Le rapport Percival du 23 décembre 1941
Recommandations et appréciations réunies pour le Commandement de Malaisie par le Lieutenant-Général (faisant fonction) A.E. Percival pour le compte du Général Sir Archibald P. Wavell, Commandant Suprême en Malaisie, en coopération avec les Etat-Majors combinés réunis à la base navale de Singapour, le 23 décembre 1941.
Ce rapport est basé sur les rapports quotidiens des autorités civiles et militaires, dont la précision varie en fonction des circonstances et de la charge de travail sur le terrain que les équipes rencontrent à présent. Sont également inclus de brefs états sur les conséquences des changements de stratégie.
Contre-Amiral Palliser, Royal Navy, Chef d’Etat-Major du Commandant en Chef de l’Eastern Fleet
Major-Général Percival (faisant fonction de Lieutenant-Général), Chef d’Etat-Major du Commandement de Malaisie
Vice-Maréchal de l’Air Pulford, Royal Air Force, Chef d’Etat-Major du Commandement des Opérations Aériennes en Malaisie
Contre-Amiral Spooner, Royal Navy, Contre-Amiral en Malaisie, commandant les installations côtières
Contre-Amiral Grace, Royal Navy, officier commandant la “China Force”
Commodore Collins, Royal Australian Navy, Etat-Major de l’Eastern Fleet
Major-Général I.S.O. Playfair, Chef de l’Etat-Major général du Commandement de Malaisie
Brigadier G.C. Eveleigh, Directeur délégué des services de l’intendance
Brigadier R.G. Moir, Transmissions
Brigadier T.K. Newbigging, officier responsable de l’administration
Brigadier I. Simpson, commandant des Royal Engineers du Commandement de Malaisie
Brigadier K.S. Torrance, de l’Etat-Major général du Commandement de Malaisie
Brigadier A.W.G. Wildey, défense anti-aérienne de la Royal Artillery
Brigadier C.H. Stringer, Directeur délégué des services médicaux du Commandement de Malaisie
Brigadier C.D.K. Seaver, Directeur délégué des services médicaux du IIIème Corps indien
La victoire du 2ème Corps australien au Kedah a annihilé la première tentative majeure des Japonais pour envahir la Malaisie. Ce fut toutefois une victoire à la Pyrrhus sur certains aspects. Le 2ème Corps australien a consommé des ressources considérables et peut être à présent considéré comme une unité épuisée.
Le 3ème Corps indien attend une attaque japonaise d’envergure dans le Kelantan. Comme cette attaque ne sera certainement pas stoppée sur la frontière (Kota Bahru n’a pas les fortes défenses naturelles et artificielles de Jitra et ne peut être ravitaillée en aucun cas), un plan détaillé a été mis au point pour reculer par étapes le long de la voie ferrée entre des positions défensives pré-établies. Le but est de retarder et de saigner les Japonais, tout en allongeant leurs lignes de ravitaillement. La ligne de chemin de fer sera détruite, car elle est abandonnée. Toutes les infrastructures de la zone de Kota Bahru ont été détruites. Nous n’avons ni le désir ni la possibilité de tenir Machang. L’aérodrome a été miné pour être complètement démoli et tout le matériel d’aviation a été évacué.
Les préparations défensives continuent au Johore, en particulier dans les zones de Kuantan, Endau et Mersing. L’excavatrice à tranchées de la Navy a travaillé continuellement pour renforcer les défenses. Le HMS Adventure a posé des champs de mines défensifs devant ces trois zones. Ils ont été posés de nuit, sont situés à une profondeur plus grande que celle des filets des pêcheurs locaux (8 pieds) et nous pensons que l’ennemi ne soupçonne pas leur présence.
La Navy a en grande partie perdu le contrôle du Détroit de Malacca, du fait de la présence d’une unité anti-navires de l’aviaton de la Marine japonaise. Le contrôle local autour de Penang est toujours disputé dans la journée par la garnison maritime et les forces légères de la Royal Australian Navy. Nous contrôlons le Détroit de Malacca la nuit. L’Air Force attaque les aérodromes ennemis de nuit. Les Manchester conduiront des raids diurnes à grande vitesse chaque fois que ce sera possible. La force Rose sera également utilisée. Ces mesures devraient user l’unité anti-navires japonaise.
La décision de Lord Gort, prise le 19, de ne pas tenir compte des longues formalités demandées par le du Colonial Office avant de relever la paye des travailleurs a tranché d’un seul coup le nœud gordien de la disponibilité d’une force de travail pour les besoins militaires. Sa décision du mois d’août de faire venir 8000 ouvriers de l’armée indienne a également été d’un grand bénéfice. Les puissantes défenses de Gurun, Kroh, Grik et le long de la voie ferrée de la côte est n’auraient pas pu être construites sans ces unités d’ouvriers.
La décision de prendre le contrôle local de l’évacuation des civils et des matériaux stratégiques a été un succès majeur : 50000 civils et 300000 tonnes ont été évacués à cette date et seule la moitié du tonnage disponible pour les réfugiés a été utilisée. Une cadence de l’ordre de 60 000 évacuations et 150 000 tonnes d’exportation de matériaux stratégiques par semaine est à présent atteinte. L’absence d’attaque ennemie sur Singapour même a fortement contribué à nous permettre d’atteindre cette cadence. Les navires les plus petits vont en Inde ou à Ceylan, les plus grands à Fremantle, environ la moitié des personnes évacuées et des cargaisons vont vers chacune de ces destinations.
La situation logistique s’aggrave. Les Japonais attaquent systématiquement par avion le réseau ferroviaire de la côte ouest. Cela dégrade progressivement notre capacité à déplacer rapidement des forces importantes. Avant-guerre, il fallait environ trois jours pour déplacer une division de Singapour à Alor Sétar. Il en faudrait à présent quatre si le mauvais temps empêchait la plupart des attaques diurnes ennemies. Etant donné que la météo n’arrête environ que la moitié des attaques, déplacer une division sur cette distance prend actuellement quatre jours et demi à cinq jours.
La situation aérienne est critique. Le contrôle du nord de la Malaisie a été perdu, le contrôle du centre du pays est contesté. Nous perdons la bataille aérienne par manque d’avions. Les renforts aériens arrivent, mais celui qui gagne est celui qui reçoit ses renforts le plus rapidement.
Cependant, le système de guidage de la chasse par radar fonctionne à présent plutôt bien.
Les pilotes se sont adaptés à de nouvelles tactiques contre les avions japonais d’une manière darwinienne. Ceux qui tentent un combat tournoyant meurent.
Les avions ennemis sont au moins aussi bons que ceux de la Luftwaffe. A l’heure actuelle, leurs pilotes sont généralement mieux entraînés que ceux de la Luftwaffe. Mais Londres refuse toujours de croire à cet état de fait – sauf à l’Amirauté.
L’ennemi ne retardera pas longtemps son attaque de la côte est du Kelantan. A ce moment (ou avant), le 2ème Corps australien devra attaquer pour réoccuper au moins la ligne avancée de Jitra et si possible Kangar, de manière à pouvoir rétablir ses défenses. L’objectif est limité (du fait des réserves disponibles) à une attaque de diversion.
L’ennemi doit renforcer son armée au Siam pour compenser ses pertes et se ravitailler en munitions et équipements. Nous pouvons donc prévoir un convoi majeur de renforts ennemis dans un avenir proche. L’ennemi doit nous arracher le contrôle de la Mer de Chine Méridionale. On peut s’attendre à ce que sa flotte soit utilisée pour frayer le passage de ce convoi de renforts. Alors, la Navy pourra se battre ou fuir.
Si l’ennemi utilise toute sa force de porte-avions mise en ligne contre Pearl Harbour, la Navy n’aura pas d’autre choix que de fuir. Nous ne pouvons pas affronter cette “Flotte Combinée”, elle est trop puissante.
S’il n’utilise que l’importante force vue au large de la baie de Brunei (5 à 6 cuirassés, 1 à 2 porte-avions et 6 à 10 croiseurs), nous devrons l’affronter.
En supposant que nous nous battions et détruisions le convoi de renforts, la Navy serait toujours obligée de fuir si la flotte de Pearl Harbour se présentait dans sa totalité (si nous n’avions à en affronter qu’une fraction, la Navy et l’Air Force pourraient être en mesure de s’y opposer). Cette flotte détruirait probablement nos forces aériennes.
Dans ce cas (ou dans le cas d’une défaite infligée par la flotte de la Baie de Brunei), nous pouvons nous attendre au débarquement par l’ennemi d’une division renforcée à Endau-Mersing. Ainsi, l’armée doit prévoir de couvrir cette zone. Davantage de blindés et d’artillerie sont nécessaires pour ce faire.
Le Strike Wing du Coastal Command est notre arme secrète. Elle doit être préservée pour assister la flotte lors de ce qui serait une action désespérée.
L’ennemi semble avoir une arme similaire. Ses bombardiers-torpilleurs basés à terre ont déjà coulé l’USS Boise en Mer de Chine Méridionale. Il est pour le moment impossible de savoir dans quelle mesure ces avions spécialisés pourraient dominer cette zone.
Certains d’entre eux semblent être une variante spécialisée de leur bombardier moyen Mitsubishi G3M. Cet avion est connu sous sa variante civile de compétition, le J-BACI Nippon, qui a battu le record du tour du monde en 1939. Les services de renseignement de la RAF estiment que cet avion est équivalent à notre Wellington Mk I. Si tel est le cas, son rayon d’action opérationnel une fois armé d’une torpille anti-navire serait de moins de 500 milles nautiques. Toutefois, cela ne correspond pas aux rapports en provenance des autorités chinoises et américaines, qui affirment qu’un tel bombardier est capable de transporter une charge militaire significative jusqu’à 750 nautiques de sa base.
Un nouvel avion, décrit par les survivants de l’USS Boise comme « en forme de cigare », semble avoir également été mis en service. Propulsé par des moteurs en double étoile refroidis par air comparables à nos Hercules, on estime son poids autour de 20 000 livres en charge. Un tel avion aurait un rayon d’action opérationnel allant jusqu’à 900 nautiques avec une torpille anti-navire standard. Les services de renseignement de la RAF ne croient pas l’industrie japonaise capable de produire un tel appareil, au moins en nombre important. Une fois de plus, cette opinion est contredite par les rapports chinois, français et américains que nous avons pu obtenir jusqu’à présent.
Se procurer de meilleures informations sur les nouveaux matériels utilisés dès à présent par l’ennemi est d’une urgence absolue. Je dois ajouter que les services de renseignement de la RAF en Malaisie ont déjà été incapables de prédire l’apparition d’un avion de reconnaissance bimoteur plus rapide que nos chasseurs Hurricane II et au moins aussi rapide que notre nouveau Spitfire V.
Les forces américaines dans l’archipel ont été aisément et largement défaites, apparemment après des combats brefs et peu intenses et par des forces inférieures en nombre (ce dernier point n’est pas confirmé). Des informations à peu près sincères obtenues auprès d’officiers américains de haut rang font état d’opinions qui placent la performance du commandant en chef américain aux Philippines au-dessous de celle du Général Graziani en Libye l’année dernière. Etant donné que les forces de Graziani ont livré des combats courageux et violents avant d’être repoussées puis d’autres avant d’être submergées, et que cela n’a pas été le cas des forces américaines aux Philippines, cette appréciation pourrait même être considérée comme généreuse.
Les seuls avions américains encore disponibles sur ce théâtre d’opérations sont dix B-17D et un B-17C à Batchelor Field, près de Darwin : ce sont les restes du 19ème Bombardment Group. Sur ces onze avions, 2 à 9 sont disponibles par intermittence pour des opérations, principalement aux Philippines. Pour cela, ils doivent faire étape à l’aérodrome de Del Monte, dans le nord de Mindanao, et ne peuvent embarquer que quatre bombes de 500 livres. Les pilotes de l’USAAF font preuve de combativité, mais de peu de capacité de combat coordonné au-dessus du niveau individuel.
Au total, 16 P-40 et 4 P-35A ont été redéployés à Bataan, mais ils manquent de pièces détachées, d’outillage et de munitions. L’abandon de grandes quantités de matériel militaire américain intact aux mains des Japonais, alors que l’armée américaine battait en retraite vers une région sauvage dépourvue de lignes de ravitaillement, est incompréhensible.
L’US Navy a livré une action de nuit, son premier combat depuis 1898.
Le Contre-Amiral Hart a été informé après coup que le commandant en chef des Philippines avait décidé l’évacuation de sa base principale. Il a été forcé de se replier sur Batavia pour continuer la lutte.
Trois d’entre elles commencent à opérer. La chaîne franco-anglaise se divise en deux en Birmanie. Elle fonctionne, avec des avions qui commencent à affluer depuis aussi loin que le Royaume-Uni. La branche française suit la chaîne chinoise : les avions sont envoyés du Bengale en Birmanie, puis en Chine, mais continuent ensuite jusqu’au Tonkin. La branche britannique s’étend jusqu’à Singapour. Elle alimente également l’Australie par bateau dans le cas des avions monomoteurs, sauf s’ils possèdent ou peuvent obtenir un grand rayon d’action. La chaîne américaine est en train d’être établie, mais n’est pas encore fonctionnelle. Elle traverse le Pacifique jusqu’à Darwin.
Les chaînes britanniques et françaises n’en font qu’une jusqu’en Birmanie. Cette chaîne est solide, étant donné qu’elle est alimentée par plusieurs sources et est redondante. Elle permet sans difficulté le convoyage en vol de monomoteurs entre Gibraltar et Singapour. Ceux-ci commencent à affluer, mais les lourdes pertes subies à Medan nous ont forcé à réexaminer cette escale. Ce réexamen est en cours. Pour le moment, les monomoteurs ont besoin d’un ravitaillement entre Rangoon et Singapour. Les bimoteurs peuvent faire le parcours d’une seule traite.
La majorité des avions de l’Armée de l’Air proviennent des Etats-Unis. Leur chaîne de renforts diverge de la chaîne anglaise au Bengale. Les avions sont ensuite convoyés jusqu’au Tonkin, par la Chine. Cette voie fonctionne régulièrement. Les Français prévoient de se “raccrocher” à la chaîne américaine du Pacifique pour alimenter en avions leurs possessions du Pacifique.
Le général Catroux a confirmé que l’officier en charge de la chaîne de renforts au sein de l’Armée de l’Air prévoit d’améliorer les infrastructures dans le nord de la Birmanie.
Les Etats-Unis font des efforts acharnés pour mettre sur pied cette chaîne. Cela demande un travail considérable et elle ne sera pas utilisable par autre chose que des B-17 et des hydravions Clipper avant la fin de janvier 1942. Les monomoteurs devront arriver par mer, probablement dans des ports australiens, pour y être assemblés. L’USAAF a été forcée de faire retraite en Australie, avec l’évacuation des restes du 19ème Bombardment Group (14ème, 28ème, 30ème et 93ème Bombardment Squadrons) à Batchelor (près de Darwin).
Les plans américains actuels prévoient de reconstituer ce Groupe en Australie pour des opérations contre les Japonais au fur et à mesure de l’avancée de ces derniers. Les Australiens font des efforts frénétiques pour agrandir l’aérodrome Darwin et les terrains à proximité afin d’y installer une plaque tournante pour la logistique et les opérations aériennes de l’USAAF. Celle-ci a informé le ministère de l’Air de la formation d’un Groupe de chasse provisoire, le 24ème Pursuit Group, qui doit être reconstitué à Darwin, cette unité ayant été détruite aux Philippines. Il comprendra les 3ème, 17ème, 20ème, 21ème, 34ème et 6ème (Philippines AF) Pursuit Squadrons. Au fur et à mesure de la reconstitution des squadrons, ceux-ci seront envoyés au combat aux Indes Néerlandaises. L’USAAF a indiqué que 116 chasseurs Curtiss P-40E seront en Australie fin janvier ; 160 autres sont en route et devraient arriver fin février.
Il faut signaler que la volonté américaine de reconstituer les Forces Aériennes des Philippines (même sous la forme d’un simple squadron de chasse) a entraîné quelques problèmes avec certains journalistes australiens et même avec des membres du gouvernement du Dominion. Ces personnalités ont fait des objections à l’arrivée de pilotes philippins et de leurs mécaniciens, survivants du squadron philippin, qui avaient été envoyés en Australie à bord de deux vieux bombardiers B-10B. Le gouvernement australien a dû être officiellement informé de façon catégorique que l’Australie aura l’obligation d’accueillir pendant toute la guerre, pour le bien de la cause alliée, un nombre indéterminé de personnes non-blanches, en particulier de sujets de Sa Majesté Impériale évacués de Singapour et de Malaisie. Le gouvernement australien a donné son accord, en précisant que les objections n’avaient été formulées que par « quelques irresponsables ».
Pour régler définitivement ce problème et pour inciter le gouvernement australien à autoriser le déploiement de l’AMF (Australian Militia Force) hors d’Australie, celui-ci a été informé que l’on envisageait d’envoyer la 12ème Division d’Infanterie Africaine en Australie, si l’AMF n’était pas autorisée à se déployer outre-mer.
Le problème hollandais
Les Hollandais se battent bien. Toutefois, ils sont si peu nombreux que leur force ne peut que décliner. La Force Aérienne des Indes Néerlandaises basée à Bornéo a été quasiment annihilée et celle basée à Sumatra sévèrement réduite. L’AOC est pessimiste sur les chances des Hollandais. Leurs unités aériennes sont courageuses et bien conduites. Leurs pilotes sont bons. Mais cela ne fera aucune différence. Leurs forces déclinent, car elles ne peuvent remplacer les pilotes perdus. Pour y remédier, l’Ecole de l’Air des Indes Néerlandaises est en cours de transfert en Australie avec ses instructeurs, et tout pilote allié parlant hollandais, sans tenir compte de son arme ou de sa nationalité, pourra être versé dans la Force Aérienne des Indes Néerlandaises pour l’aider à affronter la terrible épreuve qui l’attend.
Le ministère de l’Air a lancé un appel aux Etats-Unis, par l’intermédiaire du cabinet du Premier Ministre, pour obtenir que le gouvernement des Indes Néerlandaises reçoive toute l’assistance possible. Celui-ci n’avait pas été écouté avec beaucoup d’attention à Washington, du fait de la confusion qui y règne actuellement. Mais le problème est que, pour le moment, les Etats-Unis ont peu à donner. Seul des modèles anciens, en nombres limités, sont disponibles. Le Président Roosevelt a offert ce qu’il a pu, vu l’état d’urgence actuel.
– Les commandes hollandaises déjà passées seront honorées. Il s’agit de :
8 chasseurs Curtiss P-36, reliquats d’une commande (20 déjà livrés).
17 chasseurs Buffalo.
5 Curtiss CW-21B Demon, reliquats d’une commande (22 déjà livrés). Une autre commande de 48 avions a été reçue, la livraison est prévue pour juin 1942, elle sera accélérée.
38 chasseurs Curtiss P-40 E/F (en cours de livraison).
48 bombardiers Douglas DB-7 Boston.
18 bombardiers B-25C.
18 hydravions Vought Kingfisher.
200 chars légers M3 (les 50 premiers doivent être livrés fin février 42, avec un mois d’avance).
400 autos blindées White.
– Comme on peut le constater, ces commandes ne seront pas d’un grand secours. Les Etats-Unis ont proposé la livraison des avions suivants pour la fin janvier 1942 :
40 chasseurs P-40 E/F.
20 hydravions PBY Catalina (pour compenser les pertes).
20 Lockheed Hudson.
20 Douglas B-23 de bombardement et reconnaissance (retirés des unités de combat et mis à disposition pour des missions de servitude en août 1940, mais pas encore affectés).
80 Curtiss SBC-4 Helldiver (par petits groupes de janvier à juin 1942, au fur et à mesure qu’ils seront retirés du service dans l’US Navy et remis en condition).
Différents avions venant des dépôts ou affectés à des missions de servitude (pour compenser les pertes en Martin M-139WH-1/2 et 3/3A) : 30 B-18A (les quatre premiers sont arrivés le 21 décembre au VLG-VI à Brisbane) et 30 Martin B-10, B-12 et B-14 (pour l’entraînement opérationnel).
Enfin, la RAAF a offert ses 48 chasseurs Buffalo, car ils sont remplacés par des Hurricane et par des Boomerang II construits en Australie.
Le ministre de l’Air a officiellement renforcé la priorité du théâtre d’Extrême-Orient en ce qui concerne l’attribution des renforts. C’est pourquoi les dépôts sont ratissés dans tout le théâtre du Moyen-Orient, car ce dernier est la source d’avions la plus proche. Par ailleurs, le système de convoyage des avions à partir du Moyen-Orient et de Grande-Bretagne est bien au point.
– Chasseurs
(i) Le Fighter Command a approuvé l’envoi d’un grand nombre de Hurricane à partir des dépôts et des lignes de production. Il s’est également engagé à maintenir deux squadrons de Spitfire et un de Defiant comme défense locale pour la Flotte, quel que soit l’endroit où se situe sa base principale, si cette base est à portée des attaques ennemies.
De surcroît, tout un Wing de chasse destiné au Moyen-Orient a été redirigé vers l’Extrême-Orient. Il s’agit du 267ème Wing (Sqn 17, 135, 136 et 232), prévu à l’origine pour la Perse. Il est embarqué à bord du convoi de l’opération Long Sword. Les personnels sont à bord des transports Strathallan, Durban Castle et Duchess of Bedford.
Le 266ème Wing (Sqn 242, 258 et 605), dont le détachement a été un moment envisagé, fournit actuellement la plus grande partie de la couverture aérienne de Malte et se trouve trop fortement engagé au combat pour être envoyé ailleurs.
En dernier recours, un second Wing complet de Hurricane sera détaché du théâtre de Méditerranée Orientale pour renforcer l’Inde.
A ce propos, bien que l’emploi de ces chasseurs sur ce théâtre relève de Lord Gort, le ministre de l’Air fait remarquer que les aérodromes de Malaisie-Singapour et leurs infrastructures de soutien n’ont pu être achevés avant la guerre, donc que les aérodromes du Commandement de Malaisie-Singapour vont être rapidement encombrés si tous les squadrons actuellement déployés reçoivent la totalité de leur dotation en avions.
(ii) Considérant la modernité surprenante des chasseurs japonais rencontrés jusqu’à présent, les Hurricane IIB à 12 mitrailleuses du 267ème Wing, modifiés pour le désert, ont vu leurs grands filtres à poussière externes Vokes retirés (ils ne sont pas nécessaires pendant la saison humide en Birmanie et au Bengale ou en Malaisie), ainsi que quatre mitrailleuses. Ils sont ainsi allégés de 1100 livres et retrouvent 40 mph de vitesse.
(ii) Le Fighter Command a approuvé l’envoi immédiat du Sqn 96 d’Angleterre en Inde et Birmanie pour y créer une chasse de nuit. Ce squadron équipé de Defiant est à présent parfaitement entraîné et prêt à l’action, mais il a passé plusieurs mois à opérer sans succès, car le Defiant est trop lent pour arrêter les Ju-88 maintenant utilisés par les Allemands pour leurs intrusions nocturnes (il sera remplacé par le Beaufighter au début de l’année prochaine). Cependant, les grands succès remportés de nuit par les Defiant du Sqn 27 contre les bombardiers japonais, plus lents que le Ju. 88, ont été remarqués. C’est pourquoi la RAAF a été informée que, si possible, des Defiant seront aussi envoyés en Australie, par bateau, en nombre suffisant pour constituer un squadron de chasse de nuit.
(iii) Notre demande de nouveaux squadrons de Beaufighter pour l’Extrême-Orient n’a pu être approuvée. Aucun n’est disponible, seuls deux squadrons opérationnels existent et ils sont tous deux déployés en Mer Egée.
Toutefois, le Fighter Command a approuvé la mise à notre disposition des Sqn 137 et 263 actuellement basés au Royaume-Uni. Ils ont été récemment rééquipés avec des chasseurs bimoteurs Westland Whirlwind, qui ont fait la preuve de leur utilité en attaque au sol comme en interception. C’est un avion d’un nouveau type et il est sujet à un taux anormalement élevé d’accidents, mais c’est le seul chasseur à long rayon d’action disponible immédiatement. Ses moteurs étant les seuls de ce type en service, leur regroupement en un même lieu a été recommandé à Lord Gort, pour faciliter la maintenance. Il faut ajouter que le Whirlwind est doté de moteurs RR Peregrine qui partagent certains composants avec ceux du bombardier Manchester (des RR Vulture). Ceci pourrait faciliter l’entretien des deux types d’appareils.
– Bombardiers-torpilleurs
Deux squadrons de bombardiers-torpilleurs Hampden, les Sqn 144 et 455 (RAAF), en cours de transfert et en entraînement opérationnel à Ceylan. Nous suggérons de former un second Strike Wing avec les Sqn 137, 263, 144 et 455 (RAAF), car les Sqn 137 et 263 sont entraînés à la navigation au-dessus de la mer. Cette force ne sera cependant pas prête à combattre avant début février au mieux.
– Bombardiers lourds
Le Bomber Command a noté la demande urgente de bombardiers lourds par le gouvernement australien, mais aucun appareil quadrimoteur n’est disponible. L’Armée de l’Air absorbe toute la production de Consolidated. Les Stirling et les Halifax mènent des opérations contre la production de pétrole et l’industrie de guerre allemandes. Le gouvernement américain a informé le ministère de l’Air qu’aucun appareil Boeing n’est disponible, au vu de ses propres besoins.
Toutefois, le Bomber Command a approuvé l’envoi de tous les bombardiers Wellington dont il pourra se passer.
De plus, le Bomber Command a décidé d’affecter en Malaisie tous les bombardiers Avro Manchester disponibles, compte tenu du transfert à la RAAF du Sqn 50, doté de Hampden et en cours de conversion sur Manchester (son personnel doit rester mixte, anglo-australien). Le Sqn 50 sera envoyé dans la région de Darwin, en accord avec un récent memorandum “Action-this-Day” (Action Immédiate) du Premier Ministre. Une unité de maintenance de la RAF l’accompagnera et formera une seconde unité spécialisée pour entretenir le moteur Vulture en Extrême-Orient. Ces décisions concentrent l’utilisation et la maintenance des Manchester sur ce théâtre, car seuls ces deux squadrons utiliseront les Manchester.
Ces mesures ont été prises pour que l’USAAF ne soit pas seule à mettre en ligne des bombardiers à long rayon d’action en Australie. L’Air Vice-Marshal Harris a noté que le prestige impérial est en jeu ici, mais il est effaré par le manque d’avions capable d’équilibrer l’influence de l’USAAF sur ce théâtre : nous ne disposerons d’aucun bombardier quadrimoteur moderne dans un avenir prévisible. Toutefois, l’AVM a également noté que les Whitley seront remplacés en première ligne en Europe dans les cinq prochains mois. Il a par conséquent commencé à envisager la création de deux Wings de bombardement de nuit (l’un destiné à l’Inde et l’autre mis à la disposition de la RAAF), utilisant des Whitley Mk V neufs ou récents, équipés de réservoirs souples amovibles plaçés dans la soute à bombes pour étendre leur autonomie de 1650 à 2500 nautiques avec 3000 livres de bombes.
Les renforts évoqués ci-dessus ajouteront les unités suivantes aux forces du théâtre d’Extrême-Orient et Pacifique :
4 squadrons de Hurricane (17, 135, 136, 232) constituant le 267ème Wing
2 squadrons de Whirlwind (137 et 263)
2 squadrons de chasseurs de nuit Defiant (Sqn 96, plus un squadron de la RAAF, encore non formé)
1 squadron de bombardiers lourds Manchester (Sqn 50, à reverser à la RAAF).
Autres renforts prévus
Le ministère de l’Air a décidé de livrer à la RAAF dans un délai de trois à six mois un certain nombre d’avions :
– Cent à 150 Hurricane (en plus du flux normal de remplacements), destinés à former 4 à 6 squadrons.
– Un nombre substantiel de chasseurs P-39 de fabrication américaine. La RAF en a commandé 675 en 1940. Les premiers ont été livrés en juin 1941. La RAF ne les a utilisés qu’au sein du Sqn 601, et ils sont un échec pour les opérations d’attaque de l’autre côté de la Manche. Environ 625 restent dans les dépôts au Royaume-Uni. Il est prévu d’en envoyer quelque 250 en Australie et le reste (environ 375) en Inde.
– Mouvements des squadrons de bombardiers
(i) Sqn 40 (RAF), 16 Wellington (Moulmein). Basé à Alconbury. 16 avions détachés à Malte en octobre 1941, où le détachement a été détruit. Déployé en Inde en septembre 1941, puis à Moulmein en novembre 1941.
(ii) Sqn 104 (RAF), 16 Wellington (Moulmein). Basé à Driffield. 15 avions détachés à Malte en octobre 1941 et détruits. Déployé en Inde en septembre 1941, puis à Moulmein en novembre 1941.
(iii) Sqn 99 (RAF), 16 Wellington (Delhi). À Mildenhall, puis déplacé en Inde en novembre 1941.
(iv) Sqn 139 “Jamaica” (RAF), 16 Blenheim IV (Akyab).
(v) Squadrons de bombardiers-torpilleurs :
Sqn 144 (RAF) équipé de bombardiers Hampden depuis 1939. Transféré au Coastal Command en décembre 1941 et rebasé à Ceylan en janvier 1942 pour conversion, entraînement et familiarisation.
Sqn 455 (RAAF), formé à Williamtown (Nouvelle-Galles du Sud) le 23 mai 1941 sur Wellington. Envoyé au Royaume-Uni, où il devient le premier squadron de la RAAF formé au Royaume-Uni (le 6 juin 1941 à Swinderby, sur Hampden), première mission le 29/30 août 1941 contre Francfort. Transféré au Coastal Command en décembre 1941 et rebasé à Ceylan en janvier 1942 pour conversion, entraînement et familiarisation.
– Localisations en décembre 1941
Ces chiffres sont fournis pour illustrer la puissance aérienne injectée sur ce théâtre :
(i) Chasseurs du “Burma Wing”
Sqn 5 (RAF), 16 Hurricane II (Rangoon)
Sqn 67 (RAF), 16 Hurricane II (Rangoon)
Sqn 146 (RAF), 16 Hurricane II (Moulmein)
Sqn 155 (RAF), 16 Hurricane II (Moulmein).
(ii) Chasseurs en route, localisations non précisées
4 squadrons de Hurricane (17, 135, 136 et 232) constituant le 267ème Wing
2 squadrons de Whirlwind (137 et 263)
(iii) Bombardiers
Sqn 139 “Jamaica” (RAF), 16 Blenheim IV (Akyab)
Sqn 40 (RAF), 16 Wellington (Moulmein)
Sqn 104 (RAF), 16 Wellington (Moulmein)
Sqn 40 “Madras Presidency” (RAF), 16 Wellington (Delhi)
(iv) Bombardiers-torpilleurs
Sqn 144 (RAF), déploiement à Ceylan en janvier 1942
Sqn 455 (RAAF), déploiement à Ceylan en janvier 1942
– Appareils en cours de transfert au commandement d’Inde pour des tâches de seconde ligne :
21 Gloster Gladiator retirés des unités de Communication et Météorologie du Moyen-Orient
12 Hawker Nimrod retirés des unités de Communication du Moyen-Orient
16 bombardiers légers Blenheim I des dépôts et unités de transport ad-hoc du Moyen-Orient.
Ces avions sont usés, mais ils libéreront d’autres appareils du sous-théâtre d’Inde-Birmanie pour les tâches de première ligne.