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Prisonniers et évasions, par Menon-Marec
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Psichari



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Messages: 9
Localisation: Catalogne du Nord

MessagePosté le: Lun Jan 03, 2011 00:26    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Anaxagore Posté le: Dim Jan 02, 2011 12:25 Sujet du message:

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J'ai trouvé le récit de l'évasion du capitaine Henry Fournier-Foch (petit fils DU Foch de 14-1, évadé en 45, il rejoignit l'armée soviétique fut fait lieutenant-colonel (Podpolkovnik) par le maréchal Joukov.

En fait plus de 10 000 occidentaux (civils et militaires), dont 3000 français furent recueillis en Poméramie par les Soviétiques. 800 Français furent temporairement intégrés dans les unités du train de l'Armée Rouge ( qui manquait d'effectif), deux cent d'entre eux prirent le contrôle (de fait) d'un poste d'approvisionnement. Les 600 autres étaient dispersés dans des unités soviétiques, un soldat français trouva même la mort dans les rangs soviétiques.

A noter que Fournier-Foch avait obtenu du maréchal Joukov de récuppérer tous les prisonniers français fait par les Russes, il pensait d'abord aux "Malgré-Nous" mais se retrouva également avec plus de 500 S.S. français de Charlemagne ainsi que des membres de la LVF. Il se fera un point d'honneur à les ramener en France pour être jugé sauf trois qui " s'échapperont", ou plutôt qu'il laissera partir. Un sera abattu.

Juste une détail, mais comme qui dirait, le Diable se cache dans les détails
Pour la LVF, je la croyais dissoute FTL à cette date. De mémoire, dans le contexte de carence en troupes et de prise en main des forces armées après le 30 juillet, la SS avait obtenu que tous les Français combatants seraient intégrés à la 33ième SS PanzergrenadierDivision (y compris les marins égarés dans la Kriegsmarine). Ceci n'empêchat pas cette unité d'être plutôt fantomatique et de n'être au final plus un symbole qu'une réelle unité combatante (cf de Mazière dans le Chagrin et la Pitié).
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Sam Jan 15, 2011 22:33    Sujet du message: Répondre en citant

Nouvelle livraison de Menon-Marec ! Un plaisir, comme toujours.
Certains chiffres pourront (peut-être) être discutés, ce Forum est là pour ça.




9 janvier 1942
Saïgon
– Le paquebot-poste Leconte de Lisle, des Messageries maritimes (15 000 tonnes), s’engage sur la rivière dès la nuit tombée, malgré les dangers de la navigation nocturne sur une voie fluviale dont le service colonial des Phares et Balises peine à suivre les déplacements des bancs de sable et des vasières. Après cinq heures éprouvantes, il atteint enfin la mer libre et met aussitôt le cap sur Singapour. Il n’y fera – s’il y arrive – qu’une brève escale avant de se diriger, pleins de mazout recomplétés “à ras de nable”, vers la Nouvelle-Calédonie.
On a espéré au palais Norodom , avec l’optimisme du désespoir, que l’aviation ou les sous-marins japonais n’interrompraient pas prématurément le parcours. Le Leconte de Lisle, très endurant et tenant bien la mer, a des machines vieillottes à triple expansion et n’est guère plus rapide qu’un cargo : 13,5 nœuds de vitesse commerciale moyenne et à peine 15,5 nœuds « lège, tout dessus et vent dans le cul ». Sa principale protection est constituée par d’énormes croix rouges, censées garantir aux guerriers du Soleil Levant que les seuls passagers du navire sont des non-combattants.
Le navire transporte en effet, pour l’essentiel, deux cents femmes, enfants et personnes âgées, qu’il devenait urgent d’évacuer d’Indochine, ainsi que quatre-vingts blessés graves et malades, militaires et civils : on préfère qu’ils quittent l’hôpital Grall tant qu’il en est encore temps. Ils seront soignés pendant la traversée par deux médecins de la Marine, en instance de rapatriement en Métropole depuis l’automne 1939 et enfin relevés, aidés par des religieuses de la congrégation des sœurs de saint Vincent de Paul . Si tout va bien, après Nouméa, les évacués doivent être transportés « dès que la situation le permettra » (et qu’un bateau sera disponible) jusqu’à Madagascar, en principe à Tananarive et Diego Suarez.
Le manifeste du Leconte de Lisle indique également la présence à bord d’une demi-douzaine de prisonniers japonais, mais tous sont plus ou moins gravement blessés. Ils doivent être transférés à la première occasion en Polynésie, où l’Administration tente de promouvoir la culture du riz, sans grand succès à la vérité, depuis le début des années 30 .
Le destin, si souvent grimaçant en temps de guerre, va consentir à sourire aux occupants du Leconte de Lisle : tous arriveront à bon port !


17 janvier 1942
Alger
– Le général de Saint-Vincent transmet au seul Paul Reynaud, sans aucun commentaire, un mémorandum rédigé à son attention par le capitaine Hervé Alphand, en charge des affaires financières à la DGPI.
Alphand, inspecteur des Finances dans le civil – ce qui confère du poids à son texte – commence par noter que le budget attribué à la DGPI pour sa première année d’existence a été dépassé de près de 50 %. « L’équilibre réglementaire des recettes et des dépenses, ajoute-t-il, n’a pu être rétabli, à quatre reprises, que par des avances de trésorerie consenties par amitié par la Banque de France et régularisées ex post grâce aux dotations supplémentaires qui m’ont été accordées, à titre gracieux si je puis dire, hors budget de la Présidence du Conseil en tout cas, par la bienveillance du ministre des Finances, M. Vincent Auriol. » Cette situation n’a rien que de normal, de l’avis d’Alphand, puisqu’il était difficile aux fonctionnaires de la Direction du Budget d’établir à la fin 1940 une prévision cohérente en l’absence de toute autre référence que la liquidation des comptes – demeurés rue de Rivoli à Paris, il va de soi, et reconstitués au mieux de mémoire – du Commissariat aux Prisonniers de la Première Guerre.
Toutefois, prévient-il, « si le budget attribué à la DGPI pour 1942 a bel et bien été majoré, selon la logique, de 50% – soit 100 529 100 francs au total dans la loi de Finance 1942 – je suis d’ores et déjà contraint d’attirer l’attention du Gouvernement sur la nécessité d’anticiper une nouvelle hausse des charges prévisibles de la Délégation, ne serait-ce qu’en raison de l’augmentation des coûts de ses missions. Je fais ici allusion, en particulier, aux débours entraînés par l’accélération du recrutement de personnels de terrain, rémunérés en permanence ou plus occasionnellement défrayés, en sus de l’accroissement (à considérer, bien entendu, sous un angle positif) des dépenses liées aux évasions. » Alphand poursuit : « Je ne crois pas m’aventurer en chiffrant à 18% au moins le déficit à prévoir par rapport à la dotation votée pour cette année. Ce qui me pousse à annoncer par avance que nous viendrons, à brève échéance, demander à la présidence du Conseil une rallonge de 20%, soit 20 105 821 francs arrondis, si l’on veut, à 20 millions de francs, à nous verser en septembre ou, au plus tard, en octobre 1942. Faute de quoi la Délégation pourrait se trouver en cessation de paiement, ce qui la jetterait dans l’illégalité et, j’en suis convaincu, porterait atteinte au moral de ses exécutants militaires autant que de ses agents civils. » Et Alphand de conclure, en expert : « Sans doute serait-il expédient d’en ordonnancer dès maintenant les crédits. »
Paul Reynaud fait établir deux copies du texte d’Alphand, destinées à Vincent Auriol et au général de Gaulle. Il les apostille de sa main : « M’en parler ».


6 février 1942
Madrid
– Un télégramme urgent de François-Poncet à la Rue Michelet annonce que les autorités franquistes ont fermé à midi le camp de Miranda. Les derniers internés étaient deux sierzantów de la cavalerie polonaise (18e Uhlans de Poméranie et 9e Lanciers d’Ukraine) arrivés là après un périple à pied et en vélo de près de sept mois via la Slovaquie, l’Ostmark , le Liechtenstein, la Suisse, la France du NEF et la traversée des Pyrénées dans les premières neiges d’automne. Ils ont été remis en début de matinée à un diplomate dépêché par la “haute délégation” de France (la Pologne n’est plus représentée à Madrid depuis octobre 1939), en présence d’un aréopage espagnol présidé par le capitaine-général de la province de Burgos. Ils ont fait connaître leur intention de rejoindre les unités polonaises basées en Afrique du Nord.
Ils ont reçu des sauf-conduits français dûment enrichis des visas de la Seguridad, du Cuerpo nacional de Policía et de la Guardia civil. Ils seront accompagnés jusqu’à Madrid, y prendront quelques jours de repos dans un couvent de camaldules dont le père abbé est un compatriote, puis seront escortés jusqu’à Cadix où ils embarqueront sur le premier navire allié en partance pour un port d’AFN.
À l’heure où il rédigeait son texte, François-Poncet ignorait que Miranda serait rouvert dès le lendemain, mais ne recevrait plus, désormais, que des Espagnols : anciens combattants des armées républicaines, syndicalistes, militants des partis de gauche, carlistes dissidents, autonomistes basques et catalans, voire étudiants turbulents.


22 février 1942
Berne
– L’ambassadeur de France, Raymond Brugère, est « appelé » – non « convoqué », la nuance est d’importance – au Département Politique où le titulaire du portefeuille, le conseiller fédéral Marcel Pilet-Golaz, lui « présente » – et non lui « remet », autre nuance – une « note verbale » (c’est à dire, en langue diplomatique, un document écrit) d’une brièveté cinglante, flétrissant « les violations répétées de la neutralité de la Suisse dont se sont rendu coupables plusieurs services français, tant officiels qu’officieux. » Le texte précise, menaçant : « La Confédération, attachée à la permanence de ses bonnes relations avec la France depuis le traité de Paix perpétuelle de 1516, regretterait profondément d’avoir à tirer les conséquences des atteintes portées à ses doits et prérogatives d’État souverain. »
Verbalement, avec une courtoisie obligée qui dissimule moins son agacement qu’elle ne le met en exergue, Pilet-Golaz indique à Brugère que le Conseil fédéral s’est ému d’un rapport de la Bupo, chargée des tâches de contre-espionnage, qui faisait état de la présence sur le territoire helvétique de deux – d’au moins deux – réseaux de renseignement français et d’une filière d’évasion. « Ce que, dit-il, ne nous pouvons, ni ne voulons, tolérer. Notre neutralité l’interdit. »
Le diplomate français, gardant le calme qui sied à sa fonction et sachant, par ailleurs, ce que parler veut dire, s’abstient de faire remarquer à Pilet-Golaz qu’au Palais fédéral, on n’a pas craint, à l’occasion, de prendre avec les exigences de la neutralité quelques liberté au profit de l’Axe, dont les Alliés se sont émus. Il préfère nier avec des trémolos (peut-être excessifs) dans la voix les faits reprochés à la France, et il ajoute : « Je suis sûr, monsieur le conseiller fédéral, que mon gouvernement, auquel cette note sera communiquée sur l’heure, en rejettera les assertions que je juge pour ma part sans fondement. Permettez-moi de former l’espoir, cependant, que ce… cette péripétie… ne nuira pas de manière durable aux rapports de votre pays avec le mien. »
On en reste là et on se quitte avec froideur.
Cloisonnement oblige, Raymond Brugère ignore tout de l’organisation montée par le BCRAM en Suisse – alors que le colonel Masson, lui, et pour cause, la connaît presque sur le bout du doigt. S’il sait, d’autre part, que les consulats de Zurich et de Genève ont eu, et ont encore, à traiter régulièrement les dossiers des « évadés spontanés », on lui a caché que la DGPI a créé des dispositifs de recueil de « ses » évadés – des « portes d’entrée » à Bâle, Schaffhouse, Saint Gall, Coire et Lugano, et deux « portes de sortie » à Genève et la Chaux-de-Fonds. À quoi s’ajoute l’équipe des « accompagnateurs », soit une huitaine de Suisses francophiles (dont un ancien capitaine au 1er REC, réformé pour blessures reçues au Maroc en 1933-1934, et deux anciens sergents du RMLE de 14-1Cool, qui escortent les évadés en territoire helvétique, de l’entrée à la sortie, afin de leur épargner toute anicroche ou faux pas. Ils sont ensuite pris en charge, de l’autre côté de la frontière, par l’une des filières du “métro”.


28 février 1942
Alger
– Dans sa chronique hebdomadaire sur Radio Sottens, captée par le service des Écoutes d’Havas libre, René Payot souligne que la colère de Marcel Pilet-Golaz a été quelque peu bridée par ses collègues du Conseil fédéral. Le responsable du Département politique, selon Payot, a été contraint de renoncer à convoquer Raymond Brugère comme un sous-fifre et à lui remettre un véritable ultimatum fulminant une menace de rupture des relations diplomatiques.
Les autres conseillers fédéraux, peut-être plus réalistes que le titulaire du Département politique, ont considéré que le représentant de la France devait continuer d’être traité avec la courtoisie de tradition, révèle René Payot. Ils ont estimé que la fermeté de ton suffirait à indiquer à Alger l’intensité de l’agacement de Berne, sans qu’il soit besoin d’y adjoindre une bravade, inutile au mieux et pernicieuse au pire : la Suisse aurait plus à perdre qu’à gagner à se priver de relations normales avec le gouvernement d’Alger, qui dispose d’une large palette de possibilités de rétorsion, aussi délicate que soit sa situation.
À la suite de la diffusion de cette chronique, les rapports personnels de Pilet-Golaz et de Payot, pourtant romands tous les deux et d’opinions également conservatrices, vont entrer pour un certain temps dans une phase de tension…


4 mars 1942
Alger
– Dominique Leca reçoit le général de Saint-Vincent et Hervé Alphand. Il leur indique que Vincent Auriol, à la demande de Paul Reynaud, a accepté de prévoir pour la DGPI une rallonge de treize millions, à verser en deux tranches au 1er juillet et au 1er novembre.
« Messieurs, précise Leca, notre ministre des Finances n’a pas pensé pouvoir accorder davantage à vos demandes. Le président du Conseil l’a approuvé. Vous savez à quel point sont ténues nos ressources, et vous connaissez notre difficulté à alimenter le Trésor depuis l’été Quarante. Comme à nous tous, il vous revient de faire plus avec moins. »
Saint-Vincent et Alphand, sans l’avouer, sont tout à fait satisfaits : ils n’escomptaient pas recevoir plus de huit millions – et encore. Ils remercient avec chaleur.


18 mars 1942
Tokyo
– Les ambassadeurs du Portugal , de Suède et de Suisse remettent en commun une note verbale au ministère des Affaires étrangères.
Leurs pays respectifs ont été mandatés par les Alliés pour exiger que les prisonniers militaires et les internés civils américains, britanniques, français et néerlandais soient traités conformément aux conventions de Genève par les forces armées impériales. Ils réclament que les camps puissent être visités par les délégués du CICR. Surtout, ils s’alarment des rumeurs faisant état des mauvais traitements que les Japonais infligeraient aux détenus, en particulier aux soldats américains capturés aux Philippines et aux Britanniques (civils et militaires) capturés à Hong-Kong.
En dépit du secret ordonné par le gouvernement Tojo et imposé par une Kempetai aux méthodes expéditives, on commence à savoir que les conditions de vie dans les camps sont particulièrement abominables, même en ce qui concerne les femmes et les enfants. Les cas de torture seraient monnaie courante, et fréquentes les exécutions – au sabre – sans jugement.
L’inquiétude de Washington, de Londres et d’Alger est d’autant plus justifiée que ces informations semblent, hélas, corroborées par ce que l’on pu apprendre, au fil des années, sur les crimes et exactions commis par les Japonais en Chine. Par ailleurs, outre le faible nombre de prisonniers nippons (moins de deux mille au total), la menace de représailles serait sans effet, puisqu’aux termes du bushido, les prisonniers, déshonorés par essence, sont tenus pour morts.
D’ailleurs, le directeur Europe du ministère japonais, qui avait été chargé de recevoir les trois ambassadeurs, rejette la note verbale sans même vouloir la recevoir (contrairement à tous les usages) et lance : « Vous êtes, messieurs, à votre corps défendant, les porte-parole d’une insulte à notre Empereur. Le Japon n’oubliera pas ceux qui l’ont insulté. »


10 avril 1942
Paris
– Pierre Laval, en sa qualité de ministre de la Défense du NEF, reçoit un rapport de la direction de la Gendarmerie qui lui signale qu’en dépit de l’hiver – et d’une campagne de propagande lancée par Georges Scapini pour inciter les « exilés » à attendre d’être élargis par le Reich dans le cadre des échanges travailleurs-prisonniers, 2 431 évadés se sont fait connaître des brigades entre le 1er janvier et le 31 mars.
Ce chiffre, en lui-même inquiétant pour le régime, est corroboré par une statistique du ministère de la Défense : elle annonce, pour la même période, les demandes de régularisation de la démobilisation de 2 187 ex-prisonniers.


27 avril 1942
Palma de Majorque
– La France, la Grande-Bretagne et l’Italie procèdent pour la première fois à un échange de prisonniers grands blessés et malades graves. En négociation depuis près d’une année, cette opération avait achoppé à deux reprises sur les prétentions du Duce qui, clamait-il, entendait choisir lui-même les prisonniers italiens à échanger.
Il semble, à en croire les sources que le BCRAM s’est ménagées au Vatican, toujours informées des plus récentes évolutions de la politique du Palazzo de Venezia et de la santé du maître de l’Italie, que cette exigence répondait à deux motifs :
– privilégier la libération de militants fidèles du fascisme, à un moment où le régime, Mussolini l’ignore moins que personne, est de plus en plus contesté, y compris au Quirinal , et voit ses soutiens populaires s’effriter de jour en jour, d’autant que l’Église a franchement pris ses distances ;
– éviter de ramener en Italie les acteurs ou témoins, forcément aigris et non moins forcément sympathiques à l’opinion, des défaites italiennes les plus graves.
L’affaire, finalement, a dû être reprise ab initio par une délégation ad hoc du CICR, qui a fait de nombreux allers-retours entre Alger et Rome via la France occupée et l’Espagne. La délégation était dirigée par un Neuchâtelois, Max Petitpierre, avocat, professeur de Droit et député au Conseil des États (la chambre haute helvétique). Aussi ferme sur les principes que flexible dans leur mise en œuvre, Petitpierre était, incontestablement, l’homme de la situation. Il a fini par faire accepter des trois parties en cause un accord prévoyant en principe l’échange de 600 prisonniers italiens, sélectionnés sur critères sanitaires exclusivement par des médecins du CICR, contre 90 Britanniques et 110 Français (dont les trois quarts ont été relevés sur les champs de bataille des Alpes en juin, juillet et août 1940) .
L’Espagne, comme d’habitude, a accepté de s’entremettre, politique d’équilibre – ou d’équilibrisme – du caudillo oblige. Les prisonniers italiens détenus par la France en AFN et ceux que la Grande-Bretagne retenait en Égypte ont commencé d’être rassemblés à Alger peu après Pâques. Ils ont été transportés à Palma à bord d’un paquebot mixte portugais, le Mouzinho (8 000 tonnes, Companhia colonial de Navegação), qui a quitté Alger dans la soirée du 26. De leur côté, les prisonniers français et britanniques ont été conduits à Gênes en train et amenés à Palma par un cargo mixte, également portugais, le Lima (ex Westerwald, 5 825 tonnes, Empresa insulana de Navegação), qui a appareillé le 26 à l’aube.
Durant la navigation, les soins sont apportés par des équipes mixtes des Croix Rouges espagnole et lusitanienne, dirigées en la circonstance par deux chirurgiens suisses mandatés par le CICR. Les prisonniers italiens, à la demande expresse de la Curie romaine, à laquelle la France et la Grande Bretagne ont cru devoir déférer, bénéficient en outre de la présence d’un aumônier .
L’entrée des deux navires portugais dans la rade de Palma, peu après 10h30, est saluée par deux des plus beaux bâtiments de la marine espagnole (qui peine pourtant à se remettre de la Guerre civile). Le croiseur Canarias et le destroyer Ciscar, sous grand pavois, tirent une salve de 19 coups de canon chacun. Sur le quai, une compagnie de la 5e bandera de la Legión rend les honneurs.
L’escale, imposée par les Italiens, sera de courte durée. Une délégation de la Croix Rouge italienne s’assure que les 607 libérés du Mouzinho sont ceux dont les noms figuraient sur les listes remises par Alger et Londres au CICR, tandis que des représentants des Croix Rouges française et britannique viennent en faire autant pour les 184 passagers du Lima. On prend juste le temps de descendre du Mouzinho le colonello Luca De Cindareno, du 8e Bersagliers, gravement atteint aux yeux. De Cindareno est aussitôt transporté à Barcelone par un Ju-52 de l’Ejercito del Aire et confié pour une opération de la dernière chance au Pr Ignacio Barraquer, chirurgien ophtalmologiste de réputation mondiale.
Le Mouzinho et le Lima lèvent l’ancre avant midi et mettent le cap, respectivement, sur Gênes et Alger. Au passage, le Canarias et le Ciscar les saluent au sifflet.


29 avril 1942
Rome
– Benito Mussolini retrouve le ton triomphaliste des belles années du régime dans un éditorial du Popolo d’Italia où il présente comme une nouvelle victoire de l’Italie l’échange de 607 prisonniers italiens contre « à peine », prétend-il, 184 captifs français et britanniques. Avec davantage de lyrisme que de souci de la vérité, il écrit : « Voici la preuve administrée à tous que l’ennemi, sur les champs de bataille ou sur les tapis verts de la diplomatie, cède toujours, et s’inclinera toujours, devant notre volonté inébranlable. »
Conformément aux habitudes du fascisme, le texte du Duce est largement repris dans tous les journaux de la Péninsule, dans le service de l’agence Stefani et, à grands renforts de “Giovinezza”, dans les émissions de la radio.


1er mai 1942
Alger
– Jean Zay, agacé par les rodomontades de Mussolini, organise la contre-attaque. Une information « de source sûre » confiée à Havas libre et à Reuters, qui la diffusent dans l’heure, révèle que la France détient 104 300 prisonniers italiens dans les camps d’Afrique du nord, d’AOF et d’AEF relevant de la DGPI. La même information ajoute qu’avant l’échange du 27, l’Italie ne détenait, elle, que 8 740 prisonniers français : dans la plupart des cas, des blessés relevés après la fin des combats dans les ambulances de campagne ou les hôpitaux.
Pour enfoncer le clou, l’information précise que près de six mille Italiens se sont portés volontaires pour aller travailler, selon un régime de semi-liberté, sur les chantiers de travaux publics ou les exploitations forestières d’Afrique Noire : « On peut considérer que ces hommes-là, quoique captifs, sont plus libres qu’ils ne l’étaient dans l’Italie totalitaire » avait déclaré aux parlementaires de la Commission de la Défense nationale le général de Saint-Vincent, dont l’information reprend opportunément le propos.
Plus de 35 000 autres, toujours de « source sûre », sont employés au doublement de la voie de la ligne ferroviaire Casablanca - Alger - Tunis. Ils vivent dans des camps volants qui se déplacent au fil des travaux.


Notes
C’est le siège du Gouvernement général de l’Indochine et de la colonie de Cochinchine, ainsi que la résidence du Gouverneur. Rappelons que le palais impérial, lui, est situé à Hué, en Annam.
Loi de 1905 ou pas, la séparation de l’Église et de l’État fait l’objet de divers aménagements dans les colonies. À peine tolérées à nouveau en Métropole depuis l’Union sacrée de 14-18, les congrégations enseignantes et/ou soignantes y sont accueillies à bras ouverts, quand elles ne sont pas réclamées par les autorités coloniales.
L’un des prisonniers, l’enseigne de vaisseau de première classe Kohiro Kenzamatu, de l’aviation de la Marine impériale, capturé après un atterrissage forcé, refusera de regagner le Japon après la guerre par crainte du déshonneur et se fixera à Bora-Bora. Mettant à profit le savoir-faire hérité d’une longue tradition familiale, il deviendra le véritable créateur de l’industrie perlière de Tahiti.
Maréchaux des logis. On reconnaît ici un dérivé du français sergent.
C’est le nom du Gau formé par l’Autriche après l’Anschluß.
Peut-être par sympathie pour le régime de Salazar, les Japonais n’ont pas inclus Macao dans la «sphère de co-prospérité» et respectent la neutralité portugaise.
Gouvernement britannique et gouvernement néerlandais en exil.
Mussolini y avait son bureau, dans la Salle de la Mappemonde. Dans les grandes occasions (la déclaration de guerre à la France en juin 1940, par exemple), il s’adressait aux foules d’un balcon donnant sur la place de Venise (Piazza de Venezia).
La résidence royale.
En 1944, Max Petitpierre succèdera au Département politique de Berne à Marcel Pilet-Golaz avec qui les Alliés, qui jugent que sa politique, en dépit de la neutralité, favorisait outrageusement l’Axe, ne veulent plus entretenir le moindre contact.
Sans doute faut-il y voir une nouvelle preuve de l’importance attachée par les autorités françaises – laïcité de la République ou pas ! – à l’influence du cardinal Tisserant au Saint-Siège.
La gravité de certains cas justifie que les échangés italiens soient un peu plus nombreux que ce qui était prévu dans le protocole d’accord conclu sous l’égide du CICR, alors que, par suite des décès de malades ou de blessés parvenus en fin de vie, les Français et les Britanniques ne remplissent pas le quota.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Dim Jan 16, 2011 11:48    Sujet du message: Répondre en citant

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6 mai 1942
Londres
– Toute peine mérite salaire : le Joint Shipping Committee (Commission interalliée de la Navigation marchande) décide l’octroi à l’Espagne d’un navicert l’autorisant à importer des États-Unis l’équivalent de 100 kilomètres de voies ferrées, en rails (fournis par US Steel) et en traverses (chêne de Virginie et des Adirondacks), en sus de son contingent d’importation déjà fixé pour le trimestre. En outre, à titre officieux seulement, l’Office chérifien des Phosphates pourra dépasser de 25% en juin et en juillet son quota d’exportations vers l’Espagne – dont l’agriculture a bien besoin d’engrais.
Quant à lui, le Portugal recevra 5 000 tonnes de mazout en juin afin (en théorie) de compenser les consommations du Mouzinho et du Lima lors de l’échange de prisonniers d’avril.
À la vérité, le JSC a obéi aux instructions des gouvernements : tout ce qui peut pousser Madrid à desserrer ses liens avec le Reich est bon à prendre pour le camp allié, tandis que la Grande-Bretagne a tenu à faire entériner, une fois encore, le caractère “positif” – pour ce qui concerne la bataille de l’Atlantique en particulier – de la neutralité du Portugal. Il est vrai que l’alliance de Londres et de Lisbonne, si avantageuse pour les Britanniques, remonte au début du XVIIIe siècle.


23 mai 1942
Paris
– Pierre Laval, impuissant à résister aux pression de l’Occupant qu’exaspère la montée du flux des évasions de prisonniers, fait publier à l’Officiel du NEF ce que tout le monde (à commencer par Radio Alger) appellera dès le lendemain la « loi de prairial » . L’ordonnance du 1er octobre 1941, favorable à ceux qui réussissaient une évasion, est abrogée et remplacée par un simple décret.
Désormais, les évadés français (et étrangers) parvenus sur le territoire métropolitain devront être appréhendés par les « forces de l’ordre » , y compris par les « services d’ordre » des partis politiques autorisés (c’est à dire des composantes du Parti du Renouveau Français). Ils seront remis derechef aux autorités allemandes. Il n’est plus question de les munir de papiers, moins encore de les rendre à la vie civile et de leur verser une prime de démobilisation.


1er juin 1942
Genève –
Le CICR remet à la Mission permanente de la France auprès de la SDN et des autres organisations internationales un exemplaire de la synthèse des rapports de ses délégués après les visites des camps de prisonniers allemands et italiens en Afrique du nord, en AOF et en AEF, et même en Polynésie . Les inspections se sont échelonnées entre le 1er février et le 12 mai 1942.
Selon les chiffres de la Croix Rouge internationale, la France détenait, au 1er avril 1942, 35 847 prisonniers de guerre allemands (dont 6 951 aviateurs de la Luftwaffe et 1 185 personnels de la Kriegsmarine). Près d’un quart sont des officiers. À la même date, les camps dépendant de la DGPI recevaient 105 026 prisonniers italiens.
La synthèse du CICR retient à l’actif de la France le niveau satisfaisant de l’état sanitaire général et de l’hygiène, la qualité de la nourriture (parfois insuffisante en quantité, de façon ponctuelle, en fonction des pénuries locales – qui, notent les délégués, touchent également les Français civils et militaires), la régularité de la distribution du courrier et des colis et, sur un plan différent, les bons rapports établis, semble-t-il, entre les prisonniers et le commandement des camps. Au passif, par contre, le CICR considère que les horaires de travail (huit heures par jour en hiver, sept heures en été) sont trop longs, compte tenu du climat, en particulier sur les chantiers ferroviaires. Le CICR critique également le traitement que réservent quelques agriculteurs, en Algérie et au Maroc, aux prisonniers mis à leur disposition pour les travaux des champs et fait état, à ce sujet, de « mépris », voire de « sévices » quelquefois. Enfin, même s’il admet qu’il s’est agi d’un « volontariat authentique », le CICR s’interroge sur la conformité aux Conventions de Genève de l’envoi en AOF et en AEF de prisonniers italiens, affectés aux exploitations forestières « dans des conditions climatiques et morales très pénibles, sans possibilité, bien entendu, de retours réguliers en Métropole pour y recouvrer la santé ».
S’agissant des internements, qui ont touché, pour l’essentiel, la nombreuse colonie italienne de Tunisie (hommes seulement), la Croix Rouge constate que ces civils ne sont pas aussi bien traités que les militaires. Elle réclame une amélioration de leur ravitaillement et déplore l’absence de toute activité d’ordre culturel : « Il ne fait aucun doute que les internés civils sont moins bien considérés que les prisonniers de guerre. Leur sort n’est pas enviable. »
La Mission transmet aussitôt cette synthèse, en code, à la DGPI qui devra, selon les usages, y répondre dans un délai d’un mois.


6 juin 1942
Portsmouth
– Le lieutenant Airey Neave (Royal Artillery – 1st Battalion du Searchlight Regiment) débarque du HMS Spiraea, une corvette intégrée depuis Gibraltar à l’escorte de deux convois provenant, l’un du Brésil et d’Uruguay, l’autre d’Afrique du Sud. Neave s’est évadé de Colditz le 5 janvier en compagnie du tweedeluitenant néerlandais Anthony Luteijn. Ils ont mis à profit une représentation théâtrale pour s’enfuir du château par les coulisses.
Déguisés en officiers allemands, Neave et Luteijn, tous deux parfaits germanophones, sont parvenus à gagner la Suisse en quarante-huit heures par le train. Ils se sont séparés après une douzaine de jours de repos à l’ambassade britannique à Berne.
Luteijn, prenant l’identité d’un marinier d’Utrecht, s’est engagé à Bâle, comme matelot volant, sur un chaland automoteur qui continue d’assurer un minimum de trafic sur le Rhin, la Meuse et les canaux du bassin de la Ruhr au bénéfice de l’économie du Reich. Il a regagné son domicile en quatre semaines tout juste. Toujours déguisé en marinier, il a ensuite utilisé l'une des filières de la Résistance néerlandaise pour passer au Danemark, prétendument pour aller chercher chez Burmeister &Wain (Copenhague), des pièces détachées destinées aux diesels des automoteurs. Il est ensuite passé en Suède sur un bateau de pêcheurs (mode de transport courant à l'époque, y compris pour la petite communauté juive danoise), avant d’être exfiltré vers la Grande-Bretagne à partir de Malmö . Il arrivera au Surinam via la Guyane britannique.
Neave, lui, a été conduit à la Chaux-de-Fonds. Un passeur, agent occasionnel du MI 6, ex-contrebandier en cartes à jouer et en pierres à briquet, producteur d’absinthe par surcroît , l’a guidé jusqu’à Morteau (Doubs). Le “métro” de la DGPI (filière n° 8, Besançon - Port-Saint-Louis-du-Rhône) l’y a pris en charge par application de l’accord franco-britannique du 22 octobre 1941, entendu (ce n’est pas tout à fait la première fois) de manière extensive. La traversée de la France s’est faite à une sage lenteur car Neave, s’il manie la langue de Goethe à la perfection, ne parle le français qu’avec un accent de nature à réveiller le plus borné des Feldgendarmen ou à dégriser un gestapiste saoul perdu. Il n’a franchi les Pyrénées qu’à la fin mars. La Guardia civil l’a retenu quelque temps à Barcelone, puis à Madrid. Après quoi, selon l’illogisme propre aux régimes totalitaires, il a été transféré à Algésiras, en train, le 18 mai.
Il a été emmené le lendemain, à pied, jusqu’au seul point de passage praticable entre l’Espagne et Gibraltar : un couloir de cent cinquante mètres de long et d’une largeur d’un mètre (interdit, donc, à tout type de véhicule - en dehors des landaus d’enfant, blindés ou pas, plaisante-t-on sur le Rocher), qui zigzague entre des rouleaux de barbelés truffés de mines du côté espagnol et de booby traps du côté britannique, avant d’emprunter la seule solution de continuité ouverte dans les rangées de dents de dragon de béton, minées et piégées elles aussi, et entremêlées de ronce militaire, qui marquent physiquement la frontière. L’escorte – quatre gardes civils dépenaillés, mal rasés et aux équipements craquelés par la vétusté, menés par un capitán – a dû parlementer en sabir pendant une demi-heure avec les factionnaires et un staff-sergeant du 5th Battalion des Grenadiers Guard avant qu’un captain à l’œil excédé par vingt-trois heures de permanence – et un comprimé de benzédrine qui lui donnait la migraine – accepte enfin d’interrompre son breakfast tardif et de s’intéresser au cas de l’évadé. Home, sweet home !
Après un débriefing intensif – et Dieu sait qu’il avait bien des choses à raconter à ses interrogateurs ! – Airey Neave a été autorisé à embarquer à bord du Spiraea. Il a demandé à bénéficier d’une permission d’un mois, puis à reprendre un poste opérationnel. Avant que la corvette ne lève l’ancre, il a appris que le roi George VI l’avait promu au grade supérieur, à dater du 1er juillet 1940 à titre exceptionnel, et lui avait aussi décerné la Military Cross « for outstanding gallantry in action » - .
Selon les informations collationnées par la DGPI (représentée par Jacques Weygand, du cadre B, spécialement venu d’Alger, aux interrogatoires de Neave menés par une équipe du MI-6), une vingtaine d’officiers alliés ont pu s’évader de Colditz depuis le départ de Le Ray. Que l’OKH – qui semble n’avoir pas compris qu’il n’était peut-être pas opportun pour lui de rassembler en un seul lieu pareille collection de fortes têtes et de réfractaires – ait changé quatre fois le commandant de la forteresse depuis la première évasion n’y a rien fait.


17 juin 1942
Alger
– Le gouverneur de la Guyane, Robert Chot-Plassot, interrogé par la DGPI, indique dans un courrier qu’il ne lui paraît pas envisageable d’établir sur les îles du Salut, et singulièrement sur l’île du Diable, un camp disciplinaire pour les officiers de l’Axe prisonniers de guerre. Il écrit : « Les dépenses de construction des installations seraient prohibitives, compte tenu des conditions locales, et les coûts de fonctionnement certainement trop élevés. Par ailleurs, je ne suis pas persuadé que la Croix Rouge ne nous reprocherait pas d’exposer nos prisonniers à un climat d’une rudesse proverbiale. Enfin, je juge inopportun de créer sur le territoire de la colonie un nouveau lieu de détention, aussi provisoire soit-il, alors que la décision de principe de fermer tous les établissements pénitentiaires a été prise en 1939 et devrait être appliquée en totalité dès la fin de l’actuel conflit. »
Par contre, son collègue de la Martinique, le gouverneur Deproge, juge qu’établir un camp disciplinaire en Martinique « pourrait contribuer à ranimer l’économie, si déshéritée, de la Côte au vent (ici dénommée Capesterre) et présenterait, en même temps, toutes garanties du point de vue de la sécurité. » Il indique que ses services estiment à six mois le délai de mise en place d’un camp destiné à quelque 150 officiers et suggèrent de l’installer sur la presqu’île de la Caravelle, à proximité de la sous-préfecture de la Trinité .


22 juin 1942
Chalon-sur-Saône –
Le KdS de Dijon, dont l’Obersturmführer Klaus Barbie a récemment pris la direction, arrête quatorze hommes et femmes. C’est le point final d’une enquête lancée dès fin avril sur la filière n° 7 du “métro” de la DGPI (Nancy - Perpignan) grâce à des renseignements obligeamment fournis aux Allemands par le SONEF de Lyon, qui fait concurrence à celui de Paris pour le titre de fine fleur de la Collaboration.
Craignant une réaction de Résistance-Fer, le mouvement des cheminots qui paraît à l’origine de nombreuses actions de sabotage contre les transports de la Wehrmacht (et que les Allemands connaissent grâce à la récupération de tracts distribués à la volée dans les gares et les dépôts de la SNCF – et à des dénonciations…), Klaus Barbie fait ramener ses captifs à Dijon par la route. C’est un véritable convoi de Tractions Citroën pilotées par des hommes en manteau de cuir et chapeau mou noirs qui rallie la capitale de la Bourgogne.
Barbie estime avoir démantelé le cœur d’un grand Hexenkessel . Parmi ceux qu’il a pu faire appréhender se trouvent en effet le colonel Robert Fouré, de l’Infanterie coloniale, patron de la filière, et son adjoint, le capitaine Georges-Louis Rebattet, ancien chef de peloton monté au 28e GRDI .
Barbie savait que Fouré et Rebattet, venus de Paris, devaient tenir une réunion d’urgence au buffet de la gare de Chalon, devant un Viandox ou un café à l’orge grillé, avec trois de leurs responsables départementaux (Rhône, Côte d’Or et Saône-et-Loire). Mais il ignorait que la rencontre avait précisément pour but de remanier le dispositif opérationnel. La filière n° 7 devait en effet faire face à la situation créée par l’arrestation à Lyon d’un de ses agents par des miliciens – probablement par hasard. Arrêté le 22 avril, cet agent, maréchal-des-logis au 3e Régiment interarmes de l’armée du NEF (en garnison à Bourg-en-Bresse), n’a pu s’empêcher de parler sous la torture quelques jours plus tard.
Barbie se félicite – et juge qu’il mérite les félicitations de ses chefs – pour avoir réussi à appréhender en même temps, lors de son coup de filet, sept aviateurs de la RAF, dont un pilote tchèque du 312 Squadron, et leurs accompagnateurs : une femme, Laure Mutschler-Diebold, mariée depuis six mois à peine, et un ecclésiastique luthérien, le pasteur Paul Büchsenschütz, ex-lieutenant au 46e BCC. Mais ceux-ci – il faudra à Barbie plus de quatre mois, malgré ses méthodes, pour séparer enfin le vrai du vraisemblable - appartenaient à la filière n° 11 (Belfort - Collioure) constituée, presque exclusivement, d’Alsaciens et de Mosellans qui ont fui l’annexion de facto.
En fait, Barbie ne comprend pas qu’il ne s’agit que d’une coïncidence. En effet, les deux groupes se sont retrouvés au même moment dans la gare de Chalon par suite d’une malencontre (que le général de Saint-Vincent sanctionnera sèchement) : les régulateurs du “métro”, qui sont chargés de coordonner dans le temps les opérations des filières, ont failli.


8 juillet 1942
Paris
– Six des aviateurs de la RAF arrêtés à Chalon le 22 juin sont embarqués gare de l’Est dans un train à destination de l’Allemagne. Les deux officiers rejoindront l’Oflag VIII-A de Kreuzburg-Oppeln, en Brandebourg, via Berlin. Les quatre sous-officiers seront dirigés sur le Stalag Luft de Francfort-sur-le-Main (Hesse) via Cologne.
Mais le pilote tchèque du 312, le Flying Officer Jíri Ždenek DFC, huit victoires depuis l’été 40 sur Hurricane et sur Spitfire, a tout simplement disparu. On apprendra après la Libération que le poručik Ždenek, torturé sur l’ordre de Klaus Barbie – alors que les six Britanniques s’en tiraient avec des horions et quelques ecchymoses –, a succombé aux mauvais traitements. Sa dépouille n’a jamais été retrouvée. Une plaque sur le mur de la Maison d’Arrêt de Dijon rappelle son nom.


14 juillet 1942
Oran
– Quatre Italiens, un commandante d’Alpini, deux tenenti de la Regia Aeronautica et un sotto-tenente de l’Artigliera pesante, profitent des festivités de la Fête nationale pour s’échapper, à l’heure du déjeuner, du camp de Bou-Sfer, en Oranie, où sont détenus quelque 250 officiers de l’Axe.
Découverte seulement lors de l’appel du soir, cette évasion déclenche la fouille de tous les locaux du camp. On découvrira peu avant minuit que les évadés ont emprunté un tunnel d’une vingtaine de mètres. Il part de la cabane où sont stockés divers accessoires de sport – ballons, buts de football et de handball, filets de volley, boules de boccia, etc. – passe sous la double clôture de barbelés et débouche dans un bosquet de figuiers de Barbarie. Sans doute a-t-il été creusé durant les entraînements et les matches. L’ouvrage, rectiligne, étayé de bout en bout, fait honneur à la réputation des Transalpins dans le domaine du génie civil.
La piste des quatre évadés, suivie par deux chiens, se perd à moins de cinq kilomètres, sur la plage de Bou-Sfer. La gendarmerie, chargée de l’enquête, n’exclut pas qu’ils n’aient été recueillis dans la soirée par un sous-marin dépêché par Supermarina. Cette hypothèse revêt d’autant plus de vraisemblance que l’Arras a grenadé entre 22h10 et 22h30, sans succès apparent, un submersible inconnu décelé à l’hydrophone à moins de deux milles plein nord du cap Falcon.
Les responsables du camp sont forcés de conclure que les évadés ont pu donner rendez-vous à un sous-marin… par courrier, malgré la censure de celui-ci, peut-être par l’emploi de mots de code ou d’encres sympathiques.

(à suivre)


Notes
Par référence à la loi du 22 prairial an II (10 juin 1794) qui instituait la “Grande Terreur”, juste deux mois avant Thermidor.
Soit, du côté officiel, la police parisienne et les autres polices urbaines, la Gendarmerie, la Prévôté militaire, la Garde et la Milice, ainsi, en théorie, que les fonctionnaires des Douanes et ceux des Eaux et Forêts. Il est significatif que le NEF n’ose pas y inclure son armée.
Le centre de détention de Bora-Bora (à Faanui) reçoit 18 prisonniers de guerre japonais, dont un officier, le seul à bénéficier d’une case individuelle, et 21 internés civils japonais, allemands et italiens. Ils sont employés à la riziculture et à la production de coprah. L’administrateur des îles Sous-le-vent agit, pour ce qui concerne le centre, par délégation de signature du général de Saint-Vincent, à qui il doit faire rapport tous les deux mois.
Anthony (Tony) Luteijn suivait au printemps 1940 les cours de l’Académie militaire royale, en tant que cadet de l’Armées des Indes néerlandaises. Il avait obtenu son diplôme fin 1940, juste avant d’être traité en prisonnier de guerre par les Allemands pour avoir refusé de prêter un « serment de neutralité ». Il rejoindra les forces des Indes néerlandaises réfugiées en Australie et prendra part comme officier du Génie à de nombreux combats sur le théâtre d’opérations du Pacifique Sud-Ouest. Il trouvera la mort après la guerre, à la tête d’une des unités qui tentait de contrôler les violences qui marquèrent l'accession de l’Indonésie à l'indépendance.
En dépit de l’interdiction de l’absinthe en France et en Suisse à cause de la Première Guerre mondiale, une tradition de distillation clandestine de “verte”, relevant du folklore et presque tolérée, s’est maintenue dans le Jura helvétique jusqu’à nos jours – où la production a été à nouveau autorisée (2005).
Pour exceptionnelle bravoure au combat.
Devenu bien plus tard l’un des plus proches partisans de Margaret Thatcher, Airey Neave, qui s’était prononcé en faveur d’une politique d’extrême fermeté en Ulster, a trouvé la mort dans un attentat perpétré en 1979 par l’INLA, formation dissidente de l’IRA. Sa voiture avait été piégée dans le parking des députés à la Chambre des Communes.
Après la guerre, les installations du camp resteront quelques années désaffectées, puis elles seront réutilisées pour créer le premier VVF (Village Vacances Familles) des départements d'Outre-Mer.
Kommando der Sipo-SD: Détachement de la Police de sûreté et du Service de sécurité, qui dépendent tous deux du RSHA, sous l’autorité d’Heinrich Himmler. Les Français, ignorant les détails de l’organisation allemande, à la vérité brouillonne, engloberont en général les KdS sous l’appellation de Gestapo.
Chaudron de sorcière : les services de Himmler employaient volontiers ce mot, évocateur du sabbat de la nuit de Walpurgis, pour désigner les réseaux, au sens le plus large, de la Résistance.
Ce cavalier avait choisi Cheval comme pseudonyme.
Mot emprunté à la terminologie de la SNCF et de la TCRP.
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Anaxagore



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MessagePosté le: Dim Jan 16, 2011 21:00    Sujet du message: Répondre en citant

L'alliance Anglo-portugaise est plus ancienne que ça, elle date du XVème siècle. Durant la guerre de cent ans, la France était alliée à la Castille et convoitait le Portugal, pour échapper à l'appétit castillan, les portugais s'allièrent à l'Angleterre. C'est également cette alliance qui fit échouer la tentative d'unification du trône d'Espagne et de Portugal sous Charles Quint.
_________________
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Si vous épousez une femme belle et douce, vous serez heureux... sinon, vous deviendrez un excellent philosophe.
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Menon-Marec



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MessagePosté le: Dim Jan 16, 2011 21:23    Sujet du message: Répondre en citant

Pour Anaxagore: je ne parlais pas des temps proto-historiques, que je ne conteste pas, mais de la "belle et bonne alliance" scellée à coups de porto (un peu trafiqué au plomb et à l'antimoine, d'ailleurs, ledit porto, sous prétexte de conservation, d'où des Anglais goutteux en pagaille durant deux siècles ou à peu près) à partir - en gros - de la guerre de Succession d'Espagne.
Amts.
M-M.
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dak69



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MessagePosté le: Lun Jan 17, 2011 18:13    Sujet du message: Répondre en citant

Ah, la prose de Menon-Marec, aux arômes subtils d'un vieux Xeres...

Pour ma part, je modifierais légèrement la phrase suivante :

Citation:
Ils seront accompagnés jusqu’à Madrid, y prendront quelques jours de repos dans un couvent de camaldules dont le père abbé est un compatriote


sous cette forme :

Ils prendront quelques jours de repos dans un couvent de camaldules du Monte Corona, sis à proximité, et dont le père abbé est un compatriote, avant d'être accompagnés jusqu'à Madrid,...

En effet, le seul couvent de camaldules ibériques se trouve justement à Miranda del Ebro, et, comme il existe deux branches de camaldules, autant préciser de laquelle il s'agit

Bien amicalement
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Menon-Marec



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MessagePosté le: Lun Jan 17, 2011 18:41    Sujet du message: Répondre en citant

Alors là, je suis ébloui! Chapeau, Dak, et merci!
J'avoue un petit faible pour les camaldules depuis que j'ai visité, il y a quelques siècles, le couvent de saint Romuald en Ombrie.
Amts.
M-M.
PS. Je suis d'accord pour la rectification, selbstverständlich.
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Jan 19, 2011 11:54    Sujet du message: Répondre en citant

(suite)

26 juillet 1942
Dijon
– Le capitaine Rebattet est libéré par une équipe de six volontaires recrutés par la filière n° 7 dans l’armée du NEF, grâce à des amitiés nouées durant la Drôle de Guerre – six officiers et sous-officiers du groupe d’escadrons montés du 8e Régiment interarmes, en garnison à Autun. Armés d’une quinzaine de grenades OF, d’un FM 24/29 et d’un pistolet Ruby chacun, ils ont tendu une embuscade à la Citroën qui emmenait Rebattet pour interrogatoire de la maison d’arrêt au siège du KdS. Le chauffeur détaché par le NSKK, deux policiers du groupe de Barbie et l’interprète, un Alsacien du Sundgau jadis autonomiste, sont délibérément abattus au cours de l’opération.
Rebattet, engouffré dans un camion Renault à gazogène piloté par un ancien brigadier du 28e GRDI, va être caché dans une ferme près de Cluny, le temps de soigner les blessures légères reçues du fait des lancers de grenades. En septembre, Georges-Louis Rebattet, promu chef d’escadrons, sera affecté au commandement d’un maquis en cours de formation au Mont Mouchet, dans le Massif central, par le commandant Le Ray, avec l’accord d’Alger.
Contrairement aux informations, cependant fournies à la dernière minute par deux des gardiens français de la prison au lieutenant qui dirigeait les assaillants, la Traction ne formait pas convoi avec une autre voiture qui aurait transporté le colonel Fouré. Les informateurs bénévoles ignoraient qu’un autre Résistant – un de leurs collègues dont ils ne connaissaient pas, par suite du cloisonnement, les activités clandestines – avait introduit une poignée de sable dans l’orifice de remplissage d’huile de cette Panhard Dynamic sans soupapes, ce qui a ruiné ses chemises de distribution : elle n’a pas démarré derrière la Citroën.
Redoutant d’être sanctionné, Barbie ne prend pas de risques : le colonel Fouré sera expédié en Allemagne via Paris dès le lendemain. Transféré au camp de concentration de Buchenwald, il y trouvera la mort en janvier 1944.


1er août 1942
Alger
– Le général de Saint-Vincent adresse une note ultrasecrète au ministère de la Défense et à la Grande Chancellerie de la Légion d’Honneur (avec copie au BCRAM) afin d’être autorisé à solliciter auprès d’eux des décorations pour une catégorie particulière de prisonniers relevant de la DGPI : les interdits d’évasion. Cette catégorie, entrée en vigueur en février sous le sceau du secret, recouvre deux séries de prisonniers :
– les officiers et sous-officiers (parfois même hommes de troupe) qui occupent dans les Oflags et Stalags les fonctions décernées par la DGPI de chef de camp, de chef des évasions et de chef de la propagande, et leurs adjoints éventuels : il leur a été ordonné de rester à leur poste quoi qu’il arrive, sauf réception éventuelle de consignes contraires de la Délégation.
– les caporaux et soldats que leur affectation dans différents secteurs de l’économie allemande (ou italienne) met à même de recueillir des informations utiles aux futurs évadés ou aux services spéciaux : ouvriers des usines d’armement, terrassiers de chantiers de fortification ou riveteurs de la construction navale, mais aussi hommes de ménage dans les rames de la Reichsbahn (ou des FS) ou dans les imprimeries, par exemple .
Le patron de la DGPI fait valoir qu’ils encourent les mêmes dangers que les combattants de première ligne et qu’ils doivent se plier à la même discipline : « L’accomplissement de leur devoir requiert l’obscurité, à la différence de celui des hommes qui peuvent affronter l’ennemi face à face, sous les plis du drapeau, et exige, sans nul doute, davantage encore d’abnégation, écrit le général de Saint-Vincent. Mais il s’avère, je l’affirme, tout aussi nécessaire au salut de la Patrie et pas moins indispensable au succès de nos armes. Il doit être également porteur de gloire. »


4 août 1942
Fort-de-France
– Le gouverneur Deproge informe le gouvernement que les travaux de construction du camp disciplinaire prévu pour quelque 150 officiers prisonniers ont débuté au début du mois sur la presqu’île de la Caravelle. Si le rythme prévu est respecté – et il tiendra la main, il l’assure, à stimuler le zèle de ses services et des entrepreneurs – ils devraient être achevés pour le 1er janvier 1943. Ce qui supposera, ajoute-t-il, d’entamer les opérations de transfert des détenus d’Afrique du Nord en Martinique aux alentours du 15 décembre.
Par ailleurs, en accord avec le contre-amiral Toussaint de Quièvrecourt. commandant supérieur, le gouverneur requiert un renfort de gendarmes mobiles, évalué à une compagnie, pour assurer la garde du camp, en raison de la faiblesse des moyens de la colonie (un bataillon et un groupe d’artillerie des Troupes coloniales à base de jeunes recrues et de trentenaires, d’origine européenne ou créole , et un bataillon régional à deux compagnies légères de “pépères” créoles de plus de 38 ans). Il demande aussi l’envoi de deux enseignes de vaisseau et d’une cinquantaine d’officiers mariniers, quartiers-maîtres et matelots destinés à armer et à entretenir deux vedettes VP-1 (à convoyer d’AFN ou d’AOF par cargo, voire sur le pont d’un pétrolier en route pour Aruba) pour la surveillance au large.


14 août 1942
Oflag X-B, Sandbostel (Basse-Saxe)
– Le X-B ne compte pas moins de quatre récepteurs clandestins, grâce à l’aide des prisonniers du Marlag und Milag Nord (autre camp situé à Sandbostel, le MMN, administré par la Kriegsmarine, est réservé au personnel non officier de la Royal Navy, de la Marine Nationale et des marines marchandes alliées – ces marins se sont fait une spécialité de piller pièces détachées et outils permettant d’assembler des postes). C’est sur l’un de ces récepteurs que le capitaine Maurice Suire, du 19e BCC, entend sur Radio Alger, en ondes courtes, le message personnel qui lui est destiné : « L’oie va confier sa plume à ma tante – je répète, l’oie va confier sa plume à ma tante, deux fois ».
Ce galimatias n’est intelligible que par lui-même, le chef de camp et le chef des évasions du X-B. Ils apprennent ainsi qu’Alger a apprécié la « Synthèse des perspectives stratégiques » que Suire, dont la profondeur de vues a été notée dès son passage à Saint-Cyr, a élaborée, “de chic”, moins de douze jours après le déclenchement de l’opération Barbarossa . Ce travail s’est fait sous une couverture fort commode : officiellement, sans chercher à le cacher aux Allemands ni à ses quelques camarades favorables au NEF, le capitaine, qui s’est fait envoyer ses livres, occupe les loisirs de sa captivité en préparant le concours d’entrée à l’École de Guerre, dans un avenir qui reste, à l’évidence, frappé d’incertitude…
Sa « Synthèse » rédigée, Suire a pu, en deux semaines, la faire parvenir de l’autre côté de la Méditerranée . Il semble qu’Alger ait si fort apprécié ce travail que le “message personnel” demande en fait au cadre B de l’Oflag X-B d’entamer d’urgence des préparatifs en vue de l’évasion du capitaine.


20 août 1942
Alger
– Un décret non publié au Journal Officiel accorde au général de Saint-Vincent, au titre de la DGPI, les mêmes prérogatives qu’à un commandant d’armée (sous réserve d’observer les règles d’approbation et de régularisation) en matière d’avancement, de distinctions et de décorations pour « tous les personnels appartenant en propre à la Délégation ou relevant de son autorité ». Une lettre confidentielle , cosignée par le général de Gaulle et le grand chancelier de la Légion d’Honneur, précise et énumère les droits qui lui sont reconnus :
– attribuer des citations, y compris à palme, aux équipes du cadre B des camps et aux interdits d’évasion ;
– décerner motu proprio la médaille des Évadés à ceux qui, sans avoir le droit de s’évader eux-mêmes, organisent les évasions ;
– proposer directement à la Grande Chancellerie les uns et les autres pour la Légion d’Honneur ou pour la Médaille militaire, selon les cas ;
– accorder des promotions au grade supérieur, qui, comme le veulent les règlements, seront soumises à homologation et régularisation après la fin des hostilités.


26 août 1942
Villingen (Bade)
– Peu après minuit, le maréchal-des-logis chef Auguste Larrieux (71e RADLM) et le sergent Paul Gui (1er BCP) sont abattus au fusil par les gardes du stalag V-B, alors qu’ils tentent de s’évader.
Habillés d’uniformes teints en noir et retaillés pour leur conférer une coupe vaguement civile, les deux sous-officiers, munis d’une cisaille ramassée sur le chantier de construction d’une station radar par un caporal du Train appartenant au cadre B, avaient l’intention de pratiquer une brèche dans le double réseau de barbelés qui entoure le camp, en jouant sur un intervalle de six minutes entre les croisement des deux patrouilles. Ils entendaient ensuite se cacher le jour. La nuit, ils marcheraient en direction de la frontière suisse qu’ils escomptaient franchir en amont de Bâle. Ils avaient pu dissimuler dans leurs poches une carte de la région de la Forêt Noire et une boussole. Mais, pris dans le faisceau d’un projecteur, ils ont été tirés comme du gibier par les sentinelles de deux miradors.
L’événement soulève d’autant plus d’émotion qu’il est peu fréquent : la DGPI, suivant les informations fournies par la Croix Rouge, n’a décompté, depuis l’automne 1940, que 23 cas de prisonniers tués pendant qu’ils s’évadaient.


Notes
Le sucre est devenu trop rare pour être utilisé au sabotage du carburant…
Pour l’anecdote, on retiendra que l’interdiction d’évasion touche notamment trois cuisiniers de l’hôtel Adlon (dont le chef pâtissier), un barman de l’hôtel Kaiserhof (le préféré du Führer et des Gauleiters de passage à Berlin), un homme de ménage à la tour de contrôle de l’aérodrome de Tempelhof, et un dessinateur-projeteur en charge des bleus de fabrication du Junkers 390 au bureau d’études des usines de Dessau.
Rappelons que l’expression « créole » désigne les natifs des Iles, quelle que soit leur couleur de peau (Joséphine de Beauharnais était une créole : blanche créole ou « béké »). Il n’y a plus guère d’indigènes aux Antilles depuis la fin du XVIIe siècle (si l’on entend par indigènes les populations présentes avant 1492).
Après la guerre, Suire, devenu colonel, publiera avec le général Gambiez un traité de stratégie, « L’Épée de Damoclès - la guerre en style indirect » (Plon), sous le pseudonyme d’Éric Muraise une « Introduction à l’Histoire militaire » (Lavauzelle) et sous celui de X.B. Leprince (X.B. comme l’Oflag X-B de Sandbostel) un manuel de logistique, « Les Comptes de la cuisinière ». X.B. Leprince sera aussi son pseudonyme pour signer quelque douze romans destinés aux adolescents, publiés aux éditions Alsatia dans la collection Signe de piste.
Officier de renseignements pendant une partie de sa carrière, Maurice Suire entretenait des liens étroits, jamais totalement précisés, avec certains cadres de l’armée suisse.
Cette lettre, qui contenait des dispositions délibérément contra legem (notamment en ce qui concerne les règles d’attribution de la médaille des Évadés), aurait dû n’être accessible aux historiens et chercheurs qu’en 2042. Mais elle a été rendue publique en 1995 par le Pr Guy Pedroncini, dans « Des Étoiles et des croix », par suite d’une erreur de classement, semble-t-il, dans les archives de Vincennes.
Par l’une des ironies dont l’Histoire n’est pas avare, les gardes du camp de Villingen étaient armés de Lebel de prise…



(à suivre...)
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Cornelis



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MessagePosté le: Mer Jan 19, 2011 13:28    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Cette lettre, qui contenait des dispositions délibérément contra legem (notamment en ce qui concerne les règles d’attribution de la médaille des Évadés), aurait dû n’être accessible aux historiens et chercheurs qu’en 2042. Mais elle a été rendue publique en 1995 par le Pr Guy Pedroncini, dans « Des Étoiles et des croix », par suite d’une erreur de classement, semble-t-il, dans les archives de Vincennes.


Des erreurs de classement, mais monsieur ça n'arrive jamais ! Twisted Evil

Plus sérieusement, selon le régime de communication en vigueur en 95, les documents "intéressant la Défense nationale" sont communicables après 60 ans de délai, mais c'est surtout le grand assouplissement des années Jospin sur la période de guerre qui a permis la mise au jour d'un grand nombre de documents. Aujourd'hui, il existe une dérogation générale qui permet de communiquer tous les documents de la période de la guerre.

Un autre point serait que la médaille des Évadés crée en 1926 "pour la guerre 1914-1918 et les différents théâtres d'opérations extérieures" n'était pas décernable pour les combattants 1939-45, elle ne le sera (OTL) qu'après une ordonnance du 7 février 1944. Pour rester cohérent avec ce que Menon-Marec propose, on pourrait ouvrir la médaille à la même date avec un décret-loi ad hoc. Mais est-ce qu'il serait mieux de garder la décoration avec des dispositions contra legem, qui renforcent la clandestinité de la chose, ou de l'intégrer dans le texte ?


Décret-loi n° 42- du 12 octobre 1942


Le Président de la République française,
Sur le rapport du président du conseil, du ministre de la Défense nationale, du garde des sceaux, ministre de la justice, du ministre des affaires étrangères et du ministre de l'intérieur,
Vu la loi du 11 juillet 1938 relative à l'organisation générale de la nation pour le temps de guerre, et le décret du 28 novembre 1938 portant règlement d'administration publique pour l'application de ladite loi ;
Vu la loi du 19 mars 1939 tendant à accorder au Gouvernement des pouvoirs spéciaux

Le conseil des ministres entendu,

Art. 1er. — La médaille des évadés créée par la loi du 20 août 1920 est attribuée au titre de la guerre commencée en 1939 conformément aux dispositions suivantes.
Art. 2. — Seuls sont retenus les actes d'évasion effectués depuis le 2 septembre 1939.
Art. 3. — La médaille des évadés ne peut être accordée que si l'intéressé :
1° Ou bien est en mesure de prouver qu'il a réussi une évasion :
a) D'un camp de prisonniers de guerre régulièrement organisé et militairement gardé, où il était détenu ;
b) Ou d'un endroit quelconque où il était arrêté ou détenu, en raison de son action dans la résistance contre l'envahisseur et l'autorité de fait ;
c) Ou d'un territoire ennemi ou occupé on contrôlé par l'ennemi, l'évasion comportant le franchissement clandestin et périlleux d'un front de guerre terrestre ou maritime, ou d'une ligne douanière, étant entendu que les lignes de démarcation tracées en France ne sont pas considérées comme lignes douanières ;
2° Ou bien justifie :
a) De deux tentatives d'évasion consistant en sorties effectives et périlleuses d'une enceinte ou établissement militairement gardé et situé en dehors des limites territoriales métropolitaines imposées en fait par l'ennemi, si elles ont été suivies de peines disciplinaires ;
b) Ou exceptionnellement d'une seule tentative d'évasion réalisée dans les conditions prévues ci-dessus et ayant entraîné le transfert dans un camp de représailles connu ou dans un camp de déportation.
c) de l'appartenance à une organisation sous contrôle de la délégation générale aux prisonniers et internés ou de la direction générale des services secrets ayant entraîné l'instruction de ne pas tenter d'évasion.
Art. 4. — En aucun cas une mesure de rapatriement ne peut être invoquée pour ouvrir droit à l'attribution de la médaille des évadés, quelles que soient les circonstances qui ont amené l'ennemi à en décider.
Art. 5. — Les prisonniers de guerre évadés de camps, établissements ou territoires contrôlés par l'ennemi situés en France métropolitaine devront en outre, après leur évasion :
S'ils sont restés en France, avoir milité dans une organisation de résistance ;
S'ils ont quitté le territoire métropolitain, avoir servi dans une formation combattante.
Art. 6. — La médaille des évadés peut aussi être accordée :
a) Aux Alsaciens et Lorrains incorporés de force dans l'armée allemande et échappés de ses rangs si, restés en pays annexé ou encore occupé par l'ennemi, ils ont fait partie activement d'une organisation de Résistance ou si, après franchissement d'un front de guerre ou d'une ligne douanière, ils ont rejoint les armées alliées ;
b) Aux Alsaciens et Lorrains qui se sont évadés d'Alsace et de Lorraine pour se soustraire à l'incorporation de force dans l'armée allemande si leur évasion a comporté le franchissement clandestin et périlleux des limites de leurs provinces et s'ils ont ensuite soit milité dans la Résistance, soit servi dans une unité combattante ou en opérations.
Art. 7. — Nul ne peut prétendre au port de la médaille des évadés s'il a été, postérieurement à son évasion, l'objet d'une condamnation, sans sursis, pour faits qualifiés « crimes » par le code pénal ou le code de justice militaire.
Art. 8. — La médaille des évadés peut être accordée aux étrangers dans les mêmes conditions qu'aux Français, s'ils combattaient dans l'armée française ou dans les formations de la Résistance française, lors de leur capture ou de leur arrestation ou si, évadés dans les conditions définies par l'article 3, 1° c, ils ont rejoint une formation combattante.
Art. 9. — Dans des cas exceptionnels et compte tenu des conditions dans lesquelles s'est produite l'évasion ou le service rendu à l'évasion, l'attribution de la médaille des évadés peut être accompagnée d'une citation comportant l'attribution de la Croix de guerre.
Art. 10. — La médaille des évadés n'est accordée qu'une seule fois au titre d'une même guerre.
Art. 11. — Les modèles de l'insigne et du ruban, ainsi que de l'étoile en vermeil fixée sur le ruban pour indiquer une attribution de la médaille des évadés au titre d'une autre période d'hostilités, sont déterminés par arrêté du ministre de la Défense nationale.
Art. 12. — Une commission nommée par arrêté du ministre de la Défense nationale est chargée d'examiner les candidatures et de soumettre ses propositions à ce ministre, qui attribue la médaille par arrêté.
Art. 13. — Le président du conseil, le ministre de la Défense nationale, le garde des sceaux, ministre de la justice, le ministre des affaires étrangères et le ministre de l'intérieur sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret-loi, qui sera publié au Journal officiel de la République française.

Fait à Alger, le 12 octobre 1942.

Par le Président de la République
ALBERT LEBRUN

le président du conseil
PAUL REYNAUD
le ministre de la Défense nationale
CHARLES DE GAULLE
le garde des sceaux, ministre de la Justice

le ministre des affaires étrangères

le ministre de l'Intérieur
GEORGES MANDEL
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Casus Frankie
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MessagePosté le: Mer Jan 19, 2011 15:19    Sujet du message: Répondre en citant

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dak69



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MessagePosté le: Mer Jan 19, 2011 15:36    Sujet du message: Répondre en citant

Au sujet des radios dans les camps de prisonniers

Une radio à ondes courtes, même simplifiée au maximum, dans un camp de prisonniers, me semble être à la limite extrême du possible, à moins de :
- disposer de très très fortes complicités extérieures et pouvoir faire entrer le matériel
- ou se faire envoyer les composants stratégiques (lampes, mais pas seulement) dans des colis de la Croix-Rouge et planqués dans du pâté ou du pain d'épices et pouvoir faire échapper les dits colis aux contrôles (ça s'est fait OTL, mais je ne pense pas pour une radio à ondes courtes).
- disposer d'électricité ou de piles (les deux c'est encore mieux)
- avoir les compétences théoriques et pratiques nécessaires.

Par contre, une radio à ondes moyennes, pouvant capter du nord de l'Allemagne un émetteur par exemple écossais de la BBC, est beaucoup plus facile à faire et ne nécessite que du "basique" : écouteurs téléphoniques (le plus dur à trouver... dont un dont on récupère les fils du bobinage de l'écouteur pour faire la bobine d'accord), un peu de métal, du carton, une vieille lame ce rasoir rouillée, de la cire à bougie, des fils électriques, sans oublier le fil de fer à sécher le linge comme antenne. Prévoir quand même beaucoup de discrétion et du temps en abondance pour la mise au point !

Bien amicalement
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marc le bayon



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MessagePosté le: Mer Jan 19, 2011 19:42    Sujet du message: Répondre en citant

dak69 a écrit:
Prévoir quand même beaucoup de discrétion et du temps en abondance pour la mise au point !

Bien amicalement

Je crois que les prisonniers en disposent un peu...
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Menon-Marec



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MessagePosté le: Jeu Jan 20, 2011 15:36    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour à tous.
Je propose de reprendre la suggestion de Cornélis en la plaçant au 18 janvier 1941 (parution du décret de création de la DGPI), et en la faisant précéder du chapeau suivant:
"Le même jour - ce n'est pas une coïncidence -, un autre décret ouvre la possibilité d'attribuer à nouveau la Médaille des Évadés, dans des conditions proches de celles qui prévalaient pendant le premier conflit mondial".
On citerait ensuite le texte proposé par Cornélis, en l'amputant des articles concernant les organisateurs d'évasion: ce point, à mon avis, doit rester secret.
Qu'en pense-t-on chez les FTListes?
Amts, ainsi que l'on écrit à l'AFP.
M-M.
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Capitaine caverne



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MessagePosté le: Jeu Jan 20, 2011 16:24    Sujet du message: Répondre en citant

Bonne idée! Il pourrait même être rajouté un commentaire du style "Ce que le decret ne dit pas, notamment à propos des prisonniers....." accompagné d'un autre déclarant, "ce n'est qu'après la guerre, dans un amendement avec effet rétroactif au [date à fixer] que la chose fut régularisée"....
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dak69



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MessagePosté le: Jeu Jan 20, 2011 16:30    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
dans un amendement avec effet rétroactif


Il n'y a que dans les dictatures et autres régimes totalitaires qu'on voit ça !

Le deuxième décret publié quelques années plus tard est quand même plus conforme aux us de la République.
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