Opération Ravenne (attaque de Pantelleria et des îles Pélages) :
Les forces en présence au 30 août 1940
I) Forces alliées
C’est la Marine Nationale, par la voix de l’amiral Darlan, qui a la première souhaité la conquête de Pantelleria. Cependant, devant aussi fournir dans le même laps de temps les moyens nécessaires aux opérations Marignan (où leur contribution est prépondérante) et Cordite (où elle est forte), les marins français ont dû rapidement constater que, compte tenu d’inévitables indisponibilités, ils ne pourraient faire face seuls à Ravenne, sauf à risquer leurs navires les plus précieux. Aussi se sont-ils résolus à solliciter de la Royal Navy une aide allant au-delà de l’appoint demandé pour Marignan. Par chance pour eux, Winston Churchill a adhéré sans réserve au projet exposé par Darlan. Le Premier a donc appuyé la demande française : la Royal Navy engage dans Ravenne, outre deux destroyers depuis longtemps présents en Méditerranée, deux croiseurs et six destroyers précédemment engagés en Mer du Nord ou dans l’Atlantique.
En contrepartie, le plan final de l’opération résulte d’un compromis entre le projet français originel et celui élaboré de son côté par l’amiral Sir Roger Keyes, à peine nommé Director of Combined Operations (Directeur des Opérations Combinées). Ce dernier préconisait pratiquement une opération de commandos : jeter dans le port de Pantelleria même, de nuit, une force de 2 000 hommes d’élite. Certes, la garnison de l’île était évaluée à 4 ou 5 000 hommes par les services de renseignement alliés. Mais l’argument de Keyes était que la partie mobile de ces troupes, soumise au feu de la flotte et de l’aviation alliées, ne pourrait réagir en masse et serait mise hors combat en détail. Moins persuadés de la chose, les Français ont prévu d’engager près de 5 600 hommes, sans compter deux compagnies d’infanterie de l’Air destinées à saisir l’aérodrome de Margana. En revanche, l’accord a été total sur l’emploi d’unités navales rapides, tant pour l’escorte que pour le transport des troupes. Tout en effet repose sur la surprise initiale, obtenue par la rapidité des mouvements. La force alliée, après s’être dirigée vers Malte, doit effectuer un brusque crochet vers le nord-ouest, puis, arrivée à l’est de Pantelleria, obliquer vers l’ouest. Cet itinéraire compliqué, suggéré par la partie anglaise, doit faire croire à un convoi pour Malte en cas de repérage au début du trajet, mais surtout permettre aux assaillants d’arriver de l’est sur leur cible, une direction d’où les Italiens ne doivent pas les attendre.
Pour les transports, la participation des malles d’Ostende a été demandée – ce sont d’excellents navires, robustes et modernes, capables de filer 23 nœuds à pleine charge, avec une capacité d’embarquement de 1 800 hommes chacune et des facilités de débarquement de véhicules. Les Belges engagent finalement dans l’opération quatre de ces malles[1], ainsi que douze avions. D’une part, l’escadrille n° 6, dont les cinq LeO 451[2] opèrent dans l’Armée de l’Air depuis le 21 juillet ; d’autre part, l’escadrille n° 5, qui peut mettre en ligne sept bombardiers d’appui tactique (4 Fairey Battle et 3 Douglas DB-8) et dont la participation a été jugé politiquement opportune. La coloration interalliée est d’ailleurs complétée par la présence du destroyer polonais Garland.
A) Forces navales
Force d’appui-feu et escorte du convoi principal (contre-amiral Edmond Derrien)
CA MN Foch, HMS Cumberland
CL MN Emile-Bertin, HMS Dragon
DD HMS Echo, Eclipse, Escapade, Greyhound
DDAA HMS Wryneck
TB MN Trombe (8e DT), Bombarde, L’Iphigénie, La Pomone (12e DT)
PMS (avisos-dragueurs) MN La Batailleuse , La Capricieuse, La Curieuse[3]
Convoi principal
Paquebots français Newhaven, Rouen
Malles belges Prince Albert, Prince Baudouin, Princesse Astrid
Force secondaire (assaut des îles Pélages)
DD HMS Gallant, Inglefield, ORP Garland
TB MN Bordelais, Alcyon (8e DT)
PMS MN L’Impétueuse
Malle Princesse Marie-José[4]
Force anti-sous-marine (basée à Malte)
Les chalutiers ASM HMS Beryl, Coral et Jade doivent patrouiller entre Malte, Pantelleria et les Pélages.
B) Forces aériennes
L’opération Ravenne bénéficie de l’appui d’une partie des avions basés en Afrique du Nord française (voir annexes 40-8-1 et 40-9-4), l’autre partie étant engagée dans les combats aux limites de la Tripolitaine et de la Cyrénaïque.
Elle peut compter sur une centaine de chasseurs et autant de bombardiers français, que renforcent douze appareils belges, lesquels seront engagés sur Pantelleria.
C) Forces terrestres
Trois régiments non endivisionnés, dont deux ne comptent que deux bataillons :
– 2e Régiment Etranger d’Infanterie (REI), 2 bataillons, 1 431 hommes.
– 4e Régiment Etranger d’Infanterie (REI), 2 bataillons, 1 484 hommes.
Le II/4e REI est chargé de prendre les îles Pélages : 530 hommes ont embarqué sur le Princesse Marie-José, avec pour objectif Lampedusa ; le reste du bataillon, qui doit enlever Linosa, a pris passage sur le Garland et le Bordelais.
– 3e Régiment de Tirailleurs Sénégalais (RTS), 4 bataillons, 3 408 hommes.
– Groupement aéroporté : deux Groupes d’Infanterie de l’Air (601e et 602e GIA) basés à Alger Maison-Blanche avec leurs transports, des Bloch 200 et 210 de la nouvelle 64e ET.[5]
II) Forces italiennes
A) Forces navales
Les raids de l’Armée de l’Air et de l’Aéronavale ont dissuadé les Italiens de baser des forces, même légères, à Pantelleria. De la sorte, les unités de surface les plus proches se trouvent à Trapani et Porto Empedocle. Quant aux sous-marins, certains patrouillent de part et d’autre du Canal de Sicile sans qu’aucun soit chargé spécifiquement de la défense de l’île.
B) Forces aériennes
Les défenseurs de Pantelleria et des Pélages peuvent en principe compter sur l’appui des forces de la 2e Région aérienne (Q.G. à Palerme). Cependant, les formations qui en dépendent ont été constamment harcelées depuis la fin juin et la pression a été renforcée à partir de la mi-août, tant pour couvrir les mouvements de la flotte française que pour préparer le terrain des opérations Ravenne et Marignan. Aussi, bien que l’état-major de la Regia Aeronautica se soit toujours préoccupé de combler les pertes, le nombre d’avions en ligne ne représente plus, à la veille de ces événements, que 60 % de l’effectif du 10 juin (voir annexe 40-6-4).
Les Italiens ont réagi au harcèlement français en créant de nouveaux terrains secondaires, mais ceux-ci ne peuvent encore permettre le décollage de bombardiers terrestres à pleine charge : ces derniers ont donc été repliés dans le sud de la péninsule. En revanche, il reste en Sicile des chasseurs et, tout de même, le principal atout italien : les Picchiatelli du major Ercolano Ercolani. Ces derniers, dont le nombre a été récemment porté de 15 à 20, ont été très discrètement déployés dans l’est de l’île et ménagés dans l’attente d’une grande occasion[6].
C) Forces terrestres
Toutes les îles sont défendues, sauf Lampione. L’importance de leurs garnisons dépend bien évidemment de leur superficie. Mais l’effort d’avant-guerre a privilégié Pantelleria, la seule à être dotée d’une véritable ceinture de batteries côtières et, de surcroît, d’une solide défense anti-aérienne.
Pantelleria
La garnison de l’île compte 7 500 hommes – bien plus donc que ce que pensent les Alliés. En effet, les fantassins du XIIe Corps territorial ont été renforcés par des hommes de la 28e Division d’Infanterie Aosta, déployée pour la défense de la Sicile, et l’acheminement d’autres renforts est en cours.
En outre, se trouve tout entière sur l’île la 9e Légion de la MILMART (Milizia Marittima di Artiglieria) qui sert le complexe de batteries suivant :
– 6 batteries anti-navires :
Batteries Bellotti, Grasso et Rossi, 4 pièces de 152 mm chacune ;
Batterie Caminita, 5 pièces de 120 mm ; batteries Rametta et Stroscio, 4 pièces de 120 mm chacune.
– 14 batteries anti-aériennes : 12 équipées de canons de 76 mm (74 pièces au total) ; 2 équipées de canons de 90 mm (12 pièces en tout) pouvant aussi tirer contre la mer.
– 18 canons de 20 mm AA.
Lampedusa
Garnison totale : 500 hommes.
L’île ne compte que deux batteries : l’une de quatre pièces de 76/40, dite batterie Lanterna, placée à l’embouchure orientale du port ; l’autre de cinq pièces modernes de 90/53, à la fois anti-navires et anti-aériennes, à Punta Alaimo (c’est-à-dire du côté de la menace maltaise).
Linosa
Garnison : 200 hommes.
[1] Une cinquième malle fait partie des transports de Marignan 3.
[2] L’appareil du lieutenant Philippart a été perdu le 25 août.
[3] Remise des dégâts subis en éperonnant le sous-marin italien Provana.
[4] Dont la participation à l’attaque est évidemment ironique (la princesse Marie-José, sœur du roi Léopold III, est aussi princesse héritière d'Italie).
[5] Chaque groupe est composé d’un état-major (dirigé par un commandant), une escadrille d’avions de transport et une compagnie d’infanterie de l’air (CIA) : 175 hommes armés de PM Thompson et organisés en trois pelotons de combat plus un de soutien (avec deux fusils antichars Boys et deux mitrailleuses Hotchkiss Mle14).
[6] La première à se présenter a été le passage, le 25 août, de l’escadre française revenant de Méditerranée orientale après l’opération Judgment, mais l’attaque a été manquée.