Annexe 41-2-2

 

Le GC I/3 en Corse

Extraits du journal de marche du Groupe de Chasse I/3 durant la bataille de Corse

 

 

 

 

 

29 janvier 1941

Le groupe reçoit ses premiers D-520M (6), tandis que les convoyeurs rapatrient sur l’AFN un nombre égal de D-520. Le capitaine Challe, qui commande la 1ère escadrille (ex-SPA 88), quoique déçu de ne pas toucher des D-523, essaye l’avion et finit par une éblouissante séance d’acrobatie au-dessus d’Ajaccio.

 

30 janvier

Gros mouvement en prévision. Dix D-520 partent pour Alger, avec 4 pilotes supplémentaires dans le Hudson du guidage, le tout pour aller récupérer des D-520M. Le groupe est réduit à la 1ère escadrille et en sous-effectif qui plus est.

 

31 janvier

Retour de nos oiseaux migrateurs, soit nos 14 pilotes avec un nombre égal de D-520M. Quelques-uns ont les traits un peu tirés, restes de la grande bringue qu’ils ont faite à Alger.

Le terrain de Campo-dell’Oro est maintenant bondé, surtout avec les GB 11 et 12, dont les LeO prennent de la place. On se demande si notre rééquipement n’est pas le prélude à un retour en AFN, où se déroulent de durs combats au-dessus de Tunis et de Bizerte.

 

1er février 1941

Tandis que nos mécaniciens bichonnent les nouveaux avions, nos joyeux fêtards sont convoqués par le Patron, suite à un câble d’Alger. Il paraît que la Gendarmerie a dû demander des renforts … Le commandant Thibaudet se contente d’un petit savon, qu’il passe d’abord aux commandants des escadrilles, Challe et Cabaret (le bien nommé), avant d’en faire profiter les hommes. Cette mansuétude nous laisse un peu perplexes. Il y a quelque chose qui couve.

 

2 février

Les vols de prise en main des D-520M vont bon train. De Salaberry se fait une grosse frayeur dans un piqué quand sa verrière, mal verrouillée, s’ouvre. Albert et Lefèvre, dans un simulacre de combat, arrachent les fils du téléphone sur la route côtière. Le Patron se fait eng… par le commandant de la base et frotte à son tour, avec intérêts, les oreilles des deux contrevenants.

Loterie le soir au mess pour savoir si on ira à Tunis ou à Malte.

 

3 février

Le groupe a la visite du général d’Harcourt, qui arrive avec son Hudson personnel. Il passe plusieurs heures à discuter avec les commandants d’unités. Tout ce beau monde à l’air bien sérieux quand il ressort de la salle de réunion. Verdict : on reste en Corse.

 

4 février

Dans la matinée, le radar anglais détecte un « hostile » qui vient nous rendre visite à haute altitude. La patrouille Guillaume-Durand décolle pour l’intercepter, mais le perd dans les cunimbs au-dessus de la mer.

Dans la soirée, arrivée de 4 nouveaux D-520M, qui sont mis en volant.

 

5 février

Les veinards du II/6 se préparent à quitter Sainte-Catherine pour aller prendre part à la grosse bagarre au-dessus de Tunis. Le capitaine Challe et le commandant Thibaudet calment les plus excités d’entre nous en nous disant que bientôt on aura du gros travail sur les bras. On se prépare à prendre la place du II/6 et tout le monde fait ses bagages.

 

6 février

Desserrement du groupe qui remplace le II/6 à Calvi-Sainte Catherine, charge à nous de couvrir le nord-ouest de la Corse. L’échelon roulant, qui nous a précédés, nous accueille dés l’arrivée. Calvi a bien changé depuis notre premier séjour en décembre. Il y a des alvéoles bien protégées pour tous les avions, ainsi que des tranchées autour des bâtiments. Le II/3 reste à Campo-dell’Oro pour recevoir de nouveaux avions. Le sergent Durand met en pylône son D-520M tout neuf et se fait passer un savon par le capitaine Challe. Heureusement, pas trop de dommages, mais l’avion est de retour à Ajaccio dans la soirée.

 

7 février

Décollage en alerte pour intercepter un « hostile » en vol de reconnaissance par la patrouille Madon-Lefèvre. En dépit du guidage radar, l’hostile (un Ju-88) réussit à s’esquiver. Un second « hostile » est détecté dans l’après-midi (toujours un Ju-88) et se fait régler son compte par la patrouille Challe-Albert. Le III/3, qui opère de Bastia, loupe deux avions de reconnaissance, mais en abat un troisième, un Cant Z-1007.

Les servants de la DCA inaugurent des 20 mm Oerlikon pour la défense du terrain.

Ordre est donné de peindre immédiatement le bord d’attaque de l’aile en jaune pour éviter les méprises.

 

8 février

C’est parti !

À 5h35, 12 Ju-88 arrivés sous la couverture radar bombardent Sainte-Catherine. À part le Caudron Luciole qui nous sert d’estafette, pas de dégâts aux avions, qui sont bien protégés dans des alvéoles. La DCA est tellement surprise qu’elle ne tire que quand les avions ennemis s’en vont !

À 6h55, décollage d’un dispositif à 12 avions pour intercepter des Stukas. Grâce au radar, les avions sont bien positionnés, mais ils affrontent un gros dispositif ennemi (environ trente Ju-87 et plus de vingt Bf-109). Résultats : 4 Ju-87 et 2 Bf-109 descendus, 1 Ju-87 et 2 Bf-109 probables, mais deux pilotes manquent à l’appel (l’un nous rejoindra dans la soirée), tandis que Madon détruit son D-520M à l’atterrissage par un magnifique cheval de bois – il a une bonne excuse : ses volets sont bloqués par un impact de 20 mm.

Les Stukas font leur travail à l’habitude et démolissent le D-520M tout neuf de Durand, pour un des leurs qui se fait allumer par les 20 mm Oerlikon et va percuter la montagne.

À 13h40, décollage sur alerte d’une patrouille double (4 avions). Elle intercepte un raid ennemi sur le Mont Cinto, mais doit immédiatement se défendre contre une meute de 109. L’un est descendu par Albert et un autre par Challe, mais nous perdons un avion et son pilote et Touret pose par miracle un D-520M qui ne tient ensemble que par l’opération du Saint Esprit. Les pilotes font grise mine : les 109 qui les ont attaqués sont beaucoup plus rapides que les précédents et ils se sont retrouvés avec la même marge d’infériorité qu’en juin 1940.

Vers 16h, décollage d’un dispositif à 6 avions qui ratisse une zone où des Italiens sont réputés opérer, mais ne trouve rien.

 

9 février

Le groupe est en alerte dès avant l’aube. À 7h15, décollage sous le commandement du capitaine Challe d’un dispositif de 6 avions en protection de Bastia. Il est attaqué par une quinzaine de 109 et se défend en manœuvrant. Le sergent Albert descend un des 109 tandis que Challe est tiré par 3 d’entre eux, qui le manquent. « Ils tirent comme des cochons » sera son seul commentaire.

À peine ces avions sont-ils rentrés que, vers 8h45, décolle un dispositif à 8 avions dirigé par le commandant Thibaudet pour intercepter un raid de Stukas destiné à Sainte-Catherine. Une grosse bataille s’ensuit où nos D-520M tirent les Ju-87, mais se font eux-mêmes tirer par des 109 très agressifs. Deux Ju-87 (un pour Lefèvre et un pour Cabaret) et un 109 (pour Durand) vont au tapis, sans compter un autre Ju-87 et un autre 109 probable. Mais un D-520M ne rentre pas tandis que le sergent Lefèvre, qui a abattu un des Ju-87, se pose en feu et est extrait de son avion avec des brûlures, douloureuses, mais pas trop sérieuses. Les Ju-87 font un joli travail de démolition sur Sainte-Catherine. Quatre mécaniciens et deux administratifs sont tués et deux autres blessés. Un D-520M en réparation est détruit. Un Stuka est abattu par la DCA ainsi qu’un Bf-109, qui se pose sur le ventre sur la plage.

Son pilote est légèrement blessé et se fait rudoyer par des soldats de la biffe avant que le commandant n’aille le chercher et le ramène au terrain. Réconforté, soigné par notre médecin et après quelques verres de rosé corse dans la chaleur du mess, il accepte de parler et dit appartenir à la JG II/27, basée à Cannes-Mandelieu. Il nous confirme ce dont nous nous doutions, soit que la JG I/27 ainsi que l’escadrille d’état-major sont équipées de Bf-109F. Il est transféré sous bonne escorte vers Ajaccio, puis sans doute au Sahara. Vers midi, un Simoun vient d’Ajaccio pour emmener Lefèvre.

Dans la soirée, Albert et Madon ramènent les deux derniers D-520M en volant (sans compter le premier avion de Durand, en réparation à Ajaccio). À la fin de ce deuxième jour de combat, il nous reste 14 avions.

 

10 février

Le capitaine Challe conduit une patrouille de 6 avions sur le mont Cinto, mais ne peut empêcher un dur bombardement qui détruit le radar anglais. En consolation, il ramène dans sa gibecière un 109 (abattu par Durand) et un Stuka qui sera compté « collectif » car tout le monde l’a tiré…

Vers 13h15, la vigie nous signale une grosse formation ennemie. Décollage en catastrophe de 12 avions conduits par le commandant Thibaudet, qui intercepte une trentaine de Heinkel 111 escortés par autant de Bf-110. Les chapelets de bombes mettent à mal les derniers hangars encore debout, mais 3 Heinkels et 3 Bf-110 vont au tapis pour une seule perte, qui se parachute sain et sauf. Alors que nos avions rompent le combat, ils sont attaqués par une bonne douzaine de 109 qui commettent l’erreur de vouloir manœuvrer. Cabaret en descend un et Albert un autre, tandis que Madon se fait endommager. Le 109 de Cabaret percute en mer, mais celui d’Albert a le temps d’évacuer et tombe au beau milieu de la base. Il se rend à l’adjudant du groupe qui a eu le temps de se saisir d’un Lebel qui traînait par là. Bonne prise, c’est un des Staffeln-Kapitan du JG 27.

Par contre il s’avère bien différent de l’autre pilote : arrogant et sûr de lui. Un peu de Sahara l’amènera à de meilleurs sentiments. On s’en sépare sans regrets vers les 16h quand la Gendarmerie vient le chercher pour l’emmener sur Ajaccio.

Par contre, nous sommes à 13 avions, dont 12 opérationnels, quand Ajaccio nous rend le D-520M de Durand propre comme un sou neuf (celui qu’il avait mis en pylône…).

 

11 février

Rien à signaler, sauf une attaque en rase-mottes de la part de 8 Ju-88 dont la majorité des bombes n’explose pas, mais qui perdent un des leurs touché par la DCA (chanceuse…) et qui va s’écraser dans le port, devant la citadelle.

Cependant, le terrain est vraiment trop troué et trop exposé. On part en fin de journée pour Ajaccio. L’échelon roulant nous suivra dans la nuit.

 

12 février

Retour à Campo-dell’Oro. On récupère dans la journée l’avion de Madon, enfin réparé, et on touche 4 nouveaux D-520M en provenance d’Alger. Le groupe se retrouve à 18 avions avec un moral au beau fixe. Par ailleurs, on retrouve le III/3 en provenance de Bastia. Pour eux aussi, c’était intenable.

Deux patrouilles dans la journée, dont l’une au-dessus de Sainte-Catherine sous le commandement du lieutenant Cabaret. Notre ancien terrain a subi 2 nouveaux raids et ressemble vraiment à un morceau de gruyère.

 

13 février

Escorte de bombardiers (des LeO-45) qui s’en vont attaquer les aéroports Italiens dans la région de Grosseto. Le bombardement est assez réussi, mais il y a beaucoup de Flak et beaucoup de chasse. L’escorte est en partie fournie par la 3ème Escadre, qui contribue à hauteur de 34 avions (12 du I/3, 12 du II/3 et 10 du III/3). L’affaire est chaude. Nous ne perdons qu’un avion et Albert et Challe tirent chacun un Bf-109. Les deux autres groupes ont des pertes plus lourdes.

 

14 février

Le groupe est en alerte toute la journée, mais rien ne vient.

Vers 13h, on demande « 2 pilote, bons tireurs » pour escorter un MB-174. Le Commandant désigne le capitaine Challe et Albert, mais la mission se fait sans casse. Par contre, au retour ils nous annoncent que la côte italienne est pleine de bateaux.

 

15 février

Une patrouille de 6 avions intercepte au-dessus de Calvi un gros raid Boche et descend un Heinkel 111 et un Bf-110.

Dans l’après-midi, un dispositif mixte (6 avions du I/3 et 6 avions du II/3) interceptent un raid sur Ajaccio. Dans la bagarre, le commandant Thibaudet et le capitaine Challe descendent chacun un 109 tandis qu’Albert, qui flingue à tout va, descend un Heinkel et un Bf-110. Nous perdons un avion, mais son pilote se parachute sans casse. Ce trompe-la-mort est Pierre Salva, qui s’était déjà fait descendre le 16 juin 1940 – mais, bien qu’il ait dû se poser en territoire occupé, il avait réussi à rejoindre nos lignes. Autant dire que pour lui, cette fois, c’était facile !

 

16 février

Le groupe est en alerte toute la journée et monte deux sorties, l’une à 6 avions et l’autre à 8 avions contre des raids sur le nord de la Corse. La seconde formation rencontre l’ennemi et abat 2 Ju-87.

Par contre, il est impossible d’escorter les MB-174 du GR II/33, dont 2 reviennent se poser à Ajaccio dans un très sale état.

 

17 février

Des parachutistes allemands se sont posés dans la nuit à Calvi et on nous demande d’aller voir. Une patrouille décolle à 7h30, emmenée par le capitaine Challe, et confirme la nouvelle. Il y aurait aussi des planeurs ennemis.

Une autre patrouille décolle à 9h avec 6 avions pour escorter 6 LeO-451 qui vont bombarder Calvi. Arrivée sur place, elle tombe sur une grosse activité aérienne ennemie et descend 2 Ju-52 et 2 Bf-110, sans pertes. Les bombardiers, que tout le monde (sauf les troupes au sol) a oubliés, bombardent notre ancien terrain et ajoutent aux destructions.

À 11h, un élément de 4 avions repart pour Calvi, mais tombe sur une nuée de 109, dont il a bien du mal à se dégager. Albert en tire un, mais ne peut le suivre dans son piqué.

Le reste de la journée, le groupe est en alerte, mais rien ne vient.

 

18 février

Dans la nuit, la Marine détruit 3 croiseurs italiens transportant des troupes et du matériel sur Calvi. Un des nôtres est touché et une patrouille de 6 avions part pour l’escorter, mais ne le trouve pas et rentre bredouille. On apprendra dans la soirée qu’un croiseur et un contre-torpilleur ont été coulés par la Luftwaffe.

À 11h, une autre patrouille de 6 avions sous les ordres du commandant Thibaudet part escorter des « Glenn de Chasse » qui font un carton sur les Ju-52 de transport. Elle se heurte à des Bf-110 et en descend un sûr et un probable sans pertes.

 

19 février

À nouveau, le groupe est sous alerte avec le reste de l’escadre. Cette fois-ci un gros raid est annoncé par les vigies et le groupe met en l’air 14 avions en deux dispositifs de 6 et de 8 avions, tandis que le II/3 fait décoller 10 avions et le III/3 huit avions. L’ennemi a engagé au moins 40 Ju-88, protégés par une cinquantaine de 109 et une trentaine de 110. Un combat extrêmement dur s’engage. Le capitaine Challe, à la tête de l’élément de 6 avions, abat un Ju-88 et un 109, mais se fait tirer par d’autres 109 et doit évacuer son avion au-dessus du golfe de Sagone. Il en est quitte pour un bain et il est ramené à terre par une barque de pêche. Albert se distingue encore et abat un Ju-88 et 2 Bf-109, mais Durand est aussi abattu (heureusement sans grand mal). Nous perdons un troisième pilote, dans la formation à 8 avions, où Salva se distingue ainsi que Madon (2 Bf-109 et un 110 en coopération).

Malheureusement, les bombardiers touchent durement la ville ainsi que l’aérodrome.

 

20 février

On accueille au petit matin les collègues de la 5ème escadre, qui ravitaille à Ajaccio avant de reprendre l’air pour escorter un raid massif de LeO sur la plaine orientale. C’est l’occasion de retrouver de vieux amis et de redoutables chasseurs dont le Capitaine Accart, les Lt. Marin la Meslée, Vinçotte, Plubeau et Perina. Nous fournissons l’escorte « haute » avec 8 avions. C’est l’occasion de se comparer au Hawk-81 et on les laisse littéralement sur place à partir de 4 000 m au grand désespoir de notre ami Accart.

Le bombardement rencontre des Bf-110 et c’est la curée. Cinq sont abattus sans pertes tandis que Plubeau et Perina pour le I/5 en tirent chacun un. Les Hawk-81 font aussi du mitraillage au sol. Beau travail que tout cela. On sent les Allemands à bout de potentiel.

Le lieutenant Salva remplace temporairement le capitaine Challe.

 

21 février

Furieuse bataille, que nous suivons à la radio, au-dessus de la plaine orientale et en mer. Les bombardiers en piqué navals font un vrai carton. Mais la Marine a encore trinqué. D’après ce que l’on comprend, le Béarn est salement touché, voire coulé.

Le capitaine Challe a rejoint le groupe après un passage de 24 heures à l’hôpital pour examens et de fort méchante humeur ! Durand, lui, s’est foulé une cheville et sera indisponible pour une semaine. Les I/5 et II/5 repartent en fin de journée pour Tunis.

Deux patrouilles de 4 et 6 avions vont faire de la couverture a priori au-dessus de Corte et du Fango.

On récupère les Helldivers du Béarn, ce qui nous confirme que le bateau a été durement touché.

 

22 février

La météo se gâte et le temps est quasiment involable. Albert fait une tentative vers 10 heures du matin et doit être guidé par radio quasiment jusqu’à l’atterrissage. Il se fait une peur bleue.

Confirmation de la perte du Béarn.

 

23 février

Le temps s’améliore un peu et le Commandant mène 12 avions en escorte de Glenn qui vont matraquer les Boches dans la plaine orientale. Ils font un carton sur deux Fiat CR.42.

Dans l’après-midi 6 avions sont requis pour escorter le Goéland sanitaire qui évacue le général de Montsabert. Ils l’accompagnent jusqu’au niveau de Cagliari et s’en reviennent vers Ajaccio.

En fin d’après midi quatre pilotes s’en vont à Alger dans le Hudson qui fait la liaison pour chercher des avions de rechange.

 

24 février

Le groupe est en alerte dès le début de la journée. À 9h20, six avions décollent pour escorter des Glenn qui vont attaquer les Boches à Belgodère. Il se fait que les Italiens ont eu aussi la même idée. Résultat de la rencontre : 1 Fiat G.50 abattu et un autre probable, deux biplans de reconnaissance abattus, et le tout sans perte ! Par contre, les Glenn souffrent à cause de la Flak. L’un est perdu et deux autres doivent se poser en catastrophe à Ajaccio.

Le groupe récidive sur Île Rousse, cette fois en escorte de Potez 63/11 du GR I/52. Malheureusement ils rencontrent des 109 en maraude. Nous perdons un de nos camarades pour un 109 sûr, que tire Durand, et un autre probable par Salva. Un des Potez est abattu, mais dans nos lignes.

Retour de nos joyeux excursionnistes avec 4 D-520M tout neufs qui sont les bienvenus. Ils ont vu, de leurs yeux, des D-523, mais qui, hélas, trois fois hélas, semblent destinés au II/3.

 

25 février

Patrouille a priori par 6 avions dans le secteur de Corte. Ils sont dirigés par le radar (qui fonctionne à nouveau) sur des intrus et interceptent des Stukas, malheureusement escortés par des 109. Résultat, un Ju-87 partagé entre 3 pilotes et un 109 probable, mais Albert se pose avec un aileron arraché par une rafale de 20 mm.

 

26 février

Deux patrouilles a priori sur le col de Mutarano, où se déroulent de durs combats. À la seconde ; le dispositif conduit par Albert tombe sur une douzaine de 109 bien conduits. Il faudra toute la science du pilotage de nos pilotes pour que nous n’y laissions pas des plumes. Albert et Madon tirent chacun un 109, mais ne peuvent observer le résultat de leur tir. Prévot nous ramène encore une fois un avion qui est une véritable écumoire et qui sera bon pour la réforme.

Arrivée du GC I/10 équipé de Hawk-81 à Ajaccio pour couvrir un débarquement de matériel. Il repart dès le lendemain pour Oran.

 

27 février

La situation se détériore dans le nord, près de Bastia.

Nous couvrons de 12 avions une formation de 9 Glenn qui s’en va attaquer l’aérodrome de fortune que les Italiens ont construits près d’Aléria. Mauvaise visibilité et beaucoup de Flak. Les résultats du bombardement sont incertains.

La capitaine Challe mène 4 avions au-dessus du col de Mutarano et, en l’absence d’opposition, seringue les Boches, mais sans résultats visibles.

 

28 février

Le Boche utilise un aérodrome de fortune près d’Aléria pour se ravitailler, ce qui lui permet d’étendre sa présence au-dessus de ses troupes. Deux Potez 63/11 du GR I/52 en font l’expérience.

En début d’après-midi, un dispositif de 8 avions escorte une formation mixte (3 Glenn et 3 Potez) qui va bombarder les troupes allemandes dans la région du col de Mutarano. Les 109 sont là, mais, bien couvert par l’élément d’altitude du dispositif, ils se font prendre en sandwich. Entre la poire et le fromage le capitaine Challe, qui est de mauvaise humeur depuis son bain forcé, en descend un tandis que notre Marcel Albert national en détruit un second, puis va tirer un Hs-126 qui a le malheur de passer par là. Le tout sans pertes.

Par contre, en début d’après-midi, décollage immédiat de 6 avions, plus 8 du GC II/3 et dix du I/10 pour intercepter un raid majeur sur Ajaccio. Grosse bagarre dans laquelle nous perdons le commandant Thibaudet qui doit se parachuter, blessé, et un autre pilote et deux avions sérieusement endommagés, mais réparables. En échange le groupe s’offre collectivement un He-111 sûr et un 109 sûr et deux 109 probables. Par contre, le bombardement nous casse un avion au sol.

On récupère Durand, qui peste contre sa cheville, mais qui se considère comme guéri.

 

1er mars 1941

Sous le commandement du Cpt Challe, nous mettons 8 avions en l’air dès 8h30 pour intercepter un gros raid sur Ajaccio. Albert revendique un Ju-88 et Salva un Bf-109, tandis que Madon et Durand tirent chacun un Bf-109 mais ne peuvent observer le résultat.

À 11h, nouveau décollage de 6 avions, sous le commandement d’Albert pour intercepter un second raid. Les Allemands feintent vers la mer et le dispositif n’arrive à se connecter avec les Boches qu’au-dessus d’Ajaccio. Albert et De Salaberry abattent chacun un He-111, Cabaret un Bf-109, mais Madon doit évacuer son avion en feu presque au-dessus du terrain. Le port est durement touché ainsi que la ville. Quelques bombes touchent le terrain, mais heureusement sans casse car les veinards du II/3 sont partis un peu plus au sud pour toucher des D-523 [NDE – Il s’agit du terrain de Sartène-I, dont toute référence a été caviardée par la censure de l’époque.].

Dans l’après-midi, un dispositif de 8 avions décolle pour couvrir des Glenn qui attaquent Aléria et Solenzara. Grosse Flak au-dessus de l’objectif et deux Glenn sont touchés, leurs équipages sautent au-dessus de nos lignes.

 

2 mars

Trois gros raids sur Ajaccio aujourd’hui.

Le premier est cueilli à froid par 6 avions menés par Albert au-dessus du golfe de Sagone et ils perdent 2 He-111 et 2 Bf-109 (oeuvre d’Albert et de Durand). Le second raid est accueilli dans les formes et avec les honneurs par le Capitaine Challe et 6 avions à peine une heure plus tard et s’en prend à notre terrain. Le Capitaine descend un Ju-88 et en endommage un autre, tandis que Salva explose un Bf-109 et le S/Lt Blanck en abat un autre. Mais le terrain est durement touché.

Le troisième raid nous prend presque par surprise, car on n’a le temps de faire décoller que 4 avions. Heureusement ils visent assez mal et perdent un Ju-88 par la DCA. Nos chasseurs s’emmêlent avec des Bf-109 qui semblent, tous, être du nouveau type [NED – Soit des Bf-109 F] et ne peuvent observer les résultats de leurs tirs. L’avion de Cabaret est touché, mais réparable.

 

3 mars

C’est décidé, nous partons nous aussi pour le sud, où nous retrouvons nos amis du II/3. Nous sommes cependant assez près d’Ajaccio pour intervenir quand un raid massif est annoncé vers midi. Le dispositif de 8 avions que nous envoyons opère avec 8 D-523 du II/3. On se connecte presque immédiatement avec des Italiens et c’est la curée. Albert abat 2 Reggiane-2000 et un Macchi tandis que Durant incendie un Savoia et en endommage un autre et que Salva tire un autre Macchi et un Fiat G-50, qui s’écrase sur notre ancien terrain [NDE – Il est très peu probable que 3 types de chasseurs aient escorté la formation de SM-79. Comme la participation de Re-2000 et de Fiat G-50 est confirmée, il faut croire que la présence de Macchi MC-200 relève de l’erreur d’identification.].

Un second raid, allemand cette fois, est intercepté vers 15h30. Le Capitaine Challe descend un Ju-88 et un Bf-109, mais se fait tirer ainsi que son ailer par une demi-douzaine de Chleus et doit évacuer, blessé, son avion. Il est récupéré par nos troupes au nord d’Ajaccio. Le Lieutenant Salva assume le commandement provisoire du Groupe tandis qu’Albert prend le commandement de la deuxième escadrille.

 

 

4 mars

Encore une très dure journée. Dans la nuit, nos troupes ont contre-attaqué les Allemands dans le nord avec l’aide de chars. Comme cette partie de l’île est sous la brume et la neige pendant la matinée, nous ne pouvons intervenir. Le raid habituel sur Ajaccio est intercepté vers 9h45 par 8 avions sous le commandement de Cabaret et 3 Allemands vont au tapis, mais de Salaberry est durement touché et se crashe au retour sur le terrain. Un Goéland sanitaire l’emmène à Alger dans l’après-midi.

Le soleil revient sur le nord et on en profite pour saturer l’espace aérien par des patrouilles de 4 avions. Albert tire un Stuka et un Hs-126 tandis que Durant abat deux Fiat CR-42 [NDE – Les sources italiennes indiquent qu’il s’agit de Ro-37.] et Blanck un Fiat G-50. L’activité aérienne ennemie tend à se réduire, mais nous sommes nous-mêmes au bord de la rupture.

En fin de journée, un Ju-88 survole le terrain et la patrouille envoyée à sa poursuite le manque.

 

5 mars

Notre terrain est attaqué deux fois et c’est pour nous l’occasion de voir les D-523 à la manœuvre. Nous mettons en l’aire deux formations, une de 6 et une de 8 avions, et nous revendiquons 3 He-111 et 2 Ju-88, le tout sans pertes. Mais le terrain est touché par le second raid et 3 mécanos sont tués par une bombe. Il nous est impossible dans ces conditions d’intercepter les Stukas qui attaquent nos troupes autour de Corte. Les D-523 sont à la fête et ils revendiquent 7 avions sans pertes.

 

6 mars

Nous subissons à nouveau deux raids, que nous controns à chaque fois par une patrouille double (6 avions) et un autre dispositif similaire du II/3 [NDE – Soit aussi 6 avions. Ces dispositifs ne sont pas articulés en 2 x 3 mais en 3 x 2 avions. Il faut noter que ce type de dispositif apparaît plusieurs fois dans le journal de l’unité et correspond à l’état des effectifs qui rend impossible l’envoi de 8 voire 12 avions. Le dispositif en 3 x 2 avions s’est révélé presque aussi flexible que celui en 4 x 2 avions.]. Lors du premier raid, Barberis et Boutarel s’illustrent abattant pour le premier 2 Heinkel-111 et 1 Bf-109 pour le second, qui partage un deuxième Bf-109 avec Gérard. Lors du second raid, c’est Albert, encore et toujours, qui fait le ménage avec 1 Ju-88 et 1 Bf-109 confirmés et un autre 109 probable tandis que Guillaume descend un Ju-88 et Blanck un 109. Par contre, Fleurquin se fait tirer par deux 109 vicieux et doit se parachuter. Il se reçoit mal et se casse une jambe. On doit l’évacuer dans la soirée.

Nos bombardiers vont attaquer, sans escorte, le terrain que les Boches construisent sur la plaine orientale et réussissent à l’endommager, mais ils ne peuvent empêcher ces derniers d’y positionner des 109 [NDE – Il s’agit du JG II/27.]. C’est ennuyeux, car on a perdu le nouveau radar anglais.

 

7 mars

Cette nuit a vu une importante bataille navale devant la côte nord de la Sardaigne. Au matin, les Allemands et les Italiens s’en prennent à nos bateaux qui ont été endommagés et cela allège un peu les raids que nous subissons.

Salva décide d’envoyer la deuxième escadrille en protection de Corte et Albert mène un dispositif de 6 avions qui rencontre des Stuka, escortés par des Fiat CR-42. Ils en abattent deux de chaque et Blanck se distingue dans la bagarre.

Une seconde formation de 4 avions conduite par Cabaret va patrouiller au-dessus de Corte et se heurte à une dizaine de 109 sans résultat de part et d’autre. Au retour, Cabaret tire un Hs-126, qui est achevé par Barberis.

Nous sommes attaqués par 12 Bf-109 porteurs de bombes de 250 kg qui surviennent en fin d’après-midi à basse altitude. Heureusement les pilotes visent assez mal et mettent une seule bombe sur le terrain. Notre DCA en abat 2, dont l’un réussit à s’extraire en parachute tandis que l’autre percute la montagne corse.

On récupère le survivant, assez choqué. C’est un UnterOffizier assez jeune qui nous dit être arrivé à la JG 27 vers le 20 février, ce qui fait à peu près 15 jours. Il est persuadé trouver des mercenaires américains et des « rouges espagnols » et il est finalement assez surpris de ne trouver que des Français ! Avant d’être emmené par les gendarmes, il a le temps, rosé corse oblige, de nous causer un peu et il s’avère un petit gars sympathique. Il a fini l’école de chasse à Vienne fin janvier à peine. Il nous confirme indirectement que les pertes ont été lourdes, avec de plus beaucoup de pilotes perdus en mer. Il affirme que la JG 27 « à elle seule » revendique plus de 150 chasseurs français. Si seulement nous les avions !

 

8 mars

Trois raids dans la journée contre notre terrain. Le Lieutenant Cabaret conduit une formation de 6 avions qui intercepte le premier et va abattre 3 He-111 et un 109, mais perd Barberis qui se parachute au-dessus du golfe et est récupéré par un torpilleur de la Marine Nationale. Nous laissons le II/3 s’occuper du second raid, mais le bombardement est nettement plus précis que d’habitude. Si les alvéoles dans lesquelles sont les avions sont intactes, le terrain est durement touché et un des D-523 du II/3 capote à l’atterrissage, blessant son pilote.

Le troisième raid est intercepté par 5 avions de la 2ème escadrille et Albert se distingue à son habitude en descendant deux SM-79 et un Fiat G-50 qu’il expédie ad patres devant le mess. Le patron lui offre la tournée de patrimonio. Durant flingue un Re-2000, mais Blanck se fait tirer par un autre Reggiane et doit se poser sur le ventre.

 

9 mars

Pour une fois, pas de raid sur le terrain. Nous en profitons pour nous réorganiser et nous fusionnons les deux escadrilles du Groupe.

Dans l’après-midi, une patrouille de 4 avions va survoler la forêt de Bavella et surprend deux Ro-37 qui se font tirer par tout le monde et sont comptés « collectifs ».

Nous rendons la monnaie de leur pièce aux Allemands par un raid de DB-7 qui va casser une quinzaine de Bf-109 tout neufs à Aléria. Un des Douglas, endommagé, tente de se poser chez nous, mais décroche en approche et percute. Pas de survivants.

 

10 mars

Après de nouveaux raids sur Ajaccio, les avions restants évacuent Campo-del-Oro et vont s’installer à quelques kilomètres de chez nous, sur une plage du golfe.

Nous maintenons une formation de 4 avions au-dessus du col de Bavella. Durand, qui mène le second dispositif, en profite pour tirer un Fiat CR-42 et Cabaret, qui conduit le troisième dispositif, surprend une formation de Ju-87 et en abat 2.

 

11 mars

Il semble que notre terrain soit oublié par l’ennemi ou que ce dernier concentre ses forces ailleurs. Nous faisons dans la journée une quinzaine de missions de chasse libre au-dessus du col de Bavella que tiennent toujours les légionnaires. On se heurte à des Italiens furtifs et à des 109 assez agressifs. Deux de ces derniers vont au tapis, mais chez nous de Salaberry rentre à pieds.

 

12 mars

Ajaccio est évacué et la Sardaigne aussi. Peut-être arriverons-nous à conserver une poche autour du golfe de Valinco.

Salva et Cabaret conduisent une grosse formation (8 avions) au-dessus de Bonifaccio et se heurtent à une formation mixte de BR-20 et de Reggiane dont ils détruisent 3 des premiers et 2 des seconds.

 

13 mars

Bonifaccio est perdue et Ajaccio sur le point de tomber. Les légionnaires évacuent Bavella. Nous couvrons l’évacuation d’Ajaccio par les torpilleurs de la Marine Nationale qui n’ont de cesse de faire des aller-retour entre Ajaccio et Propriano.

 

14 mars

Nos troupes se replient sur Sartène. C’est nettement la fin.

Nous faisons une quinzaine de missions d’escorte et de patrouille et lors de la dernière Albert trouve le moyen d’expédier dans un monde meilleur deux 109 surpris en maraude qui se font surprendre et refroidir sans avoir le temps de faire « ouf ». Le II/3 se heurte à des Reggiane au-dessus de Sainte-Lucie de Tallano et en abat 4 sans pertes.

Dans la soirée, nous recevons l’ordre de nous préparer à évacuer. L’échelon roulant prendra le bateau après avoir détruit deux avions qui sont hélas irréparables. La DCA restera jusqu’au bout pour couvrir notre départ et ses Oerlikons ont encore l’honneur d’abattre un Bf-109. On enrage de quitter la Corse où tant des nôtres sont tombés. On reviendra !

 

 

Note de l'éditeur

 

Victoires revendiquées (confirmées / probables)

 

Période du 01/02/1941 au 28/02/1941 :

7 et 8/2 : 8/3

9/2 : 4/2

10/2 : 7/3

13/2 : 0/2

15/2 : 5/3

17/2 : 2/2

18/2 : 1/1

19/2 : 5/3

20/2 : 3/2

23/2 : 2/0

24/2 : 3/2

25/2 : 1/1

28/2 : 1/2

Total : 42/25

Ce total sera requalifié en 36/16 après analyse des revendications.

 

Période du 01/03/1941 au 14/03/1941 :

Total : 37/2

Ce total sera requalifié en 31/20.

 

Le score du GC I/3 pour les six semaines de la bataille de Corse se monte donc officiellement à 67 victoires confirmées et 36 « probables » après vérification à Alger, soit un total de 103. Ce chiffre, qui ne correspond pas aux descriptions consignées jour après jours dans le Journal de Marche, nécessite quelques explications.

Le Journal de Marche inclut les revendications des pilotes, or ces dernières sont entachées d’exagération et ce pour d’excellentes raisons. Plusieurs pilotes ont pu tirer sur le même avion, la moindre fumée est souvent prise pour un signe « indiscutable » que l’avion est touché, voire abattu, quand elle peut avoir de nombreux autres motifs (y compris le tir de ses propres armes…) ; enfin un avion qui décroche brutalement est généralement considéré comme abattu, alors qu’il peut fort bien s’être récupéré avant de percuter. Ces erreurs sont normales dans les conditions du combat et elles ont entraîné, dès la fin de 1940, la présence d’un officier spécialement formé à l’interrogation des équipages de retour de mission. Telle est l’origine du premier couple de chiffres.

Soucieuse d’obtenir le décompte le plus exact possible, l’Armée de l’Air avait par ailleurs formé des équipes d’enquête qui vérifiaient, autant que faire se pouvait, les résultats des officiers interrogateurs. Ces équipes étaient chargées de retrouver les avions ennemis qui avaient percuté dans nos lignes, et ainsi de corroborer les revendications de nos équipages. Elles analysaient aussi les films des ciné-mitrailleuses. Ce sont les résultats des recherches de ces équipes qui figurent dans le deuxième couple de chiffres.

Cependant, ces chiffres ne correspondent pas aux pertes de l’ennemi. Dans ces dernières, il faut encore inclure :

  1. Les avions endommagés et perdus lors de leur retour ou qui se sont écrasés à l’atterrissage.
  2. Les avions qui sont rentrés, mais qui ont été déclarés irréparables après les dommages subis en combats.
  3. Les pertes par accident.

Dans la bataille de Corse, les deux premiers de ces facteurs de pertes ont été relativement élevés, même s’il est impossible d’attribuer avec précision ces pertes à un Groupe de Chasse en particulier. On peut simplement estimer que les avions considérés comme « probables » ont presque certainement été perdus lors du vol retour, ainsi qu’une partie des 77 avions revendiqués par le GC I/3 comme « endommagés ». Les pertes par accident ont aussi été élevées, et ont représenté environ 40% des pertes opérationnelles dans les formations ennemies. Enfin, un certain nombre d’appareils ont été perdus, tant du côté allemand qu’italien, sur panne d’essence suite à une consommation d’essence excessive, pour cause de combat, au-dessus de la Corse. De telles pertes se sont d’ailleurs reproduites en août 1941 au-dessus de la Crète et des îles grecques. Ces pertes ne peuvent être attribuées à un des groupes de chasse français, même si elles sont directement le résultat de leur action.

Il convient donc de bien comprendre que si les revendications individuelles des pilotes pouvaient être exagérées, les revendications globales de la chasse française ont eu tendance à être sous-estimées.

Compte tenu de ces éléments, le score requalifié du I/3 dans des combats dont l’intensité fut extrême apparaît comme relativement fiable.

Il faut ici souligner que les scores revendiqués par les formations allemandes, qui étaient à l’évidence très exagérés, l’étaient eux aussi de bonne foi, ce d’autant plus que les pilotes allemands se battaient au-dessus des lignes ennemies, sans possibilité de vérification.

 

Pertes (avions / pilotes)

Au 16/2 : 6/4

Au 19/2 : 9/4

Au 24/2 : 10/4

Au 26/2 : 10/5

Au 28/2 : 12/6

 

Le GC I/3 a eu 4 tués et 7 blessés dans la période couverte par le journal et il est de loin le groupe ayant obtenu les meilleurs résultats de la bataille de Corse, même si certaines de ses revendications n'ont pu être vérifiées. Le groupe a perdu ses deux commandants (Thibaudet et Challe), qui ont été blessés dans les combats. Presque tous les pilotes ont été abattus une fois, certain deux. Parmi les rares « indemmes », il faut citer le lieutenant Marcel Albert (dont le palmarès s'est enrichi de 15,75 victoires) et le sous-lieutenant Blanck (11,5 victoires). D'autres pilotes ont accumulé un palmarès respectable, comme Durand (11,25) ou Cabaret (9,75). Même compte tenu des rectifications sur les revendications, le score du I/3 reste tout à fait spectaculaire.

 

Les résultats du I/3 peuvent paraître surprenants, mais ils s'expliquent par différents facteurs :

  1. Les conditions tactiques ont favorisées le groupe, qui a pu bénéficier d'une couverture radar et qui a affronté un ennemi aux capacités limitées par la distance.
  2. L'extrême professionnalisme des pilotes du I/3 a permis d'obtenir des résultats au-dessus de la moyenne et d'éviter que les pertes ne soient plus lourdes. Dans plusieurs cas des dispositifs attaqués par des formations ennemies très supérieurs ont réussi à éviter les pertes.
  3. Le fait que nos forces aient été constamment en état d'infériorité numérique dans les airs a été paradoxalement un avantage. Les formations importantes doivent prendre garde à éviter des tirs fratricides tandis que les avions français pouvait considérer, surtout dans les derniers jours, que tout avion rencontré était ennemi.
  4. Un avantage tactique provient de ce que les D-520 modifiés sont indiscernables (à vue) des D-523. Les pilotes ennemis devaient donc tenir compte de ce fait et considérer comme un D-523 tous les D-520 rencontrés. D'ailleurs la JG 27 revendique 53 D-523 abattus, soit très au-delà de ce que nous alignions en Corse ...
  5. Enfin, les avions de la Regia Aeronautica se sont révélés complètement surclassés et ont constitué des proies relativement faciles.