Annexe 42-6-5
Extrait de l’ouvrage de Maurice Héninger « L’épreuve du feu – L’évolution des outils militaires durant la Deuxième Guerre Mondiale » (Plon Ed., Paris, 1985), avec l’aimable autorisation de l’auteur.
L’origine des forces aéroportées françaises remonte à la coopération militaire
franco-soviétique qui s’est développée après le traité de 1935. Quelques
officiers français furent à l’époque entraînés à l’Ecole des troupes
aéroportées soviétiques de Tula-Ryazan (qui existe
encore aujourd’hui). Il y avait eu auparavant en France quelques expériences au
début des années 30, dont un exercice à grande échelle où le prototype d’avion
de transport Dyle et Bacalan DB-20 avait débarqué une
unité de la taille d’un peloton, qui avait “détruit” le QG ennemi. Néanmoins,
il fallut attendre 1937 pour voir bouger les choses, avec l’achat d’avions de
transport spécifiquement destinés à des troupes aéroportées.
Les premières unités, de la taille d’une compagnie, étaient appelées “Infanterie de l’Air”. Elles ne furent pas utilisées dans ce rôle durant la Campagne de France. Cependant, l’utilisation agressive de troupes aéroportées en Hollande avait fait grande impression sur l’état-major français. Début août 1940, il fut décidé d’accroître considérablement les “Troupes Aéroportées” françaises, rebaptisées et rattachées à l’Armée et non plus à l’aviation. Cependant, la conception d’un matériel spécifique restait un problème.
En février-mars 1941, l’utilisation des troupes aéroportées allemandes et italiennes en Corse et Sardaigne confirma l’état-major français dans ses intentions. Mais le plus important fut la capture de deux canons sans recul LG-40 de 75 mm intacts lors de la première attaque de l’aérodrome de Bastia. Leur étude donna une impulsion décisive au développement des armes nécessaires.
Un exemplaire fut envoyé en Grande-Bretagne, où il aida Sir Dennys Burney à développer sa propre ligne de canons sans recul, qui étaient en réalité des améliorations de la technologie allemande de l’époque. Le premier canon testé en conditions opérationnelles fut le “3,45 pouces léger”, qui pesait 75 livres à vide et tirait à 180 m/sec. un obus de 16 livres n’utilisant pas la classique charge creuse (shaped-charge) perforante (HEAT), mais la nouvelle charge brisante (squash-head) (HESH), qui se montra efficace non seulement contre les chars ennemis, mais aussi contre les fortifications. L’Armée britannique rejeta le concept, car on constata que des contraintes excessives s’exerçaient sur la chambre et les tubes Venturi utilisés par le nouveau canon. L’Inspecteur des Troupes Aéroportées français considéra que ce problème était sans importance, car la jeune doctrine française n’envisageait pas que les parachutistes soient utilisés de la même façon que l’infanterie “normale”. Ils devaient être utilisés dans des actions courtes et intenses, mais on considérait qu’ils manquaient de “stabilité en combat” (une traduction presque mot pour mot du terme russe) pour une lutte prolongée. Les parachutistes avaient donc besoin d’armes puissantes, même si elles devaient être de courte durée de vie. Les Français se procurèrent donc le 3,45 pouces sans recul et l’utilisèrent au niveau du bataillon, en général monté sur un affût tripode.
Le second LG-40 fut utilisé par l’Arsenal d’Alger pour développer une arme plus puissante, à utiliser au niveau de la brigade. Les ingénieurs français accrurent le calibre à 81 mm pour pouvoir utiliser les machines-outils américaines employées pour la production des mortiers de 81 mm. Ils utilisaient un canon plus long que le modèle original allemand (30 calibres) et une culasse proche du modèle Burney, avec le même compartiment à obus que ce dernier. Le canon français pesait 170 kg (205 avec son train à deux roues) et tirait un obus de 5,7 kg HEAT ou HESH à 290 m/sec. Ce canon avait une meilleure balistique et une plus longue portée que le 3,45 pouces de Burney ou le 3,7 pouces.
Une autre arme nouvelle et importante fut le lance-roquette M1 de 60 mm américain. Cette arme fut en réalité développée à partir de la grenade antichar à fusil, dont plusieurs milliers avaient été évacuées de France en 1940. Au début, les troupes aéroportées françaises furent très réticentes à utiliser ce lance-roquettes, car elles étaient entraînées à l’emploi de la grenade à fusil (qui avait gagné ses lettres de noblesse pendant la bataille de Limnos). Néanmoins, à la fin du printemps 1942, les tests avaient démontré que la roquette avait une plus longue portée efficace que la grenade. L’introduction du lance-roquette M1 commença alors fin août 1942, imposant l’addition d’un homme à chaque groupe de combat (trois pour un peloton et dix pour une compagnie).
Les troupes aéroportées utilisèrent aussi d’abord des mortiers traditionnels de 60, 81 et 120 mm. Cependant, en septembre 1941, l’Arsenal d’Alger, grâce à des machines-outils américaines, développa un mortier de 81 mm court mais finement usiné, qui possédait les mêmes performances que le mortier normal, tout en étant beaucoup plus léger (32 kg).
Les
troupes reçurent aussi des armes américaines standards, de la mitraillette M1
Thompson de 0,45 pouces au fusil M1, et utilisèrent le BAR Mod. 1919 A2 comme
fusil-mitrailleur standard, la Browning M 1919 de 0,3 comme mitrailleuse multirôle et la Browning M2HB de 0,50 comme mitrailleuse
lourde.
L’expansion des Troupes Aéroportées imposait de créer d’abord des régiments, puis des brigades comptant deux régiments et des unités de soutien. Les deux brigades créées furent officiellement amalgamées en septembre 1942 au sein de la 11ème Division Aéroportée, mais ne furent jamais utilisées en un seul ensemble. En fait, même les Brigades ne connurent jamais d’utilisation opérationnelle d’un bloc. L’analyse des expériences opérationnelles en Corse (assaut allemand) puis à Limnos (assaut français, puis allemand) conduisit à une augmentation constante de la puissance de la brigade, à une époque où les moyens de transport ne pouvaient pas embarquer le matériel lourd qui apparaissait nécessaire.
Début 1943, on commença à envisager de “retailler” la brigade aéroportée. En juin 1943, apparut une organisation plus réaliste, avec une division à trois régiments où toutes les unités de soutien étaient concentrées au niveau divisionnaire, tout en pouvant être affectées à un régiment pour une tâche spécifique. La Division Aéroportée de 1943 comptait 12000 hommes.
Le problème de transporter ces hommes et leur équipement sur le champ de bataille resta jusqu’à la fin de la guerre le plus difficile à résoudre. L’ubiquitaire DC-3/C-47 était la bête de somme des Groupes de Transport, mais il fallut des planeurs de grande taille (le Horsa, puis, en 1943, le Hamilcar) pour pouvoir transporter des véhicules. Fin 1943, il devint possible de renforcer le Régiment de Cavalerie Aéroporté en y incluant une compagnie indépendante de blindés, avec 15 chars légers M22 Locust, et une batterie de six automoteurs T-18 armés de canons de 81 mm sans recul.
Les ingénieurs français travaillant chez Philips & Powis (Miles) participèrent au premier rang au projet M.62 dont le petit M.57, qui vola en juillet 1944, devait être le démonstrateur à faible puissance. Avec ses deux moteurs Wright GR-2600 A5B (ou Hercules), il devait enlever une charge utile de 7,650 tonnes, décoller en 500 m à pleine charge et emporter son contenu à 800 km. Le projet n’alla jamais plus loin qu’une maquette grandeur nature, qui permit de tester deux configurations : l’une, qui avait la faveur de George Miles lui-même, comportait un gros fuselage court et une poutre supportant les empennages, tandis que l’autre avait une structure bipoutre (avec un corps central et un empennage bidérive soutenu par deux poutres portant les moteurs). Celle-ci fut développée en France après la guerre, où Nord-Aviation mit au point à la fin des années 40 un appareil bipoutre doté de deux moteurs Hercules de 2000 CV.
Les Troupes Aéroportées attirèrent dès le début un grand nombre de volontaires venant de la Légion Etrangère ou qui arrivaient de France occupée en passant par l’Espagne. Cette provenance, combinée à un entraînement très rude et à des succès initiaux (à Limnos notamment), fut à l’origine d’un esprit de corps puissant et d’une véritable “mystique des paras” parmi les Troupes Aéroportées. Cette mystique fut responsable d’une évaluation parfois irréaliste de ce que les unités aéroportées pouvaient faire, les exposant souvent à des pertes plus lourdes que ce qu’elles auraient dû être si les unités aéroportées avaient été utilisées d’une façon plus conforme à leurs capacités réelles.
La
Brigade aéroportée en 1942
Organisation
et matériel d’une Brigade aéroportée (juin 1942)
–
QG de Brigade : 225 hommes, 16 véhicules légers, 12 camions de ¾ de tonne,
2 mitrailleuses lourdes, 6 mitrailleuses, 8 BAR.
–
Deux Régiments aéroportés : Régiment de Chasseurs Parachutistes (RCP) et
Régiment Etranger Parachutiste (REP).
4524 hommes, 120 véhicules légers, 8 camions de ¾ de tonne, 12 canons de
47 mm, 12 mortiers de 120 mm, 24 mortiers de 81 mm, 54 mortiers
de 60 mm, 32 canons sans recul de 3,45 pouces, 36 mitrailleuses lourdes,
98 mitrailleuses, 262 BAR.
–
Un Régiment d’Artillerie Aéroporté (RAP) : trois bataillons avec 712
hommes, 18 obusiers de 75 mm, 18 x canons sans recul de 81 mm, 18
mortiers de 120 mm, 42 véhicules légers, 70 camions de ¾ de tonne, 4 mitrailleuses
lourdes, 12 mitrailleuses, 60 BAR.
–
Un Bataillon Aéroporté AA (BP-DCA) : 183 hommes, 36 véhicules légers, 18
affûts quadruples Maxson M51 de mitrailleuses de
12,7 mm, 6 BAR.
– Un Bataillon Aéroporté du Génie : 531 hommes, 24 véhicules légers, 21
camions de ¾ de tonne, 4 mitrailleuses lourdes, 12 mitrailleuses, 19 BAR,
24 lance-flammes, matériel de démolition et 18 canots en caoutchouc de 24
places, utilisables aussi pour monter un pont de 100 m de classe 7 tonnes.
– Un Escadron de Cavalerie Aéroporté
Un QG d’escadron : 34 hommes avec deux scout-cars, une auto blindée
Humber, 3 véhicules légers, 4 camions de ¾ de tonne.
Cinq groupes de reconnaissance : 12 hommes chacun, deux scout-cars, deux
autos blindées Humber.
Un groupe d’appui : 26 hommes, 1 scout car, 3 APC White,
4 mitrailleuses.
Un groupe antichar : 24 hommes, 8 véhicules légers, 6 canons sans recul de
4,45 pouces, 1 mitrailleuse.
Une section d’appui-feu : 24 hommes, 8 véhicules légers, 3 mortiers de
81 mm, 1 mitrailleuse.
Une section logistique : 46 hommes, 3 véhicules légers, 10 camions de ¾ de
tonne.
Total : 214 hommes, 13 scout-cars, 11 autos blindées Humber, 3 APC White, 22 véhicules légers, 14 camions de ¾ de
tonne.
– Une unité de Médecine de campagne : 111 hommes, 6 véhicules légers, 18
camions de ¾ de tonne.
– Un Bataillon de Logistique et de ravitaillement : 337 hommes, 24
véhicules légers, 32 camions de ¾ de tonne, 4 camions de 2,5 tonnes.
Total général : 6837 hommes.
Organisation
et matériel d’un Régiment aéroporté (juin 1942)
– QG
régimentaire
117
hommes, 6 véhicules légers (“Bantam” ou Jeep), 4
camions de ¾ de tonne, 2 mitrailleuses (Browning de 0,30), 6 BAR
(fusils-mitrailleurs américains).
[+ A partir de septembre 1942, trois lance-roquettes de 60 mm M1 avec leurs
servants.]
– Groupe de reconnaissance
51
hommes, 12 véhicules légers (“Bantam” ou Jeep), 8
mitrailleuses, 8 BAR, 4 canons sans recul de 3,45 pouces.
– Trois bataillons, avec chacun :
Trois “Compagnies de Combat” avec chacune trois pelotons et un groupe de commandement,
soit 139 hommes avec 4 mitrailleuses, 10 BAR, 3 mortiers de 60 mm.
Une Compagnie d’appui-feu : 112 hommes avec 4 canons sans recul de 3,45
pouces, 4 mortiers de 81 mm, 4 mitrailleuses lourdes (Browning de 0,50).
Un peloton de sapeurs et génie d’assaut : 43 hommes avec 2 BAR, 6
lance-flammes, détecteurs de mines, mines et matériel de démolition.
Un peloton médical : 14 hommes dont deux chirurgiens et six assistants.
Un groupe de commandement et communication : 47 hommes avec du matériel de
radio, une mitrailleuse et 3 BAR.
Total : 633 hommes, 4 canons sans recul de 3,45 pouces, 4 mortiers de 81
mm, 9 mortiers de 60 mm, 4 mitrailleuses lourdes, 13 mitrailleuses, 35 BAR.
[+ A partir de septembre 1942, 32 lance-roquettes de 60 mm M1 avec leurs
servants.]
– Une batterie de mortiers régimentaire : 48 hommes avec 14 véhicules
légers, 6 mortiers de 120 mm, 6 BAR.
–
Une batterie antichars régimentaire : 48 hommes, 14 véhicules légers, 6
canons antichars légers de 47 mm (canons de 47/L53 mod. 37 sans boucliers
et avec des éléments en alliage léger), 6 BAR.
–
Une batterie antiaérienne régimentaire : 24 hommes, 8 véhicules légers, 6
mitrailleuses lourdes sur affût AA.
– Un peloton de tireurs d’élite : 32 hommes.
– Une équipe de génie d’assaut : 4 véhicules légers, 57 hommes,
lance-flammes lourd, matériel de démolition, mines antichars et détecteurs de
mines.
– Un groupe médical : 2 véhicules légers, 37 hommes dont 5 chirurgiens et
15 assistants.
Total
général : 2262 hommes, 60 véhicules légers, 4 camions de ¾ de tonne, 6
canons de 47 mm, 6 mortiers de 120 mm, 12 mortiers de 81 mm, 27
mortiers de 60 mm, 16 canons sans recul de 3,45 pouces, 18 mitrailleuses
lourdes, 49 mitrailleuses, 131 BAR.
[+ A partir de septembre 1942, 99 lance-roquettes de 60 mm M1 avec leurs
servants.]