Mai 1942 (5/5)
26 mai
Le convoi BCP-42, en route pour Kalamata, est composé de 23 bateaux escortés par le DE HMS Middleton, le DE grec Krite, la corvette HMS Erica, la corvette grecque Pindos, les corvettes françaises Ill, Moselle, Oise et Yser, ainsi que les dragueurs de mines HMS Boston, Hebe et Seham. Entre Benghazi et la Crète, il est attaqué dans la nuit du 25 au 26 par une meute de cinq sous-marins, trois allemands et deux italiens.
La bataille dure plus de huit heures. Vers 23h00
le 25, un premier transport est torpillé. L’Erica et le Pindos contre-attaquent et un grenadage bien
coordonné détruit l’U-96, dont les débris remontent à la surface à
23h45. Peu après minuit, c’est un deuxième transport qui est frappé, puis vers
00h35, un pétrolier, qui brûlera jusqu’à l’aube avant de sombrer. A 02h05, un
troisième transport est touché, mais cette fois le Pindos
et l’Oise accrochent le Zaffiro et le
pourchassent impitoyablement jusqu’à le forcer à faire surface à 02h56, pour
être coulé par les canons du Middleton. A 03h31, l’Erica est
torpillée et coule rapidement. Le Middleton et l’Oise poursuivent
et grenadent pendant trois heures un contact asdic avant de retourner vers le
convoi, frustrés. Mais enfin, quelques heures après, ils apprennent que leur
acharnement n’a pas été inutile : à 07h42, le PBY-5 n°6 de la Flottille
E-23, basée à Benghazi, aperçoit un sous-marin presque immobile à faible
profondeur, le bombarde et le coule. Cette nouvelle victime est l’U-203,
certainement endommagé par les grenades des escorteurs.
Limnos
L’hydrobase de Mudros est rouverte, avec l’arrivée de
neuf Northrop N-3M de la Flottille AT-11. Ces hydravions vont opérer comme
patrouilleurs et avions de lutte ASM. Cinq d’entre eux sont équipés d’un radar
de détection air-surface.
Rhodes
Réparé à Alexandrie, le croiseur léger HMS Aurora
rejoint l’Escadre de Mer Egée, toujours commandée par le Contre-Amiral Philip
Vian et ainsi composée :
CLAA HMS Dido
(amiral), CL HMS Aurora, DD HMS Partridge, Maori et Somali.
Division d’attaque rapide (C.V. Perzo, adjoint du
Contre-Amiral Vian) : CT MN Le
Fantasque (amiral), L’Indomptable
et Le Terrible, “CTAA” MN Guépard.
Division légère : TB MN L’Incomprise,
La Poursuivante, Branlebas, huit MGB, douze MTB.
Division amphibie : mouilleur de mines rapide HMS Welshman, LSI (S) HMS Prince Albert et Prince Beaudouin, trois LCT (RN type Royal Navy,
portant six chars de 20 tonnes chacun), huit LCM, quatre LCI (L), 24 LCA, 15
LCP.
Barbarossa – La bataille des frontières
Le Front Nord-Ouest et la Baltique
A midi, l’infanterie du XLIème Corps allemand (Reinhardt) atteint Panevezys pendant que ses chars continuent vers le nord et que ceux de Manstein foncent vers Dunaburg. La menace d’un encerclement complet des forces soviétiques en Courlande se précise : ce qui reste de la 27ème Armée de Berzarine est en effet incapable d’arrêter l’ennemi dans sa course vers Riga ou vers la Dvina.
L’aviation soviétique réapparaît au-dessus du champ de bataille, harcelant les colonnes allemandes. Ces attaques coûtent cher aux VVS, mais ralentissent l’offensive allemande, au moins sur l’axe Utena-Dunaburg, laissant à Vatoutine le temps de déployer la 125ème Brigade Antitank.
En fin de journée, la STAVKA relève officiellement le Maj.Gén. Kouznetsov de son commandement et envoie le Maréchal Vorochilov à Pskov pour prendre en mains la défense de la Dvina.
Au crépuscule, la
flotte soviétique commence à transporter de Léningrad
vers Riga l’équivalent de deux brigades d’infanterie de marine (Morskoy Pekhoty) to Riga. Les
vedettes rapides allemandes S-33 et S-36 interceptent le convoi et coulent
un petit transport et une vedette soviétique de type G5.
Les Fronts Centre et de Biélorussie
Alors que les Soviétiques disputent encore Novogrudok aux Allemands, von Bock ordonne la reprise de l’attaque contre Vilnius, au nord, et en direction de Minsk, à l’est. Les forces allemandes frappent durement la 1ère Armée Blindée épuisée, décimée et dispersée entre Vilnius et Molodechno (au sud-est, sur la route de Minsk). En fin de journée, les lignes soviétiques ont cédé et les colonnes allemandes sont au sud-est de Vilnius.
La STAVKA ordonne à Boldine de reconstituer une ligne de défense entre Dunaburg (Daugavpils) au nord et Minsk au sud. Dans ce but, Moscou libère la 20ème Armée de Kurochkine. Celle-ci doit monter de Vitebsk pour faire la liaison avec la 1ère Armée de Vatoutine, qui se déploie le long de la Dvina.
Au sud-ouest de
Minsk, le 2ème PanzerGruppe reprend ses
attaques vers l’est et finit par percer en direction de Slutsk.
Les défenseurs de Baranovici étant menacés
d’encerclement, Boldine et Joukov leur ordonnent de
décrocher.
Le Front d’Ukraine et la Mer Noire
Après une nouvelle journée de furieux combats, où toutes les unités de la Luftwaffe affectées au Groupe d’Armées Sud se sont engagées à fond, von Kleist parvient à percer les lignes soviétiques. Les forces de Konev, affaiblies par leur contre-attaque manquée de la veille, sont incapables d’arrêter la poussée allemande. Podkamen tombe en début d’après-midi et dans la soirée, les troupes allemandes entrent dans Zalojcy.
En revanche, sur le front des Carpathes, les troupes de l’Axe ont du mal à avancer sur un
terrain très difficile et face à de solides défenses soviétiques. Les progrès
sont très limités. Les troupes slovaques du LIIème
Corps démontrent vite qu’elles représentent plus un handicap qu’un atout, et
les désertions se multiplient dans leurs rangs.
Singapour
Message à l’Air Ministry (Londres) sur les opérations des Flights non officiels de la R.A.F. et de la F.A.A. attachés au Commandement de la Région de Malaisie et surnommés “Royal Singapore Air Force”
« (…) Des efforts surhumains de récupération et de réparation ont permis (entre les raids aériens et, lors des combats d’avril, malgré la chute de quelques obus sur les quais du port) de construire des avions arrivés en caisses au début de l’année, ou d’en reconstruire d’autres à partir d’épaves pour former plusieurs flights de chasseurs et de bombardiers légers. En comptant les avions de remplacement, il a été possible de créer une force de première ligne organisée administrativement en deux flights de chasse (6 Sea Hurricane et 9 Hurricane II), un flight de reconnaissance (1 Buffalo, 2 Fulmar, 5 Swordfish), un flight de reconnaissance lointaine et de bombardement léger (3 Blenheim IV, 2 Hudson). Le commandement de la RAF à Rangoon a accepté de nous envoyer des pilotes volontaires.
En raison du déséquilibre des forces, l’existence des chasseurs doit rester secrète jusqu’à leur utilisation en cas de nécessité absolue.
La force de bombardement est si faible que l’intérêt des renseignements apportés par ses occasionnels vols de reconnaissance dépasse de loin celui que pourrait représenter son utilisation offensive.
Par quelque miracle, notre vaillant flight de Swordfish a réussi à faire voler chaque nuit un ou deux avions depuis l’évacuation des forces de la RAF “officielle”. Décollant de pistes qui ne sont en fait que des bouts de route sur lesquels la Police Militaire bloquait le trafic durant quelques minutes, notre bizarre collection d’avions légers a maintenu un contact matériel avec nos “Stay Behind Forces” en Johore. De plus, le détachement du “Royal Artillery Flying Club” a héroïquement accompli des missions de réglage d’artillerie nocturne à la lueur de fusées éclairantes et à la hauteur des sommets des arbres, missions dont le succès, pour avoir été plus moral que matériel, ne doit pas être négligé. Enfin, les Swordfish ont de temps en temps parachuté du ravitaillement à des unités isolées perdues dans la jungle.
Par ailleurs, grâce à l’utilisation judicieuse de signaux radio muets et d’épaves d’avions apparemment réparées, nous avons pu conduire les Japonais à gaspiller des efforts considérables pour bombarder des aérodromes vides d’avions opérationnels, mais bien défendus par notre DCA. (…) »
Front de Malaisie
• Du côté de la Force Principale, la 9ème D.I. Indienne parvient à progresser de trois miles le long de la voie ferrée jusqu’à la borne 440, 1,5 mile au sud du village de Layang. Mais rivière et marais font de ce village une formidable position défensive, qui ne peut être attaquée sans une préparation soigneuse.
Sur la route, la 25ème D.I. Britannique se fraie un chemin en luttant toute la journée contre une résistance adroite et déterminée. Mais les Japonais se replient peu à peu jusqu’à la borne 33. Ils peuvent ainsi continuer à se défendre sur un front de jungle étroit, tout en restant alignés sur les défenseurs de Layang.
• Sur la route côtière, la Force Ouest continue à combattre dans Rengit et autour du village, et les pertes augmentent des deux côtés. Les Japonais s’accrochent encore au village, les plus solides de leurs bunkers attirant une énorme quantité de feu britannique. C’est alors que les arrières de cette colonne sont assaillis par la centaine d’hommes qui ont survécu à la chute de Benut, dont on croyait qu’ils avaient rejoint le gros de leurs forces (une telle erreur ne serait plus commise lorsque les Anglais comprendraient mieux la conception japonaise de l’honneur militaire). Ils massacrent une équipe de cantonniers réparant la route, détruisent quelques camions qui passent, dispersent une cuisine de campagne et balaient les servants d’un canon AA. Une compagnie d’ouvriers indiens fait face entre deux autres canons AA. N’ayant pratiquement plus de munitions, les Japonais chargent à la baïonnette, mais, suivant les ordres de Lord Gort, les ouvriers ont reçu un entraînement au combat et ils serrent les rangs, encouragés par les tir des canons. Après trois volées tirées de leurs fusils italiens, les ouvriers contre-chargent. Ecrasés sous le nombre, les Japonais meurent bravement (et inutilement : le seul résultat de cet épisode ayant été un certain retard des convois routiers).
A l’intérieur des terres, la 191ème Brigade marche vers Rengit par l’est. Elle doit franchir deux larges canaux de drainage tout en restant à couvert. En fin de journée, la brigade, qui avance en quatre colonnes, entre en contact avec le flanc gauche et les arrières des défenseurs de Rengit, mais l’effet n’est pas celui escompté. En effet, la brigade tombe sur les réserves japonaises, constituées des éléments survivants des la brigade blindée de la 25ème Armée : sept chars moyens, neuf légers et cinq tankettes. Heureusement pour les Anglais, ces blindés manquent de puissance et de résistance, et souffrent du même mal que les chars britanniques : près de la côte, le terrain est trop mou pour eux. Chars et tankettes s’enlisent et se font briser les chenilles par des fusils antichars, arrosés de bombes incendiaires et d’obus de mortiers, en en général sont très vite en mauvaise posture. Au coucher du soleil, le combat est toujours confus, mais tourne en faveur des Anglais, au milieu des épaves incendiées des chars et des camions japonais. L’infanterie britannique a cependant subi des pertes significatives et a perdu l’élément de surprise.
Corregidor (Philippines)
L’Armée Impériale japonaise commence une série de bombardements aériens intensifs contre la forteresse tenue par les hommes du Général MacArthur.
Fishermen’s Bend (Australie)
Le prototype CA-4 n°2 est présenté à Sir Robert Brooke-Popham
et à divers hauts gradés. Le Wing-Commander Lawrence J. Wackett,
ingénieur en chef de Commonwealth Aircraft
Corporation, leur indique alors les données prévisionnelles concernant la production
de l’avion d’attaque CA-11 développé à partir du CA-4 et baptisé “Woomera”. Cet
avion doit être propulsé par deux Pratt & Whitney R-1830 S3C4-G à 302,5 mph (488 km/h) à l’altitude de 7500 pieds (2300 m). Avec
les mêmes moteurs, le DAP Beaufort VIII ne pourrait atteindre que 267 mph (431 km/h) en portant une seule torpille (contre deux
pour le Woomera) et demanderait quatre hommes d’équipage, contre deux pour le
CA-11 (trois en version reconnaissance).
De plus, le Woomera devrait être beaucoup plus multirôle, avec un armement avant fixe de deux canons Hispano de 20 mm et quatre mitrailleuses Browning Mk II de 0.303 pouce et quatre bombes de 250 livres (114 kg – les Français se sont arraché les cheveux) dans les petites soutes aménagées dans les nacelles de moteurs. L’armement défensif doit comprendre une mitrailleuse Browning de 0.50 pouce dorsale sur pivot hydraulique SAMM construit sous licence et une Vickers K de 0.303 tirant par une trappe ventrale. Lorsqu’il ne porterait ni bombes ni torpilles, l’avion pourrait emporter un ensemble de trois caméras pour la reconnaissance et la cartographie. Pour de futures variantes, l’équipe des concepteurs de Wackett envisage la possibilité d’ajouter des râteliers à bombes sous les ailes, à l’extérieur des moteurs, pour des bombes de 500 livres ou des projectiles-fusées. Enfin, en n’emportant qu’une torpille et un réservoir supplémentaire largable de 293-Imp.Gal., le rayon d’action du Woomera pourrait atteindre 2350 miles (3793 km).
Le projet intéresse
d’autant plus les autorités australiennes qu’il utilise le même moteur que le
bombardier-torpilleur Bristol Beaufort, déjà construit sous licence, et le
chasseur bimoteur Gloster-CAC CA-10 Wallunka, dont la production commence. Woomera et Wallunka pourraient être produits en parallèle à
Fishermen’s Bend, et le haut degré de similarité technique entre les deux types
allègerait la logistique des bases où tous deux seraient déployés.
Nouméa
La Task Force 16 (autour des CV Enterprise et Hornet) arrive de Pearl Harbor.
CinCPac a maintenu l’ordre de se rendre dans le
Pacifique Sud en dépit de la retraite des forces de Takagi
le 21 mai, pour le cas où les Japonais tenteraient de nouveau quelque chose
après avoir ravitaillé à Truk. C’est alors que, pour
une raison très inhabituelle, la Task Force va devoir
changer de chef.
« C’est peu après son arrivée à Nouméa (Nouvelle-Calédonie française) que le célèbre Amiral Halsey (à l’époque vice-amiral) présenta une affection cutanée à type d’eczéma atopique généralisé, entraînant un prurit très pénible, rebelle aux traitements usuels de l’époque. Il fallut l’hospitaliser. Certains auteurs ont depuis prétendu qu’il s’agissait d’une gale ! On ne peut que s’élever contre cette assertion qui bafoue aussi bien la mémoire d’un héros national que le sens clinique des médecins de l’US Navy de 1942 et les connaissances récentes sur les affections dermatologiques d’origine psychosomatique. Il est aujourd’hui évident que l’Amiral, qui était depuis six mois soumis à de pénibles pressions psychologiques, comme celles entraînées par la responsabilité du raid de Doolittle sur Tokyo, fut victime d’une forme de dermatite psychogène. » (A.S. Inouye et L. Mortimer, Current concepts: Psycho-somatic dermatitis, New England Journal of Medicine, 1995 ; 342 : 1157-65).
Suivant l’avis de Halsey lui-même, l’Amiral Nimitz nomme le Contre-Amiral
Raymond A. Spruance à la tête de la Task Force 16.
27 mai
Fort Lauderdale (Floride)
Tôt dans la matinée, une formation de quinze P-38F-15LO, douze de l’USAAF (27èmeFighter
Squadron du 1erFighter Group) et trois de l’Armée de l’Air,
quitte Fort Lauderdale vers Fort-de-France, guidés par un B-17 spécialement
équipé. C’est la première étape d’un voyage de quatre jours, qui par Recife
(Brésil) et Freetown (Côte d’Or) les conduira à Meknès (Maroc). Ce voyage donne
le coup d’envoi de l’opération de traversée transatlantique destinée à conduire
aussi vite que possible un grand nombre d’avions de combat des Etats-Unis
jusqu’au théâtre d’opérations méditerranéen.
Oran
Le croiseur lourd Tourville,
endommagé par des bombardiers japonais au large des îles Ananba,
rejoint Mers-El-Kébir. Réparé aux Etats-Unis, le
navire a reçu huit 40 mm Bofors et vingt 20 mm Œrlikon anti-aériens (tous sur affûts simples) à la place
de ses 37 mm et de ses 13,2 mm.
En même temps que le Tourville, le
cuirassé HMS Queen Elizabeth, réparé après les dommages
infligés à Alexandrie par une “torpille lente” italienne, et le croiseur lourd
HMS Exeter, réparé après les dommages
subis en Mer de Chine Méridionale, ont passé le Détroit de Gibraltar. Les deux
bâtiments doivent retourner à Alexandrie. Avec ces navires qui s’ajoutent au
reste de sa flotte, soutenue par les porte-avions HMS Furious et USS Ranger, l’Amiral Cunningham peut sans
difficulté contrôler la Méditerranée centrale et orientale.
Moscou
A la suite de l’attaque germano-roumaine en Moldavie, le gouvernement
soviétique déclare que l’état de guerre existe désormais entre l’URSS et la
Roumanie.
Barbarossa – La bataille des frontières
Les opérations aériennes
Stratégiquement, quelques
unités de bombardiers lourds soviétiques opèrent de nuit. Du 27 au 30 mai, Kœnigsberg, Memel, Dantzig et Berlin sont bombardées à
plusieurs reprises par des avions de l’Armée Rouge et de la Marine (ADD et
VS-VMF [BF]). Les chasseurs de nuit de la Luftwaffe abattent quatorze de ces
assaillants, dont deux quadrimoteurs Pe-8. L’effet matériel de ces
bombardements est insignifiant, mais leur effet moral est important, car
Radio-Moscou ne manque pas de clamer que les forces aériennes soviétiques
ravagent les villes allemandes, et l’OKW décide d’allouer à la Prusse Orientale
deux NJg Gruppen (groupes
de chasse de nuit) de plus, au détriment de la couverture des approches
occidentales du Reich. Les bombardements anglais commencent à devenir une
habitude, mais il est hors de question que les Slaves en fassent autant !
Ainsi, les raids soviétiques, malgré leur manque d’efficacité, profitent à la
RAF en distrayant un peu les défenses allemandes.
Le Front Nord-Ouest et la Baltique
Comme les forces du corps de Reinhardt commencent une sorte de course à la mer, les Soviétiques tentent désespérément de créer une ligne de défense le long de la voie ferrée Siaulai-Riga. Le plus souvent, les colonnes blindées et motorisées des Allemands empêchent les troupes soviétiques, qui appartiennent aux échelons arrières, d’établir une ligne défensive cohérente. A la tombée de la nuit, un groupe mixte des 1ère et 6ème Panzer Divisions est en vue de Jelgava, un peu au sud de Riga.
La progression allemande n’est pas aussi bonne sur l’axe Utena-Dunaburg. La région où avancent les unités de von Manstein est semée de lacs et de marais, où peu de routes et de chemins permettent le passage d’engins blindés. Cela donne leur chance aux artilleurs de la 125ème Brigade Antitank, maintenant déployée 25 km à l’ouest de Dunaburg. Avec l’aide de la 171ème Brigade Blindée Indépendante, ils arrêtent en fin d’après-midi l’avancée de la 8ème Panzer.
En Courlande, les troupes de la 11ème Armée soviétique défendent Siaulai, mais la ville est maintenant menacée d’être tournée par le nord-ouest, où le XXVIème Corps allemand approche de Telsiai et de la voie ferrée Memel-Siaulai. La seule bonne nouvelle pour le commandement soviétique est la défense efficace de la base navale de Liepaja. La cité, qui avait été un lieu de villégiature touristique au temps des tsars, est en grande partie en ruines après de nombreux bombardements aériens, mais la 291ème Division d’Infanterie allemande est incapable d’en forcer les défenses.
Dans la nuit,
Vorochilov ordonne à la 2ème Armée (Maj.Gén.
F.S. Ivanov) de « prendre à tout
prix » les positions avancées ennemies à l’ouest de Siaulai pour empêcher les Allemands de percer l’aile droite
soviétique en Courlande.
Les Fronts Centre et de Biélorussie
Sentant que les forces soviétiques au sud de Minsk sont en pleine confusion, Guderian ordonne à ses troupes de foncer vers la route Minsk-Bobruisk, espérant renouveler un vaste encerclement, cette fois pour piéger les forces soviétiques qui défendent Minsk. Pendant ce temps, Hoth repart à l’attaque contre Vilnius, mais la manœuvre de Guderian est bien plus dangereuse.
La STAVKA accepte de
mettre à la disposition de Boldine une partie de la
21ème Armée de M.G. Efrémov (les 38ème,
127ème et 129ème Divisions de Fusiliers), soutenue par le
52ème Corps Blindé et les 442ème et 471ème
Régiments d’Artillerie de Corps, pour fermer cette brèche dans les défenses du
Front de Biélorussie.
Le Front d’Ukraine et la Mer Noire
A l’est de L’vov, le 1er Groupement Panzer de von Kleist avance vers Ternopol, malgré un harcèlement constant des avions d’attaque au sol des VVS. Ceux-ci subissent de lourdes pertes, mais leur discipline et leur esprit de sacrifice impressionnent leurs adversaires. En fin de journée, alors que les pointes allemandes approchent enfin de Ternopol, elles sont prises sous d’intenses tirs d’artillerie.
Les troupes
allemandes, hongroises et slovaques n’avançant pas, von
Rundstedt déclenche l’attaque des forces stationnées en Roumanie. Les unités
allemandes et roumaines pénètrent en Bessarabie (la partie de la Moldavie
enlevée à la Roumanie par l’URSS en 1940). L’objectif est la capitale, Kishinev (Chisinau), mais les Régions Fortifiées
soviétiques arrêtent l’attaque pendant la plus grande partie de la journée.
Chine – Campagne de Chekiang et Kiangsi
Une violente contre-attaque chinoise rejette les assaillants devant Ku-Fang, mais plus au nord, après de très durs combats, l’Armée Impériale enfonce les 40e, 146e et 192e DI chinoises près de Lanhai.
Front de Malaisie
D’après
des notes ajoutées au dossier “Malaisie” par la Section de Renseignements
d’Extrême-Orient, Candie (Ceylan) – Janvier 1943.
« La 9ème D.I. japonaise continue son redéploiement de Kluang à la ligne Ayer Hitam - Batu Pahat. Le retour des blessés et malades et l’arrivée de quelques renforts a porté l’effectif de première ligne à 5100 hommes. Le matériel est de l’ordre de 20% de la dotation théorique, mais il n’y a toujours aucun transport. La 27ème D.I. japonaise compte maintenant 4800 hommes en ligne et a récupéré 25% de son matériel. Tout aussi dépourvue de transport que la 9ème, elle commence à se redéployer à partir de Kluang le long de la voie ferrée. » (…)
« La 5ème D.I. japonaise est déployée dans le triangle Port-Dickson - Seremban - Malacca pour bénéficier de l’infrastructure médicale et des voies de communications installées avant guerre par les Britanniques, afin d’accélérer son rééquipement et sa réorganisation, ainsi que la guérison des malades et blessés. Pour les mêmes raisons, la 18ème D.I. japonaise a été déployée dans et autour de Kuala Lumpur. » (…)
« La 33ème D.I. japonaise[1],
qui arrive lentement de Thaïlande, est encore dans la région de Malacca, très
étirée. Ses premiers éléments traversent la rivière Muar.
La route côtière ouest semble avoir été choisie pour son acheminement en
désespoir de cause, car la route principale et les voies ferrées sont
encombrées. Parmi les éléments qui descendent le long de la péninsule, on
compte ainsi plus de 10000 hommes du personnel au sol de l’Aviation de l’Armée,
nécessaires à la montée en puissance de celle-ci en Malaisie. »
• A la borne 440 de la voie ferrée, la Force Principale fait face à une crête située sur la rive sud du cours supérieur du Sungei Johore. Cette crête domine une zone de ruisseaux et de marais, le pont de chemin de fer et le village de Layang Layang. Du côté sud, plusieurs petites plantations, reliées par une route qui rejoint la voie ferrée au pont sur le sungei, permettent le déploiement de l’infanterie. Au lieu de se replier de l’autre côté du Sungei Johore, le 148ème Régiment d’Infanterie s’est retranché sur la crête pour gagner du temps. Derrière lui en effet, la 27ème D.I., partiellement reconstruite et réorganisée, commence à se déployer à Layang Layang, à l’orée d’une vaste zone de plantations où des forces importantes pourraient se déployer sur un front beaucoup plus large.
Dès l’aube, la 22ème Brigade de la 9ème D.I. Indienne engage l’ennemi et, ayant eu vent de la présence de nombreux Japonais de l’autre côté de la rivière, conclut que le 148ème Régiment est encore en train de se replier. Une attaque est donc lancée pour enlever la crête sans préparation d’artillerie, mais c’est un échec sanglant : 150 morts, blessés et disparus. Le QG de la division arrête alors toute nouvelle attaque jusqu’à l’après-midi, le temps de faire monter en ligne la 12ème Brigade et de préparer l’artillerie à longue portée. Depuis des jours, les artilleurs luttent pour faire avancer leurs canons et leurs obusiers pour utiliser les plantations de la zone Ayer Bemban/Sedenak. De plus, pour économiser les munitions de certains types d’artillerie, les Britanniques mettent en batterie des canons navals sur des affûts improvisés. Deux canons de 7,5 pouces (200 livres ou 190 mm) et deux 5,25-pouces (86-livres ou 133 mm), tirant jusqu’à 24000 mètres leurs lourds obus avec une grande précision (et de copieux stocks de munitions), créent la surprise dans les deux armées lorsque leur voix n’est pas masquée par le fond sonore produit par la grande variété de bouches à feu de l’artillerie britannique.
L’attaque de l’après-midi est retardée par
deux fois pour permettre à l’infanterie de s’installer dans de meilleures
positions d’attaque et pour mieux préparer l’artillerie. A 16h00 heures, la
crête et les positions japonaises supposées du côté opposé de la rivière sont
bombardées par l’artillerie divisionnaire normale et l’infanterie se porte à
l’attaque. En moins de 15 minutes, l’attaque est clouée sur place par les
mitrailleuses, les mortiers et l’artillerie de campagne des Japonais. Pendant
ce temps, et durant les vingt minutes qui suivent, chaque départ de coup est
localisé et l’artillerie divisionnaire est peu à peu redirigée sur l’appui
rapproché de l’infanterie. L’attaque paraît être en train d’échouer et les
canons de la 27ème D.I. Japonaise augmentent leur cadence de tir de
l’autre rive. A ce moment, plus de 150 canons et obusiers anglais ouvrent le
feu sur les coordonnées relevées avec soin de leurs adversaires. De chaque côté
de la rivière, les légers retranchements de campagne des Japonais sont écrasés,
les tranchées s’effondrent, les postes avancés sont pulvérisés. Après dix
minutes de ce régime, les cibles sont modifiées pour permettre à l’infanterie
d’avancer.
Le 148ème Régiment de la 56ème Division n’a pas combattu
à Singapour et n’a pas vécu d’expérience semblable. La 27ème
Division a été à Singapour, mais n’a pas été directement commandée par Yamashita ; jusqu’à 16h35, elle n’a fait qu’entendre
au loin le grondement des canons en voyant des nuages de fumée et de poussière
s’élever au-dessus de la jungle et des plantations. Ces unités découvrent
maintenant à la dure la valeur des nouvelles instructions de campagne de Yamashita, qui affirment que les Anglais ne sont pas « craintivement précautionneux »
et que la puissance de l’artillerie sur le terrain est redoutable. En moins de
deux heures, les survivants japonais sont culbutés de l’autre côté de la
rivière, où des flammes et des explosions illuminent le ciel nocturne au-dessus
des positions japonaises.
Pour la 9ème D.I. Indienne, son infanterie, ses sapeurs et ses artilleurs, la journée a été victorieuse mais épuisante. Surtout, les pertes subies par l’infanterie et les sapeurs démontrent que, même gravement désavantagés, les Japonais peuvent combattre et se battront pour infliger le plus possible de pertes à leurs adversaires.
– Sur la route principale, la 25ème
Division Britannique continue à progresser avec une pénible lenteur.
L’infanterie doit nettoyer la jungle et le marais qui bordent la route des
tireurs isolés, des embuscades et des groupes d’infilrations
avant que les démineurs puissent éliminer les véhicules piégés et autres
chausses-trappes semées par les Japonais. En fin d’après-midi, la division est
privée d’une bonne part de son appui d’artillerie, car quelques km plus à l’est
commence la bataille de Layang Layang.
La lenteur de la marche a cependant un bon côté : l’aile droite de la 24ème
garde en permanence le contact avec la 9ème Division Indienne.
• La
Force Ouest écrase les défenseurs de Rengit. Toute la journée, le
113ème Régiment japonais, presque encerclé, s’efforce de se dégager. Inférieurs en nombre et en armement, les
Japonais attaquent l’infanterie britannique qui les a enveloppés et coupe la
route côtière pour maintenir ouvert un étroit corridor par lequel un certain
nombre d’hommes peuvent s’échapper. Sans espoir d’y parvenir, les blessés qui
le peuvent encore continuent de tirer, s’accrochant à leurs positions et se
faisant tuer sur place. Pendant ce temps, les patrouilles britanniques d’autos
blindées et de chenillettes ont atteint Senggarang,
où elles trouvent le pont détruit. Du village de l’autre côté de la rivière
vient un tir nourri d’armes légères.
Corregidor (Philippines)
Dans la nuit du 27 au 28 mai, les grands sous-marins USS Narwhal et Nautilus arrivent à Corregidor. Ils y débarquent en tout 210 tonnes de ravitaillement, dont un équipement complet de désalinisation de l’eau de mer. L’île ne tombera pas faute d’eau potable.
28 mai
Londres
L’Amiral E. King, chef de l’US Navy, est à Londres pour discuter de la situation mondiale, qui vient d’évoluer très rapidement en quelques jours. Il fait remarquer à ses interlocuteurs britanniques que la situation stratégique dans le Pacifique est difficile, pour ne pas dire plus, d’autant que les Etats-Unis consacrent la majeure partie de leur effort de guerre au théâtre d’opérations européen. Dans ces conditions, l’opération Pedestal vers Singapour peut jouer un rôle important, en empêchant la Marine japonaise de concentrer toutes ses forces dans le Pacifique. Après la bataille de la Mer de Corail et alors que les forces alliées du Pacifique Sud sont sur le point de lancer une offensive dans les Salomon, la valeur de Pedestal comme diversion a encore augmenté.
De l’autre côté du monde, le début de la guerre germano-soviétique bouleverse le tableau général. Le gouvernement soviétique souhaite transférer très vite le plus possible de forces des districts sibériens vers l’ouest. Dans ces conditions, plus les défenseurs de Singapour pourront se battre longtemps, plus nombreuses seront les forces de l’Armée japonaise attirées en Malaisie, rendant d’autant plus improbable une attaque japonaise de Mandchourie vers la Sibérie ou vers Vladivostok.
A la lumière de ces bouleversements, Pedestal acquiert une signification bien différente. Ce n’est plus un geste symbolique (et hautement politique) en faveur des braves de Lord Gort, mais une opération stratégique (et très hautement politique) de grande importance, soutenue à la fois par les Etats-Unis et l’URSS. Et c’est d’une certaine manière une justification de l’intuition politique de Churchill.
Déjà, l’Etat-Major Impérial japonais a autorisé l’envoi de deux nouvelles divisions d’infanterie, de blindés et d’artillerie lourde de l’Armée du Kwantung en Malaisie. Là-bas, il est maintenant clair que le Général Yamashita est de nouveau aux commandes, et qu’il conduit une réorganisation complète de ses forces, ainsi qu’une amélioration de leur coopération avec la Marine Impériale. Ces évolutions ont été très vite décelées par les Renseignements soviétiques, qui viennent d’informer le Cabinet de Guerre britannique que le Japon prépare une nouvelle offensive de grande ampleur contre Singapour pour la mi-juillet.
Apprenant ces informations, la Royal Navy décide de fixer la date d’arrivée du convoi à Singapour au 8 juillet au plus tard. Ce qui implique que le convoi devra quitter Plymouth le 10 juin.
Alger
Lord Louis Mountbatten arrive à Alger avec son état-major, conduit par le Cpt.
Hughes-Hallet, pour discuter de la planification d’un
“raid majeur” sur la côte française à la fin du mois d’août, conjointement aux
opérations maintenant décidées contre la Sicile. Mountbatten est reçu par le
Général De Gaulle et par le chef des Opérations Spéciales de l’Armée française.
Péloponnèse
Dans la nuit, alors que le convoi BCP-42 commence à débarquer du matériel à Kalamata, il est attaqué par plusieurs canots d’assaut italiens (canots explosifs MTM et canots torpilleurs MTSM). Trois cargos sont coulés, dont un navire encore chargé de munition qui reçoit une torpille de 450 mm et explose, illuminant la nuit. C’est peut-être la lueur de l’incendie qui est fatale à deux des MTSM (trois MTM sont eux aussi détruits, mais il s’agit de leur sort normal !).
Après celle du 2 mai, il s’agit de la seconde opération réussie de la dernière création de la Xa MAS, l’autocolonna Moccagatta (du nom du chef de la Xa MAS tué dans l’opération contre Malte en novembre 1941). Cette “colonne mobile”, commandée par le capitaine de corvette Aldo Lenzi, comprend de nombreux véhicules capables de transporter en même temps cinq MTM et cinq MTSM et de servir de base logistique et opérationnelle. Partie de La Spezia le 16 avril 1942, l’autocolonna s’est installée en avril au nord-ouest du Péloponnèse. Les pertes subies devant Kalamata entraînent son retour en Italie.
Barbarossa – La bataille des frontières
Le Front Nord-Ouest et la Baltique
Au nord-ouest de Siaulai, Ivanov tente d’obéir aux ordres de Vorochilov, mais sa 2ème Armée est trop diminuée après onze jours de combat continu pour pouvoir faire mieux que contenir quelques heures les Allemands. Dans l’après-midi, ayant pris Telsiai, le XXVIème Corps reprend son avance vers Mazheiklai. En fin de soirée, Vorochilov doit admettre son échec. Les troupes de la 11ème Armée, qui se battent encore dans Siaulai et aux alentours, sont maintenant dans une position très difficile.
Sur la route de Riga, les forces allemandes tentent de prendre d’assaut Jelgava dans la nuit, mais la partie ouest de la ville est encore entre les mains des Soviétiques au lever du jour. Laissant son infanterie au contact des défenseurs, Reinhardt fonce alors vers la mer, et les chars de la 1ère Panzer Division atteignent les plages à l’ouest de Riga en fin de journée.
A l’est, la 8ème
Panzer cherche à reprendre sa progression vers Dunaburg.
Mais, tentant d’avancer sur de simples pistes ou sur des routes étroites dont
les bas-côtés sont si instables que les chars s’y enlisent facilement dès
qu’ils essayent de manœuvrer, les panzers sont une proie facile pour les canons
et même pour les fusils antichars soviétiques. Le Général Brandenberger
doit rappeler l’attaque après avoir perdu près de trente de ses Pz.38(t) et une
dizaine de Pz.IV.
Les Fronts Centre et de Biélorussie
Aux premières heures de la matinée, les Allemands entrent à Vilnius. Cependant, leurs premières reconnaissances vers l’est sont accueillies par de puissants tirs d’artillerie. Vers le sud-est, les troupes allemandes qui approchent de Molodechno sont elles aussi arrêtées devant la ville par l’artillerie et les chars soviétiques.
Le même scénario se
déroule au sud, sur l’aile droite allemande. Après avoir pris Slutsk, le 2ème PanzerGruppe
se dirige vers Osipovichi, quand ses avant-gardes se
heurtent à ce qu’elles décrivent comme « un
vrai déluge d’obus » (c’est l’effet produit par le tir de deux
régiments d’artillerie). Deux tentatives de déborder les défenses soviétiques
échouent. La seconde est rejetée par une contre-attaque énergique mais coûteuse
du 52ème Corps Blindé. Celui-ci y laisse la moitié de ses chars (ce
sont surtout des BT-7, voire de vieux BT-5), mais il réussit tout de même à
bloquer les unités blindées allemandes, déjà considérablement amoindries.
Le Front d’Ukraine et la Mer Noire
De l’aube au crépuscule, le 1er Groupement Panzer de von Kleist se heurte à la 16ème Armée de Loukine. La bataille pour Ternopol fait rage. La plupart des unités soviétiques subissent des pertes terribles, mais les unités blindées allemandes ne sont guère en état d’en profiter. Elles sont à court de munitions, à court d’essence, et ont perdu une grande partie de leur infanterie.
Devant le risque d’encerclement, Kirponos demande à Moscou l’autorisation d’évacuer L’vov. Sans accepter ouvertement cette évacuation, la STAVKA lui ordonne de tenir une ligne Doubno-Ternopol-Ivano-Frankovsk, ce qui revient au même…
Au sud, les forces
soviétiques du Front d’Odessa tiennent solidement contre l’attaque
germano-roumaine.
Singapour
Sur une mer enfin apaisée et sous le couvert d’un violent orage d’après-midi,
la force amphibie du Contre-Admiral Spooner appareille et quitte le Détroit de Johore pour la
côte ouest de la Malaisie. Comparée à feu l’Eastern Fleet de l’Amiral Phillips, cette force n’est qu’une
pathétique poussière, mais, sous leurs Enseignes Blanche, Bleue ou Rouge, les
équipages de la Royal Navy, de la réserve ou de la
marine marchande n’en mènent pas moins vaillamment leurs rafiots vers l’ennemi.
Front de Malaisie
• Du côté de la Force Principale, Indiens et Japonais sondent réciproquement
leurs positions toute la journée, provoquant de multiples chocs de patrouilles.
Les deux camps font avancer des troupes fraîches, car leurs unités engagées la
veille ont besoin de repos. Il apparaît que les Japonais concentrent leur 56ème
Division (ou ce qui en reste) sur la route principale, pendant que la 27ème,
appuyée par des unités de soutien de la 25ème Armée, se déploie sur
la voie ferrée. Beaucoup plus nombreux, les Indiens étendent leur front
davantage que les Japonais et commencent un mouvement tournant sur la droite,
avançant très lentement à travers la jungle sur la rive japonaise du Sungei Johore.
• En dépit d’attaques aériennes continuelles, la Force Ouest (64ème Division Britannique) atteint la rivière de Senggarang et commence à se déployer, poussant des patrouilles d’infanterie sur les flancs de l’autre côté de la rivière pour localiser l’ennemi. Le village lui-même apparaît occupé par des unités bien retranchées de force inconnue. Le transport jusqu’à la rivière du matériel de traversée, du ravitaillement et de l’artillerie est retardé de quatorze heures, car il faut boucher les cratères de bombes et nettoyer la route des épaves de camions détruits par les attaques de l’aviation japonaise, qui se poursuivent malgré une dense couverture de DCA.
Piste de Kokoda (Papouasie - Nouvelle-Guinée)
Le 39ème Bataillon s’installe sur une position de défense entre la rivière Ambogo et la rivière Popondetta, sur un front de 6 à 7 km. Son intention est de retenir l’ennemi pendant deux jours avant de se replier jusqu’à l’excellente position défensive de Wairopi, 50 km à l’intérieur des terres.
Côte orientale de l’Australie
11h30 – A 50 nautiques environ de Sydney, l’I-59 aperçoit, 10 nautiques au large environ, deux avions tournant en rond et des mâtures. Le commandant du sous-marin estime qu’il s’agit de navires se dirigeant vers le port. Il décide de tenter de les intercepter aux abords du port.
12h20 – L’I-59 observe un gros
bâtiment de guerre escorté par deux destroyers. Il s’agit du croiseur lourd USS
New Orleans,
escorté par les DD Anderson et Russell, qui se rend à Sydney pour
réparer son hangar endommagé. Les dégâts sont en effet parfaitement réparables
avec les moyens de Vickers Cockatoo. Le New Orleans en
profite pour transporter de Brisbane à Sydney trois cents hommes du 7ème Airfield
Construction Sqn de la RAAF, qui avaient été évacués
de Guadalcanal. La formation zigzague à 18 nœuds, avec une vitesse sur
trajectoire de 15 nœuds. Elle est survolée par deux Anson
de patrouille ASM, relevés toutes les quatre heures. Mais il s ne repèrent pas
l’I-59, qui se rapproche à 5 nœuds,
en plongée, de la trajectoire de la formation. A deux reprises, celle-ci change
de cap au moment où le sous-marin s’apprête à tirer, puis un nouveau zigzag la
fait défiler moins d’un demi nautique devant le submersible. N’ayant plus le
temps de calculer une solution de tir précise, le commandant ordonne au jugé de
tirer une salve complète des huit tubes de proue sur le vaisseau de tête.
12h42 – Le New Orleans est frappé à bâbord par deux
torpilles. La première le touche profondément en avant de la tourelle A. La
proue cède, se replie vers bâbord et s’arrache en chavirant avant de heurter
violemment l’arrière de la coque et de couler rapidement. Près de deux cents hommes
de la RAAF, logés dans cette partie du navire, trouvent la mort. La seconde
torpille frappe elle aussi en profondeur, au niveau du mât avant. La chaudière
avant et plusieurs autres compartiments sont immédiatement noyés.
12h50 – Le croiseur s’enfonce par l’avant et s’incline de 20 degrés sur
bâbord, les hélices tribord partiellement émergées. Le Captain
Howard H. Good ordonne que tous les blessés et tous les passagers survivants
abandonnent le navire, que l’équipage tente de sauver. Pendant ce temps, le Russell pourchasse l’I-59 avec énergie, mais sans grand
résultat.
La situation du New Orleans
s’aggrave rapidement, d’autant plus que les chocs avec la proue détachée ont
provoqué plusieurs voies d’eau à l’arrière, et la réparation des dégâts est
très difficile dans le navire incliné malgré les efforts de l’équipage.
13h15 – La gîte atteint 27 degrés. Tout travail est impossible à ce degré
d’inclinaison ; l’officier mécanicien conclut que le navire est perdu et
qu’il faut l’abandonner immédiatement. Le Captain
Good en donne l’ordre à 13h17, et
fait demander par projecteur au DD Anderson
de venir bord à bord. Mais avant que le destroyer n’y parvienne, le grand
croiseur chavire et il coule doucement par la proue à 13h29. L’ordre d’évacuation a été donné juste à temps pour que
seuls 200 marins soient perdus, en plus des 200 hommes tués au moment du
torpillage.
Voyant couler le croiseur, le Russell
vient aider l’Anderson à recueillir
les survivants.
« Ses torpilles épuisées, l’I-59 repartit le jour même pour Kwajalein. Il
avait coulé un transport de 2693 GRT, un croiseur auxiliaire et un croiseur
lourd (dont il avait correctement identifié le type). » Opération ONI,
phase 3b – Research notes de Mr Norman, 1950.
Brisbane
Le Contre-Amiral Fitch
quitte l’Australie pour la côte ouest des Etats-Unis, via les Samoa et Pearl Harbor, pour
prendre le commandement du porte-avions Saratoga
et de la TF-11.
29 mai
Londres
Par la voix de son ministre des Affaires Etrangères, le gouvernement belge confirme à la BBC qu’il adhère à la politique de soutien inconditionnel à l’URSS annoncée par les Alliés. Il met aussi en garde les Belges en pays occupé contre la propagande nazie déclenchée à cette occasion : « Il ne s’agit pas d’être pour ou contre le communisme. Il s’agit de gagner la guerre ! » Ce discours sera suivi une semaine plus tard par une allocution du Premier Ministre Pierlot, allant dans le même sens.
Méditerranée centrale
Sous une solide couverture de chasse, le cuirassé HMS Queen Elizabeth et le croiseur lourd HMS Exeter, escortés par les DD HMS Nizam, HMAS Norman, MN L’Alcyon, La Palme, Le Mars, Typhon et Ouragan,
passent le Détroit de Sicile.
Barbarossa – La bataille des frontières
Le Front Nord-Ouest et la Baltique
Toute la matinée, les troupes de Reinhardt s’efforcent d’entrer dans Riga. Elles sont arrêtées par une assez forte densité d’armes antichars et le manque d’infanterie. Sur l’ordre de Hoepner, la 6ème Panzer fait un nouvel essai, en essayant cette fois de passer entre la ville et le rivage pour trouver un pont plus au nord. Après avoir perdu une bonne douzaine de chars dans cette manœuvre, Reinhardt rappelle l’attaque.
Devant Dunaburg, les efforts de von Manstein n’ont rien donné non plus. Lui aussi n’a pas assez d’infanterie, ce qui se fait particulièrement sentir sur un terrain peu favorable aux chars. De plus, les munitions de son artillerie n’ont pas suivi. Enfin, sur sa droite, il doit se méfier des restes de la 8ème Armée de Sobennikov, qui se replie le long de la voie ferrée Vilnius-Dunaburg.
A l’ouest, Siaulai a été évacuée dans la nuit par la 11ème Armée soviétique, mais celle-ci, pas plus que la 2ème Armée et la 12ème Armée Blindée, ne peut échapper à l’encerclement.
Le Groupe d’Armées Nord allemand a en effet isolé ces trois armées soviétiques dans une poche allant de Liepaja à l’ancienne frontière entre la Lettonie et la Lithuanie, près de Mazheiklai, puis de là à Jelgava et au Golfe de Riga. Après avoir discuté avec Hoepner, le Feld-Maréchal von Leeb ordonne à ses forces de consolider leurs positions et de se retrancher. L’infanterie est bien trop épuisée pour réduire immédiatement la poche soviétique et les blindés ont un besoin urgent de réparations et de ravitaillement.
En treize jours,
l’offensive allemande a effectivement détruit le système de défense des
frontières soviétiques du Front Nord-Ouest et a conduit à l’encerclement de
forces importantes en Courlande. Cependant, les Soviétiques ont pu reconstituer
une ligne de défense le long de la Dvina et ils ont
infligé de très lourdes pertes aux blindés allemands. La plupart des officiers
des panzers, de Hoepner, Reinhardt et Manstein
jusqu’aux commandants de compagnie, sont encore sous le choc de la découverte
des chars modernes soviétiques. Comme Guderian en Biélorussie, Hoepner et Manstein critiquent à haute voix les services
techniques de l’OKW et réclament l’envoi d’un comité spécial pour étudier sur
le terrain quels remèdes pourraient être apportés à l’infériorité en matériel
des unités blindées allemandes.
Les Fronts Centre et de Biélorussie
Hoth et Guderian tentent à nouveau de déborder les Soviétiques, mais ils doivent reconnaître que leurs forces sont devenues trop faibles et manquent par trop de munitions et de carburant pour être très efficaces contre « des réserves ennemies inattendues ». Von Bock doit aussi l’admettre, d’autant plus qu’une grande partie de l’infanterie allemande s’efforce toujours de contenir ce qui reste de la 10ème Armée dans la poche de Byalistok.
En fin de journée, von Bock explique au téléphone à Halder
que « c’est comme frapper une
éponge. Vous détruisez cinq divisions pour vous apercevoir qu’ils viennent d’en
mettre en ligne dix de plus. » Le soir-même,
il ordonne au Groupe d’Armées Centre de se mettre sur la défensive et
d’attendre le ravitaillement et les renforts. A ce moment, le front va de Dunaburg au nord jusqu’à Minsk par Molodechno,
puis de Minsk aux abords de Bobruisk et jusqu’aux
approches de Kalinkovichi, au sud.
Le Front d’Ukraine et la Mer Noire
Devant l’évolution de la situation en Biélorussie, les troupes du Front d’Ukraine doivent s’adapter. Kirponos ordonne à Rokossovsky de se replier sur Rovno, et les forces de la région de Pinsk préparent des positions de défense au bord des Marais du Pripet, pour tenir une ligne Rovno-Kalinkovichi. Le problème principal de Kirponos est maintenant qu’un saillant soviétique est en train de se créer autour de Rovno, qui doit être défendue pour protéger la région de Kiev.
Plus au sud, alors que les forces soviétiques essayent d’évacuer L’vov et de se replier progressivement vers Ivano-Frankovsk, la situation devant Ternopol continue de paraître menaçante. Kirponos réclame avec véhémence à la STAVKA la mise à sa disposition d’une partie des troupes du second échelon stratégique pour empêcher une percée ennemie.
Cependant, à ce
moment, von Rundstedt vient de demander aux
attaquants de marquer une pause. Si la 16ème Armée de Loukine n’a pu détruire les éléments avancés allemands,
elle a convaincu l’état-major du Groupe d’Armées Sud que les forces soviétiques
ont encore des réserves importantes. Von Rundstedt ordonne alors à von Kleist de suspendre tout mouvement offensif et de se
retrancher, le temps que les renforts et le ravitaillement atteignent la ligne
de front.
Chernovodsky (Roumanie)
Une attaque aérienne soviétique détruit le grand pont de chemin de fer sur le
Danube. Cette opération n’est pas un bombardement habituel : l’attaque a
en effet été menée par des Yak-1 armés de deux bombes de 250 kg chacun, alors
que Chernovodsky est en dehors du rayon d’action de ces
appareils, surtout chargés de bombes.
En fait, l’opération a été effectuée par un “duo” composé de
la 18ème Escadre de Transport (18 quadrimoteurs : 12 Pe-8 et 6
TB-3 “Aviamatki”) et du 32ème Régiment de
Chasse (45 monomoteurs : 30 Yak-1 SPB et 15 Polikarpov
I-16 SPB). Ces unités appartiennent à l’aviation de la Flotte de la Mer Noire
(VS-VMF ChF) et sont basées à Yevpatoriya,
en Crimée. Ce sont les héritières de la formation baptisée dans les années 30
le “Cirque de Vakhmistrov” et, plus récemment, de la
“Patrouille Choubikov”. Les quadrimoteurs (Aviamatki) transportent les chasseurs-bombardiers (SPB)
jusqu’à 30 ou 50 km de leur objectif, puis les larguent en prenant soin de
rester hors des zones protégées par la chasse et la DCA adverses. Les monomoteurs
attaquent alors en piqué à 30° avant de rentrer par leurs propres moyens.
Cette attaque a été menée à bien par quatre Pe-8, qui ont décollé dans la nuit
et ont lâché leurs huit Yak-1 “parasites” à l’aube, à 30 km du pont sur le
Danube. En dépit d’une forte DCA, les Yak-1 SPB ont mené à bien leur attaque,
détruisant complètement l’arche centrale du pont et endommageant la partie
ouest. Leurs bombes ont aussi détruit le pipeline passant sous le pont et
alimentant les forces de l’Axe dans la région.
Opération D
En prélude aux actions de la 8e Escadre sous-marine contre les navires marchands alliés sur les côtes orientales de l’Afrique, le sous-marin amiral I-9 catapulte son hydravion pour reconnaître Durban. Les jours suivants, l’appareil survolera East London, Port Elizabeth et Simonstown.
Chine – Campagne de Chekiang et Kiangsi
Après leur défaite devant Lanhai,
les forces de l’ANR se dispersent. Beaucoup de petites unités se lancent
cependant peu après dans des opérations de guérilla sur les arrières japonais,
tentant de ralentir l’ennemi pour que les défenseurs de Ku-fang puissent battre
en retraite vers l’ouest. Les Japonais réagissent à ces opérations par des
“frappes de contre-guérilla”, qui consistent essentiellement en massacres de
civils.
Singapour
Pour compenser les pertes subies, l’infanterie des 4ème et 5ème Bataillons de Garnison est envoyée aux Forces Principale et Ouest, les QG de ces bataillons devenant des cadres d’instruction pour l’entraînement. Le QG du IIIème Corps Indien est envoyé à Skudai, près de la borne des 10 miles sur la route principale. La 11ème D.I. Indienne reçoit l’ordre de passer en Johore et la 16ème D.I. Indienne est mise en alerte à 48 heures.
Front de Malaisie
• Du côté de la Force Principale, patrouilles indiennes et japonaises se heurtent avec férocité à l’est de la voie ferrée, tandis que l’artillerie alliée déclenche épisodiquement de brefs déluges de feu sur les positions et les voies de communication japonaises de l’autre côté du Sungei Johore. Les colonnes de la voie ferrée et de la route ne sont plus à présent séparées que par une zone de jungle relativement étroite et les Britanniques avancent lentement mais avec obstination dans ce secteur central. Des sentiers sont ouvert ou élargis et des mortiers ou des canons de campagne sont portés vers l’avant à dos d’homme ou d’animal. De telles tactiques seraient impraticables dans une guerre de jungle normale, où aucun front ne peut être tracé, mais dans ce secteur bien délimité d’un côté comme de l’autres, ce genre d’avance pas à pas est à l’ordre du jour, d’autant plus que, si la jungle est épaisse, ce n’est pas la jungle escarpée et virtuellement impénétrable des montagnes du nord de la Malaisie. Sur la route principale, des attaques locales gagnent un peu de terrain. Sapeurs et pionniers sont de plus en plus souvent appelés pour faire sauter des bouquets d’arbres où sont embusqués des tireurs isolés que leur invisibilité dans la canopée des grands arbres rend quasi invulnérables.
• Comme des générations de marins avant eux, les hommes de la Force Spooner ont dû attendre deux semaines la combinaison favorable de nébulosité, de direction du vent et de conditions de mer. Enfin, la “Spooner’s Navy” peut tenter de mettre à exécution son plan : débarquer loin en arrière de la ligne japonaise et couper les communications et la retraite des forces ennemies sur la côte ouest de la péninsule.
Peu après minuit, les deux compagnies canadiennes débarquent en silence et s’emparent du phare de Batu Pahat après avoir éliminé ses quelques défenseurs. Ce poste d’observation indiscret ainsi neutralisé, c’est un prétendu convoi de bateaux de débarquement japonais, escorté par des chalutiers armés prétendument japonais, qui se présente au port de Batu Pahat, à l’embouchure de la rivière, près du point de traversée du ferry, bien en vue des sentinelles. Le convoi s’approche du rivage alors que le commandant du convoi et les hommes de l’Armée japonaise échangent par mégaphone des propos confus, coléreux et même insultants. Les officiers de l’Armée japonaise sont particulièrement furieux d’avoir été tirés du lit par des marins qui ignorent visiblement tout des usages : « Qui pensez-vous être, pour arriver sans prévenir au milieu de la nuit ? Nos hommes auraient pu vous tirer dessus ! » Les petits transports lancent alors leurs moteurs et jettent sur le rivage trois compagnies de Royal Marines, huit chenillettes et huit petits chars d’infanterie Mk I (8 tonnes, armés de mitrailleuses), tandis que les canonnières ouvrent le feu à bout portant.
Pendant ce temps, deux autres groupes de petits bateaux remontent le plus vite possible le Sungei Batu Pahat et s’engagent dans deux de ses affluents, le Sungei Simpang Kanan et le Sungei Simpang Kiri. Le pont sur le Simpang Kanan, où passe la route qui va de Batu Pahat à Yong Pen par le défilé du Bukit Pelandok, est la cible de deux compagnies australiennes et une néo-zélandaise. Le pont sur le Simpang Kiri, à Parit Sulong, est situé sur la route qui va du défilé du Bukit Pelandok à Muar par Bakri ; il est attaqué par deux compagnies de volontaires de Singapour.
Partout, les combats sont acharnés. Les petits groupes de Japonais qui défendent les objectifs se battent jusqu’au bout. Plusieurs bateaux sont coulés ou endommagés et dans certaines compagnies, les pertes humaines sont lourdes. Néanmoins, les bateaux les plus précieux sont déjà sur la route du retour pour aller se mettre à couvert dans le Détroit de Johore.
• Du côté de la Force Ouest elle-même, en dépit de violentes attaques aériennes, la 64ème D.I. Britannique passe la rivière en amont, en aval et en face de Senggarang, puis commence à se déployer en poussant des patrouilles sur les flancs, à la recherche de l’ennemi. Le village lui-même est attaqué, mais il résiste, et les Britanniques se contentent de l’encercler et de neutraliser au canon toute tentative de gêner leur avance vers le nord-ouest. Des autos blindées, des chenillettes et quelques chars légers Stuart ont l’ordre de filer au plus vite vers Batu Pahat. Cette “colonne blindée” improvisée suit les traces de trois compagnies motocyclistes, créées avec les restes de l’ancienne “Malaya Motorised Force” et qui sont parties avant l’aube. Elles doivent contourner tout ennemi rencontré et atteindre par Batu Pahat le défilé du Bukit Pelandok.
La colonne intérieure, à pied, renforcée par la 1ère Brigade Chinoise et par la Colonne Montée, coupe à travers champs, ou plutôt à travers les plantations d’hévéas appartenant avant-guerre à des Japonais pour atteindre la route Batu Pahat-Ayer Hitam qui part vers l’est. Les combats sont très peu intenses, en dehors de petites embuscades qui prélèvent un péage sanglant. Les restes du 113ème Régiment d’Infanterie japonais, en pleine retraite, laissent en effet derrière eux quelques petits groupes chargés de freiner la poursuite pendant que les autres tentent de parvenir jusqu’à Batu Pahat par l’intérieur. En fin de journée, l’ancien terrain de la RAF près de Batu Pahat est aux mains des Britanniques et quelques éléments du bataillon motocycliste tiennent le défilé du Bukit Pelandok.
Au soir, malgré les violentes réactions de l’aviation de l’Armée japonaise, le flanc ouest japonais est en grand danger d’effondrement. Cependant, Yamashita comme Gort réalisent devant leurs cartes qu’en raison des facteurs temps et distance, l’offensive amphibie et terrestre alliée le long de la côte ouest, malgré son aspect spectaculaire, vient trop tard. Les Japonais peuvent même abandonner provisoirement l’ouest de Johore tant qu’ils gardent Kluang, la voie ferrée et la route de l’est vers la côte, ainsi que la côte est et ses ports.
30 mai
Cologne (Köln)
Premier “Raid de Mille Avions” contre l’Allemagne. Exactement 1047 avions
attaquent Cologne (73 Lancaster, 131 Halifax, 88 Stirling, 602 Wellington, 92
Hampden et 61 Whitley). Quarante sont perdus. Les
objectifs principaux sont bombardés par 868 avions, qui détruisent 3330
bâtiments et font 486 morts.
Alger
Lord Mountbatten et son équipe ont une longue discussion avec des officiers
français. L’utilisation de troupes canadiennes et du Bataillon de Choc du
Colonel Gambiez est rapidement décidée, mais Français
et Britanniques ne s’accordent pas sur le meilleur endroit à choisir pour
l’opération projetée.
Barbarossa – La bataille des frontières
Les Russes tiendront !
(extrait de Frédéric Dey, Blitzkrieg ! Paris, 1999, avec l’aimable autorisation de l’auteur)
« On s’accorde pour fixer au 29 mai la fin de la Bataille des Frontières, commencée le 17 mai. Il s’agissait sans conteste d’un succès pour les forces allemandes, mais d’un succès cher payé. En effet, au matin du 30 mai, quelle était la situation générale ?
Le premier échelon stratégique soviétique avait été durement châtié et repoussé vers l’est, parfois de 200 km. Le plus grand succès allemand avait été obtenu par le Groupe d’Armées Centre, qui avait détruit le saillant de Byalistok et repoussé les Soviétiques jusqu’à Minsk. Au nord, la brillante manœuvre de Hœpner avait dans une large mesure démembré les forces de Kouznetsov, isolant un grand nombre de troupes soviétiques dans une poche en Courlande. Cependant, les Soviétiques avaient pu rétablir une ligne défensive le long de la Dvina, tenaient solidement autour de Minsk, et avaient fortement retardé l’avance du Groupe d’Armées Sud. Le déséquilibre entre la vitesse des troupes de von Bock et de von Rundstedt avait créé un large et menaçant saillant autour des Marais du Pripet.
Tactiquement, les forces blindées allemandes avaient régulièrement surpassé celles des Soviétiques, mais à un coût effrayant. A propos des batailles capitales des 19 et 20 mai, von Mellenthin écrirait : « (…) la fleur de la Panzerwaffe tomba dès les premiers jours de Barbarossa, mais la détermination inflexible de nos troupes restait inchangée. » (Von Mellenthin, Panzer Battles).
En fait, les deux camps étaient épuisés, même si l’Armée Rouge mettait en ligne des réserves beaucoup plus vite que la Wehrmacht. Les pertes soviétiques avaient été épouvantables durant ces treize premiers jours de guerre, comme Joukov l’avait prédit durant les jeux de guerre de janvier 1941, mais les pertes allemandes avaient été très lourdes, atteignant en moyenne 18 à 24% par corps d’armée, et les unités les plus touchées avaient perdu 50 à 60% de leurs effectifs.
Mais le plus traumatisant, pour les officiers comme pour leurs hommes, était la sensation que, pour la première fois, ils ne combattaient pas dans une situation de supériorité technique. Les volées de roquettes des Katiouchas, notamment, avaient laissé une profonde empreinte dans l’esprit des soldats allemands. Une “Brigade de Mortiers Spéciaux” comme celle opérant dans une Division d’Artillerie pouvait lancer en vingt secondes 3456 roquettes de 82 mm (équivalant chacune à un obus de 90 mm) et 768 roquettes de 132 mm (équivalant chacune à un obus de 152 mm). Tombant sur des forces opérant en rase campagne, c’était un rideau de feu dévastateur. Cependant, le plus perturbant était le nombre et la qualité des nouveaux chars soviétiques. Comme l’écrirait Heinz Guderian : « De nombreux chars T-34 et KV-1 étaient entrés en action dès les premiers jour de la guerre et avaient infligé de lourdes pertes à nos blindés lors des batailles livrées autour de Baranovici. Jusqu’à ce moment, nous avions toujours joui de la supériorité en matière de chars, mais la situation était maintenant renversée. La perspectives de victoires rapides et décisives se dissipait. Je fis un rapport sur cette nouvelle situation, (...). Je concluais en demandant l’envoi d’urgence d’une commission sur mon secteur du front, et en réclamant qu’elle soit composée de représentants des services du matériel de l’Armée, du Ministère de l’Armement et des sociétés chargés de la conception et de la construction de nos blindés. (...) Cette commission apparut sur le front du Deuxième PanzerGruppe le 25 juin 1942. » (H. Guderian, Panzer Leader).
Par ailleurs, une conséquence politique capitale de cette terrible Bataille des Frontières fut de restaurer la confiance des Alliés dans les capacités combatives des Soviétiques. La guerre à l’Est ne se terminerait pas par une rapide victoire allemande, et l’on pouvait prévoir que d’immenses forces allemandes seraient fixées sur ce front pendant de nombreux mois, sinon plus.
En URSS, le fait même que cette bataille se soit déroulée plus ou moins comme cela avait été prévu justifiait la réforme de l’Armée Rouge. Certains commandants soviétiques, Konev, Rokossovsky, Vatoutine et Chernykovsky, avaient pris leurs premières leçons d’utilisation combinée de l’infanterie et des chars. Le fait qu’ils aient survécu à l’épreuve de leur première rencontre avec l’armée allemande fut aussi un facteur important de l’évolution future de la RKKA. »
Chine – Campagne de Chekiang et Kiangsi
Le plan japonais devient transparent. L’Armée Impériale n’a pas encore attaqué de Nanchang, mais une telle attaque est plus que prévisible, car, conjointement à l’offensive menée de Hangchow, elle permettrait d’envelopper les forces de l’ANR défendant l’axe ferroviaire Nanchang-Hangchow.
Le vainqueur de Changsha, le Général Hseuh
Yueh, élabore alors un plan hardi pour renverser le
cours de la bataille. Il propose à l’état-major (c’est-à-dire à Tchang Kaï-Chek) de déplacer de 170 km
vers l’est six de ses propres divisions, dont la fameuse 200e
Blindée, pour lancer une
contre-offensive en direction de Nanchang, quand la seconde offensive japonaise
sera bien lancée. La manœuvre est risquée et implique, quelle que soit son
issue, de dépenser une grande partie du matériel allié reçu l’année précédente.
Tchang Kaï-Chek tient
cependant le pari – selon certains sources, il estime à ce moment qu’en
cas de réussite, il pourra en capter le bénéfice, tandis qu’en cas d’échec, il
fera porter toute la responsabilité sur Hseuh Yueh, se débarrassant ainsi d’un éventuel rival politique.
Singapour
Rendus furieux par l’opération amphibie de la veille, les Japonais font un gros
effort pour détruire ou endommager les installations de construction et de
réparation de bateaux britanniques à Singapour. Alors que des bombardiers
bimoteurs effectuent une attaque de diversion sur le terrain militaire et civil
de Kallang, des bombardiers en piqué surgissent et
attaquent le petit chantier naval de Tanjong Rhu, 500 mètres plus loin. Un bateau sur sa glissière de
lancement est détruit, deux autres, amarrés au quai de réparation, sont coulés,
les ateliers de découpe du bois et de peinture sont incendiés, plus de vingt
ouvriers expérimentés sont tués par un coup direct sur leur abri antiaérien…
Les attaquants payent cependant le prix, car plus de 150 canons AA couvrent la
zone ; onze bombardiers en piqué sont endommagés et trois sont bel et bien
abattus.
Front de
Malaisie
• Une force irrégulière, regroupant des soldats anglais “left behind” et des Chinois
réfugiés depuis plusieurs années en Malaisie, attaque l’unité japonaise qui
garde le pont routier et le pont de chemin de fer sur les gorges du Sungei Segamat. Après un combat
féroce, au fusil, à la grenade et au couteau, les deux ponts sont pris et
détruits, et une réserve de bois de construction prévue pour l’entretien et la
réparation des ponts est incendiée. Mais ce coup de main a été très
coûteux : si tous les Japonais ont été exterminés, la force de raid est
réduite à la taille d’une équipe d’observateurs.
Il faut pourtant
détruire ici deux mythes à propos de cet épisode. Contrairement à ce qu’affirme
Alistair McLean dans son roman L’Ouragan vient de Limnos, aucun membre
des forces spéciales britanniques engagées à Limnos
pour détruire les batteries de l’île n’a participé au raid de Segamat. Enfin, le scénario du film à succès tourné à Hong
Kong en 1987, où l’on voit les attaquants réduits à un unique survivant et
celui-ci, adepte du kung fu,
détruire le pont à la force du poignet au moment de l’arrivée d’un train (!)
n’a tout simplement aucun fondement…
• La Force Principalevoit s’effondrer les flancs de la 27ème D.I. japonaise. Avant l’aube, la 9ème D.I. Indienne lance une attaque au centre, à travers le marais. Dans le demi-jour, les éclairs de départ des canons japonais sont plus visibles que sous le soleil, et l’artillerie britannique le leur fait aussitôt sentir en contre-batterie. A midi, les arrière-gardes japonaises se sont repliées jusqu’au village de Layang Layang (borne des 443 miles sur la voie ferrée) et les cipayes envahissent les plantations voisines – mais les positions principales de la 27ème D.I. sont encore assez loin, au niveau de la borne des 436 miles. Ce repli oblige la 56ème D.I., plus à l’ouest, à s’aligner, et elle commence à reculer lentement des bornes routières 36 à 40, à la limite sud du Domaine de Caoutchouc Namazie.
En fin de journée,
la 11ème D.I. Indienne avance et commence à relever une partie de la
25ème D.I. Britannique (le QG et les 75ème et 76ème
Brigades). Les 64ème et 74ème Brigades et l’artillerie
divisionnaire restent pour le moment en ligne, sous le commandement
opérationnel de la 11ème D.I. Indienne[2].
• La colonne intérieure de la Force Ouestest maintenant une force plus équilibrée, avec
la 191ème Brigade d’Infanterie (London) (quatre bataillons en
sous-effectifs), la 1ère Brigade Chinoise (deux très gros
bataillons, deux compagnies de soutien et une batterie de montagne portée par
des animaux de bât) et la Colonne Montée (trois escadrons d’infanterie montée
et une batterie de campagne hippomobile). Au coucher du soleil, ces forces
arrivent à mi-chemin entre Senggarang (sur la route
côtière ouest) et la borne des 64 miles sur la route Batu Pahat-Ayer Hitam, quand les heurts
continuels avec le 113ème Régiment d’Infanterie japonais, qui
continue à battre en retraite, se transforme en une bataille à grande échelle
parmi les plantations d’hévéas. Ayant subi de lourdes pertes et ne possédant
plus qu’un peu d’artillerie légère, les Japonais ont du mal à résister, tandis
que de plus en plus d’unités britanniques et chinoises arrivent en renfort de
toutes les directions, marchant au canon. Alors que la nuit tombe, l’infanterie
japonaise, épuisée et débordée par le nombre, se disperse devant l’assaut de
l’infanterie chinoise. Les Chinois chargent de front, entonnant leur sinistre
cri de guerre, “Tot”, Mort en allemand,
indéfiniment scandé pour accompagner leur charge – Mort-Mort-Mort-Mort…[3] Les cavaliers anglais,
armés de carabines, de revolvers et même de sabres, débordent les Japonais sur
leurs flancs au son du clairon, jetant la panique chez les hommes qui tentent
de s’échapper aux baïonnettes chinoises.
Sur la route côtière, la 64ème Division Britannique occupe Batu Pahat pendant que les unités débarquées la veille
(Australiens, Canadiens, Néo-Zélandais et Royal Marines) s’emparent du défilé
du Bukit Pelandok. Le
bataillon motocycliste, les chars légers et les autos blindées foncent vers
Yong Peng et se heurtent violemment à des éléments de la 9ème D.I.
japonaise, soutenus par quelques centaines d’hommes de l’Armée Nationale
Indienne. N’ayant que leur courage à opposer aux blindés, les Japonais sont
chassés du village et du terrain de la RAF voisin, pendant que les hommes de
l’Armée Nationale Indienne se dispersent, de peur des représailles
britanniques. Robin Meyrson a réussi à prendre place
à bord d’une auto blindée : « Les
lignes japonaises ont cédé d’autant plus facilement qu’une trentaine de soldats
de la prétendue Armée Nationale Indienne ont déserté. Ces hommes, qui faisaient
partie d’une unité du Commonwealth, avaient été capturés en janvier par les
Japonais sur le front du Kedah, puis “convaincus” de rejoindre l’ANI, mais ils
n’attendaient qu’une occasion de s’échapper pour rejoindre les troupes alliées.
Il faut reconnaître qu’ils ont bien aidé les Britanniques, en leur indiquant la
disposition des défenses et les lieux où les Japonais avaient préparé des
embuscades. Mais qui sont les autres hommes de l’Armée Nationale
Indienne ? Il semble qu’il s’agisse de jeunes hommes et notamment
d’étudiants, n’ayant que peu d’entraînement militaire, mais auxquels la haine
des Britanniques a été inculquée par des militants de l’indépendance indienne,
payés par les Japonais pour semer le trouble chez les Indiens installés dans le
nord de la Malaisie. De fait, dans le nord-ouest de la Malaisie et à Hong-Kong,
les Japonais ont dépensé pour cela de fortes sommes. Visiblement, cet argent a
été mal employé ! »
Pendant ce temps, des patrouilles d’autos blindées et de chenillettes ont pris contact avec des Malais loyaux. Ceux-ci ont vu les Japonais de la 33ème Division d’Infanterie “Tigres Blancs” qui traversaient en force le Sungei Muar, par le ferry de la petite ville de Muar et par un pont de bateaux.
Corregidor (Philippines)
Début de cinq jours de bombardements d’artillerie très violents contre la forteresse, avant le débarquement prévu le 4 juin à l’aube.
Rabaul (Nouvelle-Bretagne)
Un convoi amène des avions et du personnel de l’Aviation de l’Armée japonaise
destinés à la Nouvelle-Guinée. Une unité mixte comprenant 27 Ki-43 et 24
nouveaux Ki-44-I doit être déployée à Lae. C’est le premier échelon de la toute
nouvelle 4ème Armée Aérienne, qui va opérer sur le “Front Sud”. En
raison de leur rayon d’action assez limité, les Ki-44-I doivent être assemblés
sur l’aérodrome de Vunakanau (à Rabaul) avant de s’envoler
pour Lae.
Piste de Kokoda (Papouasie - Nouvelle-Guinée)
La bataille de la Popondetta est la première action d’une certaine envergure de la campagne de Kokoda. Les Japonais emploient leur tactique habituelle. Pour commencer, ils effectuent des attaques frontales pour reconnaître les forces de l’AMF, mais ces attaques sont taillées en pièces et repoussées.
31 mai
Arrivée du Général Giraud (commandant de “l’Armée d’Orient” et du
théâtre d’opérations du Péloponnèse) et de l’Amiral Cunningham (qui commande
toute la Royal Navy en Méditerranée).
Péloponnèse
Pendant que la 2ème Division d’Infanterie Marocaine (Général De
Hesdin) commence à se déployer autour de Tripolis avec le 1er Corps
d’Armée, la 1ère D.I. française (Général de Lattre de Tassigny) se
dirige vers Kalamata pour s’embarquer vers Benghazi. Cette division, qui a
participé à de durs combats, va être renforcée et rééquipée pour de futures
opérations.
Rhodes
Une conférence d’une journée sur “les leçons de Limnos”
réunit des officiers d’état-major anglais, français et américains autour du
Colonel Dimitri Amilakhvari (Légion Etrangère), du
commandant des forces grecques engagées à Limnos, du
Contre-Amiral Vian (Royal Navy), du Lieutenant de
Vaisseau Perzo (Marine Nationale) et des commandants
des 2ème et 13ème Escadres de Chasse de l’Armée de l’Air.
Il s’agit de répandre les enseignements tactiques et opérationnels issus de la
bataille pour Limnos livrée en mars-avril.
Barbarossa – La bataille des frontières
Les opérations aériennes
Des deux côtés, les pertes
sont sévères.
Du 21 au 31 mai, l’Axe a perdu 832 appareils, détruits ou très gravement endommagés : 759 allemands, 26 roumains, 23 hongrois, 24 slovaques (en réalité, sur ces 24, 13 ont rejoint les Russes).
Les Soviétiques ont perdu 2 728 appareils ! C’est un coup terrible pour les forces aériennes soviétiques, dont les pertes depuis le début de Barbarossa se montent à 4614 avions détruits ou très gravement endommagés. Pour faire face, ce sont 1800 avions qui sont transférés de la 6ème Armée Aérienne, de l’ADD et du District Militaire du Nord Caucase avant la fin de mai. De plus, 700 avions neufs sont livrés aux unités opérationnelles, sur le front. De la veille de la guerre au 31 mai, le nombre d’avions soviétiques déployés contre les forces de l’Axe n’est donc passé “que” de 8 340 à 6 226.
En face, les dépôts de la Luftwaffe n’ont livré au front que 1 000 avions de combat neufs. Ainsi, en dépit de ses succès en combat aériens, l’aviation allemande ne peut déployer que 1 505 avions au 31 mai, au lieu de 2 130 au début de Barbarossa. La disponibilité des forces aériennes des alliés des Allemands était déjà assez faible, et les forces slovaques sont considérées plus comme un handicap que comme un atout. Au total, le rapport de forces s’est dégradé pour la Luftwaffe.
Cet état de choses entraîne un net déclin de l’activité aérienne allemande au début de la deuxième phase de la guerre. Pour conserver son efficacité, la Luftwaffe doit se concentrer sur des points particuliers du front, mais ce faisant, elle devient incapable de désorganiser les efforts de mobilisation et de (re)constitution des forces soviétiques. Fin mai, il devient évident que la Luftwaffe est réduite à un rôle tactique, même si l’arme aérienne allemande est encore tranchante et dangereuse.
Une telle situation va provoquer un accroissement important de la production allemande d’avions. Cependant, à la fin de l’été 1942, le théâtre méditerranéen va lui aussi exiger une grande partie de cette production et le nombre hebdomadaire d’avions de combat livrés aux forces du Front de l’Est n’augmenterait plus après août 1942.
Côté soviétique, le sacrifice suprême de milliers d’équipages au mois de mai a donné aux forces terrestres et aux échelons arrières le calme (relatif) nécessaire à leur réorganisation et à la préparation des dures batailles à venir. Les VVS ont contré les tactiques de Blitzkrieg de la Luftwaffe en se reposant surtout sur l’aspect quantitatif – le nombre de leurs avions. C’était probablement le seul choix possible pour le commandement soviétique à cette étape de l’affrontement. Néanmoins, même les VVS ne pourraient supporter de telles pertes pendant très longtemps. Des améliorations qualitatives sont nécessaires d’urgence et les chefs des VVS, confrontés à la dure réalité des 17 premiers jours de guerre, le savent bien.
Les opérations terrestres
Après presque deux semaines de combat continu, les deux camps sont au bord de l’épuisement. Le front s’est stabilisé non loin des frontières de l’URSS avant 1939.
Au nord, les troupes soviétiques tiennent encore une large poche en Courlande, dont la limite forme un arc de cercle allant de Liepaja (Libau), toujours occupé par l’Armée Rouge, jusqu’au Golfe de Riga. Les forces occupant la poche sont ravitaillées à travers le golfe, dont les îles prennent de ce fait une importance stratégique inattendue. Si les pointes allemandes ont atteint le Golfe de Riga et occupent une grande partie de la ville de Riga, les Soviétiques s’accrochent encore dans la cité.
De Riga, le front suit la Dvina jusqu’à Dauvgapils (Dunaburg) avant de descendre vers le sud jusqu’à Minsk, toujours solidement tenu par les Soviétiques. Le front forme alors un léger saillant vers l’est jusqu’à Starya Dorogi, avant de redescendre vers le sud jusqu’à Katikovichi. Ensuite, un vaste saillant s’étend vers l’ouest jusqu’à Rovno et Ivanovo-Frankovsk, avant que le front ne se prolonge vers le sud-est, passant un peu à l’ouest de Kichinev (Chisinau). Enfin, le front continue en ligne droite jusqu’à la côte de la Mer Noire, qu’il atteint près d’Ozero Sagany, juste sur le 30° méridien est.
Pendant un peu moins de trois semaines, les deux adversaires vont tenter de reprendre des forces, tout en préparant de leur mieux les prochains affrontements (voir annexe 42-5-1c).
Chine – Campagne de Chekiang et Kiangsi
La 11e Armée japonaise, basée à Nanchang, passe à l’attaque. Malgré une forte résistance des hommes de la 9e Zone de Guerre, les troupes du Général Yuiki Anami avancent d’abord régulièrement vers le sud-est. Les unités de l’ANR reculent de point d’appui en point d’appui, ne pouvant que retarder les Japonais. Néanmoins, le Général Anami constate avec inquiétude que ses blindés légers subissent des pertes inhabituelles sous les coups de fusils antichars et que les pertes de son infanterie sont plus lourdes qu’à l’accoutumée. Des armes capturées lui fournissent bientôt une explication : les troupes chinoises sont dotées d’un nombre important d’armes américaines et britanniques. Pire, ses officiers signalent que presque tous les soldats chinois semblent posséder à la fois un fusil et quelques notions sur la manière de s’en servir.
Le QG de la 25ème D.I. Britannique et ses 75ème et
76ème Brigades reviennent de Johore pour repos, réorganisation et
intégration des renforts. L’infanterie des 2ème et 3ème
Bataillons de Garnison est transférée aux deux brigades. Les éléments de QG de
ces compagnies deviennent des cadres d’instruction pour des bataillons
d’entraînement.
Front de Malaisie
Un observateur aérien examinant Johore et l’île de Singapour ne pourrait
qu’être frappé par des centaines de colonnes de fumée, épaisses ou fines, plus
ou moins noires, s’élevant dans toutes les directions de camions détruits, de
maisons incendiées, de plantations en flammes. Les responsables sont les
attaques aériennes japonaises, si fréquentes qu’elles ne sont même plus
mentionnées individuellement dans les rapports des unités, sauf si elles ont
fait des dégâts particulièrement graves. Les colonnes de fumée, omniprésentes
en dehors des orages matinaux de la mousson, font maintenant partie du décor,
de même que le vague grondement de la bataille forme un fond sonore dans tout
Johore.
• La Force Est étant
bien installée dans un rôle purement défensif, il est décidé de redéployer la
21ème D.I. Britannique (moins quelques détachements) de Kota Tinggi sur la côte ouest, car la Force Ouest manque de
réserves. Les positions de la 21ème D.I. seront occupées par la 16ème
D.I. Indienne[4].
• Face à la
Force Principale, les
Japonais continuent à combattre avec détermination sur leurs positions barrant
la voie ferrée et la route principale. Dans la matinée, leurs arrière-gardes
doivent se replier et rejoignent le gros des 27ème et 56ème
Divisions d’Infanterie. Les pointes alliées sont prises sous le feu de
nombreuses armes légères et l’avance est retardée jusqu’à ce que des forces
substantielles, avec un soutien de blindés et d’artillerie, aient pris position
pour commencer à chasser l’ennemi de la zone des plantations. Il y a de plus en
plus d’hommes de la 27ème D.I., mais leur appui d’artillerie semble
se réduire encore. Le 2ème Loyal Regt de
la 64ème Brigade d’Infanterie (Lancashire) et le 1er
(mitrailleuses) Manchester Regt, moins le bataillon
australien qui leur est rattaché, doivent se replier vers Singapour et gagnent
la zone administrative de la 11ème Division Indienne.
• La Force Ouestreçoit, dans la nuit du 30 au 31, quelques
renforts et du ravitaillement apportés par les petits navires britanniques de
Singapour à Benut, Rengit, Senggarang et Batu Pahat. Au
retour, les bateaux emmènent malades et blessés, matériel à réparer et matériel
ennemi capturé. Les quantités transportées sont faibles, mais cet apport est le
bienvenu, car la route côtière ouest ne peut assurer à la Force Ouest que le
strict minimum logistique, malgré les efforts de centaines d’hommes pour
l’entretenir et l’élargir. Les attaques aériennes, qui détruisent tous les
jours de nombreux véhicules, ne font qu’aggraver le problème.
A l’avant, les unités qui viennent de prendre le village de Yong Peng ont
besoin de renforts, car le 35ème Régiment d’Infanterie japonais (9ème
D.I.) s’est regroupé 3 km plus loin. Ce régiment défendait le carrefour de la
route principale (nord-sud) et d’une route secondaire menant à l’est vers Paloh, un petit village doté d’une gare et entouré de
plantations au nord-ouest de Kluang. Le reste de la 9ème
Division est concentré dans la région d’Hitam Ayer : 7ème et 19ème R.I., 9ème
Régiment d’Artillerie de Montagne (qui n’a que peu de canons) et 9ème
Régiment de Cavalerie (qui n’a que de petits groupes de cavaliers, patrouillant
dans la région pour escorter les colonnes de ravitaillement).
Une opposition plus puissante est en vue : les éléments de tête de la 33ème
D.I. japonaise sont entrés en contact avec les patrouilles britanniques d’autos
blindées et de chenillettes : sur la route Muar/Défilé
de Pelandok, 5 miles à l’est de Bakri, et sur la
route Muar/Batu-Pahat,
8 miles à l’est de Parit-Jawa.
Les premiers éléments de la 2ème Brigade Chinoise commencent à
arriver sur la route Muar/Pelandok,
mais la Brigade est étirée sur cinq miles pour réduire les pertes en cas
d’attaque aérienne.
Plus à l’est, les survivants du 113ème Régiment japonais ont pris
par petits groupes (voire seuls) la direction de la route principale reliant Ayer Hitam et Simpang
Rengam, pour rejoindre leur formation-mère, la 56ème
Division d’Infanterie. Derrière eux, la colonne “à pied” émerge des
plantations, atteint la route Batu Pahat/Hitam Ayer et avance vers Hitam Ayer.
Chine
Deuxième phase de l’offensive japonaise Chekiang-Kiangsi. La 11e Armée, basée à Nanchang, attaque
vers le sud-est.
Tokyo
Nakajima reçoit l’ordre d’accroître sa production d’hydravions de chasse A6M2-N
de 12 à 18 unités par mois.
Piste de Kokoda (Papouasie - Nouvelle-Guinée)
Les Japonais, ayant rassemblé quelques pièces d’artillerie et des mortiers, commencent à bombarder les positions australiennes et entament une manœuvre pour déborder le 39ème Bataillon au nord de la rivière Ambogo, mais ils sont surveillés par les Papuan Rifles. Quand cette manœuvre commence à représenter une menace, le bataillon se replie selon le plan. Malheureusement, en raison d’un problème de communication, les troupes japonaises en profitent pour mettre la main sur de petits dépôts situés près du terrain de Popondetta.
[1] L’organisation théorique de la 33ème Division est triangulaire. Elle comprend trois régiments (213ème, 214ème et 215ème Régiments d’Infanterie). Chaque régiment est à trois bataillons, plus une compagnie antichar (six 37 mm) et une compagnie d’artillerie (quatre vieux 75 mm de campagne). La division comprend aussi un QG, un Régiment du Génie (900 hommes), un Régiment d’Artillerie de Montagne (36 canons de montagne de 75 mm) et au moins 5000 à 6000 hommes de troupes de soutien. La 9ème D.I. possède aussi un Régiment du Génie (900 hommes). La division est en théorie hippomobile.
[2]La 11ème D.I. Indienne comprend deux Brigades : la 6ème Brigade (4ème Compagnie de la Dalforce, 5/1er Punjab Regt, 2 et 3/16ème Punjab Regt, 1/8ème Punjab Regt) et la 15ème Brigade (7ème Compagnie de la Dalforce, 1ère et 2ème Compagnie de Volontaires Punjabi, 1 et 5/14ème Punjab Regt, 1/18ème Royal Garhwal Rifles, 2/7 Rajput Regt). S’y ajoutent 16 chars Valentine, le 3ème Indian Cavalry(58 autos blindées et de reconnaissance), quatre compagnies du Génie (17ème, 19ème et 23ème Field Company S&M, 43ème Field Park Company), 80ème Anti-Tank Regt R.A. (48 canons de 2 livres), de l’Artillerie de campagne (5ème Field Regt R.A. [Batteries 63 et 73 = 16 obusiers de 4,5 pouces], 81ème Field Battery [ex 5ème Field Regiment = 12 canons Mk I de 18 livres], 155ème Field Regt R.A. (Batteries B et C = 16 obusiers de 4,5 pouces]) et une Compagnie de Prévôté.
[3] “Tot” – le mot vient des instructeurs allemands qui avaient entraîné l’armée chinoise dans les années 1920.
[4]La 16ème D.I. Indienne (Gurkha) comprend deux brigades : la 28ème Brigade Gurkha (2/1er Gurkha Rifles, 2/2ème Gurkha Rifles, 2/9ème Gurkha Rifles, 1/10ème Gurkha Rifles) et la 48ème Brigade Gurkha (1/3ème Gurkha Rifles, 1/4ème Gurkha Rifles, 2/5ème Gurkha Rifles, 3/7ème Gurkha Rifles). S’y ajoutent 16 chars Valentine, un bataillon du Génie (1er Bataillon de Pionniers volontaires indiens), une compagnie de Prévôté, les batteries de campagne X et Y de la Royal Artillery(12 canons de 75 mm/18 livres) et la batterie de campagne W de la Royal Artillery(12 canons de 75 mm/18 livres).
La 21ème D.I. Britannique (Ecossaise)
comprend deux brigades : la 62ème Brigade (Scottish) (2ème Gordon
Highlanders, 10ème Highland Light Infantry,
4ème (mitrailleuses) Gordon Highlanders [48 Vickers moyennes])
et la 63ème Brigade (Highland) (2ème Argyll & Sutherland
Highlanders, 5/8ème Cameronians & City
of Glasgow, 6ème (mitrailleuses) Argyll & Sutherland Highlanders
[48 Vickers moyennes]). S’y ajoutent 16 chars Valentine, une compagnie
d’autos blindées, une compagnie de Pionniers, une compagnie de Fusées, une
compagnie de Prévôté, le 2/67ème Provisional Medium Regt
de la Royal Artillery (batterie X = 8 obusiers de 6-pouces de l’autre
guerre ; batterie Y = 8 canons Mk I de 60-livres
de l’autre guerre), le 88ème Field Regt
(351ème et
352ème Batteries = 24 obusiers de 25-livres), la 464ème
Field Battery (ex du 88ème Field Rgt,
12 obusiers de 25-livres) et le 69ème Régiment Antichars (batterie X = 12 canons de
2-livres).