Mars 1942 (3/3)

 

21 mars

Munich

Entouré par Halder et Keitel, Hitler reçoit Mussolini, venu de Rome avec son chef d’état-major, le Maréchal-Comte Cavallero. « Je comprends combien vous attachez d’importance à la destruction de l’URSS, pays que je n’apprécie pas plus que vous, déclare Mussolini, tentant d’amadouer Hitler. L’Italie tiendra sa place à vos côtés le jour venu, mais dans la situation actuelle, le lancement de cette grande opération semble prématuré. Nous n’avons pas aujourd’hui les moyens de faire face aux attaques aériennes ennemies, non que nos aviateurs manquent de courage, mais, vous le savez, ils manquent de moteurs puissants, que notre industrie a du mal à produire. Acceptez de nous vendre les machines-outils spécialisées qui nous permettront d’en fabriquer en série et dans quelques mois, un an au plus, la situation se sera améliorée, à coup sûr… »

Rien à faire. D’abord, Hitler refuse énergiquement tout report de Barbarossa. « Cette grande entreprise est d’une importance historique unique, qui doit nous conduire à ignorer les désagréments annexes. Elle commencera le jour prévu ! La date est déjà inscrite en lettres de feu dans l’Histoire ! » Les Italiens n’ont pas plus de succès sur la question des machines-outils : défenseur des intérêts de l’industrie allemande, Hitler refuse de les exporter, compromettant la tentative d’Alfa-Roméo pour construire sous licence le moteur DB-601 et son successeur le DB-605. « Cette histoire de machines-outils provoquerait des complications inutiles. Je vous offre mieux : dès le mois de mai, pour célébrer le début de Barbarossa, l’industrie allemande livrera à l’Italie six cents moteurs DB-601 par mois ! »

Mussolini rentre en Italie très déprimé. Il se doute probablement que la promesse concernant les moteurs ne sera jamais tenue : de fait, les livraisons de DB-601 seront toujours très inférieures aux objectifs et quelque peu capricieuses.

Cependant, le refus allemand de vendre des machines-outils à Alfa-Roméo sera la chance d’un Italien ingénieux, ancien pilote de course automobile puis directeur d’équipe, qui s’est lancé dans l’industrie et dont l’usine, installée près de Modène, s’est spécialisée dans la production de copies de machines-outils allemandes de haute précision.

 

Méditerranée centrale

Alors que les dernières poches de résistance italiennes sur Pantelleria se rendent, les unités du génie françaises et britanniques travaillent avec ardeur à remettre en service l’aérodrome. Elles espèrent y parvenir en une dizaine de jours.

 

Péloponnèse
Au sol, les combats sont rares, alors que les forces alliées hâtent les préparatifs de l’opération “Nestor”. Les trois groupes de la 7ème Escadre de Chasse achèvent leur transfert à K-1, où ils rejoignent le GC III/80 (yougoslave) – les quatre groupes volent sur Hawk-87. K-1, dont l’agrandissement se poursuit chaque jour, doit aussi héberger les GB I et II/81 (yougoslaves), sur bombardiers légers Maryland. Mais la piste est encore trop courte pour permettre aux P-39D d’en décoller. Ces appareils, qui jouent un rôle important dans l’appui au sol, doivent continuer d’opérer de Crète.

 

Grèce du nord et Mer Egée

Dès 06h30, la 13ème EC de l’Armée de l’Air lance 16 NA-73 à l’attaque des aérodromes de la région de Salonique, espérant désorganiser l’offensive allemande prévue dans la journée. Alors qu’ils filent à quelques mètres des flots, sous la couverture radar, les pilotes des Mustang ignorent qu’ils sont déjà en retard… En effet, les deux premiers terrains qu’ils découvrent entre 07h45 et 07h55 sont vides : le Xème FliegerKorps a déjà quitté son nid. Mais une flak légère très nerveuse réagit brutalement : un grand nombre de canons de 20 mm et de 37 mm se déchaînent, abattant deux NA-73 et endommageant gravement deux autres avions, dont les pilotes doivent se parachuter au dessus de la Chalcidique (récupérés par la Résistance grecque puis déguisés en moines orthodoxes ayant fait vœu de silence, ils réussiront à gagner le Mont Athos, où ils seront récupérés par un sous-marin et rendus à leur unité, basée à Chios, toujours vêtus de leurs robes noires…).

Mais le troisième terrain visité se révèle être la base principale du IIème FliegerKorps, où les avions du KG-77 et du JG-53 se rassemblent pour un raid à longue distance contre l’aérodrome de Mytilène. « Nous sommes arrivés comme des chiens dans un jeu de quilles ! raconte le jeune Jean Maridor, alors sergent, qui pilote l’un des Mustang. Avant qu’ils ne puissent réagir, nous avions déjà descendu, massacré plutôt, une douzaine de Junkers et de 109. Puis, leur chasse et leur flak se sont énervées, et ça a été une bagarre acharnée au ras du sol, où nous avons perdu quatre avions, mais où nous avons rendu coup pour coup. » (Jean Maridor, Chasseur de France, par Marcel Jullian, Paris, 1962). Les chasseurs français ont en fait abattu sept Ju-88 et sept Bf-109F en tout, tandis que la chasse allemande a détruit trois des NA-73 et que la flak, ici aussi très nerveuse, a inscrit à son tableau un Mustang… et deux Bf-109. Cependant, plus que les pertes infligées, l’épisode est important car le programme des missions du IIème FliegerKorps est complètement désorganisé pour une bonne partie de la journée.

 

De son côté, le Xème FliegerKorps a lancé vers Limnos 18 Ju-88 et 18 Ju-87 escortés par 32 Bf-109F. Ce raid est intercepté à 08h35 par 12 P-38 de la première patrouille. Mais ces P-38 ne se heurtent qu’à une partie du raid, car le commandant de la formation allemande a été informé de la présence de navires alliés non loin de Limnos et a envoyé les 18 Ju-87 attaquer ces navires, avec 8 Bf-109F d’escorte. Deux batailles aériennes se déroulent alors à moins de 25 nautiques l’une de l’autre, car le Bois-Belleau a lancé 12 F4F-3 dès que le radar du Dido a signalé l’approche du raid. Les P-38 abattent quatre Ju-88 et cinq Bf-109F, au prix de quatre des leurs, mais les 14 autres Ju-88 effectuent quand même un bombardement en piqué dans les règles et détruisent la station de radar de Mudros. Les chasseurs de l’Aéronavale ont plus de succès, en partie parce que l’escorte des Stukas est trop faible – la présence du petit porte-avions n’avait pas été envisagée par le commandant du raid. Neuf des lents Ju-87 sont abattus, ainsi que trois Bf-109F, en échange de quatre F4F-3 (dont deux pilotes sont récupérés). La plupart des autres Stukas doivent se débarrasser de leurs bombes pour survivre, et seul le Mogador est un peu secoué par deux projectiles.

 

Kesselring avait espéré écraser l’île d’emblée par une succession continuelle d’attaques menées pendant deux jours, tandis que le IIème FK irait s’en prendre le second jour à la base de Mytilène, évidemment capitale pour la défense de Limnos. Mais le raid matinal de la 13ème EC contre la base du IIème FK a désorganisé la deuxième partie de son plan, et voilà que la présence d’une escadre alliée près de Limnos rend dangereuse toute tentative d’envoi de troupes par bateau – la destruction quasi totale de la flottille italienne au début du mois est encore fraîche dans les mémoires, et le maréchal ne veut pas risquer une pareille catastrophe avec des troupes allemandes ! A 11h00, Kesselring signale donc aux Généraux Geisler (Xème FK) et Loerzer (IIème FK) que la destruction des navires ennemis opérant dans le nord de la Mer Egée devient la toute première priorité.

 

A 13h20, des Ju-88 commencent à pister l’Escadre de Mer Egée. Les chasseurs du Bois-Belleau expédient deux d’entre eux, mais deux autres s’échappent. Cela ne peut vouloir dire qu’une chose : un raid majeur est en préparation, et le Contre-Amiral Vian, qui est en train de retirer ses navires en direction de Lesbos, réclame à Mytilène une couverture aérienne. Sachant qu’après la neutralisation de l’aérodrome de Mudros et de ses chasseurs, seule l’Escadre de Mer Egée se tient entre Limnos et l’ennemi, le commandant de la 2ème EC fait décoller deux patrouilles de huit avions et réclame à ses équipes d’entretien de maintenir prêts à décoller le plus possible d’avions.

A 15h45, le radar du Dido détecte le raid prévu – 18 Ju-87 et 15 Ju-88 escortés par 32 Bf-109F : le Xème FK fournit un effort maximum. Alors qu’arrivent les huit premiers P-38, le Bois-Belleau fait décoller dix F4F-3 – c’est tout ce qu’il a en état de vol. L’interception a lieu 10 nautiques au nord-ouest de Lesbos. Même avec des réservoirs supplémentaires, les chasseurs allemands sont à la limite de leur rayon d’action opérationnel, mais ils sont 32 et réussissent à empêcher les 18 chasseurs français, malgré l’agressivité de leurs pilotes, de désorganiser complètement l’attaque. Au prix de quatre F4F-3 et trois P-38 (quatre des sept pilotes sont récupérés), la défense détruit huit Ju-87, cinq Ju-88 et six Bf-109. Mais il reste vingt bombardiers… Le Bois-Belleau reçoit un coup direct qui allume un violent incendie, puis deux autres bombes le frôlent et soumettent sa coque de cargo civil à des secousses qu’elle est bien incapable de supporter. L’incendie gagne, provoquant l’explosion de réserves d’essence d’aviation. A 16h15, il est clair que le navire est perdu et il est évacué avant d’être achevé par une torpille du Panther, mais les pertes sont lourdes dans l’équipage (néanmoins, les six F4F-3 survivants iront se poser à Mytilène).

Cependant, d’autres navires ont été visés. Précis et décidés, les bombardiers allemands touchent par deux fois le CLAA Cairo et le DD Paladin. Ce dernier voit ses grenades ASM exploser après le second coup et coule rapidement. Le vieux Cairo, croiseur léger converti en anti-aérien avant la guerre, a joué un rôle clef dans le contrôle aérien en Mer Egée après la perte de l’Euryalus, mais il est incapable d’encaisser deux bombes de 500 kg et sombre à 16h42.

En compensation, la puissante DCA de l’escadre alliée abat deux Ju-88 et un Ju-87.

Malgré sa réussite, le raid a coûté cher au Xème FK. Dans la soirée, un Goering enthousiaste appelle le Général Geisler pour le féliciter : « Un grand porte-avions, un croiseur lourd et un croiseur léger coulés d’un seul coup ! Je suis fier de vous, Geisler ! Vos équipages ont rendu un grand service à l’Allemagne, et le Führer sera très satisfait de cette grande victoire ! » Mais Geisler est peut-être plus conscient de la réalité des pertes alliées, et il sait surtout que son unité vient de perdre quarante-cinq avions en un seul jour : « Je vous remercie, Herr ReichsMarshall, mais je crains que si nous remportons encore une grande victoire comme celle-ci, le Führer ne doive se passer des services du Xème FK pendant quelque temps… »

 

Vers la même heure, l’A.V.M. Tedder réunit son état-major et décide d’envoyer deux squadrons de Hurricane à Mytilène pour pouvoir les rebaser à Limnos une fois que l’aérodrome de Mudros sera de nouveau opérationnel. Les unités choisies sont le Sqn 1 (SAAF) et le Sqn 605 (RAF). Les survivants du 244ème Wing et du GC III/1 doivent être retirés.

Dans la nuit, 21 Consolidated-32 attaquent les aérodromes de la région de Kavalla, dans l’espoir de désorganiser les préparatifs allemands. Mais en dépit du système Gee d’aide à la navigation, le raid ne remporte qu’un succès limité. Un bombardier est abattu par un Bf-110 de chasse de nuit.

 

Grèce continentale (côte est)
Sous une forte escorte de chasse, la nouvelle escadre italienne de Mer Egée quitte Le Pirée à 05h00 pour Salonique. Profitant des combats qui se déroulent dans le nord de la Mer Egée, elle arrive sans incidents à destination à 22h30. Cette escadre se compose maintenant des grands DD Leone Pancaldo et Pessagno (classe Tarigo), des DD Geniere et Lanciere (classe Soldati), des vieux DD Euro, Turbine, Francesco Crispi et Quintinio Sella, des torpilleurs Circe et Lupo, et du porte-hydravions Giuseppe Miraglia, qu’accompagnent les vedettes rapides allemandes S-35 et S-56.

 

Chine – “L’intercession” en Birmanie et Indochine

Avec son arrogance habituelle, Tchang Kaï-Chek a baptisé “Intercession” une opération destinée officiellement à protéger le flanc est de la Route de Birmanie et, si possible, à prêter assistance aux troupes franco-vietnamiennes défendant la région de Dien-Bien-Phu (notamment pour les aider à se ravitailler). Mais Tchang a “généreusement” donné le commandement de cette opération à son conseiller américain, le Général Joseph Stilwell, qu’il méprise cordialement, en lui confiant quelques-unes des unités les plus mal équipées du Kuomintang et en le laissant libre de déterminer sa stratégie… en accord avec les Français. Jo Stilwell se retrouve ainsi dans une situation où il va vivre personnellement le manque de moyens qui est le quotidien des troupes chinoises. De fait, Geiju, où “Vinegar Joe” installe son QG en ce 21 mars, est situé au sud de Kunming, non loin de la frontière sino-indochinoise, c’est à dire loin de tout…

Composition de la Force Expéditionnaire Chinoise en Birmanie (FECB)

– Réserve d’état-major

36e Division* (Général Li Chih-Peng) – En réserve au Yunnan.
88e Division* – Envoyée en mai 1942 défendre le sud du Yunnan contre les incursions de troupes japonaises venant d’Indochine.
2e Division de réserve – Envoyée en mai 1942 effectuer des actions de guérilla sur les arrières japonais le long de la frontière avec l’Indochine.
– 5e Corps (Général Tu Yu-Ming)
22e Division (reconstituée) (Général Liao Yao-Shiang) – 64e, 65e et 66e régiments.
96th Division (Général Yu Shao) – 286e, 287e et 288e régiments.
– 6e Corps (Général Kan Li-chu) – Entré en Birmanie dès février 1942
49e Division (Général Peng Pi-sheng) – 145e, 146e et 147e régiments.
93e Division (Général Lu Kuo-Chuan) – 277e, 278e et 279e régiments.
55e Division Provinciale (Général Chen Mien-Wu) – 1er, 2e et 3e régiments.
1er Bataillon du 13e Rgt d’Artillerie.

Bataillons du Génie, du Train et des Transmissions.
– 66e Corps (Général Ma Wei-Chi) – Utilisé dans le sud-ouest de la province du Guanxi. Détaché auprès de Stilwell à partir de mi-avril 1942, mais normalement indépendant et travaillant en coopération avec des éléments français venus du Vietnam.
28e Division (reconstituée) (Général Liu Po-Lung) – 82e, 83e et 84e régiments.
29e Division (reconstituée) (Général Ma Wei-chi) – 85e, 86e et 87e régiments.
38e Division (reconstituée)* (Général Sun Li-jen) – 112e, 113e et 114e régiments.
1er Bataillon du 18e Rgt d’Artillerie.

Stilwell est extraordinairement peu à sa place à ce poste. Tout ce qui sera accompli sur le terrain le sera en réalité par son “adjoint” le Général Lo Cho-Ying, en relation directe avec les forces françaises et leurs alliés locaux par l’intermédiaire du Lt-Général Lin Wei. En revanche, Stilwell ne manquera pas de se faire mal voir des Français en réclamant à cor et à cris qu’ils se lancent dans des opérations dont ils n’ont absolument pas les moyens.

Mais la véritable mission confiée aux troupes de second rang composant la FECB sera brillamment exécutée : faire en sorte que Jo Stilwell exige l’envoi par Washington d’une grande quantité de matériel (voir annexe 41-12-1).

L’opération “Intercession” durera jusqu’au début du mois de juin.

 

Malaisie – Singapour
Singapour est à nouveau durement bombardée, cette fois par des appareils de l’Armée japonaise. Les forces terrestres japonaises se regroupent autour de Johore, pendant que les unités du génie s’efforcent de remettre en état pour les appareils d’appui au sol de l’Armée les pistes soigneusement détruites par le génie britannique.

 

Côte Orientale de l’Australie

11h00 – Le Ro-67 a subi des avaries et a eu à affronter du gros temps, quand sa chance tourne enfin. Il attaque le cargo yougoslave Olga Topic (4 375 GRT, allant de Melbourne à Auckland pour compléter une cargaison de laine et de viande en boîte destinée à l’Angleterre). Une première torpille le rate, une deuxième le stoppe et une troisième le coule.

 

Au large de Nouméa

12h30 – Le Ro-32 réussit à se placer en bonne position pour tirer sur le ravitailleur d’hydravions USS Curtiss, escorté d’un seul dragueur de mines.

13h05 – Le sous-marin lance quatre torpilles à moins de 3000 mètres. Ne laissant presque pas de sillage, les torpilles à oxygène passent inaperçues et le Curtiss est touché de plein fouet par deux d’entre elles. Il coule 12 minutes plus tard, emportant la moitié de ses 1 195 membres d’équipage. Le coup est sévère pour la Nouvelle-Calédonie, car le navire apportait des pièces détachées et des équipements pour des hydravions PBY sur le point de s’installer à Nouméa.

 

 

22 mars

Au large des Keys de Floride

03h00 – L’Allemagne ne s’est pas donné la peine de répliquer par la voie diplomatique aux demandes du Mexique après le torpillage du Potrero del Llano. En pratique, la seule réponse vient de l’U-106, qui torpille un nouveau pétrolier mexicain, le Faja de Oro, en route pour Miami.

Dans l’après-midi du même jour, le Mexique déclare la guerre aux trois puissances de l’Axe.

« Le rôle proprement militaire des forces armées mexicaines fut minime, mais l’entrée en guerre du Mexique interdit définitivement aux sous-marins et aux corsaires de l’Axe de considérer les ports mexicains comme de possibles escales.

Par ailleurs, le pétrole mexicain irrigua en abondance la machine de guerre américaine (sans craindre le torpillage des pétroliers), tandis que des millions de travailleurs agricoles mexicains remplaçaient dans les champs les hommes qui se trouvaient au front et les femmes qui travaillaient en usine. Les liens économiques tissés entre les deux nations pendant près de quatre ans de guerre devaient être très durables, qu’il s’agisse de travailleurs immigrés, d’échanges commerciaux ou de coopération pour la sécurité commune.

Néanmoins, la participation du Mexique à une guerre mondiale entre grandes puissances industrielles ne fut pas appréciée d’emblée par toute la population. D’abord réticent, le PC bascula d’un coup dans le camp de la guerre au côté des Alliés dès le début de l’opération Barbarossa, mi-mai. La plus forte opposition vint du Mouvement Synarchique (Sinarquista), organisation catholique en principe culturelle étroitement liée à la Phalange espagnole. En 1940, la Synarchie comptait cinq cent mille membres. Un bon nombre d’entre eux, qui faisaient partie des “Chemises d’Or”, le service d’ordre de l’organisation, avaient reçu un entraînement paramilitaire. La Synarchie était soutenue dans son opposition à la guerre par la communauté d’origine italienne.

La réaction de la droite mexicaine fut si violente que quatre jours après la déclaration de guerre, le président Camacho dut réunir pour une démonstration d’unité nationale au balcon du palais présidentiel tous les anciens présidents vivants du Mexique. Cette démonstration permit non seulement de calmer le débat dans le pays, mais de convaincre les Etats-Unis que le Mexique était prêt à assumer ses responsabilités dans la guerre. C’est ainsi que le Mexique évita une intervention américaine sur son territoire en septembre 1942. En effet, à la suite du raid japonais sur Panama, le gouvernement américain s’aperçut avec horreur que la Synarchie avait établi une sorte de colonie dotée d’un port dans la baie de Magdalena, sur la côte de Basse Californie. La crainte de voir les Japonais utiliser ces installations pour y installer une base sous-marine faillit conduire l’US Army à intervenir ; par bonheur, les lieux purent être sécurisés par les forces mexicaines. » (d’après Antonina Hamilton, Mexico en la Segunda Guerra Mundial, Universidad Latina de Miami ed., 1981)

 

Berlin
Ernst Udet est encore officiellement Inspecteur-Général de la Luftwaffe, mais c’est en réalité un homme totalement dépouillé de tout pouvoir. Après une longue discussion dans la nuit du 21 au 22 avec son chef d’état-major, le Major-Général Ploch (lui-même démis de ses fonctions par Milch la veille, avec presque toute son équipe), il met fin à ses jours d’un coup de pistolet. L’ancien grand as de la Première Guerre ne laisse qu’une note manuscrite à la tête de son lit, destinée à celui qui fut un de ses compagnons d’armes, certes bien moins glorieux : « ReichsMarschall, pourquoi m’avez-vous abandonné ? »

Apprenant le suicide d’Udet, Goering dévoile ses véritables sentiments : « Je ne peux qu’être heureux qu’Udet ait résolu lui-même son cas. Autrement, j’aurais été obligé de prendre personnellement des mesures contre lui. »

 

Péloponnèse
A 05h00, la 50ème D.I. britannique et la 4ème D.I. indienne commencent à avancer vers Timerlio. L’opération “Nestor” commence. Au nord d’Argos, des unités blindées françaises reprennent leur mouvement vers Borsas et Fichti, pendant que l’infanterie française, appuyée par les chars légers M3 américains du Colonel Todd (1er bataillon, 13ème Armoured Regiment), attaque en direction d’Akova.

En même temps, la Brigade Indépendante des Carpathes (SBSK) débarque au nord et au sud de Nauplie. Cette Brigade polonaise est escortée par une force navale légère comprenant trois DE de classe Hunt (le HMS Middleton et les Grecs Adrias et Kritè), quatre corvettes (les HMS Delphinium et Erica et les Grecques Apostolis et Pindos), six dragueurs de mines (les HMS Boston, Hebe, Hythe, Rye, Seham et Speedy), six patrouilleurs ASM (PC) français et grecs, huit vedettes rapides (MGB) anglaises, françaises et grecques et huit vedettes lance-torpilles (MTB) françaises et grecques. Au sud de Nauplie, l’opération se passe assez bien et les Polonais avancent vers Asini. Au nord, les unités débarquées sont prises sous un feu extrêmement violent. Des batteries d’artillerie germano-italiennes pilonnent les chalands de débarquement avant qu’ils ne touchent terre et des canons antichars de 50 mm détruisent quatre des sept Matilda II qui ont pu débarquer. A 10h30, les Polonais ne tiennent qu’une mince bande de terre le long du rivage et sont constamment attaqués par des unités italiennes ou allemandes. Cependant, les trois petits destroyers assurent un appui d’artillerie continu qui tient en respect les contre-attaquants, mais ils doivent bientôt se battre pour leur propre survie.

En effet, la Luftwaffe et la Regia Aeronautica réagissent avec énergie, concentrant leur effort de la matinée sur le Golfe d’Argolykos. Aidés par une puissante escorte de Bf-109 et de Macchi 200/202, des Ju-87 et des Ju-88 parviennent à franchir la couverture de chasse alliée. Le DE Adrias et les corvettes Delphinium et Apostolis sont coulés. Le dragueur Seham est incendié et deux vedettes rapides (MGB) doivent être échouées.

Dans la montagne, l’attaque française vers Borsas et Fichti rencontre une très forte opposition allemande. Il faut près de neuf heures pour franchir les 4 km entre Sterna et Maiantreni et 23 SAV-41 de la brigade De Larminat sont détruits. « Nous perdons un char pour chaque mètre gagné » dit le journal de marche de la division. Il s’agit bien sûr d’une exagération, mais le souvenir de la « route de sang » restera amer dans la mémoire des survivants, lancés dans un combat pour lequel leurs engins n’étaient pas adaptés.

La progression de la 1ère D.I. dans la vallée du Xerias est plus facile jusqu’à Akova. Là, les attaquants se heurtent à ce qu’ils décrivent comme « un mur de feu solide ». En une demi-heure, 17 chars légers américains et 11 français sont perdus. A 13h30, la 1ère D.I. est bel et bien arrêtée.

L’attaque britannique le long de la côte paraît d’abord offrir les meilleures perspectives. A 10h00, Timerlio est pris d’assaut par la 50ème D.I. La 7ème Armoured Division attaque alors vers Magoula et Kefalari. La première de ces petites villes est enlevée à 11h30 malgré une forte résistance allemande, et à 13h00 les chars britanniques entrent à Kefalari.

Apprenant ces bonnes nouvelles, mais aussi les graves difficultés du débarquement au nord de Nauplie, le Général Ritchie, à qui le Général Giraud a confié la supervision du secteur britannique de l’attaque, à la 50ème D.I. et à la 7ème Armoured d’accélérer leur marche sur la route côtière vers Tirynthe. Il suppose en effet que les deux violentes attaques françaises ont fixé la plupart des forces blindées allemandes. Le fait que, vers 14h00, les chars britanniques passent la ligne de chemin de fer et s’apprêtent à rejoindre l’infanterie au nord de Timerlio semble concrétiser les espoirs de Ritchie.

 

En début d’après-midi, “Nestor” se présente assez bien. Au nord de Nauplie, les Polonais continuent de souffrir beaucoup, mais au sud, ils ont atteint Lefkakia. Dans la montagne, la 1ère D.B. a repris son avance vers Borsas, même si la lutte reste chaude. Ce n’est que devant Akova que l’attaque est totalement stoppée. A 15h00, le Général de Lattre de Tassigny se rend en personne sur la ligne de front et, à 16h30, l’infanterie française enlève Akova après un combat au corps à corps avec les défenseurs allemands et italiens.

A 17h00, les troupes britanniques qui avancent le long de la côte parviennent à Tirynthe, à moins de 3 km de la tête de pont nord-ouest des Polonais. En revanche, la Luftwaffe est encore très active et la chasse alliée a beaucoup de mal à empêcher de nouvelles attaques contre les navires dans le Golfe d’Argolikos. C’est cependant un Ritchie raisonnablement confiant qui rapporte à Giraud que l’encerclement d’Argos pourrait être achevé à la fin du jour suivant.

Mais Giraud a reçu de mauvaises nouvelles de De Larminat et de Kœnig : si les chars français ont atteint Borsas, les capacités combattantes des deux brigades sont presque épuisées. Tard dans la soirée, Giraud demande au Général Sudre (qui commande la 1ère D.B.) de renvoyer la brigade Langlade dans la montagne, malgré les pertes que cette unité a subies quelques jours plus tôt. Il ordonne aussi à la brigade De Hautecloque, qui se trouve à ce moment en soutien de la division Billotte, de faire mouvement vers l’est au plus vite.

 

Grèce du nord et Mer Egée

10h20 – Limnos est attaquée par 18 Ju-88 escortés par 24 Bf-109 du IIème FK. La patrouille de huit P-38 ne parvient pas à intercepter ces avions avant le bombardement, mais abat ensuite trois Ju-88 et un Bf-109, en perdant deux avions (un pilote récupéré).

15h30 – Mudros est attaquée sans opposition par 12 Bf-109 “Jabos” du III/JG-77, qui ont refait le plein à Alexandroupolis.

Pendant ce temps, les navires du Contre-Amiral Vian quittent Mytilène avec trois petits transports grecs chargés de matériel et de ravitaillement pour les défenseurs de Limnos. Le convoi atteint Mudros vers 23h30, mais juste avant d’entrer au port, l’un des transports est torpillé et coulé par un mini-sous-marin italien qui réussit à s’échapper.

De leur côté, les treize bâtiments de l’escadre italienne se rendent de Salonique à Kavalla, sous une couverture aérienne assurée par le Xème FK.

Dans la nuit, les hydravions Northrop N3M de la flottille AT-11 décollent de Limnos et vont mouiller des mines magnétiques devant Kavalla et Alexandroupolis.

 

Sumatra
05h30 – Les quatre porte-avions du Vice-Amiral Nagumo lancent un raid majeur contre Palembang. La ville et l’aérodrome sont frappés à l’aube. En dépit d’une courageuse opposition des Hurricane de la RAF et de la RAAF, qui détruisent sept D3A1 et six A6M2 au prix de sept des leurs, les deux objectifs sont durement touchés.

08h50 – Les avions basés à Kuching attaquent à la fois Palembang (24 Ki-21 de l’Armée) et le terrain hollandais de Manopati ( 21 G4M1 escortés par 27 A6M2). Le raid sur Manopati détruit les derniers chasseurs B-339 et CW-21B du ML-KNIL.

09h00 – Le QG allié est informé de débarquements japonais à Sumatra, sur les plages de Telukbetang, au bord du Détroit de la Sonde.

09h50 – Une formation combinée d’avions de transports japonais de l’Armée (54 Kawasaki Ki-56 et LO) et de la Marine (33 Nakajima L2D3) lâche environ 1 100 parachutistes autour du terrain de Palembang-II. Des troupes britanniques et hollandaises réagissent rapidement et chassent les parachutistes de l’aérodrome, mais ceux-ci parviennent à garder le contrôle des raffineries de Palembang.

10h00 – Couverte par la force du Vice-Amiral Ozawa, la 4ème Force d’Attaque Surprise du Contre-Amiral Kubo débarque des troupes à Pangkapinank et dans l’estuaire du Musi, au nord-est de Palembang.

 

23 mars

Méditerranée centrale

Le terrain de Pantelleria est déclaré apte à servir d’escale de ravitaillement en carburant pour les chasseurs, mais ne peut encore être utilisé comme base opérationnelle.

 

Péloponnèse
Les Polonais débarqués au nord de Nauplie passent une nuit difficile, en dépit du fait qu’ils aperçoivent les troupes britanniques à quelques kilomètres d’eux.

Dans la montagne, les troupes françaises et allemandes qui se font face connaissent elles aussi des heures difficiles : un premier coup de main de la 1ère D.B., vers minuit, échoue à prendre Borsas, mais un second y parvient, vers 04h00.

 

L’opération Nestor doit reprendre à 07h30, et les Britanniques se préparent à attaquer vers l’est, en direction de Nauplie, et vers le nord, pour couper la route Nauplie-Argos et déborder Argos par l’est. Mais à 06h00, l’artillerie allemande commence à pilonner les troupes britanniques, soutenue dès l’aube par les assauts des Stukas et des Bf-109 Jabos. Des blindés allemands prennent alors l’offensive, progressant le long de la voie ferrée.

Kefalari tombe à 10h00 aux mains des Allemands, dont les blindés coupent en deux la 7ème Armoured Division entre Magoula et Timerlio, malgré les efforts du 2ème RTR et du 7ème Support Group. Près de Magoula, on voit le Brigadier Campbell, avec son état-major, servir lui-même un canon antichar de 2 livres pour tenter d’endiguer l’avance allemande. Un peu plus à l’est, au nord de Timerlio, les canons du 3ème RHA Rgt s’opposent désespérément aux chars de l’Axe. La batterie J de ce régiment est annihilée peu avant midi – le Lt Ward Gunn continue de tirer avec le dernier canon de 2 livres, approvisionné par le Major Pinney (commandant de la batterie) et le Sergent Grey, jusqu’à ce qu’il soit tué à son poste. Le Lieutenant Gunn recevra la Victoria Cross et, après la guerre, la batterie J du 3ème RHA sera officiellement rebaptisée “Timerlio J Battery”.

A 14h30, les chars de la 15ème Panzer atteignent la côte au sud de Timerlio. Le 8ème Hussars, attaqué par derrière, perd 35 chars.

Dans l’après-midi, le Brigadier Campbell tente de rassembler une force capable de rouvrir le corridor de Magoula et de percer jusqu’à la mer pour rejoindre la 50ème D.I. britannique (au nord-est) et la 4ème D.I. indienne (au sud-ouest). Mais chaque tentative est mise en échec par les tirs croisés des antichars et des blindés allemands. Des combats acharnés se déroulent dans les vergers, entre des murets de pierre qui fournissent des positions de tir idéales aux canons allemands et notamment aux déjà fameux 88 mm. Ces derniers font subir aux chars britanniques de terribles pertes. En fin de journée, la 7ème Armoured Brigade n’a plus que 15 chars en état de combattre et la 22ème une trentaine, tandis que le 7ème Support Group est virtuellement anéanti. Sans les efforts du Brigadier Campbell, qui passe l’après-midi et la soirée à rallier troupes et véhicules, la 7ème Armoured Division aurait cessé d’exister.

Pendant ce temps, la 15ème Panzer continue son avance vers le sud, le long de la côte, et s’empare de Myloi et de Kiveri avant le coucher du soleil. Les unités alliées situées entre Timerlio et Tirynthe, soit pour l’essentiel la 50ème D.I. britannique, sans parler de la brigade polonaise, sont complètement piégées.

 

Dans la montagne, sur la route de Fichti, la 1ère D.B. devait reprendre sa progression vers 09h00, mais devant l’intensité des tirs antichars et l’état d’épuisement des troupes, il semble impossible de dépasser Borsas.

A 12h30, apparaît une nouvelle menace : des éléments de la 21ème Panzer attaquent de Koutsopodi vers Maiantreni et Sterna. Mais cette fois, le relief joue en faveur des Français : de petits groupes de chasseurs de chars SAV-AU-41 et de chars légers M3F attendent les véhicules allemands à chaque virage et détruisent au sud de Sterna 37 Pz-III et Pz-IV ainsi qu’une bonne partie de l’infanterie de soutien de la 21ème Panzer.

Mais en un sens, ce succès qui porte un coup sévère aux capacités offensives de la 21ème Panzer rend quelque peu service aux Allemands. Le Général Sudre, commandant la 1ère D.B., signale au Général Giraud que ses forces ont repoussé « des coups de sonde allemands » alors qu’il s’agissait bel et bien d’une attaque en force. A 19h00, craignant que le jour suivant, une “véritable” attaque en force coupe les unités françaises en pointe, et mis au courant du désastre survenu sur la route côtière, Giraud ordonne aux brigades blindées françaises de se replier vers Sterna et Lyrkeia.

 

Au centre du dispositif, De Lattre demande l’autorisation d’attaquer dans la nuit en direction d’Argos, car il se sent capable de désorganiser les forces allemandes dans le secteur et d’obliger Rommel à rappeler les éléments blindés qui progressent vers le sud le long de la côte. Mais il n’obtient pas l’autorisation réclamée et reçoit au contraire l’ordre de se retrancher. De fait, il est douteux qu’après les lourdes pertes qu’elle avait subies, la 1ère D.I. ait pu percer les lignes défensives germano-italiennes à l’ouest d’Argos.

 

Pour Giraud et Ritchie, la situation sur la route côtière apparaît réellement critique. La 7ème Armoured Division a été sévèrement châtiée et il lui impossible d’attaquer d’ouest en est. Sans appui blindé, la 50ème D.I. n’a pas la possibilité de rompre l’encerclement. Seule une évacuation par mer peut sauver les hommes engagés, et sans doute au prix de la perte d’une grande partie de leur équipement lourd. Un appui naval rapide est capital, mais en raison de la situation dans le nord de la mer Egée, seule la “division Perzo” est immédiatement disponible. Les trois contre-torpilleurs français (le Welshman, trop fragile, est laissé de côté) reçoivent la mission de fournir un appui-feu sur la rive ouest du golfe d’Argolykos, jusqu’à ce que les navires de débarquement puissent évacuer les soldats britanniques. Le Général Giraud demande que la flottille de destroyers qui a appuyé l’opération “Jaguar” et se trouve à présent à Sfax (MN L’Alcyon, La Palme, Le Mars, Ouragan, Simoun, Tramontane et Typhon) soit envoyée renforcer les unités navales soutenant l’opération “Croisade”, près du Péloponnèse. Cette autorisation est vite accordée, mais les sept bâtiments ne seront pas disponibles sur place avant le 25 mars à l’aube, au mieux.

 

Grèce du Nord et Mer Egée

Toujours couverte par le Xème FliegerKorps, la flottille italienne quitte Kavalla pour Alexandroupolis. A 08h50, le torpilleur Lupo saute sur une mine magnétique au large de Kavalla et coule rapidement.

A 12h00, un raid allemand frappe Limnos, détruisant deux DC-3 français sur la piste de l’aérodrome. En l’absence d’avertissement par le radar, la patrouille de garde rate les attaquants dans les nuages.

A 16h10, huit Bf-109 Jabos du III/JG-77 attaquent le port de Mudros, coulant un autre transport grec, non sans que celui-ci ait pu débarquer toute sa cargaison, pendant que le troisième file vers Lesbos, chargé notamment de prisonniers de la Luftwaffe. Volant à basse altitude, les Jabos sont rattrapés par quatre des P-38 de la patrouille de garde, qui en abattent trois au prix de deux des leurs.

Au coucher du soleil, neuf nouveaux DC-3 se posent sur la piste à peine réparée, pour apporter des munitions de DCA et emmener des blessés et des pilotes alliés dont les avions sont inutilisables.

 

Sumatra
Dans la nuit, les parachutistes japonais ont été acculés autour des raffineries. Cependant, le bruit que des troupes japonaises avancent vers Palembang par la rivière Musi provoque une certaine panique et les unités alliées quittent la ville vers midi. A la nuit, les forces japonaises contrôlent la région. Lorsque la nouvelle se répand, la résistance sur la côte sud-est de Sumatra, qui tenait jusqu’alors solidement, s’effondre, tandis que les unités alliées tentent de fuir vers la côte ouest.

Plus au nord, les porte-avions de Nagumo lancent un raid massif vers Sabang. Arrivant à l’abri des montagnes, les attaquants échappent à la détection par le radar local, qui ne donne l’alerte qu’au moment où l’ennemi est à moins de 20 nautiques, et la défense est prise au dépourvu. Six Hurricane et sept Manchester sont détruits au sol (plus trois Hurricane en vol, qui venaient de décoller), tandis que les installations de ravitaillement en carburant sont durement touchées, malgré une DCA puissante et bien organisée, qui abat trois Val, un Kate et deux Zéro.

Un nouveau raid est effectué à 14h50, et se heurte cette fois à une patrouille de six Hurricane. Les chasseurs alliés, quoique très inférieurs en nombre, abattent deux Val et deux Zéro, en perdant trois appareils.

 

Détroits de Karimata
Opérant maintenant de Port-Blair, le sous-marin HMS Unique (Lt A.F. Collett) s’approche des navires japonais qui débarquent des troupes dans l’estuaire du Musi et coule un transport et le chasseur de sous-marins CH-10.

 

Côte est de la Nouvelle-Guinée (Papouasie)
Des forces japonaises venues de Rabaul débarquent à Lae et à Salamaua, dans le Golfe de Huon. L’Amiral W. Brown, qui a quitté Nouméa la veille avec les CV Wasp et Lexington pour couvrir un important convoi, décide, avec l’accord de l’Amiral King, de se dérouter vers la Papouasie pour « attaquer l’ennemi ». Les deux porte-avions sont bientôt rejoints par celui de l’Amiral F. Fletcher, l’USS Yorktown.

 

Au large de Nouméa

22h00 – Le Ro-32 ayant passé toute la journée près des récifs, est récompensé par la vue de nombreux navires sortant du lagon et tire quatre torpilles vers le plus gros bâtiment, à moins de 2 000 mètres. Deux au moins touchent. Tandis que le sous-marin réussit à s’échapper sans difficulté, le transport de troupes de l’US Army Catlin (24 289 GRT, ex-Washington des US Lines) coule vers minuit sans que l’on ait pu l’échouer. Par bonheur, le navire était vide et les pertes humaines sont minimes. C’est l’un des plus gros navires coulés par les sous-marins de la Marine Impériale durant la guerre.

N’ayant plus que deux torpilles, le Ro-32 retourne selon ses ordres à Kwajalein, où il arrivera le 5 avril. Son unique patrouille offensive (il ne servira plus qu’à l’entraînement) a prouvé la fiabilité des torpilles Type-97 dans des sous-marins normaux.

 

 

24 mars

Péloponnèse
A 03h30, les CT Le Fantasque (amiral), L’Indomptable et Le Terrible entrent dans le golfe d’Argolykos. Dès 04h00, ils commencent à canonner les unités allemandes installées à Kiveri. A 06h00, l’évacuation des troupes britanniques commence, pendant que les avions alliés bombardent et mitraillent les positions de l’Axe dans la plaine au sud d’Argos, tout en essayant de préserver leurs forces des attaques de la Luftwaffe.

Les combats aériens au-dessus du golfe sont violents durant toute la journée. Les chasseurs allemands et italiens, plus proches de leurs bases, protègent leurs bombardiers tout en attaquant ceux des Alliés, mais ces derniers peuvent riposter grâce à leurs deux bases du Péloponnèse. La journée voit la destruction de 17 chasseurs et chasseurs-bombardiers et de onze bombardiers légers alliés, en échange de neuf bombardiers allemands, cinq chasseurs allemands et six chasseurs italiens.

Des Ju-88 coulent le petit DE Middleton dans la matinée, puis reviennent à la charge l’après-midi et détruisent les dragueurs de mines Rye et Hythe, ainsi que deux patrouilleurs français (PC). Le DE grec Kritè, défiant des batteries d’artillerie qui bombardent les plages, est frappé par deux obus de 150 mm, qui détruisent son jumelage de 4 pouces arrière. Un patrouilleur grec et un français sont gravement endommagés par l’artillerie ennemie en s’approchant des plages au nord de Nauplie pour aider à évacuer des troupes polonaises. En fin de journée, une brigade britannique et quelques unités polonaises ont été évacuées, mais le travail est loin d’être terminé, et les transports continuent à faire la navette toute la nuit.

Toute la journée, la 15ème Panzer continue à progresser vers le sud, en dépit des attaques des chasseurs-bombardiers français et des bombardements navals. Au soir, les chars allemands ont atteint Astros et Andritsa, en suivant la voie ferrée. La menace d’une attaque de Tripolis par l’est devient réelle et dès le début de l’après-midi, le Général Giraud ordonne à la 1ère D.I. de quitter la vallée du Xérias et à la 1ère D.B. de se replier vers Tripolis. Des éléments de la 9ème D.I. Coloniale doivent prendre position à l’est de Tripolis, et la brigade De Hautecloque fait route pour l’appuyer, afin de bloquer toute poussée allemande venant d’Andritsa.

 

Grèce du nord et Mer Egée

Limnos est attaquée à deux reprises par les bombardiers du KG-77. Le premier raid échappe à la patrouille de garde, mais le second (12 bombardiers escortés par 16 chasseurs) est intercepté par les huit P-38 grâce à une alerte donnée par des guetteurs. Trois Ju-88 et deux Bf-109 sont détruits, ainsi que deux P-38 (un troisième se posant en catastrophe à Mudros).

Malgré ces raids, la piste a pu être plus ou moins réparée par les troupes alliées, aidées par les habitants de l’île. Entre les attaques, 33 DC-3 réussissent dans la journée à apporter du ravitaillement et du matériel et à emmener les blessés (et le pilote du P-38 endommagé).

En fin de journée, le Sqn 1 de la SAAF et le Sqn 605 de la RAF sont déclarés opérationnels de Mytilène 2 (un terrain secondaire situé sur la côte nord de Lesbos).

Dans la nuit, les Stirling de la RAF basés à Rhodes attaquent le port d’Alexandroupolis, détruisant des stocks de matériel et troublant le sommeil des marins de la flottille italienne…

 

Limnos, 22 septembre 1979 Avec ses murs blanchis à la chaux et ses portes et volets bleu de cobalt, le petit presbytère sortait d’une carte postale, sous un soleil de dépliant touristique. Christian se sentait curieusement nerveux, comme avant de grimper à sa place, dans le nez vitré du Junkers 88, tant de siècles plus tôt. Il entra, clignant des yeux pour mieux s’accoutumer à la pénombre qui régnait à l’intérieur. Il était attendu. Le pope avait le cheveu aussi blanc que l’ancien GO du Club Med’, mais cela ne faisait qu’accroître la majesté que lui conférait son ample robe noire. « Père Alexandros, commença Christian en grec, merci de me recevoir enfin. Je commençais à penser qu’après de si nombreuses années passées à Limnos et dans toutes les îles de la mer Egée, j’allais quitter le pays sans jamais avoir pu m’entretenir avec vous. » Le religieux sourit, un pâle sourire qui n’éclairait guère son visage amaigri. A la stupéfaction de Christian, il répondit dans un allemand un peu hésitant, mais très compréhensible : « Le temps fait son œuvre, mon fils. Le temps, et la conviction de devoir rendre compte de mes actes devant notre créateur d’ici quelque temps. Comme toi, peut-être… »

Involontairement, Christian grimaça, mais la douleur dans sa poitrine était endormie, comme un fauve provisoirement repu. « J’ignorais que vous saviez… mon père. »

– Pourquoi donc quitterais-tu le pays, après toutes ces années… Mais il était d’autant plus nécessaire que je te parle, à toi qui t’es fait l’historien de ce temps où des hommes de toutes les nations faisaient pleuvoir de toutes parts le feu sur nos îles, comme si celui de notre soleil ne leur suffisait pas.

 

Limnos, 24 mars 1942 – Le lieutenant Fritz Nagel ouvrit les yeux. Il avait mal. A la jambe droite d’abord. Brisée, sûrement en plusieurs endroits. A la tempe gauche, ensuite. Quelque chose avait dû le frapper, et son œil était fermé et l’élançait. Un peu partout, enfin. Des brûlures, sans doute, sa main gauche semblait à vif, il n’osait pas la bouger. La mémoire lui revint, par éclairs pénibles comme des éblouissements. Les flots de la mer Egée défilent loin sous les ailes de son Bf-109F, son “Fritz” – comme lui – filant à toute allure. Les camarades des bombardiers commencent leur boulot, précis comme d’habitude. Pendant ce temps, il faut lancer de fréquents coup d’œil en direction du soleil, c’est toujours de là qu’ils viennent, et c’est de là qu’ils arrivent, une fois encore, les Français sur leurs bimoteurs américains à double queue. “Achtung, ennemis à quatre heures, au-dessus !” Salopards, encore une fois, ils vont foncer à travers l’escorte vers les bombardiers, refuser le combat tournoyant des vrais chasseurs, exécuter deux ou trois Ju-88 et tenter de s’en tirer en continuant à piquer. On peut essayer de les arrêter en se plantant sur leur chemin, en grimpant face à eux. Le plus souvent, ils vous ignorent. Parfois, l’un d’eux accepte le défi et meurt. Parfois, un autre vous décoche une rafale bien ajustée à toute vitesse, malgré la déflexion défavorable. Alors, l’effet d’un canon et de quatre mitrailleuses lourdes bien groupés sur un petit “Fritz”… Cette fois, c’est lui, Fritz, qui tire le mauvais numéro. Moteur en feu, commandes rétives, jambe broyée, le ciel bascule, les vagues bleues sont toutes proches soudain, une plage blanche qui brille sous le soleil, jamais je ne pourrai sauter avec ma jambe, si je plonge dans la flotte je me noie, la plage, je me pose sur le ventre sur la plage, je vais y rester, non, j’y suis arrivé, une bretelle de harnais qui casse, ah ma tête…

Des bougies éclairaient la pièce, il était allongé sur un lit. Il y avait plusieurs hommes autour de lui, mais aucun soldat. Près du lit, un homme âgé, pauvrement vêtu, le regardait d’un œil fixe, sans le voir. Une voix appela : « Alexandros ! » Un autre homme, trente ans environ, entra dans le champ de vision de Fritz et lui parla dans un allemand un peu hésitant, mais très compréhensible. « Je parle allemand, j’ai travaillé dans votre pays, des années, avant… tout ça. Je dois vous expliquer, parce que ce n’est pas bon de ne pas savoir. » Pas savoir quoi ? « Ici, il y a peu à manger. Il faut pêcher. Nos petites barques ne vous ont jamais fait de mal. Mais il faut qu’elles suivent le poisson, sinon ici, les femmes et les enfants meurent de faim. Et le poisson, il va souvent vers le continent. Et là, vous mitraillez nos barques, vous tuez nos pêcheurs, et vous affamez nos femmes et nos enfants. C’est mal. Très mal. »

Fritz avait soif, très soif. « Qu’est-ce que c’est que cette histoire… » Mais c’est vrai qu’il avait vu des copains se détendre les nerfs, à la fin d’une patrouille, en faisant un peu de tir à la cible sur des pêcheurs – après tout, ils étaient en zone interdite, non ? Les petits caïques se déchiquetaient très joliment sous les impacts. Certains pilotes, disant “Tout ce qui est Grec est traître”, se flattaient même d’avoir de nombreux “exploits” de ce genre à leur actif. « Je n’ai jamais mitraillé de bateau de pêche, j’ai mal et j’ai soif, je suis un prisonnier de guerre… » Mais l’autre : « Je veux bien vous croire. Mais l’homme assis devant vous, il avait trois fils. Trois beaux jeunes gens. Ils sont morts, mitraillés par un de vos avions. Leur barque s’appelait le Triton – comme le fils de Poséidon. Les pêcheurs ne sont pas toujours de très bons chrétiens… C’était une jolie barque. Après l’avoir coulée, l’avion a même refait un passage pour mitrailler ceux qui pouvaient avoir survécu. Le père était sur un autre bateau, il a tout vu. Alors, excusez-nous, mais même si ce n’était pas vous, vous avez une dette envers cet homme. »

L’homme en question était à présent debout, et Fritz pouvait voir qu’en fait, il n’avait guère plus de 50 ans, qu’il était très solidement bâti et qu’il tenait un long couteau. Mais ce qui lui fit le plus peur, ce fut son regard, vide, halluciné, qui ne voyait pas un blessé grave allongé sur un lit, mais un monomoteur vert sombre et bleu pâle, avec des croix noires, s’acharnant sur une barque de pêche.

Fritz fit l’erreur d’essayer de se défendre. Il souffrit plus longtemps.

 

Limnos, 22 septembre 1979 Christian croqua à la hâte l’un des comprimés qu’il avait à présent toujours dans la poche, au cas où… La griffe qui menaçait sa poitrine se retira. « Nous ne l’avons pas enterré en terre consacrée, bien sûr, nous l’avons jeté à la mer, au large. » Le Père Alexandros articulait difficilement, il semblait avoir encore maigri en racontant son histoire. « Et cela aussi, c’était mal. Le jour où je suis devenu prêtre, j’ai pensé à cet homme, qui peut-être, en effet, n’avait jamais fait que son travail de soldat. Et quand j’ai su que vous arpentiez l’île en cherchant tous ceux qui se souvenaient de cette époque, je n’ai pas voulu vous rencontrer. Jusqu’à aujourd’hui. Tous ceux qui étaient là ce 24 mars 1942 – ici même, dans cette pièce, ce n’était pas encore un presbytère – tous sont morts, sauf moi. Et aujourd’hui, avant de rendre compte de mes actes au Seigneur, je voudrais corriger un tout petit peu ce que nous avons fait. » Christian reprit sa respiration, ce type était fou, la maladie lui avait détraqué le cerveau, son histoire était idiote, jamais des soldats, des officiers allemands, n’auraient… Des SS, oui, pas des officiers de la Luftwaffe ! Mais le pope continuait : « Je sais qu’il y a dans votre pays une organisation qui recherche les corps des Allemands morts à l’étranger. Vous leur remettrez ceci. » C’était un simple paquet. Dedans, un objet que Christian reconnut immédiatement : la plaque d’identification d’un militaire de la Luftwaffe nommé Fritz Nagel. Mais aussi une pièce de bois brisée, aux couleurs ternies par le temps, portant en grec l’inscription “Triton” et percée de deux trous ronds et nets dont Christian connaissait sans le mesurer le diamètre, ou plutôt le calibre…

 

Océan Indien

A l’aube, 36 D3A1 escortés par 27 A6M2, lancés par les porte-avions de Nagumo, attaquent Port-Blair, dans les îles Andamans. Ils sont interceptés par six Vickers type 355 (des versions à flotteurs du Spitfire, qui rappellent que le “Spit” est dérivé de l’hydravion de course Supermarine S6B et sont en général désignés “Floatfire”). Mais ces élégants hydravions, écrasés sous le nombre, perdent cinq des leurs dans le combat avec les Zéro, dont trois sont abattus. Le ravitailleur d’hydravions Commandant-Teste, gravement endommagé, doit être échoué, et deux cargos de taille moyenne sont détruits dans la rade.

 

Sumatra

De Palembang, les troupes japonaises commencent à avancer vers Medan, au nord.

 

Côte Orientale de l’Australie

21h00 – Le Ro-66 attaque le convoi OG8 au large de Broken Bay. C’est un convoi “double”, dix navires marchands escortés par le yacht Adele (288 GRT, 12 nœuds, un 6-livres), le dragueur de mines auxiliaire (AMS) Orara (1297 GRT, 16 nœuds, un 4-pouces, 12 grenades ASM), l’AMS Geraldton (mis en service depuis peu et doté d’un équipage improvisé) et le DE Moresby (en fait un vieil aviso), chef d’escorte.

Le Ro-66 pénètre l’écran et lance une salve de quatre torpilles, touchant deux transports. Le Lochmonar (9 412 GRT, Royal Mail Line, allant de Liverpool à Brisbane avec des véhicules militaires et des pièces détachées) est frappé en plein milieu, prend feu et coule trois heures plus tard au large de Lion Island dans 70 mètres d’eau. Un second navire, le reefer moderne Port Alma (8 400 GRT, Port Line, allant de Liverpool à Brisbane avec des véhicules militaires) est touché à l’étrave, mais l’équipage réussit à contrôler la voie d’eau et le navire parvient à gagner Broken Bay, escorté par l’Adele.

Le Geraldton aperçoit le sous-marin en surface et l’attaque, le forçant à plonger. Cependant, son équipage est novice dans l’art du grenadage. L’escorteur reste dans la zone, lâchant une grenade de temps en temps, pendant que le Moresby et l’Orara conduisent le convoi vers le nord. Puis, le Moresby vient prendre le relais tandis que le Geraldton rejoint le convoi.

 

 

25 mars

Méditerranée occidentale

Le porte-avions USS Ranger quitte Oran à 01h00 avec son écran et file à grande vitesse vers l’ouest, en direction de Gibraltar, puis de la Grande-Bretagne.

Péloponnèse
A 00h15, les contre-torpilleurs Le Fantasque, L’Indomptable et Le Terrible entrent à nouveau dans le Golfe d’Argolykos pour aider les forces légères (LCI(L) et vedettes rapides, MTB et MGB) à achever l’évacuation des unités polonaises. A 03h20, L’Indomptable et Le Terrible sont pris pour cibles par des obusiers de 150 mm allemands et répondent du tac au tac au canon de 138 mm.
A l’est de Tripolis, les deux camps ont amené des renforts durant la nuit, mais cette fois, les Alliés sont avantagés par des lignes de communication plus courtes. A l’aube, le temps commence à se gâter, réduisant fortement les opérations aériennes des deux camps. La 15ème Panzer reprend cependant sa marche vers Tripolis, mais elle est chaudement reçue par l’artillerie française et britannique. Avec l’aide de celle-ci, les éléments de la 9ème D.I. Coloniale tiennent solidement leurs positions, soutenus à partir de midi par les chars de la Brigade De Hautecloque. A 16h00, le GeneralOberst Rommel rappelle l’attaque.

Grèce du Nord et Mer Egée

Limnos est attaquée par deux fois, la première à 10h40 par 18 He-111 du KG-26 escortés par 20 Bf-109F des I et II/JG 77 et la seconde par 16 Bf-109F Jabos du III/JG 77. Le premier raid est intercepté par huit P-38, qui détruisent quatre Heinkel et trois Bf-109F au prix de trois des leurs. Mais les chasseurs-bombardiers, arrivant au ras des vagues, prennent les défenseurs par surprise ; ils détruisent au sol quatre DC-3 et endommagent sévèrement le terrain.
Le TB Alcione, accompagné des vedettes lance-torpilles MAS-501 et S-7, quitte Salonique et rejoint à Alexandroupolis la flottille italienne, qui (ayant perdu le Lupo) compte maintenant quinze navires. Côté allié, l’escadre de l’Amiral Vian s’est retirée vers Mytilène dans la journée, mais avec la tombée de la nuit, elle a repris sa place à l’ouest de l’île pour parer à tout risque d’attaque nocturne.
Considérant la réussite de la neutralisation de la chasse alliée basée à Limnos (et les pressions constantes exercées par Berlin, qui s’impatiente), le Maréchal Kesselring réunit à Salonique le Général Student et les Généraux Loerzer et Geisler, commandant les IIème et Xème FliegerKorps. Ces derniers sont d’avis que les pertes subies par la Luftwaffe les semaines précédentes rendent hasardeuse, voire risquée, toute tentative d’opération aéroportée majeure. « Mais l’ennemi a perdu du monde, lui aussi, proteste le Général Student, toujours combatif. Et les Franco-Anglais sont très occupés dans le Péloponnèse. » Après avoir écouté les différents arguments et reçu un nouveau coup de téléphone comminatoire du quartier général de Hitler, Kesselring ordonne de lancer la phase II de l’opération Theseusdès que le temps le permettra.

 

Océan Indien
A l’aube, les porte-avions de Nagumo attaquent à nouveau Sabang, avec 29 D3A1 et 18 B5N2 escortés par 27 A6M2. Ce raid, suivant celui du 23, est très destructeur pour les installations de l’aérodrome. Cependant, la DCA est très précise et quatre D3A1, un B5N2 et deux A6M2 sont abattus en bombardant ou en mitraillant le terrain. Considérant le total des pertes que ses groupes aériens ont subies, le Vice-Amiral ordonne à ses vaisseaux de se retirer vers Kendari.

Sumatra
Les troupes japonaises progressant vers Medan sont arrêtées par les lignes de défense des forces hollandaises et du Commonwealth.

Singapour
La cité et le port de Keppel sont bombardés à deux reprises par les avions de la Marine japonaise basés à Kuching. D’abord, 15 G3M2 endommagent l’une des centrales électriques de Singapour. Le second bombardement, effectué par 18 G4M1, est relativement inefficace.

 

Indochine

La base Epervier, à Dien-Bien-Phu, s’est peu à peu renforcée. Ce jour-là, c’est une formation alliée tri-nationale qui en décolle : 33 bombardiers (18 Martin-167 français du GB II/62 et 15 Vultee V-11 chinois), escortés par 48 chasseurs (16 Hawk-81 français des GC I et II/40, 16 Hawk-81 des Squadrons Hell’s Angels et Panda Bear de l’AVG et 16 Hawk-75A5 chinois construits par CAMCO Loiwing). Cette puissante formation attaque les terrains japonais autour d’Hoa Binh et d’Hanoï, détruisant au sol 26 avions, tandis que quatre Ki-43 et six Ki-27 sont abattus en combat aérien en échange de deux chasseurs français, un américain et deux chinois. Ce raid est un coup sévère porté à la puissance aérienne japonaise dans le nord de l’Indochine.

 

Côte Orientale de l’Australie

00h30 – Au bout de deux heures de recherches, le Moresby obtient enfin un contact Asdic stable et effectue deux grenadages. Le second endommage sérieusement le Ro-66. Celui-ci se pose sur le fond par 80 mètres de profondeur, mais est obligé de faire fonctionner ses pompes pour évacuer l’eau qui s’infiltre par des fissures dans la salle des machines. Le bruit des pompes est détecté par les hydrophones du Moresby, qui effectue un nouveau grenadage d’après les relèvements fournis. Le sous-marin est à nouveau endommagé et les voies d’eau s’aggravent. Son commandant décide alors de combattre en surface, puis ordonne de chasser partout… Vers 01h00, son dernier message, en clair, sera capté par le I-6 et par la base de Rabaul : « Deux transports de 10 000 tonnes torpillés et coulés. Sommes endommagés par grenadage. Combattrons en surface pour éliminer l’ennemi. Avons encore deux torpilles. Vive l’Empereur. »

00h55 – Le Ro-66 fait soudainement surface à moins de 150 mètres à bâbord arrière du Moresby, et « nous commençons à nous battre dans la nuit comme deux chiens furieux » racontera Scott Clement, le second de l’aviso.

« Sur le Moresby, des acclamations saluent la gerbe d’écume signalant que l’ennemi invisible émerge. « Enfin ! » grogne le capitaine Douglas McIntyre. « La barre à bâbord, toute! Machines, donnez-moi le maximum ! » Alors que l’escorteur change brutalement de cap, le sous-marin, où les hommes se hâtent de mettre en batterie le canon de 75 mm, pivote pour présenter la proue à son adversaire. Le Moresby n’a pas fini son virage. « Zéro la barre ! ordonne tout à coup McIntyre, les yeux rivés à ses jumelles. Machines, réduisez à demi-puissance, mais soyez prêt à me redonner tout ce que vous pouvez ! » L’aviso reste quelques instants tourné de trois-quarts vers son adversaire, puis : « Bâbord toute ! Machines, allez-y à fond ! » Et peu après : « Zéro la barre ! » L’aviso présente enfin la proue au sous-marin. Cinq secondes plus tard, la vigie hurle : « Torpilles droit devant ! » Dans un silence total, tous les hommes présents sur le pont regardent, hypnotisés, deux sillages blanchâtres qui viennent lécher la coque du Moresby, l’un à bâbord, l’autre à tribord. « Mais pourquoi a-t-il fait une pause avant de présenter la proue ? » souffle un jeune enseigne à Scott Clement. « Pour que l’autre se croie en bonne position et crache son venin, tiens ! » sourit Clement, qui n’en mène pourtant pas large…

Le Moresby n’a qu’un 4 pouces à l’avant, un 12 livres à l’arrière et quatre mitrailleuses lourdes. Le Ro-66 a son 75 et deux mitrailleuses légères – le combat est équilibré, car le sous-marin est une cible plus petite, d’autant plus difficile à atteindre que seule une lune indécise éclaire la scène. Les torpilles évitées, le Moresby s’élance pour éperonner le sous-marin, mais ce dernier, montrant une maniabilité étonnante, l’évite, tout en l’arrosant d’obus. En quelques minutes, six obus de 75 touchent l’aviso, sans cependant lui faire grand mal : explosant à l’impact, cinq ouvrent de larges trous dans la coque, au dessus de la ligne de flottaison, le sixième détruisant le 12 livres et allumant un petit incendie derrière la cheminée. Les deux bâtiments se tournent littéralement autour à moins de cent mètres, et les mitrailleuses de 0,5 pouce du Moresby emportent la décision, tuant ou blessant tous les servants du canon du sous-marin ainsi que la plupart des hommes dans le kiosque, tandis que les Australiens n’ont que deux morts et trois blessés.

A 01h20, le Moresby s’éloigne juste assez pour permettre à son 4 pouces de tirer. A l’inclinaison minimum, le canon place en peu de temps deux obus à la base du kiosque et un autre en plein sur le canon du sous-marin. « Ils sont cuits, décide McIntyre. On y retourne ! » Cette fois, en effet, le Moresby éperonne bel et bien le Ro-66 juste au niveau du kiosque, sa proue dessinée à l’ancienne s’enfonçant profondément dans le flanc de son ennemi. Mais les Japonais ont prévu le coup et une demi-douzaine d’hommes, sautant du kiosque qui domine alors la plage avant de l’aviso, se jettent à l’abordage, armés de couteaux et de pistolets, sous la conduite du commandant du sous-marin, l’épée au poing !

Ils tombent d’abord sur les servants du 4 pouces, tandis que retentit sur le Moresby un appel oublié : « Repoussez les abordeurs ! » Manquant d’armes individuelles, les Australiens ont le dessous, jusqu’à ce que l’officier artilleur se jette dans la mêlée. Le vieil aviso dispose d’un lot de sabres d’abordage destinés à l’exercice, et Jack Thompson devient une légende dans la flotte australienne en menant quatre hommes au combat, sabre au poing, en défiant l’officier japonais et son épée et en l’abattant d’un coup de taille sauvage. Seuls deux Japonais survivent, gravement blessés, pendant que le Ro-66 coule corps et biens. » (M. K. Worster, L’Australie assiégée – Les opérations sous-marines japonaises contre l’Australie, 1942-1945, Melbourne University Press, 1955)

Cet épisode rocambolesque, outre qu’il vaut à Jack Thompson d’être surnommé “Errol Flynn”, confirme aux responsables australiens la validité du système des convois… et permet à l’équipage du Moresby d’apprendre, grâce aux prisonniers, que leur ancien adversaire dans cette région est le sous-marin du commandant Yoritomo Sato, dont la speakerine de Radio-Tokyo, la fameuse “Tokyo Rose”, chante les louanges depuis qu’il a pris à l’abordage un pétrolier allié.

 

 

26 mars

Péloponnèse
Sous une pluie froide et drue, les Français se retranchent à l’est de Tripolis, pendant que les Yougoslaves en font autant au nord-ouest.

Dans la nuit, à l’abri de gros nuages, les premiers éléments de la 3ème Division d’Infanterie de Montagne allemande commencent à traverser le golfe de Patras.

Mer Egée
Nouveau raid contre Limnos, mené cette fois par 15 Ju-88 du KG 77 escortés par 24 Bf-109 du JG 53.
Comme l’augmentation du trafic radio allemand révèle l’imminence d’une opération de grande ampleur, le commandement allié ordonne au Groupe de Choc du Colonel Gambiez, mis au repos à Lesbos, d’aller renforcer Limnos. En fin d’après-midi, les hommes de Gambiez embarquent à bord de navires de l’Escadre de Mer Egée et ils arrivent à Mudros vers 23h00. Là, ils débarquent en hâte avant que les navires du Contre-Amiral Vian ne repartent pour Mytilène.

Singapour
La DCA est un peu plus efficace que d’habitude lors des raids habituels contre la ville. Deux G3M2/3 sont abattus.

Mer des Salomons
A 08h40, les porte-avions USS Wasp, Lexington et Yorktown, positionnés 45 nautiques au large de la côte sud de la Papouasie, lancent un groupe d’attaque de 152 avions. Ces appareils traversent la chaîne des montagnes Owen Stanley, guidé par le Commander W.B. Ault (du Lexington), dont l’avion survole le point le plus haut du col par lequel les attaquants doivent passer. C’est une vraie fête pour les appareils américains, qui ne perdent que deux des leurs, pendant qu’ils coulent un gros mouilleur de mines (le Tsugaru), trois transports (Tenyo Maru, Yokohama Maru et Kokai Maru) et le croiseur auxiliaire de 6 500 tonnes (transport converti) Kongo Maru. Le croiseur léger Yubari est endommagé. De retour à leurs porte-avions, les aviateurs réclament un second raid, mais l’Amiral Brown n’ose pas risquer ses bateaux plus longtemps et se retire vers Nouméa.

Ce raid est considéré par les Américains comme « la première lueur d’espoir dans le Pacifique Sud » (Morison), en même temps qu’un bon entraînement pour les groupes aériens des porte-avions.

 

27 mars

Grande-Bretagne
Le porte-avions USS Ranger entre à 08h00 dans le port de Plymouth. Là, il est rapidement amarré auprès du HMS Indomitable, et ces porte-avions embarquent à eux deux 66 Spitfire V. Dès 20h00, les deux navires et leur escorte quittent Plymouth et filent vers Gibraltar.

Bari (Italie)
La Regia Marina, recherchant désespérément des navires opérationnels pour renforcer la flottille de Mer Egée, rassemble les DD Freccia et Strale, ainsi que les vedettes lance-torpilles MAS-572, 573 et 574. Ils quittent Bari à 02h25 pour Le Pirée, en passant par le Canal de Corinthe.

Péloponnèse
Comme la météo s’améliore, les combats aériens reprennent autour de Tripolis. Au nord de la ville, les positions françaises qui font face à la 21ème Panzer sont bombardées à plusieurs reprise par les Ju-87 des I et II/StG3, escortés par les Bf-109 du JG-27, et par les Fiat CR-42 du 158° Gruppo Autonomo Assalto (Capitaine Alessandro Cerutti), escortés par les Macchi MC-200 du 8° Gruppo (Major Mario Bacich). Ces raids se heurtent à des chasseurs Hawk-81 et 87 français, yougoslaves, grecs et britanniques. Ces chasseurs escortent aussi les avions d’appui au sol alliés (P-39D et bombardiers légers) qui attaquent les positions allemandes. Au total, les avions de l’Axe accomplissent ce jour-là 157 missions offensives au-dessus de la région de Tripolis, et les appareils alliés 172. Des deux côtés, les pertes sont sérieuses : sept Ju-87, quatre Bf-109, quatre CR-42 et trois MC-200 pour neuf Hawk 81/7, cinq P-39D, trois Martin-167 et un Blenheim IV.

Grèce du nord et Mer Egée

La phase II de l’opération “Theseus” commence à 06h00 par une série de raids aériens allemands contre Mytilène et Limnos et par un débarquement aéroporté et naval.
Le raid contre Mytilène est effectué par 24 Ju-88 des I et II/KG 77, escortés par 32 Bf-109F du JG-53. Détecté par le radar de Lesbos, le raid est intercepté par 16 Hurricane des Sqn 605 (RAF) et 1 (SAAF) et par 12 P-38 de la 2ème EC. Opérant à la limite de leur rayon d’action, les chasseurs allemands ont du mal à protéger leurs bombardiers ; sept Ju-88 et six Bf-109 sont abattus au prix de quatre Hurricane et trois P-38. Néanmoins, ce raid empêche la chasse alliée de protéger Limnos jusqu’en début d’après-midi.

A la même heure, 24 Ju-88 des I et II/LG 1, escortés par 16 Bf-109 des I et II/JG 77, attaquent Limnos. Mudros et le port sont durement touchés. A 11h30, l’île est à nouveau attaquée, cette fois par 18 He-111 du KG 26 et 12 Bf-109 Jabos du III/JG 77.

Pendant ce raid, 72 vieux He-111 convertis (He-111P) des KG zbV-5 et 20 et 144 Ju-52 des KG zbV-60, 101, 102 et 105 lâchent trois mille parachutistes, tandis que 41 planeurs – 36 DFS-230 et cinq énormes Me-321 – se posent sur l’aérodrome ou dans les champs à l’ouest de Mudros.

Cet assaut aérien est coordonné avec un débarquement naval. Les grands DD Pancaldo et Pessagno (amiral) et les DD récents Geniere et Lanciere, qui ont quitté Alexandropoulis dans la nuit et ont fait la traversée le plus vite possible, débarquent des troupes de la 5ème Division de Montagne allemande sur les rivages près de la drop zone. Puis, les quatre navires engagent les batteries d’artillerie grecques et françaises, infligeant quelques dommages aux 25-livres grecs et aux obusiers de 105 français.

L’assaut aéroporté remporte un succès inégal. Près de la côte nord de l’île, avec le soutien des unités débarquées des DD italiens, les parachutistes du 2ème bataillon réussissent à s’organiser, bien que le terrain accidenté leur inflige 10% de pertes. Mais près de l’aérodrome, les parachutistes du 3ème bataillon sont instantanément engagés par des unités de la 1ère brigade grecque, de la Légion Etrangère et des Troupes de Choc. La première vague subit des pertes très lourdes. De nombreux parachutistes sont touchés alors qu’ils se balancent encore dans les airs. D’autres sont cloués au sol par le feu de leurs adversaires et ne peuvent atteindre les conteneurs d’armes qui ont été lâchés séparément. Le rapport du Régiment d’Assaut, transmis dans l’après-midi, indique que « Le gros du 3ème bataillon a été écrasé après une vaillante résistance, perdant 400 hommes (dont son commandant) sur 600. Les restes de la 9ème compagnie ont dû se frayer un chemin à travers les lignes ennemies pour rejoindre les positions du 2ème bataillon, qui s’est installé sur les plages de la rive nord de l’île. » Pour soulager les troupes aéroportées, un nouveau raid aérien est organisé : à 12h10, 18 Ju-87 des I/StG 1 et II/ StG 2 attaquent les positions alliées près de l’aérodrome.

 

La réaction aérienne alliée commence par l’envoi de deux Lockheed F-4 (P-38 PR) de reconnaissance français. L’un photographie Limnos, l’autre pousse jusqu’à la côte grecque et découvre d’autres navires ennemis venant d’Alexandroupolis. Ce sont les vieux DD Euro, Turbine, Francesco Crispi et Quintinio Sella, les TB Circe et Alcione et les vedettes lance-torpilles allemandes S-7, S-35 et S-56 ainsi que l’italienne MAS-501, qui escortent le porte-hydravions Giuseppe Miraglia, chargé d’hommes et de matériel lourd. Ces onze navires seront bientôt rejoints par les quatre destroyers de l’avant-garde, qui ont rebroussé chemin pour couvrir le gros de la flotte.
L’état-major allié, estimant que ces renforts navals constituent la plus grave menace, fait décoller à 14h20 douze DB-73 M1/M2 de la flottille AB-9 de l’Aéronavale et six hydravions Northrop N3M de l’AT-11 (qui se sont redéployés à Lesbos après la destruction de leur base de Limnos). A ce moment, le Contre-Amiral Vian a déjà quitté Mytilène et file vers Limnos avec le CLAA HMS Dido (amiral) entouré du “DDAA” HMS Gurkha et des “CTAA” MN Mogador, Guépard et Verdun, et accompagné du groupe d’attaque de l’escadre commandé par le Captain W.G. Agnew : CL HMS Delhi (amiral) et MN La Galissonnière, DD HMS Panther, Partridge et Pathfinder.

A 15h30 arrive la deuxième vague de parachutistes, transportée par 108 Ju-52 et 48 He-111P, accompagnés de dix planeurs Me-321 remorqués par des Bf-110 spécialisés, dont six porteurs, chacun, d’un char Pz-III. Ces appareils sont escortés par 24 Bf-109 du JG 77, mais se heurtent à 22 P-38, soit tous les appareils disponibles de la 2ème Escadre de Chasse. Une furieuse mêlée a lieu au-dessus de Limnos. Au prix de neuf des leurs, les P-38 abattent cinq Bf-109F, mais surtout onze Ju-52, quatre Me-321 et sept des Bf-110 remorqueurs. Au sol, les hommes qui regardent le ciel avec angoisse ou avec espoir assistent en particulier au spectacle terrifiant d’un Me-321 qui s’ouvre en deux sous les obus d’un P-38 et laisse échapper son Pz-III, qui tombe comme une énorme pierre, de plusieurs centaines de mètres…
Peu après ce largage, la Luftwaffe fait un nouvel effort pour soutenir les parachutistes, vigoureusement assaillis par les troupes franco-grecques. A 16h10, 12 Ju-87 et 12 Ju-88, escortés par 16 Bf-109, parviennent à briser une contre-attaque de la 13ème DBLE qui menaçait de rejeter entièrement les troupes allemandes qui s’accrochent à l’aérodrome. Et à 17h30, 16 Bf-109 Jabos du III/JG 77 attaquent à nouveau les forces alliées qui tiennent l’aérodrome.

 

Mais cette concentration des forces allemandes sur Limnos laisse la flottille italienne sans protection. A 16h50, les bombes des DB-73 coulent le vieux DD Turbine et endommagent le grand DD Pancaldo. Celui-ci doit stopper après que deux bombes aient mis ses chaudières hors service en explosant à toucher sa coque. Quelques minutes plus tard, un N3M place une torpille dans les flancs du navire, qui se casse en deux et sombre rapidement. Le Contre-Amiral Luigi Castellotti ordonne à ses bâtiments de mettre un moment cap au nord-ouest, comme s’ils retournaient à Salonique, espérant tromper les reconnaissances alliées. Il dispose encore de treize navires : six DD dont le grand Pessagno (amiral), deux torpilleurs, quatre vedettes rapides et le Giuseppe Miraglia. A 19h00, Castellotti fait remettre le cap sur Limnos.

En fin d’après-midi, le Maréchal Kesselring et le Général Student envisagent un parachutage de nuit pour renforcer leurs troupes avant le matin suivant. Les officiers sur place dressent en effet un tableau plutôt sombre de la situation. Trois des chars espérés ont été “abattus” dans leur Me-321 et un autre gravement endommagé à l’atterrissage. Deux Pz-III seulement sont opérationnels. Sans renforts, l’attaque pourrait bien échouer.

La discussion est interrompue par la nouvelle que les terrains de Salonique sont attaqués. Ce sont 24 NA-73 de la 13ème E.C. qui mitraillent les terrains où les avions de transport se sont posés après le largage de la seconde vague. Des combats acharnés se déroulent à basse altitude, tandis que la flak légère, dans l’éclairage indécis du crépuscule, arrose sans distinction tout ce qui vole, ami ou ennemi. Sept avions français sont abattus (et deux autres rentreront, mais seront irréparables). Mais les Mustang détruisent ou endommagent gravement 17 Ju-52, 4 He-111P et un Me-321, plus cinq Bf-109 abattus en combat aérien, dont trois Jabos du III/JG 77, surpris au retour de leur raid sur Limnos. Le commandement allemand doit renoncer au parachutage nocturne envisagé et se reposer sur les troupes transportées par la flottille italienne.

Sur Limnos, la tombée de la nuit n’interrompt pas les combats. Les hommes de la 1ère Brigade grecque, aidés par des chars légers M3, attaquent furieusement les envahisseurs allemands toute la nuit durant.

Sumatra
Après s’être réorganisées, les forces japonaises reprennent leur progression vers Medan.

En fin de journée, au large de l’île Bangka, le sous-marin HMS Unbeaten coule un caboteur japonais.

Malaisie – Singapour
Pendant que les bombardiers de la Marine basés à Kuching maintiennent leur programme de deux raids par jour contre Singapour, Penang est attaqué par quatorze D3A1 escortés par neuf A6M2. Le raid surprend le vieux destroyer britannique Thanet, qui reçoit trois bombes de 250 kg et coule aussitôt.
De son côté, l’Armée japonaise redéploie deux “Groupes spéciaux” d’appui au sol sur de petites pistes proches de Singapour.

Côte Orientale de l’Australie
22h30 – Le Ro-65 croit apercevoir un petit bâtiment à 12 nautiques au nord-est de Newcastle, et lance deux torpilles. L’une explose après une course plus longue que prévu. Ne voyant plus le bateau visé, le Ro-65 revendique la destruction d’un cargo de 2 000 tonnes.

En fait, le commandant du sous-marin s’est trompé sur la taille du navire, comme sur son destin. Il s’agit du cargo moderne Hannington Court (5 449 GRT, Court Lines, allant seul de San Francisco à Newcastle, avec un chargement d’une grande importance constitué de machines-outils, de matériel de soudure et… de 2 000 tonnes de TNT brut ! La torpille qui l’a touché a gravement endommagé sa coque et allumé un incendie à l’arrière. Pourtant, le navire n’explose pas ! Le capitaine, Ambrose M. Crompton, réussit à convaincre son équipage, composé en majorité de “lascars” (indigènes du Pacifique), de combattre les flammes et de sauver le navire. En raison du risque d’explosion, il décide de ne pas entrer dans le port de Newcastle, tout proche. Après plusieurs heures d’efforts, en sachant que leur navire risque d’exploser à tout moment, les marins du Hannington Court réussissent à entrer dans Port Stephens, où le navire est échoué et sabordé pour éteindre l’incendie et prévenir l’explosion. Le chargement n’a pratiquement pas souffert : les explosifs occupent les cales inférieures et les autres sont restées hors d’eau. Pour cet exploit, le Capitaine Crompton recevra la George Cross, et son équipage tout entier sera généreusement récompensé par le gouvernement australien, car les machines-outils étaient impatiemment attendues et un grave manque d’explosifs menaçait à ce moment de faire baisser la production de munitions. Le navire sera déchargé par des droghers (vapeurs fluviaux) et la cargaison transférée sur un train à Karuah. Le Hannington Court sera renfloué quelques mois plus tard.

 

 

28 mars

Péloponnèse
La Luftwaffe et la Regia Aeronautica attaquent toute la journée les positions alliées autour de Tripolis, pendant que la 21ème Panzer sonde les défenses françaises au nord de la ville et qu’à l’est, des tentatives similaires de la 15ème Panzer sont repoussées. Les combats aériens continuent d’user les deux adversaires : les Alliés perdent 7 Hawk-81, 3 Hawk-87, 3 P-39D et 2 DB-7B, tandis que l’Axe perd 4 Ju-87, 4 Ju-88, 3 Bf-109F et 2 Fiat CR-42.

Le Pirée

A l’arrivée de la flottille venant de Bari (DD Freccia et Strale, vedettes MAS-572, 573 et 574), les TB Lince et Lira et les MAS-555, 556, 557 et 571 partent pour Salonique.

Limnos et Mer Egée

Pour tous les combattants engagés dans les multiples combats qui se déroulent sur, autour et au-dessus de Limnos, la journée restera comme le “Samedi sanglant”. De ses premières minutes à minuit, les forces Alliées et celles de l’Axe ne cessent de lutter désespérément pour imposer leur force et leur volonté sur terre, sur mer et dans les airs.

 

Bataille navale de Limnos (00h10-03h00)
00h05 – Le Contre-Amiral Castellotti bat des paupières, mais le message que vient de lui tendre l’officier radio du Pessagno ne disparaît pas. Un Ju-88 de reconnaissance a aperçu la veille, peu avant la nuit, une escadre alliée d’une douzaine de bâtiments entre Lesbos et Limnos, cap au nord-ouest. Les problèmes de communication chroniques entre la Luftwaffe et la Regia Marina ont empêché que l’information soit transmise plus vite. Castellotti a un regard dans la nuit, vers sa petite flotte dont six des treize bâtiments transportent vers la côte nord de Limnos presque toute une brigade de la 5ème Division de Montagne allemande. Il est trop tard pour faire quoi que ce soit, il ne peut qu’espérer que les Alliés ont cru à sa feinte de retraite de la veille. L’officier radio l’entend murmurer « Santa Madonna… » Ce seront ses dernières paroles. Cette nuit-là, Notre-Dame n’est sans doute pas en Mer Egée.
 00h10 – L’escadre de Vian est au rendez-vous. Pendant que les cinq bâtiments emmenés par Vian lui-même, sur le Dido, contournent l’ennemi par le nord pour lui couper toute retraite, le groupe du Captain Agnew attaque de face les premiers navires italiens (Pessagno, Geniere et Lanciere). Les 5 pouces/38 du Delhi et les 152 mm du La Galissonnière ouvrent le feu sur le Geniere et sur le Pessagno – la passerelle de celui-ci est dévastée par un obus de 152 et l’Amiral Castellotti est tué. Le Lanciere et le Geniere répondent en lançant chacun une demi-salve de torpilles, mais Agnew a ordonné à ses navires de faire route droit sur l’ennemi, bien que cela masque ses tourelles arrière, afin de réduire le risque d’être torpillé. Les trois destroyers de la force d’Agnew, les Panther, Partridge et Pathfinder, lancent eux aussi des torpilles, sans succès car les deux Italiens ont accéléré et zigzaguent.

00h37 – Le tir rapide guidé par radar du Delhi commence à faire sentir son effet. Les canons avant du Geniere sont hors de combat, ses chaudières sont touchées et le navire est ravagé par un violent incendie. De son côté, à moins de 7 000 mètres, le La Galissonnière a placé toute une salve avant (six obus) sur le Pessagno, qui brûle lui aussi. Les trois vedettes lance-torpilles allemandes (S-7, S-35, S-56) contre-attaquent pour dégager les destroyers italiens et les navires alliés doivent s’écarter pendant quelques minutes pour éviter les torpilles des petits bâtiments. Pendant ce temps, le Lanciere déploie un rideau de fumée pour protéger le Giuseppe Miraglia, qui tente de s’éloigner du combat sous la protection de l’Euro.
00h51 – Bien qu’ils soient chargés de fantassins allemands, les vieux DD Francesco Crispi et Quintinio Sella et les TB Circe et Alcione tentent de profiter de la confusion créée par l’attaque des vedettes allemandes et lancent eux aussi leurs torpilles. A 00h54, le Panther est touché par une torpille de 450 mm (probablement tirée par le Circe), qui lui arrache la proue. Les quatre autres navires d’Agnew se redéploient autour du destroyer blessé et les Italiens croient avoir un répit, mais leur espoir est de courte durée.

01h00 – Venant du nord-est, Vian et le groupe du Dido attaquent la flottille italienne qui se replie. L’Alcione est rapidement touché par plusieurs obus de 5,25 pouces.

01h03 – Les trois contre-torpilleurs français rénovés (Mogador, Guépard, Verdun) concentrent leur tir sur les F. Crispi et Q. Sella. Les 5 pouces/38 montrent à nouveau leur efficacité à courte portée, bien que leurs obus soient plus légers que ceux des canons de 138 mm français, et le Francesco Crispi, criblé de coups, doit stopper. L’Euro et le G. Miraglia, tentant de trouver une issue, se dirigent à nouveau vers le sud.

01h15 – Dans la confusion et la fumée des navires en feu et du rideau tendu par le Lanciere, l’Euro surgit soudain de la nuit à moins de 2 000 mètres sur tribord du Delhi et du La Galissonnière. Cinq 5 pouces/38 et neuf 152 mm le transforment rapidement en épave en flammes, mais le vieux destroyer a le temps de lancer ses torpilles et l’une d’elles touche le croiseur français, inondant en partie la chambre des machines avant. Pendant ce temps, le G. Miraglia réussit à passer inaperçu, ne recevant qu’un seul obus qui visait l’Euro.

01h22 – Agnew décide de se retirer vers le sud, espérant sauver le Panther, qui peut encore donner 12 nœuds.

01h28 – Le radar du Delhi détecte une cible à bâbord. C’est le Pessagno, dont l’équipage a réussi à contrôler les flammes après son bref duel contre le La Galissonnière. Cette fois, le maheureux navire sert de cible d’entraînement aux deux croiseurs alliés et il est bientôt détruit, coulant par la poupe à 01h45. A 01h57, l’Euro sombre à son tour.
01h33 – Du côté de Vian, l’Alcione, soûlé de coups, est stoppé et le F. Crispi ne va guère mieux. Les trois vedettes allemandes, rejointes par la MAS-501 (qui fermait la marche de la flottille) attaquent à nouveau pour soutenir le Circe. Le Mogador fait face à ce dernier pendant que le Dido continue d’accabler l’Alcione et que le Gurkha et les Guépard et Verdun ouvrent le feu sur les quatre vedettes. La S-56 et la MAS-501 sont vite détruites, mais le Verdun reçoit une torpille allemande qui le stoppe net.
01h49 – L’Alcione coule. Vian a ordonné de venir à l’ouest lorsque le radar du Dido détecte un nouvelle cible. C’est le Lanciere, qui tire ses trois dernières torpilles, manquant le Dido de cent mètres à peine, tout en encaissant en retour quelques obus de 5 pouces/38. Vian ordonne alors un demi-tour complet et revient vers le Verdun qui, bien que stoppé, se bat encore contre le Francesco Crispi et le réduit définitivement au silence. Mais si le Crispi coule à 02h12, le Verdun doit être sabordé à 02h24. Ayant récupéré l’équipage du Verdun, les Mogador et Guépard rejoignent le Dido et le Gurkha.
02h45 – Le radar du Dido détecte un nouveau navire ennemi, marchant au ralenti. C’est le Geniere, dont l’équipage se bat depuis deux heures pour réparer ses machines. La troisième salve du Dido provoque l’explosion de la soute à munitions avant et le Geniere coule rapidement.
03h00 – Alors que les navires alliés s’éloignent, ralentis par les avaries du Panther et du La Galissonnière, le commandant du Lanciere, le capitaine Stefano Colonna, se rend compte qu’il est l’officier du grade le plus élevé encore vivant. Il dispose encore, outre son destroyer, du vieux DD Q. Sella et du TB Circe (tous deux endommagés par des obus qui ont tué beaucoup des fantassins transportés), des vedettes allemandes S-7 et S-35 et, étonnamment, du gros Giuseppe Miraglia avec son matériel lourd et les canons de la 5ème Division d’Infanterie de Montagne. Les six bâtiments se dirigent vers la plage du nord de Limnos tenue par les parachutistes et les hommes de la 5ème D.I.M. Mais quand le Miraglia atteint la plage, à 04h35, on découvre que la grue principale a été touchée et mise hors service par l’unique obus de 152 mm qui, sans exploser, a frappé le navire. Le plus gros du travail de déchargement va devoir être effectué à bras…

Sur l’île aussi, la nuit a été chaude. Les parachutistes ont été repoussés de la plus grande partie de l’aérodrome par des contre-attaques grecques et françaises qui ont coûté aux Alliés cinq chars légers M3, trois détruits par les deux derniers Pz-III et deux par des canons sans recul. Enfin, peu avant l’aube, les deux chars allemands ont été mis hors de combat par des grenades à charge creuse (il s’agit des Brandt mises au point au début de 1940 ; ce modèle, tiré par un fusil lance-grenade, a donné naissance au célèbre bazooka américain). Cette nuit de furieux combats coûte la vie au Major-Général Meindl, alors qu’il s’efforce de coordonner l’action des différentes poches de résistance allemandes.

A l’aube, la Luftwaffe est prête à soutenir à fond les parachutistes en difficultés. Les forces combinées des IIème et Xème FliegerKorps lancent immédiatement trois grandes attaques. D’abord, douze Ju-87 des I/StG 1 et II/ StG 2 et neuf Ju-88 du II/LG II escortés par seize Bf-109 Jabos du III/JG 77 partent attaquer les navires alliés qui ont malmené la flottille italo-allemande. Peu après, douze Ju-88 du I/LG1 et dix-huit He-111 du KG26 escortés par vingt Bf-109 des I et II/JG 77 vont bombarder les défenses grecques et françaises sur Limnos. Ils sont suivis par quinze Ju-88 du KG77 et vingt-quatre Bf-109 du JG53 qui doivent pilonner eux aussi les défenses alliées et surtout escorter les renforts destinés aux parachutistes : 144 Ju-52 et huit Me-321 remorqués par des He-111Z (variante destinée spécialement au remorquage des Me-321 – dix exemplaires seulement ont été construits et l’un a été détruit lors du raid de NA-73 la semaine précédente sur Salonique).

L’arrivée de ces centaines d’avions est cependant détectée très vite par le radar du Dido. En dehors des Hurricane de la RAF et de la SAAF, que leur court rayon d’action oblige à réserver à la défense de Lesbos, 18 P-38 et 16 NA-73 décollent. Les Mustang et douze P-38 sont envoyés vers Limnos, seuls six P-38 défendant l’Escadre de Mer Egée, qui se replie vers le sud-est à 12 nœuds pour couvrir le Panther et le La Galissonnière. Mais huit DB-73 M1/M2 de la flottille AB-9 et huit Hudson du Sqn 608, escortés par six F4F-3 survivants du groupe aérien du Bois-Belleau, vont attaquer les navires italiens qui débarquent des troupes et du matériel sur la rive nord de Limnos, et qui ont été signalés par les unités au sol.

09h25 – Au dessus de la flotte alliée, les six P-38 sont incapables d’arrêter les bombardiers allemands, même s’ils abattent deux Ju-87, un Ju-88 et trois Bf-109, au prix de trois des leurs (plus un qui se posera sur le ventre à Mytilène).
Le Dido est brutalement secoué par deux bombes qui le frôlent. Moins heureux, le Delhi reçoit deux bombes de 500 kg ; l’une détruit la tourelle Q et pénètre dans la salle des machines arrière, l’autre explose devant la passerelle. Des munitions prêtes à tirer explosent et le vieux croiseur converti est achevé par une bombe de 250 kg lâchée par un Bf-109 Jabo. L’incendie est vite incontrôlable et à 09h55, le commandant donne l’ordre d’abandonner le navire, qui coule peu après. Tous les survivants de l’équipage, ainsi que le Captain Agnew, sont récupérés par le Partridge.

Déjà endommagé, le Panther, incapable de manœuvrer rapidement, est touché par deux bombes de 500 kg et coule très vite, dès 09h48.

Plus robuste, le La Galissonnière est touché par une bombe qui détruit sa tourelle arrière, mais ne lui cause pas d’autres dommages.

Le Gurkha est copieusement mitraillé par les Bf-109. La plupart des hommes sur la passerelle sont touchés et le commandant est grièvement blessé.

Mais la DCA de la petite flotte ne s’est pas laissé faire. Le Delhi, avant de sombrer, a abattu deux Ju-87. Les autres navires ont détruit un troisième Ju-87, un Ju-88 et un Bf-109 (soit l’un des meilleurs scores réalisés contre les avions spécialisés dans la lutte anti-navire du Xème FK), ce qui porte à onze le nombre des pertes allemandes.

09h44 à 10h35 – L’arrivée presque simultanée des deux raids de bombardement et des masses de transports allemands au-dessus de Limnos provoque une énorme bataille aérienne. Grâce au radar du Dido, les chasseurs français sont correctement dirigés au début, puis tout bascule dans la confusion. Les défenseurs sont noyés sous le nombre, mais beaucoup de leurs adversaires sont des cibles au milieu desquels ils peuvent s’abriter, et la lutte dégénère en un tournoiement de chasseurs parmi les masses de Ju-52, un exercice qui convient fort bien aux NA-73, car il se déroule à basse altitude. Au bout de 41 minutes de combat, la Luftwaffe a perdu cinq Ju-88, sept He-111, huit Bf-109, mais aussi dix-sept Ju-52, quatre planeurs Me-321 (trois en vol et un brisé en essayant d’atterrir) et trois He-111Z. Il faut ajouter à ces chiffres onze Ju-52 et trois Bf-109 abattus par la DCA de l’île, qui ne s’est pas laissé détourner des cibles faciles que sont les transports par les bombardements et les mitraillages. L’Armée de l’Air a perdu huit P-38 et six NA-73.
Le prix est faible pour avoir provoqué une certaine désorganisation des bombardements, mais surtout pour avoir fait régner un véritable chaos dans l’opération de ravitaillement aéroporté prévue. Certains Ju-52 ont parachuté leurs troupes et leurs conteneurs de munitions à l’arrivée des chasseurs, considérant que mieux valait parachuter au mauvais endroit que de voir hommes et matériel détruits avec l’avion. Moins d’un tiers des hommes et des conteneurs atterrissent à l’endroit prévu ou aux abords. Les pertes parmi les parachutistes sont très lourdes, non seulement à cause du feu allié, mais aussi parce qu’ils tombent souvent dans des zones rocheuses, inadaptées à l’exercice délicat du posé sous un petit parachute de combat. Certains survivants sont dispersés dans toute l’île. Si cela oblige la 1ère Brigade grecque à lancer des groupes de chasse pour nettoyer l’île des parachutistes isolés, cela empêche aussi la 7ème Division Aéroportée de renforcer convenablement la position la plus exposée, celle au bord du terrain d’aviation. Cependant, la perte la plus lourde de conséquence est la destruction dans les airs du Me-321 contenant, non seulement deux canons antichars Pak 50, mais aussi le Lieutenant-Général Wilhelm Süssmann, commandant de la 7ème Aéroportée. Apprenant la mort du Major-Général Meindl, il a embarqué avec son état-major dans un planeur. Avec lui périssent plusieurs officiers d’état-major et un important matériel de radio.

10h45 – Les F4F-3 et les DB-73 M1/M2 de l’Aéronavale et les Hudson de la RAF découvrent les restes de la flottille ennemie déchargeant lentement l’équipement lourd dont les troupes allemandes ont si désespérément besoin. Très vite, le Giuseppe Miraglia est frappé par au moins trois bombes de 250 kg et doit s’échouer, brûlant furieusement. Les DB-73M2 et les F4F-3 mitraillent alors la plage et les autres navires. Les deux vedettes rapides survivantes, les S-7 et S-35, sont hachées par les canons des DB-73M2 et définitivement mises hors de combat.
A 11h50, quand les avions alliés se sont éloignés, le capitaine Colonna, sur le Lanciere, craignant un nouveau raid, ordonne aux derniers bâtiments à flot, le DD Lanciere, le vieux DD Quintinio Sella et le TB Circe, de repartir pour Alexandroupolis. Ces trois bateaux légèrement endommagés sont tout ce qui reste d’une flotte de seize navires.

Midi – Les deux camps s’efforcent de s’adapter à l’évolution de la situation.

Le commandement allié demande à Vian de maintenir le plus longtemps possible son escadre dans les eaux de Limnos, au moins la nuit. Les trois contre-torpilleurs et le mouilleur de mines rapide de la “division Perzo” (MN Le Fantasque, L’Indomptable et Le Terrible, HMS Welshman) sont rappelés de la baie de Suda pour fournir un moyen de frappe ou de transport rapide. Les forces légères opérant dans la région, les TB MN L’Incomprise, La Poursuivante et Branlebas, avec quatre vedettes rapides (MGB) et quatre vedettes lance-torpilles (MTB), sont rappelées à Mytilène pour y embarquer des troupes et du ravitaillement à acheminer jusqu’à Mudros dans la nuit. « Il apparaît en effet qu’en s’accrochant le plus longtemps possible à Limnos (dont, au départ, l’occupation était surtout une diversion), les Alliés peuvent infliger des pertes très élevées à des troupes d’élite allemandes, à l’aviation de transport allemande et à la Regia Marina, au prix de pertes relativement limitées. » (Jack Bailey, Un Grand Cimetière Bleu, op. cit.).
Les décisions les plus difficiles doivent être prises par le commandement allemand. La bataille pour Limnos est, au mieux, incertaine. Si l’aérodrome est interdit à l’ennemi, il est inutilisable pour ravitailler les troupes aéroportées. Toute tentative de ravitaillement par mer est dangereuse, sinon suicidaire, de nuit, dès l’instant que la flotte alliée est présente, comme de jour, car l’aviation alliée reste très active. Pourtant, il n’est ni possible mi même pensable d’abandonner. Les ordres de Hitler sont clairs : Limnos doit être reconquise, à tout prix. La seule possibilité est maintenant de convoyer hommes et équipements par air, même s’il faut pour cela continuer à épuiser les Gruppen de transport. Le Maréchal Kesselring téléphone à Berlin pour réclamer d’autres avions de transport, vingt planeurs Me-321 et l’engagement de la 22ème Division d’Infanterie (aéroportée) pour renforcer la 7ème Aéroportée et la 5ème de Montagne.

 

En attendant, une nouvelle tentative pour ravitailler les troupes sur Limnos est effectuée dans l’après-midi. Sous la protection de quarante Bf-109 (pratiquement tout ce que les JG 53 et JG 77 peuvent rassembler), 108 Ju-52 et 44 He-111P quittent Salonique à 15h35. La formation est détectée par le radar du Dido à 17h05 et le croiseur peut guider un groupe mixte de seize P-38 et douze NA-73, qui interceptent les appareils allemands alors qu’ils atteignent le rivage de Limnos. Cette fois, les chasseurs de la Luftwaffe sont disposés en altitude, mais ils sont obligés de descendre au milieu des transports, où se déroule l’essentiel de la lutte. Six Ju-52, trois He-111P et six Bf-109 sont abattus, au prix de cinq P-38 et quatre NA-73.
Les avions allemands effectuent leur largage de façon plus ordonnée que le matin, sans s’exposer aux tirs de la DCA, mais les pertes à l’arrivée ne sont pas nulles. Le plus grave est que les avions de transport ne peuvent larguer d’équipement lourd. L’opération permet tout de même aux parachutistes de ne pas être complètement repoussés hors du périmètre de l’aérodrome.
Au sol, les combats sont toujours très sanglants. Les forces grecques, aidées par la population, pourchassent partout dans l’île les survivants allemands du largage de la matinée. Les hommes de la 13ème DBLE, soutenus par les “troupes de choc” de Gambiez, continuent leur pression sur les deux poches de résistance allemandes avec l’aide des quatre chars légers encore opérationnels.

 

Pendant ce temps, les torpilleurs français et leur escorte de vedettes rapides arrivent à Mytilène à 16h30 et repartent pour Limnos à 19h00.

 

A 22h50, les terrains de Salonique sont attaqués par une formation de 23 Short Stirling de la RAF et de 19 Consolidated-32 de l’Armée de l’Air. Sur l’un des terrains, les bombes frappent des Ju-52 stationnés en rangs serrés, détruisant onze avions et endommageant plus ou moins 27 autres. Le total des pertes allemandes en avions de transport atteint en deux jours 73 Ju-52 et 7 He-111P, plus 7 Me-110 remorqueurs et 3 He-11Z (sur neuf !), sans parler des planeurs (9 Me-321 ont été détruits et 15 sont dispersés autour de l’aérodrome de Mudros). Les chasseurs de nuit allemands abattent deux Stirling et les 88 mm de la Flak un troisième, mais les Consolidated-32, volant plus haut, ne subissent pas de pertes.

A 23h15, un certain soulagement est apporté aux troupes alliées de Limnos par l’entrée dans le port de Mudros des trois torpilleurs français, chargés de ravitaillement, de munitions et de quelques renforts. Ils déchargent rapidement et embarquent environ 300 soldats blessés avant de repartir pour Mytilène.

 

Vers 18h30, le Contre-Amiral Vian a ordonné à ses navires, restés à la mer jusque-là (sauf le La Galissonnière, qui a fait route clopin-clopant vers Chios avant de continuer vers Alexandrie), d’aller ravitailler en munitions et en mazout. Le CLAA Dido (amiral), les DD Gurkha, Partridge, Pathfinder et les contre-torpilleurs Mogador et Guépard arrivent à Mytilène à 23h00. A sa demande, le Captain Agnew a remplacé le commandant du Gurkha, blessé pendant le raid de la matinée.

Peu après 01h30 le 29 mars, les six navires quittent Mytilène pour reprendre leur poste au large de Limnos. « Comme ils sortent du port, ils croisent la “division Perzo”. Les CT MN Le Fantasque (amiral), L’Indomptable et Le Terrible et le mouilleur de mines rapide HMS Welshman arrivent de la Baie de Suda. Les équipages de ces quatre navires ont eu des échos du combat de la nuit précédente et de l’attaque aérienne de la matinée. Spontanément, les hommes s’alignent le long du bastingage et, agitant leurs bonnets, poussent des hourras pour saluer les navires de Vian. Tous savent que de durs moments les attendent, mais le moral est uniformément haut. » (Jack Bailey, op. cit.)

Port Blair (îles Andaman)
Dûment examiné par des ingénieurs navals français et britanniques, le porte-hydravions Commandant-Teste, sérieusement endommagé par les avions de Nagumo, est considéré comme irréparable. Il finira sa carrière à Port Blair, pour y être utilisé comme base pour les hydravions et les sous-marins. Ultime pied de nez du destin à l’homme qui avait été à l’origine de la création de l’Aéronavale et qui n’avait cessé de répéter que les avions, et non les hydravions, domineraient la mer…

Malaisie – Singapour
Penang est à nouveau attaqué par des bombardiers en piqué basés à terre de la Marine japonaise, qui s’en prennent surtout au trafic entre la petite île et Sumatra. Deux caboteurs nolisés par les autorités britanniques sont coulés.

 

Kuching, Bornéo

Opération C

A la demande de l’état-major de la Flotte Combinée, les sous-marins I-2, I-3, I-4, I-5, I-6, I-7 (soit toute la 2e Escadre, sauf le I-1, en réparations au Japon) partent vers l’Océan Indien pour reconnaître les côtes est de l’Inde et de Ceylan et la région des Maldives. C’est le début de l’opération C.

Bataan (Philippines)

Il y a encore sur la presqu’île 72 000 soldats alliés et environ 3 000 non-combattants. Mais seuls 27 000 combattants sont à peu près en bonne santé ; les autres sont blessés ou accablés par la malaria, la dysenterie… et surtout par la faim. C’est alors que le Général MacArthur, pour la première fois depuis que la bataille a commencé, visite Bataan. Il inspecte la ligne Bagac-Orion, avant que quiconque à l’état-major soit averti de sa présence.

 

 

29 mars

Alger
Après trois heures de débat, le Comité de Défense Nationale décide à 01h30 « une augmentation substantielle des forces françaises dans le nord de la Mer Egée. » Tous les participant sont tombés d’accord sur le fait que l’affaiblissement des capacités offensives de l’Axe en Sicile et les implications politiques de la bataille pour Limnos exigeaient une modification de l’ordre de bataille actuel.

 

Londres
Une requête du gouvernement français au gouvernement britannique lui demandant son aide pour la défense de Limnos arrive à Winston Churchill pendant son petit-déjeuner. Le Premier Ministre ne perd pas de temps. La dernière bouchée à peine avalée, il envoie à l’Amiral Cunningham un message énergique : « N’épargnez aucun effort pour aider les défenseurs de Limnos à infliger aux troupes de choc de Hitler une défaite écrasante. »

Rhodes (dans la journée)
Sir Andrew Cunningham reçoit le message de Churchill à Rhodes, où il inspecte les forces navales alliées qui soutiennent Crusader/Croisade. « La demande du Premier Ministre venait alourdir un fardeau déjà bien lourd, écrirait-il dans ses Mémoires. Je savais que nos navires allaient courir des risques considérables en s’exposant aux attaques continuelles de la Luftwaffe non loin des côtes. L’Amiral Gensoul et moi-même devions déjà protéger les communications logistiques entre l’Afrique du Nord et le Péloponnèse. Et pendant ce temps, la défense de l’Océan Indien contre les raids japonais réclamait de plus en plus de navires. Il semblait que nous n’en aurions jamais assez ! Pourtant, il me fallait trouver de quoi soutenir les efforts de l’Amiral Philip Vian, l’un des meilleurs marins qui ait jamais commandé des navires de Sa Majesté au combat. » Vian avait été décrit par un de ses capitaines comme « extrêmement efficace, sans merci pour l’incompétence et adoptant volontiers une attitude distante. » En somme, c’était un officier selon le cœur de Cunningham.
A midi, l’Amiral Cunningham ordonne aux DD Beduin, Maori, Matabele et Somali, quatre puissants destroyers de classe Tribal qui stationnent à Benghazi depuis la fin de l’opération Jaguar, de se rendre à Chios avec les LSI (S) Prince Albert et Prince Baudouin pour renforcer respectivement les capacités de frappe et de transport en Mer Egée. Naviguant à 22 nœuds, les six navires arriveront à destination 24 heures après avoir quitté Benghazi. Cunningham ordonne aussi au CLAA Cleopatra (Cptn Guy Grantham), tout juste arrivé à Alexandrie, de se joindre à l’Escadre de Mer Egée. Il doit arriver à Chios le 30 au matin.
Alors que Cunningham donne ses ordres, l’officier de liaison français lui demande si les deux LSI pourraient embarquer la Force de Raid du Colonel d’Astier de la Vigerie (composée de deux bataillons d’Infanterie de Marine revenus à Benghazi après leur déploiement au début de Crusader/Croisade), car le gouvernement français a hâte d’envoyer à Limnos tous les renforts disponibles. L’Amiral donne très rapidement son accord. Quelques hommes doivent être laissés en arrière mais, acceptant de se serrer un peu le temps de ce court voyage, plus de 900 hommes quittent Benghazi sur les deux LSI.

Afrique du Nord

Pendant que la Royal Navy réagit à l’urgence de Limnos, l’Armée de l’Air, tout aussi engagée, fait elle aussi un gros effort.
En rassemblant tous les avions de la 6ème EC des GC II et III/6, il est possible d’envoyer à Mytilène 41 avions. Cette Escadre a été choisie car elle est équipée de North-American NA-73, bien plus efficaces que les Curtiss Hawk-87 pour conserver une posture offensive contre les forces ennemies dans le nord de la Grèce. Tous les avions immédiatement opérationnels sont concentrés dans la journée à Bône. De là, en plusieurs groupes volant chacun sous la conduite d’un DB-73 du GB II/23, ils partent pour Mytilène via Benghazi et Rhodes. Les 26 premiers se posent à Mytilène au crépuscule. Les 14 autres (le dernier ayant été sérieusement endommagé en se posant à Benghazi) doivent les rejoindre le jour suivant.

Le GB II/23 lui-même doit se redéployer à Chios à partir du 30 mars pour fournir une force de frappe supplémentaire. Il est accompagné de 17 DC-3 du GT I/64 transportant le personnel au sol.
Pendant ce temps, les 66 Spitfire V transportés par l’Indomitable et le Ranger se posent à Oran-la Sénia, ce qui raccourcit d’une journée leur temps de transfert.

Péloponnèse
La situation au sol est relativement calme toute la journée. De violents duels d’artillerie éclatent à plusieurs reprises, mais aucun mouvement important n’est à signaler.

En revanche, les deux camps luttent vigoureusement pour s’assurer la supériorité aérienne au-dessus de Tripolis et de Nauplie. Toujours handicapée par l’éloignement de ses principaux aérodromes et par l’infériorité de ses chasseurs par rapport au Bf-109F, la Force Aérienne de Mer Egée perd 29 avions (17 bombardiers et 12 chasseurs), contre 19 pour la Luftwaffe et la Regia Aeronautica (11 bombardiers et 7 chasseurs).
En fin de journée, estimant que la situation est stabilisée, le Général Giraud, commandant en chef, quitte son QG de Kalamata pour Rhodes, où il doit rencontrer l’Amiral Cunningham et l’Air Vice-Marshal Tedder.

Crète

En début de matinée, 138 DC-3 des 15ème et 16ème Escadres de Transport commencent à transférer les hommes de la 1ère Brigade Parachutiste (2ème Régiment Etranger de Parachutistes et 3ème Régiment de Parachutistes, Lt-Colonel Jean Gilles) d’Héraklion, où ils s’étaient regroupés après l’assaut initial dans le Péloponnèse, à Chios, pour renforcer la défense de Limnos. Chaque avion effectue deux rotations dans la journée.

 

Chios

A peine descendus d’avion, les parachutistes sont dirigés vers le port, où ils embarquent sur les contre-torpilleurs Le Fantasque, L’Indomptable et Le Terrible, sur les torpilleurs L’Incomprise, La Poursuivante et Branlebas et sur le mouilleur de mines Welshman, qui sont arrivés à Chios à 16h00. Comme Mudros n’est qu’à quatre heures de route pour ces navires rapides, il a été décidé que chaque contre-torpilleur transportera 750 hommes et chaque torpilleur 300, le Welshman accueillant sur le vaste pont où il stocke normalement des mines 600 hommes et du matériel lourd, comme des mortiers de 120 mm et des canons antichars de 47 mm. En fait, ces chiffres sont dépassés et à 19h30, près de 4 200 hommes ont été embarqués.

Salonique
Côté allemand, la nuit a été difficile pour Student et Kesselring. Etudiant avec anxiété la situation à Limnos, ils font face à de sombres perspectives. Ces deux derniers jours, huit mille hommes de la 7ème Division Aéroportée ont été parachutés sur l’île et 3800 de la 5ème Division de Montagne y ont été débarqués en planeur ou par bateau. Les pertes ont été effrayantes, surtout lors de la troisième opération de largage (au matin du 28 mars) et lors de la destruction des navires italiens transportant les hommes et le matériel de la 5ème de Montagne, mais aussi lors de tous les autres assauts. Le terrain accidenté de Limnos rend les parachutages dangereux, et les combats ont atteint une férocité qui égale et même surpasse celle de la percée des défenseurs de Bastia en 1941. Sur un total de 11 800 hommes jetés sur Limnos, on compte déjà 5 100 tués et blessés graves, plus un grand nombre de disparus. Les morts de Meindl et Süssmann ont porté des coups sévères à la structure de commandement. Le Colonel Bruno Bräuer, actuellement l’officier le plus élevé en grade sur Limnos, a fait parvenir dans la nuit à Salonique un message qui décrit en terme lapidaires une véritable catastrophe : « Nous ne disposons que de 4 400 hommes pleinement opérationnels, plus 600 blessés légers. Nos forces sont divisées en deux poches : l’une autour du village de Propouli, près du rivage, l’autre autour du village de Karpasio, près de l’aérodrome, séparées par le village d’Atsiki, tenu par les Grecs. La situation s’aggrave d’heure en heure. »
Le principal problème que se posent Student et Kesselring est de faire parvenir à la fois des renforts et du ravitaillement aux troupes isolées sur l’île. Dans 24 heures, les 51 Bf-110F du ZG-1 qui arrivent depuis la veille par petits groupes de Belgique et de Hollande seront tout à fait opérationnels, mais le commandement allemand attend aussi l’arrivée d’Allemagne, dans la matinée, de 67 nouveaux Ju-52 et de quatre gros hydravions Blohm & Voss BV-222. Les hydravions pourront, pendant la nuit, apporter un peu de ravitaillement et évacuer un certain nombre de blessés (missions CASEVAC), mais cela ne concernera que les hommes de la poche de Propouli, qui ont accès au rivage. Ceux de la zone de Karpasio, qui tiennent encore une partie de l’aérodrome, ne pourront être ravitaillés que par voie aérienne. Par ailleurs, en attendant l’arrivée de la 22ème Aéroportée, les réserves diminuent à vue d’œil. Student peut encore compter sur un bataillon de la 7ème Aéroportée, sur une partie des bataillons de mitrailleuses et du génie et sur les troupes organiques du XIème FliegerKorps (aéroporté) – artillerie, antichars et ce qui reste de la compagnie de blindés aérotransportables. L’état des réserves de la 5ème de Montagne est un peu meilleur : cinq bataillons et une partie des troupes d’appui se trouvent encore autour d’Alexandroupolis et de Kavalla. En tout, 10 200 hommes pour ce qui reste du XIème FK. Mais l’envoi de ravitaillement est maintenant aussi vital que celui de troupes fraîches : les parachutistes ont presque épuisé les munitions de leurs armes lourdes (mortiers et canons sans recul) et manquent de médicaments et même d’eau.
En pratique, la seule chose à faire est de tenter un nouvel effort majeur par voie aérienne, en espérant qu’une fois renforcées et ravitaillées, les troupes sur Limnos pourront faire leur jonction, reprendre le contrôle de l’aérodrome et parvenir jusqu’à la baie de Mudros pour couper l’île en deux. D’un autre côté, les navires alliés qui patrouillent autour de l’île doivent être détruits pour permettre aux navires italiens de débarquer des hommes et du matériel, mais les avions des IIème et Xème FK doivent aussi protéger les avions de transport et fournir aux troupes tout l’appui aérien possible.
Pour préparer une nouvelle tentative de renforcer Limnos par mer, les TB Lince et Lira et les vedettes MAS-555, 556, 557 et 571 sont envoyés de Salonique à Alexandroupolis, où ils rejoignent les trois survivants des batailles précédentes : le DD Lanciere, le vieux DD Quintinio Sella et le TB Circe, tous trois légèrement endommagés. Tous se préparent à embarquer les hommes de la 5ème Division de Montagne allemande.

Limnos
L’aube n’apporte aucun répit aux combattants. Les parachutistes de la 7ème Aéroportée se trouvent devant une double tâche : conserver un pied sur l’aérodrome de Mudros tout en s’emparant d’Atsiki pour faire la jonction avec les hommes de la 5ème de Montagne. Mais Atsiki est tenu par la 1ère Brigade grecque, que des habitants de l’île sont venus d’eux-mêmes renforcer. Les civils récupèrent les armes des morts et des blessés graves, enfilent parfois une veste d’uniforme et se joignent à la lutte. Un vieux couple transforme sa maison en ruines en véritable bunker et refuse de l’abandonner, malgré les demandes des soldats : « Mes deux fils sont morts devant Larissa l’an dernier, dit le vieil homme, et le Ciel m’offre aujourd’hui la chance de les venger moi-même, je serais impie de refuser ! » Sur quoi il démontre, l’arme au poing, que l’âge n’a pas altéré la précision de son coup de fusil. Son épouse l’approvisionne en cartouches et porte à boire aux soldats qui occupent la maison, en expliquant : « Maintenant, tous les soldats grecs sont mes enfants. »

A 09h30, les parachutistes s’approchent d’Atsiki, mais sont stoppés net par un feu meurtrier provenant des maisons en ruines. Comprenant que son attaque ne peut aboutir faute d’hommes et d’armes lourdes, le Colonel Bräuer réclame désespérément un nouveau parachutage.

 

En fait, l’opération est en route. Kesselring a envoyé ce qu’il avait sous la main, soit 117 Ju-52 et 33 He-111P escortés par 36 Bf-109. Tous les ex-bombardiers Heinkel et le tiers des Junkers emportent des conteneurs de ravitaillement. Les autres “Tante Ju” emmènent le dernier bataillon de la 7ème Aéroportée et une compagnie du génie. Cette formation a décollé en même temps qu’un raid du Xème FK constitué de 8 Bf-109 Jabos et de 12 Ju-88, qui doit rechercher des navires alliés.

Effectivement, l’Escadre de Mer Egée est à son poste. A 10h12, le radar du Dido détecte les avions allemands, à 71 nautiques de Limnos. Les chasseurs de Mytilène ont le temps de réagir, mais après les durs combats de la veille, ils ne sont pas en alerte immédiate. Seuls six P-38 sont déjà au-dessus de Limnos quand sonne l’alarme. Douze autres décollent, avec quatre F4F-3 du Bois-Belleau, puis, peu après, douze NA-73. Le contrôleur au sol, après concertation avec celui du Dido, envoie les six P-38 en patrouille contre la principale formation allemande et dirige huit P-38 et les F4F-3 vers l’escadre alliée. Les quatre derniers P-38 sont laissés au-dessus de Mudros et les NA-73 dirigés vers la drop-zone (DZ) prévisible des transports allemands, qui doivent effectuer leur parachutage à basse altitude.
Le premier sang de la journée est pour les P-38 de la patrouille. Plongeant de 9 000 mètres, ils s’efforcent d’éviter le combat avec les trop agiles Bf-109. Se concentrant sur les transports, ils abattent cinq Ju-52 et deux He-111P avant de devoir faire face aux escorteurs et de perdre quatre des leurs en échange de deux Bf-109F, au-dessus de la côte ouest de Limnos. Pour éviter la DCA, les transports contournent alors la côte nord avant de piquer vers le sud et les DZ de Propouli et de Kapasio DZ. Le premier largage (au-dessus de Propouli) se passe raisonnablement bien, mais le second se heurte à des NA-73 qui plongent au milieu de la formation de transports. « Les glorieux duels au soleil des chevaliers de l’air sont bien loin. Il n’y a plus qu’un cache-cache mortel au ras des collines de Limnos. En tout juste quatre minutes d’enfer, sept des pesants trimoteurs et quatre de leurs escorteurs sont abattus, tandis que les Français perdent cinq avions sur douze et que deux autres se posent sur le ventre à Mytilène. » (Pierre Clostermann, Les Immortels de Limnos, in Feux du Ciel)

Et ce n’est pas fini. Alors que les transports quittent la DZ, ils sont assaillis par les quatre derniers P-38. Un des chasseurs abat un He-111P, deux autres détruisent chacun un Ju-52, mais le quatrième P-38 accroche un Ju-52 et les deux avions s’écrasent près de Myrina. « L’étonnant n’est pas qu’il y ait eu une collision, mais qu’il n’y en ait eu qu’une. Car dans le ciel encombré, il semble y avoir moins d’air que d’avions… Les deux appareils brûlent furieusement. Quand on aura le temps d’examiner de plus près les épaves, on les trouvera si étroitement soudées par le choc et l’incendie que l’on décidera d’enterrer les restes du pilote français et de l’équipage allemand dans une sorte de tombe commune. » (P. Clostermann, op. cit.)
A 10h32, la formation d’attaque du Xème FK se rapproche de l’escadre de mer Egée quand elle est surprise par les P-38 et les F4F-3. Chargés d’une bombe de 250 kg, les Bf-109 Jabos sont surpris. Il perdent trois avions le temps de se débarrasser de leur bombe pour combattre, tandis que cinq Ju-88 sont abattus et que la formation est dans l’incapacité de bombarder les navires. Les Français ne perdent que deux P-38 abattus par les Bf-109 et un F4F-3 détruit par les mitrailleurs des Ju-88.

 

Le parachutage près de Propouli apporte un ravitaillement très attendu, mais celui de Karpasio est très dispersé. Une bonne partie des hommes de la 7ème Aéroportée – pour la plupart, les blessés légers – passent des heures à rassembler les conteneurs.

A 13h00, le Colonel Bräuer ordonne un nouvel assaut contre Atsiki, qui doit être coordonné avec un raid aérien. Mais en réalité, la préparation du second parachutage de la journée retarde le départ des bombardiers, et dans la confusion, nul ne songe à en prévenir Bräuer à temps. L’attaque se heurte à nouveau à une farouche défense grecque. A un certain moment, les quatre mortiers de 3 pouces qui défendent le village sont servis par un officier, deux sous-officiers et trois soldats, tous plus ou moins gravement blessés, et surtout par onze femmes de Dafni et d’Atsiki, qui portent les obus et chargent les armes.

L’Histoire n’a pas retenu les noms de ces femmes, mais elle connaissait déjà celui de trois frères, officiers dans la 7ème Aéroportée : ce sont en effet des descendants du Maréchal-Comte von Blücher, célèbre pour son rôle lors de la bataille de Waterloo. Apprenant que les troupes de la poche de Karpasio sont à court de munitions pour leurs 75 mm sans recul, nécessaires pour démolir les maisons où les Grecs se sont retranchés, le lieutenant Leberecht von Blücher, qui se trouve à Propouli, tente de traverser les lignes ennemies avec un petit groupe d’hommes pour ravitailler en munitions son frère aîné, le Capitaine-Comte Wolfgang von Blücher, dont la compagnie est arrêtée devant Atsiki. Par miracle, le groupe de Leberecht von Blücher réussit à parcourir plus de 2 000 mètres en terrain découvert avant d’être fauché par une mitrailleuse. Le lieutenant tombe le dernier, à moins de 150 mètres des lignes allemandes, sous les yeux de son frère aîné…
A 14h30, le Colonel Bräuer doit rappeler l’assaut, car les troupes françaises tenant Varos et la partie est de l’aérodrome attaquent vers Karpasio et menacent sérieusement les positions de la 7ème Aéroportée.

Ce n’est qu’à 14h50 que quatorze Ju-88 du KG-77 escortés par douze Bf-109F et quatre vieux 109E du JG-53 attaquent Atsiki. Ils infligent des pertes sérieuses aux troupes grecques avant d’être attaqués par la patrouille de six P-38, qui abattent deux bombardiers et trois chasseurs mais perdent trois des leurs. Deux des pilotes français sautent et tombent près d’un village grec. Comme le terrain n’est pas meilleur pour eux que pour les parachutistes allemands, ils se blessent aux chevilles en atterrissant : « Nous avons d’abord craint d’être massacrés par les paysans, qui nous avaient pris pour des Allemands, mais fort heureusement, la méprise n’a pas duré longtemps. Ils nous ont construit des civières sur mesure et en attendant qu’un bateau puisse nous évacuer, ils nous ont offerts ce qu’ils avaient de mieux – fromage de chèvre, miel et ouzo. Nous ne voulions pas y toucher, mais il a bien fallu, pour ne pas les vexer. C’était délicieux, surtout après avoir failli se faire tuer. » (témoignage du sous-lieutenant André Quoniam, recueilli par Donald Lincoln pour le New York Times).

Au sol, les Allemands sont sur la défensive entre Varos et Karpasio – ils n’ont pas assez de monde pour profiter des effets du bombardement d’Atsiki. C’est en affrontant les troupes du Colonel Gambiez, vers 15h00, que tombe le Capitaine-Comte von Blücher. Le troisième frère, le plus jeune, qui sert dans la compagnie de son aîné, est tué quelques minutes plus tard, mais son corps n’a jamais été retrouvé.

A ce moment, la seconde mission de parachutage de la journée est en cours. A 15h30 arrivent 144 Ju-52 (dont dix-sept remorquent des planeurs DFS-230), 29 He-111P, cinq planeurs géants Me-321 (deux remorqués par des He-111Z et trois par des “troïkas” de Bf-110 ou Troika-Schlepp). Ils sont escortés par 28 Bf-109 des JG-53 et 77 et douze Bf-110 du ZG-1. Cette formation massive est interceptée par ce que les contrôleurs alliés ont sous la main – douze P-38 et six NA-73. Mais à nouveau, les escorteurs comprennent que sans direction radar, ils ne peuvent s’opposer efficacement aux chasseurs qui attaquent une formation aussi étendue. Avant de perdre cinq P-38 et trois NA-73 en échange de trois Bf-109 et trois Bf-110, les Français ont le temps d’abattre sept Ju-52, trois He-111P et un Me-321, qui entraîne dans sa chute un des Bf-110 qui le remorquaient.
Malgré les pertes, l’opération permet de déposer sur Limnos 1 800 hommes environ, dont le Général Alfred Sturm, ainsi que du ravitaillement, des munitions et deux nouveaux Pz-III. Mais tous ces renforts, dont les parachutistes ont désespérément besoin, atterrissent dans la zone de Propouli.

Au total, 2 400 hommes ont été déposés sur Limnos dans la journée, mais 300 ont été tués ou gravement blessés peu après leur arrivée ou même avant, abattus dans les transports ou massacrés au bout de leur parachutes. La plus grande partie de ces pertes ont eu lieu dans la DZ située entre l’aérodrome et Karpasio, car cette zone est directement sous le feu des hommes de la Légion Etrangère ou de l’unité du Colonel Gambiez. Mais le destin d’autres parachutistes s’est joué dans différents endroits de l’île, car les avions de transport attaqués ont souvent lâché leurs passagers où et quand ils ont pu. C’est ainsi qu’un parachutiste qui atterrit dans les collines proches de Katalakko est battu à mort par deux bergers, armés de leurs bâtons. Les paysans forment des groupes de chasse pour débusquer les Allemands dispersés sur la partie ouest de l’île. Leurs femmes, qui continuent à transporter les munitions et le ravitaillement des unités grecques, sont à plusieurs reprises amenées à participer aux combats. Le comportement très actif de la population civile pendant la bataille est confirmé par les deux camps.

Les combats se poursuivent une partie de la nuit. A 22h00, les forces allemandes tentent une nouvelle fois de s’emparer d’Atsiki, qui manque tomber. A un moment, les Grecs ne tiennent plus que la vieille église, ou plutôt ce qui en reste, ainsi que les ruines des maisons voisines, mais ils bloquent toujours la route entre Propoulia et Karpasio. A minuit, dans un dernier effort, les Grecs lancent une nouvelle contre-attaque qui leur donne un peu d’air. La situation des Allemands de la poche de Karpasio est de plus en plus difficile, car au même moment, les hommes de la 7ème Aéroportée sont obligés d’évacuer ce qu’ils tenaient encore de l’aérodrome sous la pression des troupes françaises.

 

A 23h30, les quatre navires de la “division Perzo” et les trois torpilleurs qui les accompagnent entrent dans le port de Mudros, où ils débarquent rapidement les hommes et le matériel de la 1ère Brigade Parachutiste. Au même moment, les quatre gros hydravions BV-222 se posent dans le Golfe de Pournia, devant Propouli, apportant un peu de ravitaillement d’urgence. Ils ont été détectés par le radar du Dido, mais le Contre-Amiral Vian estime que sa mission est d’empêcher les navires de la flotte italienne d’atteindre le rivage de Limnos, et en dehors de quelques salves de 5,25 pouces tirées vers les plages, les quatre gros appareils ne sont pas inquiétés. Ils décollent peu après, transportant chacun 70 blessés sur des civières.

Rhodes (dans la nuit)
La conférence d’état-major réunissant l’Amiral Cunningham, le VAM Tedder et le Général Giraud commence à 20h30. A 21h30, les trois hommes se rendent à la salle de radio principale pour discuter avec les commandants britannique, français et grec sur le terrain. A 22h15, la conférence reprend, avec la participation d’un membre du gouvernement grec, pour se terminer à 23h00 par une déclaration des trois officiers généraux aux correspondants de guerre présents à Rhodes. Cunningham et Tedder laissent Giraud résumer en une courte phrase l’esprit de la rencontre : « Messieurs, les Allemands veulent Limnos, mais nous sommes ici pour vous dire qu’ils ne l’auront pas ! » Quelles que soient les craintes de l’Amiral Cunningham quant aux pertes navales qu’une telle attitude suppose, il n’en laisse rien paraître.

De façon plus concrète, il est décidé que le bataillon aéroporté grec, dit Bataillon Sacré, qui s’entraîne actuellement en Egypte, sera transféré à Chios le jour suivant par des avions de transport français.

Sumatra
Les troupes japonaises attaquent Medan toute la journée, mais sont repoussées par les défenseurs hollandais et du Commonwealth. Des bombardiers de l’Armée japonaise attaquent par deux fois la ville, provoquant de graves dégâts. Au crépuscule, les Japonais reprennent leur attaque, tentant de déborder les positions alliées.

Mer de Savu
Alors que la flotte du Vice-Amiral Nagumo entre en Mer de Savu, se dirigeant vers Kendari, elle est attaquée par le sous-marin USS Permit, qui lance une salve de quatre torpilles à moyenne portée. Une torpille touche le porte-avions Akagi en plein milieu… mais n’explose pas. Deux destroyers japonais soumettent alors le Permit à 90 minutes de grenadage, mais le submersible s’en tire avec de légers dommages. « Nous étions bien plus affectés par la frustration que par le grenadage, témoignera son commandant. Nous étions sûrs qu’au moins une de nos torpilles avait dû toucher, mais aucune n’avait explosé… »
Peu de temps après, au large de Timor, la chance est encore du côté de l’escadre japonaise. Le sous-marin français La Créole lance lui aussi quatre torpilles, mais il est trop loin et toutes manquent leurs cibles.

 

30 mars

Afrique du Nord
Alors que les Spitfire V apportés par l’Indomitable et le Ranger sont remis aux unités de l’Armée de l’Air et de la RAF, le Général Bouscat ordonne aux GC I/1 et II/1 (depuis le quasi-anéantissement du GC III/1, ce sont les seuls Groupes français opérant sur Spitfire) de se redéployer sur le terrain K1 via Benghazi and Maleme, pour renforcer la défense aérienne du Péloponnèse.
Pendant ce temps, les deux porte-avions arrivent à Oran, où ils se préparent à passer en Méditerranée Orientale.

Grèce centrale
Des Wellington britanniques bombardent les voies de communication allemandes, et notamment les gares de triage d’Athènes et de Larissa.

Péloponnèse
A 04h10, pendant que des unités italiennes lancent des attaques de diversion contre les forces françaises près de Patras, les 1ère et 3ème Divisions de Montagne allemande, flanquées à droite par la 4ème Division Alpine “Cuneense”, attaquent en direction de la route Pirgos-Tripolis. La 1ère Division de Montagne, appuyée par la “Cuneense”, se dirige vers Vassilaki, et sur sa gauche, la 3ème progresse vers Karkalou. Au début, ces attaques sont contenues par les hommes de la 1ère D.I. yougoslave.

A partir de 08h15, les Ju-88 des KG 606 et 806 et les Ju-87 du StG-3 commencent à marteler les positions yougoslaves. Toute la journée, aidée par la Regia Aeronautica, la Luftwaffe lance vague après vague de bombardiers et de bombardiers en piqué, puissamment escortés par les chasseurs du JG-27. La Force Aérienne de Mer Egée réplique en lançant des patrouilles de chasse et en attaquant les forces allemandes en marche avec des bombardiers légers et des avions d’attaque au sol. En fin de journée, Allemands et Italiens ont perdu 21 bombardiers et onze chasseurs, en échange de 19 bombardiers et seize chasseurs alliés. Mais plus nombreux et plus proches de leurs bases, les avions de l’Axe conservent un certain avantage dans l’appui au sol.

L’infanterie allemande atteint la route et la coupe en deux endroits, continuant à pousser vers le sud, bien que les Yougoslaves défendent avec énergie leurs “boxes” installées le long de la route. En fin d’après-midi, utilisant leurs chars d’infanterie Valentine-III, les Yougoslaves lancent sans succès de fortes contre-attaques pour rouvrir la route entre Karkalou et Olympie.
Averti dans la matinée, le Général Giraud quitte Rhodes pour Kalamata où il étudie la situation avec les commandants des deux corps français et le Général britannique Norrie. La 3ème Brigade de Montagne grecque, qui se réorganise à Sparte, reçoit l’ordre de marcher vers le nord pour aller établir une seconde ligne de défense au sud de la route Olympie-Tripolis et de tenir Megalopoli et Andritsena « à tout prix ».

Salonique (matinée)
Les nouvelles arrivées de Limnos pendant dans la nuit n’ont pas été bonnes. Les forces alliées ont reçu des renforts substantiels et le Général Sturm décrit la situation de ses troupes comme « chaotique » et même « désespérée » pour les hommes de la poche de Karpasio, qui sont en plus bombardés par des navires ennemis.

Il est évident que les parachutages ne sont pas assez efficaces. Seuls des navires peuvent transporter assez d’armes lourdes et de ravitaillement. Mais pour pouvoir réussir un ravitaillement par mer, il faut éliminer la présence navale alliée. Or, le IIème comme le Xème FK sont si affaiblis qu’ils ne peuvent en même temps escorter d’importantes formations de transports et chasser efficacement les vaisseaux alliés.

Vers 03h00 du matin, Kesselring et Student s’accordent pour admettre que la situation sur Limnos est probablement sans espoir. Y déverser de nouvelles troupes serait du gaspillage. La seule solution est d’interrompre les parachutages, de concentrer les moyens aériens pour interdire la zone aux navires alliés au moins dans la journée et d’envoyer des navires évacuer le plus possible d’hommes Limnos.
A 05h00, après avoir dormi un court moment, les deux hommes réévaluent la situation avec les chefs des deux FliegerKorps, qui tombent d’accord avec eux. A 06h10, Kesselring, non sans anxiété, téléphone à Keitel à Berlin pour lui demander l’autorisation de préparer l’évacuation de Limnos. « Une pareille décision ne saurait être prise sans l’approbation du Führer, répond Keitel, glacial. Cependant, le Führer est allé se coucher il y a une heure seulement, et il n’est pas question que je le réveille pour entendre ce genre de nouvelles. Mais êtes-vous bien sûr que ce soit la seule solution? Qu’en pense le Général Student ? »

– Nous sommes exactement du même avis, explique Kesselring, écœuré.

– Ah… Hé bien, profitez du sommeil du Führer pour revoir toutes les options possibles, poursuivez les parachutages et rappelez-moi vers midi avec des nouvelles fraîches.
Contraints et forcés, Kesselring et Student décident de rapporter leurs ordres d’évacuation. Cependant, ils choisissent d’annuler l’opération de ravitaillement aérien habituelle afin de pouvoir concentrer toutes les forces du Xème FK pour une opération antinavires.

De retour à son propre QG, Student appelle Sturm, sur Limnos, de sa propre initiative : « Sturm ! Il faut donner l’ordre à toutes les troupes de la poche de Karpasio de gagner la zone de Propouli. »

– Mais, Herr General, répond Sturm, l’ennemi tient toujours Atsiki. Tenter une percée vers le nord obligerait les troupes de la 7ème Aéroportée qui tiennent Karpasio à laisser derrière elles la plupart des blessés graves !

– Sauvez ce que vous pouvez, tant que vous le pouvez, répond Student, ne laissant aucun doute à Sturm sur la véritable signification de cet ordre.

Limnos (nuit et matinée)
02h45 – La “Division Perzo” quitte le port de Mudros, après y avoir débarqué la 1ère Brigade Aéroportée française. Avant de retourner vers Chios, les trois contre-torpilleurs vont jusqu’au fond de la baie de Mudros et bombardent la poche de Karpasio au canon de 138 mm, guidés par des observateurs des unités de la Légion Etrangère. Ils rejoignent ensuite le Welshman et les trois torpilleurs, qui ont embarqué pendant ce temps plus de 550 blessés, puis les sept navires quittent la baie et filent vers le sud.
05h30 – Le Contre-Amiral Vian ordonne à ses navires, qui ont patrouillé toute la nuit au nord de Limnos, de prendre position au sud-ouest de l’île.
Au sol, les parachutistes français ont été rapidement mis en ligne contre leurs collègues allemands. A 07h30, ils se joignent aux troupes de choc de Gambiez, qui attaquent Karpasio. La résistance allemande est obstinée et les progrès sont lents et coûteux, même si les effets du bombardement naval sont visibles.

Aux premières lueurs du jour, les chasseurs de patrouille sont à leur poste au-dessus de Limnos – d’abord, six P-38 à 9 000 mètres et huit NA-73 à 4 500. Mais les denses formations de transports des jours précédents ne se montrent pas. Ce matin, les avions allemands jouent à un autre jeu.

Mer Egée (matinée)
09h55 – Le radar du Dido détecte d’abord un avion pisteur (c’est un Bf-110), puis une importante formation, 69 nautiques au nord-ouest. La deuxième patrouille de la journée quitte le ciel de Limnos pour couvrir l’escadre de Vian, pendant que huit P-38 et huit NA-73 décollent précipitamment de Mytilène.

La première vague allemande se compose de douze Bf-109F Jabos escortés par douze autres Bf-109F. Les chasseurs français la désorganisent, abattant cinq Bf-109 au prix de trois P-38 et deux NA-73. Pourtant, trois Bf-109 piquent sur le DD Pathfinder : une bombe tombe près de sa coque au niveau de la passerelle, une autre frappe la salle des machines, allumant un incendie. Le navire stoppe.

10h19 – Le radar du Dido détecte la seconde vague, composée de douze Ju-87 et huit Ju-88, escortés par vingt Bf-110. Lorsqu’elle attaque, il n’y a plus que six NA-73 et trois P-38 au dessus de l’escadre, car les avions de Mytilène ne sont pas encore arrivés. Neuf avions, ce n’est pas assez pour arrêter quarante équipages du Xème FK, même si trois Ju-87, deux Ju-88 et quatre Bf-110 sont abattus, en échange d’un P-38 et d’un NA-73. Le Pathfinder reçoit deux autres bombes, dont une de 500 kg, et coule peu après. Le Mogador est attaqué par cinq Ju-88 pour lui tout seul – il en détruit un, mais reçoit trois bombes de 500 kg en succession rapide. Tout l’arrière du navire est en flammes les munitions commencent à exploser et le grand contre-torpilleur doit stopper, brûlant furieusement. Le Dido est criblé d’éclats par deux bombes, qui font de nombreuses victimes dans l’équipage et mettent la tourelle X hors service pendant deux heures. Le Partridge et le Guépard sont ratés de peu, mais s’en tirent sans dommages. A 10h36, les avions allemands s’en vont.
11h00 – Le CLAA Cleopatra, qui a doublé Chios peu avant 08h00 avant de filer vers le nord, rejoint l’escadre de Vian. A ce moment, l’incendie qui ravage le Mogador devient incontrôlable et le navire doit être abandonné. Après avoir recueilli les survivants du Mogador et du Pathfinder, Vian décide de rester en patrouille avec le Dido, le Cleopatra, le CT Guépard et les DD Gurkha et Partridge. Il sait que les radars de ses croiseurs sont le seul dispositif d’alerte de Limnos, et il a été informé que des chasseurs français sont envoyés en renfort à Mytilène. « Jerry reviendra, fait-il dire à ses équipages. Mais chaque avion qu’il lancera contre nous sera un de moins qui frappera les gars de Limnos. Nous avons juste à être plus résistants que lui. »

Salonique (après-midi)
A midi, Kesselring et Student rappellent Keitel à Berlin. Student prend le relais, espérant être plus convaincant : « La situation s’aggrave à Limnos, Herr FeldMarshall. La 7ème Aéroportée est maintenant attaquée par des troupes fraîches ennemies. Il faut agir ! »

– C’est bien, grogne Keitel avec réticence. Je vais en informer le Führer.

Mais Keitel attend d’être accompagné de Halder, qui apporte de meilleures nouvelles, à propos de l’offensive de Rommel dans le Péloponnèse. Néanmoins, tous deux doivent attendre 13h40 avant de pouvoir s’entretenir avec Hitler. A ce moment, les pires craintes de Keitel se justifient. Apprenant les projets d’évacuation de Kesselring et Student, Hitler a une nouvelle crise de rage : « J’interdis formellement une telle action ! Où un soldat allemand a pris pied, aucune force au monde ne peut le repousser ! Il faut reprendre immédiatement les opérations de ravitaillement et envoyer toutes les troupes disponibles renforcer nos héroïques parachutistes ! »

A 14h35, Kesselring et Student reçoivent les ordres de Hitler. A ce moment, le Xème FK prépare une autre frappe anti-navires, qui doit être en partie annulée, mais douze Bf-109F Jabos escortés par autant de Bf-109F ont décollé avant l’ordre d’annulation et poursuivent leur mission, guidés par un Ju-88 qui piste la flotte alliée.

Les unités de transport sont tout de suite sommées de préparer une autre mission de parachutage. Celle-ci est organisée dans la confusion la plus totale. Seuls 72 Ju-52 et 14 He-111P peuvent décoller avant 16h50, escortés par 20 Bf-109 et 24 Bf-110.

Au même moment, le groupe naval italien d’Alexandroupolis, qui se préparait à une mission d’évacuation, reçoit l’ordre d’embarquer des hommes et du matériel de la 5ème Division de Montagne.

 

Limnos (après-midi)
Au sol, les combats se poursuivent sans tenir compte du débat qui oppose Salonique et Berlin. A midi, deux bataillons du 2ème REP atteignent Atsiki, où ils relèvent les troupes de la 1ère Brigade grecque. Ils ont à peine le temps de s’installer dans les ruines que les Allemands attaquent, du nord et du sud à la fois. Au sud, les hommes de la 7ème Aéroportée ne sont pas très menaçants, car ils doivent en même temps s’opposer à l’attaque d’autres troupes françaises vers Karpasio. Mais au nord, l’offensive de la 5ème de Montagne est plus puissante, et soutenue par les trois chars Pz-III posés la veille en Me-321. Cependant, deux de ces chars sont rapidement mis hors de combats par les grenades antichars maniées par les parachutistes français.
A 15h30, la bataille a dégénéré en une série d’engagements locaux, qui tournent fréquemment au corps à corps parmi les ruines du village et les vergers qui l’entourent. Les parachutistes allemands s’efforcent de s’infiltrer à travers les lignes alliées pour rejoindre leurs camarades qui attaquent de Propouli. Les deux camps ne font et ne demandent pas de quartier, et nul ne distingue les soldats et les civils. Les comptes-rendus grecs estiment que quatre à cinq cents civils ont pris une part active aux combats d’Atsiki et qu’au moins 185 ont été tués cet après-midi du 30 mars. Parmi les morts, le couple âgé que les soldats grecs n’appelaient que “Grand-Père” et “Grand-Mère”, écrasé sous les ruines de sa maison, sur la place de l’église d’Atsiki, par le dernier Panzer-III. Quelques secondes plus tard, celui-ci est détruit par un canon de 2-livres grec tirant à bout portant.

Mer Egée (après-midi)
Les Jabos atteignent l’Escadre de Mer Egée à 15h50. Le radar du Dido dirige huit NA-73 et quatre F4F-3 pour les intercepter, mais les chasseurs ont du mal à passer à travers l’écran pour atteindre les rapides chasseurs-bombardiers. Quatre NA-73 et deux FAF-3 sont détruits en échange de deux Jabos et quatre Bf-109 d’escorte. Les Jabos se concentrent sur les deux croiseurs qui zigzaguent à grande vitesse ; le Dido est à nouveau raté de peu, cette fois à trois reprises, et le Cleopatra est atteint de deux bombes de 250 kg. La première le frappe près de la tourelle Y et les soutes à munitions arrière doivent être noyées ; la seconde le touche au niveau de la cheminée arrière, traverse la coque en diagonale et explose à l’extérieur.
Sachant que les quatre destroyers de classe Tribal approchent maintenant de Chios, Vian renvoie le Cleopatra, escorté par le Guépard et le Partridge, chargés des survivants du Mogador et du Pathfinder, et il ordonne aux nouveaux arrivants de se dépêcher de rejoindre le Dido et le Gurkha en vue d’une possible action de nuit.

Limnos (début de soirée)
Les avions de transport allemands atteignent Limnos peu avant le crépuscule, à 18h15, et se dirigent vers Propouli. La formation est interceptée par six P-38 et huit NA-73. Cinq Ju-52 et deux He-111P sont abattus avant que les escorteurs puissent s’opposer aux attaquants, qui perdent trois P-38 et deux NA-73 en échange d’un Bf-109F et de trois Bf-110.
Alors qu’hommes et conteneurs touchent le sol, les premiers parachutistes de la 7ème Aéroportée parviennent aux positions allemandes près de Propouli. Selon les chiffres allemands, moins de 25% des hommes valides de la poche de Karpasio arrivent à rejoindre leurs camarades, les autres tombant près d’Atsiki ou en essayant de défendre Karpasio contre les Français. A la tombée de la nuit, les combats s’éteignent près d’Atsiki mais se poursuivent autour de Karpasio, qui est pris d’assaut par les Français juste avant minuit. De petits groupes d’Allemands réussissent à fuir Karpasio et à rejoindre les lignes allemandes dans l’obscurité, tandis que 1875 hommes, presque tous blessés, sont faits prisonniers.
Pendant ce temps, escortés par la “division Perzo”, qui les a retrouvés devant Chios à 16h50, les deux LSI Prince Albert et Prince Baudouin entrent dans la baie de Mudros, transportant la Force de Raid française. Ils sont accompagnés des trois torpilleurs venant de Chios en compagnie des deux LCI(L), qui apportent des renforts, du matériel et du ravitaillement pour la 1ère Brigade Aéroportée. Tous vont quitter Mudros à 03h00 le lendemain, de façon à être hors de portée d’une possible attaque aérienne allemande au lever du jour.

Mytilène
Les quatorze derniers NA-73 de la 6ème EC se posent dans la matinée et commencent dans l’après-midi à reconnaître le secteur. Mieux encore : la 2ème EC reçoit le renfort de sept P-38 (un huitième avion a été endommagé en décollant de Benghazi). « Le commandant de l’Escadre – le troisième en une semaine – commente leur arrivée avec un sourire fatigué : “Sept avions frais ? Champagne !” Malgré les pertes, les deux Escadres de Chasse survivent. Les pilotes tombent, mais les Groupes sont immortels… » (Pierre Clostermann, Les Immortels de Limnos, in Feux du Ciel)

Chios
L’île vibre d’activité toute la journée, d’abord avec le chargement d’hommes et de ravitaillement sur les torpilleurs français et les LCI(L), puis, à partir de 16h00, avec l’arrivée du Bataillon Sacré aéroporté sur les DC-3 de la 15ème Escadre de Transport.

Sumatra
Après avoir combattu toute la nuit, les troupes hollandaises et du Commonwealth abandonnent Medan aux Japonais et se replient vers le nord de Sumatra.

Singapour
Des bombardiers moyens de la Marine attaquent la cité, incendiant des entrepôts près du port. De son côté, le 2ème Dokuritsu Sentai commence des vols de familiarisation au-dessus de Singapour. Il se familiarise aussi brutalement avec la DCA de l’île, lorsqu’un de ses Ki-36 est abattu par un 40 mm Bofors.
Durant toute la journée, Lord Gort fait la tournée des unités du Commonwealth sur la côte nord. Il fait comprendre à tous qu’un assaut ennemi de grande envergure est à prévoir sous peu, mais qu’il n’a pas la moindre intention d’offrir aux Japonais la reddition de Singapour.

Côte Orientale de l’Australie

13h00 – Le Ro-64 aperçoit au sud de Brisbane un important convoi, cap au sud. Incapable, en plongée, de se mettre en position de tir (il ne dépasse pas les 6 nœuds), il a la chance de découvrir un traînard, moins de cinq nautiques derrière le gros du troupeau. Ce gros navire a droit à quatre torpilles. Une seule touche, mais cela suffit pour couler le Grec Mount Taurus (6 696 GRT, Atlanticos Steamship Co, allant de Brisbane à Liverpool avec du sucre). Celui-ci n’avait pu se maintenir à poste dans le convoi en raison d’un fatal problème de machines. Mais cet épisode sera aussi fatal à… certains sous-marins japonais.

En effet, le naufrage a été filmé par un Dornier hollandais qui escorte le convoi et réalise un film destiné à l’entraînement des avions de patrouille maritime. Le pilote de l’avion voit le périscope du Ro-64 et effectue un bombardement précis, mais les vieilles petites bombes de 100 livres qu’il utilise n’explosent pas ou détonnent en touchant l’eau. Devant ces images incontestables, la RAF va se voir obligée de fournir très vite des bombes anti-sous-marines de bonne qualité à la RAAF…

 

 

31 mars

Péloponnèse

La situation alliée continue à s’aggraver dans la nuit, car les unités de montagne allemandes progressent vers le sud, menaçant la seconde route est-ouest, qui relie Tripolis à Pyrgos par Krestena. A l’aile droite, les forces germano-italiennes progressent vers Olympie. A l’aile gauche, les forces yougoslaves sont rejetées jusqu’à Karkalou, où de violents combats durent de midi jusqu’en fin de journée, les Yougoslaves utilisant des chars Valentine endommagés comme fortins pour ralentir l’avance ennemie. Au centre, devant Vassilaki, les combats sont tout aussi intenses. Le soir, la route entre Olympie et Vassilaki est aux mains des Allemands, même si une attaque contre Olympie a été repoussée.

La poussée de la 1ère Division de Montagne allemande pourrait bien piéger les troupes françaises sur la côte ouest, quoique la Brigade de Montagne grecque soit maintenant en train de se retrancher à Megalopoli. C’est pourquoi, en fin de journée, le Général Giraud ordonne à la 10ème D.I. (Général Billotte) de se replier sur Amaliada et Pyrgos. Il demande aussi à Alger d’accélérer le transfert dans le Péloponnnèse de la Division d’Infanterie de Montagne Marocaine (Tabors), qui se regroupe en Libye (à Tripoli et Benghazi).
Giraud désirait aussi utiliser la brigade blindée “Leclerc” (Général de Hautecloque) pour aller soutenir les Yougoslaves. Cependant, à 13h00, la 21ème Panzer, soutenue par les divisions italiennes Centauro et Eugenio di Savoia, attaque sur le front nord de Tripolis, en direction de Milea et Skopi. Ce qui reste des forces françaises dans ce secteur après la bataille d’Argos a du mal à résister et toutes les réserves blindées doivent être engagées pour arrêter l’attaque. De leur côté, les restes de la 7ème Armoured Division et la 4ème D.I. indienne vont devoir tenir le front sud-est.
Les intentions de Rommel sont maintenant claires. Après avoir durement touché les forces britanniques lors de la malheureuse opération Nestor, il tente d’enfoncer un coin entre les deux corps d’armée français.

Toute la journée, l’activité aérienne est intense, car les deux camps tentent de soutenir et de défendre au maximum leurs troupes. Les Ju-87 et Ju-88, aidés par ce qui reste des CR-42 de la Regia Aeronautica, attaquent les positions françaises et yougoslaves, tandis que les Boston, Maryland et Blenheim de la FYRAF, de l’Armée de l’Air et de la RAF bombardent les colonnes allemandes. La 21ème Panzer a même dans l’après-midi un aperçu d’une attaque de stukas, lorsqu’une de ses unités est attaquée par six bombardiers en piqué Vultee Vengeance français, escortés par douze P-39D (qui font eux aussi de l’attaque au sol, leur 37 mm étant très efficace contre les blindés légers et notamment contre les chars italiens). Les pilotes des chasseurs et chasseurs-bombardiers accomplissent souvent jusqu’à trois missions par jour. Dans la journée, les Alliés perdent 37 appareils (21 bombardiers et 16 chasseurs) en échange de 29 avions germano-italiens (17 bombardiers et 12 chasseurs).

Au crépuscule, les Wellington de la RAF et les B-25 français se préparent pour des raids nocturnes contre des objectifs logistiques.

Salonique et mer Egée (nuit et matinée)

La nuit du 30 au 31 n’est pas trop calme à Salonique, attaquée par 18 Stirling de la RAF et 15 Consolidated-32 de l’Armée de l’Air. Cependant, c’est surtout le souci d’exécuter les ordres de Hitler qui tient éveillés les généraux allemands. La 22e Aéroportée ne sera pas prête avant un jour ou deux au moins, et Kesselring comme Student acceptent avec joie la proposition du général italien Giuseppe de Stefanis. Celui-ci leur offre en effet d’embarquer un régiment de sa division Pinerolo dans des planeurs. Cependant, seule la DZ de Propouli peut maintenant les accueillir.
Dans la nuit, les quatre BV-222 ont tenté de rééditer leur aller-retour de la veille. Mais le BV-222 V3 est surpris par un Beaufighter NF et détruit juste avant de décharger. Le V2 est attaqué et endommagé avant d’amerrir, mais réussit à rentrer à Salonique. Deux hydravions peuvent accomplir leur mission, ils ramènent en tout 177 blessés en civières.
Rien ne peut remplacer les bateaux. Kesselring ordonne à la flottille d’Alexandroupolis (deux DD, trois TB et quatre vedettes rapides) d’appareiller dans la journée pour pouvoir débarquer à Limnos avant la nuit les hommes et le matériel de la 5ème de Montagne. A 08h15, les navires italiens quittent Alexandroupolis. A 09h35, ils sont détectés près de Samothrace, cap au sud, par un Hudson du Sqn 608 de la RAF.

A 09h50, la nouvelle parvient à Vian. A ce moment, l’Escadre de Mer Egée se compose des vétérans Dido et Gurkha et des quatre destroyers de classe Tribal qui viennent de les rejoindre. Après avoir stationné devant la côte nord toute la nuit, elle croise au sud-ouest de Limnos, car Vian souhaite placer son Dido en bonne position pour servir de piquet radar pour l’île, tout en étant protégé par les chasseurs de Mytilène. Cependant, le message radio du Hudson, relayé par Chios, ne lui laisse aucun doute sur les intentions ennemies. A 09h56, après une brève discussion avec son état-major, il ordonne à ses navires de retourner vers le nord et de contourner la pointe ouest de Limnos aussi vite que possible. Hommes et officiers guettent anxieusement les avions allemands. Et en effet, le radar du Dido ne tarde pas à détecter un très grand nombre d’avions : la Luftwaffe se montre en force – mais elle n’en a pas après la flotte britannique.

Limnos (matinée)
De fait, la Luftwaffe n’a plus les moyens de courir deux lièvres à la fois. Kesselring, exécutant la volonté de Hitler, a ordonné une opération de ravitaillement aérien majeure, et il faut bien la protéger. Ce qu’a détecté le Dido est le blip monstrueux généré par 145 Ju-52 (dont 14 remorquent un planeur DFS-230), 28 He-111P et 8 Me-321 (cinq remorqués par des He-111Z et trois par des troïkas de Me-110). Cette formation massive est escortée par 42 Bf-109 et 24 Bf-110. Elle s’étend sur plus de 60 nautiques, en raison de l’encombrement des terrains et des différentes performances des avions. La longueur même de ce véritable fleuve de transports rend le travail de l’escorte très difficile, car il y a près de 30 minutes entre le passage du premier et du dernier des transports. Mais il y aura pire pour l’escorte, et plus surprenant.
En effet, l’avertissement du Dido et la lenteur des transports allemands donnent le temps à Mytilène de lancer douze P-38 qui vont rejoindre les huit déjà en patrouille, et quarante NA-73. Comme l’objectif de la formation allemande devient vite évident, l’officier du contrôle de la chasse décide de faire décoller vingt Hurricane II des Sqn 1 (SAAF) et 605 (RAF), chargés de défendre Lesbos. Cette défense est laissée à 26 chasseurs opérationnels (5 Hurricane, 4 P-38, 15 NA-73 et 2 F4F-3). Mais avec cet appoint, pour la première fois sans doute depuis le début de la bataille, les intercepteurs alliés sont plus nombreux que les chasseurs allemands (80 contre 66).
Le combat commence à 10h44 avec l’intervention des P-38, et se prolonge jusqu’à 11h32. La puissance de la réaction alliée est un choc pour les pilotes de la Luftwaffe, qui commençaient à croire que les unités basées à Mytilène étaient à bout de forces. Au lieu de cela, ils ont affaire à des hommes frais, et en nombre. Un véritable massacre se déroule alors en plein ciel. En 48 minutes (qui font de ce combat l’un des plus longs jamais enregistrés, en dehors des batailles de nuit au-dessus de la Ruhr), la Luftwaffe perd 37 Ju-52, onze He-111P, deux He-111Z et quatre Bf-110 remorqueurs, plus quatre Me-321 (trois détruits en vol, le quatrième s’écrasant à l’atterrissage). Il faut y ajouter quatorze Bf-109 et onze Bf-110 de l’escorte. Les Alliés perdent eux aussi un bon nombre d’avions : onze P-38, quatorze NA-73 et neuf Hurricane.

Alors que les avions allemands survivants font demi-tour vers Salonique, les parachutages effectués, la 6ème EC lance douze de ses quinze derniers NA-73 en état de vol. Volant au ras des vagues, les chasseurs surprennent les avions allemands dans le circuit d’atterrissage. La surprise est totale, car personne dans le camp allemand ne peut imaginer qu’après l’affrontement qui vient d’avoir lieu, les Alliés aient encore assez d’avions pour un tel raid. Onze Ju-52 de plus, trois He-111P, cinq Bf-110 et quatre Bf-109 tombent sous les mitrailleuses des NA-73, qui ne perdent que cinq avions (dont un abattu par la flak), plus deux qui s’écrasent en se posant à leur retour à Mytilène. De plus, une trentaine de Ju-52 sont plus ou moins gravement endommagés en essayant de se poser à tout prix pendant les combats.

Le bilan est terrible pour le transport aérien allemand. La bataille de Limnos lui a déjà coûté 148 Ju-52 et 29 He-111P, plus 37 Me-321 (car la récupération de ceux qui se sont posés à Limnos est plus que douteuse) et 17 de leurs avions remorqueurs : 12 Bf-110 et 5 He-111Z (il ne reste plus que quatre de ces He-111 spécialisés). Il faut y ajouter 15 Ju-52 et 3 He-111P perdus accidentellement. Enfin, 96 Ju-52 et 19 He-111P ont dû être renvoyés en Allemagne pour réparations.

Mer Egée (mi-journée)
Les combats aériens ne doivent pas faire oublier la guerre navale.

11h45 – L’escadre de Vian (CLAA HMS Dido (amiral), DD HMS Gurkha, Beduin, Maori, Matabele et Somali) aperçoit les Italiens qui font route vers les plages de Propouli.

« Le destroyer Lanciere (classe Soldati) ouvre la marche, suivi par le vieux Quintinio Sella et les torpilleurs Circe, Lince et Lira. Les vedettes lance-torpilles MAS 555, 556, 557 et 571 viennent en queue. Sur la passerelle du Lanciere, le capitaine Colonna, qui a aussi la responsabilité de la petite flottille, a été informé que la Luftwaffe a coulé la veille un croiseur et un grand destroyer (le Mogador et le Pathfinder). Il peut aussi voir l’énorme formation aérienne allemande qui se dirige vers Limnos et ne peut imaginer que des navires alliés se risquent sous un ciel aussi chargé de croix noires. Ses navires s’apprêtent déjà à décharger les hommes et le matériel qui encombrent leurs ponts, quand ses vigies aperçoivent l’escadre britannique. Colonna reste un moment incrédule, d’autant plus que les Anglais arrivent de l’ouest. Mais il doit se rendre à l’évidence. Il ordonne alors aux vedettes lance-torpilles de charger l’ennemi, pendant que les cinq navires chargés de fantassins viennent au 90 et tentent de fuir à toute vitesse, les torpilleurs émettant un rideau de fumée. » (J. Bailey, Un Grand Cimetière Bleu, op. cit.)

11h49 – Devant la ruée des quatre MAS, Vian fait d’abord mettre le cap au nord tandis que ses six navires mitraillent leurs petits assaillants. Les 4 pouces à tir rapide du Gurkha montrent vite leur efficacité, criblant d’éclats les MAS 556 et 571, qui doivent stopper (la MAS 556 finira par couler). Les deux autres décrochent, et Vian fait remettre le cap au 90 pour se lancer à la poursuite des Italiens.

11h54 – Le Dido ouvre le feu sur le Lanciere, puis les quatre classe Tribal se partagent le Quintinio Sella et les trois torpilleurs. Le Lanciere réplique et vire au nord pour lancer une salve complète de torpilles, espérant ralentir les Anglais et donner à ses quatre compagnons une chance de s’échapper. Mais Vian, fonçant droit au 90, évite sans difficultés les torpilles, et ses tourelles avant de 5,25 pouces poursuivent un tir très précis sur le chef de la flottille italienne.

11h58 – Alors que le Lanciere s’efforce à son tour de tendre un rideau de fumée, il reçoit deux obus de 5,25 pouces, l’un devant la tourelle Y de 120 mm, l’autre en plein sur la tourelle Q, qui est détruite. Pendant ce temps, il devient évident que le Quintinio Sella et les torpilleurs sont incapables de battre les destroyers britanniques à la course. Le Circe et le Lince abattent à leur tour au nord et lancent leurs torpilles de 450 mm. Le Matabele et le Somali doivent changer de cap un moment pour les éviter, mais leurs canons de 120 mm touchent durement leurs adversaires. Le Circe est stoppé et les obus anglais provoquent un incendie sur le Lince, qui poursuit cependant sa route.
12h03 – Le Dido touche à nouveau le Lanciere, par deux fois, à la salle des machines. L’Italien continue de répliquer et ses canonniers placent deux obus de 120 mm sur le croiseur anglais, mais sans résultats immédiatement apparents, alors que trois autres obus de 5,25 pouces viennent ravager la coque légèrement construite du destroyer.

12h05 – Les MAS 555 et 557 reviennent à la charge et attaquent le Dido, qui doit piquer vers le nord avec le Gurkha pour éviter leurs torpilles, délaissant le Lanciere. Mais l’un des affûts quadruples de 40 mm cible la MAS 555, sur laquelle le pompom fait des ravages. Le Beduin et le Maori achèvent la vedette rapide avant de rejoindre le Dido et le Gurkha, et les quatre navires, suivis par le Matabele et le Somali, se rapprochent rapidement du Sella et du Lira.

12h10 – Le vieux destroyer et le torpilleur, touchés à plusieurs reprises, mettent le cap au sud, vers Limnos, évidemment pour s’échouer avant d’être coulés. Vian ordonne alors à ses destroyers de s’en occuper, pendant que le Dido et le Gurkha se retournent vers le Circe, stoppé, et le Lince, en flammes.

12h14 – Le Dido tire ses torpilles bâbord, touchant le Circe qui explose. Le Lince, qui ne donne plus que 8 nœuds, se bat jusqu’au bout avec son dernier 100 mm opérationnel, touchant deux fois la coque du Dido avant d’être massacré par une série d’obus de 5,25 pouces.
12h20 – Le Sella et le Lira parviennent à s’échouer avant que les destroyers anglais puissent les couler. Ceux-ci arrosent d’obus les deux bâtiments échoués, qui tentent pourtant de répliquer.

12h24 – Le dernier canon du Sella est réduit au silence par les 120 mm anglais.
12h27 – Vian ordonne un regroupement général. La MAS 557 et la MAS 571 (qui a réussi à relancer ses moteurs) en profitent pour se cacher dans le Golfe de Pournia, et Vian repart vers l’ouest.

12h42 – Au milieu d’écharpes de fumée qui traînent sur l’eau, le Matabele aperçoit le Lanciere, qui se dirige lentement vers le rivage. Le Britannique lance trois torpilles. Touché, le destroyer italien coule rapidement, emportant le capitaine Colonna.
12h48 – Les marins britanniques pourraient être enchantés du résultat du combat. En quarante minutes, ils ont anéanti sans subir de gros dégâts tout ce qui restait des forces navales de l’Axe dans le nord de la Mer Egée, n’épargnant que deux vedettes lance-torpilles. Cependant, Vian est averti que le radar d’alerte aérienne type-279 du Dido est hors service – un câble a été sectionné par un obus du Lanciere. Il décide alors d’éviter de repasser à l’ouest de Limnos et ordonne à son escadre de remettre le cap à l’est, pour passer entre l’île et les eaux turques avant de se diriger vers Chios. Il signale alors son intention à Chios et demande au C.V. Perzo de se préparer à prendre le relais au nord de Limnos dès la tombée de la nuit.
Les contre-torpilleurs français quittent Chios à 16h30. A 17h00, ils croisent les navires de Vian. Mais à 17h55, comme ces derniers s’apprêtent à entrer au port, le Beduin est frappé juste en avant de la tourelle A par une torpille de 450 mm lancée par le mini-sous-marin CB3. La proue en partie arrachée, le destroyer doit être échoué. Après un rafistolage d’urgence, il sera envoyé à Alexandrie, où les réparations dureront jusqu’en août.

Limnos (après-midi)
L’après-midi n’apporte aucune amélioration de la situation des forces allemandes isolées sur l’île. Les parachutages ont été très perturbés par les attaques de la chasse alliée et ce qui n’a pas été détruit en vol a souvent été dispersé bien loin de la drop zone prévue. Les soldats allemands, aidés par les Italiens dont les planeurs sont parvenus à se poser, doivent s’efforcer de recueillir les conteneurs de ravitaillement sous le feu des unités grecques et françaises. Une partie d’entre eux a pu assister à la destruction des navires italiens, ce qui n’a pas amélioré leur moral, bien qu’une partie du chargement des deux bâtiments qui ont pu s’échouer puisse être récupérée.

Pendant ce temps, soutenus par les deux bataillons de fusiliers marins arrivés la nuit précédente et par deux chars M3 réparés, les Français progressent vers Propouli. De leur côté, les Grecs, ayant un peu récupéré après la sauvage bataille pour Atsiki, tentent d’atteindre la mer et de rejeter les parachutistes allemands vers Propouli, à l’écart des plages. Les combats se poursuivent jusque dans la soirée, et la poche allemande rétrécit lentement.

Salonique (après-midi)
A 15h30, Kesselring et Student font le bilan des dégâts. Kesselring a reçu 309 avions de transport (226 Ju-52 et 83 He-111P) au début de l’opération Theseus, puis 139 en renfort (118 Ju-52 et 21 He-111P). Mais après plusieurs journées catastrophiques culminant avec le massacre de la matinée au-dessus de Limnos, ses Gruppen de transport ont perdu trois cents avions… Ils ne disposent plus que de 85 Ju-52 et 41 He-111 pour soutenir les troupes déposées sur Limnos. Après la destruction de la flottille italienne, la situation paraît sans espoir.
L’envoi d’un “fleuve” de transports est une erreur, car les chasseurs allemands, hors de leur couverture radar et ne pouvant donc pas être guidés vers l’ennemi, sont trop peu nombreux pour s’opposer aux intercepteurs. Des formations plus petites et homogènes (composées seulement de Ju-52 ou de He-111P, et sans planeurs remorqués) pourraient être protégées plus efficacement. Mais les chasseurs disponibles ne permettraient d’escorter que trois ou quatre formations de ce genre par jour, ce qui réduirait considérablement le nombre de conteneurs et d’hommes transportés. La seule alternative est un parachutage de nuit, mais celui-ci ne pourrait concerner que des conteneurs, le terrain de Limnos étant bien trop accidenté pour y parachuter des hommes dans l’obscurité.
En désespoir de cause, Kesselring et Student envoient à 16h30 un message au Général Sturm, lui demandant de préparer une drop zone de nuit près de Propouli pour des conteneurs de ravitaillement.

Limnos (nuit)
Avec la nuit, les combats se calment, car les deux camps sont épuisés.

Sur 13400 hommes de la 7ème Aéroportée et de la 5ème de Montagne et 600 de la division Pinerolo, il n’y en a plus que 6 400 (dont 220 Italiens) dans la poche de Propouli – et plus de 40% sont blessés ou en état de combat shock (stress post-traumatique provoqué par le combat). Près de 2 200 ont été faits prisonniers. Et en cinq jours de bataille, 5 400 ont été tués ou ont disparu – 1 500 environ ont été tués ou se sont noyés lors des tentatives de débarquement par bateau, et 900 au moins ont été tués lorsque les avions ou les planeurs qui les transportaient se sont écrasés. La bataille d’Atsiki a coûté 1 500 morts aux Allemands et un millier sont tombés autour de l’aérodrome. L’eau et les médicaments font défaut et les armes lourdes manquent de munitions.
A 21h00, le Général Sturm ordonne d’illuminer deux bandes de terrain de 150 m sur 100 pour permettre aux Ju-52 et aux He-111P de parachuter leurs conteneurs. A 21h20, les transports commencent leurs largages, un par un, mais à 21h30, des obus commencent à pleuvoir sur la DZ nord. Avertis par des observateurs grecs postés dans les collines de Katalakko, l’état-major français dans l’île a averti les contre-torpilleurs du C.V. Perzo de la tentative allemande. Sturm doit bientôt ordonner d’éteindre les lumières et demande aux avions de lâcher leurs conteneurs à l’aveuglette. L’opération se poursuit une partie de la nuit dans la confusion. Au moins le tiers des conteneurs tombent à la mer ou aux mains des forces alliées ou des civils grecs. De temps en temps, les Allemands tentent de rallumer leurs DZ, mais les observateurs grecs avertissent rapidement les navires français, qui reprennent le tir…
La situation des troupes alliées n’est cependant pas excellente. Les pertes ont été lourdes et les munitions ont été dépensées sans compter. Cependant, la route de Chios et de Mytilène est toujours ouverte. A 22h20, les deux LSI britanniques, escortés par les trois torpilleurs français, débarquent à Mudros les hommes du Bataillon Sacré et embarquent 400 soldats blessés. A 23h15, venant de Mytilène, deux LCI(L) escortés par une dizaine de vedettes rapides débarquent des munitions et des médicaments.

Malaisie – Singapour
Des bombardiers en piqué D3A1 de la Marine basés à terre, escortés par des A6M2, attaquent à nouveau Penang. Deux vedettes Fairmile, les MGB 315 et 316, qui escortent un petit caboteur, sont mises hors de combat.

Singapour est aussi attaquée. La cité subit un bombardement meurtrier effectué par 36 bombardiers moyens de l’Armée.

Côte Orientale de l’Australie

Selon le plan pré-établi, tous les sous-marins japonais se dirigent vers leur point de rendez-vous, loin au large des côtes de Nouvelles-Galles du Sud. Cette procédure évite d’avoir recours à la radio.

 

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* Division entraînée avant le conflit par des conseillers militaires allemands et réorganisée.