Annexe 42-6-4
Le Corps de Bataille de l’Armée française en juin 1942
Cet ordre de bataille, considéré comme provisoire, ne comprend pas les unités de garnison (en Afrique du Nord, en Afrique Occidentale ou Equatoriale Française, au Moyen-Orient ou dans la zone Pacifique) et les “unités spéciales” comme les bataillons d’éclaireurs mélanésiens formés à Nouméa, le bataillon dit “du Pacifique” formé à Papeete ou les unités ad-hoc poursuivant le combat dans le nord de l’Indochine.
La division blindée, la division d’infanterie, la brigade mobile de la Légion Etrangère et la brigade d’artillerie indépendante sont largement détaillées dans l’ordre de bataille de février 1942 (voir annexe 42-2-2).
Les matériels sont pour la plupart décrits dans l’annexe 41-5-2. La présence de l’abréviation “AP” signifie que les pièces d’artillerie sont auto-propulsées. Elles sont tractées dans le cas contraire.
Les effectifs sont théoriques.
Fin juin / début juillet 1942, l’équipement de l’Armée française évolue de la façon suivante.
Le SAV-41 produit à Savannah cède la place progressivement au SAV-42 (le Ram-II canadien construit à Savannah, doté d’un canon de 57 mm [6-pounder]) dans les unités blindées et de cavalerie. Jusqu’à ce que suffisamment de SAV-42 soient disponibles, les bataillons de chars moyens des unités d’infanterie continuent à utiliser des SAV-41, des M3 Grant américains ou dans certains cas des chars légers Valentine VI construits au Canada. Un quart de ces derniers sont de la variante CS, équipée d’un obusier de 3 pouces.
Les chars légers sont à présent principalement des M3-F (le modèle américain M3 armé du canon français de 47 mm), mais le Valentine VI canadien est également utilisé, ou même le M3 standard américain. Le très attendu M7-F (avec son canon de 6 livres) ne doit pas équiper l’armée française avant début novembre 1942.
Les unités de chasseurs de chars et de canons d’assaut utilisent toujours le SAV-AU-41, dérivé du SAV-41, mais un programme de réarmement des anciens véhicules avec le canon anti-aérien américain de 3 pouces est en cours.
Le “canon de 6 livres sur châssis chenillé rapide” de 12 tonnes développé par Buick, connu comme le T-49, a été sélectionné pour remplacer les véhicules AUAC auto-propulsés embarquant un canon de 47 mm ou de 57 mm/6 livres sur un chassis half-track (AU AC-47 ou 57). Les premiers T-49 sont attendus pour octobre 1942. Ils doivent équiper les unités de reconnaissance et de cavalerie, ainsi que les unités anti-chars mobiles opérant en soutien des unités d’infanterie. Le chasseur de chars M10 est également attendu, mais il est alloué en priorité aux unités de l’US Army.
Les unités de canons automoteurs utilisent toujours le canon de 75 mm sur châssis de half-track M3 (AU-75). Toutefois, le canon automoteur de 105 mm (M7 Priest ou AU-105 mod.42 Priest) est attendu à partir du mois de juillet 1942 ; ici aussi, il est affecté en priorité aux unités de l’US Army.
Les unités de reconnaissance commencent à échanger leurs voitures blindées Marmont-Herrington construites en Afrique du Sud par des “light tanks” (engins à roues) Humber Mk.II.
I – Arme blindée – Cavalerie
Inspecteur Général : Général Delestraint
(A) Divisions Blindées, anciennement connues comme Divisions Cuirassées
– Effectif : 19640 hommes.
– Equipement :
Chars : 204 chars moyens (SAV-41 ou SAV-42), 48 chasseurs de chars SAV-AU-41, 45 chars légers (pour le moment M3-F doté du canon français de 47 mm, mais le rééquipement avec le M7-F armé du canon de 6 livres est prévu pour la fin 42).
Transports de troupes : plus de 560 véhicules half-track.
Véhicules de combat à roues : 42 AMD Marmont-Herrington ou Humber Mk.II, 2 AMD-AT, 126 scout-cars.
Artillerie : 24 obusiers de 155 mm, 56 obusiers de 105 mm, 44 canons de 75 mm (AP), 40 mortiers de 120 mm (AP), 16 mortiers de 81 mm (AP).
Artillerie anti-char : 18 canons de 6 livres, 60 canons anti-chars de 47 ou 57 mm (AP).
Artillerie anti-aérienne : 18 canons de 90 mm, 24 canons Bofors de 40 mm, 24 affûts doubles de 25 mm, 26 mitrailleuses anti-aériennes quadruples de 12,7 mm (AP).
1ère Division Blindée (Général Sudre), avec les brigades blindées I/1 (Général Langlade) et II/1 (Général De Larminat). 204 chars moyens (51 SAV-42 Bélier, 153 SAV-41), 48 chasseurs de chars SAV-AU-41, 45 chars légers M3-F.
Déployée dans le Péloponnèse.
2ème Division Blindée (Général de Hautecloque), avec les brigades blindées I/2 et II/2. 204 chars moyens (153 SAV-42 Bélier, 51 SAV-41), 48 chasseurs de chars SAV-AU-41, 45 chars légers M3-F.
En cours d’entraînement dans la région d’Alger.
5ème Division Blindée (Général de Vernejoul), avec les brigades blindées I/5 et II/5. 204 chars moyens (102 SAV-42 Bélier, 102 SAV-41), 48 chasseurs de chars SAV-AU-41, 45 chars légers M3-F.
En cours d’entraînement dans la région d’Oran.
Vers le milieu de l’année 1942, en prévision de l’opération Torche / Torch, les divisions blindées, en commençant par la 2ème DB, furent renforcées par un bataillon d’infanterie mécanisée supplémentaire (900 hommes), destiné à être déployé avec la brigade engagée sur l’axe principal de l’attaque. Ces grandes unités comportaient ainsi quatre bataillons blindés (à peu près comparables aux bataillons blindés US) et cinq bataillons d’infanterie mécanisée.
(B) Régiments indépendants
Cavalerie Légère servant d’unité de reconnaissance rapide pour un corps d’armée.
Effectif : 2 350 hommes du rang, sous-officiers et officiers.
Equipement : 27 chars légers M3-F, 42 AMD, 2 AMD-AT, 58 scout-cars, 16 M3 scout/command cars, 68 half-track M3 transports de troupes, 20 canons de 75 mm (AP), 8 mortiers de 120 mm (AP), 22 canons de 47 ou 57 mm (AP), 4 mitrailleuses anti-aériennes quadruples de 12,7 mm (AP).
3ème Régiment de Spahis Marocains (RSM) (Colonel Mozat). En cours d’entraînement dans la région d’Oran.
4ème Régiment de Spahis Marocains (Lieutenant-Colonel Navarre). Déployé dans le Péloponnèse.
6ème Régiment de Spahis Algériens (RSA) (Colonel Brunot). En cours d’entraînement dans la région d’Alger.
(C) Brigades Mobiles de la Légion Etrangère (BMLE)
Ces unités sont à mi-chemin entre une brigade blindée et une brigade mécanisée.
Effectif : 5645 hommes du rang, sous-officiers et officiers, dont 753 des troupes d’assaut (grenadiers-voltigeurs).
Chars : 51 chars moyens, 12 chasseurs de chars SAV-AU-41, 30 chars légers M3-F.
Transports de troupes : plus de 180 véhicules half-tracks.
Véhicules de combat à roues : 10 AMD (Marmont-Herrington), 28 scout-cars, 2 scout/command-cars M3(US).
Artillerie : 24 obusiers de 105 mm, 16 mortiers de 120 mm (AP), 20 mortiers de 81 mm (dont 4 AP) 10 canons de 75 mm (AP),
Artillerie anti-char : 12 canons de 47 ou 57mm (AP), 20 canons de 47 mm ou de 6 livres,
Artillerie anti-aérienne : 8 canons AA/AT de 25 mm, 8 mitrailleuses anti-aériennes quadruples de 12,7 mm (AP).
3ème Brigade Mobile de la Légion Etrangère Veroia-Tripolis (Général Marie-Pierre Koenig). 51 chars moyens SAV-42 Bélier, 12 chasseurs de chars SAV-AU-41, 30 chars légers M3-F.
Déployée dans le Péloponnèse.
4ème Brigade Mobile de la Légion Etrangère Saïgon (Général Schlesser). 51 chars moyens SAV-41, 12 chasseurs de chars SAV-AU-41, 30 chars légers M3-F.
En cours d’entraînement dans la région d’Alger.
6ème Brigade Mobile de la Légion Etrangère Brunete (Général Faure). 51 chars moyens SAV-41, 12 chasseurs de chars SAV-AU-41, 30 chars légers M3-F.
En cours d’entraînement dans la région d’Oran.
II – Infanterie
L’infanterie française a été réorganisée, soit dans le cadre d’une grande unité multi-armes, la Division d’Infanterie de 1942, soit ans le cadre spécifique de la Demi-Brigade de la Légion Etrangère.
(A) Divisions d’Infanterie
La D.I. 1942 est en fait une unité administrative et le combat est mené au niveau de la brigade, avec le soutien du génie et de l’artillerie affecté à la brigade engagée sur l’axe principal de progression ou en fonction des exigences de la mission.
Effectif : 25 390 hommes du rang, sous-officiers et officiers.
Chars : 51 chars moyens (SAV-41 ou M3-Grant), 159 chars légers (M3-F, M3 ou Valentine VI), 24 chasseurs de chars SAV-AU-41.
Véhicules de combat à roues : 72 AMD, 2 AMD-AT, 106 scout-cars.
Artillerie : 24 obusiers de 155 mm, 24 obusiers de 105 mm, 44 mortiers de 120 mm, 36 mortiers de 81 mm, 46 canons de 75 mm (AP), 48 canons de 57 mm / 6 livres antichars, 100 canons de 47 mm antichars.
Anti-aériens : 18 canons de 90 mm, 24 canons Bofors de 40 mm, 36 affûts simples de 25 mm, 36 affûts doubles de 25 mm, 22 mitrailleuses quadruples de 12,7 mm (AP).
1ère Division d’Infanterie (Général de Lattre de Tassigny), 3 brigades (Généraux Brosset, Magnan et Garbay). 51 chars moyens (SAV-41), 159 chars légers (M3-F), 24 chasseurs de chars SAV-AU-41.
En cours d’entraînement dans la région d’Alger.
2ème Division d’Infanterie Marocaine (DIM) (Général De Hesdin), 3 brigades. 51 chars moyens (M3 Grant), 159 chars légers (Valentine VI), 24 chasseurs de chars SAV-AU-41.
Déployée dans le Péloponnèse.
3ème Division d’Infanterie Algérienne (DIA) (Général Dody), 3 brigades. 51 chars moyens (M3 Grant), 159 chars légers (102 M3-F et 57 Valentine VI), 24 chasseurs de chars SAV-AU-41.
En cours d’entraînement dans la région d’Oran.
9ème Division d’Infanterie Coloniale (DIC) (Général De Monsabert), 3 brigades (Généraux Morlière, Carpentier et X…). 51 chars moyens (SAV-41), 159 chars légers (102 M3-F et 57 Valentine VI), 24 chasseurs de chars SAV-AU-41.
Déployée dans le Péloponnèse.
10ème Division d’Infanterie (Général Billote). 51 chars moyens (17 SAV-41 et 34 M3 Grant), 159 chars légers (146 M3-F et 23 M3), 24 chasseurs de chars SAV-AU-41.
Déployée dans le Péloponnèse.
(B) Demi-Brigades de la Légion Etrangère (DBLE)
La DBLE est une unité indépendante, qui peut être engagée lorsque le terrain ou la situation ne se prête pas au déploiement d’une division d’infanterie. Elle reste une unité multi-armes, avec :
- un régiment d’infanterie, comprenant 3 bataillons (motorisés),
- une compagnie indépendante de chars légers,
- un régiment d’artillerie légère, comprenant 2 groupes de 18 mortiers de 120 mm (tractés) et un groupe de 18 obusiers de 105 mm (tractés),
- un groupe d’assaut du génie,
- un groupe médical,
- un groupe d’échelon,
- un groupe de commandement.
Total : 3 917 hommes. 15 chars légers, 18 obusiers de 105 mm, 36 mortiers de 120 mm, 12 mortiers de 81 mm, 24 canons anti-chars, 12 canons AA/AT de 25 mm et 4 mitrailleuses quadruples de 12,7 mm.
10ème Demi-Brigade de la Légion Etrangère Kumanovo (Colonel Gaucher).
En cours d’entraînement dans la région d’Oran.
11ème Demi-Brigade de la Légion Etrangère Teruel (Colonel “Pablo”, en réalité l’ancien général Républicain espagnol Alberto Bayo). Unité disponible dans la région d’Alger.
13ème Demi-Brigade de la Légion Etrangère Narvik-Limnos (Colonel Dimitri Amilakhvari).
Déployée en Crète.
14ème Demi-Brigade de la Légion Etrangère Ebro (Colonel “Moreno”, en réalité l’ancien colonel Républicain espagnol Menendez).
En cours d’entraînement dans la région d’Oran.
15ème Demi-Brigade de la Légion Etrangère Massada-Valmy, formée des deux “bataillons juifs” de la Légion Etrangère (constitués de juifs allemands et autrichiens ayant fui leur pays en 1937 and 1938, rejoints par des volontaires juifs venant de Palestine et des Etats-Unis).
En cours d’entraînement dans la région d’Alger.
III – Infanterie de Montagne
(A) Divisions d’Infanterie de Montagne
S’attendant à devoir combattre dans des environnements difficiles et montagneux, en Grèce comme en Sicile, l’Etat-Major français a développé, sur la base de la division traditionnelle de Chasseurs Alpins, la Division d’Infanterie de Montagne, en s’appuyant fortement sur les troupes marocaines. Cette unité est plus légère que la Division d’Infanterie de 1942, elle utilise de l’artillerie plus légère (avec une prédominance de mortiers lourds) et des mules de bât.
Unité à 3 régiments de 3 bataillons.
Effectif : 15 500 hommes “et 2 700 mules”.
45 chars légers.
18 obusiers de 105 mm, 18 obusiers de 75 mm, 54 mortiers de 120 mm, 36 mortiers de 81 mm, 72 canons anti-chars de 47 mm ou de 6 livres, 18 canons anti-aériens de 25 mm et 12 mitrailleuses anti-aériennes quadruples de 12,7 mm.
4ème Division d’Infanterie de Montagne Marocaine (4ème DIMM) (Général Sevez). Déployée dans le Péloponnèse.
10ème Division de Chasseurs Alpins ou Division d’Infanterie Alpine.
Déployée dans le Péloponnèse.
(B) Groupements indépendants de Tabors
Un GT équivaut à une brigade ou un régiment renforcé, avec environ 6 000 hommes “et 850 mules”, 18 mortiers de 120 mm, 12 mortiers de 81 mm, 24 canons anti-chars de 47 mm ou de 6 livres, 6 canons anti-aériens de 25 mm et 12 mitrailleuses anti-aériennes quadruples de 12,7 mm.
1er Groupement de Tabors Marocains (Général Guillaume).
Déployé dans le Péloponnèse.
2ème Groupement de Tabors Marocains.
En formation et à l’entraînement à Meknès.
3ème Groupement de Tabors Marocains (Colonel Hogard).
Déployé dans le Péloponnèse.
IV – Troupes Aéroportées (voir annexe 42-6-5)
1ère Brigade Parachutiste, avec le 2ème Régiment Etranger Parachutiste (2ème REP) (Lieutenant-Colonel Gilles) et le 3ème Régiment de Chasseurs Parachutistes (3ème RCP).
En réserve à Alger.
2ème Brigade Parachutiste, avec le 1er RCP et le 2ème RCP.
En réserve et à l’entraînement à Oran.
Ces deux unités doivent constituer la 11ème Division Parachutiste.
V – Artillerie
(A) Brigades d’Artillerie de Corps d’Armée
Ce type d’unité correspond au besoin de renforcer la puissance en artillerie des unités françaises engagées sur l’axe principal de l’attaque. Elle joue un rôle similaire à l’AGRA britannique.
Effectif : environ 5 500 hommes.
36 canons de 155 mm (155/40 GPF construits aux Etats-Unis sous le nom de “Long Tom”), 48 obusiers de 155 mm M1 américains, 48 obusiers de 105 mm américains M2A1, 24 mortiers de 120 mm, une compagnie indépendante d’observation et réglage d’artillerie avec 8 avions Stinson ou Auster.
11ème Brigade d’Artillerie de Corps d’Armée (Péloponnèse).
12ème Brigade d’Artillerie de Corps d’Armée (Alger).
13ème Brigade d’Artillerie de Corps d’Armée (Bône).
14ème Brigade d’Artillerie de Corps d’Armée (Oran).
(B) Régiment indépendant d’Artillerie Lourde
Effectif : 1 650 hommes.
18 canons de 155/40 mm GPF, 36 obusiers de 203 mm américains M1.
121ème Régiment d’Artillerie Lourde.
122ème Régiment d’Artillerie Lourde.
123ème Régiment d’Artillerie Lourde.
127ème Régiment d’Artillerie Lourde.
VI – Forces spéciales
– Groupement de Choc (3 bataillons) (Colonel Gambiez).
– Commandos de la France Combattante (Lieutenant-Colonel de La Vigerie).
– Régiment Alsace-Lorraine (Lieutenant-Colonel Malraux).