Septembre 1942 (6/6)
26 septembre
Méditerranée occidentale
07h30 – La flotte de renfort pour le Pacifique est saluée les autorités navales françaises alors qu’elle passe au large d’Alger.
09h15 – Aux postes de combat ! Un PBY-5 en patrouille a lâché des charges ASM et un fumigène à 6 nautiques sur bâbord avant des navires. Un TBF-1 de la VGS-26 rejoint vite le PBY, mais ne voit rien.
09h31 – Le DD USN Meade a un contact Asdic dans la zone marquée par le Catalina. Le destroyer effectue deux passes de grenadage avant de perdre le contact. Toute la flotte est en alerte et deux autres TBF-1 fouillent la zone suspecte.
10h05 – L’Aéronavale, alertée, a envoyé à la rescousse un Hudson III et un Lockheed 37 de la Flottille E1 d’Alger Maison-Blanche. Les deux appareils se joignent aux patrouilles.
11h10 – Le DD USN Mervine, situé à bâbord arrière de la formation, obtient un faible contact, bientôt suivi par le signalement de plusieurs sillages de torpilles. Le CL Columbia doit abattre brutalement sur bâbord pour éviter celles-ci.
11h17 – Le Lockheed 37 n°2 de la Flottille E1 (baptisé Les Joyeux Garçons pour honorer l’orchestre de variétés qui a payé l’avion) aperçoit un sous-marin en immersion périscopique et lâche quatre bombes de 250 livres en plein sur la cible. Des débris révélateurs surnagent peu après. La victime est l’U-81, qui a par deux fois tenté de pénétrer l’écran et aurait pu réussir sans les constantes patrouilles aériennes. Il semble que son commandant, ayant tiré ses torpilles d’assez loin, soit venu en immersion périscopique pour se rendre compte des résultats.
Opération Torche/Torch
Jour J+7
Les dernières cartes de la Xa MAS
Le 25, peu avant minuit, 15 nautiques au large d’Augusta, l’Ardente laisse filer les deux vedettes MAS qu’il a conduites jusque là, avec les canots explosifs MTM qu’elles remorquent. Les MAS-549 et 576 doivent emmener ces canots à l’entrée de la baie, malgré les patrouilles alliées, assurées par la 10ème Flottille de MTB britannique et les dragueurs HMS Rye et Hythe. La chance est avec les hommes du Prince Borghese jusqu’à 00h24, quand le patrouilleur grec Doris, sur le flanc bâbord d’un convoi quittant Augusta, “attaque” à la lampe Aldis la MAS-549, qu’il a prise pour une MTB britannique. La vedette italienne coupe les remorques des MTM et se dégage vers le nord. Ne recevant pas de réponse, le Doris tire des fusées d’alerte et ouvre le feu sur ce qu’il décrit comme « des petits bateaux inconnus, probablement ennemis, approchant par le nord. »
L’escorte du convoi réagit généreusement et les traceurs illuminent la nuit. Le Hythe, qui se trouve à peu de distance, tire des obus éclairants. Pris pour cibles par plusieurs canons de 20 mm, les deux petites embarcations sont détruites avant de pouvoir approcher le convoi. Cependant, les tirs d’armes légères qui partent dans tous les sens font quelques victimes par “tirs amis”. Les 40 mm Bofors des LCI (L)-Flak n° 13 et 16 réussissent à endommager assez sérieusement un LCT qui s’est un peu écarté du convoi et se retrouve pris sous des feux croisés.
La confusion ainsi créée est mise à profit par la MAS-576, qui lance elle aussi ses deux MTM. L’un est détecté à moins de 500 mètres du HMS Boxer et explose après avoir été touché par un tir de 40 mm. Néanmoins, le second canot percute le LSI (l) Karanja (RN), qui retournait à vide à Sfax. Gravement touché, celui-ci doit être échoué.
Deux des hommes d’équipage des MTM sont tués, les deux autres (dont l’un est gravement blessé) sont faits prisonniers.
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Autres actions navales dans la nuit du 25 au 26
Au moment où cette petite action se déroule sur la côte est, sur la côte sud-ouest, les APD français Goumier et Tabor, escortés par les vedettes lance-torpilles SC-110 ft de la 4ème Flottille de la Marine Nationale, débarquent un bataillon de la 14ème DBLE Ebro près de Mazara del Vallo. Ce débarquement ne rencontre aucune opposition et le bataillon est vite rejoint par le reste de la demi-brigade et par la 4ème BMLE Saïgon sur la route de Marsala (à la pointe la plus occidentale de la Sicile).
En fin de nuit, les grands sous-marins italiens Barbarigo et Morosini entrent à Palerme, transportant chacun 27 tonnes de matériel pour les hommes de la division Folgore.
Peu avant l’aube, un autre sous-marin italien a moins de chance en tentant de s’infiltrer en surface à travers l’écran d’un convoi Tunis-Licata. Le Nichelio est repéré par un Hudson du Sqn 223 de la RAF. Il plonge, mais l’avion dirige sur les lieux les DE Le Corse et Le Breton (deux anciens DD américains de classe Wickes), qui détruisent le sous-marin à 09h15.
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Plus facile à l’ouest, plus difficile à l’est
L’affrontement sur terre reprend dès l’aube.
Chez les Alliés, la tâche la plus facile est certainement à l’ouest, où Français et Belges avancent très rapidement. A midi, après une habile manœuvre d’enveloppement, un escadron d’autos-mitrailleuses du 6ème Régiment de Spahis Algériens, mené par le Chef d’Escadron De Castries, entre dans Marsala. Les spahis sont vite suivis par l’infanterie mécanisée de la 4ème Brigade Mobile de la Légion et à 12h56, le Capitaine Pierre Messmer peut transmettre au QG du 4ème CA : « Marsala entre nos mains. Port sécurisé. Vin très surfait. »
Plus à l’est, le long de la voie ferrée qui va de Castelvetrano à Castellammare del Golfo, les blindés belges doivent balayer à plusieurs reprises l’opposition de forces italiennes de la taille d’une compagnie. Ce sont les restes de la 26ème DI Assietta, qui s’est concentrée dans les collines autour de Corleone et de Prizzi. Manquant d’armes lourdes et d’armes antichars, ces troupes sont incapables d’arrêter les chars de la brigade Tancrémont.
Au centre du dispositif allié, près d’Enna, les choses sont plus difficiles. Le Général Delestraint a ordonné à la 83ème DIA et au Régiment de Chasseurs Ardennais de couvrir le flanc gauche du 3ème CA, renforcé sur sa droite par les unités blindées américaines arrivant d’Enna. Partant de Santa-Catarina, Français et Belges doivent progresser vers l’ouest pour atteindre les voies ferrées Enna-Palerme puis Agrigente-Palerme. Delestraint espère ainsi menacer par l’est les unités italiennes qui se sont repliées autour de Prizzi. Ce mouvement parvient en effet à empêcher toute contre-attaque par la 26ème DI italienne, prise entre les deux corps français, mais les routes siciliennes sont bientôt engorgées par des encombrements inextricables. Les troupes alliées sont davantage ralenties par les embouteillages que par l’ennemi – une panne de moteur sur un M3 Medium peut devenir un véritable cauchemar pour les hommes de la police militaire chargés de faciliter la circulation. En fin de journée, Delestraint rencontre les Généraux Patton et Bradley pour discuter du meilleur déploiement possible des troupes américaines dans les prochains jours.
Pendant ce temps, la 8ème Armée britannique semble bloquée dans l’est de la Sicile. Toute la journée, que ce soit le XIIIème Corps près de la mer, en direction de Catane, ou le XVème à l’intérieur des terres, en direction de Gerbini (à l’ouest-sud-ouest de Catane) ont été repoussées par une énergique défense italienne. Catane ne paraît pas près de tomber. C’est pourquoi le Maréchal Alexander demande aux Américains d’attaquer à partir d’Enna vers Agira (à l’est-nord-est d’Enna) pour affaiblir les défenses italiennes. Mais les généraux américains ne sont guère enthousiastes à l’idée d’engager le gros de leurs troupes dans la partie la plus accidentée de l’île, le massif de l’Etna. En fin de journée, Alexander demande la réunion d’une conférence d’état-major à Syracuse, pour redessiner les frontières entre les armées et décider des opérations des jours suivants.
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Les aviations alliées s’installent en Sicile
Les avions alliés dominent le ciel sicilien sans opposition, en dehors d’une forte DCA italienne autour de Gerbini (où deux chasseurs-bombardiers Hurricane II sont abattus) et… d’un vent violent dans l’après-midi. Ce vent limite un peu les opérations des appareils basés en Sicile, mais les “nattes” métalliques de fabrication américaine facilitent l’utilisation des nouveaux terrains.
En fin de journée, les aviations alliées opèrent à partir de cinq bases. A l’est, le génie britannique a étendu Pachino, transformé en aérodrome à trois pistes. Y sont basés le 7ème Fighter Wing (SAAF, sur Hurricane IIb/c, précédemment basé en Tunisie), le 244ème Fighter Wing (RAF, Sqn 73, 92 et 145, sur Spitfire V ; Sqn 601, sur Spitfire IX), les Sqn indépendants 603 et 605 (RAF, sur Hurricane IIb/c, précédemment basés à Malte) et le 3ème Bomber Wing (SAAF, sur Baltimore). Le Sqn 69 PR, RAF, basé à malte, envoie un flight de Beaumont I par rotation.
A l’ouest se trouve le grand complexe de terrains de Comiso, tombé aux mains des parachutistes américains au tout début de Torch. L’USAAF a fait aussi vite que la RAF pour redéployer quelques-unes de ses unités. La première est le 52ème FG (sur Spitfire, précédemment basé à Pantelleria), vite suivi par des unités basées en Tunisie : le 79ème FG (sur P-51B) et le 33ème FG (P-51A et B). A ces chasseurs s’ajoutent les P-39D du 68ème OG, puis les A20C du 47ème BS.
En zone française, trois terrains ont été ouverts: d’abord, Biscari et Ponte-Olivo, puis la grande base aérienne de Castelvetrano, tombée aux mains des Alliés presque sans combat. La 4ème Escadre de Chasse se rend à Ponte-Olivo avec ses NA-73 et NA-92 (Mustang I), en compagnie de la 41ème EC (belge), sur Hawk 87. Les pilotes belges voient bientôt arriver leurs compatriotes de la 53ème Escadre d’appui au sol, sur P-39D.
La 5ème EC, basée à Tunis-Pont-du-Fah, redéploie ses Mustang II à Biscari et la 3ème EC quitte Gozo pour Castelvetrano avec ses Spitfire V. Le 235ème Bomber Wing de la RAF s’installe aussi à Castelvetrano pour pouvoir bombarder la Sardaigne avec ses Beaumont I. Les bombardiers français et belges se redéploient surtout à Biscari : 21ème et 25ème EB françaises et 30ème EB belge, toutes sur Douglas DB-73.
Ce redéploiement accroît fortement le rayon d’action “utile” des appareils concernés. Il faut préciser qu’il n’est possible que grâce aux considérables stocks de matériel, de pièces détachées, de carburant et de munitions accumulés en prévision, notamment à Malte, Gozo et Pantelleria. Les avions de transport alliés jouent ici un grand rôle en déplaçant les équipes au sol d’un terrain à un autre et en apportant tout ce qui est nécessaire en urgence. Mais ce n’est pas toujours suffisant. Des Spitfire V et des Mustang I français sont “obligés” d’emporter sous leurs étriers d’aile de petits tonneaux de vin, vite imités par leurs collègues de la RAF et de la Force Aérienne Belge (mais avec de la bière).
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Sauve qui peut à Tarente
Devant la montée en puissance des forces alliées dans la région, la Regia Marina ordonne à ses dernières unités de surface basées à Tarente (sauf les six vedettes MAS) d’évacuer le port. A midi, le CA Fiume, le CL Attilio Regolo, le DD Fulmine, les DE Impavido et Impetuoso (classe Ciclone) et les TB Airone et Calipso (classe Spica) appareillent pour Naples à 20 nœuds. Au même moment, les vieux DD Audace et Enrico Cosenz partent pour Bari. Pendant ce temps, les sous-marins italiens sont censés attaquer les forces alliées au large dela côte est de la Sicile pour éviter toute interférence.
Dans la soirée, deux petits sous-marins type CB tentent de pénétrer dans la baie d’Augusta, mais ils sont détectés par les bateaux de la 3ème Division de dragage de mines côtier. L’expérience opérationnelle en Mer Egée a en effet convaincu les officiers alliés que les petits dragueurs doivent aussi jouer un rôle de lutte ASM contre les petits sous-marins italiens et les maiale. A 21h04, les Yougoslaves Malinska et Marjan (MMS de classe Admiralty, 255 tonnes) revendiquent la destruction d’un petit sous-marin (le CB-8). En revanche, l’équipage du CB-9 affirmera avoir torpillé un petit cargo, mais aucun n’a été perdu ce soir-là au large d’Augusta.
A 22h58, le sous-marin Volframio (basé à Tarente) coule effectivement à la torpille un caboteur grec appartenant à un convoi se dirigeant vers Syracuse et échappe aux escorteurs. Son collègue le Serpente n’a pas la même chance – juste avant minuit, ce sous-marin est torpillé en surface au large de la Calabre, en Mer Ionienne, par le sous-marin HMS Unison, basé à Malte.
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Chaude discussion à l’état-major allié
Les généraux alliés ont rendez-vous vers 21h00 et une discussion animée va se dérouler jusqu’à minuit passé. L’opposition entre les Britanniques et leurs alliés apparaît vite clairement. Poussé par Montgomery, Alexander demande aux généraux américains et français d’engager le gros de leurs forces à l’est d’Enna. Montgomery propose alors une manœuvre générale, qu’il expose sur la carte du bout de son stick de commandement : « La 7e Armée américaine attaquera vers Agira et Adrano pour menacer directement le flanc droit italien, pendant que le 3e CA français poussera vers Nicosia, Troina et Cesara, enveloppant largement le massif de l’Etna. Notre ami Guzzoni sera obligé de céder devant l’attaque de la 8e Armée et Catane tombera ! »
Les critiques fusent immédiatement. « Vous pouvez faire toutes les f… manœuvres que vous voulez sur votre f… carte, explose Patton, mais vous devriez aller voir un peu sur le terrain, Monty ! Les f… routes de cette f… île sont dans un tel état que, chez moi, on ne les utiliserait même pas pour faire passer un f… âne ! » Bradley et Blanc approuvent en termes plus diplomatiques. Delestraint, le plus ancien des quatre dans le grade le plus élevé, argumente : « Il se trouve malheureusement que la distribution de nos forces telle que nous l’avons prévue en préparant l’opération a concentré la plupart des troupes de montagne et d’infanterie légère dans le secteur de notre 4e CA. La 7e Armée US et notre 3e CA sont fortement motorisées et blindés et manœuvrent difficilement sur ce terrain. Nous ne pouvons pas changer facilement leur axe d’effort. Une attaque américaine de grande envergure vers Agira puis Gerbini entraînerait des délais considérables pour concentrer assez de forces dans cette direction et ne pourrait être organisée avant plusieurs jours. » Patton soutient énergiquement Delestraint sur ce dernier point, dans son idiome personnel. « Une bonne partie de ce que disait George nous échappait, racontera le général Blanc, car il utilisait un anglais assez peu… orthodoxe. Mais à son ton, à ses gestes et à la mine que faisait Montgomery, nous suivions parfaitement le sens de ses propos. »
Charles Delestraint avance alors son idée. « Perçons d’abord jusqu’à la côte nord de la Sicile. Nous laisserons alors le 4e CA isoler et réduire les derniers défenseurs de la partie ouest de l’île. Une fois bien installés sur la côte nord, à l’est de Palerme, nous aurons tout loisir d’utiliser notre supériorité navale pour contourner les défenses italiennes de ce côté par une série d’opérations amphibies vers San Stefano et Falcone, qui nous permettront finalement de menacer directement Messine. Notre expérience du Péloponnèse nous montre bien que des mouvements amphibies soigneusement préparés, exécutés à l’abri d’une large supériorité aérienne et navale, peuvent permettre de prendre le meilleur sur une défense accrochée à un terrain accidenté. »
Selon ce plan, la 8e Armée britannique jouera les appâts, lançant des attaques de reconnaissance mais sans s’engager à fond, pour attirer le plus possible de défenseurs entre Catane et Gerbini. L’offensive le long de la côte nord menacerait alors d’encerclement les unités de Guzzoni. Soit elles seraient piégées une fois les Alliés à Messine, soit elles devraient évacuer en hâte par la mer, abandonnant probablement tout leur matériel lourd et subissant de lourdes pertes. « Je dirais même, conclut Delestraint, que des troupes italiennes battues et décimées refluant en désordre en Italie pourraient faire plus de mal au moral italien que cent mille prisonniers de guerre entre nos mains – et sans nous imposer le fardeau logistique d’un grand nombre de prisonniers. »
La discussion se poursuit, car Montgomery n’est pas prêt à renoncer si facilement à son idée, mais Delestraint reste sur ses positions et Patton grommelle de plus belle.
C’est finalement l’aviation italienne qui va emporter la décision. A 23h45, quelques bombardiers lourds Piaggio P.102bis basés à Rome attaquent Syracuse – la seule action de quelque importance de la Regia Aeronautica de toute la journée. Le bombardement est tout à fait inefficace, mais dans la confusion provoquée par le raid (tout le monde étant descendu aux abris), le maréchal Alexander finit par approuver le plan de Delestraint, mais demande à Patton de se préparer à pivoter vers l’est pour attaquer Agira. Alexander lui promet « des ordres précis » très bientôt. Patton affirmera avoir interprété cette phrase comme une confirmation de ses ordres précédents (qui autorisaient la 7e Armée US à opérer conjointement avec le 3e CA français) jusqu’à ce qu’il ait reçu ces fameux « ordres précis. »
Détroit d’Otrante
Les Mustang I du GC II/6 et les DB-73 des GB II et III/19, tous basés à Zanthe, lancent plusieurs attaques à basse altitude contre le trafic naval ennemi entre l’Adriatique et la mer Ionienne. Deux vedettes rapides, les MAS-567 et 569, basées à Ancône, sont détruites avec un petit caboteur qu’elles escortaient.
Dans le même temps, les P-39D et les Vengeance yougoslaves retournent sur Céphalonie. Les MAS-525 et 529, surprises à l’entrée du port, s’en tirent de justesse en s’enfuyant sous un nuage de fumée artificielle. Cependant, les dommages causés au port sont tels que la Regia Marina décide d’évacuer à Ancône les quelques unités encore basées ici (les vedettes rapides MAS-525, 529, 564, 566 et la vedette ASM/dragage Spanedda).
Néanmoins, les pertes ne sont pas unilatérales. Le sous-marin français Cérès n’est pas rentré de patrouille. On suppose qu’il a sauté sur une mine dans le détroit d’Otrante quelques jours plus tôt.
Front russe – Opération Typhon
L’offensive de l’aile nord
– Les orages s’apaisent un peu dans la nuit, mais de fortes pluies se prolongent toute la journée, ajoutant encore aux difficultés des soldats des deux camps.
– L’offensive de von Manstein vers Prylouky ralentit par manque de carburant, car les camions allemands ont du mal à progresser sur les routes humides, que la boue commence doucement à envahir. La 6e PzDiv (Langraf) reprend pourtant son avance vers 11h00 et atteint un peu après 13h00 les abords de Prylouky. Mais les chars allemands se retrouvent alors sous le feu de deux Brigades Antichars et subissent de très lourdes pertes. Comme l’écrira von Mellenthin (PanzerKämpfe, Köln, 1953) : « Une fois encore, la discipline de feu des Russes était exemplaire. Les antichars tractés étaient très bien camouflés et n’ouvraient le feu qu’à très courte distance, deux ou trois canons concentrant leurs tirs sur la même cible. Les chasseurs de chars, de silhouette plus basse que les nôtres et relativement discrets, opéraient eux aussi de positions qui se couvraient réciproquement. Le temps détestable empêchait notre aviation d’attaquer ces positions et la mauvaise visibilité favorisait les défenseurs. Nos blindés de soutien étaient souvent dans l’impossibilité d’engager les canons ennemis à longue portée et devaient s’approcher à 300 ou 400 mètres pour pouvoir toucher quelque chose, ce qui en faisait des cibles faciles pour les canons antichars. »
A 14h30, le Général Langraf signale à von Manstein qu’il a perdu plus de 45 chars et qu’il est bloqué.
– Guderian reçoit du 3e PzG d’autres mauvaises nouvelles. Si, à l’ouest de Bakhmach, les hommes de la 47e Armée sont maintenant plus pressés de tenter de s’enfuir que de rompre leur encerclement par la force, à l’est de la ville, le LVII. AK de Kuntzen doit affronter une contre-attaque en règle de la nouvelle 1ère Armée Blindée. Cependant, attaquer par mauvaise visibilité se révèle tout aussi difficile pour les chars soviétiques que pour les panzers. Les blindés de Tchernyakovsky se montrent pourtant mieux adaptés au terrain de plus en plus mou, qui stoppe souvent les chars de von Manstein. A 15h00, la 1ère Armée Blindée rétablit le contact avec les derniers défenseurs de Bakhmach, menaçant sérieusement la 19th PzDiv. Seul un contre violent mené par la 12e PzD (Harpe) oblige Tchernyakovsky à reculer et sauve les avant-gardes allemandes. Mais les Allemands ne tiennent Bakhmach que de très peu.
L’offensive de l’aile sud
La pluie a cessé la veille au soir et quelques timides rayons de soleil font leur apparition. Avec le soleil, c’est le retour des avions d’assaut, mais ceux des VVS sont au rendez-vous comme ceux de la Luftwaffe.
L’attaque de l’aile droite allemande reprend à 14h00. Elle se double d’une feinte sur Korsun sous la forme d’une tentative de franchissement en force du Ros’, mais celle-ci n’attirera pas le moindre blindé soviétique.
Dés le départ, les blindés allemands se heurtent à nouveau aux tirs antichars. Cependant, cette fois, ils peuvent manœuvrer. Vers 16h30, la 406e Brigade Antichar a épuisé sa capacité de combat. Ses automoteurs sont détruits ainsi que la moitié de ses canons tractés. Rokossovsky donne alors l’ordre aux 72e et 73e Brigades Blindées de contre-attaquer. Sur le petit plateau au sud de Korsun, un combat oppose, dans le jour déclinant, une centaine de blindés allemands à prés de 140 soviétiques. A la nuit, si les forces allemandes ont pris pied sur le plateau, elles ont payé ce succès de près de 50 chars détruits. Du côté Soviétique, si on a perdu 70 chars, on reste confiant car la seconde ligne de défense n’a pas été atteinte.
Piste de Kokoda (Nouvelle-Guinée)
Wootten et Potts décident de passer les deux prochaines semaines à regonfler un peu leurs 18e et 21e Brigades, campées le long de la Kumusi. Pendant ce temps, les Lodestar hollandais et les avions de transport de la RAAF accomplissent des efforts frénétiques pour déposer des approvisionnements essentiels sur le terrain de Kokoda. Intensivement utilisé, le terrain se détériore petit à petit, mais des outils sont apportés (par avion, bien sûr !) pour l’élargir, l’allonger et le réparer. Les Australiens n’ont pas le choix : aucune des deux brigades ne peut même envisager de reprendre l’offensive à travers la rivière tant qu’elles n’auront pas reçu du ravitaillement en nourriture et en munitions. De plus, la 18e a tout simplement un besoin de repos vital !
Néanmoins, aussi épuisée qu’elle soit (pertes en combat et maladies l’ont réduite à la moitié à pein de sa force théorique), la 18e est en meilleur état que les restes de la 30e Brigade. En fait, l’unité ainsi désignée rassemble les débris des 39e et 49e. L’hôpital de Port Moresby n’a dénombré que 80 survivants de la 39e (sur 550 hommes trois mois plus tôt à Buna) et 250 de la 49e (là aussi, sur 550). Sur ces 330 hommes, aucun n’est jugé apte au combat.
Pourtant, 250 de ces soldats sont envoyés par avion à Kokoda. Ils n’y vont pas pour combattre, mais ils en savent plus sur les tactiques et habitudes japonaises que n’importe qui d’autre en Nouvelle-Guinée (en dehors des Japonais eux-mêmes, et ce n’est même pas certain). Ils vont donc jouer un rôle d’entraîneur avec les hommes de la 21e tandis que celle-ci vient occuper ses positions sur la Kumusi. Cette diffusion des leçons tactiques apprises à la plus impitoyable des écoles sauvera bien des vies australiennes durant les mois suivants. Les hommes de l’AIF, qui ont tous traversé les lieux où ceux des 39e et 49e ont combattus et sont tombés, sont en effet immédiatement convaincus de la valeur de leur enseignement.
Mullins Harbour (Milne Bay, Nouvelle-Guinée)
00h30 – Le convoi parti de Port Moresby le 22 arrive sans avoir été détecté par l’aviation japonaise. Les quatre petits navires sont conduits dans les cours d’eau qui sillonnent la mangrove et camouflés avec des filets et des végétaux. Leur déchargement est lent, mais c’était prévu. Les petits bateaux doivent rester sur place et jouer le rôle d’entrepôts flottants.
Guadalcanal
Une véritable guerre d’usure s’installe, tandis que des opérations de nettoyage se poursuivent – et se poursuivront les jours suivants – tout autour de l’aérodrome de Tenaru.
27 septembre
Gibraltar
Arrivée du CLAA HMS Cleopatra, réparé après les dommages subis au large de Limnos, en mars. Le navire va remplacer le HMS Sirius, endommagé dans l’action qui a vu la perte du CV USS Ranger. Le Cleopatra est accompagné du DD HMS Partridge, autre victime des combats pour Limnos, qui doit rejoindre la force amphibie de l’amiral Michelier.
Près de Constantine, au mess des sous-officiers d’un régiment d’infanterie
L’écoute de Radio-Paris n’est pas recommandée, bien sûr, mais elle n’est pas strictement interdite. Elle permet de conserver un certain contact avec le pays et les nombreuses évocations des autorités mises en place par l’Occupant donnent aux auditeurs l’occasion de se défouler.
Ce jour-là, les huées sont particulièrement violentes. Il est vrai que l’événement est particulièrement déplaisant : « A Versailles, nasille le speaker collabo, le Président Pierre Laval et Monsieur Marcel Déat, ministre de l’Economie et du Travail, ont passé aujourd’hui en revue une unité de la Légion des Volontaires Français contre le Bolchevisme. Ces courageux représentants de la Vraie France, celle qui ne se trompe pas de combat, s’apprêtent à partir se battre contre l’Union Soviétique pour défendre l’Europe contre le Péril Communiste aux côtés de leurs camarades allemands. »
– Et sous l’uniforme allemand, les salauds ! J’espère que les Rouges vont tous les flinguer, ça nous épargnera d’avoir à les fusiller après la guerre ! crie un adjudant.
« Dans un discours émouvant, continue Radio-Paris, le Président Laval… »
La voix nasillarde est couverte par quatre détonations. C’est un sergent, un grand jeune homme roux, qui vient de tirer au pistolet sur le lourd poste de TSF, en hurlant : « Sale traître ! »
Ses camarades s’empressent de le calmer. L’homme est furieux : « J’aurais voulu être là-bas ! J’en aurais débarrassé la France ! » Un autre est plus calme : « Pas en tirant comme ça, toujours… » En effet, la grosse TSF n’est que “blessée” : son épaisse carrosserie est endommagée, mais elle marche encore. Chacun s’esclaffe. Ce soir, le sergent Paul Collette paiera une tournée générale.
Opération Torche/Torch
Jour J+8
Sous-marins de transport…
00h12 – Le grand sous-marin italien Da Vinci entre à Palerme pour y livrer une partie du matériel nécessaire aux hommes de la Folgore. Le Da Vinci devrait être suivi par le Cagni, mais celui-ci saute sur une mine mouillée par un Wellington britannique à l’entrée du port. Il coule par la poupe en quelques minutes, laissant juste le temps à la plus grande partie de son équipage d’évacuer, mais les munitions qu’il transportait sont perdues.
………
… et d’attaque
00h22 – Les navires italiens se dirigeant vers Naples entrent dans le détroit de Messine. Les attaques sous-marines déclenchées un peu plus tôt contre Augusta et Syracuse ont bel et bien capté l’attention des Alliés, surtout venant moins de 24 heures après l’attaque des MTM de la Xa MAS. Le commandant de l’escadre ordonne d’accélérer à 25 nœuds, le mieux que puisse donner les DE de classe Ciclone. Le détroit est passé sans incident et les navires viennent ensuite au 340.
01h31 – Malheureusement pour les Italiens, rien n’a distrait le sous-marin HMS Unbroken , qui monte une garde vigilante au nord du détroit. Il repère les sept navires et tire quatre torpilles sur les bâtiments de tête, plaçant un coup au but sur le DD Fulmine et un autre sur le CA Fiume. La coque fragile du Fulmine digère très mal l’impact. Le destroyer stoppe immédiatement. A 01h54, il se casse en deux et coule rapidement. Le croiseur lourd est touché sous la passerelle et ralentit à 15 nœuds, mais ses équipes de contrôle des dégâts se montrent efficaces et il peut bientôt redonner 20 nœuds.
L’Unbroken subit une très violente contre-attaque de la part des Impavido et Impetuoso. Son commandant, le Lt Alistair C.G. Mars, ne compte pas moins de 78 grenades. Celles-ci ne réussissent pas à couler le petit et maniable sous-marin, mais les chocs lui infligent des dommages considérables. L’Unbroken réussit à traverser le détroit mais doit faire surface à 11h00, car les émanations toxiques de ses accumulateurs endommagés menacent d’asphyxier l’équipage. La RAF envoie très vite des avions le protéger et, à 13h00, le HMS Middleton vient lui porter assistance. A ce moment, près de la moitié de l’équipage doit se tenir à l’extérieur du sous-marin ! Il parvient pourtant à regagner Syracuse pour de premières réparations avant de retourner à Malte.
Pendant ce temps, l’escadre italienne, pleurant le Fulmine et entourant le Fiume, arrive à Naples. En fin de journée, le croiseur lourd est à quai. Les ingénieurs navals estiment qu’il lui faudra six semaines de réparations.
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La Folgore est acculée, mais Catane tient
Sur terre, la lutte ne cesse pas.
A l’ouest, les unités du 4ème CA français approchent de Trapani, venant de Marsala par la route côtière. Le 6ème Spahis, suivi par la 4ème Brigade Mobile de la Légion Etrangère, doit faire face à une sérieuse résistance de la part du bataillon aéroporté dans la nuit du 24 au 25. Le soir, en dépit de bombardements aériens répétés, les Italiens tiennent toujours une position à 5 km de Trapani.
Sur l’axe Castelvetrano-Castellammare, l’opposition italienne est encore plus énergique. Aux abords d’Alcamo, les Belges de la Tancrémont se heurtent aux quatre bataillons de la Folgore débarqués à Palerme. Les parachutistes italiens manquent toujours d’armes lourdes, mais ils ont tout de même reçu quelques canons antichars sans recul (des modèles allemands) apportés par des sous-marins. Peu avant midi, ces canons brisent net la première attaque belge en détruisant en quelques minutes une douzaine d’engins blindés. Le Colonel Piron demande un appui aérien et dès 13h00, bombardiers légers et chasseurs bombardiers commencent à pilonner les positions italiennes. Puis l’artillerie automotrice de la Brigade se met de la partie (il s’agit surtout de mortiers de 120 mm et de canons de 75 mm montés sur half-tracks). Enfin, renforcée par des unités de la Légion Etrangère, la Tancrémont lance une nouvelle attaque à 15h45, contournant cette fois Alcamo par la droite. Dans la soirée, les Italiens décrochent et se replient en bon ordre vers Castellammare del Golfo.
Dans le secteur du 3ème CA, ce n’est pas tant les combats que l’état lamentable des routes qui ralentit l’avance des troupes se dirigeant vers la côte nord à partir de Santa Catarina. Les unités mécanisées françaises et américaines ne rencontrent pratiquement aucune opposition avant la rivière Torto et avancent aussi vite que possible – mais ce n’est pas très rapide. En fin d’après-midi, les fameux “ordres précis” du Maréchal Alexander arrivent au QG de la 7ème Armée américaine à Enna, où l’on affirme que la transmission a été « brouillée ». Quoi qu’il en soit, le Général Patton ordonne à la 2ème DB-US et à la 1ère DI-US d’accompagner vers le nord la 2ème DB française et la 3ème DIA. Il ne laisse que la 9ème DI-US sur son flanc droit, du côté des Britanniques.
A l’est justement, deux nouvelles attaques britanniques contre Gerbini échouent contre des troupes italiennes très bien retranchées. Guzzoni n’a pas assez de forces pour contre-attaquer et menacer Montgomery, mais ses hommes montrent beaucoup de solidité en défense. Le seul succès anglais est sur la côte, où la 5ème DI britannique, aidée par le 1er Bataillon des Argyll and Sutherland Highlanders et par le 2ème Bataillon des Highland Light Infantry, pénètre dans les faubourgs de Catane. Dans la soirée, Guzzoni ordonne aux unités italiennes de défendre la ville à tout prix.
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Dans le ciel, rien de nouveau
Une fois encore, il n’y a pratiquement pas d’avions italiens dans le ciel de Sicile de toute la journée. Les seules activités de la Regia Aeronautica sont quelques bombardements nocturnes d’Augusta et de Syracuse, ainsi que l’arrivée à Trapani, à 01h30, de plusieurs appareils du 149° Gruppo (des SM-82 et SM-81), qui apportent un peu de ravitaillement et évacuent des blessés. L’aviation alliée poursuit ses activités d’appui au sol. Les B-25 français et les B-26 américains s’acharnent sur Messine et Reggio de Calabre pour empêcher l’armée italienne de transférer de nouvelles unités en Sicile. Les Beaumont I de la RAF se concentrent sur Cagliari pour empêcher l’envoi de troupes aux défenseurs de l’ouest de la Sicile. Seule la DCA italienne s’oppose à ces raids.
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Pendant ce temps là, à Rome…
Pour le commandement italien, la dégradation de la situation est évidente. Comme pour le souligner, des avions alliés viennent lâcher des tracts sur Rome pour inviter la population à évacuer les zones stratégiques, principalement aux abords de la gare de triage. Le chef d’état-major de la Regia Aeronautica, le général Fougier, prévient le gouvernement qu’il n’a pu être possible de reconstituer des forces de chasse en Italie du Sud sans dégarnir la défense du nord et du centre du pays (voir annexe 42-9-8). « Nous avons pu, ajoute-t-il, en faisant appel aux unités basées dans le nord du pays, reconstituer des moyens d’attaque et de bombardement dans le sud. Nous avons concentré ces forces à Foggia et à Bari. Mais il faut savoir qu’elles sont absolument tout ce qui nous reste en fait d’aviation de bombardement. »
Alors que Mussolini se prépare à rencontrer Hitler à Feltre, près de Trévise, Bottai, l’un des chefs du Parti Fasciste, rencontre Ciano, Grandi et Scorza pour préparer la tenue d’une réunion du Grand Conseil Fasciste. « C’est maintenant à Mussolini de s’opposer aux visées des Allemands, et le Roi pourra être libre de s’opposer à celles des Alliés » dit-il à Grandi. Les quatre hommes décident de prendre contact avec d’autres membres du Grand Conseil, afin de mettre sur pied une délégation assez nombreuse pour convaincre le Duce d’organiser très vite une assemblée du Grand Conseil.
Le général Ambrosio est dans les mêmes dispositions d’esprit cette nuit là, quand il rencontre le maréchal Badoglio. Les deux hommes s’accordent pour penser que la réunion qui s’annonce est, pour l’Italie, la dernière chance de négocier sa sortie de la guerre sans trop de casse.
Détroit de Sicile
04h30 – La flotte de renfort commence à traverser le détroit de Sicile. Les forces aériennes italiennes ayant été significativement affaiblies, on décide de traverser le détroit en plein jour, afin de réduire les risques d’attaques par des sous-marins.
12h30 – Les navires doublent Gozo sans encombre et mettent le cap sur Alexandrie.
Athènes
Nouvelle opération de grande envergure de la Force Aérienne de Mer Egée contre les installations logistiques de l’Axe en Grèce. La gare de triage d’Athènes est attaquée dans l’après-midi par 24 Beaumont des 234ème et 237ème Wing et 18 Boston III du 235ème Wing de la RAF, 36 B-25C de la 12ème EB et 12 Baltimore yougoslaves du GB II/81. Cette formation de 90 bombardiers est solidement escortée par 96 chasseurs : 24 Hurricane II (244ème Wing de la RAF et Sqn 335 et 336 grecs), 40 Spitfire V (Sqn 33, 112, 238 et 250 de la RAF), ainsi que 16 Mustang II du GC III/6 et 16 P-38E du GC II/2 (redéployés temporairement de Mytilène à Kalamata K-1) de l’Armée de l’Air.
Pour la Grèce, c’est un raid aérien massif. La Luftwaffe, qui ne peut plus compter sur la chasse italienne ni sur le Xème FK, a beaucoup de mal à protéger le nœud de communications vital qu’est la gare. Le VIème FK, qui doit protéger la région d’Athènes, ne peut envoyer que 28 Bf-109F et 8 Bf-109G. Les chasseurs allemands réussissent pourtant à percer à travers les Hurricane de l’escorte rapprochée jusqu’aux bombardiers et à abattre 5 Beaumont et 1 Boston III, avant d’être coiffés par les Spitfire V, mais surtout par les bien plus dangereux Mustang II et P-38. Le gros des combats se déroule au dessus d’Athènes et de l’Acropole même. Outre les six bombardiers, la Luftwaffe abattent 3 Hurricane, 4 Spitfire V, 4 P-38 et 2 Mustang II. Pour ces 19 appareils, les Allemands perdent 12 chasseurs détruits (9 Bf-109F et 3 Bf-109G), plus 7 qui peuvent se poser à Tanagra ou Tatoi, mais sont trop endommagés pour pouvoir être réparés. Cependant, le Major Neumann, qui commande le JG.27, s’inquiète encore plus de ses pertes humaines – neuf morts, trois blessés graves – d’autant que parmi les morts figurent deux commandants de Staffeln et le Kptn L. Fransizket, le commandant du I/JG 27.
Pire, du point de vue stratégique, les bombardiers alliés dévastent la gare de triage d’Athènes, qui va brûler jusqu’au lendemain.
La lueur de l’incendie est mise à profit dans la nuit par les bombardiers de la RAF, qui attaquent de 22h00 à 00h30. Ce sont 54 Stirling (des 236ème et 251ème Wings) et 36 Wellington X (du 202ème Wing). Ils perdent 5 Stirling et 4 Wellington abattus par la chasse de nuit et la Flak lourde, mais frappent à nouveau sévèrement la gare et les dépôts de munitions, tout proches. Quelques bombes touchent la ville, créant un début de panique dans la population.
Front russe – Opération Typhon
L’offensive de l’aile nord
– La pluie, qui a cessé une partie de la nuit, reprend à l’aube et tombe dru jusqu’à midi. Les conditions de circulation sur la route Nejyne-Prylouky deviennent très difficiles. Pourtant, von Manstein parvient à rassembler assez de forces pour envelopper les forces soviétiques au nord de Prylouky, forçant les deux brigades antichars, décimées, à reculer au sud de l’Uday. Ces brigades ont cependant gagné le temps nécessaire aux parachutistes du 4e Corps Aéroporté pour se retrancher dans la ville, pendant que la 37e Armée (Chuikov) se déploie le long de la rivière. Celle-ci est à présent gonflée par les pluies des jours précédents et il est vite clair qu’il ne sera pas facile de la traverser. Les pionniers allemands, soutenus par les canons d’assaut, passent pourtant vers 14h30 à l’est de Prylouky. Leurs têtes de pont sont immédiatement attaquées par l’infanterie de la 37e Armée et les combats se prolongent jusque tard dans la nuit.
– A Bakhmach, les derniers défenseurs se rendent dans la matinée. Hoth ordonne de poursuivre l’avance vers Romny, espérant couper les forces de Cherevichenko de leur aile gauche. Mais le LVII. AK est épuisé et les forces soviétiques font encore pression sur ses arrières, dans le secteur de Koryukivka, empêchant le XXXIX. AK de se déployer vers l’avant pour soutenir l’offensive.
– Si les Allemands continuent d’avancer, ils ont subi des pertes notables. Cependant, à l’état-major soviétique, la situation commence à paraître préoccupante. Vassilievsky ordonne à la 1ère Armée de Choc (Malinovsky) de se préparer à affronter une attaque allemande venant de Bakhmach et presse Tchernyakovsky de repartir au plus tôt à l’attaque sur le flanc est de l’ennemi. A Moscou, la STAVKA ordonne de créer à Tcherkassy et à Krementchouk des “districts fortifiés” (Ukreplenye Rajon), dits ChUR et KUR.
L’offensive de l’aile sud
Les nuages sont revenus dans la nuit et une pluie fine et froide tombe sur le champ de bataille. Conscient de ce que le temps joue contre lui, Kleist repart à l’attaque, non sans donner l’ordre à Sepp Dietrich de répéter sa tentative de la veille, mais pour de bon : il doit passer en force le Ros’ au sud de Korsun.
Dans la nuit, Rokossovsky a pris la décision de renforcer ses Brigades Blindées avec les Bataillons d’appui (“NPP”) des deux divisions d’infanterie. Ces deux bataillons “NPP” comptent chacun 13 T-34 et 20 T-50 (ou T-26). Considérant que dans la bataille défensive qu’il mène, il lui faut une concentration de blindés, il va délibérément dégarnir cette dernière.
Ce risque calculé va payer. Si l’infanterie allemande perce la première ligne de défense, elle est arrêtée sur la seconde. L’essentiel de la bataille se joue sur le plateau où, renforcés de chars hâtivement réparés, les Allemands peuvent mettre en ligne 84 blindés. Ils se heurtent de nouveau aux 72e et 73e Brigades Blindées, renforcées donc par les chars de l’infanterie, pour un total de 130 blindés environ. Toute la matinée, un combat acharné se déroule sous la pluie. Vers 13h00, Kleist doit admettre qu’il ne percera pas – ses forces sont réduites à 31 chars. Pourtant, à cette heure, les Soviétiques, qui en ont perdu 90, n’en ont plus que 41. Mais l’entrée en ligne des bataillons “NPP” fait croire aux Allemands que des réserves fraîches sont arrivées.
Au sud de Korsun, l’attaque de Sepp Dietrich est un demi-succès. Si l’une de ses tentatives de franchissement a été repoussée, l’autre a réussi, vers 15h30, à établir une fragile tête de pont au sud du Ros’. Elle est immédiatement contre-attaquée par la 153e division, mais le commandant de cette dernière commet l’erreur de n’engager que l’un de ses régiments. À la tombée de la nuit, c’est à une tête de pont de 1 km de profondeur sur 2,5km de large que les Soviétiques sont confrontés.
Port Moresby (Nouvelle-Guinée)
Deux mois plus tôt, les autorités de Canberra et d’Alger étaient arrivées à un accord pour que l’Armée de l’Air envoie en Australie la nouvelle 52e Escadre d’Appui au Sol. Les Groupes I/52 et II/52 totalisent 45 Vultee V-72 Vengeance I. L’avion s’est révélé être un bombardier en piqué de fort bonne qualité, mais très vulnérable face aux chasseurs allemands.
Le vieux porte-avions HMS Argus débarque aujourd’hui à Port Moresby la 52e EAS. Les Français vont pouvoir découvrir les effroyables conditions de vol que les envoyés de la RAAF leur ont décrites.
Seuls bombardiers en piqué alliés disponibles dans la région, les Vengeance devront collaborer étroitement avec les Wirraway et les Boomerang des squadrons australiens. Les jours suivants montreront que ces trois types d’appareils opèrent au mieux en formations mixtes. Les Wirraway sont d’excellentes machines d’observation et de marquage d’objectif, les Vengeance peuvent frapper une cible avec précision et les Boomerang sont parfaits pour nettoyer les nids de résistance ennemis grâce à leurs canons de 20 mm. S’entraîner à opérer ensemble prendra quelque temps, mais le général Vasey, commandant en chef du théâtre, est déjà ravi de l’arrivée de ces nouveaux avions. Il n’est pas moins content de l’arrivée prochaine de nouveaux Hurricane (et de Defiant chasseurs de nuit).
La maîtrise du ciel est en effet bien difficile à arracher aux Japonais, qui dominent l’espace aérien au-dessus des crêtes montagneuses. Leur base principale, à Lae, est grande et les bombardiers de la Marine comme de l’Armée Impériale lancent régulièrement des raids destructeurs diurnes sur Port Moresby. Et la nuit, les incursions des Ki-48 (Lily) sont un problème majeur pour les terrains d’aviation et pour le port.
28 septembre
Opération Torche/Torch
Jour J+9
A l’ouest de Palerme : Trapani et Castellammare tombent
A la pointe ouest de la Sicile, le Français repartent à l’attaque de Trapani à 10h30, après un bombardement aérien et surtout naval prolongé. La force du vice-amiral Michellier[1] matraque en effet les défenses durant 90 minutes. Les Swordfish du Lafayette règlent le tir des quatre cuirassés pendant que les hydravions américains s’occupent de celui des croiseurs. Les croiseurs légers américains, avec leur cadence de tir très élevée, sont très utiles pour couper les communications des défenseurs de Trapani avec Castellammare, à l’est, comme avec la 26e DI Assieta, dans l’intérieur. Vers midi, la ville est à peu près encerclée car la 4e BMLE et le 6e Spahis ont atteint Erice. Les hommes de la 14e DBLE entrent alors par le sud dans l’agglomération. A 16h00, les défenseurs de Trapani, leurs munitions épuisées, se rendent. Les vainqueurs capturent dans le port une vénérable antiquité : lancé en 1899 sous les couleurs de la Double-Monarchie et récupéré en 1918 par l’Italie comme prise de guerre, le patrouilleur ASM et dragueur Macchi (214 tonnes, 11 nœuds, 1 canon de 76 mm, 2 mitrailleuses et 32 charges de profondeur) a été préservé des bombardements par sa petite taille et, sans doute, par un miracle de la Madone[2].
Pendant ce temps, plus à l’est, la brigade blindée Tancremont, soutenue par la 11e DBLE et par un régiment de la 83e DIA, fonce vers Castellammare del Golfo. Les parachutistes italiens ont dépensé la veille la plus grande partie de leur puissance de feu. Bien qu’elle ne compte plus à ce moment que 21 blindés en état de marche, la brigade belge atteint le rivage avant la nuit, fermant le piège sur les forces italiennes qui défendent l’ouest de la Sicile.
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A l’est de Palerme : Belges et Marocains en vue de la mer
La situation alliée n’est pas mauvaise non plus dans le centre de l’île. Puissamment soutenus par l’aviation alliée, Français et Américains venant d’Enna avancent toute la journée vers Termini Imerese, sur la côte nord. Les forces alliées souffrent plus de l’état lamentable des routes que de la résistance des troupes italiennes, pratiquement nulle. Les chasseurs belges du 1er RCA et les tabors marocains de la 4e DIMM couvrent le flanc gauche de l’avance, prévenant toute tentative italienne pour contre-attaquer à partir de Prizzi. Au crépuscule, la mer est en vue.
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Sous l’Etna, les Britanniques sont bloqués
En revanche, les forces britanniques s’amusent beaucoup moins. A l’ouest de leur secteur, trois attaques frontales contre Gerbini sont repoussées par les Italiens. A Catane, les Argyll and Sutherland Highlanders et la Highland Light Infantry s’enlisent dans un combat de rues acharné. Seul succès notable : le train blindé T.A. 120/4/S tente de contribuer à la défense de la place, mais à peine ses canons de 120 ont-ils donné de la voix que les Anglais démontrent qu’ils sont toujours les maîtres de l’art de la contre-batterie ; l’artillerie lourde de la VIIIe Armée se déchaîne et réduit définitivement le train au silence.
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Delestraint a un as dans la manche
Au soir, c’est un Montgomery furieux qui proteste contre ce qu’il appelle « un manque flagrant de soutien de la part de la 7e Armée US ! »
Au même moment, le Général Charles Delestraint demande l’autorisation de déployer la 15e DBLE Massada-Valmy, qui fait partie des réserves stratégiques françaises, pour faciliter l’avance de ses forces vers Messine. L’idée de Delestraint est de débarquer la demi-brigade à l’est de Palerme une fois le rivage sous contrôle, pour amener à pied d’œuvre l’infanterie plus vite que si elle avait dû marcher de la côte sud à la côte nord. L’autorisation est accordée vers 21h00 et, dans la nuit, les hommes de la 15ème DBLE commencent à embarquer sur les navires amphibies à Bizerte.
Front russe – Opération Typhon
L’offensive de l’aile nord
– Le temps s’améliore assez pour que les opérations aériennes reprennent, mais si la Luftwaffe réapparaît dans le ciel, les VVS en font autant. Une série de batailles aériennes se déroulent dans le carré Nejyne-Bakhmach-Romny-Prylouky. Mais le commandement allemand s’inquiète surtout de plusieurs raids contre des convois de ravitaillement allant de Gomel à Chernygov. Von Richtofen doit choisir : ses forces surmenées peuvent soutenir les pointes avancées de Guderian ou protéger ses lignes de communication, mais pas les deux. Informé, Guderian réclame « un appui maximum sur l’axe de l’offensive. » Il sait que seul l’appui aérien peut l’aider à traverser l’Uday et à atteindre Romny. Il espère qu’à ce moment, ses deux PanzerGruppen pourront se soutenir réciproquement.
– En dépit de l’opposition de la chasse soviétique, le soutien de la Luftwaffe permet aux chars de von Manstein de traverser l’Uday. Mais l’infanterie du LVI. Armeekorps ne parvient pas à arracher Prylouky aux parachutistes soviétiques. Il faut contourner la ville pour avancer vers Pyryatyne. Voyant les chars allemands percer les lignes de sa 37e Armée, Chuikov ne panique pas et ordonne à ses hommes de se mettre à couvert et de combattre là où ils sont, leur évitant une destruction certaine s’ils avaient tenté de se replier à découvert. Cette tactique est efficace, car les Allemands manquent cruellement d’infanterie, en raison des pertes subies en août lors de la bataille de Smolensk, mais aussi de l’obsession de Guderian pour la vitesse, qui l’a conduit à exagérer la proportion de chars par rapport à l’infanterie dans sa PanzerArmee. Les panzers sont donc obligés de manœuvrer au milieu des positions soviétiques, tandis que les restes des deux brigades antichars, regroupés en un “groupe spécial antichar”, évitent à la 37e Armée l’encerclement total.
– A l’est de Prylouky, les forces de Hoth marchent vers Romny. Mais en fin de journée, l’avant-garde commence à signaler de fortes concentrations de troupes soviétiques.
– Guderian constate que les perspectives sont bien plus sombres que deux jours plus tôt. Il se heurte sans cesse à de nouvelles forces ennemies et la percée au sud de Nejyne n’a pas été le début tant espéré d’une course vers le Dnepr. Il commence à réévaluer ses plans, tout en continuant d’espérer que les progrès du 3e PzG provoqueront l’effondrement des défenses soviétiques.
L’offensive de l’aile sud
Alors que sur le plateau le calme revient, en dépit de tentatives sporadiques des Soviétiques pour reprendre l’initiative, les combats s’intensifient en aval de Korsun. Sepp Dietrich a mis la nuit à profit pour tenter de renforcer sa tête de pont, mais les Soviétiques ont concentré des forces puissantes. Le général Popov lui-même va superviser la contre-attaque. Après avoir démis de ses fonctions le général commandant la 153e division, il ajoute aux unités de celle-ci la 342e Brigade d’Artillerie, un régiment de la 152e division et le bataillon “NPP” de cette dernière.
Au matin, les Allemands sont assaillis par quatre régiments et deux bataillons blindés, soutenus par deux régiments de 122 mm M30 (72 obusiers) et un régiment de 107 mm M60 (36 canons). Sous un déluge de feu, les unités allemandes ont du mal à résister. Vers 12h30, la tête de pont est coupée en deux. Cependant, avec le soutien de l’artillerie placée sur l’autre rive et d’une attaque de stukas qui profite d’une éclaircie, les troupes allemandes réussissent à rétablir la situation. Cependant, à la fin de la journée, la poche ne fait plus que 1 200 m de large et 650 m de profondeur. Von Kleist, qui se prépare à partir pour Rastenburg tenter de convaincre Halder et Hitler d’accepter l’option “Petit Typhon” donne l’ordre d’évacuer dans la nuit. Contrairement à ce qu’on aurait pu craindre, cette évacuation est réussie, mais les pertes subies dans la journée par les troupes d’assaut ont été lourdes.
Un peu soulagé, Kleist s’envole avec, dans ses bagages, les chiffres des blindés dont ses troupes disposent encore… KampfGruppe Hube : 77, dont 34 immédiatement disponibles – 13e Panzer : 73, dont 30 immédiatement disponibles – KampfGruppe Dietrich : 79, dont 41 immédiatement disponibles.
Région de Milne Bay (Nouvelle-Guinée)
Les sapeurs américains achèvent une véritable route menant de Mullins Harbour aux positions de la 7e Brigade australienne dans les collines. L’état du terrain dans cette zone apparaît meilleur qu’à Milne, car il est mieux drainé en de nombreux points ; de ce fait, la moitié seulement de la route a dû être garnie de revêtements ou consolidée avec des troncs d’arbre. C’est d’ailleurs heureux, car les Japonais repèrent assez facilement les sections garnies d’un revêtement métallique, car elles scintillent au soleil, et leurs Ki-51 les attaquent continuellement. Si les dommages sont importants, les avions nippons ne parviendront jamais à couper la route.
Sur le front, une violente escarmouche a lieu dans les marais. Une patrouille japonaise forte de 120 hommes tombe dans une embuscade tendue par des éléments de la 7e Brigade, clouée sur place, puis taillée en pièces par l’artillerie et mise en fuite par une attaque d’infanterie. Durant plusieurs semaines, il n’y aura plus de tentative de poussée japonaise dans la région.
29 septembre
Opération Torche/Torch
Jour J+10
Dernier train pour Palerme
Tôt dans la matinée, les hommes du 6e Spahis font leur jonction avec ceux de la brigade Tancremont à Castellammare del Golfo. Le 4e Corps commence alors à avancer vers Palerme, à l’est. Quelques parachutistes italiens mènent jusqu’au crépuscule une énergique action de retardement à Scopello, Punta Tannure et Carini. Dans cette dernière localité, ils sont soutenus par le dernier train blindé opérationnel en Sicile, le T.A. 152/2/T. Ses grosses pièces font d’abord reculer les attaquants, mais les Belges ont déjà eu affaire à ce genre de bête et leurs aviateurs lui règlent son compte sans trop de mal.
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Le Grand Prix de Termini
Plus à l’est, les forces françaises et américaines traversent les monts de Madonie sans interférence ennemie significative. Dans l’après-midi, sur la route de Termini Imerese, deux chars de bonne taille, un M3 (medium) américain et un Bélier (Ram) français disputent une véritable course automobile pour atteindre la voie ferrée conduisant à la petite ville. Sous les yeux ébahis des soldats et des habitants, les pilotes des deux engins poussent leurs moteurs jusqu’au dernier cheval-vapeur, coupant les virages aussi souvent que possible (ce qui, il faut le reconnaître, est plus facile avec un char moyen qu’avec une Formule 1, notamment quand il y a un bâtiment dans le virage). Handicapé par sa taille et son poids, le M3 (medium) doit s’avouer vaincu et le Bélier passe en vainqueur la ligne d’arrivée, entrant dans la gare de Termini à 16h17, où il n’y a malheureusement personne pour abaisser un drapeau à damier (quelques Italiens applaudissent cependant, mais sans doute plus par anti-fascisme que par esprit sportif). L’Histoire (sportive) retiendra que le char américain était piloté par le jeune Harry Shell, fils de Lucy O’Reilly-Shell, propriétaire de l’Ecurie France avant la guerre, et le char français par Robert Benoist, vainqueur du GP de France en 1927 (sur Delage 15S8) et des 24 Heures du Mans en 1937 (avec Jean-Pierre Wimille). Benoist est arrivé en 1941 en Afrique du Nord – comme des milliers de jeunes Français le firent entre juillet 1940 et les débarquements en Métropole, il a traversé les Pyrénées, parcourant à pied le trajet Perpignan-Barcelone.
Pendant que se déroule cette compétition unique en son genre, le convoi transportant la 15e DBLE a quitté Bizerte vers 06h30. Il est escorté par huit DD (HMS Nizam, HMAS Norman, MN Brestois, L’Alcyon et La Palme, MRY Zagreb, USN Bristol et Woolsey) et couvert par les croiseurs du Vice-Amiral Michellier.
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Les Anglais veulent Catane
A l’est de l’île, Montgomery décide une interruption des attaques contre Gerbini pour concentrer ses forces à Catane, afin d’en éliminer les derniers défenseurs. Mais derrière la ville ne s’ouvre qu’un étroit corridor entre l’Etna et la mer.
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Pendant ce temps, à Vienne
En fin de journée, les premiers pilotes italiens devant bénéficier d’un équipement allemand arrivent à Vienne (Autriche) pour y prendre livraison des avions attribués à la Regia Aeronautica par la générosité du Führer.
Front russe – Opération Typhon
L’offensive de l’aile nord
– Le temps se gâte à nouveau dans la nuit. La journée sera pluvieuse, de violentes averses ponctuant un crachin continu.
Le forces de von Manstein approchent de Pyryatine, mais avec lenteur, à la fois en raison de la dégradation des conditions de circulation sur les routes et de la pression exercée par les troupes de Chuikov sur le flanc droit. En fait, quatre divisions d’infanterie de la 37e Armée (soutenues par les restes des 401e et 405e Brigades Antichars) sont réparties de Prylouky, où quelques parachutistes tiennent encore le centre de la ville, jusqu’à Pyryatyne. L’avance allemande les a progressivement refoulées vers le Dnepr, mais Pyryatine est défendue par la 327e DI et la 399e Brigade Antichar.
– Plus à l’est, la 19e PzDiv entre dans Romny vers 10h00 sans grande opposition, bientôt suivie par des éléments de la 12e PzDiv. Puis les blindés allemands commencent à progresser vers Chervonozavods’ke, menaçant de piéger toutes les forces de la Direction Centrale Ouest (Vassilievsky).
C’est en début d’après-midi que la 1ère Armée de Choc de Malinovsky déclenche sa contre-attaque. Le 7e Groupe de Choc (Major-Général A.A. Vlasov) attaque au sud-est de Romny pendant que le 5e Corps de Cavalerie s’infiltre de Chervonozavods’ke (au sud) vers la route est-ouest Romny-Prylouky. Les chars et les troupes motorisées des trois brigades blindées de Vlasov frappent de plein fouet le LVII. ArmeeKorps. Les 20e et 47e Brigades Blindées alignent chacune deux bataillons de chars (à 5 KV-1, 21 T-34 et 10 T-50 chacun), plus un bataillon de fusiliers appuyé par 8 canons de 76 mm. La 131e Brigade Blindée lourde aligne deux bataillons de chars lourds (à 15 KV-1, 3 KV-2 et 10 T-34 chacun), plus un bataillon d’infanterie motorisée. C’est donc en tout 200 chars (50 KV-1, 6 KV-2, 104 T-34 et 40 T-50) qui déferlent sur la 19e PzDiv, laquelle n’en a plus que 90 à peine. La division de Von Knobelsdorff accuse durement le coup. Rapidement coupées, les avant-gardes allemandes sont attaquées par le 5e Corps de Cavalerie, auquel ses chevaux donnent dans la boue une mobilité supérieure à celle des véhicules à roues. La 12e PzDiv (Harpe) tente de secourir la 19e, mais ne peut rassembler pour l’aider que trois compagnies en sous-effectifs, deux équipées de Pz.38t et de Pz.III et une dotée de 11 Pz.IV et 5 Pz.V.
Les Allemands ont d’autant plus de difficultés que les Pz.III, IV et V, dont la pression au sol est élevée, ont de grosses difficultés pour évoluer hors des routes dans la boue. Au contraire, les T-34 et T-50, beaucoup moins chargés au cm2 de chenille, manœuvrent bien plus facilement. Vers 16h30, la 12e et la 19e PzDiv ont perdu plus de la moitié des chars qui leur restaient. Les compagnies PanzerAbteilung s’efforcent d’échapper à l’encerclement et les troupes allemandes commencent à reculer vers Romny, ce qui permet aux 82e et 85e Divisions de Cavalerie soviétiques d’atteindre au crépuscule la route Romny-Prylouky. Dans la soirée, rudement pressés par leurs adversaires, les Allemands évacuent Romny.
– Pour von Manstein, la nouvelle de la contre-attaque de Malinovsky est une très mauvaise nouvelle. Non seulement cela veut dire que l’avance vers Chervonozavods’ke est arrêtée, mais il est lui-même menacé d’être attaqué sur son flanc gauche. Il doit réagir. Après en avoir discuté avec Reinhardt, il décide de laisser Model et sa 3e PzDiv pousser vers Pyryatyne et de faire pivoter le LVI. ArmeeKorps vers l’est pour se débarrasser de la menace soviétique sur son flanc.
Informé durant la nuit, Guderian rejette l’idée de von Manstein : « Ce n’est qu’en avançant qu’on écartera la menace, un coup de poing n’a pas besoin de se protéger ! » Il doit pourtant reconnaître la vulnérabilité des flancs du 2e PzG aux forces soviétiques déployées à l’est de Kiev. Il décide de se rendre en avion au QG de Hitler, à Rastenburg, dès le lendemain, pour demander des renforts d’infanterie afin de pouvoir concentrer ses blindés à la pointe de son offensive.
L’offensive de l’aile sud
Alors qu’un calme précaire est revenu dans son secteur, Kleist s’envole pour Rastenburg, où il arrive en fin de matinée. Guderian, retenu par ses propres problèmes, n’arrivera que le lendemain. Kleist en profite pour tenter de convaincre Halder qu’il faut se contenter de l’option “Petit Typhon”. Cependant, ce dernier a été impressionné par les assez bonnes nouvelles en provenance de la branche nord de Typhon : « Je comprends que vos forces sont trop affaiblies pour avancer rapidement sur la rive droite du Dniepr, mais s’arrêter entre Kanev et Cherkassy serait très prématuré. Vous en reparlerez avec le Führer. »
En effet, dans la soirée, Kleist est reçu par Hitler. Celui-ci se montre compréhensif, mais ne renonce pas au but original de l’opération : « Vous avez fait de votre mieux ! Si ces fichus Hongrois avaient été plus combatifs, ils vous auraient débarrassés de ces troupes qui vous ont tellement gênés sur votre flanc droit. Je savais bien que les Magyars n’étaient pas de vrais Aryens ! Enfin, à présent, il faut corriger cela. J’admets que vous n’aviez pas tout à fait assez de Panzers. Nous allons vous en envoyer 200 de plus ! Avec ça, vous pourrez mener à bien votre mission ! » Hitler, cependant, ne précise pas quand les deux cents chars promis arriveront sur le front.
Côté soviétique, Koniev rencontre Kirponos pour préparer une opération de diversion. De ses positions au sud de Kiev, la 26e Armée, renforcée par les 195e et 200e Divisions (reconstituées) et par la 28e Brigade Blindée qui vient s’ajouter à sa 2e Brigade Antichar, doit passer à l’attaque vers Belaja Tcherkov.
Mullins Harbour (région de Milne Bay)
Le HrMs Valk et ses quatre vedettes lance-torpilles arrivent dans les eaux de Mullins Harbour. Ce sont les premières vedettes lance-torpilles alliées sur ce théâtre. Pour éviter la dangereuse zone de débarquement, les Hollandais établissent une base camouflée sur l’île de Bona Bona, au large de l’entrée ouest de la baie. Leur petite force est accompagnée de quatre vedettes de servitude et de deux praos et la RAN a confié au Valk deux amphibies Walrus. Ceux-ci ont reçu des équipements leur permettant d’opérer de nuit, en fonction de l’expérience acquise à Penang dans le courant de l’année. La tâche principale des deux appareils d’allure antédiluvienne est de reconnaître les eaux côtières. Cependant, ils emportent aussi 350 kg de bombes pour attaquer les petits navires japonais opérant dans Milne Bay.
30 septembre
Paris
Laval, ulcéré par la férocité des attaques contre lui contenues dans le numéro du Petit Journal consacré à l’arrestation de De la Rocque, décide de faire mettre le colonel au secret.
Le Secrétaire Genéral de la Police, René Bousquet, vient de décider le transfert à la maison centrale d’Eysses, réputée bien gardée dans un environnement rural tranquille (près de Villeneuve-sur-Lot, dans le Lot-et-Garonne), d’un choix de personnes arrêtées ou condamnées pour « menées subversives, communistes, anarchistes, terroristes » ou autres et détenues par les forces du Nouvel Etat Français. Cela tombe bien : De la Rocque et “Morland”, ainsi que quelques-uns de leurs camarades du PSF, vont faire partie de la première sélection.
Opération Torche/Torch
Jour J+11
La chute de Palerme
A l’aube, la 15e DBLE débarque sans opposition un peu à l’est de Termini. Pendant que les pointes blindées françaises et américaines poussent vers Campofelice et Cefalù, l’infanterie du 3e Corps et les unités du 4e Corps font leur jonction au sud de Palerme. A 13h45, le Général Amédée Blanc (3e CA) peut transmettre au Général Delestraint que ses hommes entrent dans la ville. A 16h10, le port de Palerme est atteint. L’essentiel de la campagne dans l’ouest de la Sicile est terminé. Les restes des forces italiennes de la région, à présent encerclés dans une poche entre Prizzi et Corleone (la DI Assietta ), sont incapables d’organiser une contre-attaque de quelque importance.
………
Vers Messine par le nord ou par l’est ?
En fin de journée, les généraux alliés se retrouvent à Enna pour discuter la situation. « Il faut poursuivre dans le même sens, recommande Delestraint. Effectuons de nouveaux petits débarquements pour tourner les défenses italiennes sur la côte nord et nous serons très vite à Messine ! » Sir Harold Alexander hoche la tête : « C’est vrai que vos hommes… » « Et les miens ! » s’exclame Patton. « Oui, sourit Alexander. Vous êtes bien partis, même si vous êtes encore à une bonne distance de Messine. »
Montgomery bondit : « Vous voulez dire qu’ils en sont encore très loin ! C’est à Giardini-Naxos [au pied de la ville touristique de Taormine, entre Catane et Messine] qu’il faut débarquer, pour tourner ces fichues défenses accrochées sur les pentes de l’Etna ! Ensuite, nous serons pratiquement à Messine ! » Comme la controverse se poursuit, le Maréchal Alexander décide de repousser sa décision jusqu’à ce que l’ouest de la Sicile soit nettoyé de ses derniers défenseurs.
………
Pendant ce temps, à Rome…
Le général Guzzoni, convoqué à Rome, explique à l’état-major général du Regio Esercito que l’ouest de la Sicile est pratiquement perdu : « La division Assietta est encerclée. Pour lui permettre de tenir plus longtemps, il faudrait qu’elle reçoive du ravitaillement par voie aérienne. » Il explique ensuite son choix stratégique dans la partie ouest de l’île : « Face à une écrasante supériorité aérienne et navale de l’ennemi, la seule possibilité qui nous restait était de livrer des combats de retardement autour du massif de l’Etna. C’est ce que nous faisons, et nos hommes montrent dans cette lutte difficile le plus grand dévouement à la défense de la Patrie [Guzzoni ne fait pas mention du Duce, ce qui est significatif. Aucun de ses auditeurs ne relève cette omission, ce qui est encore plus significatif.]. Mais nous ne pourrons continuer très longtemps à nous battre sans des renforts substantiels, terrestres et aériens. »
Alexandrie
La flotte franco-américaine se dirigeant vers le Pacifique arrive à cette nouvelle étape en fin de journée. Le CA Tourville se joint alors à l’escadre.
Front russe – Opération Typhon
L’offensive de l’aile nord
– Une pluie intermittente tombe de nuages bas sur plusieurs champs de bataille. Dès l’aube, la 3e PzDiv de Model, ou ce qui en reste (une force improvisée constituée autour d’un bataillon blindé décimé, d’un bataillon de Pzr-Grenadieren et de quelques engins de reconnaissance) tente d’enlever Pyryatyne. Mais les Soviétiques de la 327e DI et de la 399e Brigade Antichar sont bien retranchés et le temps empêche les stukas d’appuyer les attaquants.
– A Romny, Malinovsky a constitué un groupe de combat avec les blindés du 7e Groupe de Choc, dont les pertes subies la veille ont été compensées par des chars du 5e Corps de Cavalerie. Cette force quitte Romny à 04h00 vers Prylouky pour couper de leurs arrières les éléments du 2e PzG qui assaillent Pyryatyne. Mais ils se heurtent vers midi au LVI. ArmeeKorps de von Manstein, qui effectue une manœuvre en tenailles parfaite. Les 302e et 312e Brigades Blindées, encore principalement équipées de BT-5 et de BT-7 (elles appartiennent à un corps de cavalerie) et la 24e Division de Cavalerie sont pratiquement détruites en deux heures de combat. Les forces de von Manstein repoussent les Soviétiques jusqu’à Romny, où ils arrivent au crépuscule. Là, cependant, la 6e PzDiv est attendue par la 398e Brigade Antichar et la 131e Brigade Blindée lourde. Les Allemands perdent 27 chars en vingt minutes et Manstein suspend l’attaque. Il a évité la catastrophe, mais son LVI e AK est presque épuisé.
– Pendant ce temps, à Bakhmach, le Groupe Mobile Tchernyakovsky (surnommé “Armée Blindée du Dnepr”), renforcé par la 168e Brigade Blindée lourde et les 324e et 526e Rgt d’Artillerie à grande puissance, attaque en force le flanc gauche allemand, espérant provoquer l’encerclement d’une partie du 3e PzG. L’objectif est présomptueux, considérant les forces commandées par Tchernyakovsky, mais les éléments du XXXIX. AK qui tiennent Bakhmach sont durement éprouvés. C’est la 20e DI qui subit le choc le plus violent et seule une utilisation adroite de ses canons antichars et de quelques canons d’assaut de la 7e PzDiv lui évite d’être complètement débordée. Malgré sa résistance, les troupes soviétiques commencent dans la soirée à s’infiltrer dans Bakhmach.
– Alors que ses hommes affrontent un nombre inattendu de forces soviétiques, Guderian est à Rastenburg, où il tente d’obtenir une partie des divisions d’infanterie maintenant déployées devant Smolensk en plus des renforts de blindés neufs qui lui ont été promis pour remplacer ceux perdus depuis le début de Typhon. Comme en témoigne le journal de Halder, il est fraîchement reçu ! Halder, opposé depuis le début à l’offensive en Ukraine, n’apprécie absolument pas l’autonomie accordée à Guderian et sa nomination à la tête de la 1ère PanzerArmee. Son adjoint, von Paulus, est bien mieux disposé envers Guderian. Mais le plus important est que les troupes déployées à l’est de Minsk n’ont pas récupéré après les batailles du mois d’août. Alléger le dispositif dans cette région pourrait offrir à Joukov une bonne occasion pour repartir à l’attaque.
Les nouvelles qui arrivent de Méditerranée n’aident pas non plus Guderian. La Sicile est donnée comme perdue et les Alliés ont lancé une nouvelle offensive dans le Péloponnèse. Le risque de voir l’Italie s’effondrer devient tangible !
Tout ce que peut obtenir Guderian après avoir rencontré Hitler dans l’après-midi est l’envoi de 200 chars en plus des 300 déjà promis par von Paulus. Mais ces 500 blindés ne pourront arriver par train que jusqu’à Gomel (ou même Jlobine, si la gare de Gomel est trop endommagée par les bombardiers soviétiques). Ils devront ensuite rouler vers le sud par leurs propres moyens. Ces 500 chars sont bien plus que ce à quoi von Kleist a droit (200 chars), mais quand atteindront-ils le champ de bataille ?
Guderian s’efforce aussi de réduire les ambitions de Typhon. Arguant du fait que von Kleist est en retard dans son avance vers le Dniepr, il propose à son tour de se contenter d’un encerclement encore très significatif en faisant converger les troupes allemandes vers Tcherkassy et non vers Krementchouk. Cette option “Petit Typhon” (Kleine Taifun) n’est acceptée ni par l’OKH ni par l’OKW. Cette fois, la principale raison alléguée est que cette manœuvre restreinte interdirait d’autres mouvements vers Rostov et la Crimée et que le Dnepr est si large à Tcherkassy que les flottilles fluviales soviétiques pourraient probablement ravitailler Kiev et les troupes encerclées. En réalité, Halder cherche par tous les moyens à nuire à Guderian. Celui-ci le méprise ouvertement, car il l’estime trop conservateur. Halder en retour considère que Guderian se prend pour une vedette et refuse de concevoir ses plans dans le cadre d’une stratégie globale.
L’offensive de l’aile sud
Alors qu’une pluie de plus en plus froide tombe à nouveau sur le champ de bataille, la 26e Armée attaque, sous le commandement du général Kostenko. Les 99e et 195e Divisions d’Infanterie, appuyées par le 133e Régiment d’Artillerie et la 28ème Brigade Blindée, se ruent sur les positions de la 299e Division d’Infanterie allemande. Celle-ci plie sous le choc et se retire progressivement jusque sur le Ros’, près de Belaja Tcherkov. Les combats sont très violents, mais les troupes allemandes se raidissent peu à peu et parviennent à bloquer l’assaut des Soviétiques. Vers 16h30, ces derniers ont atteint la rivière en trois endroits, mais ils sont incapables de la franchir. Kostenko décide alors d’attendre l’arrivée de troupes spécialisées du Génie.
Pendant ce temps, à Rastenburg, Kleist voit Guderian demander lui aussi de réduire les ambitions de Typhon, mais il ne cherche pas à le soutenir. Il est en effet ulcéré de constater que Guderian a obtenu 500 chars, alors qu’on ne lui en a promis que 200. Cependant, apprenant la nouvelle de l’offensive russe, il écourte son séjour à Rastenburg et rejoint Boguslav dans la soirée.
Sydney
Un important convoi venu de Grande-Bretagne débarque 300 chars Valentine et 100 Matilda I et II, des Hurricane, des Defiant ainsi qu’un abondant matériel allant d’obus de 15 pouces pour le BC HMS Renown à des portes pour la nouvelle cale sèche de Sydney.
Port Moresby
Opération Havelock
Un nouveau convoi pour Mullins Harbour appareille. Il se compose de six navires : trois australiens, les Westralia, Kanimbla et Manoora, le Norvégien Moshill (2 959 GRT, 15,5 nœuds), l’Anglais Coptic (Shaw Savill & Albion Lines, 8 533 GRT, 15 nœuds) et le Français Edea (3 747 GRT, 15 nœuds). Le convoi transporte une grande quantité de matériel et de ravitaillement pour les hommes des 7e et 15e Brigades, ainsi que les huit mille hommes des 4e et 10e Brigades : le reste de la 3e Division de l’AMF.
L’escorte est constituée de plusieurs petits bâtiments et de quatre destroyers de l’US Navy, dont la DCA a été spécialement renforcée : les DD-356 Porter, 415 O’Brien, 416 Walke (un vétéran de la Mer de Corail) et 487 Lardner.
L’escadre de l’amiral Crace, autour du Renown, venue spécialement de Nouméa, assurera la couverture à distance. Elle est accompagnée par le vieux porte-avions Argus, dont le groupe aérien est composé de six Fulmar (pour la reconnaissance et la lutte contre les avions de reconnaissance japonais) et de six Swordfish ASM. L’Argus est arrivé d’Angleterre quelques jours plus tôt. Il vient de “livrer” à Port Moresby les 45 bombardiers en piqué Vultee V-72 Vengeance I de la 52e Escadre d’Appui au Sol (GCA I et II/52), avec leurs équipages.
Les six transports amènent aussi des officiers de la 32e Division d’Infanterie américaine du général Eichelberger. Cette unité est essentiellement constituée d’hommes de la Garde Nationale du Wisconsin et du Michigan, qui ont commencé à arriver dans des camps de la région d’Adélaïde au mois d’avril. En juillet, la division a fait mouvement jusqu’à Brisbane pour s’acclimater. Le commandement allié a décidé de former à Milne Bay le 1er Corps allié avec la 3e Division AMF et la 32e Division US Army. Ce corps sera commandé par Eichelberger, en principe au bénéfice de l’âge (né en 1886, Eichelberger est plus vieux que tous les généraux australiens en dehors de Blamey, Laverack et Mackay). En réalité, cette nomination a pour but de pousser les Etats-Unis à s’engager davantage sur ce théâtre. Pour faire mieux passer du côté australien la nomination d’un Américain comme chef de corps, le général Clowes, commandant la 3e Division AMF, est rappelé en Australie.
Egalement embarqués sur le convoi, quelques officiers et sous-officiers de la 1ère Division AMF, évacués de Guadalcanal pour maladie, sont chargés de convaincre les Victoriens de la nécessité absolue de la discipline anti-malarique. Le Lt-Gen. Sir Stanley Savige (nouveau commandant en chef de la 3e Division AMF, qui vient remplacer Clowes) est convaincu et donne des ordres très stricts. Une amende immédiate d’une livre (une somme notable, à l’époque) punit les hommes surpris à porter des shorts, à ne pas porter de chemises ou à relever leurs manches. Ces décisions porteront leurs fruits par la suite, quand ces deux brigades n’auront à déplorer qu’un très faible taux de soldats souffrant de paludisme.
Guadalcanal
La situation se stabilise. Les Marines tiennent un front qui suit la Lunga à l’ouest, mais est limité au sud par le massif de Bloody Ridge, dont les canons interdisent l’utilisation de l’aérodrome.
Dans la journée, le temps s’améliore et les aviations des deux camps poursuivent leur activité. Sur l’eau, la Baie est vide en dehors des deux navires-hôpitaux.
[1] BB MN Provence (amiral), HMS Queen Elizabeth, USN New York et Texas, CVE Lafayette (AC-14 avec 12 F4F-3A et AT-7 avec 4 Swordfish), CA MN Colbert et USN Augusta, CL MN La Galissonnière, USN Brooklyn, Philadelphia et Savannah, écran de 13 DD : MN Le Mars, Ouragan, Simoun, Tramontane, Typhon, Vauquelin, USN Corry, Eberle, Hambleton, Hobson, Macomb, Roe, Rowan.
[2] Placé en réserve par la Marine Nationale, le Macchi sera “généreusement” cédé à la minuscule marine de l’Albanie redevenue indépendante. Désarmé après quelques années de service, il sera vendu à un ferrailleur italien, puis racheté par l’Amicale des Anciens du Service Maritime de la Guardia di Finanza. Il est aujourd’hui visible à Gaète, au musée de l’école nautique de cette Arme, présenté sous le gréement de sa jeunesse austro-hongroise (quoique certains spécialistes contestent l’exactitude de cette restauration).