Rapport des services médicaux britanniques en Malaisie
Janvier 1942
A : Directeur des Services Médicaux,
Haut Commandement de Malaisie
Débarquements d’Endau et Mersing
Rapport des Services Médicaux
Un compte-rendu détaillé ne peut encore être livré à ce stade, mais les faits suivants sont apparus.
Pendant plusieurs heures avant le débarquement japonais, toutes nos forces ont enduré des bombardements par des bombardiers en piqué et en vol horizontal, ainsi que des mitraillages. Globalement, nos hommes ont traversé cette épreuve avec le même calme et la même amère détermination que leurs pères soumis à l’épreuve des bombardements d’artillerie de la guerre précédente.
Les positions occupées ont subi peu de coups directs, peu de morts et blessés ont donc été dénombrés dans la zone de bataille. Cependant, des pertes notables ont été subies par ceux que leurs obligations entraînaient à découvert – hommes des transmissions réparant les lignes téléphoniques coupées, pionniers réparant des défenses, porteurs de messages, etc.
Au milieu de l’après-midi, l’hôpital de 200 lits caché dans les collines derrière la plage sud de Mersing était plein. Plus de 100 blessés avaient été envoyés à l’hôpital de la zone de Jermundad, d’où ils pouvaient être transportés vers Johore Bharu ou Singapour.
Quand les combats proprement dits commencèrent, le système de traitement et d’évacuation des blessés fut débordé. La perte de nos ambulances nous obligea à recourir à un expédient qui, bien que loin d’être tout à fait satisfaisant, se montra étonnamment efficace. En effet, les poneys importés du Timor, utilisés comme montures ou pour tirer des carrioles, seuls ou en tandem, servirent courageusement.
Les décès après l’arrivée des hommes atteints sur les lieux des soins médicaux furent plus nombreux que normalement, en raison du grand nombre de blessés, de l’extrême difficulté de l’évacuation et de la gravité des blessures, dues notamment aux tirs d’artillerie lourde et très lourde (des navires de guerre).
Si nous faisons le point, après notre repli au-delà de Gibraltar Hill, nous dénombrons 300 morts, 1000 blessés et 125 disparus, présumés capturés. Parmi les morts, près de 100 étaient décédés après avoir reçu des soins médicaux. D’un autre côté, la grande majorité des blessés pourront en réalité revenir dans leurs unités. Ce fait inhabituel (taux de mortalité élevé et grand nombre de blessures légères) est lié aux types de blessures. Les obus de gros calibre, les bombes et les obus de 20 mm des avions produisent des blessures épouvantables, déchiquetant les tissus, alors que les mitrailleuses et les fusils japonais, tirant des balles de petit calibre et à très haute vélocité, sont responsables de petites blessures perforantes bien nettes, donc peu délabrantes et qui guérissent facilement si aucun organe vital n’a été touché.
A certains moments, le ramassage des blessés a dû être effectué dans l’obscurité. Du fait que de nombreux Japonais portaient des uniformes kaki, tout comme nos troupes, et que les blessés avaient été dépouillés de leur équipement par un camp ou par l’autre, ce n’est pas avant que les corps sanglants aient été transportés dans une pièce éclairée de l’hôpital que certains furent identifiés comme Japonais. La plupart des blessés japonais que nous avons traités avaient d’atroces brûlures ou des blessures de shrapnel, à moins qu’ils n’aient eu une main ou un pied arraché par un piège ou une mine. Les équipes médicales ont dû placer des sentinelles auprès des blessés japonais pour les protéger d’eux-mêmes ou des autres blessés. Bien que nous ayons eu du mal à évacuer nos propres blessés, les services de renseignements ne semblent avoir eu aucune difficulté à envoyer les blessés japonais à Singapour.
Note générale – Nous avons constaté qu’en dépit des plaintes auprès de la Croix Rouge Internationale, les Japonais, que ce soit volontairement ou par indifférence, continuent de bombarder les ambulances et les hôpitaux comme s’il s’agissait de cibles militaires normales.
La nature du terrain et des lignes de communication au Johore devrait entraîner des problèmes similaires à ceux observés à Mersing. Il serait opportun d’organiser des services de transport et de soins supplémentaires ou alternatifs. En effet, se reposer sur des équipes médicales surchargées et sur la bravoure stoïque des soldats blessés ne serait ni juste ni convenable et pourrait à long terme affecter le moral des hommes.
[Signé]
L’officier commandant les Services Médicaux dans la zone de bataille de Mersing