Mars 1942 (1/3)
1er mars
L’aviation alliée lance à partir de Malte et de la région de Tunis des raids visant à désorganiser les forces aériennes de l’Axe opérant en Sicile et en Calabre. En 312 missions offensives (dont 48 “Mandragore” par des NA-73), 27 avions ennemis sont détruits (15 en vol et 12 au sol ou l’atterrissage) au prix de 21 avions alliés (dont quatre par la flak).
Considérant qu’il a attiré l’attention de l’Axis autant qu’il pouvait le souhaiter et qu’il a retenu à l’ouest de l’Italie toutes les forces ennemies qu’il pouvait espérer, l’Amiral Gensoul ordonne à ses forces de rentrer à Oran.
Pendant ce temps, l’Amiral Cunningham quitte son QG d’Alexandrie pour Alger, où il participe à une conférence avec l’état-major naval français. A la lumière du succès de Crusader/Croisade, il demande le lancement de l’opération “Jaguar”, nécessaire pour simplifier la traversée de la Méditerranée et accélérer l’envoi des renforts en Extrême-Orient.
Péloponnèse
Front est – Au deuxième jour de Crusader/Croisade, les combats dans la zone Priam sont encore violents autour de Githion, que les Britanniques ne contrôlent toujours pas en fin de journée, car les défenseurs italiens se battent avec énergie et efficacité. La 3ème Brigade de Montagne grecque parvient à pénétrer dans la ville, mais ne peut progresser beaucoup avant la tombée de la nuit après un combat de rues acharné, souvent au corps à corps.
Des unités indiennes soutenues par la 4ème Brigade Blindée avancent vers le nord, après avoir pris le contrôle de terrain de Molaï. Au crépuscule, cependant, les M3 Stuart du 8ème King’s Royal Irish Hussars rencontrent une forte colonne italienne, composée de 17 chars M13/40 et de six Semovente M41 (antichars automoteurs de 75/18) soutenus par des éléments d’infanterie motorisée du 12ème Bersaglieri. Malgré la lumière qui baisse, une bataille confuse mais féroce se développe. A la nuit faite, les Anglais ont perdu treize de leurs petits blindés et les Italiens sept M13/40 et deux Semovente. Le commandant du XXXème Corps, le Général Norrie, ordonne au 1er King’s Royal Rifle Corps et au 3ème RHA, qui ont débarqué dans la journée, d’avancer pour reprendre l’attaque le jour suivant.
La zone Priam est la cible de la première réaction aérienne importante de l’Axe quand, à 09h10, 18 bombardiers moyens Fiat BR-20 du 7° Gruppo escortés par 27 Macchi-200 du 2° Stormo CT tentent d’attaquer les transports qui continuent à débarquer hommes et matériel sur Priam-IV et V. Ce raid, détecté par le radar type-279 du CLAA Cairo, est intercepté par les Hurricane II du 243ème Wing de la RAF, qui abattent sept bombardiers bimoteurs et six chasseurs, au prix de cinq Hurricane.
Nouveau raid à 10h25 : six Ba-88 de la 19ème escadrille indépendante d’attaque au sol, escortés par douze Fiat CR-42 biplans du 3° Gruppo Autonomo CT (Lt-Colonel Innocenzo Monti) attaquent la plage Priam-V. Ces avions passent à travers les mailles du filet de détection : un LCI et un LCT sont gravement endommagés par leurs bombes, tandis qu’un Breda et un Fiat sont abattus par la DCA. Mais sur le chemin du retour, les avions italiens sont rattrapés par huit Hurricane II du Sqn 1 de la SAAF, qui descendent quatre Fiat (dont celui du commandant du Gruppo) et deux Breda, en ne perdant qu’un seul Hurricane.
Front centre – Peu après midi, c’est au tour de la zone Troyen d’être attaquée, par la Luftwaffe cette fois. Ce sont 28 Ju-87 des I et II/StG3, escortés par 24 Bf-109 du JG-27, qui attaquent les navires opérant dans la zone de débarquement du 1er C.A. français. Dès la détection du raid, les huit F4F-3 de la CAP du Bois-Belleau sont envoyés l’intercepter, mais ils sont débordés. Au-dessus de la tête de pont, le raid se heurte à 16 Hawk-87 (P-40E) des GC I/7 et III/7. Au total, les chasseurs français et la DCA détruisent neuf Ju-87 et huit Bf-109 au prix de quatre F4F-3 et sept Hawk-87. Les bombardiers en piqué coulent un caboteur grec et endommagent gravement deux transports français ; le DD L’Alcyon, frôlé par deux bombes, échappe de justesse à de graves dommages.
Au sol, le 1er C.A. se heurte à une opposition moins rude. En fin de journée, Kalamata est contrôlée et les troupes françaises élargissent leur tête de pont vers Tripolis, au nord, mais aussi vers Sparte, à l’est, grâce à une petite route de montagne. Les brigades Carpentier et Dody, de la 9ème Division Coloniale, suivent cette route, dans la foulée de Tabors marocains. De leur côté, des éléments de la 1ère D.B. et de la 1ère D.I. (Brigade Brosset) avancent vers Tripolis.
Front ouest – Mais la percée la plus importante se situe à l’ouest. Au centre, des éléments de la Brigade Mobile de la Légion, après avoir balayé de faibles tentatives de défense, foncent vers l’est sur la route de Tripolis. Au sud de la tête de pont, soutenues par la Brigade du Général de Hautecloque, deux Brigades de la 1ère D.I. yougoslave entrent dans la matinée à Kalo Nevo et commencent à s’avancer vers l’est, sur la route qui rejoint celle de Kalamata à Tripolis. Au nord, la 10ème D.I. du Général Billote a atteint Pyrgos, dont la petite garnison italienne est bientôt forcée de battre en retraite. La 53ème D.I. italienne “Arezzo” tente bien de lui envoyer des renforts, mais sur les petites routes grecques, les colonnes, privées de toute DCA digne de ce nom en dehors d’une poignée de canons de 20 mm Scotti, sont attaquées toute la journée par les Fulmar et les Swordfish des Furious et Illustrious, puis par des bombardiers légers français et britanniques DB-73/Boston-III, qui leur infligent de lourdes pertes.
Une autre importante bataille est livrée dans la journée, mais encore plus à l’ouest, au-dessus de la Mer Ionienne. Le QG du Xème FliegerKorps, en Italie du Sud, a prévu plusieurs vagues d’attaque contre la flotte alliée. La première, composée de 27 Ju-88 des I/LG I et II/LG II escortés par 36 Bf-109F du JG-77, décolle dès 05h45. Ce raid rencontre d’abord 20 F4F-3a (Martlet-II), opérant comme “CAP lointaine” sous la direction du HMS Charybdis, puis 12 Sea-Hurricane II, opérant comme “CAP rapprochée” en raison de l’endurance limitée du chasseur Hawker. Une fois de plus, les FDO (officiers de direction de la chasse) montrent qu’ils sont plus qu’à la hauteur de leur travail, plaçant les intercepteurs dans une position idéale. Quant aux pilotes de la FAA et de l’Aéronavale, qui ont de vieux comptes à régler avec le Xème FliegerKorps, ils font preuve d’un allant tout particulier (dans les rangs anglais, le Flight-lieutenant Potter a hâte de montrer qu’il peut faire aussi bien en Méditerranée qu’en Extrême-Orient). Reste que les rapides Ju-88 sont une cible difficile, et que leurs pilotes sont obstinés. La destruction de onze bombardiers et de sept de leurs escorteurs, au prix de six Martlet et trois Sea-Hurricane, n’empêche pas dix Ju-88 de réussir à attaquer les navires de l’écran. Le CL Birmingham est frappé par deux bombes, dont l’une touche l’arrière de la superstructure et l’autre détruit la tourelle X ; ses machines sont endommagées par une troisième bombe, qui explose tout près du croiseur, à bâbord arrière. Les CL Kenya et Sheffield sont eux aussi brutalement secoués, mais restent dans la formation, ce que ne peut faire le Birmingham. Après cette chaude alerte, le lieutenant Danny Potter compte deux victoires de plus et commente pour l’un de ses équipiers (avec peut-être un brin de snobisme) : « Non, décidément, old chap, quand on a eu affaire aux vagues d’assaut des Japs, les Boches ne paraissent plus aussi impressionnants… »
La force du Contre-Amiral Rawlings se prépare néanmoins pour la deuxième vague, qui tarde à venir, à la surprise (heureuse) de chacun. En fait, celle-ci a été annulée, car le Xème FliegerKorps doit immédiatement exécuter les instructions qu’il vient de recevoir de Berlin : le Führer l’envoie en Grèce du Nord pour participer à la reprise de Limnos.
Par ailleurs, Rawlings et ses hommes l’ignorent encore, mais les raids de l’opération Avenger/Vengeur sur la Sicile et l’Italie du Sud (voir plus haut) ont sérieusement entamé les capacités offensives de l’Axe vers la Mer Ionienne.
Ce n’est donc qu’à 13h40 que les attaques reprennent, cette fois avec une formation de douze CANT Z-1007b Alcione du 96° Gruppo Bombardamento, escortée par douze Macchi MC-200 du 54° Stormo CT, et qui tente un bombardement à moyenne altitude. Ce raid italien est assailli par douze Martlet II, bientôt rejoints par quatre Hurricane II, qui abattent neuf bombardiers et cinq chasseurs, obligeant les bombardiers survivants à lâcher leurs bombes au petit bonheur, le tout au prix de la destruction de trois Martlet et deux Hurricane. Le Lieutenant Potter ne participe pas au combat, au prétexte qu’après les Japs, les Italiens le décevraient trop.
Il faut attendre 16h40 pour la troisième attaque. Cette fois, ce sont 18 bombardiers torpilleurs SM-79 des 87° et 90° Gruppi Bombardamento qui attaquent avec un courage suicidaire, sans escorte. Quatorze se font massacrer par les chasseurs embarqués, opérant jusque sous les canons AA de la flotte, mais cinq réussissent malgré tout à attaquer le HMS Birmingham, déjà endommagé. Le pauvre croiseur prend une torpille au niveau de la chaudière avant et doit ralentir à 10, puis à 6 nœuds. Danny Potter, qui a été autorisé à prendre part à la fête, inscrit un quatorzième avion à son tableau.
Limnos
Les troupes françaises et grecques repoussent toute la journée les Italiens, dont le périmètre défensif se rétrécit comme une peau de chagrin. En fin de journée, l’aérodrome est considéré prêt à accueillir des chasseurs alliés. Au crépuscule, l’escadre du Contre-Amiral Vian escorte un cargo qui vient de Mytilène apporter le matériel nécessaire, déchargé dans la nuit. Pendant ce temps, des Ju-88 du KG-77 lancent des attaques sporadiques, mais ces bombardements nocturnes sont imprécis.
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Saint-Nazaire
00h50 – La force “Chariot” pénètre dans l’estuaire de la Loire. Les deux destroyers français ralentissent, laissant les autres navires s’avancer, car avec leurs quatre cheminées, ils sont bien trop repérables pour une attaque surprise.
01h09 – Un instant d’angoisse – le Vortigern racle sa coque sur le fond du fleuve, mais réussit à reprendre sa course au bout de quelques minutes.
01h20 – Les forces allemandes sont mises en alerte, mais avec lenteur, car elles ont été distraites par les bombardements de la RAF.
01h22 – Le Vortigern est interrogé par signaux à éclats, puis illuminé par un projecteur, mais l’équipe du SOE embarquée sur le destroyer répond en utilisant un code de torpilleur allemand, en levant l’enseigne allemande et en tirant des fusées d’identification allemandes. Cela renforce la confusion des défenseurs, et les projecteurs sont éteints. Le navire file alors 20 nœuds, et les bateaux Fairmile se disposent en deux colonnes, de chaque côté du vieux destroyer.
01h26 – Des Allemands ouvrent le feu sur le Vortigern, qui transmet aussitôt sur la fréquence allemande standard : « Je suis la cible de tirs amis » et les tirs cessent. Le destroyer est maintenant à un mille nautique à peine de son objectif, le fameux bassin “Normandie”.
01h30 – Les forces allemandes comprennent enfin qu’il se passe quelque chose de vraiment anormal et ouvrent le feu sur les attaquants avec toutes les armes disponibles. Le Vortigern et son escorte envoient la White Ensign et répondent de la même manière, tandis que le vieux destroyer accélère de son mieux. Marchant au canon, l’Aigle et le Milan hissent la flamme tricolore, pénètrent à 25 nœuds dans l’estuaire et engagent les batteries allemandes avec leurs 138 mm tirant pratiquement à bout portant. Cette intervention perturbe quelque peu le feu allemand, qui reste cependant très violent.
01h37 – Le Vortigern, qui file à plus de 25 nœuds, éperonne les portes du bassin “Normandie”. Pendant ce temps, les petits Fairmile déposent des commandos qui s’élancent dans toutes les directions sous une pluie de balles pour placer des charges de démolition en différents endroits du port.
01h45 – Malgré les tirs, les commandos atteignent les pompes principales du bassin et ses portes étanches, et commencent à placer des charges de démolition. Des combats furieux éclatent partout sur le port. Les bateaux Fairmile “B”, peu protégés, subissent de lourdes pertes sous les tirs à bout portant, mais les forces allemandes ne comprennent toujours pas ce qui se passe.
01h50 – La vedette MTB-74 lance ses deux torpilles sur les portes du bassin de la Vieille Entrée, utilisé par les sous-marins allemands. Il s’agit d’engins spéciaux sans moteur ni carburant, qui contiennent une tonne d’explosifs chacun et ont été conçus pour attaquer les Scharnhorst et Gneisenau derrière leurs filets anti-torpilles à Brest ou La Pallice – une possibilité qui s’est envolée depuis la réussite de l’opération Cerberus. Les deux torpilles frappent leur cible, mais n’explosent pas et coulent au bas des portes du bassin.
02h00 – Les charges de démolition posées sur les pompes et les portes du bassin explosent, provoquant de terribles ravages. En réalité, le travail a été si bien fait que le bassin “Normandie” est d’ores et déjà hors service pour le reste de la guerre.
02h05 – Le Milan et l’Aigle sont en plein milieu du port, défiant les batteries allemandes sous leur nez. Le Milan encaisse deux obus de 150 mm en plein milieu, et un obus de 170 mm détruit le canon de 138 mm Q. Un affût quadruple de 20 mm “Vierling” balaie sa passerelle, tuant ou blessant de nombreux hommes, mais le contre-torpilleur détruit la batterie de projecteurs de DCA qui illuminent les bateaux alliés et réduit au silence au moins deux canons de 150 mm.
02h15 – De petits groupes de Résistants armés ajoutent au chaos en tendant des embuscades dans la ville aux renforts allemands qui se dirigent vers le port.
02h35 – Le Lt-Colonel Newman ordonne la retraite à toutes les forces de Chariot. Comme les petits Fairmile tentent de récupérer les commandos sous une grêle de balles et d’obus, l’Aigle s’approche à quelques mètres des quais, qu’il balaye de ses armes anti-aériennes. L’officier d’artillerie aperçoit alors deux 88 mm antichars qui prennent en enfilade la principale zone d’évacuation, il les détruit au canon de 138 mm, dont il dirige le tir, se souvient le quartier-maître canonnier Bernaudeau, « comme s’il les avait tenus en mains ». A ce moment, le contre-torpilleur reçoit un obus de 170 mm qui démolit le canon de 138 mm A (le plus à l’avant). Le navire reste cependant dans le port jusqu’à ce que son commandant soit sûr que tous les Fairmile ont pu s’enfuir – tous les survivants, car quatre ont déjà été détruits.
02h41 – Comme il commence à se replier, quelques instants après le Milan, l’Aigle est engagé par le vieux torpilleur allemand Jaguar, amarré dans le port, et dont les deux canons avant de 127 mm ouvrent le feu sur les navires alliés qui s’éloignent. « C’était un duel au canon à moins de mille mètres, raconte Bernaudeau : imaginez un duel au pistolet entre deux hommes se tenant à deux mètres l’un de l’autre ! » Ce duel ne dure que trois minutes à peine. L’Aigle y perd un de ses deux canons de 138 mm arrière et sa salle des machines arrière est percée par des éclats d’obus. En revanche, un obus de 138 mm détruit le poste de direction de tir principal du Jaguar et un autre éventre la tourelle arrière du navire, mettant le feu à des munitions préparées à l’avance. D’autres torpilleurs allemands (les Falke, Iltis, Kondor et Seeadler) sont amarrés près du Jaguar, mais celui-ci les masque, et ils ne peuvent ouvrir le feu. Son commandant tente de le déplacer, mais il ne parviendra à quitter son poste d’amarrage qu’à 02h55.
02h44 – Gravement touché, le Jaguar cesse le feu. Malgré ses avaries, l’Aigle réussit à monter à 20 nœuds, puis à 25, pour s’échapper.
Les difficultés ne sont pas terminées pour les survivants de “Chariot”. Tout le long de l’estuaire, leurs navires sont engagés par plusieurs batteries allemandes. Le Milan fait face successivement à trois canons de 150 mm, qu’il force à se taire pour un moment, mais perd son poste de direction de tir arrière et son canon X, tandis qu’il est sérieusement touché à la chambre des machines avant. Il ne peut plus dépasser 27 nœuds, mais c’est bien suffisant.
Il reste un ultime obstacle : le tir du Milan a interdit aux canons de l’estuaire de faire feu sur les vedettes anglaises, mais il ne peut rien pour empêcher un énorme canon de 240 mm sur rails, situé près de La Baule, d’ouvrir le feu sur les insolents petits navires… Heureusement pour ces derniers, le tir du monstre sur rails est spectaculaire mais imprécis.
03h40 – Tous les survivants sont maintenant en pleine mer, filant aussi vite qu’ils le peuvent vers le point de rendez-vous avec les deux destroyers “W”. La plupart des Fairmile sont si gravement endommagés qu’on décide de les saborder pour ne pas ralentir les autres navires. Les pertes sont lourdes. En comptant les marins, 242 hommes sont morts ou vont mourir et 73 commandos qui n’ont pu regagner les bateaux seront faits prisonniers par les Allemands.
06h30 – La garnison de Saint-Nazaire commence à se débarrasser des derniers commandos qui sont encore dans la zone du port. Après quelques combats sporadiques dans la ville, le calme revient.
09h00 – Des soldats allemands commencent à se rassembler autour de l’épave du Vortigern. Plusieurs officiers montent à bord du navire pour l’examiner (selon des témoins, certains ont même invité leurs maîtresses à les accompagner).
10h35 – « Avec une violence qu’aucun mot ne saurait décrire » dira après la guerre le maire de Saint-Nazaire, M. Grimaud, les 24 grenades anti-sous-marines contenues dans les flancs du Vortigern explosent. Des débris du navire seront retrouvés à plus de 2500 mètres du bassin “Normandie”. Le commandement allemand reconnaîtra la mort de plus de cent officiers et soldats, mais les ouvriers français réquisitionnés pour déblayer les ruines compteront au moins 380 morts (60 officiers et 320 sous-officiers et soldats).
Pendant plusieurs heures, la garnison allemande, les nerfs mis à rude épreuve par les combats de la nuit et l’explosion du matin, ouvre le feu au hasard dans les rues. Ce n’est que dans l’après-midi que les choses se calment peu à peu.
Malaisie – Singapour
Au nord… Les troupes japonaises poussent fortement leur avantage vers Kuala-Lumpur, bombardée dans la matinée par des avions d’assaut. Dans la soirée, l’avant-garde japonaise approche des faubourgs de la cité, où la panique s’étend. Une immense colonne de réfugiés trébuche à présent sur la route de Port-Swettenham. Cependant, devant les constantes attaques aériennes visant celui-ci, le Lt-Général Percival décide d’interrompre l’évacuation de cet endroit devenu bien trop exposé et où le port est encombré d’épaves, pour concentrer les opérations à Port-Dickson.
Au sud… Les forces du Commonwealth contre-attaquent à l’aube sur le front de Kulai. Les Japonais sont repoussés de 3 km, mais la contre-attaque s’épuise vers midi. Les Britanniques se replient sur leurs positions de départ, où ils avaient fait face aux assauts de la veille.
Java
Les forces japonaises exécutent deux débarquements distincts à Java, l’un à Kragan, l’autre près de Pekalongan. Le premier est protégé par les unités du Vice-Amiral Ozawa, le second par le groupe du Contre-Amiral T. Tagaki. Les opérations commencent une heure après le lever du jour, mais ne se déroulent pas sans difficultés. A Kragan, les avions du Ryujo doivent bombarder et mitrailler les Hollandais qui s’accrochent près des plages pour ouvrir la voie à leur infanterie.
A 08h30, l’amiral Helfrich a une vue assez précise de la situation et demande à la RAF tout l’appui aérien qu’elle peut lui fournir. Ce n’est qu’à 11h30 que les premiers bombardiers alliés apparaissent au-dessus des plages de Pekalongan, quand neuf Blenheim IV escortés par douze Hurricane II attaquent les transports japonais en plein débarquement de troupes et de matériel lourd. Les attaquants ne sont pas détectés avant la dernière minute et parviennent à détruire deux transports et à endommager le chasseur de sous-marins CH-13. A 14h10, une formation de douze Manchester du Sqn 106 attaque ces mêmes plages. Effectué de 16500 pieds, le bombardement n’est pas très précis, mais il fait une si forte impression sur le commandant local japonais que les opérations de débarquement sont suspendues pour près d’une heure, ne reprenant qu’à 15h05. Peu après, deux bataillons hollandais tentent d’attaquer Pekalongan, mais ils sont repoussés grâce aux canons des navires de Takagi.
Pendant ce temps, les avions japonais sont très actifs au-dessus des villes de Java. Bandoeng et Batavia, ainsi que Sœrabaya, sont frappées deux fois par des bombardiers basés à Kuching ou à Kendari. Le raid sur Batavia est escorté par 18 A6M2, qui mitraillent à loisir la cité. D’un point de vue purement militaire, ces attaques ne sont pas très destructrices, mais, effectuées sans grande opposition, elles provoquent un vaste mouvement de panique dans la population locale. Les réfugiés fuyant les villes commencent à s’agglutiner sur les routes et les pistes allant vers l’ouest ou la côte sud, et gênent sérieusement les mouvements des troupes hollandaises.
De leur côté, les avions de Nagumo mènent une attaque très efficace contre Tjilatjap, où ils coulent deux cargos et endommagent quatre autres navires.
Côte Orientale de l’Australie
Le Ro-63 quitte la zone de Brisbane pour retrouver le reste de la flottille. Cent vingt nautiques au large de Brisbane, il aperçoit l’Américain Jefferson Myers (7582 GRT, Pacific Atlantic Steamship Co, allant de Seattle à Brisbane avec du bois de construction et du matériel militaire). A 13h00, le sous-marin lance quatre des six torpilles qui lui restent. L’une frappe le transport en plein milieu et le casse en deux. Une autre touche la partie arrière, qui coule aussitôt, et le Ro-63 continue sa route.
Le Jefferson Myers n’a pas eu le temps d’envoyer un message de détresse, sa radio étant à l’arrière. Mais les survivants de la partie coulée peuvent monter sur la section avant. Celle-ci, bien qu’elle prenne l’eau, reste à flot grâce au bois contenu dans ses cales avant. Malheureusement, la proue est prise dans un courant tropical qui l’emporte au large. Ce n’est que cinq semaines plus tard qu’elle est repérée par un hydravion de la RAAF et que les hommes d’équipage sont récupérés, amaigris mais vivants ! La proue abandonnée s’échouera deux mois plus tard sur la côte du Gippsland.
2 mars
Comme des ouvriers français réquisitionnés commencent à déblayer les ruines laissées par la bataille et l’explosion du HMS Vortigern, les deux torpilles lancées par le MTB-74 décident finalement d’exploser elles aussi. La première détonne à 16h00, détruisant les portes du bassin de la “Vieille Entrée”. A 17h05, la seconde torpille l’imite, parachevant cette destruction au point que les sous-marins allemands vont devoir attendre six mois la remise en service de leurs installations d’entretien et de réparations.
Affolés, les hommes de la garnison se mettent à tirailler au hasard dans la ville, soupçonnant des commandos restés embusqués quelque part, ou une attaque de la Résistance. Une rafale d’arme automatique sectionne même un important câble électrique, plongeant dans le noir le port et une grande partie de la ville. Les Allemands considèrent cet accident comme une nouvelle preuve d’une action de sabotage de la Résistance.
A 19h00, les soldats commencent à rafler n’importe où un grand nombre de civils (selon les récits, entre 150 et 225 hommes, femmes et enfants), ainsi que le maire de la ville, M. Grimaud, et le conseil municipal. A 21h00, le chef de la garnison déclare à M. Grimaud qu’il exécutera tous les otages (dont M. Grimaud lui-même) le lendemain matin à 06h00 en cas de nouvelle attaque contre les forces allemandes. Par bonheur, la nuit est calme…
Méditerranée centrale et occidentale
Devant les résultats obtenus jusqu’alors, le Général Bouscat décide de suspendre la deuxième étape de l’opération Avenger/Vengeur. Ses avions ont détourné le plus possible l’attention de l’Axe et les raids sur les aérodromes deviennent de plus en plus coûteux pour un rapport limité. Les avions alliés continuent simplement à harceler les terrains de l’Axe ainsi que la navigation côtière sur la côte sud de la Sicile et autour de Pantelleria et de Lampedusa, totalisant 153 missions dans la journée.
L’opération “Jaguar” est discutée par le Conseil National de la Défense français.
En fin de journée, l’escadre de l’Amiral Gensoul rentre dans le port d’Oran, où le croiseur endommagé Savannah est déjà en cale sèche.
Péloponnèse
Front est – Dès l’aube, les unités britanniques lancent une puissante attaque contre les unités italiennes qui leur barrent la route de Sparte. En dépit d’une considérable supériorité en artillerie, les troupes indiennes, maintenant appuyées par le 1er King’s Royal Rifle Corps et la 4ème Brigade Blindée, avancent lentement face à une défense très énergique. Plus d’une douzaine de chars Cruiser sont détruits en attaquant les positions défendues par les blindés de la division Littorio. Néanmoins, vers midi, les troupes italiennes commencent lentement à se replier vers Sparte, sous de constantes attaques aériennes des Blenheim du 238ème Wing. A partir de 13h00, les Vultee Vengeance du GCCS IV/22 commencent à accabler les Italiens en retraite, soutenus par les P-39D français et yougoslaves. Le mince blindage des M13/40 est très vulnérable au canon de 37 mm du P-39D et le Yougoslave Miha Ostric en détruit trois à lui tout seul.
Sur la côte, Githion finit par tomber en fin de journée, après une nouvelle journée de combats au corps à corps et l’engagement de la 32ème Brigade de chars de l’Armée britannique. Pour en finir, les soldats grecs ont en effet reçu l’aide des “chars d’infanterie” Matilda II du 4ème Royal Tank Regiment.
Mais le soutien aérien n’est pas à sens unique. La Luftwaffe fait un gros effort dans la matinée pour tenter d’empêcher les opérations de débarquement du XXXème Corps britannique. Elle lance en deux vagues 36 Ju-88 et 27 Ju-87 escortés par 40 Bf-109, déclenchant l’une des principales batailles aériennes de Crusader/Croisade. Les avions allemands sont interceptés par les Hurricane et les Hawk-87 des 239ème et 243ème Wings de la RAF (et de la SAAF), aidés par les Hawk-87 français du II/7. Les chasseurs alliés abattent 11 Ju-88, 13 Ju-87 et 12 Bf-109, perdant eux-mêmes 14 Hurricane II et 17 Hawk-87/P-40E. Inévitablement, un certain nombre de bombardiers réussissent à passer, incendiant deux transports qu’il faut échouer. Le DE de classe Hunt Kujawiak (polonais), frappé par deux bombes, chavire. Les corvettes ASM de classe Flower Primula et Snapdragon sont elles aussi victimes des bombes allemandes.
Front centre – Le 1er Corps d’Armée français continue à avancer vers le nord-est. Alors que ses éléments de tête atteignent les passes qui s’ouvrent vers la vallée de Sparte, la 9ème Division Coloniale se heurte à une violente opposition dans un paysage de collines rocheuses, mais les défenseurs sont repoussés en début d’après-midi. Sur la route Kalamata-Tripolis, les éléments de la 1ère D.B. et de la 1ère D.I. progressent plus rapidement. Cependant, le mauvais état de la route met à rude épreuve la logistique française et le commandant de la 1ère Brigade de la 1ère D.B., le Général Langlade, décide de réorganiser ses forces en petits groupements constitués chacun autour de deux compagnies de SAV-41 (30 chars).
Front ouest – Sur la côte ionienne, le 2ème Corps d’Armée fait de son mieux pour ne pas perdre son élan après la percée de la veille. Là aussi, le mauvais état de la route et les difficultés d’organisation logistique sont un plus gros obstacle que les défenses italiennes. Le commandant du 2ème C.A., le Général Béthouart, parcourt les plages en personne pour accélérer le débarquement des hommes et du matériel. A Pyrgos, le Général Billote sonde les défenses italiennes sur la route de Patras, pendant que la “Brigade Leclerc” élimine les derniers défenseurs italiens à l’est de la ville et commence à progresser sur des axes secondaires pour couper la retraite de la 53ème division d’infanterie italienne.
Grèce du nord et Mer Egée
Sur Limnos, les combats se poursuivent, mais les défenseurs italiens se battent maintenant avec désespoir, ayant attendu en vain toute la nuit un convoi de renforts – car personne n’a pensé à les prévenir de l’annulation de l’opération.
Dans la matinée, le 244ème Wing de la RAF (Sqn 3 – RAF et Sqn 450 – RAAF) pose à Limnos ses 28 P-40E pour assurer la défense aérienne locale. Ils ont été précédés, à l’aube, par un DC-3 français escorté par des P-38, qui a débarqué un échelon avancé de mécaniciens de la 13ème Escadre de Chasse. En effet, il est prévu d’utiliser le terrain comme escale de ravitaillement pour les NA-73 de la 13ème EC, même si leur entretien général doit continuer d’être effectué sur les bases de Chios et Mytilène. En revanche, ce terrain est encore trop court pour être utilisé par des P-38 à pleine charge.
La défense aérienne locale est mise à l’épreuve dès ce premier après-midi. Volant au ras de l’eau, 24 Bf-110 C et D du ZG-26 effectuent une attaque surprise à basse altitude, détruisant sur le terrain cinq P-40E et le DC-3 de la 13ème EC. Les P-40E de la patrouille de couverture attaquent la formation ennemie au moment où elle se retire et abattent trois Bf-110 au prix d’un autre chasseur Curtiss.
Le soir, les contre-torpilleurs Le Fantasque et Le Terrible escortent jusqu’à Limnos un petit pétrolier converti en ravitailleur d’hydravions pour la Flottille AT-11 de l’Aéronavale. Au même moment, neuf hydravions Northrop N3M se posent dans le port.
De leur côté, après une escale à Tirana, les avions du Xème FliegerKorps ont commencé à partir de midi à arriver sur les terrains de Salonique et de Kavalla, d’où ils doivent opérer contre Limnos. Le transfert de l’ensemble de l’unité doit prendre toute la journée et une partie du jour suivant. Alertée par l’intensification du trafic radio allemand, l’Armée de l’Air lance dans la nuit contre ces terrains une attaque de Consolidated-32 guidés par le système Gee, qui ne remporte qu’un succès limité (six avions allemands détruits pour deux Consolidated-32 abattus par des chasseurs de nuit allemands) mais crée une grande confusion.
Moscou
La délégation soviétique envoyée aux Etats-Unis revient sans avoir conclu d’accord politique de grande ampleur, essentiellement à cause du désaccord concernant les Pays Baltes. Pourtant, un accord de commerce et de crédit a été conclu, permettant à l’Union Soviétique d’utiliser un crédit à 2,5% sur vingt ans pour se procurer des fonds aux Etats-Unis.
Ce même jour, en grand secret, une délégation japonaise des ministères des Affaires Etrangères et du Commerce Extérieur arrive à Moscou.
Malaisie – Singapour
Robin Meyrson, du NY Times, réussit à fuir la Malaisie : « Port-Dickson doit être un endroit charmant, en temps de paix. Des plantations d’hévéas à perte de vue, un club entouré de beaux arbres alignés au cordeau, des courts de tennis, et surtout une plage en pente douce bordée de cocotiers. C’est cette plage qui représentait les derniers espoirs d’évacuation pour les forces du Commonwealth encerclées dans le nord-ouest de la Malaisie et pour de nombreux civils. Car les populations locales ont choisi leur camp. Les Japonais, dont les exactions sont connues de tous, n’inspirent que la peur et la haine. Aux Anglais et aux Australiens va le respect dû au courage malheureux et à la défaite honorable.
De nombreux bombardements japonais n’ont fait qu’ajouter au chaos et accélérer encore les allers et retours frénétiques de bateaux très variés, allant de Port-Dickson à Palembang au sud, ou à Belawan et Medan au nord. C’est ainsi que j’ai embarqué – par miracle ou grâce au prestige du Dollar et de la Presse américaine ? – sur un bateau de pêche. Un rafiot minuscule mais, si j’ai bien compris l’anglais du capitaine et de son unique matelot, protégé des bombes japonaises par une divinité locale, sculptée à l’avant. Je pense plutôt que les pilotes japonais n’ont même pas dû nous voir… »
Les Japonais entrent dans Kuala-Lumpur, abandonnée par les troupes du Commonwealth.
Sumatra
Les survivants de la SARFORCE (les unités du Commonwealth qui ont défendu Kuching et Sarawak) parviennent à Palembang. Grâce à de petits bateaux rassemblés à Bandjarmasin avant l’invasion, ils ont réussi à voyager par petits groupes à travers les archipels jusqu’à l’île de Billiton, d’où des caboteurs hollandais les ont conduits à Palembang. Au total, 2 170 hommes (sur 4 150 au 7 décembre 1941) se retrouvent ainsi à Sumatra, mais ils n’ont avec eux que le matériel qui a pu trouver place, entier ou en pièces détachées, dans de petits bateaux à voile. Hommes et officiers ont besoin de soins et de repos.
Java
Les troupes japonaises débarquées à Kragan arrivent aux abords de Sœrabaya, tandis que celles débarquées à Pekalongan marchent vers l’intérieur de l’île. Bandoeng et Batavia sont à nouveau bombardées par les avions de la Marine et les deux villes sont paralysées par la terreur qui frappe les habitants. Le système ferroviaire, à traction électrique, souffre particulièrement du bombardement de Batavia, ce qui empêche l’envoi de renforts et de ravitaillement aux unités qui tentent de résister aux envahisseurs.
Océan Indien
Le pétrolier de l’US Navy Pecos a quitté Tjilatjap pour Colombo, mais trop tard pour échapper à l’attention des avions de l’Amiral Nagumo. Il est repéré et coulé par les bombardiers du Kaga et de l’Akagi.
3 mars
La grande gare de triage d’Aix-la-Chapelle est la cible d’une attaque de nuit massive des bombardiers de la RAF. Pour la première fois, grâce au système Gee d’aide à la navigation, les bombardiers de la RAF parviennent à une “concentration des moyens dans le temps et dans l’espace”, qui se traduit par ce que l’on appellera plus tard un “courant de bombardiers” (bomber stream). Ce raid historique, auquel participent 350 bombardiers, endommage sévèrement les installations ferroviaires.
Méditerranée centrale
Les NA-73 français basés en Afrique du Nord poursuivent leurs missions offensives “Mandragore” sur la Sicile. Onze avions italiens et quatre NA-73 sont abattus.
De leur côté, les bombardiers français limitent leurs attaques, mais les concentrent sur l’île de Pantelleria.
Et dans la nuit, 18 Wellington de la RAF basés à Sfax attaquent l’île de Lampedusa.
Mer Ionienne
L’Amiral Rawlings s’attend toute la journée à de puissantes attaques aériennes, car sa force doit encore protéger les transports qui débarquent hommes et ravitaillement pour le 2ème C.A. français. Cependant, entre le début du transfert du Xème FliegerKorps en Grèce du nord et la punition subie par la Regia Aeronautica durant l’opération Avenger/Vengeur, cette menace ne se matérialise pas. Une autre le fait, comme le raconte Yvon Lagadec.
« C’est avec retard, bien sûr, et de façon non officielle, que j’apprends la triste nouvelle : vers 09h45, le 3 mars, le vieil Eagle a été crucifié par trois torpilles d’un sous-marin. Il a sombré en moins d’une heure. Ce vieux cuirassé converti en porte-avions n’avait pas les qualités des bâtiments américains que je commençais à connaître, ni le blindage de la nouvelle génération de porte-avions anglais, mais, à titre personnel, ce naufrage m’inquiète un peu. Avant le Lexington, j’ai en effet servi sur le Béarn – coulé au champ d’honneur, l’Ark Royal – même chose, le Formidable – pareil… et, en mars 41, sur l’Eagle, qui avait tenu le coup jusque là. Je vous ai dit que les marins sont superstitieux, nous avons des raisons ! » C’est le sous-marin allemand U-73, l’un des quelques survivants de l’opération “Lumière Bleue” de l’automne précédent, qui a réussi ce torpillage.
De plus, à 13h15, le croiseur Birmingham, gravement endommagé la veille et qui se traîne à 6 nœuds vers Benghazi, escorté par les DD Wrestler et Zulu, ne peut éviter une torpille tirée par le sous-marin italien Turchese. Les voies d’eau deviennent incontrôlables et le croiseur coule à 14h35.
Péloponnèse
Au sud-est, dans le secteur britannique, les troupes indiennes maintiennent un rythme d’avance lent mais continu. La 5ème Brigade indienne a pris la tête et la 22ème Brigade blindée fait mouvement vers le nord pour relever la 4ème Brigade blindée. En fin de journée, ces troupes sont à 5 km au sud de Sparte, où les Italiens du 12ème Régiment de Bersaglieri et du 133ème Régiment d’Artillerie se sont retranchés.
Au même moment, la 9ème Division d’Infanterie Coloniale approche elle aussi de Sparte, mais par l’ouest, après avoir passé les cols des Monts Taygètes. Ce chemin est si difficile que les Italiens ont négligé de bâtir des barrages ou de disposer une ligne de défense, car ils ne pouvaient croire qu’une grande unité puisse attaquer par cette voie. Guidés par les Tabors marocains, les tirailleurs sénégalais de la 9ème DIC démontrent une nouvelle fois l’exactitude du proverbe militaire ainsi exprimé par le Prince de Ligne : « Où une chèvre est passée, une armée passera. » Dans la soirée, les artilleries française et britannique commencent à pilonner les positions italiennes, en préparation d’un double assaut prévu pour le jour suivant. Les 6ème et 25ème Field Regt – Royal Artillery continuent à bombarder toute la nuit.
Au centre, des éléments de la 1ère D.B. de Langlade, remontant vers le nord sur la route Kalamata-Tripolis, rencontrent l’avant-garde de la 1ère D.I. yougoslave, qui a progressé d’ouest en est en combattant sans arrêt depuis vingt-quatre heures. Cette jonction piège des troupes italiennes dans le sud-ouest du Péloponnèse.
Au nord-ouest, les hommes du Général Kœnig (la Brigade Mobile de la Légion) progressent eux aussi d’ouest en est, vers Tripolis. A 22h00, le Général Langlade peut signaler au commandant du 1er C.A., le Général du Vigier, qu’il espère faire également la jonction avec la Brigade Kœnig dans les quarante-huit heures.
Toute la journée, les opérations d’appui au sol de l’aviation alliée ont été intenses. Près de Kalamata, les sapeurs français préparent une piste grossière pour des patrouilles de couverture opérant dans la zone Troyen. En fin de journée, l’aérodrome de Molai est considéré comme suffisamment remis en état pour que les Hurribombers du Sqn 6 de la RAF et les P-40C des Sqn 260 et 335 (Hellenic) puissent être transférés sur place. Ce sont les premiers appareils alliés à opérer d’Europe continentale depuis juillet précédent.
Grèce du nord et Mer Egée
Le temps se gâte peu à peu au fil de la journée. La neige commence à tomber avant l’aube sur le Massif du Rhodope et bientôt, tout le nord de la Mer Egée est balayé par des vents violents, porteurs de rafales de pluie et de neige. Dans le port de Limnos, un hydravion N3M de la flottille AT-11 est très endommagé quand une de ces rafales le drosse sur le rivage. Cependant, le vent et le froid achèvent d’écœurer les derniers défenseurs italiens, qui se rendent vers midi.
Le mauvais temps réduit aussi sérieusement l’activité aérienne. La Luftwaffe ne lance qu’un raid contre Limnos, avec 18 Ju-88 du KG-77 escortés par 24 Bf-109 du JG-53. Ce raid est détecté par le radar Type-279 du CLAA HMS Euryalus, qui croise au sud de Limnos accompagné par les DD Gurkha et Sikh. Le croiseur dirige sur les attaquants seize P-40E de la RAF. La formation allemande perd quatre bombardiers et cinq chasseurs en échange de cinq P-40E.
Malaisie – Singapour
Les forces japonaises marchent de Kuala-Lumpur vers Port-Dickson, davantage ralenties par un état sanitaire lamentable que par les dernières forces britanniques. Le choc du climat et de l’environnement malais a été rude pour des hommes venant directement de Chine du Nord, sans parler de l’omniprésence du paludisme, en l’absence de réserves de quinine suffisantes pour toute l’armée.
Malgré ces maux, l’offensive reprend vers le sud contre Kulai et Gunong Pulai. Les positions de la 8ème Brigade d’Infanterie indienne sont attaquées à deux reprises par les bombardiers Ki-21 de l’Armée, basés à Kuching.
Au début de la nuit, douze Manchester basés à Palembang bombardent les dépôts de ravitaillement japonais à Mersing. Cette attaque est peu efficace, car les bombardiers manquent d’équipements de navigation fiables.
Java
Une partie des forces japonaises débarquées à Kragan, à l’est de l’île, commencent à s’attaquer aux défenses de Sœrabaya. D’autres unités, contournant la ville, font dans la soirée la jonction avec les troupes débarquées à l’ouest sans avoir à vaincre une forte résistance.
Les colonnes qui avancent vers Tjilatjap et Bandoeng sont ralenties par les unités de la KNIL, tandis que six Blenheim venus de Palembang-II attaquent les troupes avançant vers Batavia, mais la dispersion des forces voue à l’échec la défense de Java.
Japon
Comme les premiers Ki-44-I-Ko de série sont livrés par l’usine Nakajima Ota, le Chutai expérimental qui déployait des avions de pré-série au Tonkin est transformé sur la base de Narimasu en 47ème Sentai, équipé du nouveau chasseur “radical” de l’Armée japonaise. L’avion est aussi critiqué par les vétérans habitués à l’agilité du Ki-27 qu’il est apprécié par les novices, qui louent sa vitesse (580 km/h à 4500 m), son armement (4 x 12,7 mm) et son aptitude à grimper vite et à plonger jusqu’à 850 km/h sans problèmes. C’est le fait qu’il privilégie la vitesse sur la maniabilité qui l’a fait étiqueter “radical” – du point de vue japonais. L’usine d’Ota doit en construire 50 par mois.
Pacifique Sud-Ouest
Le I-5 et les Ro-61, Ro-62 et Ro-63 se retrouvent au point convenu et mettent le cap vers Kwajalein en formation espacée. Ils doivent passer au sud de la Nouvelle-Calédonie et à l’est des Nouvelles-Hébrides, pour éviter les concentrations de forces alliées signalées dans la Mer de Corail. Mais leur dernier et plus beau coup est encore à venir.
4 mars
Les activités aériennes se limitent à un raid allié de moyenne importance contre Pantelleria et à quelques missions “Mandragore” contre la Sicile. Trois NA-73 sont perdus, pour cinq avions italiens abattus en approche ou sur les pistes.
Mer Ionienne
Considérant que les opérations de débarquement en zone Ajax sont terminées, le Contre-Amiral Rawlings ordonne à sa force de se retirer vers Benghazi, où ses navires doivent ravitailler et se préparer pour “Jaguar”.
Péloponnèse
Le temps se détériore durant la nuit et la journée est marquée par un vent violent, une couverture nuageuse de 10/10, un plafond bas et de la pluie, remplacée par de la neige au dessus de 500 m. Aucune activité aérienne n’est possible. Les terrains de l’Axe en Grèce continentale sont d’ailleurs soumis à de très mauvaises conditions météo depuis minuit. Pendant toute la journée, la dépression pesant sur les Balkans et la Grèce du Nord descend lentement vers le sud.
C’est dans ces difficiles conditions que commence la bataille de Sparte. La 4ème Division d’Infanterie indienne et le 1er King’s Royal Rifle Corps lancent trois attaques frontales successives contre les défenses italiennes. Les combats se déroulent presque toujours sous la pluie, avec ce que le journal du 1er King’s Royal Rifle Corps décrit comme « un niveau de férocité jusque là inconnu dès l’entrée dans Sparte. Chaque maison a été prise, perdue et reprise jusqu’au crépuscule, comme si l’esprit des anciens Spartiates possédait les combattants. » La 5ème Brigade Indienne est maintenant aidée par la 7ème.
A 13h00, le 1er Buffs (East Kent) et le 3/1er Punjab Regt font mouvement sur l’aile gauche du 1er King’s Royal Rifle Corps, dégageant un peu d’espace pour avancer, quand les Bersaglieri lancent une contre-attaque. Les combattants des deux camps sont si proches que l’artillerie britannique ne peut tirer. A 14h50, le 3/1er Punjab est menacé d’encerclement dans un petit faubourg. Le Major Général Messervy engage alors le 4/11 Sikh, qui se bat pour maintenir la liaison entre le 3/1er Punjab et les autres troupes britanniques. A 17h20, l’attaque italienne perd de sa vigueur, mais le 3/1er Punjab ne peut reprendre sa marche en avant.
Par ailleurs, les chars Cruisers souffrent beaucoup des tirs d’enfilade des Semovente embusqués, et le Général Norrie doit demander que la 32ème Brigade Blindée de l’Armée rejoigne Sparte aussi vite que possible.
Pendant que Britanniques et Indiens attaquent du sud, les Marocains et les Sénégalais de la 9ème D.I. Coloniale (brigades Carpentier et Dody) attaquent de l’ouest. Leurs chars d’infanterie Valentine VI se montrent plus utiles dans ces conditions que les chars Cruisers, même si le terrain ne favorise guère la manœuvre blindée. A midi, les tabors et les tirailleurs engagent directement la zone de défense centrale des Italiens. Là encore, la défense est énergique et courageuse.
A 14h30, averti que des renforts italiens arrivent de Tripolis, le Général de Monsabert rappelle temporairement l’attaque pour permettre à la Brigade Carpentier de faire mouvement vers le nord, afin de barrer la route principale. La Brigade reçoit à ce moment une compagnie de SAV-41 et une de SAU-41 automoteurs. Les renforts italiens sont des éléments de la 3ème Division Celere (motorisée) “Principe Amedeo Duca d’Aosta”, commandée par le Général Mario Marazzani et basée à Tripolis. Il s’agit du 3ème Bersaglieri et du 5ème Régiment de Cavalerie “Lancieri di Novara” avec vingt tankettes L6 et quatre Semovente L40 de 47/32. A 16h15, les troupes françaises engagent la colonne de renfort à 900 m, mais la bataille dégénère vite en une mêlée à courte portée. Dépassés par la puissance de feu des blindés français, les Italiens sont vite mis sur la défensive. Cependant, ils ne perdent pas leur cohésion et retraitent en bon ordre vers Tripolis sous le couvert de la nuit, bien que presque tous leurs véhicules aient été détruits. La Brigade Carpentier doit s’arrêter vers 20h30 pour ravitailler en munitions et en carburant. Même si la route est sous le feu des 75 mm des SAU-41, elle n’est pas véritablement coupée et Sparte n’est pas tout à fait encerclée.
Si la bataille pour Sparte est difficile contre les Italiens, les troupes franco-yougoslaves qui progressent sur la route Kalamata-Tripolis font face à un autre ennemi : la pluie. En effet, les routes locales s’effondrent facilement sous les très fortes précipitations. Les sapeurs sont constamment à l’ouvrage pour stabiliser la route et permettre aux blindés et aux autres véhicules d’avancer.
Les conditions météo sont tout aussi mauvaises pour les hommes de Kœnig, mais la route est un peu meilleure, ou peut-être les sapeurs de la Légion sont-ils plus efficaces (ils ont derrière eux une solide tradition). Même si le rythme de son avance baisse, la Brigade parvient à la tombée de la nuit à 8 km du croisement de la route Kalamata-Tripolis.
Grèce du nord et Mer Egée
Le temps est si mauvais que l’activité aérienne est à peu près nulle dans toute la région. Les unités de la 7ème Division Aéroportée allemande commencent à arriver à Salonique, où le Lt-Général Erich Petersen a établi son QG. De leur côté, les premiers éléments de la 5ème Division de Montagne arrivent à Alexandropoulis après 24 heures de voyage en train.
Malaisie – Singapour
Les troupes japonaises approchent de Port-Dickson, bombardé toute la journée par les avions de la Marine. La ville brûle, ce qui n’empêche pas des caboteurs, bateaux de pêche et autres esquifs de continuer d’évacuer des troupes et des civils, à l’abri d’un énorme panache de fumée produit par les plantations d’hévéas en flammes.
Dans le secteur de Kulai, la “zone fortifiée”, tenue par la 8ème Brigade d’Infanterie indienne, est maintenant attaquée en force par les Japonais. L’artillerie britannique joue un rôle important pour repousser les assaillants, mais elle commence à être la cible des bombardiers en piqué du 1er Dokuritsu Sentai de l’Armée japonaise.
Indochine
Des avions japonais basés à Binh Dinh bombardent deux fois dans la journée Pleiku et Ban Me Thuot. Sur le terrain improvisé de Pleiku, un Potez-25 TOE et un Potez-29 Casevac sont détruits par les bombes.
Kendari (sud de Célèbes)
Dans la nuit, le port de Kendari est bombardé par quatorze Manchester basés à Palembang. Ce bombardement, malgré l’absence d’aides à la navigation, est relativement précis et un certain nombre d’entrepôts sont incendiés. Au retour, un Manchester doit effectuer un atterrissage d’urgence sur le terrain de Bandoeng (Andir) en raison d’ennuis de moteur.
Java
Les troupes hollandaises qui défendent Sœrabaya sont engagées à fond, et la ville est bombardée par les avions de la Marine basés à Kendari et à Timor. Les colonnes japonaises avançant vers Tjilatjap rencontrent elles aussi des unités hollandaises, mais la défense très statique de celles-ci les rend vulnérables au débordement qui est l’arme favorite des Japonais.
Fremantle
Arrivée du vieux cuirassé Condorcet, transformé en ravitailleur de sous-marins et transportant des torpilles, des accumulateurs et des pièces détachées pour les sous-marins français opérant en Extrême-Orient.
5 mars
L’Amiral Gensoul, accompagné du Contre-Amiral américain H. Kent Hewitt, rencontre l’Amiral Lemonnier (Commandant en Chef de la Marine Nationale) pour lui proposer une autre opération offensive coordonnée avec la troisième étape d’Avenger/Vengeur et “Jaguar”. Après discussion avec le Général Bouscat (Commandant de l’Armée de l’Air), l’idée est soumise au Conseil de Défense Nationale, en raison de l’aspect politique tenant à la participation d’une Task-Force américaine à l’opération projetée.
Péloponnèse
Une nouvelle fois, les aviations des deux camps sont contraintes à l’inaction en raison d’un très mauvais temps. Des averses de pluie et de neige mêlées, poussées par un fort vent de nord-est, interdisent autre chose que quelques sorties individuelles – et risquées. Cependant, près de Kalamata, le terrain provisoire baptisé K-1 est maintenant prêt à recevoir des chasseurs, dès que le temps le permettra.
Autour de Sparte, la bataille fait rage, de l’aube grisâtre au crépuscule. Alors que des éléments de la 32ème Brigade de chars de l’Armée soutient une nouvelle attaque de la 4ème D.I. indienne, le 1er King’s Royal Rifle Corps tente de déborder les positions italiennes par l’est de la cité, avec l’aide du 2ème Royal Tanks Rgt (RTR), que le Général Gott a engagé pour renforcer l’attaque. Sous une pluie drue et froide, qui cède parfois la place à de la neige fondue, les Britanniques avancent jusqu’à 11h00. Ils se heurtent alors à de nouvelles défenses italiennes et sont contre-attaqués par une formation mixte de chars M13/40 et M14/41 et de canons automoteurs Semovente de 75/18. La visibilité est faible et les équipages des chars n’y voient à peu près rien lorsque leurs écoutilles sont fermées. La contre-attaque jette donc d’abord quelque confusion parmi les Britanniques. Les chars du 2ème RTR sont des Nuffield A15 Crusader pour les Squadrons A et B, et des Cruisers A13 pour le Squadron C. Le champ de bataille est étroit et le Régiment ne parvient pas à se déployer complètement, donnant leur chance aux blindés italiens, qui détruisent en peu de temps onze chars britanniques avec de faibles pertes.
Le Brigadier Jock Campbell, qui a suivi les chars du 2ème RTR dans sa voiture d’état-major, descend de celle-ci et, à pied, commence à rallier les troupes et à diriger l’organisation des tirs du 7ème Groupe d’Appui antichar qui, à bout portant, arrêtent la contre-attaque italienne. A 13h00, les Britanniques ont surmonté la crise, mais les pertes sont lourdes des deux côtés. Comme la poussée de la 4ème D.I. indienne s’essouffle aux abords de Sparte, le 3/1er Punjab étant de nouveau cloué sur place par un feu meurtrier venant de maisons en ruines et de barrages routiers, le Brigadier Campbell relance son attaque de débordement vers 16h00. Il emmène les chars du 2ème RTR au milieu des oliviers et à travers de petits champs, à la poursuite de l’infanterie et des chars italiens en rertraite.
A l’ouest de Sparte, les brigades Carpentier et Dody Brigades (9ème D.I.C.) ont été rejointes dans la nuit par la brigade Morlière. Celle-ci fixe les défenseurs pendant que les deux autres reprennent leur mouvement vers le nord-est pour couper la route Sparte-Tripolis. A 14h30, en dépit des contre-attaques de la 3ème Division Celere, la route est solidement tenue par les troupes françaises. Juste avant 15h00, une colonne de douze tankettes L6 et d’infanterie motocycliste tente de forcer le passage. Elle est engagée par des canons automoteurs SAU-41, qui n’en laissent en peu de temps que des épaves en flammes. A 19h00, quand l’intensité des combats commence à diminuer, l’encerclement de Sparte est presque complet ; seule une petite piste paysanne courant parmi les collines sur un terrain rocheux relie encore à l’extérieur les forces combattant dans la ville.
Le 1er C.A. français ne participe pas seulement à la Bataille de Sparte. Certains de ses éléments blindés progressent lentement vers le nord, sur la route Kalamata-Tripolis. En dépit du mauvais temps et de la médiocrité des routes, épuisant les équipes de sapeurs, la Brigade Langlade (1ère D.B.) fait en fin de journée la jonction avec la Brigade Mobile de la Légion, dont les premières unités, accompagnées du Général Kœnig lui-même, ont franchi un col à moyenne altitude quelques heures auparavant, dans une tempête de neige.
Grèce du nord et Mer Egée
Comme le temps s’améliore lentement, l’offensive aérienne de la Luftwaffe contre Limnos reprend. Juste après midi, le radar de l’Euryalus détecte un raid important (28 Ju-88 du KG-77 escortés par 24 Bf-109 du JG-53). A 12h15, le Directeur de la Chasse décide de faire décoller les P-38 de la 2ème E.C. basés à Mytilène pour renforcer les P-40 en patrouille et, quelques minutes plus tard, le commandement local de l’Armée de l’Air lance huit NA-73 en mission “Mandragore” sur la Grèce du nord.
Le raid de la Luftwaffe fait d’abord face à 12 P40-E au nord-ouest de l’île. Puis, arrivent les P-38 de Mytilène, alors que la formation de bombardiers est déjà au-dessus de Limnos. La bataille aérienne dure environ 15 minutes avant le départ des attaquants. Mais quand les P-40, à bout de carburant, reviennent se poser, ils constatent que leur terrain est attaqué par douze Bf-110 du ZG-26. Les P-38, qui poursuivaient les Allemands en retraite, sont rappelés, mais ils ne peuvent attraper que quelques retardataires.
Toute cette opération a porté un coup sévère aux forces aériennes alliées protégeant Limnos. Neuf P-40E ont été détruits (dont trois au-dessus du terrain), ainsi que quatre P-38. Les pertes allemandes ne sont pas minces : huit Ju-88, sept Bf-109 et 3 Bf-110 ont été abattus par les avions alliés, plus un Bf-110 détruit par la DCA de l’aérodrome. Néanmoins, le terrain a été sérieusement endommagé par le bombardement.
Les NA-73 en mission “Mandragore” engagent de nombreux avions de l’Axe entre Kavalla et Salonique. Ils abattent trois Bf-109 en l’air et deux Bf-108 de liaison malchanceux près de Kavalla. Puis, à Salonique, ils détruisent au sol deux Ju-52 et un appareil qu’ils décrivent comme « une curieuse variante de Heinkel 111 », au prix de trois d’entre eux, dont deux abattus par la flak de Salonique.
En fin de journée, l’A.V.M. Tedder discute avec son état-major de la situation aérienne au-dessus de la Mer Egée. La réaction de la Luftwaffe semble très forte et pourrait préparer une possible contre-attaque, d’autant plus que le trafic Enigma indique que des mouvements de troupes sont en cours vers Salonique et la Grèce du nord, donc sans lien avec les combats dans le Péloponnèse. La perspective de voir Limnos aimanter les efforts de la Luftwaffe, allégeant une possible pression sur le Péloponnèse, joue un rôle important dans les décisions prises lors de cette réunion.
La Force Aérienne de Mer Egée ne va pas se contenter d’envoyer davantage d’avions renforcer le malheureux 244ème Wing de la RAF (réduit à cinq Kittyhawk en état de vol), mais il va transférer à Limnos le GC III/1, chargé jusqu’alors de la défense aérienne d’Héraklion. Cette unité est la seule du théâtre de Mer Egée à voler sur Spitfire V. La DCA à courte portée doit être améliorée. Enfin, tant qu’un radar ne sera pas disponible pour Limnos, le CLAA Euryalus assurera l’alerte radar avancée.
Moscou
Signature d’un accord commercial entre l’URSS et le Japon. Celui-ci est autorisé à acheter du bois d’œuvre, du ciment et des briques (principalement auprès des usines soviétiques d’Extrême-Orient) et à les payer en caoutchouc et en conserves de poisson, ou en or. Cet : accord est considéré comme “humanitaire”, puisqu’il concerne ce que les diplomates soviétiques appellent « des matériaux non destinés à la guerre ».
Malaisie – Singapour
Port-Dickson tombe aux mains des Japonais en début d’après-midi.
La bataille autour de la zone fortifiée de Kulai se poursuit. Les avions du 1er Dokuritsu Sentai, qui sont maintenant basés à Kuala-Lumpur, sont très actifs contre l’artillerie britannique et pour soutenir directement leurs troupes. Deux Aichi D1A2 et un Ki-36 Army sont cependant abattus par la DCA.
Java
Vers midi, les défenseurs de Sœrabaya se rendent à l’Armée japonaise après un bombardement combiné de la ville par les avions de la Marine et les croiseurs lourds de l’escadre Ozawa. La plupart des navires alliés ont été évacués ; les Japonais mettent cependant la main sur différents navires endommagés et plus ou moins efficacement sabotés, dont ils réussiront à remettre en service un certain nombre, dans des tâches de servitude ou d’escorte de convois.
A l’ouest, l’attaque vers Bandoeng et Batavia est stoppée, mais au sud, les colonnes japonaises marchant vers Tjilatjap continuent d’avancer et la panique s’empare de la population.
6 mars
La proposition de l’Amiral Gensoul, discutée au CDN, est facilement approuvée comme un bon complément pour “Jaguar” et le nom de code “Anjou” lui est attribué. Le Général De Gaulle insiste sur la nécessité absolue pour les forces britanniques et impériales de réussir “Jaguar” avant la fin du mois. L’Amiral Lemonnier est alors envoyé à Washington pour discuter avec l’Amiral King des opérations combinées alliées en Méditerranée.
Péloponnèse
La météo s’améliore progressivement, permettant la reprise des opérations aériennes.
Dès 08h00, la RAF et l’Armée de l’Air commencent à transférer des avions dans le Péloponnèse, à Molai ou à K-1. A midi, l’Armée de l’Air a transféré 33 Hawk-87 du GC II/7 et du GC III/80 (yougoslave) et la RAF 31 P-40C du Sqn 260 et du Sqn 335 (grec), ainsi que 14 chasseurs bombardiers Hurricane II (Hurribombers) du Sqn 6. Ce transfert ne va pas tarder à s’avérer fort utile.
A 10h30, les troupes françaises coupant la route Sparte-Tripolis sont attaquées par douze Stuka du StG3 escortés de Bf-109.
Vers 12h30, une autre attaque du même genre est organisée contre les troupes de Kœnig, qui se dirigent vers Tripolis en venant de l’ouest, mais elle se heurte à un raid allié contre Tripolis, composé de 24 P-39D des GC (Y) I et II/80 et du GCSS I/22, accompagnant huit bombardiers en piqué Vultee Vengeance du GCSS IV/22. A leur grande (et douloureuse) déception, les Bf-109E et F du JG-27 découvrent qu’à basse altitude, ils ne sont guère supérieurs au P-39D. En dix minutes de bataille dans le ciel de Tripolis, la formation allemande perd cinq Ju-87 et six Bf-109 en échange de 7 P-39D. Pendant ce temps, les Vengeance profitent de la confusion pour aller bombarder le QG italien et un parc de véhicules.
A 15h00, d’autres avions français survolent Tripolis (cette fois, des Hawk-87 basés à K-1). Ils attaquent l’aérodrome, où ils tombent sur d’autres Bf-109 du JG-27, qui escortent cette fois quinze Ju-52 transportant des canons antichars et leurs servants, envoyés pour renforcer les défenses italiennes. Cette nouvelle bataille se traduit par la destruction de deux Bf-109 et six Ju-52 (dont quatre au sol), avec leur contenu, en échange de cinq Hawk-87, dont quatre abattus à la file par un seul pilote allemand, celui du désormais fameux “2 Jaune” – Hans-Joachim Marseilles.
A 16h40, une formation de neuf Ju-87 italiens escortés par cinq Fiat CR-42 attaquent les forces françaises à l’ouest de Tripolis, mais ces avions attaquent à basse altitude pour utiliser des bombes légères, et découvrent que le tir concentré de huit affûts quadruples de mitrailleuses de 12,7 mm représente une DCA redoutable à cette hauteur. Deux Ju-87 et trois Fiat sont abattus.
La Luftwaffe ne peut organiser d’autres attaques, car ses propres terrains dans la région d’Athènes (Topolia, Tanagra, Tatoi et Eleusis) sont presque continuellement attaqués par les bombardiers légers de la RAF et de l’Armée de l’Air. Sept chasseurs d’escorte et 17 bombardiers sont détruits ou très endommagés, surtout par la flak, pendant que plus de trente avions de l’Axe sont détruits en l’air, au sol ou en essayant de se poser pendant une attaque.
La bataille fait rage dans les airs, mais les combats au sol ne se calment pas pour autant. Dans la nuit, les forces italiennes ont essayé de fuir le piège de Sparte encerclée. A 04h00, leur seule voie de fuite est sous le feu concentré de l’artillerie britannique, tandis que des épaves de véhicules jalonnent la route. Les chars du 2ème RTR, soutenus par les Valentine de la Brigade Dody, viennent peu après l’aube compléter le bouclage. Des unités italiennes tentent désespérément de percer, mais sont repoussées par les chars, tirant à courte portée. Mieux protégés que les Cruiser, les Valentine manœuvrent sur les pentes des collines, au milieu des oliveraies, pour pilonner la colonne italienne. Les combats durent jusqu’à 14h00 et laissent jusqu’à Sparte une longue ligne de véhicules incendiés et de cadavres.
A ce moment, les hommes de la 4ème D.I. indienne, venant du sud, et la Brigade Morlière, venant de l’ouest, ont percé le centre de la défense italienne. Les chars Matilda du Squadron D du 7ème Royal Tank Regiment et les chars Valentine des Français entrent dans la ville à 11h00, assurant un appui rapproché au 3/1er Punjab. A 15h00, les hommes du 3/1er Punjab et du 4/11ème Sikh font leur jonction avec les Tabors sur la place centrale de Sparte et, à 17h30, les troupes italiennes sont expulsées de la mairie, qui était leur quartier général.
A 18h30, comprenant que sa résistance est sans espoir, le Colonel Francesco Albini, commandant la défense de Sparte, ordonne à ses troupes de se rendre : « C’était la seule chose à faire, devait-il confier à Donald Lincoln, qui l’interviewait quelque temps plus tard pour le NY Herald, dans un camp de prisonniers. J’avais vu mon QG pris d’assaut par des Marocains qui se battaient pour les Français et des Indiens qui se battaient pour les Anglais, tout ça après avoir été bombardé par des avions américains pilotés par Dieu sait qui. Je me suis dit que mes hommes n’étaient pas les Marocains ou les Indiens des Allemands, et que je n’allais pas les faire tuer jusqu’au dernier pour défendre une ville grecque… »
Au nord, en dépit de l’attaque aérienne qu’elle a subie, la Brigade mobile de la Légion poursuit son avance vers Tripolis, suivie de près par la Brigade Langlade, de la 1ère D.B., et la Brigade Brosset, de la 1ère D.I. Le bombardement des Stukas italiens n’a perturbé ni le Général Kœnig, ni son chauffeur, Ms. Susan Travers. Pendant l’attaque, plusieurs bombes de 50 kg sont tombées près de la voiture qu’elle pilotait, pied au plancher comme d’habitude. Un éclat a même tranché proprement un morceau du pare-choc arrière avant de terminer sa course près du réservoir d’essence, sans impressionner pour autant la conductrice et son passager. A la tombée de la nuit, les chars français sont à moins de 6 km de Tripolis.
Sur la côte ouest, la 10ème D.I. française, soutenue par la I/2ème Brigade blindée, entrent à Amallada à midi, puis continuent à poursuivre les Italiens en retraite vers Andravida.
Grèce du Nord et Mer Egée
A l’aube, 11 P-40E se posent à Limnos pour regarnir les rangs du 244ème Wing de la RAF. Mais c’est sur l’île d’Agiestratios que tombe le premier coup de marteau de la journée : à 09h15, 27 Ju-87 des I et II/StG3 effectuent un bombardement précis qui endommage sérieusement les positions du Groupe de Choc du Colonel Gambiez. Le torpilleur français L’Incomprise et un caboteur chargé de matériel qu’il escorte sont pris dans l’attaque à 10 nautiques de l’île. Si le torpilleur évite les bombes en zigzaguant, le caboteur est une cible facile et se fait très vite couler.
A 11h45, les très attendus Spitfire Vb du GC III/1 se posent à Limnos sous la protection de douze P-38 de la 2ème E.C. Les mécaniciens ont à peine de temps de les ravitailler que l’Euryalus sonne l’alerte générale.
A 13h25, 18 Ju-88 des Kampfgruppen spéciaux 606 et 806, escortés par 36 Bf-109 du JG-27, sont interceptés au dessus de Limnos par les Spitfire français et les P-40E de la RAF/RAAF. Au même moment, l’Euryalus détecte un nouveau raid, composé de 27 Ju-88 du KG-77 escortés par 24 chasseurs du JG-53, et qui est laissé aux bons soins des huit P-38 de la 2ème E.C. qui orbitent au-dessus de Mudros. La première interception est assez réussie, d’autant plus que les pilotes allemands sont désarçonnés par l’apparition des Spitfire, nettement plus redoutables que les P-40E. Ce sont onze Ju-88 et huit Bf-109 qui sont abattus, en échange de trois Spitfire et quatre P-40E. La bataille contre le second raid est plus équilibrée. Les P-38 réussissent à abattre cinq Ju-88 et trois Bf-109, mais au prix de quatre d’entre eux. Plus grave : les Ju-88 peuvent bombarder sévèrement Mudros et le port, où ils détruisent quelques entrepôts.
A 14h50, un nouveau raid venant du sud-ouest est détecté. L’Euryalus réclame de nouveaux P-38, car les chasseurs basés à Limnos doivent atterrir pour ravitailler. Cependant, les 18 Ju-87 du StG-3, accompagnés par 16 Bf-109 du II/JG-3, n’en ont pas contre Limnos mais contre le croiseur de classe Dido, dont les Allemands ont compris le rôle grâce à l’écoute du trafic radio allié. Les assaillants devancent l’arrivée des douze P-38 envoyés à la rescousse. En dépit de ses manœuvres brutales à grande vitesse, de sa DCA dense et précise et de l’aide de ses escorteurs, le DD Sikh et le “destroyer AA” Gurkha[1], l’Euryalus est frappé par trois bombes de 1000 livres et frôlé par quatre autres. Le Sikh reçoit une bombe de 250 kg lâchée par l’un des Bf-109 JaBos (chasseurs-bombardiers) et le Gurkha est endommagé par des éclats. Deux Ju-87 et un Bf-109 sont abattus par la DCA, mais les autres n’ont pas le temps de se réjouir de leur victoire : les douze P-38 arrivent à toute vitesse, guidés par la colonne de fumée qui monte du croiseur agonisant, surprennent la formation allemande à basse altitude et détruisent huit Ju-87 et cinq Bf-109 en ne perdant que quatre avions. C’est un coup sévère pour le StG-3, mais l’Euryalus a été mortellement blessé. A 16h20, les incendies allumés par les bombes qui l’ont touché de plein fouet oblige à évacuer la salle des machines avant, les voies d’eau ouvertes par les bombes qui l’ont frôlé noient la salle des machines arrière et le navire donne de la gîte à bâbord. Le Sikh est gravement endommagé, mais peut encore se mouvoir. Le Gurkha tente de prendre l’Euryalus en remorque, espérant pouvoir atteindre Limnos, qui est à moins de 20 nautiques. Mais à 17h10, la gîte sur bâbord a augmenté à un point tel que le commandant de l’Euryalus n’a pas d’autre solution que d’ordonner d’abandonner le navire. A 17h21, le croiseur chavire et sombre très rapidement.
Ce succès des Stukas est pour les Alliés un sévère avertissement. Une action navale nocturne de l’Axe contre l’île d’Agiestratios devient très probable et Limnos n’a plus de couverture radar. Ce manque peut être compensé, dans une certaine mesure, par l’établissement de patrouilles permanentes de P-38 au-dessus de Limnos, grâce à l’autonomie considérable de ces appareils. Tandis que le Sikh se traîne jusqu’à Mytilène, escorté par le Gurkha, le Contre-Amiral P. Vian ordonne aux CL HMS Aurora (amiral) et MN Montcalm, escortés par les DD HMS Paladin et Inconstant et le contre-torpilleur MN L’Indomptable, de prendre position 20 nautiques à l’est d’Agiestratos. Il ordonne également aux TB MN La Poursuivante et Branlebas, appuyés par quatre MTB, de patrouiller toute la nuit à l’ouest de l’île.
De son côté, constatant la montée des menaces dans le nord de la Mer Egée, l’Amiral Cunningham ordonne dans la soirée au porte-avions d’escorte MN Bois-Belleau, escorté par le CL MN La Galissonnière, le CLAA HMS Cairo et les contre-torpilleurs transformés MN Mogador, Guépard et Verdun de quitter le Groupe d’Appui du débarquement et de se rendre aussi vite que possible à Mytilène. Cependant, la vitesse n’étant pas la principale caractéristique du Bois-Belleau et les navires devant contourner Santorin avant de mettre le cap au nord pour éviter une possible attaque de la Luftwaffe dans les Cyclades, ce mouvement va demander environ 22 heures.
A Salonique, les hommes de la 24ème D.I. “Pinerolo” sont rappelés au port pour embarquer à bord des cinq vieux destroyers Achille Papa, Calatafimi, Fratelli Cairoli, Giuseppe Missori et Marcello Prestinari, et des trois torpilleurs Alcione, Aretusa et Libra. Accompagnés des vedettes lance-torpilles italiennes MAS-501 et MAS-513 et des survivants de la 2ème Flotille S allemande, les S.7, S.8 et S.13, ces navires doivent foncer dès le lendemain vers Agiestratios.
Berlin
En fin de journée, les autorités allemandes réévaluent la situation en Mer Egée autour de Hitler.
– Une fois la maîtrise de l’air reconquise dans le nord de la Mer Egée, nous serons prêts à lancer une opération aéroportée pour reprendre Limnos, selon vos ordres, confirme le Général Student à Hitler. La 7ème Aéroportée et la 5ème de Montagne seront prêtes à prendre l’offensive le 12 mars. L’occupation de l’île d’Agiestratios empêchera l’ennemi de ravitailler et de renforcer ses troupes sur Limnos. Ce devrait être chose faite d’ici quelques heures.
– Il ne faut pas négliger la situation dans le Péloponnèse, mon Führer, avertit Kesselring, venu à Berlin défendre son point de vue. Nous ne recevons que des renseignements très incomplets, mais il est évident que les Italiens sont en train de se faire battre. Sparte est tombée, et la perte de Tripolis pourrait être imminente. Or, c’est le principal aérodrome du Péloponnèse. Si l’ennemi s’en empare, l’espace aérien dans la région d’Athènes sera constamment disputé et cela retentira inévitablement sur nos possibilités d’action dans le nord de la Mer Egée !
Kesselring ignore qu’il a un allié de circonstance. Par l’intermédiaire de Ciano, Mussolini fait le siège de Hitler pour obtenir du renfort pour les forces italiennes du Péloponnèse. « Faites comprendre au Führer, a-t-il transmis à son ambassadeur, que je serai forcé d’annuler la participation d’un de nos Groupes d’Armées à son opération Barbarossa, qui lui tient tellement à cœur, s’il n’envoie pas de renforts aux héroïques soldats qui défendent nos conquêtes ! »
Ne serait-ce que pour échapper à ce harcèlement, Hitler commence par donner l’autorisation d’envoyer des éléments du Skandenberg Korps défendre Argos et Corinthe. Puis, il appelle le GeneralOberst Erwin Rommel, qui est en permission à Semmering, dans les Alpes, près de l’ancienne frontière autrichienne. Son utilisation très intelligente des forces blindées et des divisions de montagne, combinée à des débarquements sur les arrières ennemis lors de sa percée d’Albanie en Grèce, et son offensive vers Ioanina, puis vers Agrinion et Missolonghi, ont conduit Hitler et l’OKW à le choisir comme commandant du Groupe d’Armée chargé d’attaquer à travers les pays baltes et d’atteindre aussi vite que possible le Golfe de Finlande, pour bloquer Léningrad.
Après des mois d’entraînement intensif, Rommel a obtenu une permission de deux semaines pour soigner son foie. En début de soirée, Hitler le joint au téléphone et lui demande comme une sorte de faveur s’il accepterait de retourner à Athènes pour prendre le commandement des forces germano-italiennes en Grèce : « La situation en Grèce est des plus confuses. Nous n’avons que des nouvelles fragmentaires du corps d’armée italien qui occupe le Péloponnèse, et elles ne sont pas bonnes. Cruewell manque d’énergie et d’autorité. Il nous faut un homme comme vous là-bas ! »
Rommel accepte immédiatement : « C’est un honneur, mon Führer. Je pars pour Athènes dès demain. »
C’est donc un Hitler ravi qui appelle Mussolini au téléphone : « Duce ! Tout va s’arranger, pour vos hommes en Grèce ! Je vous envoie Rommel, il va remettre de l’ordre là-dedans, soyez tranquille ! »
Quelques minutes plus tard, Hitler annonce triomphalement à un Halder sidéré qu’il a décidé de nommer Rommel commandant en chef des forces de l’Axe en Grèce pour repousser l’offensive alliée. Halder tente désespérément de le faire changer d’avis : « Mon Führer, il est impossible de lancer à la fois une attaque importante dans le nord de la Mer Egée et une autre dans le Péloponnèse, du moins sans utiliser des forces déjà allouées à l’offensive Barbarossa ! De plus, modifier l’objectif d’une opération majeure va à l’encontre de tous les principes stratégiques ! L’opération contre Limnos a été conçue comme une offensive limitée visant des objectifs politiques et stratégiques précis dans une situation générale où nous devons rester sur la défensive en Grèce jusqu’à 1943 et au succès de nos opérations en Russie. Bouleverser d’un instant à l’autre notre posture générale dans la région sans procéder à une nouvelle allocation de nos forces est… »
Franz Halder écrira dans son journal qu’il voulait dire : « une insulte au plus élémentaire bon sens militaire ! » Mais (heureusement peut-être pour Halder), Hitler le coupe : sa décision est prise, il n’y a pas à y revenir. La plaidoirie de Halder n’aura eu pour effet que de le discréditer encore davantage aux yeux de Hitler.
Sumatra
Le terrain de Palembang II est attaqué dans la matinée par 18 bombardiers en piqué D3A1 escortés par 27 A6M2. Ce raid est intercepté par 14 Hurricane II. La formation japonaise perd quatre D3A1 et cinq A6M2 contre cinq Hurricane, mais le bombardement endommage sérieusement le système de ravitaillement en carburant, qui n’est pas protégé.
Malaisie – Singapour
Grâce à un soutien aérien très agressif, les troupes japonaises réussissent à pénétrer à l’intérieur du système défensif de la Zone Fortifiée de Kulai, mais sont incapables d’en déloger les hommes de la 8ème Brigade indienne. Dans la nuit, les Indiens, renforcés par des éléments des 12ème et 22ème brigades, contre-attaquent et reprennent une partie du terrain perdu dans la journée.
Singapour est attaqué par de nombreux avions de la Marine basés à Kuching : 18 G3M2 et 27 G4M1.
Java
Bandoeng et Batavia sont à nouveau bombardés par des avions de la Marine basés à Kendari et à Timor. A la même heure, les bombardiers des porte-avions de Nagumo attaquent Tjilatjap, aggravant le désordre.
Indochine
Ban Me Thuot est encore une fois bombardée, pendant qu’une colonne japonaise quitte Saïgon vers les Hautes Terres.
Dans la journée, 14 Aichi Ki-89 (des D3A1 “Val” dé-navalisés) font escale à Tourane pour s’y ravitailler en carburant avant de poursuivre leur route vers le sud de la Thaïlande et la Malaisie.
7 mars
Un nouveau raid nocturne massif guidé par le système Gee fait de graves dégâts aux installations portuaires. La RAF a de nouveau réussi une “concentration dans le temps et dans l’espace”, cette fois avec 220 bombardiers.
Méditerranée centrale
Les îles de Pantelleria et Lampedusa sont bombardées par des B-25, puis par des DB-73 de l’Armée de l’Air, enfin par des Boston-III de la RAF (235ème Wing). Leur escorte est assurée par les P-40E des 33ème et 57ème FG de l’USAAF. « Nous avons ce jour-là une pensée pour notre ami George Burgard, qui nous a quittés pour prendre en main un Groupe de Chasse américain, et dont c’est la première mission de guerre sous ses couleurs nationales. Le Lafayette se souviendra toujours de son “cow-boy” aux 17 victoires sous les cocardes tricolores, qui devait devenir l’un des rares étrangers Compagnons de la Libération et dont le superbe Hawk-87 constellé de symboles de victoire retient toujours l’attention des touristes américains au Musée du Bourget. » (Jean-Pierre Leparc, Les gars du “Lafayette”, Paris, 1960).
Dans la nuit, les Wellington des Sqn 37, 38 et 104, basés à Sfax, rendent à leur tour visite aux deux îles italiennes, qui auront subi en vingt-quatre heures 192 missions de guerre de jour et 48 de nuit.
Péloponnèse
La journée s’annonce décisive, car le QG italien du Péloponnèse est directement menacé. Les Alliés, qui s’attendent à une réaction puissante de la Luftwaffe et de la Regia Aeronautica, font décoller dès l’aube leurs chasseurs pour assurer à leurs troupes une bonne couverture aérienne. Mais en réalité, on assiste à un creux d’activité. La Luftwaffe se limite à quelques attaques de Jabos autour de Tripolis et les combats aériens sont assez rares : sept avions de l’Axe sont abattus ce jour-là dans le Péloponnèse (dont deux par les mitrailleuses de DCA sur half-tracks) contre six appareils alliés. Les avions alliés sont relativement libres de soutenir leurs hommes, tandis que les bombardiers légers poursuivent leurs attaques sur les terrains de la région d’Athènes. Ces attaques sont pourtant coûteuses : les Alliés perdent onze bombardiers et quinze chasseurs contre onze chasseurs de la Luftwaffe.
Au sol, les troupes alliées, notamment la 4ème Brigade Blindée britannique et la Brigade Dody (de la 9ème D.I.C.), commencent à progresser vers le nord à partir de Sparte. Au même moment, le Général Norrie, commandant le XXXème Corps, ordonne à la 150ème Brigade d’infanterie (50ème Northumbrian Division) de faire mouvement de la plage Priam-V vers la petite ville de Léonidie, sur le Golfe d’Argolikos, à l’est de la péninsule.
Mais c’est bien vers Tripolis que se porte l’attention des commandants alliés et de l’Axe.
Venant de l’ouest, les forces françaises tentent d’encercler la ville : la Brigade Brosset (1ère D.I.) doit contourner la cité par le nord et la Brigade Mobile de la Légion, soutenue par la Brigade blindée Langlade (1ère D.B.), doit passer par le sud.
Bientôt, la Brigade Brosset se heurte au 127ème Régiment d’infanterie “Firenze” et doit emporter une série de points de résistance préparés à la hâte, mais vigoureusement défendus. Les chars légers français, des M3F (avec un canon de 47 mm), s’efforcent d’appuyer leur infanterie mais, beaucoup moins blindés que les Valentine, souffrent beaucoup.
Au sud, l’attaque commence par se développer de façon plus favorable. Les éléments blindés français atteignent à 11h00 le croisement avec la route de Sparte. De là, les chars doivent poursuivre vers l’est, puis vers le nord, afin de compléter l’encerclement de Tripolis. Cependant, vers 14h30, en approchant de l’aérodrome de la ville, ils rencontrent des M13/40 et des M14/41 (survivants de la division “Littorio”) et un véritable cache-cache mortel commence, car les chars italiens sont en fait appuyés par huit canons PaK-50 allemands. Ces 50 mm antichars, arrivés la veille par avion (et qui ont alors subi de lourdes pertes du fait des Hawk-87), ont été soigneusement disposés autour de l’aéroport. Les équipages de chars français pensent même qu’ils ont face à eux une vingtaine de canons ! Les antichars allemands sont bien plus efficaces contre le blindage du SAV-41 que le 47 mm L32 italien. La Brigade Langlade perd 14 chars lors de la première attaque, et doit se replier.
Langlade et Kœnig regroupent leurs hommes et à 16h00, lancent une autre attaque, cette fois en essayant de tourner l’aérodrome tout en fixant les défenseurs. Dans la lumière déclinante de cette fin de journée, une force italienne composée de huit M14/41, trois Semovente M41 75/18 et onze tankettes L6 (appartenant à ce qui reste du 3ème Régiment de Cavalerie “Savoia”) tente d’arrêter les SAV-41 de la Légion. Une fois de plus, les tankettes montrent qu’elles ne sont que des pièges mortels et inutiles. Les chars italiens sont bravement servis mais les SAV-41 sont plus puissants, mieux protégés et plus nombreux.
A la tombée de la nuit, l’aérodrome est à peu près encerclé et l’avant-garde de la Légion a atteint la route Tripolis-Corinthe, qui part vers l’est. Néanmoins, les forces germano-italiennes tiennent encore, et la Brigade Brosset ne peut fermer l’encerclement de Tripolis.
Pendant ce temps, à Sparte, le Brigadier Campbell et le Général Dody ont entraîné leurs troupes vers le nord pour se joindre à l’attaque de Tripolis. Le Général Gott, qui commande la 7ème Division Blindée britannique, a confié à Campbell le 11ème Hussars et les King’s Dragoon Guards pour avancer plus vite. De même, le commandant de la 9ème D.I. Coloniale, le Général De Monsabert, a mis sous les ordres de Dody le bataillon de SAV-41 de la division, sauf une compagnie. Les unités franco-britanniques s’ébranlent à 08h00. Au début, les Italiens qui leur font face tentent de faire bonne figure, obligeant les SAV-41 à rester à l’avant-garde, car leur blindage résiste mieux aux tirs italiens. Mais lorsque les nouvelles de la coupure de la route Sparte-Tripolis par les troupes françaises se répandent parmi les Italiens, ils commencent à lâcher pied et battent en retraite par de petites routes de montagne – plus exactement des pistes empierrées – vers le Golfe d’Argolikos, espérant atteindre la route côtière pour pouvoir se replier jusqu’à Corinthe.
A 14h30, l’avance des hommes de Campbell et Dody devient plus rapide. Donald Lincoln, qui a réussi à embarquer avec les mécaniciens des P-39 yougoslaves et à débarquer à Molai, décrit un véritable sprint : « Toute résistance organisée ayant cessé devant ses hommes, le Brigadier Campbell forme un task-group autour des autos blindées Humber du 11ème Hussars et des chars Cruiser du 2ème RTR, qui filent au devant du reste des troupes. Les derniers 30 miles sont couverts en quatre heures, sous la garde attentive des P-39D français et yougoslaves. Trop attentive parfois : il leur arrive d’ouvrir le feu sur des Humber qui ont progressé particulièrement vite, et seule l’initiative du Brigadier Campbell d’emprunter aux Français un énorme drapeau bleu-blanc-rouge évite toute nouvelle erreur. On ne saura jamais avec certitude quels P-39 ont tiré sur les Humber ; les équipages des voitures blindées accusent les Yougoslaves, et en particulier ma vieille connaissance, le fameux Miha Ostric, supposé être prêt à tout pour décorer son avion d’une nouvelle silhouette de véhicule. Mais celui-ci ne fait qu’en rire : « Rrridicule ! m’a-t-il confié (en fait, il a utilisé un mot que les correcteurs du Herald auraient sûrement coupé). Si moi, Miha, j’avais tirré sur ces… charrettes, eux serraient plus là pour plaindrre eux ! » Personnellement, j’ai tendance à croire Miha. D’autant plus qu’hier, il a abattu son premier avion ennemi, ce qui l’a obligé à rester sobre toute la journée d’aujourd’hui – il avait juré de respecter un jour d’abstinence le lendemain de sa première victoire aérienne… »
A 19h30, les premiers éléments du task-group, suivis de près par la voiture de commandement de “Jock” Campbell, rejoignent les hommes de Langlade qui tiennent le croisement au sud de Tripolis. Ils ont fait plus de 1200 prisonniers italiens dans leur course effrénée.
Sur la côte ouest, la 10ème D.I. entre à Andravida et poursuit vers le nord, ne s’arrêtant que sur l’ordre du Général Béthouart. Le plus important est de nettoyer la région entre la côte et Tripolis pour protéger les lignes de communication avec la Brigade Mobile de la Légion et la 1/2ème Brigade Blindée du Général De Hautecloque. Foncer sur Patras serait peu utile, car cette ville est facile à défendre et surtout à ravitailler pendant la nuit par le Golfe de Patras.
La nuit suivante, des ferries Siebel commencent à transférer les premiers éléments de la 21ème Panzer Division du Pirée à la côte d’Argolide, dans le nord du Péloponnèse.
Grèce du nord et Mer Egée
A 04h50, la force légère patrouillant à l’ouest de l’île d’Agiestratios (TB La Poursuivante et Branlebas, quatre MTB), qui n’a rien trouvé pendant la nuit, se retire vers l’est de l’île pour éviter de possibles attaques aériennes. Elle retrouve à 06h40 l’escadre du Contre-Amiral Vian, 10 nautiques au nord de Lesbos. A 07h40, Agiestratios est la cible d’un nouveau raid de Stuka.
L’écoute du trafic radio de l’Axe indiquant la présence d’unités ennemies à la mer, l’Aéronavale lance des recherches pour couvrir une ligne allant des Sporades du Nord à Alexandropoulis. A 06h20, l’AT-11 lance quatre hydravions N3M de Mytilène et trois autres de Limnos. A 06h50, la flottille AB-9 lance quatre DB-73M1 de Chios. A 07h55, ces recherches portent leur fruit : l’escadre légère italienne est repérée dans les Sporades du Nord, à moins de 70 nautiques d’Agiestratios, soit trois heures au plus.
L’information est rapidement transmise au Contre-Amiral Vian. Il ordonne à son escadre de mettre le cap à l’ouest, espérant intercepter les Italiens vers 10h00, et demande une couverture aérienne.
De son côté, le commandant de la flottille AB-9 décide de lancer un premier raid à 08h20. Huit DB73-M1 et M2 décollent, chargés de bombes (M pour Marine – le M1 est un bombardier-torpilleur, le M2 un “bombardier-canonnier” car le nez vitré du M1 est remplacé par un nez métallique portant quatre canons Hispano de 20 mm). La couverture aérienne est confiée aux NA-73 basés à Mytilène, car les P-38 de la 2ème E.C. sont réservés à la défense de Limnos.
Les huit P-38 lancés à 08h05, patrouillant au-dessus de l’île, détectent à 08h45 au nord de Mudros le premier raid allemand : 18 Ju-88 du KG-77 escortés par 24 Bf-109 du JG-53. Huit Spitfire V du GC III/1 décollent aussitôt pendant que les P-38 attaquent, utilisant la tactique “piqué-ressource” pour éviter autant que possible le combat tournoyant avec les Bf-109, plus agiles. Cette première escarmouche coûte à la formation allemande quatre Ju-88 et un Bf-109 au prix de deux P-38. Profitant de la confusion, les huit Spitfire qui ont grimpé comme des fous “dans le soleil” (soit vers l’est) font demi-tour et attaquent, abattant trois Ju-88 de plus et quatre Bf-109, perdant deux Spitfire (plus un troisième qui s’écrase à l’atterrissage). Les onze Ju-88 survivants bombardent malgré tout, mais ce bombardement est imprécis et fait peu de dégâts.
A 09h20, les DB-73M de l’Aéronavale atteignent la petite escadre ennemie sans leur escorte de NA-73, dont les pilotes ont mal estimé la force du vent du nord et sont à ce moment 20 nautiques plus au sud. Cela n’empêche pas le Commandant Max Guedj (un pilote de l’armée de l’Air prêté à l’Aéronavale) de mener ses huit avions à l’attaque à hauteur de mâts sous le nez des huit Bf-110 du ZG-26 qui tentent de protéger les bateaux italiens. Les destroyers Giuseppe Missori et Marcello Prestinari sont durement touchés, ainsi que le torpilleur Aretusa. Les bombes de 250 kg ont un effet dévastateur sur les fragiles coques des petits bâtiments construits vingt ans plus tôt. Les deux destroyers stoppent, brûlant furieusement, et l’Aretusa, atteint par une bombe dans la salle des machines et le flanc tribord défoncé par deux autres bombes tombées juste à côté, chavire quelques minutes plus tard. Les Bf-110 d’escorte rattrapent alors les bombardiers qui se regroupent pour une passe de mitraillage, abattant rapidement deux d’entre eux avant qu’ils ne puissent réagir. Mais ils réagissent bel et bien, car débarrassé de ses bombes et à basse altitude, le DB-73 est agile et rapide. Dans la mêlée qui se développe, un nouveau DB-73M est détruit, mais un Bf-110 tombe sous les canons d’un DB-73M2 et deux autres sont endommagés. L’arrivée des seize NA-73, qui ont corrigé leur erreur en voyant les colonnes de fumée s’élevant des navires italiens, clarifie brutalement la situation. Le Commandant Guedj ordonne à ses avions de dégager à toute vitesse, ce que font les cinq survivants, pendant que les NA-73 pourchassent et détruisent méthodiquement six des sept Bf-110 restants.
Cependant, la fumée et les échanges radio ont aussi attiré un autre client, le Contre-Amiral Vian, avec ses deux croiseurs légers, HMS Aurora (amiral) et MN Montcalm, le contre-torpilleur MN L’Indomptable, les destroyers HMS Paladin et Inconstant, et les torpilleurs MN La Poursuivante et Branlebas (les quatre MTB qui ont opéré durant la nuit sont repartis ravitailler à Mytilène). A 09h50, après avoir à deux reprises dû avertir des NA-73 à la gâchette chatouilleuse qu’ils s’apprêtaient à mitrailler une force amie, l’escadre est en vue des navires italiens et à 10h05, l’Aurora ouvre le feu, rapidement imité par le Montcalm et L’Indomptable. Le combat est évidemment inégal, mais les cinq vedettes lance-torpilles allemandes et italiennes attaquent pour distraire les bâtiments alliés et les écarter du reste de leur escadre qui bat en retraite. Leur courageuse ruée oblige Vian à venir au nord à 10h10 et à envoyer ses destroyers et ses torpilleurs s’occuper des MTB ennemis. Néanmoins, à ce moment, le Calatafimi, touché par plusieurs obus de 152 mm, est en flammes, et quand l’Alcione et le Libra tentent de déployer un écran de fumée pour couvrir la retraite, le Libra est frappé par deux obus de 138 mm de L’Indomptable et stoppe. A 10h16, Vian, débarrassé du souci des MTB, ordonne de revenir au 270. Le Fratelli Cairoli, cible d’un véritable entraînement au tir des canonniers de l’Aurora, est rapidement transformé en épave (il sombrera à 10h45). Le Montcalm achève le Calatafimi, qui explose à 10h21, quand les munitions de l’armée qu’il transporte sont incendiées par l’un des multiples obus de 152 mm qui l’ont atteint et font exploser sa soute à munitions arrière.
Le combat contre les vedettes de l’Axe est devenu une bataille dans la bataille. La portée diminue rapidement et les navires alliés font feu de toutes leurs pièces sur les MTB qui filent à toute vitesse en zigzaguant. Pour ce travail, les trois Bofors type Armée, dont les torpilleurs français ont été équipés pour améliorer leur très médiocre armement anti-aérien, se montrent très efficaces, et le “pom-pom” quadruple du Paladin est lui aussi d’une grande valeur à courte portée. La MAS-513 et les S.8 et S.13 sont rapidement incendiées et stoppées. A 10h15, les deux dernières MTB s’enfuient, ayant lancé toutes leurs torpilles (qui, de jour et à longue distance, sont facilement évitées par les navires alliés).
Les destroyers et les torpilleurs alliés se rabattent alors sur la gauche des bateaux italiens, les harcelant par le sud pendant que les croiseurs les pilonnent par le nord. Les torpilles du Paladin envoient par le fond le Giuseppe Missori et le Marcello Prestinari, que les avions français avaient endommagés. L’Inconstant entame un duel avec l’Achille Papa. Ce dernier réussit à porter le premier coup, touchant le destroyer britannique près de la cheminée arrière. Mais son adversaire, plus récent et plus puissant, riposte et ses obus de 4,7 pouces détruisent tous les canons du Papa et incendient ses machines. Le vieux bâtiment est en flammes et à la dérive, mais c’est pavillon haut qu’il est coulé par les torpilles de La Poursuivante.
A 10h35, sur une mer couverte d’épaves et obscurcie de fumées, Vian ordonne de cesser le feu, pensant avoir coulé tous les navires ennemis. En réalité, outre les vedettes MAS-501 et S.7, le torpilleur Alcione a pu s’échapper. Les navires alliés s’efforcent de recueillir le plus possible de marins et de soldats italiens, mais à 10h55, le radar de l’Aurora signale des avions venant de l’ouest et Vian ordonne à tous les navires de mettre le cap à l’est. A ce moment, les NA-73 couvrant l’escadre commencent à être à court de carburant, mais huit d’entre eux vont reconnaître le contact et découvrent huit Bf-110 du ZG-26, envoyés couvrir les navires italiens. Les chasseurs français abattent deux Bf-110 et mettent les autres en fuite, mais sont obligés de repartir ravitailler. Se doutant que d’autres avions allemands ne vont pas tarder, Vian ordonne de se retirer à 30 nœuds vers Mytilène.
A 12h55, alors que les navires de Vian sont à 12 nautiques au sud-est d’Agiestratios, le radar de l’Aurora détecte une grande formation aérienne. La balise radio du navire est immédiatement allumée pour permettre à de nouveaux chasseurs alliés d’accourir plus vite. Ce raid est le premier du Xème FliegerKorps en Mer Egée. L’unité spécialisée antinavires de la Luftwaffe a lancé de sa base de Salonique 27 Ju-87 du I/StG 1 et du II/StG 2 escortés par 24 chasseurs du JG-77. Les huit derniers NA-73 du GC II/13 sont débordés et l’arrivée de huit P-38 du GC III/2, qui se dirigeaient de Mytilène vers Limnos pour assurer la garde de l’après-midi, n’est pas d’un grand secours.
Le Montcalm prend une bombe de 500 kg entre sa tourelle arrière et son hangar à hydravion, puis une autre sur la poupe, et une troisième explose dans l’eau à moins de trois mètres de la coque, au niveau de la première cheminée. L’Aurora est frappé par une bombe au pied du mât principal et l’Inconstant par deux bombes, à quelques secondes d’intervalle, sur l’arrière et en plein milieu, tandis qu’une troisième explose près de la coque au niveau de la passerelle. Le destin du destroyer est atrocement spectaculaire : le malheureux bâtiment se brise en trois et coule en quelques instants, emportant avec lui la plus grande partie de son équipage et des nombreux soldats et marins italiens qu’il avait repêchés. L’Aurora est sauvé par le fait que la bombe qui le touche explose au contact. Les dommages sont considérables ; un jumelage de 4 pouces est détruit et un violent incendie ravage l’arrière, mais les centres vitaux du navire ne sont pas gravement atteints. Le Montcalm n’est pas aussi heureux : si la bombe qui frappe la poupe explose elle aussi au contact (ce que l’on peut attribuer au fait que le Xème FK a dû utiliser des bombes appartenant au IIème FK, non perforantes), la bombe qui frappe entre la tourelle arrière et le hangar endommage sérieusement la salle des machines arrière, tandis que le commandant doit ordonner de noyer la soute à munitions arrière. Les éclats de la bombe tombée près de la coque sont absorbés par le blindage du croiseur, mais le choc endommage les chaudières avant et la vitesse du Montcalm tombe à 15 nœuds. Peu après l’impact de la bombe sur la poupe, le gouvernail normal tombe en panne et le croiseur doit gouverner aux hélices. A 14h10, le gouvernail de secours fonctionne et le navire peut manœuvrer plus normalement, mais toujours à 15 nœuds, et ce n’est qu’à 15h00 que les incendies sont finalement éteints.
Pendant ce temps, dans les airs, six Ju-87 ont été abattus par la DCA et les chasseurs de couverture, ainsi que quatre des Bf-109 d’escorte, qui ont détruit, de leur côté, quatre NA-73 et trois P-38.
Vian ordonne alors à ses navires de poursuivre vers Mytilène, sachant qu’il sera bientôt sous la couverture radar de Lesbos. En fait, aucun autre avion du Xème FliegerKorps ne se montre dans la journée, car la plupart ne sont pas encore opérationnels sur leurs nouveaux terrains. C’est fort heureux, car les avions des 2ème et 13ème E.C. sont très occupés au-dessus de Limnos.
Le commandement allemand ne réagissant pas tout de suite au quasi anéantissement de l’escadre légère italienne et à l’annulation du débarquement à Agiestratios, l’offensive aérienne visant la neutralisation de Limnos se poursuit avec énergie.
A 11h50, un deuxième raid est intercepté par huit P-38 du GC I/2 et par huit P-40E du 244ème Wing de la RAF. La formation allemande comprend douze Ju-88 du KG-77 escortés par 36 Bf-109 du JG-53, et les chasseurs alliés sont évidemment débordés. Ils réussissent cependant à détruire trois Ju-88 et cinq Bf-109 au prix de deux P-38 et trois P-40E.
A 13h35, c’est un troisième raid, organisé cette fois par le VIème FliegerKorps, qui a lancé douze Ju-87 du StG-3 (celui qui a bombardé Agiestratios le matin même) escortés par 24 Bf-109 du JG-27. A ce moment, les P-38 “de garde” sont occupés à couvrir les navires du Contre-Amiral Vian, et la formation allemande ne rencontre que huit Spitfire du GC III/1 qui ont décollé au moment de la détection visuelle des attaquants. Les pilotes des Spitfire ont largement de quoi s’occuper avec l’escorte et la plupart des Ju-87 passent, détruisant le ravitailleur d’hydravions dans le port de Mudros ainsi qu’un caboteur, et infligeant de gros dommages à la ville. Quatre Bf-109, un Ju-87 et deux Spitfire sont détruits.
Le quatrième raid, à 16h15, n’est aperçu qu’a son arrivée à Mudros. Douze Ju-88 du KG-77 escortés par vingt Bf-109 du JG-53 attaquent l’aérodrome, où ils détruisent au sol deux Spitfire et trois P-40E. Une nouvelle patrouille de P-38 arrive à ce moment et détruit quatre Ju-88 avant que leurs escorteurs puissent s’interposer. Dans le combat qui suit, deux P-38 sont abattus en échange d’un Bf-109 avant que les bimoteurs se dégagent.
Cette rapide succession de batailles navales et aériennes aura un considérable impact sur la suite des événements dans le nord de la Mer Egée.
En fin de journée, les deux camps sont d’humeur sombre.
Côté allemand, comme les nouvelles sur la destruction de l’escadre italienne parviennent à Salonique, il devient évident que l’attaque de Limnos va être plus compliquée et plus difficile que prévu. L’annulation de l’attaque d’Agiestratios implique que les forces alliées à Limnos pourront être ravitaillées par mer à volonté, au moins de nuit. La destruction des destroyers italiens laisse le commandement de l’Axe sans la moindre force navale capable de couvrir un débarquement à Limnos. C’est souligner le bien-fondé de la décision du Contre-Amiral Vian, ordonnant d’attaquer de jour, malgré la menace aérienne. Les avions allemands ont en effet infligé de gros dommages à son escadre pendant sa retraite, mais les pertes subies peuvent être absorbées par les marines alliées. Celles infligées à la Regia Marina sont insupportables, au moins tant que des renforts ne sont pas envoyées d’Italie en Mer Egée par le canal de Corinthe.
De plus, les pertes de la Luftwaffe ne sont pas négligeables, en particulier celles des KG-77, ZG-26 et StG-3. Enfin, si l’aérodrome de Limnos a été gravement endommagé, et si la base d’hydravions est presque anéantie par la destruction du bateau ravitailleur de la flottille AT-11 dans le port de Mudros, les bases de Mytilène et Chios sont parfaitement opérationnelles et bien pourvues en avions de combat.
Côté allié, les défenseurs de Limnos ont sous les yeux les décombres carbonisés laissés par les quatre raids de la journée. Un point positif en fin de journée: l’arrivée à Chios du porte-avions d’escorte MN Bois-Belleau avec son écran (CLAA HMS Cairo et CT modernisés MN Mogador, Guépard et Verdun). Dans l’après-midi, le commandant du Bois-Belleau a envoyé les six Sworfish de son groupe aérien à Mytilène et a demandé en retour au dépôt de l’Aéronavale de Rhodes de lui envoyer des F4F-3, qui se sont posés sur le petit porte-avions à 17h30.
Sumatra
Le terrain de Palembang II est à nouveau attaqué, cette fois par des avions de l’Armée : 27 bombardiers Ki-21 escortés par autant de Ki-43. Douze Hurricane II les interceptent, abattant cinq bombardiers et quatre chasseurs, au prix de quatre Hurricane. Cependant, l’accumulation des dommages commence à faire de Palembang II une base de fort mauvaise qualité et le commandement local de la RAF décide de renvoyer à Sabang les Manchester survivants.
Malaisie – Singapour
Au matin, les Japonais relancent leur attaque contre la Zone Fortifiée de Kulai, mais sont incapables de faire des progrès notables dans la journée.
Java
Les troupes japonaises entrent à Tjilatjap. La nuit précédente, dans un dernier effort, des hydravions Short “C” et PBY-5 ont évacué quelques dizaines de personnes.
Océan Indien
Le Vice-Amiral Nagumo décide de se retirer vers Kendari pour ravitailler, après un dernier ratissage contre le trafic naval allié au sud de Java et un raid de 36 D3A1 contre l’île Christmas.
8 mars
Peu après son arrivée dans la capitale fédérale, l’Amiral Lemonnier a de longs entretiens avec l’Amiral King et le Général Marshall sur les opérations en cours sur le théâtre d’opérations méditerranéen. King donne son approbation à l’opération “Anjou” imaginée par Gensoul, mais les deux Américains soulignent que ce qui compte vraiment est la préparation d’une opération contre l’Italie l’été suivant. Ils soutiennent la demande britannique pour le lancement de “Jaguar”. Cette opération doit coïncider avec la troisième partie d’Avenger/Vengeur.
L’autre point évoqué est le transfert à la Marine Nationale de vieux destroyers des programmes de la Première Guerre (dits “four-pipers”) et de sous-marins.
– Quatre bateaux de classe Clemson, les DD 190 Satterlee, 181 Mason, 193 Abel P. Upshur et 194 Hunt, doivent être transférés après leur conversion en transports rapides pour les opérations amphibies (APD). Leur machinerie doit être réduite, et leur armement doit se composer de deux 3 pouces/50 AA, quatre Bofors de 40 mm, quatre Œrlikon de 20 mm et un râtelier à grenades ASM. Chacun transportera quatre petits bateaux de débarquement (LCPL) et 144 soldats. Ils seront baptisés Goumier, Tabor, Tirailleur et Légionnaire et seront utilisés en Mer Egée.
– Quatre bateaux de classe Wickes, les DD 143 Yarnall, 170 Kalk, 168 Maddox et 169 Foote, doivent être transférés après leur conversion en escorteurs côtiers ASM et AA. Ils seront baptisés Le Corse, Le Breton, Le Picard et Le Gascon.
Les vieux sous-marins S-18 (SS 123) et S-19 (SS 124) doivent être transférés pour servir à l’entraînement. Le gouvernement français donne son accord pour que deux autres sous-marins qui l’intéressaient, les R-14 et R-15, soient transférés à l’Australie, dont le gouvernement a hâte de rebâtir une arme sous-marine et a besoin de sous-marins pour entraîner ses unités ASM.
Méditerranée centrale
Pendant que les bombardiers légers et les chasseurs-bombardiers français et anglais reprennent leur harcèlement des terrains de la côte sud de la Sicile, les îles de Pantelleria et Lampedusa sont à nouveau violemment bombardées dans la journée par les B-25 français et par les Boston III de la RAF, escortés par des Hawk-87 français et des P-40E de l’USAAF. Dans la nuit, les Wellington des Sqn 37, 38 et 104 prennent le relais. En 24 heures, les deux îles sont la cible de 212 missions de jour et 36 de nuit.
Péloponnèse
L’activité aérienne dans la région reste faible, car la Luftwaffe est très engagée dans le nord de la Mer Egée et les unités survivantes de la Regia Aeronautica sont très occupées à défendre la région d’Athènes. Les actions offensives de l’Axe dans le Péloponnèse se résument à une attaque de huit Bf-109E Jabos contre la Brigade Brosset et une autre contre les chars de la Légion près de l’aérodrome de Tripolis, sans grande efficacité.
En revanche, la bataille au-dessus d’Athènes et Larissa reste très intense. Les forces alliées perdent 31 avions (16 bombardiers et 15 chasseurs) contre 17 chasseurs de l’Axe (huit de la Luftwaffe et onze de la Regia Aeronautica, qui s’efforce de n’engager que ses unités disposant de matériels modernes).
Au sol, la bataille pour Tripolis reprend avant l’aube, quand une contre-offensive des Italiens pour reprendre le contrôle de l’aérodrome est repoussée par la Légion. Peu après, au nord de la ville, la Brigade Brosset repart à l’attaque vers l’est pour fermer l’encerclement. A 09h30, au sud, c’est le tour de la Brigade Langlade, maintenant soutenue par le task-group franco-anglais (ou force Campbell-Dody). A 15h30, ces deux attaques convergent près de la route Tripolis-Corinthe.
Pendant ce temps, les forces qui se sont emparées de l’aérodrome progressent vers la ville même de Tripolis, et le dernier canon antichar allemand est détruit vers 17h30. A 19h00, les forces italiennes qui se battent encore dans Tripolis sont complètement encerclées.
Plus au sud, le Général Norrie ordonne au Major-Général Messervy de faire avancer la 11ème Brigade indienne sur la route Sparte-Tripolis, en soutien des forces qui se battent autour de Tripolis. Au sud-est, les hommes de la 50ème D.I. britannique s’approchent de Léonidie, sur le Golfe d’Argolykos. Et sur la côte sud-ouest, les troupes italiennes encerclées près de Gargalianoi déposent les armes devant les hommes de la 1ère D.I. yougoslave. Cet épisode symbolique ne passe pas inaperçu des caméras alliées. Il sera notamment mis en valeur aux Etats-Unis, d’abord par les films d’actualités, sous le titre « La Victoire des Exilés », puis par l’un des épisodes du célèbre cycle de Frank Capra « Pourquoi nous combattons ».
Grèce du nord et Mer Egée
Aux premières lueurs du jour, le CL MN Montcalm et le DD HMS Sikh quittent Mytilène pour Rhodes puis pour Benghazi, où ils recevront les premiers soins avant de traverser le Détroit de Sicile. Ils sont accompagnés par l’escadre du Contre-Amiral Vian, sur son CL HMS Aurora, endommagé mais encore opérationnel. A 08h00, leur formation rencontre le groupe du Bois-Belleau entre Chios et Lesbos et Vian se dirige vers le nord, laissant les TB MN L’Incomprise, La Poursuivante et Branlebas escorter les deux navires blessés. L’escadre Vian, qui stationne 15 nautiques au sud de Limnos pour une nouvelle journée de garde, se compose maintenant du CVE MN Bois-Belleau avec 16 F4F-3, des CL HMS Aurora (amiral) et MN La Galissonnière, du CLAA HMS Cairo, des DD HMS Gurkha et Paladin,des CTAA (contre-torpilleurs dont l’armement anti-aérien a été modernisé) MN Mogador, Guépard et Verdun et des CT MN Le Fantasque, Le Terrible et L’Indomptable.
Pendant ce temps, Limnos a déjà subi une attaque. A 08h50, neuf Ju-88 escortés par seize Bf-109 sont arrivés en catimini et ont réussi à bombarder Mudros, faisant un certain nombre de victimes civiles, avant d’être interceptés par six Spitfire du GC-III/1. Dans le combat qui a suivi, trois Ju-88 et deux Bf-109 ont été abattus, contre deux Spitfire.
A 12h35, le radar du Cairo détecte un nouveau raid venant de Grèce centrale. C’est le VIème FliegerKorps qui a lancé 24 Ju-88 des KG 606 et 806 escortés par 36 Bf-109 du JG27. Limnos peut faire décoller à temps huit P40E et six Spitfire, auxquels s’ajoutent les huit P-38 de la patrouille venue de Mytilène. La direction de la chasse assurée par le Cairo est efficace : les agresseurs sont interceptés 15 nautiques au sud-ouest de l’île. Lors d’une bataille de 17 minutes, sept Ju-88 et neuf Bf-109 sont abattus au prix de trois P-40E, deux Spitfire et trois P-38. De plus, la plupart des bombardiers sont obligés de se débarrasser de leurs bombes avant d’atteindre leur objectif et un raid potentiellement très destructeur est évité.
Cependant, les communications radio entre le Cairo et les chasseurs de Limnos ont été détectées par les opérateurs allemands, qui ont compris qu’un nouveau croiseur anti-aérien opérait non loin de l’île. A 15h15, une nombreuse formation ennemie est détectée, venant du nord-ouest. Ce sont les spécialistes de la lutte anti-navires du Xème FliegerKorps, avec 18 Ju-87 du StG 2 et 18 Ju-88 du LG-1 escortés par 24 Bf-109 du JG-77. Le Cairo appelle aussitôt à l’aide les huit P-38 du GCIII/2 de la “patrouille permanente” et le Bois-Belleau lance d’abord huit F4F-3, puis six autres, chargés d’arrêter les bombardiers qui auraient passé les deux premiers barrages. La présence d’autant de chasseurs alliés en pleine mer est un véritable choc pour les hommes du Xème FK. Les Bf-109 d’escorte font de leur mieux pour protéger leurs bombardiers, mais si beaucoup échappent aux seize premiers chasseurs, c’est pour se retrouver démunis d’escorte devant les six derniers F4F-3 – et ce n’est pas la dernière épreuve, car l’intensité du feu anti-aérien de l’escadre est surprenante et éprouvante même pour des équipages aguerris. Neuf Ju-88 et onze Ju-87 sont abattus (dont deux et un, respectivement, par la DCA), ainsi que six Bf-109, tandis que les chasseurs alliés perdent dans l’affaire quatre P-38 et six F4F-3. Presque tous les Ju-87 doivent se débarrasser de leurs bombes pour survivre et seuls six Ju-88 effectuent un véritable bombardement. Ils endommagent le DD HMS Paladin et le CT MN Le Terrible, tous deux durement secoués par des bombes qui explosent dans l’eau tout près de leurs coques. Les deux navires restent à leurs postes, mais à 17h00, le Contre-Amiral Vian doit se résoudre à les renvoyer à Rhodes pour réparations. C’est payer un faible prix pour les vingt-six avions allemands abattus, d’autant plus que les équipages allemands qui ont pu sauter ont été faits prisonniers, alors que les pilotes français qui se sont parachutés ont été aisément repêchés après la bataille et terminent la journée en offrant une tournée mémorable à bord du Bois-Belleau.
Malaisie – Singapour
Un nouvel assaut de la Zone Fortifiée de Kulai succède à un bombardement effectué d’abord en vol horizontal par 18 Ki-21 puis, en piqué, par 18 Ki-89/D3A1 aidés par 10 D1A2. Les troupes japonaises parviennent alors à pénétrer au centre de la position. La réussite de leur attaque est facilitée par une certaine désorganisation de la défense. En effet, le Brigadier Trott, qui commande la 8ème Brigade d’infanterie indienne, a été sérieusement blessé pendant le bombardement. Au crépuscule, les forces indiennes commencent à battre en retraite.
Java
Les forces japonaises reprennent leur attaque contre Bandoeng et Batavia.
Papouasie - Nouvelle-Guinée
Les Japonais débarquent à Lae et Salamaua (sur la côte nord-est de la Nouvelle-Guinée, loin au nord de Port-Moresby, à la racine de la “queue” ou partie est de la grande île). De nombreux petits groupes de New Guinea Volunteer Rifles (NGVR), de policiers locaux et de civils fuient et se lancent à pied dans d’épiques voyages à travers l’île. Jusqu’au 18 mars, peu de Japonais s’aventurent au-delà des villes dévastées.
Pacifique Sud-Ouest
A 02h00, le I-5, en surface, aperçoit à tribord un gros navire, tous feux éteints, et ouvre le feu avec ses deux canons de 5,5 pouces. Très vite, le navire est atteint par deux obus et stoppe. Le I-5 se rapproche et découvre un pétrolier non armé : il s’agit d’un navire panaméen, mais appartenant à une compagnie américaine, le California Standard (11179 GRT, Foreign Tankship Corp, allant du Mexique à Sydney avec du pétrole, sur commande de l’US Navy). Les autres sous-marins se sont aussi approchés et le jeune et agressif commandant du Ro-61, le Capitaine Yoritomo Sato constate que le pétrolier est en panne et abandonné, toutes ses embarcations de sauvetage ayant fui. « Mais ce bateau est pratiquement intact ! s’exclame-t-il. Nous pourrions le capturer ! Noguchi, prenez quelques hommes et allez voir dans quel état il est vraiment. »
De fait, la plus grande partie des dégâts faits par les obus du I-5 ont touché la passerelle, où la radio a été démolie. Les quatre commandants décident donc de capturer le pétrolier et y envoient un équipage de prise. Tout le groupe repart à 04h00. En chemin, l’équipage du California Standard est récupéré sur leurs bateaux de sauvetage. Les hommes expliquent qu’ils se sont cru attaqués par un croiseur japonais. La plupart sont de pays neutres (seuls quelques-uns des officiers sont américains), et ils ne voient aucune objection à travailler pour les Japonais une fois qu’ils ont reçu la garantie qu’ils seront payés, puis rapatriés en tant que marins en détresse. Le groupe Oni et sa prise arriveront ainsi à Kwajalein le 15 mars.
« Ces quatre sous-marins devaient être le premier et le plus efficace des groupes de raid sous-marins de la Marine Impériale. L’association de trois petits navires modernes et d’un gros relativement démodé chargé de les ravitailler avait montré sa valeur. Grâce à l’impréparation des transports alliés, qui ne naviguaient pas jusqu’alors en convois dans cette région, ils avaient obtenu des succès remarquables pour seulement quatre sous-marins : 15 transports totalisant 91948 GRT coulés, quatre autres endommagés, un escorteur coulé et un pétrolier de 11179 GRT capturé. La désorganisation du système de transport allié dans la région, obligé de recourir aux convois et de mobiliser des escorteurs et des avions, fut considérable.
Ce grand succès de la Sixième Flotte provoqua une réaction inattendue de la part des Allemands, qui décernèrent aux quatre commandants la Croix de Fer de seconde classe. Il s’agissait pour eux de souligner l’intérêt allemand pour la “guerre du tonnage”, mais cela ne fit qu’augmenter les louanges qui pleuvaient sur la Sixième Flotte. » (Jack Bailey : Un océan de flammes – La Guerre aéronavale dans le Pacifique ; Sidney, 1965 – New York, 1966 – Paris, 1969 ; avec l’aimable autorisation de l’auteur).
9 mars
Henri Marquette, dit Riton la Rapière à cause de son amour des armes blanches, n’avait pas eu la vie facile jusqu’à la guerre, qu’il avait d’ailleurs passée en prison pour une ridicule affaire de fille corrigée à coups de rasoir en janvier 38. Mais depuis qu’il avait été libéré par le nouveau gouvernement, après avoir prêté serment de fidélité à la France Nouvelle, il avait pris du bon temps. Fûté, le Riton ! Il s’était engagé au Contrôle Economique, la milice du RNP de Marcel Déat, ministre de l’Economie et du Travail. Et depuis, il était presque flic, et même mieux ! Uniforme, paye régulière, et en prime, le droit de mettre les commerçants à l’amende sans que personne puisse lui chercher des poux dans la tête ! Il en avait réglé, des comptes, depuis un an et demi. Même avec des gens qui ne lui avaient rien fait. Le mieux, c’était les Juifs. D’abord, il les tondait jusqu’à l’os, en jurant de les protéger des rafles et de leur éviter de perdre la nationalité française. Puis, une fois qu’ils étaient vraiment raides, il les refilait aux Boches, et ça lui rapportait même une petite prime !
Evidemment, il y avait quelques servitudes, comme le fait de monter la garde dans des usines ou des entrepôts (Contrôle Economique oblige). Mais même ça, d’ailleurs, ça rapportait. Il y avait toujours des trucs à piquer, et il avait bien espéré ne pas revenir bredouille de sa nuit de garde avec ses quatre collègues dans l’usine Renault de l’île Seguin, à Boulogne.
Mais là, sa chance avait tourné. Vers deux heures du matin, vingt ou trente mecs en tenue sombre, cagoulés et armés jusqu’aux dents, avaient envahi l’usine et les avaient braqués. Riton et ses potes s’étaient fait avoir comme des bleus. Il est vrai qu’ils étaient lancés dans une partie de cartes du feu de dieu, et avaient déjà sifflé pas mal de verres pour se réchauffer. Quant aux veilleurs de nuit de Renault – bof, ceux-là, ils devaient être complices…
Riton n’était pas idiot. Ni trouillard. Il était sûr qu’ils allaient le buter avant de filer. Très bien, il ferait face comme un homme à ces sales putes des youtres, des bicots et des nègres ! A 03h40, quand le chef des cagoulés vint signaler aux gars qui gardaient les prisonniers qu’ils allaient décamper, Riton était prêt à mourir. Il fut d’autant plus sidéré de voir le chef cagoulé lui faire un signe de la main en murmurant : « Bonne continuation ! » et s’en aller. Mais en passant la porte du petit bureau où les cinq miliciens étaient entassés, dûment saucissonnés, l’homme se retourna et lança : « Vous inquiétez pas. On n’a mis aucune bombe dans le coin. Je me demande juste qui arrivera en premier pour prendre soin de vous, les Boches ou les gars de Darnand. »
Ahuri, Riton mit quelques instants à piger. Que ce soit les uns ou les autres, lui et ses copains étaient morts. Les Boches ne pardonnaient pas l’échec, ni le soupçon de trahison. Et les mecs de Darnand haïssaient ceux de Déat, ils leur feraient sûrement porter le chapeau. Mais ni la Gestapo ni la Milice de Darnand ne tuaient vite leurs prisonniers. Ils les interrogeaient d’abord, longuement, très longuement… Il se mit à hurler : « Revenez, finissez le boulot, salauds, sa… »
A 03h45, ses cris furent couverts par le fracas des explosions des charges placées sur la chaîne principale et la centrale électrique. La ligne de production fabriquant des camions pour la Wehrmacht fut entièrement détruite et le feu ravagea le hall d’assemblage principal. L’usine ne sortit plus un seul véhicule pendant plus de trois mois.
……………
« Cette histoire est ridicule, songeait-il. Des saboteurs ! Dans MON usine ! » Louis Renault, maître après Dieu des Usines Renault, inventeur d’une douzaine de perfectionnements pour l’automobile et créateur du premier char d’assaut moderne, réveillé à 04h20 par un appel de la police, avait quitté son domicile à 04h40 au volant de sa grosse Huit Cylindres. Que le chauffeur dorme, conduire le calmerait ! La voiture filait à toute vitesse sur le boulevard Murat pendant qu’il grondait pour lui-même : « Pas foutus de gagner la guerre avec les meilleurs chars du monde, les miens ! Alors, qu’ils me fichent la paix quand je construis des camions pour les Allemands, eux au moins savent apprécier une belle mécanique ! » Il ralentit pour pénétrer sur la place de la Porte de Saint-Cloud. En voyant l’homme debout dans l’ombre du porche de l’église Sainte-Jeanne-de-Chantal, le bras tendu, il comprit tout de suite. Il donna un coup de volant furieux, vit les éclairs des coups de feu sans entendre les détonations, le pare-brise s’étoila et il sentit une douleur dans un bras tandis que la voiture échappait à son contrôle avant de percuter un grand marronnier… Il songea bizarrement que l’archiduc François-Ferdinand était mort comme ça à Sarajevo, mais que “son” attentat ne déclencherait pas une guerre mondiale, puisqu’elle était déjà commencée. Il s’évanouit, vexé.
Journal Gringoire (édition du 10 mars) – Dans la nuit du 8 au 9 mars, des saboteurs anglo-saxons, introduits dans l’usine Renault de Boulogne-Billancourt par des traîtres achetés avec l’or juif, ont tenté de détruire l’une des chaînes d’assemblage. Les explosions ont été très violentes, et tout le voisinage s’est réveillé, terrorisé, croyant à un bombardement anglais. Les dommages infligés à l’usine sont sérieux, et ce nouveau crime orchestré par les renégats d’Alger contre le Peuple français se double d’une lâche tentative d’assassinat sur la personne de M. Louis Renault. Le grand industriel accourait constater les dégâts lorsque des criminels ont ouvert le feu sur son automobile. M. Renault n’a été que légèrement touché, mais il a perdu le contrôle de sa voiture, qui a percuté un arbre, blessant grièvement son conducteur. Tous nos vœux de prompt rétablissement accompagnent M. Renault dans cette pénible épreuve.
Dictionnaire Larousse, édition 1965, article Louis Renault (1877-1944) : (…) Blessé lors d’une tentative d’attentat de la Résistance, il ne se remit jamais de ses blessures et mourut miséricordieusement peu après la Libération, alors qu’il allait passer en jugement pour collaboration avec l’ennemi.
Journal de Jacques Lelong – Renault ! Ce sale type ! Et c’est moi qui l’ai descendu ! L’autre jour, quand les frères Magnan sont venus me demander si j’avais toujours le “cadeau” de leur grand-père, j’ai répondu oui, bien sûr. Alors, Hervé m’a dit que “on” allait avoir besoin d’un bon tireur, et que, franchement, il savait que je tirais mieux que lui. Mais il y avait des risques. Des risques ? Alors qu’Isabelle fait mine d’avoir oublié mon existence et que mes parents ont l’air de vivre sur la Lune ? Je m’en fiche bien, des risques !
Nous avons passé le début de la nuit chez un “ami” près de la Porte de Saint-Cloud, et nous sommes sortis avec mille précautions vers trois heures. Nous avons attendu plus d’une heure et demie, gelés, planqués contre le mur de la grosse église de la place. Un peu avant quatre heures, une énorme explosion venant de Boulogne nous a secoués. « C’est bon ! a dit le frère d’Hervé. Je vais me placer en bas du Boulevard Murat, sa voiture ne devrait pas tarder. Je la connais. Je vous ferai signe, et ce sera à vous. »
Et tout s’est passé comme ça. La voiture est venue presque droit sur nous, j’ai tiré, tiré, tiré comme à l’exercice. Comme s’il n’y avait eu personne dedans. Puis nous avons couru nous abriter sans demander notre reste…
Louis Renault, quand même ! Je me demande si j’aurai mon nom dans les livres d’histoire ? En tout cas, maintenant, il faudra qu’Isabelle me regarde !
Gibraltar
Arrivée des CLAA HMS Dido, fraîchement sorti des chantiers américains après les dommages subis en Méditerranée, et HMS Delhi, seul croiseur de la Royal Navy aux standards américains, avec cinq 5 pouces/38 et deux conduites de tir Mk-37. Les deux navires doivent rejoindre l’escadre de Mer Egée.
Méditerranée centrale
Pantelleria et Lampedusa sont attaquées par des bombardiers moyens, car les bombardiers légers et les chasseurs-bombardiers harcèlent le trafic naval sur les côtes d’Italie du sud et de Sicile. Les 327 missions offensives de la journée provoquent la perte de 25 avions alliés (11 bombardiers et 14 chasseurs) dont sept abattus par la flak, contre six chasseurs italiens (des Macchi 202, Macchi 200 et quelques Reggiane 2001, ce que la Regia Aeronautica peut mettre en ligne de plus efficace). Il faut observer ici que ces chiffres n’incluent pas les avions gravement endommagés, plus nombreux bien sûr à rentrer à leur base du côté italien, et qui, en pratique, sont souvent mis hors de combat.
Par ailleurs, cette journée est la première où des chasseurs de l’USAAF aient engagé des avions ennemis sur le théâtre d’opérations méditerranéen. Seize P-40E des 58ème et 59ème Fighter Squadrons (33ème Fighter Group), opérant dans la région de Comiso pour couvrir des DB-73 français en mission de bombardement à basse altitude, sont surpris par une formation de 20 Macchi MC-200 et 202 du 51° Stormo CT. Les Américains perdent trois avions en échange d’un MC-200 et un MC-202.
Péloponnèse
Alors que la 11ème Brigade indienne approche de Tripolis, la zone de l’aérodrome est à nouveau le théâtre de furieux combats, car les Italiens tentent de rompre l’encerclement dans ce secteur. La Brigade Mobile de la Légion résiste à cinq assauts désespérés, dont le troisième parvient presque au QG de la Brigade. Cependant, à partir de 12h30, l’artillerie du 7ème Support Group britannique (7ème Armoured Division) fournit aux Français un appui-feu très efficace, brisant les derniers espoirs italiens.
La Luftwaffe comme la Regia Aeronautica ne font qu’une timide apparition au-dessus de Tripolis, où les avions alliés, et notamment les P-39D français et yougoslaves, appuient assidument leurs troupes. Opérant à partir du terrain K-1, les bombardiers en piqué français Vultee Vengeance effectuent deux missions contre les Italiens dans la zone de l’aérodrome de Tripolis.
Athènes – Le Pirée
Le GeneralOberst Erwin Rommel, arrivé à Athènes peu après minuit, s’entretient dès l’aube avec les états-majors allemand et italien. Dès 07h00, il est au Pirée, où il supervise le transfert des troupes du Skandenberg Korps vers le Péloponnèse par des ferries Siebel. Tous les chasseurs de la Luftwaffe non déployés dans le nord sont mobilisés pour couvrir l’opération, où les canons de flak et les chars du 22ème Pz Rgt ont la priorité. Pendant ce temps, la 1ère Division de Montagne arrive à Missolonghi, où elle commence à se préparer à traverser le Golfe de Patras sur de petits bateaux réquisitionnés.
Grèce du nord et Mer Egée
A l’aube, l’escadre de Mer Egée reprend sa garde au sud-ouest de Limnos. Néanmoins, en dehors de la détection de quelques avions de reconnaissance, elle passe une journée tranquille. En fin de journée, les TB La Poursuivante et Branlebas sont détachés pour escorter un petit caboteur grec jusqu’à Agiestratios, où il débarque du ravitaillement et huit Bofors de 40 mm AA. L’escadre retourne alors vers Mytilène escorter deux cargos grecs qui font dans la nuit le trajet de Mudros, où ils débarquent du matériel et du carburant pour les hydravions de la flottille AT-11 ainsi qu’une batterie de 40 mm Bofors du 25ème Light AA Rgt britannique, une batterie de 3 pouces du 74ème Heavy AA Regt et une batterie de projecteurs du 27ème Searchlight Rgt (ces batteries font partie des unités transférées en 1941 d’Egypte à Rhodes).
A Limnos même, la journée a été calme, mais les troupes françaises et grecques sont très occupées à déblayer les décombres laissés par les raids de la veille et à préparer la défense de l’île.
Dans la journée, les pilotes de la 2ème E.C. vont de Mytilène à Rhodes pour y prendre de nouveaux P-38 afin de remplacer les avions endommagés lors des combats des jours précédents. Très efficace grâce à son long rayon d’action et à son puissant armement, l’avion a du mal à lutter contre le Bf-109F en combat tournoyant et reste d’entretien complexe en l’absence d’infrastructures importantes. Le commandant de la 2ème E.C. décide de regrouper tous les appareils des trois groupes en une seule unité de 42 avions (l’effectif normal d’une escadre est de 60 avions, plus 6 de réserve).
Rhodes
Les navires du groupe de soutien quittent Rhodes dans la matinée pour rejoindre l’escadre du contre-amiral Rawlings à Benghazi. Il s’agit des BB HMS Resolution, HMS Revenge et MN Lorraine, du CA MN Dupleix et des DD MN L’Alcyon, La Palme, Le Mars, Ouragan, Simoun, Tramontane et Typhon. Les DD HMS Napier, Nestor, Nizam et HMAS Norman se sont joints aux escorteurs couvrant les navires qui ravitaillent Githion et Kalamata pour soutenir les forces terrestres alliées.
Berlin
Journée de remise en question pour le haut commandement allemand. Keitel reçoit en début de matinée des messages d’Athènes et de Salonique, où il lit clairement l’opposition entre Rommel, qui souhaite utiliser le IIème FliegerKorps pour couvrir le déploiement du Skandenberg Korps dans le Péloponnèse, et Kesselring, qui veut concentrer les forces aériennes de Grèce (IIème, VIème et Xème FliegerKorps) pour soutenir l’attaque de Limnos. Comme Hitler semble avoir donné son accord aux deux opérations, Keitel se trouve en face d’un véritable dilemme !
Kesselring affirme que les bombardiers de la Luftwaffe ont besoin de repos après les durs combats des jours précédents et que le Xème FliegerKorps est loin d’être opérationnel. Il souligne le manque de bombes antinavires (perforantes) dans l’arsenal de Salonique et relève avec inquiétude la présence dans le nord de la Mer Egée d’un « nouveau porte-avions de la Royal Navy » (il semble qu’il n’ait pas été informé ou qu’il préfère éviter de dire à Berlin que le navire en question est français).
A 13h20 une discussion entre Hitler et Halder tourne court, Hitler refusant de rappeler Rommel, qui a visiblement interprété ses ordres de façon très agressive et prépare une attaque de grand style dans le Péloponnèse, ou d’annuler l’opération de reprise de Limnos.
Une nouvelle réunion en fin d’après-midi est annulée, Hitler désirant parler directement à Kesselring et à Rommel.
Enfin, à 23h00, Hitler convoque Halder et Keitel pour leur expliquer que, « même si Limnos est politiquement de la plus haute importance, la vraie démonstration de force vis-à-vis de la Turquie aura lieu dans le Péloponnèse. » Devant un Halder déconfit et un Keitel silencieux, il confirme pourtant qu’il approuve les deux opérations, précisant seulement que l’assaut sur Limnos devra être entrepris « dès que possible ».
Peu avant, Hitler a pris le temps de recevoir le Grand-Amiral Raeder pour autoriser l’opération “Zauberflöte”.
Malaisie – Singapour
La bataille autour de la Zone Fortifiée de Kulai continue. Les Japonais ont percé les lignes du Commonwealth, mais les unités indiennes contre-attaquent toute la journée.
Au crépuscule, des Manchester basés à Sabang attaquent les terrains japonais et les bases logistiques dans l’isthme de Kra.
Java
Les troupes japonaises poursuivent leur avance vers Batavia et Bandoeng, mais doivent combattre une résistance hollandaise obstinée, quoique désorganisée. Les deux villes sont bombardées de façon répétée par les avions basés à Kendari et à Timor.
Côte Orientale de l’Australie
Alors que la phase 1 de l’Opération Oni s’achève, la phase 2 a commencé. La flottille se compose cette fois du I-6 (un classe J2 ayant une autonomie de 20000 milles nautiques) et de quatre petits submersibles de classe L4, les Ro-64, Ro-65, Ro-66 et Ro-67. Le I-6 emporte des réserves de nourriture, de matériel, de combustible et 37 torpilles en tout, dont 14 dans le compartiment prévu à l’origine pour transporter un petit hydravion (les L4 n’ont que dix torpilles chacun).
L’entraînement de la flottille a été perturbé par le raid américain sur Wotje et Kwajalein, et son départ retardé de quelques jours. Ce retard a été mis à profit pour adjoindre à la flottille le Ro-32, un vieux bâtiment de classe KT (lancé en 1924), équipé de dix des 90 torpilles de 18 pouces de type 97 à oxygène (conçues pour des mini-sous-marins, mais que ces petits engins s’étaient révélé incapables d’utiliser). Le Ro-32, après avoir fait route avec les autres, s’est ravitaillé en combustible auprès du I-6, puis a mis le cap sur la Nouvelle-Calédonie, pendant que les autres bâtiments se dirigeaient vers l’Australie.
« Pour la première fois, les six navires avaient reçu l’ordre de ne pas utiliser la radio avant d’avoir atteint leur zone de patrouille. Ils avaient aussi reçu des systèmes de chiffrage originaux à usage unique. Les recherches de Mr Evans ont récemment déterminé que ces précautions étaient liées aux découvertes faites à bord de l’épave du Prince of Wales, révélant que les Alliés semblaient avoir percé l’ensemble des codes japonais. » (Japanese Sixth Fleet Operations Plans, Research for Australian Official Histories, 1949 – Research Notes by Mr Norman)
Pendant ce temps, les autorités australiennes s’efforcent d’organiser un système de convois cohérent. Elles ont pris la décision de doubler la taille de ces convois, passant de 4 à 5 marchands avec un ou deux escorteurs à 8 ou 10 marchands avec trois ou quatre escorteurs, ce qui réduit de 15 à 20% la rapidité des rotations, donc le tonnage transporté, par rapport à l’absence de convois, mais diminue bien plus fortement la vulnérabilité des convois et surtout le nombre de cibles, donc le risque d’interception. Cependant, de nombreux navires isolés continuent d’arriver des Etats-Unis ou du Cap : il n’y a tout simplement pas assez d’escorteurs en Afrique du Sud et les autorités américaines sont étonnamment lentes à saisir l’importance du problème.
Par ailleurs, les escorteurs australiens sont peu nombreux, mal équipés (jusqu’à l’arrivée en mai d’appareillages Asdic anglais), et manquent d’entraînement ASM – ce n’est qu’en mai que deux vieux sous-marins américains de classe “R” doivent arriver pour aider les escorteurs à s’entraîner. La couverture aérienne est elle aussi des plus succinctes, faisant parfois appel à des appareils d’entraînement.
C’est le 9 mars que les sous-marins de la phase 2 de ONE font leur première victime. Le Ro-67 aperçoit au large de Kiama le pétrolier américain J.W. van Dyke (Atlantic Refining Co, 11,652 GRT, allant de San Diego à Melbourne chargé de gazole pour l’US Army, et emportant sur le pont des avions pour l’USAAF). Le pétrolier navigue seul. Le sous-marin lance d’abord quatre torpilles, dont deux frappent le gros navire, qui est ensuite achevé au canon. Après vingt jours d’errance sur l’océan, l’équipage sera secouru par des hydravions Short Singapore de la RNZAF.
10 mars
Berkeley
Un séminaire réunit les équipes du Metallurgical Laboratory de l’Université de Chicago, du Radiation Laboratory de l’Université de Californie et du département de physique de l’Université de Columbia, qui ont accéléré leurs recherches pour produire les matériaux nécessaires à la fabrication d’une bombe. Les chercheurs sont en train d’apprendre à séparer l’uranium 235 du minerai brut d’uranium (contenant 99,3% d’uranium 238) et à créer du plutonium, qui n’existe pas dans la nature, en bombardant l’uranium naturel contenu dans un réacteur par des neutrons générés par une source d’uranium 235.
Le séminaire de Berkeley leur permet de discuter de la diffusion des neutrons et de la théorie générale des réacteurs de fission. Pour lancer une réaction nucléaire en chaîne, il faut atteindre la masse critique, soit en percutant deux masses sous-critiques d’uranium 235, soit en faisant imploser une sphère creuse de plutonium à l’aide d’une “ceinture” d’explosifs.
On imagine alors une autre possibilité : en entourant la bombe à fission avec du deutérium et du tritium, une bombe bien plus puissante (dite “Superbomb” ou simplement “Super”) pourrait être réalisée. Lorsque l’onde de choc de la bombe à fission traverserait le mélange de deutérium et de tritium, leurs noyaux fusionneraient en produisant beaucoup plus d’énergie que la fission : c’est le concept de la bombe H, inspiré par l’étude de la production d’énergie par les étoiles réalisée avant la guerre. Cette idée défendue par le physicien américain Teller rencontre un certain scepticisme, notamment chez Oppenheimer et Joliot-Curie. Elle est donc mise de côté jusqu’à la fin de la guerre. La bombe H ne sera testée qu’en 1952.
Les trois destroyers de classe Hunt-II transmis aux Français, La Combattante, La Flore et La Pomone (ex HMS Lauderdale, Wheatland et Wilton) quittent Portsmouth avec un convoi en partance pour Gibraltar.
Gibraltar
Les croiseurs HMS Dido et Delhi, accompagnés du mouilleur de mines rapide HMS Welshman et des destroyers HMS Pakenham, Panther, Partridge et Pathfinder, lèvent l’ancre pour Malte.
Trondheim
Peu avant midi, le cuirassé Tirpitz et le cuirassé de poche Lützow, escortés par les destroyers Z-5 Paul Jacobi, Z-7 Hermann Schoemann et Z-25, et par les torpilleurs T-5, T-11 et T-12, se dégagent des filets de protection du Lofjord pour s’aventurer en pleine mer. L’opération “Zauberflöte” a commencé, sous le sceau du secret le plus total. D’une part, le trajet entre la Norvège et la Baltique est loin d’être sans risque. D’autre part, la concentration à Kiel de la plupart des unités lourdes allemandes pourrait soulever des questions dans certains esprits soupçonneux, tels que ceux d’éventuels “correspondants” soviétiques. En fait, avec le croiseur lourd Hipper, dont les réparations ont été récemment achevées, et les croiseurs légers qui ont survécu à la campagne de Norvège de 1940, le Tirpitz et le Lützow vont former en Baltique une puissante escadre dans la perspective de Barbarossa. La seule grande unité restant à Trondheim est le cuirassé de poche Admiral Scheer, laissé là pour que les Alliés ne puissent baisser leur garde en Mer du Nord.
L’Amiral Kummetz ordonne de monter à 24 nœuds pour sortir des eaux côtières de jour et commencer son voyage en haute mer au crépuscule. A 17h10, l’escadre double le phare de Grip, par mauvaise visibilité. Cependant, le son se transmet bien et les navires allemands sont détectés par le sonar et les hydrophones du sous-marin britannique Trident, qui patrouille aux approches de Trondheim. Son commandant, le Lt-Commander Sladen, ordonne de venir en immersion périscopique et manœuvre son bateau pour le rapprocher d’un objectif qu’il identifie comme « un cuirassé, un cuirassé de poche, un croiseur lourd et cinq destroyers ». Il décide de lancer une salve complète de huit torpilles, mais le sort capricieux qui l’a placé sur la route de l’escadre lui joue cette fois un tour : son ordre est mal interprété et la salve est interrompue après le lancement des quatre premières torpilles. De plus, l’une des quatre explose prématurément et le bruit est entendu sur le pont du Jacobi.
Le destroyer avertit ses compagnons par signaux optiques et l’escadre abat sur tribord, mais cela n’empêche pas le Lützow d’être touché à l’arrière. La déflagration est très violente : l’arbre d’hélice bâbord est tordu et le gouvernail est endommagé. Le Lützow se met à tourner au hasard jusqu’à ce que son commandant réussisse à le maîtriser en jouant sur les hélices centrale et tribord. Kummetz ordonne aux T-11 et T-12 de couvrir la retraite du cuirassé de poche blessé jusqu’à Trondheim et le reste de l’escadre accélère à 28 nœuds.
Le Lützow arrive à Trondheim sans autre problème vers minuit vingt, mais dès le lendemain, il est évident qu’il lui faut des réparations sommaires avant de gagner Kiel pour des travaux définitifs. En tout, il y en a pour trois bons mois.
Oran (Mers-el-Kébir)
L’Escadre de Méditerranée Occidentale, commandée par le Vice-Amiral Gensoul et intégrant la TF-34, quitte Oran à 00h20 pour l’opération “Anjou”. Les cuirassés rapides Dunkerque et Strasbourg et le porte-avions américain Ranger sont entourés des CA MN Colbert et USS Augusta, du CL Brooklyn, des CT Volta, Cassard, Kersaint, Tartu et Vauquelin et des DD USS Ericsson, Ludlow, Mayrant, Rhind, Swanson, Trippe, Wainwright et Wilkes.
Méditerranée centrale
Les attaques aériennes contre Pantelleria et Lampedusa se poursuivent, tandis que les chasseurs français à long rayon d’action maintiennent une posture offensive sur la côte sud de la Sicile pour empêcher la Regia Aeronautica d’acheminer des renforts aux îles assiégées. En fin de journée, le groupe de soutien arrive à Benghazi avec ses trois cuirassés et, après un rapide ravitaillement de l’écran, repart vers l’ouest, couvert par les porte-avions du Contre-Amiral Rawlings.
Bari
Venant de Tarente, de Venise et de Trieste, les bateaux désignés pour la flotte italienne de Mer Egée se rassemblent à la pointe sud-est de l’Italie. Ce sont les grands destroyers Pancaldo et Pessagno, les destroyers modernes Geniere et Lanciere (classe Soldati), les vieux destroyers Euro, Turbine, Francesco Crispi et Quintinio Sella, les torpilleurs Circe, Lince, Lira et Lupo, ainsi que le porte-hydravions Giuseppe Miraglia, qui doit être utilisé comme transport rapide.
Péloponnèse
Les troupes franco-britanniques entrent dans Tripolis, où des Italiens résistent encore. Plus au nord, la Brigade Langlade (1ère D.B.) avance vers Argos, soutenue par les chars anglais du 2ème RTR. A l’est, les éléments avancés de la 50ème D.I. britannique entrent dans Léonidie, sur le Golfe d’Argolykos, en fin de journée.
Pendant ce temps, les forces allemandes accélèrent les opérations de transport de troupes entre Le Pirée et le nord du Péloponnèse, couvertes par les chasseurs du JG-27 de la Luftwaffe. Ces derniers très occupés à repousser les incursions des avions alliés. En trois attaques, ceux-ci perdent onze bombardiers et neuf chasseurs en échange de sept Bf-109F.
Grèce du Nord et mer Egée
Nouvelle journée de calme relatif. Un seul raid à noter contre Limnos : douze Ju-88 du KG-77 escortés par 24 Bf-109 du JG-53, qui se heurtent à l’habituelle patrouille de huit P-38 de la 2ème E.C. à haute altitude, vite rejoints par six Spitfire du GC-III/1, dirigés par le radar du HMS Cairo. La formation allemande perd quatre Ju-88 et cinq escorteurs, en échange de deux P-38 et deux Spitfire.
Au crépuscule, un P-38 équipé pour la reconnaissance survole les terrains de l’Axe autour de Salonique et d’Alexandropoulis. Les photos qu’il rapporte montrent que la Luftwaffe continue à y concentrer des forces. Dans la nuit, aidés par le système de navigation Gee, 36 Consolidated-32 et 18 Short Stirling attaquent les terrains allemands, mais les résultats sont décevants, alors qu’un Consolidated et trois Stirling sont perdus du fait des chasseurs de nuit allemands et d’une flak lourde très précise.
Malaisie – Singapour
Les forces japonaises venant du nord parviennent aux abords de Malacca. A Kulai, les contre-attaques indiennes sont arrêtées par l’action continuelle des avions d’appui au sol de l’Armée japonaise. Le Lt-Général Percival ordonne à toutes les troupes de se préparer à se replier vers Singapour. Et Singapour est attaquée à deux reprises par des avions basés à Kuching.
Java
Les Japonais atteignent Bandoeng, désertée par sa population. Batavia est bombardée deux fois par des avions basés à Kendari.
Nouvelle-Calédonie
Le Ro-32 arrive au large de Nouméa. Il s’aperçoit vite que l’activité aérienne et navale est importante dans cette zone, que les Japonais croyaient calme.
[1] Un grand destroyer de classe “L” dont les quatre tourelles doubles de 4,7 pouces ont été remplacées par des jumelages polyvalents de 4 pouces.