Annexe 45-6-2

1937-1945 – Les désarrois de la flotte sous-marine japonaise

 

1937-1940 : à la recherche d’un matériel adapté à la doctrine

L’arme sous-marine japonaise moderne fut créée par l’amiral Suetsugu Nobumasa (un spécialiste de l’artillerie navale) dans les années 1920. Il fit passer, du moins en théorie, cette force du statut d’arme auxiliaire côtière à celui d’arme offensive à longue portée. Les missions prévues dans ce cadre comportaient la surveillance des flottes ennemies dans leurs ports, leur poursuite quand elles en sortaient, et la destruction par surprise d’un nombre important de vaisseaux ennemis avant la “bataille décisive” qui serait livrée par la flotte de surface nippone. Ces tâches nécessitaient un nombre important de “croiseurs sous-marins”, qui furent construits. C’est ainsi que furent produits les quatre bâtiments de reconnaissance de la classe J1, ainsi que les 18 sous-marins de type KD2, KD3 et KD4, programmés et construits dans les années 1920. D’autres bâtiments de type J et KD vinrent sérieusement renforcer cette flotte au début des années 1930.

 

Pour des raisons qui ne sont pas entièrement élucidées, les tactiques associées à cette doctrine d’emploi ne furent pas complètement validées par des essais et des manœuvres avant plusieurs années, déficience surprenante par rapport aux tests rigoureux auxquels avaient été soumis les autres composantes du concept de la “bataille décisive”. Ce n’est qu’à partir de 1937 que la doctrine sous-marine commença à être éprouvée à l’occasion de manœuvres soigneusement préparées. En 1938, la capacité des sous-marins à assurer de longues patrouilles à proximité de bases ennemies fut testée et, en 1939, l’accent fut mis sur la surveillance rapprochée des bases de l’ennemi et de ses navires, plus particulièrement les cuirassés et leur escorte. Les résultats furent inquiétants : les sous-marins japonais auraient été coulés par les destroyers ennemis à proximité des bases adverses, ils auraient été incapables de suivre les flottes ennemies lors de leurs mouvements et encore moins de les précéder pour les attaquer de manière concertée !

Plusieurs leçons furent tirées de ces exercices :

        maintenir une surveillance constante et rapprochée des bases ennemies était extrêmement difficile

        la discrétion à proximité de ces bases était un facteur-clé (ce qui eut pour conséquence de rendre très prudents, trop peut-être, certains commandants de sous-marins)

        la surveillance directe des bases ennemies serait du ressort d’hydravions embarqués à bord des sous-marins

        il fallait des sous-marins plus rapides en surface pour pouvoir suivre et dépasser les formations ennemies

        il fallait des sous-marins “chefs de flottille” pour résoudre les problèmes de coordination et de commandement mis en évidence.

La réponse aux piètres résultats des manœuvres fut donc de nouvelles spécifications pour les sous-marins : ce n’était pas la doctrine qui était en cause, mais le matériel qui était inadapté. La production suivit immédiatement. Le premier bâtiment plus rapide en surface fut lancé dès 1938, après les premières manœuvres, et dès 1939, après la seconde série d’exercices, fut lancé le premier sous-marin “chef de flottille”.

 

Une nouvelle série d’exercices dans une zone s’étendant de la Micronésie à Honshu (Hondo) eut lieu fin 1939 et début 1940. Malgré l’amélioration des performances des sous-marins, les résultats furent toujours aussi peu brillants… Il devint alors évident aux yeux des Japonais qu’il était extrêmement difficile à une flotte de sous-marins à long rayon d’action de satisfaire aux exigences tactiques des missions d’interception et de suivi. Malgré leur vitesse, les croiseurs sous-marins avaient beaucoup de mal à maintenir le contact avec une flotte de surface et les concentrer dans le but d’une attaque en masse était impossible malgré les “chefs de flottille”.

La Marine Impériale tira deux enseignements importants de ces exercices :

        pour la défense de la Micronésie, des sous-marins côtiers basés sur place (appuyés par des hydravions à long rayon d’action et des avions d’attaque basés à terre) seraient bien mieux adaptés que des sous-marins à long rayon d’action

        les opérations de poursuite-contact-annihilation des flottes de guerre ennemies par des sous-marins prévues dans la doctrine d’interception n’étaient toujours pas réalisables, même avec le matériel récent.

Une nouvelle fois, la réponse prit la forme d’un programme intensif de construction de bâtiments plus performants.

Ce programme comprenait d’une part une flotte de petits sous-marins conventionnels destinés à la défense de la Micronésie (type KS, sous-marins RO de 525 tonnes, 18 unités), mais aussi la construction d’un sous-marin expérimental (le N° 71), très rapide sous l’eau, qui fut testé en 1940, et la remise à niveau d’un prototype de défense côtière plus ancien (K5, 1934-1935).

D’autre part, presque tous les croiseurs sous-marins existants (types J1 et J2 ainsi que les plus anciens Kaidai, KD2, KD3, KD4, KD5) qui ne pouvaient pas dépasser 20 nœuds furent donc considérés inaptes aux missions pour lesquels ils avaient été construits. Seul le type J3, pouvant atteindre 23 nœuds, échappa à ce déclassement, mais les unités correspondantes étaient en très petit nombre. Un nouveau programme de sous-marins pouvant monter à 23 nœuds, comme exigé pour les missions de poursuite-contact-annihilation, fut donc lancé, et, pour coordonner les opérations de ces bâtiments, trois sous-marins “commandants de flottilles” (type A1, 23,5 nœuds) furent mis en chantier. Les missions de reconnaissance seraient assurées par les type B1, grands et rapides, équipés d’hydravions (20 unités, 2 584 tonnes, 23,5 nœuds). Des bâtiments d’attaque (5 de type C1, 10 de type KD7 et 3 de type C2) seraient également utilisés dans ce rôle. Au total, le Japon allait disposer d’une force de 3 sous-marins de commandement, 20 bâtiments de reconnaissance et 21 d’attaque (en comptant les 3 unités de type J3). Tous ces gros sous-marins pouvaient atteindre au moins 23 nœuds.

 

En ce qui concerne la “guerre au commerce”, la Marine Impériale n’ignorait pas son importance, ainsi que celle de l’attaque des lignes de communication ennemies. En octobre 1940, des sous-marins japonais simulèrent l’attaques de points de passage obligés du trafic maritime ennemi. En 5 jours, 133 navires marchands furent ainsi “coulés”, démontrant, s’il en était besoin, l’intérêt de cette mission. Mais l’attaque des lignes de communication par les sous-marins fut toujours considérée comme une mission secondaire (et peu valorisante) par rapport à la destruction des bâtiments de guerre ennemis, et fut confiée aux bâtiments anciens fortement dévalués après les exercices de 1938-1939.

 

Les trois orientations de la Marine Impériale étaient donc claires :

        une force spécialisée de bâtiments modernes et rapides, destinée à surveiller et à attaquer les flottes de guerre ennemies (3 groupes comportant chacun un bâtiment de commandement, 6 ou 7 sous-marins de reconnaissance et 7 sous-marins d’attaque)

        une force de petits sous-marins (RO), destinés à la défense de la Micronésie (beaucoup de ces derniers étaient déjà anciens et un nouveau type de bâtiments destinés à cette mission (KS) était en cours de construction)

        une force constituée des croiseurs sous-marins les plus anciens, relégués à l’attaque du trafic marchand ennemi.

 

Parallèlement, l’organisation administrative de la flotte sous-marine fut entièrement revue. Trois des sept flottilles existantes furent placées sous l’autorité d’une nouvelle Flotte : la Sixième. Les autres furent affectées à la Troisième et à la Quatrième Flotte, ainsi qu’à la Flotte Combinée.

 

 

1940-1941 : la crise doctrinale devient patente

Les premières manœuvres conduites par la Sixième Flotte avec son nouveau matériel, de février à avril 1941, mirent en évidence de nouvelles difficultés dans les opérations de poursuite, maintien de contact et attaque d’une flotte ennemie. Il n’y avait toujours pas assez de sous-marins pour la surveiller, ils étaient toujours trop lents (23,5 nœuds ne suffisaient désormais plus), et les grands sous-marins nécessaires pour cette tâche étaient désormais trop gros ! Leur taille les rendait extrêmement vulnérables vis-à-vis des patrouilles anti-sous-marines adverses, ce qui les obligeait à rester à bonne distance des bases ennemies qu’ils étaient sensés surveiller, ne voyant de ce fait plus rien… Les navires ennemis pouvaient sortir sans être détectés et se perdre ensuite en haute mer. Par le passé, un dispositif à base de lignes de surveillance avait été utilisé pour retrouver les flottes ennemies, mais le manque de bâtiments empêchait désormais trop souvent la mise en œuvre de cette tactique.

Cette fois, la réponse ne fut plus un nouveau programme de construction. La détection du passage des flottes ennemies fut confiée en partie au Renseignement Naval, en établissant de longues lignes de surveillance dans les eaux de la Micronésie à l’aide de bateaux de pêche et d’hydravions.

 

Par ailleurs, il s’avéra que la force sous-marine, à elle seule, ne pouvait sérieusement réduire le potentiel offensif d’une flotte ennemie approchante. En effet, arriver à trouver une position d’attaque favorable restait un problème insurmontable. En juillet 1941, de nouveaux exercices conduits par la Sixième Flotte montrèrent que les grands sous-marins Kaidai étaient trop lents en plongée pour se rapprocher d’une flotte ennemie, que l’exposition prolongée du périscope qui en résultait les rendait faciles à détecter par les forces ASM opposées et qu’une fois détectés, ces gros bâtiments étaient trop lents en plongée pour s’échapper.

Les attaques à grande distance furent proposées pour résoudre cette difficulté, mais la longue durée d’exposition des périscopes nécessaire était aussi dangereuse pour la sécurité des sous-marins, et, de toute manière, la hauteur limitée de l’œil du périscope réduisait géométriquement la distance à laquelle une attaque était possible. Pour trouver une solution, on effectua des essais de tir de torpilles en plongée (assistée par des systèmes de sonar passifs très élaborés pour l’époque) mais, comme dans l’US Navy, cette méthode se montra moins efficace que le tir basé sur l’observation au périscope de la cible.

 

A la veille de la guerre du Pacifique, la Marine Impériale japonaise avait donc fait en matière de sous-marins plusieurs choix semblables à ceux de l’US Navy : opérations en flottilles, grands bâtiments, tirs de torpilles à longue distance. Comme dans l’US Navy, ces tactiques eurent pour conséquence de la timidité chez certains commandants et de la frustration chez d’autres. Pourtant, le professionnalisme et la capacité d’innovation étaient présents, tous les exercices le prouvaient. L’entraînement était rigoureux, complet et adapté. Des armes nouvelles (comme la remarquable torpille Modèle 95 à oxygène) étaient développées.

Mais la crise doctrinale de la flotte sous-marine japonaise était patente : la mission assignée ne pouvait être remplie. Les meilleurs commandants en étaient évidemment conscients. Leurs chefs de flottille étaient également au courant, en raison de la liberté d’expression permise aux officiers de rang intermédiaire dans la Marine Impériale. Encore fallait-il admettre officiellement cet échec doctrinal et trouver une solution de remplacement…

 

Pendant que les Japonais cherchaient le moyen d’appliquer une doctrine inapplicable, la guerre avait commencé de l’autre côté de la planète.

Dès septembre 1939 et jusqu’au déclenchement de Barbarossa, le 17 mai 1942, la Marine Impériale fut en relation étroite avec la Kriegsmarine (les échanges continuèrent par la suite, mais beaucoup plus difficilement). Les Allemands purent ainsi obtenir, en avril 1942, un exemplaire de la torpille à oxygène Type 95, ainsi qu’une unité de production d’oxygène embarquée pour sous-marins et des tubes de 533 mm correspondants. En contrepartie, la Marine Impériale fut informée du développement de la guerre sous-marine menée par les U-Boots : doctrine de la guerre au commerce, nécessité dans ce but d’un grand nombre de sous-marins, donc d’une production en grande série, mise en place du système des convois par les Alliés, efficacité de ce système, importance de l’attaque des convois par plusieurs sous-marins à la fois…

Néanmoins, ces facteurs n’eurent pas d’impact significatif immédiat sur la manière de penser japonaise, d’autant que la doctrine de la guerre au commerce était à l’opposé de la doctrine de la bataille décisive.

 

 

1941-1942 : la doctrine douloureusement confrontée aux faits

Quand la guerre survint, les sombres prévisions de la plupart des commandants les plus dynamiques du corps des sous-mariniers furent confirmées.

Dans le Pacifique, les opérations de surveillance-reconnaissance-interception échouèrent complètement dans les eaux entourant Hawaï, aucune victoire ne venant contrebalancer les pertes subies. Deux douzaines des meilleurs, plus grands et plus rapides sous-marins japonais ne parvinrent à aucun résultat. En janvier, ils eurent malgré tout l’occasion d’effectuer exactement ce pour quoi ils étaient prévus : ils repérèrent et poursuivirent durant plusieurs jours le porte-avions Saratoga. Finalement, le I-6 (ironiquement, un vieux croiseur sous-marin de type J2 plafonnant à 20 nœuds et non pas un Kaidai) parvint à torpiller le porte-avions américain. Les partisans de la doctrine avaient enfin un succès à fêter, car on crut d’abord que le Saratoga avait été coulé. Le Renseignement ne tarda pas à établir qu’il n’avait été qu’endommagé, mais l’honneur était sauf. Pourtant, les officiers japonais qui acceptaient de regarder la réalité en face devaient constater que les problèmes liés à la surveillance lointaine, la poursuite et l’interception des flottes de guerre étaient loin d’être résolus.

Les opérations en Mer de Chine ne furent guère plus réussies. Certes, la mission suicide contre la base navale de Singapour effectuée par les sous-marins de poche (Type A) fut un succès. La destruction du vieux cuirassé HMS Malaya alors qu’il tentait de retourner à Singapour après la bataille de Mer de Chine Méridionale fut largement fêtée. Mais elle ne pouvait dissimuler que la force sous-marine de la Marine Impériale avait échoué dans sa mission théorique de surveillance, poursuite et attaque des flottes ennemies avant les combats.

 

 

1942 : la Sixième Flotte sauve la face

De vifs débats agitèrent l’état-major de la Sixième Flotte. Le vice-amiral Mitsumi Shimuzu fut contraint de tenir compte les idées de ses officiers de rang intermédiaire les plus dynamiques et de les mettre en œuvre dans une série d’expérimentations en opérations, à la fois pour sauver la face mais aussi pour conserver à sa flotte un rôle opérationnel à la hauteur de ce qu’elle avait coûté.

Au mois d’août, ces opérations redorèrent le blason de la Sixième Flotte grâce à deux succès spectaculaires : l’attaque du Canal de Panama et celle de New York et de Norfolk. Toutefois, ces succès ne furent considérés par Shimuzu que comme des coups d’éclat destinés à sauver la face et en aucun cas comme une alternative viable à la doctrine existante. Au demeurant, les effets de ces deux opérations furent bien moins durables que ce que l’on avait espéré au départ.

Auparavant, d’autres sous-marins avaient remporté des succès réels, quoique bien moins spectaculaire et qui ne firent guère plaisir à l’état-major. De vieux sous-marins RO, soutenus par des I tout aussi dépassés, attaquèrent les lignes de ravitaillement alliées le long de la côte orientale de l’Australie, réduisant le flux des renforts et du ravitaillement vers les deux fronts de cette région (Nouvelle-Guinée et Salomon). Le rendement de ces attaques était des plus intéressants. Mais ce succès dans ce qui n’était à ses yeux qu’une mission très secondaire ne donna pas satisfaction à l’état-major, qui estima que le plus grand bénéfice de ces opérations était d’avoir permis la destruction quelque peu chanceuse d’un croiseur lourd américain.

Malgré ce genre de préjugés, la Sixième Flotte s’attaqua aussi au trafic marchand loin dans l’Océan Indien en utilisant une flottille de sous-marins modernes, dirigée (en théorie) par un des tout nouveaux A1, ainsi testé dans son rôle de commandant de flottille. Le bilan fut plus que correct en matière de tonnage coulé. En revanche, l’utilisation d’un chef de flottille fut un échec flagrant. La nécessité de communiquer par radio avec ses subordonnés rendait le A1 aisément détectable par l’ennemi, donc vulnérable.

 

 

1943-1945 : l’amiral Onishi veut des petits sous-marins

Au début de 1942, le raid réussi de l’US Navy en Micronésie avait démontré que la doctrine en usage n’était pas meilleure en défense qu’en attaque. En effet, la 7e Flottille de la Quatrième Flotte, chargée de défendre les îles de Micronésie sous mandat japonais (Carolines, Marshall, Palau, Truk…), ne put remplir sa mission. La Quatrième Flotte savait bien que les neuf sous-marins RO d’un type dépassé qui y étaient stationnés étaient notoirement insuffisants pour cela, mais il apparut que même les 18 RO modernes de type KS en construction ne suffiraient pas pour défendre les îles contre une attaque de grande envergure.

Le contre-amiral Shinzo Onishi (qui commandait la 7e Flottille) proposa alors un projet consistant en un grand nombre de petits sous-marins dit “de défense des îles”, caractérisés par une grande vitesse en plongée. Son argument principal était le suivant : avec suffisamment de ces petits sous-marins, il y en aurait toujours quelques-uns sur le chemin d’une flotte ennemie et leur vitesse élevée sous l’eau leur permettrait d’appliquer la doctrine traditionnelle du nikuaku-hitchu, l’esprit de l’attaque à courte distance. Onishi estimait qu’il fallait pré-positionner ces sous-marins aux endroits où l’ennemi serait obligé de passer, mais suffisamment près des bases japonaises pour que deux missions soient remplies d’un coup : la protection de ces bases et l’attaque de la flotte ennemie en approche, en liaison avec les hydravions de reconnaissance, qui la pisteraient bien mieux que les gros sous-marins Kaidai qui s’en étaient montrés incapables. Le nombre de bâtiments était un facteur critique, impliquant qu’il fallait des submersibles de coût unitaire réduit, donc de petite taille. Onishi mit en avant un projet de sous-marin ayant la moitié (ou moins) de la taille des KS, disposant d’un système d’écoute performant pour détecter les navires ennemis au-delà du champ couvert par le périscope ou par une vigie en surface, et une vitesse élevée en plongée pour se mettre à portée de tir immédiatement après détection. La vitesse en surface était secondaire, puisque la surveillance de l’ennemi était dévolue aux moyens aériens.

Le modèle de sous-marin recommandé par Onishi s’inspirait du n° 71 (expérimental). Ses variantes allaient d’une simple copie de ce bâtiment, avec 4 tubes de 533 mm et un sonar passif (210 tonnes), jusqu’à un sous-marin doté, en plus, de quatre recharges (320 tonnes). La construction d’un nouveau prototype non armé, le n° 72, qui réutilisait une partie des composants du n° 71, fut décidée. En parallèle, il fut décidé de modifier 17 des 18 sous-marins KS en construction, notamment en remplaçant leurs moteurs électriques de 380 cv par des 600 cv comme ceux des K6 et K6A, alimentés par des batteries plus performantes. A partir des essais du n°72 et des enseignements tirés de l’utilisation des KS modifiés, on passerait ensuite à la production d’un nouveau type de sous-marin, dit HA.

Ce projet se heurta d’abord à la médiocrité des batteries fabriquées à l’époque par l’industrie japonaise. Ce n’est qu’au début de 1943 que, grâce aux conseils techniques allemands, des batteries correctes purent être installées sur les KS. Puis, se posa (comme pour les K6C) le problème de la fabrication en série de moteurs électriques de 2 500 cv fiables…

 

 

1943-1945 : de meilleurs sous-marins…

Le matériel avec lequel la flotte sous-marine japonaise avait commencé la guerre n’était pas inutilisable, même si les performances en plongée de ces sous-marins étaient médiocres. A partir de 1943, tous bénéficièrent d’une nette amélioration grâce à l’installation de batteries plus perfectionnées issues des échanges avec les Allemands lors du voyage du Junsen I en Europe.

 

Mais le programme de fabrication de nouveaux bâtiments fut modifié de façon assez importante, entre autres sous l’effet de la récupération d’un grand nombre de documents dans l’épave du Prince of Wales. La découverte par les Japonais des règles de tactique ASM utilisées par les Britanniques contre la Kriegsmarine et la Regia Marina leur permit de comprendre l’extrême vulnérabilité de leurs grands submersibles face aux navires d’escorte anglais, et par extension, américains. De ce fait, les commandes de très grands sous-marins (2 000 tonnes et plus) optimisés pour la navigation en surface furent réduites, et remplacées par la commande d’un nombre plus important de bâtiments plus petits ayant de meilleures performances en en plongée : les K6-A, B et C, dérivés du programme K6. Au fut et à mesure que ces navires entreraient en service, les gros sous-marins plus anciens seraient relégués à l’attaque du trafic marchand allié.

Nous avons par ailleurs déjà évoqué la modification du programme KS et le lancement du programme HA.

 

 

… mais pour faire quoi ?

Après les opérations de 1942, il ne restait plus rien de la doctrine avec laquelle la force sous-marine japonaise avait commencé la guerre. Mais par quoi la remplacer ?

Au fil de leurs nombreux échanges, la Kriegsmarine observait les évolutions japonaises avec une sorte d’irritation amusée. Bien que les Allemands l’eussent dûment informée, par exemple, de l’importance de l’attaque du commerce ennemi par des meutes de sous-marins, la Marine Impériale refusait avec acharnement de passer à la guerre du tonnage, qui restait pour une mission secondaire. Son ennemi resta toujours la flotte de guerre américaine mais, pour parvenir à ses fins, les sous-marins qu’elle mettrait en œuvre seraient tactiquement à l’opposé de ses concepts d’avant-guerre.

Stratégiquement, les Japonais resteraient fidèles à sa doctrine développée en 1938-1939, même s’ils devaient se résoudre à utiliser de vieux bâtiments pour s’en prendre aux lignes de communication les plus lointaines des Alliés et obliger ceux-ci à disperser leurs efforts. Ces attaques portèrent essentiellement contre ce que les Japonais appelaient les “lignes d’alimentation stratégiques”, par lesquelles hommes et matériels parvenaient en Chine, Australie, Nouvelle-Zélande et Hawaï. De vieux mais très endurants croiseurs sous-marins utilisèrent ainsi délibérément leur exceptionnelle autonomie pour se déployer dans les mers les plus éloignées, jusqu’au large du cap Horn, de l’Argentine et même du Brésil. Néanmoins, ces opérations ne durèrent qu’un an environ. Elles durent s’arrêter dès le début de 1944, pour passer à des missions de ravitaillement des garnisons japonaises isolées par l’avance alliée.

 

En conclusion, la Marine Impériale japonaise tomba entre deux chaises. Cette chute était probablement inévitable puisque la doctrine développée avant guerre s’était révélée inapplicable mais qu’elle avait continué d’y adhérer. Ses efforts pour pouvoir affronter l’ennemi lors d’une “bataille décisive” l’obligèrent finalement à aller dans la direction de grandes vitesses en plongée, avec des bâtiments dont le rôle devenait de plus en plus défensif, destin pour le moins surprenant d’une force initialement vouée à l’offensive. Les succès tactiques individuels et spectaculaires ne doivent pas masquer la faillite globale de l’arme sous-marine japonaise.