Annexe 40-8-2

Les débuts du rééquipement français en matériel américain

De l’utilité des fonds de tiroir

À la suite des messages désespérés envoyés par Paul Reynaud à F.D. Roosevelt, le Gouvernement des Etats-Unis avait donné son accord pour la vente à la France de certains matériels équipant à ce moment ses propres forces armées. D’abord réticente, l’Armée américaine avait finalement accepté quelques prélèvements sur ses stocks, dans la mesure où ceux-ci étaient compensés par la décision (souvent impatiemment attendue) de produire des matériels plus avancés. Toute une variété d’armes terrestres était concernée, allant d’excellents matériels relativement modernes à des rossignols et autres fonds de tiroir dont les Français allaient pourtant faire leur profit avec joie.


Combat Car M1

C’était en réalité un châssis de char M2 avec une tourelle biplace armée d’une 12,7 mm et une 7,62 mm (+ une 7,62 sur affût AA au sommet de la tourelle). Ce véhicule faisait un char (très) léger, rapide, robuste et efficace, car la mitrailleuse de 12,7 mm était suffisante pour détruire les tankettes L3 italiennes à une distance de combat de 500 m.

Les premiers M1 avaient été livrés à l’US Army en 1937. Lors des manœuvres de 1939 et du printemps 1940, ces véhicules avaient servi à tester les premières idées américaines en matière de guerre blindée, sous le commandement de Chaffee et de Patton.

Le M1 fut suivi du M2, identique sauf pour la poulie de tension arrière qui, comme sur les futurs chars légers M3, était directement au contact du sol et contribuait à l’allongement de l’empreinte au sol du véhicule. Les M2 furent livrés à partir du début de 1939.

L’Armée française reçut 30 M1 entre le 15 juillet et le 5 août 1940.


Char léger M2A2/A3 “Mae-West”

C’était un M2 avec deux tourelles indépendantes (d’où le surnom) portant une 12,7 mm et une 7,62 mm chacune. L’engin, destiné à l’accompagnement de l’infanterie, fut construit de 1937 à fin 1939 en parallèle aux Combat Cars M1 et M2A1. Dès 1939, les Américains le considérèrent comme obsolescent car mal armé et lancèrent d’urgence le programme du M2A4 (un M2 avec une tourelle double de mitrailleuses et un canon de 37 mm).

En juillet-août 1940, l’Armée française reçut 20 M2A2/A3, prélevés sur les unités en service au 68e Infantry Tank Regiment de la Brigade Blindée provisoire du colonel Bruce Magruder (cette unité reçut les M2A4 en priorité).


Scout Car M1/M3 (Command Car après 1941)

L’US Army avait acquis en 1936-38 76 Scout Cars type M1 fabriqués par White, armés d’une mitrailleuse de 7,62. A partir de 1939, elle avait acheté une variante à la caisse redessinée et armée d’une mitrailleuse de 12,7 mm sur semi-circulaire à l’avant et d’une 7,62 sur pivot à l’arrière droit, le Scout Car M3 (qui serait connu comme Command Car pendant la guerre). Eux aussi participèrent aux manœuvres de 1939 avec la 7e Brigade de cavalerie (mécanisée) de Chaffee dans la vallée du Champlain.

En juillet-août 1940, l’Armée française reçut 30 Scout Cars M1/M3, qui devaient servir dans des unités de reconnaissance.


Armored Car M1

Ce gros véhicule du type 4x6 construit sur un châssis de camion différait peu, dans le principe, de l’AMD White-Laffly. Il avait un équipage de 4 hommes et un armement composé d’une 12,7 mm et une 7,62 mm. L’US Army reçut 22 unités (dont deux prototypes) en 1937/38. Cependant, en 1939/40, la cavalerie US choisit les Scout Cars comme véhicules de reconnaissance, reléguant les Armored Cars au dépôt.

Les 20 AC M1 de série furent vendus à bas prix aux Français en juillet 1940.


Chars Renault FT-17 “américains” (M1917 et M1919)

En 1918, l’Armée française et l’US-Army avaient commandé à des usines américaines près de 2 000 unités de ce premier blindé moderne, mais ces engins ne furent construits que trop tardivement pour être livrés. En effet, les usines avaient dû au préalable traduire les cotes métriques en cotes américaines… Finalement, les Canadiens en utilisèrent quelques-uns comme chars d’entraînement, mais la plupart rouillaient doucement dans des hangars depuis vingt ans quand les acheteurs français se présentèrent. Le temps de vérifier que la rouille n’avait pas fait trop de ravages et un lot de 80 unités fut rapidement expédié en Afrique du Nord, où ces engins servirent à l’entraînement.


Canons et mitrailleuses variés

L’US Army préleva sans regret sur ses stocks 200 canons de 3-pouces AA (3-in AA-gun M3 on mount M2A2), considérés comme obsolescents, près de 300 canons de 75 mm (copie du 75 français et tirant la même munition) et 24 canons de 155 mm (copie du GPF français). Par contre, le 105 mm M2A1 venait d’entrer en production (en 1939) et les artilleurs américains refusèrent de s’en défaire en juillet 1940.

Des lots de canons de 37 mm M3 antichars et M1 anti-aériens étaient disponibles, ainsi que des mitrailleuses de 12,7 mm et de 7,62 mm, des fusils Springfield et des PM Thomson.

L’Armée française reçut notamment en juillet-août 3 500 mitrailleuses Marlin 0.30 M1916 et M1917 (7,62 mm), 5 000 mitrailleuses Browning M1917 de 7,62 mm à refroidissement par liquide et 9 000 BAR (M1918 et M1918-A1). On sait que l’Armée britannique reçut elle aussi des milliers d’armes des mêmes modèles.

La seule arme moins facilement disponible fut la très demandée M2HB 0.50 M1921, version à refroidissement par air de la célébrissime M2 de 12,7 mm. Les forces françaises ne reçurent en 1940 que 500 de ces armes.

 

Rappelons par ailleurs que ce matériel s’ajoutait à celui commandé les semaines précédentes de façon plus orthodoxe et qui fut livré en juin-juillet : 347 canons de 75 mm avec train et caissons et un million d’obus, 10 000 mitrailleuses Browning M1917, 12 500 FM BAR avec 500 000 cartouches, 1 000 PM Thompson avec un million de cartouches, 267 500 fusils US-Enfield M1917 et 10 000 revolvers Smith & Wesson.


(Source : Service Historique des Armées, fonds Défense Nationale – 1939-1940)