Mai 1942 (1/5)
1er mai
Moscou
Comme tous les 1er mai, un grand
défilé militaire se déploie sur la Place Rouge…
« J’ai pu observer de nouveaux types de chars soviétiques. Un char lourd, particulièrement impressionnant. Et un autre, qui semble être un développement du traditionnel “char de cavalerie” soviétique, avec un blindage incliné et ce qui semble être un canon de 76 mm. » Ce message adressé à Berlin par l’attaché militaire allemand à Moscou ne semble pas avoir soulevé l’intérêt de ses destinataires. En 1913, l’attaché militaire français à Berlin avait signalé que les soldats allemands s’entraînaient au tir contre des mannequins vêtus de vestes bleu sombre et de pantalons rouges et que ces couleurs amélioraient nettement la précision de leur feu. Ce message, lui aussi, n’avait rencontré qu’indifférence…
Ce jour-là, Ivan Ivanovitch Ivanov, le citoyen soviétique
moyen, a de nombreuses raisons de s’interroger à la lecture des journaux…
« Il est bien connu que les Puissances Impérialistes font courir des bruits
sur une possible agression de la Mère-Patrie des Travailleurs par l’Allemagne.
Ces bruits sont absolument sans fondement et ne pourront tromper les vrais
Communistes. »
(Article signé du Premier Délégué du Commissaire aux Affaires Etrangères et publié dans la Pravda du 1er mai, en page 2)
« Aujourd’hui, grâce à la sage politique du Camarade Staline, notre pays jouit de la paix alors que le monde est déchiré par une nouvelle guerre impérialiste. Il est parfaitement clair que les leaders impérialistes britanniques aimeraient voir l’Union Soviétique embourbée dans cette guerre et qu’ils sont prêts aux plus machiavéliques provocations. Cependant, si la Mère-Patrie des Travailleurs était attaquée, l’Armée Rouge des Ouvriers et des Paysans (RKKA) pourrait sans difficultés repousser l’agresseur et lui infliger de terribles pertes. En cette Fête des Travailleurs, nous fêtons aussi et nous acclamons tous les soldats et les officiers de l’Armée Rouge et de la Flotte du Drapeau Rouge. Toute puissance impérialiste qui oserait attaquer l’Union Soviétique serait écrasée une bonne fois pour toutes. »
(Article signé du Commissaire du Peuple à la Défense Timochenko et publié à côté d’articles du Secrétaire Général – Staline – et du Chef du SovNarKom – Molotov – dans la Pravda du 1er mai… en première page)
« Une grande partie de ce numéro est consacrée aux leçons de la guerre en cours à l’étranger et à l’expérience tirée des combats victorieux livrés par nos troupes à Khalkin-Gol. »
(Editorial présentant le numéro “spécial 1er mai” du journal des forces armées soviétiques, Krasnaya Zvesda – L’Etoile Rouge)
« Il est très regrettable que des travaux urgents aient dû être retardés du fait que de nombreux jeunes gens incorporés dans l’Armée Rouge il y a deux ans n’ont pu être libérés de leurs obligations comme c’était l’habitude à la fin du mois de mars. »
(Lettre d’un lecteur des Izvestia habitant aux environs de Minsk et très semblable à d’autres lettres venant de lecteurs de la même région ou des environs de Kiev, toutes publiées dans la seconde moitié du mois d’avril)
Ivan Ivanovitch Ivanov pourrait se demander pourquoi il est nécessaire d’affirmer si énergiquement en Une de la Pravda que l’URSS est bien défendue, et pourquoi le journal de l’Armée Rouge estime bon de rappeler les victoires de la RKKA si les bruits évoquant une attaque allemande et les bavardages parlant de mobilisation ne sont que des rumeurs malignement répandues par les agents des impérialistes anglo-saxons. Mais Ivan Ivanovich Ivanov vit dans l’Union Soviétique de 1942, et il n’est pas assez bête pour poser certaines questions ou pour relever certaines anomalies dans la Ligne Générale…
New-Delhi
Extrait d’un télégramme du CinC en Inde au chef d’Etat-Major Impérial, Londres, sur la reconstitution d’unités.
« Les personnels essentiels de six quartiers généraux de brigade, ceux des 214ème et 227ème Brigades britanniques et des 8ème, 13ème, 16ème et 63ème Brigades Indiennes, ont été évacués de Singapour et ces QG sont en cours de reconstitution.
Onze bataillons d’infanterie (huit britanniques et trois indiens) et trois régiments d’artillerie ont été dissous à Singapour, mais leurs cadres ont été évacués vers l’Inde par avion, tandis qu’un nombre considérable de blessés et de malades de ces formations qui avaient été évacués par bateau pendant la campagne de Malaisie (ou même par avion, pour quelques-uns, plus récemment) sont maintenant aptes à divers degrés à rejoindre leurs unités pour des tâches opérationnelles ou administratives. Or, toutes les unités servant ou ayant servi à l’est de la Birmanie disposent en Inde d’au moins un contingent de renfort qui, avec les cadres, les blessés et les malades évacués, peuvent reconstituer ces unités en cas de perte de la formation d’origine.
Même les unités perdues à Hong Kong sont potentiellement reconstituables car leurs contingents de renfort, qu’il s’agisse d’unités britanniques ou indiennes, sont toujours en Inde, et une partie des cadres évacués de Singapour sont disponibles pour servir d’encadrement à ces unités.
Avec suffisamment de contingents de renfort venant de Grande-Bretagne dans les six mois et avec les enrôlements en Inde, qui se poursuivent au rythme soutenu de 60000 hommes par mois, nous devrions pouvoir reconstituer et reformer six divisions et l’équivalent de deux autres divisions sous forme de brigades indépendantes, d’ici le milieu de 1943. »
Opération “Vimy Ridge” – Troisième jour.
La droite britannique est encore contenue par la 5ème Division
japonaise qui tient la Colline 156 et ne cède du terrain que pouce par pouce.
Cependant, les défenseurs n’ont presque plus de réserves et doivent étendre
leur front pour couvrir leur droite, où la 9ème Division a battu en
retraite et où la 18ème a du mal à tenir.
En dehors des collines, le terrain devient impraticable, car il est de plus en
plus imprégné d’eau : il ne se trouve qu’à quelques pieds au dessus du
niveau de la mer, de fortes pluies l’arrosent quotidiennement et il est
constamment labouré par des obus et des bombes. La boue réveille dans la mémoire
des officiers britanniques les souvenirs, personnels ou collectifs, des
batailles de la Première Guerre dans les Flandres. Ils décident alors de
maintenir leurs hommes sur le sol ferme et la grande attaque s’achève.
Cependant, des assauts limités se poursuivent là où le terrain est favorable.
Ainsi, le centre britannique pousse vers le nord-est et réoccupe Tengah Air Base, encerclant presque la 5ème Division japonaise, car à droite, venant de l’est, la 17ème Division indienne progresse le long de la crête de la Colline 156. La 5ème Division est obligée de se replier vers le nord et de traverser le Sungei Tengah pour se mettre à l’abri.
Les Britanniques ont ainsi réduit la tête de pont japonaise à deux enclaves, l’une, très réduite, au débouché de la Jetée, l’autre à l’ouest du Sungei Kranji et du Sungei Tengah et au nord de la base aérienne de Tengah et du Sungei Murai.
L’opération Vimy Ridge s’achève ainsi. Le commandement britannique n’est en effet pas prêt à accepter les lourdes pertes qu’il faudrait subir pour expulser les Japonais du secteur boueux qu’ils contrôlent encore par une attaque frontale. Il y a plus de 23 jours de durs combats que la Bataille de Singapour a commencé.
Côte orientale de l’Australie
Opération Oni, phase 3b, mai-juin 1942
« La 28ème Division de sous-marins était composée de
trois gros sous-marins océaniques anciens de type KD3A et KD3B, les I-59,
I-60 et I-121. La Division partit de Kwajalein et arriva à Rabaul le
20 avril, où elle passa trois jours pour ravitailler et effectuer de menues
réparations. Repartis le 23, ils entrèrent de nuit en Mer de Corail, évitant de
possibles sous-marins alliés et échappant, sans le savoir, aux yeux
inquisiteurs des coastwatchers. Leur voyage fut peu animé, car ils ne
virent pas grand chose jusqu’à leur arrivée sur leurs lieux de patrouille,
entre le 27 et le 30 avril : l’I-60 devant Brisbane, l’I-62
devant Sydney et l’I-59 dans le Détroit de Bass et devant
Melbourne. » Opérations de la Sixième Flotte japonaise [sous-marins] –
Recherche pour l’Histoire officielle de l’Australie – Research notes de
Mr Norman, 1950.
1er mai, 22h00 – L’I-59, en surface, rencontre
le cargo australien Moonta (2693 GRT, Adelaide Steamship Co, allant de
Wellington à Melbourne avec un chargement varié) à 200 nautiques environ du cap
Green. La visibilité est médiocre et la mer agitée. Le Moonta ne
découvre la présence de l’ennemi qu’au moment où le sous-marin ouvre le feu au
canon de 4,7 pouces. Trop lent pour espérer s’enfuir, le cargo appelle au
secours – mais il n’y a personne pour lui venir en aide. La suite est une lutte
épique, digne d’entrer dans l’histoire de la marine marchande. « Le
Moonta avait l’habituel petit canon sur la plage arrière, un vieux 4 pouces
(récupéré sur le premier HMAS Australia). Ses servants répliquèrent au
sous-marin, mais avec bien moins d’efficacité que leurs adversaires, car l’I-59
était une cible beaucoup plus difficile à atteindre que le cargo. Le
commandant du sous-marin ne se laissa pas intimider. Il ne pouvait espérer
mettre facilement une torpille au but sur un navire alerté et manœuvrant dans
ces conditions météo, mais il décida de prolonger le duel au canon. Le
Moonta ne pouvait remporter ce duel, non seulement parce qu’il offrait une
trop belle cible, mais encore parce que les premiers obus avaient allumé un
incendie. Ses messages radio, captés à Melbourne, firent en direct le récit
pathétique d’un combat à mort, solitaire et désespéré. Trois fois le cargo fut
tout près d’éperonner l’I-59, deux fois le sous-marin dut plonger pour
éviter le Moonta, mais chaque fois le submersible refit surface et
recommença à tirer. Au bout de trois heures de ce manège mortel, le Moonta était
en morceaux et flambait comme un bûcher funéraire. Mais le Japonais fut
stupéfait de constater que, stoppé, dérivant et brûlant de la proue à la poupe,
son adversaire continuait à tirer ! Le commandant de l’I-59, qui
comptait deux tués et quatre blessés graves, voulut en finir et logea une
torpille dans les flancs du cargo, qui coula immédiatement. Pour la première et
la seule fois de la guerre du Pacifique, le sous-marin s’approcha du lieu du
naufrage et recueillit les seuls survivants qu’il put trouver, quatre en tout,
tous blessés et qui n’avaient aucun canot ou radeau de sauvetage, tous ayant
été détruits pendant le combat.
Cette action remarquable eut un épilogue extraordinaire. Dans la nuit du 3 au 4
mai, l’I-59 arraisonna un petit bateau de pêche en bois, le Dolly
III, 8 nautiques au large de Merimbula, faisant la peur de leur vie à ses
cinq hommes d’équipage. Mais le Japonais voulait seulement transférer à son
bord les quatre marins du Moonta, avec un compte-rendu de l’action
rédigé en japonais, et citant un ordre de secourir les survivants chaque fois
que ce serait possible (il s’agissait en fait d’une référence aux instructions
données par l’Amiral Kondo à la 2ème Flotte quelques mois plus tôt –
la 6ème Flotte n’avait pas diffusé de tels ordres et ne devait
jamais le faire). Le commandant de l’I-59 ajoutait que les hommes du
Moonta avaient combattu “honorablement et avec une grande bravoure” jusqu’à
la dernière seconde et qu’en dépit des exigences de la guerre, il libérait les
survivants, car les morts avaient bien mérité que leurs actions ne tombent pas
dans l’oubli.
Cet épisode fit sensation en Australie. La lettre du capitaine japonais et le
témoignage des survivants conduisirent après la guerre à l’attribution de la
George Cross à titre posthume au commandant du Moonta. Ce fut la seconde
et dernière décernée pour une action au large de la côte d’Australie.
Les survivants rapportèrent qu’ils avaient été bien traités et qu’on leur avait
donné à manger et des vêtements pour remplacer ceux qu’ils portaient, imprégnés
d’eau et de mazout. Les examens médicaux montrèrent que les soins qu’ils
avaient reçus étaient de mauvaise qualité, montrant que le service de Santé à
bord des navires de la Marine japonaise était loin d’être parfait. Les marins
australiens n’avaient pas vu grand chose du sous-marin. Ils en avaient gardé
l’impression d’un bâtiment ancien, inconfortable, encombré quoique de grande
taille, et abritant de nombreux rats. La nourriture était abondante et de bonne
qualité – riz, poisson en boîte, et une grande variété de légumes en conserve,
servis quatre fois par jour. Il fut correctement déduit qu’il s’agissait d’un
sous-marin océanique des années 1920.
Ce fut le seul épisode de ce genre de toute la guerre. »
Opération ONI, phase 3b – Research notes de Mr
Norman, 1950.
Pearl Harbor
L’Amiral Nimitz (CinC-Pac) rencontre ses principaux officiers et notamment les
amiraux Halsey et Spruance pour passer en revue les possibilités d’action
devant les rapports de la Signal Intelligence Unit opérant à Pearl Harbor, qui
avertissent de certaines discordances dans les nouveaux signaux de transmission
japonais.
Nimitz décide qu’une fois ravitaillés, l’Enterprise et le Hornet
vont couvrir à distance des navires qui doivent transporter du matériel et de
l’artillerie à Midway.
2 mai
Arrivée du cuirassé de poche Lutzow,
pour réparations définitives après la torpille reçue au large de la Norvège.
Détroit de Gibraltar
La Marine Nationale et la
Royal Navy annoncent la fin de l’alerte sous-marine dans le secteur.
Méditerranée centrale
Nouveau grand raid contre les
bases italiennes de Sicile. Ce sont 275 avions alliés qui attaquent Trapani et
Comiso. Deux groupes de bombardement de l’USAAF, le 47ème BG (sur
A20) et le 12ème BG (sur B-25) participent à ces attaques. Onze
avions alliés sont perdus (7 chasseurs et 4 bombardiers) en échange de huit
chasseurs italiens.
Péloponnèse
Le mauvais temps empêche toute activité importante, en l’air comme au sol.
Mais tard dans la soirée, un canot torpilleur italien (MTSM) coule un caboteur grec devant Kalamata, puis parvient à échapper aux patrouilles alliées.
Singapour – Malaisie
Quand il n’a pas de combats à décrire, Robin “Doc” Meyrson décrit la vie quotidienne dans ce qui reste, envers et contre tout, une île britannique…
« L’Armée de Sa Majesté ne laisse rien perdre. Les soldats convalescents ainsi que les jeunes ouvriers chinois qui ne se sont pas enrôlés sont employés pour le bien commun dans des ateliers militaires, qui fabriquent de tout. Je dis bien de tout !
En avril, ces ateliers ont produit un millier de plaques de protection avant pour les bottes de l’armée et autant de plaques de protection pour les talons, plus 68 livres de clous et 2000 fers à souder. Vingt machines à écrire (dont celle que j’utilise) ont été remises à neuf, ainsi que 105 montres (dont la mienne !) et 130… dentiers (mais je n’ai pas besoin de ces ustensiles). Les cordonniers ont réparé 2373 paires de bottes. Les spécialistes du caoutchouc (qui sont ici de la plus haute compétence) ont réparé 2094 paires de sandales et 358 paires de bottes “type B”, et ils ont fabriqué 850 paires de ces mêmes bottes et 126 bandes à usage médical. Les tailleurs ont réparé des milliers de chemises et de shorts, les tisserands ont produit plus de 100000 yards de cotonnades, les 1386 jardiniers ont mis sur le marché 146 tonnes de légumes (en partie grâce aux 72000 gallons d’urine collectée pour le jardinage), 1882 noix de coco ont été recueillies et la porcherie de l’Armée élève 200 truies et 50 verrats !
Enfin, un détail capital : le Captain Lemeasurier (RASC), ingénieur chimiste chez Lever dans le civil, a mis sur pied une fabrique de savon. Celle-ci fait aussi bien du savon pour l’hygiène corporelle que des nettoyants industriels. Le savon n’arrête pas les balles, mais la propreté évite bien des maladies et notamment le typhus. La chimie singapourienne produit aussi, entre autres, de la colle à partir d’écailles de poisson, de la craie à partir d’argile blanche… »
Mais ce reportage inhabituel ne signifie pas que la guerre s’est arrêtée… Même si les opérations prennent une tournure inattendue.
Dans la nuit du 1er au 2 mai, après avoir étudié des rapports de “patrouilles d’officiers” sur la rive malaise du détroit, le commandement de la Région Militaire ordonne à la 2ème Division de Malaisie d’envoyer deux compagnies d’irréguliers chinois de la Dalforce en Sud-Ouest Johore. Les Chinois traversent le détroit grâce à certaines des embarcations légères que les quelques officiers de la Royal Navy restés à Singapour ont préservé depuis de nombreuses semaines comme s’il s’agissait de croiseurs lourds. Le commandement de la Division refuse au Lt-Colonel John Dalley, créateur et commandant de la Dalforce, l’autorisation de traverser avec ses hommes – sur quoi Dalley cache ses galons et s’embarque au milieu d’un groupe de “ses” Chinois, amusés et ravis. Avant l’aube, Dalley signale à ses supérieurs (mécontents, mais pas vraiment étonnés, de son insubordination) qu’il ne rencontre aucune opposition notable. Un bataillon d’infanterie est alors lui aussi envoyé sur l’autre rive de la partie ouest du Détroit de Johore.
Vers midi, la résistance japonaise s’est raidie. Mille à quinze cents hommes venus des lignes arrières des 9ème, 18ème et 5ème Divisions se sont disposés en défense, utilisant une partie des anciens retranchements de la 11ème Division Indienne. Pendant ce temps, faisant largement usage de rideaux de fumée pour cacher les petites embarcations aux avions japonais pendant la brève traversée du détroit, le commandement britannique a renforcé son “corps expéditionnaire” avec deux autres compagnies de la Dalforce, deux bataillons d’infanterie et une batterie d’artillerie de montagne. L’infanterie régulière s’enfonce plus profondément dans les terres, sur le flanc droit des Japonais. Ces opérations sont activement soutenues par l’artillerie de Singapour, qui tire en contre-batterie, mais aussi sur des cibles dont les coordonnées ont été relevées depuis longtemps (comme les retranchements de la 11ème Division Indienne) et sur des objectifs signalés par des observateurs. Ces derniers sont installés sur des hauteurs en Johore et règlent le tir des canons britanniques par radio ou par projecteurs de signalisation, dont les éclats sont bien visibles des stations relais établies sur les hauteurs de Singapour récemment reprises à l’ennemi.
De fortes patrouilles envoyées sur les îles au sud-ouest de Singapour rapportent qu’elles n’ont rencontré aucune opposition, en dehors de quelques petits postes d’observation qui ont été rapidement éliminés.
De même, l’île de Pulau Ubin (au nord-est de Singapour) est reprise sans difficulté.Sa garnison ne se composait que de quelques vieux réservistes de deuxième ligne, dont certains se sont rendus de bon gré. En les interrogeant, les Anglais découvrent que les trois bataillons d’infanterie régulière qui avaient débarqué dans l’île à l’origine en ont été retirés au bout d’une semaine pour aller renforcer les unités qui se battaient dans le secteur de la Jetée. Elles ont alors été remplacées par des unités d’infanterie symboliques chargées de donner l’impression d’une force bien plus importante (ce qu’elles ont d’ailleurs fait avec succès) et de protéger les batteries d’artillerie installées sur l’île. Mais les deux compagnies britanniques qui s’emparent presque sans combat de leurs emplacements ne découvrent que des positions d’artillerie totalement ravagées lors de duels perdus dans les trois semaines précédentes avec les canons anglais.
La nuit suivante, des patrouilles parties de Pulau Ubin débarquent en Johore, où elles ne trouvent que quelques postes d’observation.
De même, les patrouilles envoyées par la petite garnison britannique du Sud-Est Johore signalent qu’elles ne localisent pas le moindre Japonais. Il semble que ce secteur à l’écart ait été abandonné afin de libérer des troupes pour la bataille principale.
Extrait d’un message du Commandement de la Région Militaire de Malaisie, Singapour, à l’Etat-Major Impérial, Londres – Résumé du rapport sur les activités des “Stay Behind Forces” (que des Français auraient pu dénommer “Forces opérant en Enfants-Perdus”) dans l’état de Johore pour le mois d’avril 1942.
1 – Les unités de troisième classe (comprenant des ouvriers militaires recrutés dans l’île de Hainan) que les Japonais emploient pour maintenir leurs lignes de communication n’ont pas beaucoup gêné nos Stay Behind Forces. Les installations suivantes, qui n’avaient été réparées que de façon approximative par les Japonais entre janvier et mars, ont été des cibles presque trop faciles (Note – Les distances, précisées dans le rapport complet, sont calculées à partir de la Poste de Johore Bahru et vont de 2, 5 à 116,5 miles).
– Sur la route de Kota Tinggi à Jemaluang : démolition de onze ponts (sept en bois, trois en béton et un flottant), deux scieries, deux citernes de carburant et un point de ravitaillement en eau.
– Sur la route de Kluang à Jemaluang : démolition de quatorze ponts, une scierie et un point de ravitaillement en eau. Construction de dix gros barrages fait d’arbres abattus, piégés avec des mines à shrapnels.
Nos SBF semblent pouvoir se déplacer et frapper au moment et à l’endroit qu’elles désirent. Leur tâche est facilitée par l’absence presque totale de population civile susceptible de créer des complications.
2 – Les Japonais semblent manquer de conducteurs de camion, car on a vu des prisonniers de guerre conduire des véhicules appartenant à des convois de ravitaillement routiers et travailler avec des équipes d’entretien des lignes de communication.
L’ennemi a même dû faire venir du Kedah des ouvriers militaires thaïlandais.
Par ailleurs, les Thaïlandais ont envoyé plus de dix mille hommes de garnison dans les états de Perlis, Kedah, Trengganu et Kelantan pour relever certaines troupes japonaises occupées à des tâches secondaires en Malaisie du nord. Il est probable que les Thaïlandais profitent du manque de troupes japonaises en Malaisie pour jeter les bases de prétentions territoriales sur les états malais.
Le service de renseignement de la Région Militaire de Malaisie pensait que les Japonais, ayant au départ concentré suffisamment de troupes, d’armes, de matériel et de ravitaillement pour l’attaque de Singapour, avaient ensuite retiré toutes leurs meilleures troupes des missions secondaires pour les ajouter à celles livrant la bataille principale. Après l’importante réévaluation des forces ennemies effectuées fin avril 1942, il apparaît que l’affaiblissement des lignes de communication japonaises en Johore a été mis en œuvre d’emblée pour tenter de prendre Singapour d’assaut sans recourir à un siège.
3 – Des embuscades tendues à des courriers, voitures de liaison, convois routiers etc. ont permis la capture d’une grande quantité de documentation et de courrier. La transmission de ces documents à Singapour a créé un véritable embouteillage, car le commandement de la Région Militaire ne dispose que d’un petit nombre de traducteurs, et des renseignements vitaux risquent de n’être connus que trop tard. Pour y parer, la plupart des documents capturés sont maintenant envoyés par avion en Inde, où ils sont traduits et décodés au mieux, les versions traduites étant renvoyées par câble sous-marin à Singapour.
Truk
Arrivée de la 2ème Division de
porte-avions (CV Hiryu et Soryu) pour prendre part à l’opération
MO.
Nouvelle-Calédonie
Les porte-avions du Contre-Amiral Fitch, le Lexington et le Yorktown,
sont ancrés avec leur escorte dans la rade de Nouméa. Le Wasp
(Contre-Amiral Leigh Noyes), l’autre porte-avions américain dans la région,
couvre à ce moment un convoi en route pour Suva (îles Fidji).
En fin de journée, le Field-Marshal Wavell arrive en Nouvelle-Calédonie en compagnie du Contre-Amiral J.G. Crace (chef de l’escadre britannique du Pacifique), du Général Brett (USAAF) et du Vice-Amiral R.L. Ghormley (représentant du CinCPac auprès du Maréchal Wavell).
Pearl Harbor
Sous le commandement du Vice-Amiral Halsey, l’Enterprise, le Hornet
et leurs écrans quittent le port pour couvrir la mission du ravitailleur
d’hydravions Kittyhawk, qui transporte du matériel et du ravitaillement
à Midway.
3 mai
Oran-Mers El Kebir
Le cuirassé rapide Dunkerque, escorté par les DD Ouragan, Tramontane,
Typhon et Le Mars, quitte Oran pour Gibraltar.
Péloponnèse
Les chars M3-medium du 13ème Armoured Regt (1ère
Armoured Division de l’US Army), commandé par le Colonel Paul Robinett,
commencent à se déployer au sud de Tripolis. Le régiment est placé sous
commandement opérationnel français.
Johore
Dans la nuit du 2 au 3, l’infanterie japonaise s’infiltre dans les positions alliées en Sud-Ouest Johore et lance des contre-attaques localisées pour tenter de couper les forces débarquées de Singapour. Mais ce faisant, elles progressent le long de la côte de Johore et s’exposent au tir direct des canons, des mortiers et même des mitrailleuses britanniques installés sur la côte de Singapour. Pendant ce temps, les Alliés envoient en Johore quatre bataillons chinois, mal armés (un fusil, peu de cartouches et une baïonnette) mais nombreux. Leurs embarcations guident des animaux de trait qui, eux, doivent traverser à la nage. Mulets et chevaux vont pouvoir transporter les armes et munitions de deux compagnies de mortier qui traversent elles aussi le détroit, ainsi qu’un QG de Brigade pour coiffer le tout.
Ces opérations de transport naval se doublent de missions offensives : le Contre-Amiral Spooner envoie en effet quelques péniches motorisées et quelques chaloupes à moteur armées de mitrailleuses entre le nord-ouest de Singapour et Johore. Les Japonais essayent en effet de renvoyer des troupes de Singapour en Johore, et la “Spooner’s Navy” détruit plusieurs des petits bateaux qui tentent de faire la navette.
Lorsque le jour se lève, de nombreux canons anti-aériens britanniques sont en position au bord de la partie ouest du détroit, pour protéger les points de passage et servir, avec une efficacité dévastatrice, d’artillerie à tir direct. Et vers 10h00, les Alliés passent finalement à l’attaque.
« Quatre mille Chinois se ruent sur les lignes japonaises dans une massive charge à la baïonnette au milieu d’une plantation d’hévéas, où l’efficacité des tirs défensifs est fortement réduite. Il s’ensuit deux heures d’une sanglante bataille au corps à corps, plus proche des luttes de la Première Guerre, voire des siècles précédents, que de la guerre moderne. Débordés par le nombre et la rage de leurs adversaires, dont la haine compense le manque de formation militaire, les Japonais sont repoussés de deux kilomètres et subissent de lourdes pertes, car nul ne fait, ni d’ailleurs ne demande, de quartier. Au milieu de ses hommes, maniant lui-même la baïonnette, le Lt-Colonel Dalley est partout, relançant l’attaque chaque fois qu’elle semble s’émousser. Les renforts japonais qui arrivent par petits paquets ont beaucoup de mal à stabiliser la situation.
Alors qu’ils y parviennent tout juste, vers midi, sur l’aile gauche alliée, deux bataillons du Royal Fusiliers (1300 hommes) lancent une traditionnelle charge à la baïonnette de l’armée de Sa Majesté, ordonnée, soutenue par un barrage roulant et au pas cadencé. “Il ne manquait que les fifres et les tambours” se souvenait encore, bien des années plus tard, Archibald C. White, alors lieutenant. L’attaque chinoise ayant attiré toutes les réserves ennemies, cette nouvelle attaque enfonce le flanc droit des Japonais et les Royal Fusiliers débouchent sur leurs arrières. » (Pascal N’Guyen-Minh, Guerre et Paix en Asie du Sud-Est).
Robin “Doc” Meyrson a réussi, dans la nuit, à traverser le détroit, et il suit les troupes victorieuses. « Nous découvrons un spectacle d’effondrement militaire et de confusion. De place en place, nous tombons sur des positions de batteries abandonnées, dont un ou deux canons seulement sont effectivement détruits (les canons sont très difficiles à détruire), mais avec des prolonges démantibulées, des caissons à munitions explosés, des animaux de trait tués, des tracteurs incendiés… A un moment, les soldats se heurtent à des Japonais appartenant à une unité du train. Ces hommes refusent de se rendre et se battent avec l’énergie du désespoir, mais leur sort est vite réglé. Tout un groupe de précieux chevaux de bât est ainsi capturé juste avant que les Japonais ne tuent ou ne dispersent ces animaux. Mais le pire est à venir. Nous découvrons ce qui est visiblement un poste de secours où l’on soignait malades et blessés, mais seuls des morts nous accueillent. Médecins et infirmiers ont massacré ceux dont ils avaient la charge avant de se donner la mort. Il semble que, pour beaucoup de Japonais, la capture soit un sort bien pire que la mort. »
Et encore, le journaliste ne sait pas tout. Dans l’après-midi, le commandement britannique reçoit un message stupéfait de l’état-major de Brigade envoyé en Johore. « Nos reconnaissances ont découvert ce qui se présente comme un hôpital de campagne, installé dans un ancien complexe souterrain de la 11ème Division Indienne et abritant à coup sûr de nombreux malades et blessés japonais. Il est certain que toute tentative pour s’en emparer provoquera un massacre, car nous savons par expérience que le personnel de santé ne se rendra pas et préférera tuer les hommes hospitalisés. Que devons-nous faire ? »
Pour Gort et son état-major, c’est un véritable dilemme. Provoquer ainsi la mort de nombreux Japonais sans défense pourrait ressembler à l’application de la loi du talion après tous les massacres injustifiés commis par les Japonais dans le nord de la Malaisie, mais souillerait le drapeau britannique. De plus, les Japonais pourraient se venger sur les nombreux prisonniers alliés qu’ils détiennent, voire sur les défenseurs et la population de Singapour si le sort des armes changeait. Gort décide de proposer aux Japonais un cessez-le-feu et de négocier une trêve pour leur permettre d’évacuer leurs blessés. Il espère les voir accepter cette proposition, car ils semblent en très mauvaise posture. De leur côté, les Alliés montrent une force qui n’est en réalité qu’apparente, car le niveau des réserves de munitions (sans parler des autres approvisionnements) baisse inexorablement.
Ce même jour, deux bataillons d’infanterie Gurkha traversent la partie est du Détroit de Johore et s’enfoncent dans les terres du Sud-Est Johore. Ils n’y découvrent que des campements désertés et des positions d’artillerie détruites. Dans le même temps, les patrouilles envoyées de Pengerang par la garnison des batteries côtières du Sud-Est Johore commencent à remonter la rivière Johore vers Kota Tingi, mais toujours sans rencontrer le moindre Japonais.
Singapour – Malaisie
Extraits d’un document des Services de Renseignements du Commandement Militaire de Malaisie, résumant des rapports des “Stay Behind Forces” opérant dans la péninsule.
« Localisation des prisonniers de guerre du
Commonwealth en Malaisie.
Les prisonniers sont principalement détenus à la prison de Pudu, à Kuala
Lumpur. De petits groupes sont enfermés dans de plus petites prisons d’état, à
Alor Setar, Ipoh, Taiping et Malacca.
Lorsque les prisonniers FMSVF de Pudu sortent travailler, ils ont régulièrement
la possibilité de communiquer avec des contacts de confiance dans le population
eurasienne locale. De plus, un officier prisonnier est en contact avec des
Chinois communistes opérant dans les Cameron Highlands et dans la région des
Grottes de Batu grâce à une radio à ondes courtes type Z de l’Armée. L’appareil
a été introduit en contrebande dans la prison, ce qui n’a pas été un petit
exploit, car un type Z pèse 40 livres et mesure 30 x 20 x 20 pouces.
(…)
Contrôle du territoire malais par les forces d’occupation
japonaises.
Beaucoup de Malais travaillent activement à trahir et à livrer à l’ennemi
de petits groupes de soldats britanniques, qui sont isolés depuis des mois,
mais ont réussi à rester libres. Les Japonais payent en liquide ceux qui leur livrent
des soldats alliés, des civils européens ou des Résistants, d’autant plus cher
que les hommes trahis sont nombreux. Cependant, si certains Malais collaborent
avec les Japonais par intérêt financier, d’autres cherchent à obtenir d’autres
sortes de faveurs de la part des forces d’occupation, et d’autres trahissent
parce qu’ils ont peur. En règle générale, il faut donc éviter de faire
confiance à des Malais, sauf cas exceptionnel.
Par ailleurs, pour lutter contre les opérations des Résistants chinois et de nos “stay behind forces”, les Japonais ont mis en place un système de grille. Chaque zone géographique correspond à un village et à une case de la grille. Les chefs de village sont responsables de ce tout qui se passe et de tout ce qui bouge dans leur case. Si les Japonais (ou leurs collaborateurs malais) trouvent qui que ce soit hors de la “case” où il habite et qu’on ne leur a pas signalé son passage entre sa case d’origine et la case où il a été repéré, le chef du village situé entre l’adresse du suspect et l’endroit où il a été repéré doit être exécuté.
(…)
Pertes de la Force 136.
Capturés en mars 1942 – Elkan et Pearson, anciens planteurs de la région de
Kuala Lumpur.
Capturés en avril 1942 – Frank Van Renan et Bill Harvey, anciens planteurs du
Kedah.
Tous quatre ont été transférés à la prison de Pudu (Kuala Lumpur). Ils ont été torturés, mais ont réussi à convaincre le Kempei-Tai qu’ils étaient de simples civils qui avaient été oubliés lors de la retraite britannique. »
Singapour
Extraits d’un message des autorités médicales militaires au Commandement de la Région de Malaisie.
« (…) Les dommages provoqués par la bataille aux égouts, aux latrines et aux canaux de drainage des pluies de mousson et des eaux stagnantes (contre le paludisme), mais aussi l’accumulation des cadavres humains et animaux crée un grave problème de santé publique. Il est conseillé de tenir compte de ce facteur lors des opérations permettant d’avancer dans des zones occupées par les Japonais, car elles sont bas situées, que les latrines y sont creusées près des nappes phréatiques et que leur drainage est très médiocre : les eaux de ces zones peuvent donc être dangereuses à boire.
(…)
La diphtérie commence à devenir un grave problème. Il faut empêcher son extension. Pour cela, nous venons de recevoir par avion 176000 doses d’antitoxine.
(…)
Relevé des admissions dans nos hôpitaux pour le mois d’avril.
– Militaires, 835 : dysenterie, 110 ; malaria, 62 ; dengue, 132 ; béribéri, 124 ; diphtérie, 58 (dont 7 décès).
– Auxiliaires civils, environ un millier : dysenterie, 800 environ ; typhus, 40 (nombre de décès non précisé). »
Nouméa
En ce dimanche, les Contre-Amiraux F.J. Fletcher et A.W. Fitch (US Navy) ainsi
que le Vice-Amiral Muselier (chef des Forces françaises du Pacifique) assistent
à une messe célébrée, ainsi que le raconte l’historien naval américain S.E.
Morison : « (…) dans une cathédrale catholique de noble apparence,
où la plupart des assistants étaient des officiers et des marins français, à
l’exception d’un gentleman solitaire et de cinq vieilles dames en noir, tous
accueillis par un sermon prononcé dans le français de Bossuet par un prêtre qui
paraissait aussi éloigné de cette guerre que Bossuet lui-même. »
Un peu plus tard, amiraux et généraux alliés tiennent une conférence de
planification capitale dans le bureau de l’amiral Muselier, dans le palais du
Gouverneur de Nouvelle-Calédonie, agréablement situé au sommet d’une colline.
Les participants examinent les choix que leur ouvrent les tout récents, mais
assez maigres, rapports des services de renseignement.
Il est évident qu’une action de
l’ennemi en direction de Port-Moresby et probablement des Salomon est en
préparation. Port-Moresby est en lui-même un point stratégique et un port
important et, des Salomon, il serait possible d’attaquer la Nouvelle-Calédonie
et les Fidji, coupant le lien entre l’Australie et les Etats-Unis.
A Port-Moresby se trouvent déjà des unités australiennes et américaines.
Les forces de l’USAAF en Australie commencent d’ailleurs à être d’une certaine
importance :
– 8th PG (72 P-39), moitié à
Port-Moresby, moitié à Townsville.
– 49th PG (80 P-40), à Darwin.
– 35th PG (81 P-39), à Sydney.
– 3rd BG (L) (19 B-25, 19 A-24 et 14 A-20), à Charters Tower.
– 22nd BG (M) (12 B-25 et 80 B-26) Townsville.
– 19th BG (H) (48 B-17), à Cloncurry.
Les Salomon britanniques sont légalement passées sous administration
australienne une semaine plus tôt. En fait, les officiels britanniques restent
sur place : il s’agit d’une fiction légale pour autoriser l’utilisation
dans cette région des forces de l’AMF (Australian Military Force ou “Militia”,
qui n’a pas le droit légal de quitter le territoire australien). Le
gouvernement australien a d’ailleurs immédiatement pris des mesures pour
assurer sa défense au mieux des faibles moyens disponibles. Une petite
hydrobase a été établie à Tulagi, et une piste d’aviation est en construction
sur l’île de Guadalcanal. Les forces aériennes disponibles sont cependant
minces : un Short “C” (ex-Quantas), aidé par deux Saro Lerwick et deux Catalina
du Groupe de Patrouille Maritime de Brisbane. Jusqu’à ce que la piste puisse
recevoir des avions de l’USAAF, il n’y aura pas de véritable défense aérienne.
L’US Navy aimerait développer Tulagi-Guadalcanal pour en faire une base
puissante capable de bloquer l’avance japonaise puis d’attaquer Rabaul, comme
l’a planifié l’Amiral King dès le mois de mars, mais elle manque de moyens.
Chacun s’accorde pour considérer que dans les conditions actuelles, Tulagi est
impossible à défendre contre une attaque japonaise sérieuse.
La situation aux Fidji est aussi inquiétante. La RNZAF entretient une
hydrobase à Lautoka Bay, et un bataillon Néo-Zélandais est en garnison dans la
capitale, Suva. Mais jusqu’à l’arrivée d’une division d’infanterie américaine,
prévue pour début juin, c’est tout ce qui peut être fait. Néanmoins, un grand
aérodrome est en construction et devrait être terminé courant juin.
Aux Samoa, stationnait
déjà un bataillon de défense des Marines et quelques autres détachements.
Dix-huit F4F-3 et 17 SBC ont été envoyés à Pago-Pago ainsi qu’un certain nombre
d’hydravions soutenus par le Swan. Sur l’île d’Upolu (sous mandat
néo-zélandais) se trouve un autre bataillon de Marines et une autre hydrobase.
Wallis (île française) a reçu une compagnie d’infanterie de marine renforcée et
possède une petite hydrobase avec trois Loire-130, tandis qu’un aérodrome est
en construction.
La réunion décide que les porte-avions américains opéreront de Nouméa, deux
d’entre eux naviguant toujours ensemble, le troisième pouvant être détaché pour
escorter des convois. L’escadre britannique (British Pacific Squadron), qui
sera bientôt renforcée, devrait opérer de Brisbane. Au fur et à mesure que plus
de troupes américaines vont arriver en Nouvelle-Zélande, en Nouvelle-Calédonie
et aux Fidji, les Forces françaises du Pacifique alloueront deux à quatre
bataillons à la défense de Tulagi-Guadalcanal. Une fois terminé, le terrain de
Guadalcanal pourrait accueillir une partie des avions de l’USAAF opérant en
Australie.
Si les Japonais attaquent avant l’achèvement de ce terrain, Tulagi devra être
évacué et les attaquants détruits en mer par une combinaison d’attaques
aériennes de jour et d’actions navales de nuit. La défense de Port-Moresby doit
rester la priorité.
Dans la soirée, Wavell, Brett et Crace quittent Nouméa pour Brisbane.
4 mai
Le général Golikov, chef du Service de Renseignements de
l’Armée Rouge (GRU-RKKA), est reçu au Kremlin par Staline, entouré de Molotov
et de Béria. Golikov remet au Secrétaire Général deux rapports des services de
Renseignements des Districts Militaires Occidental (Kiev) et Occidental Spécial
(Minsk). Ces rapports indiquent qu’après des semaines d’entraînement intensif,
le nombre de vols de la Luftwaffe dans le Gouvernement Général de Pologne a décru
de façon spectaculaire. Les sources locales précisent que tous les avions de
combat sont en cours de révision et d’entretien, pouvant aller jusqu’à des
changements de moteur.
Malte
Les Squadrons 126 et 249 de la RAF, basés à Malte, commencent à opérer sur
Spitfire V, qui remplacent leurs Hurricane II. Ces deux squadrons sont les deux
premières unités de la RAF sur le théâtre méditerranéen à être dotées de
Spitfire, mais non les premières des forces alliées dans la région. En effet,
la 1ère E.C. de l’Armée de l’Air a
obtenu ce type d’avion au début de l’année, soulevant des commentaires amers
dans les unités de la RAF en Méditerranée.
Singapour – Malaisie
Dans la nuit du 3 au 4, les Alliés lancent de nombreuses patrouilles qui provoquent des escarmouches sur tous les fronts, à Singapour et en Johore, pour forcer le commandement japonais à répondre rapidement à la proposition britannique de cessez-le-feu.
Dès l’aube, les combats reprennent à grande échelle.
– L’aviation japonaise, très présente, bombarde et
mitraille continuellement, mais son travail est très difficile sur un terrain
où la végétation est dense et où les lignes de front bougent continuellement. A
plusieurs reprises, des avions d’appui tactique attaquent leurs propres
troupes. Quant aux bimoteurs, incapables de trouver des objectifs bien
déterminés, ils bombardent au jugé n’importe où, et font très souvent des
victimes dans la population civile.
– Dans l’île de Singapour, les cinq bataillons fraîchement recrutés de
la Brigade de la SSVF (Straits and Singapore Volunteer Force), qui
piaffaient d’impatience, sont enfin engagés. Ils attaquent la 5ème
Division japonaise, au nord de Tengah Air Base. Pendant plus d’une heure,
malgré leur infériorité numérique, les Japonais luttent pied à pied, mais ils
sont rongés par l’épuisement physique et mental dû à trois semaines de combat
presque ininterrompu sans repos convenable, sans renforts suffisants pour
compenser les pertes dues aux blessures et à la maladie et sans soins médicaux
adaptés. Brutalement, la défense s’effondre, les lignes se désagrègent et les
hommes s’enfuient vers le nord. Le 4ème Bataillon de Malacca se
distingue particulièrement dans cette action. Ses hommes – Chinois, Portugais,
Eurasiens ou Malais – ont en effet des comptes personnels à régler avec les
Japonais, responsables de la destruction de leurs maisons, de la mort de
nombreux proches et de l’anéantissement du fruit de cinq siècles de travail.
Un peu plus à l’ouest, les quatre bataillons du Hong-Kong & Singapore Infantry Regt (HK&SI Regt), dont les lourdes pertes lors de l’attaque japonaise initiale ont été compensées par l’incorporation de recrues de Singapour, veulent leur revanche. Partant des Malayan Farms, ils doivent escalader les hauteurs tenues par la 18ème Division japonaise pour couvrir le flanc gauche de la SSVF. Pour cette mission difficile, ils reçoivent un soutien d’artillerie lourde. Les progrès sont lents et coûteux, mais les postes japonais sont enlevés un par un, d’autant qu’il semble n’y avoir en face aucune réserve capable de contre-attaquer ou de soutenir les positions menacées. De plus, dès le début, si les lignes japonaises sont couvertes par des tirs nourris de mitrailleuses, de mortiers et de canons de 70 mm, l’artillerie lourde ennemie est presque absente. La 18ème Division est en très mauvais état.
– En Johore-Ouest, les routes se dirigeant vers le nord sont encombrées de transports entassés les uns sur les autres, proposant aux canons à longue portée britannique une cible rêvée. Les artilleurs anglais ne résistent pas à la tentation de dépenser une partie de leurs précieux obus, infligeant à l’ennemi de lourdes pertes en hommes et en matériel. L’artillerie japonaise ne réplique plus que par des tirs erratiques.
A l’extrême gauche du front (au nord), les Britanniques ont constitué avec des chevaux capturés le “1st Straits & Singapore Provisional Cavalry Regt”, en faisant appel à tous les hommes – Anglais, Australiens, Indiens ou locaux – ayant une expérience de l’équitation : on compte parmi eux d’anciens cavaliers de l’Armée, mais aussi des joueurs de polo et même deux jockeys ! Ces cavaliers forment de petits groupes qui débordent le front japonais et s’infiltrent sur les arrières ennemis. Leurs ordres sont d’éviter le combat, mais de faire le plus de bruit possible pour désorganiser les défenses japonaises. Les Japonais voient soudain des colonnes de fumée s’élever sur leurs arrières tandis que retentissent des sonneries de trompette, des miaulements de cornemuses, des explosions et des coups de feu… Il arrive même que le le soleil se reflète sur des lames de sabre ou des pointes de lance hâtivement décrochées des murs des mess des unités basées à Singapour. En tout, ce “régiment” compte moins de 400 cavaliers, mais ils font le bruit de plusieurs bataillons !
La 2ème Brigade de Malaisie, qui tient la partie gauche du front, va en profiter. Elle est maintenant forte de quatre bataillons (8ème et 11ème Buffs [Royal East Kent], 16ème Royal Fusiliers [City of London Regt], 8ème Bedfordshire & Hertfordshire Regt), soutenus par les vingt-quatre canons de 18 livres (Mk 1) du 6ème (Kent) Defence Regt. de la Royal Artillery. Ces hommes avancent sur les hauteurs.
Dans la plaine, la droite alliée est tenue par les Chinois (North Chinese Volunteers et South Chinese Volunteers), renforcés par deux “Rocket companies” (en fait, il s’agit de fusées artisanales créées par le savoir-faire des artificiers de Singapour). Ces hommes, qui n’ont que très peu d’expérience, sont incapables de tactiques subtiles, mais avancent avec ardeur, formant un front continu soutenu par des compagnies de réserve qui se jettent sur les îlots de résistance.
Les Japonais offrent pourtant une résistance bien plus solide que la veille. Il s’agit en effet des survivants de la 27ème Division, qui ont traversé le Détroit par la Jetée, et des éléments de la 9ème Division qui ont réussi à traverser en bateau dans la nuit.
– En Est-Johore, la 48ème Brigade Gurkha (1/3ème, 1/4ème et 2/5ème Gurkha Rifles) atteint les routes desservant les plantations et avance vers l’ouest en direction de Johore Bahru (au débouché de la Jetée sur le continent) jusqu’à entrer en contact avec un régiment d’infanterie formé autour de survivants de la Division de la Garde Impériale (en fait, tout ce qui restait de la 27ème Division et de la Garde a repassé le Détroit par la Jetée dans la nuit). Devant cette solide résistance, les Gurkhas demandent un soutien d’artillerie, assuré par les canons de campagne restés à Singapour, mais qui tirent des quais de la Base navale.
– A Johore Bahru, dans la fumée d’un barrage de
fumigènes et d’incendies qui brûlent encore sur l’île de Singapour, surgit sur
la Jetée une colonne de chars, d’autos blindées, de Bren Carriers et de camions
légers. Les Japonais restés en arrière-garde ouvrent le feu avec tout ce qu’ils
ont, mais sans grand succès. Le temps manque pour viser, les blindés anglais
résistent aux coups mal ajustés et seuls quelques camions sont démolis par ces
tirs. Trois chars sautent sur des mines et deux autres sont détruits par des
canons antichars tirant à bout portant, mais ils sont poussés sur le côté par
les suivants, tandis que l’infanterie, sautant des véhicules légers, règle le
compte des servants des antichars. La colonne pénètre dans la petite ville, où
les autos blindées mitraillent camions et voitures, dispersant ou massacrant
des groupes confus de soldats. Des camions qui suivent les blindés débarquent
les hommes du 10ème Highland Light Infantry et du 9ème
Somerset Light Infantry, qui commencent à nettoyer la ville maison par maison,
capturant au passage plusieurs centres de communications et QG japonais.
14h00 – Le QG de la 25ème Armée japonaise accepte la proposition de cessez-le-feu britannique.
15h00 – Les délégations ennemies se rencontrent au Palais du Sultan de Johore Bahru (l’ancien QG du Général Yamashita).
18h00 – Les Généraux Gort et Yamashita se rencontrent pour discuter les termes du cessez-le-feu et une trêve de dix jours. Les Britanniques réalisent que Yamashita, blessé, ne commandait plus son armée depuis le 20 avril. Il a dû quitter son lit pour sauver ses hommes par la négociation après les suicides en chaîne de ses trois successeurs (dont deux dans les dernières quarante-huit heures) et d’une partie de son état-major.
« En fait, cette blessure lui avait sans doute lui sauvé la vie. En effet, le gouvernement de Tokyo avait pu s’en servir pour faire porter le poids de la défaite sur les subordonnés de Yamashita, qui n’avaient d’ailleurs pas attendu pour faire seppuku. La propagande y trouvait son compte, même si la pilule était dure à avaler pour Tojo. Pour Yamashita, pourtant, la médaille aurait un revers : chef incontesté de l’Armée japonaise en Malaisie durant les mois suivants, il ferait un coupable tout trouvé après la guerre, lorsque seraient jugés les crimes commis sans son consentement par des hommes de son Armée contre des prisonniers et des civils lors de la préparation de la deuxième bataille de Singapour… » (Pascal N’Guyen-Minh, Guerre et Paix en Asie du Sud-Est).
Les équipes médicales britanniques et japonaises tombent rapidement d’accord, car elles ont déjà négocié, par l’intermédiaire de la Croix-Rouge, sur la base des premières propositions d’évacuation des blessés faites par Yamashita le 18 avril. Il est évident que le système de soins et les services de ravitaillement des Japonais se sont effondrés. Les médecins japonais ont désespérément besoin de s’alléger du fardeau des prisonniers blessés et malades. Les Japonais doivent rendre un millier de prisonniers de guerre blessés et 2500 malades. En retour, ils ne réclament même pas, au grand étonnement des Britannique, de récupérer leurs propres prisonniers malades et blessés.
Quelques jours plus tôt, un bateau
White Cross (neutre) est arrivé de Lourenço Marques (Mozambique) avec
des marchandises de la Croix-Rouge venant d’Afrique du Sud à l’intention des
Britanniques prisonniers de guerre. Il contenait plusieurs centaines de tonnes
de nourriture (maïs, jambon, sucre, sel, soupe en boîte…) et de vêtements
variés, ainsi que des médicaments et du matériel de chirurgie, qui ont été
débarqués dans le port de Kuantan, mais n’ont pas été remis aux prisonniers.
Sous le contrôle de la Croix-Rouge, les Japonais doivent livrer la totalité de
ces marchandises aux prisonniers de guerre britanniques des camps de Malaisie.
Un autre navire White Cross est arrivé aux abords de Singapour, chargé
de colis à l’intention des prisonniers japonais, qu’il n’a pu encore
débarquer ; il va pouvoir accomplir sa mission.
Ces deux navires neutres, plus sept petits vapeurs britanniques encore cachés
dans Keppel Harbour, embarqueront le plus possible de blessés et de malades
alliés (en fonction des possibilités de leur donner des soins à bord des
navires)[1]
et devront quitter Singapour le 10 mai au plus tard. Ils voyageront en convoi
sous escorte japonaise jusqu’à 250 nautiques du Détroit de la Sonde, puis les
vapeurs anglais se dirigeront vers Ceylan et les deux neutres vers le
Mozambique.
Autant que possible, les morts doivent être traités avec le respect dû à leur religion et à leur culture. Pour des raisons d’hygiène (et de renseignements), les Britanniques se sont déjà efforcés d’identifier les morts japonais, de rassembler leurs possessions, et ont procédé à la crémation des cadavres. Depuis le 19 avril, les cendres ont été étiquetées et conservées ; elles doivent être rendues aux Japonais, qui – à la grande horreur des Anglais – s’y intéressent visiblement davantage qu’à leurs prisonniers.
19h00 – Un cessez-le-feu
général entre en vigueur pour dix jours. D’autres détails sur cette trêve seront
précisés dans la soirée, et il est prévu que les deux généraux se rencontrent à
nouveau le lendemain à 07h00.
21h00 – Toutes les unités signalent que la situation est
calme. En plusieurs endroits, l’ennemi se retire.
(extraits)
En temps normal, le devoir
d’un chef militaire est de rechercher la destruction de l’ennemi. Dans le cas
présent, mon premier devoir est de préserver le plus longtemps possible la
forteresse de Singapour et d’infliger à l’ennemi, ce faisant, des pertes
disproportionnées en hommes, en matériel et en ressources pendant le plus de
temps possible.
Les opérations de ces derniers jours m’ont obligé à mettre en ligne toutes nos
réserves en état de combattre et ont été à la fois un bluff et un pari, pour
autant que puisse l’être une opération militaire. Repousser les Japonais plus
loin de Singapour nous aurait obligé à dépenser des hommes et du matériel dont
nous aurons besoin pour défendre Singapour de façon durable. La faiblesse de
notre base logistique nous interdisait en pratique toute poursuite de l’ennemi
battu, et nous ne pouvons donc empêcher les Japonais de se replier et de se
regrouper.
Je suis heureux et fier de ce qu’ont réalisé les hommes placés sous mon commandement. Ils méritent tout le répit que nous pouvons leur donner. Nous avons grand besoin de remettre en état l’infrastructure de l’île et de nettoyer les destructions des mois de bombardements et des semaines de combats, pour pouvoir maintenir les capacités de résistance de nos soldats et de la population civile.
Selon le Contre-Amiral
Spooner, compte tenu des capacités portuaires de Malaisie et de Thaïlande, la
25ème Armée japonaise ne sera pas capable de tenter un nouveau
débarquement sur Singapour avant juillet prochain.
Des précisions sur nos pertes et une estimation de l’ordre de bataille japonais
et des pertes ennemies seront transmises dès que possible.
(Signé)
Général Lord Gort
G.O.C. Malaya Command
Bataan (Philippines)
Nouvelle attaque japonaise. Affamés, les survivants des troupes américano-philippines craquent.
5 mai
Gibraltar
Après avoir ravitaillé, le Dunkerque, laissant là ses escorteurs,
part seul pour New York à 25 nœuds. Il doit être remis en état et recevoir
un armement anti-aérien à courte portée moderne.
Port Blair (Iles Andaman)
Arrivée d’un convoi de quatre transports escorté par le CL Mauritius et
les DD Encounter, Jervis, Ashanti et Eskimo. Ce
convoi transporte du matériel destiné aux unités du génie stationnées sur place
pour allonger le terrain d’aviation (déjà considérablement agrandi), ainsi que
des canons de DCA et différents équipements pour permettre de baser aux îles
Andaman des forces substantielles.
Malaisie
Dès le début de la trêve, les 5ème et 18ème Divisions
japonaises (qui ne comptent plus à elles deux que 3500 hommes en état de
combattre) évacuent l’île de Singapour et se replient vers Kuala-Lumpur. Elles
ont dû abandonner tout leur matériel lourd – artillerie, véhicules,
approvisionnements et munitions…
Les 9ème et 27ème Divisions japonaises (qui totalisent 4500 hommes en état de combattre, plus quelques centaines de survivants de la Division de la Garde) quittent leurs positions en Sud-Johore et se replient vers Kluang. Elles ne possèdent plus que quelques mortiers et canons de campagne de petit calibre, ainsi qu’une poignée de véhicules. Dix mille hommes des unités logistiques (lignes de communications, train…) les accompagnent.
Plus au nord, la 56ème Division se déploie au fur et à mesure que ses bataillons arrivent de la frontière thaïlandaise. Un régiment défend Ayer Hitam, couvrant les lignes de ravitaillement venant de Kuala-Lumpur. Un autre défend le secteur Sedenak/Ayer Bemban, couvrant Kluang. Le troisième est en position à Rengit, bloquant la route côtière ouest.
Brisbane
Le croiseur de bataille HMS Renown et le croiseur lourd HMS Shropshire
arrivent à Brisbane. Ils sont accueillis par Mr Curtin, Premier Ministre
australien. Ils doivent faire partie de la force rassemblée par le
Contre-Amiral J.G. Crace, avec les croiseurs lourds HMAS Australia et
USS Chicago et les croiseurs légers HMS Leander, HMAS Perth
et HMAS Sydney. Le Contre-Amiral Crace met son pavillon sur le Renown.
Midway
L’Amiral Nimitz, CinCPac, inspecte les deux îles, qu’il trouve déjà bien
garnies de canons allant de 20 mm modernes à de vieux 7 pouces. Après s’être
entretenu avec le Cdr Cyril T. Simard et le Lt-Col. Harold Shannon (USMC),
Nimitz donne son accord pour accélérer le renforcement de la garnison de
Midway.
6 mai
Scapa Flow
Le cuirassé Richelieu et son écran de quatre grands destroyers de
classe Le Hardi quittent Scapa Flow pour Oran. Ce mouvement, approuvé lors de
la dernière réunion d’état-major navale franco-britannique, est rendu possible
par le fait que la Home Fleet, qui ne comptait qu’un cuirassé moderne, le HMS King
George V, vient de voir arriver le HMS Duke of York, qu’elle pourra
mettre en service actif le HMS Anson dans le courant de l’été et que le
HMS Howe sera disponible à la fin de l’année. La Home Fleet est donc
tout à fait capable de faire face seule à ce qui reste des grandes unités de la
Kriegsmarine (cuirassé Tirpitz, croiseur de bataille Scharnhorst,
cuirassés de poche Lutzow et Scheer, croiseur lourd Hipper),
même lorsqu’elles seront toutes opérationnelles. En revanche, l’Amirauté
française a besoin du Richelieu en Méditerranée pour contrer toute
velléité italienne, maintenant que le Dunkerque a pris la route des
Etats-Unis et que le Strasbourg se prépare à l’imiter.
Malaisie/Singapour
Le Commandement de Malaisie envisage diverses possibilités pour faciliter la tâche d’une éventuelle opération de ravitaillement.
Une modeste avance vers Batu Pahat le long de la route côtière ouest est prévue, afin d’user les unités japonaises dans ce secteur, de ralentir la montée en puissance des renforts japonais et – ce qui est au moins aussi important – de permettre la cueillette de noix de coco et de noix de palme pour répondre aux besoins alimentaires et industriels de Singapour. Cette zone est pratiquement isolée du reste de la Malaisie centrale par de vastes étendues de marais recouvrant une couche de tourbe de plus d’un mètre d’épaisseur.
Du point de vue de la Royal Navy, cette avance serait intéressante. Elle permettrait en effet à un navire gravement endommagé en tentant de forcer le Détroit de s’échouer en zone amie sur les hauts-fonds de cette côte marécageuse, où des embarcations légères venues de Singapour pourraient sans trop de mal venir de nuit récupérer une bonne partie de la cargaison et sauver l’équipage.
Bataan (Philippines)
Le Général King, qui commande les troupes défendant (si possible) la péninsule, décide la reddition de ces troupes, malgré les ordres de MacArthur, resté sur l’île de Corregidor.
Tokyo
M. Hirofumi Ozaki, principal conseiller économique du Prince Konoye, lui-même
précédent Premier Ministre du Japon, est arrêté par la police pour haute
trahison et communication de secrets d’état à une puissance étrangère.
Nouméa
L’aviso D’Iberville, gravement endommagé durant son combat contre le
corsaire allemand Kormoran, a été réparé en Australie. Il arrive à
Nouméa pour se joindre à la petite force navale française, qui comprend déjà le
croiseur d’entraînement Jeanne d’Arc et deux croiseurs auxiliaires
(AMC), les El-Mansour et Victor-Schoelcher.
7 mai
Kiel
Le Vice-Amiral Bey prend le
commandement de la toute neuve “Baltenflotte”, qui comprend le cuirassé Tirpitz,
tout juste réparé, le croiseur lourd Admiral Hipper, les croiseurs
légers Emden, Köln, Leipzig et Nürnberg, les
destroyers Z-25, Z-27 et Z-30, les torpilleurs T-7,
T-8, T-10, T-11, T-17 et T-18, ainsi que
trois flottilles de S-Boots.
Singapour
Dans des alvéoles de protection soigneusement dissimulées et débouchant sur des pistes qui, vues d’en haut, ressemblent à des tronçons de routes sans lien apparent entre eux, les mécaniciens de la RAF et de la RAAF restés à Singapour ont patiemment réassemblé ce qu’ils appellent entre eux la RSAF – Royal Singapore Air Force. Quinze Hurricane et Sea-Hurricane, un Buffalo, deux Hudson et trois Blenheim IV. Cette force n’attend plus que des équipages – or, le commandement de la RAF en Extrême-Orient vient de donner son accord au recrutement de ces équipages en Birmanie, dans le plus grand secret et sur la base du strict volontariat. Les hommes choisis seront acheminés par hydravion.
A Singapour, on rêve même d’avions de renforts venus de Rangoon par Sabang (où l’aérodrome est toujours opérationnel), ou envoyés par un porte-avions. Mais même une très faible force aérienne pourrait effectuer un raid très destructeur sur les bases aériennes japonaises. Les Stay Behind Forces ont en effet signalé que ces bases étaient très vulnérables : les terrains sont encombrés d’avions peu ou pas dispersés en raison du comportement très laxiste du commandement de l’aviation japonaise en Malaisie, persuadé que sa maîtrise de l’air est complète.
Tokyo
Le journaliste allemand Richard Sorge, personnalité bien connue du
Tout-Tokyo germanophone et conseiller personnel de l’ambassadeur d’Allemagne,
est arrêté pour espionnage par la police japonaise, ainsi que son compatriote
l’entrepreneur Max Klausen.
Nouméa
Message envoyé à Alger par l’Amiral Muselier, Commandant des Forces Françaises
du Pacifique : « La croissance des forces américaines en
Nouvelle-Calédonie progresse selon les plans. La division America1 et les
unités qui lui sont rattachées totalisent aujourd’hui plus de 15000 hommes et
devraient atteindre les 22000 début juin.
Quatre bataillons indépendants ont été créés à Nouméa avec des engagés
locaux et sont actuellement rattachés à la Marine pour leur entraînement. Nous
projetons de les utiliser en opérations défensives ou offensives dans les
Salomon, comme éclaireurs ou forces spéciales. J’ai malheureusement dû
restreindre les engagements locaux, car le port de Nouméa manque de machines et
exige donc de nombreux dockers pour fonctionner. Les installations de
déchargement sont limitées et pourraient facilement être débordées si Nouméa
devait être utilisée comme une base majeure. Il s’agit là d’une contrainte
sérieuse pesant sur de futures opérations.
Sur le site de Tontoota, à 50 km de Nouméa, le génie américain achève
actuellement deux pistes d’aviation. On peut cependant douter que ces pistes
supportent longtemps les opérations de bombardiers lourds et il pourrait être
nécessaire de restaurer leur surface d’ici quelques mois. Dans la Plaine des
Gaiacs, d’autres unités américaines construisent deux grands terrains
d’aviation, l’un de 2200 m de long et l’autre de 1600 m. Huit terrains satellites
ou d’urgence seront construits d’ici juillet. Ces travaux vont transformer la
Nouvelle-Calédonie en un porte-avions puissant et incoulable.
Néanmoins, l’USAAF n’a pu
fournir pour l’instant qu’un nombre très réduit de chasseurs et de bombardiers.
Considérant la situation potentielle de la Nouvelle-Calédonie, j’ai l’honneur
de demander au gouvernement de transférer sous mon commandement les unités de
l’Armée de l’Air opérant actuellement en Chine et de notre base spéciale en
Indochine du Nord. De plus, le déploiement d’au moins un Groupe de bombardiers
lourds équipé de Consolidated-32 à long rayon d’action nous donnerait une
importante capacité de reconnaissance et de frappe. Ces mouvements
renforceraient significativement notre poids politique dans le Pacifique dès
les prochains mois. »
8 mai
Washington – Naissance du projet Manhattan
Jetés brutalement dans le domaine de la physique nucléaire, le Colonel James Marshall et ses adjoints se sentent incapables de distinguer entre les préférences d’ordre technique ou personnel des scientifiques. Bien qu’ils aient décidé qu’un site près de Knoxville (Tennessee) conviendrait pour installer la première usine de production, ne sachant pas quelle surface était nécessaire, ils ont repoussé son acquisition. De plus, à cause de son caractère expérimental, leur projet ne peut pas rivaliser avec des tâches plus urgentes, du point de vue de l’US Army. Marshall sera ainsi incapable d’obtenir suffisamment d’acier, nécessaire à d’autres productions militaires, ce qui a entraîné des retards exigeant l’intervention personnelle du Secrétaire d’Etat à la Guerre, Henry Stimson. Même le choix d’un nom pour la partie américaine du projet de Bombe est difficile. L’expression “Development of Substitute Materials” est proposée, mais certains la trouvent trop révélatrice.
C’est pourquoi Marshall est remplacé par le Colonel Leslie Groves. Adjoint à la construction du corps des ingénieurs de l’US Army, ce dernier a supervisé la construction du Pentagone, le plus grand immeuble de bureaux au monde. Souhaitant une mission outre-mer, il proteste vigoureusement quand il apprend sa nomination, mais ses objections sont rejetées et Groves doit se résigner à diriger un projet qui lui paraît chimérique. Il est alors promu brigadier general, rang jugé nécessaire pour traiter avec les plus importants scientifiques et les responsables militaires des deux autres nations impliquées.
La première décision de Groves est de rebaptiser le projet “Manhattan District”. Ce nom vient de l’habitude acquise dans le corps des ingénieurs de l’US Army de nommer les projets d’après leur ville quartier général (qui se trouve alors à New York). Le reste va s’enchaîner. Une semaine après sa nomination, Groves aura résolu les problèmes les plus urgents du projet Manhattan/Concorde. Et sa manière d’agir efficace et énergique (d’aucuns diront brutale) deviendra vite un peu trop familière aux “partenaires étrangers ” et aux scientifiques en général…
« L’opération Pedestal fut l’une des actions navales les plus désespérées de la Deuxième Guerre Mondiale, et sans doute l’une des plus controversées. La seule idée de lancer un convoi vers Singapour dans le Détroit de Malacca quand l’ennemi contrôlait les deux rives de ce dernier pouvait sembler absurde, sinon suicidaire. Elle doit cependant être replacée dans son contexte.
Lorsque la nouvelle de la trêve conclue à Singapour entre les forces japonaises et celles du Commonwealth parvint à Whitehall, elles provoqua une chaîne de conséquences. Le gouvernement britannique n’avait jamais osé espéré que les forces de Gort pourraient tenir face à l’attaque japonaise, encore bien moins qu’elles pourraient rejeter l’ennemi de l’île de Singapour. Ceux qui connaissaient l’homme étaient convaincus qu’il ferait payer à l’Armée Impériale japonaise le prix le plus élevé pour la chute de Singapour et qu’il n’épargnerait rien, y compris sa propre vie, pour lui infliger les plus lourdes pertes. Mais bien peu étaient préparés au succès de l’opération Vimy Ridge et à l’effondrement des forces japonaises à l’extrémité de la péninsule malaise, qui devaient littéralement sidérer Londres et Tokyo, quoique pas pour les mêmes raisons, bien sûr.
Lorsque, le 8 mai, le Cabinet de Guerre se réunit pour discuter de la situation créée par le succès de Gort, Winston Churchill jeta tout son poids dans la balance en faveur d’une opération de ravitaillement de la forteresse, face à l’opposition du Premier Lord de la Mer et de l’Etat-Major Impérial.
Cette opposition reposait sur de solides arguments. La Royal Navy avait effectué une dizaine d’années plus tôt des manœuvres navales de grande envergure dans les eaux situées entre la Crète et la Grèce, qui représentaient le Détroit de Malacca, simulant une tentative de ravitailler Singapour par la mer. Elle était parvenue à la conclusion que, pour que cette opération soit un succès, il fallait engager pratiquement toute la Royal Navy pour affronter la flotte japonaise et protéger les navires transportant des renforts pour la garnison de Singapour et des unités du train de la flotte. Il semblait en effet que seules des forces très importantes pourraient limiter les pertes. En un mot, la Royal Navy aurait préféré ne pas devoir vérifier l’exactitude de ces prévisions. Sans doute, la situation était un peu moins mauvaise qu’elle aurait pu l’être, car une grande partie des forces japonaises étaient dans le Pacifique Sud. Néanmoins, la perspective de faire passer un convoi rapide par le Détroit de Malacca n’était toujours pas de celles qui ravissaient la Royal Navy.
Pourtant, la position de Churchill ne manquait pas de mérites. La garnison de Singapour allait manquer de munitions. Or, plus longtemps elle en aurait, plus longtemps elle tiendrait, plus lourdes seraient les pertes ennemies, et plus les troupes de Birmanie pourraient consolider leurs positions et préparer une contre-offensive. Mais tous les participants à la réunion savaient bien que les raisons politiques pesaient nettement plus lourd que les raisons militaires. La défense de Singapour permettait à Churchill de jouer les bouledogues rebelles et renforçait considérablement sa main au moment de négocier avec le Président Roosevelt.
Finalement, le Cabinet de Guerre soutint la proposition du Premier Ministre, mais aux conditions suivantes :
(i) Cette opération devait être unique en son genre. Il devait être clair pour tout le monde à Singapour qu’il n’y aurait pas de nouvelle tentative.
(ii) Navires et équipages engagés dans le “final” de l’opération devaient être sacrifiables, et considérés d’avance comme sacrifiés. Combien atteindraient Singapour restait ouvert à la discussion, mais il était clair dès le début qu’aucun ne reviendrait.
(iii) Autant que possible, seuls des marins volontaires devaient être engagés, car un minimum de 50% de pertes était envisagé. » (Jack Bailey, Singapore’s Light Brigade – The inside story of Operation Pedestal, Londres, 1969)
La première opération majeure de la Luftwaffe depuis la création du Fliegerfürher Griechenland est un triple bombardement de Kalamata, Gythion et Tripolis.
Dans la matinée, Kalamata est
attaquée en début de matinée par le VIème FK, qui envoie 45 Ju-88
des Kampfgruppen Spéciaux 606 et 806, escortés par 64 Bf-109F du JG-27 et du
II/JG-3. Vers 10h00, Gythion est frappée par le Xème FK, avec 36
Ju-88 escortés par 48 Bf-109F du JG-77.
Les Alliés ripostent fortement (mais un peu tardivement). L’Armée de l’Air
répond au premier raid, avec 24 Spitfire V des GC I/1 et II/1 et 32 Hawk-87 de
la 7ème EC et du GC III/80(Y). Gythion est couvert par la RAF, qui
envoie 8 Hurricane II, 12 P-40C et 12 P-40E. La plus grande bataille aérienne
depuis le débarquement allié se développe rapidement. La Luftwaffe perd 21
avions (9 Ju-88 et 12 Bf-109), dont deux abattus par la DCA de Gythion, et les
Alliés perdent 17 chasseurs (trois Spitfire V, quatre Hawk-87, trois Hurricane
II, quatre P-40C et trois P-40E). Trois cargos sont coulés dans le Golfe de
Gythion et un dans le port de Kalamata. La zone de déchargement de Gythion
subit de gros dégâts, obligeant le commandement allié à détourner les navires
vers Kalamata.
Peu avant midi, c’est au tour de Tripolis, bombardée par 36 Ju-87 du StG-3 et
16 Fiat CR-42, escortés par 24 Macchi MC-200 et 8 Macchi-202. Ce raid ne
rencontre pas d’opposition aérienne, car la plupart des chasseurs alliés
disponibles sont en train de ravitailler après les combats au-dessus de
Kalamata et Gythion, et la ville est durement touchée par les bombardiers en
piqué.
L’après-midi, Tripolis est à nouveau bombardée, cette fois par 21 Ju-87 du
StG-3 escortés par 36 Bf-109 du JG-27. Seize Hawk-87 des GC II/7 et III/7
interceptent le raid, perdant six avions en échange de quatre Ju-87 et trois
Bf-109.
Singapour
L’Empire Britannique fête la victoire dans la tradition (extrait d’un article de Robin “Doc” Meyrson, paru quelques jours plus tard dans le New York Times)
(…) Au premier rang de la tradition, les décorations « pour la bravoure et le service » (le service de Sa Majesté, bien sûr).
C’est ainsi que, sur le théâtre de sa victoire dans l’ouest de l’île de Singapour et sur le front des troupes qu’il a conduit à la bataille, le Major-Général Paris a été fait, par ordre du Roi, Chevalier de l’Ordre du Bain pour son action en Johore et à Singapour. A l’arrivée du Général Lord Gort et de son état-major, les fanfares ont joué “Here comes the Conquering Hero” de Haendel. Puis, quand le Major-Général Paris s’est avancé pour être présenté au Gouverneur Militaire et Commandant Général, Lord Gort, les fanfares ont joué “Marlborough s’en va-t’en Guerre”, mieux connu [N.D.T. – en pays anglophone !] comme “For he’s a jolly good fellow”. Le Général Paris s’est agenouillé sur un coussin de soie et a incliné la tête. Il a été adoubé sur les deux épaules avec une épée et fait Chevalier du Royaume avec la bénédiction de “Saint Michel et Saint Georges”.
Plusieurs des combattants ont ensuite été décorés de la célèbre Victoria Cross. Cette décoration a préséance sur toutes les autres, ainsi que sur tous les grades et sur les ordres de chevalerie. C’est pourquoi, quand chacun des hommes ainsi décorés s’est apprêté à le saluer après avoir reçu sa médaille, Lord Gort lui a pris la main pour l’en empêcher. En effet, le porteur d’une Victoria Cross ne salue le premier aucun homme, quel que soit son rang, il ne fait que rendre les saluts[2]. Tous les nouveaux décorés (et plusieurs soldats porteurs de coussins sur lesquels avaient été agrafées les médailles des hommes décorés à tire posthume, une éventualité assez fréquente avec la VC) se sont alors tenus au garde-à-vous auprès de Lord Gort sur un podium, pendant que défilaient les “gardes d’honneur” fournies par toutes les unités. A la fin de la cérémonie, les “gardes”, totalisant plus d’un millier d’hommes disposés en une longue double ligne, ont exécuté une “avance en ordre de revue” (la ligne de bataille du temps des Habits Rouges), ont marché au son du traditionnel “British Grenadiers” (qui accompagne depuis trois siècles les attaques de l’infanterie britannique) et ont tiré un “fire de joy” [N.D.T. – en anglo-français dans le texte].
(…) Ce même jour, Lord Gort avait tenu à voir aussi honorés les volontaires locaux formant les bataillons d’infanterie levés sur place. Les Couleurs de ces unités leur ont été présentées après avoir défilé de la Cathédrale Saint-Andrews au Singapore Cricket Club de Padang. Sous les yeux de milliers de spectateurs, les bataillons ont défilé devant leurs Couleurs, drapées sur un autel fait de tambours empilés. Les différentes autorités religieuses des communautés de Singapour ont béni les Couleurs. Puis, le Gouverneur, au nom du Roi, a personnellement remis les Couleurs aux Enseignes des porte-drapeaux du bataillon. Ceux-ci ont promené les Couleurs à pas lents dans les rangs de leurs bataillons respectifs pour que chaque homme puisse voir de près les Couleurs de son bataillon (“trooping the Colours”). Les bataillons ont alors défilé devant le Gouverneur, à pas lent puis rapide.
Cette cérémonie sacrée, aussi vieille que l’Armée britannique, a été marquée par plusieurs salves d’honneur, dont une salve de 19 coups de canon en l’honneur du Gouverneur, et surtout par le Salut Royal, avec trois hourrahs vibrants pour le Roi.
Aujourd’hui, en raison des exigences opérationnelles, la cérémonie n’a pas été rigoureusement conforme aux règles officielles et le champ de manœuvres n’était peut-être pas aux dimensions du temps de paix, mais il n’en était pas moins émouvant de voir flotter au vent les “King’s Colours” et les “Regimental Colours” en soie brodée à la main, symbolisant les devoirs du soldat envers son Roi (en tant que chef de l’Etat et garant de la Constitution) et envers son Régiment et tous ses membres, passés, présent ou futurs.
Fremantle
Le sous-marin mouilleur de mines MN Perle n’est pas rentré. Il est
considéré comme perdu corps et biens. On ignore encore aujourd’hui la cause de
sa disparition : d’une part, le 22 avril, un hydravion japonais a affirmé
avoir bombardé un sous-marin en eaux peu profondes devant Saïgon. D’autre part,
le 25, le sous-marin japonais I-67 a revendiqué le torpillage d’un
sous-marin en surface au nord des îles Ananba.
Le 20 avril, le Perle
avait posé un champ de 32 mines à l’embouchure de la Rivière de Saïgon. Avant
la fin du mois, ce champ devait détruire deux transports japonais (983 GRT et
1512 GRT) et un dragueur devait être gravement endommagé en tentant de
l’éliminer.
Iles Salomon
Tulagi, la capitale coloniale,
est bombardée à l’aube par quatre gros hydravions japonais.
Côte orientale de l’Australie
09h00 – L’I-122
attaque un convoi se dirigeant vers le nord. Il lance quatre torpilles, mais
les vieilles Type 89 sont aperçues de loin et évitées. L’I-122 est alors
la cible d’une chasse qui se prolonge six heures et pendant laquelle 56
grenades ASM sont lâchées. Il réussit pourtant à s’échapper, mais non sans
avoir subi de réels dommages. Son commandant, décidé à rester dans la zone,
s’éloigne vers la haute mer pour réparer. Mais le sous-marin a été sérieusement
touché, et il devra se résoudre à interrompre sa mission et à partir pour
Kwajalein.
9 mai
Berlin
Note du Ministère des Affaires Etrangères du Reich, à l’intention de l’Ambassadeur du Japon à Berlin :
« Herr Richard Sorge,
journaliste allemand représentant le Frankfurter Zeitung à Tokyo depuis
1936, a été arrêté il y a deux jours par la police japonaise ainsi qu’un autre
citoyen du Reich, Herr Max Klausen, sous l’inculpation de prétendue atteinte à
la sûreté de l’Etat.
Herr Sorge est un journaliste de talent auquel ses articles très pertinents et
sans complaisance ont pu attirer certaines inimitiés. L’opinion du Gouvernement
du Reich est que les charges pesant contre Herr Sorge, et en particulier
l’accusation d’être un agent communiste, sont sans preuves ni fondement. Ces
charges sont très certainement le résultat d’une cabale politique visant à
altérer la profonde amitié entre le Reich et l’Empire du Japon.
Le Gouvernement du Reich Allemand demande de ce fait la libération tant de Herr
Sorge que de Herr Klausen, et la possibilité pour l’Ambassadeur du Reich au
Japon, le Général Ott, de les rencontrer dans les plus brefs délais.
(Signé)
Ambassadeur Braun von Stumm
Chef de la Section VIII (Asie de l’Est)
Ministère des Affaires Etrangères du Reich »
[Document consultable aux Archives de la République Fédérale d’Allemagne,
Frankfort]
Gdynia
La 1ère Flottille de S-Boot (S.26, S.27, S.28, S.29,
S.39, S.40, S.101, S.102, S.103) embarque
des mines et quitte en fin de soirée le port polonais (annexé) de Gdynia, cap
sur la Finlande et le port d’Helsingfors.
Péloponnèse
La Luftwaffe bombarde Sparte. D’abord, peu après l’aube, la ville est attaquée
par 36 Ju-88 des Kampfgruppen Spéciaux 606 et 806, escortés par 48 Bf-109F du
JG-27 et du II/JG-3. Une détection relativement précoce permet à 16 Spitfire V
français, 8 Hawk-87 français et 8 Hawk-87 yougoslaves d’intercepter les
attaquants. Ils abattent quatre Ju-88 et cinq Bf-109F au prix de deux Spitfire
et cinq Hawk-87.
Vers midi, Sparte est bombardée par 18 Ju-87 du StG-3 et 8 Fiat CR-42, escortés
par 16 Bf-109F du JG-27 et 24 Macchi MC-200. Les 24 P-40E/Hawk-87 de la RAF et
de l’Armée de l’Air qui interceptent ce raid perdent neuf des leurs pour
abattre cinq Ju-87, trois Macchi et deux 2 Bf-109.
Singapour
Mis au courant par un message personnel de Churchill à Gort des décisions arrêtées la veille par le Cabinet de Guerre à Londres, le Commandement de Malaisie élargit ses plans à une offensive relativement ambitieuse, dans l’espoir que la consommation de munitions et de matériel divers sera plus que compensée par les cargaisons du convoi attendu. L’idée sous-tendant le plan britannique est que les troupes du Commonwealth auront en réalité bénéficié davantage des dix jours de trêve que leurs adversaires, car elles sont moins désorganisées et possèdent une base logistique bien plus proche et bien mieux aménagée. Elles seront donc prêtes les premières à frapper. Où ?…
Kluang est la clé du front japonais. Là se trouve la principale base aérienne de l’aviation de l’Armée dans le sud de la Malaisie. Là se croisent la route reliant les côtes est et ouest, la route principale nord-sud et le chemin de fer qui traverse toute la Malaisie. C’est aussi à Kluang, dans une vaste zone bien drainée, que se trouve le grand complexe de tentes qui sert d’hôpital militaire principal aux troupes japonaises en Malaisie. C’est là encore, dans des plantations voisines (mais que les pluies transforment parfois en cloaques, surtout en cette saison), que l’Armée Impériale a camouflé ses dépôts de matériel et de munitions et ses camps d’entraînement, le long des routes et des voies ferrées.
Batavia
Opération D
Les cinq sous-marins de la 8e Escadre Sous-Marine et les deux AMC qui doivent les ravitailler partent pour l’Océan Indien.
Côte orientale de l’Australie
22h00 – Après avoir passé plusieurs jours à observer l’activité au sud de Newcastle, l’I-62 tire deux torpilles sur le “sixty-miler” Dawn (450 GRT, Miller & Sons), au large de Broken Bay. L’une touche et le petit charbonnier disparaît en quelques instants. L’I-62 fait surface et se dirige vers le nord, à la recherche du trafic côtier se dirigeant vers le sud.
23h30 – L’I-62 aperçoit un navire cap au nord, à 12 nœuds. A 15 nœuds, le sous-marin commence à le rattraper.
Iles Salomon
Nouveau raids aériens japonais
sur Tulagi. Cinq gros hydravions bombardent l’hydrobase, bientôt suivis par
neuf bombardiers bimoteurs qui attaquent la petite ville. Un Saro Lerwick est
sérieusement endommagé (il coulera par la suite) et la ville subit de graves
dégâts.
10 mai
Méditerranée centrale
Tarente et Reggio de Calabre
sont assaillies par 186 bombardiers alliés (dont 54 de l’USAAF) escortés par
248 chasseurs. Cette opération, la plus grande depuis Vengeur/Avenger, a reçu
pour nom de code Marteau/Hammer. La Regia Aeronautica abat quatre bombardiers
et six chasseurs alliés, mais perd onze de ses rares chasseurs modernes.
Péloponnèse
Nouvelle journée d’intense activité aérienne. Tripolis est attaquée deux
fois par les bombardiers allemands, qui surprennent en partie la défense
alliée. Neuf appareils de la Luftwaffe et quatre de la Regia Aeronautica sont
abattus, au prix de onze chasseurs alliés (cinq français et six britanniques).
Moscou
Vers 22h00, Staline reçoit le Commissaire du Peuple à la Défense, le Maréchal
Timochenko, et le chef d’Etat-Major de l’Armée Rouge, le Général Joukov, en
compagnie du chef du gouvernement, Viatcheslav Molotov, et du Commissaire aux
Affaires intérieures, Lavrenti Beria. Les cinq hommes discutent des derniers
rapports des services de renseignements.
– Puis-je envoyer des ordres de mobilisation dans tous les Districts militaires de la frontière, à présent ? demande Joukov.
Staline refuse avec humeur : « Non, ce serait une provocation… Je vous ai dit qu’il nous fallait être très prudents, Georgui Konstantinovitch ! »
Finalement, Joukov obtient la suspension de toutes les permissions et l’accélération du transfert des unités des Districts de la Volga et du Caucase vers la rive est du Dniepr.
Singapour
Lord Gort et son état-major font le point sur les forces terrestres à la disposition du Commandement de Malaisie pour l’offensive en préparation. Ils en transmettront dans la soirée l’état détaillé à Londres. En raison des plaintes constantes de Churchill sur la mise en valeur insuffisante des succès des troupes britanniques, l’appellation de certaines formations a été modifiée. Brigades et Divisions “de Malaisie” sont ainsi devenues, nominalement, des Brigades et Divisions britanniques.
Force Est – 6000 hommes, 36 canons de campagne, 16 canons de moyen calibre, 16 chars, 16 autos blindées.
21ème Division Britannique (Scottish)
- 21ème Compagnie divisionnaire blindée (16 chars Valentine).
- 21ème Compagnie divisionnaire d’automitrailleuses.
- 21ème Compagnie divisionnaire de roquettes.
- 21ème Compagnie divisionnaire du Génie.
- 21ème Compagnie divisionnaire de prévôté.
- 2/67ème Régiment provisoire d’artillerie moyenne (batterie X : 8 obusiers de 6-pouces modèle 1914-18 ; batterie Y : 8 canons de 60-livres Mk 1 modèle 1914-18).
- 88ème Régiment d’artillerie de campagne (batteries 351 et 352) (24 obusiers de 25-livres).
- Batterie de campagne 464 (12 obusiers de 25-livres).
- 69ème Régiment Antichar (batterie X : 12 canons de 2-livres).
- 62ème Brigade d’Infanterie (Scottish) : 2ème Gordon Highlanders, 10ème Highland Light Infantry, 4ème (M.G.) Gordon Highlanders (48 mitrailleuses Vickers).
- 63ème Brigade d’Infanterie (Highland) : 2ème Argyll & Sutherland Highlanders, 5/8ème Cameronians & City of Glasgow (Highland Light Infantry), 6ème (M.G.) Argyll & Sutherland Highlanders (48 mitrailleuses Vickers).
- 64ème Brigade d’Infanterie (Lancashire) : 2ème Loyal Regiment, 1er (M.G.) Manchester Regt (48 mitrailleuses Vickers).
Force Principale – 8000 hommes, 60 canons de campagne, 16 canons de moyen calibre, 32 chars, 16 autos blindées.
25ème Division Britannique (Western)
- 25ème Compagnie divisionnaire blindée (16 chars Valentine).
- 25ème Compagnie divisionnaire d’automitrailleuses.
- 25ème Compagnie divisionnaire de roquettes.
- 25ème Compagnie divisionnaire du Génie.
- 25ème Compagnie divisionnaire de prévôté.
- 2/68ème Régiment provisoire d’artillerie moyenne (batterie X : 8 obusiers de 6-pouces modèle 1914-18 ; batterie Y : 8 canons de 60-livres Mk 1 modèle 1914-18).
- 122ème Régiment d’artillerie de campagne (batteries 278 et 280) (24 obusiers de 25-livres).
- 137ème Régiment d’artillerie de campagne (batteries 349 et 350) (24 obusiers de 25-livres).
- 59ème Régiment Antichar (batterie X : 12 canons de 2-livres).
- 74ème Brigade d’Infanterie (Yorkshire – Brig. Morrison, ex-LtCol. 1er Leicesters) : 1er West Yorkshire Regt, 2ème King’s Own Yorkshire Light Infantry, 8ème East Yorkshire Regt, 9ème Green Howards.
- 75ème Brigade d’Infanterie (Midlands) : 11ème Gloucestershire Regt, 7ème Lincolnshire Regt, 8ème (M.G.) Lincolnshire Regt (48 mitrailleuses Vickers).
- 76ème Brigade d’Infanterie (Midlands) : 1er Leicestershire Regt, 12/13ème South Staffordshire Regt, 14ème (M.G.) South Staffordshire Regt (48 mitrailleuses Vickers).
Troupes attachées
Australian Armoured Squadron (16 chars d’infanterie Matilda Mk II).
Australian Composite Battery (8 canons/obusiers de 25-livres Mk II et 8 antichars de 2-livres).
Australian Composite Battalion (compagnie QG, compagnies A et B [fusiliers], compagnie C (M.G.) [12 mitrailleuses Vickers].
Force Ouest – 7000 hommes, 60 canons de campagne, 8 canons de moyen calibre, 16 chars, 16 autos blindées.
64ème Division Britannique (London)
- 64ème Compagnie divisionnaire blindée (16 chars Valentine).
- 64ème Compagnie divisionnaire d’automitrailleuses.
- 64ème Compagnie divisionnaire de roquettes.
- 64ème Compagnie divisionnaire du Génie.
- 64ème Compagnie divisionnaire de prévôté.
- 2/64ème Régiment provisoire d’artillerie moyenne (batterie X : 8 obusiers de 155 mm modèle français 1914-18 ; batterie Y : 12 canons/obusiers de 25-livres Mk 2).
- 4ème Defence Regt (East Sussex) Royal Artillery (24 canons de 18-livres Mk 1).
- 6ème Defence Regt (Kent) Royal Artillery (24 canons de 18-livres Mk 1).
- 191ème Brigade d’Infanterie (London) : 2ème East Surrey Regiment, 8ème Buffs (Royal East Kent), 11ème Buffs (Royal East Kent), 22ème (M.G.) Royal Fusiliers (48 mitrailleuses Vickers).
- 192ème Brigade d’Infanterie (London) : 8ème Bedfordshire & Hertfordshire Regt, 16ème Royal Fusiliers, 19ème (M.G.) Royal Fusiliers (48 mitrailleuses Vickers).
- 193ème Brigade d’Infanterie (Wessex) : 9ème Somerset Light Infantry, 1 et 2/6ème Hampshire Regt (Duke of Connaught’s Own), 5ème (M.G.) Battalion Devonshire Regt (48 mitrailleuses Vickers).
Côte orientale de l’Australie
01h45 – L’I-62 a contourné le navire aperçu deux heures plus tôt et se trouve en position de tir. Il lance deux torpilles à 2500 mètres. L’une touche le cargo mixte côtier Wandana, d’Adelaide Line (974 GRT, allant de Sydney à l’île Thursday avec 120 passagers et du ravitaillement) à la cale n°2, et lui brise la proue. Le petit bâtiment coule rapidement, emportant beaucoup de ses passagers et laissant les autres en mauvaise posture, car la plupart des canots de sauvetage ont été entraînés dans le naufrage.
Quelques minutes à peine après
cette action, l’I-62 aperçoit un bateau venant dans sa direction. C’est
le caboteur hollandais Gunung Gambeng (300 GRT, allant de Newcastle à
Sydney avec du charbon). L’I-62 l’engage aussitôt au canon de 4,7
pouces. « Pris par surprise à courte portée, non armé et ne pouvant,
avec une vitesse maximum de 7 nœuds, chercher son salut dans la fuite, les membres
de l’équipage du petit caboteur décidèrent sagement d’abandonner au plus vite
le bateau. Ce réflexe sauva, non seulement leur vies, mais aussi celles de
nombreux passagers et membres d’équipage du Wandana, qu’ils ne tardèrent
pas à trouver sur leur chemin. » Opération Oni, phase 3b – Research
notes de Mr Norman, 1950.
L’I-62 tire 20 obus sur le caboteur, qui prend feu, avant de s’éloigner
à 03h00. Dévoré par les flammes, le Gunung Gambeng dérive vers le nord
et sombre à 09h00, un demi nautique au large de Reid’s Mistake.
[1] En réalité, ces navires embarqueront beaucoup de femmes et d’enfants chinois de Singapour. Les Britanniques ont pris conscience que cette évacuation leur garantirait un soutien encore plus actif des maris et pères des évacués. De fait, ceux qui ne s’engageront pas dans la Dalforce seront très précieux comme ouvriers, manœuvres…
[2] Techniquement, Lord Gort ayant lui-même la Victoria Cross, il aurait dû être salué, mais il l’avait ôtée le temps de la cérémonie pour que celle-ci se déroule selon la tradition.