Juin 1942 (1/4)
1er juin
Washington, DC
Le contre-amiral Richmond K. Turner est convoqué par le chef des Opérations Navales, l’amiral Stark. Il apprend qu’il doit partir immédiatement pour San Francisco où l’attend « un travail important et très spécial. »
Washington, DC
La dernière d’une série de réunions interalliées ultrasecrètes sur la situation en Chine s’achève. Les principaux intéressés, les Chinois, n’y ont cependant pas participé – en effet, Américains, Britanniques et Français ont constaté que, malgré les succès militaires remportés ces derniers mois, la Chine serait incapable de jouer le grand rôle qui lui était réservé dans la stratégie alliée sans de considérables réformes intérieures… et qu’il faudrait lui imposer celles-ci. Les historiens ont confirmé ce jugement.
« Au milieu de 1942, Chungking et le Kuo-Min-Tang (KMT) étaient au bord du précipice. Les idéaux du parti de Tchang Kai-chek étaient en voie de décomposition et avec eux la légitimité du KMT. Les réformes nécessaires avaient pourtant été décidées par le KMT lui-même en 1928 et engagées au début des années 30, mais les événements de 1937 et le début de la guerre avec le Japon leur avaient porté un coup fatal. En guise de réformes, il avait fallu se contenter d’une survie à court terme et adopter le comportement des Seigneurs de la Guerre. Jusqu’en 1941, le KMT avait réussi à tenir le coup de cette façon, mais en 1942, il était devenu évident que, dans les deux ans, il n’y aurait plus guère de différence entre le KMT et un Seigneur de la Guerre.
Les réunions secrètes de Washington sur le problème chinois avaient opposé deux écoles de pensée. L’une, celle des “Américains pro-chinois”, expliquait les incapacités du KMT par le fait que la Chine se battait avec l’échine brisée : la partie la plus développée de son territoire national était aux mains des Japonais ; on ne pouvait lui en vouloir de ses défauts ni lui demander de les corriger avant la fin de la guerre et, en attendant, il fallait lui fournir toute l’aide possible. L’autre, dite “coalition pragmatique”, rassemblait une forte minorité d’Américains ainsi que presque tous les Anglais et les Français. Les pragmatiques estimaient qu’aider aveuglément un régime aussi pourri ne pouvait rien donner de bon. Ils finirent par l’emporter grâce à l’exemple français, qui démontrait que l’occupation ennemie n’était pas une raison suffisante pour renoncer à toute réforme de l’état et adopter un mode de gouvernement autodestructeur. Les Occidentaux, souvent à partir de leur expérience coloniale de pacification et de développement économique, décidèrent alors de mettre en jeu une combinaison de carottes, de bâtons, de ravitaillement et de matériel de guerre et réussirent, avec une part raisonnable de chance, par persuader d’importants responsables du KMT de s’atteler de nouveau à réformer l’état chinois, comme ils en avaient eu l’intention en des temps moins troublés. »
(D’après Jack Bailey, Canberra University Press : Birth of Modern China, 1996)
Alger
Conférence d’état-major alliée à propos de l’offensive “Périclès”. Celle-ci est prévue pour la mi-juin, mais le général Giraud préférerait attendre pour disposer de davantage de chars SAV-42 Bélier, et le vice-amiral Gensoul voudrait que le cuirassé Provence, rénové, soit pleinement opérationnel avant le lancement de l’opération. L’amiral Cunningham proteste : « Plus tôt nous attaquerons, plus grande sera la surprise, dit-il. Et mes cuirassés sont assez nombreux pour nous garantir un appui d’artillerie suffisant sur la côte ouest du Péloponnèse. » Giraud et Cunningham s’entendent sur un compromis : l’opération est fixée au 21 juin.
Rastenburg
Le QG personnel de Hitler est le siège d’une réunion importante sur l’état de la Panzerwaffe, dont le grand savoir-faire tactique n’a pu masquer en Russie les douloureuses insuffisances matérielles. Apprenant que la grande majorité des Pz-III sont encore armés du 50 mm/L42 et non du L60, Hitler a une de ses fameuses explosions de colère : « Equiper aujourd’hui nos chars de ce vieux canon ridicule est une sorte de trahison ! Dès cet instant, plus aucun Pz-III ne doit sortir d’usine sans être équipé du canon L/60 ! »
Halder, aidé du représentant de la branche technique de la Werhmacht, a toutes les peines du monde à convaincre Hitler que la production du 50 mm/L60 est encore trop lente pour équiper à la fois tous les nouveaux Pz-III et tous les Pz-II et Pz-38(t) que l’on doit convertir en Panzerjaeger. « Dès le début des combats en Russie, explique Halder, nous avons constaté que nos chars armés de canons de 20 ou de 37 mm, comme le Pz-II et le Pz-38(t), étaient complètement dépassés. Néanmoins, ce sont des véhicules fiables, qu’un bon canon en casemate peut transformer à peu de frais en chasseurs de chars efficaces. Hélas, ils sont en concurrence avec le Pz-III pour le 50 mm long et avec les nouveaux modèles de Pz-IV ou avec les Pz-V pour le 75 mm long. Le choix le plus efficace, mon Führer, est de ne réduire que progressivement la fabrication de chars armés de canons courts, pour l’interrompre lorsque suffisamment de canons longs seront disponibles. »
Hitler admet finalement avec réticence que la transition du 50 mm/L42 au L60 ne se fasse que peu à peu. Mais, pour se réconforter, il ordonne d’accroître la production des canons antichars de 75 mm et de convertir tous les prototypes et modèles de pré-série du Porsche VK3601(P) (le perdant du concours du Pz-V) en chasseurs de chars lourds, armés du canon de Flak de 88 mm/L56.
Front russe (Note – Nous utiliserons désormais cette appellation, bien conscients que nombre d’opérations décrites ne se déroulent pas en Russie; elle nous paraît préférable à celle de « Front de l’Est », purement allemande, puisque pour les Soviétiques, ce front est à l’ouest…)
De Courlande à la Mer Noire, le front est provisoirement stabilisé, car les deux camps sont trop épuisés pour se lancer dans de vastes opérations. Mais cela ne signifie pas que tout est calme. En fait, de nombreuses opérations limitées se déroulent le long de cet immense front, tandis que les deux camps sondent les forces de l’adversaire, cherchent à s’assurer un avantage tactique ou, pour les Soviétiques, tentent de ravitailler des unités encerclées qui essayent de percer vers l’est. Certaines de ces opérations entraînent l’engagement de forces allant jusqu’à la division.
– Secteur Nord
Les opérations sont principalement liées aux tentatives maladroites de Vorochilov de réorganiser ses forces pour pouvoir soutenir l’offensive prochaine de Timochenko.
– Secteur Centre
Jusqu’au 10 juin, tout le centre du front soviétique est sous la responsabilité du Front de Biélorussie, commandé par le Col.-Général I. Boldine. Les opérations sont principalement les suites des bataille précédentes. Des forces soviétiques assez importantes ont été piégées par l’avance allemande et tentent maintenant de se frayer un chemin vers les positions russes. Boldine les aide du mieux que le lui permet l’épuisement de ses troupes.
– Secteur Sud et opérations navales
Sur le front d’Ukraine, les troupes allemandes tentent de s’infiltrer dans Rovno, mais sont bloquées par une défense énergique. Au sud de la ville, les formations d’artillerie des deux camps se lancent dans six heures de duel, sans résultat net, car les deux camps manquent de munitions pour atteindre une densité d’obus efficace.
Yevpatoriya (Crimée, URSS) – Constantsa (Roumanie)
03h10 – D’étranges silhouettes s’alignent les unes après les autres sur la piste d’un terrain de l’Aviation de la Flotte de la Mer Noire. Des avions, sans doute, mais avec un bizarre excès d’ailes et de moteurs, comme s’il était venu des bourgeonnements aux six Pe-8 et aux trois TB-3 “Aviamatki” du 18ème Groupe de Transport qui décollent en deux vagues.
A l’aube, après deux heures de vol, les pesants assemblages sont à 20 nautiques du port roumain de Constantsa. Chaque quadrimoteur laisse alors filer vers le but deux monomoteurs du 32ème Régiment de Chasse, douze Yak-1 SPB et six I-16 SPB en tout. Les chasseurs-bombardiers approchent à très basse altitude par la mer et ne sont détectés que lorsqu’ils surgissent au-dessus du port. Sans opposition de chasse et presque sans réaction d’une DCA sidérée, le raid est très efficace. Les Yak attaquent les bateaux, plaçant trois bombes de 250 kg sur le destroyer Marasti, qui chavire, et deux sur le grand destroyer Regele Ferdinand, bientôt dévoré par les flammes. Les Polikarpov prennent pour cible les réservoirs de carburant – de belles cibles, faciles à toucher, et qui brûleront pendant deux jours.
Sur le chemin du retour, des Bf-109E roumains interceptent les Soviétiques, mais s’ils arrivent à abattre un I-16, ils perdent un des leurs sous les coups des Yak-1.
Singapour
Les transferts de personnel pour muscler les unités d’entraînement et former de nouvelles unités de DCA et d’artillerie de défense côtière, l’évacuation de nombreux cadres vers Ceylan en janvier 1942 et l’incorporation massive d’indigènes ont complètement modifié le caractère de plusieurs unités. Il s’ensuit différents changements administratifs, reconnus par le War Office à Londres. Ainsi, le 5ème Searchlight Regt et le 6ème Heavy Anti Aircraft Regt de la Royal Artillery de l’armée britannique régulière deviennent-ils des régiments de la Singapore and Hong-Kong Royal Artillery[1]. Au sein de ce corps sont créés le 7ème Light Anti Aircraft Regt et le 8ème Heavy Anti Aircraft Regt (chargé de créer et d’entraîner des batteries de DCA dispersées sur toute l’étendue de Singapour, prés des installations défensives fixes, des aérodromes, etc.).
Les hommes des 1 et 2/13ème Bataillons des Royal Marines évacués sur Ceylan ayant été versés aux réserves de la flotte, l’Amirauté avise les Marines restant à Singapour qu’ils constituent maintenant le 13ème Bataillon des Royal Marines.
• La Force Est signale que la “Dalforce” se heurte de plus en plus souvent aux patrouilles de la Division de la Garde Impériale, montrant que les forces terrestres japonaises dans la région augmentent peu à peu. Cependant, la “Dalforce”, en coopération avec la Force 136 et… des groupes de guerilla communistes, attaque régulièrement le trafic fluvial japonais. Elle n’a infligé à l’ennemi des pertes mineures en hommes, mais elle a détruit deux péniches et des quantités notables de ravitaillement. Elle a aussi fait des prisonniers et mis la main sur des documents. Des équipes permanentes d’observation et de renseignements ont été mises en place près des ports japonais de la côte est.
• La Force Principale poursuit une lente progression. Les 9ème et 11ème Divisions Indiennes avancent peu à peu à travers la jungle et les plantations, malgré de nombreux heurts de petites unités. Les Japonais de la 27ème Division pratiquent là une défense élastique, avec des mouvements continus de petits groupes d’hommes, qui ne s’accrochent au terrain que lorsque le point d’appui d’une compagnie est menacé. Les pertes sont relativement légères des deux côtés, mais se poursuivent continuellement.
Les Japonais reculent ainsi lentement, cédant du terrain et gagnant du temps, le long de la voie ferrée, zone dont le contrôle est d’importance vitale. En effet, la voie ferrée suit en général la ligne des terrains les plus en hauteur et les mieux drainés. Un corridor nord-sud s’ouvre ainsi à travers la jungle, partant de Paloh et passant par Niyor, Kluang, Sungei Sayong Halt et Rengam, jusqu’à Layang Layang. Des routes relient ce corridor à la route principale nord-sud, presque parallèle mais plus à l’ouest, au niveau de Yong Peng, d’Ayer Hitam (ou Hitam Ayer), de Simpang Rengam (littéralement, carrefour Rengam) et du Domaine de Caoutchouc Namazie. Mais ces routes sont peu nombreuses, et la 56ème Division japonaise, qui défend la route, commence à être dans une situation difficile, car elle est menacée d’être prise de flanc par les progrès de la Force Ouest.
• En effet, la Force Ouest contrôle la ligne qui va, d’ouest en est, de la côte du Détroit et de Batu Pahat à Yong Peng en passant par le Bukit Pelandok, coupant toutes les routes secondaires entre la Malaisie centrale et le sud de la péninsule. En face, les Japonais tiennent une ligne allant de Parit Jawa à Labis, par Bakri et Pagoh. Entre ces deux lignes s’étend une zone de terrain très plat, mal drainé, marécageux, parcouru de nombreux cours d’eau, d’où le fait que les noms locaux de nombreux endroits comprennent les termes Alor (canal ou étang), Parit (fossé) et Ayer (marais). Ce n’est qu’entre Parit Jawa et Bakri que le creusement de canaux a permis des plantations.
Tout mouvement britannique vers le nord, ou japonais vers le sud, se trouve donc canalisé sur l’une des trois routes qui parcourent la région, et dont seule celle qui longe la côte ouest permet un certain déploiement de forces. D’ailleurs, même celle-ci traverse de nombreux canaux de drainage et fossés, qui flanquent aussi la route et restreignent les mouvements hors route, sans les rendre impossibles. Si les deux camps peuvent se fortifier sur les lignes qu’ils occupent avec assez de troupes, un équilibre stable doit s’imposer.
Les renforts n’arrivent que par la route côtière, et la flottille de petits navires de Singapour joue un rôle capital pour ravitailler la Force Ouest, car le trafic routier à lui seul en serait bien incapable. Pour préserver la route, vulnérable aux bombardements, voire à un débarquement ou à un assaut de parachutistes, le Commandement de Malaisie a créé des bataillons de défense des communications, mis sur pied à partir d’unités qui ne sont plus considérées comme de première ligne. Chacun compte environ 750 hommes et comprend une compagnie de QG avec un groupe de transmissions, un peloton de chenillettes (reconnaissance locale et escorte des convois), un peloton de DCA (deux camions légers dotés d’un jumelage de mitrailleuses et quatre 40 mm Bofors pour la défense des points clefs), une compagnie de fusiliers, un détachement de la Royal Military Police (contrôle du trafic et tâches de sécurité), un peloton des Royal Engineers et du Pioneer Corps (réparation des routes et des ponts), une compagnie d’ouvriers armés (volontaires locaux), etc.
Huit bataillons ont ainsi été formés.
– A Pontian Kechil : “Essex Force” (9ème Essex Regt, Détachement du 1er Defence Regt (Essex) de la R.A.). Principale base administrative de la Force Ouest et proche du Détroit de Malacca, Pontian Kechil a d’autres défenses : une batterie de la R.A. composée de quatre 4,7-pouces navals montés sur des trains de 60-livres pour la défense côtière, une batterie de huit 3,7-pouces AA, une batterie de seize 40 mm Bofors AA.
– A Pontian Besar : “Sussex Force” (7ème Royal Sussex Regiment).
– A Benut : “KentForce” (10ème Queen’s Own Royal West Kent Regiment).
– A Rengit : “Surrey Force” (4ème Queen’s Royal Regt, West Surrey).
– A Senggarang : “Ulster Force” (Détachment du 8ème King’s Royal Irish Hussars ; 8ème Royal Ulster Rifles).
– A Batu Pahat : “Border Force” (7ème South Wales Borderers).
– Au pont sur le Sungei Pang Kanan : “Shropshire Force” (7ème King’s Shropshire Light Infantry).
– Au carrefour du défilé du Butik Pelandok : “Welsh Force” (12ème Royal Welsh Fusiliers).
Sur le terrain, les Britanniques renforcent la ligne Batu Pahat – Yong Peng et dirigent vers l’est leur axe de progression, en direction du village d’Hitam Ayer et de son croisement, principal lien entre Kluang et la 56ème Division japonaise, positionnée à Simpang Rengam. L’avance en direction d’Hitam Ayer, défendu par la 9ème Division japonaise, doit se faire par deux petites routes droites (venant de Batu Pahat et de Yong Peng), tracées entre jungle et marécage. Les Britanniques comptent sur leur supériorité numérique, leurs blindés et leur artillerie pour prendre l’avantage sur les 7ème et 19ème régiments de la 9ème Division, appuyés par un peu d’artillerie et par quelques patrouilles à cheval.
Cependant, sur la route Batu Pahat – Hitam Ayer, la 1ère Brigade Chinoise doit s’arrêter, pendant que, sur ses arrières, on nettoie les plantations entre Batu Pahat et le défilé du Bukit Pelandok des infiltrations japonaises. De nombreuses escarmouches se développent, tandis que de compagnies se déploient en ligne de front pour balayer la zone, soutenues par des unités de réserve là où des Japonais sont rencontrés.
Au nord-est, la 2ème Brigade d’Infanterie Chinoise est arrivée à Yong Peng après une marche de nuit fatigante. Mais les hommes ont encore assez d’énergie pour se lancer à l’aube dans une charge à la baïonnette contre le 35ème Régiment de la 9ème Division japonaise, qui tient le croisement 5 km à l’est du village. A un contre trois et la brume matinale réduisant l’efficacité des quelques armes lourdes que le régiment possède, les Japonais cèdent presque tout de suite. Le commandement local engage ce qu’il a comme réserves pour couvrir sa retraite sur la ligne de chemin de fer de Paloh, vers l’est, découvrant la route de Labis, vers le nord-est. Ce n’est pas un mouvement aussi risqué qu’il y paraît – en fait, il est militairement logique : les Japonais contrôlant le ciel, les Britanniques savent bien que lancer leur infanterie sur la longue route à peu près droite qui mène vers Labis serait courir au désastre. En revanche, avancer vers Paloh, sous le couvert des plantations d’hévéas, peut permettre de couper la voie ferrée et de menacer Kluang par le nord.
Quoi qu’il en soit, la fatigue de la bataille s’ajoutant à celle de la marche forcée, les Chinois ne poursuivent pas l’ennemi. En revanche, une colonne mécanisée charge sur la route de Yong Peng à Labis. Autos blindées, chenillettes et chars légers Stuart (de la Compagnie Blindée Indépendante australienne) mitraillent au passage des convois routiers japonais pour finir par détruire un train en arrivant à Labis, avant de devoir se replier devant l’arrivée d’un nombre croissant de Japonais, appuyés par leur artillerie. Les Stuart se comportent fort bien lors de cet aller-retour éclair, malgré leur gourmandise en essence d’aviation.
Les autres forces britanniques à Yong Peng (dont un squadron de chars Cruisers détaché du 9ème Queen’s Royal Lancers) se préparent à avancer vers Hitam Ayer, au sud-est, quand leur parvient la nouvelle d’une contre-attaque de la 33ème Division japonaise sur leurs arrières, au défilé du Bukit Pelandok. Cette contre-attaque menace la ligne de communication des forces alliées à Yong Peng la plupart des Britanniques font demi-tour en hâte vers le Bukit Pelandok. Une position avancée est cependant établie sur la route principale entre Yong Peng et Hitam Ayer, à la borne des 64 miles, au bord d’une vaste zone marécageuse, et une position de réserve à la borne des 68 miles, derrière le Sungei Simpang Kanan.
La contre-attaque signalée se déroule au pont de Parit Sulong, qui traverse le Sungei Simpang Kiri, sur la route allant de Muar au défilé du Bukit Pelandok. Le 215ème Régiment d’Infanterie japonais progresse rapidement sur la petite route : une partie des hommes sont à bicyclette, certains sont en camion, et ils sont accompagnés par des chars, des autos blindés et un peu d’artillerie. Ils tentent de venir au contact des défenseurs avant que l’artillerie britannique puisse ouvrir le feu. Mais la tête de la colonne est brutalement arrêtée aux approces du pont par des tirs d’armes légères, de mitrailleuses et de mortiers des Volontaires de Singapour (SSVF) et de quatre obusiers de 3,7 pouces (ex-1er Mountain Regiment R.A.), dont le tir est réglé par un observateur accompagnant l’infanterie et un autre sur une hauteur proche. Le reste de la colonne s’entasse derrière, camions et chars ne pouvant sortir de la route, le terrain environnant étant trop mou – mais ce terrain épargne aux Japonais une grande partie de l’effet de souffle et des éclats des obus anglais.
Le I/215 doit cependant multiplier les efforts pour gagner un peu de terrain et permettre aux canons et aux véhicules de trouver quelques zones plus fermes où se déployer, pendant que le transports font laborieusement demi-tour pour fuir la zone des combats. L’infanterie se déploie des deux côtés de la route et traverse la rivière sur des radeaux improvisés ou même à la nage. Le front s’étend, mais les attaquants progressent peu, et leurs pertes en hommes et en équipement augmentent. Pourtant, en fin de journée, deux compagnies japonaises réussissent à contourner la défense par le nord en traversant une zone marécageuse. Après une marche épuisantes, elles avancent sur le flanc nord-ouest du défilé du Bukit Pelandok, sous le couvert de la jungle, et entrent en contact avec les compagnies australiennes qui tiennent la longue crête nord.
Toute la journée, l’aviation japonaise harcèle les troupes britanniques entre le défilé et Yong Peng, car la route traverse un marais sur un long talus rectiligne, sans autre couverture que celle de la DCA britannique : quatre 3,7-pouces AA (ex-8ème Heavy AA Regt R.A.) et douze 40 mm Bofors (batterie de DCA légère de la SSVF).
Pendant ce temps, sur la route côtière ouest, le 213ème Régiment d’Infanterie japonais parvient jusqu’à 5 km à l’ouest de Batu Pahat. Ses bataillons repoussent vigoureusement les patrouilles britanniques et s’emparent des positions avancées tenues à droite par le 16ème Royal Fusiliers (192ème Brigade d’Infanterie “London”) et à gauche par le 1&2/6ème Hampshire Regt (193ème Brigade d’Infanterie “Wessex”). La situation est rétablie par le 8ème Bedfordshire & Hertfordshire Regt (bataillon de réserve de la 192ème Brigade), qui contre-attaque avec succès vers midi, appuyé par des chars Valentine.
En même temps, un peu plus au nord-est, le troisième régiment de la 33ème Division, le 214ème Regt, s’engage à travers les plantations d’hévéas, parallèlement à la route qui va de Batu Pahat au Bukit Pelandok. Il se heurte aux patrouilles du 9ème Somerset Light Infantry (à l’aile droite de la 193ème Brigade), puis tombe sur les sapeurs et les pionniers qui travaillent à la route et au pont sur le Sungei Simpang Kanan. Ces derniers se replient sous la protection de la “Shropshire Force”, formée à partir du 7ème King’s Shropshire Light Infantry. Fidèles à leur devise “I rise again with renewed splendour” et honorant une fois de plus la Croix de Guerre française reçue en 1918, les hommes du Shropshire tiennent le pont sur le Sungei Simpang Kanan contre des troupes japonaises de plus en plus supérieures en nombre.
Mais entre Batu Pahat et le pont, les Japonais trouvent une faille dans la ligne britannique, due à l’absence du 5ème Devonshire Regt. Ce bataillon de mitrailleuses a été retardé par la confusion et les embouteillages provoquées par les continuelles attaques aériennes. Il arrive trop tard pour empêcher certaines unités japonaises de percer vers le sud-est pour couper la route Batu Pahat – Hitam Ayer, pendant que d’autres traversent le Sungei vers le nord-est et s’approchent de l’intersection routière tenue par la “WelshForce” (12ème Royal Welsh Fusiliers). Ces deux infiltrations ont des effets importants, car elles surviennent alors que les Britanniques se préparent à attaquer Hitam Ayer du nord-ouest et du sud-ouest. Les premières unités de la Force Ouest sont maintenant dangereusement étirées. La défense se concentre alors sur certains points clefs, et les renforts sont utilisés, au fur et à mesure de leur arrivée, pour boucher les trous et éliminer les infiltrations japonaises sur les arrières.
2 juin
Washington, DC
Le plan d’action diplomatique sur la Chine laborieusement mis au point par les Alliés commence par une prise de contact avec Sung Tzu-wen (ou T.W. Sung), qui est alors ministre plénipotentiaire de fait du KMT à Washington. Sung a plusieurs frères, mais surtout trois sœurs : Chingling (Madame Sun Ya-tsen – le Docteur Sun, fondateur de la République chinoise, était un grand ami de la famille), Ailing (Madame Kong Hsiang-Hsi) et Meiling (Madame Tchang Kai-chek elle-même). Cette famille joue déjà un rôle d’une immense importance dans le gouvernement de la Chine, et ce rôle ne va faire que grandir.
Ministre des Finances du gouvernement chinois jusqu’en 1933, T.W. Sung connaît à la perfection la situation catastrophique de l’économie chinoise. Elle est en grande partie due à son remplaçant aux Finances, qui n’est autre que son beau-frère Kong Hsiang-hsi (ou H.H. Kong), aussi corrompu qu’incompétent. Pire encore, Madame Kong – Ailing Sung – se montre infiniment supérieure à son époux sur le plan de la corruption, qu’elle a élevée au rang d’un des Beaux-Arts ! Pendant des années, Tchang et Kong ont fait marcher de plus en plus vite la planche à billets. En 1942, l’inflation en Chine est de l’ordre de 1 400 % – ce qui n’empêche pas le gouvernement du KMT de posséder cinq cents millions de dollars en liquide et en réserves de crédit aux Etats-Unis. De même, depuis le début de la guerre contre le Japon, le gouvernement chinois n’a cessé de réclamer aux Américains de l’aide pour construire des routes et des aérodromes – mais la moitié du matériel et des approvisionnements, péniblement acheminés par avion ou par camion, aboutit sur le marché noir.
L’Australien W.H. Donald, ami personnel, conseiller et chef d’état-major de Tchang et de son épouse Meiling, va être le deuxième atout maître des Occidentaux. Lassé de demander à Tchang de lutter contre la corruption et d’éliminer les profiteurs les plus insolents, il a quitté la Chine au début de 1941. Malgré son éloignement, il conserve d’étroits contacts avec les gouvernants chinois (d’autant plus qu’il a personnellement sauvé la vie de Meiling à Nankin, lors d’un accident d’auto quelques années plus tôt – Madame Tchang réclame d’ailleurs régulièrement son retour). Pour le convaincre de retourner en Chine, le gouvernement australien lui offre le choix entre accepter un poste de conseiller civil secret (et très bien payé) du Commander Rupert Long, chef du Naval Intelligence Service[2], et être mobilisé comme major (avec la faible paye correspondante), en étant de toute façon placé sous les ordres de Long. Donald choisit de rester civil et rédige pour le commandement allié un tableau très complet des principaux joueurs du complexe échiquier politique chinois et de l’extension de la corruption au sein des sphères dirigeantes du KMT avec ses exemples les plus criants, à commencer par Madame Kong. Donald doit ensuite retourner à Chungking, non comme envoyé officiel des Occidentaux, mais sous prétexte de répondre enfin à la demande de Meiling Sung.
Norfolk (Etats-Unis)
Le vieux cuirassé Provence, réparé et transformé, quitte la côte est des Etats-Unis avec le convoi NC-112 (Norfolk-Casablanca) et quatre vieux destroyers américains de classe Wickes transformés en escorteurs et transférés à la Marine Nationale. Ce sont les Corse (ex-DD 143, USS Yarnall), Breton (ex-DD 170, USS Kalk), Picard (ex-DD 168, USS Maddox) et Gascon (ex-DD 169, USS Foote). Leur armement se compose maintenant d’un canon de 4 pouces, trois affûts doubles Bofors de 40 mm, six Œrlikon de 20 mm, quatre lance-grenades et trois râteliers à grenades à la poupe. Les tubes lance-torpilles ont été enlevés et une chaudière supprimée, réduisant la vitesse maximum à 25 nœuds. Ces bâtiments doivent opérer avec l’escadre d’escorte rapprochée opérant de Benghazi et chargée de protéger les convois logistiques allant en Crète, à Rhodes et vers les ports du Péloponnèse.
De son côté, le Provence a été refondu en navire de bombardement. Il mesure maintenant 164,9/169,2 m de long, 31,4 m de large, 9,6 m de tirant d’eau, avec des bulbes anti-torpilles ; il déplace 26250 tonnes à pleine charge et quatre turbines de 32000 CV le propulsent à 18,5 nœuds. Son armement comprend VIII (4 x 2) canons de 340 mm, XII (12 x 1) 5 pouces/38 à double fonction, XXIV (12 x 2) Bofors de 40 mm et XXXII (32 x 1) 20 mm (toute l’ancienne artillerie secondaire a été débarquée).
Oran-La Sénia
« C’est un grand jour : le II/5 Lafayette (ainsi que le III/5) a commencé son rééquipement sur NA-89 Mustang-II à moteur Packard V-1650-I, avec des avions tout juste livrés à Casablanca par le CVE Lafayette, comme de juste ! Le premier à essayer la bête a été notre commandant, Hugues du Mouzy, bien sûr. Après son vol, quand il sort du cockpit, tout les pilotes du groupe sont là, et les questions fusent. D’abord, il ne répond rien. Debout sur l’aile, il a l’air d’avoir du mal à se séparer de l’avion. Puis il claque le flanc de la machine, ou plutôt il le flatte, comme si c’était un vrai cheval. Il regarde ses hommes, quatre “FMAN” (le sigle de l’Armée pour “Français Musulmans d’Afrique du Nord”), un “FAE” et un “FAO” (Français d’Afrique Equatoriale et Occidentale), Velasquez dit El Viejo, qui a piloté un Polikarpov I-15 en Espagne, Benamou, l’inséparable ailier de Ramdane, Rosenthal, qui a toujours l’accent yiddish, sauf en vol, Seng, qui a décidé qu’un jour il retournerait au Viet-Nam aux commandes de son avion, et puis les autres, ceux qui sont arrivés par l’Espagne en traversant les Pyrénées à pied, les deux colons d’Algérie qui ont triché sur leur âge pour s’engager, l’un pour se vieillir, l’autre pour se rajeunir, et enfin ceux qui sont là depuis Quarante, mais ils en reste peu, si peu… Je l’ai rarement vu aussi ému, Hugues. “Les enfants (il nous appelle ses enfants depuis qu’il est le patron, même si plusieurs d’entre nous ont son âge)… Les enfants, il est formidable ! Avec ce zinc et ses successeurs que les ingénieurs nous promettent déjà… Le Lafayette ira jusqu’au défilé de la Victoire à Paris. Promis !” Quand nos acclamations se sont calmées, il ajoute : “Pour fêter ça, j’autorise les insignes personnels.” Les acclamations redoublent, il avait toujours dit que nous n’étions pas des Américains et que la Tête de Sioux du Lafayette suffisait largement. “Je serai le premier. J’ai choisi mon insigne : un casque gaulois.” Je suis le seul à avoir compris qu’il voulait dire que nous avions bien mérité de nos ancêtres symboliques, mais communs, les Gaulois. » (Jean-Pierre Leparc, Les gars du Lafayette).
Un raid “Circus” mené par douze Spitfire V du Sqn 403 est intercepté par huit Focke-Wulf 190A. Huit Spitfire sont abattus contre trois FW-190 seulement, ce qui souligne une nouvelle fois la supériorité du nouveau chasseur allemand et l’urgence pour les Britanniques de mettre en ligne les successeurs du Spitfire V.
Essen
Dans la nuit du 1er au 2, 956 bombardiers de la RAF attaquent Essen. Mais l’objectif est obscurci par la brume et les nuages et les résultats sont décevants, pour la perte de 31 bombardiers (dont quatre Lancaster).
Berlin et Prusse Orientale
Dans la nuit du 1er au 2, Berlin, mais aussi Kœnigsberg, Dantzig et Memel sont attaqués par quelques dizaines de bombardiers Pe-8, Yer-2 et DB-3 des VVS et VVS-MF (l’aviation de la Marine). Les résultats matériels sont minimes, mais l’effet psychologique est considérable.
Front russe
– Secteur nord et opérations navales
Les forces soviétiques tentent de se “donner un peu d’air” pour manœuvrer autour de Liepaja (Libau). Soutenues par l’artillerie navale locale, la 67ème Division de Fusiliers repousse l’infanterie allemande d’environ 1500 mètres, mais à un prix élevé.
Le sous-marin soviétique L1, en mission de mouillage de mines, est coulé par des avions allemands au large de Pillau.
Dans la nuit, un convoi de caboteurs escorté par les DD Skoryi, Statnyi, Strogyi, Stroinyi, Surovyi et par les canonnières Bakinskyi, Markin et Rabochyi (d’anciens destroyers transformés) débarque de l’infanterie de marine à Ventspils et évacue des blessés.
– Secteur Centre
D’après des rapports des R.A.O.C., R.A.S.C., R.A., R.E. et du Pioneer Corps.
– Problèmes de stockage.
Le Commandement est réticent à dépenser rapidement les munitions stockées. De nombreux petits dépôts ont été construits dans le sud-est de l’île de Singapour et dûment remplis. D’autres seront bientôt achevés, mais seules des munitions en parfaite condition doivent y être stockées.
En effet, la récupération de stocks substantiels de munitions abandonnées en Johore et dans l’ouest de Singapour a créé des problèmes majeurs. Ce sont les mêmes que ceux rencontrés en 1918, quand l’artillerie britannique a utilisé des stocks d’obus et de charges propulsives abandonnés. Dans les deux cas, les munitions abandonnées sont restées sans surveillance ni entretien. Elles ont souffert de l’humidité, leur protection de graisse et d’huile étant dégradée par une exposition prolongée à l’air libre et aux éléments. Les Inspecteurs des Munitions (ces spécialistes sont trop peu nombreux) examinent les obus et les charges, les classifient et les marquent à la peinture pour indiquer pour quelles utilisations ils sont acceptables. Les batteries d’artillerie sur le terrain en Johore (qui appartiennent presque toutes à des régiments de campagne ou de montagne) sont toujours désireuses de fournir à l’infanterie tout le soutien demandé et utilisent souvent des munitions non classifiées. Beaucoup de ces obus tombent court (jusqu’à 1000 mètres) car les charges ne génèrent pas une propulsion suffisante, et le tir est parfois dangereusement trop court pour l’infanterie. Il y a aussi eu des cas d’explosion prématurée de l’obus au dessus des troupes amies, voire dans la gueule du canon, abîmant le tube ou même détruisant le canon et tuant des servants (dégradation des fusées). Le taux d’obus faisant long feu (duds) a aussi augmenté, réduisant grandement l’efficacité du tir.
Ces situations ont favorisé à certains endroits et à certains moments l’apparition d’une pénurie de munitions, réduisant considérablement le soutien reçu par l’infanterie, les batteries étant obligées de limiter leur consommation quotidienne d’obus pour constituer des stocks en cas de besoin (barrage planifié par exemple).
Directives pour l’utilisation des munitions récupérées.
1. Des munitions non inspectées et non classifiées ne doivent pas être utilisées, sauf en cas d’extrême urgence.
2. Les munitions acceptées pour un usage normal doivent être stockées sur le terrain avec un soin particulier.
3. L’utilisation des munitions acceptées pour un usage restreint doit se conformer strictement aux instructions suivantes (exception : voir directive n°1).
3.A) Tir indirect de zone, avec de larges zones de sécurité pour les troupes amies.
3.B) Tir direct.
3.C) Tir direct de zone.
3.D) Tir direct à courte distance.
4. Les munitions classifiées comme convenant à une remise en condition doivent être sécurisées pour leur transport (enlèvement des fusées ou des charges explosives des obus, séchage ou refroidissement des charges propulsives).
5. Les munitions rejetées peuvent être utilisées pour des travaux de démolition ou du génie, sous la supervision directe de sapeurs qualifiés.
– Approvisionnement en munitions de la Force Ouest.
L’utilisation d’une seule route, étroite, endommagée, sur-utilisée et traversant de nombreuses petites rivières et canaux de drainage pose de grandes difficultés pour le transport de munitions dans de bonnes conditions. Il est arrivé qu’un pont soit endommagé lors de l’attaque aérienne d’un convoi, par l’explosion d’un camion de munitions. Une autre attaque aérienne a fait exploser un camion sur un pont de bateaux, brisant le pont et coulant quelques allèges. De plus en plus, les convois routiers sont maintenant “non-munitions seulement”. Si un camion est touché, l’effet sur le reste du convoi, la route et les ponts est réduit. Même les camions transportant des barils d’essence de 5 gallons posent peu de problèmes, car il est relativement facile et sans danger de les écarter de la route. Les munitions sont de plus en plus souvent convoyées par péniches que l’on décharge de nuit. Cette façon de faire a jusqu’à présent été un succès, sauf dans le cas de deux péniches qui se sont heurtées à Batu Pahat et qui, se trouvant encore dans l’estuaire de la rivière au lever du jour, ont été détruites par des avions.
Actuellement, l’utilisation de l’artillerie moyenne et de l’artillerie de campagne autour de Batu Pahat doit respecter de sévères restrictions. Pour économiser les stocks d’obus de mortiers de 3 pouces, certains bataillons d’infanterie ont reçu des canons de montagne italiens de 65 mm à la place. En revanche, en dépit d’une utilisation abondante, les stocks de munitions pour les mitrailleuses britanniques de 0,303, japonaises de 6,5 mm et italiennes de 6,5 mm SAA sont pour l’instant suffisants.
D’après un rapport de la Royal Navy – Singapour.
Plusieurs attaques aériennes japonaises plus précises que d’habitude ont touché des canonnières de la classe Consort, dont les noms symbolisent la nature multinationale des diverse communautés européennes et eurasiennes composant le corps des volontaires de la marine. Deux bateaux, gravement touchés, sont près de couler : l’Eleanor of Aquitaine (Eléonore d’Aquitaine, épouse française d’Henry II Plantagenêt) et la Catherine of Braganza (Catherine de Bragance, épouse portugaise de Charles II d’Angleterre). Deux autres sont légèrement endommagés : la Queen Charlotte (épouse de George III) et le William III (roi de Hollande, mais aussi prince consort et co-monarque de la Reine Mary).
Le réveil de la Royal Air Force
D’après un rapport de la RAF – Singapour.
Devant l’aggravation de la situation sur la côte ouest, la “Royal Singapore Air Force”, en plus de ses patrouilles de reconnaissance et de ses missions de soutien aux Stay behind forces, a courageusement décidé d’envoyer trois Blenheim et cinq Hurricane attaquer à base altitude les forces japonaises entre Parit Sulong et Bukit Payong. Selon les Renseignements, les unités terrestres japonaises ont cru que ces attaques étaient le fait d’avions japonais se trompant de cible, ce qui a donné lieu à de nombreux échanges radio très peu aimables entre les postes de commandement de l’infanterie et de l’aviation ennemies. (Note – L’erreur des troupes japonaises s’explique en partie par le fait qu’au même moment, des avions japonais attaquaient des troupes britanniques dans le même secteur. De plus, l’absence totale d’avions de la RAF depuis plusieurs mois a donné aux Japonais l’habitude de penser que lorsqu’ils voient un avion, il est forcément japonais, sans chercher à vérifier et sans même remarquer que le bruit du moteur n’est pas le même. Les troupes japonaises en Malaisie se concentrent sur la bataille terrestre et il est certain qu’elles savent beaucoup moins bien identifier les avions.)
Par ailleurs, trois Swordfish ont effectué une mission de ravitaillement aérien de la Force Amphibie encerclée, lui larguant en tout 1,5 tonne de nourriture et de munitions.
Malaisie
La situation sur la côte ouest devenant dangereuse près de Batu Pahat, le Commandement de Malaisie ordonne au IIIème Corps Indien de faire pression sur les Japonais pour soulager la Force Ouest en distrayant l’aviation ennemie.
• La Force Est est peu active, maintenant que la 16ème Division indienne est bien positionnée à Kota Tinggi. C’est pourquoi les Gurkhas, aidés par des guides chinois fournis par la Dalforce, lancent quelques coups de sonde vers la Garde Impériale japonaise, « pour animer un peu la situation » dira l’un de leurs officiers.
• Les 9ème et 11ème Divisions Indiennes de la Force Principale augmentent le rythme de leurs opérations, acceptant le risque de voir les pertes augmenter et de petits groupes de Japonais s’infiltrer sur les flancs et les arrières. Les progrès restent limités, quoique l’ennemi soit parfois surpris et que quelques positions puissent être enlevées dans la foulée ; mais les problèmes habituels (pièges, tireurs isolés…) ralentissent l’avance. Néanmoins, les Japonais perdent pas mal d’hommes et dépensent beaucoup de munitions.
• Pour la Force Ouest, c’est une journée de combats confus. Les unités se mélangent, car elles envoient des détachements renforcer leurs voisines, mais demandent par la suite l’assistance d’autres unités. Les journaux de marche sont contradictoires et plusieurs rapports sur les actions et les pertes ennemies semblent bien concerner la même action vue de points différents. [Note d’après-guerre – Il apparaît que ce fut aussi le cas pour les unités japonaises.]
Dans la soirée, il est évident que la journée a été la plus dure pour la Force Ouest depuis le début de l’offensive.
Sur l’ensemble du front ouest, les forces britanniques n’auraient apparemment dû avoir aucune peine à faire face aux activités de la seule, mais bien nommée, 33ème Division “Tigres Blancs”. Cependant, les bataillons d’infanterie britanniques sont en sous-effectifs, et les unités de soutien disposent de trop peu de mortiers, de mitrailleuses lourdes et d’artillerie légère. Les brigades dépendent bien trop, pour leur soutien d’artillerie, de l’artillerie divisionnaire et de son réseau de commandement. Or, cette artillerie a été gravement affectée par les pénuries de munitions au début de la bataille et par les difficultés causées par l’attaque japonaise contre la zone de Quartier Général de la Force Ouest.
Quand arrive la seconde division britannique (la 21ème Scottish Division), elle est obligée de s’engager contre le 214ème Régiment d’Infanterie japonais, qui opère avec succès sur les arrières de la 64ème Division “London”.
A l’avant, le 213ème Régiment d’Infanterie japonais, soutenu par les unités divisionnaires de la 33ème Division, se retrouve donc à égalité en nombre et en puissance de feu avec les deux brigades britanniques qui doivent lui faire face.
Au nord-est de ces combats, la Force Amphibie souffre beaucoup. Manquant d’armes lourdes, largement dominée sur ce point par le 215ème Régiment d’Infanterie japonais, elle doit abandonner la plus grande partie du terrain conquis entre Parit Sulong et le Bukit Payong, ne réussissant à survivre qu’en formant un hérisson. Au soir du 2 juin, sur les 2400 hommes qui ont quitté Singapour par mer quelques jours plus tôt, la Force Amphibie en a perdu environ 40% : 15% de tués (y compris les noyés lors du débarquement), 15% de blessés et 10% de disparus (mais dont presque tous réussiront, après des aventures plus ou moins rocambolesques, à rejoindre les lignes alliées). Ces lourdes pertes sont le résultat de l’incapacité à acheminer en première ligne les unités de soutien et le matériel lourd par des routes trop rares et trop étroites ou par voie maritime, face à l’opposition aérienne japonaise.
Enfin, 3 ou 4 km à l’est de la dernière position de défense de la Force Amphibie, résiste un mélange de troupes d’unités de communication et anti-aériennes, fait de petits paquets d’hommes et de matériel en route pour Yong Peng, renforcés par les troupes motorisées qui ont pris cette ville et ont été rappelées d’urgence. Sans vraie structure de commandement et sans entraînement pour agir en commun, ces hommes livrent pourtant des combats acharnés, à courte distance voire au corps à corps, et tous ensemble bloquent l’avance japonaise. Ce succès n’est pas dû à de meilleures tactiques ou à un meilleur commandement, mais au fait que les Britanniques peuvent supporter des pertes plus importantes tout en continuant de tenir une ligne défensive imperméable, que les Japonais vont devoir tenter d’enlever et de tenir contre l’inévitable contre-attaque alliée.
Ce qui suit est une tentative de reconstituer en détails les événements de ces vingt-quatre heures dans le secteur de la Force Ouest.
Région de Batu Pahat – Dans la nuit du 1er au 2, le 5ème bataillon (mitrailleuses) du Devonshire Regt prend position ans une zone tout juste évacuée par les Japonais, à droite du 9ème Somerset Light Infantry (193ème Brigade) et à gauche de la “Shropshire Force” tenant le pont de la route côtière sur le Sungei Simpang Kanan.
Les réserves de la division étant engagées, la défense du QG avancé de la 64ème Division Britannique (London), situé à l’est de Batu Pahat dans une plantation d’hévéas, à couvert des attaques aériennes, échoit à la “Border Force” (7ème South Wales Borderers). Peu avant l’aube, des groupes d’infiltration du 1er bataillon du 214ème Régiment japonais chargent à plusieurs reprises les positions du QG. Jusqu’au lever du soleil, le combat fait rage, à l’arme légère, à la baïonnette et à la grenade. En tout début de matinée, les renforts arrivent enfin, sous la forme des premiers éléments de la 21ème Division Britannique (Scottish) : le 10ème Highland Light Infantry de la 62ème Brigade d’Infanterie (Scottish), venu de Senggarang et accompagné de divers pelotons venus de l’arrière. Ces unités contre-attaquent, rejetant les Japonais avec de lourdes pertes. Néanmoins, le QG de la 64ème a été mis hors d’action pendant plus de dix heures, les combats s’approchant parfois à moins de 150 mètres des tentes de commandement et des camions de transmissions. Le South Wales Borderers et les “Gallois honoraires” des unités qui lui sont rattachées ont montré qu’ils étaient les dignes héritiers de leurs célèbres et courageux ancêtres de la “Zulu War” de 1879.
Toute la journée, le 213ème Régiment japonais et les unités divisionnaires de la 33ème accrochent la 64ème Division Britannique à l’ouest de Batu Pahat pendant que les colonnes du 214ème Rgt s’engagent plus à l’est, entre Batu Pahat et le Bukit Pelandok. La 191ème Brigade d’Infanterie (London) et les colonnes d’infanterie montée s’efforcent de nettoyer la zone, tandis que les Japonais les harcèlent, attaquant puis décrochant pour faire croire aux Britanniques qu’ils sont plus nombreux qu’en réalité. En marge de ces actions, vers 10h00, le 22ème Royal Fusiliers (mitrailleuses) de la 191ème Brigade reçoit l’ordre de tenir deux petites collines à l’est du carrefour entre la route d’Hitam Ayer et la route de la côte. La compagnie de tête tombe dans une embuscade et celles qui l’appuient sont aussi prises pour cible par des tirs denses et précis de mortiers, de mitrailleuses et d’artillerie légère et de campagne. Cependant, les sections de transmissions de la Force Ouest signalent qu’une radio japonaise émet de la colline nord, la plus élevée (la cote 828). L’opérateur dirige les attaques aériennes et l’artillerie à longue portée sur les arrières britanniques. En fait, il apparaît que le gros du 214ème Régiment japonais (deux bataillons et la compagnie d’armes lourdes) s’et concentré sur les hauteurs. De là, les Japonais observent et menacent tout le trafic routier et naval vers Batu Pahat. En fin de journée, le gros de la 191ème Brigade (64ème D.I.), la 62ème Brigade d’Infanterie (Scottish) (21ème D.I.), qui vient d’arriver, et des unités divisionnaires sont engagées près de la cote 828, sur un arc allant du nord-est au sud-est de Batu Pahat, à 4 ou 5 km de la ville.
Défilé du Bukit Pelandok – La nuit du 1er au 2 juin et la journée du 2 vont voir d’intenses combats dans la région traversée par la route qui vient de Muar-Bakri et Parit Sulong (au nord). Cette route passe au milieu d’une série de crêtes et de collines couvertes de jungle (les bukits : Belah et Payong notamment). Ces hauteurs s’élèvent dans une zone de plantations ou de marais et forment notamment le défilé stratégique dit du Bukit Pelandok, à la sortie sud duquel la route se divise en deux branches, vers Yong Peng (à l’est) et Batu Pahat (à l’ouest).
Du contrôle de cette position dépend la possibilité pour les Alliés de tenir Yong Peng et de prendre Ayer Hitam, donc de forcer les Japonais à cesser d’utiliser la route principale nord-sud dans tout le Johore.
Dans la nuit du 1er au 2, deux compagnies du I/215ème Bataillon japonais continuent à menacer la ligne de crête nord (le Bukit Belah), entre les cotes 690 et 475, tenues par l’infanterie australienne. Le reste du bataillon menace la route entre le Bukit Belah et le Bukit Pelandok (à la borne des 78,5 miles sur la route de Yong Peng). Une attaque brutale du II/215ème Bataillon culbute les volontaires chinois et eurasiens, très fatigués, qui tenaient le pont de Parit Sulong. Les restes de la compagnie de l’aile gauche se réfugient au poste d’observation d’artillerie canadien à l’extrémité ouest du Bukit Payong (cote 856). La compagnie du centre se retire sur 5 km jusqu’au barrage routier installé par les Néo-Zélandais entre les Canadiens et la cote 690, tenue par des Australiens, à l’ouest du Bukit Belah. La compagnie de droite, se retrouvant coupée et manquant de munitions, se fraie un chemin à la baïonnette (pour plus de discrétion…) et décrit un large arc vers le nord et l’est, pour se retrouver derrière les Japonais et marcher à travers les marais jusqu’à Yong Peng ; elle y arrivera dans un état d’épuisement presque total, le 3 juin en fin de journée.
En fin de nuit, le Bataillon Motocycliste et le Malaya Squadron du 9ème Queen’s Royal Lancers vient consolider la ligne de défense, surtout tenue jusque là par des troupes courageuses mais de seconde classe.
Dans la matinée, le III/215ème bataillon japonais et les unités régimentaires du 215ème Rgt attaquent directement la route qui passe entre le Bukit Belah (au nord-est) et le Bukit Payong (au sud-est), tandis que le II/215ème attaque le Bukit Payong, tout en essayant de le déborder par le sud pour atteindre directement le carrefour routier.
A l’extrême gauche de la ligne alliée, à l’ouest du Bukit Payong, le bataillon “Royal Marine” tient une crête de 50 à 100 m de haut. Le Bukit Payong lui-même (cote 856) est tenu par le “Bataillon Canadien ”, renforcé par les survivants d’une compagnie de volontaires chinois. Plus à droite, le barrage routier est tenu par la réserve de la Force Amphibie: la compagnie “New Zealand”, plus une compagnie et le QG du bataillon de volontaires chinois. A droite de ces derniers, le “Bataillon Australien ” tient 1500 mètres de crête, de la cote 890 à la 475, à l’ombre du Bukit Belah. Enfin, la réserve comprend les 3,7-pouces d’une unité d’artillerie de montagne, huit chars Matilda I et huit chenillettes de reconnaissance, autour du QG de la Force Amphibie. Des autos blindées, des chenillettes ou des motos filant à toute vitesse sur la route de Yong Peng aident à maintenir les communications avec les autres unités alliées.
Au lever du jour, le III/215ème japonais attaque la zone défendue par les Australiens, progressant continuellement à flanc de colline, sous le couvert de la jungle. Les attaquants jouissent d’une large supériorité numérique en mortiers et mitrailleuses lourdes, et les blessés affluent vers l’arrière des positions alliées. De plus, les quatre 75 mm du 215ème portent plus loin que les obusiers de 3,7 pouces britanniques, les deux 70 mm légers nippons ont l’avantage sur les mortiers de 3 pouces anglais et les 37 mm antichars les appuient avec des obus explosifs. Les défenseurs reculent progressivement, resserrant leur périmètre de défense jusqu’à former un carré de 1500 m de côté au milieu des plantations. La défense devient alors plus facile, car les attaquants sont forcés de se découvrir, surtout le long de la route, et s’exposent aux mortiers et aux mitrailleuses britanniques.
A l’autre extrémité du front, le II/215ème lance une série d’attaques pour déloger les Canadiens du Bukit Payong. Mais les Alliés s’accrochent, ne voulant pas céder cette position qui domine le champ de bataille et commande ses approches. Leur artillerie fait le maximum et l’appui d’autres unités est demandé, par radio lorsque les appareils fonctionnent, par messager sinon. C’est ainsi que les canons de la “Welsh Force” et de la “Shropshire Force” participent au combat.
Plus au sud-est, le II/215, appuyé au sud par le III/214ème (qui a échoué à prendre le pont sur le Sungei Simpang Kanan), tente de s’emparer du carrefour routier du Bukit Pelandok. Les Japonais émergent des plantations pour attaquer à courte distance et chargent à travers une bande de terrain découvert d’environ 800 mètres de large le bataillon “Royal Marine”, retranché à la lisière de la jungle. Le combat fait rage, mais l’assaut échoue. Furieux, les Japonais font un autre essai, cette fois cent mètres au sud du carrefour, vers la cote 416. Les attaquants progressent rapidement sur un terrain relativement dégagé, avant d’être cloués au sol par le tir d’une batterie de quatre canons de 40 mm AA retranchés là.
Le seul succès japonais est celui du III/214ème, qui réussit à s’emparer de la cote 361, un km au sud-est de la cote 416.
A l’est, une compagnie et le QG du I/215ème se sont installés à l’est du Bukit Belah, à 400 mètres de la route. Mortiers, mitrailleuses et canons légers (deux 37 mm et deux 70 mm) balayent la route et infligent de lourdes pertes aux unités qui tentent de l’emprunter jusqu’à ce qu’ils soient réduits au silence par quatre 3,7-pouces de DCA déployés sur une colline 4 km plus loin et utilisés en appui-feu. Ces canons à haute vélocité tirent des obus HE de 28 livres qui, à cette distance, ont une trajectoire plate, ce qui permet aux servants de viser aisément les canons japonais qui révèlent leur position au moment du tir. Cette batterie de DCA (comme celle des 40 mm) est protégée par une troupe de pionniers qui aide à mettre en place et à retrancher les canons, leur équipement et leurs servants, mais aussi à réparer les dommages causés à la route voisine, à éliminer les véhicules détruits gênant le passage, etc.
En fin de journée, venant du pont sur le Sungei Simpang Kanan, des renforts arrivent sous la forme d’une colonne d’infanterie montée, appuyée par huit chars du 8ème King’s Royal Irish Hussars Bridge, douze 18-livres de campagne et douze mitrailleuses Vickers. Pendant que ces unités accrochent environ deux compagnies du 214ème Rgt japonais, l’infanterie montée passe à gué sur ses chevaux, démonte et attaque de flanc les Japonais, qui se dispersent. Puis, les renforts progressent vers le nord-est, attaquant sur leurs arrières les forces japonaises autour du carrefour du Bukit Pelandok.
Tokyo
L’Amiral Yamamoto (Commandant de la Flotte Combinée), l’Amiral Nagano (Chef d’état-major général de la Marine) et des représentants de l’Armée envisagent les futures opérations dans le Pacifique Sud. Devant les fortes réactions américaines à chaque mouvement japonais dans la zone des Salomon, l’Amiral Yamamoto explique que c’est là que l’on peut espérer livrer enfin « une bataille décisive » où le noyau de la flotte ennemie pourra enfin être détruit. « C’est une excellente chose, car les Salomon sont sans doute la meilleure région où engager l’ennemi, grâce au soutien de nos avions basés à terre, à Rabaul et sur d’autres bases encore à développer. Une victoire décisive nous permettra de couper le lien entre l’Australie et les Etats-Unis et obligera l’Australie à demander la paix. Mais il faudra que l’Armée nous apporte toute l’aide possible » explique Yamamoto, avant de proposer une stratégie en trois étapes.
Première étape – La Marine renforcera ses positions en Nouvelle-Bretagne, Nouvelle-Irlande, dans les Shortland et les Salomon, construisant terrains et infrastructures pour y baser une 25ème Flottille Aérienne augmentée (Contre-Amiral Yamada).
Simultanément, la plupart des forces terrestres présentes dans ce secteur seront concentrées à Guadalcanal/Tulagi, afin d’y préparer l’attaque des Nouvelles-Hébrides et de la Nouvelle-Calédonie (pour ce dernier objectif , des troupes supplémentaires seront nécessaires).
Pendant ce temps, l’Armée prendra en charge la défense des bases de Nouvelle-Guinée et sondera les défenses de Port Moresby à travers la chaîne Owen Stanley. L’aviation de l’Armée devra neutraliser les terrains ennemis autour de Port Moresby ; à cet effet, elle mettra en œuvre la 4ème Armée aérienne, dont le QG sera à Vunakanau (Rabaul) et les bases à Lae, Wewak et Finshafen.
Deuxième étape – Une fois les porte-avions réparés et dès que les groupes aériens des porte-avions d’escadre auront reçu des remplacements et se seront entraînés, la Flotte Combinée, soutenue par les 2ème et 4ème Flottes, lancera une opération contre la Nouvelle-Calédonie et les Nouvelles-Hébrides, avec des débarquements à Nouméa et à Espiritu Santo. Cette opération aura lieu la dernière semaine d’août. La 24ème Flottille Aérienne devra se redéployer de Rabaul vers de nouvelles bases dans les Salomon entre le 10 et le 20 août, pour être prête à soutenir la Flotte Combinée.
Pendant ce temps, une opération secondaire sera lancée vers le 15 août dans les Aléoutiennes, afin d’empêcher l’ennemi d’y établir une forte position qui lui permettrait de menacer le Japon à partir du nord (peut-être avec l’aide de forces soviétiques). On peut espérer que cette opération secondaire attirera une partie des forces ennemies du Pacifique Sud, avant le déclenchement de l’opération principale.
En même temps, les avions de l’Armée et de la Marine basés à Ambon et Timor devront accentuer leurs opérations contre Darwin, comme pour préparer un débarquement dans le nord-ouest de l’Australie.
« Soit la flotte ennemie devra être détruite en tentant de s’opposer à nos débarquements, soit nous la détruirons quand elle essaiera de maintenir le contact avec l’Australie malgré les nouvelles bases que nous aurons établies en Nouvelle-Calédonie et dans les Nouvelles-Hébrides » commente énergiquement Yamamoto.
Troisième étape – Une fois la flotte ennemie détruite, la Marine et l’Armée coopéreront pour prendre Port-Moresby et détruire, par des bombardements aériens et navals, toutes les installations ennemies sur la côte est de l’Australie. Si besoin, début octobre, de nouveaux débarquements seront organisés aux Fidji (Suva) et à Tongatapu pour achever d’isoler l’Australie de toute aide venant des Etats-Unis.
Les propositions de Yamamoto reçoivent l’accord des autres participants à la conférence. Elles seront présentées deux jours plus tard au Quartier Général Impérial par l’Amiral Nagano.
Piste de Kokoda (Papouasie - Nouvelle-Guinée)
A Sangara, une douzaine de km en amont de Popondetta, la piste traverse à gué un torrent. Là, un bref engagement permet aux Papous de retarder encore les Japonais et de donner un jour d’avance de plus au 39ème Bataillon en marche vers Wairopi.
Les jours suivants, une série d’autres petites actions vont opposer les Papuan Rifles (réduits à 70 hommes car beaucoup de Papous se sont dispersés dans la jungle) à différents petits groupes de Japonais.
Côte orientale de l’Australie
21h00 – L’I-62 repère un convoi 25 nautiques au nord de Newcastle, cap au sud et près de la côte, mais le sous-marin va être forcé de lui courir après. Son commandant choisit de poursuivre ses proies le long du rivage, supposant que l’attention de l’escorte se portera plutôt vers le large, et cette tactique va se révéler efficace. Mais il avait des heures de chasse en perspective.
3 juin
Washington
Le Département d’Etat a organisé une première réunion historique sur les livraisons en Prêt-Bail destinées à l’Union Soviétique. L’ambassadeur d’URSS, Maxim Litvinov, soumet aux autorités américaines la liste suivante :
(i) Tous types de matériels de radio et notamment émetteurs-récepteurs portables pour les communications tactiques (ce matériel a déjà été commandé dans le cadre de l’accord commercial américano-soviétique de 1941).
(ii) Machines-outils, notamment pour la production à la chaîne (tapis roulants de convoyage).
(iii) “Tout type de chasseur d’appui au sol.”
(iv) Avions d’entraînement, élémentaire et avancé, “en très grands nombres” pour faciliter le programme d’expansion considérable des VVS.
(v) Camions et véhicules de communication.
(vi) Locomotives et wagons de marchandises.
(vii) Engrais (en grande quantité) et certains produits chimiques.
(viii) Matériel agricole (moissonneuses-batteuses, tracteurs, etc.).
(ix) Aliments en boîtes pour les forces armées.
La même liste est communiquée aux autorités britanniques.
L’Ambassadeur Litvinov demande que les livraisons commencent rapidement et indique que le gouvernement soviétique accepte très volontiers la proposition franco-britannique de faire passer des convois par la Méditerranée, la Mer Egée et le Bosphore. Les ports soviétiques de débarquement doivent être Odessa ou Azov/Rostov, selon la menace représentée par les bombardements de la Luftwaffe.
Essen
Cette fois, ce sont “seulement” 195 bombardiers qui attaquent la ville, mais les résultats sont minimes, pour la perte de 14 bombardiers.
Rechlin (centre d’essais en vol de la Luftwaffe)
Devant des officiels du RLM et de la Luftwaffe, les ingénieurs de Dornier présentent à nouveau le P-231, un projet de bombardier rapide et chasseur lourd extrêmement innovant, puisqu’il s’agit d’un bimoteur push-pull. L’idée a été rejetée six mois plus tôt par le RLM comme « trop aléatoire » mais, devant le manque catastrophique d’un chasseur allemand à long rayon d’action dont la Luftwaffe a souffert en Mer Egée et estimant que le P-231 pourrait être un avion d’attaque rapide prometteur, le projet est cette fois accepté. Le RLM demande cependant à Dornier de réduire le volume de la soute à bombes (pour deux bombes de 250 kg et non de 500 kg) et de prévoir d’emblée une variante de chasse lourde avec deux ou trois canons Mk-103 de 30 mm, ainsi qu’une variante de chasse de nuit avec trois canons Mk-108 de 30 mm et un radar embarqué.
Moscou
Le commandant des VVS, le Lt-Gén. P.F. Jigarev, est relevé de son commandement par la STAVKA et remplacé par son adjoint, le Lt-Gén. A.A. Novikov. Jigarev n’a pas été démis en raison des résultats des VVS durant la “période initiale de la guerre”, mais la STAVKA considère que ses aptitudes le portent plus vers l’organisation et l’entraînement que vers l’introduction de nouveaux concepts tactiques, tâche qui paraît mieux correspondre aux capacités de Novikov. Jigarev est envoyé superviser les Districts Trans-Baïkal et d’Extrême-Orient, où il doit créer très rapidement de vastes installations d’entraînement pour permettre l’expansion des VVS.
Front russe
– Secteur nord et opérations navales
Vers midi, le convoi de Ventspils, sur le chemin du retour, est attaqué au large de l’île Saaremaa par les bombardiers du SeeGruppe 806 escortés par des Bf-109F du JG-54. Malgré la présence de douze chasseurs soviétiques en couverture, les Allemands coulent deux caboteurs et le DD Strogyi.
Pendant ce temps, le croiseur Kirov, les DD Gremyashchnyi, Smertlivyi, Steregushcyi, Silnyi, Serdityi, Ognevoj, Otverzhdyonnyj, Obrazsovyj et Otlichnyj ont quitté Tallinn. Ils entrent au crépuscule dans le Golfe de Riga, où ils retrouvent quatre dragueurs de mines de classe Tral, les T1, T2, T3 et T4, et une flottille de vedettes lance-torpilles de type G5. A 23h35, le croiseur et les destroyers commencent à bombarder les forces allemandes près de Riga.
– Secteur Centre
Au tour du Chef d’Etat-Major de l’Armée Rouge, le Général G.K. Joukov, de débarquer à Minsk. Joukov discute longuement avec Boldine et son état-major pour évaluer avec précision la situation des forces soviétiques et allemandes dans le secteur.
Sur le terrain, Minsk et Moghilev sont attaqués par la Luftwaffe. Onze avions allemands sont abattus en échange de douze chasseurs soviétiques – l’un des meilleurs résultats obtenus à ce jour par les VVS.
– Secteur Sud
La Luftwaffe attaque Jitomir et Vinnitsa. Le premier raid, sans opposition, endommage sérieusement la gare. Le second est intercepté par la chasse soviétique, qui abat six avions allemands mais perd dix appareils.
Péloponnèse
Le 13ème Armoured Regiment américain (1ère Armoured Division) est maintenant considéré comme pleinement opérationnel et se déploie dans la zone Mégatopoli-Tripolis (1er Corps d’Armée français). Cette unité commandée par le Colonel Paul Robinett, un ancien élève de l’Ecole de Cavalerie de Saumur, ne correspond pas aux standards d’équipement américains de l’époque. Elle met en ligne un bataillon de chars moyens et un de chars légers (Colonel Todd), soutenus par un bataillon d’artillerie, et compte au total 57 M3(medium), 75 M3(light), six M7 (obusiers de 105 mm sur châssis motorisé, connus sous l’appellation de T32) et douze M3 (en fait, des half-tracks M3 porteurs d’un canon de 75 mm modèle français, connus sous l’appellation de T12).
Le déploiement de cette unité permet à la 1ère Brigade blindée de la 2ème D.B. (Général “Leclerc” de Hautecloque) de repartir pour l’Afrique, où elle va être rééquipée.
Singapour
Un violent raid effectué par des bimoteurs japonais frappe Changi Road, dans la zone de Geylang, 2 km au nord-est de Kallang Airfield, tuant plus de 200 civils et détruisant un dépôt de nourriture camouflé contenant une demi-journée de rations pour la population et la garnison. Des monomoteurs mitraillent à basse altitude les jonques et sampans civils près de Clifford Pier et incendient de nombreuses embarcations habitées (on compte au moins cent morts parmi les civils). Ces petits bateaux, qui venaient de la rivière Rochore, avaient cru trouver là un abri contre les incessantes attaques aériennes frappant la zone de Kallang Airfield et des chantiers navals de Tanjong Rhu. La DCA abat deux avions japonais et en endommage neuf autres.
A la suite de plusieurs attaques aériennes de ce genre, le Commandement de la Région de Malaisie, une cartographie photo de toute l’île de Singapour et de ses défenses est ordonnée. Elle doit être effectuée à différentes altitudes, sous divers angles de vue, conditions d’éclairement et sur divers caps d’approche. Les rapports faits par les hydravions des vols de ravitaillement ont déjà permis de modifier de nombreux camouflages et de changer la position de quelques batteries d’artillerie. Certaines batteries côtières de petit calibre ont été adaptées pour pouvoir être déplacées, et plusieurs sites de rechange ont été préparés pour chacune.
La Malaya Command Gazette publie quelques décisions officielles concernant l’organisation des forces alliées. Ainsi, la 1ère Field Battery de la Malay Artillery, la 1ère Field Company des Malay Engineers et la 1ère Compagnie du Malay Signals Corps sont officiellement ajoutées à l’Armée régulière britannique (Malaya Establishment). Ces unités, associées aux 1er, 2ème et 3ème bataillons du Malaya Regiment, complètent la création officielle de la 1ère Malaya Brigade réorganisée. Par ailleurs, les 7ème et 8ème Bataillons du Hong Kong & Singapore Infantry Regiment sont eux aussi officiellement ajoutées à l’Armée régulière britannique (Malaya Establishment). Avec les 1er et 2ème Bataillons, le 7ème forme la 1ère Singapore Brigade ; avec les 3ème et 4ème Bataillons, le 8ème forme la 2ère Singapore Brigade (les 5ème et 6ème Bataillons ont été perdus en défendant Hong Kong).
Un rapport des Services de Renseignements signale que, selon le gouvernement chinois, la 22ème Division japonaise, déployée en Chine du Sud, est actuellement rassemblée pour transport et redéploiement en Malaisie (les troupes reçoivent des livrets d’information sur la Malaisie et l’Armée britannique). Cette division est hippomobile. Elle comprend trois régiments, les 84ème, 85ème et 86ème, tous à trois bataillons et dotés chacun d’une compagnie antichars (6 canons de 37 mm) et d’une compagnie d’artillerie de campagne (4 vieux 75 mm). S’y ajoutent le 22ème Rgt d’Artillerie de Montagne (36 canons de 75 mm), le 22ème Rgt du Génie (900 hommes), le 22ème Groupe de QG et une Compagnie de tankettes, ainsi que 5000 à 6000 hommes des troupes de soutien.
Malaisie
• La Force Est harcèle les troupes japonaises. Des colonnes de la Dalforce et des Gurkha Rifles représentant environ un bataillon attaquent les positions de compagnies de la Garde Impériale japonaise. Le déclin du savoir-faire tactique de l’infanterie de la Garde est évident, car les troupes alliées réussissent les prendre par surprise et les unités attaquées sont culbutées. Les pertes effroyables subies par la division à Singapour, particulièrement en officiers, sous-officiers et vétérans, handicape considérablement la division, car les malades et les blessés remis sur pied ne sont pas assez nombreux pour occuper tous les postes laissés vacants. En revanche, le courage personnel des Gardes n’est pas amoindri : chaque homme se bat jusqu’à la mort (en dehors de quelques prisonniers grièvement blessés). Ces Japonais de très grande taille (la plupart font au moins 1,80 m) livrent un effrayant corps à corps aux petits Gurkhas (dont la taille moyenne n’est que de 1,55 m). Le Garde a le plus souvent la possibilité de donner un coup de baïonnette, mais s’il rate son adversaire, il n’a jamais de seconde chance, car un seul coup du redoutable couteau de combat du Gurkha suffit pour lui ouvrir le ventre ou lui trancher un membre, quand il ne le décapite pas tout simplement.
• Les 9ème et 11ème Divisions Indiennes de la Force Principale reçoivent chacune deux bataillons des Indian State Forces (qui ont subi un sévère entraînement pour être au niveau requis) afin d’accroître leurs effectifs. De plus, la 9ème est renforcée par des détachements de lance-roquettes, de mortiers et de canons de montagne, car de l’artillerie conventionnelle ne pourrait être transportée jusqu’au front sans gêner le ravitaillement de la division.
Durement pressée, la 56ème Division japonaise, fatiguée et meurtrie, se retire du Domaine Namazie à travers 4 km de jungle jusqu’à la borne des 44 miles. Elle parvient néanmoins à envoyer deux compagnies d’infanterie et une du génie par les pistes de la Plantation Namazie pour renforcer la 27ème Division. Celle-ci, son flanc découvert par la retraite de la 56ème, doit se replier de la même façon.
• Tout le secteur de la Force Ouest subit toute la journée des attaques aériennes répétées. De nombreux camions de ravitaillement sont détruits et les routes endommagées, à peine réparées, sont à nouveau bombardées.
Alors que le ravitaillement britannique s’améliore malgré tout, la marine japonaise intervient pour le gêner. Trois canonnières bombardent Pontian Besar, pendant que deux torpilleurs bombardent Pontian Kechil. Là, les Japonais sont forcés de se retirer sous le feu précis de quatre canons navals de 4,7 pouces (sur des trains de canons de 60-livres), bien retranchés et jouant efficacement le rôle de batterie côtière. Au large du phare de Batu Pahat, hors de portée des 18-livres britanniques, des forces légères de la Marine japonaise coulent trois péniches de ravitaillement. Enfin, 5 km à l’ouest de Pontian Besar, une petite unité japonaise débarque et attaque une équipe d’ouvriers réparant la route ; elle inflige et subit de légères pertes, mais détruit le pont sur le canal.
Néanmoins, l’arrivée de la totalité de la 21ème Division britannique avec un peu d’artillerie moyenne supplémentaire et surtout un approvisionnement en munitions de l’artillerie plus adéquat permet à la Force Ouest de commencer à rétablir la situation créée par la contre-offensive étonnamment efficace de la 33ème Division japonaise. Celle-ci a occupé divers points clefs sur les arrières britanniques. Pour retrouver sa liberté d’action, la Force Ouest décide plusieurs attaques destinées à rejeter les Japonais des principaux points qu’ils occupent. La 21ème (Scottish) Division reçoit la responsabilité des secteurs au nord et à l’est du Sungei Simpang Kanan (pont inclus) ; la 64ème (London) Division du reste du secteur de Batu Pahat ; le QG de la Force Ouest de l’administration, du contrôle et de la défense des lignes de communications et de la coordination de toutes les forces sur la côte ouest.
Dans la nuit du 2 au 3 juin, le sommet de la cote 856 (le Bukit Payong) change de mains à plusieurs reprises jusqu’à 10h30, où la Force Amphibie, à court de munitions, abandonne la hauteur et se concentre sur la crête sud, plus basse, et dans une petite zone de plantations, plus au nord. La “Colonne Montée” doit étendre le périmètre de défense du pont, formant un saillant de 1500 mètres de profondeur sur 800 mètres de large, mais dont l’extrémité est encore à 3 km de la Force Amphibie au nord-ouest et à la même distance des troupes qui tiennent le défilé du Bukit Pelandok au nord-est.
En fin de matinée, la 21ème (Scottish) prend le commandement et pousse discrètement la 63ème (Highland) Brigade[3] dans le saillant. La 62ème (Scottish) Brigade[4] forme un cordon défensif autour de l’artillerie de la division, qui se prolonge pour constituer le flanc de la force qui encercle les Japonais sur la cote 828.
A 13h30, la 63ème Highland attaque. Ses 48 mitrailleuses Vickers sont soutenues par une batterie de roquettes, 24 chars, huit obusiers de 6 pouces, huit 60-livres Mk 1, 36 canons-obusiers de 25 livres et douze 18-livres Mk.1 de campagne. En moins d’une heure, les Britanniques percent jusqu’aux forces isolées. Reste le problème de la reprise de la cote 856 (Bukit Payong), des quatre ou cinq km de crêtes couvertes de jungle (jusqu’à la face est du Bukit Belah) qui dominent au nord la route Parit Sulong-Yong Peng, et des trois km de crêtes entre les cotes 361 et 665, au sud-est du défilé du Bukit Pelandok, qui commandent toute la route vers Yong Peng (le défilé lui-même est encore aux mains des Britanniques, malgré une sanglante attaque japonaise au corps à corps).
A 14h00, la 192ème (London) Brigade et la 193ème (Wessex) Brigade, soutenues par une compagnie de roquettes, 16 chars, huit obusiers de 155 mm, 12 canons-obusiers de 25 livres et 48 18-livres Mk.1 de campagne, attaquent le 213ème Rgt et les unités divisionnaires de la 33ème Division japonaise. Chacune des deux brigades comporte trois compagnies de volontaires chinois, pour leur donner l’expérience du combat. Les Britanniques progressent presque tout de suite. Leur marche est retardée par de nombreux canaux de drainage, mais les unités du génie sont prêtes, avec leur matériel de franchissement, et l’avance peut continuer. Au coucher du soleil, les Britanniques ont avancé de six km et gravement touché la 33ème Division, qui a perdu beaucoup de monde, des canons, des chars, du matériel et du ravitaillement.
Les 1er et 2ème bataillons du 214ème Rgt japonais sont maintenant de plus en plus isolés sur la cote 828. Manquant de munitions, ils attaquent après la tombée de la nuit vers le nord-est et percent les lignes de la 64ème (London) Division. Ils traversent alors le Sungei Simpang Kanan et marchent 8 km à travers les plantations pour se regrouper dans la jungle, près de la cote 379.
Côte orientale de l’Australie
03h00 – Après six heures de chasse nocturne, l’I-62, qui a dépassé le convoi poursuivi de 12000 mètres, entame son attaque, 27 nautiques au sud de Newcastle. La coque partiellement submergée, le sous-marin est invisible sur le fond du relief côtier. Il s’approche, prend trois bateaux en enfilage et lance quatre torpilles. C’est à ce moment que sa chance l’abandonne quelque peu…
« L’équipage du I-62 fut frappé de consternation quand l’une des torpilles ne partit pas. Le système d’éjection était défectueux, mais le moteur tournait et l’explosion menaçait ! Au bout de trente secondes, des manœuvres d’urgences réussirent à expulser la torpille, qui courut une quarantaine de secondes au hasard avant d’exploser. L’explosion alerta le chef de l’escorte du convoi, qui ordonna un brutal changement de cap tout en tirant (pour la première fois sur la côte australienne) des projectiles éclairants Snowflake. Ceux-ci illuminèrent brillamment tout ce qu’il y avait dans le secteur, y compris l’I-62, lequel plongea précipitamment, sans avoir été aperçu par les vigies du convoi, qui scrutaient le large. Mais malheureusement pour le sous-marin, il avait moins de trente mètres d’eau sous sa coque, et sa plongée d’urgence lui fit heurter violemment le fond sableux. Sous le choc, plusieurs petites voies d’eau se déclarèrent et surtout, le submersible rebondit littéralement en surface au milieu d’un jaillissement de bulles et d’écume.
Ces jeux d’eau furent aperçus par l’escorteur le plus rapproché, mais aussi le plus petit et le moins expérimenté du convoi, le HMAS Captain Cook, bateau pilote dans le civil. Fou de joie d’avoir repéré un sous-marin, l’équipage ouvrit aussitôt le feu avec la mitrailleuse et le canon de 12 livres dont le petit navire avait généreusement été équipé – en oubliant complètement de signaler ce contact au chef d’escorte. Le commandant du sous-marin voulut s’éloigner en surface, mais le choc contre le fond avait bloqué le gouvernail et l’I-62 commença à tourner en rond. N’ayant pas d’autre choix, il répliqua au canon et à la mitrailleuse tout en émettant un rideau de fumée. Cet rideau enveloppa bientôt les deux adversaires, d’autant plus que le Captain Cook produisait lui aussi (mais sans le vouloir) une épaisse fumée, car ses chauffeurs pelletaient du charbon comme si leurs vies en dépendaient, poussant leur petit navire à 13,5 nœuds, soit 1,5 nœud plus vite que le maximum qu’il était censé pouvoir atteindre. Tout en tirant sauvagement, le Captain Cook s’efforça d’éperonner son adversaire (pourtant bien plus gros que lui) mais rata son coup et se retrouva longeant à une dizaine de mètres le flanc bâbord de l’I-62, les officiers sur les deux passerelles échangeant des amabilités au pistolet, avec une maladresse remarquable. Maladresse partagée par les canonniers des deux camps, lesquels, dans l’excitation et l’affolement, réussirent à rater leurs cibles à bout portant ou presque. Ayant ainsi croisé son ennemi, le Captain Cook fit demi-tour et parvint cette fois à mettre un obus de 12 livres au but, arrachant un morceau du kiosque mais sans faire de gros dommages. A ce moment, les mécaniciens de l’I-62 réussirent à décoincer leur gouvernail et le sous-marin tourna immédiatement les talons dans un nuage de fumée chimique et diesel. Quelques instants plus tard, le Captain Cook jaillit du nuage de fumée, pour se voir demander ce qui se passait au projecteur par le chef d’escorte, venu aux nouvelles. Sa réponse, “J’aurai ce petit salopard jaune”, fut la première indication qu’il avait pris contact avec l’ennemi, mais il fut impossible de lui demander des détails, car il replongea instantanément dans la fumée, ce qui n’amusa pas du tout le chef d’escorte. Le “petit salopard jaune” s’échappa néanmoins à toutes jambes, avec une douzaine de blessés et (sans doute la pire blessure pour un navire nippon) un amour-propre quelque peu froissé.
De son côté, le Captain Cook avait neuf blessés, mais personne n’avait été touché sur la passerelle, à l’exception du skipper lui-même. Victime d’une éraflure à l’aine, spectaculaire mais sans gravité, il devint immédiatement légendaire parmi les escorteurs australiens en hurlant d’une voix de fausset “Oh chef, elle est pas passé loin, celle-la !”
Pendant que le Captain Cook s’amusait ainsi avec l’I-62, le cargo anglais Eurybates (7920 GRT, Ocean Steamship, allant de Liverpool à Sydney via Brisbane avec du matériel roulant, du tissu et des chars) écopait d’une des trois torpilles de l’I-62 à l’extrême avant. L’étrave était défoncée, le coqueron avant noyé et le logement des chaînes d’ancre démoli, mais le navire n’était pas sérieusement endommagé et restait parfaitement capable de garder sa place dans le convoi. Comme la mer était calme, son capitaine, avec un grand sang-froid, se contenta de faire observer à son second que c’était la cinquième fois qu’il était torpillé depuis 1916 et que les dommages subis ne devaient inquiéter personne à bord, du moment que le bâtiment restait du côté sec de l’océan. Il informa cependant l’équipage que cette égratignure leur garantissait tout de même un séjour prolongé à leur prochaine escale, Sydney, ce qui améliora énormément le moral de tous les matelots. Quand le jour fut levé et que le chef d’escorte remarqua qu’on voyait le jour là où aurait dû se trouver l’étrave de l’Eurybates, il y eut bien quelques questions inquisitrices, du genre “D’où vient ce trou ?” – mais le questionneur fut réduit au silence par cette réponse : “Après les quatre dernières fois, je m’étais retrouvé en train de nager, alors j’ai pensé que cette petite chose ne valait pas la peine de vous déranger.”
L’I-62, de son côté, n’ayant plus la moindre envie d’être confronté à un escorteur aussi hargneux que le Captain Cook (et ne disposant plus que deux torpilles), était reparti pour Kwajalein. Il avait coulé quatre transports totalisant 13224 GRT et un dragueur de mines rapide. » Opération ONI, phase 3b – Research notes de Mr Norman, 1950.
4 juin
Brême
La ville est attaquée par 170 avions. Les bombes font 83 morts, mais le chantier naval de sous-marins et l’usine Focke-Wulf ne sont pas touchés.
Berlin, Pologne et Prusse Orientale
Dans la nuit, 137 bombardiers des VVS et des VVS-MF attaquent de nouveau Berlin, Varsovie, Dantzig et Kœnigsberg. La flak et les chasseurs de nuit de la Luftwaffe détruisent six des attaquants.
Moscou
Au Comité d’Etat pour la Défense (Gosudartsvennyi Komitet Oborony), Staline et Voznesensky décident de déménager toutes les usines de Biélorussie et de l’ouest de l’Ukraine vers la région de Moscou ou de la Volga, pour réduire les risques de désorganisation industrielle par les raids de la Luftwaffe.
Front russe
– Secteur nord et opérations en Baltique
Après 75 minutes de bombardement, l’escadre soviétique sort à grande vitesse du Golfe de Rigavers 01h00, espérant être à l’aube hors de portée des bombardiers allemands. Cependant, à 03h55, alors que les navires russes doublent Sorve, ils sont attaqués par la 3ème Flottille de S-Boots. Le dragueur T3 est torpillé et coule rapidement, mais les DD Gremyashchnyi, Smertlivyi et Steregushcyi contre-attaquent. Le S-60 est incendié et coulé au canon et le S-66, touché, est achevé par le Gremyashchnyi qui l’éperonne ; ce dernier est alors frappé par deux torpilles et coule près des Saaremaa. Peu après cette action, le DD Otlichnyj saute sur une mine et doit être échoué.
Au matin, une brume dense couvre la Baltique jusqu’à 11h00. Elle empêche les avions allemands d’attaquer l’escadre en retraite et interdit aux appareils soviétiques de pourchasser les vedettes allemandes qui rentrent à Kœnigsberg.
Dans la journée, le Vice-Amiral Tributs, commandant de la Flotte de la Baltique, ordonne que les convois destinés à la Courlande s’arrêtent aux îles Saaremaa, d’où troupes et matériels doivent être transportés de Sorve à Ventspils par des forces légères.
– Secteur Centre
Des combats éclatent derrières les lignes allemandes à l’est de Sluck. Un avion de reconnaissance ayant signalé qu’un groupe important de soldats soviétiques tente de percer vers les lignes amies, les forces soviétiques lancent des attaques au niveau du régiment. Dans l’après-midi, Boldine autorise deux régiments indépendants d’artillerie à engager les troupes allemandes pour couvrir une attaque limitée des véhicules survivants du 52ème Corps Blindé. Au crépuscule, dans les deux camps, des forces supplémentaires sont aspirées dans les combats, 15 km à l’est de Sluck. Peu avant minuit, les survivants des troupes qui s’efforcent de se dégager parviennent à atteindre les lignes amies. Ils appartiennent à trois divisions différentes. Au total, 1567 soldats, hommes et femmes, dont la moitié sont blessés, rejoindront les positions soviétiques dans la nuit. Certains d’entre eux réussiront même à traîner jusque là deux canons antichars de 45 mm.
– Secteur Sud
Le Colonel-Général Kirponos rencontre à Vinnitsa le Chef d’Etat-Major de l’Armée Rouge, le Général G.K. Joukov (commandant du District Militaire d’Ukraine jusqu’à fin 1940), et le Maréchal B. Chapochnikov, pour discuter de la réorganisation du Front d’Ukraine.
Mer Ionienne, au large de la côte ouest du Péloponnèse
Dix vedettes rapides italiennes (six type MAS-501, les MAS-504, 525, 513, 518, 522 et 523 et quatre type MS-1, les MS-11, 12, 13 et 14) s’infiltrent entre l’île de Zante et la côte du Péloponnèse pour attaquer des navires qui débarquent troupes et ravitaillement à Pyrgos. A 00h51, elles sont repérées par la force de couverture alliée, composée des vedettes yougoslaves Kajmakcalan, Orjen, Suvobor et Triglav et des françaises VTB-104, 105, 107 et 109 (des Higgins). Une bagarre de 90 minutes où les canons à tir rapide jouent un bien plus grand rôle que les torpilles se développe entre les petits bâtiments qui zigzaguent à 30 ou 40 nœuds. La VTB-105 est incendiée par les 20 mm italiens, mais les Suvobor et Kajmakcalan coulent les MAS-504 et 523. Les Italiens battent alors en retraite vers Zante et les Alliés tentent de les poursuivre, mais l’Orjen saute sur une mine posée par la MS-12.
Singapour
Note du Commandement de la Région de Malaisie sur l’Artillerie
Par rapport au grand nombre de pièces d’artillerie opérationnelles ou semi-opérationnelles aujourd’hui en notre possession, des quantités assez limitées de munitions japonaises ont pu être récupérées. Par ailleurs, beaucoup de canons ayant été endommagés par les tirs alliés, ou – volontairement – par les Japonais eux-mêmes, nous disposons d’un surplus de trains et d’affûts. Les mesures suivantes ont donc été décidées pour l’utilisation du matériel capturé.
1. Formation d’une batterie de campagne et d’une batterie de montagne avec une dotation complète en munitions.
2. Formation de deux batteries légères de défense côtière, dotées (par canon) de 100 obus HE seulement, ainsi que de 50 obus pleins de fabrication locale, utilisables contre les chars ou les péniches de débarquement, et de dix obus à mitraille (eux aussi de fabrication locale), utilisables contre l’infanterie à très courte distance.
3. Adaptation de trains d’artillerie japonais pour monter sur roues des canons navals britanniques en surplus, notamment ceux actuellement montés sur des affûts fixes. Les conversions les plus nombreuses doivent concerner les 12-livres (3-pouces) britanniques, adaptés à des trains de canons de campagne japonais de 75 mm (qui tirent des obus de 14,3 livres). Les obus de 12 livres sont très légers comparés aux munitions de 6,2 kg (16 livres) du 75 mm français, de 6,85 kg du 77 mm italo-autrichien, et de 8,4 kg (18,5 livres) du 18-livres britannique. Cependant, il existe des stocks importants des différentes munitions utilisés par le 12-livres, car il est utilisé pour armer les navires marchands et de nombreux types d’escorteurs.
Malaisie
Note du Service de Renseignements (résumé)
La 25ème Armée japonaise a créé trois formations régimentaires improvisées à partir de quelques vétérans de certaines divisions et d’un grand nombre de recrues de renfort. Ces formations semblent être vouées à se sacrifier pour éviter d’engager dans la bataille les divisions originales, en cours de reconstitution, jusqu’à ce qu’elles soient tout à fait prêtes. Les unités ont reçu des noms destinés à déguiser le nom de leur commandant, leur taille et leur composition, mais nous avons des renseignements de différentes sources sur leurs chefs et leurs unités d’origine. “Dragon Rouge” doit couvrir les approches de Paloh pour permettre la concentration de la 9ème Division dans la zone Ayer Hitam/Kluang. “Dragon Vert” doit couvrir le secteur de Labis. “Dragon Jaune”, à Bakri, doit bloquer la route Muar - Parit Sulong et permettre la concentration de la 33ème Division sur la route côtière, devant Parit Jawa.
• Les colonnes de la Dalforce et des Gurkhas de la Force Est se retirent après avoir piégés dans plusieurs embuscades des poursuites irréfléchies lancées par des Gardes japonais avides de revanche.
• La 9ème Division Indienne de la Force Principale attaque l’arrière-garde de la 27ème Division japonaise à la borne ferroviaire 434, avec le soutien de pièces d’artillerie de montagne, de roquettes et de mortiers de tranchée. Les chars britanniques pouvant maintenant se déployer sur un front plus large dans les plantations, la 27ème Division se retire jusqu’à la borne ferroviaire 432. Ses trois régiments d’infanterie sont à présent sur la ligne de front, appuyés sur de légers retranchements avec quelques champs de mines, à travers 10 km de plantations d’hévéas. A l’ouest, les flancs-gardes de la 27ème couvrent la rivière et un marais de 2 km de large, tandis qu’à l’est, des patrouilles de combat préservent le flanc qui s’étend dans la jungle.
La 56ème Division japonaise déploie son artillerie, deux compagnies d’infanterie de plus et une autre compagnie du génie sur le flanc nord-ouest de la 27ème Division, pour couvrir les plantations et la route (barrée) de Simpang Rengam à Rengam. Cependant, le reste de la 56ème Division est déployé en profondeur sur la route principale, en arrière de la borne routière 44 et dans la jungle à l’est. En face, la 11ème Division Indienne doit lutter pour progresser dans la jungle. Malgré le terrain et les défenseurs, elle avance lentement mais avec persévérance.
• La situation de la Force Ouest s’est fortement redressée. Le 213ème Rgt japonais et les unités divisionnaires de la 7ème Division, inférieurs en nombre et en armement, se replient d’un canal au canal suivant, le long de la côte ouest. Les forces japonaises dans le secteur du défilé du Bukit Pelandok livrent une série d’actions offensives et défensives pour se redéployer en évitant de se faire détruire en détails. Le 215ème Rgt d’Infanterie est ainsi déployé en arc de l’ouest au nord-est devant les forces britanniques. Le 214ème Rgt tient les hauteurs et les plantations des pentes adjacentes, au sud-ouest des positions alliées.
Corregidor (Philippines)
La première tentative de débarquement des troupes japonaises échoue avec de lourdes pertes (plus de 500 morts et de nombreux blessés sur mille six cents hommes engagés).
Tokyo
Devant l’Etat-Major Impérial, alors que Nagano vient de présenter avec fierté les plans d’attaque dans le Pacifique Sud élaborés par Yamamoto deux jours plus tôt, les représentants de l’Armée demandent, la rage au cœur, « une coopération plus étroite avec la Marine » (en clair : l’aide de la Marine) dans les eaux entourant la Malaisie, « pour en finir au plus vite avec Singapour. » La Marine accepte, sans enthousiasme et avec condescendance, ajoutant encore à l’amertume de Tojo, qui doit pourtant faire mine d’ignorer l’humiliation.
Il est décidé de créer une force spéciale de couverture commandée par le Contre-Amiral Takeo Kurita pour couvrir les approches de Singapour. De plus, la 2ème Flotte de Kondo doit appuyer directement l’offensive à partir de mi-juillet. Kondo aura à sa disposition deux porte-avions légers dont les groupes aériens auront été optimisés pour l’appui au sol et les deux cuirassés lents Yamashiro et Hyuga, dont les 14-pouces sont considérés comme des armes efficaces pour le bombardement côtier. De plus, les Affaires Etrangères feront pression sur le gouvernement siamois pour qu’il participe à l’opération. Avec réticence, les Thaïlandais finiront par faire patrouiller leur petite flotte dans le Détroit de Malacca.
Piste de Kokoda (Papouasie - Nouvelle-Guinée)
Les forces australiennes traversent la rivière Kumusi et détruisent le pont de Wairopi derrière elles. Or, dans ce secteur, la Kumusi fait cent mètres de large, coule à 12 km/h et ses deux rives, très escarpées, s’élèvent à dix mètres au-dessus de l’eau.
5 juin
Londres
Le Future Building Committee de la Royal Navy se réunit pour la troisième fois pour analyser les défauts de la marine de Sa Majesté révélés par les opérations en Méditerranée et surtout en Extrême-Orient. Une importante conclusion des précédentes réunions avait été que le retard accusé par les capacités aéronavales de la RN devait être immédiatement corrigé, mais qu’un rattrapage complet et rapide impliquerait un effort considérable, probablement hors de portée de l’économie britannique (voir annexe 42-6-2).
Il faut cependant prendre des mesures. Cette nouvelle réunion porte sur un point capital : l’USS Ranger, un bâtiment très fragile, a survécu à de violentes attaques aériennes grâce à son bouclier de chasseurs, alors que le HMS Formidable a succombé, malgré son pont blindé, car sa couverture de chasse a été débordée par les attaquants. Une journée d’intenses discussions finit par donner la victoire aux idées de Sir Stanley Goodall et à sa conception d’un “very large carrier” capable d’emporter au moins 60 avions dans son hangar, et jusqu’à 20 autres parqués sur le pont d’envol.
Par ailleurs, durant cette journée, deux des membres du FBC rendent compte de leurs entretiens avec des officiers de la Marine Nationale et des ingénieurs de Dewoitine à propos du programme pour un bombardier-torpilleur embarqué bimoteur formulé avant même le début des hostilités par la marine française. En effet, le raid sur Tokyo de Doolittle a démontré qu’un avion aussi gros que le B-25 pouvait décoller d’un porte-avions de 22000 tonnes. L’un des représentants de la Fleet Air Arm propose alors de demander à De Havilland de développer une variante embarquée du Mosquito. Un tel appareil donnerait à la Royal Navy non seulement un très puissant bombardier-torpilleur, mais aussi un chasseur de nuit capable de protéger la Flotte contre les tactiques d’attaque nocturne développées par la Marine Impériale japonaise.
Les conclusions de la réunion soutiennent cette proposition, ainsi que la commande de deux unités du type “B-ii” et de quatre porte-avions légers rapides pour la Flotte de l’Océan Indien, après l’achèvement (prévu pour mars et novembre 1943) des deux derniers des six “porte-avions blindés”, les Implacable et Indefatigable.
Caractéristiques du type B-ii présenté à la réunion du FBC du 5 juin
Longueur : 900 pieds (hors-tout : 950 pieds).
Largeur : 114 pieds (hors-tout : 135 pieds).
Largeur du pont d’envol au niveau de l’îlot : 93,6 pieds.
Profondeur : 78,4 pieds.
Déplacement standard : 43360 tonnes (avec une excellente marge d’accroissement).
Déplacement à pleine charge : 53440 tonnes.
Surface du hangar : 54700 pieds carrés (hangar unique).
Largeur du hangar : 100 pieds en continuité.
Longueur protégée : 465 pieds.
Blindage du pont d’envol : 4 pouces.
Blindage du pont principal : 5 pouces.
Blindage latéral (ceinture) : 3 pouces.
Blindage des côtés du hangar : 2 pouces.
Ascenseurs : 2.
Deux cheminées, îlot double (à évaluer dans la soufflerie du RAE).
Armement : seize 4,5 pouces double rôle et huit “octo-pompoms”.
Puissance : 190000 CV sur cinq arbres d’hélice, donnant une vitesse de 32 à 33 nœuds.
Gibraltar
Venant de Port-Lyautey, les DE La Combattante, La Flore et La Pomone (classe Hunt-II) passent le Détroit. Ils vont rejoindre l’Escadre de Mer Egée, où leur vitesse et leur bon armement antiaérien en feront de fort utiles renforts pour les forces du Contre-Amiral Vian.
Front russe
– Secteur nord et opérations en Baltique
Liepaja (Libau) – Les Allemands lancent l’opération Gustav. Soutenu par les bombardiers des KG 1 et KG 77, la 291ème Division d’Infanterie du Général-Lt Kurt Herzog attaque d’est en ouest. Au soir, ces forces ont percé la première ligne de défense russe, mais sont arrêtées aux limites de la ville.
Riga – Les Soviétiques lancent des pointes pour évaluer la force et la qualité des troupes allemandes qui défendent l’embouchure de la Dvina.
Dans la nuit, les Allemands exécutent l’opération Weststurm I. La ville est bombardée par une escadre commandée par le Kpt.zS. Stichling et composée des croiseurs légers Leipzig, Köln et Nürnberg, des DD Z-25 et Z-27, des TB T-7, T-8 et T-10 et des S-Boots de la 2ème Flottille.
– Secteur Centre
Le secteur où la percée à eu lieu est le théâtre d’un duel d’artillerie. Malgré l’engagement de deux régiments d’artillerie supplémentaires, les Soviétiques ne peuvent permettre de se dégager à un autre groupe de soldats qui essayent de passer au sud-est de Sluck.
La Luftwaffe attaque à nouveau Minsk et Moghilev. La gare de Minsk est endommagée, mais non mise hors service. Le raid contre Moghilev est gêné par les nuages et une DCA très active.
– Secteur Sud
La Luftwaffe lance une attaque de grande envergure sur Kishinev pour aider les troupes roumaines, qui doivent attaquer la ville le lendemain.
Dans l’ouest de l’Océan Indien
Opération D
L’I-9, sous-marin amiral de la 8e Escadre de la Sixième Flotte japonaise, coule les cargos Atlantic Gulf (2 639 GRT) et Melvin H. Baker (4 999 GRT). Ce sont les deux premières victimes de l’opération D.
Malaisie
• Du côté de la Force Est, une vive activité de patrouilles se poursuit, avec quelques rencontres violentes. Les Japonais semblent avoir reçu l’ordre de rester concentrés en défense.
• Face à la Force Principale, la 9ème Division japonaise déployée à Ayer Hitam (au carrefour de la route principale nord-sud et de la route Batu Pahat – Kluang, est-ouest) a replié près d’un tiers de ses hommes pour établir des barrages sur la route Ayer Hitam – Kluang, à 12 et à 6 km de Kluang.
La 56ème Division a déployé son 146ème Rgt sur la route principale, près de la borne routière des 45 miles, au carrefour de Simpang Rengam, d’où part une route vers la voie ferrée et la vaste zone de plantations de Rengam. Epuisé et décimé, le 148ème Rgt est mis en réserve avec le reste de la division sur le flanc droit (ouest) de la 27ème Division. Celle-ci barre toujours la voie ferrée, avec l’appui d’une unité mixte d’artillerie de l’Armée (huit obusiers de 105 mm et quatre de 150 mm, ainsi que quatre canons de 105 mm). Malgré ce soutien, la division a du mal à tenir et la résistance japonaise au sud de Rengam ne peut que cesser rapidement.
Les 9ème et 11ème Divisions Indiennes maintiennent la pression sur les Japonais. Elles parviennent à acheminer sur le front davantage d’artillerie et de munitions qui leur permettent d’épuiser leurs adversaires, d’autant plus que l’activité aérienne japonaise est distraite du front central en raison de la situation à l’ouest.
• La Force Ouest est de nouveau à l’attaque.
Maintenant que la 21ème (Scottish) Division est entièrement déployée sur le Sungei Simpang Kanan, le coin entre les 214ème et 215ème Régiments de la 33ème Division japonaise (au sud-ouest et au nord-ouest) s’élargit. Les chars et l’infanterie britanniques, avec un solide appui d’artillerie, repoussent l’infanterie japonaise, qui manque de soutien, hors des zones de plantations, vers la sécurité relative des crêtes couvertes de jungle. Le 214ème se retrouve dans une solide position, mais privé de ravitaillement, face à la 62ème (Scottish) Brigade[5] qui attaque du sud-ouest les pentes du Bukit Pelandok vers les cotes 361 et 665 sur un front de 3000 mètres, pendant que la 64ème (Lancashire) Brigade[6] avance du sud et du sud-est et encercle rapidement la crête. Le 214ème n’a plus pour se replier que les marais, au nord, ou doit percer les lignes anglaises pour se mettre en sûreté. Le 215ème se trouve dans une très forte position défensive, sauf sur son flanc ouest, où les Britanniques sont de plus en plus près du pont routier vers Parit Sulong sur le Sungei Simpang Kiri, que l’artillerie britannique bombarde déjà. Au sud, il est accroché par la 63ème (Scottish) Brigade[7] pendant qu’une force composite rassemblant la Force amphibie, la Colonne Montée et le 2/5ème Bataillon S.S.V.F. étend la gauche de la 21ème Division vers Parit Sulong, menaçant d’envelopper la droite du 215ème. Une fois la route coupée, les deux régiments japonais n’auront plus devant eux qu’un solution : marcher à travers les marais en abandonnant tout ce que les hommes, de plus en plus épuisés, sont incapables de porter.
Le reste de la 33ème Division japonaise recule en combattant face à la 64ème (London) Division le long de la route côtière.
Pour sauver les unité bousculées de la 33ème Division, les Japonais concentrent toutes leurs attaques aériennes dans l’ouest de Johore. Leurs cibles principales sont les positions britanniques du défilé du Bukit Pelandok. En fin d’après-midi, celles-ci sont enveloppées de fumées, de poussières et de flammes, empêchant les Britanniques d’observer les quatre ou cinq km de terrain découvert que les hommes du 214ème Rgt vont devoir traverser pour atteindre la jungle sur le flanc est du 215ème Rgt. Les Britanniques ainsi réduits à l’impuissance et avec l’aide d’averses qui réduisent encore la visibilité, le 214ème Rgt réussit une véritable évasion. A l’ouest, le 215ème Rgt renforce son flanc droit aux dépens de son centre pour tenter désespérément de retenir les Britanniques. Il y parvient jusqu’en fin de journée, mais à la nuit, la disparition du soutien aérien japonais permet à la supériorité numérique alliée de s’exprimer, et le pont est pris à 20h15. La plus grande partie du 214èmeRgt et la moitié du 215ème sont alors obligées de se lancer dans plus de 30 km d’une marche épuisante dans la jungle ou à travers des marais où l’eau monte parfois jusqu’à la poitrine, pour retrouver la sécurité.
Pendant ce temps, le reste de la 33ème Division décroche et se retire de près de 25 km, jusqu’à la borne routière des 100 miles, près de Parit Jawa.
Commentaire de l’état-major sur les cinq jours de bataille entre Batu Pahat et le défilé du Bukit Pelandok.
« La 33ème Division japonaise a été commandée avec agressivité et persévérance, montrant de l’élan sans témérité aveugle.
Si l’ennemi avait pu renforcer les unités tenant les hauteurs dans le secteur du défilé du Bukit Pelandok, les forces britanniques à Yong Peng auraient dû être retirées et Batu Pahat même aurait été directement menacé. Il apparaît que la journée perdue par la 64ème (London) Division à combattre sur ses arrières a failli être désastreuse, car les forces légères déployées autour du Bukit Payong ont été presque balayées.
Par ailleurs, quand les Japonais ont été sur le point d’être engagés dans un sanglant combat final sur les crêtes, ils ont démontré un admirable jugement stratégique en retirant leurs formations intactes (quoique très éprouvées) pour pouvoir continuer à couvrir les approches de Malacca.
Du premier au dernier instant de la lutte, la 33ème Division a été opposée à une infanterie deux fois supérieure en nombre (trois fois si les troupes de soutien utilisées comme infanterie sont prises en compte), à deux fois plus de blindés de soutien, à quatre fois plus de pièces d’artillerie (plus de dix fois en poids d’obus tirés). Elle n’a eu en sa faveur que l’avantage d’un appui aérien incontesté, et elle a pourtant réussi à dicter les conditions de la bataille.
Du côté britannique, les troupes se sont bien comportées lorsqu’elles se sont trouvées dans des circonstances défavorables. Elles ont démontré la traditionnelle obstination défensive de l’Armée. Les réguliers et les volontaires recrutés sur place ont combattu mieux que l’on ne pouvait raisonnablement l’espérer, compte tenu de leur niveau d’entraînement, et ont représenté un soutien moral bienvenu. Il faut reconnaître que les unités d’infanterie originaires du Royaume-Uni commencent à montrer un certain manque d’esprit offensif. Bien des unités ont tout simplement livré trop de batailles, ont subi trop de pertes et ont depuis longtemps gagné le droit à un repos prolongé, qu’il nous sera malheureusement impossible de leur accorder. La plupart des hommes de l’infanterie britannique ont été hospitalisés au moins une fois, et beaucoup l’ont été deux ou trois fois. Un grand nombre d’hommes ayant dépassé l’âge du service ou médicalement inaptes restent sous les drapeaux pour maintenir les effectifs des combattants ; s’ils se sont jusqu’alors bien comportés, le niveau de leur endurance sur le terrain est bien plus bas que celui des troupes d’origine. »
[1] Les régiments d’origine seront reformés à Ceylan à partir de cadres, de malades et de blessés évacués et de renforts.
[2] Long était si estimé par les Américains qu’il était le seul officier australien à pouvoir entrer directement en contact avec Nimitz et les autres grands chefs des forces US.
[3] 2ème Argyll & Sutherland Highlanders, 5/8ème Cameronians & City of Glasgow (Highland Light Infantry), 6ème Argyll & Sutherland Highlanders (mitrailleuses).
[4] 2ème Gordon Highlanders, 10ème Highland Light Infantry, 4ème Gordon Highlanders (mitrailleuses).
[5] 2ème Gordon Highlanders, 10ème Highland Light Infantry, 4ème Gordon Highlanders (mitrailleuses), Compagnie A du 7ème HK&SIR, Compagnie D du 8ème HK&SIR.
[6] 2ème Loyal Regiment, 1er Manchester Regiment (mitrailleuses), 7ème et 8ème Bataillons du Hong Kong & Singapore Infantry Regiment.
[7] 2ème Argyll & Sutherland Highlanders, 5/8ème Cameronians & City of Glasgow (Highland Light Infantry), 6ème Argyll & Sutherland Highlanders (mitrailleuses), 1/5ème Bataillon du S.S.V.F.