Introduction
Cette page héberge la traduction française de la Fantasque Time Line
(FTL). Comme vous l'aurez compris, il s'agit ici d'une fiction, plus précisément
d'une uchronie (histoire alternative). Le terme anglais est FFO (France Fights On - La France
continue la guerre). Par opposition, notre réalité historique est appelée
OTL (Original Time Line).
Tout a commencé le 30 novembre 2004 sur le Warship Discussion Forum, où deux
intervenants se sont interrogés sur la possibilité pour la France de rester dans
la guerre le 17 juin 1940, avec la proposition anglaise de "fusion" entre les deux puissances
alliées. Jacques Sapir (sous le pseudo de Fantasque) et quelques-uns de ses
collègues ont eu l'idée de tester sérieusement le scénario
auprès de leurs étudiants militaires et un groupe de travail s'est constitué
avec des chercheurs et des enseignants en stratégie, français mais aussi
américains, britanniques, italiens, russes ... Leurs étudiants se sont
intégrés au groupe et « jouent » les scénarios
tactiques développés à partir des contraintes stratégiques, politiques
et logistiques.
Le point de divergence (point of divergence ou POD en anglais), tout à fait initialement
articulé autour de l'éphémère idée (portée historiquement, entre
autres, par Jean Monnet) de fusion des nations française et britannique, a ensuite été
modifié, pour rendre le scénario plus crédible.
En effet, un certain consensus se dégage aujourd'hui pour estimer qu'au delà du 15 juin,
la situation évolue de façon irrémédiable.
Naturellement, la bataille de France est militairement perdue à partir de l'encerclement du GA1
à la fin mai. Mais les choses ne sont pas figées du point de vue politique, d'où un
flottement certain jusqu'à la prise de pouvoir par Pétain le 16 juin. Au niveau politique,
tout reste donc possible entre le 1er et le 15 juin et c'est dans ce contexte qu'il faut comprendre la
décision de poursuivre le combat à partir des colonies. Du point de vue militaire,
malgré l'opinion couramment admise aujourd'hui, les forces françaises n'étaient pas
réduites à néant, même si la Métropole était perdue à
court terme - encore ce court terme se mesurait-il en semaines et non en jours. L'Armée
de Terre conservait des forces importantes (voir l'ouvrage récent de G. Ragache), la Marine nationale restait la quatrième du monde
(après les Anglais, les Américains et les Japonais), l'Armée de l'Air conservait des
effectifs nombreux et avait déjà commencé à faire passer ses avions les
plus modernes en Afrique.
Par ailleurs, les armées allemandes se heurtaient à des difficultés logistiques
qui ne pouvaient aller qu'en s'aggravant.
Bien entendu, nombreux sont ceux qui préféreraient (et nous avec !) une hypothèse
étudiée par Jacques Belle dans son tome 1 ("Il fallait rester en Belgique le 15 mai 1940"),
à savoir la rupture du corridor des panzers par les Alliés et le rétablissement de
la liaison avec le GA1. Mais les conséquences sont telles qu'on s'éloigne radicalement de la
2e GM telle qu'on la connaît. Or, pour une simulation de cette ampleur, il faut un
référentiel auquel se raccrocher. Un "match nul" en Belgique et dans le nord de la France
aurait eu des conséquences qu'il est très difficile d'estimer (quid de l'attitude de Mussolini,
de Staline, de Franco ? Hitler est-il renversé par ses généraux ? l'économie
allemande s'enraye-t-elle ?).
Et n'oublions pas que, si nos armées réussissent à se "rattraper" en mai, on se
retrouve dans une situation politico-militaire relativement classique. L'Armée n'a pas failli, le
pouvoir politique ne faillira pas plus. Ce que nous souhaitions étudier, c'étaient les
conséquences d'une décision purement politique, qui ne dépendaient pas d'un "miracle"
militaire mais d'un choix moral. Il était probablement plus faisable de prendre les "bonnes"
décisions en juin que de réussir à arrêter militairement les Allemands en mai.
Nous avons donc fixé un premier point de divergence mineur au 6 juin, avec la mort de la
maîtresse de Reynaud (Président du Conseil) et la mise hors-jeu de Villelume (directeur de
cabinet du PdC), qui avaient une grande influence sur Reynaud lui-même, ce qui a beaucoup joué
dans sa résignation devant l'échec militaire, puis dans sa démission.
Le point majeur est ensuite le remplacement le 10 juin, à l'instigation de De Gaulle, de Weygand
(principal soutien de Pétain) et la décision du repli en Afrique du Nord (ou Grand
Déménagement). De Gaulle avait historiquement souhaité le départ de Weygand
(qui a passé une bonne partie de son temps à faire le siège du gouvernement pour obtenir un armistice
politique) et le repli en Afrique du Nord était envisagé par beaucoup, Reynaud compris. Le
clou est enfoncé le 12/13 juin avec l'arrestation de Pétain qui n'est finalement qu'un point
final (mais nécessaire) au bouleversement politique.
On voit donc qu'il y a un enchaînement de circonstances, ce qui semble raisonnable au regard du
cataclysme que fut la sortie de la France du conflit (du point de vue des Etats-Unis notamment).
Jacques Sapir, coordinateur du groupe, explique la méthode de fonctionnement :
« La simulation se fait à partir d'un réseau d'ordinateurs, utilisant des logiciels
de simulation opérationnelle, recalibrés autour des performances des matériels de
la période 1940/41 et en tenant compte des rythmes d'attrition de l'époque. Certaines
batailles sont jouées en semi-aveugle avec présentation tactique sur écrans
séparés des données telles qu'elles seraient vues par chaque commandant.
Il y a donc, en résumé :
- une équipe de réflexion et de production scénarios (et de vérification
de leur crédibilité matérielle et politique),
- une équipe de jeu (dont la première équipe est l'arbitre) qui présente
deux fois par semaine au debriefing ses résultats et les leçons tirées (il y a quand
même un objectif pédagogique dans tout cela ...),
- Une équipe documentaire qui nous alimente en sources d'archives.
Certains d'entre nous appartiennent aux trois équipes et assurent une bonne connexion.
Par ailleurs, certains intervenants (dont beaucoup sont des militaires en activité ou en
retraite) nous écrivent pour nous faire des suggestions, des commentaires et des critiques qui
ont été à plusieurs reprises présentés au groupe de travail et
discutés dans les debriefings . »
Depuis son lancement, la FTL a fait du chemin, elle dispose de son propre site, dont Loïc Mahé
est le webmestre, et d'un rédac-chef, Frank Stora (Casus Frankie), qui assure la
traduction en français et sa « mise en couleurs » littéraire, ajoute
de personnages fictifs, de descriptions de type journalistique, de narration au style direct, etc. De
nombreux autres contributeurs font travailler leur imagination sous forme de récits, de cartes,
d'illustrations, ... !
Après la sortie du tome 1 en mai 2010, le second livre a suivi en avril 2012 et nous espérons bien publier un troisième tome pour couvrir l'intégralité du conflit.