Annexe 45-1

Des Américains à pompon rouge

Navires et embarcations construits aux Etats-Unis et achetés ou acquis grâce à la loi Prêt-Bail par la Marine Nationale

 

Porte-avions d’escorte

Initialement, deux pétroliers d’escadre devaient être convertis en porte-avions pour remplacer le défunt Béarn (l’AO28 Esso Trenton devenant le Lafayette et l’AO29 Seakay le Bois-Belleau). Ces deux conversions, déjà approuvées pour le compte de l’US Navy sur demande de Roosevelt, devaient être accélérée pour une livraison fin 1941. L’ordre de transfert à la Marine Nationale fut annulé et les deux bâtiments remplacés par quatre navires marchands convertis par Sun et nommés Lafayette, Bois-Belleau, Quentin-Roosevelt et Dixmude.

Le rôle des navires américains fut ici moins important que celui de la Royal Navy car, en 1944, la Marine Nationale put obtenir deux porte-avions légers de classe Colossus, capables de filer 25 nœuds. Toutefois, hormis le cas du torpilleur/ASM Swordfish, l’Aéronavale restait très dépendante pour ses avions des équipements américains.

 

Destroyers

I – Vers la fin de 1940, la location de quatre destroyers (relativement) modernes de classe Farragut, les Dewey, Dale, Alwyin et MacDonough, fut évoquée pour la première fois. Ils devaient être respectivement rebaptisés Le Corsaire, Le Flibustier, Le Téméraire et L’Aventurier. Ce projet fut annulé, car l’US Navy manquait cruellement de destroyers récents.


II – Finalement, huit destroyers de classe Benson furent achetés à la suite de négociations fastidieuses menées dès 1940 et portant sur une commande bien plus importante (24). Ils furent construits par le chantier naval Federal à Kearny (coques FDD1 à 8), de novembre 1942 à avril 1943, car ils pouvaient être livrés avant les destroyers d’escorte. La plupart furent baptisés en mémoire de navires de classe Bourrasque perdus en action : Alizé, Bourrasque, Mistral, Orage, Rafale, Tempête, Tornade et Trombe.


III – Quatre vieux destroyers de classe Wickes furent prêtés à la Marine Nationale, après conversion en destroyers d’escorte (DE). Le Corse (ex-DD 143, USS Yarnall), Le Breton (ex-DD 170, USS Kalk), Le Picard (ex-DD 168, USS Maddox) et Le Gascon (ex-DD 169, USS Foote) furent livrés en mai 1942.


IV – Quatre vieux destroyers de classe Clemson furent convertis en transports rapides (APD) pour les opérations amphibies et également prêtés à la Marine Nationale. Les Goumier (ex-DD 190, USS Satterlee), Tabor (ex-DD 181, USS Mason), Tirailleur (ex-DD 193, USS Abel P. Upshur), Légionnaire (ex-DD 194, USS Hunt) furent livrés entre juillet et octobre 1942. Leur machinerie fut réduite et leur armement se composait de deux 3 pouces/50 DP, quatre Bofors de 40 mm, quatre Œrlikon de 20 mm et un râtelier à grenades ASM. Chacun transportait quatre petits bateaux de débarquement (LCPL) et 144 soldats.


V – Deux vieux destroyers de classe Clemson furent prêtés à la Marine Nationale et convertis en chasseurs de mines rapides (DMS) par l’
Arsenal de Madagascar. La conversion des Koh Chang (ex-DD 253, USS McCalla) et Narvik (ex-DD 256, USS Bancroft) fut achevée en septembre 1942, les navires rejoignant ensuite Nouméa. Leur armement se composait de trois 3 pouces/50 DP, deux Bofors de 40 mm, cinq Œrlikon de 20 mm et un équipement de dragage de mines.


VI – Huit destroyers d’escorte de type “DE modifié” (2 x 5 in/38, 4 x 40 mm Bofors, 8 x 20 mm), construits par le chantier naval de l’US Navy à Norfolk (précédemment désignés DE 153 à 160), avec des dates de lancement s’échelonnant de février à juillet 1943 et des dates d’achèvement allant de juin à décembre de la même année. Les noms furent choisis pour honorer des navires perdus en action, ainsi que les trois premiers torpilleurs de classe Fier sabordés avant leur achèvement en juillet 1940 : Le Fier, L’Agile, L’Entreprenant, Bombarde, Baliste, La Bayonnaise, La Cordelière, Aconit.

Ces huit navires furent partiellement financés par la loi Prêt-Bail et par des fonds français pour ce qui concerne les modifications de l’armement.

En effet, la Marine Nationale avait demandé deux canons de 5 in/38, comme sur le modèle TEV/WGT, à la place des trois de 3 in/50 sur le type DE standard.

De plus, à la place des deux torpilles de 21 pouces du type standard, l’Aconit fut le navire-test pour les torpilles anti-sous-marines de 550 mm non guidées conçues par l’Ingénieur Naval L. Kahn (torpilles courtes non guidées K1). Il reçut deux affûts triples sur chaque bord, ainsi que des râteliers pour 12 torpilles de recharge et deux systèmes de sonars. Cet armement fut adopté et installé sur les Bombarde, Baliste et La Bayonnaise (les quatre autres bâtiments furent équipés d’un lance-grenades ASM de type Hedgehog).

Une fois le sous-marin détecté et sa profondeur établie grâce au second système de sonars, une salve de trois torpilles était tirée. La torpille courte K1 de 550mm était l’équivalent français des armes lourdes lancées vers l’avant comme la “Limbo” de la Royal Navy. Elle utilisait le très efficace propulseur M26 de 400 mm à alcool refroidi par eau construit par Westinghouse-USA et avait les caractéristiques suivantes : longueur : 373,8 cm, diamètre : 55,0 cm, masse : 674 kg, vitesse maximale : 55 nœuds, portée : 900 m, charge explosive : 152 kg (torpex).


VII – Six grands destroyers dérivés de la classe Allen N. Sumner furent acquis auprès des chantiers Federal (Kearny), à la suite des huit navires de classe Benson déjà livrés. Ces navires étaient le résultat des spécifications “Le Hardi amélioré” esquissées en 1941, mais ils étaient considérés comme de grands contre-torpilleurs, du fait de leur taille impressionnante. Pour pouvoir accueillir l’armement prévu, la coque dut en effet être rallongée ; le concept était en fait plus proche de la classe Gearing que de la classe Sumner, même si les navires ressemblaient aux grands destroyers de la classe Fletcher.

L’état-major de la Marine Nationale avait une idée très précise de ce que devait être le meilleur armement pour un destroyer. Prévus initialement avec cinq tourelles doubles de 5-pouces/54 (recalibrés pour tirer l’obus français de 130 mm), les navires furent finalement lancés avec cinq affûts simples (du modèle utilisé sur les porte-avions lourds américains, la tourelle double n’étant pas encore au point), mais 10 Bofors de 40 mm (2 affûts quadruples et 1 double), 10 (2 x 5) torpilles “longues” de 21 pouces, 6 (2 x 3) torpilles “courtes” de 550 mm ASM et 10 x 20 mm AA et un équipement électronique tout à fait important.

Les six navires furent nommés Kléber, Desaix, Marceau, Hoche, Bayard et Duguesclin.

Le premier fut mis en service en janvier 1945 et les trois suivants entre mars et mai 1945. Ils furent tous déployés dans le Pacifique. Les deux derniers (le Bayard et le Duguesclin) furent remorqués incomplets à Brest au début de l’automne 1945, où ils furent achevés au début de 1947 ; ces deux navires furent équipés de quatre canons de 130 mm à la place des 5 pouces.

Note – Le canon américain de 127/54 modifié devint le 130/53 Mle 44 dans l’inventaire français. L’obus perforant (SAP) standard français pesait 32,1 kg et possédait une vitesse initiale de 799,7 m/sec.

 

Porte-hydravions

Une coque de “Hog Islander” de la Commission Maritime américaine fut achetée par la Marine Nationale et convertie en porte-hydravions pour remplacer le Commandant-Teste, endommagé par des avions japonais et qui finit sa carrière aux îles Andaman. Ce navire fut mis en service au début de 1943 sous le nom de Berlaimont (honorant ainsi le lieu où de nombreux pilotes de l’Aéronavale trouvèrent la mort en tentant de stopper les colonnes blindées allemandes).

La marine française reçut également deux ravitailleurs d’hydravions de classe Barnegat, car ces navires étaient déjà partiellement considérés comme du surplus en 1943. L’AVP 21 Humboldt, rebaptisé Charcot, et l’AVP 22 Matagorda, rebaptisé La Pérouse, furent tous deux mis en service au début de 1944. Les deux navires furent déployés dans le Pacifique, le La Pérouse étant finalement converti en navire de soutien pour vedettes rapides.

 

Patrouilleurs, dragueurs de mines et escorteurs ASM

I – 24 patrouilleurs de 173 pieds furent achetés et livrés entre septembre 1941 et juin 1942. Huit autres exemplaires furent livrés entre décembre 1942 et mars 1943.

1er groupe : L’Ardent, L’Effronté, L’Emporté, L’Enjoué, L’Eveillé, L’Indiscret, Le Résolu, Le Rusé.

2ème groupe : Cimeterre, Coutelas, Dague, Epée, Hache, Pertuisane, Pique, Yatagan.

3ème groupe : Baïonnette, Epieu, Estoc, Glaive, Hallebarde, Javelot, Lance, Couteau (mis en service le 12 août 1942).

4ème groupe : Arquebuse, Carabine, Couleuvrine, Fusil, Mousquet, Pistolet, Revolver, Serpentine.

Pendant un certain temps, les 3ème et 4ème groupes opérèrent à partir de Fort-de-France.


II – Trois grands chasseurs de mines/patrouilleurs d’escorte de classe Raven (220 pieds) furent livrés au début de l’année 1942.

Sans Pareil, Sans Peur, Sans Reproche.


III – Douze chasseurs de mines ou patrouilleurs d’escorte de classe Admirable (180 pieds) furent livrés entre octobre 1942 et juillet 1943.

Six chasseurs de mines : Basalte, Granit (II), Lave, Mica, Porphyre, Pyrite.

Six patrouilleurs d’escorte : Bouquetin, Daim, Izard, Mouflon, Okapi, Oryx.


IV – Pas moins de 36 petits chasseurs de mines côtiers, nommés D-200 à D-235, acquis grâce à la loi Prêt-Bail entre fin 1942 et l’été 1943, furent principalement utilisés pour les grandes opérations amphibies de 1943.


V – 52 chasseurs de sous-marins de 110 pieds furent livrés entre janvier 1942 et mars 1943. Certains d’entre eux furent convertis en embarcations de soutien côtier, avec un ou deux mortiers de 81mm. Ils constituèrent la série des CH-100.

 

Vedettes rapides (MGB et MTB)

La Marine Nationale mit rapidement sur pied avec du matériel anglais une flottille combinée de MTB/MGB dans la Manche, où elle opérait aux côtés des unités similaires de la Royal Navy. En Méditerranée, il n’y avait pas d’autre option que de se procurer des vedettes rapides de fabrication américaine.

– Après la perte de la Corse et de la Sardaigne, la Marine Nationale obtint le prêt des dix embarcations Elco de 70 pieds du 2ème escadron de l’US Navy. Ces navires (précédemment numérotés PT-10 à PT-19) arrivèrent en mai 1941.


– Dans le même temps, la Marine Nationale avait acquis 24 vedettes (PT-boats, patrouilleurs-torpilleurs) auprès de Higgins Industries Inc. (principal concurrent d’Elco). Après avoir tenté de construire une embarcation conçue par Sparkman-Stephens sur le modèle du PT-6, Andrew Jackson Higgins avait conçu et construit lui-même un PT-boat de type “76 pieds” au début de 1941, avec la garantie que l’US Navy l’achèterait s’il lui convenait. Les officiers français trouvèrent la nouvelle embarcation très satisfaisante (elle était plus lente d’un nœud que le type Elco, mais plus manœuvrable) et, en mai 1941, lancèrent l’achat de 24 exemplaires avant même la commande américaine (ces exemplaires furent achetés sur fonds français et non pas grâce à la loi Prêt-Bail). La commande française aida considérablement Higgins Industries à développer sa gamme de vedettes rapides et leur production démarra bien plus tôt que sans cette commande, ce qui fut bénéfique à la fois pour l’US Navy et pour la Marine Nationale.

Le prototype Higgins fut testé de façon approfondie par l’US Navy et prit part aux compétitions surnommées “Plywood Derbys”, auxquelles participaient des navires d’Elco et de Huckins, en juillet et août 1941. Le modèle fut formellement accepté par l’US Navy, avec quelques modifications, dont un léger accroissement de la taille (Higgins type “78 pieds”).

Des 24 modèles “76 pieds”, 10 furent cédés à l’US Navy lorsque la Marine Nationale acquit formellement les dix embarcations Elco de 70 pieds qui lui avaient été prêtées. C’est ainsi que l’US Navy reçu ses premiers navires Higgins, avant que ses “78 pieds” ne soient prêts.

La Marine Nationale reçut ses 14 Higgins type “76 pieds” entre décembre 1941 et mai 1942.


– Une fois que l’US Navy eut adopté le type “78 pieds” (PT-71) comme son second modèle de vedette rapide, 36 exemplaires, dénommés Higgins Mk.2, furent acquis par la Marine Nationale de par la loi Prêt-Bail, en deux lots (le premier de 12 navires en mars 1942 et le second de 24 navires en septembre de la même année). Ils furent livrés de juillet 1942 jusqu’en août 1943.


– Un lot de 20 navires Elco de 80 pieds fut acquis via la loi Prêt-Bail en mars 1943, pour équiper une quatrième flottille de vedettes rapides et la déployer face aux Japonais (les navires Elco de 70 pieds et les Higgins de 76 et 78 pieds furent utilisés principalement en Méditerranée). Les Elco de 80 pieds, livrés entre janvier et octobre 1944, furent en majorité convertis en canonnières (avec 2 Bofors de 40 mm) pour la destruction des barges. Ces canonnières furent associées au ravitailleur La Pérouse (voir ci-dessus).


La Marine Nationale utilisa donc au total 80 vedettes rapides de fabrication américaine.

 

Navires de débarquement

La Marine Nationale reçut 12 LST (Landing Ship Tank) de fabrication américaine en 1942/43 et 2 LSD (Landing Ship Dock) à la mi-1943.

Les LST furent numérotés dans un premier temps LST-21 à LST-32.

Les deux LSD furent nommés Rhin et Rhône.

 

Autres navires spécialisés

La Marine Nationale reçut plusieurs navires spécialisés issus des Besoins Conjoints Franco-britanniques (Joint British-French Requirements, JBFR) émis en direction de l’industrie américaine à la fin du printemps 1941 (voir annexe 41-5-3).


I – Le “Destroyer de second rang” ou “Destroyer d’escorte” (DE) devait jouer le rôle d’escorteur ASM (pour la Royal Navy) ou d’escorteur ASM/AA (pour la Marine Nationale). L’état-major français souhaitait un navire aussi rapide que les destroyers d’escorte de classe Hunt, tandis que la Royal Navy se serait contenté d’un modèle plus lent.

Ce type de navire, malgré la résistance du BuShips, qui avançait le fait que des destroyers conventionnels pouvaient être construits plus rapidement, fut directement approuvé par Roosevelt et donna naissance aux séries bien connus des destroyers d’escorte de l’US Navy. Il faut toutefois noter que la Marine Nationale reçut ses 8 destroyers de classe Benson (voir ci-dessus) avant ses destroyers d’escorte, donnant ainsi raison d’une certaine manière au BuShips.


II – Le “Navire rapide pour attaque de commandos”, capable d’emporter jusqu’à 200 hommes et un peu d’équipement, résultait de l’expérience française et britannique en matière d’opérations en milieu insulaire (Corse et Mer Egée). Il donna naissance à l’EDI [Engin de Débarquement d’Infanterie ou LCI(L), Landing Craft Infantry (Large)], avec deux variantes spécifiques, l’une pour l’appui-feu et la défense anti-aérienne [EDI-Feu ou LCI(S) ou LCS(L), Landing Craft Support (Large)] et l’autre pour l’escorte anti-sous-marine locale EDI-ASM [ou LCE(L), Landing Craft Escort (Large)].


III – Le “Navire de transport de chars” devait être capable d’embarquer cinq chars moyens ou jusqu’à 160 tonnes d’équipement et d’opérer avec les modèles précédents. Il devint l’EDIC (Engin de Débarquement d’Infanterie et Chars, ou LCT-I).


IV – Un “Navire transporteur de chars à faible autonomie”, copie américaine du LCT britannique, devait seconder l’EDIC.


Les dates et rythmes de production étaient ambitieux. La production des destroyers d’escorte devait commencer avant la fin de 1942. Les modèles des EDI et EDIC devaient être arrêtés au 1er juillet 1941, avec des livraisons avant la fin de la même année.

 

Sous-marins

Les vieux sous-marins S-18 (SS 123) et S-19 (SS 124) devaient être transférés pour servir à l’entraînement. Le gouvernement français donne son accord pour que deux autres sous-marins qui l’intéressaient, les R-14 et R-15, soient transférés à l’Australie, dont le gouvernement avait hâte de rebâtir une arme sous-marine et avait besoin de sous-marins pour entraîner ses unités ASM.