Juillet 1942 (3/3)

 

21 juillet

Croydon (Angleterre)
Le D.H. 91 n°11 (Second series) du Transport Squadron 271 décolle pour Le Caire, via Casablanca et Benghazi. Le long courrier en bois est l’un des dix appareils de communication à long rayon d’action que la RAF s’est hâtée d’acheter en juillet 1940, pour assurer le maintien de ses relations avec l’Afrique du Nord. A son bord, 500 kg de matériel électronique et deux spécialistes du radar… et du brouillage.

Sicile

Nouvelle journée de raids alliés, avec cette fois 513 missions de combat. La 41ème E.C. (B) profite de l’occasion pour célébrer la fête nationale belge en participant à ses premières missions offensives, mais les P-40E belges reviennent bredouilles. En effet, la Regia Aeronautica ne réagit pas. La DCA abat trois bombardiers et un autre est perdu sur panne mécanique.

Front russe

Secteur Nord et opérations navales

03h30 – Alors que l’escadre soviétique quitte Ventspils après y avoir débarqué tout son monde, elle tombe dans une embuscade tendue par la 2ème Flottille de S-Boots allemande. Les garde-côtes Markin et Konstruktor sont torpillés et coulés. Un combat court mais violent s’ensuit, mais les vedettes allemandes s’échappent sans mal.
Le sous-marin soviétique ShCh-405 est perdu au large de Memel dans un champ de mines.
L’aviation soviétique reste très active au-dessus de la Courlande, mais perd 17 appareils en échange de sept avions allemands.

Secteur centre
Le Groupe d’Armées Centre commence à se redéployer. Pendant ce temps, la discussion sur le thème “Que faire du saillant de Smolensk” rebondit. Guderian contourne son supérieur direct, von Bock, et fait directement appel à Halder pour le persuader d’ordonner une reprise de l’offensive. Cependant, Hitler ne s’étant pas encore décidé, Halder est embarrassé. C’est pourquoi il téléphone au Général Greiffenberg, chef d’état-major du Groupe d’Armées Centre et lui indique que pour l’instant, l’OKH laisse la décision à von Bock.
Côté soviétique, le Général G.K. Joukov arrive à Vyazma pour relever le Général Vasilievsky, qui doit retourner au Département des Opérations de la Stavka. Les deux hommes passent une partie de la nuit à évoquer la situation stratégique et opérationnelle. Joukov obtient alors de Vasilievsky la garantie que la Stavka le laissera utiliser le “Front de Réserve” qu’il a créé pour écraser les forces allemandes autour de Smolensk. « Ne vous inquiétez pas, Alexandre Mihkaïlovitch, explique Joukov à Vasilievsky avant que celui-ci ne reprenne l’avion qui va le reconduire à Moscou. Je n’ai pas l’intention d’attaquer avant d’avoir créé la meilleure configuration opérationnelle possible. Mais alors, je ferai tout pour encercler et détruire le plus possible de forces fascistes. »

Secteur sud
Le PanzerGruppe 1 attaque à l’aube la région de Jitomir, tandis que la 17ème Armée relance son attaque contre Vinnitsa.
Dans la région de Jitomir, le plus gros de la tâche incombe au XLVIIIème PanzerKorps, qui attaque au sud de la ville. Ce corps a été renforcé : il inclut maintenant les 16ème, 57ème et 75ème Divisions d’Infanterie, la Leibstandarte SS Adolf-Hitler (infanterie mécanisée) et les 11ème, 13ème et 16ème Panzer Divisions ; mais il faut préciser que seule la 13ème Panzer Division possède plus de 80 chars (81 exactement), les deux autres étant réduites à 51 et 53 chars. Les divisions d’infanterie sont elles aussi très nettement en sous-effectifs. De son côté, le XIVème PanzerKorps attaque au nord de Jitomir, espérant attirer une partie des défenseurs soviétiques.
Très vite, les formations blindées se retrouvent sous les feux croisés de deux brigades antichars et au milieu de vastes champs de mines. La bataille fait rage toute la journée, mais les colonnes allemandes ne peuvent avancer de plus de 5 km. L’intensité des tirs de l’artillerie soviétique est terrifiante, et leur efficacité est redoutable. En face, l’artillerie allemande est gravement handicapée par les tirs de contre-batterie et a beaucoup de mal à contrer les tirs des canons de campagne A-19 de 122 mm à longue portée.
Dans la région de Vinnitsa, von Stülpnagel a confié au IVème Corps d’Armée la tâche d’attaquer au sud de la ville pour couper la route reliant Vinnitsa à Ouman’, laissant le soin au XLIXème Corps et au Corps hongrois de fixer les forces soviétiques au nord de la ville. Cette attaque réussit un peu mieux que celle du PzG-1. Les forces de von Stülpnagel avancent jusqu’au Youzhniy Boug (Boug sud), mais lentement, car les divisions de la 17ème Armée manquent tout autant d’effectifs que celles du PzG-1.
Dans les airs, la Luftflotte 4 et l’aviation hongroise se heurtent à toute la 5ème Armée Aérienne soviétique. Les pertes sont encore une fois très lourdes des deux côtés (37 avions perdus pour la Luftwaffe et les Hongrois contre 54 pour les VVS).

Mer Noire

Le sous-marin soviétique M-33 attaque le destroyer roumain Marasesti au large de Soulina, mais le rate.

Piste de Kokoda (Nouvelle-Guinée)

Les Japonais stoppés net devant Myola depuis le 11 juillet, les Australiens bénéficient d’un moment pour reprendre souffle. Ils l’utilisent au mieux.

« Le Brigadier Wootten, comme beaucoup d’officiers et de soldats de l’Australian Imperial Force (AIF), avait jusqu’alors considéré avec mépris les “Chocolate soldiers” de l’Australian Militia Force (AMF). Mais quand, le 11 juillet 1942, sa 18ème Brigade (de la 7ème Division) eut atteint Templeton’s Crossing au terme d’une terrible marche forcée, porté secours au 49ème Bataillon (30ème Brigade AMF) et découvert les ultimes survivants du 39ème Bataillon, il changea complètement d’avis sur les capacités combatives de l’AMF (comme sur celles des Japonais d’ailleurs). » (B. Marcus, Les Forces Armées Australiennes dans la Deuxième Guerre Mondiale)

Wooten concentre deux de ses trois bataillons (2/9 et 2/10) devant Templeton’s Crossing, avec le 2/12 en réserve trois km en arrière, là où la Piste traverse Eora Creek. Pendant qu’ils montent la garde, tout ce qu’on peut trouver d’avions de transport disponibles en Nouvelle-Guinée se hâte d’accumuler du matériel à Myola.

« L’un des rares Ju-52 survivants des mines d’or de Wau valut dans cette tâche son pesant de métal précieux. La plus grande partie du toit de son fuselage avait en effet été enlevée pour lui permettre d’emporter du matériel d’excavation de Lae à Wau. Mais pour débarquer le matériel ainsi transporté, il fallait une grue – et à Myola, point d’engin de ce genre. L’atelier de Yeap Chooi Yeong, à Port Moresby, réussit alors à fabriquer une grue fort ingénieuse, qui fut transportée en pièces détachées jusqu’à Myola. Une fois remontée, elle permit de décharger de volumineux objets du Ju-52 “décapoté”, et d’abord quatre camions américains à quatre roues motrices, dépouillés de tout sauf de l’essentiel, les fameux “camions squelettes de Myola” – rien d’autre qu’un châssis, un moteur et un train de roues (le siège du conducteur était en bois découpé sur place, comme le plateau du camion). Grue et camions libérèrent plus de 800 hommes, qui n’avaient plus à jouer les porteurs entre les terrains et les dépôts de Myola. Du coup, Wootten allait pouvoir prendre l’offensive dès le 1er août, tout en améliorant peu à peu la situation de ses approvisionnements. » (B. Marcus, op. cit.)

La clé de la logistique australienne est le transport aérien, dont l’épine dorsale est, et restera pendant des mois, la Force Aérienne des Indes Néerlandaises (NEIAF). « L’écho donné par la presse au rôle essentiel de la NEIAF fut un baume pour le moral des forces hollandaises exilées en Australie, car il s’agissait visiblement d’une précieuse contribution à la guerre contre les Japonais. Par ailleurs, le travail des équipages des Lodestar attira l’attention de Lockheed, car les Hollandais adressèrent à la firme une série de recommandations destinées à améliorer l’utilisation de la machine en milieu tropical. Celles-ci en disent long sur les épouvantables conditions de vol et la façon sauvage dont les machines étaient utilisées. De petites choses révèlent crûment la nature de la campagne, comme la demande de pneus beaucoup plus résistants, d’amortisseurs plus puissants… ainsi que d’une légère cambrure du plancher de cabine et de la suppression du petit rebord de la porte arrière du fuselage, afin de pouvoir plus facilement nettoyer le sang des blessés. Les ouvriers de la chaîne d’assemblage de Lockheed, ayant entendu parler de ces requêtes, créèrent un insigne spécial pour les équipages de la NEIAF, l’insigne “NEIAF High Jungle Lodestar Warrior”, à la grande joie des équipages hollandais. Ces derniers y avaient droit après vingt trajets Myola-Port Moresby avec des blessés ou des malades. En quelques semaines, il devint complètement impossible pour un homme portant l’un de ces insignes durement gagnés (appelés “Myola Patches” par les Australiens) de payer de sa poche une bière, où qu’il soit, en présence d’un membre de l’AMF ou de l’AIF. » (B. Marcus, op. cit.)

 

Sydney
Six G4M1, surchargés d’essence, avec un mitrailleur en moins pour économiser du poids et 600 kg de bombes seulement, décollent de Tenaru (Guadalcanal) pour l’une des attaques les plus hardies de la guerre. Deux font demi-tour sur ennuis de moteur, mais les quatre autres volent vers Sydney jusqu’à l’extrême limite de leur endurance. Ils arrivent au-dessus du grand port peu après le lever du soleil. Ils sont bien sûr détectés, mais, venant du nord, sont pris pour des avions alliés arrivant de Brisbane. Les quatre avions effectuent alors attaquent donc comme à l’entraînement, deux le chantier naval de Cockatoo et deux la base navale de Garden Island.
Sur Garden Island, deux ateliers sont incendiés et la centrale électrique gravement endommagée, car le réservoir de carburant creusé à même le roc derrière la centrale est touché (il brûlera pendant deux jours). Sur l’île de Cockatoo, c’est pire. L’une des grappes de bombes fait de gros dégâts aux ateliers de métallurgie et ouvre un trou béant dans le quai des croiseurs. L’autre tombe sur et autour du croiseur HMAS Hobart, amarré au quai Sutherland. La superstructure avant est atteinte et la chaudière avant est détruite par l’incendie qui s’ensuit (c’est à la suite de ces dégâts qu’il sera décidé de transformer le Hobart en croiseur anti-aérien, transformation qui sera effectuée aux Etats-Unis). Des ateliers de peinture et de menuiserie sont touchés et prennent feu, et les incendies ne seront contrôlés qu’au bout de plusieurs heures.
A cette heure matinale, il n’y a que quelques Boomerang en vol au-dessus de la ville. Un seul des pilotes a une certaine expérience. Il aperçoit les bombardiers, les identifie, réussit à mettre son petit chasseur en position de tir et abat l’un des G4M1 juste après qu’il ait largué ses bombes. Légèrement endommagé, il se pose à Bankstown. En flammes, le G4M1 s’écrase dans les faubourgs de Sydney, à Manly, détruisant plusieurs maisons. Quatre membres d’équipages sautent en parachute (ce qui est très inhabituel pour des Japonais au-dessus d’un territoire ennemi) et sont capturés sans difficulté.

Les autres avions parviennent à rentrer à Tenaru, où ils se posent avec des réservoirs à peu près à sec.

Pacifique Sud-Ouest
Douze autres G4M1, par groupes de quatre, ratissent l’océan à la recherche de navires alliés, mais sans succès.

 

 

22 juillet

Rabat-Salé (Maroc)
Les GC I et II/7 commencent à se rééquiper en Mustang II.

Folkestone
Une formation de huit Bf-109F Jabos et de quatre FW-190 du JG 2 venant de franchir la côte anglaise est coiffée par huit Tornado du Sqn 609. Deux Bf-109F et deux FW-190 sont abattus, au prix d’un seul Tornado (plus un endommagé). Cet engagement renforce la confiance de la RAF en son nouveau chasseur lourd, souvent appelé “the ugly beast” (la vilaine bête) par comparaison avec le gracieux Spitfire. Il apparaît qu’à basse altitude, le Tornado est aussi bon, et sans doute meilleur, que le redouté FW-190.

Peenemünde
Le premier test du missile A-4 est un échec. La fusée explose 11 secondes après son lancement.

Péloponnèse
Cent douze avions alliés bombardent la gare de triage de Larissa. La chasse allemande perd trois Bf-109, mais abat huit attaquants – dont quatre descendus par un seul chasseur : le Bf-109 “14 Jaune” du 3/JG 27, piloté par Jochen Marseille.

Front russe

Secteur Nord et opérations navales

La Luftwaffe lance des attaques aériennes massives contre Ventspils et les aérodromes soviétiques des îles du Golfe de Riga. En 277 missions de combat sur ce théâtre, elle perd 21 avions, contre 39 pour les VVS.
Après un puissant barrage d’artillerie, les troupes allemandes attaquent les défenses de Ventspils. C’est le début de l’opération Bruno. L’artillerie soviétique (y compris celle des batteries côtières) répond énergiquement. En fin de journée, les forces allemandes ont été incapables de percer la première ligne de défense soviétique.
Dans l’après-midi, le Vice-Amiral Bey quitte Gdynia avec les croiseurs Köln et Nürnberg, escortés par les DD Z-25 et Z-30 et les TB T-7, T-10, T-11 et T-17, pour aller bombarder Ventspils. A 19h15, l’escadre est attaquée par un sous-marin soviétique. Aucun navire n’est atteint, mais Bey, comprenant que les Soviétiques sont prévenus de l’approche de sa flotte, annule l’opération et rentre à Gdynia.

De fait, le Vice-Amiral Rall ordonne aux vedettes rapides sous son commandement d’aller patrouiller au large de Ventspils durant la nuit, mais, bien sûr, sans résultat.

Secteur centre
Le front est stabilisé, mais non tranquille. Les forces allemandes lancent une attaque limitée contre Roudn’a pour en rejeter la 24ème Armée et rouvrir la ligne de chemin de fer entre Vitebsk et Smolensk. Cependant, la tentative allemande échoue sous les obus de l’artillerie lourde russe.
Pendant ce temps, von Bock a un long entretien téléphonique avec Halder, qui lui recommande de se renseigner auprès de von Brauchitsch. Ce dernier l’informe des dernières nouvelles du QG de Hitler, transmises par l’intermédiaire de Keitel : « Il semble que le Führer aurait l’intention de reporter le plus gros des opérations offensives vers l’Ukraine. Vous comprenez bien que, dans ce cadre, la tête de pont que s’est assurée le XLVIème PanzerKorps revêt la plus haute importance. »
Au même moment, Joukov fait la tournée des unités soviétiques qui tiennent le front sur la partie nord du saillant de Smolensk. Il discute longuement avec le chef de la 24ème Armée, le Major-Général K.I. Rakoutine. Cette armée, renforcée sur l’ordre de Vasilievsky, compte à présent onze divisions (même si certaines d’entre elles ont beaucoup souffert et sont en sous-effectifs).

Secteur sud
Au sud de Jitomir, l’attaque du XLVIIIème PanzerKorps tourne au cauchemar ; les chars allemands n’avancent que de 8 km dans la journée. Pourtant, ils parviennent à couper la route Jitomir-Kazatine. Pour Kirponos et Rokossovsky, il est clair qu’une crise est en gestation, d’autant plus que dans la région de Vinnitsa, la 17ème Armée a réussi à traverser le Boug Sud. Kirponos demande à Rokossovsky de contrer l’offensive des blindés ennemis au sud de Jitomir et se rend à Vinnitsa pour coordonner la défense.
Après les terribles pertes subies les jours précédents, le niveau d’activité aérienne décroît sensiblement dans les deux camps. Mais cette évolution gêne bien davantage les Allemands, car la Luftwaffe est censée être l’artillerie mobile soutenant les unités blindées.

Mer Noire

Le DL Tashkent, accompagné des DD Sposobnyi, Svobodnyi, Bezuprechnyi, Bodryi, Boikyi et Bystry, quitte Sébastopol dans la matinée. Après une feinte vers le sud, les sept navires filent vers l’ouest et arrivent au large de Soulina à 22h35. Là, les Bezuprechnyi, Bodryi, Boikyi et Bystry mouillent 224 mines, pendant que plusieurs hydravions légers MBR-2 bombardent le port pour attirer l’attention des défenseurs. Le jour suivant, le dragueur de mines OM-m35 (ex-tchécoslovaque) et un remorqueur sauteront sur ces mines.

Le Caire
Le D.H. 91 n°11 se pose en fin de journée sur le terrain du Caire-Ouest. Son précieux chargement est transporté en camion jusqu’à Alexandrie, où l’attend le Golden Horn (RAF X-8273), l’un des deux hydravions Short de classe G opérant auparavant de Port-Blair. Le gros appareil doit emmener hommes et matériel à Sydney par Aden, les îles Chagos et Fremantle. Il embarque aussi trois officiers français de haut rang, dont le Général Martial Valin, qui forment la commission d’enquête en route pour Nouméa.

Pacifique Sud-Ouest
Les G4M1 de Tenaru, armés de torpilles, recommencent à chasser le trafic naval allié.

Quatre appareils aperçoivent le cargo USS Hercules (ex-Exporter, 6736 GRT), qui navigue seul, et le coulent à 100 nautiques des Fidji.
Quatre autres repèrent un convoi allié, 120 nautiques à l’est de Tana. Le navire-hôpital USS Solace, le transport de troupes AP-54 USS Hermitage (ex-Conte Biancamano, 23255 GRT, en route pour Nouméa avec 2800 soldats de l’US Army) et deux cargos sont escortés par trois DMS américains et un croiseur auxiliaire français, dont aucun n’est bien pourvu en DCA. Les G4M1 attaquent l’Hermitage et le touchent de trois torpilles. Le navire sombre en 16 minutes, emportant avec lui 1300 hommes. Seul bon point, la présence du Solace permet de soigner efficacement les nombreux blessés. La menace représentée par l’aérodrome de Tenaru pour le trafic naval allié est maintenant évidente.

Deux des bombardiers sont endommagés. L’un d’eux rentre sans ennui à Tenaru, mais l’autre brise son train gauche à l’atterrissage, fait un cheval de bois et se casse en deux.

Guadalcanal
Un B-17 solitaire attaque Tenaru de nuit. Les bombes touchent le terrain, mais ne font que quelques trous, vites réparés.

Au large de la côte est de l’Australie

Opération Oni, Phase 3c (d’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman)

23h00 – Le Ro-64 aperçoit un petit convoi de trois charbonniers côtiers et deux petits escorteurs au large de Catherine Hill Bay, près de Newcastle. Il se rapproche du convoi en surface et lance trois torpilles. Le Betty Williams (800 GRT) est touché par une torpille et coule immédiatement. Le coupable est obligé de plonger par les patrouilleurs d’escorte, qui grenadent, mais le Ro-64 n’est pas endommagé et s’échappe.

 

 

23 juillet

New York
Départ du second convoi “prêt-bail” pour l’URSS. Les 21 transports emportent surtout des machines-outils, des engrais, des locomotives et des wagons de chemin de fer.

Ajaccio
00h15 – L’aérodrome de Campo dell’Oro est pendant un bon quart d’heure la cible d’un violent bombardement au mortier. Deux Re-2001 et trois Ju-87 sont détruits. Le groupe de Résistants corses et d’hommes des Forces spéciales venus d’Alger se replie alors au plus vite dans le maquis pour éviter l’opération de nettoyage à prévoir.

Au lever du soleil, les hommes s’arrêtèrent pour prendre quelques minutes de repos, à couvert de la curiosité des avions ennemis. L’un d’eux, un grand escogriffe dégingandé, se singularisait par le port d’une cravate, dont les couleurs violentes et le motif assez peu discret révélaient qu’à la différence de l’arme automatique accrochée à l’épaule de son propriétaire, elle ne provenait pas d’Angleterre. Mais quand un de ses compagnons avait osé une remarque à ce sujet, il s’était fait répondre : « C’est un cadeau. Un cadeau de Suzie ! » sur un ton qui imposait de parler d’autre chose.

– Oh ! Cousin Hector ! lança l’escogriffe, en corse, à l’homme qui était visiblement le chef du commando. C’est chez les pou… je veux dire, dans la police qu’on apprend à tirer au mortier comme ça ? Qu’est-ce qu’on leur a mis !

– J’ai reçu une formation accélérée près d’Alger, avec un instructeur basque, répondit l’autre en souriant. Basque espagnol, bien sûr, mais lui ne disait jamais “espagnol”. On ne comprenait rien à ce qu’il racontait, mais c’était aussi bien : ça m’a appris à me taire, et pour ce genre d’opération, ça vaut mieux. Mais toi, Tino ! Tu es doué ! Tu n’avais jamais utilisé de mortier avant ?

– Non, non. Mais tu te souviens de ce que le Papé disait de moi, quand on nous a offert nos premiers fusils de chasse (Dieu ait son âme, le Papé ! ajouta-t-il en se signant, imité par son compagnon). Il disait : “Ce petit, il a pas inventé la poudre, mais il sait vraiment bien s’en servir !”

Sicile
Nouvelle journée de raids contre la logistique sicilienne. Seul le raid contre Palerme est intercepté. Des Mc-202 et des Re-2001 affrontent les chasseurs alliés et détruisent deux P-40, mais les Italiens perdent cinq avions, dont trois abattus par les Mustang II des GC II et III/5. Les chasseurs italiens ne peuvent approcher les bombardiers alliés, qui ne perdent qu’un Beaumont I, abattu par la DCA.

Front russe

Secteur Nord et opérations navales

En Estonie, un front rappelant la Première Guerre commence à s’organiser. Les deux adversaires creusent des tranchées et construisent des fortifications de campagne.

A l’aube, sur la rive du lac de Pskov, les canonnières de la PPOVF récupèrent les survivants du bataillon déposé le 14 derrière les lignes ennemies. L’opération a fortement perturbé les communications allemandes.
En Courlande, l’attaque allemande contre Ventspils reprend dès le lever du soleil. Aidées par deux compagnies de StuG et une de Pz-V, les troupes du Ier Corps progressent lentement sur l’axe est-ouest.
Le Vice-Amiral Bey quitte à nouveau Gdynia, espérant par cet aller-retour tromper le commandement soviétique. Pour éviter toute surprise, il ordonne aux S-boots de la 2ème Flottille de prendre position en avant de sa flotte.

L’Amiral Tributs n’a pas vraiment prévu le retour de Bey, mais il a décidé de fêter celui du Capitaine de 1er rang Feldman, tout juste libéré par le NKVD, en lui demandant de conduire un nouveau bombardement des forces allemandes qui attaquent Ventspils. Feldman quitte Tallinn à peu près à l’heure où Bey quitte Gdynia avec le croiseur Kirov et neuf DD : les Type-7 et 7U Silnyi, Smertlivyi, Spokoinyi, Steregushchyi, Stroinyi, Svirepyi et les Type-30 Obrazsovyj, Odaryonnyi, Odvazhnyi. Comme lors de sa précédente opération, il envoie en éclaireurs des hydravions MBR-2 (trois, cette fois) et demande au V.-A. Rall de fournir à sa flotte un écran de vedettes lance-torpilles. Cet écran est suivi par les DD Smertlivyi, Steregushchyi, Silnyi, qui doivent rester à 5 nautiques en avant du reste de la flotte. Les DD Stroinyi, Svirepyi, Spokoinyi doivent couvrir la force principale en suivant une route parallèle, 10 nautiques plus à l’ouest. Enfin, le Kirov et les DD Odvazhnyi, Odaryonnyi et Obrazsovyj doivent longer la côte pour que leur bombardement des positions du Ier Corps allemand, qui doit être dirigé par le poste d’observation à terre installé le 10 et par un des hydravions, soit le plus efficace possible. Les deux autres MBR-2 doivent patrouiller juste en avant de l’écran des vedettes rapides.
18h30 – Sur l’ordre de Bey, le Köln a lancé son Ar-186. L’hydravion survole Ventspils sans y observer d’activité navale, puis va se poser à Memel. Quand la nuit tombe, les deux chefs d’escadre ignorent donc la présence de leur adversaire.

22h35 – Les S-Boots naviguant 10 nautiques en avant des croiseurs de Bey repèrent des avions au-dessus d’eux, mais ne les signalent pas au Vice-Amiral (sans doute parce que, n’ayant pas repéré de navire, ils ne veulent pas rompre le silence radio).

22h57 – Les S-Boots repèrent des vedettes G-5 patrouillant au sud de Ventpils. Le chef de la 2ème Flottille tente de trouver un trou dans l’écran soviétique pour s’y faufiler, mais sans succès.

23h14 – La S.77 est interrogée par une vedette soviétique et ouvre le feu. Les S-Boots se trouvent bientôt entourés par un grand nombre de vedettes ennemies.
23h17 – Le Vice-Amiral Bey apprend que les S-Boots se sont jetés dans un écran de bâtiments légers soviétiques. Soupçonnant que ces derniers couvrent une nouvelle opération de débarquement de renforts, il ordonne à ses navires de venir au 300 et de monter à 30 nœuds, mais…

23h24 – … Les navires filant à grande vitesse laissent un sillage blanc bien visible, et la flotte allemande est détectée par le plus à l’ouest des hydravions MBR-2.

23h28 – Le Kirov et les trois DD Type-30, naviguant à 8 nœuds, ouvrent le feu contre les positions allemandes. Feldman a prévu deux passes de bombardement de 25 minutes, l’une nord-sud, l’autre sud-nord.

23h35 – Estimant qu’il a contourné l’écran soviétique, Bey ordonne à sa flotte de venir au 045. Les deux destroyers, Z-25 et Z-30, sont en tête, suivis par les deux croiseurs et par les quatre torpilleurs.

23h36 – Feldman reçoit, douze minutes après son émission, le message du MBR-2. Ce délai n’est pas expliqué par les sources soviétiques. Il est possible que la médiocre qualité des certaines des radios des avions soviétiques ait rendu le message inaudible pour le Kirov et que la station de Ventspils ait dû le réémettre.
Aussitôt informé de l’approche de la flotte allemande, Feldman ordonne aux DD Stroinyi, Svirepyi et Spokoinyi, qui croisent au large, de faire route au 210 pour intercepter les navires ennemis, ce qu’ils font aussitôt. Les trois destroyers du groupe sud (Smertlivyi, Steregushchyi, Silnyi) ont suivi le combat entre les vedettes rapides mais, respectant les ordres de Feldman, n’y ont pas pris part. Recevant le message destiné aux autres destroyers, ils prennent l’initiative de se lancer eux aussi à l’attaque et accélèrent à 32 nœuds, cap à l’ouest-nord-ouest, pour intercepter l’escadre allemande.
23h47 – Alors que le groupe du Kirov continue à bombarder les positions allemandes (il a presque fini sa première passe), les DD Stroinyi, Svirepyi et Spokoinyi aperçoivent un groupe de navires venant du sud-ouest. Les navires soviétiques abattent au 180 pour faire battre leurs pièces arrières et lancent une salve compète de torpilles – probablement mal dirigées, toutes vont rater leurs cibles. Sans attendre, ils ouvrent immédiatement le feu avec leurs 130 mm.

23h48 – Les destroyers allemands ouvrent le feu, mais leurs 150 mm ont une faible cadence de tir.

23h50 – Le Z-25 est touché trois fois de suite par les 130 mm soviétiques. La passerelle est touchée par au moins un obus qui tue ou blesse tout le monde, et le destroyer, qui n’est plus gouverné, abat brutalement sur bâbord.

23h51 – Le Köln et le Nürnberg ouvrent le feu. Au début, seule leur tourelle de 150 mm avant peut tirer, mais Bey ordonne de venir sur tribord (au 125) pour démasquer leurs deux tourelles arrières.

23h52 – Le Stroinyi, en tête des destroyers soviétiques, est durement touché par le Köln.

23h53 – C’est maintenant le Svirepyi qui est atteint à plusieurs reprises par le Nürnberg.

23h54 – Informé du début du combat, Feldman, qui vient de terminer sa première passe de bombardement, ordonne au Kirov et aux DD Odvazhnyi, Odaryonnyi, Obrazsovyj de faire demi-tour et d’accélérer à 25 nœuds au cap 352.

23h55 – Bey ordonne à ses croiseurs de revenir au 90 pour laisser les torpilleurs qui les suivent s’élancer sur les navires soviétiques. A cet instant, le Stroinyi, gravement atteint, est en feu et ne donne plus que 8 nœuds. Le Svirepyi, qui a perdu ses tourelles avant, émet un rideau de fumée pour tenter de cacher son leader. Le Spokoinyi affronte seul les deux destroyers allemands ; lui aussi touché, il rend coup pour coup et atteint à plusieurs reprises le Z-25.

 

Secteur centre
Très tôt dans la matinée, von Bock et Halder ont un nouvel entretien : « Je peux maintenant vous confirmer ce que le Général von Brauchitsch vous a indiqué hier, explique celui-ci : notre axe d’attaque principal sera désormais orienté en direction de l’Ukraine. Mais attention : le saillant de Smolensk conserve une réelle importance, car il force l’ennemi à concentrer dans cette région des forces très significatives. » Von Bock lui précise alors le plan de redéploiement de ses unités, qu’il va immédiatement mettre en pratique.

De la frontière avec le Groupe d’Armées Nord jusqu’au saillant, la 9ème Armée du Général Strauss disposera du VIIIème, du XLIIème et du XXème Corps d’Armée. Le VIIIème Corps (Général Heitz) sera déployé entre un point situé 15 km à l’est de Nevel (sur la route de Velikiye Louki) au nord-est de Vitebsk, avec la 8ème D.I. (Hohne), la 28ème D.I. (Sinnhuber) et la 161ème D.I. (Wilck). Le XLIIème Corps, de l’est de Vitebsk à Roudn’a, fera face à la 24ème Armée soviétique avec, du nord au sud, les 102ème, 129ème et 87ème D.I. Dans le saillant de Smolensk, le XXème Corps du Général Materna remplacera les forces du PanzerGruppe 2 au nord de la ville avec, d’ouest en est, la 162ème D.I. (Francke) et la 256ème D.I.

Le Dnepr et la route Orsha-Smolensk marqueront la frontière entre la 9ème et la 4ème Armée. La 4ème, commandée par von Kluge, défendra la partie sud du saillant avec le IXème Corps du Général Geyer : d’est en ouest, la 137ème D.I., la 263ème D.I. et la 292ème D.I. (Dehmel). Elle constituera une forte réserve avec le XLIIIème Corps du Général Heinrici, actuellement déployé entre Orsha et Dubrovna (131ème, 134ème et 252ème D.I.). La 4ème Armée tiendra également le front entre les petites villes de Gorki [à ne pas confondre avec l’actuelle Nijni-Novgorod] et de Karma, avec le VIIème Corps du Général Fahrmbacher (du nord au sud, les 7ème, 23ème, 258ème et 268ème D.I.).

Les survivants du XLVIème PanzerCorps (Général von Vietinghoff-Scheel) quitteront peu à peu le secteur Gomel-Dobroush et seront relevés par le reste du PanzerGruppe 2 et le PanzerGruppe 3. Von Bock a l’intention d’utiliser le XLVIème PanzerCorps comme réserve mobile déployée près de Shklov, sur la rive est du Dnepr.

Secteur sud
Alors que le XLVIIIème PanzerKorps tente de progresser vers Andrushovka, au sud-est de Jitomir, il est violemment contre-attaqué sur sa gauche par un groupement mécanisé soviétique improvisé par Rokossovsky avec deux divisions d’infanterie et deux brigades blindées. Une furieuse bataille se déclenche, car la poussée russe menace de couper tout le PanzerKorps en deux. A 16h00, la 11ème Panzer n’a plus que 21 chars, la 13ème en a 36 et la 16ème seulement 24. Des chars soviétiques, par groupes de huit ou dix, sont lâchés sur les arrières allemands et les pertes dans les échelons de soutien sont lourdes. A la nuit, le commandant du XLVIIIème PanzerKorps (Kempf) n’a pas le choix : il ordonne à ce qui reste de ses forces de se replier vers l’ouest sous le couvert de la nuit pour se regrouper et se réorganiser. Côté soviétique, les pertes ont été elles aussi très élevées, mais beaucoup des chars détruits pourront être récupérés.
Du côté de Vinnitsa, le IVème Corps allemand coupe la route d’Ouman, menaçant d’encercler les défenseurs de la ville. Kirponos ordonne à toutes les unités disponibles (une division d’infanterie et trois régiments venant de trois autres D.I.) de contre-attaquer dès le lendemain.

Mer Noire

Le garde-côtes Kaguar (classe Albatros) est coulé au large de Nikolaevsk par une mine allemande mouillée par avion.

Moscou
Arrivée en URSS du Colonel Corniglion-Molinier et du Commandant Mirlesse, envoyés par l’état-major de l’Armée de l’Air. Ces officiers doivent étudier la possibilité d’envoyer une force relativement importante (peut-être une Escadre de Chasse et une de Bombardement) opérer en Russie. Ils doivent aussi envisager de permettre aux bombardiers alliés attaquant Ploesti de se poser dans le sud-est de l’Ukraine, et de bombarder à nouveau leur cible le lendemain, sur la route du retour.

Batavia

Opération D

Les quatre sous-marins restants de la 8e escadre rentrent au port. Malgré la perte de l’I-30, le bilan en termes de tonnage coulé (95 000 GRT environ) n’est pas mauvais, et bien supérieur à celui de l’opération C. Mais l’opération est un échec en ce qu’elle a démontré l’incapacité d’un sous-marin amiral à jouer le rôle prévu. L’I-9 n’a pu utiliser sa radio sans être obligé de plonger par des avions ennemis dans les heures qui suivaient, tandis que la mer était désertée autour de sa position.

Par ailleurs, les transports alliés naviguant isolément se sont faits de plus en plus rares. Les convois, de plus en plus nombreux, étaient escortés et souvent survolés par des avions, ce qui empêchait les sous-marins d’aller en surface trouver une position de tir favorable dans la journée. La nuit, le convoi était plus difficile à repérer et les sous-marins n’étaient nullement immunisés contre le repérage par les escorteurs. Enfin, les tentatives de lancer des torpilles à longue distance n’ont en général donné aucun résultat.

Toutes ces constatations vont semer un doute profond à l’état-major de la Sixième Flotte. Les sous-marins amiraux s’avèrent inutilisables dans leur rôle prévu et même l’action anti-transports recommandée par les Allemands (mais qui continue d’être considérée par la Marine Impériale comme une mission secondaire) se heurte à des obstacles rédhibitoires.

 

Pacifique Sud-Ouest
Deux groupes de quatre G4M1 rôdent dans le secteur des Fidji, en restant au moins à 150 nautiques des îles. L’un d’eux repère et coule le pétrolier britannique San Adolfo (Eagle Oil Tanker Co., 7365 GRT).
Un G4M1 isolé coule le caboteur Proserpine (850 GRT) au large des Nouvelles-Hébrides.

Guadalcanal
Six Manchester de la RAAF bombardent Tenaru de nuit. L’attaque est peu efficace, mais désorganise un peu l’activité des équipes au sol.

Nouméa
Après des efforts frénétiques, les avions de l’AC20 et de l’AB8 sont considérés opérationnels. Les P-40E de l’AC20 mettent en place des patrouilles de protection du port de Nouméa et des terrains voisins. Les avions de l’AB8 doivent couvrir les voies maritimes menacées par les bombardiers japonais.

 

24 juillet

Sud de l’Angleterre
La 1ère Escadre de Chasse française commence à s’installer à Biggin Hill, où elle doit opérer au sein du 11ème Group de la RAF, sous le commandement de l’A.V.M. Leigh-Mallory.

Front russe

Secteur Nord et opérations navales

00h01 – Le Svirepyi est touché par deux torpilles tirées par les torpilleurs allemands et coule.

00h03 – Le Stroinyi et le Spokoinyi sont en flammes, silhouettant les autres navires allemands aux yeux des Smertlivyi, Steregushchyi et Silnyi, qui arrivent du sud-est. Tous trois ouvrent le feu au 130 mm tout en lançant leurs torpilles. La cible la plus proche n’est autre que le malheureux Z-25, qui tentait de se mettre à l’abri et tombe de Charybde en Scylla ; il encaisse au moins sept obus de 130 mm et sa vitesse tombe à 10 nœuds. Le Z-30, qui l’accompagne, tente de le couvrir.

00h05 – Les deux croiseurs allemands ont reporté leur tir sur les nouveaux arrivants et touchent durement le Smertlivyi, qui se met lui aussi à brûler.

00h06 – Enfin une torpille soviétique va au but ! Elle est pour le Köln. Gravement touché, le croiseur doit ralentir à 6 nœuds.

00h07 – Une boule de feu marque la fin du Stroinyi, deuxième destroyer soviétique à disparaître. Mais la situation de la flotte de Bey devient préoccupante. L’un de ses deux croiseurs et l’un de ses destroyers sont gravement atteints. Il ordonne aux torpilleurs de délaisser le Spokoinyi et d’attaquer les trois nouveaux destroyers soviétiques, pendant que le Nürnberg porte assistance au Köln.

00h10 – Le temps que les quatre torpilleurs rejoignent le Z-30, celui-ci se retrouve seul avec le Z-25 agonisant contre les trois Soviétiques. Il touche le Steregushchyi, mais reçoit plusieurs obus de 130 mm et doit chercher à se réfugier derrière un rideau de fumée.
00h11 – Les quatre torpilleurs attaquent, au moment où le groupe du Kirov entre en scène. Le Steregushchyi, torpillé en plein milieu, stoppe (il coulera à 00h37).

00h12 – Le Kirov tire deux salves sur « le croiseur léger allemand le plus proche. » En fait, il s’agit du Z-30, dont la tourelle avant est arrachée par un obus de 180 mm.

00h13 – Le Kirov engage le Nürnberg. La distance est tombée à moins de 6000 mètres, et les tirs sont d’autant plus précis.

00h14 –Le Nürnberg riposte et détruit la tourelle A du Kirov, mais reçoit deux obus en échange, et s’enfuit derrière un écran de fumée tendu par ses torpilleurs. Pendant ce temps, le Z-30 est touché par les 130 mm des Odvazhnyi et Obrazsovyj et s’échappe lui aussi dans la fumée.

00h16 – Les directeurs de tir soviétiques aperçoivent alors un autre croiseur, qui tente de s’éloigner à petite vitesse. C’est le Köln, dont seule la tourelle avant est encore opérationnelle. Le malheureux voit bientôt pleuvoir les obus de 180 mm et de 130 mm.

00h20 – L’Odvazhnyi et l’Obrazsovyj tirent chacun une demi-salve de torpilles. Touché à la poupe, le Köln commence à couler.

00h21 – A ce moment, le Kirov est lui aussi frappé par une torpille, venue apparemment de nulle part, qui endommage gravement sa proue. Les Soviétiques croient d’abord à un sous-marin, à une mine, à une vedette rapide, jusqu’à ce que l’Obrazsovyj découvre le coupable : c’est le Z-25, presque immobile et que les Soviétiques ont eu le tort d’oublier. Pilonné au 130 mm, le destroyer allemand ne répond qu’avec ses 37 mm AA. Il est finalement achevé par une torpille de l’Odvazhnyi.
00h30 – Craignant de voir des vedettes lance-torpilles s’en prendre à ses navires endommagés, Feldman ordonne à son escadre de se regrouper et de rentrer à Tallin au plus vite. Il a perdu trois destroyers, deux autres sont endommagés et le Kirov est assez sérieusement touché. Cependant, il pense avoir coulé un croiseur léger (le Köln), ainsi que deux « destroyer-leaders » (les Z-25 et Z-30 – en fait, ce dernier réussira à atteindre Memel). De plus, il a endommagé un autre croiseur léger (le Nürnberg).
Pendant ce temps, la bagarre entre vedettes rapides a coûté sept vedettes G-5 aux Soviétiques, mais la S.106 a été coulée et la S.75 doit être sabordée.
Au total, la seconde bataille de Ventspils est un vrai désastre pour les Allemands, malgré les pertes infligées à la Flotte de la Baltique soviétique. La Kriegsmarine se retrouve avec, pour tous navires opérationnels en Baltique, un croiseur lourd aux machines capricieuses, le Hipper, et un croiseur léger d’entraînement, le Leipzig, accompagnés d’une poignée de torpilleurs. Même les flottilles de S-Boots voient leurs effectifs diminuer peu à peu.

Côté soviétique, si le Kirov est indisponible pour trois mois, le Maksim Gorkyi sera bientôt opérationnel.
……………
Alors que les navires allemands retournent à Gdynia et Memel, le Ier Corps repart à l’attaque de Ventspils, mais ses progrès restent lents. Pire, au sud, les forces de von Chappuis font du sur-place. Von Leeb, d’accord avec von Both et von Chappuis, décide de suspendre l’opération Bruno jusqu’à ce qu’il dispose de davantage d’artillerie, et notamment d’obusiers de 210 mm.

Secteur centre
Le PanzerGruppe 2 commence à se retirer du saillant de Smolensk, remplacé par les XXème et IXème Corps d’Armée. Espérant toujours obtenir l’appui de l’OKH, Guderian harcèle Halder : « C’est pourtant clair ! Une rapide reprise de l’offensive dans notre secteur pourrait ouvrir la route de Moscou ! » En fait, il prêche un convaincu : Halder lui-même est persuadé que la prise de Moscou avant l’arrivée des pluies d’automne donnerait à l’Allemagne ses meilleures chances de succès stratégique. Mais il sait aussi que cette idée est contraire à la volonté de Hitler, à présent soucieux de l’Ukraine avant tout.
Côté soviétique, Joukov fait cette fois la tournée de ses unités au sud de Smolensk (la 43ème Armée d’Eremenko) et réorganise ses forces. Il demande à la Stavka l’autorisation de diviser le 1er Front de Biélorussie en deux entités, mais ne l’obtient pas.

Secteur sud
Au sud de Jitomir, Rokossovsky pousse son avantage. Il a créé dans la nuit une force improvisée autour de 11 KV-1, 17 T-34 et 19 T-50, sur lesquels des fantassins vont pour la première fois s’accrocher durant l’assaut lui-même. Dès l’aube, l’artillerie soviétique montre à nouveau sa puissance, sous la forme d’un barrage de trois heures qui tombe essentiellement sur les positions de la 75ème D.I. Puis les 47 chars déferlent. Les canons antichars légers se montrent incapables d’arrêter même les petits T-50, et les 88 mm sont matraqués par les canons de campagne à longue portée des Russes dès qu’ils ouvrent le feu. Pour la première fois depuis le 17 mai, l’infanterie allemande panique et un énorme trou s’ouvre au milieu du XLVIIIème PanzerKorps. Rokossovsky est trop faible pour exploiter, mais Kempf, avec l’accord de von Kleist, est obligé d’ordonner à tout le PanzerKorps de se replier jusqu’à son point de départ.
Du côté de Vinnitsa, la contre-attaque de Kirponos n’a pas autant de succès. Ses troupes attaquent avant l’aube et réussissent à reprendre de justesse le contrôle de la route d’Ouman, mais elles sont incapables de rejeter les forces allemandes de l’autre côté du Boug Sud. Un saillant de 15 km de profondeur et 30 km de large s’est créé au sud de Vinnitsa. Les pertes du IVème Corps sont cependant si lourdes que von Stülpnagel ordonne à ses hommes de se mettre sur la défensive et de se retrancher.

Mer Noire

Le sous-marin soviétique S-32 attaque un convoi roumain qui va de Constantsa à Soulina en suivant la côte. Le commandant du sous-marin affirme avoir coulé « un gros cargo ennemi », mais les sources roumaines ne mentionnent que la perte du remorqueur T-7, touché par une torpille à 22h56.

Papouasie - Nouvelle-Guinée

Le cargo rapide Saïgon Maru amène des renforts et deux péniches de débarquement à Salamaua. Le transport est attaqué par et deux B-23 hollandais et trois Blenheim de la RAAF (dont un est abattu). Les pilotes rapportent avoir incendié le navire, mais celui-ci sera par la suite observé à Rabaul en bon état.

 

Brisbane
La ville est bombardée de nuit par huit G4M1 venus de Tenaru. Les dommages sont légers, mais quinze civils sont tués. L’émotion est grande, et le gouvernement australien proteste auprès de l’Amiral Nimitz, réclamant que les forces alliées protègent le pays. Nimitz répond diplomatiquement que ses forces mettront tout en œuvre pour préserver l’Australie de nouvelles incursions japonaises « dans les meilleurs délais ».

Au large de la côte est de l’Australie

Opération Oni, Phase 3c (d’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman)

20h30 – Malgré un temps très médiocre et une mer agitée, l’I-6 attaque l’Edgemoor (7 038 GRT, US Maritime Commission, allant de San Diego à Melbourne avec du matériel militaire) au large de l’île de Gabo. Il tire quatre torpilles à moins de 3 500 mètres et obtient un coup au but, mais le cargo ne coule pas et se dirige vers la côte. L’I-6 le poursuit sur une route parallèle pour tenter de le dépasser, malgré les tirs du canon de 4 pouces installé sur l’Edgemoor, qui force le sous-marin à s’écarter un peu.

23h10 – L’I-6, qui a réussi à dépasser sa proie, tire deux nouvelles torpilles à 1 200 mètres. L’une touche, stoppant l’Edgemoor, mais aucun signe ne montre qu’il soit en train de couler. L’I-6 tire alors deux torpilles de ses tubes de poupe, qui touchent toutes les deux ; le cargo se casse en deux et sombre rapidement.

23h50 – Un Botha, arrivant comme les carabiniers, attaque l’I-6, mais le sous-marin n’est pas endommagé et s’échappe en plongée.

 

Pacifique Sud
Un groupe de quatre G4M1 repère et coule à la bombe le transport de l’US Navy AP-17 Harry Lee (ex-Exochorda, 9359 GRT), naviguant sans escorte au sud-est des Fidji.

Guadalcanal
Un B-17 de l’USAAF, deux Whitley de la RAAF et quatre Manchester de la RAAF attaquent Tenaru dans la nuit. Les trois attaques sont réparties dans la nuit pour perturber les activités des Japonais, mais ceux-ci ont allumé des feux près de Lasi Point, à l’est de Lunga Point, pour tromper les équipages des bombardiers, et les bombes tombent loin de l’aérodrome.


25 juillet

Péloponnèse
Les avions alliés maintiennent la pression sur les lignes logistiques de l’Axe en Grèce. Ils accomplissent 371 missions de combat dans la journée, perdant neuf avions en échange de quatre chasseurs allemands.

Front russe

Secteur Nord et opérations navales

Un calme trompeur règne sur le terrain. Mais à Rastenburg, Hitler a convoqué le Grand-Amiral Raeder et le Vice-Amiral Bey. Il leur ordonne « d’éliminer immédiatement la flotte soviétique de la Baltique ! » Pour cela, il faut renforcer la flotte de Baltique. Mais l’état de la flotte de surface est pitoyable.

Le BB Bismarck, le PB Admiral Graf Spee, les CA Blücher et Prinz Eugen et les CL Karlsruhe, Königsberg et Köln ont été envoyés par le fond par des adversaires Anglais, Français, Norvégiens ou Russes.

Le BC Gneisenau, terriblement endommagé, doit être en partie reconstruit avec un armement principal modifié (VI 380 mm au lieu de IX 280 mm) – fin 1944 est la date prévue pour son achèvement… si tout va bien.

Bien d’autres bâtiments sont en réparations : le BB Tirpitz, jusqu’à mi-novembre, le BC Scharnhorst, jusqu’à mi-octobre, le PB Lützow, jusqu’à début octobre, le CL Nürnberg, jusqu’à fin octobre.

La construction du CV Graf Zeppelin, interrompue en mai 1940, a repris le 13 mai 1942, mais elle ne sera pas terminée avant mars 1943… si tout va bien.

Le CA Seidlitz, tout juste achevé, est à l’entraînement et sera opérationnel début novembre.

Le CL Leipzig (dont la vitesse maximum est réduite à 24 nœuds) ne sert normalement qu’à l’entraînement et il en sera de même du CL Emden, une fois réparé (mi-novembre).

Seules grandes unités opérationnelles, le PB Admiral Scheer, à Trondheim ou Narvik, veille sur la Norvège et le CA Hipper sur la Baltique.

Dans l’immédiat, le mieux que puissent faire les amiraux allemands, c’est d’envoyer en Baltique les destroyers Z-23, Z-24, Z-26 et Z-28 (3ème Flottille, Kptn.Z.See Gadow, jusque là basée à Oslo et patrouillant entre Norvège et Danemark).

En attendant la réparation ou l’achèvement des grandes unités, les Z-4 Richard Beitzen, Z-5 Paul Jakobi et Z-7 Hermann Schoemann (8ème Flottille, Kptn.Z.See Pönitz) et les Z-14 Friedrich Ihn, Z-15 Erich Steinbrinck et Z-29 (6ème Flottille, Kptn.Z.See Schulze-Hinrichs) sont en réserve à Kiel.

Les DD Z-10 Hans Lody et Z-20 Karl Galster (5ème Flottille, Kptn.Z.See Berger) sont stationnés en France, à Brest ou à La Pallice.

Le Z-6 Theodor Riedel, en cours de remise en état, sera prêt en octobre. Même chose pour le Z-16 Friedrich Eckoldt, qui sera prêt en décembre. Trois DD neufs sont à l’entraînement : le Z-31 sera prêt en octobre, le Z-37 en janvier 1943 et le Z-32 en février.

Quatre autres DD (Z-33, Z-34, Z-38, Z-39) ont été lancés et devraient être achevés entre février et août 1943 ; trois autres (Z-35, Z-36, Z-43) sont en construction.

Quant aux torpilleurs, trois flottilles sont basées en France et en Belgique, au Havre (3ème Flottille : T-2, T-4, T-14, T-19 et 5ème Flottille : Falke, Kondor) et à Dunkerque ou Ostende (4ème Flottille : T-5, T-12, T-13 et Jaguar). En Norvège sont stationnés les T-15 et T-16 (2ème Flottille). En Baltique, la 1ère et la 6ème Flottilles (T-7, T-8, T-10, T-11 et T-17, T-18) sont en première ligne.

Les T-20, T-21, T-22 et T-23 sont à différents stades d’entraînement en attendant l’arrivée, en octobre et novembre, des T-24 et T-25. Pour l’année 1943 sont prévus les T-26, T-27, T-28, T-29 et T-30).

Les T-1, T-9 et Möwe servent de navires d’entraînement, non seulement pour la flotte de surface, mais aussi pour l’école de torpillage de la flotte sous-marine.

Le T-3 et le Greiff sont en cours de remise en état en Allemagne jusqu’en décembre.

Tout ceci est évidemment trop peu…

L’après-midi, c’est au tour de von Leeb de comparaître devant le Führer. Le Feld-Maréchal se voit intimer l’ordre de reprendre le plus vite possible l’opération Bruno.

Secteur centre
En fin de matinée, le Général Francke, qui commande la 162ème Division d’Infanterie, informe le Général Materna, commandant du XXème Corps, que son unité souffre beaucoup des tirs de l’artillerie soviétique. La 162ème doit se déployer au sud de Roudn’a, à la base du saillant de Smolensk. Le fait que le secteur fait l’objet de toutes les attentions soviétiques est confirmé par le général commandant la 87ème D.I. (XLIIème Corps), déployée à l’ouest de la ville : « Du lever du soleil à midi, ma division a déjà reçu plus de 3 000 obus de 122 mm, sans préjudice des autres calibres. » En fin de journée, l’état-major de la 9ème Armée est informé en détails de l’importance de l’activité de l’artillerie lourde soviétique. La 87ème et la 162ème D.I. ont perdu chacune 150 à 200 hommes, victimes de ce “drum fire” (tir “en roulement de tambour”), et les réserves de munitions allemandes sont si faibles que l’artillerie des deux divisions est incapable de réagir.

Secteur sud
Le XIVème PanzerKorps tente d’intensifier son attaque au nord de Jitomir pour soulager le XLVIIIème Panzerkorps, durement touché, mais les zones de défense soviétiques sont si étendues et se couvrent si bien que von Wietersheim doit interrompre son effort après des gains très limités.
En fin d’après-midi, il est clair que l’offensive allemande a échoué. Les forces soviétiques sont été sévèrement éprouvées, mais les forces allemandes n’ont plus de potentiel offensif. L’incapacité de la Luftwaffe à fournir un appui de l’importance habituelle a été un facteur clé de l’échec allemand. Mais il faut ajouter que la défense soviétique a été bien planifiée et préparée en profondeur. Kirponos a ainsi gagné, avec l’aide de Rokossovsky, une bataille défensive de grande importance contre un Groupe d’Armées Sud saigné à blanc par plus de deux mois de combats. Von Rundstedt n’a pu démanteler les défenses soviétiques et il n’est plus en position de lancer des opérations offensives.
Sans doute les Soviétiques ont-ils été rejetés de la plus grande partie de l’ouest de l’Ukraine, mais ils ont pu rétablir une ligne de défense efficace bien à l’ouest de Kiev. L’Armée allemande est donc confrontée à la perspective de devoir livrer une nouvelle bataille de percée pour marcher sur la capitale ukrainienne.

Mer Noire

Six I-16 SB lancés par des TB-3 Aviamatka venant de Yevpatoria attaquent à l’aube le port de Soulina. Ils coulent deux ferries Siebel et endommagent si gravement le paquebot Riegele Carol I (2 369 GRT) que le navire doit être échoué.

Chine – Campagne de Chekiang et Kiangsi

L’une des attaques de la 13e Armée japonaise progresse de 15 km avant d’être arrêtée à Hang-Fang. Pendant ce temps, les forces d’Anami attaquent elles aussi en direction d’Hang-Fang, pour être elles aussi bloquées. Mais il s’agit d’une feinte : au même moment, Anami lance ses meilleures troupes vers le sud.

 

Baie de Manille
Le Fort Drum se rend, ses provisions de nourriture totalement épuisées. Les Japonais peuvent enfin entrer et sortir librement de la baie.

Guadalcanal
Quatre Whitley et trois Manchester de la RAAF attaquent Tenaru de nuit, causant quelques dommages mineurs.

Pacifique Sud-Ouest
Deux G4M1 bombardent Brisbane et six Nouméa, mais ne causent aucun dommage notable. Quatre autres tentent de repérer des navires alliés, mais sans résultat.

Sydney
Venant de Fremantle, l’hydravion Golden Horn (RAF X-8273) amerrit sans incident.

 

26 juillet

Benghazi
Après plusieurs vols d’entraînement et des attaques simulées par des chasseurs de l’Armée de l’Air, l’officier commandant le 98ème BG, le Colonel Kane, rencontre des officiers de la Force Aérienne de Mer Egée, qui lui décrivent les tactiques employées par la chasse allemande contre les bombardiers de jour. Kane propose alors aux autres officiers américains et français de la force de B-24 rassemblée pour Blowlamp/Lampe à Souder un important changement de leur formation d’attaque. Son idée est de modifier la formation standard des Bomber Groups de l’USAAF pour une meilleure concentration des tirs défensifs.

Les deux Groups américains fourniront à eux deux 48 avions et l’Escadre française autant. Les 96 avions formeront quatre formations (ou boxes) de 24, séparées d’environ 1200 mètres et échelonnées en altitude, la première box la plus basse, la dernière la plus haute. Les P-38 d’escorte pourront ainsi mieux protéger toute la formation.

Front russe

Secteur Nord et opérations navales

Sur proposition de trois officiers sous-mariniers, l’Amiral Tributs approuve la création d’une “unité d’infiltration” composée de marins de la Flotte de Baltique, pour des “opérations spéciales”.

Secteur centre
La pression soviétique continue à augmenter. Les 24ème et 49ème Armées, sur le flanc nord du saillant, lancent des attaques destinées à sonder les défenses allemandes. Les attaquants s’enfoncent de 3 km dans les positions de la 256ème D.I. (la plus à l’est) avant d’être vigoureusement rejetés sur leur ligne de départ. Cependant, la division a perdu 500 hommes dans l’affaire, sous une incessante pluie d’obus. Son artillerie a aussi subi des pertes sous les coups des 122 mm de campagne à longue portée, tirant en contre-batterie.
En fin de journée, le Général Materna rencontre à Borisov son chef de Groupe d’Armées, le Maréchal von Bock. Celui-ci accepte d’affecter au XXème Corps des unités des réserves du Groupe d’Armées, les 15ème et 112ème D.I. La 112ème Division doit se déployer à gauche de la 162ème (juste en face de Roudn’a, à la charnière entre le XXème Corps et le XLIIème) ; la 15ème Division doit se déployer à droite de la 162ème, entre celle-ci et la 256ème.
Dans le camp soviétique, Joukov accueille avec plaisir l’arrivée des 274ème et 277ème Divisions d’Artillerie. Celles-ci doivent se déployer en appui des 43ème et 50ème Armées, au sud de Smolensk.

Secteur sud
Pour la première fois en cinq semaines, le front est relativement calme.

A Moscou, après avoir écouté le rapport de Kirponos, la Stavka décide d’envoyer le Général Vasilevsky à Kiev pour évaluer la situation.

Mer Noire

Le sous-marin soviétique S-31 affirme avoir touché le destroyer roumain Marasesti, mais celui-ci, décidément chanceux, s’en tire à nouveau sans une égratignure.

Brisbane
Quatre G4M1 bombardent Brisbane. Ils touchent le centre-ville. Il y a peu de pertes humaines, mais la rupture d’une canalisation de gaz provoque un incendie qui, attisé par le vent, ravage quatre blocs d’immeubles.

Pacifique Sud-Ouest

Deux groupes de quatre G4M1 décollent de Tenaru, armés de bombes pour économiser les torpilles. Un de ces groupes repère des navires américains, 200 nautiques à l’est de la Nouvelle-Calédonie. L’USS Brazos (un vieux pétrolier chargé de pétrole brut) est escorté par les DM Sicard et Pruitt (de vieux “four-pipers” convertis). Les G4M1 les attaquent dans la matinée. Deux bombes touchent le Brazos, qui se transforme en geyser de flammes. Le Pruitt reçoit une bombe et trois autres le ratent de peu ; il stoppe, ses machines atteintes. Les deux navires sont abandonnés et sombreront dans la journée. Les pertes humaines sont très faibles, grâce au Sicard, qui récupère les naufragés.

Mais les navires américains se sont énergiquement défendus, et deux G4M1 sont gravement endommagés. Ils ne peuvent rejoindre Tenaru et se posent en mer, mais des hydravions H6K réussissent à récupérer les équipages. Les deux autres G4M1 ont en réalité moins de chance. Les appels à l’aide des navires américains ont été entendus, et les bombardiers sont rattrapés par deux DB-73M2 de l’AB8, qui les abattent sans autre forme de procès. Les obus de 20 mm déchiquettent la structure fragile des bombardiers Mitsubishi et les deux avions s’écrasent en mer sans laisser le temps de sauter à leurs équipages.
Les G4M1 de Tenaru ont donc perdu six des leurs en tout, mais ils n’ont plus guère de cibles navales. Les navires alliés sont déroutés pour ne pas passer à moins de 1300 nautiques de Tenaru, sauf s’il est impossible de l’éviter. Les navires obligés de se rendre dans cette zone doivent choisir une route minimisant leur temps de vulnérabilité. Les DB-73M1/2 de l’AB8 patrouillent dans la zone pour protéger les navires qui doivent la traverser.
Néanmoins, la Marine japonaise a une bonne idée des mouvements des navires alliés dans cette zone. Ses avions ont pu constater que Nouméa est encombré de navires (à ce moment, 80 vaisseaux attendent leur tour de décharger dans le petit port) et que les Alliés concentrent dans la région des forces importantes.


27 juillet

Paris

Journal de Jacques Lelong – Les Allemands s’intéressent vraiment à la soufflerie de Chalais-Meudon. En moins de deux mois, les effectifs vert-de-gris dans la boîte ont plus que doublé. Et le Lt-Colonel Richter n’est pas un simple soudard. En fait, si j’en crois mon copain le Sergent Schwartzkopf (son chauffeur), ce n’est pas un soudard du tout. Schwartzkopf, qui l’aime beaucoup, en parle volontiers. Il est ingénieur chez Messerschmitt, où il a même été pilote d’essai. Il aime tout ce qui va vite, des voitures de sport (il paraît qu’il a “réquisitionné” une Bugatti) jusqu’aux avions de chasse, mais il n’a jamais combattu. En fait, il doit son grade à son efficacité dans les bureaux d’étude et sur les terrains d’essai.

Qu’est-ce qu’Elle a pu lui trouver que moi je ne pouvais lui offrir ? Facile, c’est un type brillant, un vainqueur, et il n’a même pas de sang sur les mains, alors que je ne suis qu’une sorte de Pied Nickelé. Mais alors pourquoi cette nuit, ces paroles et ses actes ? Les mots de son dernier message tournent et retournent dans ma tête...

N’en pouvant plus, j’ai décidé d’étudier les activités actuelles de Herr Richter – après tout, c’est une partie de ma mission. Ayant appris qu’il allait régulièrement au bourget essayer divers appareils, j’ai décidé d’aller voir. Informé par l’intermédiaire de Lucette, Brume m’a fait répondre « Bonne idée. Contactez X…, au service d’entretien de l’aérodrome du Bourget, de la part du Père Joseph. » Efficace, Brume. Deux jours plus tard, je pouvais ajouter à mes fonctions de crieur de journaux collabos celles de balayeur et aide-mécano aux ateliers de mécanique du Bourget. Quosque non ascendet ? dirait mon prof de latin – ou peut-être le prof de latin d’un autre Jacques Lelong… En attendant, j’apprends un peu de mécanique sous les ordres d’Albert, un vieux mécano pas très causant, qui regarde sans cesse le ciel (j’ai cru comprendre que son fils était “Là-bas”, dans l’aviation, bien sûr).

Renseignements pris, le Colonel semble particulièrement apprécier un appareil français capturé en 40, le prototype de l’Arsenal VG-33. Balai en main, j’ai longuement examiné la bête. Je n’avais jamais vu un avion de si près, et j’ai été d’emblée frappé par l’élégance de ses formes, malgré les croix noires qui le défigurent. Sans doute cet objet d’art est-il techniquement dépassé, aujourd’hui, mais Richter a l’air séduit. Aujourd’hui, il s’est fait plaisir : il a volé avec. J’étais devant le hangar du VG-33 quand il est sorti du cockpit, avec un air épanoui qui le rendait presque sympathique. Avec quelques autres gars, sous les ordres d’un sous-off boche, nous nous sommes précipités pour rentrer l’objet d’art à l’abri. « Attention, petit ! m’a dit Albert. Tes mains là, pas là, tu comprends. Il est fragile, très peu de métal et beaucoup de bois. Et, pour faire tenir le bois, de la colle. Si on n’est pas soigneux, on peut l’abîmer ! » Cette délicatesse n’était pas partagée par l’adjudant chleuh, qui en gueulant des « Schnell ! Schnell ! », est arrivé nous donner un coup de main brutal. Mais il n’a pas crié plus fort que Richter, qui lui a sauté dessus, furieux, visiblement pour lui dire, en allemand et sans aucune amabilité, ce que venait de m’expliquer Albert. D’ailleurs, le colonel s’est tourné vers Albert, et lui a adressé la parole, dans un français korrect, malgré un accent assez marqué : « Fous savez, fous, comment faire. Montrez-lui. » Hésitant, Albert a montré où il fallait mettre les mains et où il ne fallait pas les mettre, où il fallait pousser et où il fallait tirer. Et Richter s’est mis à nous aider à rentrer, ranger et nettoyer le VG-33, tout en discutant avec Albert d’histoires de moteur, d’aérodynamique, de structure en bois et de colles spéciales. Je n’ai rien pigé, mais Albert comprenait et, peu à peu, je le voyais se dégeler, répondre et participer, en jetant sur l’avion des regards attendris. Vers la fin, pourtant, j’ai très bien saisi une phrase de Richter, à propos de colles justement : « Ach, z’est très intéressant. Il y aurait une betite expérience à faire en éproufette. Je fais demander à mon assistante, elle débute, mais elle est très douée… et très cholie. »

Je me suis souvenu qu’Elle avait obtenu un 20 sur 20 au partiel de chimie du début de l’année – il y a un siècle. Alors, c’est à la fois sa maîtresse et sa collaboratrice ! Je réalise combien la limite entre l’amour et la haine est mince : si la guerre la remet en face de moi, je n’aurai pas de pitié. Pourquoi flinguer Renault et l’épargner, Elle ? Mais je ne sais pas si je souhaite ou non cette confrontation.

 

Méditerranée centrale
De l’aube au crépuscule et de Sardaigne en Calabre, les terrains italiens sont pilonnés. La journée est la plus active qu’ait jusqu’alors connue l’aviation alliée dans la région, avec 811 missions offensives. Les attaquants perdent 28 avions, en combat ou du fait de la DCA, mais 11 chasseurs italiens sont abattus et 23 autres avions de la Regia Aeronautica sont détruits au sol. Plus important encore, les complexes d’aérodromes de Comiso, Trapani, Reggio de Calabre et Cagliari sont durement touchés et plusieurs stations de radar sont détruites.

Péloponnèse
La Force Aérienne de Mer Egée lance une série d’attaques contre les positions de l’Axe autour de Tripolis, Argos et Corinthe. La Luftwaffe réagit en force, déclenchant la plus violente bataille aérienne dans le secteur depuis l’opération Périclès. Les Alliés perdent 39 appareils (près de 10% des forces engagées), mais la Luftwaffe y laisse 23 avions – un très lourd tribut également.

Front russe

Secteur Nord et opérations navales

Avant l’aube, les canonnières du PPOVF et des péniches fluviales débarquent l’équivalent d’un régiment sur la rive ouest du Lac Pskov. La tête de pont est vite assaillie par les forces allemandes, mais les canonnières l’appuient de leur feu durant toute la journée. Dans l’après-midi, la Luftwaffe détruit les deux petites canonnières n°63 et n°202, mais les autres permettent aux troupes débarquées de repousser une nouvelle contre-attaque. Dans la nuit, la tête de pont est renforcée et étendue.

Secteur centre
Toute la journée, de petites attaques soviétiques sondent les défenses des deux flancs du saillant de Smolensk.

Au nord, les 162ème et 256ème D.I. du XXème Corps, constamment harcelées par l’artillerie, perdent chacune 200 hommes.
Au sud, des chars soviétiques sont engagés pour la première fois par la 43ème Armée, et la 292ème D.I. (IXème Corps) est sévèrement bousculée. Seule l’intervention rapide de canons AA de 88 mm et le fait que les chars russes ne soient pas accompagnés d’infanterie permet aux forces allemandes d’éviter un désastre local. Cependant, si les 88 AA brisent l’attaque des blindés soviétiques, ils sont durement pilonnés en retour par les canons de 122 et les obusiers de 152. Dans la soirée, Joukov critique férocement Eremenko pour avoir mal utilisé ses blindés, mais le Général Dehmel rapporte au Général Geyer, qui commande le IXème Corps, que sa 292ème Division a perdu en une seule journée plus de 700 hommes.
 
Secteur sud
Avant l’arrivée de Vasilevsky, Kirponos ordonne aux troupes soviétiques au sud de Vinnitsa d’attaquer à nouveau les forces allemandes, espérant repousser le IVème Corps à l’ouest du Boug Sud. Cependant, l’attaque, organisée avec des moyens trop faibles, s’éteint sans résultat.

Mer Noire

Les contre-amiraux Vladimirskiy et Gorshkov font leur rapport au vice-amiral Oktyabrskyi sur l’état de préparation du 3ème Régiment d’Infanterie de Marine.

Port-Blair (îles Andaman)
Les 72 hommes du commando français du Colonel d’Astier de la Vigerie, stationnés dans les Andaman depuis l’annulation de l’opération Coucou, qu’ils devaient effectuer dans le cadre de Pedestal, embarquent avec 11 éclaireurs indigènes sur le mouilleur de mines rapide HMS Manxman pour l’île d’Elphinstone. Cette île, située par 12°85 Nord et 98°06 Est, connue dans la région sous le nom de Thayawthadangyi Kyun, fait partie de l’archipel Mergui. Elle a été choisie par les agents du SOE britannique pour y créer une base secrète afin de recueillir des renseignements sur les forces et les mouvements japonais dans la région et d’établir des liens d’amitié avec la population locale, connue sous le nom de “Mergui Sea Gypsies”, les Gitans de la Mer de Mergui. Une fois créé un réseau d’observateurs côtiers, le commando et ses nouveaux alliés seront prêts à soutenir les opérations offensives dans la région, prévues pour 1943. L’odyssée du commando sera racontée par l’un de ses membres, ancien soldat dans une unité blindée de la Campagne de France, Jean-Marie de Beaucorps, dans la seconde partie de ses mémoires (Soldat de Plomb et Soldat de Jade, Ed. Michalon, 1998 et 2000).

Baie de Kuching
L’escadre de l’Amiral Kondo quitte la Baie de Kuching pour une opération de réduction des défenses de Singapour. Le commandement de l’Armée impériale a en effet promis que la deuxième offensive contre Singapour, retardée à plusieurs reprises, doit commencer bientôt.

Buna (côte nord de Papouasie/Nouvelle-Guinée)
Des transports japonais débarquent plusieurs milliers d’hommes en préparation d’une offensive vers Port-Moresby à travers la chaîne Owen Stanley.

Brisbane
Quatre G4M1 attaquent Brisbane. Ils ne causent que de légers dommages et sont pour la première fois pris pour cibles par quelques canons de DCA.
Mais ce même jour est marqué à Brisbane par un événement discret, mais d’une bien plus grande importance que le harcèlement japonais. Le Contre-Amiral Charles A. Lockwood, commandant des sous-marins de l’US Navy dans le Pacifique Sud-Ouest, reçoit un long message radio du Bureau des Munitions de la Navy (Bureau of Ordnance) selon lequel : « (…) le réglage en profondeur des torpilles semble défectueux et tend à être excessif. Lors d’essais récents, il a été constaté que des torpilles filaient dix pieds plus profond que ce qui était souhaité. Le dispositif d’anti-contre-explosion [évitant le dérèglement du gyroscope en cas d’explosion dans le secteur] est erratique et son inactivation est autorisée à la discrétion du commandant du sous-marin. »
Ce message confirme les craintes exprimées par la plupart des officiers sous-mariniers américains depuis le début de la guerre. Ainsi, dès le mois de décembre 1941, le commandant du Sargo (Lt-Commander T.D. Jacobs), qui avait constaté la non-explosion de treize (!) torpilles, avait expérimenté des modifications du réglage de la profondeur. De plus, il avait débranché le détecteur d’influence magnétique. L’appareil était censé déclencher l’explosion d’une torpille passant sous la quille du navire visé, et provoquer alors des dommages bien plus importants que son explosion au contact du flanc de la coque. Mais cela obligeait à régler les torpilles pour une course en profondeur.

De nombreuses discussions entre sous-mariniers américains, anglais et français, à Fremantle ou à Brisbane, avaient convaincu les premiers qu’il y avait « quelque chose de pourri au royaume de nos torpilles » selon l’expression du Contre-Amiral Lockwood. Finalement, le 20 et le 21 juin, le Captain Fife, à Brisbane, avait tiré des torpilles contre un filet de pêche cible spécial, et observé que ces torpilles filaient vraiment trop profondément.

Dans son rapport envoyé avec l’approbation de Lockwood à Pearl Harbour, et qui devait aboutir sur le bureau de l’Amiral King, le Captain Fife ajoutait : « Les sous-marins français opérant d’Australie Orientale [Brisbane] ne sont pas plus modernes que nos plus récents sous-marins océaniques. Dans une certaine mesure, ils sont équivalents à nos classe Perch d’avant-guerre. Leurs torpilles, qu’elles soient d’origine française ou qu’il s’agisse de Mk-VIII anglaises adaptées aux dimensions françaises, ne peuvent être considérées comme plus évoluées que celles qu’utilisent nos propres sous-marins océaniques. Dès lors, il serait erroné de supposer que les résultats obtenus par les sous-marins de nos alliés sont le fruit d’une supériorité technique quelconque sur nos meilleurs matériels.

Les commandants français sont extrêmement agressifs et fréquemment prêts à s’approcher à très courte distance avant de tirer, mais c’est aussi le cas de nos propres officiers. Cependant, les équipages français sont tous très entraînés et utilisent le tir en gerbe. Ils méprisent ouvertement tous les dispositifs de mise à feu trop complexes et se fient à la fusée de percussion.

Si l’expérience du combat peut rendre compte au début de l’utilisation de meilleures tactiques, on ne peut échapper à la conclusion que les torpilles de nos alliés sont bien plus fiables que les nôtres. Cette supériorité ne peut être liée uniquement à un réglage de profondeur défectueux, même si ce facteur est certainement responsable d’au moins 50% des échecs dont nos sous-marins ont souffert jusqu’à présent. Si on ne peut écarter le fait qu’un entretien défectueux, dans les très dures conditions du combat, ait pu provoquer un mauvais rendement de certaines torpilles, la fiabilité du détecteur d’influence magnétique est aujourd’hui mise en doute par tous les commandants de sous-marins du Southwest Pacific Command. »
Malheureusement, le Bureau of Ordnance, tout en acceptant les résultats des tests de réglage de profondeur conduits à Brisbane, reste réticent à admettre la seconde conclusion du Captain Fife. Le détecteur d’influence magnétique est encore considéré comme l’un des secrets les plus importants de l’US Navy.

Guadalcanal
Dans la nuit, six Whitley et quatre Manchester de la RAAF attaquent Tenaru et, pour la première fois, Tulagi. Deux bombes frappent une réserve d’essence près de Tanimbogo, provoquant un incendie qui détruit la moitié du carburant entreposé là dans des barils. L’un des Manchester est perdu en raison d’un incendie de moteur au-dessus de la Nouvelle-Calédonie, mais l’équipage peut sauter et tous les hommes sont sauvés.
Pendant le raid, un PBY-5 français effectue une mission de “reniflage radar” pour identifier l’équipement de la station japonaise opérant à Guadalcanal.

Nouméa
Quatre G4M1 de Tenaru, à nouveau détectés tardivement, attaquent le port quelques minutes après l’aube. Mais la brume matinale masque leurs cibles, pourtant nombreuses, et ils n’infligent aucun dommage. En revanche, la brume empêche aussi le décollage des P-40 de l’AC20.
En fin de matinée, l’hydravion transportant le Général Martial Valin et les officiers de sa commission d’enquête arrive en Nouvelle-Calédonie.

Pacifique Sud-Ouest
Un hydravion japonais repère des transports alliés, mais les bombardiers envoyés les attaquer ne les trouvent pas. De leur côté, les DB-73M1/2 français organisent des patrouilles à la recherche des hydravions de reconnaissance japonais, mais sans plus de succès.

Au large de la côte est de l’Australie

Opération Oni, Phase 3c (d’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman)

12h15 – Le Ro-65, embusqué tout près de la côte, attaque un cargo et son escorteur au large de Newcastle peu après qu’ils aient quitté le port, en eaux peu profondes. Il tire une salve de six torpilles à 3 200 mètres. Le Sontay (8 917 GRT, à moitié rempli de charbon, allant de Newcastle à Brisbane, où il doit charger de la farine à destination de Nouméa) est touché par deux torpilles, l’une au milieu, l’autre à l’avant. La proue brisée, il stoppe. L’aviso qui l’escorte échappe à une torpille qui passe sous sa coque.

Le Sontay, très gravement endommagé, s’échoue à Stockton Beach ; il est irréparable. Il n’y cependant pas eu de pertes humaines.

Au lieu de s’échapper vers le large, le Ro-65 se rapproche encore de la côte et va se poser sur le fond. Cette tactique se montre efficace, car l’aviso, bientôt rejoint par un avion, le recherche vers le large. Le sous-marin s’échappe dans la nuit et, n’ayant plus de torpilles, repart vers Kwajalein.

 

Pearl Harbour
Les “croiseurs sous-marins” USS Argonaut, USS Nautilus et MN Surcouf commencent à s’entraîner à des assauts amphibies avec le 2ème Raider Battalion du Lt-Col. Evans F. Carlsons, USMC. Il est prévu de confier aux trois gros submersibles une diversion stratégique dans les îles Gilbert.


28 juillet

France occupée
Une opération “Circus” de grande ampleur voit les premières missions de combat des B-17 de la 8ème Air Force de l’USAAF. Vingt-quatre B-17 du 97ème BG, escortés par un grand nombre de Spitfire (pas moins de 240, dont ceux de la 1ère EC française), bombardent Abbeville-Drucat. Les FW-190 du JG-2 évitent le combat et vont se poser à Amiens ou à Lille.

Méditerranée centrale

Nouvelle journée de bombardements alliés. Cette fois, les objectifs sont les quais et les gares de triage de Calabre et de la région de Tarente, cibles de 717 missions d’attaque. Les Alliés perdent 19 avions (dont 9 abattus par la DCA), mais détruisent 13 chasseurs italiens.

Rome
En fin de soirée, passant en revue les résultats des deux dernières journées d’attaques alliées, qui lui ont coûté à elles seules 24 chasseurs, plus 23 avions détruits au sol, le commandement de la Regia Aeronautica décide de redéployer en Calabre les chasseurs opérant en Sicile du Sud et de l’Ouest. Il faut reconstituer un noyau de chasse solide pour faire face à une prévisible grande opération ennemie ; c’est devenu la principale priorité, après les pertes subies depuis deux semaines.

Grèce
L’activité aérienne est relativement limitée au-dessus du Péloponnèse, en dehors d’une forte attaque contre Corinthe. Cependant, profitant de la diversion créée par cette attaque, des NA-73 (Mustang I) effectuent des missions “d’intrusion” autour d’Athènes. Pour la première fois depuis longtemps, le chiffre des pertes alliées sur ce théâtre (13 avions) est proche de celui des pertes de la Luftwaffe (11 avions).
Par ailleurs, peu avant le coucher du soleil, plusieurs Mustang I armés de canons de 40 mm (des NA-92) attaquent des chars et des véhicules blindés allemands au nord de Tripolis. Ils détruisent cinq Pz-III et trois half-tracks, ne perdant qu’un appareil, abattu par la DCA.

Front russe

Secteur Nord et opérations navales

Le Général Vatoutine ordonne une attaque limitée dans le secteur de Leomatsy pour fixer les forces allemandes. La tête de pont du lac de Pskov, renforcée durant la nuit par des hommes de la 7ème Armée, atteint Pechory au crépuscule. Pendant ce temps, le Général Sobennikov ordonne à la 55ème Armée d’attaquer de Pskov le long de la rive sud-ouest du lac.
En Courlande, les navires du Vice-Amiral Rall débarquent à Ventspils la Brigade Ladoga, ainsi que des munitions et de l’artillerie (des obusiers de 122 mm).

Secteur centre
Alors que la 15ème et la 112ème D.I. allemandes commencent à se déployer sur le versant nord du saillant de Smolensk, les plus âgés de leurs officiers sont frappés de la ressemblance du paysage avec celui qu’ils ont connu vingt-cinq ans plus tôt au Mort-Homme ou à Paschendael. Les lignes soviétiques sont maintenant protégées par plusieurs lignes de barbelés. Manquant d’effectifs pour établir une ligne de tranchées continue, les unités allemandes se sont installées dans une série de “perles défensives” dont l’agencement rappelle lui aussi la Première Guerre. Mais le plus désagréable élément qui réveille les souvenirs de 1916 est le martèlement continuel des mortiers et obusiers russes qui harcèlent les positions allemandes. L’artillerie du XXème Corps manque encore de munitions pour répondre, et sait de plus que toute réponse provoquera une contre-batterie meurtrière de la part des canons de 122 des Soviétiques.

Secteur sud
Vasilevsky arrive à Kiev dans la matinée. A midi, il est à Jitomir et, après une longue conversation avec Rokossovsky, il visite le champ de bataille. Dans la soirée, il part pour Vinnitsa, afin de rencontrer Kirponos.
A Rovno, von Kleist rencontre von Rundstedt, et l’avertit que le PzG-1 aura besoin d’un mois à six semaines pour se reconstituer. Von Rundstedt est aussi gravement préoccupé par les pertes subies par l’infanterie allemande depuis le 17 mai, et surtout depuis le 19 juin. « Si le caporal de Bohême avait permis à la 6ème Armée de se replier pour gagner du temps lors de l’offensive soviétique, nos pertes en infanterie auraient été moins sévères. De plus, et peut-être même surtout, la Luftflotte 4 se serait évité les pertes qu’elle a subi à ce moment et qui l’ont empêché de soutenir convenablement notre propre offensive. »
De son côté, von Kleist souligne que les tactiques soviétiques s’améliorent à vue d’œil et que l’infériorité qualitative des blindés allemands devient une préoccupation chaque jour plus grave. « Il est urgent, Herr Feld-Maréchal, de mettre en ligne en grand nombre les Panzer IV F2 équipés de canons de 75 mm longs et de remplacer le Panzer IV par le Panzer V dans son rôle de char lourd. »
Mais les deux officiers négligent le fait que, lors de la dernière phase des opérations notamment, des lignes de défense bien préparées ont très largement amoindri le potentiel offensif des unités blindées allemandes. Et quand elles ont pu percer ces lignes de défense, les unités allemandes étaient en général si affaiblies qu’elle devenaient vulnérables aux contre-attaques soviétiques. C’est là une démonstration tardive, mais lumineuse, de ce que Joukov a affirmé début juin quand il s’est opposé au principe d’une offensive prématurée. Les forces soviétiques sont encore trop novices et manquent d’équipement pour accomplir toutes les tâches liées à une percée en profondeur. Néanmoins, elles ont la doctrine et le matériel nécessaires pour créer des “poches à feu” dévastatrices, surtout lorsqu’elles peuvent compter sur la collaboration d’une force de travailleurs civils. Les panzer, eux, se reposent beaucoup trop sur le choc et la surprise pour pouvoir balayer rapidement une défense bien préparée.

Mer Noire

Un convoi soviétique allant de Sébastopol à Odessa tombe, non loin de sa destination, dans un champ de mines mouillées par des avions allemands. Il perd deux escorteurs : le DD Besposhchadnyii et le MS T-411 Zashchitnik.

Singapour
La 2ème Flotte du Vice-Amiral Nobutake Kondo[1] arrive ce matin à 150 km à l’est de Singapour. Les appareils des deux porte-avions commencent à s’en prendre aux batteries côtières et aux entrepôts. Les deux raids lancés ce jour-là se heurtent à une DCA très dense, et perdent trois D3A1 et deux A6M2.

Brisbane
Deux G4M1 de Tenaru mènent un raid nocturne de harcèlement qui ne cause que de légers dommages.

Nouméa
Dans la nuit, 14 G4M1 attaquent la zone d’entrepôts située près du port de Nouméa, provoquant plusieurs incendies. Certains ne sont que des leurres, mais plusieurs entrepôts ont bien été touchés, dont un dépôt de munitions qui est perdu. La dispersion des grandes quantités de ravitaillement accumulées dans le secteur est alors commencée.
Un G4M1 a été abattu par la DCA, mais cela ne suffira évidemment pas à dissuader les attaquants. Il est décidé qu’en cas de besoin (alerte radar), les DB-73/M2 de l’AB8, aidés par les projecteurs, pourront jouer les chasseurs de nuit, en attendant l’arrivée d’appareils spécialisés.

Guadalcanal
Quatre Whitley et deux Manchester de la RAAF, avec deux B-17 de l’USAAF, attaquent Guadalcanal. Deux A6M2 sont endommagés à Tenaru.
Après les raids de la nuit, sept des 24 G4M1 basés à Tenaru ont été perdus. Trois ne sont plus en état de combattre et sont renvoyés à Rabaul pour réparations. Il en reste donc 14.
Dans la journée, des A6M2 patrouillant autour de Guadalcanal interceptent et détruisent un PBY-5 français au sud de l’île.

Iles Koro (Fidji)
Les navires amphibies de l’Amiral Turner commencent une répétition de trois jours du débarquement sur Guadalcanal, sous la protection de la TF-61 du Vice-Amiral Frank Fletcher, qui comprend les CV USS Saratoga, Enterprise et Wasp.

Les plans initiaux prévoyaient qu’à cette même période, le Renown et des croiseurs lourds effectueraient un raid de bombardement contre les positions japonaises de Guadalcanal. Ce raid est annulé : une opération diurne semble trop risquée, compte tenu du fait que les porte-avions doivent couvrir les forces amphibies et ne sont donc pas disponibles pour protéger une force de bombardement. Une opération nocturne est elle aussi écartée, car elle paraît trop peu précise et non dénuée de risques lors de la phase d’approche ou de repli.

 

 

29 juillet

Méditerranée centrale
Cagliari, Reggio de Calabre et Tarente sont attaquées en même temps. En 587 missions, les Alliés ne perdent que 7 avions en tout, contre 5 chasseurs italiens.
En fin de journée, 64 des 96 B-24 des 98ème et 376ème BG (Colossus et Liberandos) arrivent de Benghazi à Tunis-Pont du Fah. Le Général J. Doolittle a accepté de les faire participer à quelques missions de combat en Méditerranée centrale pour donner aux équipages de l’USAAF un peu d’expérience du combat avant le début de Blowlamp.

Grèce
La gare de triage de Larissa est durement touchée par un raid allié. La Luftwaffe réagit avec un temps de retard et n’intercepte les attaquants que sur le chemin du retour, au dessus de la mer. Un Beaumont I, un B-25 et quatre P-40E sont abattus, mais aussi 4 Bf-109F (dont un par les tirs défensifs des Beaumont).

Pour commencer à combler les pertes subies par les Gruppen de chasse d’élite de la Luftwaffe en Grèce, le JG-27 reçoit un premier lot de 14 Bf-109G. Cette nouvelle variante du “109” est plus puissante que le Bf-109F grâce à son moteur DB-605. Cependant, le “Gustav” n’est pas aussi agréable à piloter que le vieux “Fritz”.

Avec les nouveaux avions arrivent aussi seize nouveaux pilotes, attendus avec au moins autant d’impatience. Mais…

A Berlin, dans les bureaux du RLM (le Ministère de l’Air), l’officier éloigna le téléphone de son oreille en grimaçant. Son interlocuteur, le Major Neumann, Geschwader Kommodore du JG 27, avait beau être en Grèce, il était si furieux que le combiné lui-même tremblait de colère. « Est-ce que vous êtes tous devenus fous, à l’Etat-Major ? Je n’ai pas besoin de gamins à peine sevrés, ici ! Je ne sais pas si cela suffit contre les Russes, mais contre les Anglais et les Français, moins de 150 heures de vol, ce n’est pas assez ! Or, trois des seize hommes que vous m’avez enfin envoyés en renfort ont respectivement 129, 135 et 148 heures sur leur carnet de vol, ce sont des gosses ! Et, Dieu du Ciel ! Il y en a même un qui n’a que 118 heures ! » L’officier tenta une protestation : « La supériorité de nos Bf-109… » commença-t-il… « Vous pensez qu’elle dispense de savoir piloter ? Vous croyez qu’ils ont quels avions, en face ? Des Sopwith Camel et des Spad VII, comme ceux que le Reichsminister a combattu ? Dans les conditions actuelles, la seule chose que puissent faire ces gamins, c’est se faire tuer ! Je refuse d’être responsable de leur mort. Je les remets tous les quatre dans le train de Vienne dès ce soir. Et vous pouvez répéter tout ça au Reichsminister, si vous voulez ! » Le Major Neumann raccrocha avec violence. L’officier raccrocha lui aussi, avec précautions. Répéter ça au Gros Hermann ? Mieux vaudrait encore rejoindre le front, avec ou sans heures de vol.

Quelques heures après cet épisode, l’état-major de la Luftwaffe à Athènes envoie à Berlin un message tentant de faire comprendre que, malgré les lourdes pertes qui leur sont infligées, les Alliés poursuivent avec acharnement leurs attaques en Grèce, et que les Gruppen de chasse de la Luftflotte Griechenland sont au bord de l’épuisement. Cependant, l’intensité de la bataille sur le front russe est telle qu’elle absorbe toutes les réserves de la Luftwaffe. L’état-major général ne peut que répondre à la Luftflotte Griechenland qu’il faut économiser ses forces jusqu’à l’hiver prochain, et qu’il sera alors possible de ré-affecter en Grèce une partie des forces engagées contre l’URSS, une fois l’aviation soviétique dûment éliminée. Ce qui ne devrait plus demander que quelques mois !

Front russe

Secteur Nord

Le Général Shubert est obligé d’engager une partie de ses forces dans les combats sur les rives ouest et sud du lac de Pskov. Toute la journée, les VVS et la Luftwaffe sont relativement actives dans le secteur.

Secteur centre
Dans la matinée, von Bock reçoit à Minsk ses chefs d’Armée et de Corps d’Armée, ainsi que Guderian et l’état-major du PanzerGruppe 2. Tant Materna (XXème Corps) que Geyer (IXème Corps) recommandent de se retirer du saillant de Smolensk. « Ce serait une erreur grave ! s’insurge Guderian. Smolensk doit être tenue à tout prix, c’est la porte de Moscou ! Ce qu’il faut faire, c’est améliorer l’approvisionnement en munitions de notre artillerie et obtenir de la Luftwaffe un soutien plus énergique ! »
Pendant ce débat, la 263ème Division (IXème Corps), déployée juste au sud de Smolensk, est la cible d’une puissante attaque soviétique, succédant à cinq heures d’un barrage roulant d’artillerie. Du côté est, une partie de la division doit reculer de 5 km, créant un saillant local à la jonction entre la 263ème Division et la 137ème, sur son aile gauche.
Le même jour, à son QG de Vyazma, Joukov transmet son plan d’attaque à la Stavka. La 214ème Brigade Blindée Spéciale (chars lourds), la 219ème Brigade Blindée, les 208ème et 209ème Régiments Indépendants d’Artillerie (armés d’obusiers de 203 mm) commencent à se déployer dans la zone de la 24ème Armée.

Secteur sud
Nouvelle journée calme sur le front. Vasilevsky quitte la région de Vinnitsa vers midi et rentre à Kiev puis à Moscou.

Mer Noire

Le 1er Groupe naval de Sabotage et Diversion exécute une opération amphibie d’entraînement sur la côte près de Feodosiya avec le concours des vieux DD Nezamojnik, Shaumjan et Frounze et d’un sous-marin.

Ile d’Elphinstone (Thayawthadangyi Kyun) – Côte est de la Malaisie

« Vers minuit, les opérations de débarquement commencent. Une petite centaine d’hommes, du matériel… C’est vite fait. A 02h15, le Manxman repart vers Port-Blair comme s’il avait le feu au derrière. Et voilà. Nous sommes perdus au milieu de nulle part, dans une île au nom si imprononçable que ses colonisateurs anglais lui en ont donné un autre, et où les ennemis les plus proches sont des moustiques porteurs de malaria. Pourtant, De la Vigerie en est sûr : ici, un petit groupe décidé peut changer la face de la guerre ! » (J.M. de Beaucorps, op. cit.)

Singapour
A l’aube, les porte-avions de Kondo reprennent leurs attaques. Deux raids visent les batteries côtières, un des entrepôts de Singapour. Deux nouveaux D3A1 sont abattus par la DCA.

Brisbane
Nouveau raid nocturne de harcèlement par deux G4M1 de Tenaru (l’ensemble de ces raids sera baptisé par les journaux australiens, avec une exagération non négligeable, “the Brisbane Blitz”). Trois CAC Boomerang tentent d’intercepter les bombardiers à la lumière des projecteurs, mais sans succès. L’un s’écrase même en se posant, sans mal pour le pilote.

Guadalcanal
Deux Whitley et deux Manchester harcèlent Tenaru dans la nuit, sans grand résultat.
Plus efficaces sont les quatre DB-73M1 de l’AB8 qui ont ravitaillé à Efaté (Port-Vila), décollé dans la nuit, parcouru les 200 derniers km à basse altitude pour échapper au radar japonais et attaquent à l’aube. Chaque avion ne porte que huit bombes de 50 kg DT2, car une partie de la soute est occupée par un réservoir supplémentaire. Le raid surprend les Japonais ; les bombes détruisent deux A6M2 et un G4M1 et endommagent d’autres avions. Un L3Y1 de liaison (un bombardier G3M1 modifié pour le transport), qui se prépare à décoller, est détruit par les mitrailleuses des deux attaquants.

Nouméa
La Commission d’enquête française sur la désastreuse attaque japonaise de La Tontouta commence à entendre les officiers responsables.

Pacifique Sud-Ouest
Les patrouilles d’hydravions H6K et H8K basés à Tulagi et d’avions G4M basés à Tenaru se poursuivent sans désemparer, mais elles ne repèrent plus grand-monde. L’effet sur le trafic maritime allié dans la région est hors de proportion avec les forces japonaises déployées. Cependant, les reconnaissances des semaines précédentes, les attaques de Nouméa et la surveillance du trafic radio ne peuvent manquer de signaler aux Japonais que d’importantes forces alliées sont concentrées dans le secteur.
Un gros hydravion H8K est repéré par deux DB-73M2 français, mais réussit à s’échapper dans les nuages.


30 juillet

Londres

Après quelques tractations entre Belges, Britanniques, Français et Australiens, la décision est finalement prise de déployer la Force Publique en Birmanie, pour contribuer à la protection de la route vers la Chine. Hormis la Birmanie, le climat et son expérience du combat de jungle auraient pu faire de la Nouvelle-Guinée une bonne destination pour la Force Publique, mais il aurait fallu établir une base arrière en Australie et la politique raciale du Gouvernement australien était incompatible avec un tel déploiement (le Ministère Curtin n’était pas prêt à accepter de la Belgique ce qu’il admettait déjà difficilement de la part de la Grande-Bretagne ou des Etats-Unis). Les forces congolaises proviendront de Madagascar, dont la défense sera assurée par des unités autochtones récemment recrutées, et directement du Congo. C’est près de 15 000 hommes que le Congo Belge envoie ainsi vers un des champs de bataille les plus éprouvants de la Seconde Guerre Mondiale.

 

France occupée
Pour forcer les chasseurs allemands à combattre, les Alliés lancent plusieurs raids sur des aérodromes de la Luftwaffe. Sous une ombrelle de 385 Spitfire, les B-17 du 97ème BG de l’USAAF attaquent Cambrai et les Beaumont I des Sqn 13, 88, 107, 226, 418, 605 et 614 de la RAF attaquent Abbeville, Lille et Amiens. Au même moment, les Tornado des Sqn 174 et 609 lancent des opérations Rhubarb sur le Pas-de-Calais. Cette fois, le JG-2 Richtofen et le JG-26 Schlageter réagissent en force. Trois B-17, sept Beaumont et neuf Spitfire (dont sept Mk.V) sont abattus, mais la Luftwaffe perd neuf FW-190 et trois Bf-109G. Opérant en couverture haute, les GC I/1 et III/1 abattent trois FW-190 et un Bf-109, au prix de deux Spitfire IX.
Le Journal de Marche du JG-26 contient pour cette chaude journée les observations suivantes : « (…) l’ennemi introduit chaque mois de nouveaux types ou de nouvelles variantes d’avions de combat. Ainsi, le vieux Spitfire V semble être remplacé par une nouvelle variante, aussi rapide que nos 190 au-dessous de 6 500 mètres et plus rapide au-dessus. Le fait que ces deux variantes se ressemblent presque exactement est pour nous un désavantage supplémentaire, car nous devons supposer que chaque Spitfire repéré pourrait être du nouveau modèle. (...)
Ces nouveaux bombardiers américains ne sont pas aussi bien armés qu’on l’a dit. Mais ils sont solides et difficiles à abattre. Il faut dépenser une quantité de munitions considérable et s’approcher vraiment tout près pour en descendre un. »


Ile de Wight
Les troupes choisies pour l’opération Rutter accomplissent un exercice de débarquement à grande échelle pour tester les procédures et les communications. En fin de soirée, étudiant les résultats de l’exercice, le Major-Général John H. Roberts s’exclame : « Ça va être du gâteau ! »

Sicile et Calabre

Messine et Reggio de Calabre sont attaqués par 412 avions alliés en tout. La Regia Aeronautica ne réagit pas. Deux bombardiers sont abattus par la DCA au-dessus de Reggio.

Front russe

Secteur Nord

En Courlande, l’opération Bruno reprend, avec trois heures de barrage d’artillerie, puis une attaque de grande ampleur menée par le Ier Corps de von Both contre les défenses du secteur est de Ventspils, avec un appui massif de la Luftwaffe. Le soir, les forces allemandes ont percé la première ligne de défense soviétique.
La Luftwaffe étant très occupée au-dessus de Ventspils, les VVS reprennent l’initiative dans le secteur du lac de Pskov. Venant du sud, les forces du 2ème Front Balte font leur jonction avec les unités de la tête de pont de Pechory.

Secteur centre
Von Bock et Halder ont une vive discussion téléphonique au sujet du saillant de Smolensk. Von Bock est maintenant convaincu que Smolensk n’est pour l’armée allemande qu’un bout de terrain sans intérêt mais très coûteux, bien trop coûteux pour être conservé : « Il faut nous retirer du saillant, raccourcir nos lignes et reconstituer nos forces pour pouvoir reprendre l’offensive de façon efficace ! » Halder n’est pas de cet avis : « Il faut tenir ! D’abord, ce sont les Soviétiques qui vont se saigner à blanc à force de se faire tuer des hommes en attaquant vos lignes. Ensuite, dans la perspective d’une prochaine offensive en direction de Moscou, Smolensk est bien trop importante pour être abandonnée. » Finalement, Halder demande à von Bock de se rendre le lendemain au QG de Hitler, à Rastenburg, en compagnie de Guderian. En fait, Halder espère que ce dernier saura convaincre Hitler de la nécessité de lancer le plus vite possible une offensive finale contre Moscou.
A Monastyrshchina, Joukov tient pendant ce temps une conférence tactique où il souligne à tous ses auditeurs qu’il attend des chefs des 43ème et 50ème Armées, au sud de Smolensk, une étroite collaboration entre les différentes armes, infanterie, artillerie et blindés, pour la toute prochaine offensive. Il interdit formellement toute attaque menée par l’équivalent d’un bataillon ou moins et ordonne que toute les attaques soient menées par des forces importantes concentrées sur un front étroit. « Dès la semaine prochaine, affirme-t-il, nous pourrons déployer 5 092 pièces d’artillerie moyenne ou lourde [canons de 76 mm et plus, mortiers de 82 mm et plus] contre les unités fascistes engagées dans le saillant. Vous devrez vous assurer que la densité des canons soit au moins de 80 pièces par km de front, c’est capital ! »

Secteur sud
Von Rundstedt décide de déplacer son QG à Starokonstantinov. Une heure durant, il discute au téléphone avec Halder, à l’OKH, pour lui faire bien comprendre que sans des renforts significatifs, le Groupe d’Armées Sud aura beaucoup de mal à reprendre l’offensive.

Mer Noire

Dans la nuit, 26 bombardiers DB-3 des VVS-VMF de Mer Noire attaquent Bucarest. Cette attaque est militairement inefficace, mais surprend le commandement de la défense aérienne roumaine, qui s’attendait à des attaques franco-britanniques arrivant du sud.

Singapour
Les avions de Kondo effectuent trois nouveaux raids contre Singapour, ciblant l’artillerie côtière et des postes de commandement. Toujours très dense, la DCA abat deux D3A1 et un B5N2.

Papouasie - Nouvelle-Guinée

– Les troupes débarquées à Salamaua par le Saigon Maru se sont mises immédiatement en route vers Wau, par la vallée de la Bulolo. La Force Kanga, bien incapable de les arrêter, se replie vers Winima, au début de la piste de Bulldog (qui enjambe la chaîne Owen Stanley jusqu’à la côte sud). Wau est incendié et ses habitants s’enfuient pour la plupart avec la Force Kanga.
– Sept B-17 basés à Port-Moresby tentent de bombarder les concentrations de troupes japonaises à Buna et Gona (sur la côte nord-est de la Nouvelle-Guinée, mais bien au sud-est de Lae et Salamaua), mais ils sont repérés par radar, ce qui permet à neuf Zéro de les attendre en bonne position. Cinq bombardiers sont abattus.

Brisbane

Selon un rapport de l’Allied Joint Intelligence Unit, les services de renseignements alliés estiment les forces terrestres japonaises à Guadalcanal à un régiment d’infanterie (2300 hommes), un régiment anti-aérien (500 hommes), un bataillon de mitrailleuses (325 hommes), deux unités du génie (1050 hommes), du personnel au sol de l’aviation (200 hommes) et une unité d’ouvriers (900 hommes).

A Tulagi, l’estimation est d’un bataillon d’infanterie (750 hommes), un bataillon anti-aérien (200 hommes), du personnel de service de la Marine (500 hommes).
Et le rapport ajoute : « Des radars dont la signature ressemble à celle de modèles allemands opèrent à Guadalcanal et à Rabaul. Un radar de contrôle de tir anti-aérien, lui aussi de type allemand, est probablement installé dans le secteur de Rabaul. »

Nouméa
La Commission Valin siège dès le début de la matinée. Elle entend le Contre-Amiral Thierry d’Argenlieu juste avant midi. Après une courte pause entre 13h30 et 14h30, elle se réunit à nouveau. Elle clôt ses travaux à 16h30 en annonçant à tous les officiers supérieurs convoqués devant elle qu’aucun manquement au devoir n’a été relevé, que les mesures de défense prises étaient convenables, considérant la situation matérielle actuelle, mais que la qualité de la co-opération entre les divers responsables alliés en Nouvelle-Calédonie est très loin d’être satisfaisante.
La nuit suivante, douze G4M1 attaquent la ville et la zone portuaire, sans causer de gros dommages. Mais les Japonais ont reçu en renfort de Truk, par Rabaul, huit autres G4M1 armés de mines magnétiques. Ces appareils lâchent dans la rade leurs engins, dont les détonateurs ont été fournis par les Allemands. C’est la première fois que de telles armes sont utilisées en opérations dans le Pacifique. Elles provoquent une grave désorganisation des activités du port. La semaine suivante, six cargos seront sévèrement endommagés par ces mines, le choc de l’explosion sous la coque brisant les pieds et les bâtis en fonte de leurs machines. Ces bateaux sont irréparables sur place.
Cinq DB-73M2 décollent durant l’attaque, mais ne peuvent rattraper les bombardiers. Trois tentent de grimper pour intercepter les G4M1 qui bombardent la ville, mais ceux-ci volent à 20000 pieds et ont le temps de s’enfuir. Les deux autres perdent dans les nuages et la nuit les avions qui ont attaqué la rade.
Le Général Martial Valin, qui a assisté au raid, demande personnellement à Alger l’envoi à Nouméa de Beaufighter chasseurs de nuit, puis l’envoi d’un Wellington spécialisé dans la lutte contre les mines magnétiques.

Guadalcanal
Trois Whitley de la RAAF attaquent Tenaru. Ils ne font, comme d’habitude, que peu de dégâts.
Trois DB-73M1 français attaquent Tulagi à l’aube, après une nouvelle escale à Efaté. Ils incendient un dépôt d’essence et détruisent deux hydravions (un A6M2-N de chasse et un Aichi H9A ASM), mais ils sont surpris par deux A6M2 en patrouille. Un DB-73M1 (l’avion n°6) s’écrase dans le Détroit Indispensable ; un autre (le n°3), très endommagé, doit se poser sur le ventre à Efaté.

 

Au large de la côte est de l’Australie

Opération Oni, Phase 3c (d’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman)

03h00 – Alors que le temps dans la région de l’île de Gabo est toujours aussi mauvais, l’I-6 attaque un gros cargo. Il lance deux torpilles, mais rate sa cible, qui ne s’aperçoit même pas de l’attaque.

 


31 juillet

Naples
A 11h15, Naples est attaquée par 48 B-24 des 98ème et 376ème BG, escortés par 48 Mustang II de la 5ème EC. Ce raid est le premier à voir en action des bombardiers lourds de l’USAAF en Méditerranée. Pour les Italiens, c’est surtout une grosse surprise, car personne à La Regia Aeronautica ne s’attendait à voir des chasseurs monomoteurs capables d’escorter les bombardiers lourds aussi loin !

Une formation de 12 Re-2000 et de 16 Re-2001 s’efforce d’intercepter les attaquants, mais elle est débordée et perd neuf avions (cinq Falco I et quatre Falco II) pour deux Mustang II. C’est aussi une déception pour les mitrailleurs de l’USAAF, car les chasseurs italiens ne peuvent même pas s’approcher assez des bombardiers pour tester le système des boxes de 24 avions.

Les B-24 se divisent en deux groupes en approchant de leurs cibles. Les avions du 376ème BG attaquent le port de Naples, où deux cargos sont incendiés et où les quais subissent de sérieux dommages. Ceux du 98ème BG attaquent les chantiers navals de Castellmare di Stabia. Le chantier Navalmeccanica est le plus gravement atteint. Des bombes transforment en épave le torpilleur Aliseo – qui attendait son lancement – et son jumeau le Monsone, en achèvement à flot, est coulé.

Front russe

Secteur Nord

Autour de Ventspils, les combats sont encore plus violents. C’est au tour des forces de von Chappuis, au sud, de passer à l’attaque. A l’est, les unités du Ier Corps sont arrêtées par la deuxième ligne de défense.

 

Secteur centre
Von Bock arrive à Rastenburg en compagnie de son chef d’état-major, le Major-Général Hans Greiffenberg, et Heinz Guderian. Prévue pour 10h00, la conférence avec Hitler et Keitel ne commence pas avant 14h30 – il faut signaler que ni von Brauchitsch, ni Halder, qui devraient représenter l’OKH et l’OKW, n’y participent.

Guderian affirme d’abord que Smolensk doit être tenue à tout prix, « pour le prestige de l’Armée et pour l’honneur de ceux qui ont pris la ville. » Puis il propose de mobiliser toutes les ressources de l’armée pour frapper en direction de Moscou, mais Hitler réagit très négativement : « Vos histoires de prestige sont déplacées en temps de guerre. Pire encore, vos propositions montrent bien que la plupart des généraux sont décidément incapables de saisir l’importance des facteurs économiques dans la conduite de la guerre ! » Au bout d’une grande heure de discours sur ce thème, Hitler décrit son propre plan. Il s’agit de conquérir l’Ukraine en combinant une offensive sur l’axe ouest-est par les forces de von Rundstedt et une offensive sur l’axe nord-sud par les deux PanzerGruppen de von Bock, partant de Gomel et de la tête de pont que s’est assuré le XLVIème PanzerKorps à l’est de la Soj [l’affluent du Dnepr qui arrose Gomel]. « Ces puissantes forces blindées traverseront la Desna et prendront au piège les armées soviétiques défendant Kiev, accomplissant ainsi un encerclement inouï, un encerclement de dimension historique, qui détruira définitivement l’ennemi d’un seul coup décisif ! » Une fois Kiev tombée, von Rundstedt poursuivra son avance jusqu’à Rostov et de là jusqu’au Caucase, pour atteindre Bakou et ses champs pétrolifères à la fin du mois d’octobre. Hitler parle maintenant depuis une heure et demie. Il s’interrompt enfin pour demander à Guderian si, oui ou non, les PanzerGruppen 2 et 3 seront capables d’asséner le coup « historique et décisif » qu’il leur demande.

– Certainement, Mon Führer, répond Guderian, mais à condition d’en avoir les moyens matériels. Il nous faudra un millier de panzers de plus, et pas des Pz-II, ni même des Pz-III, mais des Pz-IV ou des Pz-V à canon long. L’ennemi a davantage de ressources que nous ne l’avions pensé.

– C’est vrai, reconnaît Hitler, il y a trois mois, nous avons un peu sous-estimé les forces ennemies. Mais depuis un mois, nous avons détruit leurs meilleures unités lors de leurs tentatives de contre-offensive. Quant aux panzers, vous en recevrez 400 d’ici le 20 août, ainsi que 300 moteurs neufs pour les véhicules actuellement hors service.
Guderian, aussi obstiné que sur le front, revient alors à son projet : « Une fois Kiev entre nos mains, il serait très important de reprendre l’offensive vers Moscou. Vous le savez bien, Mon Führer, le soldat qui se bat en première ligne a besoin pour soutenir son moral d’avoir devant lui un objectif bien défini, et seul Moscou est un objectif suffisamment significatif. » Cette façon de voir touche davantage Hitler, qui écoute avec attention. « Je comprends votre position, Général. Quand les forces ennemies en Ukraine seront anéanties par notre offensive, je vous autoriserai à attaquer Moscou par le sud, pendant qu’une autre offensive partira de Smolensk. »

– C’est parfait, Mon Führer, s’exclame Guderian. Mais, pour ces deux offensives majeures, je pense qu’il serait bon de réunir les PanzerGruppen 2 et 3 sous la forme d’une Armée Panzer.

– Une Armée Panzer ! Excellente idée, conclut joyeusement Hitler.
Le résultat de cette conférence est pour Halder une défaite politique majeure. Le vieux soldat avait espéré utiliser l’agressivité et la force de conviction de Guderian pour détourner Hitler de son plan d’attaque de l’Ukraine. En effet, ce plan ne représente pour Halder qu’une dispersion des efforts très nuisible, retardant l’assaut final contre Moscou. Mais il a sous-estimé la force de l’héritage de Ludendorff dans l’esprit de Hitler. Ludendorff, le tout premier allié politique important de Hitler dans les années 1920, avait toujours proclamé que, si l’Allemagne avait disposé du blé et du charbon de l’Ukraine (et bien sûr, si elle n’avait pas été poignardée dans le dos par les Juifs !), elle aurait gagné la Première Guerre. De plus, Halder a sous-estimé l’opportunisme d’Heinz Guderian. En se ralliant ouvertement au plan d’attaque de Hitler contre l’Ukraine, Guderian s’est ménagé une position clé pour l’avenir à la tête des forces blindées allemandes, une sorte de poste de Führer der Panzertruppen. Ce coup marque la fin des bonnes relations entre Halder et Guderian.
Autre résultat indirect de cette conférence : von Bock va devoir tenir le saillant de Smolensk avec sa seule infanterie, pendant que les PanzerGruppen vont détruire les forces soviétiques en Ukraine. Une perspective qui ne réjouirait sûrement pas, s’ils en étaient conscients, les fantassins qui, pendant le discours de Hitler sur la conduite de la guerre, tentaient de s’abriter des obus russes.

 

Secteur sud
Le Maréchal Chapochnikov, désireux de s’assurer que le Front d’Ukraine est capable de défendre la côte de la Mer Noire, rend visite au Colonel-Général Tioulenev, commandant de la ville et de la région fortifiée d’Odessa.

 

Mer Noire

Des vedettes rapides de classe G-5 équipées de lance-roquettes attaquent de nuit le port de Soulina, avec l’aide de trois hydravions MBR-2. Pendant que les monomoteurs lâchent de petites bombes incendiaires et des fusées éclairantes, les G-5 lancent leurs roquettes. Le bombardement manque de précision mais désorganise quand même les opérations du petit port, très utilisé par les forces roumaines déployées près de la côte.

Singapour
Les porte-avions de Kondo lancent deux nouveaux raids contre Singapour, ses batteries côtières et ses postes de commandement. Ils y perdent un D3A1 et un B5N2. En fin de journée, ayant consommé presque toutes les bombes de leur arsenal (et perdu en tout deux A6M2, huit D3A1 et deux B5N2), l’escadre japonaise repart vers Kuching pour ravitailler.

Piste de Bulldog (Papouasie - Nouvelle-Guinée)

La piste de Bulldog (Bulldog Track) court de Wau à Bulldog, d’où des canoës peuvent descendre le Lakekamu jusqu’à la côte sud, à environ 250 km au nord-ouest de Port Moresby. La campagne qui se va dérouler pour le contrôle de cet “axe” sera une copie en réduction des combats de la piste de Kokoda, car les forces engagées sont bien plus réduites.

La région n’est qu’une masse compacte de montagnes escarpées atteignant en moyenne 2 000 à 2 500 mètres et couvertes d’une jungle primitive[2]. Les pistes sont très grossières et les distances sont mesurées en temps de marche, considérant un Européen accoutumé au climat, en bonne forme physique et peu chargé. C’est pourquoi “une heure de marche” peut facilement vouloir dire 2 à 4 heures pour un soldat lourdement chargé. En cas de mouvement tactique, à courte distance de l’ennemi, ce temps peut encore être doublé, ou quadruplé. Pour des hommes malades ou affamés, “une heure de marche” peut signifier des jours d’un voyage infernal. C’est là que des forces microscopiques par rapport à celles qui s’affrontent au même moment devant Smolensk vont livrer un combat au moins aussi acharné, et d’une importance stratégique sans commune mesure avec le nombre des combattants.
A ce moment, la Force Kanga compte environ 600 hommes, mais 300 seulement sont en état de combattre. En dehors des NGVR et de la 2/5ème Compagnie Indépendante, on y trouve des soldats venus de onze autres unités, recrutés pour diverses fonctions spécialisées. L’ensemble forme un groupe surtout capable de missions de reconnaissance. Pour l’instant, sa tâche principale est d’évacuer ses 300 malades et une centaine de civils vers Bulldog.
En face, la Force Horito, qui entre dans les ruines de Wau, est composée de 750 soldats de l’Armée japonaise. Il s’agit là aussi d’une unité composite qui a été reformée à Palau après l’invasion de Bornéo, avec quelques cadres entourés de renforts arrivés du Japon, dont leur chef, le commandant Horito. Elle est légèrement équipée.

Pacifique Sud-Ouest

Deux DB-73M2 prennent sur le fait un H6K4 pistant un convoi de troupes se dirigeant vers Port-Vila. Ils expédient rapidement dans l’océan le gros hydravion.

Iles Koro (Fidji)
Le Vice-Amiral Ghormley et le Contre-Amiral Turner étudient les leçons des entraînements au débarquement des jours précédents. Ayant apprécié ses équipements de communication et l’espace offert par ses locaux, Turner décide de faire du croiseur Jeanne-d’Arc le navire amiral de sa force amphibie.

Nouméa

Le Contre-Amiral McCain (US Navy) rencontre le Général Valin (AdA), le Contre-Amiral D’Argenlieu (MN) et l’Air Commodore Lucas (RAAF) pour discuter de la sécurité aérienne de la toute prochaine opération Watchtower. L’AC Lucas a des nouvelles fraîches, et il est accompagné.

– Gentlemen, nos techniciens venus spécialement d’Angleterre sont déjà parvenus à des conclusions très intéressantes. Je cède la parole au Professeur… je veux dire, au Captain Archer, RAF.

L’officier en question est un homme maigre d’âge moyen qui, même en uniforme, semble toujours en blouse de laboratoire, et ne paraît nullement impressionné par les galons de ses auditeurs (qu’il ne voit peut-être même pas).

– Gentlemen, la similitude entre les signatures des radars japonais et celles de radars allemands bien connus est évidente. Il est probable que la plupart des radars auxquels nous avons affaire par ici sont venus d’Allemagne, ou sont des copies fidèles de radars allemands. Il faut donc faire porter nos efforts sur les bandes de 70 à 200 MHz et de 450 à 600 MHz. Les signaux radars sur la première de ces bandes peuvent être facilement détectés avec des radios UHF/VHF à peine modifiées. Les signaux sur l’autre bande peuvent être détectés avec des équipements plus spécifiques, tels que ceux que nous avons apportés d’Angleterre sur le Golden Horn. Nous sommes déjà en train d’équiper quelques Whitley de la RAAF pour cela. Si vous le désirez, nous pouvons aussi équiper environ les deux tiers des PBY américains et français qui opèrent dans le secteur.

– Bien entendu, répond aussitôt McCain. Mais si ces détecteurs peuvent repérer les signaux radars des nouvelles bases japonaises, peuvent-ils aussi repérer les navires portant de tels radars ?

– Nous l’espérons bien ! Mieux encore : il faut faire passer cette information aux groupes aériens de vos porte-avions. En effet, même un avion aussi petit qu’un F4F ou un SBD, et bien sûr le nouveau TBF Avenger, peut détecter un radar opérant sur la bande des 70 à 150 MHz.

Ces nouvelles donnent à penser aux généraux et amiraux alliés. Dans l’après-midi, ils décident de se détendre un peu…

« Le 31 juillet, alors que j’achève tranquillement de cicatriser mes brûlures dans ma chambre d’hôpital, en contant gentiment fleurette à Anne-Marie, le Dr Richard (le médecin qui m’a rendu figure humaine) déboule tout d’un coup dans la chambre, la moustache vibrant d’excitation : « Le général qui est arrivé de Paris… euh, d’Alger, il est là ! Et le Moine… je veux dire, l’Amiral aussi, et même des amiraux américains ! Ils viennent vous voir ! » Comme il n’y a personne dans la pièce en dehors de votre serviteur et de sa douce infirmière, je suppose qu’il s’adresse à moi. En effet, quelques minutes plus tard, le Général Valin lui-même fait son entrée, suivi de l’Amiral d’Argenlieu, de l’Amiral McCain et d’une foule d’officiers d’ordonnance, blanc des marins ou bleu des aviateurs, rivalisant de galons d’or et de médailles rutilantes.

Après quelques mots courtois sur l’état de mes blessures de guerre (« Merci mon général, ça va beaucoup mieux » – je me sens un peu ridicule, après tout, c’était une sorte de grand coup de soleil), sur mes performances d’as de l’Aéronavale (« Merci mon général, 18 victoires exactement mon général » – mais Danny Potter en a 21, la vache) et même sur mon rôle de représentant de la Chasse Française auprès des Américains (« Merci mon général, je fais de mon mieux » – je ne suis pas près de remettre mon sac sur un porte-avions, moi), le général en vient à l’objet de sa visite. Un officier lui passe une petite boîte, il se campe au garde à vous devant moi et déclare avec l’assurance que donne un entraînement régulier : « Lieutenant de vaisseau Lagadec, au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier de la Légion d’Honneur. » Et d’épingler le ruban rouge sur ma chemisette d’hôpital. Je reste bouche bée, recevant les félicitations des officiers présents d’un machinal hochement de tête, mais ma stupéfaction ne s'arrête pas là. L’Amiral McCain s’avance et me sort un petit speech en français, manifestement appris pour l’occasion, où il me félicite de mes actions en Mer de Corail et m’annonce qu’en reconnaissance des blessures reçues sous la bannière étoilée, le gouvernement des Etats-Unis est heureux de me décerner la Purple Heart. Nouvelle médaille, nouvelles félicitations, et en me souhaitant bon rétablissement, le groupe quitte ma chambre.

… Sauf l’Amiral d’Argenlieu, qui n’a pipé mot de toute la cérémonie et n’a pas exactement l’air de rayonner de bonheur : après tout, c’est lui mon supérieur légitime et Valin a court-circuité sa chaîne de commandement. « Bravo, Lagadec… » dit-il d’une voix qui fait tomber la température ambiante de dix degrés. « Vous avez l’air d’aller mieux, je vois que vous êtes bien soigné… » ajoute-t-il en lorgnant vers Anne-Marie, qui tente désespérément de disparaître dans un coin de la chambre. « Exact, Amiral. Je me sens très bien, Amiral ! » – je bombe le torse, au garde-à-vous. « Hé bien c’est parfait. Je me suis laissé dire que l’AC20, qui nous est arrivée il y a quelques jours, avait besoin de bras. Je veux dire, de pilotes expérimentés. Comme vous ! Vous ne verrez donc pas d’objection, je pense, à vous présenter à l’officier qui la commande, disons… demain à la première heure ? Même si cela signifie la fin de vos… vacances sous pavillon américain… » C’est l’œil fixé sur la ligne bleue du Caillou que je réponds : « A vos ordres, Amiral, demain à la première heure ! » Il sort, semant dans son sillage quelques cristaux de glace.

Bien sûr, je comprends aujourd’hui pourquoi on m’a décoré ce jour-là : besoin de rassurer l’opinion sur la compétence de la chasse alliée, nécessité d’affirmer que l’alliance franco-américaine n’est pas un vain mot… Mais ce soir du 31, sur mon lit d’hôpital, avec mes médailles – l’anglaise, la française et l’américaine – j’aurais pu abattre tout seul tous les Zéro de Nouméa à Tokyo, puis balayer la Luftwaffe dans la foulée. J’en oubliais même de m’apercevoir qu’Anne-Marie faisait la tête. J’allais revoler ! Quand je pense que D’Argenlieu croyait que c’était une punition… »(Yvon Lagadec, op. cit.)

 

Au large de la côte est de l’Australie

Opération Oni, Phase 3c (d’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman)

15h30 – L’I-6 repère un cargo isolé et commence à le pister.

18h00 – Comme le transport se silhouette sur le soleil couchant, le grand sous-marin tire ses deux dernières torpilles à 1 100 mètres. L’une au moins touche et le cargo explose, secouant durement l’I-6. Il s’agit de l’ex-bananier norvégien Viator (3 053 GRT, allant de Long Beach à Melbourne avec des moteurs et des pièces détachées d’avion, des chars et véhicules militaires et toutes sortes de munitions). Il n’y a aucun survivant et seul l’échouage d’épaves une semaine plus tard près d’Eden confirmera la perte du cargo aux autorités australiennes.

N’ayant plus de torpilles, l’I-6 met le cap sur Kwajalein.

 

 

2/3



[1]4ème Division de Porte-avions (Contre-Amiral Kakuji Kakuta) : CVL Ryujo (16 A6M2, 15 D3A1) et CVL Junyo* (16 A6M2, 6 B5N2, 28 D3A1), 2ème Division de Cuirassés : BB Yamashiro* et Hyuga, 4ème Division de Croiseurs : CA Atago* (amiral) et Chokai ; écran (Contre-Amiral Sentaro Omori) : CL Abukuma (amiral), DD Akebono, Nenohi, Sazanami, Ushio, Wakaba, Hatsuharu et Hatsushimo.

[2]La région est connue comme le “Baum Country” (le pays de Baum), d’après Helmuth Baum, un aimable Allemand qui “went bush” (prit le maquis) en 1914 et arpenta le pays pieds nus avant de réapparaître en 1919. Il fut assassiné en 1931 par des hommes de la tribu des Kukukuku sur la rivière Indiwi, un affluent du Lakekamu. Eric Feldt explora ce pays stupéfiant en 1931-32, à la recherche des assassins de Baum, sans les trouver. Cependant, il put tracer un chemin primitif de Bulldog (sur le Lakekamu) jusqu’à Kudjeri, à dix heures de marche de Kaisenek, près de Wau.