Octobre 1942 (1/6)
1er octobre
Affaires courantes
La journée est relativement calme.
Les petites garnisons italiennes des îles Egadi (Maréttimo, Favignana et Levanzo, à la pointe ouest de la Sicile), menacées d’un bombardement en règle par l’escadre Michellier, préfèrent se rendre.
En Sicile, les troupes franco-belges resserrent leur étreinte sur la poche de Corleone-Prizzi, tout en évitant de coûteuses attaques frontales. Dans la nuit, plusieurs tentatives de la Regia Aeronautica pour ravitailler les troupes encerclées échouent faute d’aides à la navigation et en raison de l’activité des chasseurs de nuit alliés, qui détruisent deux SM-81 et deux SM-83.
Sur la côte nord, les hommes de la 15e DBLE, appuyés par les chars de la 2e Armoured Division américaine, atteignent Cefalù, mais sont alors arrêtés par un raidissement de la résistance italienne.
A l’est, les Britanniques achèvent l’occupation de Catane.
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Réorganisation alliée
Dans l’après-midi se déroule à Enna une nouvelle conférence d’état-major. Français, Belges et Américains soutiennent l’option “côte nord” tandis que les Britanniques continuent de demander une poussée vers Messine par le plus court chemin, la côte est. En fin de soirée, le Maréchal Alexander, après une discussion en privé avec le Général Delestraint, décide une large réorganisation des forces alliées en Sicile et une attaque sur trois axes en direction de Messine.
– Sur la côte nord, la 7e Armée US et le 3e CA français doivent combiner poussées blindées et petits débarquements pour progresser vers l’est.
– A l’est, la 8e Armée britannique doit reprendre l’offensive vers le nord, le long de la côte et à Gerbini, pour tenter de rompre la ligne de défense de l’Etna.
– Enfin, au centre, le 4e CA français (qui rassemble à présent la plus grande partie de l’infanterie de montagne française) et les troupes belges (dont les Chasseurs Ardennais) doit effectuer un mouvement en pince vers Nicosia par les routes 120 et 121/117. De là, l’infanterie doit avancer en direction de Taormine par Troina, Cesaro et Randazzo, pour tourner la ligne de l’Etna.
Ce plan impose cependant de sérieux ajustements dans l’ordre de bataille des Français, des Américains… et des Belges. A la grande satisfaction du gouvernement belge, la création d’un Corps d’Armée belge est décidée. En revanche, les Américains apprécient moins la subordination directe des forces américaines au Général Delestraint. Le Lt-Général George Patton est cependant nommé premier adjoint de Delestraint et sa bonne entente avec celui qu’il n’appelle jamais autrement que « My friend Charles » tempère le mécontentement américain.
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Organisation des forces alliées dans l’ouest et le centre de la Sicile à partir du 3 octobre 1942 (la partie sud-est de l’île, dévolue aux Britanniques, n’a vu aucun changement)
a) 1ère Armée française
– 3e CA (Général Amédée Blanc)
1ère DI (Général de Lattre de Tassigny), 2e DB, 3e RCA (Régiment d’Artillerie Coloniale), 15e DBLE Massada-Valmy.
– 4e CA (Général de Montsabert)
4e DIMM, 2e Groupement de Tabors marocains, 3e DIA, 6e RSA (Régiment de Spahis Algérien), 11e DBLE Teruel, 4e BMLE Saïgon.
– Réserve (en récupération)
83e DIA, 84e DIA, 14e DBLE Ebro.
b) Corps d’Armée belge (Général-Major B.E.M. Bastin)
4e DI, 1er Régiment de Chasseurs Ardennais (Général-Major Lambert), 1ère Brigade Blindée Tancremont (Colonel Piron)
c) 7ème Armée américaine (réorganisée)
– 2e CA (Lt-Général Omar Nelson Bradley)
1ère DI, 2e Division Blindée, 17e, 36e et 77e Régiments d’Artillerie
– Réserve
3e DI (au repos en 2ème ligne entre Palerme et Trapani), 9e DI (à l’entraînement au sud d’Alger)
La 5e DB française, devant l’évolution favorable de la situation, a basculé complètement en réserve stratégique. Elle est donc à l'entrainement vers Bône.
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Structure de commandement opérationnel (secteur Sud, britannique, exclu)
– Secteur Nord (Commandant en chef : Général Charles Delestraint ; Premier adjoint : Général George S. Patton)
3e CA français, 2e CA américain
Réserve flottante : CCA de la 1ère DB américaine, 3e et 4e Bataillons de Rangers, 10e DBLE Kumanovo
– Secteur Centre (Commandant en chef : Général de Montsabert ; Premier adjoint : Général Major B.E.M. Bastin)
4e CA français, CA belge
121e RAL (Régiment d’Artillerie Lourde), 12e BACA (Brigade d’Artillerie de CA)
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Une pause bien employée
Cette réorganisation implique une pause opérationnelle. Cependant, les problèmes de ravitaillement des forces à travers le réseau routier anémique du centre de la Sicile auraient de toute façon exigé un ralentissement du tempo de l’offensive. Le redéploiement des unités aériennes sur les terrains de Castelvetrano et de Trapani pour assaillir la Sardaigne est une autre priorité qui demande un peu de temps, ainsi que le nettoyage du port de Palerme des diverses obstructions et bateaux coulés qui l’encombrent. Dans le même temps, la 3e Division de Dragage de mines côtier (composée de douze dragueurs de 255 t. de type Admiralty, les MRY Malinska, Marjan, Meljine, Mljet, Mosor et MN D361, D362, D363, D364, D365, D366, D367) peuvent commencer à ratisser les approches de Palerme.
Front russe – Opération Typhon
L’offensive de l’aile nord
– Le temps s’améliore un peu et la Luftwaffe reprend ses activités, mais les VVS sont toujours là. Leurs avions d’attaque au sol s’en prennent systématiquement aux communications allemandes pendant que la chasse s’efforce de couvrir les unités soviétiques.
Hoth demande un appui aérien maximum pour contrer Chernyakovsky à Bakhmach. Sévèrement touché par les attaques aériennes, le 119e Corps Blindé est chassé de la ville par la 7e PzDiv. Mais la contre-attaque allemande est stoppée 5 km à l’est de Bakhmach par les tirs de l’artillerie soviétique.
– Manquant d’appui aérien, Von Manstein reste bloqué devant Romny. Il peut cependant rétablir le contact avec le LVII. ArmeeKorps et remettre un peu d’ordre dans les lignes de communications allemandes.
– En fin de journée, Hoth, Reinhardt, von Manstein et Kuntzen se rencontrent à Prylouky. Dans la soirée, Guderian, revenant de Rastenburg, se joint à eux. Il ordonne que le 3e PzG se mette sur la défensive jusqu’à ce que les renforts de blindés soient arrivés. Le 2e PzG doit en revanche repartir à l’attaque vers Pyryatyne, Loubny et Kremenchug.
– Du côté soviétique, Vassilievsky rencontre Chapochnikov et Joukov pour évoquer la possibilité d’une offensive du 1er Front de Biélorussie contre Orsha et Gomel. Vassilievsky pense qu’un tel mouvement soulagerait ses troupes, mais Chapochnikov et Joukov visent plus haut et espèrent piéger toute la PanzerArmee de Guderian.
Pendant ce temps, à l’insu des reconnaissances allemandes, la flottille du Dnepr transporte des renforts et du ravitaillement aux forces soviétiques sur la rive gauche du fleuve. Il peut sembler surprenant que Guderian n’ait pas ordonné à la Luftwaffe de miner le Dnepr au sud de Kiev dès le début de l’offensive. De telles opérations commenceront mi-octobre, mais elles resteront sporadiques ; elles n’empêcheront jamais les forces soviétiques d’utiliser le Dnepr comme une importante voie de communication.
L’offensive de l’aile sud
Rokossovsky, dont les 72e et 73e Brigade Blindées ont reçu une centaine de chars en renfort (44 T-34, 23 KV-1 et 32 T-50), les jette à l’assaut du plateau de Korsun pour en repousser les Allemands. En dépit du mauvais temps qui empêche la Luftwaffe d’intervenir, c’est un désastre. Les chars soviétiques chargent dans la gueule des canons antichars allemands, soutenus par une trentaine de Panzers à peine. Au bout de deux heures, 57 épaves de chars soviétiques brûlent sur le plateau ; les pertes allemandes sont minimes. L’attaque est arrêtée, elle n’a même pas repris 1 500 m.
Dans le même temps, Kostenko relance l’offensive de sa 26ème Armée, cette fois de Kagarlyk (Kaharlyk) vers Mironovka. Cette nouvelle attaque est elle aussi brisée, mais il a fallu que les Allemands rappellent des unités du KampfGruppe Dietrich et des canons automoteurs.
Ces attaques achèvent de convaincre Kleist que, Taifun ou Kleine Taifun, il doit à tout prix reprendre l’initiative pour briser la résistance des Soviétiques. Mais pour cela, il a besoin de chars ! Les deux cents engins promis par Hitler étant encore loin, il ordonne de hâter la réparation des nombreux Panzers non opérationnels et de concentrer les efforts sur ceux du KampfGruppe Hube et de la 13e Panzer.
En face, Koniev tire lui aussi les leçons des échecs du jour. Il décide d’envoyer à la 14e Armée de Rokossovsky de puissants renforts : la 349e Brigade d’Artillerie (72 obusiers M-10 de 152 mm et 36 canons-obusiers ML-20 de 152 mm), la 76e Brigade Blindée, et de quoi reconstituer la 406e Brigade Antichar (32 SU-45 et 16 SU-57, ainsi que 30 canons de 57 mm ZIS-2). Dans la soirée, il ajoute à ces unités le 57e Régiment de “Mortiers Spéciaux” (une unité de lance-roquettes multiples, LRM, totalisant 36 BM-13/16, soit 576 tubes) ainsi que les 115e et 117e Bataillons Indépendants de “Mortiers Spéciaux” (comptant chacun 12 BM-8/24, soit 288 tubes de 82 mm en tout).
Milne Bay
Les troupes du général Yokeyana sont renforcées dans la perspective d’un assaut contre les nouvelles positions alliées.
Les six bataillons des 21e et 22e Brigades Mixtes indépendantes (66e, 70e et 71e ; 125e, 126e et 127e) ont reçu de jeunes recrues en remplacement des pertes précédentes. Chacune des deux brigades compte maintenant un bataillon du génie et 18 pièces d’artillerie (principalement des 70 mm d’infanterie, cependant). Ses forces ont aussi reçu l’appoint de deux bataillons blindés (numérotés 21 et 22 comme leurs brigades), équipés chacun de douze chars légers Type 95 Ha-Go (10 tonnes, un 57 mm) et six canons d’assaut Type 97 Shinhoto Chi-Ha (“Chi-Ha Spécial” : une version équipée d’un canon de 47 mm du char moyen de 15 tonnes Chi-Ha). Pour l’Armée Impériale, c’est une puissante force blindée (même si elle pâlit considérablement si on la compare avec les armadas de monstres qui livrent combat au même moment en Ukraine).
L’aviation de l’Armée est également présente en nombre : près de 90 avions. Mais avant même de se heurter à l’aviation alliée, ces appareils rencontrent bien des problèmes. Le revêtement Marston des pistes a été disposé par le génie américano-australien sur un sol très médiocre (faute de mieux !). Le terrain est constamment détrempé par des pluies torrentielles et chaque fois qu’un appareil touche le sol à l’atterrissage, il est arrosé de jets de boue qui giclent à travers les perforations des plaques métalliques et endommagent les ailerons, les gouvernes de profondeur et le train. L’examen des épaves d’avions de la RAAF aux alentours montre aux Japonais que les Australiens ont eu les mêmes ennuis, mais cela ne les console guère.
Les routes sont aussi médiocres que le terrain d’aviation – le passage du moindre camion les transforme en fondrières. Les sapeurs japonais ont laissé à Rabaul leurs tracteurs et rouleaux compresseurs soviétiques et utilisent le matériel allié capturé, mais celui-ci leur permet tout juste de préserver quelques routes dans un état à peu près carrossable.
Iles Salomon
Sur Guadalcanal, les Marines repoussent lentement les Japonais vers les crêtes et le long de la Lunga.
Pendant ce temps, la Marine Impériale renforce son hydrobase de Rekata Bay (du côté nord de l’île Choiseul) avec des A6M2-N, des F1M2 et des E13A1. Ces hydravions harcèlent les positions alliées sur Guadalcanal et Tulagi et les petits bâtiments qui relient les deux îles. La circulation diurne dans Ironbottom Sound devient dangereuse.
De son côté, l’état-major allié, préoccupé par la multiplication des convois et des missions de bombardement naval japonaises, décide de faire patrouiller ses sous-marins, non aux abords des bases nippones (de mieux en mieux protégées), mais sur le chemin de ces navires, dans le “Slot” notamment. Un sous-marin est également posté au large de Tetere pour y attendre les navires chargés de bombarder Guadalcanal.
2 octobre
Affaires courantes au nord
Le régiment de choc Alsace-Lorraine est débarqué sur l’île d’Ustica (au nord-ouest de Palerme) par les APD MN Goumier et Tabor (anciens DD américains convertis) et six LCI(L). Il découvre qu’Ustica n’est défendue que par une centaine de territoriaux terrifiés. A midi, le colonel Malraux, qui commande le régiment, peut envoyer à Delestraint un message martial indiquant que l’île est aux mains des Alliés (et, disent les mauvaises langues, que les reporters photographes peuvent venir opérer – il est vrai que c’est une photo prise à ce moment qui illustrera la jaquette des éditions de ses livres publiées les années suivantes).
Pendant ce temps, les dragueurs qui opèrent dans la zone de Palerme reçoivent le renfort des bateaux américains de la 2e Division d’Escorte et Dragage.
L’escadre Michellier profite de cette accalmie pour rejoindre Bizerte afin d’y ravitailler.
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Préparatifs à l’est
En prévision d’une nouvelle attaque de Gerbini, les bombardiers alliés pilonnent les défenses de la “ligne Etna”. En tout, 576 missions offensives sont effectuées (certains chasseurs-bombardiers effectuant deux ou trois missions dans la journée). La Regia Aeronautica ne réagit pas.
A l’autre bout du front britannique, l’Escadre d’Appui-Feu lourd (HMS Erebus et Terror) et la 2e Escadre d’Appui-Feu côtier[1] commencent à matraquer les défenses italiennes sur la côte au nord de Catane.
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Pendant ce temps, à Rome…
Le maréchal Badoglio et le général Ambrosio se retrouvent dans la soirée. Ambrosio réclame une fois de plus « un changement politique » qui permette à l’Italie de sortir de la guerre. Une fois de plus, sans le contredire, Badoglio lui demande un peu de patience…
Alexandrie
La flotte franco-américaine en route vers le Pacifique Sud quitte le grand port égyptien à l’aube et s’apprête à traverser le canal de Suez.
Front russe – Opération Typhon
L’offensive de l’aile nord
– Le temps se gâte à nouveau dans la nuit. Des pluies très violentes tombent de 02h30 à 14h30, avant de céder la place à des averses intermittentes. Dans ces conditions, von Manstein a toutes les peines du monde à redéployer son LVI. ArmeeKorps de Romny vers Pyryatyne. Ce que les tankistes allemands vont appeler “la marche dans la boue” empêche ce jour là toute action offensive. De plus, le matériel souffre : pour avancer dans la boue, les chars doivent faire tourner en permanence leur moteur à un régime très élevé, accroissant considérablement la consommation de carburant et accentuant l’usure des mécaniques.
– Vassilievsky profite de l’accalmie pour discuter avec Chuikov, Cherevichenko et Malinovsky. Il déclare à ses généraux que la réserve stratégique de la STAVKA rassemblée en septembre à Rostov-sur-le-Don sera bientôt capable de bloquer toute poussée allemande et demande à Chuikov de tenir bon à Pyryatyne, lui promettant que des renforts vont lui arriver par le Dnepr. Malinovsky et Cherevichenko sont, eux, incités à reprendre l’offensive au plus tôt sur le flanc gauche allemand.
L’offensive de l’aile sud
Des pluies violentes ont détrempé le terrain toute la nuit. Elles ne cessent que dans la matinée, pour reprendre en fin d’après midi. Dans l’intervalle, les conditions météorologiques sont à peine “volables” et l’activité aérienne est faible. Tandis que la 14e Armée Soviétique voit arriver ses renforts décidés la veille, von Kleist réorganise son dispositif.
Grâce à un effort surhumain des équipes de réparation, le KampfGruppe Hube et la 13e Panzer totalisent 127 chars. Son attaque, concentrée sur un secteur relativement étroit du plateau de Korsun, doit percer les lignes soviétiques en direction de Shpola. Puis Kleist prévoit d’exploiter vers Novomyrgorod et vers Kremenchug, sur le Dniepr, pour provoquer un effondrement des défenses soviétiques.
Mullins Harbour (région de Milne Bay)
Opération Havelock
Le convoi arrive à Mullins Harbour au crépuscule. Ce n’est qu’à ce moment qu’il est repéré par les reconnaissances aériennes japonaises. En six à huit heures, les trois transports d’infanterie australiens, qui ont acquis de l’entraînement dans les Salomon, débarquent les troupes de l’état de Victoria et leur ravitaillement tactique et reprennent sans plus attendre la direction de Port Moresby – ces navires sont bien trop précieux pour être exposés une minute de trop. Le gros de l’escorte s’éloigne aussi. En revanche, les trois autres transports, chargés de matériel encombrant, ne vont pas pouvoir être déchargés en moins de trente-six heures avec les installations rudimentaires de Mullins Harbour. Ils restent sous la garde des quatre destroyers américains, comptant sur la DCA moderne des Lardner, O’Brien, Porter et Walke et sur l’armement AA installé sur les cargos. En revanche, il n’y a pratiquement pas de DCA à Mullins Harbour. La RAAF de Port Moresby a promis que les Sqn 75 et 78 feront de leur mieux pour assurer une couverture de chasse le lendemain, malgré le temps exécrable ; de plus, huit Whitley et quatre Manchester attaquent dans la nuit le terrain de Milne Bay, provoquant d’importants dommages et détruisant trois Ki-48 au sol.
Les Australiens ne perdent pas un instant pour décharger les seize véhicules chenillés amphibies, qui portent tout leur équipement. Ils sont très vite dissimulés dans l’abondante végétation à l’est du port, à un kilomètre de la route, pendant qu’une équipe se charge d’effacer les traces de chenilles sur leur plage de débarquement.
Durant la nuit, avec l’aide des caboteurs hollandais, le débarquement du reste du matériel commence, dans une hâte frénétique. Ce matériel est directement transféré sur les caboteurs (1 700 tonnes en tout sont ainsi déchargées) qui s’empressent d’aller se mettre à l’abri dans la mangrove. Leurs remorques et toutes les embarcations disponibles (dont les bateaux Higgins laissés par les transports d’infanterie australiens) sont utilisées pour décharger les trois cargos, amarrés aussi près du rivage que possible. Parmi les matériels débarqués en priorité figurent huit chars Valentine. Ils sont déposés dans l’eau à côté des cargos et coulent bien sûr aussitôt par dix mètres de fond. Il est prévu de les traîner sur la plage avec des Brens Carriers, mais quatre s’embourbent sur le fond boueux, les câbles cassent et ils sont perdus. Un cinquième est récupéré, mais il est rempli d’eau et s’enlise sans remède.
Le reste du débarquement se passe mieux. A l’aube, sur les 16 000 tonnes de matériel contenues dans les trois navires, 6 500 ont été mises à terre, dont un radar australien LW/AW.
En plein jour, au large du port, le sous-marin USN Sturgeon torpille et coule le transport d’avions Katsuragi Maru. Repéré par des hydravions en patrouille ASM, il est pourchassé pendant près de 24 heures par les escorteurs du grand bâtiment. Il parvient à faire surface dans la nuit et envoie à sa base un message annonçant sa victoire et décrivant l’amélioration des techniques de lutte ASM des Japonais. Le Sturgeon ne donnera plus signe de vie – il est probable qu’il ait fini par être coulé le jour suivant par le DD Kurutake, chef de l’escorte.
Le CL Lamotte-Picquet effectue une mission de ravitaillement de Tulagi. Les vedettes rapides d’Iishi engagent brièvement les bâtiments légers surveillant l’entrée du mouillage de Tulagi, mais n’aperçoivent pas le croiseur français.
La même nuit, les deux camps effectuent des bombardements aériens des positions adverses.
3 octobre
Fin de partie à l’ouest
Les restes de la 26e Division Assietta et quelques parachutistes qui ont pu s’échapper de Castellammare pour rejoindre la poche Corleone-Prizzi se rendent dans la matinée. Entre l’Assietta, la Folgore et d’autres unités, les Alliés ont fait au total 22 000 prisonniers dans l’ouest de la Sicile. Ils auraient pu en faire davantage, mais bon nombre de soldats des unités territoriales ont enfilé des vêtements civils et sont tout simplement rentrés chez eux.
Cette reddition permet aux troupes alliées d’accélérer leur réorganisation et leur redéploiement. Les 83e et 84e Divisions d’Infanterie Algérienne sont mises en réserve près d’Agrigente, où elles peuvent se reposer et se renforcer.
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Bombardements à l’est
Les avions alliés poursuivent le bombardement de la “ligne Etna”, mais aussi de Messine (attaquée par des B-24 de l’USAAF)… et de Nicosia. Sur la côte, la 3e Escadre d’Appui-Feu côtier arrive à Syracuse pour soutenir la nouvelle offensive de Montgomery.
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Plus qu’une journée de calme
Le général Charles de Gaulle, ministre de la Guerre, rend visite à Delestraint à son QG d’Enna et à Montgomery, à Syracuse. Dans la soirée, Enna accueille une nouvelle réunion d’état-major. Le Maréchal Alexander contrôle la préparation de la phase 2 de Torche, baptisée opération “Trident” en raison des trois axes de progression prévus. La date de l’attaque est fixée au 5 octobre.
Front russe – Opération Typhon
L’offensive de l’aile nord
– Von Manstein, renforcé par Model et sa 3e PzDiv, repart à l’attaque dès l’aube malgré une pluie qui tombe en épais rideaux. Mais aucune division blindée ne compte plus de 60 chars, la plus mal lotie étant la 3e, qui n’aligne aujourd’hui que 44 chars. Les chars neufs promis se trouvent « quelque part au sud de Gomel » mais n’ont pas encore atteint les unités en première ligne. De plus, le temps passé à repousser Malinovsky a permis aux défenseurs de Pyryatyne de s’enterrer. De plus, ils ont reçu le renfort de deux régiments d’artillerie et d’un bataillon de “mortiers spéciaux” (Katyoucha).
Bien que le temps s’améliore un peu dans l’après-midi, la Luftwaffe ne peut efficacement soutenir l’attaque, car les VVS produisent un “effort maximum”, attaquant les convois allemands tout le long de la route entre Chernygov et Prylouky. La chasse allemande, occupée à repousser ces attaques, ne peut protéger ses avions d’assaut, d’autant que les combats aériens voient l’apparition d’un nouveau type de chasseur russe, le LaG-5 (Lavotchkine-Gorbounov 5).
En fin de journée, Pyryatyne est toujours aux mains des Soviétiques. Les chars allemands ont toujours du mal à rouler hors des routes, ce qui restreint considérablement leurs possibilités de manœuvre. Avançant sur des axes prévisibles et fréquemment encombrés, les panzers sont la proie des antichars soviétiques. A leur grande frustration, les tankistes allemands peuvent apercevoir de petits groupes de T-34 qui circulent aisément dans des zones interdites aux blindés allemands, ajoutant l’insulte à la blessure. Au soir, le coût de l’échec de von Manstein devant Pyryatyne s’avère élevé : plus de 90 panzers sont inutilisables (même si bon nombre seront efficacement réparés, selon l’habitude allemande, les jours suivants).
Guderian, très déçu de cet échec, apprend aussi que les troupes de Chuikov, repoussées les jours précédents vers l’ouest, s’acharnent à lancer entre Prylouky et Pyryatyne ce que les officiers allemands sur place présentent comme des “attaques de reconnaissance”. Plus au nord, ayant regroupé les restes de son Groupe Mobile et de la cavalerie de Belov, Chanchibadze harcèle à nouveau les forces allemandes. Epuisé et décimé, le 2e PzG doit ainsi combattre sur son flanc droit sur plus de 100 Km.
L’offensive de l’aile sud
La météo du jour se résume facilement : il pleut. Le mauvais temps empêche toute activité aérienne. Pire, pour les Allemands : les routes – ou plutôt les pistes – sont transformées en fondrières.
Dès 05h30, l’artillerie allemande frappe les lignes soviétiques. La riposte se fait attendre jusqu’à 06h45, mais elle est vite extrêmement violente et les Soviétiques donnent la priorité aux tirs de contrebatterie. Les artilleurs allemands, obligés de déplacer constamment leurs pièces, ne pourront éviter des pertes significatives.
Les chars s’ébranlent alors. Le génie allemand a préparé les voies d’accès et, au départ, l’offensive perce les premières lignes soviétiques sans grandes difficultés. Le KampfGruppe Hube atteint le seuil du plateau et vers 07h30, les Panzers avancent vers Shpola. C’est alors qu’ils sont pris à partie par les unités de “Mortiers Spéciaux”. Un véritable orage de roquettes arrête les Allemands pendant une heure et demie, provoquant de lourdes pertes, en particulier dans la 57e Division d’Infanterie (Blümm). Quand l’avance reprend, vers 09h00, c’est à un rythme de tortue, car la boue paraît s’agripper aux chenilles des chars et aux bottes des hommes. Vers 10h00, les blindés allemands sont pris sous le feu d’armes antichars. Sous une pluie battante, les chars allemands collés au sol font des cibles faciles ; 31 sont détruits. Seule l’artillerie, tirant des obus fusants, oblige les Soviétiques à reculer et à se disperser, détruisant de nombreux automoteurs SU-45 ou 57.
Quand l’attaque reprend, il est plus de midi. C’est alors qu’une nouvelle salve de roquettes tombe sur la colonne allemande la plus avancée (la 25e Division d’Infanterie Motorisée de Clößner), provoquant de lourdes pertes.
Rokossovsky, qui préparait sa propre offensive, a été surpris par l’attaque allemande. Il a besoin de temps pour se réorganiser et fait appel au général Popov. Celui-ci, avec l’accord de Koniev, ordonne à la 58e Armée, sur la droite de Rokossovsky, de lancer une attaque vers le sud-ouest pour prendre les Allemands de flanc.
Vers 13h00, des tirs d’artillerie éclatent sur la gauche des Allemands. L’attaque, menée par la 149e DI, connaît au départ un certain succès, avant d’être repoussée par la SS-Wiking – non sans fixer une bonne partie de l’infanterie Allemande.
Vers 15h30, alors que les Panzer repartent à l’attaque, ils se heurtent à nouveau pris à des antichars, mais aussi aux blindés de la 76e Brigade. Un combat confus commence, où la supériorité manœuvrière des Panzer est en grande partie annulée par l’état du terrain. Vers 17h30, quand le commandement allemand décide d’arrêter les frais pour la nuit, ses forces ont perdu 27 chars de plus, contre 36 soviétiques.
L’attaque allemande n’a fait qu’un tiers du chemin vers Shpola. Cependant, convaincu que les défenses soviétiques sont percées, Kleist décide de poursuivre l’offensive le lendemain.
De fait, du côté soviétique, la situation est perçue comme très grave. Rokossovky ne dispose plus que d’une division d’infanterie opérationnelle, la 201e, qu’il transfère de Zvenygorodka vers la pointe de l’attaque allemande. En ce qui concerne ses blindés, la 76e Brigade n’en a plus que 34 (11 KV-I, 1 KV-II et 22 T-34) et les 72e et 73e, à elles deux, seulement 41 (8 KV-1, 21 T-34 et 12 T-50). Quant à la 406e Brigade antichar, elle est réduite à 17 SU-45, 7 SU-57 et 17 canons (11 x 57 mm et 6 x 45 mm).
Il décide alors de regrouper en une seule unité les 75 blindés survivants et de se préparer à une bataille d’arrêt pour le lendemain. Prévenu, Koniev ordonne à la 181e Division de quitter la zone fortifiée de Cherkassy, où elle sera remplacée par des régiments dits “de forteresse”, et de prendre position autour de Shpola.
Haute stratégie
L’ampleur et la complexité des opérations nécessaires pour contenir l’offensive allemande imposent au haut commandement soviétique de remodeler à nouveau sa structure et de redistribuer les forces des Directions stratégiques Ouest, Centrale Ouest et Sud-Ouest. Toutes trois doivent être coordonnées par le Dniepr Soviet Oborony (DSO, Conseil de Défense du Dniepr), formé des chefs de ces Directions, les généraux Joukov, Vassilievsky et Koniev, et du maréchal Chapochnikov, représentant la Stavka (et souvent assisté du général Antonov). Cette nouvelle structure de commandement a pour but d’améliorer la coordination des forces dans toute la région.
Les Soviétiques réalisent ainsi l’unité de commandement dans tout le secteur de Typhon. Cette unité, qui manque cruellement aux Allemands, tiraillés entre Guderian et Kleist, va donner un réel avantage stratégique aux Soviétiques, qui vont désormais pouvoir conduire leur défense de manière unifiée. Dans le cadre de cette réorganisation, Koniev se voit attribuer le 2e Front d’Ukraine et le Front du Dniepr Moyen, puis le 3e Front Ukrainien, composé d’unités de la réserve de la Stavka, les 56e et 57e Armées, stationnées à Rostov-sur-le-Don. Ces deux armées, officiellement transférées dans la journée, seront déployées dans la région de Poltava. De même, l’ancien “Front de Kalouga”, en théorie rattaché à la Stavka, est placé en pratique sous le contrôle du DSO.
Mullins Harbour (région de Milne Bay)
Opération Havelock
La matinée est pluvieuse et des nuages bas protègent les transports, pendant que les manœuvres de débarquement se poursuivent. Mais en début d’après-midi, le temps commence à se dégager et les équipe de la DCA se mettent à scruter le ciel.
14h30 – Le premier raid japonais se compose de huit Ki-48 (Lily) escorté par quatre Ki-43 (Oscar). Les bimoteurs souffrent beaucoup de la DCA, l’un est abattu et tous les autres endommagés. Leurs bombes ne parviennent qu’à frôler le Moshill et l’Edea, mais détruisent deux petits bateaux.
15h10 – Cinq Ki-51 (Sonia), couverts par deux Ki-43, s’attaquent au gros Coptic, qu’ils touchent deux fois. La première bombe provoque un incendie dans la superstructure, sur le pont des embarcations. La seconde pénètre en diagonale au bord du pont, ressort et explose deux mètres au-dessus de l’eau, arrosant d’éclat le flanc du vaisseau et tuant ou blessant gravement 35 soldats en train de décharger la cale n°1. Des éclats provoquent un incendie préoccupant dans l’atelier de peinture, sur le pont principal. Si l’incendie du pont des embarcations est contrôlé, les dommages infligés au système anti-incendie empêchent d’éteindre aisément le feu du pont principal, alimenté par les réserves de peintures et d’huiles, dont la combustion produit une abondante fumée noire. Cette fumée va sans doute sauver le Coptic : en effet, de l’extérieur, il semble avoir été touché à mort.
L’un des Ki-51 est abattu par le Coptic lui-même et deux autres par le tir très précis de deux destroyers qui l’encadrent, impressionnant fortement un observateur japonais qui dirige l’attaque à bord d’un Ki-48.
15h25 – Six Ki-48 attaquent, sans autre résultat que de subir quelques dégâts de la part de la DCA.
15h42 – Quatre Ki-32 (Mary) escortés par huit Ki-43 Hayabusa (Oscar) effectuent une attaque à basse altitude – sans doute la dernière opération offensive de ces petits bombardiers sur le théâtre Pacifique. Une bombe touche le Norvégien Moshill, mais ne cause que de légers dommages. En revanche, deux des Ki-32 sont abattus et les deux autres gravement endommagés par la DCA du Porter. Rendu furieux, le leader des chasseurs ordonne à ses pilotes d’attaquer le destroyer. Violemment mitraillé, le Porter abat l’un de ses assaillants, mais perd 19 tués et 30 blessés et ses capacités anti-aériennes sont très diminuées.
16h20-16h50 – Cette fois, ce sont des appareils venus de Rabaul qui attaquent, en quatre vagues : trois de la Marine (quatorze G4M [Betty] et huit Zéro, quinze G4M et huit Zéro, 18 D3A [Val] et neuf Zéro) puis une de l’Armée (21 Ki-21 [Sally] et neuf Ki-43 [Oscar]). Les résultats des deux premières vagues sont médiocres : la première bombarde le rivage, où elle cause de sérieux dommage au matériel déjà débarqué qui n’a pas encore été mis à l’abri, la deuxième s’attaque aux navires, mais les équipages, novices, ne touchent aucune de leurs cibles. L’un des Betty est abattu.
Les bombardiers en piqué se montrent plus efficaces. Ils choisissent d’attaquer le Porter et l’O’Brien, très vulnérables car ils sont presque à l’arrêt pour pouvoir couvrir de leur feu les transports. Le Porter est assommé par trois bombes de 250 kg et cinq plus légères, qui le laissent en flammes et immobile. L’O’Brien reçoit une grosse bombe et quatre petites, qui démolissent ses chaudières et provoquent un violent incendie mais sa DCA, déchaînée, abat trois des Val. Le destroyer stoppe au milieu de la baie et jette l’ancre pour ne pas aller s’échouer.
Les Ki-21, soulagés de la moitié de la DCA des destroyers, s’en prennent au Français Edea, seul transport bien visible, car la fumée du Coptic masque aussi le Moshill. Immobile, le cargo est touché par huit à dix bombes, dont au moins deux, pénétrant dans les cales béantes, vont directement crever la coque. Le navire s’enfonce rapidement, mais il avait à peine un mètre quatre-vingt d’eau sous lui et il se pose sur le fond. La superstructure est incendiée et le nuage de fumée qui voile la baie grossit.
17h00-18h20 – Sept petits groupes d’avions japonais effectuent des attaques inefficaces, en partie en raison de la fumée, en partie (selon la RAAF) en raison des patrouilles de Hurricane venues de Port Moresby malgré le très mauvais temps qui règne entre leur base et Mullins Harbour. Les marins et soldats de Mullins Harbour, eux, sont unanimes : ils n’ont pas vu une seule cocarde alliée de la journée.
17h40 – Le Porter est achevé par une forte explosion interne (peut-être de ses munitions). Il se couche sur tribord, son flanc bâbord affleurant l’eau. Tous les membres de l’équipage encore vivants à ce moment sont sauvés.
18h30 – Peu avant le coucher du soleil, huit Ki-43 armés d’une bombe de 250 kg chacun attaquent l’O’Brien, dont l’incendie fait le seul objectif encore visible dans la baie. Deux chasseurs-bombardiers sont abattus, mais l’un, en flammes, s’écrase volontairement sur la passerelle du destroyer et les autres mettent deux coups au but. Le navire finit par se casser en deux et sombre à son tour. A ce moment, les Japonais sont persuadés d’avoir coulé les trois transports et revendiquent aussi trois destroyers.
Cependant, le déchargement des transports se poursuit activement, malgré leur piteux état. A 22h00, bien qu’il reste 500 tonnes de fret sur le Moshill et un peu plus de 1 500 sur le Coptic, tous deux quittent la baie et, accompagnés du Walke et du Lardner, repartent pour Port Moresby en clopinant. Toute la nuit, les petites embarcations s’activeront pour répartir le ravitaillement et pour décharger l’Edea, avant d’aller se réfugier pour la journée sous d’épais camouflages.
Un convoi de six transports japonais se dirigeant vers les îles Shortland est attaqué par des B-17. Aucun navire n’est atteint, sinon par des éclats. En revanche, l’un d’eux, le Nagara Maru, est torpillé et coulé par une torpille tirée par le sous-marin USS Wahoo (SS-238), qui échappe à la contre-attaque des escorteurs.
Guadalcanal
Les Australiens commencent à encercler par le sud Bloody Ridge, où sont retranchés plus de 2 000 Japonais.
L’hydrobase alliée installée par le Zealandia sur la côte sud de l’île, à Aola, reçoit le renfort de six “Floatfire”. De plus, un hydravion de transport Saro Lerwick lui livre du matériel et des pièces détachées permettant de remettre en état deux appareils endommagés.
Dans la journée, un raid de 24 G4M escortés par 12 A6M2 attaque la région de Tetere, mais ne cause que peu de dommages.
Dans la nuit, deux destroyers convertis de l’US Navy effectuent sans incident une mission de ravitaillement malgré une patrouille de destroyers japonais. Deux vedettes rapides japonaises surprennent en surface le sous-marin français La Créole, mais la surprise est mutuelle et le sous-marin plonge, non sans avoir perdu trois hommes sous les tirs des vedettes. Deux torpilles tirées par le G-353, lancées trop tard, passent au-dessus du sous-marin.
4 octobre
Derniers préparatifs aériens…
Toute la journée, les avions alliés attaquent des cibles sur le front Gerbini-Catane ou des postes de commandement et des dépôts à Messine, Nicosia et Troina. L’aérodrome de Trapani est ouvert aux opérations alliées, mais après les nombreux bombardements des semaines précédentes, deux pistes seulement sont utilisables (sur les cinq utilisées naguère par les Italiens).
………
Derniers préparatifs navals…
A midi, l’escadre Michellier quitte Bizerte en direction de la côte nord de la Sicile. En début d’après-midi, les monitors légers de la 1ère Escadre d’Appui-Feu côtier[2] entrent dans le petit port de Cefalù, tout près du front, pour soutenir l’attaque le long de la route côtière. Ils y sont bientôt rejoints par la 2ème Flottille de MTB de la Marine Nationale (escadrilles I/2 et II/2, avec seize MTB en tout, des Elco 70-ft et des Higgins 76-ft).
Pendant ce temps, les transports amphibies (LCI, LSM et BDIC) s’activent pour apporter sur les quais en ruines de Palerme le plus possible de ravitaillement, même si les gros navires ne peuvent encore accéder au port en raison des nombreuses destructions.
………
… et relations publiques (interview du général Bastin par Jo Gérard).
« – Mon général, vous venez d’être nommé à la tête du Corps d’Armée Belge nouvellement formé en Sicile. Que vous inspire cette décision ?
– Une immense fierté ! Pas tant pour moi-même que pour nos valeureux soldats. Voilà qui démontre la confiance de nos Alliés dans le potentiel militaire de l’armée belge reconstituée. C’est le premier résultat concret d’une œuvre gigantesque, accomplie dans des circonstances particulièrement difficiles. Rappelez-vous où nous étions il y a deux ans ! Aujourd’hui, nous pouvons aligner près de 30 000 hommes au sein des diverses unités qui composent le CAB, et ce n’est qu’un début !
– Quel a été le comportement de nos troupes lors de cette campagne de Sicile ?
– Admirable ! La Belgique peut être fière de ses fils. Castelvetrano, Castellammare del Golfo, Palerme, Corleone, vont rejoindre les noms d’Haelen et Dixmude dans les annales de l’armée belge.
– Les pertes ont-elles été importantes ?
– Elles sont toujours excessives : mes derniers renseignements indiquent 168 morts ou disparus et environ 700 blessés [phrase censurée]. Cependant, au vu des succès remportés, elles restent supportables. Le moral de nos soldats demeure excellent et ils se donnent à fond pour accélérer la libération de notre chère patrie.
– Quelle va être la suite des opérations ?
– Vous comprendrez que le secret militaire m’empêche de vous en dire grand-chose. Mais Mussolini lui-même doit se douter que nous n’allons pas lui laisser le petit coin de Sicile qu’il contrôle encore.
– Mon général, vous étiez chef d’état-major du Corps de Cavalerie pendant la Campagne des Dix-huit jours. Comment se fait-il que vous ne soyez pas aujourd’hui en captivité en Allemagne ?
– Lorsque j’ai appris la décision inéluctable du Roi de mettre fin aux combats en Belgique, je n’avais aucune envie de me retrouver une nouvelle fois prisonnier en Allemagne. Trois ans de 1914 à 1917, ça m’avait largement suffi !
– Ce qui ne vous avait pas empêché de mener la vie dure aux Allemands ! Je ne puis que conseiller à nos lecteurs le passionnant ouvrage où vous décrivez vos dix tentatives d’évasion (Jules Bastin, Mes dix évasions, Ed. Payat, 1936), qui vous ont d’ailleurs valu la Légion d’Honneur et la Médaille française des Evadés.
– C’est vrai, mais cette fois, j’ai préféré prendre les devants et m’évader avant d’être pris ! Avec quelques officiers de mon unité, j’ai rejoint Dunkerque, où j’ai pu embarquer sur un navire britannique. Nous sommes aujourd’hui récompensés de nos efforts !
– Mon général, tous nos vœux vous entourent, vous et vos hommes. Vive la Belgique, vive le Roi ! »
(Entretien reproduit dans Se battre pour la Belgique, 1940-44, par Jo Gérard, Hervé Gérard et Gustave Rens, Ed. Collet, Bruxelles, 1984)
Hammaguir
Les essais du Leduc 005 se sont poursuivis et huit vols ont étés effectués sans accident à partir du Bordeaux. Il est temps de passer à la phase “offensive” des essais, réclamée par les militaires.
Celle-ci consiste à transformer le planeur Leduc en bombe volante – pour l’instant, “bombe planante” serait plus exact, mais l’objectif à terme est bien d’équiper le planeur d’une tuyère Leduc et de percher l’engin sur la fusée Barré, transformant l’ensemble en missile à longue portée. Bien que le système de guidage définitif soit encore loin d’être opérationnel, il convient de « tester l’étage supérieur porteur d’une tête explosive lors d’un vol plané avec guidage radio » comme le précise le programme.
Comme la fusée Barré n’a pas encore volé, le MB-161 Bordeaux la remplacera comme porteur de l’engin. Et le quadrimoteur étant bien incapable d’atteindre la vitesse qui permettrait l’enclenchement de la tuyère Leduc (qui au demeurant n’existe encore que sur le papier), on va se contenter d’essayer le planeur.
Ce matin, le pilote du Bordeaux, Jean Gonord, n’est guère réjoui. Deux mois plus tôt, lors du troisième vol, le modèle a bien failli percuter le Bloch. Or, cette fois-ci, il y aura des explosifs à bord de l’engin et Gonord est de plus en plus sceptique à l’idée de « piloter un bombardier emportant sa bombe sur le dos ! »
A bord du quadrimoteur, l’opérateur radio doit guider l’engin planant vers la cible, en réalité un carré de 2 kilomètres de côté, suivant un plan de vol bien précis répété minutieusement. Chaque manœuvre doit être effectuée à 2 secondes près, sous peine de fortes déviations de la trajectoire. Et il ne fait pas bon perdre de vue un planeur médiocre de 2 tonnes, dont 100 kilogrammes d’explosifs… L’inusable Bloch 175 n°36 suivra le modèle afin de déceler tout comportement anormal.
Au top, le Bordeaux, suivi comme son ombre par le vieux Potez 63-11, procède au largage “trois points” (le modèle est retenu par trois attaches). L’équipage du Potez a alors la frayeur de sa vie ! L’une des deux attaches latérales libère le modèle avec une demi-seconde de retard. L’engin pivote alors et fonce droit sur le Potez, un peu trop proche du Bloch 161. Le bimoteur, se souvenant de ses prouesses militaires, dégage brutalement et évite de justesse l’engin, mais la séquence minutieusement répétée est désormais caduque. Or, le Leduc 005 vole, et il convient désormais de s’en débarrasser… dans un endroit sûr. Après réflexion, il est décidé d’adopter une trajectoire rectiligne, le désert garantissant un point de chute… inhabité. Les manœuvres restent possibles dans le plan vertical et l’opérateur radio contrôle efficacement la chute du modèle.
Suivi de près (pas de trop près quand même) par le fidèle MB-175, le 005 vole correctement jusqu’à son point de chute, avant d’exploser dans une belle flamme orange suivie d’un pilier de fumée noire.
Leduc proposera d’armer les Liberator de l’Armée de l’Air avec sa bombe planante, mais la faible fiabilité de l’engin aura raison du projet.
Front russe – Opération Typhon
L’offensive de l’aile nord
– Peu ou pas de pluie aujourd’hui – mais de lourds nuages couvrent le ciel et le plafond est si bas qu’en dehors des vieux Henschel 123 biplans, les avions d’appui au sol de la Luftwaffe ne décollent pas. De plus, les terrains allemands sont saturés d’eau et, en dehors des Hs-123, seuls les Ju-52 peuvent décoller et atterrir sans problèmes. Les VVS semblent moins touchées par ces conditions. Il-2 et I-152/153 attaquent assez fréquemment les troupes allemandes ; les I-153 retrouvent même leur splendeur du temps de la guerre d’Espagne (et leur rôle de chasseur) quand ils rencontrent des Hs-123.
– Indompté, von Manstein reprend son attaque contre Pyryatyne, tentant de contourner les défenses soviétiques en utilisant son infanterie mécanisée en pointe, car ses chars sont toujours bloqués par la boue. Vers midi, les avant-gardes allemandes sont au sud de la ville, mais constamment harcelées par de petits groupes de combat soviétiques, parfois renforcés par un peloton de T-50.
– A Prylouky, Chuikov a repris ce que les Allemands considèrent comme des “attaques de reconnaissance”. En fait, la 37e Armée a lancé une attaque générale ! Mais la situation générale inquiète Reinhardt au point qu’il décide d’interrompre l’attaque de Pyryatyne à la grande colère de von Manstein. En réalité, les groupes de combat improvisés pour contenir les assauts de Chuikov ou Chanchibadze utilisent fréquemment les chars qui arrivent en renfort. Ce faisant, les tankistes allemands découvrent que sur les 500 blindés promis par le Führer, 200 sont des chars légers (Pz-II et Pz.38t), pratiquement inutiles contre la plupart des engins soviétiques. Parmi les autres, certains – y compris de nouveaux Pz-V – tombent en panne peu après leur arrivée au front, ayant roulé trop vite pour venir de Gomel dans des conditions très difficiles. Les unités d’entretien ont toutes les peines du monde à remettre ces chars en état, car moteurs et transmissions ont beaucoup souffert.
L’offensive de l’aile sud
La pluie a cessé, mais le ciel reste de plomb. Dans la soirée d’ailleurs, la pluie va reprendre. Sur les terrains d’aviation, complètement détrempés, les mouvements sont extrêmement difficiles. Les Bf-110 sont collés au sol et les Ju-87 ne peuvent décoller qu’à vide. Seuls les Hs-123 pourront faire quelques missions d’appui. De même, côté soviétique, seuls les I-153 vont pouvoir voler – et retrouver avec joie leur rôle de chasseur en croisant des Hs-123.
L’attaque allemande reprend dès l’aube, contre une résistance soviétique qui s’est raidie. Les commissaires politiques de la 201e Division ont fait passer le mot d’ordre : « Ne shagu nazad ! » (Pas un pas en arrière !). Mais les hommes de la 201e ont eu beaucoup de mal à creuser des tranchées dans la boue et la plupart devront se contenter d’abris de fortune. Alors qu’une brume dense, qui ne se déchirera qu’en fin de matinée, couvre le champ de bataille, les unités antichars de la 201e (canons de 45-mm et même fusils PTRD et PTRS) vont malgré tout prélever un tribut sur les Panzers qui avancent.
A partir de 09h45, pour autant que la brume le permette, les antichars automoteurs de la 406e Brigade interviennent, tandis que l’artillerie lourde de la 349e Brigade d’Artillerie s’efforce d’appuyer de ses feux l’infanterie. Par dessus un champ de bataille où tout mouvement est difficile, il faut livrer une bataille d’artillerie.
Peu avant 13h00, le KampfGruppe Hube et la 13e Panzer, qui n’ont à ce moment avancé que de 5 km au prix de 22 chars, se heurtent aux blindés de Rokossovsky. Manœuvrant mieux dans la boue, ces derniers obtiennent un quasi match nul : 23 chars perdus contre 21 Panzers détruits. Au total, Hube et Düvert (13e Panzer) n’ont plus que 23 blindés, et Shpola n’est toujours pas en vue !
Rassemblant ses chefs de corps, Kleist constate que ses hommes sont épuisés, mais qu’ils restent sûrs de pouvoir percer. Lui-même en est nettement moins convaincu et s’en ouvre à Kempf et à Von Wieterscheim : « Même si nous arrivons jusqu’à Shpola, avec quelles forces pourrons-nous exploiter ? » Néanmoins, à la demande pressante de ses subordonnés, il accepte de tenter une troisième fois de percer les défenses soviétiques.
Pendant ce temps, au sud-est de Kiev, le Kampfgruppe Dietrich et des éléments des 299e et 111e Divisions d’Infanterie font face à des attaques lancées par la 26e Armée et par les survivants du groupement Dovator en direction de Mironivka. Les combats sont violents, mais les Soviétiques sont finalement repoussés avec des pertes sensibles.
Birmanie
Pendant que des troupes belges font merveille en Sicile, d’autres débarquent à Rangoon. Il s’agit des premiers éléments de la double brigade de la Force Publique mise par le gouvernement belge à la disposition des Alliés dans la lutte contre le Japon. Ces hommes ont déjà joué un grand rôle en Afrique Orientale, où c’est en grande partie leur intervention qui a permis de sauver Khartoum. La décision de les envoyer en Birmanie s’est appuyée sur leurs exploits au Soudan et en Ethiopie, mais aussi sur le fait que la jungle était pour eux un environnement bien connu. En effet, l’acclimatation en Birmanie ne devait pas poser de problèmes aux Congolais, non plus qu’à leurs cadres coloniaux belges.
Région de Milne Bay
Au matin, un Ki-46 (Dinah) vient reconnaître Mullins Harbour. A la grande surprise des Japonais, il n’y trouve plus qu’une épave de cargo et non trois. Toute la journée, des avions de l’Armée vont bombarder le port improvisé pour détruire les approvisionnements débarqués, mais avec l’expérience de Guadalcanal, ceux-ci ont été soigneusement dispersés et dissimulés.
Vers midi, le général Savige arrive au QG du Brigadier Fields, sur les hauteurs, fort mécontent que son subordonné ne soit pas venu à sa rencontre. Mais sa colère s’évapore en découvrant que Fields a durant toute la nuit dirigé la défense contre une offensive japonaise.
L’Armée Impériale a lancé trois bataillons d’infanterie dans la bataille, soutenus par un bataillon blindé (12 chars et 6 canons d’assaut). La position australienne a tenu. Seules les lignes les plus avancées sont tombées aux mains de l’ennemi. Les combats autour de “Bloody Saddle” (le Col Sanglant), comme le col sera bientôt surnommé, ont été si intenses que les 25-livres australiens n’ont plus que 20 coups par tube. Mais la 7e Brigade de Fields a tenu bon. Le Brigadier explique à son supérieur que des combats au corps à corps se sont poursuivis la plus grande partie de la nuit et que la 15e Brigade – ou du moins le peu d’hommes en état de combattre dont elle dispose – ne va pas tarder à lancer une contre-attaque pour récupérer les quelques positions australiennes encore tenues par les Japonais.
Lorsque Savige se rend sur les positions de départ de la 15e Brigade, il est épouvanté par l’état des hommes. « Ils avaient plutôt l’air de squelettes, vêtus d’uniformes déchirés et crasseux, que de soldats, racontera-t-il. Les bataillons ne comptaient plus que 150 hommes. Je fus très surpris par leur excellent moral et même par leur optimisme. Fields m’expliqua que seule l’intervention d’une vingtaine de blindés avait permis aux Japonais de s’enfoncer autant dans nos défenses. Nos propres et rares blindés étaient réduits au rôle de bunkers semi-enterrés par le manque de carburant et de pièces détachées, mais ils avaient pu détruire la moitié des engins japonais. Il s’agissait pour la plupart de chars légers Ha-Go, mais il y avait aussi des canons d’assaut dont la présence avait été pour nos hommes une très mauvaise surprise. Ces canons d’assaut avaient détruit beaucoup de nos bunkers et plusieurs de nos derniers blindés. (…)
La contre-attaque atteignit ses objectifs, ce qui ne veut pas dire que la victoire ait été facile. Malgré mon expérience de la Première Guerre, je fus stupéfait par la pure férocité animale des combats. Les Japonais ne reculaient tout simplement pas du tout, défendant chaque touffe d’herbe et chaque motte de boue avec la rage d’une tigresse protégeant ses petits. Les jeunes soldats de l’AMF m’impressionnèrent plus encore. Comme j’en questionnais un que j’avais vu abattre au pistolet deux Japonais qui se jetaient sur lui baïonnette au canon, il me répondit que tout cela était normal et que les Allemands avaient sûrement dû se battre bien plus durement pendant l’Autre Guerre. Je compris que nos hommes, ignorant tout de la guerre “normale”, acceptaient l’extraordinaire férocité de cette lutte comme une routine banale. Mais c’est depuis ces combats que le col où la 7e Brigade s’était retranchée a été rebaptisé Bloody Saddle. »
(Général Sir Thomas Savige, To the Everlasting Glory of the Infantry: Milne Bay, Plataea Press, Sydney 1965)
Une fois le dernier Japonais vivant chassé des positions provisoirement cédées la nuit précédente, Savige se rend au QG de Fields. Dans la soirée, il rassemble son équipe pour une première séance de planification. Il faudra à l’AMF quelques semaines de préparation avant de pouvoir monter une attaque efficace. Ces semaines seront fort utiles pour découvrir ce que peuvent vraiment faire les nouveaux véhicules amphibies, qui pourraient se révéler un atout maître.
Pacifique Sud-Ouest
Deux Whitley bombardent Rabaul de nuit. L’un d’eux est abattu par un J1N2 guidé par le radar de la base.
Huit B-17 attaquent le convoi japonais repéré et déjà attaqué la veille, qui décharge sa cargaison aux îles Shortland. Leur bombardement est une nouvelle fois inefficace. Six Ki-44 basés à Buin tentent de les intercepter, mais ils ne peuvent attaquer les bombardiers avant que ceux-ci n’aient lâché leurs bombes et leur puissance de feu se révèle insuffisante pour inquiéter les quadrimoteurs.
Guadalcanal
Deux chalutiers modifiés et deux péniches escortés par deux chasseurs de sous-marins accomplissent sans incident une mission de ravitaillement côté japonais. Côté allié, la mission du DDT HMAS Stuart est au contraire perturbée par l’intervention de deux hydravions E13A1. L’un lâche des fusées éclairantes pendant que l’autre bombarde. Ses quatre bombes de 60 kg encadrent le Stuart et coulent deux petits bateaux Higgins en train de décharger le destroyer converti. La DCA du remorqueur USS Seminole chasse les deux hydravions, endommageant l’un d’eux.
5 octobre
Les plans alliés
Suivant le plan adopté après la prise de Palerme, les troupes alliées vont passer à l’attaque dans trois secteurs, Nord, Centre et Est. L’offensive doit démarrer en premier lieu dans les secteurs Nord (sous le commandement du Général Delestraint) et Est (sous le commandement du Général Montgomery).
« Du côté britannique, le XIIIe CA du Général Miles Dempsey devait reprendre l’offensive contre Gerbini (opération Lightfoot) et le XVe CA du Général O’Connors devait attaquer le long de la côte (opération Supercharge). Ce double assaut avait d’abord pour but de fixer le plus possible de troupes italiennes. Les reconnaissances aériennes avaient montré que les Italiens étaient bien retranchés. “Monty” avait donc soigneusement planifié un assaut appuyé sur sa supériorité en artillerie (et sur l’aide fournie à O’Connors par les escadres d’appui-feu). Il n’espérait pas une percée spectaculaire, mais un écrasement progressif des défenses italiennes, permettant dans un second temps d’entamer une exploitation vers Messine. » (D’après Francesco Folcini, La caduta dell’Italia Fascista, Rome, 1961)
Dans le secteur Nord, l’attaque a été baptisée Neptune (le dieu au trident). Elle doit, elle aussi, bénéficier d’un considérable appui naval et aérien. Delestraint espère que les troupes italiennes se concentreront sur la ligne de front, près de la côte, s’exposant ainsi à un débarquement sur leurs arrières une fois engagées dans la bataille.
L’attaque des troupes du général de Montsabert, dans le secteur Centre, doit être déclenchée plus tard que dans les deux autres secteurs. Cette décision a été prise en espérant que le commandement italien affaiblira son centre pour renforcer sa droite et sa gauche. La tâche des troupes de montagne pourrait ainsi être facilitée et leurs pertes réduites, bien que l’on s’attende à de très rudes combats dans un cadre géographique très hostile. Les hommes de De Montsabert ont pour mission de couper en deux les forces des défenseurs et de tourner la “Ligne Etna ” par le nord-ouest. Le 4e CA français doit attaquer le long de la Route 120 par Gangi et le CA belge le long des Routes 121 et 117 par Leonforte vers Nicosie, où les deux CA doivent se rejoindre avant de pousser vers Troina. Cette association franco-belge a fourni le nom de code de cette offensive : Quiévrain (le nom de cette rivière qui marque la frontière franco-belge est imprononçable pour les Anglo-Saxons, mais comme il n’y a pas d’anglophones dans le secteur…).
« La préparation de l’opération Trident avait été masquée (du moins, c’est ce que l’on avait tenté de faire) par l’installation d’un réseau de faux postes de commandement entre Trapani et Castellammare del Golfo, pour faire croire à l’état-major italien que le prochain objectif des Alliés serait la Sardaigne ou la Corse. Etant donné la stratégie française durant l’été 1940, il n’était pas absurde d’espérer que les Italiens redoutent un débarquement dans ces deux îles. Néanmoins, le général Guzzoni n’était pas tombé dans ce piège, bien que les états-majors de Mussolini et de Victor-Emmanuel III fussent, eux, à peu près convaincus que l’ennemi s’apprêtait à frapper en Sardaigne ou même à débarquer directement en Corse (où l’enlèvement par la Résistance du général-gouverneur de l’île, quelques semaines plus tôt, avait fait grosse impression). » (Francesco Folcini, op. cit.)
La réorganisation italienne
« Depuis le début de l’opération Torche, Guzzoni avait obtenu de Mussolini (au grand chagrin du général Ambrosio) des renforts substantiels. Pourtant, il savait que sa position restait faible. Les unités territoriales n’avaient pratiquement aucune valeur militaire. Ce qui restait des unités mobiles stationnées en Sicile au début de la campagne était dans un triste état. Seules les troupes prélevées sur l’Armata di Levante étaient encore capable de se battre efficacement, et elles manquaient de puissance de feu et de protection anti-aérienne. Même la Brigata Corazzata “M” et la 52e DI motorisée Torino, transférées fin septembre, avaient beaucoup souffert et ne possédaient plus que 50 à 60% de leur puissance théorique. De plus, les attaques aériennes alliées continuelles contre Messine et Reggio de Calabre avaient détruit les infrastructures locales, rendant très difficile le transfert de tout équipement lourd. En pratique, les mouvements à travers le détroit de Messine ne pouvaient plus se faire que de nuit. » (Francesco Folcini, op. cit.)
Forcé de se contenter de ces forces durement éprouvées, Guzzoni les a réorganisées en trois corps d’armée.
Armata di Sicilia (situation au 5 octobre 1942, 00h00)
Général Alfredo Guzzoni (chef d’état-major : général Emilio Faldella)
Secteur Catane-Gerbini
XVIe Corps (général Carlo Rossi)
– 54e DI Napoli (général Giulio G.C. Porcinari)
75e et 76e RI, 173e Bataillon de Chemises Noires, 54e Rgt d’Artillerie (quatre groupes, deux remorqués, deux automoteurs), deux batteries AA (20 mm). Unité sérieusement amoindrie.
– Deux Régiments d’Artillerie indépendants, chacun à 8 x 155 mm et 12 x 100/17.
– Brigata Corazzata “M” (36e Brigade blindée)
Deux bataillons de chars moyens (61 x M13/40 ou M14/41), un bataillon de canons automoteurs (30 x Semovente da 75/18 M14), une compagnie indépendante de Cari Pesante (10 x M26/42 de pré-production) et un Bataillon mécanisé de Chemises Noires sur half-tracks allemands. Unité transférée fin septembre, a perdu 50% de son matériel et 35% de ses hommes.
– 52e Division Motorisée Torino (général Luigi Manzi)
81e et 82e RI, 52e Rgt d’Artillerie (12 x 100/17, 8 x 75/27, 8 x 75/39, 8 x Semovente da 75/18 M14), 61e compagnie antichars (8 x Semovente da 47/32 L40). Unité transférée en même temps que la Brigata “M” et sérieusement amoindrie par les premiers combats.
– 2e DI Sforzesca (général C. Pellegrini)
53e et 54e RI, 17e Rgt d’Artillerie (4 x 105/28, 8 x 75/27, 6 x 75/39, 8 x 47/32). Unité transférée du XXIe Corps de l’Armata di Levante et en cours de déploiement le 5 octobre.
– Regimento Corazzato “Centauro II” (35e Régiment blindé)
Deux bataillons de chars moyens (61 x M13/40 ou M14/41), un bataillon de canons automoteurs (30 x Semovente da 75/18 M14). Unité en cours de transfert du Xe Corps de l’Armata di Levante entre le 3 et le 7 octobre.
Secteur Centre
XIIIe Corps (créé officiellement le 5 octobre à 00h00 – Général Benvenuto Gioda, transféré de l’Armata di Levante et arrivant le 6 octobre à Troina)
– 4e DI Livorno (général Domenico Chirieleison)
33e et 34e RI, XIe Bataillon de Commandos, un Bataillon de Mortiers (81 mm), 28e Rgt d’Artillerie (quatre groupes remorqués), IVe Bataillon Antichars (8 x 47 mm), trois batteries AA (20 mm). Unité sérieusement amoindrie.
– 3e DI Ravenna (général E. Nebbia)
37e et 38e RI, 121e Rgt d’Artillerie (4 x 105/28, 8 x 75/27, 6 x 75/39), une compagnie antichars (8 x Semovente da 47/32 L40). Unité transférée du XXIe Corps de l’Armata di Levante et en cours de déploiement le 5 octobre dans la région de Troina-Nicosia, avec la plus grande partie de son artillerie encore à Reggio de Calabre.
Secteur Nord
XIIe Corps (général Mario Arisio)
– Groupe Mobile C (avec une dizaine de chars M13/40 ou 14/41).
– 28e DI Aosta (général Giacomo Romano)
5e et 6e RI, 171e Bataillon de Chemises Noires, 22e Rgt d’Artillerie (quatre groupes, deux remorqués, deux automoteurs), XXVIIIe Bataillon de Mortiers (81 mm), deux batteries AA (20 mm). Unité sérieusement amoindrie.
– 17e DI Pavia (général A. Torriani)
27e et 28e RI, 26e Rgt d’Artillerie. Unité en cours de transfert du Xe Corps de l’Armata di Levante.
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« Cependant, si Guzzoni était bien conscient que la Sicile était la cible principale des Alliés, s’il avait bien deviné l’objectif allié (prendre ses troupes au piège) et s’il avait compris la menace pesant sur les routes côtières Palerme-Messine et Catane-Messine, il avait mal jugé le moment de l’attaque. Il ne s’attendait pas à voir les Alliés reprendre l’offensive avant le 8 ou le 9. En effet, il avait sous-estimé l’échelle de l’effort logistique allié et le fait que les troupes françaises et belges étaient prêtes à se contenter de conditions de vie plus spartiates que les troupes britanniques et (surtout) américaines. Par ailleurs, en raison de l’intensité des précédentes attaques britanniques contre Gerbini, il attendait le coup le plus dangereux du côté de Montgomery et ne soupçonnait pas le risque que courait son centre. » (Francesco Folcini, op. cit.)
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Lightfoot : la victoire des Churchill
La bataille commence par un bombardement de trois heures sur tout le front de la VIIIe Armée. On dit que Sir Bernard Law Montgomery, futur Vicomte de Sicile, n’a laissé à personne le soin d’en régler les détails, batterie par batterie.
A 08h10, le XIIIe Corps se lance en avant. La 50e DI britannique (Northumbrian) et deux régiments de la 5e DI se fraient lentement un chemin au milieu des défenses italiennes à l’ouest de Gerbini, avec l’appui des chars Churchill et des Churchill 3-in. Gun Carriers de la 4e Armoured Brigade. Deux des trois régiments de cette brigade sont en effet dotés de “chars d’infanterie” Churchill[3]. De plus, tous les Gun Carriers envoyés en Sicile ont été répartis en deux squadrons supplémentaires rattachés aux régiments équipés de Churchill et composés d’un QG à 3 Churchill Mk.I (utiles pour l’appui rapproché) et de trois pelotons de 5 Gun Carriers chacun. Les Churchill Gun Carriers sont utilisés comme canons d’assaut contre les positions de leurs adversaires des semaines précédentes, la Brigade “M” et la 52e DI mécanisée Torino. Ils s’approchent des fortifications de campagne et des abris italiens sans craindre leurs tirs et les détruisent par des coups directs de leurs 3-pouces.
Vers midi, les Italiens, incapables de répliquer au feu meurtrier des canons du 6e AGRA (Groupement de Royal Artillery d’Armée), commencent à se replier sur leur seconde ligne de défense, que les Britanniques atteignent peu après 15h30.
La situation apparaît si grave que le général Luigi Manzi (de la Torino) et le chef du XIVe Corps, le général Carlo Rossi, décident de contre-attaquer en assemblant tout ce qui reste de chars et de Semovente dans la Brigade “M” et la Division Torino. A ce moment, la 4e Brigade Blindée a elle aussi perdu beaucoup de forces, non tant sous les tirs antichars (les Churchill se montrent à peu près indifférents au feu des canons de 47/32) que du fait des mines. Néanmoins, si une mine peut arrêter un Churchill, elle ne peut pas le mettre hors de combat. Jouant le rôle de fortins, les Churchill, même déchenillés, stoppent net la contre-attaque italienne, qui s’interrompt à 18h40. Plusieurs équipages de Churchill Mk.III signalent de sérieux problèmes d’enraiement avec leur 6-pdr, mais le petit 2-pdr qui arme les Mk.I comme les Mk.II est plus que suffisant pour arrêter même un M14/42, et le 3-pouces long des Gun Carriers ne laisse aucune chance aux chars italiens. Les engins du Squadron A, soutenus par un peloton de Gun Carriers, revendiquent par exemple la destruction de 11 chars et 5 canons automoteurs.
Au crépuscule, quand le silence retombe sur le champ de bataille, les forces britanniques n’ont toujours pas brisé la seconde ligne italienne, mais elles l’ont sérieusement entamée, attirant toutes les réserves du secteur.
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Supercharge : une victoire “navale”
Sur la côte est, O’Connors ne peut lancer son XVe Corps à l’attaque qu’à 10h35, car la combinaison d’une brume matinale et d’une forte houle retarde le bombardement naval. Les monitors lourds HMS Erebus et Terror, aidés par leurs petits frères de la 2e Escadre d’Appui-Feu côtier et par les chasseurs-bombardiers alliés effectuent un impressionnant tir de suppression contre les positions italiennes au nord de Catane. Soutenus par la 23e Brigade Blindée, principalement équipée de Valentine et de quelques vieux Matilda, les hommes de la 51e DI (Highlands) et de la 231e Brigade d’Infanterie commencent à progresser vers le nord. La 54e DI Napoli et le 53e RI de la 2e DI Sforzesca, résistent avec obstination, mais dans la soirée, le 75e RI de la Napoli est réduit à la taille d’un bataillon et la plus grande partie de l’artillerie de la division a été éliminée par les canons de la Royal Navy en essayant de s’opposer à l’avance britannique.
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Neptune : attention aux mines
Dans le secteur Nord, l’appui naval est aussi retardé par la brume du matin, mais celle-ci s dissipe plus tôt, et l’attaque commence à 09h15. La 1ère DI française et un régiment de la 1ère DI américaine (la “Big Red One”) attaquent sur la route côtière, appuyés par le Combat Command A de la 2e DB US. La 15e DBLE Massada-Valmy attaque un peu plus à l’intérieur des terres, à flanc de colline. Les combats sont moins durs que dans le secteur Est, mais les progrès sont lents, car les défenseurs ont semé un très grand nombre de mines.
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Comme prévu…
Au total, en fin de journée, la situation est plus ou moins celle prévue par les plans alliés. Les progrès sont lents et la défense acharnée, mais la supériorité numérique et qualitative des Alliés commence à parler. L’artillerie lourde terrestre, les canons de marine et l’appui aérien constant prélèvent un tribut sans cesse croissant sur les forces italiennes.
Le général Guzzoni fait la même évaluation. De son point de vue, l’attaque du XIIIe CA de Dempsey est la plus menaçante. Les défenses de Gerbini craquent. A 22h00, Guzzoni ordonne au 38e RI de la 3e DI Ravenna, qui arrive tout juste de Messine à Troina, de se décaler au sud-est vers Adrano pour éviter l’effondrement de la Torino.
Front russe – Opération Typhon
L’offensive de l’aile nord
– Nouvelle journée d’averses tombant de nuages bas. Alors que Rheinhardt s’efforce de rétablir les positions du 2e PzG, le 3e PzG est attaqué par les troupes de Chernyakovsky et Malinovsky. Les Soviétiques ont reçu des chars neufs, parfois tout juste construits par l’usine de Kharkov et grossièrement peints.
Chernyakovsky affecte tous ses nouveaux T-34 au 119e Corps Blindé et attaque après 50 minutes de préparation d’artillerie. Malgré une forte concentration de gros calibres, cela ne suffit pas pour réduire les défenses allemandes et quand les chars soviétiques s’avancent, ils sont pris pour cibles par les antichars remorqués et automoteurs. Heureusement pour les attaquants, les véhicules allemands souffrent tout comme les chars de la boue omniprésente. Incapables de manœuvrer correctement, les PanzerJaegers commencent à souffrir des contre-feux soviétiques. Les forces de Chernyakovsky avancent jusqu’à Bakhmach, la cavalerie s’infiltrant entre les positions allemandes comme une infanterie très mobile. A 14h00, bien qu’il ait eu de lourdes pertes, Chernyakovsky a réussi à infiltrer quelques unités dans la ville et à couper la route un peu au nord, menaçant d’encerclement les défenseurs allemands du secteur.
– Plus au sud, Malinovsky essaye à nouveau d’avancer d’est en ouest, de Romny vers Prylouky. Là aussi, une préparation d’artillerie est effectuée, mais là encore, elle n’est pas véritablement efficace: un certain nombre d’obus n’explosent pas à cause de fusées de mauvaise qualité ou quand ils tombent dans la boue. Hommes et chars se jettent malgré tout sur les lignes allemandes, mais ils sont stoppés net ; les résultats sont loin de ceux de Chernyakovsky et les morts plus nombreux encore. Malgré tout, les hommes de Malinovsky ne tombent pas en vain, car leurs efforts empêchent Hoth d’aller renforcer les défenseurs de Bakhmach et la situation allemande sur l’axe Bakhmach-Nejyne commence à s’aggraver.
L’offensive de l’aile sud
Après de violentes pluies pendant une partie de la nuit, le temps va s’améliorer légèrement durant la journée. Cependant, les conditions météorologiques restent très défavorables à une intervention de l’aviation et la boue va continuer de gêner les mouvements au sol.
Dès le début, l’attaque allemande rencontre des difficultés innombrables. À 08h30, alors qu’elle n’a même pas démarré, un nouveau tir massif de roquettes tirées par le 57e Rgt de “Mortiers Spéciaux” s’abat sur les régiments de PanzerGrenadiers, réduits à l’ombre d’eux-mêmes. L’attaque est retardée de plus de deux heures en raison des pertes subies. Un peu plus tard, la 57e DI est sérieusement ralentie par les tirs des deux bataillons indépendants dont les lance-roquettes, montés sur de légers châssis de T-26, se jouent de la boue.
Quand l’attaque débouche enfin, elle se heurte à nouveau aux feux des canons antichars, puis à une contre-attaque de la plupart des chars soviétiques. De furieux combats vont se dérouler sur le plateau. En début d’après-midi, les forces allemandes n’ont plus que 14 chars opérationnels.
Peu après s’abattent deux nouvelles salves de roquettes. L’une tombe sur un endroit déserté par les forces allemandes, mais l’autre surprend l’infanterie des 44e et 75e Divisions en train d’avancer et lui inflige de sérieuses pertes.
Désorganisées, les forces allemandes vont mettre plusieurs heures à se regrouper, d’autant plus qu’elles évitent de communiquer par radio – elles soupçonnent en effet (à raison) les Soviétiques de pratiquer des relèvements goniométriques.
Quand l’attaque reprend, vers 16h00, elle se heurte à nouveau à des chars soviétiques, disséminés par petits groupes en soutien de leur infanterie. À 18h30, Kleist et Hube doivent se rendre à l’évidence. S’ils ont atteint la route qui va de Zemigorodka à Shpola, ils sont encore loin de la petite bourgade. Et Kleist ignore encore que la 181e Division (59e Armée), qui avait débarqué quelques jours plus tôt à Cherkassy, est en train de prendre position autour et dans Shpola. Il ne sait pas non plus que Bagramyan se prépare à attaquer le corps d’armée hongrois. Mais il décide de suspendre les opérations offensives.
Dans la journée, la 149e Division soviétique a tenté de nouveau d’entamer le flanc gauche allemand. Elle s’est heurté à la SS-Wiking, qui l’a si vivement rejetée que les officiers allemands ne considéreront cette attaque que comme une reconnaissance en force. Kleist décide pourtant qu’il est temps de suspendre l’offensive pour réajuster ses positions.
Si l’attaque allemande est en pleine crise, ce n’est pas évident pour les Soviétiques. Koniev a dans la soirée une série d’entretiens avec la Stavka. Il obtient de recevoir une autre des réserves de la Stavka, la 62e Armée, qui doit être transférée immédiatement à Shpola.
Aden
Arrivée de la flotte franco-américaine en route vers le Pacifique Sud, qui vient de traverser le canal de Suez.
Brisbane
Après des travaux de déblaiement de son bloc passerelle sérieusement endommagé, la dépose de sa tourelle n° 3 détruite, le colmatage des brèches de la chaufferie arrière et la réfection de la traverse du collecteur de vapeur principal, le CA MN Duquesne appareille pour San Diego, où sa réparation et sa refonte viennent d’être programmées. Pour services rendus lors de la deuxième bataille de Savo, le gouvernement français a en effet obtenu des Américains que le vieux combattant soit refait à neuf et transformé en croiseur de commandement de théâtre. Il traversera le Pacifique à 15 nœuds, marchant sur ses seules chaudières avant.
Le radar LW/AW débarqué dans la nuit du 2 au 3 à Mullins Harbour a été assemblé en 48 heures seulement au-dessus de Bloody Saddle. Il donne très vite de nombreuses informations sur les opérations de l’Aviation de l’Armée japonaise dans le secteur.
Une sorte de trêve s’installe sur Guadalcanal. Les Japonais sont ravitaillés “en continu” par un réseau de petits bâtiments, tandis que les Alliés voient plus ou moins régulièrement arriver des transports rapides (destroyers convertis ou croiseurs légers).
Les deux camps mènent de missions de bombardement aérien assez peu efficaces. C’est ainsi que, dans la journée, 18 G4M bombardent Aola sans grand résultat. Alors que les A6M2 d’escorte sont descendus mitrailler des cibles d’opportunité, cinq Floatfire embusqués tombent sur les G4M et en abattent six avant que l’escorte ne revienne, ce qui provoquera un « grand déplaisir » à l’état-major de la 11e Flotte Aérienne.
[1] Monitors légers et LCI – IFSS-G : HMS M106, M107, MN M109, MRY M108 ; IFSS-F : HMS M123, MN M121 ; LCI (L)-F : RN LCI(L)-F 1, 3, 4, 7, 9, 10.
[2] IFSS-G : RHN M103, M104 ; IFSS-F : RHN M122 ; LCI (L)-F : MN LCI(L)-F 2, 5, 6, 11 et RHN LCI(L)-F 8, 12.
[3] Chacun de ces régiments comprend un QG avec 4 Churchill Mk.III et 9 Bren Carriers, et trois squadrons, chacun avec un QG de 3 Churchill Mk.I et trois pelotons de 5 Churchill Mk.II (parfois, un de ces pelotons est doté de Mk.III armés de 6-pdr).