Le rapport Hara du 30 décembre 1941
Premier rapport du Contre-Amiral Hara, commandant la Première Force d’Attaque Surprise
À bord du navire de Sa Majesté Impériale Nagatsuki
Le 30 décembre 1941
Mission
Protection de transports de l’Armée au cours du débarquement de Kuching
Forces impliquées
– Couverture à distance
Première flotte aéronavale du vice-amiral Nagumo avec les porte-avions Akagi, Kaga, Shokaku et Zuikaku, les cuirassés Hiei et Kirishima, les croiseurs lourds Tone et Chikuma et les destroyers Tanikaze, Urakaze, Isokaze, Hamakaze, Kasumi, Arare, Kagero, Shiranuhi et Akigumo.
– Force de couverture lourde au large
Deuxième Flotte du vice-amiral Kondo avec les cuirassés Haruna, Kongo, Fuso, Yamashiro, Ise et Hyuga, le croiseur lourd Atago, les porte-avions Zuiho (16 chasseurs A5M4 et 12 bombardiers-torpilleurs B5N2) et Shoho (16 A5M4 et 12B5N2) et 10 destroyers.
– Force de soutien
Troisième Flotte du vice-amiral Takahashi (croiseur lourd Ashigara, porte-hydravions Chiyoda (12 F1M2, 8 E13A1, 4 E8N), destroyer Matsukaze, ravitailleur d’hydravions (transport converti) Sanyo Maru (6 F1M2 et 2 E8N).
– Forces d’escorte rapprochée
- Première force d’attaque surprise du contre-amiral K. Hara (croiseur léger Natori, destroyers Fumitsuki, Satsuki, Nagatsuki, Minatsuki, Harukaze et Hatakaze, les chasseurs de mines 15 et 16, 9 chasseurs de sous-marins et 6 navires de transport).
- Deuxième force d’attaque surprise du contre-amiral S. Nishimura (croiseur léger Naka, porte-hydravions Kamikawa Maru (8 F1M2, 2 E13A2, 2 E8N), destroyers Harusame, Samidare, Minegumo et Natsugumo, 6 chasseurs de mines, 9 chasseurs de sous-marins et 16 navires de transport).
– Force de débarquement de Kuching
8000 troupes des forces navales spéciales d’assaut.
– Force aéroportée spéciale
Le débarquement a été préparé à l’aube par un posé d’assaut dirigé sur l’aérodrome, lorsque 42 avions de transport L2D2 ont largué 615 parachutistes de l’Armée.
Simultanément, 15 Mitsubishi Ki-57-I, embarquant chacun 11 hommes, se sont posés sur l’aérodrome, prenant par surprise les défenseurs. Tous les Ki-57 ont été endommagés par des armes légères ennemies. Cinq avions ont été totalement détruits ou abattus.
Simultanément, 27 bombardiers G4M1 ont effectué un bombardement très précis de la ville de Kuching pour désorganiser la structure de commandement et de communication de l’ennemi. Les avions de transport et les bombardiers avaient fait le vol de l’aérodrome de Bin Dinh, sur la côte d’Annam.
Peu après l’assaut aéroporté, des avions des porte-avions Zuiho et Shoho ont procédé à des passes de bombardement et de mitraillage sur les positions ennemies à proximité de l’aérodrome.
Forces ennemies
La force ennemie présente dans la zone du débarquement et dans les positions proches est connue sous le nom de “SARFORCE”. Elle équivaut grossièrement à un régiment auto-suffisant (4000 hommes) et est composée de 2 bataillons d’infanterie, 1 bataillon mixte d’artillerie comprenant des canons anti-aériens et côtiers et diverses autres unités.
Le début des opérations
– Le débarquement a commencé avant l’aube avec l’entrée des mouilleurs de mines dans la baie de Kuching pour éliminer les mines ennemies. Aucune n’a été trouvée dans les zones d’approche choisies. Un champ de mines important a été localisé par la suite et signalé par des bouées.
– Les porte-hydravions ont lancé leurs appareils pour la défense aérienne locale et l’attaque au sol, tandis que les premières troupes débarquaient. C’est une formule très efficace, car le temps de réaction est très réduit. De plus, nos porte-hydravions ont à présent développé d’excellentes communications avec les troupes de débarquement et l’aviation. Nos E13A1 et F1M2, bien que non conçus pour le soutien rapproché au sol et la défense aérienne, ont prouvé leur utilité dans ces rôles contre une opposition d’un niveau faible à moyen. À cette occasion, la résistance ennemie a été bien plus forte. Leurs forces au sol ont combattu très durement.
– Vers 08h30, les cuirassés Ise et Hyuga ont été appelés en renfort pour fournir un appui-feu, engageant avec leurs canons de 14 pouces les points forts britanniques. Ceci s’est révélé essentiel pour surmonter la forte résistance ennemie. Je dois louer la sagesse du commandant de la Flotte Combinée d’avoir demandé des obus de 14 pouces à faible coque (HE, hautement explosifs) pour les bombardements côtiers, après une étude détaillée de la valeur des canons des cuirassés contre des cibles à terre, comme l’ont démontré les actions navales des Anglais et des Français en Méditerranée pendant la première moitié de 1941. Les obus perforants (AP) traditionnels auraient pu ne pas exploser au contact d’un sol mou. Cependant, n’embarquer des munitions HE que jusqu’à 33% de la capacité des soutes à munitions pourrait ne donner qu’une capacité de bombardement trop limitée si les positions ennemies étaient plus développées qu’elles ne l’étaient à Kuching.
– Le croiseur léger Naka avait combattu les canons de 6 pouces de la défense côtière, mais il allait manifestement perdre cet engagement. Le Naka a été touché quatre fois en huit minutes. Les dégâts les plus important ont été provoqués par un coup au but au niveau du pont des quartiers avant, qui a déclenché un incendie limité, mais dégageant beaucoup de fumée. Il a également encaissé un obus à travers sa troisième cheminée, un autre a endommagé le mât principal et un quatrième a traversé toute la passerelle sans exploser.
– Les deux canons côtiers ont été rapidement réduits au silence par le feu des croiseurs lourds Ashigara et Atago, dès que le Naka a demandé de une assistance.
– Leur feu ainsi que celui des cuirassés a stoppé une forte contre-attaque ennemie sur l’aérodrome vers 09h15. La ville de Kuching a commencé à être la proie des flammes à partir de 09h00. Les forces de débarquement navales ont fait la jonction avec les unités aéroportées de l’Armée vers 13h30. Vers 14h00, les deux cuirassés sont partis rejoindre la force du vice-amiral Kondo.
L’attaque aérienne
– Une attaque aérienne ennemie très puissante est arrivée au-dessus de la zone de débarquement à 15h30. Cette attaque comportait environ une cinquantaine d’appareils ennemis, répartis de façon équivalente entre un modèle récent de bombardier bimoteur et un modèle de chasseur bimoteur très puissant et totalement inconnu pour nous. Au moins certains de ces chasseurs portaient également des bombes légères d’un poids d’environ 100 livres.
– Il y avait alors 8 F1M2 en patrouille de protection aérienne et 4 E13A1 qui attaquaient les positions ennemies. Les F1M2 ont immédiatement attaqué l’ennemi. Quatre d’entre eux ont été abattus et tous les autres endommagés. Nos avions ont été totalement dépassés. Le seul avion ennemi abattu a été détruit directement au-dessus de la plage par un F1M2, lequel a été également abattu immédiatement. Les chasseurs ennemis ont aussi abattu trois des E13A1 et fortement endommagé le quatrième, puis mitraillé la plage, les navires et les barges de débarquement, en coulant trois et en endommageant une douzaine d’autres. Leur puissance de feu est très importante. Ce sont des avions dangereux.
– Plusieurs d’entre eux s’en sont pris au Kamikawa Maru avec leurs canons et leurs bombes légères. Malheureusement, sur le porte-hydravions, deux de ses E8N étaient sur le point d’être lancés pour une patrouille anti-sous-marine. Ils ont pris feu immédiatement. Le système d’alimentation en carburant a été tout de suite coupé, mais il était toujours plein d’essence. Deux bombes ont probablement touché le navire, également à l’arrière. Elles ont rompu le système d’alimentation. Comme cela s’est déjà produit à trois reprises maintenant, ceci a condamné le bâtiment. Les feux sont devenus incontrôlables. Dans un effort pour sauver son navire, le commandant l’a approché de la plage et fait ouvrir les portes étanches et valves Kingston. Le bateau s’est posé sur le fond dans environ 12 pieds d’eau une heure après avoir été touché et est maintenant complètement submergé. Malheureusement, le carburant fuit de ses réservoirs les plus bas et il devra se consumer en totalité. Le feu brûle toujours et le navire est totalement calciné au-dessus du niveau de l’eau. Ses machines n’ont pas été touchées par le feu. Les officiers techniques survivants assurent qu’il serait possible de sauver le navire, mais qu’il sera nécessaire de démolir en totalité tout ce qui se trouve au-dessus des cales supérieures.
Je note avec inquiétude que chaque fois qu’un de nos porte-aéronefs a été touché, nous avons perdu le navire à cause d’un incendie similaire. Malgré l’incontestable dévouement du corps des architectes navals de la Marine Impériale, il y a quelque chose d’erroné dans notre compréhension des risques induits par les feux d’essence d’aviation, à haut degré d’octane.
– Les chasseurs lourds ennemis ont aussi attaqué le Fumitsuki. Le navire a été endommagé par l’impact de quatre bombes, un mitraillage important et plusieurs bombes qui l’ont raté de peu. Alors qu’il prenait fortement l’eau par l’arrière, son commandant l’a échoué, pour empêcher le naufrage. Il est à présent submergé en totalité en arrière de la salle des machines. Sa chaudière avant, également inondée, a été vidangée. Une fois qu’un remorqueur sera sur place, le navire sera facilement remis à flot.
– Les bombardiers-torpilleurs ennemis ont été très efficaces. À ce stade, tous les navires manœuvraient à pleine puissance. Un grand nombre de ces bombardiers se sont concentrés sur mon navire-amiral, le Natori, et ont attaqué. Le commandant du Natori a très bien manoeuvré son navire, évitant de nombreuses torpilles ennemies. Vers environ 15h40, le navire a été attaqué simultanément par quatre avions. Tous menèrent leur attaque jusqu’à environ 800 mètres. Le Natori a été touché simultanément par deux torpilles. Celles-ci ont ont frappé en même temps le côté babord au niveau de la cheminée n°2. Des observateurs ont remarqué deux panaches bien distincts et, par coïncidence, un photographe officiel était en train de filmer toute la scène depuis un transport proche. Le Natori s’est cassé en deux immédiatement. La proue a chaviré. J’ai réussi à m’échapper de la passerelle alors que la proue était à sur le flanc, mais malheureusement, la moitié de mon état-major n’a pas eu cette chance.
La section de poupe est resté à flot quelques heures, son extrémité avant reposant sur le fond dans environ 80 pieds d’eau, ce qui a permis à la majorité des hommes dans cette partie du navire de s’échapper. Le navire peut être rayé des listes, il ne peut être récupéré que pour être mis à la ferraille. J’ai donné l’ordre de récupérer les canons disponibles pour s’en servir pour la défense côtière. L’épave n’est pas un danger pour la navigation.
– L’ennemi s’en est également pris aux transports. Heureusement, ces derniers se trouvaient dans des eaux peu profondes et il semble que de nombreuses torpilles aient frappé le fond. Les navires perdus sont le Katori Maru (9848 t) et le Hiyoshi Maru (4943 t). Les deux ont coulé sans chavirer en eaux peu profondes. Les deux peuvent être sauvés.
Attaques de sous-marins et autres attaques
– Environ 30 minutes après la fin du raid, un E8N a signalé un sous-marin ennemi. Deux E13N2 se sont joints à la chasse. Ils ont attaqué un périscope à 16h15 avec deux charges de profondeur chacun. Un sous-marin ennemi a fait surface peu après, la poupe submergée. Il a essayé de s’échapper du mouillage. Les Minegumo et Natsugumo l’ont attaqué et coulé au canon, puis ont récupéré les survivants en accord avec les ordres de la Deuxième Flotte. Ils nous ont appris que le sous-marin était le Hollandais K-XVI et que d’autres sous-marins hollandais se trouvaient dans la zone. Cette information a été mise à profit instantanément. Les transports ont été rapprochés du rivage et une forte patrouille anti-sous-marine établie.
– À 20h00, le transport Tosan Maru (8666 t), ancré, a été frappé par deux torpilles sur les quatre tirées contre lui. Il a coulé, mais avec seulement six pieds d’eau sous la quille. Les chasseurs de sous-marins ont repéré le sillage, qui étaient marqué par une forte phosphorescence, et ils ont immédiatement commencé à lancer des charges de profondeur. Le fond dans cette partie de la baie n’est pas à une très grande profondeur (pas plus de 50 pieds) et leurs hydrophones ont permis de poursuivre le pistage et l’attaque pendant la nuit. À 03h45, un certain nombre de survivants ont été recueillis par les chasseurs de sous-marins. Ceux-ci appartenaient au sous-marin hollandais K-XVII. Ce sous-marin a attaqué le Tosan Maru. Les attaques continuelles ont endommagé le sous-marin progressivement, provoquant finalement une voie d’eau et son naufrage sur le fond. Environ 25 membres d’équipage ont réussi à s’en échapper. L’épave a été signalée par des bouées.
– Il y a eu d’autres activités aériennes de l’ennemi pendant la soirée. À 18h30, un avion monoplace très rapide a survolé Kuching. De nombreux bombardiers lourds ennemis ont attaqué la ville à 22h00. Cette attaque a fortement touché l’aérodrome, mais aucun de nos avions n’y était basé. Plusieurs des transports Ki-15 qui étaient encore sur place ont été à nouveau endommagés.
Points importants
1. Nos porte-avions restent trop vulnérables aux incendies. Le Kamikawa Maru n’aurait pas dû être perdu après avoir subi ce genre de dégâts.
2. L’idée selon laquelle les attaques contre les sous-marins doivent être poursuivies jusqu’à épuisement semble valable. Les chasseurs de sous-marins se comportent bien contre un sous-marin ennemi détecté en eaux peu profondes. Leurs hydrophones ont fonctionné, mais un bien meilleur équipement de détection sous-marine est nécessaire.
3. La destruction du K-XVI a été due à un bombardement à basse altitude précis et à la bonne fortune.
4. L’attaque des bombardiers-torpilleurs ennemis a été une surprise. Je n’avais pas idée que l’ennemi possédait de telles capacités. Ces avions étaient bien pilotés, mais ont largué leurs torpilles à basse altitude et à une vitesse relativement lente. Ils constituaient de bonnes cibles pendant leurs attaques. Toutefois, aucun n’a été abattu par notre DCA. J’ai demandé leur opinion à ce sujet à tous les commandants présents à ce moment dans la baie. Celles-ci sont les suivantes :
– La tourelle double de 5 pouces de nos destroyers possède une vitesse de rotation trop lente pour des avions rapides proches des navires. Elle ne peut pas les suivre. En conséquence, elle n’est pas une arme vraiment polyvalente. Elle n’en reste pas moins adéquate pour le tir à une plus grande portée. Les commandants de tous les destroyers signalent tous le besoin de moteurs plus puissants pour accélérer la vitesse de rotation de leurs tourelles doubles de 5 pouces.
– L’arme automatique de 25 mm est trop légère et elle est montée en nombre insuffisant. Chaque navire équipé de ces mitrailleuses a signalé avoir touché à plusieurs reprises des bombardiers et des chasseurs ennemis. Aucun n’a été abattu ! Les balles de 25 mm ont été vues traversant simplement les bombardiers ennemis depuis plusieurs navires. Elles semblent n’avoir absolument aucun effet. Les mitrailleuses de 12,7 mm et 7,7 mm sont un gaspillage de personnel, mais elles sont utiles pour le moral. Cette attaque a clairement démontré le besoin urgent d’une mitrailleuse nettement plus lourde, capable d’abattre un grand bombardier bimoteur et moderne à une distance de 1500-2000 mètres du navire attaqué, en un ou deux impacts. Tous les officiers de tir des Première et Deuxième Forces d’Attaque Surprise s’accordent pour dire qu’une mitrailleuse de 37 mm ou 40 mm serait un ajout essentiel à nos navires. Ils estiment aussi que celle de 25 mm reste une arme utile à courte portée, mais qu’elle est inadéquate contre de grands avions modernes et qu’elle doit être complétée par une mitrailleuse beaucoup plus lourde.
5. Les F1M2 et E13A2 sont trop vulnérables face à des avions ennemis modernes. Des A6M2-N sont nécessaires immédiatement comme hydravions de chasse intérimaires, car ce sont de meilleurs avions d’attaque, capables d’opérer comme bombardiers en piqué. Un hydravion de chasse radicalement plus moderne est nécessaire de façon urgente.