Septembre 1942 (1/6)

 

1er septembre

Paris

Journal de Jacques Lelong – J’ai repris ma routine de vendeur de journaux. Humble mais utile boulot, l’identification des unités en permission à Paris me permet d’attendre la mission plus glorieuse (et, j’espère, plus dangereuse) que Brume m’a promise. Le secteur du Moulin Rouge est idéal pour repérer les hommes du rang, mais pour ces informations aient un sens, je dois les recouper à partir de la présence ou non des officiers de ces mêmes unités. Je passe donc l’après-midi près du Jardin des Tuileries – les gradés boches apprécient la Kultur et font volontiers un petit tour au Louvre avant d’aller goûter des plaisirs inaccessibles au commun des troufions dans un établissement discret.

J’ajoute à cette mission le signalement de certains camions allemands qui rôdent dans les rues de Paris. Ils transportent des équipements de détection radio et sont à l’affût des émissions de nos opérateurs, sur lesquels plane une menace de mort constante chaque fois qu’ils émettent. Me concentrer sur ce travail m’aide à oublier, mais dans le même temps, cette relative inaction me pèse. Pendant que d’autres se font tuer pour moi, de la Méditerranée aux îles du Pacifique et des plaines de Russie aux convois de l’Atlantique, je prends le soleil aux Tuileries !

 

Paris

10h00 – Radio Nouvelle France, pour commenter l’arrestation du colonel de la Rocque, donne la parole à Jacques Doriot, ministre de l’Intérieur et de la Reconstruction Nationale. Ce dernier justifie l’arrestation du colonel et d’une dizaine d’autres « ennemis de la patrie » (Juifs, communistes et même quelques prêtres) interpellés aux petites heures de la nuit en région parisienne. Il joue à merveille l’homme d’état responsable jusqu’à une question du journaliste de radio Nouvelle France sur Lucien Lacombe, membre des SSLAAN, entre la vie et la mort : « J’espère une issue heureuse à ce tragique incident, mais mes pensées vont à la famille de ce vrai Français qu’est le jeune Lacombe, tombé sous les coups de la racaille à la botte des francs-maçons et des youpins ! » Il se lance alors dans une série d’insultes plus ou moins ordurières, ciblant tous les (nombreux) ennemis du Nouvel État Français avant de revenir aux amis du colonel et de conclure : « Je peux vous assurer que les “froides queues”[1] vont payer très cher leurs saloperies ! »

12h30 – Jean Borotra, ministre des Sports du gouvernement Laval (et ancien membre du PSF de De la Rocque) remet sa démission à Laval en guise de protestation. Jacques Ybarnegaray, ministre des Anciens Combattants, autre ancien sympathisant du PSF, qui avait promis d’accompagner Borotra dans son geste, se donne finalement « le temps de la réflexion » et part en villégiature dans son Pays Basque natal.

 

Clermont-Ferrand

22h00 – Plusieurs cadres du PSF se réunissent en secret pour réagir à l’arrestation du colonel de la Rocque : autour de Noël Ottavi, Georges Riché, Jean Legendre et Pierre de Léotard, tous également membres du Réseau Klan[2]. Ils entament la rédaction d’un numéro spécial du Petit Journal clandestin, exigeant la libération du colonel, « le Sauveur du 6 février », et dénonçant la politique collaborationniste et répressive de Laval, qualifié de « nouveau Foutriquet » et de son gouvernement. Ce pamphlet est signé de leurs vrais noms par les quatre hommes, qui ont décidé d’entrer dans la clandestinité.

Le texte est transmis à l’imprimerie clandestine du Petit Journal. Dans le mois qui suit, elle sortira environ 300 000 exemplaires de ce numéro exceptionnel, soit le double de son tirage d’avant-guerre !

 

Lyon

Le local du SONEF à Lyon est saccagé et incendié. Cet incendie, qui ne fera aucune victime, est l’épisode le plus spectaculaire d’une nuit de violences, bagarres et actes de « vandalisme » (dira le gouvernement Laval, dont plusieurs dizaines de voitures officielles ont vu leurs pneus crevés).

 

Rome

Mussolini rencontre au palais du Quirinal les officiers commandant les trois armes pour étudier la situation stratégique. Le haut commandement italien est divisé entre ceux qui, comme Mussolini, pensent que le principal effort allié se portera sur les Balkans ou sur la côte est de l’Italie du Sud, et ceux qui s’attendent à des débarquements simultanés en Sicile et en Sardaigne, pour “grimper l’échelle” vers la Corse. « Quoi qu’il en soit, avertit le chef d’état-major de la Regia Aeronautica, chacun ici doit être conscient que depuis des semaines, nos forces aériennes subissent quotidiennement de lourdes pertes au-dessus de la Sicile, de la Sardaigne et de l’Italie du Sud, et ces pertes atteignent un niveau insupportable ! »

 

Nord de la Mer Egée

Le destroyer italien Strale, escortant avec les MAS 530, 533 et 574 un convoi de caboteurs entre Volos et Salonique, est attaqué par des Mustang NA-73 et NA-92FGA de la 13ème EC française. Un caboteur est coulé par les bombes de 250 livres des NA-73 et le Strale est sévèrement endommagé par les obus des canons de 40 mm “S” des NA-92FGA.

 

Mindanao

Ses forces amoindries par les combats et la maladie, le Général Wainwright donne l’ordre aux hommes qui lui restent de se diviser en petites formations et de se disperser dans la jungle, avec l’aide des populations Moros. Les troupes alliées, totalisant 15 500 à 16 000 hommes, vont former l’ossature d’une organisation de guérilla. Avec les forces Moros, ce sont 50 000 hommes qui empêcheront jusqu’à la fin de la guerre les Japonais de contrôler Mindanao.

 

Piste de Kokoda (Papouasie – Nouvelle-Guinée)

Les Australiens accumulent du ravitaillement et reposent leurs troupes autant que possible.

La 30ème Brigade, AMF, est déployée à Kokoda, avec l’ordre de protéger la base établie sur place. Elle n’a cependant plus de “Brigade” que le nom. Le 39ème Bataillon compte… 12 hommes (plus 68 à l’hôpital à Port-Moresby) ; le 49ème en a 60 en ligne (plus 190 à l’hôpital à Moresby ou en train de récupérer à Myola) ; l’effectif du reste de la Brigade (éclaireurs papous, volontaires…) se monte à 50 hommes. La 30ème possède aussi deux canons de 25-livres qui soutiennent les hommes de la 18ème Brigade du Général Wooten, mais la principale raison qui pousse ce dernier à vouloir que la 30ème soit officiellement présente sur l’ordre de bataille australien est qu’elle puisse légalement recevoir les honneurs de la victoire, qu’il estime certaine, et qu’elle puisse revenir là où elle a commencé à se battre – à Buna.

La 18ème Brigade AIF (2/9, 2/10 et 2/12ème Bataillons) va être renforcée par la 21ème Brigade AIF (2/14, 2/16, 2/27ème Bataillons), qui est en route, ainsi que le Bataillon du Génie de la 7ème Division. Il a en effet été décidé d’utiliser cette division de l’AIF jusqu’à ce que la 2ème Division, AMF, soit convenablement équipée et acclimatée. La 4ème Division, AMF, a été avertie qu’elle pourrait, elle aussi, être déployée en Nouvelle-Guinée.

 

Milne Bay (Nouvelle-Guinée)

Les Japonais lancent une série d’attaques de reconnaissances sur le flanc exposé des forces de Field, au sud de la Maiwara. Ces attaques, qui vont se poursuivre plusieurs jours, vont leur permettre de repérer les positions australiennes. Les Ki-48 bombardent presque quotidiennement le village de Dagama, identifié comme le môle de la défense du secteur. Pire, les Ki-51 représentent un problème très gênant pour les Australiens, car leurs attaques ralentissent sévèrement le flux du ravitaillement et commencent à prélever un tribut croissant sur les petits navires utilisés pour transporter les approvisionnements.

 

Guadalcanal

Alors que le temps se détériore à nouveau, le travail continue chez les Marines pour se réorganiser et réparer les dégâts causés par le Yamato et le Nagato. Il va leur falloir reconstituer leurs stocks de ravitaillement, de carburant et de munitions. Cependant, si les dépôts de nourriture ont été touchés, les conserves restent à peu près consommables, même si les boîtes ont été passablement dispersées et cabossées par les obus japonais.

Deux transports rapides américains (de vieux destroyers reconvertis) gagnent Tetere de jour sous le couvert des orages, débarquent du ravitaillement et évacuent une centaine de blessés capables de marcher et de supporter le trajet jusqu’à Nouméa.

Une navette du HMAHS Wanganella remet à l’état-major de Vandegrift les documents laissés à bord du navire-hôpital par l’équipe d’inspection japonaise la nuit précédente. Parmi eux, une lettre destinée au commandement allié local indique que la Marine Impériale a informé les gouvernements des Etats-Unis et de l’Empire britannique, par l’intermédiaire de la Suisse, en tant que Puissance Protectrice, que le navire-hôpital japonais Hikawa Maru arrivera prochainement sur place et mouillera aussi près que possible du Wanganella. Il aura à son bord un citoyen de la Puissance Protectrice et sera ouvert à toute inspection. Une carte montrant le mouillage prévu et l’itinéraire des embarcations entre le navire-hôpital et Pointe Cruz est jointe à la lettre.

 

 

2 septembre

Chicago – La première réaction en chaîne auto-entretenue

Arthur Compton téléphone à Conant et Oliphant à Washington que « Le navigateur italien et la porcelaine de Saxe ont débarqué sur le Nouveau Monde, les indigènes sont amicaux ! » Sous des gradins de Stagg Field, à l’Université de Chicago, une équipe menée par Enrico Fermi (le “navigateur italien”) et Irène Joliot-Curie (la “porcelaine de Saxe”) vient de réussir à lancer la première réaction nucléaire en chaîne auto-entretenue. Un nouvel obstacle scientifique majeur sur la route de la Bombe est levé.

Le principal problème industriel est maintenant de produire suffisamment de matière fissile suffisamment pure. Les accords passés avec l’UMHK, l’utilisation du stock acquis par les alliés franco-britanniques et la remise en état de la mine de Shinkolobwe vont assurer un approvisionnement régulier en matière première indispensable.

Trois projets parallèles sont mis en route (Mark I, II et III) ; deux d’entre eux aboutiront, en un peu plus de deux ans et demi. Le premier conduira à une bombe à uranium, le second à deux bombes au plutonium…

 

Dieppe – Opération Rutter/Routier (voir annexe 42-9-2)

01h45-04h45 – Les attaques aéroportées et les diversions

01h45 – Soixante-trois bombardiers légers Beaumont I des Sqn 13, 88, 107, 226, 418 (RCAF), 605 et 614 bombardent Berneval et Puys, visant la batterie côtière Goebbels. Deux avions sont abattus par la Flak, très dense.

02h05, près d’Hénin-Beaumont – La principale voie ferrée reliant Paris à Lille est sabotée par la Résistance. Ce sabotage est le premier de l’opération Tournevis, destinée à détourner l’attention allemande du début de Rutter.

02h10, Longueau (près d’Amiens) – Dans le cadre de “Tournevis”, le dépôt de la SNCF est attaqué par la Résistance. Sept locomotives sont détruites et trois endommagées.

02h15, près d’Arques-la-Bataille – Vingt et un éclaireurs du 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes sont les premiers combattants de Rutter à toucher le sol français. Les hommes sont très émus, même s’ils savent qu’il ne doit s’agir que d’un aller-retour. Hélas, pour plusieurs d’entre eux, cette reprise de contact avec la terre natale va être mortelle. En effet, la drop zone prévue est au nord d’Arques, mais un vent violent a fait dévier les pilotes des DC3 et le stick tombe dans une petite vallée au sud de la ville, au nord du hameau de Grèges, à l’est d’Hautot. Six hommes se noient dans les marais.

02h35, QG de la 302ème D.I. allemande, Envermeu, 15 km au sud-est de Dieppe« Des parachutistes ont été signalés du côté d’Arques, Herr Colonel. »

– Ah, peut-être que la Flak n’a pas surestimé ses exploits, cette fois ! Ils nous ont dit qu’ils avaient abattu cinq ou six des bombardiers anglais qui ont attaqué Berneval, ces parachutistes sont sans doute les survivants des équipages.

02h45, Kommandantur de Liévin – Une charge de 2 kg d’explosifs, déposée quelques heures plus tôt par une employée française chargée de faire le ménage, dévaste les locaux. Trois officiers sont tués et quatre soldats blessés.

02h50, QG de la 302ème D.I. allemande, Envermeu« Heil Hitler, Herr General ! »

– Heil Hitler… Ces fichus bombardements m’ont réveillé. Je me suis dit que je ferais mieux de venir plutôt que de chercher à me rendormir. C’est Goebells qui a dégusté, n’est-ce pas ? Rien d’autre à signaler ? (Lt-Général Konrad Haase, commandant de la 302ème DI)

02h50, Normandie et Picardie – L’opération Tournevis se poursuit. La Résistance entame la destruction systématique des lignes téléphoniques entre Rouen et Arras.

02h55, près d’Arques – En traversant la voie ferrée à l’est d’Arques, les parachutistes lâchés au sud de la ville tombent sur une patrouille allemande. L’escarmouche qui suit fait cinq morts allemands et deux parmi les parachutistes. Elle a cependant un bon côté : le bruit permet au groupe de Résistants qui devait accueillir les hommes du 1er RCP de les trouver enfin, après quelques minutes d’angoisse dans le noir pour distinguer amis et ennemis.

03h15, QG de la 302ème D.I. allemande, Envermeu« Message au Commandement de la 15ème Armée – Il semble que l’ennemi ait lancé un raid de commando contre l’ancien QG de la division, à Arques. Les éléments ennemis ont été repoussés non loin de la gare. Les 5ème et 11ème Compagnies du 571ème Rgt ont reçu l’ordre de faire mouvement pour sécuriser la ville. »

03h25, QG de la 302ème D.I. allemande, Envermeu« Message au Commandement de la 15ème Armée – Selon les derniers rapports, il ne s’agit finalement pas d’un raid de commando, mais d’une tentative de saboter les voies ferrées et sans doute la gare d’Arques. (signé) Lt-Gén. Haase »

– Nous nous sommes inquiétés pour rien, je crois. Annulez l’ordre donné aux deux compagnies du 571ème.

– Impossible, Herr General. On vient de me signaler que toutes les lignes téléphoniques ont été coupées il y a quelques instants.

– Encore un coup des terroristes ! Alors, ne restez pas planté là ! Envoyez des motos.

Mais les deux motocyclistes envoyés par le Lt-Gén. Haase vont être interceptés et abattus par des parachutistes alors qu’ils approchent de leur but.

03h30, QG de la 15ème Armée allemande, Lille« Message d’alerte – Il semble que les terroristes français aient lancé une vaste opération de désorganisation des communications ferroviaires dans les régions de la Basse-Seine, de la Picardie et du Pas-de-Calais. Il est possible qu’ils soient soutenus par quelques commandos parachutés. (signé) Col.-Gén. Haase[3] »

03h35, Aérodrome de Saint-Aubin, au nord-ouest d’Arques – Dix-huit planeurs Horsa, emportant une grande partie du 2ème Bataillon du 1er RCP, s’abattent directement sur le petit aérodrome. Le “posé d’assaut” est coûteux, car la Flak légère détruit trois planeurs encore en vol et mitraille sans pitié deux autres à peine posés, faisant 82 morts dans ces cinq appareils. Cependant, après dix minutes de combat, le terrain est aux mains des parachutistes, qui y laissent 16 morts et 28 blessés de plus.

03h40, autour d’Arques – Au sud de la ville, une compagnie est lâchée au nord de Grèges et une compagnie renforcée se pose près d’Hautot, avec l’aide de six planeurs Horsa. Au nord d’Arques, une compagnie se pose sur la drop zone prévue, la navigation des DC3 ayant été corrigée à la suite de la mésaventure des éclaireurs ; ces unités sont accueillies par la Résistance.

04h05, au nord d’Arques – Les hommes du 1er RCP, qui tentent de prendre le contrôle de la route d’Arques aux Vertus et du carrefour ferroviaire près de la rivière Béthune, sont engagés par de petits groupes de combat allemands improvisés. Une action confuse se prolonge plusieurs minutes. Manquant d’armes lourdes, les Allemands sont repoussés vers Arques, d’où ils tentent sans succès de contacter le QG de la 302ème DI.

04h10, QG de la 15ème Armée allemande, Lille« Message à l’OberKommando-West – Les communications sont actuellement coupées avec la 302ème Division, car les lignes téléphoniques ont été sabotées et l’ennemi maintient un brouillage intense sur les ondes courtes. Nous prévoyons une activité terroriste importante contre nos troupes et contre les installations industrielles travaillant pour le Reich dans une zone allant du nord de la Seine jusqu’au District Minier. Cette activité pourrait être soutenue par des troupes aéroportées et des bombardiers. (signé) Col.Gén. Haase »

04h20, autour d’Arques – Au nord-ouest, les troupes du 1er RCP débarquées sur l’aérodrome de Saint-Aubin détruisent la batterie de Flak lourde près du village des Vertus, puis la batterie Goering (quatre obusiers de 100 mm). Au sud, la compagnie renforcée qui tient Hautot étend son périmètre défensif jusqu’à la petite route qui va de Varengeville-sur-Mer à Pourville.

04h30, Etats-Majors allemands« Message de l’OberKommando West (OK West) à l’OberKommando Heer (OKH) – Des groupes terroristes soutenus par des commandos aéroportés lancent actuellement une importante opération dans le nord de la France afin de désorganiser les communications et les activités économiques. Des grèves et manifestations pourraient se produire dans le District Minier. Les unités des forces armées et de la police ont été mises en alerte. »

L’OK West alerte aussi la 3ème Luftflotte (Général Hugo Sperrle) et le Commandement Naval Ouest.

Les forces de la 3ème Luftflotte comprennent les Jagdgeschwader 2 et 26 (chasse) et les Kampfgeschwader 2 et 40 (bombardement). Mais aucune de ces grandes unités n’est à pleine force.

Les forces navales disponibles dans la Manche sont faibles : deux flottilles de torpilleurs basées au Havre (3ème Flottille, avec les T-2, T-4, T-14 et T-19 ; 5ème Flottille avec les seuls Falke et Kondor) et trois flottilles de S-Boots, deux basées à Cherbourg (les 2ème et 5ème) et une à Ostende (la 4ème).

04h40, au sud d’Arques – Les parachutistes lâchés au nord de Grèges attaquent les batteries Rommel et Mobile-Est (quatre obusiers de 100 mm chacune) couvrant la plage de Puys. La batterie Rommel est facilement détruite, mais la batterie Mobile-Est, située plus au nord, à l’intérieur des défenses de Dieppe, est une cible plus difficile. Les paras sont repoussés avec de lourdes pertes (13 morts et onze blessés) après avoir détruit un seul obusier.

………

04h45-06h45 – Berneval (plages Yellow I et II) : l’attaque du flanc est

A l’est de Dieppe, les hommes du 3ème Commando britannique (Lt.Col. Durnford-Slater) et ceux du 1er Commando belge (Capitaine Danloy) sont déposés sur les plages Yellow I et II par des LCI(L), des LCP et les huit bateaux de la 2ème Escadrille de Vedettes Rapides du Corps de Marine[4]. La couverture navale est assurée par les contre-torpilleurs français Aigle et Milan et la 1ère Escadrille de Vedettes Rapides du Corps de Marine[5].

Sur Yellow II, les commandos britanniques débarquent sans être vus et, après avoir franchi les barbelés, se fraient rapidement un chemin dans Berneval-le-Grand. Comme ils atteignent la petite église, ils sont pris pour cible par un nid de mitrailleuses, mais après un bref combat, les défenses allemandes sont prises d’assaut.

Sur Yellow I, les Belges atteignent les falaises avant que les défenseurs, surpris, ouvrent le feu. Cependant, les tirs sont très vite violents. Le ML-247, sérieusement endommagé, doit être pris en remorque par le ML-246. Le Milan et l’Aigle ripostent de toutes leurs armes[6]. L’Aigle se rapproche de la plage au point qu’il talonne, mais fait taire plusieurs bunkers. Profitant de cet appui, les commandos belges entrent à 05h15 dans Le Petit-Berneval.

Au même moment, les commandos britanniques attaquent la batterie Goebbels (3 canons de 170 mm et 4 de 105 mm), qui a été bombardée pendant la nuit. Après un combat bref mais brutal, la plupart des défenseurs sont tués ou blessés, la batterie est enlevée et les canons détruits. C’est là que tombe le lieutenant Edward Loustalot, US Army, l’un des 44 Rangers intégrés dans les commandos britanniques. C’est le premier soldat américain à être tué sur le sol de l’Europe de l’Ouest depuis le début de la guerre. A 05h45, le Lt-Col. Durnford-Slater transmet au Milan que la batterie Goebbels est hors d’état de nuire.

Les commandos belges et britanniques commencent alors à établir un périmètre défensif s’étendant à l’ouest jusqu’à Belleville-sur-Mer pour protéger le débarquement sur Blue Beach (Puys).

Dès 05h10, le général Konrad Haase (302ème DI) a ordonné au 302ème Bataillon Antichar de contre-attaquer en direction de Berneval. Un peloton cycliste, la 3ème Compagnie du 570ème Rgt et une compagnie du Génie de la division font aussi mouvement vers Berneval, du sud (Ancourt et Graincourt) ou de l’est. A 05h30, ces unités sont prises sous le feu des monitors lourds de la Royal Navy à Ancourt. Elles entrent cependant en contact à 06h15 avec les lignes des commandos, où elles sont arrêtées par les armes lourdes de l’infanterie. A 06h25, les Tornado des Sqn 56 et 609 commencent à attaquer les troupes allemandes venant de Grancourt. Le Milan et l’Aigle y ajoutent bientôt le poids de leurs canons de 138. A 06h45, le Général Haase est informé que la contre-attaque est stoppée.

………

04h45-06h45 – Varengeville (plages Orange I et II) : l’attaque du flanc ouest

A l’extrémité ouest de la zone de débarquement de Rutter, le Commando britannique n°4 (Lt.Col. The Lord Lovat) exécute un débarquement quasi parfait, dont l’objectif principal est la batterie Hess (six canons de 150 mm) à Varengeville.

Les bateaux de débarquement atteignent la plage à 04h56, entourés par les DE HMS Calpe et Fernie et la 1ère Flottille ASM française[7]. Les forces de Lord Lovat qui débarquent sur Orange II (Quiberville) sont repérées à la dernière minute par les défenseurs allemands, mais les bunkers sont rapidement réduits au silence par le feu du HMS Calpe. Sur Orange I (Vasterival), le groupe du Major Mills-Roberts est mis à terre sans opposition. Ses hommes s’ouvrent le chemin de la batterie Hess en détruisant barbelés et autres obstacles à coups de torpilles Bengalore. Sans atteindre les forces menées par Lovat lui-même, Mills-Roberts attaquent immédiatement la batterie, malgré les tirs d’une tour de Flak. Les hommes de Lovat arrivent alors de l’ouest et du sud, surprenant les défenseurs de la batterie Hess. Pendant la bataille, le Caporal Franklin Coons, des Rangers, détruit à lui seul un nid de mitrailleuses lors de ce qui sera décrit comme une attaque “selon le manuel” ; l’exploit lui vaudra la première médaille décernée à un soldat américain en Europe de l’Ouest depuis 1918. La lutte est cependant très chaude. Le chef de la F-Troop des commandos anglais, le Captain Pettiward, est tué et son unité est clouée au sol. Profitant d’une intervention des Hurricane IIE des Sqn 3 et 87, le Captain Pat Porteous, qui succède à Pettiward, mène en personne une charge qui emporte la position ennemie, y gagnant une Victoria Cross.

A 06h45, la batterie Hess est entre les mains des forces de Lovat, ses canons sont détruits et les commandos britanniques commencent à évacuer Varengeville.

………

05h00-06h50 – Puys et Pourville (Blue Beach et Green Beach) : le débarquement principal

L’attaque principale doit commencer un quart d’heure après celle des commandos sur les ailes est et ouest, avec l’aide d’un « appui naval substantiel ». Une force de 12 MGB de la Royal Navy doit en outre couvrir la flotte à l’ouest.

1 – Les plans

– La force affectée à Blue Beach (à l’est) comprend la 4ème Brigade d’Infanterie canadienne (Brigadier Sherwood Lett), composée du Royal Regiment of Canada (Lt-Col. Cato), du Royal Hamilton Light Infantry (Lt-Col. Labatt) et de l’Essex Scottish Regiment (Lt-Col. Jasperson), mais aussi le 1er Groupement de Choc français (Col. Gambiez – trois bataillons, 1 865 hommes). Ces forces sont appuyées par les 51 chars Churchill I et III du 14ème Bataillon blindé du Calgary Rgt (Lt-Col. Andrews). La première vague doit comprendre deux bataillons français et le Royal Regiment of Canada, l’Essex Scottish Rgt restant en réserve flottante.

Blue Beach doit être pilonnée par les deux monitors lourds HMS Marshal Soult et Marshal Ney, escortés par les DE (classe Hunt) HMS Brocklesby, Garth et Albrighton, le monitor léger type G M-112 (RN) et les trois monitors légers type F M-124 (RN), M-125 (Marine Royale Hollandaise) et M-127 (RN). La 13ème Minesweeper Flotilla de la Royal Navy doit assurer la lutte anti-mines dans la zone de Blue Beach.

La 4ème Brigade doit enlever Puys avant d’aller, d’une part, rejoindre les paras français près de Grèges et, d’autre part, pousser vers Dieppe pour atteindre la partie est du port. Le “1er Choc” de Gambiez doit entrer dans Dieppe même. Le Royal Hamilton Light Infantry (RHLI) doit être l’élément de manœuvre et progresser vers la vallée de la Béthune. Il doit ensuite, avec l’aide des paras français, tenir une position entre la route Ancourt-Dieppe et la Béthune, pour prévenir toute tentative de renforcer Dieppe par le sud-est.

– L’attaque de Green Beach (à l’ouest) doit être menée par la 6ème Brigade d’Infanterie canadienne (Brigadier William Southam), composées des Fusiliers Mont Royal (Lt.Col. Ménard), des Cameron Highlanders of Canada (Lt.Col. Gostling) et du South Saskatchewan Regiment (Lt.Col. Meritt). La 6ème Brigade doit être appuyée par les 38 chars Ram des escadrons B et C du Lord Strathcona’s Horse (5ème Armoured Division canadienne). Le South Saskatchewan Rgt (SSR) doit prendre le contrôle de la plage, les Cameron Highlanders of Canada doivent assurer l’exploitation et les Fusiliers Mont-Royal sont en réserve flottante.

L’assaut doit être appuyé par le croiseur léger HMS Newcastle, le croiseur AA HMS Scylla (navire amiral de l’opération, également chargé de coordonner la défense anti-aérienne dans la zone de Dieppe), les DE (classe Hunt) HMS Berkeley et Bleadale et ORP Krakowiak (polonais), deux monitors légers de type G (M-113 de la Royal Navy et M-114 de la Marine Nationale) et deux de type F (M-128, norvégien, et M-129, hollandais). La 9ème Minesweeper Flotilla de la Royal Navy doit assurer la lutte anti-mines dans la zone de Green Beach.

Après le débarquement, la 6ème Brigade doit remonter la Scie. Un groupe de combat du South Saskatchewan Rgt doit s’emparer de la station radar allemande de Quatre-Vents. Les Cameron Highlanders, aidés par les chars Ram du Lord Strathcona’s Horse, doivent prendre Appeville et Les Vertus, rejoindre les paras français tenant le terrain de Saint-Aubin et bloquer la vallée de la Béthune au nord d’Arques. Après avoir fait la jonction avec le Royal Hamilton Light Infantry, achevant d’encercler Dieppe, les Cameron Highlanders doivent attaquer la ville en partant de la vallée de la Béthune. L’objectif principal est le port, qu’il est prévu d’utiliser pour évacuer les troupes, en fin de journée.

………

2 – Le débarquement à Puys (Blue Beach)

Etant de grade supérieur au Lt-Col. Douglas Cato, du Royal Rgt of Canada (RRC), le Colonel Gambiez dirige l’attaque. Il a décidé que celle-ci aurait lieu en deux vagues, un escadron de chars Churchill débarquant sur les talons de la seconde. Le barrage d’artillerie ne doit durer que quinze minutes, mais il doit être très intense. La première vague est censée poser le pied sur la plage dès que les canons navals auront reporté leur tir au-delà de la digue, et beaucoup d’officiers de marine craignent de toucher des soldats alliés.

05h00 – La faible lueur de l’aube est responsable d’une certaine confusion et les monitors lourds et les destroyers d’escorte reportent bien trop tôt leur feu sur l’arrière des plages, épargnant les deux tiers des bunkers allemands. De ce fait, la première vague est la cible de tirs très violents et plusieurs engins de débarquement sont détruits. Cependant, les leçons des opérations sur les côtes du Péloponnèse paient – les quatre monitors légers n’hésitent pas à s’échouer sur la plage pour engager les bunkers à bout portant.

05h03 – La première vague débarque effectivement.

05h06 – Les trois obusiers restants de la batterie Mobile-Est commencent à bombarder la plage, mais ils sont rapidement engagés par les DE HMS Garth et Brocklesby, dont le tir est réglé à partir de 05h11 par des parachutistes français restés aux abords de la batterie qu’ils n’ont pu détruire. En moins de dix minutes, la batterie est réduite au silence.

05h20 – La digue est percée et les hommes de Gambiez, appuyés par les Canadiens, se ruent dans Puys.

05h25 – La seconde débarque, suivie cinq minutes plus tard par les premiers tanks du Calgary Rgt. La plage, relativement étroite, devient surpeuplée, ce qui ralentit le débarquement. Le Brigadier Sherwood Lett doit retarder celui du Royal Hamilton Light Infantry (RHLI) pour limiter la confusion.

05h30 – Le Royal Rgt of Canada atteint les barbelés et rejoint les parachutistes. Ces derniers demandent un tir de suppression sur Ancourt, où ils aperçoivent des renforts allemands qui se concentrent. Ancourt est énergiquement bombardé par les Marshal Soult et Marshal Ney de 05h30 à 05h45.

05h45 – Puys est entièrement contrôlé par les forces alliées. Un peu plus à l’ouest, les hommes de Gambiez enlèvent une batterie de Flak lourde, dont les canons de 88 mm ont coulé un LCI(L).

05h50 – Les Français atteignent les abords de Dieppe, sur la rive droite de la Béthune, et engagent le III/571ème Bataillon allemand. La progression vers le port est ralentie par une solide défense, car les troupes allemandes ont transformé en bunkers plusieurs immeubles du front de mer.

06h00 – Le Colonel Gambiez, qui a été légèrement blessé, demande un appui naval. Le DE HMS Albrighton, vite imité par le M-112, commence à bombarder les défenseurs du front de mer de Dieppe.

Pendant ce temps, la plage est toujours encombrée, car des chars Churchill ont du mal à avancer sur les galets et leur mise à terre est plus lente que prévu. Le débarquement du RHLI ne peut pourtant pas être indéfiniment retardé. Finalement, le premier char canadien, un Churchill III, traverse Puys en rugissant à 06h18.

06h15 – Les Canadiens du Lt.Col. Cato ont fait la jonction avec les paras français à Grèges.

06h35 – Aidés par les tirs de la flotte, le 1er Choc entre dans Dieppe. A ce moment, le commandant du 571ème Régiment allemand a déjà ordonné de couler tous les bateaux qui se trouvent dans le port (caboteurs, bateaux de pêche, malles du service trans-Manche) pour en bloquer l’entrée.

06h40 – Enfin débarqué, le Royal Hamilton Light Infantry entre dans Puys et commence à progresser vers la vallée de la Béthune, appuyé par des chars Churchill.

………

3 – Le débarquement à Pourville (Green Beach)

05h00 – Le South Saskatchewan Regiment obtient une surprise à peu près complète. Malheureusement, de puissants courants ont repoussé ses engins de débarquement vers l’ouest, en direction de la Scie. Cela ne pose pas de problème pour prendre Pourville, mais cela implique qu’il faudra traverser des ponts pour atteindre Appeville et progresser vers Les Vertus et l’aérodrome de Saint-Aubin.

05h10 – Le QG de la 302ème DI allemande réagit à la nouvelle du débarquement de Pourville en ordonnant à une compagnie anti-chars et à une compagnie de mitrailleuses de se porter d’Offranville vers Appeville. En effet, le Général Konrad Haase sait que les Alliés vont devoir franchir la Scie à cet endroit pour achever d’encercler Dieppe.

05h17– La batterie allemande Mobile-Ouest, située au nord d’Appeville, commence à bombarder la plage, ajoutant à la confusion due au déplacement du point de débarquement. Les hommes hésitent, mais le Lt-Col. Charles Meritt reprend ses hommes en main. Dans un acte de grande bravoure, il se met à leur tête et relance l’attaque malgré la pluie d’obus.

05h20 – Les Cameron Highlanders commencent à débarquer avec un peu d’avance, car leur chef, le Lt-Col. Alfred Gostling, estime que le SSR a besoin d’aide.

05h25 – Le CL HMS Newcastle commence à engager la batterie Mobile-Ouest.

05h28 – Le Lt-Col. Alfred Gostling est tué sur la plage, quelques instants avant que le Newcastle musèle définitivement les obusiers de Mobile-Ouest. Le Major Tony Law prend le commandement et emmène les Cameron Highlanders le long de la rive gauche de la Scie en direction d’Appeville.

05h40 – Les chars Ram du Lord Strathcona’s Horse débarquent. Leurs roues de plus grand diamètre font qu’ils sont moins gênés que les Churchill par les galets de la plage.

05h50 – Les deux compagnies de la 302ème DI allemande qui marchent vers Appeville, venant d’Offranville, doivent passer par Saint-Aubin-sur-Scie puis par le croisement routier des Vertus. C’est là qu’elles tombent dans une embuscade tendue par les parachutistes français qui contrôlent la zone.

05h55 – Soutenus par les chars canadiens, les hommes des Cameron Highlanders et du SSR attaquent les troupes allemandes qui défendent Appeville et la ferme de Quatre-Vents.

06h05 – Le Lt-Col. Meritt réussit à établir le contact avec les paras français qui tiennent Les Vertus.

06h20 – Une attaque coordonnée franco-canadienne s’empare d’Appeville. Pendant que le SSR commence à organiser le flanc ouest et à joindre les parachutistes qui tiennent Hautot, les Cameron Highlanders (parfois grimpés sur des chars Ram) percent vers Les Vertus et Rouxmesnil.

06h30 – Le Lt-Gén. Haase ordonne au I/571ème Bataillon de contre-attaquer vers Hautot et la Scie pour rétablir le contact avec les unités de Dieppe. Mais les avions alliés sont en nombre dans le ciel, et les mouvements des troupes allemandes attirent très vite les attaques de chasseurs-bombardiers Tornado ou Hurricane.

06h45 – Des éléments des Cameron Highlanders et quelques chars parviennent au terrain de Saint-Aubin.

06h50 – Le Maj.Gén. Roberts décide d’engager les Fusiliers Mont-Royal en appui du SSR et des Cameron Highlanders.

………

06h25, QG de la 302ème D.I. allemande, Envermeu« Message au Commandement de la 15ème Armée – Des forces ennemies ont débarqué autour de Dieppe. Des unités blindées seraient engagées. (signé) Lt-Gén. Haase »

06h30, QG de la 15ème Armée allemande, Lille« Message à l’OberKommando-West – La 302ème DI signale que des forces ennemies auraient débarqué autour de Dieppe. Des unités blindées seraient engagées. (signé) Col.-Gén. Haase »

06h35, OK West, Paris« Message à l’OberKommando Heer – Quelque chose comme une invasion limitée pourrait bien avoir commencé autour de Dieppe. (signé) Chef d’état-major de l’OK West »

06h40, OKH, Rastenburg – Le message de l’OK West sème la consternation à l’OKH, mais ne convainc pas le Maréchal Keitel : « Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Tous nos services de renseignements prévoient une offensive ennemie majeure en Méditerranée. Je ne réveillerai pas le Führer pour ça ! »

Halder est pour une fois d’accord avec Keitel. « Message à l’OberKommandoWest – Veuillez préciser au plus vite la nature exacte de l’opération ennemie en cours. (signé) Général Halder »

06h45, QG de la 15ème Armée allemande, Lille« Ordre au 576ème Régiment d’Infanterie de se concentrer à Offranville pour se préparer à contre-attaquer l’ennemi qui menace Appeville. (signé) Col.-Gén. Haase »

L’état-major de la 15ème Armée ignore qu’Appeville est déjà tombée.

06h50, OK West, Paris« Ordre à la 23ème Panzer Division de faire mouvement vers Dieppe. » La 23ème PzD est stationnée entre Lille et Saint-Omer. Les deux bataillons du 23ème Rgt Panzer sont cantonnés à Saint-Omer et le 23ème bataillon motocycliste à Saint-Pol-sur-Ternoise. L’infanterie de la division (128ème Rgt de Panzergrenadiers) est installée à Béthune et Hazebrouck, et l’artillerie est à Armentières. Comme la 15ème Armée craint encore à ce moment un soulèvement général dans le District Minier, un seul bataillon du 128ème Rgt de Panzergrenadiers doit accompagner les chars. Par ailleurs, la 23ème Pz est loin d’être à son meilleur niveau, car les pertes subies durant Barbarossa ont sérieusement réduit les forces blindées allemandes en Europe de l’Ouest. Avec seulement deux bataillons comprenant chacun deux compagnies légères et une compagnie de moyenne, le 23ème Rgt Panzer ne peut rassembler que 28 Pz-IV (tous équipés du 75 mm court), 41 Pz-III, 18 Pz-II et… 24 Somua S-35 récupérés après la Campagne de France.

06h55, QG de la 15ème Armée allemande, Lille« Message au Lt-Gén. Haase, 302ème D.I. – L’OK West nous informe que les unités de la 23ème PzD seront disponibles vers 10h00 pour contre-attaquer les forces ennemies débarquées à Dieppe. (signé) Col.-Gén. Haase »

Ce message est d’un optimisme excessif, comme Konrad Haase s’en rend compte immédiatement. Les chars de la 23ème PzD doivent en effet parcourir 150 km et traverser la Somme à Abbeville avant d’atteindre la zone des combats.

07h00, QG de la 302ème D.I. allemande, Envermeu« Message au Commandement de la 15ème Armée – Il me sera impossible de contre-attaquer avant 12h00, au mieux. Un soutien aérien est nécessaire d’urgence. (signé) Lt-Gén. Haase »

………

A partir de 07h00 – La Luftwaffe intervient

Depuis 06h20, l’aviation alliée n’a pas rencontré d’opposition, mais cela va changer.

07h00 – Les premiers avions allemands à apparaître dans le ciel de Dieppe sont quatre FW-190 du II/JG26, basés à Abbeville-Drucat et conduits par le Hauptmann Joseph “Pips” Priller. Plongeant de 24 000 pieds, ils mitraillent la plage de Puys à 07h02. Priller est en contact direct avec le QG d’Hugo Sperrle. Peu entraîné à l’identification des navires, il décrit la flotte alliée au large de Dieppe comme comprenant « un cuirassé (en fait, le CL Newcastle), quatre croiseurs et plus d’une douzaine de destroyers. » Ce message, rapidement transmis au QG de la 15ème Armée et à l’OK West, persuade de nombreux officiers généraux que l’opération n’est que le début d’une invasion majeure.

07h25 – Une formation de 24 FW-190 des II et III/JG 26 attaque les avions alliés opérant entre Berneval et Puys. Les avions allemands sont repérés par le radar type-279 du Scylla, mais le directeur de la chasse a du mal à diriger efficacement les avions de la RAF, peu accoutumés à opérer sous le contrôle de la Royal Navy. Les Focke-Wulf s’en prennent d’abord à huit Tornado du Sqn 245 qui se préparent à bombarder des renforts allemands tentant de progresser vers Berneval-le-Grand. Trois chasseurs-bombardiers sont abattus avant de pouvoir réagir et de se débarrasser de leurs bombes de 500 lbs. Le combat qui suit est un peu plus égale, mais les Tornado, débordés par le nombre, perdent encore deux avions contre un FW-190. Les trois survivants peuvent se dégager grâce à l’arrivée de 24 Spitfire Vb des Sqn 401 (RCAF) et 403 (RCAF), qui perdent cinq des leurs en échange de trois chasseurs allemands.

07h45 – Cette fois, 20 FW-190 A-3/U-3 chasseurs-bombardiers des 10.(Jabo)/JG2 et 10.(Jabo)/JG26, basés à Caen-Carpiquet et à Evreux St-André, arrivent du sud, escortés par 32 FW-190 des II et III/JG2 menés par les Hauptmann Bolz et Hahn. Cette importante formation est parfaitement détectée par le radar du Scylla, et le Directeur de la chasse (FDO) rassemble quatre squadrons pour la contrer, les 411 (RCAF) et 611, sur Spitfire IX, plus les 302 City of Poznan et 303 Kosciuszko, sur Spitfire V. Les 48 chasseurs alliés interceptent la formation allemande au-dessus de St-Valéry-en-Caux. En quatre minutes de mêlée, les Spitfire abattent neuf FW-190, plus deux qui s’avéreront irréparables après un atterrissage sur le ventre à Beaumont-le-Roger, en échange de la perte de trois Spitfire IX (deux du 401 et un du 611) et de huit Spitfire V. La plupart des Jabo ont dû se débarrasser de leur bombe pendant le combat, mais quatre réussissent à passer et attaquent des navires devant Green Beach. Ils ratent de peu le HMS Berkeley et coulent un LCT, mais un des Jabo est abattu par une intense DCA.

07h55 – Nouvelle attaque : cette fois, neuf Do-217 du II/KG2 escortés par 24 FW-190 des II et III./JG26 vont bombarder la tête de pont de Puys. Cette formation est interceptée par les Spitfire IX des GC I/1 et II/1, qui couvrent le flanc est. Deux Dornier et trois FW-190 sont abattus, contre deux des Spitfire IX français.

 

07h00-09h35 : une décision difficile

Au sol, l’intensité des combats ne faiblit pas.

A l’ouest, les Fusiliers Mont-Royal sont mis à terre à 07h25. Cette fois, leurs bateaux ne sont pas trompés par les courants et les troupes sont débarquées sur la rive droite de la Scie. Les Fusiliers rejoignent vite les Cameron Highlanders et parviennent au tunnel de chemin de fer à l’ouest de Dieppe à 07h55.

Dans le même temps, le squadron B du Lord Strathcona’s Horse se déploie le long de l’aérodrome de Saint-Aubin. Opérant avec les parachutistes français qui tiennent le terrain, les chars Ram établissent le contact avec d’autres éléments du 1er RCP, au nord d’Arques. De leur côté, les Ram du squadron C, accompagnés de Cameron Highlanders, plongent dans la vallée de la Béthune et atteignent l’hippodrome de Dieppe à 07h50.

A l’est, venant de Puys, deux bataillons du 1er Choc luttent durement près de la Chapelle de Dieppe, sur la rive droite de la Béthune, où ils détruisent un canon de 75 mm de défense côtière à 07h30. Comme ils approchent du port, la défense allemande se raidit et les Français sont arrêtés à plusieurs reprises. Seule la présence de chars Churchill du Calgary Rgt leur permet de reprendre leur avance. Mais à 08h05, le Colonel Gambiez peut signaler au Général Roberts que le port de Dieppe est encombré de bateaux en flammes ou coulés par les Allemands et que tout espoir de rembarquer là doit être abandonné.

Ce message provoque une vive discussion à l’état-major du Général Roberts. Certains officiers sont d’avis que l’opération a atteint son but – diversion et évaluation des tactiques amphibies – et qu’elle doit être arrêtée : si le port ne peut être utilisé pour rembarquer les troupes, il n’y a aucune raison de prendre Dieppe. D’autres arguent que, des forces ennemies importantes occupant Dieppe, le rembarquement par les plages serait difficile et risqué si la ville n’était pas auparavant plus ou moins nettoyée.

Au même moment, à 08h05, un Mustang I du Sqn 26 aperçoit des tanks près d’Abbeville. L’information, rapidement transmise au QG de l’Air Vice-Marshal Leigh-Mallory, montre que les Allemands sont prêts à engager des forces blindées. C’est ce qui était prévu, et le Tactical Command de la RAF attendait cette occasion d’attaquer à découvert les forces blindées allemandes stationnées dans le nord de la France et d’en détruire une partie.

Pendant les débats d’état-major, la bataille est toujours violente sur le terrain.

08h15 – Les troupes françaises atteignent l’usine à gaz, qui est bientôt détruite. Elles tentent de traverser la Béthune pour atteindre le port, mais sont repoussées par deux fois. Le Colonel Gambiez est à nouveau blessé, cette fois plus sérieusement, par un tireur d’élite, et il doit être évacué.

Au même moment, à l’ouest, des chars du squadron B du Lord Strathcona’s Horse arrivent à Arques-la-Bataille, où ils sont tout de suite engagés par le 2/570ème Bataillon d’infanterie allemand, qui se concentre dans la forêt d’Arques.

08h30 – Les Fusiliers Mont-Royal attaquent Dieppe par le secteur de l’église de Saint-Rémy, mais sont arrêtés par des tirs très violents. Comme cette partie de la ville est encore habitée par des civils, les officiers canadiens hésitent à demander un appui d’artillerie navale pour réduire les défenseurs.

08h35 – Ce n’est pas un problème dans la forêt d’Arques. Guidés par les hommes du 1er RCP et des Cameron Highlanders, les Marshal Soult et Marshal Ney engagent les troupes allemandes. Pendant une demi-heure, la partie nord-ouest de la forêt est sous le feu de leurs canons de 15 pouces, mettant à très rude épreuve les soldats du 2/570ème.

09h05 – Alors qu’à l’est de la ville, les Français sont toujours bloqués malgré l’aide des Churchill du Calgary Rgt, à l’ouest, les Fusiliers Mont-Royal réussissent à déborder les défenses allemandes autour de Saint-Rémy. Leur chef, le Lt-Col. Ménard, est sérieusement blessé durant l’assaut.

09h15 – La concentration des troupes du 576ème RI allemand à Offranville est détectée à la fois par les hommes du South Saskatchewan, qui tiennent Petit-Appeville, et par les parachutistes qui occupent Hautot. Offranville est vite bombardé par des mortiers, mais ce n’est visiblement pas suffisant.

09h28 – Le CL HMS Newcastle commence à bombarder la zone entre le village d’Offranville et la voie ferrée.

09h30 – 24 Hurricane IIE (armés de bombes de 250-lb) et IID (armés de canons de 40 mm) des Sqn 175 et 184, couverts par 24 Spitfire V des Sqn 312 et 331 (Norvégien) commencent à attaquer les chars allemands qui sortent d’Abbeville. L’attaque est très efficace: 5 Pz-II, 3 Pz-III et 4 Somua-S35 sont détruits, alors que la Flak réussit à abattre deux Hurricane. Mais au bout de quatre minutes, 16 Focke-Wulf 190 du III./JG26 surprennent les avions alliés, détruisant deux Spitfire du 331 et massacrant cinq Hurricane. Un combat furieux s’engage à très basse altitude ; cette fois, trois Spitfire sont abattus (un du 331 et deux du 312), mais aussi trois FW-190.

09h35 – Après une discussion prolongée et tendue, le Général Roberts décide d’interrompre l’attaque contre Dieppe et de préparer le repli général. Les Fusiliers Mont-Royal, qui ont pénétré jusqu’à la gare de Dieppe au prix de lourdes pertes, ont du mal à avaler cet ordre, qui tombe alors qu’ils sont à deux pas du cœur de la ville. Cependant, ceux qui ont pu voir le port du haut du bâtiment de la gare ont bien constaté qu’il était plein de bateaux en flammes ou coulés.

………

09h45-12h00 : le repli commence

09h45 – Les parachutistes français et les Cameron Highlanders canadiens tenant les positions au nord d’Arques-la-Bataille commencent à se regrouper autour des Vertus et du terrain de Saint-Aubin.

A l’est de la tête de pont, les bataillons du 1er Choc commencent à se replier vers Blue Beach, couverts par le Royal Hamilton Light Infantry et les chars du Calgary Rgt.

09h55 – A Yellow Beach (Berneval), le Commando britannique n°3 et le 1er Commando belge commencent à rembarquer après avoir soigneusement démoli la batterie côtière Goebbels.

10h05 – Les commandos de The Lord Lovat rembarquent sur Orange Beach (Vasterival) après avoir nettoyé la batterie Hess.

10h10 – Volant sous la couverture radar, 16 FW-190 des 10.(Jabo)/JG2 et 10.(Jabo)/JG26, escortés par autant de chasseurs du II/JG2, attaquent les navires alliés sur le flanc ouest. Le DE HMS Calpe prend une bombe de 500 kg dans la chambre des machines, puis une autre juste sous la tourelle A de 4 pouces. Les munitions préparées commencent à exploser et tous les hommes sur la passerelle sont tués ou blessés. Bientôt, le navire est enveloppé de flammes et commence à pencher sur bâbord, avant d’être secoué par deux autres impacts, tout proches. Il mettra encore un quart d’heure avant de chavirer et de couler.Un LCI(L), touché par une bombe de 500 kg, coule rapidement. Les Jabos endommagent aussi les CH-5 et CH-7 français, si gravement que ces deux bateaux devront être sabordés.

La formation allemande n’a pas le temps de se réjouir, car elle est surprise par 16 Tornado des Sqn 253 et 266. Une furieuse bataille éclate à ras de l’eau ; six FW-190 et quatreTornado sont détruits.

10h15 – Le terrain d’Abbeville-Drucat est bombardé par 36 B-17 (97ème BG de l’USAAF) escortés par 54 Spitfire IX (12 de chacun des Sqn 118, 124, 165 et 222 de la RAF, plus 8 de chacun des GC I/1 et III/1). Vingt FW-190 du II./JG26 les interceptent, mais une escorte très agressive les empêche de parvenir aux bombardiers. Deux FW-190 sont abattus par le Sqn 222 et trois par le GC I/1, ce groupe et le Sqn 118 perdant un Spitfire chacun. Le bombardement contribue à désorganiser la réaction de la Luftwaffe à l’est de Dieppe.

10h30 – Les unités qui tiennent le terrain de Saint-Aubin et le carrefour des Vertus commencent à se regrouper à Appeville.

Au-dessus de Berneval, deux Spitfire V du Sqn 133 (Eagle) sont abattus par une Rotte du III./JG26.

10h35 – Les paras français décrochent de Grèges pour se diriger vers Puys et la Blue Beach.

10h45 – Le rembarquement s’achève sur Yellow I et II. Pendant que les engins de débarquement mettent le cap vers l’Angleterre, les grands destroyers Aigle et Milan prennent position à l’est de l’écran de Blue Beach.

10h55 – Escortés par 40 FW-190, 18 Do-217 des KG2 et KG40 attaquent Puys. Dirigés par le HMS Scylla, 12 Spitfire V du Sqn 71 Eagle et 12 Spitfire IX du Sqn 602 les interceptent. Deux Do-217 et trois FW-190 sont abattus, ainsi que trois Spitfire V et un Spitfire IX. Les bombes tombant sur Blue Beach font plus de 100 morts et blessés ; le rembarquement est retardé d’une demi-heure.

11h00 – L’officier commandant le 576ème R.I. informe le Lt-Gén. Konrad Haase que « les troupes ennemies se retirent lentement vers les plages et pourraient avoir commencé leur évacuation. » Ce message est immédiatement retransmis au QG de la 15ème Armée et à l’OK West, où il soulève une vague de scepticisme. Les officiers allemands ne peuvent comprendre pourquoi des unités qui ont réussi à forcer les défenses locales et à mettre des chars à terre ne tentent pas de défendre la tête de pont qu’elles se sont assurée, quitte à l’étendre plus tard.

11h05 – Au large de Boulogne-sur-Mer, quatre Bristol Banshee II (sqn 141) surprennent cinq S-Boots de la 4ème Flottille, basée à Ostende. Les S.48 et S.80 sont gravement endommagées par les obus de 20 mm des Banshee et le commandant de la flottille décide de rentrer à Calais.

11h10 – Les premiers éléments de la 23ème Panzer, qui commencent à se rassembler près d’Envermeu (où se trouve le QG de la 302ème DI) sont attaqués par une formation de Hurricane-IID (Sqn 43 et 87) et de Tornado (Sqn 56 et 174). Deux Pz-II, trois Pz-III et deux Pz-IV sont détruits, ainsi que de nombreux véhicules de soutien. Le QG du Lt-Gén. Konrad Haase est généreusement mitraillé et bombardé par les Tornado du Sqn 56.

11h20 – Le Général Roberts ordonne aux parachutistes du 1er RCP tenant Hautot de se rabattre sur Appeville, car le rembarquement s’accélère à Pourville.

11h25 – Les monitors Ney et Soult exécutent leur dernier bombardement de la journée contre les troupes allemandes concentrées autour d’Envermeu. Mais leur tir est peu précis, car le Mustang I du Sqn 239 qui devait assurer le réglage du tir a été abattu par une Rotte de FW-190 en maraude.

11h35 – Douze chasseurs-bombardiers FW-190 des 10.(Jabo)/JG2 et 10.(Jabo)/JG26, arrivant à basse altitude, attaquent par surprise la flotte alliée devant Pourville. Le CL HMS Newcastle attire une grande partie de l’attention des Jabos et reçoit trois bombes de 500 kg (SC-500). La première frappe sous la tourelle Y, à l’arrière ; elle ne perce pas le blindage du tronc de la tourelle, mais la détonation est très puissante et un violent incendie commence à dévorer l’arrière du navire. La deuxième touche le hangar bâbord, allumant là aussi un sérieux incendie. La troisième touche près du 4 pouces AA bâbord et les munitions préparées se mettent à exploser. Pourtant, les dommages les plus sévères sont dus à une bombe qui ne touche pas le croiseur, mais explose dans l’eau, juste à côté, à bâbord, au niveau de la tourelle X. Ce near-miss bloque complètement l’un des arbres d’hélice et en abîme sérieusement un autre. Les turbines bâbord sont immédiatement stoppées, mais pas assez pour éviter que l’un des passages d’arbre ne soit endommagé et une voie d’au se déclare. A 11h45, deux compartiments arrière sont inondés, mais la voie d’eau est contrôlée. Cependant, le Newcastle ne peut plus donner que 10 nœuds, sur ses seules hélices tribord.

Le Captain John Hughes-Hallett ordonne au vaisseau de retourner à Portsmouth et demande aux deux destroyers français Aigle et Milan, au monitor léger AA M-128 et à deux dragueurs de mines de la 9ème MS Flotilla d’escorter le croiseur endommagé. Les deux Français se trouvant sur le flanc est de la flotte, le départ pour Portsmouth n’aura lieu qu’à 12h15.

11h45, OKW, Rastenburg – Le fait que les troupes alliées autour de Dieppe sont en train de rembarquer est confirmé, surprenant considérablement tout l’état-major général allemand. « Cette histoire de Dieppe pourrait cacher n’importe quoi. Pourquoi une opération de grande envergure en France ou en Norvège ne serait-elle pas en préparation ? » demande Halder avec emphase.

………

12h00-16h35 : Rembarquement général

12h00 – En dépit des attaques aériennes et des bombardements navals, des éléments de la 23ème Panzer, dont le 23ème bataillon motocycliste, entrent dans Grèges et commencent à progresser vers Puys.

12h05 – Les hommes du 2/576ème bataillon allemand, suivis par les survivants du 2/570ème, atteignent le terrain de Saint-Aubin.

12h25 – Au sud de Puys, près des restes de la batterie Mobile-Est, une escarmouche brève mais violente oppose des éléments avancés de la 23ème Panzer et l’arrière-garde alliée, composée de deux compagnies du Royal Hamilton et d’un escadron du Calgary Rgt. A courte distance, deux Pz-III sont rapidement détruits par les canons de 2 livres des Churchill, alors que les tankistes allemands découvrent que leurs 50 mm/L42 sont incapables de percer le blindage de la “bête à peau dure”.

12h30 – Blue Beach (Puys) est à nouveau attaquée par la Luftwaffe : cette fois, ce sont 18 Do-217 escortés par 40 Fw-190 des II et III/JG26. Les Spitfire V de la RAF qui couvrent Puys ont beaucoup de mal à arrêter cette attaque. Les Sqn 403 (RCAF), 416 et 501 perdent sept avions pour abattre deux FW-190 et deux Do-217. Le LSI(H) Ulster Monarch, touché deux fois, est incendié et deux LCT sont détruits sur la plage. Dix minutes plus tard, l’Ulster Monarch est abandonné, car les incendies sont devenus incontrôlables.

12h45 – Les hommes du 1/576ème bataillon allemand sont arrêtés au Petit-Appeville (Bas d’Hautot) par un groupe de Cameron Highlanders et de parachutistes du 1er RCP.

12h50, QG de Hitler, Rastenburg – Informé par Keitel et Halder de l’opération de Dieppe, Hitler ordonne de mettre toutes les troupes allemandes de Norvège en alerte maximum. Comme Halder le notera dans son journal : « Hitler nous [Keitel et Halder] écouta pendant à peine cinq minutes, avant de se lancer pendant une demi-heure dans un monologue sur la Norvège, glosant interminablement sur ce pays et sa place dans la destinée de l’Allemagne. Ce n’est qu’à la fin de ce discours qu’il nous ordonna de préparer tous les moyens possibles pour repousser une éventuelle attaque ennemie contre Bergen. Il était certain qu’un débarquement des Alliés en Norvège nous aurait beaucoup gênés. Cependant, toutes les données de nos services de renseignements indiquaient qu’une opération de grande envergure était en préparation en Méditerranée, or les Britanniques n’avaient évidemment pas assez de forces pour lancer en même temps deux opérations majeures distinctes. »

13h02 – Pourville est à nouveau attaqué par des chasseurs-bombardiers allemands. Escortés par huit FW-190 du II/JG2, huit “Jabos” du 10.(Jabo)/JG2 piquent sur les bateaux stationnés devant Green Beach. Un LCI(L) est coulé et le monitor léger M-114 (Marine Nationale), touché par une bombe de 500 kg et une de 250 kg, succombe lui aussi. Un FW-190 est abattu par la DCA.

13h10 – Le tunnel de chemin de fer de Dieppe est saboté par les Fusiliers Mont-Royal, puis ceux-ci se replient.

13h15 – Une nouvelle attaque allemande vise Petit-Appeville, mais elle est repoussée par les Cameron Highlanders et les parachutistes du 1er RCP. Un char Ram de l’escadron C) est perdu.

13h20 – Un groupe de trois Pz-II, deux Pz-III et un peloton motocycliste entre dans Rouxmesnil-Bouteilles et fait la jonction avec les unités allemandes qui ont repris le contrôle du terrain de Saint-Aubin et du carrefour des Vertus.

13h25 – Le général Roberts ordonne aux troupes qui couvrent le rembarquement à Pourville de se replier sur Appeville et Quatre-Vents.

13h30 – Des Hurricane IIE des Sqn 32 et 175, couverts par les Spitfire V polonais des Sqn 302 City of Poznan et 303 Kosciuszko, attaquent les forces allemandes sur le terrain de Saint-Aubin, quand ils sont surpris par huit FW-190 du Stab/JG26. Un Spitfire V du City of Poznan et deux du Kosciuszko sont perdus, contre un FW-190 seulement.

13h45 – La 23ème Panzer repart à l’attaque de Puys malgré une série de raids de chasseurs-bombardiers alliés, lesquels sont eux-mêmes contrés par des chasseurs allemands. Bientôt, c’est une petite mais très intense “bataille aéro-terrestre” qui se développe au sud de Puys. Les Hurricane IID/E détruisent deux Pz-IV et trois Somua S-35, mais les Alliés perdent quatre Hurricane (trois IIE et un IID), deux Tornado des Sqn 400 et 609 et trois Spitfire V des Sqn 306 City of Torun et 308 City of Krakow sous les coups des FW-190 du II./JG26, dont trois sont abattus par les chasseurs alliés.

Les chars allemands survivants, soutenus par la plus grande partie du bataillon motocycliste et par deux compagnies de PanzerGrenadiers, réussissent à progresser un peu mais se retrouvent à nouveau bloqués à peu de distance de la plage par la résistance énergique du Royal Hamilton, appuyé par les chars du Calgary Rgt. Trois chars Churchill sont détruits par des obus HEAT tirés par les 75 mm/L24 (courts) des Pz-IV, mais quatre de ces derniers sont détruits et deux autres mis hors de combat.

13h55 – La bataille s’étend encore quand les monitors légers M-122, M-124, M-125 et M-127 entrent dans la bagarre pour bombarder les positions allemandes. Les trois derniers, armés de jumelages de 4 pouces multifonctions (ce sont des type F) utilisent des obus à retardateur qui se montrent très efficaces sur l’infanterie allemande non protégée.

Manquant d’artillerie (ses canons sont encore sur la route), la 23ème Panzer est à nouveau stoppée.

14h05 – Le Lt-Gén. Konrad Haase, qui dirige les combats de Grèges, suspend l’attaque.

14h10 – Le beachmaster de Green Beach informe le Général Roberts qu’il est beaucoup trop difficile de rembarquer les chars Ram et qu’il faut donner la priorité à l’infanterie.

14h15 – Le 576ème RI allemand, soutenu par quelques chars qui viennent de le rejoindre, tente de chasser les Alliés d’Appeville. Cette attaque est mise en échec par des chars de l’escadron C du Lord Strathcona’s Horse. Deux Pz-II et un Pz-III sont rapidement éliminés. Un Ram est détruit et un autre mis hors de combat par un coup heureux sur le pignon de direction gauche (ce char devra être détruit peu après par son équipage).

14h30 – Deux Mustang I de reconnaissance tactique du Sqn 26 sont abattus à quelques minutes d’intervalle par des patrouilles de FW-190 dans la zone Offranville-Quiberville.

14h55 – Dix FW-190 des 10.(Jabo)/JG2 et 10.(Jabo)/JG26 attaquent à nouveau les navires alliés devant Pourville. Le DE de classe Hunt ORP Krakowiak (polonais) est frappé par une bombe de 500 kg et trois de 250 kg. Les incendies étant impossibles à maîtriser, le navire doit être sabordé à 15h12. L’un des agresseurs est abattu par la DCA du monitor léger M-129 (hollandais) et un autre par un Tornado du Sqn 174.

15h05 – Pourville est cette fois la cible de 15 Do-217 du KG40, escortés par pas moins de 40 FW-190 des I et II/JG2. La couverture de la plage est à moment assurée par les Spitfire IX des Sqn 602, 610 et 611 de la RAF et par ceux des GC I/1 et III/1 de l’Armée de l’Air. Adroitement orientés par le directeur de chasse du Scylla, les chasseurs alliés se jettent sur les attaquants. Au prix de la perte trois Britanniques et trois Français, trois Do-217 et neuf FW-190 sont détruits. Deux des Focke-Wulf sont abattus par un “jeune et exubérant” pilote du GC I/1, qui accomplit là sa troisième mission de la journée, après avoir dû harceler son supérieur, qui voulait le laisser au sol parce qu’il craignait qu’il soit fatigué.

Les douze Do-217 peuvent cependant pilonner Pourville et la plage, tuant ou blessant plus de 80 hommes des Fusiliers Mont-Royal qui rembarquaient.

15h25 – Les dernières unités rembarquent à Puys, couverts par des chasseurs-bombardiers qui s’en prennent aux unités allemandes qui approchent. Cela ne va pas sans perte, car les FW-190 des II et III/JG26 détruisent trois Hurricane II du Sqn 3 et deux Tornado du Sqn 245 ; un FW-190 est abattu en retour.

Presque tous les chars Churchill, impossibles à rembarquer, doivent être détruits par leurs équipages. Cependant, jusqu’au dernier moment, même les blindés en panne offrent une protection efficace aux hommes du Royal Hamilton qui rembarquent les derniers.

15h40 – Dix-huit Beaumont des Sqn 13, 88 et 107 de la RAF attaquent l’aérodrome de Caen-Carpiquet à basse altitude. Les bombardiers légers ont ainsi échappé à la chasse, mais ils tombent sur une Flak terriblement dense. Sept Beaumont sont abattus d’emblée, deux autres vont se poser en mer près des navires alliés devant Dieppe et trois doivent se poser sur le ventre une fois rentrés à leur base. Cependant, leurs bombes détruisent onze chasseurs-bombardiers FW-190 et ce raid désorganise le cycle de ravitaillement/réarmement des Jabos.

15h55 – Deux Spitfire IX du Sqn 411 (RCAF) sont surpris et abattus par huit FW-190 du II./JG26 sur Pourville.

16h00 – Les forces allemandes approchant de Blue Beach subissent une dernière attaque aérienne. Huit Hurricane IIE du Sqn 43, couverts par 12 Spitfire V du Sqn 403 (RCAF) bombardent les Panzer Grenadiers dans les rues de Puys. Un Hurricane est abattu par la Flak légère ; deux autres sont gravement endommagés et leurs pilotes blessés, mais ils vont réussir à rentrer en Angleterre. Désobéissant aux ordres, qui sont de raccompagner les Hurricane, les Spitfire canadiens commencent à mitrailler les troupes allemandes qui avancent. Ils font des ravages dans les rangs du 23ème Bataillon motocycliste, mais deux d’entre eux sont abattus par la DCA légère et trois autres sont surpris et détruits par quatre FW-190.

16h05 – Fin du rembarquement sur Blue Beach (Puys). Malgré l’appui-feu fourni par les monitors légers et les DE de classe Hunt, une compagnie du Royal Hamilton Light Infantry est piégée sur la plage. Quelques hommes réussissent à rejoindre à la nage deux LCI(S) qui stationnent à quelque distance de la plage et d’autres se noient en essayant. En comptant les blessés, 112 hommes sont faits prisonniers dans ces dernières minutes.

Sur les bateaux qui s’éloignent, les hommes du 1er Choc voient la terre de France disparaître à l’horizon et entonnent alors, non La Marseillaise, mais Ce n’est qu’un au-revoir

16h20 – Huit Tornado du Sqn 414 (RCAF) attaquent le terrain d’Abbeville-Drucat, surprenant trois FW-190 du II/JG26 dans le circuit d’atterrissage. Ils les expédient rapidement avant de détruire deux autres avions déjà posés, mais perdent deux des leurs sous les coups de la Flak, aussi précise que d’habitude.

16h30 – Le Newcastle blessé et son escorte détectent des navires non identifiés dans le 250. Peu après, il apparaît qu’il s’agit de quatre torpilleurs allemands, les T-2, T-4, T-14 (amiral) et T-19, de la 3ème Flottille, basée au Havre et commandée par le Korvettenkapitän Wilcke. Les deux formations sont à ce moment éloignées de 12 nautiques.

L’Aigle et le Milan accélèrent et chargent les importuns en faisant de la fumée pour masquer le HMS Newcastle, le M-128 et les deux dragueurs. Les deux contre-torpilleurs engagent rapidement la flottille allemande avec leurs canons de 138, puis leurs jumelages de 4-pouces. Le Korvettenkapitän Wilcke se rend vite compte qu’il a affaire à plus fort qu’il ne pensait, d’autant plus que, trompé par le changement d’aspect des bâtiments français (leurs quatre cheminées ont été réunies en deux), il les identifie comme deux navires de classe Fantasque ! Wilcke fait volte-face et s’éloigne vers le sud-ouest en faisant de la fumée.

16h43 – Satisfaits, les Français retournent vers le Newcastle. Ce mouvement n’échappe pas à Wilcke, qui fait prendre à ses torpilleurs un cap parallèle à celui des navires alliés.

16h48 – Agacé, le Newcastle ouvre le feu de ses tourelles de 6 pouces avant (les seules capables de tirer) et encadre rapidement le torpilleur de tête. Prudent, le Korvettenkapitän Wilcke s’éloigne, mais, obstiné, il continue à suivre le croiseur et son escorte, espérant l’arrivée des S-Boots basés à Cherbourg.

16h35 – Fin du rembarquement sur Green Beach (Pourville). Six chars Ram du Lord Strathcona’s Horse seulement ont pu être évacués. Mais les opérations ont été bien plus faciles à Pourville qu’à Puys.

………

16h40-22h30 : Epilogue

16h42 – Le général Roberts et le Captain Hughes-Hallett ordonnent à tous les vaisseaux de se retirer.

16h58, QG de la 302ème D.I. allemande, Envermeu« Message au Commandement de la 15ème Armée – Les troupes ennemies ont évacué la région. Il ne reste que des blessés et des prisonniers. Le 576ème Régiment contrôle Pourville. (signé) Lt-Gén. Konrad Haase »

17h05 – Comme ultime riposte, huit FW-190 du 10.(Jabo)/JG2 (en fait, les derniers Jabos opérationnels) attaquent les formations navales alliées en retraite. Le CLAA HMS Scylla est encadré par deux bombes de 500 kg et le monitor lourd Marshall Ney est touché par une autre, qui détruit son jumelage de 4 pouces arrière. En revanche, trois FW-190 sont abattu par la DCA intense des DE de classe Hunt et des monitors légers de type F.

17h10, Etats-Majors allemands« Message de l’OberKommando West (OK West, Paris) à l’OberKommando Heer (OKH) et à l’OberKommando Wehrmacht (OKW), Rastenburg – Tous les combats terrestres semblent avoir cessé dans la région de Dieppe. »

18h45 – Le CL Newcastle et son escorte, marchant maintenant à 12 nœuds, sont rejoints par quatre destroyers de la Channel Patrol, les HMS Quadrant, Quality, Queensborough et Quentin.

19h02 – Devant les renforts reçus par l’escorte du croiseur endommagé et le fait que la côte britannique se rapproche, le Korvettenkapitän Wilcke ordonne à ses vedettes lance-torpilles de retourner au Havre.

22h00-23h30 – Tous les navires survivants engagés dans l’opération Rutter sont rentrés au port, à Portsmouth ou à Brighton.

………

Un bilan controversé

Les pertes de Rutter ont été lourdes dans les deux camps. Les forces alliées ont perdu 2 450 hommes, tués, blessés ou disparus (sans compter les marins et les aviateurs). Les trois unités qui ont le plus souffert sont le 1er RCP français, les Cameron Highlanders of Canada et le Royal Hamilton Light Infantry. Les unités allemandes engagées ont perdu environ 2 800 hommes, dont beaucoup sous les coups de l’aviation ou de la Marine.

Les forces aériennes alliées ont perdu 101 avions du fait de l’ennemi (57 Spitfire, 15 Tornado, 15 Hurricane, 3 Mustang I et 11 Beaumont) ; 68 appareils de la Luftwaffe ont été abattus en combat aérien (59 FW-190 et 9 Do-217) et 21 ont été détruits au sol. Depuis la “Bataille d’Angleterre” de septembre 1940, c’est la bataille aérienne la plus importante livrée au dessus de la Manche.

Les marines alliées ont perdu deux destroyers d’escorte (les DE HMS Calpe et ORP Krakowiak), un monitor léger (le M-114) et un gros transport (l’Ulster Monarch) ainsi que plusieurs bateaux de débarquement et bâtiments légers. Le grand croiseur léger HMS Newcastle a été sérieusement endommagé.

« Les Alliés tirèrent plusieurs leçons de l’opération Rutter/Routier. La plus significative était qu’une attaque directe contre un port bien défendu, même si elle était réussie, ne pouvait empêcher l’ennemi d’en interdire l’utilisation rapide. Il fallait trouver une autre solution. De même, l’idée de capturer un aérodrome par un assaut aéroporté direct devait être revue à la lumière des lourdes pertes subies par le 1er RCP à Saint-Aubin. Si le terrain avait été mieux protégé, tout l’assaut aurait pu échouer.

Une autre leçon importante était qu’il fallait un “contrôleur aérien avancé” capable de diriger à la fois les appareils d’appui au sol. De même, une direction efficace de la chasse dans la zone des combats, comme l’avait fait le HMS Scylla, était une des clés du succès. Cependant, le Scylla était sans doute un navire trop petit pour faire ce travail correctement dans le cadre d’un débarquement de plus grande ampleur. Un navire de contrôle aérien spécialisé, combiné avec un navire de commandement des forces amphibies, était nécessaire.

À propos d’avions, l’urgence du remplacement du Spitfire V par des modèles plus performants (Spitfire IX notamment), au moins dans le nord de l’Europe, avait encore une fois été soulignée par les combats au-dessus de Dieppe.

Ces leçons n’étaient pas nouvelles. Dans une large mesure, elles avaient déjà été apprises lors des débarquements dans le Péloponnèse. On peut en dire autant de l’importance de l’appui-feu naval, direct et indirect. Rutter avait en quelque sorte permis de les réviser et de souligner que tous ces points n’étaient pas spécifiques au théâtre méditerranéen.

Certains historiens affirment aujourd’hui que Rutter n’a servi à rien. D’autres estiment que cet “entraînement grandeur nature” des forces amphibies alliées dans la Manche a été irremplaçable. Tous s’accordent pour considérer que les pertes auraient certainement été bien plus lourdes sans l’expérience acquise lors des opérations en Grèce et sans la participation des Français, lors des combats et, plus encore, lors de la planification. » (Maurice Héninger, L’Epreuve du Feu)

 

Paris

Réunis autour de Pierre Laval malgré les nouvelles surprenantes venant de Normandie, Darnand, Doriot et Bousquet mettent en place dans la matinée un plan d’action coordonnée contre environ 600 anciens membres du Parti Social Français (plan préparé depuis déjà plusieurs mois). Cette action de « nettoyage » doit commencer le soir même.

À la demande de Doriot, le Secrétaire général à la Jeunesse, Georges Lamirand, est également arrêté dans la soirée ; il sera aussitôt remplacé par Adolphe Terracher, professeur de littérature.

Dans le même temps, Laval décide le remplacement de Jean Borotra, démissionnaire de son poste de ministre des Sports, par son prédécesseur, le colonel Jean Pescot.

 

France occupée

Dès 20 heures, partout en France, le SONEF de Darnand, les SSLAAN de Doriot et ce qui reste des forces de l’ordre traditionnelles se lancent dans une série d’arrestations. Cependant, sur les 604 noms de la liste noire, le bilan le lendemain matin sera assez décevant pour les organisateurs : 241 arrestations et 53 « morts lors de tentatives d’évasion ». Une centaine de personnes ne figurant pas sur la liste seront portées disparues les jours suivants…

En revanche, dans de nombreux cas, les cibles se sont défendues, allant jusqu’à mettre en fuite ceux qui tentaient de les arrêter. Les pertes du côté des forces dites de l’ordre sont les suivantes :

– SONEF : 19 morts, 35 blessés ;

– SSLAAN : 25 morts, 86 blessés ;

– police et gendarmerie : 4 morts, 15 blessés.

Que les arrestations soient ou non réussies, elles déclenchent souvent de véritables petites émeutes. Il faudra parfois jusqu’au lendemain midi pour que celles-ci soient matées par les forces d’occupation, qui devra par endroit freinera certains débordements d’agents du SONEF et des SSLAAN un peu trop consciencieux.

À Reims, l’arrestation d’Henri Choisnel est particulièrement mouvementée. En effet elle a lieu lors d’une réunion exceptionnelle du Conseil Municipal (auquel appartient Choisnel) en présence du commandant de la garnison allemande de la ville, dans le but de débattre des problèmes logistiques liés à la présence de cette garnison. Tout d’abord, croyant à une attaque de “terroristes”, le commandant blesse légèrement l’un des hommes de Doriot avant que ces derniers réussissent à lui faire comprendre les raisons de leur présence. Mais ils ne sont pas au bout de leurs peines.

 

Sicile

Les ports et les aérodromes de l’île sont assaillis tous les jours par plusieurs vagues de bombardiers alliés. La Regia Aeronautica est pratiquement absente du ciel et les seules pertes sont dues à la DCA (deux DB-73 français, un B-25 de l’USAAF et deux P-40 américains abattus lors d’un mitraillage).

À Palerme, le croiseur Ulpio Traiano, en construction mais pas encore lancé, est détruit sur cale par un bombardement aérien. Le petit mouilleur de mines Buccari, à quai, est coulé.

 

Mer Egée

Le destroyer italien Strale, endommagé la veille par des chasseurs-bombardiers français, est coulé par les Bristol Beaumont du Sqn 16 (SAAF) au large de Volos.

 

Milne Bay (Nouvelle-Guinée)

Le premier Ki-15 est abattu par un Hurricane de la RAAF lors de sa première mission sur Port Moresby. Le second le sera de la même façon, le lendemain. Mais les deux appareils vont être remplacés par des Ki-46 Dinah, que les Hurricane sont incapables d’intercepter et qui donneront bien des inquiétudes au commandement allié

 

Guadalcanal

Les HMA-AMC Westralia, Manoora et Kanimbla arrivent dans la Baie, escortés par le DE HMAS Swan, l’aviso MN D’Iberville et les canonnières lourdes HrMs Flores et Soemba. Ils transportent la 9ème Brigade de la 1ère Division de l’Australian Militia Force (AMF) (1er et 45ème Bataillons d’infanterie, Bataillon de l’Université de Sydney, 103ème Bataillon de la Royal Australian Artillery [antichar, équipé de canons de 2 livres] et 1ère Compagnie de réglage de tir). Avec cette brigade arrivent quelques chars, canons, mortiers, mitrailleuses et des approvisionnements. Vandegrift décide de débarquer cette force sur Guadalcanal, et d’y ajouter des unités stationnées à Tulagi : le 9ème Bataillon d’Artillerie (RAA), équipé de canons de 25 livres, une compagnie du génie (1ère Field Company, RAE) et la Compagnie Blindée Mixte, renforcée de deux nouveaux chars Sentinel et de trois Valentine Echidna modifiés à la hâte.

Seul le Bataillon d’Artillerie Mixte (composé de volontaires et doté de huit vieux canons de 18 livres et de quatre vieux obusiers de 4,5 pouces), arrivé par le même convoi que la 9ème Brigade, est débarqué à Tulagi (d’autant plus qu’il n’a pas beaucoup de munitions). Cette unité sera très vite connue comme le Bataillon d’Artillerie de Tulagi, nom qui lui restera.

Ces renforts font beaucoup pour améliorer le moral des Marines, qui, selon le mot du correspondant de guerre australien Damien Parer (sur place à l’époque), « … avaient commencé à se dire que plus personne ne les aimait, sauf peut-être la Marine japonaise, qui ne comptait pas. » Tout aussi important, de ce point de vue, que les renforts eux-mêmes : la livraison d’une grande quantité de boîtes de bière que le commandant de la 1ère Division de l’AMF a tenu à embarquer à l’intention des Marines. Cela ne fait que quatre cannettes par hommes, mais elles se montrent très utiles pour rompre la glace entre Américains et Australiens les jours suivants.

 

 

3 septembre

Londres

Une réunion à laquelle participent des représentants des principaux états-majors alliés effectue une première évaluation des résultats de Rutter/Routier. Il apparaît absolument essentiel d’assurer la suppression des forces aériennes ennemies en préalable à un débarquement important. Un groupe d’étude est chargé de rechercher une solution au “problème portuaire” révélé par l’opération.

 

Reims

Malgré la nuit, la nouvelle de l’arrestation de Choisnel a fait rapidement le tour de la ville. Devant les protestations du Conseil Municipal, les “Reconstructeurs Nationaux” ont renoncé à leur projet de transférer immédiatement leur prisonnier à Paris. Ils décident de passer la nuit à la gendarmerie. Mais c’est là qu’au petit matin, une centaine de personnes manifestent spontanément pour demander la libération de Choisnel. Le transfert de ce dernier est impossible, le commandant de la garnison (vexé peut-être de n’avoir pas été informé plus tôt la veille) ne répondant pas aux appels à l’aide des SSLAAN. Quelques manifestants réussissent même à entrer dans la gendarmerie, sous le regard passif des quelques gendarmes présents.

A midi, les membres des SSLAAN vont chercher Choisnel en cellule et constatent que celle-ci est vide ! Les gendarmes répondront aux récriminations de leurs hôtes de la nuit qu’ils se plaignent depuis longtemps de la vétusté de leurs cellules… Furieux et penauds, les hommes de Doriot tentent d’organiser une battue avec les gendarmes et quelques “bons Français”, mais sans le moindre effet.

 

Paris

On apprend dans la soirée la mort du général Audibert, éminent membre du PSF arrêté la veille. Quelques incidents reprennent, surtout en région parisienne, aggravant encore un peu plus le bilan général.

Les journaux de la Collaboration parleront pourtant des événements sur le mode triomphaliste, Je suis partout comparant la nuit au 13 mars 1392 et à l’arrestation des Templiers ordonnée par Philippe le Bel dans toute la France !

 

Hammaguir

Après une série de tests, la poussée du moteur-fusée de Jean-Jacques Barré, baptisé EA-42, atteint une tonne de poussée. Mais ce n’est que le début. De nombreux mois de tests et de perfectionnements progressifs, tenant parfois du bricolage, vont suivre…

 

Rastenburg

Hitler a convoqué une réunion spéciale de l’état-major général allemand. Il ordonne que les troupes aéroportées en voie de reconstitution soient envoyées à Bergen, en Norvège, et que les destroyers Z-4 Richard Beitzen, Z-5 Paul Jakobi, Z-7 Hermann Schoemann, Z-14 Friedrich Ihn, Z-15 Erich Steinbrinck et Z-29, basés à Kiel, soient redéployés à Narvik.

Par ailleurs, l’organisation de la très prochaine opération en Ukraine est passée en revue en présence du Général Heinz Guderian, qui sera chargé de la principale offensive blindée.

 

Grèce

Les terrains et installations militaires de la région d’Athènes sont à nouveau attaqués par la Force Aérienne de Mer Egée, qui perd quatre chasseurs et sept bombardiers (trois DB-73 français, deux Beaumont de la RAF et deux Maryland grecs), en échange de quatre chasseurs allemands et un italien. Mais le gros radar Freya installé dans les montagnes entre Athènes et Thèbes, qui avait échappé à de précédentes attaques, est finalement détruit.

 

Guadalcanal

Les HrMs Flores et Soemba bombardent les positions japonaises à coups de 5,9 pouces. L’efficacité de cette action est réduite par la pluie et la mauvaise visibilité, mais elle est applaudie par les Marines.

La vedette rapide G-352 arrive à la base de la rivière Mbonehe et Iishi en fait immédiatement son navire amiral. La météo est si mauvaise qu’il préfère ne pas hasarder ses bateaux dans la Baie, préférant améliorer la formation tactique des ses équipages.

Dans la nuit, les avions à long rayon d’action des deux camps vont harceler les positions adverses, mais sans autre résultat que d’empêcher de dormir les hommes les plus fraîchement arrivés.

 

 

4 septembre

Versailles, puis toute la France occupée

10h00 – Laval, Darnand et Doriot reçoivent dans la Galerie des Glaces une cinquantaine de membres du SONEF et des SSLAAN triés sur le volet, afin de les honorer pour « services rendus à la Nouvelle France » ces trois derniers jours. Alors que Doriot achève son discours faisant l’apologie de ses Sections Spéciales, Jean Filliol, numéro 2 du SONEF, quitte la Galerie pour vérifier que les unités des deux milices alignées dans la cour du château sont bien en place. A ce moment, l’un des side-cars des miliciens garés sur le côté démarre en trombe et le passager lance trois grenades, puis couvre la fuite de l’engin en tirant au fusil-mitrailleur. L’attentat fait 13 morts[8] et 21 blessés, Jean Filliol est tué – il semble que, le voyant sortir, les “terroristes” aient cru que Laval, Darnand et Doriot arrivaient.

On ne retrouvera jamais les deux auteurs de “l’attentat de Versailles”, qui ont fui en laissant derrière eux, outre les grenades et les balles, des tracts affichant « Social d’abord ! » (le slogan des Croix-de-Feu quelques années plus tôt). On estime qu’environ 5 000 personnes se targueront après guerre d’être les deux responsables. Les circonstances de l’attentat restent encore des plus troubles, certains historiens penchant pour un complot mûrement préparé, d’autre pour un acte individuel, d’autres pour une opération montée en réalité par Déat !

11h00 – Radio Nouvelle France (Radio Paris) annonce maladroitement « un attentat [ayant] visé le chef du gouvernement et les patriotes réunis à Versailles » – on peut croire que l’attentat a touché Laval et/ou Darnand et Doriot. La nouvelle se répand aux quatre coins du pays, des miliciens se livrent à des violences sur tout ce qui, à leurs yeux, ressemble à un Juif ou à un communiste, mais ils sont parfois eux-mêmes pris à partie ; les troupes d’occupation sont mises en alerte.

12h40 – Radio Paris annonce « l’heureuse issue des événements tragiques qui viennent de se produire à Versailles » : Laval fera un discours à 14 heures. Les violences continuent mais connaissent un net fléchissement.

Le chef du Nouvel Etat Français sait qu’il doit réagir rapidement. Il comprend qu’il a sous-estimé le soutien dont le PSF, même interdit, bénéficie encore dans la population, de la part des nombreux Français qui n’ont pas approuvé l’exil en Afrique mais refusent la Collaboration. La solution du “Person of the year 1931” (Time) est simple : convaincre plusieurs personnalités du PSF d’entrer dans son gouvernement pour atténuer autant que possible le mécontentement de la base.

14h00 – Sur Radio-Paris, Pierre Laval, incapable de désavouer Doriot, justifie les événements des jours précédents par la nécessité de « débarrasser le sol de la Vraie France des ennemis de l’intérieur, complices des Anglo-Saxons, des communistes et des traîtres réfugiés en Afrique. » Il annonce la prochaine rénovation du PSF sous la houlette de Paul Creyssel, nommé par la même occasion Secrétaire d’état à la Propagande. Il rend un hommage appuyé à Jean Filliol et indique que Paul Touvier le remplacera comme adjoint de Darnand.

15h00 – A Biarritz, Jacques Ybarnegaray publie un communiqué où il « déplore les événements de ces derniers jours » mais par lequel il « assure tous les Français de son indéfectible attachement à la cause nationale. » Pour conclure, il se dit « victime d’une mauvaise grippe qui l’oblige à garder la chambre pour quelques jours encore. »

Pendant ce temps, un autre Basque, Jean Borotra, est discrètement placé en résidence surveillée.

19h00 – Le nouveau Secrétaire d’état, Paul Creyssel, annonce la libération d’une vingtaine de membres du PSF que l’on décharge des accusations de “traîtres à la Patrie”, « regrette » les nombreuses bavures qui ont émaillé la nuit du 2 au 3 septembre et affirme que la mort du général Audibert – « grand patriote s’il en fut » – est due à une crise cardiaque. Deux membres du PSF tout juste libérés sont nommés à des postes symboliques : Claude Delvincourt devient directeur du Conservatoire de Paris et… Pierre Lépine directeur de l’Institut Pasteur de Paris ! Jamais les hommes de Laval ne découvriront que Lépine, membre fondateur du Réseau Klan, est toujours fidèle à De la Rocque ; il se servira de son poste pour collecter une masse étonnante d’informations et les transmettre à Alger.

 

Sicile

Nouvelle journée d’offensive aérienne alliée, cette fois contre l’est de l’île et la pointe de la botte italienne. La réaction de la Regia Aeronautica est toujours faible, après les pertes subies les semaines précédentes. Les terrains de Comiso sont durement touchés.

 

Italie du Sud

Opération Barracuda

Commandé par le Captain Godfrey Courtney, un commando de SAS transporté par le sous-marin HMS Turbulent débarque près de Reggio de Calabre. Quatre officiers italiens de l’état-major du Xème Corps d’Armée et de la 10ème Division Motorisée Piave sont surpris, capturés et embarqués avant l’aube sur le Turbulent. L’opération est un succès complet.

 

Péloponnèse

Opération Herring

Sous le commandement de David Stirling, les 13 hommes du détachement L de la Brigade SAS débarquent près de Corinthe, après avoir été déposés par le sous-marin grec Nereus dans le Golfe Saronique. Leur cible: un QG allemand tout proche, où ils espèrent capturer ou tuer le Général Erwin Rommel. Le commando atteint le QG sans avoir été détecté. Cependant, Rommel et son état-major sont absents. Le détachement doit se contenter de capturer deux aides de camp et de saisir une masse considérable de documents. Alors qu’il se replie, trois hommes sont tués et deux blessés. Cependant, ce demi-échec n’empêche pas l’opération d’atteindre l’un de ses objectifs majeurs : détourner l’attention allemande de la Sicile.

Par ailleurs, Barracuda et Herring soulignent le développement de l’activité des Forces Spéciales alliées et notamment britanniques en Méditerranée.

La Special Boat Section en Méditerranée (extraits de SAS – British Commandoes in WWII (Londres, 1953), par le Major Julius B. Alexander, OBE)

« Roger Courtney, du King’s Royal Rifle Corps, fut le premier à explorer les possibilités militaires du kayak biplace.

Surnommé Jumbo, Courtney avait été chercheur d’or, chasseur de gros gibier en Afrique de l’Est et sergent dans la police de Palestine. Il avait aussi descendu le Nil en canoë en solitaire. Et en 1938, il avait même passé sa lune de miel à descendre le Danube en canoë avec son épouse !

En juillet 1940, il servait comme lieutenant avec le Commando n°8 en Ecosse, quand il proposa son idée d’une force de raid et de reconnaissance en kayak. Ses supérieurs furent d’abord sceptiques, mais après une série de démonstrations, où il s’approcha de navires en kayak sans être vu et repartit avec divers objets ou après avoir laissé des marques à la craie, certains changèrent d’avis. A 40 ans, Courtney fut promu capitaine et autorisé à recruter onze hommes pour la “Folbot Troop”, qui devait être rattachée au Commando n°8 (les premiers kayaks utilisés par cette unité étaient appelés des Folbots, car ils étaient fabriqués par la société Folbot).

Au début de 1941, les Commandos 7, 8 et 11, connus comme la Layforce (d’après le nom de leur chef, le Colonel Bob Laycock, qui commandait à l’origine le n° 8) partit pour l’Egypte. Une opération contre l’île italienne de Pantelleria était envisagée et la première mission de Courtney fut de repérer sur les côtes de cette île des sites de débarquement convenables. Cependant, l’opération fut annulée (ou du moins repoussée jusqu’au 18 mars 1942 – opération Jaguar). La Folbot Troop fut rattachée à la 1ère Submarine Flotilla de la Royal Navy, à Alexandrie. C’est là qu’elle devint la Special Boat Section et c’est de là que furent organisées ses premières opérations, après une période d’entraînement.

Plusieurs membres de la SBS furent envoyés travailler avec des sous-marins opérant à partir de Malte, et ce sont eux qui menèrent le premier raid de destruction effectué par la Section, à la fin du mois de juin 1941. Le Lieutenant Robert “Tug” Wilson et le Marine Wally Hughes débarquèrent sur la côte sicilienne et firent sauter un tunnel de chemin de fer, puis retournèrent à la pagaie jusqu’au sous-marin HMS Urge qui les attendait. Plusieurs autres raids suivirent, dont quelques-uns en Grèce, ainsi que des “recce jobs”.

Le matériel était primitif. Au début, la Section ne disposait pas de radios convenables et les moyens de signalisation étaient représentés par une lampe-torche dans une chaussette destinée à en atténuer la lumière. Il n’y avait pas de combinaison de plongée, étanche ou pas ; les hommes portaient leurs uniformes normaux et les armes consistaient principalement en automatiques de calibre .45 et en mitraillettes Thompson.

Les objectifs favoris en ces premiers temps étaient des ponts, des tunnels, des voies ferrées et des aqueducs. Les autres missions étaient le dépôt d’agents pour différents services de renseignements et la récupération de militaires évadés ou de pilotes récupérés par les mouvements de Résistance derrière les lignes ennemies. Le Lance-Corporal G. C. Bremner reçut la Distinguished Conduct Medal pour avoir organisé la récupération de deux cents soldats australiens encerclés dans le nord de la Grèce, qui furent tirés par des câbles jusqu’à trois sous-marins qui les attendaient.

La Layforce fit une grande impression sur l’état-major français, qui renforça rapidement le commando qui s’était constitué spontanément au sein des forces aéroportées.

A la fin de 1941, la Layforce fut dissoute. La SBS comptait alors soixante hommes, recrutés pour la plupart chez les anciens de la Layforce, qui fournit aussi les premiers membres de la SAS. A ce moment, Courtney, nommé Major, fut renvoyé en Grande-Bretagne pour y organiser une seconde Special Boat Section. » (…)

« La nouvelle Special Boat Section vit pour la première fois le feu à l’approche des débarquements en Sicile de septembre 1942. Une petite équipe emmenée par le Capitaine Godfrey Courtney, le jeune frère de “Jumbo”, débarqua près de Reggio de Calabre (en Italie du Sud) pour faire prisonniers des officiers d’état-major italiens avant l’invasion. Quatre officiers furent ainsi conduits à Malte deux jours plus tard.

Durant l’opération Torch, des équipes de la SBS guidèrent les forces d’assaut sur les plages siciliennes. Dans cette tâche, comme dans les reconnaissances des plages avant les débarquements, elles furent assistées par les équipes “Party Inhuman”, composées de membres de la SBS et d’hommes du Service Hydrographique de la Royal Navy. Moins réussies furent les tentatives pour couler des navires dans le port de Messine à l’aide de torpilles miniatures, lancées à la main à partir des kayaks, mais qui se révélèrent fort peu fiables.

Une petite sous-unité, baptisée Z-Group, resta en Afrique du Nord, d’où elle lança des raids sur l’Italie du Sud et assista les nouvelles opérations combinées. » (…)

« Après le départ de Courtney, la première SBS continua ses raids, surtout contre les terrains d’aviation et les lignes de communication ennemies en Sicile et en Grèce du nord. Cependant, elle passa de plus en plus sous l’influence de David Stirling (qui était, comme Courtney, un ancien du Commando n° 8) et fut alors désignée comme le Détachement L de la Brigade SAS. La plupart des hommes de la SBS se retrouvèrent dans le Squadron D de la 1 SAS, avec des hommes du Bataillon Sacré grec. L’entraînement se passait en Palestine mandataire, à Ramat David ou Athlit, au sud de Haïfa, ou en Algérie, dans les collines des Aurès, lorsqu’il était organisé avec les commandos français. »

 

Piste de Kokoda (Papouasie – Nouvelle-Guinée)

Le terrain d’aviation de Kokoda, réparé, est remis en service. Le premier avion à s’y poser est un vieux Ju-52 à toit ouvert, qui apporte les composants de deux nouveaux “camions squelettes de Myola”. Ceux-ci, rapidement assemblés, vont encore se révéler d’une très grande valeur, permettant de réduire de moitié le temps de déchargement des Lodestar, diminuant d’autant leur vulnérabilité, et allégeant la tâche des hommes. Les courageux Lodestar hollandais reprennent en effet leurs vols de ravitaillement, aidés par les DC-2 de la RAAF et un échantillonnage d’avions civils réquisitionnés (l’unique C-47 de la RAAF en Nouvelle-Guinée a été détruit à Milne Bay le 8 août). Les avions apportent munitions et nourriture et emmènent malades et blessés.

En sens inverse, les hommes revenant de l’hôpital sont conduits en avion jusqu’à Myola, d’où ils marchent jusqu’au front, tandis que les unités de renfort (pour l’instant, celles de la 21ème Brigade) marchent à partir d’Owers Corner, où elles arrivent en camion. Il n’y a pas assez d’avions pour transporter des unités entières et, avec une “aire de repos” de bonne qualité à Myola, faire marcher les formations de renfort est considéré comme une manière très pratique d’endurcir des troupes fraîches, même déjà acclimatées. De plus, cela permet de leur faire traverser les lieux où les hommes de 39ème et 49ème Bataillons ont combattu et où ils sont tombés. Wootten tient à ce que les renforts de l’AIF sachent ce qu’ont accompli les hommes de l’AMF, afin de leur enlever leur mépris pour cette force, et que les renforts de l’AMF apprennent à quel niveau de valeur ils vont devoir s’élever pour être dignes de leurs prédécesseurs.

 

Guadalcanal

Les conditions météo s’améliorant, les Marines reprennent leurs patrouilles dans la partie est de l’île. La zone est saturée d’humidité et toutes les rivières sont en crue en raison des pluies récentes. Les Marines constatent que les Japonais ont déserté la région.

Le général Vandegrift a décidé d’utiliser les Australiens pour soutenir son attaque contre les Japonais qui tiennent la crête de Tenaru. Il ordonne à certains de ses hommes de faire subir à la 9ème Brigade de l’AMF un entraînement relativement réaliste. La Brigade a l’habituel encadrement d’hommes issus de l’AIF, mais le reste est aussi novice que l’étaient les Américains lors de leur débarquement.

L’aviation de la Marine japonaise et la RAAF se voient obligées d’annuler les bombardements nocturnes prévus cette nuit-là en raison du mauvais temps – mais les allées et venues des navires chargés du ravitaillement se poursuivent, comme toutes les nuits. C’est pourquoi le contre-amiral Tanaka décide de conduire une reconnaissance offensive dans la Baie, à la tête de trois destroyers : le Kuroshio (qui porte son pavillon), l’Hatsukaze et l’Hayashio.

A 22h30, Tanaka entre dans la baie et, au sud de Tulagi, rencontre quatre malchanceux transports rapides, se dirigeant vers les la zone occupée par les Australiens. Ce sont de vieux destroyers de classe Wickes reconvertis (en 1940, il avait été question que ces vieux bâtiments soient transférés à la Royal Navy, mais cette mesure d’urgence ne s’était pas avérée nécessaire, et les “four-pipers” avaient été transformés en transports, notamment en leur enlevant leurs tubes lance-torpilles). De tels bâtiments viennent chaque nuit ravitailler les forces alliées à Tetere et/ou à Tulagi (parfois, un convoi plus important est organisé, autour du croiseur français Emile-Bertin).

Les vigies de la flottille de Tanaka aperçoivent les DDT Thatcher, Thomas, MacKenzie et Claxton bien avant que ceux-ci ne se doutent de leur présence, et les trois Japonais barrent le T des Américains, une dizaine de km au sud du mouillage de Tulagi. Dès le début de la canonnade qui suit, le premier DDT est touché à de multiples reprises et sa cargaison de carburant et de munitions prend feu. Les suivants commencent aussitôt à émettre de la fumée et font demi-tour en accélérant. Le MacKenzie est cependant touché à son tour, et sa dangereuse cargaison s’enflamme. Le Thomas et le Claxton disparaissent derrière la lueur des incendies et Tanaka lui-même, estimant ses cibles condamnées et croyant avoir incendié au moins trois de ses adversaires, décroche et s’en va après avoir expédié quelques obus en direction des lignes américaines. De fait, les deux DDT touchés vont sombrer. Cependant, les pertes en hommes sont très légères, justement parce que les incendies apparaissent très vite incontrôlables et que la décision de les abandonner est prise dès que les munitions commencent à exploser. Cette action sera la seule de la carrière de Tanaka au cours de laquelle aucune torpille n’ait été tirée.

De son côté, le Thomas et le Claxton, bénissant leur chance, décident de débarquer leur cargaison à Tetere. En échange, les Marines confient au Claxton un énorme cylindre qui va beaucoup intéresser les ingénieurs de l’armement alliés : il s’agit tout simplement d’une torpille japonaise Longue Lance, tirée lors de l’une des deux batailles de Savo. Elle a été découverte échouée sur une plage lors des nombreuses patrouilles organisées sur la côte pour retrouver des survivants de la bataille du 30 au 31 août.

 

 

5 septembre

Grande-Bretagne

Le Bomber Command de la RAF donne son accord définitif à l’opération “Robinson”, ainsi nommée parce que sa cible est l’usine Schneider, située… au Creusot. L’usine a été remise en route quelques mois plus tôt, malgré les destructions effectuées par les troupes françaises en retraite en 1940 et le manque de cœur à l’ouvrage des ouvriers français chargés de la réparer, qu’il a fallu menacer de les expédier travailler en Allemagne. Pour réduire les pertes civiles, “Robinson” sera organisé en plein jour et à très basse altitude par 94 Lancaster venus de neuf squadrons. Leurs équipages doivent commencer à s’entraîner au bombardement à basse altitude en coopération avec des squadrons de chasse jouant les sparring-partners. Quelques navigateurs français seront à bord des avions leaders pour aider leurs collègues britanniques.

 

Sardaigne

Sous la protection des P-40 Warhawk du 233ème Wing (SAAF), 27 Baltimore du 3ème Wing (SAAF, Sqn 12, 21 et 25) et 36 Beaumont du 235ème Wing (Sqn 24 et 55) et du 237ème Wing (Sqn 244 et 454) attaquent le port de Cagliari et le terrain de Cagliari Elmas. Un Baltimore et un Beaumont sont abattus par la DCA. Deux cargos sont coulés dans le port de Cagliari.

 

Sicile

Les terrains de Castelvetrano et Trapani sont attaqués par une force française composée de 63 B-25 des 11e et 31e EB, escortés par les Mustang II de la 5e EC et les Hawk-87 de la 41e EC (Belge). Le raid de Trapani est intercepté par la Regia Aeronautica : le 25° Gruppo (Trapani) envoie 6 Macchi MC-200 et le 163° Gruppo (Palerme) 6 Fiat G-50 et 8 MC-200. Le 163° Gruppo est massacré par le GC II/5, perdant 5 G-50 et 4 MC-200 en échange d’un seul Mustang II. Plus chanceux, car il n’a affaire qu’à des Hawk-87, le 25° Gruppo perd tout de même trois MC-200 pour un Hawk-87. Un B-25 est abattu par la DCA.

 

Alger

Vallin, Polignac et Vannay (tous membres du PSF) publient un communiqué dénonçant les violences de ces derniers jours et assurant que « tôt ou tard, la justice rendra son verdict. Les assassins du 2 septembre paieront ! Pour certains, le châtiment pourrait même, comme on l’a déjà vu, devancer la sentence. »

 

Alger

Charles Tillon est nommé à la commission de l’Air de l’Assemblée Nationale. Ce membre important du Parti Communiste s’est fait remarquer durant l’été 1940 en lançant plusieurs appels à la résistance contre l’occupant. Il réside en Algérie depuis 1941 : le PC l’y a envoyé pour tâcher de maintenir un contact officieux avec le gouvernement légal (et pour ne pas l’avoir dans les jambes en Métropole). Dès le 5 juin 1942, à la suite de l’attaque de l’URSS par l’Allemagne, il a vu sa condamnation à la prison (datant de 1939) officiellement annulée. Le 2 septembre, bénéficiant de ses prises de position de l’été 1940, il a retrouvé son siège de député avec quelque avance sur se camarades de parti. Sa nomination à la commission de l’Air s’est faite à l’instigation de De Gaulle, qui a appris que l’aviation était le domaine d’activité préféré de Tillon.

Peu après, il sera chargé d’une mission considérée comme sans intérêt : vérifier le bon usage des crédits alloués à la formation des femmes pilotes. C’est à cette occasion que, constatant la vigueur du sentiment patriotique des femmes pilotes, il aura l’idée de constituer une escadrille de chasse féminine au sein de l’Armée de l’Air. Certes, il s’inspire de ce qui a été fait en URSS, mais il évitera autant que possible de se servir de cet exemple…

 

Grèce

Le général Erwin Rommel, furieux (et flatté) après la tentative des commandos SAS dirigée contre lui en personne, signale à l’OKW qu’il considère comme probable une opération combinée des Alliés en Grèce et dans le sud-est de l’Italie.

 

Guadalcanal

Quatre Manchester et quatre Whitley de la RAAF bombardent les positions japonaises en début de nuit.

A 22h30, le CC Iishi quitte sa base avec les vedettes G-352, H-11, H-13, G-1 et G-2. Mais quelques minutes plus tard, la G-1 heurte une épave au large de l’embouchure de la rivière Mbonehe et doit rentrer avec une sévère voie d’eau. Cet incident perturbe le plan d’Iishi, qui est de créer une diversion avec les deux canonnières pendant que les lance-torpilles pénètrent dans la baie de Tulagi pour y couler ce qui reste de l’Astoria. Mais il en faut plus pour décourager le jeune officier, qui poursuit sa route et se jette bien involontairement sur ce qui ressemble à trois bâtiments en ligne de file qui avancent à 5 nœuds…

C’est Phipps, sur le Moa, qui escorte le petit Kaiwaka, chargé de remorquer une péniche chargée de carburant entre Tulagi et Tetere.

Japonais et Néo-Zélandais s’aperçoivent au même instant, car les premiers, évoluant à bonne vitesse, sont trahis par leur lame d’étrave et leur sillage, tandis que les seconds sont plus hauts sur l’eau. A 23h45, tout le monde ouvre le feu en même temps. Iishi, sur la G-352, prend le Moa et le Kaiwaka pour deux « petits destroyers » et stoppe avec la G-2 pour pouvoir lancer ses torpilles dans les meilleures conditions, pendant que, sur son ordre, les H-11 et H-13 accélèrent et filent droit sur leurs adversaires. Le Moa précède le Kaiwaka de 400 mètres (deux câbles) – excellent pour la sécurité, mais trop loin pour pouvoir croiser les feux. Les MGB passent devant le Moa, échangeant des tirs nourris. Il y a un mort et deux blessés de chaque côté et le Moa abat brutalement sur bâbord, ce qui lui vaut d’éviter les deux torpilles que le G-2 vient de tirer. Au même instant, le G-352 a lancé sur le Kaiwaka à 400 mètres. A 23h53, Iishi a la satisfaction de toucher sa cible, qui explose avec un fracas très surprenant pour une si petite embarcation (le Kaiwaka n’était qu’un poseur de filets de 169 tonnes, capable de donner 8 nœuds au mieux). Quatre survivants réussissent à grimper sur la péniche qui part à la dérive. Les deux vedettes japonaises se lancent alors aux trousses du Moa, qui zigzague en tirant de toutes ses mitrailleuses. Au bout de quelques minutes, le Néo-Zélandais est criblé de plomb, mais il rend la pareille. Les servants du jumelage de 25 mm de la G-352 sont tués par une rafale et Iishi lui-même est légèrement blessé par un ricochet. Incertain des capacités de son adversaire et redoutant le retour du « troisième Américain » (en fait, la péniche), Iishi décroche vers minuit.

Phipps commence alors à fouiller la zone et découvre à 01h00 la péniche à la dérive. Obstiné, il la prend en remorque et la conduit finalement jusqu’à destination, à Tetere.

De son côté, Iishi transmet à Rabaul qu’il a affronté « au moins deux destroyers de la taille d’un bâtiment de classe Tomodzuru » et qu’il a coulé l’un d’entre eux.

 

Pacifique Sud-Ouest

Opération Oni, Phase 3e (d’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman)

Après une dernière tentative infructueuse (le 30 août) contre un cargo isolé dans le mauvais temps au large de Wilson’s Promontory, l’I-58 repart pour Rabaul et Kwajalein. La 19e Division a détruit sept navires alliés (53 000 GRT en tout), grâce parfois à des tirs relativement chanceux, mais elle a perdu deux sur trois de ses sous-marins.

La phase 3e de l’opération Oni-1 a été marquée par un mauvais temps presque continuel, par la relative rareté des cibles et par le fait que, si les navires isolés restent très vulnérables, la proportion de convois par rapport aux isolés est devenue très importante. Les vieux sous-marins ont eu du mal à supporter l’usure infligée par des opérations prolongées et la présence d’avions les a beaucoup gênés, leur vitesse sous l’eau étant trop faible pour se rapprocher de cibles éventuelles. L’utilité en première ligne des bâtiments de la classe KD3 diminue rapidement et la Sixième Flotte décide de transférer l’équipage expérimenté du sous-marin survivant sur une unité neuve.

 

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[1] Surnom donné aux Croix-de-Feu par les monarchistes de l’Action Française depuis que, le 6 février 1934, le colonel de la Rocque a refusé de lancer ses partisans sur l’Assemblée Nationale.

[2] Legendre, prisonnier de guerre, avait été libéré à la demande de Laval, qui espérait l’utiliser contre De la Rocque !

[3] Le Colonel-Général Haase, qui commande la 15ème Armée, est un homonyme de son subordonné, le Lieutenant-Général Haase, de la 302ème D.I.

[4] MGB-319, 324, 327, 331 (Fairmile 110 ft, type C) et ML-123, 245, 246, 247 (Fairmile 112 ft, type A).

[5] MTB-59, 60, 62, 65 (Vosper, 73 ft) et MGB-61, 63, 64 65 (type British Power Boats, 70 ft).

[6] Lors de leurs remise en état après le raid sur Saint-Nazaire, deux de leurs cinq 138 mm ont été remplacés par deux jumelages de 4 pouces multifonctions et deux jumelages de 40 mm Bofors.

[7] Escadrille I/1 : chasseurs de sous-marins CH 5, 6, 7, 8, 10, 11, 12 et 13 (type US Navy 121 ft/107 t). Les CH 10, 11, 12 et 13 ont reçu un mortier de 81 mm pour l’appui-feu des plages. Escadrille II/1 : chasseurs de sous-marins CH 15, 16, 41, 42 (unité mixte avec deux type CH 5 et deux type CH 41).

[8] Dont les deux miliciens, véritable équipage du side-car, dont les corps seront retrouvés par la suite.