Annexe 40-6-9

Le Fil du Rasoir

ou « Comment survivre en des temps difficiles » (2)

La Suisse dans la guerre pendant la Campagne de France

Sauf mention contraire, cette annexe est inspirée de l’ouvrage de Jon Kimche paru sous le titre « Le Fil du Rasoir » (Fayard, 1962)

 

Alors que la confédération helvétique était restée jusque là dans l’expectative (voir annexe 40-5-2), l’accélération des événements politiques comme militaires en France allait obliger la Suisse à réagir.

 

La campagne de France : l’horizon s’obscurcit (6 au 19 juin 1940)

Comme un pied de nez au ReichsMarschall Goering, le 8 juin, les incursions répétées des avions allemands dans le saillant de l’Ajoie déclenchèrent une série de combats où les Allemands perdirent plusieurs Bf-110 après avoir abattu un malheureux C-35 suisse d’observation. Alors, Goering se fâcha pour de bon. Le 9, il réclama la restitution des Bf-109 achetés par la Suisse et prétendit que c’était les aviateurs suisses qui avaient franchi la frontière.

Devant ces rodomontades, les Suisses allaient préférer réagir discrètement, comme ils en avaient l’habitude.

 

Dialogues discrets

Le mardi 11 juin, peu après 18 heures, deux hommes se rencontraient au café Odéon, à proximité de l’hôtel de ville de Berne. Ce n’était pas la première fois qu’ils se voyaient, et ce ne serait pas la dernière… Pour les autres consommateurs, c’était sans doute des employés d’une banque ou d’une administration quelconque, deux cadres d’âge moyen, qui venaient échanger quelques propos autour d’une bière avant de rentrer chez eux. Dans le brouhaha ambiant, nul ne prêtait attention à leurs paroles, mais une oreille attentive aurait pu distinguer des accents français dans leur conversation tenue en schwyzerdütsch.

Le plus volubile de ces messieurs sérieux était le commandant Gaston Pourchot, attaché militaire adjoint à l’Ambassade de France. Son interlocuteur, beaucoup moins disert, n’était autre que le colonel Roger Masson, chef du service de renseignements de l’Armée helvétique. Bien entendu, leur discussion ne portait pas sur leurs loisirs du dimanche précédent :

– La situation est mauvaise, très mauvaise même. Après avoir coupé nos forces en deux, les Allemands sont maintenant en train de descendre vers le sud, et je ne sais pas si nous arriverons à les arrêter.

– Mais que fait l’armée anglaise ?

– Les Anglais, pour la plupart, sont rentrés chez eux en laissant ce qui leur restait de véhicules et d’artillerie à Dunkerque, pendant qu’ils embarquaient sur tout ce qui pouvait flotter, et sous la protection de nos troupes.

– Mais vous avez pu vous aussi ramener des troupes en Angleterre.

– Beaucoup moins. D’ailleurs, je me demande pourquoi les Allemands n’ont plus activement attaqué Dunkerque. Ils pouvaient capturer la quasi-totalité des Anglais sans difficulté, mais ils ne l’ont pas fait.

– Peut-être craignaient-ils des pertes comme celles qu’ils ont subies sur le front de l’Yser pendant l’Autre Guerre ? Ou peut-être étaient-ils provisoirement à court de munitions ?

– Je ne crois pas. Pour moi, c’était délibéré. Ils voulaient que le plus possible d’Anglais puissent retourner sur leur île, pour faire croire qu’ils n’avaient rien contre la Grande-Bretagne et que leur ennemi était la France et elle seule.

– Ils rechercheraient à conclure une paix séparée ?

– Peut-être. Ou au moins à diviser les Alliés. Les pacifistes, voire les pro-allemands, ne manquent pas à Londres, même au gouvernement. Ils n’ont pas encore tous compris. Mais j’ai l’impression que Churchill est en train de reprendre les choses en main.

– Cela nous éloigne de notre sujet. Vous me disiez que ça allait mal. Mais vous allez les arrêter sur la Marne, comme en 1914 ?

– Il ne faut pas se bercer d’illusions. Près du tiers de l’armée française est déjà prisonnière ou encerclée. Ce sera au mieux sur la Loire et le Rhône, et même là, j’ai des doutes.

– Vous tiendrez ! Avec le Maréchal Pétain au gouvernement pour réveiller le souvenir de Verdun, cela ne fait pas de doute.

– Là aussi, je crains que vous ne soyez trop optimiste. Le Pétain politique n’aura pas forcément la même attitude que le Pétain militaire.

Les deux hommes convinrent de se revoir trois jours plus tard, et Roger Masson retourna à son bureau pour rédiger une brève note à l’intention du Général Guisan : « La situation en France semble se dégrader rapidement. Une avancés des troupes allemandes jusqu’au Rhône n’est pas à exclure, menaçant dangereusement notre frontière du Jura et Genève. »

Cette note n’était pas de nature à rassurer Guisan, qui était en train de chercher à résoudre au mieux un autre problème : celui de la trop grande efficacité de ses Troupes d’Aviation. Dès le 10 juin, à la suite de l’escarmouche du massif d’Ajoie, les patrouilles au-dessus de la frontière avaient été interdites aux aviateurs suisses (cette interdiction serait étendue, le 13, à l’ensemble du saillant de l’Ajoie). Mais le bouillant Goering n’était pas satisfait. Le 11 juin, l’Allemagne suspendit pour quelques jours ses livraisons de charbon à la Confédération.

Comme si cela ne suffisait pas, une nouvelle menace pointait : l’Italie. Mussolini venait de déclarer la guerre à la France et au Royaume-Uni. Même si, dans un premier temps, on pouvait dire que Mussolini « déclare la guerre mais ne la fait pas », la possibilité d’une Suisse prise en sandwich entre les deux mâchoires de l’Axe ne pouvait être exclue…

………………………

Le 14 juin, Gaston Pourchot et Roger Masson se retrouvèrent comme convenu dans un parc public du centre de Berne. La conversation fut brève.

– Ce que je vous disais l’autre jour se confirme, hélas : l’ensemble de l’Armée Française décroche vers le sud. Les Allemands ont enveloppé la ligne Maginot.

Le Suisse interrompit son interlocuteur avec une véhémence inquiète : « Ici, tout le monde ne fait que parler des remous à la tête de la France : Pétain et Weygand renvoyés ! Les témoins, que dis-je, les piliers de la victoire de 1918 ! Et remplacés par un obscur général, qui n’était encore que colonel il y a quelques semaines, et par celui qui a ouvert la porte aux Allemands dans les Ardennes ! Mais où va votre pays ? »

Pourchot resta un instant muet, avant de répondre avec froideur : « Je peux, dans la limite de mes moyens et de ma conscience, vous parler de la situation militaire. La politique n’est pas de mon ressort et, je crois, pas non plus du vôtre. A demain, peut-être ! »

– Demain ? Mais où ?

– Là où vont les touristes. Bonsoir !

Roger Masson mit plusieurs minutes à se reprendre. Il avait pris un trop grand risque en interrogeant ouvertement Gaston Pourchot sur ce point délicat. Dans son émotion, il avait négligé une des règles de base du métier – il s’en voulait et se dit qu’il pourrait s’estimer heureux s’il s’en tirait à bon compte. Il serait à l’avenir plus prudent dans ses questions. En y réfléchissant, Masson acquit pourtant la conviction que les changements survenus dans le gouvernement et à l’état-major français ne faisaient pas l’unanimité dans le pays et que celui-ci risquait d’être bientôt coupé en deux, non par l’invasion allemande, mais par l’attitude à l’égard de l’Allemagne.

Restait à repérer Pourchot le lendemain, 15 juin. Masson allait devoir mettre une demi-douzaine de personnes en faction aux endroits les plus célèbres de la ville. Il parvint à justifier cette surveillance des monuments par un “exercice de détection d’agents ennemis”, bien que le contre-espionnage ne fasse pas partie des attributions de son service. Ce n’est qu’à 19h45 que le téléphone sonna enfin : le “suspect” était repéré à la Fosse aux Ours, lieu en effet emblématique de la ville de Berne, dont l’ours est l’animal fétiche. Le dit suspect avait poussé l’amabilité au point de déplier un exemplaire du Völkischer Beobachter, organe officiel du parti nazi… Vingt minutes plus tard, légèrement essoufflé, Roger Masson vint s’asseoir à côté de Gaston Pourchot.

– Sincèrement, je félicite votre pays pour sa neutralité. Je brandis ce torchon depuis plus d’une heure maintenant et personne n’a fait de remarque. Seuls certains passants ont fait un détour pour éviter de passer devant mon banc. Je suppose que ce serait pareil avec un autre journal ?

– Ne le tenez pas pour acquis. Si la faucille et le marteau apparaissaient en première page, je pense que vous seriez en train de vous en expliquer avec la police.

– Bravo quand même pour votre tolérance, mais je ne vous félicite pas pour votre retard… La célèbre lenteur des Bernois, sans doute ?

Masson digéra la moquerie.

– Monsieur Pourchot, je sais qui vous êtes, et je sais toute l’importance pour mon pays de ce que vous pourrez m’apprendre. Je vous prie de bien vouloir excuser mon… impolitesse d’hier.

– Vous comprendrez aisément que ce que vous évoquiez a été un coup de tonnerre pour beaucoup de Français. Beaucoup redoutent que cela ne fasse qu’aggraver les difficultés à venir. Mais entre nous, l’incident est clos.

– La situation a-t-elle évolué sur le terrain ?

– Non, pas vraiment. Nous nous replions toujours. L’ennemi a déjà débordé Paris par l’ouest. Je pense que vous pourrez bientôt voir la Wehrmacht parader sur les Champs-Elysées aux actualités de l’UFA. C’est tout ce que je puis vous dire aujourd’hui…

– Merci. A demain ?

– Plutôt après-demain. Cinéma Alhambra, avant-dernier rang, séance de fin d’après-midi. Si je n’y suis pas, même lieu le lendemain ou le surlendemain.

 

Amateurisme germain

Mais délaissons un moment nos deux professionnels du renseignement pour nous intéresser aux plans de Goering contre l’aviation helvétique. Puisque celle-ci était redoutable dans les airs, elle serait détruite au sol ! A cette fin, sur demande expresse du ReichsMarschall, l’Abwehr envoya un commando de dix hommes, dont un Suisse, formés à la hâte, détruire les installations de quatre terrains d’aviation et une fabrique de munitions. Vêtus à l’identique d’habits de randonneurs neufs et de magnifiques chaussures bavaroises assorties, ces redoutables guerriers avaient en poche 50 Reichsmarks et 500 Francs suisses et, dans le sac à dos, soigneusement empaqueté dans du papier gris, l’attirail complet du parfait saboteur : détonateurs, explosifs, pinces coupantes, un pistolet avec 60 cartouches, une lampe de poche, une carte de la Suisse ainsi qu’une boussole, sans oublier un petit sac de poivre moulu à l’usage des chiens policiers ! Ces James Bond du pauvre furent arrêtés au bout de quelques heures grâce à la vigilance d’un agent des chemins de fer fédéraux qui trouvait suspecte l’allure de leur meute. Un mois plus tard, ils furent condamnés à la prison à perpétuité. Heureusement pour eux, celle-ci ne devait durer que dix ans à peine, ce qui leur permit de participer à la reconstruction de l’Allemagne… Il ne fait guère de doute que le côté folklorique de l’opération avait été voulu par l’amiral Canaris, lequel, à titre personnel au moins, avait d’excellentes raisons de laisser la Suisse en paix.

 

Le son du canon

16 juin, 17 juin… Les nouvelles en provenance de la France étaient toujours aussi inquiétantes. Paris était tombé et tout l’ouest de la France était progressivement envahi par la Wehrmacht. Mais le Général Guisan s’intéressait surtout à la situation dans l’est. Une grande partie de l’armée française se trouvait toujours en Bourgogne et en Franche-Comté, mais il était de plus en plus vraisemblable qu’elle allait reculer jusqu’au Rhône. Laisserait-elle des éléments pour couvrir la frontière ? Personne ne le savait, pas même Gaston Pourchot. Après une brève apparition au cinéma Alhambra, celui-ci était « reparti aux nouvelles ». Une chose était sûre : les Allemands continuaient à attaquer de tous les côtés. Ils avaient même franchi le Rhin en Alsace, ne trouvant en face d’eux que de maigres troupes, qui leur opposaient malgré tout une vive résistance. A Bâle, où l’on était aux premières loges, la canonnade s’entendait fort bien.

Les nouvelles en provenance d’Allemagne n’étaient pas meilleures… Le 18 juin fut marqué par la déclaration faite par Hitler à l’issue de sa rencontre à Munich avec Mussolini. Le Führer ne laissait aucun doute : la France était en train de s’effondrer sous les coups de la Wehrmacht, mais, comme elle refusait d’accepter sa défaite, l’Allemagne occuperait intégralement son territoire, avec le concours de l’Italie. Hitler eut même quelques mots pour la Suisse, qui voulaient dire : « Une fois complètement encerclée, la Confédération sera à notre merci, et elle se taira. Sinon, après avoir dévoré la France, nous l’avalerons en prime ! »

 

La campagne de France : l’Allemagne menace, la Suisse tremble (20 au 27 juin 1940)

Pour le président Pilet-Golaz, cette période fut sans doute l’une des plus difficiles de l’année 1940. En effet, du point de vue militaire comme du point de vue économique, l’Allemagne montrait toute sa puissance et la Confédération ne pouvait que s’incliner.

 

Accalmie forcée

Les combats aériens, seuls engagements auxquels les soldats suisses eussent été mêlés, trouvèrent provisoirement leur épilogue le 20 juin. Le général Guisan restreignit les opérations de ses aviateurs à l’entraînement, laissant la défense de l’espace aérien aux seules forces de DCA, Ô combien mal équipées (si la firme Œrlikon fabriquait des canons anti-aériens vendus dans le monde entier, le pays n’en était guère pourvu, l’exportation ayant reçu la priorité !). Très discrètement, les aviateurs allemands qui avaient dû se poser en territoire suisse sous les rafales des Bf-109 à croix blanche sur fond rouge rentrèrent en Allemagne, rendant à Goering un peu de sérénité et permettant la reprise des livraisons de charbon. Il est vrai qu’un affrontement prolongé avec les Allemands n’aurait pu que se traduire par la disparition des forces aériennes suisses en quelques jours en raison de leur énorme infériorité numérique. Dans ces conditions, les Troupes d’Aviation durent se résigner à voir la Luftwaffe traverser l’espace aérien suisse sans être inquiétée, quoiqu’un incident fût toujours possible.

 

L’Allemagne frappe au charbon

Officiellement, le moral des troupes restait bon. Dans ses différents ordres du jour, Guisan avait chaque fois exalté la volonté de résistance, s’inspirant quelque peu (discrètement) des discours français et n’hésitant pas à évoquer « la lutte jusqu’à la dernière cartouche, et à l’arme blanche ensuite » ou à faire référence aux combats de libération contre les Autrichiens, en 1291… Mais, dans les cercles quelque peu informés, l’on était beaucoup plus lucide. La France se battait désespérément pour sa propre survie et il était exclu qu’elle puisse secourir la Suisse. Dans ces conditions, le délai nécessaire à une ou deux PanzerDivisionen pour franchir la centaine de kilomètres séparant la frontière de la capitale fédérale Berne se compterait en jours bien plus qu’en semaines, même s’il était certain que l’assaillant allemand subirait des pertes sévères à cette occasion.

La perspective de voir la Wehrmacht prendre position sur la frontière avec la France dans le Jura se précisait de plus en plus, l’évolution de la situation en France ne laissant guère de doutes. En conséquence, Guisan modifia son dispositif pour disposer davantage de troupes à l’ouest du pays, l’attaque allemande pouvant maintenant venir de cette direction.

Seule lueur d’espoir : aucune nouvelle d’un plan allemand d’invasion de la Suisse n’était arrivée aux oreilles du SR, mais cela ne suffisait pas à rassurer l’état-major. D’ailleurs, l’Allemagne avait-elle besoin de son armée pour mettre la Suisse au pas ? Elle disposait d’autres moyens, encore plus efficaces.

Le 23 juin, les livraisons de charbon à la Confédération furent à nouveau « suspendues », dans l’attente (officieusement) d’une prise de position de la part du Conseil Fédéral sur la place de la Suisse au sein du « nouvel ordre européen ». Le même jour, le ministre de l’Economie et vice-président de la Confédération, Hermann Obrecht, qui avait beaucoup travaillé à la préparation du pays en cas de conflit, démissionna pour raisons de santé (il devait décéder quelques semaines plus tard). En attendant son remplacement, Pilet-Golaz dut se charger de superviser la négociation d’un nouvel accord commercial avec l’Allemagne, négociations enlisées comme par hasard depuis plusieurs mois. La pression sur ses épaules était forte, très forte. Au sein du Conseil Fédéral, les discussions sur la position à adopter furent animées, voire houleuses. Tous admettaient que des concessions au Reich allaient être inévitables, mais leur ampleur faisait débat. Quoi qu’il en fût, il était important d’annoncer la position du gouvernement au peuple et, en tant que président en exercice, il appartenait à Pilet-Golaz de le faire, ce qui était prévu le soir du 27 juin. Le discours serait finalisé la veille, en fonction de l’évolution de la situation militaire en France.

 

La Suisse, terre d’accueil malgré tout

Le 26 juin, de nouveaux bruits de canonnade furent entendus par les Suisses, cette fois à La Chaux-de-Fonds et au Locle. De toute évidence, les Français qui se trouvaient de l’autre côté de la frontière avaient affaire aux Allemands, ce qui fut confirmé dans la journée par le SR de Roger Masson : le 45e Corps d’Armée de Forteresse du Général Daille, qui se trouvait entre Montbéliard et la Suisse, battait en retraite vers le sud, le long de la frontière, tentant de se replier vers le Rhône en passant par Pontarlier puis Champagnole. Le soir, un rapport envoyé par téléphone depuis Sainte-Croix faisait état de patrouilles allemandes aperçues à la frontière. La Wehrmacht occupait-elle déjà Pontarlier ?

Dans la matinée du 27 juin, pressé par les Allemands et voyant sa retraite coupée entre Pontarlier et Morteau, le général Daille demanda à être interné avec ses troupes, ce qui fut immédiatement accepté. Plus au sud, à Ballaigues, les rescapés du Groupement de la Saône qui n’avaient pu atteindre le Rhône suivirent l’exemple.

Au total, plusieurs dizaines de milliers de soldats français et polonais entrèrent en Suisse, épuisés et à court de munitions, mais acclamés par la foule qui se pressait sur leur passage, criant « A bas les Boches ! » et réservant à ces vaincus entêtés un accueil digne de vainqueurs ! De nombreux chevaux ainsi qu’une grande quantité de matériel et d’armement furent promptement récupérée par l’armée suisse, dont deux ou trois douzaines de petits chars R-35, multipliant d’un coup le nombre de blindés du parc helvétique.

La nouvelle de l’accueil fait à la “nouvelle armée de Bourbaki” fit faire la grimace à Pilet-Golaz, qui craignait avant tout que cette attitude du peuple suisse n’indispose encore davantage Berlin, rapidement informé par quelques-uns des 100 000 Allemands qui vivaient en Suisse. Ce fut bien sûr le cas. En fin d’après-midi, une note de la Wilhelmstrasse fut apportée par l’ambassadeur d’Allemagne, demandant avec fermeté que la Suisse s’explique « sur le mépris qu’elle avait jusque-là porté aux bâtisseurs victorieux de la nouvelle Europe et sur l’admiration aussi irréfléchie qu’injustifiée qu’elle avait pour les représentants vaincus des peuples métissés ou inférieurs » (entendre les Français et les Polonais).

Devant la tournure prise par les événements, le Conseil Fédéral se réunit à nouveau pour modifier encore une fois la déclaration qui devait être faite le soir même… et préféra ajourner cette déclaration au 28. Ce n’est qu’au milieu de la nuit que le texte de la déclaration fut enfin prêt. Il restait encore à le traduire en allemand et en italien, ces traductions devant de surcroît utiliser des termes susceptibles de plaire aux puissants voisins, tout en espérant que les Suisses sauraient faire la part des choses.

 

De surcroît, il devenait urgent de régler un tout autre problème qui pouvait mettre la confédération en mauvais posture face à l’Allemagne (voir annexe 40-6-10).