Annexe 42-1-3

Le rapport Kondo du 2 janvier 1942

 

Rapport préliminaire du Commandant de la Deuxième Flotte

Bataille de Mer de Chine Méridionale, 30-31 décembre 1941.

Annexe : témoignages sur la perte de nos navires.

 

A : Commandant de la Flotte Combinée

Commandant de la 1ère Flotte Aéronavale,

Commandant de la 6ème Flotte.

 

2 janvier 1942

 

Ceci est un rapport préliminaire. De nombreux autres rapports subsidiaires sont en préparation. Ce rapport n’est pas un rapport de bataille (qui est joint), mais il contient les enseignements de la bataille et les premières réflexions du commandant ayant participé à l’action.

Il s’agit du premier engagement d’une flotte de surface importante de la Marine Impériale depuis Tsushima en 1905. Il s’agit aussi du premier engagement de nuit entre des forces de surface importantes de toute l’histoire navale.

Nous avons accompli à la perfection de nombreuses tâches, mais nous avons aussi beaucoup à apprendre. Le résultat de cette bataille nous offre par ailleurs une occasion unique.

 

Performance de nos sous-marins de reconnaissance

30 déc. 41 – 02h55 – Le I-66 a aperçu la flotte de bataille ennemie faisant route vers Singora. C’est le cas type d’une ligne de sous-marins en reconnaissance jouant le rôle imaginé lors de la planification avant-guerre. L’utilisation de sous-marins de grande taille comme ceux-ci dans des eaux côtières ou peu profondes a toutefois ses limites. Des submersibles plus petits de type RO auraient été davantage à leur aise dans ce rôle, selon mon officier de liaison avec la 6ème Flotte. Ils auraient pu, peut-être, s’approcher davantage de la base ennemie, dans des eaux moins profondes, et attaquer l’ennemi alors que celui-ci ne pouvait pas se déplacer à grande vitesse.

Il apparaît aujourd’hui qu’il nous faut un sous-marin de petit modèle, capable de se déployer de façon autonome à partir du Japon vers les bases avancées et de pénétrer dans les détroits peu profonds et fréquentés tels que le Détroit de Singapour. Un tel sous-marin doit combiner la vitesse en plongée du Type A (19-20 nœuds) avec l’autonomie du KS. Il doit posséder une puissance de feu double de celle du type A (soit 4 torpilles de 18 pouces, et quatre recharges si possible). Il faut remarquer qu’à aucun moment au cours de cette campagne, nous n’avons eu l’occasion d’utiliser le Type A dans le rôle qui lui avait été attribué. La 6ème Flotte et mon état-major en ont conclu que ce rôle tactique est inadapté, sauf dans des circonstances exceptionnelles. Le nouveau petit sous-marin projeté serait moins spécialisé que le Type A. Il serait utile pour les tâches d’entraînement de la 6ème Flotte, utile pour la défense des bases insulaires et très utile en eaux peu profondes contre des cibles rapides. Dans de telles eaux, il faut en effet un sous-marin petit (pas plus de 300 tonneaux) et très manœuvrable. Ces recommandations de la 6ème Flotte ont notre soutien.

Nous avons toujours besoin des sous-marins de reconnaissance, mais ils sont si grands et si chers qu’ils ne pourront jamais être construits en nombre suffisant. Il s’ensuit logiquement que ces bâtiments seront mieux employés en opérations océaniques à très longue distance pour perturber les arrières de l’ennemi, ne laisser à celui-ci aucune zone sûre et couler ses navires où qu’ils soient. Des submersibles plus petits, moins onéreux et plus nombreux devraient être utilisés dans des eaux plus restreintes, là où leur autonomie moins grande le permettrait. La 6ème Flotte a proposé un type K6 modifié, avec une vitesse en plongée plus grande, une capacité de plonger plus profondément, une autonomie de 11000 à 12000 milles et qui soit construit en très grand nombre. Je soutiens totalement cette proposition. Elle nous permettra d’infliger à l’ennemi ce que nous avions prévu de lui faire, mais qu’en réalité il nous fait subir.

 

Performance des sous-marins ennemis

30 déc. 41 – 02h50 – Un sous-marin ennemi a une fois encore pénétré à l’intérieur de notre écran anti-sous-marins et mené une attaque réussie. Le submersible a attaqué mon groupe principal et touché deux navires. Le destroyer Arashi vit sa proue en avant de la passerelle complètement soufflée, ce qui le sauva probablement du naufrage. Le cuirassé Ise fut désemparé par trois torpilles reçues sur tribord.

La première toucha sous la tourelle A, provoquant une importante voie d’eau à l’avant. A cet endroit, le bossage anti-torpilles était étroit et il ne fut pas suffisant pour absorber le souffle. Les soutes avant durent être noyées par mesure de précaution.

La deuxième torpille toucha à la hauteur de la cheminée. Là, le bossage absorba la plus grande partie de l’explosion, mais deux chaudières furent noyées. Plus grave, une voie d’eau préoccupante apparut, car les portes étanches, trop minces, fuyaient copieusement. Le navire ne put compter que sur ses pompes pour rester à flot jusqu’à ce que ces fuites fussent colmatées, environ deux heures plus tard.

La troisième torpille toucha à l’arrière sur tribord. Elle arracha 12 mètres de la poupe et le choc mit hors service les tourelles arrière. Le gouvernail fut irrémédiablement coincé. Par une grande chance, il se trouvait en position médiane et le navire put être parfaitement manœuvré à l’aide des moteurs principaux.

La plus grande partie du bossage bâbord dût être noyée pour contrer la gîte, qui s’accroissait dans des proportions alarmantes avant de pouvoir être maîtrisée. Le contrôle des dommages a été bon, en grande partie grâce aux mesures spéciales que j’avais ordonnées auparavant à la 2ème Flotte. L’Ise embarquait ainsi davantage de bois d’étai dans des casiers supplémentaires et plusieurs pompes portables, qui jouèrent un grand rôle dans la maîtrise des voies d’eau. Le navire fut finalement capable de redonner 8 nœuds et de se traîner vers le nord sous escorte.

Mais cette escorte était trop légère. J’aurais pu utiliser quelques navires de classe Shimishu pour cette tâche, si nous avions disposé d’un nombre suffisant de ces escorteurs.

Encore une fois, nos destroyers recherchèrent le sous-marin ennemi, mais sans le trouver. Le besoin d’un détecteur sous-marin est à présent extrême. Nous avons failli perdre l’Ise parce qu’un sous-marin a facilement pénétré à l’intérieur de notre écran anti-sous-marins.

 

30 déc. 41 – 03h55 – Une vigie de l’Akagi remarqua un bouillonnement à environ 550 mètres du navire, qui vira de bord instantanément. Pendant le changement de cap, trois torpilles encadrèrent le bâtiment, deux à l’avant et une à l’arrière. Une fois de plus, un sous-marin ennemi avait pénétré notre écran anti-sous-marins et mené une attaque avec succès. Une fois de plus, seule la chance (l’origine du bouillonnement est inconnue) nous a évité de voir un navire majeur fortement endommagé ou coulé. Nous ne serons pas chanceux éternellement, comme l’Ise l’a prouvé.

Deux destroyers furent détachés pour chasser ce sous-marin, ce qu’ils firent jusqu’à 15h30. Ils pensèrent l’avoir détruit, car ils avaient récupéré des lames de pont en bois (dont l’une marquée d’un timbre à date en français). Toutefois, à 16h20, les écoutes radio signalèrent qu’un sous-marin transmettait à partir de la zone de recherches. En l’occurrence, la chasse eut tout de même un certain succès, car elle empêcha pendant une douzaine d’heures le sous-marin ennemi de transmettre un rapport sur la présence de la 1ère Flotte Aéronavale.

 

Ces attaques sont très importantes. Elles illustrent le besoin important d’un grand nombre de destroyers légers, peu coûteux, rapidement construits, possédant une autonomie importante et raisonnablement rapides, dotés d’un bon équipement anti-sous-marins (et de canons à double action pour renforcer l’écran de DCA). Si deux destroyers de cette sorte avaient été disponibles lors du torpillage raté de l’Akagi et qu’ils avaient été équipés d’un instrument de détection active des sous-marins, ils auraient pu simplement rester dans la zone, poursuivant la chasse jusqu’à ce que le manque d’air force le submersible ennemi à faire surface, pour se voir détruit. Dans ce cas, les deux destroyers d’escadre ont abandonné la chasse trop tôt. Toutefois, conformément aux recommandations de la 2ème Flotte en matière d’évaluation des résultats des attaques anti-sous-marines, j’ai suggéré au Vice-Amiral Nagumo d’accorder aux deux destroyers le fait d’avoir endommagé le sous-marin. Leur engagement pendant la chasse a empêché le sous-marin de transmettre rapidement un rapport sur notre position, ce qui a un prix réel.

 

Reconnaissance aérienne ennemie

L’ennemi a utilisé un bombardier léger rapide pour mener une reconnaissance dans la Baie de Kuching. Celui-ci réussit à s’échapper et à envoyer un rapport. Un second bombardier rechercha également ma force et s’échappa lui aussi (bien qu’endommagé, selon les pilotes des A5M du Zuiho).

 

Nos plans d’action

30 déc. 41 – 08h00 – Vers 08h00, notre plan était en train de s’effondrer. Nous ne pouvions que réagir aux crises, car nous ne contrôlions plus la bataille. La mise hors de combat de l’Ise imposa le détachement des Hiei et Kirishima de la 1ère Flotte Aéronavale pour m’assister. Ce détachement se révéla plus tard capital, mais priva le Vice-Amiral Nagumo de son escorte lourde de surface, augmentant sa vulnérabilité face à l’adversaire dans une zone où des croiseurs ennemis auraient pu opérer. Ceci lui enleva aussi une bonne partie de sa puissance de feu anti-aérienne.

Rétrospectivement, notre plan reposait sur des suppositions totalement injustifiées à propos des actions de l’ennemi. Nous ne pouvons pas prédire ces actions ! Les planificateurs devront s’en convaincre à l’avenir. Au vu de ce qui se passa plus tard, je suis convaincu que pour rechercher une force ennemie puissante, la concentration des forces est plus efficace que l’utilisation de forces multiples, qui peuvent être défaites en détail. Je note que l’ennemi, avec des forces largement inférieures, utilisa une seule formation et qu’il accomplit beaucoup contre nos forces, qu’il put affronter l’une après l’autre. Nous avons finalement remporté cette bataille, mais à un prix beaucoup trop élevé.

Nous devons reconsidérer notre planification. L’ennemi n’a pas fait ce que nous attendions, il possède des capacités cachées et il a utilisé contre nous une concentration de forces de façon très efficace. Si nous n’avions pas disposé de nos forces aériennes, il aurait très bien pu mettre notre plan en échec notre plan en utilisant des forces inférieures pour nous battre en détail. Nous ne devons jamais répéter cette erreur, car nous ne pouvons pas nous permettre une autre victoire aussi coûteuse que celle-ci.

 

Nos reconnaissances aériennes

30 déc. 41 – 08h20 à 15h10 – À 08h20, un C5M2 signala qu’il n’y avait aucun ennemi à proximité de Singora. A 09h35, un Type 100 de l’Armée nous informa que le port de Singapour était vide. L’obtention de ce renseignement crucial montre que nous devons travailler bien plus avec l’Armée pour coordonner nos activités. Nous avons bien commencé avec le général Terauchi, nous devons capitaliser là-dessus sur ce théâtre d’opérations. A 12h00, un H6K4 signala qu’il était attaqué par des chasseurs monomoteurs alors qu’il se trouvait à 106°10’ Est, 3°57’ Nord, nous donnant ainsi la position générale de la flotte britannique et de son porte-avions. De nouvelles recherches furent ordonnées à proximité des Anamba et des Natuna. Il devint clair que l’ennemi était à ma poursuite. Cette partie de notre plan au moins fonctionnait.

 

14h35 – Le J1N1 aperçut le porte-avions ennemi. L’amiral Yamamoto ordonna aux bombardiers basés à terre de décoller pour l’attaquer.

 

15h10 – Un E13A1 du Chikuma aperçut la flotte ennemie, signalant le HMS Rodney et deux autres cuirassés. Ce E13A1 fut perdu peu après. Le rôle des avions de reconnaissance basés sur des croiseurs comme le Chikuma se révéla très important dans cette bataille. Des pluies torrentielles tombant en rafales violentes empêchèrent le Vice-Amiral Nagumo de lancer un raid à ce moment-là. Il m’a assuré qu’être obligé d’attendre avec son groupe d’attaque ravitaillé et armé sur le pont, avec des avions d’attaque ennemis à portée, était pour lui un souci important. Ses porte-avions sont en effet extrêmement vulnérables au moindre dégât pendant qu’ils se trouvent dans cette situation. Il a fait concevoir par son état-major de nouvelles méthodes de prévention et de lutte contre les incendies, mises en œuvre pendant ce moment très dangereux.

 

Nouvelles reconnaissances aériennes ennemies

À environ 15h40, l’Ise signala qu’il avait vu un avion ennemi, un bimoteur rapide non identifié.

Peu après, la 1ère Flotte Aéronavale (située très près de l’Ise) intercepta un signal fort émis à proximité, manifestement un rapport d’observation qui ne put être traduit. Le Vice-Amiral Nagumo s’attendait au pire à ce moment-là, car ses ponts d’envol étaient couverts d’avions qu’il ne pouvait pas lancer à cause du mauvais temps. Il décida très sagement d’utiliser les grains pour se couvrir et y conduisit ses porte-avions, s’attendant à une attaque ennemie d'un moment à l'autre et recherchant la moindre éclaircie de façon à pouvoir lancer. À 16h25, il trouva une accalmie et, cinq minutes plus tard, ses ponts d’envol étaient vides. Il m’a confié que ce fut pour lui un moment très heureux.

A 17h00, je fus détecté par 110°15 Est, 2°35° Nord par un avion de reconnaissance ennemi qui se servait habilement des nuages. Mes avions A5M ne purent l’accrocher.

 

Premières attaques aériennes contre la Force Z ennemie

Le mauvais temps provoqua l’effondrement de nos plans théoriques, qui prévoyaient une coordination méticuleuse. Nous avons attaqué d’une manière manquant totalement de coordination, car nous ne pouvions pas faire autrement.

Le Vice-Amiral Nagumo lança le premier une attaque à 16h25 (36 D3A1 et 27 A6M2), puis un second raid à 17h15 (36 D3A1, 48 B5N2 et 18 A6M2). Pour ma part je lançai ma propre attaque au même moment (15 B5N2 non escortés). Le résultat fut le chaos.

Le premier groupe perdit son escorte dans les nuages. Les D3A1 attaquèrent quand même en arrivant sur l’objectif, mais ils furent interceptés par des chasseurs ennemis et repoussés (11 furent abattus). Il est maintenant évident que l’ennemi a utilisé un détecteur à ondes radio pour guider ses chasseurs vers cette formation précise. L’interrogatoire de nos équipages survivants indique clairement qu’ils ne pouvaient même pas voir l’océan lorsqu’ils furent repoussés, à cause des nuages qui les entouraient.

Peu après ce désastre, à 17h58, 12 D3A1 du Kaga, sous le commandement du Lt Saburo Makino, se retrouvèrent au-dessus de la flotte ennemie et attaquèrent. Leurs photographies montrent clairement qu’ils ont coulé un croiseur ennemi de classe County et incendié un croiseur ennemi de classe Duquesne. Les équipages signalent que ce bombardement était plus facile encore que les passes d’entraînement contre le Settsu.

A 18h05, 27 G4M1 furent interceptés par des chasseurs ennemis. Par chance, 27 A6M du Vice-Amiral Nagumo aperçurent les chasseurs ennemis et contre-attaquèrent, en abattant un grand nombre. Trois G4M1 furent perdus. Les équipages rapportèrent que chaque bombardier prenait feu dès qu’il était touché. Ces avions ne sont pas équipés de réservoirs d’essence auto-obturants. Il faut remédier à cela le plus vite possible. Les G4M1 sont bien trop vulnérables au feu, étant donné qu’ils sont, par nature, un réservoir d’essence volant. Malgré tout, 15 de ces bombardiers menèrent une attaque très réussie, torpillant les cuirassés ennemis Malaya et Rodney. Tous deux furent désemparés.

A 18h39, 18 G3M2 attaquèrent la flotte ennemie. Ils furent interceptés par des chasseurs ennemis bimoteurs basés à terre. Ils furent massacrés, six étant abattus immédiatement. Le reste dut se disperser, ne s’échappant que grâce à la proximité des nuages. Ce raid a été complètement tenu en échec. La Marine Impériale doit étudier les modèles disponibles de chasseurs à long rayon d’action et déterminer s’il y a un chasseur à long rayon d’avion que nous pourrions utiliser pour escorter de tels raids. Le J1N1 semble utilisable.

A 18h48, 36 D3A1 et 9 A6M2 du Shokaku et du Zuikaku arrivèrent et furent également interceptés par des chasseurs ennemis. Là aussi, la détection par ondes radio est la seule explication plausible, au vu des conditions météo (c’est également vrai pour l’interception des G3M2). Ils attaquèrent le porte-avions et un croiseur, touchant les deux sévèrement et les incendiant, mais 7 D3A1 furent perdus. Les escortes purent engager les chasseurs ennemis. Alors que cette attaque allait s’achever, par chance, mon raid du Shoho et du Zuiho arriva. Ils ne furent apparemment pas détectés, car ils arrivaient à très basse altitude, en dessous des bombardiers en piqué. Ils signalèrent avoir touché le porte-avions (HMS Formidable) avec au moins 7 torpilles entre 18h54 et 18h59. Des photographies prises pendant le raid par le chef du groupe, pendant l’attaque et à environ 19h05, montrent ce navire très clairement en train de couler, avec le côté avant-droit de son pont d’envol déjà submergé. Il ne peut pas avoir survécu et les survivants indiquent qu’il ne l’a pas fait.

 

Perte de l’Ise

A 18h15, je reçus un rapport de l’Ise, indiquant qu’une importante formation ennemie composée de bombardiers bimoteurs avait été aperçue. Le rapport signalait que le cuirassé les engageait avec sa défense anti-aérienne, puis plus rien ne fut capté. À 20h00, je reçus un rapport du Nowaki, disant que l’Ise avait été torpillé une dizaine de fois et avait coulé à 18h36. Le Nowaki et l’Hamakaze avaient été terriblement mitraillés par des chasseurs ennemis bimoteurs et avaient subi des pertes importantes. Ils signalèrent qu’ils étaient en train de sauver les survivants rescapés de l’Ise et que leur défense anti-aérienne (des 5-pouces et des 25 mm) avait été totalement inefficace contre ces bombardiers et chasseurs. Leur défense anti-aérienne et une grande partie de leur armement principal ont été mis hors de combat par le mitraillage et leurs communications fortement endommagées. J’ai ordonné à des chasseurs de sous-marins et à d’autres bâtiments légers disponibles de se rendre dans la zone pour rechercher rapidement des survivants de l’Ise. Pendant la nuit, nombre d’entre eux furent sauvés.

Une fois de plus, les leçons que nous avons apprises ont été renforcées. Nos pratiques anti-aériennes et nos armes doivent être examinées de près et de plus gros calibres, de 37 à 40 mm, sont certainement nécessaires.

 

Action de nuit

A ce moment, je savais que l’ennemi avait subi des pertes extrêmement lourdes, allant du tiers à la moitié de ses forces. Je m’attendais à ce que l’ennemi se retire, car il savait maintenant qu’il faisait face à une grande partie de la Flotte Combinée. Par prudence, des préparations furent faites pour un combat de nuit. Les porte-avions reçurent l’ordre de quitter la zone (ceux du Vice-Amiral Nagumo comme les miens) et j’ai organisé mes forces en 3 groupes de combat. J’ai d’abord envoyé l’Ashigara avec les destroyers Akatsuki, Hibiki, Asashio et Oshio en avant-garde. J’étais de retour sur l’Atago, mon navire-amiral habituel, menant les quatre cuirassés rapides Haruna, Kongo, Hiei et Kirishima. Sur une route parallèle, mais légèrement plus proche de la côte, se trouvaient les trois cuirassés plus lents Fuso, Yamashiro et Hyuga, escortés par les deux destroyers restants Mitsishio et Arashio, pour agir en groupe de soutien. Cette organisation devait agir comme une puissante formation de recherche, les deux groupes se soutenant mutuellement.

Dans le pire des cas, je m’attendais à devoir combattre une force ennemie composée de croiseurs, renforcée peut-être par un cuirassé, pour tenter d’attaquer Kuching. Une évaluation soigneuse des rapports de combat de l’aviation avait indiqué que l’ennemi avait un croiseur de bataille coulé, deux cuirassés désemparés (dont un avait probablement coulé), deux croiseurs coulés et un porte-avions coulé. Il est maintenant évident que ces rapports étaient exagérés. Deux cuirassés ennemis et la plupart de ses croiseurs étaient quasiment intacts. L’ennemi, poursuivant son plan pour détruire la force d’invasion de Kuching, avait regroupé sa flotte en une colonne.

 

A environ 23h00, un de mes hydravions de l’Atago détecta des navires ennemis. Je changeai de route pour les intercepter, tandis que l’hydravion prenait l’ennemi en filature. Vers environ minuit, il apparut que l’ennemi avait d’une façon ou d’une autre détecté ma force, car il commença à changer de cap à grande vitesse, de manière à me barrer le T. C’était un changement de cap d’au moins cinquante degrés qui n’avait aucun sens, sauf en réaction à la présence de ma force. Nos vigies sont excellentes, mais l’ennemi possédait quelque méthode pour dépasser leurs performances. Il fut découvert par la suite qu’il s’agissait de détection par ondes radio.

 

L’ennemi utilisait fondamentalement les mêmes tactiques que nous. Il tenta de mener une attaque de destroyers à la torpille, avant d’utiliser ses canons. Nous savons que nos torpilles ont une portée supérieure, par conséquent notre attaque se produisit en premier, pendant que l’ennemi se rapprochait. Je maintins mon cap et ma vitesse de façon à tromper l’ennemi pour qu’il maintienne les siens, ce qui nous permettait de conserver la solution de torpillage que nous nous apprêtions à utiliser, mais j’ordonnai à mes groupes situés à l’arrière de se rapprocher. L’ennemi ouvrit le feu immédiatement. Il fut déterminé par la suite qu’il avait décelé l’accélération sur son système de détection par ondes radio environ trois minutes après qu’elle se fut produite. La question de ce système de détection sera abordée par la suite.

 

A 00h59, l’ennemi ouvrit un feu nourri avec une précision extrême. Le Haruna et le Kongo furent touchés immédiatement. Le deuxième navire ennemi (identifié par la suite comme étant le Repulse) fut d’une précision dévastatrice. Il toucha dès sa première salve, de nuit, à une distance de presque 11000 mètres, sans utiliser de projecteurs ou d’obus éclairant. Le Kongo fut touché au moins à 12 reprises en 6 minutes par des obus de 15 pouces et rapidement désemparé. Son armement principal fut mis hors d’usage et le navire se retrouva la proie d’un important incendie. Le Haruna (c’est maintenant un fait établi) était aux prises avec le Prince of Wales et fut touché deux fois, mais il toucha également le cuirassé ennemi en retour. Les croiseurs ennemis en queue de colonne engagèrent le Hiei et le Kirishima, les touchant, mais étant également frappés par nos obus en retour. À ce moment-là, nos torpilles frappèrent la ligne ennemie. Un croiseur lourd de classe County fut touché et explosa (les survivants rapportèrent plus tard qu’il s’agissait du Canberra). Les deux cuirassés ennemis furent touchés, le Repulse si durement (par deux ou trois torpilles) qu’il cessa de tirer et quitta la ligne ennemie. Le Prince of Wales alluma ses projecteurs, se rendant ainsi particulièrement visible pour mon navire-amiral (l’Atago) et pour l’Ashigara. Nous avons placé à ce moment-là de nombreux coups au but, ensevelissant le navire sous les obus de 8 pouces. Les destroyers ennemis chargèrent vers notre formation à ce moment-là. Le Kongo était en flammes, le Haruna avait perdu ses tourelles avant, mais il se battait avec ce qu’il avait, le Hiei et le Kirishima engageaient les cibles au fur et à mesure qu’elles se présentaient. Les destroyers ennemis lancèrent des torpilles de plusieurs directions et les navires furent forcés de manœuvrer indépendamment pour les éviter. Toutes les formations de disloquèrent et les portées se réduirent fortement. L’Atago, par exemple, affrontait le Prince of Wales à moins de 2000 mètres, puis il fut forcé de reporter son tir sur un croiseur ennemi de classe County situé encore plus près. Deux destroyers ennemis furent coulés par nos destroyers, mais l’Akatsuki fut touché par des torpilles ennemies et explosa. Le Haruna engagea un autre croiseur ennemi avec ses batteries secondaires et l’endommagea, ; mais il reçut de nombreux obus de 6 pouces en retour, là aussi à très courte portée. Le Kongo en flammes fut attaqué par deux croiseurs lance-torpilles ennemis et reçut de nombreuses torpilles. Il coula à 01h42. Le Kirishima fut également touché par une torpille lancée par l’un de ces croiseurs lance-torpilles, mais il en toucha un très durement en retour. Celui-ci a peut-être coulé (bien qu’aucun survivant de ce navire n’ait été trouvé), mais il disparut au loin très rapidement, brûlant fortement.

 

Le Fuso, le Hyuga et le Yamashiro arrivèrent à ce moment-là et engagèrent des cibles d’opportunité, coulant probablement un ou deux croiseurs ennemis. Ceux-ci lancèrent des torpilles. Deux d’entre elles touchèrent le Fuso, une au niveau de la tourelle A, ce qui provoqua une forte voie d’eau à l’avant, l’autre à la hauteur de la tourelle Q. Ce dernier coup fut en grande partie absorbé par la protection anti-torpilles. Le navire, bien que ralenti, poursuivit le combat.

 

Le Prince of Wales reprit le combat à ce moment-là, engageant le Haruna (à présent fortement endommagé). Toutefois, il fut aperçu immédiatement et attaqué par les trois cuirassés lents. Il toucha sévèrement le Yamashiro et désempara ses tourelles avant, mais la réplique du Hyuga et du Yamashiro le réduisit au silence et il disparut. Nous pensâmes à cet instant qu’il avait été coulé. Cela se révéla faux par la suite, mais il avait été très gravement endommagé et forcé à fuir. Le Mitsishio et l’Arashio l’engagèrent avec des torpilles, le ratèrent probablement, mais coulèrent de façon certaine un destroyer ennemi.

Au même moment, l’Atago et l’Ashigara étaient en train de combattre un croiseur ennemi de classe County. Une attaque à la torpille nous força à nous dérober. Ce faisant, nous localisâmes le Repulse agonisant, qui se déplaçait lentement et brûlait fortement. L’Ashigara l’acheva d’une salve de torpilles à 02h15.

 

Le mot de la fin fut pour l’Ashigara et ses destroyers (Hibiki, Asashio, Oshio), ainsi que le Mitsishio et l’Arashio, qui trouvèrent le croiseur de classe County désemparé, accompagné d’une escorte de destroyers. Ils coulèrent le croiseur et un destroyer à 03h30 après un bref engagement efficace, sans aucune perte. Ils furent alors contraints de se replier sous la menace d’une attaque à la torpille menée par trois destroyers.

 

Je reformai alors la flotte dispersée et commençai à secourir les survivants, les nôtres comme ceux de l’ennemi sans discrimination. Tous furent traités de la même façon, ce qui surprit grandement les prisonniers ennemis. J’ai appris que l’Armée a parmi eux la réputation de massacrer les prisonniers. Ce qui est contre-productif, comme le montrent nos propres expériences (voir ci-dessous).

 

Résumé de la bataille nocturne

Cette action a bien débuté, mais un détecteur par ondes radio inconnu auparavant a failli nous coûter la victoire et nous a certainement coûté le Kongo. Conformément aux ordres en vigueur dans la 2ème Flotte, de très nombreux survivants britanniques ont été secourus par mes destroyers. L’Atago lui-même a secouru 400 survivants du Repulse, parmi lesquels son capitaine blessé (Tennant), auquel j’ai moi-même parlé. Il a bien dirigé son navire au combat, jusqu’à la fin. Parmi ces rescapés se trouvaient quelques opérateurs radar. Plusieurs de mes officiers d’état-major parlent couramment l’anglais. Je leur ai fait revêtir des tenues de simples matelots, pour pouvoir écouter les conversations parmi les survivants. Ils ont ainsi appris beaucoup sur ce détecteur par ondes radio (ces marins portent des badges distinctifs), ces informations furent ensuite utilisées pendant les interrogatoires pour prétendre en savoir davantage que ce que nous savions et cela fonctionna très bien. Les opérateurs ennemis nous apprirent beaucoup.

 

Les points les plus important sont :

– sur les navires ennemis, la présence d’un détecteur par ondes radio est courante. Il équipe même de nombreux bombardiers lourds !

– la plupart des navires disposent d’un équipement de détection en surface, les croiseurs et les navires plus grands possèdent également un équipement de détection aérienne. Ces équipements sont même courants sur les destroyers.

– de nombreux croiseurs et tous les cuirassés possèdent un troisième équipement si précis qu’ils peuvent l’utiliser comme directeur de tir pour leurs batteries principales.

– la portée de détection peut dépasser 45 000 mètres dans de bonnes conditions, mais est en général de la moitié de cette distance.

 

Ce sont des nouvelles alarmantes. Ces prisonniers seront envoyés au Japon immédiatement pour des interrogatoires supplémentaires.

J’ai émis des ordres urgents par écrit (la confidentialité est très importante, l’ennemi ne doit pas savoir que nous recherchons ses détecteurs par ondes radio) pour que les navires ennemis avariés ou coulés soient passés au peigne fin, pour récupérer les équipements de détection par ondes radio, leurs composants, documents et manuels. Une fois encore, l’application du principe Bushido de magnanimité délibérée envers un ennemi courageux mais vaincu a donné des résultats importants.

Sachant que l’ennemi a détecté nos navires grâce à ses radars avant que nos navires n’aperçoivent les siens et sachant aussi qu’il a pu diriger son armement principal de nuit là aussi grâce à ses radars, beaucoup de choses concernant la phase initiale de la bataille deviennent claires. La performance de nos vigies est excellente, pratiquement sur un pied d’égalité avec le détecteur par ondes radio, mais les vigies ne peuvent pas diriger le tir au canon. Notre entraînement est supérieur, mais ce sont nos torpilles et notre supériorité numérique qui nous ont valu la victoire dans ce cas.

J’ai la conviction que le radio-détecteur ennemi a même donné à une force si largement inférieure une bonne chance contre nous. L’ennemi se révèle très en avance sur nous dans ce domaine. C’est une surprise très désagréable et nous devons réduire cet écart par tous les moyens.

 

Vers 04h00, nous étions sur le point de retrouver notre cohésion tactique. L’Amiral Yamamoto ordonna au Vice-Amiral Nagumo de faire demi-tour, de façon à être capable de lancer un raid dès l’aube. Je demandai au Contre-Amiral Hirose de détacher ses quatre torpilleurs Chidori, Hatsukari, Manazuru et Tomozuru pour intercepter les navires britanniques survivants. J’ordonnai à mes deux porte-avions de faire demi-tour pour atteindre une position de lancement à l’aube. Quatre de mes cuirassés étaient endommagés et je me souciais à la fois des bombardiers-torpilleurs et des sous-marins ennemis. Je plaçai les Fuso, Haruna, Kirishima et Yamashiro sous la protection des destroyers Asashio, Oshio, Mitsishio et Arashio, ne gardant pour moi-même que l’Hibiki pour faire écran à mon navire-amiral l’Atago, au croiseur lourd Ashigara, au croiseur de bataille Hiei et au cuirassé Hyuga.

 

Une victoire d’un de nos sous-marins

J’appris à 07h30 que le sous-marin I-16 avait intercepté les cuirassés ennemis endommagés à 05h10. L’I-16 avait mené une attaque réussie, coulant un cuirassé ennemi identifié plus tard comme étant le Malaya. C’est la première fois qu’un de nos sous-marins océaniques a infligé une perte sévère à l’ennemi et ce fut un moment bienvenu. Je note, toutefois, que cela se produisit après la bataille et non avant, comme la doctrine avant-guerre l’aurait voulu et comme l’ennemi nous l’a fait subir.

 

Je pense que nous tenons une explication pour cet échec de nos attentes d’avant-guerre. Si le détecteur par ondes aériennes est courant sur les bâtiments ennemis jusqu’au destroyer, alors notre flotte sous-marine court un grand danger. Nos sous-marins océaniques sont de grande taille et plongent lentement. Si l’ennemi dispose de moyens pour les détecter la nuit et dans le mauvais temps, alors qu’ils sont invisibles pour les yeux, ils sont vulnérables d’une façon inimaginable lorsqu’ils ont été conçus. J’ai transmis cette information à la 6ème Flotte via son officier de liaison, pour que son état-major y réfléchisse. J’ai également transmis mes félicitations personnelles pour la performance de l’I-16 au commandant de la 6ème Flotte. Nous devons reconnaître que le détecteur par ondes radio de l’ennemi rend très ardue l’obtention de bons résultats par ces grands sous-marins contre une flotte ennemie. Ce succès est donc une réussite considérable.

 

Dernières actions

Les navires de surface ennemis rescapés, y compris le Prince of Wales désemparé, firent route le long de la côte de Bornéo, virant vers l’ouest et Singapour juste avant 08h00. L’Akagi et le Kaga lancèrent un raid de 27 D3A1 escortés par 18 A6M2 à 06h10. Ils étaient suivis à une altitude plus basse par 12 B5N2 non escortés lancés par le Shoho et le Zuiho à 06h45. Toutefois, la coordination de ces raids avait été rendue possible par le commandant Mitsuo Fuchida, aux commandes d’un B5N2. Les porte-avions du Vice-Amiral Nagumo étaient hors de portée pour un raid de B5N2. Ce fait ayant été signalé par le Commandant Fuchida, le Vice-Amiral Nagumo avait accepté de ne lancer que ses bombardiers en piqué. Fuchida avait décollé à bord de son propre B5N2 équipé de réservoirs auxiliaires pour superviser toute l’attaque en tant que commandant du raid. La formation ennemie était escortée de chasseurs bimoteurs. Les A6M2 de l’escorte s’occupèrent d’eux, au prix de deux avions.

Les D3A1 placèrent de nombreuses bombes sur le Prince of Wales, ravageant ses ponts et déclenchant de nombreux incendies. L’attaque coordonnée de mes B5N2 fut quelque peu perturbée par la DCA très intense des croiseurs de l’escorte, mais elle plaça aux moins deux coups au but, qui stoppèrent le cuirassé. Le Commandant Fuchida resta à proximité et signala, peu après la fin de l’attaque, que le Prince of Wales avait repris sa route, à une dizaine de nœuds. Il est manifeste que les cuirassés modernes sont très difficiles à détruire.

 

À 08h30, le désastre nous frappa. Les cuirassés endommagés (couverts par 9 chasseurs A5M4 des Shoho et Zuiho) furent localisés par les bombardiers-torpilleurs bimoteurs de l’ennemi, environ une vingtaine. Ceux-ci disposaient également d’une escorte de chasseurs bimoteurs. Nos A5M4 attaquèrent, mais ils furent surclassés. Cinq en tout furent abattus, ils revendiquèrent deux bombardiers adverses. Notre DCA échoua de nouveau, un seul bombardier ennemi fut abattu, par un coup direct heureux d’un obus de 5 pouces. Les bombardiers ennemis attaquèrent courageusement et menèrent leurs attaques de très près. Ils placèrent cinq coups au but. Une torpille atteignit le Yamashiro au centre du navire. Le bossage anti-torpilles absorba la plus grande partie du choc, bien qu’il y eut une légère inondation.

Mais le Fuso fut touché à quatre reprises. Il avait déjà été touché deux fois et menaçait de sombrer par l’avant. Une torpille le toucha à l’avant, perçant un trou dans la proue, mais ne causant finalement qu’une légère voie d’eau en plus de celle déjà existante. Les trois dernières frappèrent à l’opposé des impacts précédents, mais certains ballasts avaient déjà été noyés pour réduire la gîte. L’une toucha à la hauteur de la cheminée avant, le bossage absorbant ici la plus grande partie du choc. Une autre frappa une section de bossage inondée exactement au milieu du navire. La protection céda et les chaudières centrales commencèrent à prendre l’eau. La quatrième frappa une section de bossage inondée à l’opposé des salles des machines, qui commencèrent également à être inondées. Il devient immédiatement évident que le bâtiment ne pouvait pas être sauvé. L’équipage fit de son mieux, mais le navire avait tout simplement perdu trop de sa flottabilité. Ils auraient pu réussir, mais la lutte fut perdue lorsque l’eau atteignit le pont des batteries. Les boucliers des canons de 6 pouces ne sont pas étanches et l’inondation du pont des batteries s’ajoutait aux autres inondations.

Le navire fut abandonné à ce moment-là ; la quasi-totalité de l’équipage survécut. En accord avec mes ordres directs et personnels, le commandant ne resta pas sur son navire. Il prépare actuellement un rapport complet sur les leçons qu’il faut tirer des capacités de la DCA du cuirassé, du contrôle des dégâts et de façon générale sur toute la bataille nocturne. Le Fuso coula à 10h12.

La réponse à cette attaque fut immédiate. Le vice-amiral Nagumo fournit 18 A6M2 pour protéger ce groupe. Cela signifiait qu’il ne pouvait pas lancer de deuxième frappe avant que son premier raid ne soit rentré. Il désirait conserver, de façon très prudente et très juste, une forte patrouille de chasse pour couvrir ses propres navires. Gardant à l’esprit leur vulnérabilité connue (mais pas encore corrigée), cette décision était sans aucun doute justifiée. Cela fut discuté avec le Commandant Fuchida, qui pour cette raison continua à pister la force ennemie aussi longtemps que ses réserves en carburant le lui permirent (avant de se poser à Kuching), pour fournir des bonnes informations au Kanoya Kokutai.

Celui-ci (27 G4M1) décolla de Bin Dinh, sur l’ordre du commandant de la Flotte Combinée, à 09h45. A la même heure, nous reçûmes également des nouvelles étonnantes. Le pilote d’un A6M2 du Kaga avait pisté un chasseur quittant la force ennemie. Sa route n’avait aucun sens aux yeux du pilote de l’A6M2. Il put déterminer que ce chasseur se posa sur une base aérienne ennemie inconnue jusqu’à présent dans la région de Singawang. Sur ordre de l’Amiral Yamamoto, la Première Flotte Aéronavale délaissa la flotte ennemie et attaqua cette base avec 33 D3A1 et 27 A6M2 lancés à 11h15. Ils détruisirent de nombreux appareils ennemis et des dépôts de carburant sur cette base.

Le Kanoya Kokutai localisa la force ennemie à 11h30, accompagné par le seul J1N1 disponible (un prototype converti pour la reconnaissance). Les G4M1 attaquèrent le Prince of Wales et plusieurs croiseurs. Le Prince of Wales fut touché à de si nombreuses reprises qu’il coula très rapidement. Les équipages du Kanoya Kokutai revendiquèrent de cinq à sept impacts de chaque côté. Ceci explique ce que le J1N1 a vu. Il tournait autour de la scène et il prit de très nombreuses photographies très claires (à la verticale et à la main). Selon leur rapport et les photographies, le Prince of Wales a coulé très rapidement, par la proue et d’aplomb. Il n’a pas chaviré. Ce fait est extraordinairement important pour nous.

Un croiseur ennemi de type E eut également sa proue arrachée (mais il ne coula pas) et un croiseur français vit un G4M1 s’écraser sur lui. Le croiseur fut la proie d’un violent incendie.

 

Commentaires sur l’attaque du Kanoya Kokutai

Un enseignement notable émerge de cette attaque. Les bombardiers-torpilleurs bimoteurs ennemis ont mené des attaques contre nous en trois occasions, coulant deux cuirassés, en endommageant un autre et coulant un porte-hydravions, un croiseur léger, un destroyer et deux transports. Notre défense anti-aérienne a abattu exactement UN bombardier-torpilleur bimoteur ennemi pendant toutes ces attaques. Le Kanoya Kokutai a perdu QUATRE G4M1 en une seule attaque sur une force ennemie épuisée et largement défaite ! De nombreux autres ont été endommagés. Le courage et le talent de nos pilotes sont indéniables. Mais leurs avions sont détruits trop facilement et notre propre DCA doit être améliorée. J’ai formellement demandé à la Flotte Combinée de lancer une enquête complète concernant les raisons pour lesquelles nos avions sont aussi vulnérables au feu de la DCA ennemie. Ce sujet est également important dans l’examen de l’épave du Prince of Wales, son armement anti-aérien est d’un grand intérêt pour nous.

 

Une occasion unique

Le naufrage du Prince of Wales est très important sous plusieurs aspects. Les cuirassés semblent en général chavirer lorsqu’ils coulent. Les eaux dans cette zone sont d’une profondeur assez faible, normalement pas plus de 45 à 60 mètres. Ceci signifie que tous les détecteurs par ondes radio, ainsi que leurs documents et manuels sont aisément accessibles si l’épave se trouve d’aplomb ou sur le flanc. Il a coulé si rapidement qu’il n’y a eu absolument aucune chance de détruire des équipements ou des documents. Le rapport du J1N1 mentionne qu’il semble n’y avoir eu que peu de survivants.

J’ai donné des ordres (confirmés personnellement par l’Amiral Yamamoto) pour qu’une surveillance aérienne et sous-marine constante soit établie sur cette zone maritime, pour détecter et attaquer tout navire ennemi s’y aventurant, de jour comme de nuit. L’aérodrome de Kuching doit être au centre de cet effort, qui doit inclure les eaux adjacentes de façon à donner l’impression qu’il s’agit de faire le blocus de Singapour par l’est. Un navire de sauvetage fait déjà route vers Kuching depuis le Japon. Dès que les forces ennemies seront suffisamment neutralisées, la 2ème Flotte tentera de récupérer tout le matériel possible sur cette épave. Une analyse détaillée des photographies a donné un bon emplacement de l’épave, car quelques îles et récifs sont visibles sur les clichés.

L’aviation de Kuching a été chargée de maintenir une surveillance constante du site. Des avions supplémentaires sont en route pour y établir un groupe de frappe puissant. La 6ème Flotte a accepté d’envoyer tous les sous-marins de type RO disponibles pour patrouiller constamment en force dans la zone. Je suis en train de rassembler la 2ème Flotte à

Kuching de façon à disposer d’une force de combat de surface à proximité – de toute façon nécessaire en cas d’autres opérations contre l’ennemi.

 

J’ai donné des instructions strictes pour que la sécurité la plus ferme soit appliquée autour de cette question. Elle ne doit être évoquée que par écrit, en utilisant des courriers de confiance. Elle ne doit pas être évoquée avec l’Armée. Les seules références pouvant être mentionnées dans le trafic radio sont celle du Kamikawa Maru et du Fumitsuki (tous deux échoués à Kuching) et du Natori. L’envoi d’un navire de sauvetage à Kuching est nécessaire, dans tous les cas, pour renflouer ces navires et les transports et récupérer les matériels du Natori.

 

Cette occasion ne doit pas être gâchée ou compromise.

 

Recommandations

– Des croiseurs lance-torpilles doivent être attachés à la 2ème Flotte (et utilisés dans les autres zones où l’on peut s’attendre à des actions de nuit face à de puissantes forces de surface ennemies).

– Les officiers tels que le Commandant Fuchida doivent pouvoir disposer d’avions spéciaux très rapides et équipés comme machines de commandement de raid. Une variante du nouvel appareil de reconnaissance Saiun m’a été signalée comme pouvant jouer ce rôle par l’officier commandant mon groupe aérien.

– Des chasseurs à long rayon d’action (par exemple le type J1N1) doivent être utilisés pour escorter nos bombardiers à long rayon d’action.

– Les G4M1 doivent être modifiés pour réduire leur vulnérabilité à la DCA et aux chasseurs ennemis.

– Les commandants de mes groupes aériens m’ont signalé que nous sommes tout simplement en train de manquer de pilotes pour nos avions. Ils affirment que les écoles de pilotage forment des équipages exceptionnels, mais qu’ils considèrent leur nombre comme bien trop faible pour soutenir le rythme des opérations. J’ai transmis ces préoccupations au Vice-Amiral Nagumo et à la Flotte Combinée pour une prise de décision appropriée. Nos porte-avions sont des navires extrêmement utiles, mais ils ne serviront à rien sans pilotes ni équipages. Les commandants de mes groupes aériens ont recommandé qu’un quart des équipages existants expérimentés soient immédiatement promus et affectés de façon à entraîner davantage de pilotes et d’équipages, avec les nouveaux équipages répartis au sein de la flotte dans les unités existantes, pour acquérir de l’expérience au combat. Ils reconnaissent que cela va diluer le haut niveau de compétence actuel, mais ils soulignent que ce haut niveau est condamné et ne pourra être conservé avec la politique actuelle. Leurs recommandations visent à maintenir une force viable.

– Les marins ennemis prisonniers ne doivent pas être remis à l’Armée, mais maintenus dans des camps de la Marine Impériale. Le traitement selon les standards de la Marine Impériale semble approprié, car nous apprenons grâce à eux des informations très précieuses.

– Comme suggéré par la 6ème Flotte, des sous-marins plus petits, moins coûteux et en grand nombre doivent être développés en accord avec ces suggestions pour les opérations côtières et océaniques.

– Comme suggéré par la 6ème Flotte, de petits sous-marins côtiers doivent être développés pour compléter le type A et opérer dans des eaux resserrées.

– Une classe de destroyers d’escadre légers, simples, peu coûteux et rapides à construire doit être développée pour compléter les types existants. Ces navires doivent posséder d’excellentes capacités anti-sous-marines et anti-aériennes et une certaine capacité en combat de surface.

– Un grand nombre de Kaibokan de classe A, simples, peu coûteux, rapide à construire, doivent être construits pour protéger les convois de l’Armée, les convois de pétroliers de la Marine et les unités lentes de la flotte ; ces navires devront faire environ 1000 tonneaux, 20 nœuds, avec une excellente capacité anti-sous-marine et une bonne capacité anti-aérienne.

– Un grand nombre de petits Kaibokan de classe B doivent être construits pour compléter ceux qui précèdent, en utilisant des chantiers de construction navale plus petits, incapables de construire des navires de 1000 tonneaux.

– De nombreux petits chasseurs de sous-marins doivent être construits pour être utilisés dans les eaux méridionales et côtières pour toutes les tâches d’escorte, de maintien de l’ordre et de patrouille ; ces navires doivent posséder un bon équipement anti-sous-marin.

– Un certain nombre de petits porte-avions simples doivent être convertis à partir de navires marchands existants. De tels navires marchands sont très demandés pour les besoins de la guerre. Trois candidats sont recommandés, l’Aikoku Maru, le Hokoku Maru et le Gokoku Maru. Ces navires ont été réquisitionnés par la Marine comme croiseurs auxiliaires. J’ai la conviction que ce type de navires est sans valeur. La conversion immédiate de ces bâtiments en petits porte-avions est considérée comme possible dans un délai de six à huit mois. De plus, le Kamikawa Maru sera facile à renflouer avant même l’arrivée d’un navire de sauvetage (l’équipage du Natori fournit des plongeurs et du personnel pour cette tâche), car sa coque peut être vidangée dès que les portes WT et ses valves Kingston seront fermées, ce qui est en cours. Je recommande que ce navire soit également converti en petit porte-avions.

– Détecteurs par ondes radio et détecteurs sous-marins

Toutes les épaves ennemies doivent être fouillées pour récupérer les documents et autres équipements de valeur, en particulier les détecteurs par ondes radio et les détecteurs par ondes sous-marines actives.

Tous les efforts doivent être faits pour récupérer, trouver ou capturer les systèmes radars ennemis, leurs composants, pièces, opérateurs et manuels de toutes sortes.

Les détecteurs par ondes radio doivent être développés en priorité et adaptés sur tous les navires.

Des détecteurs par ondes sous-marines actives doivent être acquis de façon prioritairement urgente ; là aussi les épaves, dépôts et bases ennemis doivent être fouillés à la recherche de tout ce qui concerne ce type d’équipement.