Le front russe Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Aller à la page Précédente  1, 2, 3 ... 28, 29, 30 ... 45, 46, 47  Suivante
Page 29 sur 47

 
Sauter vers:  
Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas voter dans les sondages de ce forum


Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com