Annexe 42-4-4
Rapport sur la mission de l’Unité d’Exploration de la Flotte Combiné e en Mer du Sud
Kuching, le 24 avril
1942
(document établi par l’état-major de l’Unité Spéciale)
Le 31 décembre 1941 dans la soirée, des ordres urgents furent reçus de la Flotte Combiné e pour préparer et envoyer un navire convenablement équipé pour rechercher des documents et des systèmes techniques dans des épaves de vaisseaux ennemis après les victoires remportées par la Flotte dans les eaux méridionales. Il fut vite connu qu’il s’agissait d’un cuirassé anglais de classe King George V. La Flotte Combiné e avait déjà choisi le mouilleur de mines moderne Yaeyama (1380 t, 20 nœuds) pour cette tâche. Le chantier naval de Kure reçut la tâche de préparer le navire à appareiller dans les 36 heures. Le navire fut immédiatement mis en cale sèche pour rectifier tous les défauts éventuels. Ses canots normaux furent remplacés par des embarcations de transport de personnel du type emporté par les croiseurs et une grue de cinq tonnes (prélevée sur un bateau atelier pour hydravions en construction) fut ajoutée à la poupe. L’Ecole de Plongée reçut l’ordre de préparer six équipes de deux plongeurs qui iraient travailler avec les deux déjà installées à Kuching. Quatre plongeurs très expérimentés de la direction de l’Ecole se sont joints à eux. Une grande quantité de matériel a été embarquée, ainsi que des pièces détachées et du personnel de maintenance.
Le 2 janvier, le Yaeyama put appareiller. Le chantier naval de Kure commença alors à travailler à la construction d’une nouvelle unité de la Section de Renflouement de la Flotte Combinée, destinée à être mise sous les ordres du contre-amiral auquel sera confiée la direction du chantier naval de Singapour dès la prise de la ville.
Cependant, à nouveau sur ordre exprès de la 2ème Flotte, les îles Tambelan avaient été occupées le 1er janvier. Dans l’après-midi de cette journée, couverte par la force de l’Amiral Kondo, la 3ème Force d’Attaque Surprise (Contre-Amiral Hirose, avec le DD Yamagumo, les TB Chidori, Hatsukari, Manazuru, Tomozuru, deux dragueurs de mines, neuf chasseurs de sous-marins) avait débarqué des groupes d’infanterie de la Marine Impériale dans les îles Natuna, Selatan et Tambelan. Ces débarquements n’avaient pratiquement pas rencontré d’opposition.
Le Yaeyama arriva en baie de Kuching le 15 janvier, après un trajet rapide.
Pendant ce temps, la 2ème Flotte avait beaucoup fait. Une chaîne de postes de guet avait été établie, les sous-marins Ro-33 et Ro-34 avaient été déployés à Kuching et patrouillaient dans la zone d’opérations, tandis que des hydravions montaient une garde constante contre les sous-marins ennemis et que des avions de chasse surveillaient la région en permanence. Plus important encore, des destroyers avaient mouillé pendant la nuit des champs de mines de couverture. Ils avaient été soigneusement positionnés pour qu’un sous-marin ne puisse tenter de torpiller le Yaeyama sans franchir auparavant un barrage de mines. Surtout, grâce à de nombreuses embarcations réquisitionnées sur place, le cuirassé ennemi avait été localisé avec précision, marqué par des bouées, surveillé, et un plan de l’épave avait été dressé.
Il fut immédiatement évident pour la 2ème Flotte que l’épave était d’une valeur incalculable. Des plongeurs en apnée avaient déjà récupéré un ensemble complet de manuels d’utilisation d’un radio-détecteur anglais “Type 281B” situé à seulement 40 pieds de la surface, sur le mât principal du vaisseau. Il était déjà établi qu’il s’agissait d’un système complet, avec l’appareillage et l’antenne à la même place. D’autres appareils avaient été repérés sur tous les systèmes de direction de tir. Un tableau montrant la disposition interne du vaisseau avait été récupéré sur la passerelle. A cet endroit, de nombreux documents avaient été découverts, y compris des manuels tactiques et des journaux de bord. Tout cela était sans prix pour gagner du temps et permettre aux plongeurs de commencer immédiatement à travailler. Des chasseurs de sous-marins, des torpilleurs et divers petits bâtiments furent mis à la disposition de l’Unité d’Exploration pour apporter à Kuching le matériel et les documents récupérés.
Le 16 janvier, le Yaeyama arriva sur zone. La première journée de plongée permit de récupérer l’antenne et l’appareillage d’un radio-détecteur “Type 273” et le directeur de tir anti-aérien n°1 (avec son antenne “Type 282”). Une grande quantité de documents furent aussi récupérés sur la passerelle, dont des cartes, des journaux de bord et des manuels tactiques. Tous les objets récupérés furent immédiatement envoyés à bord d’un torpilleur à Kuching, où ils arrivèrent sans encombres. L’équipe arrière ouvrit l’écoutille menant au salon de l’Amiral, nettoya les lieux des cadavres et des débris et installa un éclairage. A l’avant, on commença à libérer de ses attaches le directeur de tir principal avant.
Le 17 janvier, la salle du radiodétecteur n°8 fut repérée et de nombreux documents y furent découverts. Le poste de commandement arrière fut lui aussi repéré, et on y découvrit 28 meubles à quatre tiroirs. L’un d’eux fut ouvert, laissant supposer en fin de journée que l’on avait repéré la documentation tactique des officiers. L’antenne “Type 274” du directeur de tir principal fut récupérée et le directeur de tir lui-même pratiquement désolidarisé de la structure du vaisseau. La salle du radiodétecteur n°4 fut identifiée comme celle d’un “Type 274”.
Le 18 janvier, l’effort principal se porta sur la récupération du directeur de tir principal avant. La grue de 5 tonnes du Yaeyama ne pouvait soulever le poids de ce système, aussi fut-il hissé sur le cargo Awaji Maru. Ce navire avait des mâts de charge de 20 tonnes, qui pouvaient soulever 40 tonnes en tandem. L’Awaji Maru récupéra le directeur de tir et l’arrima dans sa cale n°2, où on commença immédiatement à le rincer à l’eau douce. Le cargo partit pour Kuching, où il arriva sans incident dans la nuit. Le travail sur la salle du radiodétecteur n°8 continua. Un grand nombre de manuels sur le directeur de tir antiaérien “Type 285” y furent récupérés, ainsi que de nombreuses pièces détachées mal rangées dans des casiers de bois, dans des caisses en carton. A l’arrière, les équipes de plongeurs récupérèrent les deux premiers meubles à quatre tiroirs. Ce fut une opération longue et compliquée, car ils durent être déboulonnés de la paroi, passés par une porte malgré un seuil surélevé, puis par une écoutille avant d’être remontés. L’un de ces meubles contenait des journaux de transmissions (surtout administratifs), mais l’autre devait contenir des livres secrets (“Classified Books”). Hélas, il s’avéra qu’il était vide ou presque, l’essentiel de son contenu ayant probablement été détruit d’une façon ou d’une autre lorsque le navire parut condamné (sans doute dès le début de la journée du 31 décembre). On commença ensuite à prévoir le démontage de la tourelle octuple de 2-livres surmontant la tourelle Y.
Le 19 janvier, la principale activité fut la récupération du radiodétecteur n°8 et des écrans de sa salle de contrôle. Neuf éléments principaux furent identifiés dans la salle du radiodétecteur n°8. Ils étaient fixés sur des châssis antichoc, qui furent extrêmement difficiles à démonter. Le compartiment était trop encombré pour qu’il soit possible d’utiliser des chalumeaux à découper sous-marins. Un seul élément important fut récupéré ce jour-là, mais ce fut le boîtier du radiodétecteur principal “Type 285”. La salle du radiodétecteur n°4 (contrôle de tir d’artillerie principale “Type 274”) fut repérée après de grands efforts. Son accès était bloqué par une porte faussée. La nuit suivante, il fut décidé de l’ouvrir en utilisant un vérin hydraulique, ainsi qu’un levier et un pied de biche fabriqués spécialement et testés cette même nuit. A l’arrière, sept meubles à quatre tiroirs furent récupérés dans les bureaux d’état-major. Eux aussi étaient presque vides. L’un des plongeurs les plus expérimentés réussit à pénétrer en fin de journée dans les quartiers de l’Amiral. Il en revint avec la nouvelle fascinante qu’un lourd coffre d’acier fermé et peint en rouge s’y trouvait. Il récupéra dans le bureau un grand nombre de papiers et de documents, y compris ce qui semble être le journal personnel de l’Amiral Phillips. Il estima la masse du coffre à une tonne environ. La nuit suivante, il fut décidé de récupérer ce coffre en dernier, après nettoyage des bureaux d’état-major. En effet, il était nécessaire de découper soigneusement le pont de teck au-dessus du bureau de l’Amiral avec des charges de 1 kg, puis d’utiliser un chalumeau sous-marin pour découper l’acier du pont du gaillard d’arrière afin de pouvoir hisser le coffre par ces trous.
Le 20 janvier, les plongées continuèrent en dépit d’une mer formée et d’un temps venteux. Les plongeurs ne se laissèrent pas intimider par le danger, mais le Yaeyama mouilla deux crapauds d’amarrage supplémentaires. On pénétra avec bien des difficultés dans la salle du radiodétecteur n°4 (l’un des plongeurs eut une main écrasée). La récupération des manuels fut terminée dans la journée, et celle des pièces détachées commencée. A l’arrière, dans les bureaux d’état-major, huit meubles à tiroirs furent récupérés, pour un total de 17. Ils avaient visiblement été vidés à la hâte, et il fut possible de récupérer quelques documents épars. Comme d’habitude, ce matériel fut immédiatement envoyé à Kuching par un torpilleur escorté.
Dans l’après-midi, un avion ennemi survola le Yaeyama lors d’une éclaircie. Aucun message radio ne put être capté, mais l’avion s’en alla en direction de Singapour. Il fut impossible de l’intercepter. On décida de continuer à travailler dans la nuit, uniquement sur les bureaux de l’Amiral et de l’état-major, en utilisant les dispositifs d’éclairage déjà installés. Tous les plongeurs exigèrent de participer à cette très dangereuse activité. Il fut interdit à quatre d’entre eux d’y participer, pour permettre de poursuivre le travail le lendemain avec des hommes fatigués, mais non épuisés. Tous les plongeurs étaient en effet proches de l’épuisement quand cette nuit de travail commença. Ils tinrent néanmoins à faire leur travail, malgré le risque élevé, car la signification de ce qu’ils récupéraient leur avait été expliquée. Le chef plongeur proposa de découper à la torche, de l’intérieur, le plafond du bureau de l’Amiral. Celui-ci pourrait alors être enlevé avec le pont de teck par un câble attaché par dessous à une plaque d’arrêt. Ce plan fut approuvé et exécuté. Dans la nuit, assez de matériel pour permettre à deux équipes de quatre plongeurs de travailler fut transféré sur de petits navires, pour que la perte du Yaeyama n’entraîne pas la fin des travaux de récupération. Il fut aussi prévu de treuiller le Yaeyama à l’écart de l’épave pour qu’il ne tombe pas dessus s’il venait à être coulé. Des renforts furent demandés.
Le 21 janvier, avant l’aube, les onze derniers meubles à tiroirs furent récupérés dans les bureaux d’état-major. Peu après le lever du jour, ce fut le tour du coffre rouge de l’Amiral. Deux plongeurs furent perdus, tous deux du fait d’erreurs élémentaires, provoquées par l’épuisement et le surcroît de travail. En fin de journée, le Yaeyama quitta le site pour les îles Tambelan. Le matériel récupéré fut placé à bord de deux destroyers et envoyé à Kuching. Le coffre rouge fut arrimé sur la plage arrière d’un torpilleur (après avoir enlevé les grenades ASM, pour éviter tout accident), dûment attaché à un très long câble doté d’une grosse bouée de liège. Tous les navires firent le trajet sans encombres. Le coffre rouge fut ouvert trois jours plus tard à l’aide de fraises. Il était inondé.
Le volume des documents livrés à Kuching ne fut pas loin de déborder les équipes chargées de s’en occuper. Les meubles et coffrets furent immergés dans des bacs à circulation d’eau douce jusqu’à ce que tout le sel eût été rincé, ce qui fut vérifié par un test au nitrate d’argent. Sortis des bacs, meubles et tiroirs furent numérotés et ouverts. Les livres secrets et autres documents importants avaient très bien supporté l’immersion, car ils étaient fermés et empilés. Leurs pages furent précautionneusement tournées une à une, chacune étant photographiée au fur et à mesure par procédé Kodak. Une feuille de buvard, une de celluloïd et une autre feuille de buvard furent glissées entre chaque page pour éliminer le gros de l’humidité. Les buvards furent ensuite enlevés (non la feuille de celluloïd) pour être séchés et réutilisés, chaque page étant séchée séparément à l’air chaud par un marin. Ce travail prenait normalement 24 heures. Les journaux de transmission étaient les plus fragiles et avaient commencé à se désintégrer. Leurs pages ont dû être péniblement détachées les unes des autres et traitées individuellement. Il est regrettable que tous ces efforts n’aient presque rien rapporté d’intéressant, la plupart des documents secrets ayant évidemment été détruits, en application de consignes de sécurité dont nous avons d’ailleurs retrouvé un exemplaire !
Le contenu du coffre rouge fut traité de la même façon, mais il ne fut manipulé que par des officiers au-dessus du rang de lieutenant. On en fit aussi des copies photographiques. Cette fois, les documents récupérés se révélèrent de la plus extrême importance, et souvent parfaitement inattendus. Les originaux furent envoyés directement à l’Amiral Yamamoto, transportés par deux officiers armés.
Le 22 janvier, le Yaeyama resta aux îles Tambelan pour reposer les plongeurs.
Le 23 janvier, le Yaeyama revint sur zone, avec des plongeurs reposés. Le travail consista à tracer le plan des salles des radiodétecteurs et la localisation des principaux postes de transmission.
Du 24 au 27 janvier, le travail de récupération des documents reprit. De nombreux documents furent récupérés dans les bureaux de l’Amiral, dont ses documents personnels. Le 27, cette zone avait été nettoyée. A partir de ce moment, le travail continua à un rythme plus mesuré, de façon méticuleuse et systématique. Des ordres stricts furent reçus de l’Amiral Yamamoto lui-même pour récompenser les plongeurs par des promotions au rang d’officier pour les sous-officiers, et par des grades supérieurs pour les officiers. L’Amiral envoya à chacun des plongeurs une bouteille de saké de sa réserve personnelle, en reconnaissance pour les exploits accomplis, et affirma que le nom de chaque homme serait porté à la connaissance de Sa Majesté l’Empereur. Il envoya des instructions interdisant de risquer encore les vies des plongeurs, et demandant de dépouiller soigneusement le vaisseau amiral ennemi de tout le matériel accessible.
Du 28 au 31 janvier, la salle du radiodétecteur n°8 fut vidée et cinq autres salles de radiodétection reconnues. Un programme systématique fut adopté. Chaque pièce fut d’abord systématiquement vidée de tous les documents, puis des éléments des radiodétecteurs. Ce travail se poursuivit alors activement.
Du 1er au 3 février, le premier plongeur put accéder au principal poste de transmissions. Ce poste était situé au cœur du vaisseau ; son accès, et plus encore son entrée, étaient très dangereux. Les innombrables cadavres pourrissant dans cette zone étaient un réel danger, attirant des hordes de poissons et posant aux plongeurs de véritables problèmes physiques et psychologiques dans l’obscurité des couloirs du vaisseau. Certains plongeurs n’ont pu supporter ces conditions de travail et la plupart ont attrapé de graves infections cutanées, car la moindre égratignure s’infectait, l’eau étant souillée par les chairs en décomposition. Les efforts pour pénétrer dans cette pièce furent dès lors abandonnés provisoirement, jusqu’à ce que les zones plus accessibles aient été vidées de tout élément intéressant.
Du 4 au 9 février, la salle de direction de tir fut explorée. En dépit des dommages subis, un certain nombre de documents sur l’artillerie navale furent récupérés. La récupération des éléments de la salle du radiodétecteur n°4 s’acheva au même moment.
Le 10 février, la tourelle octuple de 2-livres surmontant la tourelle Y fut récupérée. Le travail continua par ailleurs à un rythme soutenu.
Du 11 au 28 février, la récupération de la documentation de la plupart des salles de radiodétection s’acheva, nous permettant de constater qu’une quantité surprenante de documents étaient disponibles en plusieurs exemplaires, mais leur exploitation, en l’absence des documents principaux, risque de s’avérer extrêmement difficile, sinon impossible. La salle des officiers mécaniciens fut repérée, et des plans très complets du vaisseau furent récupérés. Ces plans permirent de revenir dans de meilleures conditions vers le poste de transmissions principal. Il fut décidé d’enlever le pont du vaisseau pour accéder facilement à une écoutille située au-dessus de ce poste. Un dispositif d’éclairage spécial fut installé.
Du 1er au 28 mars, alors que le travail continuait par ailleurs, un puits d’accès fut ouvert au-dessus du poste de transmissions principal. Dans les deux dernières semaines du mois, ce poste fut exploré et vidé. La plus grande partie du papier s’était détérioré, mais les machines de codage, les manuels d’utilisation de ces machines et un important volume d’archives furent récupérés, ainsi qu’un autre coffre rouge qui contenait un grand nombre de codes. Malheureusement, tous ces documents étaient imprimés avec une encre se diluant très facilement au moindre contact avec l’eau de mer, et ils étaient pratiquement illisibles, en dehors des pages de titre, nous laissant d’autant plus de regrets.
Du 29 mars au 22 avril, les opérations se poursuivirent. Finalement, le vaisseau ne renfermant plus guère de secrets, le Yaeyama retourna le 23 avril en baie de Kuching, où un camp de repos spécial luxueusement aménagé a été aménagé pour les plongeurs et leurs personnels de soutien. Ces équipes maintenant très expérimentées doivent en effet se reposer et leur équipement doit être entretenu, car leur intervention sera sous peu nécessaire à Singapour, dont la chute est prévue dans les prochains jours.
Résumé des
renseignements obtenus par la Flotte Combinée
grâce à l’exploration du vaisseau ennemi Prince of Wales
Tokyo, le 24 avril 1942 (document établi par le capitaine Yada Kageo, service de renseignement de l’état-major de la Flotte Combinée)
Le matériel récupéré sur le Prince of Wales est d’une importance surprenante et même choquante. Les éléments obtenus sur l’épave du HMS Prince of Wales ont déjà changé notre façon de conduire la guerre. Ce changement est appelé à devenir de plus en plus profond au fur et à mesure que les implications de nos découvertes seront mieux perçues.
Les points essentiels sont :
1. L’ennemi déchiffre nos transmissions et lit nos codes.
2. Nos codes habituels les plus sûrs, tels que le JN25, sont pénétrés.
3. L’ennemi lit nos transmissions en code VIOLET.
4. L’ennemi s’est procuré des machines d’encodage VIOLET.
5. L’ennemi peut lire nos moindres messages codés aussi vite que nous.
6. Ses opérations de lecture de nos codes sont menées de Manille, Hawaii, Melbourne, Bandung, Colombo et Delhi.
7. L’ennemi lit aussi les codes allemands, y compris leurs codes diplomatiques et associés.
8. L’ennemi s’est procuré des machines ENIGMA et mène ses opérations contre les codes allemands de haut niveau d’un endroit indéterminé appelé “BP”, “The Park”, “Station X” et “Bletchley” dans des notes manuscrites. On suppose que cet endroit (ou ces endroits) sont “Station X” et/ou “BP”, qui peut être “Bletchley Park”. Il s’agit sans doute d’un nom de code, non d’une position géographique.
9. Il n’y a aucune preuve que l’ennemi possède des codes volés, ou qu’il bénéficie de l’action d’agents secrets.
10. Nous n’avons aucune idée de la façon dont il s’y est pris. A-t-il déchiffré nos codes “indéchiffrables” ?
Ces découvertes stupéfiantes et horrifiantes ont provoqué la première véritable coopération entre la Marine Impériale et l’Armée Impériale. Cette activité est si importante qu’un des principaux membres de la Maison Impériale elle-même en a pris la tête. Un département spécial a été installé dans les locaux de l’Université Impériale de Tokyo. Le Kempetai (auquel l’accès à ce matériel n’a pas été autorisé) a reçu la charge d’assurer la sécurité de ce département, sous la direction de la même personnalité de la Maison Impériale.
En mars, il est devenu évident que VIOLET avait été complètement pénétré, et que l’ennemi avait accès de façon correcte à excellente à tous les codes importants de la Marine et de l’Armée. Il se pourrait même que les Américains et les Britanniques aient brisé VIOLET chacun de leur côté. Il semble qu’ils aient été au courant de notre intention de faire la guerre, ce qui voudrait dire que les codes des Affaires Etrangères étaient pénétrés.
De plus, ils ont aussi brisé le système allemand ENIGMA – dans son ensemble, les codes des différentes armes et les codes diplomatiques. Nous avons retrouvé des masses d’exemples de messages allemands et japonais parfaitement déchiffrés. Les Britanniques appellent ce matériel ULTRA, les Américains l’appellent MAGIC.
Note – Il est très heureux que les Britanniques aient conservé dans le bureau de l’Amiral une grande quantité de matériel ULTRA qu’ils auraient dû détruire, et que nous ayons pu nous en emparer. Cela ne peut probablement s’expliquer que parce que l’Amiral Phillips a été tué et que personne n’a osé détruire ses documents secrets. C’est une chance extraordinaire.
Seuls les codes italiens semblent avoir résisté, des documents s’en plaignant ont d’ailleurs été retrouvés. Il semble que la raison en soit la bonne qualité des systèmes italiens et la quantité relativement faible de leurs transmissions HF.
Il apparaît que nos systèmes de codage de plus bas niveau ont aussi été brisés.
Les Hollandais avaient à Bandung une importante installation de décodage de nos transmissions, mise en œuvre avec la collaboration des Australiens à Melbourne. Ces derniers avaient facilement accès au système de codes de la Sixième Flotte, et selon nos analyses, ce fait pourrait être responsable de la perte de trois de nos sous-marins.
L’ennemi avait également accès, par exemple, à notre système de prévisions météorologiques dans le Pacifique, dont il déchiffrait les rapports dès réception.
Ces découvertes imposent à la Marine Impériale de sérieux changements. Par exemple, l’utilisation des transmissions HF pour signaler la position des transports et des convois était courante, et en codes de niveau moyen. Les rapports des ports étaient envoyés en codes de bas niveau. L’ennemi pouvait déchiffrer tous ces messages très rapidement. De nombreuses pertes de transports sont maintenant expliquées.
Nous devons éviter le plus souvent possible d’utiliser les transmissions HF. Les mouvements des transports et des convois ont été organisés dans des créneaux précis, avec des informations transmises par câble sous-marin ou par ligne terrestre chaque fois que possible : par bonheur, beaucoup de nos routes commerciales suivent le trajet de câbles sous-marins. En cas d’impossibilité, il faudra utiliser des porteurs de courrier. Cela va nous obliger à garder en service certains types d’avion dont on envisageait le retrait. Par exemple, les C5M/Ki-15 qui devaient être retirés lors de leur remplacement par le nouvel avion de reconnaissance seront reconvertis aux fins d’acheminement du courrier (ce qui exigera davantage de ressources, notamment en carburant et en pilotes, ce point est préoccupant).
Mais si nous pouvons utiliser un grand nombre de mesures pour les limiter, nous devons réaliser qu’il est impossible de cesser simplement d’utiliser les transmissions HF. Or, dès que nous les utiliserons, l’ennemi nous écoutera et nous devrons présumer qu’il pourra briser même les codes les plus complexes à bref délai. La question est si grave que des groupes de travail constitués d’officiers expérimentés ont été créés spécialement pour en discuter.