Annexe 42-8-3

7 août 1942 : les forces en présence à Guadalcanal

 

Les forces terrestres japonaises

D’après l’ouvrage de C. Mathieu, L’Armée Impériale japonaise dans la Seconde Guerre Mondiale

Guadalcanal était pour les Japonais, depuis les nouveaux plans établis par Yamamoto en mai, après la bataille de la Mer de Corail, un avant-poste de leur offensive, un point d’appui aérien permettant d’abord de gêner le trafic maritime allié, puis de participer à l’attaque de la Nouvelle-Calédonie, des Fidji et des Nouvelles-Hébrides, et de couvrir le flanc d’une future offensive contre la Nouvelle-Guinée.
Il fut dès lors décidé d’occuper l’île (et les îlots voisins), au départ avec assez de forces pour les protéger contre un éventuel raid de commandos. Le terrain très inhospitalier limitait par ailleurs la variété du matériel employé.

Les forces utilisées dépendaient de la 17ème Armée du Lieutenant-Général Harukichi Hyakutake (à Rabaul). Cependant, la coordination entre l’Armée et la Marine Impériale fut, comme bien souvent, des plus réduites.

La Marine prit en charge la défense des îlots. A Tulagi et Gavutu débarquèrent plus de 1 000 combattants de la 3ème Force Spéciale Navale de Débarquement de Kure (ou 3ème SNLF, récemment formée et qui ne doit pas être confondue avec les 1ère et 2ème Forces Spéciales de Kure), ainsi que 600 travailleurs rattachés à cette unité. Le lieutenant Juntaro Maruyama commandait le détachement de Tulagi, le lieutenant Kakichi Yoshimoto celui de Gavutu. Leurs forces, réparties entre les deux îles, n’avaient pas en propre d’armement plus lourd que huit mitrailleuses Type 92 et quatre canons antichars de 37 mm.[1] Elles furent renforcées par un canon de 75 mm AA et quatre canons de 40 mm Vickers (voir plus loin).


A Guadalcanal débarquèrent 2 300 hommes, dont une majorité de non combattants des 11ème et 13ème Unités de Construction (2 200 hommes dont 1 800 Coréens), chargés d’achever l’aérodrome, et une centaine d’hommes du 3ème SNLF assurant le contrôle des minimes installations portuaires de l’île (ils furent plus tard affectés à la garde du mouillage du détachement de vedettes rapides).
Les premiers renforts suivirent très vite : un bataillon renforcé du 28ème Régiment d’Infanterie de la 7ème Division, commandé par le colonel Kiyono Ichiki, et le Régiment du Génie de cette même division (900 hommes). Ces unités avaient été prévues pour l’opération de débarquement à Midway dont l’annulation avait été décidée après la Mer de Corail.

Tout le 28ème régiment suivit (3 800 hommes au total, avec 2 canons de 70 mm pour chacun des trois bataillons, plus 4 canons de 75 mm courts et 6 antichars de 37 mm), ainsi que le 1er Bataillon du Régiment d’Artillerie de la 7ème Division (12 canons de 75 mm courts de montagne, 900 hommes)[2]. Il faut noter que ces unités étaient normalement dotées de centaines de chevaux (800 pour le seul 28ème RI), qui avaient été laissés au Japon, le paludisme endémique et le climat des îles “paradisiaques” du Pacifique Sud étant encore plus nuisibles pour eux que pour les hommes. De plus, les stratèges de Tokyo considéraient que ces bêtes seraient inutiles pour les opérations que le régiment aurait à mener.

La 7ème D.I. était une division d’active, et nombre de ses hommes avaient eu l’occasion de participer aux opérations en Chine. Malheureusement pour eux, s’ils étaient préparés au combat, les leçons qu’ils avaient apprises face à des combattants peu entraînés et mal équipés devaient se révéler sans valeur devant les US Marines. C’est en partie cette expérience qui les conduisit à commettre lors de cette campagne des erreurs telles que la sous-estimation systématique des forces américaines, en nombre et surtout en qualité, le manque de sécurité opérationnelle[3] et la croyance en l’intangible, c’est à dire en la prédominance du moral sur le matériel. Comme ils l’apprendraient à leurs dépens face à des positions soutenues par des armes automatiques, “le Feu tue”.

 

Dans l’optique d’un débarquement aux Nouvelles-Hébrides, voire en Nouvelle-Calédonie, le 28e Régiment fut renforcé par la 1ère Compagnie Indépendante de Blindés, dotée de 17 chars : un peloton de 5 chars légers HA-GO, 7 chars moyens CHI-HA (un peloton de 5 et deux chars de QG) et un peloton de 5 chars CHI-HA “Type Spécial” dont les canons avaient été remplacés par des 47 mm AT (modification effectuée à Rabaul par des armuriers inventifs ayant étudié les comptes-rendus des combats de Malaisie).

Soucieux d’éviter les graves problèmes rencontrés en Malaisie, l’état-major de la 17ème Armée adjoignit à ces troupes un des quatre hôpitaux de campagne de la 7ème Division, avec une unité de brancardiers et une unité de purification d’eau, ainsi qu’une Compagnie de transport (avec ses animaux et son Détachement vétérinaire).


Enfin, lors de la mise en service de l’aérodrome, une unité de DCA renforcée (800 hommes) fut envoyée sur place par la Marine. Elle était dotée de 24 canons de 25 mm AA et de 16 canons de 75 mm AA (au lieu de 8 dans une unité normale). Les 25 mm furent disposés autour de l’aérodrome, mais bon nombre des 75 mm AA (très différents des 75 de montagne de l’Armée) furent déployés ailleurs (l’un d’eux fut déployé sur l’îlot de Tanambogo, deux sur une hauteur dominant Pointe Cruz). Selon la doctrine en vigueur, les 75 AA furent au départ le plus souvent déployés dans des “donuts”, sobriquet attribué par les pilotes américains surpris de rencontrer des positions circulaires composées de deux murailles de terre autour de la fosse du canon. Si la protection offerte était très bonne, l’utilisation du canon contre des objectifs terrestres pouvait exiger des heures de travail.


Conformément à la doctrine japonaise en la matière (qui n’avait jamais été mise à l’épreuve), les unités de l’Armée furent déployées pour prévenir un débarquement allié directement devant la piste. Deux bataillons couvraient la côte dans la zone de l’aérodrome, « au plus près de la plage ». Le troisième était en réserve à l’intérieur des terres. L’artillerie fut déployée à contre-pente sur les premières collines précédant le mont Austen. Le Régiment du Génie s’installa autour de l’aérodrome et la Compagnie Blindée un peu plus à l’est.

 

Pour préserver la baie contre un éventuel raid de bombardement naval, l’état-major de la Marine Impériale dans la région fit installer deux batteries de deux canons de 5,5 pouces récupérées sur le croiseur auxiliaire Gokoku Maru, une de chaque côté de la Pointe Lunga. Elles n’auraient évidemment pas pu faire grand-chose contre un croiseur de bataille, mais le geste était moralement nécessaire. Le Gokoku Maru fournit aussi quatre vieux canons de 40 mm Vickers, qui allèrent renforcer la 3ème SNLF. Un détachement de vedettes rapides commandé par le lieutenant Iichi et fort d’une centaine d’hommes fut par ailleurs déployé dans un site discret (il était prévu d’envoyer ces vedettes aux Nouvelles-Hébrides).

Une quinzaine de jours avant l’arrivée des Américains, les reconnaissances aériennes menées par les Betty de Tenaru et les hydravions H6K avaient fait redouter une action alliée au commandement de la 17e Armée. Il fut décidé de renforcer les troupes de Guadalcanal, les plus exposées. Bien que le 124e Rgt d’Infanterie ne fît pas partie de la 7e D.I.[4], c’était la seule unité disponible (le reste de la 7e D.I., deux régiments d’infanterie et deux bataillons d’artillerie, était encore au Japon, ou en route). Il fut donc décidé de l’envoyer immédiatement à Guadalcanal. Les 1er et 2ème bataillons purent être expédiés, ainsi qu’un peu d’artillerie supplémentaire, sous la forme d’une compagnie de mortiers de 81 mm (150 hommes) et d’une compagnie antichars (6 x 47 mm), car rien de plus lourd n’était disponible à de nombreux kilomètres à la ronde.

Le I/124ème (1 200 hommes) prit place aux abords de l’aérodrome.

Le II/124ème fut chargé de défendre le port de Pointe Cruz.

 

A la veille du débarquement allié, le nombre total de Japonais à Guadalcanal et dans les îles voisines s’élevait donc à près de 15 000 hommes. L’Armée Impériale était représentée par un régiment et deux bataillons d’infanterie, un régiment du génie, un bataillon d’artillerie, une compagnie de chars, une compagnie de mortiers, une compagnie antichars, un hôpital de campagne et deux unités de construction. La Marine mettait en ligne une forte SNLF, une unité de DCA renforcée, un détachement de vedettes rapides, une batterie côtière et une petite unité de construction (plus les pilotes et mécaniciens de la 24e Flottille Aérienne, qui n’allaient pas rester très longtemps).

Le ravitaillement de tout ce monde s’annonçait déjà difficile. En effet, nourrir autant d’hommes demandait près de 15 tonnes de nourriture par jour. Il fallait aussi les ravitailler en munitions, en pièces de rechanges… et, jusqu’au débarquement des Marines, en essence d’aviation. Le principal problème des Japonais était avant tout la distance. Si les dépôts de Rabaul ou de Truk était correctement approvisionnés, les logisticiens japonais avaient un choix difficile à faire entre des cargos vulnérables, lents et difficiles à décharger par manque d’infrastructures, mais de grande capacité, et des destroyers rapides, mais de faible capacité et consommant de grandes quantités de mazout. L’utilisation des croiseurs auxiliaires “démobilisés” (navires civils rapides armés et utilisés à des tâches d’escorte que l’on avait rendus au transport), dont quatre avaient été affectés aux Salomon[5], n’apporta qu’une réponse partielle au problème, car ces navires de grande capacité allaient vite, mais consommaient beaucoup de mazout.

Certains historiens (P.Z. Hiller, 1994) calculèrent que le simple ravitaillement de ce poste avancé avait coûté pendant la bataille près de 5% des capacités de production de mazout japonaises !


Le détachement naval japonais


– 2ème Escadron indépendant Gyoratei (commandant : lieutenant Iishi)
G-1, G-2 et G-3 : trois vedettes lance-torpilles de classe T-1 (20,5 tonnes, 20 m de long, 38,5 nœuds, capable de franchir 210 nautiques à 30 nœuds, moteur de croisière silencieux)[6] armés de 2 mitrailleuses et de deux torpilles de 18 pouces[7].

Kaiyo Maru 1 (bateau officiel de 150 GRT, converti en bateau de soutien pour vedettes lance-torpilles).
Cette force était camouflée dans la rivière Mbonehe (l’alternance eau salée/eau douce nettoyant les coques), près de la pointe de Tassafaronga, sous la garde d’un petit détachement (100 hommes) du 3ème SNLF de Kure. Elle avait été positionnée à Guadalcanal pour donner à la base une certaine capacité d’auto-défense en cas de raid nocturne de bombardement naval dans l’attente d’un débarquement en Nouvelle-Calédonie ou aux Fidji, après lequel elle aurait pu aller se redéployer sur place.

– Force de soutien locale (renvoyée à Rabaul la veille de l’arrivée des Américains)

Un transporteur de carburant de 1150 GRT.

Takeshima Maru 2 et 3 (ex-ferries pour passagers de 162 GRT).
Deux douzaines de petites embarcations de 50 tonnes au plus.

– Force ASM locale (renvoyée à Rabaul la veille de l’arrivée des Américains)
Quatre chasseurs de sous-marins auxiliaires de classe Cha-1.


Le convoi allié et son escorte

Navires détruits lors de Watchtower


1 – Task Force de Transport, contre-amiral Turner (à bord du MN Jeanne d’Arc)

– Groupe de Transports X-Ray
Transdiv A
American Legion, Bellatrix, Fuller
Transdiv B
Barnett, George F. Elliot, Libra, McCawley
Transdiv C
Alchiba, Betelgeuse, Fomalhaut, Hunter Liggett
Transdiv D
Alhena, Crescent City, President Adams, President Hayes
 
– Groupe de Transports Yoke
Transdiv E
Heywood, Neville, President Jackson, Zeilin
Transdiv 12 (DD convertis en transports ou APD)
Colhoun, Gregory, Little, McKean

– Groupe de la Royal Australian Navy

AMC convertis Kanimbla, Manoora, Westralia
Transport Iron Chieftain
Ravitailleurs d’hydravions auxiliaires Nairana, Zealandia
Navire hôpital Wanganella

– Ecran

CL Jeanne d’Arc

DD Dewey, Hull, Jarvis, Mugford.

DMS Hopkins, Hovey, Southard, Trever, Zane.

 

2 – Task Force de couverture, contre-amiral Crutchley (à bord du HMAS Australia), secondé par le contre-amiral Scott (à bord de l’USS Astoria)
CA Australia (amiral), Astoria, Quincy, Vincennes, Wichita.

CL Leander.

CLAA San Juan.

DD Bagley, Blue, Buchanan, Helm, Patterson, Ralph Talbot, Wilson.

 

3 – BatDiv 4, contre-amiral H.W. Hill (à bord du USS Colorado)

BB Colorado, Maryland.

DD Henley, Monssen


Les missions des Combat Groups de l’USMC et de l’AMF


Combat Group A (colonel Hunt, sur l’American Legion)
5ème Rgt de Marines : débarquer sur Red Beach et sécuriser la tête de pont.

Combat Group B (colonel Gates, sur le Barnett)
1er Rgt de Marines : débarquer à H + 120 minutes, traverser le Combat Group A et avancer en direction du Mont Austen et de l’aérodrome.

Raider Group (colonel Edson, sur le Colhoun)
1er Bataillon de Raiders : débarquer à Pointe Cruz et s’emparer du petit port.

Bataillon Parachutiste : renforcer cette position à H + 1 heure et avancer vers l’aérodrome de l’ouest.

Groupe de Soutien (colonel Del Valle, sur le Hunter Liggett)
Débarquer sur Red Beach, installer l’artillerie et la DCA et assurer la défense de la tête de pont.

Réserve (colonel Arthur)
2ème Rgt de Marines.

28ème Brigade de l’AMF (Australian Military Force, “Militia”)
17ème Bataillon : débarquer à Halavo et Halita, sur Florida.
18ème Bataillon : débarquer sur Blue Beach (Tulagi) et s’emparer de l’île.
13ème Bataillon : débarquer à Gavutu, s’emparer de Gavutu et Tanambogo.


La participation australienne

D’après l’ouvrage de B. Marcus, Les Forces armées australiennes dans la Seconde Guerre Mondiale

Dès le mois de mai 1942, la 1ère Division de l’AMF (QG à Sydney) fut chargée de former d’urgence une brigade destinée à participer à la campagne des Salomon. Il restait très peu de temps pour créer et entraîner une unité amphibie. Pendant que trois croiseurs auxiliaires étaient promptement retirés de leurs missions d’escorte de convois et hâtivement convertis en transports d’assaut, les troupes choisies furent entraînées à Sydney avec de petits bateaux.


Désignée pour cette tâche, la 28ème Brigade n’avait que deux bataillons (le 17ème et le 18ème) ; un troisième (le 13ème Bataillon) lui fut ajouté, emprunté à la 1ère Brigade. On renforça aussi la brigade avec le 9ème Bataillon d’Artillerie, RAA (25-pdr), une compagnie du génie (1ère Field Company, RAE) et une Compagnie Blindée Mixte. Cette dernière fut formée spécialement avec des chars et des équipages du 4ème Armoured Battalion de la 2ème Division de Cavalerie de l’AMF, renforcés par quelques vétérans évacués de Malaisie. La compagnie blindée comptait cinq chars Valentine, trois Matilda I, deux petits Mk VI, plus deux Covenanter (ou Cruiser V) et un Covenanter poseur de pont, qui avaient trouvé d’une façon ou d’une autre le chemin des quais de Melbourne (l’engin poseur de pont était en général considéré comme le résultat d’un exercice de chargement pour grutiers britanniques ivres ayant affreusement mal tourné, ou comme un acte de vengeance commis par l’un de ces mêmes grutiers dont la femme aurait été séduite par un Australien servant en Grande-Bretagne). On ajouta (pour éviter le chiffre treize, prétendirent de mauvaises langues) deux modèles de pré-production du nouveau char Sentinel (ou “Australian Cruiser”), équipé d’un canon de 25 livres. On espérait tester au combat ce blindé, mis au point avec l’aide de l’ingénieur français Perrier, dans ces conditions que l’on espérait relativement peu sévères. La compagnie comptait donc en tout quinze véhicules.

La grande variété de véhicules était un problème moins grave qu’il n’y paraissait. Elle résultait du fait que tous les camps d’entraînement et dépôts britanniques avaient été priés d’expédier aux Antipodes leurs blindés plus ou moins dépareillés. Si certains responsables n’avaient envoyé que des rebuts inutilisables, la plupart avaient compris que des hommes pourraient bien voir le feu dans ces engins d’occasion. En général, les véhicules arrivaient donc dûment révisés, avec leur dossier d’entretien en trois exemplaires dans une sacoche accrochée au siège du conducteur et un caisson de pièces détachées sanglé au pont arrière. Ils étaient donc prêts au combat dès leur arrivée. Les chars américains, quoique neufs, avaient bien moins bonne réputation que les exilés britanniques, parce qu’ils arrivaient le plus souvent dépourvus de composants essentiels et du moindre mode d’emploi ou manuel technique.
Les unités de la 28ème Brigade commencèrent à s’entraîner en juin. Le 7 août, elles étaient loin d’être parfaitement formées ou équipées pour leur tâche, mais elles étaient simplement la meilleure force disponible.


Les trois AMC de la Royal Australian Navy, les Kanimbla, Manoora et Westralia, furent donc convertis en transports d’assaut. Ils conservèrent cependant leurs canons de 6 pouces, tout en se voyant équipés de bossoirs lourds et de LCVP pour débarquer les troupes.

Le cargo Iron Chieftain, spécialisé dans le transport du minerai de fer et doté de grues puissantes et de ponts renforcés, fut transformé pour transporter des véhicules et des chars, ainsi que des pontons plats construits à la hâte, afin de pouvoir d’abord débarquer les chars, puis former un quai flottant doté de grues légères.
La RAN fournit aussi deux ravitailleurs auxiliaires d’hydravions, le Zealandia et le Nairana. Ce dernier avait été modifié selon des plans datant de la Première Guerre, lors de son service dans la Royal Navy. Grâce à de frénétiques demandes auprès de Londres, ils transportaient vingt-quatre hydravions : 16 Spitfire hydravions[8] (dont quatre démontés, en caisses), 6 Swordfish à flotteurs et deux des ubiquitaires amphibies Walrus, d’allure préhistorique mais toujours très utiles.
Enfin, il faut rappeler la contribution la plus puissante de la RAN : l’Australia , seul croiseur lourd du dominion depuis la perte du Canberra.



[1] Contrairement à une légende tenace, les SNLF ne constituent pas l’équivalent des US Marines. A l’origine, le Japon ne possédait pas de corps de marines au sens américain (infanterie légère pratiquant des débarquements de vive force). Quand la nécessité se faisait sentir, le corps de débarquement était constitué d’une partie de l’équipage des navires. Les résultats ne furent pas toujours excellents : les marins n’étaient ni entraînés, ni équipés pour des actions terrestres, et les navires subissaient la perte d’hommes qualifiés et difficilement remplaçables. Devant le manque d’efficacité de cette solution, des forces spéciales de débarquement furent constituées vers la fin des années 1920 au sein des quatre Chinjufu (districts navals) : Sasebo, Maizuru, Kure et Yokosuka, ainsi qu’à Shanghaï. Dénommées en japonais rikusentai, ces unités sont aujourd’hui beaucoup plus connues sous le sigle anglais de SNLF (Special Naval Landing Forces, forces navales spéciales de débarquement). Elles ne dépendaient que de la Marine et portaient le nom de la base navale où elles avaient été formées ou du lieu de leur première entrée en action (Shanghaï).

Bien que les SNLF aient été organisées selon des règles officielles, leur puissance réelle variait énormément au cours du temps, car chaque unité était renforcée ou scindée en fonction de la mission. Leur taille pouvait atteindre les 1000 hommes ou descendre en dessous de 200, avec une moyenne de 600.

Par ailleurs, les navires continuèrent parfois à former des groupes de débarquement, eux aussi dénommés rikusentai puisque ce mot désigne en japonais toute force navale débarquée, qu’il s’agisse d’une unité des SNLF, d’un détachement de marins très provisoire ou d’un groupe de marins détachés à terre pour une mission logistique. Cela contribue à troubler les estimations et les Américains firent plus d’une fois la confusion.

[2] Il est à noter que ces unités sont au complet – une rareté déjà pour l’époque – et suivent les Tables Officielles de 1941 pour un régiment de Classe B (standard). Ses caractéristiques principales sont à l’image des choix tactiques japonais : légèreté de la structure, absence presque totale de capacité anti-char dans cette zone de jungle, accent porté sur le nombre d’hommes au détriment des unités de soutien. Depuis quelques semaines, les enseignements de la campagne de Singapour avaient commencé à faire évoluer les conceptions, mais bien évidemment, cette évolution ne pouvait encore se faire sentir en première ligne.

[3] Ainsi, beaucoup d’officiers tenaient un journal intime souvent fort précis sur les opérations en cours, et ces documents retrouvés sur leurs cadavres furent d’une grande utilité pour les Américains.

[4] Ce régiment, similaire au 28ème, était la première unité de la 35ème Brigade. Les autres allaient suivre…

[5] Les Saigon Maru et Bangkok Maru (5 350 GRT, 18 nœuds), Kongo Maru (8 624 GRT, 18 nœuds) et Kiyozumi Maru (8 613 GRT, 18 nœuds).

[6] Ces petits bâtiments (et leurs successeurs) étaient inspirés de modèles allemands et construits par Yokohama Yacht Co. Le constructeur avait eu des problèmes avec la coque, qui avaient pu être résolus à la suite d’échanges avec les spécialistes de la Kriegsmarine au premier trimestre 1942.

[7] Ces torpilles de 18 pouces étaient des torpilles aériennes standards de la Marine Impériale, Type 91 Mk 1 de 1931, à peine modifiées. Elles étaient lâchées à côté de la vedette et accéléraient à partir de presque zéro. Si le lanceur était immobile, il leur fallait environ 200 mètres pour que leur profondeur se stabilise. La charge explosive était de 150 kg et la portée de 2 200 mètres à une vitesse de 41 à 43 nœuds. Enfin, ces torpilles laissaient un sillage de bulles.

[8] En fait des Spitfire V, prélevés parmi ceux qui venaient d’être remplacés par des Spitfire IX et XII dans les Wings de la RAF, et convertis par Folland Aircraft avec des flotteurs fabriqués à la hâte (les appareils du même genre déployés à Port-Blair étaient des Spitfire I modifiés).