Annexe 42-2-1

Les forces des Indes Orientales Néerlandaises
après la chute de Batavia

 

Courant 1941, le gouvernement des Indes Orientales Néerlandaises (l’Indonésie), siégeant à Batavia, approcha le gouvernement français, à Alger, pour obtenir des conseils sur la façon dont un partenaire plus faible pouvait continuer à faire entendre sa voix et ne pas être réduit à jouer les utilités dans une alliance de pays plus puissants. Les entretiens débouchèrent sur une collaboration continue. Les deux principaux conseils français étaient de veiller à conserver une capacité économique et fiscale et, surtout, un instrument militaire. Le gouvernement royal hollandais, en exil à Londres, se joignit à ces conversations, mais il se fit carrément conseiller par Alger – par la bouche du Général de Gaulle – de s’auto-dissoudre ou de fusionner avec le centre du pouvoir hollandais survivant, situé à Batavia. Après une amère controverse interne, les Hollandais de Londres n’eurent d’autre choix que de suivre ce conseil et d’unir leurs forces à celles de leurs compatriotes d’Indonésie.


Réserves économiques et financières


Des dispositions furent prises pour transférer l’ensemble du système bancaire d’Indonésie en Australie et en Inde. Les réserves d’or, d’argent et de diamant furent en secret emportées de Batavia à Bombay en novembre 1941. Elles totalisaient environ cent millions de livres sterling.

Batavia accepta le même déménagement de ses ressources naturelles que celui que les Français et les Anglais avaient accepté dans leurs colonies d’Asie du Sud-Est.

En décembre, les Hollandais avaient exporté suffisamment de pétrole pour remplir tous les réservoirs disponibles entre Le Cap et Tahiti, gagnant environ cinquante millions de livres de réserves de crédit. Cette opération fut rendue possible grâce à la fin des ventes au Japon (en raison de l’embargo décidé pour punir ce pays de son agression en Chine) et à la présence d’un surcroît de tonnage de pétroliers disponible dans la région. Une grande partie de cette réserve de crédit était constituée de produits pétroliers à forte valeur ajoutée, comme des huiles et autres lubrifiants, stockés à bon marché dans des barils de 5, 20 et 44 gallons.
D’importants tonnages de minerais tels que le wolfram (minerai de tungstène), de caoutchouc brut, d’indigo, d’épices, de bois précieux et d’huiles alimentaires furent aussi mis en réserve hors des Indes Néerlandaises courant décembre, utilisant, là encore, le tonnage marchand rendu disponible (notamment en navires de la KPM, mais aussi en bateaux français et anglais) par l’effondrement du commerce avec le Japon.

Finalement, des plans furent conçus – puis mis en œuvre, parfois sous les bombes – pour évacuer le plus possible de personnels civils. Ces décisions soulevèrent une réelle opposition des intéressés, car beaucoup de civils hollandais étaient persuadés que, dans les zones éventuellement occupées par les Japonais, même s’ils devraient être étroitement contrôlés et surveillés, la vie normale continuerait, plus ou moins comme en Hollande occupée par les Allemands. Au total, 120 000 civils (dont plus de la moitié de Chinois et d’Indonésiens importants) purent être évacués. Les autres s’aperçurent vite que les occupants japonais étaient beaucoup moins “korrects” que les Allemands, même et surtout avec de bons Hollandais.
 

 

                                                                           
Les écoles militaires transférées à Brisbane


Le flux d’équipement militaire prévu pour les forces hollandaises en 1942 apparaissait impossible à gérer avec les ressources de l’Indonésie. Les plus proches installations d’entraînement étaient en Australie. En octobre 1941, les écoles ci-après y avaient été envoyées, en dehors de quelques antennes locales. Quelques nouveaux services avaient aussi été développés, notamment des services d’entraînement technique et tactique pour l’Armée comme pour l’Aviation, afin de mettre les performances des personnels au niveau des exigences australiennes. L’ensemble des écoles fut placé sous le commandement du Major Général Cox (auparavant commandant de la IIème Division du KNIL). Le 8 décembre 1941, il avait sous ses ordres dans la région de Brisbane environ 4000 Hollandais (sans compter une compagnie d’infanterie de la Milice, à l’entraînement avec l’armée australienne).

Ecoles des Forces Aériennes des Indes Néerlandaises

Ecole d’entraînement technique des ML-KNIL (aérodrome d’Andir, Bandoeng, Java) et Ecole de pilotage de base des ML-KNIL (aérodrome de Kalidjati, près de Soebang, Java) : 20 Koolhoven FK-51 et 40 Ryan STM-2 d’entraînement.
Ecole de transformation opérationnelle des ML-KNIL (aérodrome de Singosari, Malang, Java) : 6 Martin 139, 2 Hudson.
La mise en place en Australie des cadres de nouvelles formations fut adoptée pour s’assurer qu’il serait possible de faire appel aux ressources australiennes pour soutenir la mise en œuvre de matériel neuf de fabrication américaine. Ces dispositions accrurent considérablement la densité du trafic entre Brisbane et Java (aérodrome de Kalidjati). Pour y répondre, un Groupe de transport et d’entraînement à la navigation fut établi à Brisbane, le Verkenningsafdeling 4 (VkA-4), avec 16 Lockheed 212 Lodestar (entraînement et transport) et 8 DC-3 (transport). Un dépôt de matériel aérien fut aussi mis en place.

Ecoles des Forces Aériennes de la Marine Royale Néerlandaise

Ecole de pilotage de la MLD (de Soerabaya à Brisbane River) :

2 Dornier Do 24K-1 (utilisés pour l’entraînement avancé), 1 Fokker T-IVa (pour l’entraînement), 3 Fokker C-XIVW (entraînement), 40 Ryan STM (hydravions d’entraînement), 3 PBY Catalina.

Ecoles de la KNIL (Armée des Indes Néerlandaises)
L’Armée reçut elle aussi l’ordre de créer des installations en Australie pour garantir la mise en œuvre des nouveaux équipements (et notamment des blindés) venant des Etats-Unis. Celles-ci furent créées à Brisbane comme des unités de l’armée (rapportant directement au Général ter Poorten) sous la forme de trois nouveaux bataillons de dépôt (pour les blindés, l’artillerie et l’infanterie). Une Ecole d’entraînement et de transformation fut aussi créée, avec un service technique et un service tactique.


La KPM (compagnie maritime)

La grande ligne de navigation KPM était dirigée de Batavia et avait d’importants bureaux à Durban. La KPM reçut l’ordre d’établir à Sydney un “miroir” de son quartier général de Batavia, pour permettre une transition facile de l’administration et de la direction de la compagnie en cas de guerre. Il s’agissait de donner au gouvernement des Indes Néerlandaises un contrôle total de ses propres lignes de ravitaillement naval et une garantie de leur bonne administration en temps de guerre.


Les Forces Armées Royales des Indes Néerlandaises (KNIL)

Au 8 décembre 1941, elles totalisaient 1000 officiers et 34000 hommes, dont 25000 “indigènes”.

 
La chute rapide de la partie orientale de l’Indonésie fut accompagnée de l’évacuation d’un certain nombre d’hommes vers les importantes structures logistiques de Brisbane. Chacun de ces groupes de survivants étant peu nombreux, mais l’ensemble représentait une force notable. Peu d’entre eux avaient pu faire grand-chose contre les troupes de la Marine ou de l’Armée japonaise, mais ils n’en avaient qu’un plus grand désir de revanche. Au total, on estime qu’après la chute de l’Indonésie, 12000 à 20000 hommes (hollandais et indonésiens), pour la plupart des conscrits peu entraînés, avaient été transférés en Australie.

En décembre 1941, 400 hommes de l’infanterie de marine se trouvaient à Sœrabaya, dans la caserne Goebeng. Le 21 janvier, ils quittèrent Java. L’idée était d’envoyer 1200 hommes aux Etats-Unis, pour y suivre un entraînement avec les Marines américains et former un bataillon blindé doté de 74 chars, destiné à servir avec l’US Marine Corps dans le Pacifique. Ce projet n’aboutit pas, mais six cents hommes finirent par être regroupés à Brisbane où ils formèrent un Bataillon d’Infanterie de Marine Coloniale après un bref entraînement avec des instructeurs de l’USMC.

 

Une quarantaine d’avions variés, dont un unique Glenn Martin, réussirent à rejoindre l’Australie, où se trouvait déjà un nombre substantiel d’autres avions hollandais. Environ 1500 hommes des forces aériennes purent en faire autant.


La Marine Royale Néerlandaise

 

Après la fin de la campagne d’Indonésie, la marine hollandaise ne comptait plus que peu de navires.

Deux croiseurs légers : Tromp et Sumatra (ce dernier en reconstruction aux Etats-Unis).

Quatre destroyers : Evertsen, Van Ghent, Van Nes, Witte de With.

La canonnière lourde Soemba.

Le mouilleur de mines Prins van Oranje, en réparations à Sydney après avoir été touché par une bombe.

Le dragueur de mines Eland Dubois (dont la chaudière avait un urgent besoin de réparations).
Le ravitailleur d’hydravions Valk.

Le vieux garde-côtes cuirassé Soerabaia, modifié en navire d’entraînement et transportant toute l’école des officiers de la Marine Royale et les cadets.
L’ex-cargo de la KPM Swartenhondt (1924, 5250 tonnes, 12,5 nœuds), transformé en navire d’entraînement et transportant les Ecoles des casernements de Goebeng (Sœrabaya).
L’ex-cargo de la KPM Nieuw Holland (1928, 11006 tonnes, 15 nœuds), qui, après avoir amené de Bandoeng le personnel des écoles de la force aérienne, fut transformé en base flottante pour les sous-marins survivants.

 

Un petit convoi de bateaux inachevés avait pu être évacué de Sœrabaya avant l’arrivée des Japonais. Le Poolster (un petit navire de réparations) avait remorqué le mouilleur de mines / canonnière Ram, chargé des éléments nécessaires à son achèvement, tandis que les petits dragueurs Fakfak, Grissee et Garoet, bien qu’incomplets, avaient pu faire route par leurs propres moyens.
 
Dans le courant de 1942, ces unités furent rejointes par l’aviso Van Kinsbergen (1 700 t, 25 nœuds), qui servait dans les Caraïbes, et par le mouilleur de mines Willem van der Zaan (1 250 t, 15,5 nœuds), qui se trouvait dans l’Océan Indien.

 

L’ensemble représentait une force mineure, mais qui n’était pas ridicule si elle était concentrée. Les petits bâtiments formèrent une force d’escorte légère et de mouillage/dragage de mines, basée à Brisbane, à la grande satisfaction du gouvernement australien, désespérément à court de ce type de bateaux. Les deux croiseurs et les quatre destroyers, après rééquipement et modernisation, constituèrent une petite escadre basée à Sydney. Ces unités furent par la suite renforcées par différents bâtiments légers « récupérés » auprès des Anglais ou des Américains et armés par les survivants des bâtiments coulés lors de l’invasion japonaise.

Sydney servit aussi de base à ce qui restait de la force sous-marine néerlandaise dans le Pacifique : au 1er février 1942, cinq sous-marins opérationnels (plus deux équipages complets, qui attendirent de longs mois des navires), regroupés autour du navire-base Nieuw Zeeland. Bourré de matériel rapporté de Sœrabaya, celui-ci collabora efficacement avec la base “Platypus” de la Royal Australien Navy.

Les cinq sous-marins formèrent la 2ème Flottille de Sous-Marins de la Marine Royale Néerlandaise (la 1ère, basée en Grande-Bretagne, opérait en Europe). Il s’agissait des K-10, K-11, K-12, K-15 et O-19.

 

Rappelons ici le destin des autres sous-marins hollandais basés en Indonésie le 8 décembre 1941.

K-7, K-8, K-9, K-13, perdus par bombardement à Sœrabaya.

K-14, torpillé par un sous-marin japonais au large de Sœrabaya.

K-16, K-17, coulés au large de Kuching.

K-18, échoué devant Singapour.

O-16, détruit par une mine devant Singapour.

O-20, coulé en Mer de Chine Méridionale.