Juillet 1942 (1/3)

 

1er juillet

Alger

Alors qu’une réunion du Conseil des Ministres est sur le point de s’achever, le Général De Gaulle demande la parole. Les participants, qui le pratiquent depuis deux ans, soupçonnent immédiatement qu’il ne s’agit pas d’un sujet accessoire.

– Monsieur le Président du Conseil, Messieurs… commence le Général, avec une légère hésitation qui ne lui ressemble guère. Il est de mon devoir de vous faire part du fait que les services du ministère de la Guerre chargés du moral des troupes reçoivent actuellement de l’ensemble des unités constituées en tout ou en partie de soldats indigènes des colonies engagés depuis juin 1940 les échos d’une préoccupation qui paraît partagée par la plupart, sinon par la totalité de ces hommes. Il semble que ceux-ci aimeraient voir se concrétiser autrement que par un titre de citoyenneté, de peu d’usage pour l’instant, le fait que la France considère désormais qu’ils disposent des mêmes droits que ses ressortissants métropolitains. Quant aux devoirs, ils estiment, avec quelque raison, qu’ils s’y soumettent depuis deux ans avec une ardeur qui fait honneur à notre drapeau. Alors que la fête nationale approche, il m’est apparu que le moment était peut-être bien choisi pour manifester de façon tangible que notre gouvernement répond à cette attente. Il me semble d’ailleurs qu’il y a quelques années, certaines mesures avaient été envisagées par le gouvernement de l’époque, sans malheureusement pouvoir aboutir… achève De Gaulle en se tournant légèrement vers Léon Blum. Celui-ci saisit la balle au bond.

– Certainement. En 1936, M. Maurice Viollette, ministre d’Etat dans mon gouvernement, avait projeté de donner la nationalité française à une élite de 25 000 indigènes d’Algérie environ. Mais l’alliance de circonstance des notables locaux avait fait échouer l’affaire, à mon grand regret.

– M. Viollette pourrait peut-être reprendre le dossier afin de tenir compte des aspirations spécifiques de nos… nouveaux citoyens, avance Paul Reynaud.

– Assurément, s’enthousiasme Blum. Il n’est plus tout jeune, mais il est d’autant plus respecté, et la population indigène pourra constater qu’il s’agit d’un homme attentif depuis longtemps à leurs problèmes. Je vous propose de créer pour lui un poste de secrétaire d’Etat… disons, « chargé de la population indigène accédant à la citoyenneté pour faits de guerre. »

– Parfait, approuve Reynaud. Qu’en dites-vous, Général ?

– Que c’est une excellente idée. Encore que l’intitulé de son poste me semble un peu… administratif. Mais je pense qu’il sera bien vite surnommé « ministre des citoyens par le sang versé ».

Selon une récente biographie de Georges Mandel (Le Moine de la Politique, par Nicolas Sarkozy, 1994), celui-ci aurait noté au soir de cette réunion que le Général avait alors l’air du chat qui voit la souris venir toute seule entre ses pattes. De fait, on sait aujourd’hui que De Gaulle avait discrètement approché Viollette avant cette réunion du Conseil. Quoi qu’il en soit, le sujet est lancé, et la première mesure proposée semble l’avoir été indépendamment du ministre de la Guerre. Il peut pousser plus loin.

– Cela dit, vous comprendrez, Messieurs, que j’ai été ces derniers temps particulièrement attentif à tout ce qui pouvait m’éclairer sur l’état d’esprit actuel des populations coloniales, dans la mesure où cet état d’esprit conditionne le recrutement de nos Armées. J’ai donc reçu avec le plus grand intérêt M. René Maran, qui m’a été envoyé par M. Félix Eboué, gouverneur de l’Afrique Equatoriale, dont vous connaissez la compétence et le dévouement inlassable à la France. (Là encore, nous savons aujourd’hui que c’est De Gaulle qui, sur le conseil de Marius Moutet, ministre des Colonies, avait le premier demandé à ce sujet des informations à Félix Eboué). Monsieur Maran est un ancien Administrateur Colonial qui a été chassé de son administration pour avoir publié un roman dénonçant précisément la façon dont nos colonies sont administrées. Circonstance aggravante sans doute, ce roman avait obtenu le prix Goncourt. Vous vous souviendrez peut-être, Messieurs, que j’ai moi-même commis il y a quelques années un ou deux ouvrages qui n’ont pas eu l’heur de plaire à ma hiérarchie, tout en remportant un succès d’estime… (Sourires autour de la table, d’autant que plusieurs des ministres, dont Blum et Reynaud, ont en effet lu et apprécié à l’époque les ouvrages du colonel De Gaulle.) Je n’avais pas eu les honneurs du Goncourt ni souffert l’indignité du renvoi, mais je me suis senti quelque cousinage avec M. Maran, quoi qu’il soit d’origine antillaise. (Cette fois, plusieurs ministres ne peuvent s’empêcher d’émettre un léger rire.) Je l’ai lu, je l’ai reçu, je l’ai écouté… (En fait, René Maran est devenu conseiller pour les questions concernant les troupes indigènes au ministère de la Guerre.) Enfin, j’ai vérifié son propos grâce à d’autres sources précises, fiables et concordantes et avec l’aide précieuse de Monsieur Moutet.

Hé bien, Messieurs (soudain, il n’y a plus trace de la moindre légèreté dans la voix, qui se fait plus rauque), si ce que j’ai appris est exact, que dis-je, si la moitié de ce que j’ai appris est exact, il m’apparaît que l’honneur de la France Combattante et de ce gouvernement exige dans les plus brefs délais la suppression du Code de l’Indigénat et du système du travail forcé. Le premier contrevient au principe républicain qui veut que l’on juge un homme selon ses actes et non selon son origine. Le second est tout simplement une sorte de survivance de l’esclavage. Je tiens à souligner ici que Monsieur Moutet a travaillé, hélas sans succès, avant la guerre, à obtenir leur suppression. Il est temps d’en finir !

Ces mesures d’abolition pourront être ouvertement mises au crédit de l’engagement volontaire d’un grand nombre d’hommes sous le drapeau français, montrant que les engagés n’ont pas seulement gagné pour eux la citoyenneté qui les met à l’abri de l’Indigénat, mais que leur courage profite à tous, ce qui renforcera leur prestige et celui de nos Armes. Annoncées au moment propice – or, quel meilleur moment trouver que le 14 juillet ? – ces mesures montreront que la France, alors même qu’elle est dans une situation historiquement unique et qui semblerait désespérée pour toute autre nation, n’abandonne pas sa mission séculaire, civilisatrice et libératrice. Elles ne sauraient manquer d’avoir sur les peuples du Maghreb, d’Afrique Noire et d’Asie, mais aussi sur les peuples du monde entier, qu’ils vivent libres ou sous la contrainte, un immense impact.

Après cet « immense impact » qui résonne dans la salle du conseil, le Général s’interrompt soudain, jaugeant les réactions. Blum et Mendès sont près d’applaudir, mais c’était acquis, et l’important n’est pas là. Mandel grogne : « Abolir l’Indigénat, comme ça, en pleine guerre ! Avez-vous pensé aux réactions des colons, des administrateurs… » Mendès alors, doucereux : « Ne nous dites pas que vous craignez qu’ils écoutent les discours des sbires de Laval, qui parleront encore d’un gouvernement de métèques, pour les métèques… » Mandel, piqué au vif : « Certainement pas ! Mais un pareil bouleversement administratif exigerait d’être solidement organisé et étroitement surveillé. On ne peut imposer pareille tâche aux services du ministère des Colonies, dont l’essentiel de l’activité est consacrée à la gestion quotidienne, ou à la satisfaction des besoins de la Défense (le ministère des Colonies, officiellement rebaptisé depuis le début de 1941 ministère de la France d’Outre-Mer, a en effet été rattaché à la Défense depuis l’entrée en guerre du Japon). De plus, ce n’est pas insulter les personnels de ce ministère que de dire qu’ils n’ont pas la compétence proprement politique nécessaire pour une tâche aussi délicate. »

– Je le crains en effet, reconnaît Reynaud. C’est là un obstacle sérieux, mon Général, n’est-ce pas ?

De Gaulle paraît un instant gêné, puis, comme si la lumière lui venait : « Sans doute, Monsieur le Président du Conseil. Mais, dans ces conditions, oserais-je vous proposer de rattacher désormais le ministère de la France d’Outre-Mer au ministère de l’Intérieur ? Ses services ont malheureusement bien moins de travail qu’en temps normal avec les départements métropolitains, et personne ici ne doute des grandes capacités de Monsieur le Ministre de l’Intérieur, qui saura mettre en œuvre de façon exemplaire cette réforme capitale pour l’avenir du pays et de ses colonies, avec le soutien, j’en suis sûr, de Monsieur Moutet. »

Marius Moutet se lève, rayonnant : « J’ai déjà affirmé, Monsieur le Président du Conseil, Messieurs, qu’un régime colonial n’est pas viable quand il ne peut être animé du dedans par les indigènes qui doivent en bénéficier. Quel plus beau symbole du droit des indigènes à gérer leurs terres que l’intégration des Colonies à la France au sein du ministère de l’Intérieur, au moment où les nouveaux citoyens français vont voir leurs aspirations défendues par un nouveau ministère et où l’odieux régime de l’Indigénat est aboli ! C’est avec joie que j’y travaillerai sous l’autorité de Monsieur le ministre de l’Intérieur. »

La biographie de Mandel par N. Sarkozy nous renseigne à nouveau : le ministre de l’Intérieur a parfaitement conscience qu’il a été manœuvré, mais ne peut s’empêcher d’être à la fois honoré… et admiratif. Au reste, comment refuser une telle proposition ? Son maître Clemenceau, qui fut toujours un anticolonialiste virulent, n’aurait-il pas approuvé ? C’est pourquoi, quand Reynaud approuve l’idée et se tourne vers lui, il ne peut que se redresser et déclarer : « Je m’efforcerai d’être digne de la confiance du pays. »

Reste un obstacle : Henry de Kérilis ne se résigne pas. « Ces mesures étaient avant-guerre l’un des chevaux de bataille des Communistes. Je sais que, M. Hitler ayant eu le bon goût d’attaquer l’URSS, le Parti Communiste français est en voie de retrouver une apparence de respectabilité. Mais c’est lui faire un bien grand cadeau que d’accueillir le retour de cet enfant prodigue, qui a tout de même manqué pendant trois ans à l’effort de guerre, en tuant le veau gras et en appliquant sa politique ! Je pense qu’il vaudrait mieux l’inciter à la modestie ! » De Gaulle se tourne alors vers lui et, de sa voix la plus chaleureuse : « Je vois avec plaisir que nous sommes en parfait accord sur ce point : les communistes doivent être incités à la plus modeste réserve. C’est précisément pourquoi il importe de les priver du formidable levier d’opinion que représente dans les Colonies l’Indigénat et le travail forcé. Si nous les supprimons, le PC ne pourra se cacher derrière ces épouvantails pour faire oublier qu’il a fait défection dès la signature du pacte germano-soviétique et jusqu’au lancement de l’attaque allemande en Russie… »

Pris à son propre jeu, De Kérillis reste muet. Cette fois, la cause est entendue.

 

Benghazi

Les cinq cuirassés de la Flotte de Méditerranée partent à 08h30 pour être prêts à soutenir l’opération Ajax le jour suivant.

 

Péloponnèse

Pour la première fois depuis le début de Périclès, la situation est calme dans l’ensemble du Péloponnèse.

Cependant, les Alliés se tournent à nouveau contre les positions italiennes à Zanthe. Avant midi, 24 Martin-167 des GB yougoslaves I et II/81 attaquent les cantonnements du bataillon d’infanterie de marine italien San Marco. A 15h40, c’est au tour de 36 B-25B/C de la 12ème EB, bientôt suivis par 9 Vultee V-72 Vengeance du GCA IV/22, basé à K-1.

Le soir, des navires amphibies et ceux des 1ère et 3ème EAFC commencent à se concentrer dans la Baie de Pyrgos, protégés par un écran de dragueurs de mines et de patrouilleurs ASM. L’Amiral Sir Bertram Ramsay (RN) arrive au même moment à Pyrgos en hydravion.

Par ailleurs, les avions alliés continuent d’attaquer les bases de la Luftwaffe en Attique, et des appareils anglais bombardent la gare de triage d’Athènes à l’aide du système de navigation Gee. Les Alliés perdent 13 avions et les Allemands 7.

 

Front russe

Secteur Nord

Avec l’appui de la Luftwaffe, von Manstein réussit à prendre Rezekne après toute une journée de durs combats. L’offensive allemande va dès lors s’élancer dans deux directions. Le LVIème Panzer Korps doit foncer vers Pskov, au nord, pour empêcher les Soviétiques de rétablir une ligne de défense. Le IIème Corps doit filer vers Polotsk, au sud-est, pour faire la jonction avec les forces du Groupe d’Armées Centre et effectuer un vaste encerclement.

Cependant, les VVS accroissent considérablement le rythme de leurs opérations, pour tenter de ralentir les forces allemandes, et subissent de lourdes pertes. De sa propre initiative, Vatoutine ordonne à la 1ère Armée de se retirer derrière la Dvina et de contre-attaquer vers Plavinas pour reprendre la ville. Plus respectueux – trop respectueux – de la hiérarchie, Sobennikov demande l’autorisation de se replier sur une ligne Pskov-Polotsk, mais Vorochilov, refusant d’admettre qu’il a mal utilisé les forces placées sous son commandement, refuse obstinément. Pour bloquer la percée de von Manstein, il ordonne à Pavlov d’envoyer vers Rezekne la 48ème Armée (Général Akimov) et les deux brigades antichars du deuxième échelon.

En Courlande aussi, la situation des forces soviétiques se détériore, quoiqu’un peu moins vite que du côté de von Manstein. La XVIIIème Armée allemande avance vers le nord. En fin de journée, Liepaja est menacée d’encerclement. Berzarine autorise la 67ème Division de Fusiliers et les autres défenseurs à se replier vers Ventspils « après avoir détruit toutes les installations portuaires » – ce qui est fait durant la nuit.

 

Secteur Centre

Au nord de Minsk, le PanzerGruppe 3 prend Postavy dans la matinée, et poursuit vers Polotsk. Mais son avance est ralentie par les difficultés du terrain et les défenseurs soviétiques. Comme l’infanterie du Groupe d’Armées Centre a subi de lourdes pertes en s’opposant aux attaques de Timochenko, la composition des forces de von Hoth est déséquilibrée, ce qui ne facilite pas l’élimination des unités soviétiques qui tentent de les arrêter.

Au sud, les combats s’achèvent peu à peu à Bobrouisk, où les forces soviétiques encerclées vont résister jusqu’à la nuit. A ce moment, Guderian a déjà atteint Moghilev, où les ponts sur le Dnepr ont été détruits. Cependant, sur la rive ouest, les défenses sont faibles, et la ville est bientôt aux mains des Allemands. Guderian décide alors de poursuivre vers le nord, le long du fleuve, en direction d’Orsha, avec le XLVIIème PanzerKorps et le XXIVème Corps d’Armée. Dans le même temps, il envoie le XLVIème PanzerKorps (Général von Vietinghoff-Scheel) vers le sud, en direction de Gomel – mais Gomel est sur la rive gauche (est) du fleuve.

La situation de Timochenko est désastreuse. Toutes ses unités sont menacées d’encerclement. Il ordonne aux forces autour de Minsk de se préparer à « une défense prolongée » et décide de faire évacuer les habitants. Par ailleurs, il demande à la Stavka d’importants renforts pour défendre une ligne Orsha-Vitebsk-Polotsk, afin d’arrêter l’offensive allemande vers “l’isthme” entre le Dnepr et la Dvina (entre Orsha et Vitebsk) et de garder le contact avec le Front Nord-Ouest.

 

Secteur sud

Dans les deux camps, l’attention est fixée sur la bataille pour Novograd-Volynskiy. Von Rundstedt demande à la Luftwaffe de fournir un appui maximum aux forces de von Kleist et les bombardiers allemands martèlent toute la matinée les défenses soviétiques avant la reprise de l’attaque, à 14h30. Mais en dépit des bombardements, les défenses antichars sont encore efficaces. Il est vrai que la Luftflotte 4 manque de bombardiers en piqué et d’appareils d’attaque au sol. En l’absence de Ju-87, le bombardement en piqué est confié aux Ju-88 des KG-54 et KG-51. Pour l’attaque au sol, les 1 et 4/Sch.G1, qui possédaient à eux deux 87 Hs-123 le 15 mai, ont été réduits à 27 Hs-123, renforcés par 12 Bf-109E Jabos. Quand la bataille diminue d’intensité, vers 22h30, la première ligne de défense a enfin été percée, mais les Allemands ont perdu 79 chars de plus. Dans la nuit, le 1er Corps Aéroporté se replie sur la deuxième ligne de défense.

Au centre du Front d’Ukraine, la 6ème Armée de von Reichenau a été trop affaiblie pour représenter une menace pour les forces soviétiques. Rokossovsky peut donc sans inquiétude replier quelques unités de Brody pour tenter de constituer un groupe mobile à Chepetovka, dès que Kirponos l’y autorise. Mais cette autorisation est arrivée trop tard pour que les mouvements commencent avant la nuit.

Plus au sud, les forces de von Stülpnagel progressent vers Vinnitsa quand elles rencontrent la 6ème Armée de Muzychenko à l’ouest de Volkovintsy. A ce moment, le LIXème Corps est très étendu et a un peu perdu le contact avec le Corps hongrois, ralenti par les destructions pratiquées par les Soviétiques au nord-est de Dunaevtsy. Si les forces de Konev avaient déjà été regroupées, la 17ème Armée allemande aurait été très vulnérable à une contre-attaque. Mais les ordres de Kirponos, donnés à la suite des critiques de Chapochnikov, sont venus trop tard et Konev est encore en train de rassembler les restes de ses forces mobiles – une brigade blindée affaiblie du 68ème Corps Blindé et ce qui subsiste de la 44ème Division de Cavalerie. Heureusement pour lui, la Luftwaffe est occupée au nord et l’aviation hongroise (même soutenue par les Slovaques) est trop faible pour gêner sérieusement ses mouvements.

Dans la partie sud du front, de durs combats continuent autour de Kishinev et sur le cours supérieur du Prouth.

 

Mer Noire

Des avions de la Flotte soviétique de Mer Noire attaquent de nuit le port de Constantsa, mais ne font aucun dégât. Un DB-3F est abattu par la DCA.

 

Chine – Campagne de Chekiang et Kiangsi

Les troupes du Général Yueh atteignent la rive ouest du lac Po-yang et se dirigent aussitôt vers la ville de Juchang, sur le Yang-Tsé. La prise de ce port interdirait le trafic japonais sur le fleuve, amoindrirait leur contrôle sur le Wuhan et condamnerait définitivement les forces d’Anami.

 

Trincomalee (Ceylan) – Opération Pedestal

Arrivée du convoi Pedestal, avec son escorte et des renforts destinés à l’Eastern Fleet britannique.

Une telle concentration de vaisseaux et d’hommes ne peut passer inaperçue. L’état-major de Sommerville a donc organisé des fuites volontiers et contradictoires, évoquant soit une opération de ravitaillement de Port-Blair et Sabang, soit un convoi pour Darwin destiné à ravitailler « d’extrême urgence » les forces australiennes contre un possible débarquement japonais. Des nouvelles concernant des attaques aériennes japonaises contre Darwin sont largement diffusées, permettant d’expliquer l’entraînement intensif aux procédures anti-aériennes et d’interception aérienne.

En effet, pendant ce temps, les porte-avions de l’Eastern Fleet effectuent une sortie pour un exercice de lutte AA, utilisant des Blenheim de Sqn 211 pour simuler les bombardiers bimoteurs de l’aviation de la Marine japonaise. Après une journée d’entraînement, quelques leçons utiles se dégagent sur le contrôle aérien à l’intérieur de l’espace aérien de la flotte. Pour éviter la perte de chasseurs abattus par la DCA amie, il est décidé que les avions approchant le convoi doivent voler en ligne de file, en venant du côté opposé au soleil. A 5 nautiques du centre du convoi, la formation doit faire un cercle complet pour permettre un “épouillage” radar et visuel (il s’agit de s’assurer que les avions partis en mission n’ont pas été suivis par des indésirables). Ce n’est qu’en pleine poursuite que ces règles pourront être négligées. Les bords d’attaque des ailes et les gouvernes de queue des avions doivent être peints en jaune pour fournir une marque d’identification bien visible.

Cette journée confirme aussi que le vieux radar d’alerte aérienne Type-79B est plus performant pour déterminer l’altitude d’un intrus que le Type-281, dont la portée est plus grande. Les Type-281 des croiseurs anti-aériens doivent être utilisés pour l’alerte avancée et les Type-79B pour préciser les données.

 

Port Blair

Seize Wellington du Sqn 223 de la RAF arrivent de Colombo, pour soutenir l’opération Pedestal en préparation.

 

Sabang

Neuf Ki-21 tentent de répliquer aux attaques nocturnes des Wellington en bombardant Sabang durant la nuit. Mais le Flight B du Sqn 27 de la RAF est basé à Sabang, et ses Defiant NF-II abattent deux des attaquants.

 

Malaisie

Les troupes du Commonwealth qui tiennent Singapour et le sud de l’état de Johore sont toujours isolées, mais leur position reste très forte, face à une armée japonaise qui a du mal à monter en puissance (voir annexe 42-7-2).

 

Corregidor (Philippines)

Après un bombardement d’artillerie massif durant toute la journée, les défenseurs de Malinta Hill n’ont pas d’autre solution que d’évacuer la colline, qui tombe dans la nuit aux mains des Japonais.

 

Piste de Kokoda, bataille d’Eora Creek (Papouasie - Nouvelle-Guinée)

Les Japonais approchent d’Eora. Une colonne descendant de la crête au nord du village est aperçue. Au moment où elle débouche en terrain plat, elle est prise sous le feu d’armes légères venant du côté opposé d’Eora Creek, que les pluies ont transformé en torrent. Les Japonais subissent quelques pertes et se dispersent dans la jungle.

 

 

2 juillet

Paris

Nommé en avril à la tête des services de sûreté et de sécurité du Reich en France, le SS Karl Oberg met fin à la politique d’administration “de surveillance” mise en place par Werner Best en signant un accord officiel avec René Bousquet, Secrétaire général de la police sous les ordres de Darnand. A une collaboration surveillée qui laissait peu d’autonomie aux milices françaises, les accords Oberg-Bousquet substituent une collaboration beaucoup plus étroite et relativement égalitaire dans la lutte contre « la subversion communiste ». La SS et la Gestapo obtiennent une plus grande implication du gouvernement Laval dans la répression et la lutte contre les résistants, ainsi que dans la participation policière (ou plus exactement milicienne) aux rafles et aux déportations.

 

Hammaguir

Du fait de l’augmentation régulière de l’activité sur le site, les recherches menées par Jean-Jacques Barré et René Leduc sont désormais coiffées par une nouvelle structure : le CERS, ou Centre d’Essais et de Recherche du Sahara. Le CERS est placé sous l’autorité directe du ministre de la Défense. Ce rattachement apparaît logique, l’activité du centre étant officiellement le développement d’un missile à longue portée combinant fusée, statoréacteur et système de guidage avancé. Dans la réalité, personne (et surtout pas le ministre lui-même) n’est dupe du fait que le missile est trop ambitieux pour être opérationnel de sitôt. Comme il l’admettra dans ses Mémoires de Guerre (tome 3, Le Salut), De Gaulle place déjà « les pions de la France » pour l’après-guerre...

 

Méditerranée centrale

Dans l’après-midi, les Alliés lancent une nouvelle et massive attaque contre les aérodromes de l’Axe en Sicile et Sardaigne. Sur 367 avions qui participent à l’opération, onze sont abattus (dont sept par la DCA) pendant que 21 avions italiens sont détruits (dont 17 au sol). Cette opération voit la première mission de guerre du North American NA-89 Mustang II : 8 avions du GC I/5 font partie de la couverture haute d’une formation de DB-73 attaquant le terrain de Cagliari-Elmas. Aucun combat n’est signalé.

A 19h00, le “convoi russe” prêt-bail est au large du Cap Blanc et s’apprête à traverser dans la nuit la portion la plus dangereuse du Détroit de Sicile.

 

Ile de Zanthe (au large de la côte ouest du Péloponnèse) – Opération Ajax

Après un premier pilonnage administré par les petits monitors de la 1ère EAFC, les cuirassés Provence et Lorraine et les croiseurs lourds Algérie et Dupleix secouent les défenses italiennes, puis les Vultee V-72 Vengeance et les P-39D de la 22ème Escadre de Coopération et appui au sol, ainsi que les Dauntless de l’USN Ranger, effectuent 30 minutes de bombardement et de mitraillage. A 07h00, les LCT lance-roquettes de la 3ème EAFC assènent un nouveau coup de massue, juste avant que les hommes de la 13ème Demi-Brigade de la Légion Etrangère (DBLE) et du Groupe de Choc du Colonel Gambiez débarquent à Laganas, Argassi et Akrotiri, à 07h15.

Les troupes italiennes, le bataillon d’infanterie de marine San Marco et deux compagnies indépendantes de Chemises Noires, sont rapidement débordées, mais non sans résistance. C’est ainsi qu’à 10h45, en entrant dans Akrotiri, le Colonel Dimitri Amilakhvari est tué à la tête de sa 13ème DBLE.

A 11h40, les troupes françaises contrôlent le port de Zakinthos et progressent vers Alikes et Koroni, à l’ouest.

A 13h00, les cuirassés de la Flotte de Méditerranée commencent à se retirer vers le sud, laissant les Français solidement installés sur la partie est de l’île.

A 15h45, la première réaction de l’Axe se manifeste sous la forme de 17 Ju-87 italiens escortés par 12 Re-2002, et qui tentent d’attaquer les navires de débarquement. Ce raid est intercepté par 24 F4F-3 du Ranger ; 8 Ju-87 et 5 Re-2002 sont détruits en échange de trois Wildcat.

Nouveau raid deux heures plus tard. Cette fois, 18 Ju-88 des I et II/LG1, escortés par 16 Bf-109F, attaquent les navires qui débarquent troupes et matériel. A nouveau, les F4F-3 des VF-9 et VF-41, guidés par le radar Type-281 du HMS Sirius, sont à la parade. La formation du Xème FliegerKorps perd cinq Ju-88 et trois Bf-109 en échange de cinq Wildcat. Les bombardiers allemands réussissent à couler deux LCT et endommagent sérieusement un LCI(L), qui doit être échoué, mais perdent trois autres Ju-88 durant leur piqué sous les obus d’une DCA très active.

A 23h00, des vedettes lance-torpilles italiennes opérant de Céphalonie tentent de forcer l’écran de la force amphibie, pendant que d’autres évacuent des soldats italiens par la côte ouest de l’île.

A 23h17, les vedettes italiennes type MS-1 MS-11, 12, 13, 14 se jettent au nord de Zanthe dans la barrière des vedettes alliées : les MTB yougoslaves Kajmakcalan et Suvobor et les françaises VTB-104, 107, 109, 112 (type Higgins) et VGB-112, 119, 122, 124, 129 (type Fairmile). Après avoir légèrement endommagé les VGB-122 et 124, postées en “sonnette”, les Italiens sont attaqués par huit vedettes alliées. La MS-12 est soufflée par une torpille du Suvobor lancée de près et la MS-14 est détruite par les tirs des 20 mm et des 40 mm des “type Higgins” français. Les deux autres vedettes s’enfuient vers le nord.

La nouvelle du débarquement français sur Zanthe soulève une grave préoccupation à l’état-major de la Regia Marina. En effet, une fois les Alliés maîtres de Zanthe, des patrouilleurs rapides et des vedettes lance-torpilles pourraient aisément interrompre le trafic naval italien entre la Mer Ionienne et le Golfe de Corinthe. Cela menacerait gravement la logistique des forces qui se battent dans le Péloponnèse ou qui tiennent la Grèce, car elles ne pourraient plus être ravitaillées que par la voie ferrée des Balkans, qui descend le long de la Yougoslavie jusqu’en Grèce du Nord.

 

Front russe

Secteur Nord

Sur la Dvina, les forces de Vatoutine affrontent l’infanterie allemande à Plavinas, mais ne parviennent pas à reprendre la ville.

A la pointe de l’offensive allemande, von Manstein s’est enfoncé durant la nuit dans une brèche des lignes soviétiques sur la route de Pskov. « Mes unités de tête n’ont plus personne devant elles, transmet-il triomphalement à von Leeb. Nous avions raison : toutes les réserves ennemies ont été dépensées à Doushkash. » Mais vers midi, en arrivant à Karsava, la 3ème Division d’Infanterie Motorisée et la 8ème Panzer se heurtent aux premiers éléments de la 48ème Armée. Un violent combat se déclenche, qui s’achève au coucher du soleil par la destruction des 118ème et 125ème Divisions de Fusiliers soviétiques, fraîchement recrutées et jetées presque sans entraînement sur la route de la crème de la Wehrmacht. Cette éclatante victoire des vétérans allemands va avoir d’importantes conséquences.

La première est d’inquiéter von Leeb. La simple apparition de nombreuses troupes fraîches soviétiques entre Rezekne et Pskov indique que les ressources de l’Armée Rouge sont loin d’être épuisées. « Dites à Manstein de s’arrêter et d’attendre, pour assurer ses arrières, que le XLIème Panzer Korps de Reinhardt et le XXVIIème Corps de von Wiktorin aient avancé jusqu’à Rezekne. » ordonne-t-il. Hoepner est scandalisé : « Mais il leur faudra au moins deux jours ! Et de toutes façons, les unités blindées de Reinhardt ont été très affaiblies par les combats de Doushkash. Je me refuse à transmettre cet ordre, je préférerais démissionner ! » Mais von Leeb reste inébranlable.

De l’autre côté, Vorochilov, voyant ses lignes s’effondrer, est frappé de panique. Il ordonne au groupe mobile de Chernyakovsky, encore à Luga, de courir vers Ostrov et Karsava, tout en suppliant la Stavka de lui envoyer des renforts. Grâce à ses liens étroits avec Staline, il obtient de l’état-major général l’envoi de la 34ème Armée, stationnée à Kalinine (aujourd’hui Tver).

Par ailleurs, il ne s’oppose plus aux demandes de Sobennikov. Ce dernier peut ordonner à ses troupes de se replier vers Polotsk, déjà menacée par les forces du Groupe d’Armées Centre allemand, et de faire mouvement vers le nord-est pour donner la main aux survivants de la 48ème Armée.

En Courlande, la XVIIIème Armée continue d’avancer. Elle atteint Talsi en fin de journée. La poche soviétique est menacée d’être coupée en deux, et Berzarine ordonne aux forces de la région de Ventspils, à l’ouest de la péninsule, de préparer « un puissant périmètre défensif. »

 

Secteur centre

Au nord de Minsk, le PanzerGruppe 3 de von Hoth avance sur la route de Polotsk. A la tombée de la nuit, Gloubokoe est prise.

A l’aube, les hommes de Guderian commencent à progresser de Moghilev vers Orsha, le long de la voie ferrée qui longe la rive droite du Dnepr. Ils prennent Shklov et marchent sur Baran, mais se heurtent alors aux premiers éléments de plusieurs divisions fraîches que la Stavka a mis en place pour soutenir les forces épuisées de la 24ème Armée du Major-Général K.I. Rakoutine.

Pour les Soviétiques, la vitesse des progrès de Guderian est une très mauvaise surprise. Si Orsha devait tomber, Minsk serait presque encerclée et la route de Smolensk serait grande ouverte. Timochenko ordonne à Rakoutine de défendre Orsha à tout prix et demande à la Stavka de mettre à sa disposition la 43ème Armée, qui fait partie du “Front de Réserve”.

 

Secteur sud

Préférant éviter de livrer deux batailles de percée successives, von Kleist ordonne à ses unités d’obliquer vers Chepetovka, au sud-est, pour encercler Novograd-Volynskiy. La Luftwaffe est toujours très active, mais doit faire face à une vigoureuse opposition de la chasse soviétique. Les batailles aériennes du jour coûtent 27 avions aux Allemands et 41 aux Soviétiques.

A midi, Konev lance enfin son attaque sur le flanc gauche du Corps hongrois. Ses troupes sont bien trop peu nombreuses pour obtenir des résultats notables, mais la 1ère Pancelos Hadosztaly (division blindée) et la 6ème D.I. hongroise sont surprises et ébranlées. L’avance de la 17ème Armée vers Khmel’nitskiy est momentanément interrompue. En revanche, sur le flanc droit, ses unités avancent toujours vers Volkovintsy.

Au sud, von Schobert ordonne à ses troupes de se regrouper après l’échec d’une nouvelle tentative d’enlever la zone fortifiée de Kishinev.

Au QG de von Rundstedt, il est clair qu’il faut absolument emporter la décision au plus vite. Il est évident que de nombreuses forces soviétiques opèrent entre le PzG-1 et la 17ème Armée, mais leur encerclement ne semble guère possible, car les forces allemandes n’avancent que très lentement. Von Rundstedt autorise alors von Kleist à engager les réserves stratégiques du Groupe d’Armées Sud : la 16ème Panzer Division et la Leibstandarte SS Adolf-Hitler. Il s’agit d’une décision marquante, car ces deux divisions blindées faisaient partie des forces censées foncer sur Kiev une fois accompli l’encerclement des troupes du Front d’Ukraine.

En face, la Stavka autorise le transfert sur le Front d’Ukraine, à partir des réserves stratégiques, de sept divisions d’infanterie, quatre brigades blindées (dont deux entièrement rééquipées avec des chars neufs), trois brigades indépendantes d’artillerie et trois brigades antichars. Kirponos est informé que ces troupes vont se déployer sur une ligne Jitomir-Kazatine-Vinnitsa pour couvrir Kiev.

 

Mer Noire

Le sous-marin soviétique Shch-206, qui n’est pas rentré de patrouille, est porté manquant. On suppose qu’il a été victime d’une mine magnétique allemande au large de Varna.

La Mission navale franco-britannique, chargée d’assister les autorités navales soviétiques en Mer Noire, arrive à Sébastopol. Les trois Britanniques et les deux Français sont venus en avion d’Alexandrie via Damas, Bagdad, Téhéran, Bakou et Stavropol.

 

Chungking (Tchoung-king)

Le général Chennault et sa CATF signent avec des envoyés des forces communistes chinoises commandées par Mao Tsé-toung et Chou En-lai un accord aux termes duquel l’USAAF va baser au Yunnan (sur deux grands terrains et plusieurs petits) un certain nombre de bombardiers moyens et de chasseurs. Les Américains prévoient d’envoyer, au maximum, une quarantaine de bombardiers B-26, une vingtaine de chasseurs à long rayon d’action P-38 et une trentaine de P-40 pour la défense des terrains. Cet accord ne concerne pas la ROCAF (seuls quelques CB-17 de transport chinois seront utilisés pour le ravitaillement des avions américains).

Officiellement, le KMT est heureux de cette coopération contre les Japonais, mais en réalité, il est furieux – l’accord s’est en effet conclu malgré les protestations véhémentes de Tchang Kai-chek, car il ouvre une ligne de communications dont vont profiter les Rouges. Il est vrai que Tchang n’a pas été tenu au courant de certains objectifs de l’opération, car les Américains savent parfaitement que le KMT est farci d’agents communistes.

L’intention de l’état-major US n’est pas d’obtenir des résultats directs, d’autant plus que les difficultés d’approvisionnement en carburant (celui-ci doit être acheminé par avion) n’autoriseront que des attaques épisodiques contre les forces japonaises dans la région de Nanchang, occupée depuis peu, qui sont la cible affichée de l’opération. Mais les terrains du Yunnan pourront aussi servir de relais pour les bombardiers en route vers le Japon. Et surtout, les activités des B-26 et des P-38 qui seront basés sur place (ainsi que des P-40) devraient attirer l’attention de l’Armée Impériale et la distraire du déploiement de forces qui se prépare dans le sud, région bien plus importante pour la grande stratégie alliée.

 

Sabang

Neuf Wellington du Sqn 40 ravitaillent à Sabang au crépuscule, puis attaquent Kuala-Lumpur dans la nuit.

 

Penang

Deux MTB à moteur diesel (les MTB 502 et 503) relient Penang à Singapour dans la nuit.

 

Piste de Kokoda, bataille d’Eora Creek (Papouasie - Nouvelle-Guinée)

Pour franchir le torrent, les Japonais ont déployé pendant la nuit 300 à 500 hommes sur le terrain plat devant le pont. Dans la brume froide du petit matin, cette force lance une attaque directe pour prendre le pont d’assaut.

Les Australiens leur font chèrement payer cet orgueilleux excès de confiance. Les attaquants sont taillés en pièces par les mitrailleuses, appuyées par les mortiers et les armes légères. Pris en enfilade alors qu’ils traversent le pont, hachés par les mortiers aux deux extrémités de celui-ci, harcelés par les armes individuelles, les Japonais sont repoussés avec environ 50% de pertes.

Stoppés net pour la journée, les Japonais font venir des renforts et en profitent pour faire monter de l’artillerie en première ligne. Ils installent une batterie de canons de 70 mm et quelques mortiers lourds sur une crête à 900 mètres environ d’Eora. Pendant ce temps, leurs reconnaissances se heurtent aux postes avancés de la Compagnie A/49ème, qui bloque la piste des jardins. Sachant ce que ces premières escarmouches annoncent pour le lendemain, le commandant de cette compagnie enterre ses deux mitrailleuses Vickers sur sa droite dans de vrais petits bunkers, solidement protégés et appuyés par des hommes abondamment équipés en grenades. Les servants ont des ordres stricts et des champs de tir prédéterminés. Le gros de la compagnie se déploie sur la gauche, dans la jungle, pendant que les éclaireurs des Papuan Volunteer Rifles repèrent les points où les Japonais se concentrent pour l’attaque du lendemain.

 

 

3 juillet

France occupée

Gringoire (en date du 4 juillet)

« Les Rouges s’attaquent à nos trains !

Dans la nuit du 2 au 3, vers 1 heure du matin, la paisible ville de Migennes a été brutalement réveillée par plusieurs explosions. Pour une fois, ce n’était pas nos bons amis les Anglais qui venaient du ciel massacrer quelques Français, non : des saboteurs avaient fait exploser leurs engins dans le dépôt de locomotives de la gare de triage de Laroche-Migennes. Cet acte méprisable gênera la circulation normale des trains sur la ligne Paris-Marseille pendant quelques jours. Il est intéressant de constater que des tracts ont revendiqué la responsabilité de cet acte anti-français au nom d’un prétendu “Groupe de Combat Socialiste” affilié à la SFIO et à ses Youpins. Avec l’adoption des méthodes brutales des Rouges, la SFIO jette le masque et montre qu’elle n’est qu’un faux nez des Communistes. Comment quelques naïfs peuvent-ils encore nier la complicité judéo-bolchevique ? »

En fait, la destruction de la plus grande partie du dépôt de locomotives allait gravement perturber la circulation Paris-Marseille pendant des semaines. René Clément devait s’inspirer de l’épisode de Laroche-Migennes pour l’ouverture de son film La Bataille du Rail (Grand Prix du Jury à Cannes en 1946). On se souvient de la scène émouvante du cheminot caressant en pleurant “sa” locomotive avant d’y poser des explosifs.

 

Bari

Les destroyers italiens Camicia Nera, Carabiniere, Corraziere et Granatiere (classe Soldati, 1er groupe) quittent à 08h00 Bari, où ils ont ravitaillé durant la nuit. Les destroyers Alfieri et Gioberti (classe Orinai), venant de l’île de Korcula, sur la côte dalmate, où ils escortaient un convoi allant de Trieste au Golfe de Patras, les rejoignent à l’entrée de la Mer Ionienne. Les six bâtiments doivent exécuter un raid contre les navires alliés participant au débarquement de Zanthe – Supermarina se refuse en effet à accepter sans réagir l’élimination du bataillon San Marco, qui dépend de la Regia Marina.

 

Zanthe

Dès l’aube, les troupes françaises avancent vers l’extrémité ouest de l’île, éliminant les derniers défenseurs italiens. Les affrontements au sol sont peu intenses, mais les Italiens, malgré l’indifférence de leurs partenaires allemands, tentent un baroud d’honneur. Ainsi, dans l’un de ses plus gros efforts de la guerre, la Regia Aeronautica lance trois raids dans la même journée.

Le premier, 14 Ju-87 escortés par 12 Re-2002, est détecté à 06h15. Guidés par le radar du HMS Sirius, 16 F4F-3 de la VF-9 du Ranger l’interceptent à l’ouest de Zanthe, abattant cinq Ju-87 et trois Re-2002 en échange de trois Wildcat.

Nouveau raid à 08h05 : 21 SM-79 II escortés par 10 Re-2000. Les Fulmar du Furious sont accrochés par les vifs chasseurs Reggiane et perdent quatre d’entre eux. Ils ne détruisent que deux Re-2000 et un SM-79, mais le raid est quelque peu désorganisé. Les F4F-3 de la VF-41 arrivent alors et abattent quatre trimoteurs, la DCA s’en adjugeant deux autres. Les quatorze derniers s’obstinent pourtant et torpillent près de Pyrgos deux cargos grecs, qui coulent rapidement.

Les Italiens reviennent à 15h45, avec 24 Ju-87 escortés par 7 Re-2000 et 12 Re-2002. Cette fois, l’Amiral Hewitt conserve les Fulmar en seconde ligne pour arrêter d’éventuels torpilleurs, mais lance 28 F4F-3 (16 de la VF-9 et 12 de la VF-41). La formation italienne, débordée, perd neuf chasseurs (5 Re-2000 et 4 Re-2002) et huit 8 Ju-87, tandis que neuf chasseurs américains sont abattus. Les Ju-87 survivants bombardent l’écran de la flotte alliée, endommageant deux destroyers : le yougoslave Zagreb (dont la vitesse tombe à 25 nœuds après que des éclats aient endommagé une chaudière) et l’USN Rhind, qui perd du monde sur la passerelle, mais reste à poste.

Les sous-marins italiens ne sont pas en reste. Alors que le ferry converti Daffodil (qui vient de déposer à Pyrgos des chars SAV-42) et un LCI(L) rentrent à Héraklion, ils sont torpillés et coulés vers midi par le Platino. A 15h30, au large de Pyrgos, un petit transport français est coulé par le Turchese. Mais tous les submersibles italiens n’ont pas cette réussite. Deux patrouilleurs grecs, escortant un convoi pour Pyrgos, détruisent le Dessiè à l’ouest de la Crète. Les patrouilleurs français L’Enjoué, L’Eveillé et Le Rusé passent une bonne partie de l’après-midi à chasser un sous-marin obstiné et agressif qui tente de s’approcher des abords de Pyrgos. Finalement, le lance-fusée ASM “Mousetrap” de L’Enjoué coule à 19h35 le sous-marin Cobalto.

Pendant ce temps, les chasseurs français et yougoslaves et les bombardiers Martin-167 yougoslaves, basés près de Kalamata (K1 et K2), sautent sur tout ce qui bouge au sol du côté italien. C’est ainsi que les P-39D yougoslaves attaquent à deux reprises Céphalonie, perdant deux avions du GC II/80 sous les tirs de la DCA. La seconde fois, ils surprennent en mer quatre vedettes rapides italiennes qui viennent de la côte nord de Zanthe, où elles ont récupéré des soldats italiens. Les huit P-39D mitraillent les quatre vedettes et coulent les MAS-518 et 522. Aux commandes de son avion, le capitaine Miha Ostric justifie sa légende en attaquant tout seul la MAS-518 à bout portant. La vedette explose, endommageant l’avion yougoslave, qui va se poser sur le ventre à Pyrgos.

 

Péloponnèse

En dehors d’un duel d’artillerie non loin de Tripolis, la journée est calme, pendant que les deux camps récupèrent et pansent leurs plaies. Rommel sait qu’il lui faut attendre les renforts italiens avant d’espérer reprendre l’offensive. Côté allié, Giraud et Ritchie peuvent s’estimer heureux d’avoir évité une catastrophe autour de Tripolis. La route principale Sparte-Tripolis est encore sous le feu de l’artillerie allemande, mais la contre-batterie anglo-française permet en général de calmer les ardeurs des artilleurs allemands. Dans l’ouest, l’offensive franco-gréco-yougoslave a permis d’infliger des pertes substantielles aux Italo-Allemands et de reprendre beaucoup de terrain : c’est un succès, même si le prix en est élevé.

 

Athènes

Kesselring continue à réclamer de nouveaux avions pour compenser les pertes subies en juin par la Luftwaffe. Pour le calmer, Berlin lui promet de lui envoyer avant le 10 juillet… vingt tout nouveaux Bf-109G2. Ceux-ci seront d’autant plus nécessaires que, si l’intervention personnelle de Rommel a convaincu le commandement italien local de ralentir le retour en Italie des unités de la Regia Aeronautica (à l’insu de Mussolini), il est clair que le débarquement des Alliés à Zanthe va peser lourd pour que, dorénavant, l’ensemble des forces aériennes italiennes soient concentrées dans le sud de l’Italie.

 

Front russe

Secteur Nord

Le XXIIIème Corps allemand traverse la Dvina à Plavinas sur des ponts de bateaux et commence à progresser vers le nord, menaçant d’encerclement les troupes de Vatoutine. Dans la soirée, celui-ci ordonne à toute la 1ère Armée de se replier sur la route Riga-Pskov.

De son côté, malgré les ordres de von Leeb, von Manstein reprend sa marche vers le nord. Pour expliquer sa désobéissance, il fait répondre par ses officiers des transmissions : « Nous n’avons pu joindre le général durant la nuit ; il était sur le terrain, occupé à réorganiser ses forces, et se déplaçait sans cesse. » Balayant ce qui reste de la 48ème Armée aussi facilement que les récriminations de ses supérieurs, il fonce vers Ostrov, sur la route de Pskov. Cependant, vers 17h00, ses forces se jettent sur les défenses des 301ème et 303ème Brigades Antichars, autour desquelles s’accrochent les débris des deux divisions de fusiliers désintégrées la veille. La nuit ne tombant pas avant 22h00, les panzers tentent de déborder leurs adversaires par l’ouest, mais s’aperçoivent que, dès qu’ils s’écartent de la route, ils tombent dans les marécages qui environnent la rivière Velikaya. A minuit, l’avance allemande est stoppée à 10 km au sud d’Ostrov et la 8ème Panzerdivision a perdu près de 40 chars.

En Courlande, la XVIIIème Armée poursuit son avance. Vers 23h00, elle s’arrête à moins de 10 km de la côte.

 

Secteur centre

Le PzG-3 de Von Hoth est bloqué 10 km au sud-ouest de Polotsk par les restes de la 20ème Armée et des 113ème et 117ème Corps Blindé. Le Lt-Général P.A. Kourochkine est chargé d’arrêter l’avance allemande le plus longtemps possible, pour permettre aux forces de Sobennikov, qui battent en retraite de Daugavpils, de se déployer au nord, vers Pouchkinskoe Gory.

Dans la région d’Orsha, les nouvelles divisions envoyées par la Stavka (102ème Division Motorisée et 100ème, 103ème, 120ème et 309ème Divisions de Fusiliers) sont jetées dans la bataille au fur et à mesure de leur arrivée. Mais elles ne peuvent empêcher les troupes de Guderian de s’emparer de Baran dans la matinée, puis d’avancer vers Orsha. La Luftwaffe et les VVS font le maximum pour s’assurer la supériorité aérienne dans cette région. Les pertes de l’aviation soviétique sont lourdes (72 avions détruits dans la journée entre Baran et Orsha), mais la Luftwaffe souffre aussi ; elle est incapable de faire sentir sa présence sur les lignes arrières soviétiques, ni de soutenir le PanzerGruppe 3, plus au nord.

Au sud, le Général von Vietinghoff-Scheel pousse son XLVIème PanzerKorps vers Gomel. Il réussit à établir une tête de pont sur la rive gauche (est) du Dnepr, grâce à des ponts de bateaux.

 

Secteur sud

Au nord du front, l’attaque de Chepetovka s’intensifie, alors que les colonnes blindées du PanzerGruppe 1 commencent à contourner Novograd-Volynskiy par le sud. La deuxième ligne de défense de la ville tient toujours solidement, malgré des bombardements continuels des positions fortifiées et de la ville elle-même. La Luftwaffe et les VVS continuent à combattre au-dessus de la région ; dans la journée, 19 avions allemands sont abattus (dont deux par abordage) contre 29 soviétiques – un rapport de pertes qui commence à avantager les VVS.

Rokossovsky et Vlasov rassemblent maintenant leurs forces pour une bataille de rencontre à Chepetovka. Malheureusement, le temps gagné par la très belle défense du 1er Corps Aéroporté et des survivants de la 5ème Armée soviétique a été gaspillé par la pusillanimité de Kirponos.

Plus au sud, après son attaque infructueuse contre le Corps hongrois, Konev bat en retraite vers Khmel’nitskiy. La 17ème Armée allemande parvient jusqu’à Volkovintsy, mais elle est stoppée devant la ville par des tirs d’artillerie féroces. Sur sa droite, les troupes du LIIème Corps atteignent le Prouth après de durs combats, sans pouvoir le traverser.

 

Mer Noire

Les destroyers anciens Dzerjinskij, Jeleznjakov, Nezamojnik et Shaumjan, accompagnés du croiseur léger Krasnyj Kavkaz, posent durant la nuit un champ de mines au large de Constantsa. Ces mines seront responsables du naufrage d’un caboteur roumain (630 GRT), survenu deux jours plus tard.

 

Dans l’ouest de l’Océan Indien

Opération D

L’hydravion du sous-marin éclaireur de la 8e escadre, l’I-30, a constaté que les cargos navigant isolément avaient pratiquement disparu, au profit de convois escortés, depuis le début de l’opération D. Faute de mieux, l’I-30 attaque un convoi de sept transports. Il torpille et coule le cargo Everleigh (5 222 GRT), mais il est contre-attaqué par deux dragueurs de mines sud-africains qui le grenadent sévèrement. Assez gravement endommagé, l’I-30 est obligé de faire surface au début de la nuit, mais il réussit à s’échapper.

 

Trincomalee (Ceylan) – Opération Pedestal

Dès l’aube, le groupe de dragueurs de mines quitte Trincomalee pour Port-Blair, où les 24 Fairmile-B devront se ravitailler avant de rejoindre le convoi. Ils sont accompagnés par les huit DD/MS : les six vieux classe S, Sabre, Saladin, Sardonyx, Scimitar, Shikari, Skate et les deux Français, Tempête et Trombe. Les petits Fairmile ont tous reçu à Trincomalee deux bouteilles de tétrachlorure de titane pour produire des écrans de fumée (les vieux destroyers n’ont pas besoin d’un tel équipement, leurs machines fatiguées n’émettant que trop facilement une grande quantité de fumée). Outre ces bouteilles et leur apparat de dragage de mines, ils possèdent un 3-livres Hotchkiss (ou parfois un 6-livres), un à trois Œrlikon de 20 mm et six grenades ASM, non tant pour lutter contre des sous-marins que pour les lâcher sous le nez d’un poursuivant.

Toute la journée, la tension monte dans la flotte. Les équipages sont maintenant consignés à bord et tous les officiers et matelots, en particulier sur les navires qui seront les plus exposés, ont été dûment informés de la nature de l’opération, des risques impliqués et de la nécessité stratégique de faire parvenir même une quantité limitée de ravitaillement à Singapour. Ces explications ont levé les doutes semés les jours précédents par l’état-major de l’Amiral Sommerville.

Celui-ci a dû composer avec des ordres quelque peu contradictoires, lui demandant d’une part d’acheminer des transports jusqu’à Singapour, d’autre part de ne pas exposer ses précieux porte-avions à « un risque excessif ». L’organisation de l’opération est donc relativement complexe.

Le convoi lui-même – Breconshire, Denbeighshire, Glenartny, Glenorchy, Glenroy et Priam – est sous la protection directe des vedettes et destroyers dragueurs de mines, ainsi que des DD de classe Emergency Obdurate, Opportune, Onslaught et Porcupine et du CT français Lynx.

Un écran AA composé du vieux CLAA Coventry et des cinq DE de classe Hunt-II du Cdr C.T. Jellicoe, les Blankney, Eridge, Croome, Farndale et Grove accompagnera les transports jusqu’au dernier soir avant l’arrivée à Singapour.

L’escorte éloignée sera assurée par une grande partie de la flotte britannique de l’Océan Indien : BB Nelson et Rodney, CV Indomitable[1] et Illustrious[2], CL Fiji, Gloucester, Mauritius, Sheffield, Trinidad, CLAA Charybdys, Phoebe et DD Quadrant, Quality, Queenborough, Quentin, Quiberon, Quickmatch, Quilliam (A), Raider, Napier, Nestor, Jervis, Ashanti, Eskimo.

Dans le même temps, un petit convoi de diversion se dirigera vers Port-Blair : c’est l’opération “Green Tea”. Les cargos Pampa et Talabot seront escortés par les CA London et Sussex et les DD Encounter, Onslow, Partridge, Westcott, Wishart, Wrestler, et les avisos Flamingo et Pelican.

Quatre petits sous-marins de la Xème Flottille, qui ont quitté Port-Blair dans la matinée, ont été répartis le long de la côte de Malaisie et doivent atteindre leurs zones d’opération le 6 juillet à 00h00 : HMS Unique (Lt A.F. Collett) au large de Phuket ; HMS Utmost (Lt-Cdr R.D. Cayley) au large de Medan ; HMS Urge (Lt E.P. Tomkinson) au large de Kuala Salangor et HMS Upholder (Lt-Cdr Wanklyn) au large de Port-Dickson. Ils devront servir de guetteurs et attaquer les navires ennemis tentant de barrer la route du convoi. Pour éviter tout risque d’erreur d’identification, ils ne devront pas opérer à l’intérieur de la courbe des 6 brasses de profondeur, sauf cas d’extrême urgence. C’est le HMS Upholder qui sera le plus exposé, tout près de cette limite.

Sommerville a demandé au Contre-Amiral Bérenger (commandant des maigres Forces françaises de l’Océan Indien) de faire patrouiller trois des sous-marins français basés à Fremantle, les Aurore, Pascal et Le Tonnant, entre Singapour et l’île de Bangka (au sud-est de Sumatra) pour empêcher des navires ennemis d’entrer dans le Détroit de Malacca par le sud.

Bérenger, associé depuis le début à la préparation de Pedestal, a toujours soutenu énergiquement les projets de Sommerville et a fait tous ses efforts auprès d’Alger pour favoriser autant que possible l’opération. C’est ainsi qu’a été élaborée l’opération Coucou/Cuckoo, destinée à réduire la menace aérienne japonaise. Six DC-3 français doivent remorquer autant de planeurs Hotspur jusqu’aux abords de l’aérodrome d’Alor Setar, où ils exécuteront un posé d’assaut surprise le 6, à 23h00. Les 72 paras-commandos détruiront le plus possible d’avions japonais, et les survivants se replieront vers la côte, où ils seront récupérés par les deux grands sous-marins HMS Clyde et Otway, basés à Colombo, qui sont déjà en route vers le point convenu.

« A 20h30, alors que Sommerville dirige les derniers préparatifs, sur le Nelson, il n’est pas peu surpris de voir Bérenger, qui devait retourner à La Réunion, monter à son bord. Le Français a une requête fort simple : “Amiral, les hommes de Pedestal vont avoir besoin de chefs d’expérience. Or, il se trouve que je suis l’officier le plus haut gradé de l’Océan Indien à avoir affronté les Japonais en surface, et de nuit. Je demande donc à prendre le commandement de l’escorte rapprochée, qui ira jusqu’à Singapour. Je vous propose de mettre mon pavillon sur le Lynx.”

– Mon cher ami, répond Sommerville, vous savez qu’il faudrait, pour vous donner mon accord, que je prenne contact avec Londres ou Alger, et même avec les deux, de préférence. Et vous savez que je n’en aurai jamais le temps, nous partons dans deux heures !

Dès l’appareillage, le convoi plongera en effet dans le silence radio le plus total.

– Je suis navré de vous mettre dans l’embarras, Amiral, répond Bérenger d’un air très sérieux. Je ne m’étais pas rendu compte qu’il était si tard.

– Vous… Ah, j’y suis, vous avez sans doute regardé votre montre avec votre œil borgne, grogne Sommerville, faisant à Bérenger le plus bel éloge que puisse faire un Anglais à un marin (et à un marin français, qui plus est).

A 21h00, après une résistance symbolique, Sommerville accepte et Bérenger se précipite vers le Lynx, où flotte bientôt sa marque.

– Vous savez, bien sûr, observe Sommerville au commandant du Nelson, quelle est la plus haute décoration qu’ait reçue l’homme dont ce navire porte le nom.

– Oui, Sir : l’Ordre du Bain. En récompense de son grand courage.

– Pas exactement. Une récompense comme la Victoria Cross couronne un acte de courage extraordinaire, accompli sous le feu. Mais l’Ordre du Bain est décerné pour une décision exemplaire, prise de sang-froid et témoignant du sens du devoir le plus exceptionnel.

“Malheureusement, continue Sommerville en baissant la voix, si bien que seul son aide de camp, tout près de lui, parvient à l’entendre, je ne sais pas si l’Ordre du Bain peut être décerné à titre posthume.”

Quatre-vingt dix minutes plus tard, le HMS Quilliam commence à bouger. Pedestal est lancé. » (Jack Bailey, Singapore’s Light Brigade – The inside story of Operation Pedestal, Londres, 1969)

 

Piste de Kokoda, bataille d’Eora Creek (Papouasie - Nouvelle-Guinée)

Peu avant l’aube, les clairons japonais annoncent l’attaque, et la Compagnie A n’attend pas d’autres ordres. Les hommes jaillissent de leurs positions et se jettent sur le flanc droit des Japonais qui commencent à monter à l’attaque. Ces derniers, stupéfaits par la férocité de la charge, pris en sandwich entre les Australiens furieux et les tirs des mitrailleuses postées de l’autre côté du ruisseau, lâchent pied et s’enfuient. Mais ils sont alors fauchés par les Vickers nichées dans leurs bunkers. Un moment plus tard, deux fusées bleues sont tirées et les mitrailleuses cessent le feu, permettant à la Compagnie A de pourchasser sur 200 mètres les Japonais éparpillés, avant de se regrouper et de se replier. Cent morts japonais restent sur le terrain, alors que les pertes australiennes sont très légères. Aucun prisonnier n’est fait. Les blessés sont abattus ou passés au fil de la baïonnette comme les autres, car nul ne demande ni ne fait de quartier.

Cet échec n’empêche pas les Japonais de commencer à bombarder vigoureusement Eora et les positions le long du ruisseau. Ils continuent aussi d’acheminer des renforts et, dans la soirée, ils disposent de près de 2 000 hommes.

La nuit tombe, glaciale, sous une pluie continue et pénétrante, et c’est tout juste si le ruisseau ne charrie pas des blocs de glace. Sur tout le front, par petits groupes, les Japonais harcèlent les Australiens. Au début de la nuit, la pression augmente sur les positions de la A/49ème, que des infiltrations forcent à se replier vers le sommet de Bare Ridge. Plus bas, face aux positions de la Compagnie C, les Japonais traversent Eora Creek à la faveur de l’obscurité : grâce aux restes du pont et aux rochers qui émergent, un homme acceptant de risquer sa vie pour traverser, or les Japonais ne manquent pas d’hommes de ce genre. Owen réalise qu’il n’a pas assez d’hommes pour arrêter ses adversaires partout à la fois, et sait que plus le temps passe, plus il risque, au moment de l’inéluctable repli, d’avoir trop de blessés pour ses porteurs.

 

 

4 juillet

Paris occupé

« On voulut se servir contre moi d’un autre épisode dramatique. Le samedi 4 juillet, une compagnie de l’Armée allemande répétait son habituel et bien déplaisant défilé du dimanche sur les Champs Elysées, quand deux bombes artisanales placées dans des poubelles explosèrent sur son passage, faisant dans ses rangs quatre morts et une douzaine de blessés. L’attentat fut aussitôt revendiqué par le Parti Communiste. Ces Messieurs de la Kommandantur prirent cent malheureux otages et décrétèrent que, jusqu’à ce qu’ils aient mis la main sur les coupables, tous les théâtres et cinémas de Paris resteraient fermés. Cela pouvait durer tout le reste de la guerre, et les Allemands savaient très bien à quel point les spectacles étaient importants pour le moral des Parisiens déjà accablés de privations en tout genre (et pour la survie de ceux dont les dits spectacles étaient le gagne-pain !). Ce n’était pas leurs insolents défilés, fort médiocres d’un point de vue artistique, qui allaient nous distraire.

Je pris sur moi d’intervenir, usant du prestige intellectuel qu’on voulait bien me reconnaître et au nom de l’Art et de la Culture, non point auprès des tristes sires qui prétendaient gouverner le pays, mais directement auprès d’Otto Abetz, représentant de l’Occupant – qui d’autre fallait-il solliciter ? Reynaud ou Churchill n’auraient rien pu y faire ! Ma lettre et la réponse courtoise de Herr Abetz, reproduites ci-contre, montreront au lecteur si, comme des résistants de la vingt-cinquième heure l’ont prétendu, je me suis de la sorte “vautré dans la pire collaboration”. Quoi qu’il en soit, Otto Abetz me promit de tout faire pour abréger la punition infligée aux Parisiens. Le dimanche suivant, les Allemands défilaient sur les Champs Elysées au milieu de mesures de sécurité exceptionnelles, et le soir même, Paris retrouvait ses théâtres et ses cinémas, au soulagement général. J’ai la faiblesse de penser que mon intervention y avait été pour quelque chose. » (Sacha Guitry, Trois Ans d’Occupations, L’Elan Ed., Paris, 1946)

 

Détroit de Zanthe

00h15 – Les six destroyers italiens, qui ont doublé Ithaque et Céphalonie en début de nuit, traversent l’entrée du Golfe de Patras, approchant du détroit qui sépare Zanthe et la côte ouest du Péloponnèse. Le chef de la petite escadre, le Commandant Vittorio Riva, après avoir envisagé de contourner Zanthe par l’ouest pour attaquer par le sud les navires alliés mouillés dans le détroit, a changé d’avis quand des rapports de reconnaissance aérienne lui ont indiqué qu’une puissante flotte ennemie croisait au sud de l’île.

Il s’agit en fait de l’escadre de Rawlings, mais en fin de journée, celle-ci s’est mise en route pour Benghazi après avoir couvert le débarquement. Cependant, à la demande des amiraux Michellier et Ramsay, Rawlings a d’abord détaché vers Pyrgos les destroyers Ljubljana et Zagreb, à la suite des légers dommages subis par le second lors d’un raid aérien, puis un groupe de combat français conduit par le CL Gloire, avec les CT Volta, Cassard, Kersaint et Tartu. Après les violentes réactions aériennes et sous-marines de la veille, Ramsay s’attend à une action navale italienne durant la nuit. Il envoie donc le groupe du Gloire patrouiller dans le Golfe de Kiparissia pour protéger d’une part les plages de Zanthe contre une attaque venant du sud, d’autre part les convois qui circulent entre Héraklion ou La Canée et Kalamata ou Pyrgos. Les navires français sont en effet assez rapides pour couvrir une vaste zone. Au nord, entre Zanthe et la côte du Péloponnèse, Ramsay envoie comme d’habitude les forces légères de “l’escadre de Pyrgos” (les trois vedettes lance-torpilles yougoslaves Suvobor, Kajmakcalan et Triglav, six vedettes Higgins françaises [VTB-104, 107, 109, 112, 114 et 117] et trois vedettes Fairmile françaises [VGB-112, 119 et 129]). Devant l’intensité des activités sous-marines ennemies, il renforce cette patrouille avec trois chasseurs de sous-marins (CH-50, 51 et 52) et avec les patrouilleurs L’Enjoué, L’Eveillé et Le Rusé. Les plages du débarquement elles-mêmes sont couvertes par les huit monitors légers de la 1ère Escadre d’appui-feu côtier[3] et les dragueurs de mines de classe Raven Sans-Peur, Sans-Reproche et Sans-Souci. Les deux destroyers yougoslaves ont relâché dans la soirée à Pyrgos, où le Zagreb a débarqué quelques blessés, puis sont repartis patrouiller dans le secteur, attendant le lever du jour pour rejoindre Rawlings.

Le Commandant Riva avait espéré que ses navires seraient appuyés par les quatre vedettes rapides basées à Céphalonie, ignorant que les P-39 yougoslaves avaient détruit deux d’entre elles dans la journée du 3. Ce n’est qu’à 23h10 que Supermarina l’informe qu’il ne pourra pas compter sur les MAS en question.

00h40 – Le radar “Guffo” du Granatiere détecte des navires à 4 nautiques devant l’escadre italienne. C’est la première ligne des monitors de la 1ère EAFC (trois navires d’appui-feu, les RYN M 105, MN M 100 et M 101, et un de DCA, le MN M 120) Les six Italiens accélèrent à 30 nœuds.

00h42 – La VGB-119, aux avant-postes, repère la lame d’étrave d’un des destroyers. Elle donne l’alarme aux autres vedettes de Pyrgos par projecteur à éclats, mais le signal n’atteint pas les trois Yougoslaves. Pendant ce temps, les vigies italiennes indiquent que les échos radars sont ceux de « quatre petits destroyers en ligne de patrouille. »

00h45 – Le Commandant Riva ordonne le lancement d’une salve de trois torpilles par destroyer (mais celles-ci, réglées trop profondément pour le faible tirant d’eau des monitors, vont leur passer sous la coque). Au même instant, des obus éclairants illuminent la scène.

00h46 – Les Italiens ouvrent instantanément le feu au canon de 120 mm, encadrant et touchant les M 100 et M 101. Les monitors d’appui-feu répliquent surtout avec leur unique 4-pouces AA, puis, la distance diminuant, au quadri-pompom – ils tirent aussi au 7,5-pouces, mais ce canon puissant est trop lent pour un tel engagement. Le monitor AA M 120, lui, se sert efficacement de ses deux jumelages de 4-pouces, puis de son octo-pompom.

Très vite, le M 100 prend deux obus dans la superstructure, puis trois autres, sans doute du Corraziere, qui détruisent son 7,5-pouces. Les munitions préparées pour le tir explosent et le monitor flambe. Le M 101 est lui aussi très maltraité par les soins des Carabiniere et Camicia Nera. Ce dernier reçoit la monnaie de sa pièce quand le Yougoslave M 105 place un obus de 7,5 pouces devant sa cheminée, peu avant que le M 120 ne lui administre trois obus de 4 pouces.

Les Italiens viennent un peu au sud et la distance tombe à moins de 1500 mètres. De si près, presque chaque obus touche. Les petits monitors sont la cible de 24 canons de 4,7 pouces, mais rendent les coups de leur mieux. Le M 120 affronte le Carabiniere et le Camicia Nera, sur lequel brûle toujours un incendie ; avant d’être lui-même transformé en torche, le monitor détruit les tourelles arrières du Carabiniere.

00h50 – Le M 105 a été un moment oublié par les canons italiens, attirés par les incendies allumés sur les M 100 et M 101 ou par les tirs rapides qui partent du M 120. Il en profite pour placer deux obus de 7,5 pouces et trois de 4 pouces dans le Corraziere. Le destroyer, sa passerelle détruite, vire sur bâbord et quitte la ligne. Les deux derniers Italiens tirent sur deux bateaux situés derrière les monitors (toujours considérés comme des destroyers) et qu’ils étiquettent torpilleurs. Ce sont deux des trois dragueurs français, les Sans-Reproche et Sans-Souci. Tous deux répondent symboliquement au 3-pouces/50 et le Sans-Reproche commence à diffuser de la fumée. Les Alfieri et Gioberti s’en prennent alors au M 105, qui est durement touché et perd son artillerie lourde. Mais l’Alfieri fait l’erreur de se rapprocher trop près et le pompom fait de nombreuses victimes sur son pont et sa passerelle.

00h52 – Le Commandant Riva manœuvre pour dépasser ce qu’il pense être la ligne de patrouille des destroyers. D’autres navires apparaissent alors des deux côtés. A tribord, il semble s’agir d’une nouvelle ligne de patrouille et des gerbes encadrent très vite le Granatiere ; c’est en fait le groupe des monitors grecs (M 102, 103, 104 et M 122 de DCA). Mais à bâbord, les deux destroyers yougoslaves, Ljubljana et Zagreb, s’approchent à grande vitesse. Riva ordonne alors une nouvelle salve de torpilles vers les navires en patrouille et se retourne au canon vers les deux Yougoslaves. Les Italiens foncent à 30 nœuds, les Yougoslaves à 25, et la distance chute très vite.

00h53 – Les deux Yougoslaves lancent leurs torpilles et ouvrent le feu, concentrant leur tir sur le navire de tête, le Granatiere, bientôt touché par trois fois. Cependant, les tourelles A et B du Ljubljana sont détruites par les obus du Carabiniere.

00h54 – Les destroyers italiens sont illuminés par les obus éclairants tirés par les Grecs, mais de plus, ils sont silhouettés sur le fond des monitors français en flammes. Le Granatiere est touché par deux 7,5-pouces et trois destroyers reportent leur feu sur les bâtiments grecs, à présent bien identifiés comme des monitors légers. Le M 102 est vite gravement touché.

00h56 – Une puissante explosion soulève l’Alfieri. Frappé par au moins une et sans doute deux torpilles yougoslaves, le destroyer se casse en deux. Ce coup soulage les bateaux grecs, qui tirent surtout sur le Camicia Nera. Toujours illuminé par un incendie, ce dernier est arrosé d’obus de 4 pouces par le M 122. Le Gioberti, plus heureux, met le M 104 hors de combat en ne perdant que sa tourelle arrière, démolie par un obus de 7,5 pouces.

Pendant ce temps, le Granatiere et le Ljubljana, touchés de nombreuse fois, sont incapables de gouverner normalement. Le Carabiniere et le Zagreb échangent des arguments frappants ; mieux entraînés, les tireurs du Zagreb prennent l’avantage, détruisant une partie de la passerelle et la tourelle avant de leur adversaire. L’Italien vire au nord, émettant un écran de fumée.

01h02 – Le Corrazziere, ses dommages sous contrôle, revient à la charge et force le Zagreb à laisser filer le Carabiniere.

01h04 – Comprenant qu’il ne pourra pas parvenir jusqu’aux transports alliés, le Commandant Riva ordonne la retraite. Mais celle-ci est plus facile à décider qu’à exécuter. Le Granatiere ne donne plus que 18 nœuds et ne peut plus gouverner qu’aux hélices. Le Camicia Nera est en flammes. Le Gioberti et surtout le Carabiniere sont endommagés. Seul le Corrazziere semble encore vraiment en état de combattre.

Pendant ce temps, les navires alliés s’organisent. Les patrouilleurs escortent les LCI et LCT hors de la zone de combat derrière un écran de fumée tendu par les dragueurs de mines, et le groupe du Gloire arrive à 34 nœuds. Au nord du détroit, les vedettes rapides alliées, qui attendent depuis le début une occasion de tirer sans risquer de toucher un navire ami, se sont placées en embuscade.

01h06 – Le commandant du Gloire réussit à joindre en phonie celui du Zagreb, qui lui rend compte de la situation « dans un français parfait ». Le destroyer yougoslave tire toujours sur les Italiens, mais il ne les poursuit pas, car il assiste et protège le Ljubljana, presque stoppé par deux coups direct aux chaudières. Les monitors ont beaucoup souffert. Les Français M 100 et M 120, dévorés par les flammes, ont été sabordés, ainsi que le Grec M 102. Le Yougoslave M 105 s’est traîné jusqu’à la plage, où il s’est échoué. Le M 101, qui a pu contrôler ses incendies, est le seul qui reste du premier groupe. Dans le second, le M 104 est très endommagé, mais les M 103 et M 122 sont à peu près intacts.

01h10 – Les Italiens en retraite, cap au nord, sont accompagnés par les obus éclairants du Zagreb. Gouvernant toujours aux hélices, le Granatiere reste en tête, suivi par les Gioberti, Camicia Nera et Carabiniere, le Corrazziere fermant la marche en faisant de la fumée.

01h14 – Les Italiens repassent devant les monitors grecs, qui ne peuvent s’empêcher de tirer sur les flammes du Camicia Nera, victime d’un nouvel obus de 7,5 pouces et de plusieurs de 4 pouces. La réponse des Carabiniere et Corrazziere avarie gravement le M 104 (qui doit être échoué peu après) et fait taire le M 122.

01h20 – L’escadre italienne est à mi-chemin de la sortie du Détroit quand de nouvelles gerbes encadrent les deux derniers navires. Ce sont les 152 mm du Gloire, dont le tir est guidé par radar. Le Corrazziere, suivi du Carabiniere, se tourne immédiatement vers ce nouvel ennemi et recommence à émettre de la fumée.

01h22 – Les deux Italiens émergent de la fumée pour feindre une attaque à la torpille. Mais les Français ont adopté la “tactique Vian” – ils vont droit sur l’ennemi, présentant la proue pour réduire la menace des torpilles, en formation parallèle. De la sorte, seuls six 152 mm et dix 138 mm peuvent tirer, mais c’est bien assez. Les Gloire, Volta et Tartu ont reçu des radars centimétriques Type-271. Le Gloire a aussi reçu un radar de tir Type-284 et le Volta un Type-281, également utilisable pour le tir. C’est un bon exemple du gouffre technique qui s’est ouvert, au moins en matière de contrôle de tir, entre les marines alliées et la Regia Marina depuis 1940.

01h24 – Le Carabiniere, touché par plusieurs obus de 138, ralentit. Le Corrazziere fait à nouveau demi-tour pour tendre de la fumée derrière ses éclopés, engageant le Gloire au canon de 120. Le croiseur prend deux obus sur le château avant, mais ce n’est pas suffisant pour perturber son tir. Le Corrazziere reçoit très vite six obus de 152, qui détruisent sa tourelle avant, sa cheminée et ses tubes lance-torpilles. Le destroyer, en feu, ralentit, mais sa tourelle arrière continue à tirer.

01h25 – Les Cassard et Kersaint s’en prennent au Corrazziere, dont le tir se fait hésitant, mais qui réussit à éviter deux torpilles du Cassard. La distance est tombée à moins de 3000 mètres et les deux contre-torpilleurs ont un peu changé de cap pour démasquer leurs tourelles arrière de 138 mm, qui assomment le navire condamné. Ce dernier flambe de bout en bout et des munitions explosent à l’arrière. Un 37 mm AA continue pourtant à tirer.

01h29 – Deux torpilles lancées par le Kersaint vont au but et achèvent le courageux destroyer, qui se casse en deux et coule rapidement.

01h30 – Le Gloire a de son côté reporté son tir sur le Carabiniere, qui n’avance plus qu’à 8 nœuds et dont la superstructure arrière est en feu. Plusieurs obus de 152 stoppent le destroyer, qui commence à sombrer par la poupe.

01h36 – Les trois autres Italiens s’éloignent vers le nord mais, en sortant du détroit de Zanthe, ils sont attaqués par des vedettes lance-torpilles alliées, qui ont suivi par radio le combat au sud de leur position. Les VTB-104, 109 et 112 attaquent les premières, mais sont aperçues par les vigies du Gioberti, qui donnent l’alarme. Les destroyers ouvrent le feu avec tout ce qu’ils ont, des tourelles de 120 mm aux mitrailleuses légères. La VTB-104, touchée par des rafales de 37 mm, commence à brûler, mais les deux autres lancent leurs torpilles. Malheureusement, dans le feu de l’action, elles surestiment la vitesse des navires italiens (qui ne dépasse pas 18 nœuds à ce moment) et toutes les torpilles ratent leur but. Peu après, la VTB-112 est touchée à son tour et ne doit sa survie qu’à l’intervention de la VTB-109, qui protège sa retraite derrière un rideau de fumée. Cependant, cette action a suffisamment distrait les équipages italiens pour les empêcher de voir les VTB-114, 116 et 117, approchant à faible vitesse de l’autre côté.

01h41 – Les VTB-114, 116 et 117 lancent.

01h43 – Le Granatiere est touché et stoppé net, pendant que les trois vedettes s’enfuient en crachant de la fumée artificielle. Déjà très endommagé, le destroyer est condamné. Pendant que l’eau envahit la salle des machines, le Commandant Riva signale aux deux derniers navires, les Gioberti et Camicia Nera, de se replier au plus vite vers Céphalonie, ce qu’ils font, non sans hésitation.

01h45 – Les deux destroyers filent droit dans le piège tendu par les vedettes yougoslaves, quand surgissent les vedettes italiennes MS-11 et MS-13. Après la destruction par les avions alliés des deux autres vedettes, leurs officiers ont cru l’opération annulée. De Céphalonie, tout près de Zanthe, ils ont appris par la radio que les destroyers attaquaient seuls et qu’ils rencontraient des difficultés. Quittant leur mouillage à toute vitesse, les deux vedettes arrivent juste à temps pour charger bravement les vedettes yougoslaves, accompagnées des VGB-119 et 129 (des Fairmile). A deux contre cinq, elles endommagent le Suvobor avant de succomber – mais leur action permet au Gioberti et au Camicia Nera de s’enfuir sans autre ennui.

01h49 – Le Granatiere chavire sous les yeux de l’équipage du Gloire. Pendant ce temps, les deux derniers Italiens traversent le Golfe de Patras, bien que la vitesse du Camicia Nera diminue en raison des fumées d’incendie qui s’infiltrent dans la chambre des machines. Les deux bâtiments poursuivent cependant à 20 nœuds vers le nord.

02h12 – Le M 101 s’échoue non loin des M 104 et M 105. Le M 103 est pris en remorque par le dragueur Sans-Peur et conduit à Pyrgos pour de premières réparations. Le seul des huit monitors encore capable de naviguer par ses propres moyens est le M 122, très endommagé. Le raid italien a bel et bien anéanti la 1ère Escadre d’Appui-Feu Côtier, mais n’a pas atteint les transports et est venu trop tard pour avoir un effet quelconque sur les opérations terrestres.

03h30 – L’équipage du Ljubljana réussit à éteindre les incendies. Incapable de gouverner, le destroyer est pris en remorque par le Zagreb, lui-même touché, jusqu’à Héraklion. Ils sont accompagnés par deux autres bateaux abîmés : le M 122 et le dragueur Sans-Reproche, endommagé par plusieurs obus de 120 qui l’ont raté de peu, mais toujours opérationnel.

 

Zanthe

Dès l’aube, les forces françaises reprennent leur avance et à midi, elles ont terminé le nettoyage de l’île de tous les soldats italiens. Pendant ce temps, les unités du Génie s’activent déjà à choisir l’emplacement d’un aérodrome, dont la construction sera rapide grâce au nouveau matériel spécialisé américain.

A 13h50, un raid aérien italien, passé inaperçu grâce à une assez dense couverture nuageuse, bombarde Zakhintos, la ville principale de l’île, mais ne fait pas de gros dégâts. Pendant ce temps, les avions du Ranger cherchent sans les trouver les deux destroyers survivants.

 

Péloponnèse

Les nouvelles de la bataille du Détroit de Zanthe ne changent rien à la situation dans la presqu’île. En dehors des traditionnelles activités nocturnes de minage et de bombardement des Wellington de la RAF, les activités aériennes sont réduites et les combats au sol sont limités à des duels d’artillerie dans le secteur de Tripolis.

 

Front russe

Secteur Nord

Au nord du front, le XXIIIème Corps avance vers le nord le long de la voie ferrée en direction de Tartu et de Talinn, cherchant à encercler la 1ère Armée de Vatoutine.

Dans son QG de Pskov, le Maréchal Vorochilov est si enchanté en recevant les nouvelles de la bataille d’Ostrov qu’il ordonne à ses troupes de « repousser les Fascistes jusqu’à la Dvina ! » Malheureusement, cet exploit est plus vite ordonné qu’accompli. Le groupe mobile de Chernyakovsky n’est pas prêt et seule la 198ème Division motorisée pourrait être engagée avec les deux brigades antichars. Pire encore, ces unités sont bien mieux adaptées à la défense qu’à l’attaque, et les ordres prématurés de Vorochilov vont permettre à von Manstein de détruire rapidement à découvert des forces qui, retranchées, aurait pu l’arrêter un bon moment. Manstein constitue un KampfGruppe spécial autour de la 8ème Panzer et de la division Totenkopf et, en fin d’après-midi, il prend d’assaut Ostrov et commence à marcher sur Pskov.

De son côté, von Leeb a fort peu apprécié la désobéissance de von Manstein. Cependant, apprenant la prise d’Ostrov et sachant que Reinhardt et von Wiktorin se hâtent sur les traces du LVIème Panzer Korps, le chef du Groupe d’Armées Nord s’accorde avec Hoepner pour penser que von Manstein a une occasion unique d’empêcher la stabilisation du front soviétique sur la Velikaya.

Tard dans la soirée, Vorochilov est brutalement passé d’un optimisme déraisonnable au pessimisme le plus noir. Il joint à nouveau la Stavka pour obtenir la mise à sa disposition de réserves supplémentaires « pour sauver Leningrad ! » Cette appel à l’aide choque le haut commandement, d’autant plus que le Front Nord ne devait être qu’un théâtre d’opérations secondaire. Les ordres de Vorochilov étaient de soutenir Timochenko, mais surtout de tenir solidement la ligne de la Dvina. Or, il apparaît à présent que le front est percé et même rompu. Non seulement Vorochilov s’est montré incapable de fixer une bonne partie des forces allemandes et de faciliter la tâche de Timochenko, mais voilà qu’il réclame des ressources bien trop rares, surtout après la percée allemande en Biélorussie ! Le Maréchal Chapochnikov ordonne alors à Vorochilov de reconstituer une défense solide sur la Velikaya. Mais surtout, il prend contact avec ses principaux subordonnés, Berzarine, Sobennikov et Vatoutine, pour avoir une meilleure vue de la situation.

Pendant ce temps, en Courlande, la XVIIIème Armée atteint la côte. La poche de Courlande est maintenant coupée en deux par un corridor de 5 km de large.

 

Secteur centre

Au nord, l’assaut de Hoth contre Polotsk tourne à un choc frontal majeur. Le chef de la 20ème Armée, le Lt-Général Kouroshkine, sait que la 34ème Armée va se déployer dès le lendemain dans le secteur de Velikiye Luki, pour stabiliser la jonction entre le 1er Front de Biélorussie et le Front Nord-Ouest. Il doit donc empêcher les Allemands de prendre Polotsk, pour bloquer le plus longtemps possible l’axe Polotsk-Velikiye Luki. En fin de journée, malgré une défense désespérée, les forces allemandes commencent à encercler Polotsk par le sud et par le nord. Mais la petite ville est encore aux mains des Russes, et les chars allemands tombent constamment dans des embuscades tendues par de petits groupes formés par une escouade autour de deux ou trois canons antichars.

Autour d’Orsha, une violente bataille fait rage toute la journée. Le PanzerGruppe 2 commence à souffrir de l’usure cumulée des combats et des kilomètres parcourus. Mais l’importance stratégique d’Orsha est trop grande, et Guderian fouette l’énergie de ses soldats. Au crépuscule, les pointes allemandes ont pénétré dans la ville et d’autres unités la contournent par l’ouest pour l’encercler. Venant de Gorki, la 102ème Division Motorisée contre-attaque sur le flanc droit du PanzerGruppe, 15 km au sud d’Orsha, mais elle est brutalement arrêtée par les réactions allemandes.

Au sud, les forces de von Vietinghoff-Scheel frappent exactement à la jonction entre le 1er Front de Biélorussie de Timochenko et le Front Centre de Boldine. En fin de journée, elles ont pris Zlobine sur la rive droite du Dnepr, et Dovsk sur la rive gauche.

A ce moment, Timochenko demande l’autorisation de quitter Minsk pour éviter l’encerclement complet de ce qui reste des 22ème, 25ème et 28ème Armées et du 2ème Corps de Cavalerie. Mais Staline refuse et ordonne à Timochenko de défendre la route Minsk-Vitebsk. Cependant, les forces regroupées autour de Minsk ont été bien trop usées par les combats des jours précédents pour pouvoir y parvenir. Elles n’ont pratiquement plus de moyens de transport pour se redéployer rapidement autour de la route, qui va être, dès la chute d’Orsha, leur dernière voie de repli vers les lignes soviétiques. Le Maréchal B.M. Chapochnikov, chef d’état-major de l’Armée Rouge, et le Général A.M. Vasilevsky, chef de la Section des Opérations de la Stavka, demandent alors à Staline de les recevoir. Les deux hommes affirment au Premier Secrétaire que Timochenko est dans l’impossibilité d’obéir aux ordres qu’il a reçus. La seule chose à faire est de laisser quelques troupes défendre la ville jusqu’au bout, en fixant le plus possible de troupes allemandes, et de replier les autres par Vitebsk tant qu’elles le peuvent encore. Staline refuse d’abord d’admettre que Minsk puisse être perdue. Il accepte cependant d’écouter les deux officiers, et la réunion se prolonge de 22h30 à 00h15. Pourtant, quand ils quittent son bureau, rien n’a encore été décidé.

 

Secteur sud

Au nord du front, la bataille fait rage toute la journée autour de Novograd-Volynskiy. Le PanzerGruppe 1 a presque achevé sa manœuvre d’enveloppement, mais constate que la route entre Novograd-Volynskiy et Jitomir est la cible de tirs d’artillerie intenses. Autour de Chepetovka, les forces allemandes repoussent ce qui reste des groupes mobiles de Rokossovsky et Vlasov, mais doivent s’arrêter avant d’entrer dans la ville.

Les unités d’attaque au sol des VVS, renforcées par la 5ème Armée Aérienne du Colonel-Général S.K. Goryounov (qui arrive à peine du District Militaire Transcaucasien), réapparaissent en force au-dessus du champ de bataille. La Luftwaffe, usée par les engagements au-dessus de Brody et par le soutien accordé au PzG-1, doit engager les dernières réserves de la Luftflotte 4 pour faire face. Les Allemands détruisent 37 avions soviétiques en échange de 20 des leurs. Cependant, les avant-gardes de von Kleist sont harcelées en permanence par des formations d’Il-2 et d’I-153 formations, alors que la disponibilité des appareils allemands commence à s’effondrer.

La 17ème Armée allemande, qui tente d’enlever Volkovintsy, se retrouve sous un ciel plein d’étoiles rouges. Les groupes aériens hongrois et slovaques, qui sont censés la soutenir, sont rapidement décimés. Von Stülpnagel appelle alors le QG de la Luftwaffe pour se plaindre du manque de soutien aérien : « Que font vos autres Gruppen ? Ils sont en vacances ? » Réponse d’un officier épuisé : « Mais oui, Herr Général. Ils sont en vacances en Grèce, avec leurs amis anglais et français ! »

Dans la soirée, Kirponos réévalue la situation lors d’une longue conversation téléphonique avec la Stavka, mais à Moscou, les opinions sont partagées.

« Le potentiel de combat des troupes du Front d’Ukraine est pratiquement épuisé » affirme Chapochnikov. Vasilevsky confirme : « Certaines divisions du secteur commandé par Konev ne comptent plus que 2000 hommes ! » Et Chapochnikov supplie presque Staline : « Nous contrôlons encore les routes qui vont à Vinnitsa et à Kazatine. Camarade Secrétaire Général, je vous prie d’autoriser Kirponos à se retirer derrière une ligne Jitomir-Vinnitsa. »

Mais le dictateur n’est pas de cet avis : « Il ne faut pas s’affoler ainsi, Boris Mikhaïlovitch. Kirponos peut encore reprendre l’initiative, n’est-ce pas, Simion Mikhaïlovitch ? » Boudienny, ainsi interpellé, approuve vigoureusement : « Bien sûr ! Il doit attaquer vers le sud, pour couper la 17ème Armée fasciste de ses bases ! »

Apprenant cette décision, Kirponos est abasourdi. Il sait qu’une telle stratégie est irréaliste et que ce qui ressemble à une division sur les cartes d’état-major à Moscou se révèle, sur le terrain, n’être qu’un régiment à peine. Mais il n’ose pas s’opposer à Staline. Il préfère plaider la cause du secteur nord de son Front.

Il a d’ailleurs plus de succès sur ce point, car la sauvegarde de Kiev est un sujet politiquement très sensible. Staline accepte de nommer Rokossovsky à la tête d’un groupe improvisé d’unités venant des réserves de la Stavka, qui commence à se déployer à l’ouest de Kiev. Chapochnikov prévient cependant que ces forces ne seront pas opérationnelles avant plusieurs jours.

 

Mer Noire

Les Soviétiques organisent une série de raids aériens et navals contre le port de Constantsa. D’abord, dans l’après-midi, des avions de la Flotte (27 DB-3F escortés par 12 Yak-1) attaquent les installations du port. Ce raid inflige quelques dommages au matériel de grutage et, surtout, incendie un grand réservoir de carburant. Les Soviétiques perdent deux bombardiers et un chasseur, abattus par les Bf-109E roumains et la Flak. L’attaque a désorganisé les patrouilles aériennes roumaines, empêchant la détection de l’approche de l’escadre soviétique.

A 22h35, le vieux cuirassé Parijskaja Kommouna, escorté par les croiseurs Krasny Kavkaz et Krasny Krim, le DL Kharkov, les DD Bditelnyi et Bistryi et les grands dragueurs Ivan Borisov, Sergei Shouvalov et Semion Roshal (classe Vladimir Poloukhine) commence à bombarder le port. Les 300 mm du vieux cuirassé, aidés par les canons des croiseurs, causent de sérieux dommages au port de Constantsa. Ils coulent la canonnière Capitan Dumitrescu (ex française Mignonne) et un cargo de 1 670 GRT.

Pendant ce temps, le sous-marin roumain Delfinul tente de se mettre en bonne position, lance et affirmera avoir obtenu un coup au but sur le cuirassé – mais rien n’est signalé chez les Soviétiques. Il semble que les Roumains aient mal jugé la vitesse de l’escadre et qu’ils aient pris des éclairs de départ pour des coups au but.

L’escadre soviétique se retire vers 23h45.

 

Hammaguir

Un Caudron Luciole décolle de la piste du centre d’essais. Ce biplan, humble et vaillant serviteur de l’Armée de l’Air, a servi sous bien des cieux pendant de longues années. Cette solidité et sa stabilité naturelle l’ont fait choisir pour le programme en cours.

En tant qu’avion d’entraînement, le Luciole est biplace et, comme sur beaucoup d’avions de ce type, le pilote est assis derrière l’élève pour des raisons de centrage. Mais ce matin, il n’y a pas d’élève en place avant, où est installé un lourd empilement de coffrets contenant un dispositif pour le moins complexe. Une série de gyroscopes assure la stabilité de route sur les trois axes. Mais la partie la plus intéressante est un appareillage mécanique destiné à assurer un vol automatique. Le plan de vol prévu a été codé sous forme de cartes perforées similaires à celles des pianos mécaniques, qui actionnent un dispositif électromécanique qui transmet les ordres aux gouvernes. A terme, l’ensemble doit permettre un vol autonome sur de longues distances en remplacement du guidage radio, trop vulnérable au brouillage.

Lors de ce premier vol, un “instructeur” restera en place arrière, veillant sur la double commande, au cas où l’engin ferait des siennes… L’objectif à moyen terme est de monter le système sur un chasseur, afin de tester le système de guidage complexe aux grandes vitesses que doit atteindre l’obus propulsé par la fusée Barré.

Les essais menés sur le Luciole vont buter sur le même problème que ceux sur le Voisin dans les années 20, à savoir (entre autres) une incapacité à faire face aux rafales de vent, notamment dans la tenue de cap. Le jeune René Hirsch, à l’aube d’une brillante carrière d’ingénieur, essaiera une série de dispositifs inspirés du Leo-48, ailes oscillantes et “cornes” (surfaces verticales supplémentaires), qui doivent permettre au “pilote de fer” de résister aux rafales. Ils auront cependant un succès mitigé.

Pendant ce temps, les essais du Leduc se poursuivent. Le Bloch 175 a effectué plusieurs dizaines de largages du modèle à l’échelle ¼. Les essais du modèle à l’échelle 1/2 se poursuivent sur le dos du MB-161 et le jour de son premier largage approche.

 

Chungking (capitale de la Chine non occupée)

Les contrats des pilotes de l’AVG (mieux connus sous le nom de “Tigres Volants”) expirent aujourd’hui. Le chef de l’AVC, le Général Claire Chennault, est nommé ce même jour commandant de la China Air Task Force (CATF), qui devient le bras armé de la Xe Air Force de l’USAAF et dont un des groupes absorbe l’AVG. Il installe son QG à Chungking, pendant que le Général Brereton, chef de la Xe AF, retourne au QG de Delhi travailler à maintenir l’acheminement des avions de la CATF et leur ravitaillement. Ce n’est cependant qu’en octobre que la CATF comptera quatre groupes de combat opérationnels, un de bombardement moyen et lourd, un de bombardement moyen et deux de chasse (voir annexe 42-7-1).

 

Océan Indien – Opération Pedestal

La flotte de l’opération Pedestal file vers l’est, sous un ciel chargé d’épais nuages.

 

Corregidor (Philippines)

Bataille de San José. En ce Quatre Juillet, les forces japonaises sont incapables d’enlever le dernier bastion des forces du Général MacArthur sur Corregidor.

 

Piste de Kokoda, bataille d’Eora Creek (Papouasie - Nouvelle-Guinée)

Au milieu de la nuit vers 01h00, les Japonais attaquent sur trois fronts.

Sur la piste du Jardin, la Compagnie A/49ème est meutrie par quatre heures d’un combat sauvage. Le 39ème doit alléger ses positions pour lui prêter main-forte.

La deuxième attaque tente de traverser le ruisseau au-dessous du village. Les Japonais grimpent vers les maisons, mais se jettent sur les positions du 39ème et sont pris de flanc par la B/49ème. Un brutal combat au corps à corps se prolonge jusqu’à l’aube, et à un moment, même Owen prend part à la lutte.

La troisième attaque remonte le ruisseau de son point le plus bas pour prendre la C/49ème par le flanc nord. Dans la nuit, le corps à corps est d’une terrifiante intensité – mais il n’y a rien à faire pour envoyer des renforts à la C. Cependant, tous les mortiers disponibles tirent pour l’appuyer, et l’attaque japonaise est plus ou moins brisée.

A l’aube, les Japonais (eux-même fatigués, souvent malades et commencent à être à court de munition) font une pause et prennent un peu de recul. Owen évalue la situation et conclut qu’il faut que ses hommes épuisés se replient de plus vers une nouvelle position défensive préparée quelques km à l’arrière. Même en l’absence de renforts, c’est une bonne position défensive et surtout, on y trouve une abondante provision d’obus de mortiers ainsi qu’une sorte d’objet d’art : un inestimable canon de 25-livres, laborieusement démonté, chargé dans l’unique Handley-Page Harrow du théâtre d’opérations, transporté par les airs et remontés sur place. De plus, les appels au secours répétés lancés par Owen ont fini par décider l’état-major à faire transférer les troupes disponibles (des éléments de la 18ème Brigade de l’AIF) à Myola, dont l’aérodrome démontre pleinement sa grande valeur stratégique.

Les troupes australiennes commencent donc à lever le camp. Le 39ème n’a plus que 180 hommes valides, et il n’en reste que 350 au 49ème. Celui-ci a payé son manque d’entraînement au prix le plus élevé et son moral est très bas. Fort heureusement, les survivants du 39ème, enchantés d’avoir repoussé les Japonais au milieu de la nuit, ont le moral assez haut pour tous, et redonnent le goût du combat aux hommes du 49ème. L’humeur de ceux-ci s’améliore encore quand ils apprennent que, non seulement les “Fuzzy Wuzzy Angels” vont aider à évacuer les blessés, mais encore qu’à Myola, un pont aérien emportera ces blessés.

Bien loin, à Port-Moresby, les hommes de l’AIF regardent les infatigables équipages des avions de transport emporter des munitions et ramener des hommes émaciés, épuisés, gravement blessés. Leur dédain pour les “soldats en chocolat” (Chocolate soldiers) de l’AMF s’efface rapidement, et disparaît tout à fait quand ils voient les blessés s’échapper de l’hôpital pour tenter de rejoindre leurs unités et quand ils écoutent ces hommes leur décrire les tactiques des combattants japonais dans la jungle et la montagne.

Les seules unités américaines dans la région sont des troupes du génie qui devaient à l’origine aller à Milne Bay, et dont certains sont restés près de Port Moresby pour prolonger la route (ou plutôt le chemin, praticable essentiellement en jeep) aussi loin que possible sur le trajet de la piste de Kokoda. Quelques-uns de ces Américains ont été envoyés, avec une poignée de collègues australiens et une provision de barbelés, jusqu’au “Crossing” pour y construire des retranchements de campagne. Ce lieu va bientôt être rebaptisé du nom de l’infatigable et très respecté Capitaine Sam Templeton…

 

 

5 juillet

Londres

Au Conseil des Ministres du gouvernement belge éclate une violente altercation entre le Premier Ministre, Pierlot, et le ministre des Affaires Etrangères, Spaak, concernant la reprise des relations diplomatiques avec l’URSS. Pierlot, soutenu par toute l’aile catholique du gouvernement, se déclare, pour d’évidentes raisons idéologiques, « peu partisan, en principe, de relations diplomatiques avec les Soviets. » Le souvenir de la rupture unilatérale de juillet 1941 est toujours cuisant. Spaak, soutenu par la plupart des socialistes et certains libéraux, invoque la nécessité pour la Belgique de s’aligner sur la position des Alliés. Finalement, le Conseil donne l’autorisation à Spaak de reprendre contact avec Eden afin de renouer des relations diplomatiques normales avec l’URSS, mais à la condition que le gouvernement soviétique en fasse la demande, et avec des excuses.

Par ailleurs, le Gouvernement belge, stimulé par l’annonce la semaine précédente de l’envoi de renforts français dans le Pacifique, prend la décision de proposer aux Britanniques le déploiement en Asie ou en Océanie d’une brigade double de la Force Publique, ainsi que de la Composante Aérienne de la Force Publique, dûment rééquipée. Les Britanniques ne se feront pas prier pour accepter. Il sera d’abord envisagé d’envoyer en Nouvelle-Guinée ces troupes (dont une partie avait déjà été déployée à Madagascar). Mais après un débat confus sur la politique raciale du gouvernement australien, la Force Publique sera finalement envoyée en Birmanie.

 

Alger

Le Général J. Doolittle (USAAF), l’Air Vice-Marshal Tedder (RAF) et, un peu plus tard, l’Air Marshal Sir Arthur “Bomber” Harris, Commandant du Bomber Command de la RAF, viennent discuter avec le chef d’état-major de l’Armée de l’Air, le Général Bouscat, de la nouvelle offensive en préparation contre Ploesti (opération Blowlamp/Lampe à souder).

 

Rome

Supermarina, l’état-major naval italien, décide d’annuler le convoi pour Le Pirée prévu la nuit suivante. Après les pertes subies par la Regia Marina, il paraît impossible de protéger efficacement dans le Golfe de Patras de lents transports contre des forces navales alliées qui pourront s’appuyer sur les forces qui contrôlent Zanthe. Matériel et ravitaillement devront être débarqués à Dubrovnik, et transportés de là jusqu’en Grèce par le train…

 

Péloponnèse

La situation reste très calme, bien que les avions français et yougoslaves continuent sans résultat de rechercher les deux destroyers italiens qui ont survécu à la bataille du détroit de Zanthe. En guise de consolation, des DB-73 français tombent sur le petit escorteur Zirona (ex yougoslave Jastreb), qu’ils envoient par le fond.

La 2ème EAFC est affectée au soutien de l’opération Ajax pour compenser la perte des monitors coulés ou mis hors de combat lors de cette bataille, mais elle n’aura pas grand-chose à faire.

 

Rhodes

Brève escale du premier convoi Prêt-Bail pour l’URSS. L’Escadre de Mer Egée accueille les transports qu’elle doit escorter jusqu’aux eaux turques. Le commandement de la Flotte soviétique de la Mer Noire a averti les Alliés qu’Odessa n’est plus à l’abri des attaques aériennes ennemies, et que le convoi devra aller jusqu’en Mer d’Azov.

 

Front russe

Secteur Nord

Tôt le matin, Vorochilov ordonne le transfert de son QG de Pskov à Novgorod. Cet ordre, exécuté en hâte, commence à provoquer quelques mouvements de panique dans les échelons arrière soviétiques, bien que Popov, adjoint de Vorochilov, donne des ordres très fermes pour défendre la cité. En fin de journée, les forces de Manstein approchent de la ville.

L’avance allemande est cependant ralentie par deux facteurs. Le premier est une tentative désespérée des VVS d’arrêter la marée des panzers. Les Il-2 d’attaque au sol et les I-153 chargés de les couvrir harcèlent sans répit les groupes mobiles allemands et leurs éléments logistiques. Les Soviétiques perdent ainsi 64 avions entre Ostrov et la Dvina, dont la moitié abattus par la flak, mais leurs attaques successives finissent par prélever un tribut notable sur les véhicules allemands. Le second facteur qui freine ceux-ci est la rareté des routes. Au nord, le XXIIIème Corps doit avancer le long de la voie ferrée, car le terrain est le plus souvent trop mou pour les véhicules. La situation est similaire pour von Manstein, qui ne peut déployer ses forces que sur la droite de la route, et seulement sur une faible largeur.

Les Chtourmovik et les marais donnent ainsi à Vatoutine et à Sobennikov un peu de temps pour adapter leurs dispositions. La Luftwaffe, dont les Gruppen sont sérieusement affaiblis, est bien trop occupée à protéger von Manstein pour gêner les manœuvres soviétiques. Vatoutine se hâte d’établir de solides positions le long de la voie ferrée Riga-Pskov. Sobennikov se replie aussi vite que possible vers le nord-est, sur une route à peu près parallèle à celle de Manstein, avec une partie de ses forces ; le reste se dirige vers Pouchkinskye Gory et tente de rétablir le contact avec le 1er Front de Biélorussie de Timochenko, en pleine retraite vers Velikiye Luki. La 34ème Armée, arrivant en renfort, commence justement à se déployer autour de cette ville, entre le Front de Vorochilov et celui de Timochenko.

Pendant ce temps, le IIème Corps allemand atteint Polotsk et fait sa jonction avec le Groupe d’Armées Centre. Puis, il s’apprête à se diriger vers Vitebsk.

En Courlande, Berzarine reçoit l’autorisation d’évacuer les troupes soviétiques qui se trouvent à l’est de la percée allemande, près de Mersrags, vers l’île de Saaremaa, qui commande l’entrée du Golfe de Riga. Mais il doit tenir fermement à l’ouest, autour de Ventspils. En effet, il est clair qu’aussi longtemps que les forces soviétiques tiendront à la fois Saaremaa et le nord-ouest de la Courlande, le Golfe de Riga sera interdit aux Allemands et qu’ils ne pourront pas l’utiliser pour soutenir leurs troupes par voie maritime.

Vers 22h00, une réunion de la Stavka confirme ces décisions. Lors de cette même réunion, Staline accepte de rappeler le Général G.K. Joukov. Celui-ci est aussitôt convoqué à Moscou pour y recevoir de nouveaux ordres ; il doit remplacer Vorochilov dans les plus brefs délais.

 

Secteur centre

Au nord de Minsk, Polotsk tombe en fin de journée aux mains des forces de Hoth. Mais les pertes ont été lourdes dans les deux camps et Kouroshkine peut rallier les survivants de sa 20ème Armée pour se replier en bon ordre le long de la voie ferrée Polotsk-Velikiye Luki. Von Hoth, qui espère voir les forces de Manstein déboucher de Pskov vers Novgorod et désorganiser complètement les défenses soviétiques dans tout le nord du front, ordonne à son PanzerGruppe de se préparer à pivoter vers le sud, en direction de Vitebsk, pour parachever l’encerclement et rejoindre les forces de Guderian.

Autour d’Orsha, la bataille se poursuit toute la journée. La ville est en ruines quand, à la tombée de la nuit, les troupes allemandes parviennent enfin à la gare et à la route Minsk-Smolensk, repoussant devant elles les restes de la 24ème Armée. La 43ème Armée, venant des réserves de la Stavka, commence à se déployer autour de Smolensk.

Au sud, le XLVIème PanzerKorps poursuit sa route et approche de Gomel. Boldine, commandant du Front Centre, ordonne à une partie de la 21ème Armée du Lt-Général M.G. Efrémov de défendre Gomel et d’arrêter la poussée vers le sud des blindés allemands.

En fin de journée, Staline accepte avec réticence le plan Chapochnikov-Vasilevsky. La Stavka ordonne à Timochenko de laisser la 22ème Armée défendre Minsk et de retirer ses autres forces vers Vitebsk. Malheureusement, la route est encombrée de réfugiés et les troupes ne peuvent faire mouvement rapidement.

 

Secteur sud

Dans la nuit, von Kleist perçoit que les forces soviétiques faiblissent dans son secteur. Il ordonne au XLVIIIème PanzerKorps (Général Kempf), tout juste renforcé par la 16ème Panzer Division et la Leibstandarte SS Adolf-Hitler, de pousser vers Jitomir sans se soucier des pertes. Le XIVème PanzerKorps doit s’emparer de Chepetovka et poursuivre jusqu’à Starokonstantinov pour couper la retraite des forces soviétiques qui font encore face à la 6ème Armée de von Reichenau. Enfin, le IIIème PanzerKorps doit compléter l’encerclement de Novograd-Volynskiy.

Pour soutenir le PanzerGruppe 1, la Luftflotte 4 engage l’essentiel de ses ressources. Cependant, si le Major-Général Löhr avait sous ses ordres 738 appareils au début de Barbarossa, il ne commande plus, malgré un flux continu de renforts, que 337 avions, dont 199 seulement sont opérationnels (dont 48 Ju-52). Sur ces 337, 151 (dont 31 Ju-52) sont engagés en soutien du PzG-1, ce qui ne laisse que 41 avions (dont 17 Ju-52) pour couvrir les trois autres armées du Groupe d’Armées Sud, avec le maigre appui des aviations hongroise, slovaque et roumaine. En face, grâce à l’engagement massif de la 5ème Armée aérienne, les Soviétiques bénéficient à ce moment sur le front ukrainien d’une supériorité numérique de l’ordre de 3,5 contre 1 en ce qui concerne les avions de combat (en excluant les transports et les avions de reconnaissance).

La bataille aérienne se poursuit toute la journée au-dessus des unités du PzG-1 qui avancent. Les VVS perdent 89 appareils dans ce seul secteur (22% des avions opérationnels déployés) et la Luftwaffe 37 (mais cela fait 31% de ses appareils opérationnels déployés). La Luftwaffe ne pourrait supporter longtemps de telles pertes. De plus, elle est incapable d’interdire aux appareils soviétiques d’appui au sol de retarder significativement l’avance des blindés de von Kleist. Sur la route de Chepetovka, les Allemands sont arrêtés à Grishev, et vers l’est, ils ne parviennent qu’à 50 km de Jitomir. Cette ville se prépare désespérément à se défendre ; toute la population, femmes et adolescents compris, est mobilisée pour creuser des tranchées et des fossés antichars. Vinnitsa se prépare de la même façon. Sous le couvert de la nuit, un avion enlève le Lt-Général Rokossovsky et le dépose à Jitomir où il doit organiser ce qui est désormais baptisé la “deuxième ligne de défense opérationnelle” du Front d’Ukraine.

Plus au sud, les forces de von Stülpnagel atteignent le cours supérieur du Youzhniy Boug (Boug Sud) mais ne peuvent couper la route Khmitel’skiy-Vinnitsa.

 

Mer Noire

La Flotte de Mer Noire met en service à Sébastopol le premier escadron (8 bateaux) de ROFS-82 (vedettes G-5 équipées de lance-roquettes). Ces navires sont chargés d’emmener des commandos qui débarquent sur les arrières ennemis et d’exécuter nuit après nuit un harcèlement continuel des forces adverses opérant près de la côte.

 

Océan Indien – Opération Pedestal

A 23h00, en approchant du Passage du Dixième Parallèle, entre les Iles Andaman, au nord, et Nicobar, au sud, les escadres se séparent. Le convoi “Green Tea” s’apprête à s’éloigner vers Port-Blair. Les dragueurs de mines qui ont fait escale à Port-Blair en arrivent et rejoignent les six transports destinés à Singapour, le reste de l’escorte rapprochée et le groupe anti-aérien.

Le lendemain doit voir le convoi traverser la Mer des Andaman, et passer à minuit la ligne Phuket - Banda-Aceh. Si tout se passe bien, il ne devrait pas encore avoir été détecté à ce moment.

Le 7, le convoi entrera dans la partie la plus large de la “bouteille” dessinée par le Détroit de Malacca. Il devrait s’agir de la journée la plus dangereuse du point de vue du risque d’attaques aériennes. A midi, le convoi devrait franchir la ligne “Bleue”, entre Medan et Taiping. Il sera temps pour l’escorte à distance de s’éloigner vers le nord à 20 nœuds, laissant les transports sous la protection de l’escorte rapprochée et du groupe anti-aérien. Les chasseurs des porte-avions pourront encore protéger le convoi, aidés par la balise Rooster du Coventry, et les chasseurs de la RAF basés temporairement à Sabang et Penang pourront leur fournir un peu d’aide. Le Commandement de la RAF dans l’Océan Indien a aussi accepté d’accentuer les raids de nuit contre les aérodromes ennemis pendant cette période cruciale. Au crépuscule, le convoi devrait avoir atteint la ligne “Noire”, au large de Port Swettenham. Ce sera alors à l’escorte anti-aérienne de s’en retourner pour rejoindre à toute vitesse le gros de la flotte, sous le couvert de la nuit. Le convoi et son escorte rapprochée – trente petites vedettes et treize destroyers plus ou moins fatigués – seront alors livrés à eux-mêmes et fileront le plus vite possible vers Singapour, à travers le “goulot” du Détroit.

Si tout se passe comme prévu, le convoi devrait entrer à Keppel Harbour à l’aube du 8 juillet….

 

Rabaul

Remorqué par le Futugami, le DD Kikuzuki arrive dans l’après-midi à Rabaul, où la 24ème Flotille Aérienne commence à se concentrer avant de se déployer à Guadalcanal.

 

Corregidor

Les dernières unités alliées organisées sur l’île sont écrasées à San José, mais le Général MacArthur échappe à la capture et décroche avec moins de cent cinquante hommes.

 

Piste de Kokoda, bataille de Templeton’s Crossing (Papouasie - Nouvelle-Guinée)

« Par une de ces ironies dont l’Histoire est coutumière, le Capitaine Sam Templeton, du 39ème Bataillon de l’Australian Militia Force, ne mourut pas à l’endroit qui immortalise sa mémoire. Né à Belfast avant 1901, Templeton fut refusé par l’AIF en 1941 sous prétexte qu’il avait les pieds plats et s’engagea dans l’AMF, se rajeunissant presque certainement de plusieurs années pour y parvenir. Surnommé dans le Bataillon “le Vieux” ou “Tonton”, il était partout, toujours le premier à reconnaître les positions ennemies, en pointe de chaque attaque, le dernier à se replier. Il ne laissa jamais un seul de ses hommes en arrière, mort ou vif. Son sort exact est inconnu, mais il tomba entre Eora et le Crossing, dans une des innombrables actions d’arrière-garde livrées contre les poursuivants japonais. Quand le 39ème et le 49ème atteignirent le Crossing, ses camarades donnèrent son nom au lieu de leur prochain dernier combat et le Lt-Colonel Owen émit son fameux “Ordre au 39ème Bataillon du Queensland” : “Le 39ème se formera en hérisson sur les retranchements avancés de Templeton’s Crossing. Le Bataillon restera sur ces positions, car, tant qu’elles seront tenues, Myola ne pourra être pris et Port Moresby ne pourra être menacé. C’est ici que le 39ème résistera. Le Bataillon tiendra cette position. Que ses hommes soient vivants ou morts est sans importance.” » (B. Marcus, Les Forces armées australiennes dans la Seconde Guerre Mondiale)

L’effectif du bataillon remonte à près de 200 hommes quand les blessés (relativement) légers attendant l’évacuation à Myola rejoignent spontanément pour aider à tenir la position, avec la plus grande partie du stock de grenades de Myola – environ 6 000 projectiles.

Le 49ème reçoit l’ordre de tenir une position à 1 500 mètres de là environ, avec les mortiers, le 25-livres et le reste du ravitaillement, au point d’où part la piste de Kagi, c’est à dire à Templeton’s Crossing même. C’est la dernière ligne de défense. Le 49ème doit détacher 80 hommes pour bloquer une piste latérale que la position avancée du 39ème ne couvre qu’en partie. Cette piste contourne Templeton’s Crossing et rejoint la piste principale à moins de 3 km de Myola 1.

En pratique, le 39ème garde le point qui permettrait de déborder et de prendre Templeton’s Crossing, pendant que le 49ème garde celui qui permettrait de déborder et de prendre le secteur de Myola et son aérodrome.

Il n’y a pas de réserves. Une météo atroce (mais typique) rend Myola impraticable et ce sera le cas pendant près de deux semaines, en dépit des efforts surhumains des Hollandais qui pilotent les Lodestar de transport.

 

 

6 juillet

Liverpool

Un paquebot français amène les pilotes de la 1ère EC. Cette unité va se reformer en Grande-Bretagne pour participer à des opérations offensives sur le nord de la France occupée et doit être symboliquement dotée de Spitfire IX. Ses trois Groupes doivent opérer de Biggin Hill après transformation sur le nouveau chasseur de Supermarine.

Parmi les 66 pilotes qui débarquent à Liverpool, la plupart sont très expérimentés, mais quelques-uns sont tout juste sortis de l’école de chasse de Meknès et doivent cette affectation à leurs excellentes notes. On lit ainsi dans les pages du Journal de marche du Groupe I/1 que « Le Sergent-pilote P. Clostermann, toujours confiant dans sa bonne étoile, a fait le voyage avec trois impressionnantes cannes à pêche, qu’il a réussi à dissimuler à l’inspection lors de l’embarquement à Casablanca. Quand le Capitaine Martell [de son vrai nom Pierre Montet] lui demande s’il espère vraiment prendre des avions allemands à l’hameçon, le Sgt Clostermann lui répond que les truites britanniques éviteront au Groupe de devoir choisir entre mourir de faim et manger du porridge. » Le Journal de marche du I/1 est décoré de nombreux dessins de la main de Clostermann, dont un sur lequel on le voit pêcher du pont du paquebot et demander au capitaine du navire, effondré : “Vous êtes sûr que vous ne pouvez pas ralentir ? J’ai une bonne touche !”

 

Alger

Doolittle, Tedder, Harris et Bouscat ont trois sujets au programme de leurs entretiens sur Blowlamp/Lampe à souder.

– Les forces de la RAF, chargées de l’attaque de nuit, sont nombreuses. Bien qu’il soit toujours réticent à affecter quelques-uns de ses précieux “Heavies” à autre chose qu’à la destruction des villes allemandes, “Bomber” Harris confirme l’arrivée d’un second Wing de Stirling formé spécialement pour cette opération (251ème Wing : Sqn 196, 622 et 623, soit 70 Stirling) et d’un wing de Manchester. Celui-ci est le dernier encore équipé du gros “Medium-Heavy” de la RAF, mais il a l’avantage sur ses prédécesseurs (dont ceux qui avaient été expédiés en Malaisie) d’être propulsé par un nouveau moteur Vulture, le Mk X, profondément modifié. Ce wing (203ème Wing : Sqn 9, 12 et 57, soit 72 Manchester Ic) sera temporairement commandé par le WingCo. Guy Gibson, provisoirement détaché du Sqn 106. Outre leurs moteurs Vulture X, les Manchester Ic se distinguent par le carénage qui remplace leur tourelle avant (peu utile pour des bombardiers de nuit) afin de réduire le poids et la traînée.

Les experts de la RAF ont calculé qu’en décollant des pistes très rallongées d’Héraklion, les Stirling pourraient porter 8000 livres de bombes jusqu’à Ploesti. Les Manchester et les Wellington du 202ème Wing pourront enlever respectivement 9000 et 4,500 livres en décollant d’Héraklion, à condition de se poser au retour à Chios ou à Mytilène (Lesbos). La RAF prévoit d’engager en tout douze squadrons dans l’opération (six de Stirling, trois de Manchester et trois de Wellington).

– La situation est moins brillante pour la force de frappe diurne. L’USAAF ne peut engager que deux Bomber Groups (les 98ème et 376ème), soit 96 avions. L’Armée de l’Air engage toute la 60ème Escadre de Bombardement Lourd, soit 80 avions (dont 12 en réserve opérationnelle). La force de frappe diurne est donc formée de 176 B-24D, soutenus par deux Fighter Groups de l’USAAF : le 1er FG (27ème, 71ème et 94ème FS) et le 14ème FG (48ème, 49ème et 50ème FS), tous deux dotés de 54 P-38F. Les squadrons américains, en cours de déploiement en Afrique du Nord, seront aidés par les 60 P-38E de la 2ème EC française. Les Liberator seront eux aussi basés à Héraklion, d’où ils pourront emporter 8000 livres de bombes jusqu’à Ploesti. Les chasseurs seront basés à Mytilène, Limnos jouant le rôle de terrain de sauvetage. Dans ce cadre, les frappes diurnes seront surtout chargées d’allumer des incendies assez importants pour permettre aux bombardiers de nuit d’attaquer avec une précision raisonnable.

– Troisième point : les mesures de camouflage destinées à empêcher l’ennemi de prendre des contre-mesures en constatant la concentration en Crète d’autant de bombardiers lourds. L’AVM Tedder annonce que le flight de Spitfire VI opérant d’Héraklion pour empêcher les intrusions des Ju-86P de reconnaissance sera renforcé dès mi-juillet par de tout nouveaux Spitfire VII.

 

Lesbos

Les Mustang I français commencent à décoller avant l’aube de Lesbos pour une opération d’interdiction aérienne des communications en Grèce continentale. Volant par groupes de huit, les avions de la 7ème Escadre de Chasse échelonnent leurs attaques sur toute la journée, non seulement pour désorganiser le plus possible les transports ennemis, mais pour empêcher la Luftwaffe d’attaquer le convoi Prêt-Bail qui fait route vers l’URSS. Au coucher du soleil, 88 missions de combat ont été accomplies : six locomotives ont été détruites (et six trains stoppés), une soixantaine de camions et autres véhicules éliminés et onze avions abattus (4) ou détruits au sol (7). Les Français ont perdu sept Mustang – quatre en combat aérien, deux sous les coups de la toujours dangereuse flak et un qui a percuté le sol au sud de Larissa sans raison apparente.

 

Front russe

Secteur Nord

En début de matinée, les troupes allemandes entrent dans Pskov, mais une partie de la ville a été transformée en forteresse et de violents combats éclatent. Malheureusement, dans la confusion provoquée par les ordres de Vorochilov, les ponts sur la Velikaya ne sont qu’endommagés et non détruits ; l’un d’eux est même encore assez solide pour laisser passer les chars et l’infanterie motorisée. Von Manstein, laissant sur place ce qu’il a d’infanterie pour s’occuper des derniers défenseurs soviétiques, décide de poursuivre vers Luga pour s’ouvrir la porte de Leningrad. Pourtant, les attaques des VVS se poursuivent sans relâche. Si, le plus souvent, les blindés sont invulnérables aux armes utilisées à ce moment par l’aviation soviétique, les véhicules non blindés souffrent beaucoup.

A midi, l’avion de Joukov se pose à Novgorod. Joukov se rend immédiatement au QG de Vorochilov et lui remet en mains propres une brève note manuscrite de Staline lui-même : « Transmettez le commandement du Front Nord au Camarade Joukov et rentrez immédiatement à Moscou par avion. » A 14h25, l’avion qui avait amené Joukov emporte Vorochilov.

Joukov ne perd pas un instant. A 16h00, il donne par radio à toutes les unités soviétiques sur l’axe Pskov-Luga-Novgorod l’ordre de « ne plus faire un pas en arrière. » A 18h10, il joint Chernyakovsky, dont les unités blindées se rassemblent au nord de Pskov, et lui ordonne de passer à l’attaque dès le lendemain matin contre les pointes ennemies. Peu après, il contacte Sobennikov : « Portez-vous de façon décidée de Pushkinskye Gory vers Ostrov, contre le flanc sud-est de l’attaque allemande. » Joukov aurait voulu que Vatoutine puisse se joindre à l’opération en attaquant le flanc nord-ouest de la percée de Manstein ; cependant, apprenant que les forces allemandes progressaient sur la route Riga-Pskov à Ape, il approuve la décision de Vatoutine de se replier sur une ligne Parnu-Tartu. Il décide même d’envoyer à Tartu la 42ème Armée, tout juste formée à Narva. Enfin, il appelle le Général Novikov, commandant des VVS : « Donnez-moi un jour de supériorité aérienne dans la région de Pskov, camarade ! Un seul jour, c’est tout ce que je vous demande, mais il faut que ce soit demain ! »

Joukov prend alors la route de Luga, ralliant en chemin des unités en retraite, voire en fuite. Les mots qu’il emploie, brutaux mais cordiaux pour les simples soldats égarés, sont d’autant plus durs que les hommes sont gradés. Et lorsqu’il découvre un lieutenant-colonel très loin à l’arrière de son unité et n’ayant aucun ordre susceptible d’expliquer sa conduite, les mots ne suffisent plus. Georgui Konstantinovitch accuse l’officier de désertion devant l’ennemi et applique aussitôt la sanction prévue : sortant son arme de service, il exécute sur le champ le fuyard. Cet épisode sera vite colporté dans toute l’Armée Rouge…

En Courlande, la XVIIIème Armée de von Küchler se tourne à présent vers Ventspils. Elle laisse ainsi aux forces navales légères soviétiques la possibilité de commencer à évacuer vers Saaremaa les troupes isolées à l’est de la péninsule, y compris celles de la tête de pont de Jürmala. Comme Berzarine demande à la Flotte de Baltique un soutien maximum, l’Amiral Tributs lui promet une opération majeure pour la nuit suivante.

 

Secteur centre

Au nord, Hoth laisse le Vème Corps d’Armée du Général Ruoff repousser les survivants des défenseurs de Polotsk vers Velikiye Luki et pivote vers Vitebsk avec le LVIIème Corps de Kuntzen et le XXXIXème Corps de Schmidt. Mais toutes ces unités ont beaucoup souffert depuis le début de l’offensive de Timochenko, dont elles ont dû supporter le poids. La 20ème PzDivision est réduite à 54 chars opérationnels et la 19ème à 48. Les officiers allemands doivent constituent plusieurs KampfGruppen pour pouvoir progresser. Ces formations improvisées sont soutenues toute la journée par la Luftwaffe, qui attaque Vitebsk et la route Minsk-Vitebsk, créant une considérable confusion. Les VVS, très affaiblies, sont incapables de protéger les forces de Timochenko en pleine retraite. Cependant, le ciel de Vitebsk est vigoureusement disputé.

A 10h20, Guderian signale triomphalement au QG de von Bock : « Orsha tombée, avançons rapidement vers Smolensk. » Si la première partie du message est incontestablement exacte, la seconde ne l’est pas. Après sept jours de combats continuels, les unités blindées et mécanisées manquent gravement de carburant et de munitions. De plus, les premières unités qui remontent le Dnepr vers Smolensk sont constamment contre-attaquées par des unités soviétiques.

Alors que le XLVIème PanzerKorps approche de Gomel par le nord, les forces du Général von Vietinghoff-Scheel se heurtent à la 21ème Armée, soutenue par les canonnières de la Flottille du Dnepr. Pour la première fois depuis Moghilev, l’avance allemande est stoppée.

 

Secteur sud

Le XLVIIIème PanzerKorps renforcé reprend son avance vers Jitomir, mais il est constamment harcelé par les avions soviétiques. Les véhicules non blindés sont très vulnérables et une partie des réserves de carburant de la 16ème Panzer Division est détruite sur la route. Les forces doivent aussi faire face à de petites contre-attaques lancées de Novograd-Volynskiy par les Soviétiques, presque mais pas tout à fait encerclés. Dans la nuit, le 1er Corps Aéroporté lance ainsi une contre-attaque contre la 44ème D.I. allemande et parvient à maintenir ouverte la route de Korosten.

Plus au sud, ce qui est maintenant baptisé le “groupe Vlasov” livre bataille toute la journée à la 9ème Panzer et à la SS-Wiking (XIVème PanzerKorps) après Grishev. Bien soutenus par les VVS, les Soviétiques empêchent le XIVème PzK d’avancer vers Starokonstantinov. Cependant, la route de Kazatine passe sous contrôle allemand.

Dans la zone d’opérations du PzG-1, 41 avions soviétiques et 20 allemands sont abattus dans la journée.

Respectant la décision de Staline, les hommes de Konev attaquent peu avant l’aube. Dans la version non censurée de ses mémoires, publiée à la fin des années 80, Konev devait reconnaître franchement qu’il n’avait aucun espoir de couper les forces de von Stülpnagel, mais qu’il espérait forcer la 17ème Armée à protéger son flanc gauche, retardant ainsi le moment où elle atteindrait la route Khmel’nitskiy-Vinnitsa. Une nouvelle fois, les Soviétiques tombent d’abord sur le Corps hongrois, dont les unités ont déjà été affaiblies par les combats précédents. Von Stülpnagel n’a pas le choix : il doit engager ses réserves, les 97ème et 100ème Leichte Infanterie-Divisions, pour empêcher les forces de Konev d’avancer jusqu’à Dunaevtsy. Konev est arrêté, mais il a atteint son but personnel, car la 17ème Armée est incapable de parvenir jusqu’à la route principale menant à Vinnitsa.

Au début de la nuit, la Stavka se réunit pour entendre Kirponos faire le compte-rendu des événements de la journée. Non sans réticences, Staline accepte de laisser se replier les forces qui font encore face à la 6ème Armée allemande. Le dictateur est en colère : « Nous n’y serions pas obligés si la contre-attaque de Konev vers Dunaevtsy n’avait pas échoué ! » Il faut que Chapochnikov et Vasilevsky s’emploient à expliquer que cet échec n’est dû ni au manque de courage des hommes, ni à un quelconque esprit “défaitiste” de leur chef, mais au triste état des unités soviétiques engagées.

 

Mer Noire

Une importante escadre soviétique quitte Sébastopol pour aller escorter le premier convoi Prêt-Bail, qui doit arriver en Mer Noire par le Bosphore. L’escadre comprend les croiseurs Vorochilov et Molotov et les destroyers Bditelnyi, Besposhchadnyi, Bezuprechnyi, Bodryi, Boikyi, Bystryi, Smyshlonnyi et Soobrazitelnyi.

 

Téhéran

Les premiers officiers et soldats polonais relâchés par le gouvernement soviétique de leur camp d’internement en Ouzbekistan arrivent en avion en Iran. Ils sont chaleureusement accueillis par une délégation du gouvernement polonais en exil et des autorités françaises et britanniques.

 

Chine – Campagne de Chekiang et Kiangsi

Après une course folle de 80 km, les forces chinoises du Général Yueh arrivent à Cha-Heje, 10 km au sud de Juchang. Là, des troupes japonaises se sont retranchées entre la chaîne de Lu Shan à l’est et une zone de collines à l’ouest.

 

Océan Indien – Opération Pedestal

00h50 – L’aérodrome d’Alor Setar est bombardé par 17 Wellington des Sqn 14 et 104. Les résultats sont limités et deux bombardiers sont endommagés par la DCA.

01h40 – Cinq Blenheim IV du Sqn 60, basés temporairement à Sabang, bombardent le terrain de Medan. Là encore, les résultats sont négligeables, en dehors du fait que ces attaques agacent considérablement le commandement japonais.

03h15 – Les dragueurs de mines prennent position autour des six transports. Les six DD/MS “S” et les deux Français forment deux colonnes de quatre, de chaque côté de la colonne des transports. Le Lynx précède l’ensemble et les 24 Fairmile suivent. La mer est peu agitée, le vent est léger, et la couverture nuageuse de 3/10.

08h25 – Les nuages, qui ont commencé à s’épaissir après le lever du soleil, n’empêchent pas un J1N1-C de reconnaissance rapide du 7ème Kokutai de survoler Port-Blair à haute altitude. Ni les Supermarine-Folland 355 (“Floatfire”) ni les Spitfire II ne peuvent l’intercepter et l’équipage, rentré à Ipoh, rapporte que plusieurs grands bâtiments sont mouillés à Port-Blair. Les photos montrent au moins deux croiseurs lourds et deux gros transports – ce sont les navires de “Green Tea”. Ces observations, transmises au Contre-Amiral Kurita, sont cohérentes avec l’augmentation du trafic radio allié. « Il semble, estime le compte-rendu des services de renseignements de la Marine Impériale, qu’une nouvelle opération de ravitaillement des Andaman et sans doute une prochaine tentative d’un navire rapide destiné à Singapour provoquent une intense activité ennemie. »

16h00 – Le temps se gâte d’heure en heure. Kurita ordonne à la 1ère Division de Torpilleurs de patrouiller dans le Détroit, dans le faible espoir d’accrocher l’un des rapides forceurs de blocus que la Royal Navy envoie ravitailler Singapour. Peu après, devant le flot de messages radios venant de Penang et de Sabang, il décide d’envoyer les quatre torpilleurs siamois opérant de Telok Anson patrouiller au nord de la 1ère Division de Torpilleurs.

17h00 – Le temps se détériore de plus en plus. Au-dessus du convoi, qui file vers le sud-est, la couverture nuageuse est de 8/10 et les stations météo de Colombo et de Port-Blair avertissent Sommerville que l’aggravation se poursuivra durant la nuit, pendant qu’une dépression très active traversera la région du sud-ouest au nord-est. Le temps devrait cependant s’améliorer peu à peu dans la journée du 7, autorisant de possibles opérations aériennes ennemies.

19h30 – Kurita transmet à Kondo le rapport de ses services de renseignements. A ce moment, l’escadre de Kondo se trouve à 200 nautiques au sud de Mako. Rien n’indique qu’il y ait autre chose en préparation qu’une nouvelle course d’un forceur de blocus rapide, et Kondo continue à faire route à 15 nœuds vers la Baie de Kuching.

Kurita décide d’avertir aussi le QG de Yamashita, et de mettre son escadre en alerte à trente minutes. L’Armée a observé les jours précédents un niveau élevé d’activité aérienne ennemie, et Yamashita envisage la possibilité d’une opération plus importante qu’une simple course vers Singapour, peut-être un convoi de renforts pour Sabang. Il ordonne alors au 10ème Hikodan, à Sumatra, d’effectuer des raids de neutralisation de Sabang le jour suivant.

22h00 – Alors que le convoi approche de l’entrée du Détroit de Malacca, la couverture nuageuse atteint les 10/10, avec des coups de vent jusqu’à 80 km/h. Le Commandement de la RAF en Birmanie avertit Sommerville que l’opération Coucou/Cuckoo doit être annulée, car le temps interdit toute opération de planeur au-dessus de la Malaisie.

23h00 – Le radar de l’Armée japonaise situé à Taiping détecte l’habituel hydravion allié se dirigeant vers Singapour, puis celui arrivé la veille, qui suit le trajet inverse. Pour les techniciens de Taiping, c’est la routine. Ne disposant d’aucun chasseur de nuit, les Japonais ne peuvent rien faire contre ces allers-retours, et les opérateurs radar se contentent d’utiliser ces échos pour calibrer leurs appareillages.

23h30 – Le temps est abominable. De violents orages noient la partie ouest de la Malaisie, de la côte ouest à Kuala-Lumpur. Sur la Mer des Andaman, le temps est tout aussi détestable. Trois vedettes Fairmile sont endommagées et la ML-138 doit même être sabordée. La flottille B est dispersée et ne pourra rejoindre le convoi que dans la matinée du 7.

24h00 – Les torpilleurs siamois souffrent aussi dans la tempête. Ils restent à leur poste, mais ne voient absolument rien. Kurita commence à se demander si l’hypothétique forceur de blocus est déjà passé ou s’il n’a jamais existé. Il ordonne quand même à la 25ème Flottille aérienne de préparer des reconnaissances pour le jour suivant, lorsque le temps s’améliorera, puis il va se coucher.

A cette même heure, le convoi passe la ligne Phuket - Banda-Aceh.

 

Corregidor

MacArthur cède par radio le commandement des forces alliées dans l’archipel philippin à Wainwright, qui se trouve en relative sécurité à Mindanao. Furieux de ne pouvoir l’obliger à ordonner une reddition générale, les Japonais tentent malgré tout de le capturer.

 

Piste de Kokoda, bataille de Templeton’s Crossing (Papouasie - Nouvelle-Guinée)

Les éléments de reconnaissance japonais arrivent dans la zone du “Crossing”.

Alors que la bataille va s’engager à Templeton’s Crossing, la 18ème Brigade de l’AIF (7ème Division) progresse à marche forcée le long de la Piste. Au départ, le Brigadier Wootten ne croyait pas les récits des blessés de l’AMF évacués sur Port Moresby à propos des difficultés de la marche dans la jungle des montagnes de Nouvelle-Guinée, mais il est vite détrompé. Les hommes de l’AMF n’exagéraient pas, c’est presque le contraire…

Pendant que les trois bataillons de la 18ème Brigade (2/9ème, 2/10ème et 2/12ème) s’étirent sur la piste, des éléments de la 3ème Division de l’AMF arrivent à Port Moresby, mais peu à peu, en raison du manque de transports dû aux dégâts commis par les sous-marins japonais dans la région. La plupart des troupes de cette grande unité doivent aller renforcer la faible garnison de Milne Bay.

 

Au large de Brisbane

Opération Oni, Phase 3c (d’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman)

Par mer calme, au large de Coffs Harbour, le sous-marin japonais I-31 lance son hydravion E14Y1 “Glen”. Celui-ci repère à 100 nautiques au sud un convoi se dirigeant vers le sud, mais rien qui se dirige vers Brisbane. L’hydravion parvient à revenir au sous-marin et même (fait assez peu fréquent) à être récupéré intact. C’est le début de la phase 3c de l’opération Oni 1.

Le sous-marin éclaireur I-31 et les 27e et 33e Divisions de Sous-Marins ont été choisis pour évaluer l’intérêt des tactiques allemandes d’attaque en groupe, dont l’efficacité semble attestée par les documents retrouvés sur le Prince of Wales, contre le trafic maritime allié sur la côte est de l’Australie. L’état-major espère que ces tactiques pourront améliorer l’efficacité des sous-marins anciens.

– La 27e Division est commandée par l’I-5 (classe J1M, 24 000 nautiques d’autonomie). Trois sous-marins anciens de classe L4, les Ro-61, Ro-62 et Ro- 63, l’accompagnent. L’I-5 a été modifié pour pouvoir ravitailler les Ro à la mer par temps calme. Il emporte du carburant, de la nourriture, du matériel et 14 torpilles destinées aux Ro, le tout stocké là où se trouvait auparavant logé un petit hydravion.

– La 33e Division est commandée par l’I-6 (classe J2, 20 000 nautiques d’autonomie), qui a été modifié comme l’I-5. Il est accompagné des Ro-64, Ro-65 et Ro-67.

– L’I-31 est un sous-marin récent qui accompagne les deux divisions pour leur servir d’éclaireur et repérer les navires ennemis – ce qui est en théorie le rôle de la classe B1, à laquelle ce sous-marin appartient. Comme prévu, il arrive avec un peu d’avance.

Le plan général est de balayer la côte australienne vers le sud à partir de Brisbane, les Type Ro précédés par les Type I.

 

 

7 juillet

New York

Le vieux destroyer de classe Clemson DD-190 Satterlee, converti en transport rapide (APD), est remis à la Marine Nationale et rebaptisé Goumier.

 

Londres

Décidé à agir vite, Spaak rencontre Maïsky, l’ambassadeur soviétique auprès du gouvernement britannique, dans les locaux du Foreign Office, où tous deux ont été invités par Eden en présence de l’Ambassadeur de France à Londres, afin de préserver les apparences. Spaak est conscient que le rapport de forces ne lui permet pas vraiment de mettre l’Union Soviétique en position de demanderesse quant au rétablissement des relations diplomatiques. Après avoir brièvement évoqué l’amertume que la rupture de juillet 1941 a causé chez les Belges, Spaak se met d’accord avec Maïsky pour considérer que les relations diplomatiques entre les deux pays ont été uniquement « interrompues » (et non « rompues ») et qu’il n’y a donc pas lieu d’en établir de nouvelles ! Un communiqué de presse laconique conclut la réunion : « Monsieur Paul-Henri Spaak, ministre des Affaires Etrangères du Gouvernement belge, et Son Excellence Ivan Maïsky, ambassadeur de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques auprès du Gouvernement de Sa Majesté Britannique, se sont rencontrés aujourd’hui au Foreign Office, en présence de Sir Anthony Eden, Secrétaire aux Affaires Etrangères, et de l’Ambassadeur de France, afin de procéder à l’échange de représentants entre leurs pays respectifs. »

 

Augsbourg

Le Fl.Kptn Fritz Wendel commence les essais de roulage du Me-262 V3, le premier prototype uniquement propulsé par deux turboréacteurs Jumo 004. Après deux longueurs de piste sur le terrain privé de Messerschmitt, le test doit être interrompu en raison d’une panne de compresseur sur la turbine gauche.

 

Rastenburg (la “Tanière du Loup”)

[D’après des extraits de l’ouvrage de Maurice Héninger « L’épreuve du feu – L’évolution des outils militaires durant la Deuxième Guerre Mondiale » (Plon Ed., Paris, 1985) – Voir les annexes 44-1 et 44-2]

La direction de la Heereswaffenamt se réunit pour discuter les résultats de la mission envoyée évaluer les déficiences de l’arme blindée allemande sur le front russe. A la grande consternation de tous les officiers généraux présents, il est vite évident, selon tous les rapports recueillis, que les véhicules blindés de la Wermacht sont sérieusement surclassés par les T-34 et les KV-1 russes (comme la bataille de Pskov va encore le montrer le même jour de façon dramatique).

Des engins tels que le Pz-II ou même le Pz-38(t) sont devenus pratiquement inutiles. Le Pz-III, cheville ouvrière des Panzer Divisions, est totalement dépassé en puissance de feu comme en blindage par les nouveaux chars moyens et lourds des Russes. Le nouveau char de percée, le Pz-V, manque gravement de puissance de feu. Il sera relativement facile de lui donner un armement plus puissant, mais on ne pourra rien faire pour modifier le blindage vertical de ses flancs. Le Pz-IV est plus facile à construire en grand nombre que le Pz-V, mais sa protection est encore moins satisfaisante. La seule solution est de développer de nouveaux blindés. Un Comité spécial Blindés (PanzerStab) est alors organisé sur l’ordre de Speer pour rédiger des programmes concernant un char moyen et un char lourd. Il est cependant évident qu’aucun de ces véhicules ne pourra équiper les unités de première ligne avant fin 1943.

Pour remédier provisoirement à cette situation très préoccupante, il est décidé d’utiliser les châssis très fiables des Pz-II et des Pz-38(t) pour développer des chasseurs de chars dotés du canon de 50 mm/L60, puis du 75 mm/L48 dès qu’il serait disponible en quantité. Les StuG-III vont aussi voir leur armement renforcé, avec un canon de 75 mm/L43 (puis L/48) ou avec un obusier de 105 mm pouvant tirer de puissants obus HEAT.

Quant aux chars, il est impossible d’arrêter la production du Pz-III, quelles que soient ses limitations, car en l’absence d’un remplaçant performant, l’existence même des forces blindées allemandes serait menacée. La seule solution est de réarmer le char avec le 50 mm/L60 ou avec le 75 mm/L24 utilisé jusqu’alors sur le Pz-IV (la taille de la tourelle du Pz-III interdit d’installer un plus gros canon). Mais cette amélioration du Pz-III entre en concurrence avec le programme des chasseurs de chars pour les canons de 50 mm/60 AT.

En revanche, le Pz-IV et le Pz-V peuvent être nettement améliorés. Une nouvelle tourelle permettra d’équiper le Pz-IV du 75 mm/L48 (Pz-IVf2). Les ingénieurs estiment à cinq mois le délai nécessaire pour que les premiers chars de série commencent à sortir. La tourelle actuelle du Pz-V peut immédiatement être équipée du 75 mm/L48 ; avec quelques modifications, la tourelle pourra recevoir le nouveau 75 mm/L70, dont les essais sont terminés. Il est alors décidé d’équiper tous les nouveaux Pz-V du 75 mm/L48 (Pz-Vd) jusqu’à ce que le Pz-IVf2 soit prêt, début décembre 1942. Pendant ce temps, Henschel va développer une nouvelle tourelle pour équiper son Pz-V du 75 mm/L70 et porter le blindage frontal à 100 mm. Le résultat, baptisé Pz-Vf, sera disponible début 1943 et pourra honorablement se mesurer au T-34. Cependant, ces améliorations porteront finalement le poids du char à 46 tonnes (contre 36 pour les premiers modèles) sans que le blindage puisse être incliné. Décidément, le Pz-Vd ne sera qu’un bouche-trou.

Priorité absolue est donnée aux nouveaux projets.

MAN et Daimler-Benz sont prêts à concourir pour le futur char moyen, qui doit avoir un blindage incliné, un large train de roues, une vitesse maximum de 55 km/h et (à ce moment) un canon de 75 mm/L70. Le résultat sera le fameux Panzer VI Panther.

Porsche et Henschel, de leur côté, décident de concourir pour le programme d’un char lourd armé du 88 mm/L71, qui doit être développé par Krupp (voir ci-dessous) et utiliser la même munition que le Rheinmetall Flak 41 de 88 mm. Ce gros engin sera le monstrueux Panzer VII Tiger, dont la célébrité dépassera de beaucoup le rôle effectif.

Les deux programmes doivent être mis au point de toute urgence et la Waffenprüfamt-6 (section de développement des véhicules blindés de la Heereswaffenamt) demande que le projet du Pz-VI lui soit soumis avant le 20 décembre 1942 et celui du Pz-VII avant le 20 mars 1943. Le premier exemplaire de série du nouveau char moyen devra sortir le 1er août 1943, et le premier char lourd de série au début de 1944.

Ces décisions prises, Hitler propose de monter des canons Flak-36 ou 37 de 88 mm sur des châssis ouverts, permettant d’obtenir rapidement des véhicules antichars très puissants (de fait, le Führer avait noté dès 1938 le potentiel antichar du 88 mm antiaérien). Les officiers de la Heereswaffenamt passent alors un moment difficile. Ils doivent en effet expliquer à Hitler que son armée manque de canons de 88 parce qu’au milieu des années 30, “on” leur a laissé prévoir une guerre violente mais de courte durée. Tous les canons de 88 mm ont reçu le tube R.A.9, qui comprend une chemise, un manchon et un tube interne, tous trois découpés en trois éléments, la section centrale comportant la première partie des rayures et le cône de forçage. Il est de la sorte possible, au bout de 900 coups (la durée de vie prévue du tube), de démonter le canon pour ne changer que la section centrale. Le tube R.A.9 permet donc de ne mettre en réserve que des sections centrales, et non des tubes complets, ce qui est très économique en temps de paix. Cependant, les tolérances industrielles dans la fabrication du tube sont très réduites, en particulier pour la section centrale, et le nombre d’heures de travail nécessaires pour produire un tube complet dépasse de beaucoup le nombre d’heures nécessaires à la production d’un tube classique du même calibre. Cela ne poserait pas de problème si la guerre était courte. Mais à présent, la Wehrmacht, qui posséde une solide réserve de sections centrales de 88 mm, manque de canons, et l’astuce technologique de leur fabrication représente un sérieux goulot d’étranglement interdisant d’accélérer leur production, qu’il s’agisse des vieux Flak-36 ou 37 ou du nouveau Rheinmetall Flak-41. Les chaînes d’assemblage ne peuvent être rapidement réorganisées, car presque toutes les machines-outils ont été conçues pour produire des tubes de canon en trois sections et sont trop petites pour produire des tubes d’une seule pièce.

Il n’y a guère de solution disponible.

La production du 90 mm Mod.26/39 français peut être relancée – quelques canons capturés ont déjà été mis en service sous l’appellation “9 cm Flak M.39(f)”. Ce canon peut être modifié pour accepter les munitions allemandes de 88 mm/L56. Cependant, l’usine Schneider, à peine réparée, ne pourra sans doute pas produire plus de 20 canons par mois (en réalité, le chiffre obtenu sera bien inférieur, en raison de constants sabotages).

Le canon italien Ansaldo 90/53 est excellent, mais déjà très demandé par les Italiens pour usage anti-aérien.

On pourrait proposer à Skoda de se joindre au programme du 88 mm et de fabriquer un tube de canon d’une seule pièce, mais au détriment de sa production d’obusiers et de canons de campagne. D’ailleurs, si Skoda devait mettre au point un tel canon, il faudrait prévoir des délais significatifs.

Il existe bien quelques canons navals de 88 mm, mais la Kriegsmarine ne veut pas s’en défaire.

Krupp fait alors une proposition qui paraît prometteuse : développer un canon antichar/canon de char spécialement adapté à partir du Flak-41 de Rheinmetall. Krupp a encore sur l’estomac le mépris du RLM, en 1939, qui n’a envoyé les caractéristiques souhaitées pour le nouveau 88 mm AA qu’à Rheinmetall. Mais si Krupp est alors accueilli comme un sauveur, ses canons ne pourront être disponibles avant la fin de 1943.

 

Zanthe

Les positions alliées sont attaquées par douze SM-79 II volant à haute altitude. Les bombes ne font aucun dégât, mais tous les avions italiens peuvent s’échapper sans être inquiétés.

 

Nord de la Mer Egée

A l’aube, les navires de l’Escadre de Mer Egée souhaitent bonne route par projecteur aux transports qui entrent dans les eaux turques, au nord de l’île de Tenedos.

 

Front russe

Secteur Nord et opérations navales

Comme promis, les VVS font un effort désespéré pour arracher la supériorité aérienne à la Luftwaffe. Les “Faucons de Staline” y laissent 87 avions (dont 21 abattus par la Flak) tandis que les Allemands ne perdent que 23 appareils, mais ils parviennent à leurs fins. Toute la journée, von Manstein, privé d’appui aérien, est constamment harcelé par les avions d’attaque au sol soviétiques.

A 11h00, la 8ème Panzer Division du Général Erich Brandenburger reçoit de plein fouet le choc des blindés de Chernyakovsky, dont 115 T-34 et 66 KV-1. La division subit de lourdes pertes et se retrouve coupée de la Totenkopf. Au bout de deux heures, le combat n’est plus qu’une mêlée sauvage. A 14h50, alors que les KV-1 de la 2ème Compagnie de la 101ème Brigade de chars lourds atteignent le QG de la 8ème Pzr Division, le Général Brandenburger est tué – il semble qu’il ait été écrasé par un KV-1 alors qu’il servait lui-même un canon de 37 mm antichar dont les obus étaient incapables, même à bout portant, de percer le blindage du monstre. A 16h30, c’est au tour de la division Totenkopf, coupée en deux par les mastodontes soviétiques. Son chef, le SS-Obergruppenführer Theodor Elcke, va passer une partie de la nuit à rassembler un groupe opérationnel capable de rejoindre les positions de la 290ème Division d’Infanterie, au sud de Pskov.

Alors que les Panzer Divisions craquent sous la charge de Chernyakovsky, les 7ème et 29ème Armées de Sobennikov (dont les divisions n’ont plus guère que 4 000 hommes chacune) se jettent sur Ostrov et contre les troupes du XLIème Panzer Korps de Reinhardt et du XXVIIème Corps de von Wiktorin. Dispersés sur les 50 km de la route qui va de Karsava à Pskov, manquant de place pour manœuvrer, les Allemands sont en mauvaise posture et la bataille est une revanche des combats de Doushkash. A 15h45, les Soviétiques reprennent Ostrov.

Von Manstein comme Reinhardt réagissent promptement, mais leurs forces sont trop largement déployées pour être facilement regroupées. Le manque de voies de communications, de véhicules et de carburant ne les aide pas. A la nuit, les unités allemandes sont séparées en plusieurs tronçons : au nord, les survivants de la 8ème Panzer ; aux abords de Pskov, une partie de la Totenkopf et la 290ème Division d’Infanterie ; dans Pskov, la 3ème Division d’Infanterie Motorisée, toujours engagée contre les défenseurs soviétiques ; plus au sud enfin, les troupes de Reinhardt et de von Wiktorin, qui s’efforcent de reprendre Ostrov. Ce dernier affrontement est décisif : si les Soviétiques gardent le contrôle d’Ostrov, les chars de Reinhardt et de Manstein n’auront plus ni carburant ni munitions d’ici 24 heures.

Apprenant cette crise, le Maréchal von Leeb ordonne au Général Albrecht Schubert, dont le XXIIIème Corps suit la côte du Golfe de Riga vers le nord, de pivoter vers l’est pour aller porter secours aux forces allemandes engagées à Pskov. Cependant, von Leeb ne réalise pas que ce mouvement oblige les forces de Schubert à traverser un terrain très difficile. De fait, il ne fera qu’interrompre l’avance du XXIIIème Corps vers Tartu.

Pendant ce temps, une forte escadre soviétique, composée du vieux cuirassé Marat, du croiseur Kirov, du DL Leningrad et de sept DD (Obrazsovyj, Ognevoj, Otverjdyonnyj, Smertlivyi, Spokoinyi, Steregushchyi, Svirepyi) a quitté Talinn. A 23h10, l’escadre passe le détroit d’Irben et bombarde durant trente minutes les positions allemandes. Ce n’est pas assez pour empêcher ce qui reste de la poche de Courlande de se rétrécir aux environs de Ventspils, mais c’est suffisant pour susciter de nouvelles protestations de l’Armée allemande contre « l’inaction de la Kriegsmarine ».

 

Secteur centre

Au nord, les forces de von Hoth avancent en direction de Smolensk. En fin de journée, elles sont à Obol, 5 km à l’ouest de la route Minsk-Vitebsk.

Les hommes de Guderian font un gros effort en direction de Smolensk. Néanmoins, en fin de journée, ils sont toujours stoppés au niveau de la frontière de la République Fédérative Socialiste Soviétique de Russie.

La bataille pour Gomel fait rage toute la journée. Le Major-Général Boldine engage toutes ses réserves pour stabiliser le front et les forces du Général von Vietinghoff-Scheel sont incapables d’atteindre la ville.

Pendant ce temps, les équipes allemandes d’entretien et de réparations des blindés, qui s’activent fébrilement, ont de mauvaises surprises. Les moteurs des Pz-III et des Pz-IV, mis à rude épreuve sur un sol très poussiéreux, deviennent de moins en moins fiables.

 

Secteur sud

Le XLVIIIème PanzerKorps repart à l’attaque de Jitomir, en dépit du manque de carburant et de munitions et du fait que ses forces soient étirées le long de la route. Seuls deux bataillons blindés sont en pointe, mais ils parviennent au coucher du soleil tout près de Jitomir, devant la première ligne fortifiée. Pendant ce temps, le XIVème PanzerKorps reprend lentement son avance vers Starokonstantinov.

En fin de journée, Kirponos et Vlasov ordonnent aux dernières unités soviétiques encore à l’ouest d’une ligne allant de Rovno à Ivanovo-Frankovsk de se retirer vers l’est.

La 17ème Armée allemande remporte deux succès importants. Le premier dans le secteur du haut Youzhniy Boug, où les hommes de Von Stülpnagel réussissent finalement à couper la route Khmel’nitskiy-Vinnitsa, menaçant cette ville. Le second dans un secteur presque oublié, celui du haut Prouth : le LIIème Corps perce les défenses soviétiques et traverse le fleuve. Les forces allemandes peuvent commencer à avancer vers Soroki et Kamenka.

 

Mer Noire

Le destroyer leader rapide Tashkent (ce navire fabriqué par un chantier naval italien est connu dans la flotte russe sous le sobriquet de “Beauté Bleue”), escorté par les DD Sposobnyi et Svobodnyi, mouille de nouvelles mines devant Varna. Il ne semble pas que ces mines aient détruit des navires ennemis.

Par contre, le dragueur (classe Tral) T-402 Minrep saute au large d’Odessa sur une mine magnétique.

 

Détroit de Malacca – Opération Pedestal

02h00 – Le temps sur la Mer des Andaman reste très mauvais, avec des vents toujours aussi violents, qui font beaucoup souffrir les petits bâtiments.

04h30 – Les vents commencent lentement à perdre de leur violence, mais il continue de pleuvoir à torrents sur la plus grande partie du Détroit et la visibilité est très médiocre.

05h15 – Sous une pluie battante, les SGB envoyés à Penang rejoignent le convoi.

06h00 – Le centre de la dépression se déplace rapidement vers le nord-est et les orages commencent peu à peu à se calmer.

06h30 – Le temps est si mauvais que le 25ème Koku Sentai retarde le décollage de ses avions de reconnaissance jusqu’à 09h00.

06h40 – Ecœurés par les orages, les torpilleurs siamois et ceux de la 1ère Division japonaise se rapprochent de la côte pour s’abriter.

07h45 – Les torpilleurs japonais retournent à leur poste au milieu du Détroit.

08h24 – Les quatre petits navires sont détectés par l’asdic opérant en mode passif du HMS Urge, qui a un peu dérivé sous les orages. « Nous avions passé une nuit atroce, racontera le Lt Tomkinson, commandant du sous-marin, et nous avions envie de nous venger sur quelqu’un. »

08h39 – L’Urge lance une salve de quatre torpilles à longue distance.

08h43 – Le torpilleur Manazuru est touché en avant de la chaudière par une torpille et commence à couler rapidement. Les Chidori et Tomozuru se lancent à la recherche du coupable et demandent une assistance aérienne pendant que le Hatsukari recueille les survivants du Manazuru.

09h49 – Tomkinson signale à Port-Blair (qui retransmet à Sommerville) qu’il a attaqué quatre DD et en a coulé un.

09h45 – Un hydravion H9A1 ASM arrive sur les lieux, mais ses recherches sont vaines.

09h50 – Deux D4Y1 de reconnaissance du 7ème Kokutai quittent Ipoh, avec près d’une heure de retard en raison du mauvais temps. L’un se dirige vers Singapour, l’autre va parcourir le Détroit. Il semble que Kurita ait supposé que son hypothétique forceur de blocus rapide avait échappé aux torpilleurs et atteint Singapour.

10h25 – Les Chidori et Tomozuru reprennent leur patrouille pendant que le Hatsukari retourne à Port-Swettenham avec les survivants du Manazuru.

10h30 – A Kuala-Lumpur, 54 bombardiers moyens Ki-21 du 7ème Hikodan décollent pour attaquer Sabang. Répondant aux ordres de Yamashita, l’état-major du 3ème Hikoshidan a en effet décidé de faire suivre un petit raid sur Sabang effectué par les avions du 10ème Hikodan, qui doivent atteindre leur cible à midi, avec un raid plus puissant du 7ème Hikodan, qui doit frapper quarante minutes plus tard. Les chasseurs de la défense sont censés se concentrer sur le premier raid et être au sol lors de l’arrivée du suivant, permettant à cette puissante formation de détruire l’objectif. Toute l’opération a dû être décalée de deux heures en raison des pluies torrentielles de la nuit et du début de matinée.

10h45 – Les avions du raid-appât, 9 Ki-21 et 9 Ki-30 escortés par 15 Ki-43, décollent de Medan.

11h00 – La météo s’améliore sur le Détroit : la couverture nuageuse n’est plus que de 6/10. L’Indomitable et l’Illustrious maintiennent chacun une patrouille (CAP) de 4 Martlet 10000 pieds au-dessus du convoi, pendant que 8 Sea-Hurricane de l’Indomitable et 12 Martlet de l’Illustrious sont prêts à décoller en urgence.

11h19 – Le radar Type-281 du Phoebe détecte « un énorme raid venant de Kuala-Lumpur, droit sur le convoi ! » Les radars du Charybdys et de l’Indomitable confirment rapidement l’arrivée d’un raid de 50 à 70 avions. Les deux porte-avions lancent tout de suite ce qu’ils ont de prêt et préparent en hâte d’autres avions. Le Directeur de la Chasse du Phoebe dirige les 12 Martlet de l’Illustrious vers le raid qui approche, conservant les 8 Sea-Hurricane aux court rayon d’action comme dernière ligne de défense.

11h33 – Les 8 Martlets de la CAP engagent la formation ennemie, attaquant de face le premier groupe de 27 avions. Les 12 Martlet de l’Illustrious entrent peu après dans la danse. L’interception est une épouvantable surprise pour les équipages japonais. En moins de cinq minutes, 15 Ki-21 sont abattus, dont deux par le fameux Danny Potter (qui porte son total à 19, reprenant la tête dans la compétition qui l’oppose à Yvon Lagadec), plus six bombardiers endommagés. Les chasseurs ne perdent qu’un seul Martlet (dont le pilote est d’ailleurs récupéré par un destroyer, alors qu’il ne semble pas y avoir eu de survivants chez les équipages des bimoteurs japonais). La formation se disperse pendant que les bombardiers tentent de se cacher au milieu des nuages…

11h40 – A Sabang, l’officier du 10ème Hikodan chargé du contrôle de la double mission, débordé par les appels au secours, comprend que quelque chose se passe affreusement mal. A la même heure, les Sea-Hurricane se jettent dans la mêlée, détruisant pour leur compte sept Ki-21 de plus. Dans l’ivresse de la victoire, l’un des chasseurs, en revenant sur l’Indomitable, ira d’ailleurs s’écraser sur l’îlot du porte-avions après avoir raté les brins d’arrêt.

11h42 – Un appel affolé du 10ème Hikodan demandant à Kuala-Lumpur où ils ont envoyé leurs avions est également reçu par la permanence radio de la Marine japonaise.

11h59 – Le QG du 25ème Koku Sentai signale à Kurita que « de nombreux chasseurs ennemis semblent opérer au-dessus du Détroit de Malacca. » A ce moment, les officiers de l’état-major de la Marine soupçonnent un piège tendu par des chasseurs à long rayon d’action de la RAF.

12h00 – En marge de ces événements, le raid du 10ème Hikodan contre Sabang se déroule “comme prévu”. Les Hurricane de la petite île abattent deux Ki-21, deux Ki-30 et un Ki-43 au prix de deux des leurs.

12h35 – Des informations commencent à percer à travers les messages désespérés envoyés par les bombardiers, et un officier du 7ème Hikodan indique à l’état-major de Kurita que « Des chasseurs monomoteurs ennemis opèrent en grand nombre au-dessus du Détroit de Malacca. » La signification de cette information est évidente. Seuls des chasseurs de porte-avions peuvent être responsables d’une interception aussi dévastatrice. En outre, les services d’interception radio de la Marine comme de l’Armée japonaise commencent à capter des signaux émanant de navires ennemis. De fait, Sommerville a interprété ce qu’il croyait être un raid majeur contre Pedestal comme la preuve qu’il a été détecté, sans doute dans la matinée, et il a allégé le silence radio. Il a de toute façon fallu un certain trafic radio pour récupérer les chasseurs après la bataille – sans doute le plus beau succès de l’histoire de la FAA, dont les chasseurs revendiquent 39 victoires (en réalité 22, plus 14 avions endommagés) pour deux avions perdus (et aucun pilote).

Cependant, l’état-major japonais pourrait dès ce moment connaître, non seulement l’existence, mais bien la position des deux porte-avions grâce au radar Freya installé à Taiping. Les opérateurs de celui-ci suivent en effet avec une certaine précision les mouvements des chasseurs britanniques depuis midi et peuvent en déduire l’emplacement des porte-avions. Mais en dépit des efforts frénétiques des officiers de l’Armée sur place pour faire remonter l’information le long de la chaîne de commandement, leur rapport n’atteindra le QG du 25ème Koku Sentai, à Ipoh, qu’un peu après 17h30…

12h40 – Les deux D4Y1 envoyés en reconnaissance reviennent sans avoir rien vu (l’un a survolé Singapour, l’autre le Détroit, mais au sud du convoi). Les avions ravitaillent à la hâte.

12h51 – Trois E13A1 quittent Port-Swettenham pour reconnaître le Détroit, et deux raids sont préparés : à Ipoh, 18 G3M2 et 27 D3A1 escortés par 18 A6M2 ; à Alor Setar, 21 B5N2 escortés par 12 A6M2.

13h05 – Yamashita est parvenu à la même conclusion que les officiers de la Marine : il y a des porte-avions ennemis dans le Détroit. Mais il l’interprète du point de vue de l’Armée : l’escadre ennemie est évidemment en train de couvrir une opération amphibie ! C’est pourquoi il appelle aussitôt Kurita : « Si une division d’infanterie bien entraînée et appuyée par des blindés débarque dans le dos de nos forces engagées au sud de la Malaisie et les coupe de leurs communications logistiques avec la Thaïlande tandis que les forces de Singapour attaquent, ce sera un désastre ! Il faut que vous quittiez immédiatement Palembang pour intercepter l’ennemi et empêcher ce débarquement. » Kurita est très réservé : « Au mieux, mon escadre ne pourra pas être au large de Port-Swettenham avant 08h00 demain. De jour, affronter toute la flotte anglaise de l’Océan Indien serait un désastre naval. Cependant, nous allons lever l’ancre aussi vite que possible et patrouiller dans le sud du Détroit la nuit prochaine. De plus, j’ordonne à toutes nos unités dans le Détroit d’attaquer l’ennemi sans tenir compte des pertes. Mais, Général, il faut que vous compreniez que seule la 2ème Flotte de l’Amiral Kondo a les moyens de faire face à des forces ennemies aussi puissantes que ce que vous redoutez avec des chances raisonnables de succès. » Ces propos ne rassurent pas Yamashita, qui fait mettre toutes ses unités en alerte.

A ce moment, Kondo est encore en train de faire route au sud, vers la Baie de Kuching, par 111°07’ Est et 9°04’ Sud.

13h08 – Enchanté par la facilité avec laquelle ses chasseurs ont repoussé le raid japonais, Sommerville vient seulement de sonner l’ordre à l’escorte à distance de rebrousser chemin, avec plus d’une heure de retard.

13h20 – Les deux D4AY redécollent, cette fois en quête d’une flotte entière.

13h24 – L’Illustrious envoie 8 Martlet, guidés par le Coventry, veiller sur le convoi, qui continue vers le sud-est à 18 nœuds.

13h35 – Mis au courant des craintes de Yamashita et de la position de Kurita, Kondo fait venir au sud-ouest et accélère à 24 nœuds (le mieux que puissent faire ses deux cuirassés). Il pourra être au large de Singapour à 16h30 le jour suivant. En attendant, il décide d’envoyer à Port-Swettenham un de ses officiers, avec l’un des hydravions de l’Atago, qui sera catapulté moins d’une heure plus tard.

14h00 – Sur les navires du convoi, la plupart des officiers et matelots sont optimistes, car ils ont vu de nombreux appareils ennemis se faire abattre. Leur seule inquiétude est liée au fait que les nuages disparaissent rapidement du ciel. La nébulosité n’est plus que de 2/10. Port-Blair annonce l’arrivée d’une nouvelle dépression, mais elle n’atteindra pas le sud du Détroit avant les premières heures du 8.

14h05 – Le 25ème Koku Sentai lance ses deux raids, d’Ipoh et d’Alor Setar.

14h22 – L’un des E13A1 de Port-Swettenham repère le convoi. Il a le temps de signaler « Deux croiseurs lourds et quatre croiseurs légers, nombreux destroyers et transports » avant d’être expédié par les Martlet de l’Illustrious.

15h10 – Sommerville et son escadre sont repérés par l’un des deux D4Y1. Le rapide monomoteur piste un moment la flotte qui se replie, échappant assez aisément aux interceptions, à la grande consternation des pilotes des Martlet et des Sea-Hurricane, un peu trop lents.

15h15 – Les croiseurs de Kurita quittent leur mouillage à l’embouchure de la Musi.

15h27 – Le premier raid approche du convoi, les Val et leur escorte de Zéro précédant les G3M2, plus lents. Bien dirigés par le directeur de chasse du Coventry, les 8 Martlet surprennent la formation japonaise, détruisant 5 bombardiers en piqué dès leur première passe, avant de devoir se défendre contre 18 A6M2 furieux. Trois Martlet et autant de Zéros sont abattus, Dany Potter inscrivant là ses troisième et quatrième victoires de la journée. Très professionnels, les 22 Val restants se regroupent et piquent à travers une DCA nourrie. Le Glenartny est touché par une bombe, mais poursuit sa route, quoique sa vitesse diminue. C’est l’escorte qui est le plus sévèrement attaquée. Le Porcupine et le Trombe encaissent chacun deux bombes et plusieurs autres explosent tout près. Les deux vaisseaux, en flammes, commencent à couler ; le Contre-Amiral Bérenger ordonne de les saborder, et les petits Fairmile de la Flottille A recueillent les survivants. Le DE Croome reçoit lui aussi deux bombes et stoppe. Avant que les navires aient le temps de souffler, les 18 G3M2 (12 armés de torpilles et 6 de bombes) attaquent le convoi, dont la DCA se venge de son manque de réussite sur les Val en descendant sept bimoteurs. Mais le Glenroy reçoit deux torpilles et coule rapidement. Le Coventry est encadré par des bombes, mais s’en sort bien. D’autres navires doivent manœuvrer sec pour éviter des sillages menaçants, mais la DCA des DE de Jellicoe et du Coventry ont désorganisé l’attaque, évitant le pire. A 16h09, le dernier Japonais renonce. A 16h17, le Croome est achevé par une torpille de l’Onslaught, car le remorquer serait bien trop dangereux. Le convoi reprend sa route vers Singapour à 18 nœuds. Il a pris une heure de retard, et le Glenartny, incapable de donner plus de 16 nœuds, est laissé en arrière, sous la garde des sept petits Fairmile de la Flottille B.

15h47 – Le second raid (25 Kate et 12 Zéro), venu d’Alor Setar, a beaucoup moins de réussite. Repéré à 15h13 par le radar du Phoebe au large de Penang, il est intercepté par 16 Martlet du Sqn 806 et de l’ AC-2, qui abattent neuf B5N2 et cinq A6M2 au prix de cinq Martlet (trois britanniques et deux français). Les Kate restants sont obligés de se délester de leurs torpilles pour se sauver.

16h30 – Kurita et les officiers du 25ème Koku Sentai commencent à mieux percevoir la situation. Le fait que les grandes unités britanniques aient été aperçues en train de se replier indique qu’aucune grande opération amphibie n’est en route. La plupart des officiers de la Marine tombent d’accord pour estimer que l’opération n’est qu’un convoi de ravitaillement pour Singapour. Néanmoins, Yamashita conserve des doutes, et ne fera lever l’état d’alerte de ses troupes qu’à minuit.

17h00 – Les croiseurs de Kurita et leur escorte entrent dans le Détroit de Berhala.

17h18 – Le sous-marin L’Aurore aperçoit les quatre croiseurs lourds et les six destroyers, mais de trop loin pour attaquer. Il les signale à Port-Blair à 17h47. Le message est rapidement relayé à Sommerville et Bérenger. « Voyons les choses du bon côté, dit celui-ci. Tant qu’ils sont là, ils ne sont pas en train d’embêter la Jeanne à Nouméa. »

17h54 – La 1ère Division de Torpilleurs, qui a vu revenir l’Hatsukari de Port-Swettenham, arrive en vue de l’avant-garde du convoi, qu’elle a reçu l’ordre de suivre, mais de ne pas attaquer avant d’avoir reçu le renfort de la 2ème Division, qui arrive de Port-Dickson et sera là en début de nuit. Le temps s’est mis au beau, en dehors d’une légère brume de chaleur.

17h59 – Le Lynx et l’Onslaught commencent à échanger des tirs avec les trois torpilleurs, et le commandant japonais décide de s’écarter après avoir vu le Chidori encadré à plusieurs reprises par les 130 mm du Lynx, lents mais précis.

18h30 – Dans les ombres du crépuscule, le convoi est encore à une heure de route de la ligne Noire, et le Glenartny et ses Fairmile sont 4 nautiques derrière. Comme la menace d’une nouvelle attaque aérienne paraît avoir disparu, Bérenger rend leur liberté au Coventry et aux quatre DE survivants.

18h56 –­ Les cinq navires anti-aériens font demi-tour en emmenant les survivants des quatre navires coulés, mais non sans avoir souhaité bonne chance au convoi par projecteur. Autour des cinq cargos restent un CT, dix DD et DD/MS plus ou moins fatigués, six canonnières rapides et 23 vedettes Fairmile.

19h27 – L’avant-garde du convoi double Port-Swettenham. Les radars de l’Onslaught (type-272) et de l’Obdurate (type-291) détectent des navires ennemis en limite de portée.

19h44 – L’Onslaught ouvre le feu, bientôt imité par le Lynx, dont le radar type-285 a été installé en avril. Les torpilleurs japonais s’éloignent aussitôt vers la côte, ce qui rend la détection difficile, et le feu cesse à 19h53.

20h00 – Bérenger revient vers le convoi avec le Lynx et signale à ses destroyers que « (…) l’écran utilisera l’émission de fumée et des attaques à la torpille pour dissuader d’éventuelles grandes unités ennemies de s’en prendre au convoi. Les unités légères seront écartées par une défense agressive. » Cette agressivité sera bientôt nécessaire.

21h00 – La nuit devient de plus en plus sombre, car les nuages se font plus épais. Comme le convoi double Batu Laut, le radar de l’Onslaught détecte un groupe de navires par tribord avant, sur un cap réciproque, mais perd rapidement le contact au milieu des échos de la côte. Bérenger ordonne au convoi de venir sur bâbord un moment pour éviter de possibles torpilles, et demande aux Fairmile de la flottille A de faire de la fumée pour masquer ce changement de cap. De son côté, le Lynx charge l’ennemi avec l’Obdurate, l’Onslaught et l’Opportune. Les vigies aperçoivent bientôt six navires, puis un septième, qui tentent de contourner l’escorte.

21h07 – Bérenger ordonne de venir au 270, pour démasquer tous les canons et tubes lance-torpilles.

21h09 – Le Lynx ouvre le feu, vite suivi par les trois destroyers britanniques. Les torpilleurs japonais répondent une minute plus tard au canon de 4,7 pouces/40, et une bataille confuse commence, où l’ennemi n’est guère plus qu’une silhouette fantomatique parfois illuminée par un éclair de départ ou par un incendie.

21h11 – Le commandant japonais, qui a d’abord cherché à économiser ses torpilles (les TB de classe Tomozuru n’en ont que deux, et les Otori trois), finit par donner l’ordre de lancer sur les destroyers alliés, alors que le convoi est masqué par un écran de fumée. A ce moment, les 4,7-pouces de l’Onslaught ont sévèrement touché l’Hatsukari, tandis que le Lynx a placé deux obus de 130 sur le Chidori. La distance diminue rapidement et même les 4-pouces de l’Obdurate et de l’Opportune commencent à marquer des points. Le canonniers japonais ne sont pas inactifs : le Lynx, touché quatre fois, a perdu son canon Y ; l’Onslaught et l’Opportune ont reçu deux obus chacun. Mais les destroyers alliés, plus gros, sont de bien meilleures plate-formes de tir. Les torpilles japonaises se perdent et l’Hatsukari, à nouveau touché par l’Onslaught, quitte la ligne de bataille, brûlant furieusement. Bérenger ordonne à ses navires de venir au 330.

21h15 – Une explosion déchire l’obscurité en arrière du convoi. C’est le Glenartny, qui traînait de plus en plus la patte et a reçu deux, voire trois torpilles. Ce coup de grâce vient de mini-sous-marins japonais : les douze petits engins se sont placés en embuscade et l’étroitesse du Détroit est telle qu’il était presque impossible au convoi de leur échapper. Cependant, Bérenger l’ignore : craignant que des torpilleurs japonais aient pu venir se placer derrière le convoi, il ordonne aux trois destroyers britanniques de continuer à tirer sur les navires ennemis engagés et se précipite vers le nord avec le Lynx.

21h17 – Le Saladin, en queue de la colonne bâbord des escorteurs, est à son tour touché par une torpille d’un mini-sous-marin. Sa vieille coque n’y résiste pas et il coule rapidement. Cette perte jette le convoi dans la plus grande confusion, d’autant plus que quelques Fairmile, ayant correctement jugé que la destruction du Saladin était due à un sous-marin, lancent quelques grenades ASM, dont l’explosion inquiète les capitaines de certains cargos. Il faut toute l’autorité du Commodore du convoi, le Captain C.A.G. Hutchinson (sur le Breconshire), pour regrouper les navires.

21h23 – Le convoi fait de nouveau route vers Singapour. Sur douze mini-sous-marins japonais, neuf ne rentreront pas, sans doute plus en raison du mauvais temps que des grenades ASM alliées.

21h25 – A tribord du convoi, la lutte se poursuit. Le Chidori et l’Otori sont durement touchés. L’Onslaught lance deux torpilles, l’Opportune et l’Obdurate quatre chacun. Peu après, l’Obdurate voit ses deux 4-pouces arrières détruits par des obus du Tomozuru (et/ou du Kasasagi).

21h27 – Deux torpilles britanniques vont au but : l’Hayabusa se casse en deux et disparaît.

21h39 – N’ayant vu aucun navire japonais derrière le convoi, Bérenger a laissés les Fairmile recueillir les survivants du Glenartny et revient vers le convoi, filant au 150 à 33 nœuds. Il trouve l’Obdurate stoppé par trois obus de 4,7 pouces dans la chaudière et les torpilleurs survivants qui se replient vers la côte de Sumatra. Le Lynx les pourchasse quelques instants, touchant à plusieurs reprises l’Hiyodori, dont il détruit les deux canons arrières et les tubes lance-torpilles (vides). Le capitaine de l’Obdurate signale que son bateau ne pourra pas bouger avant plusieurs heures, et Bérenger n’a pas d’autre choix que de lui ordonner de se saborder après avoir transféré son équipage sur l’Onslaught et l’Opportune.

21h53 – Le Lynx et les deux destroyers anglais ont repris leur place à l’avant du convoi, rejoints par le Tempête. Avec ses tubes lance-torpilles et ses deux canons de 130, celui-ci sera plus utile à cette place que comme dragueur de mines.

23h00 – Le convoi double le cap Rachado, au sud de Port-Dickson. Il est maintenant clair qu’il n’atteindra pas Singapour avant 08h00 ou 08h30. La seule bonne nouvelle est que les vedettes Fairmile libérées par la destruction du Glenartny peuvent être utilisées pour couvrir le reste des cargos. « Les croiseurs qui ont quitté Palembang vont sans doute essayer de nous tomber dessus un peu avant l’aube, indique Bérenger à ses officiers. Le Lynx et les trois destroyers vont donc se placer trois nautiques sur l’avant du convoi, à tribord de sa route, couverts par les cinq SGB intacts[4]. Les dragueurs restent autour des cargos, trois à tribord, deux à bâbord. Les 15 Fairmile des flottilles B et C couvriront le convoi à tribord, les 8 de la flottille A et le dernier SGB à bâbord. A présent, Messieurs, nous devrions avoir droit à quelques heures de calme. Que chacun en profite de son mieux. »

 

Piste de Kokoda, bataille de Templeton’s Crossing (Papouasie - Nouvelle-Guinée)

Les forces japonaises se rapprochent. Dans la soirée, le 39ème est encerclé dans ses retranchements. La suite des événements de ce côté est très mal connue car, dans les deux camps, très peu d’hommes ont survécu à la guerre. Les seuls récits cohérents dont nous disposons aujourd’hui sont le témoignage des hommes du 49ème qui, à ce moment, voient arriver vers eux d’autres troupes ennemies.

 

 

8 juillet

Péloponnèse

Après quelques jours de trêve, la Force aérienne de mer Egée reprend ses bombardements contre les installations logistiques de l’Axe. Trente-six B-25 français (12ème EB) attaquent la gare de triage d’Athènes, escortés par des Spitfire et des Hurricane de la RAF et des Hawk-87 de l’Armée de l’Air. En dehors d’une flak toujours aussi énergique, qui détruit un B-25 et en endommage quatre, les Allemands ne réagissent pas.

Décollant de Mytilène et de Mudros, les Mustang I français poursuivent leurs missions d’interdiction des communications ferroviaires sur la Grèce continentale. Dans la journée, ils effectuent 48 missions à basse altitude, détruisant cinq locomotives, trois avions allemands au sol et trois autres en combat, pour la perte de quatre Mustang.

 

Front russe

Secteur Nord

Dès l’aube, la LuftFlotte-I fait un effort maximum pour soutenir les troupes allemandes. Les bombardiers se concentrent sur Ostrov, matraquant les unités de Sobennikov, mais les troupes adverses sont souvent si proches les unes des autres que les hommes de von Wiktorin reçoivent bien souvent des bombes “amies”. Combinant ses efforts avec ceux de la 6ème Panzer, le XXVIIème Corps réussit pourtant à repousser les Soviétiques hors de la ville vers 14h00, puis à les rejeter à 6 km de la route principale. Cependant, en fin de journée, le XLIème Panzer Korps de Reinhardt n’a même plus 35 chars opérationnels et sa 36ème Division Motorisée a moins de 3 000 hommes en état de combattre. Ni Reinhardt ni von Wiktorin n’ont les moyens de soutenir von Manstein.

Ce dernier tente de dégager la 8ème Panzer. Laissant la 3ème Division Motorisée couvrir ses arrières, il attaque avec les survivants de la Totenkopf et la 290ème Division d’Infanterie. A 13h40, dirigeant lui-même la bataille, il parvient à créer un étroit corridor vers les restes de la 8ème Panzer. Mais à 15h00, une nouvelle poussée des chars lourds soviétiques referme l’encerclement et Manstein lui-même est blessé. Il n’a pu sauver du désastre que sept chars (cinq petits Panzer II et deux Panzer III) et moins de 1500 hommes. Le soir, von Manstein n’a pas d’autre choix que d’ordonner la retraite vers Ostrov.

De son QG de Luga, Joukov ordonne « à toutes les forces soviétiques de poursuivre et de détruire l’ennemi en retraite. » Mais Chernyakovsky n’a pas l’infanterie nécessaire et Sobennikov est bien trop affaibli. Sous le couvert de la nuit, les forces allemandes quittent Pskov et regagnent Ostrov.

En Courlande, la XVIIIème Armée resserre son étreinte autour de Ventspils. Le Général Berzarine réclame des renforts et se voit promettre qu’au moins une division de fusiliers lui sera très bientôt envoyée par mer.

 

Secteur centre

Au nord, en fin de journée, les troupes de von Hoth réussissent à couper la route Minsk-Vitebsk et atteignent la rive droite de la Zapadnaya Dvina (Dvina occidentale). D’importantes forces soviétiques restent piégées dans la poche formée autour de Minsk. Ces forces et les civils en fuite n’ont plus que des pistes forestières pour tenter de parvenir à Vitebsk et aux lignes soviétiques. Les avions allemands bombardent et mitraillent tout ce qui bouge sur la rive gauche de la Zapadnaya Dvina, semant la désorganisation et même la panique. Autour de Minsk, l’infanterie allemande commence à tâter les défenses soviétiques et pénètre dans les faubourgs sud.

Le XLVIIème PanzerKorps, qui mène l’offensive des troupes de Guderian vers Smolensk, est encore ralenti par une farouche résistance soviétique. En effet, le PanzerGruppe 2 ne tient en réalité qu’un corridor relativement étroit sur la rive droite du Dnepr, le long de la route principale et de la voie ferrée.

Devant Gomel, le XLVIème PanzerKorps tente de contourner les principaux points de résistance soviétiques. Cependant, la tâche des forces allemandes est rendue difficile parce que leur ligne de ravitaillement passe par des ponts de bateaux qu’ils ont dû mettre en place pour traverser le Dnepr. Ces ponts sont la cible d’attaques répétées des bombardiers des VVS et les chasseurs de la Luftwaffe ont du mal à les défendre.

Dans la nuit, Timochenko est évacué par un Po-2 vers Yartsevo. Son avion à peine posé, il établit son QG dans la ville et rencontre le Major-Général Rakoutine pour faire le point.

 

Secteur sud

Peu avant midi, le PanzerGruppe 1 commence à tester les défenses de Jitomir. Apprenant que les Russes ont construit tout un système de tranchées et de fossés antichars, couvert par des tirs antichars nombreux et meurtriers (la 395ème Brigade antichars a pris position à la limite ouest de la ville, où elle s’est déployée dans de petits vergers et des jardins transformés en autant de fortins), von Kleist ordonne au XLVIIIème PanzerKorps de contourner la cité par le sud (bien qu’une grande partie de la 16ème Panzer Division soit encore clouée sur la route de Jitomir par le manque de carburant et les attaques continuelles des VVS). C’est à ce moment que se produit un événement capital pour la suite de la bataille : les premiers éléments de la 11ème Panzer et de la Leibstandarte SS Adolf-Hitler atteignent la route Kazatine-Jitomir quand ils sont attaqués par des forces commandées par le Lt-Général Rokossovsky et composées de deux divisions d’infanterie et des 288ème, 292ème et 294ème Brigades blindées). Bien qu’une seule des trois brigades soit entièrement équipée de T-34 et de KV-1, c’est un choc brutal, auquel le commandement allemand ne s’attendait absolument pas à ce stade des opérations. Un régiment de la Leibstandarte se désintègre littéralement sous la violence du contre soviétique. A la tombée de la nuit, les avant-gardes allemandes se replient 5 km à l’ouest de Jitomir. La 11ème Panzer n’a plus que 7 Pz-III, 3 Pz-IV et 5 Pz-II opérationnels, sur un total théorique de 133 chars. Von Kleist et Kempf ordonnent à la 16ème Panzer de se hâter d’avancer, mais cette division n’a elle-même plus que 31 blindés.

La 17ème Armée avance sur la route Khmel’nitskiy-Vinnitsa. En fin de journée, le XLIXème Corps atteint la première ligne de défense, accueilli par un puissant barrage d’artillerie et de roquettes.

Autre événement important de la journée : les troupes germano-roumaines de von Schobert reprennent l’offensive dans le secteur de Kishinev. Cette action doit être combinée avec l’avance du LIIème Corps. Celui-ci doit enlever Kamenka, puis descendre vers le sud pour prendre à revers les défenseurs de Kishinev. La bataille fait rage toute la journée, et les forces de l’Axe commencent à rompre la première ligne de défense soviétique.

Dans la nuit, comme les nouvelles s’accumulent au QG de von Rundstedt, il devient clair qu’il faut faire des choix difficiles. Le PzG-1 n’est pas assez fort pour s’engager à fond dans deux directions tactiques différentes. Pour prendre Jitomir, il faut renoncer à avancer vers Starokonstantinov, c’est à dire qu’il faut aussi renoncer à tenter un encerclement massif des forces soviétiques présentes dans l’ouest de l’Ukraine. En revanche, demander à von Kleist et à von Stülpnagel de se concentrer sur Starokonstantinov voudrait dire qu’on laisse les Soviétiques renforcer leurs positions à Jitomir et à Vinnitsa. Von Kleist recommande d’attaquer Jitomir pour ouvrir la route de Kiev. Von Stülpnagel, très impressionné par les deux attaques de Konev sur son flanc gauche, préfèrerait clairement refermer le piège à Starokonstantinov.

Peu avant minuit, von Rundstedt appelle l’OKH. Halder, très inquiet devant les pertes déjà subies par les unités blindées, craint que le PanzerGruppe 1 ne puisse prendre Jitomir et continuer jusqu’à Kiev, quoi qu’en dise von Kleist. Il décide alors de laisser le choix à Hitler. Vers 03h00, Halder rappelle von Rundstedt: le Führer a décidé que les forces ennemies en Ukraine de l’ouest doivent être éliminées.

Le journal personnel de Halder ne nous aide pas beaucoup à connaître les motifs de la décision de Hitler. Il est possible qu’il ait surestimé l’importance des forces soviétiques encore déployées à l’ouest de Starokonstantinov et Khmel’nitskiy. L’OKH avait dénombré 16 divisions, mais la force réelle des unités soviétiques était bien inférieure. Il est également possible que Halder ait influencé Hitler en soulignant l’importance des pertes subies jusqu’alors par les unités blindées allemandes, bien qu’il n’ait pas osé prendre lui-même la responsabilité d’une telle décision. Au delà, la contre-attaque de Rokossovsky, à Jitomir, a fait forte impression sur Halder, qui devait noter deux jours plus tard dans son journal : « L’ennemi engage chaque jour dans la bataille de nouvelles unités, dont nous n’avions jamais imaginé qu’il pouvait les avoir ou qu’il pouvait les mobiliser aussi rapidement. La Russie semble disposer d’une quantité de réserves illimitée ; nos services de renseignements ont complètement raté leur coup. »

 

Mer Noire

A l’aube, les deux croiseurs lourds et les huit destroyers modernes de la Flotte soviétique de Mer Noire accueillent le convoi Prêt-Bail à sa sortie des eaux turques. « Je ne savais pas que les Rouges avaient autant de navires de guerre » commente le commodore du convoi, mi-figue mi-raisin, à son second.

 

Chine – Campagne de Chekiang et Kiangsi

Les blindés de la 200e Division chinoise réussissent, non sans pertes (au combat et par casse mécanique) à déborder les lignes japonaises par l’ouest, obligeant les Japonais à se replier.

Pendant ce temps, le Général Anami ordonne à toutes ses troupes coupées de leurs arrières par la ruée chinoise de se regrouper à l’est du lac Po-Yang. Les 13e et 34e Divisions y parviennent sans trop de mal, à la différence des forces encerclées dans Nas-Cheng, qui vont devoir se frayer un chemin sous un harcèlement continu.

 

Détroit de Malacca – Opération Pedestal

La bataille connaît une trêve de quelques heures. Peu après minuit, la météo commence à se détériorer et de lourds nuages d’orage s’amassent dès 02h30, tandis que des grains se mettent à défiler sur les Détroits.

03h40 – Le sous-marin Upholder, informé par Port-Blair de l’escarmouche entre le convoi et les torpilleurs japonais et de la retraite de ceux-ci vers la côte de Sumatra, trouve les six bâtiments longeant lentement le Sulat Rupat. Une gerbe de quatre torpilles touche le Chidori et l’Hiyodori. Malgré de graves dommages, le Chidori réussit à s’échouer. L’Hiyodori, touché à la chambre des machines, se casse en deux et sombre.

L’Upholder signalera son succès à 06h30, mais ce sera son dernier message. Il est possible que le Tomozuru, qui devait s’acharner à grenader pendant trois heures, ait finalement réussi à détruire le sous-marin, à moins que le responsable ne soit un hydravion H9A1 en mission ASM, qui devait revendiquer la destruction d’un sous-marin à faible profondeur à 09h30, 12 nautiques au nord de Sulat Rupat.

03h50 – Le convoi double Tanjong Tohor quand le radar de l’Onslaught détecte des navires, comme prévu, par tribord avant. Bérenger n’a guère de doute quant à leur identité. « Demandez aux “classe S” de faire de la fumée pour masquer le convoi. Pour nous, c’est simple : cap sur l’ennemi. » Puis il reprend : « Assurez-vous que le Tempête et nous arborons la flamme de guerre, et transmettez aux Anglais qu’ils peuvent en faire autant. » (l’Onslaught et l’Opportune s’empressent d’imiter les navires français et hissent la White Ensign).

03h54 – Le SGB-4, qui précède les destroyers, signale un contact visuel avec un deuxième groupe de navires, plus à bâbord, « des gros ! » estime-t-il. Ce sont effectivement les croiseurs lourds de Kurita.

03h55 – L’amiral japonais est perplexe devant les informations transmises par le radar Type 2.2 Mod.2 dont son navire, le Mogami, a été équipé. Le dispositif est une copie du FuMo 22 allemand, qui utilise une antenne rotative manœuvrée à la main. Travaillant à 355-430 MHz, il a du mal à distinguer les vaisseaux du retour d’écho de la côte. Par ailleurs, les détecteurs de radar installés sur les DD Hagikaze et Hibiki ont détecté des signaux radars (venant probablement du Type-285 du Lynx). Cependant, avec l’orage qui arrive, les interférences sont fortes et les indications d’azimut très difficiles à obtenir. La présence d’un radar ennemi confirme néanmoins Kurita dans sa supposition qu’il a trouvé le convoi, et quand les vigies de l’Hagikaze détectent la lame d’étrave du Lynx, il ordonne à ses destroyers, qu’il a détaché en avant des croiseurs, d’attaquer à la torpille. Les six navires visent la position probable du convoi et lancent.

03h56 – Le radar du Lynx a lui aussi du mal à distinguer les navires sur le fond de terre et seul le radar centimétrique de l’Onslaught donne des informations précises. Bérenger ordonne quand même d’attaquer à la torpille le premier groupe détecté – les Lynx et Tempête lancent chacun trois torpilles, l’Onslaught une et l’Opportune quatre – avant de décider d’abattre à bâbord et de monter à 30 nœuds pour reconnaître les navires détectés par le SGB-4.

03h57 – Le radar du Mogami détecte des vaisseaux se rapprochant sur bâbord avant, mais leurs échos se confondent très vite avec ceux de ses destroyers. Kurita doit alors attendre une détection visuelle.

04h00 – Les navires de Bérenger plongent dans un grain violent, au moment où le Tempête, qui ferme la marche, aperçoit l’éclair d’un impact de torpille sur l’arrière.

04h01 – Une vigie du Mogami aperçoit enfin les navires alliés, mais non sans mal, car un grain masque en partie le secteur bâbord des croiseurs. Peu après, il devient clair que ces navires se rapprochent rapidement et Kurita ordonne d’abattre de 90° sur bâbord, pour éviter d’éventuelles torpilles et démasquer tous ses canons. A cet instant, il apprend que l’Asashio vient d’être touché par une torpille.

Le destroyer japonais a été frappé juste au niveau de la tourelle avant. Le choc est terrifiant, la proue est brisée et la tourelle projetée contre la passerelle, où plusieurs hommes sont tués et le capitaine est grièvement blessé. Celui-ci a pourtant la présence d’esprit d’ordonner « Arrière toute ! ». Le navire ralentit rapidement, soulageant les cloisons internes de la pression de l’eau, puis stoppe, alors que les équipes de réparation se précipitent vers l’avant.

La ligne des destroyers est mise en désordre. Les Mitsishio et Arashio, qui ont ouvert le feu sur le Tempête, l’ont perdu dans le grain. Bérenger peut se croire débarrassé d’une des deux formations ennemies.

04h03 – Les quatre croiseurs ouvrent le feu de toute leur artillerie sur les quatre navires alliés qui émergent du grain. Bérenger ordonne à nouveau d’abattre à bâbord, venant ainsi au 140°, et tous ses navires commencent à émettre de la fumée. Tout en virant de bord, les Lynx et Tempête lancent leurs dernières torpilles malgré l’obscurité, le vent et la pluie, mais sans succès. De plus, le rapide changement de cap n’empêche pas les deux derniers de la file, l’Opportune et le Tempête, d’être atteints à plusieurs reprises par des obus de 5 pouces de l’artillerie secondaire des croiseurs.

04h06 – Les cinq destroyers japonais intacts se reforment. Leur salve de torpilles a été gaspillée, car ils ont tiré entre les destroyers alliés et le convoi. Dans l’obscurité, ils se remettent à chercher leur cible, quand ils découvrent, surgissant des rafales de pluie tiède qui se succèdent sur le Détroit, une escouade de petits navires rapides qui foncent vers eux en émettant de la fumée. Ce sont les cinq SGB qui avaient couvert les destroyers alliés, et que les vigies japonaises prennent pour des torpilleurs. Les destroyers ouvrent le feu, mais dans la nuit noire, encore obscurcie par les écharpes de fumée artificielle tordues par le vent, il est très difficile de viser les canonnières qui zigzaguent. Le commandant des destroyers ordonne alors de venir sur bâbord pour éviter d’éventuelles torpilles.

04h08 – Victimes des mêmes problèmes, les croiseurs de Kurita cessent le feu.

04h10 – De l’autre côté de la fumée, se repliant vers le convoi, Bérenger réalise que la situation est très inquiétante. Ses quatre destroyers ont tiré toutes leurs torpilles pour un seul coup au but, deux d’entre eux sont endommagés, et le Tempête ne peut plus donner que 23 nœuds. Pourtant, il a un avantage : il sait où est l’ennemi, alors que celui-ci semble ne pas avoir une idée précise de la position du convoi. Les messages des SGB lui indiquent que les destroyers japonais se sont éloignés vers le nord-ouest, et sont à peu près au niveau du convoi. Quant aux croiseurs, ils ont viré sur bâbord. « Il y a un trou de souris près de la côte malaise, s’exclame Bérenger. Transmettez au convoi de serrer la côte au plus près. Que les flottilles B et C se portent sur tribord avant des cargos. S’ils rencontrent l’ennemi, qu’ils fassent de la fumée en simulant une attaque à la torpille. Nous, allons nous occuper des destroyers japonais, les canonnières doivent se fatiguer. »

04h15 – Les cinq destroyers japonais ont viré à tribord, se jugeant à l’abri des torpilles (imaginaires) des SGB, qui ont disparu dans la nuit. Leurs vigies avaient aperçu les lueurs des canons de Kurita, mais depuis quelques minutes, l’orage s’est déchaîné et les éclairs illuminant la mer ajoutent à la confusion, donnant l’impression que les tirs continuent du côté des croiseurs. Les cinq navires ralentissent à 16 nœuds pour faire le point et se demander où est l’ennemi.

04h18 – La réponse est apportée par les gerbes soulevées par les 130 mm avant du Lynx, qui encadrent l’Hagikaze. La formation japonaise vient au 320 pour démasquer ses canons, mais l’Hagikaze encaisse deux obus de 130 et l’Hibiki deux de 4,7 pouces de l’Onslaught.

04h20 – Les Japonais répliquent et leurs 5-pouces font des dégâts sur le Lynx et l’Onslaught. Bérenger ordonne un demi-tour, tout en continuant à faire de la fumée. A ce moment, l’Opportune est touché à trois reprises, perdant ses 4-pouces arrières, mais le Tempête, qui suit avec peine, échappe pour cette fois aux obus.

04h21 – Averti par ses destroyers que l’ennemi est au nord-ouest, Kurita fait venir au 320, pensant trouver le convoi, quand les vigies du Mogami signent plusieurs petits navires rapides (les sept Fairmile de la flottille B) qui sortent de l’obscurité à courte portée et se précipitent vers les croiseurs. A ce moment, le radar du navire amiral donne un affreux mélange d’échos incompréhensibles, ses opérateurs insultent les ancêtres des concepteurs allemands jusqu’à la centième génération et Kurita comprend qu’à si courte distance, il est impossible de distinguer amis et ennemis. Il ordonne de virer sèchement à bâbord pour éviter les torpilles (toujours inexistantes) que sont évidemment en train de lancer les vedettes rapides ennemies, pendant que ses canonniers font de leur mieux pour atteindre les petits bâtiments qu’ils ne voient que par intermittence. Un peu par chance, ils parviennent pourtant à toucher les Fairmile ML-132 et 133, qui doivent stopper et vont devoir se saborder.

04h25 – Apprenant que la flottille B a rencontré les croiseurs, qui sont donc redevenus la menace la plus immédiate pour le convoi, Bérenger remet le cap au sud-est, laissant à la flottille C le soin d’éloigner les destroyers. Les huit vedettes s’en sortent bien, émergeant de la fumée en faisant mine de lancer des torpilles, puis replongeant dans l’obscurité pour en ressortir un peu plus loin. Un moment, les destroyers tentent d’en finir en fonçant droit sur les vedettes, mais celles-ci s’esquivent en lâchant quelques grenades ASM dont l’explosion spectaculaire dissuade leurs poursuivants de se rapprocher assez pour comprendre que leurs petits ennemis sont presque inoffensifs.

04h32 – Le radar de l’Onslaught détecte à nouveau les croiseurs de Kurita. Pendant que le Tempête, trop ralenti pour suivre la nouvelle “attaque” des autres destroyers, reste en arrière avec les SGB-8 et 9, rencontrés en chemin, le Lynx, l’Onslaught et l’Opportune, tout en continuant d’émettre de la fumée, manœuvrent comme s’ils s’apprêtaient à lancer des torpilles ; les deux Anglais utilisent même de petites charges pour simuler les départs de torpilles. Les croiseurs lourds japonais se détournent vers le sud-ouest puis vers le sud pour éviter ces simulacres, mais les trois destroyers continuent à monter à l’assaut alors que l’orage se fait de plus en plus violent, sous un fort vent du sud-ouest qui fait défiler à toute vitesse une succession de grains. Une pluie chaude et dense noie les passerelles et les télémètres, gênant la visée, mais les 8-pouces et les 5-pouces des croiseurs tirent rageusement sur leurs insolents adversaires.

04h59 – Au bout de plus de vingt minutes de combat, la chance du Lynx tourne lorsque deux obus de 8 pouces le frappent près de la passerelle, tuant ou blessant tous les hommes présents. Pendant trois minutes, le contre-torpilleur file tout droit, avant que le troisième officier puisse reprendre le contrôle à partir du poste de commandement arrière. La distance avec les croiseurs tombe rapidement et plusieurs autres obus atteignent le navire.

05h04 – La vitesse du Lynx tombe à 20 nœuds alors qu’il tente de s’éloigner des croiseurs vers le nord-est. L’Onslaught, suivi de l’Opportune, se jette à nouveau sur les Japonais, parvenant à les distraire un peu, mais l’Onslaught y laisse sa tourelle A de 4,7 pouces.

05h06 – Pendant que les croiseurs japonais et les destroyers alliés d’une part, les destroyers japonais et la flottille C d’autre part, jouent au chat et à la souris, le convoi est parvenu au niveau de Rengit, nettement au sud du lieu des combats. Il est précédé sur tribord avant par les huit Fairmile de la flottille A, pendant que les survivants de la flottille B tentent de se regrouper sur l’arrière.

05h08 – C’est à ce moment que Kurita commence à soupçonner qu’il ne combat qu’un leurre et que le convoi s’est éloigné. Il ordonne à ses croiseurs de venir au nord-est et de longer la côte malaise, passant entre le Lynx et les deux Anglais. L’Onslaught et l’Opportune exécutent une nouvelle feinte de torpillage, mais Kurita se contente de commander d’accélérer.

05h10 – Par tribord avant le Mogami, surgit le Lynx, dont le dernier canon continue à tirer. Le contre-torpilleur ne cherche plus à faire croire qu’il va torpiller, il cherche visiblement la collision. Le Mogami et sa suite abattent brutalement au nord-ouest pour l’éviter, et leurs 5-pouces laissent le Lynx agonisant, sombrant lentement par la proue.

05h13 – C’est alors que les vigies des croiseurs aperçoivent à bâbord d’autres ennemis : un destroyer et deux torpilleurs, en fait le Tempête et les SGB-8 et 9. Kurita ordonne un nouveau 90° vers bâbord et, à courte distance, les canons japonais logent quatre obus de 5 pouces et un de 8 pouces dans les superstructures du Tempête, balayant ses cheminées et ravageant son arrière ; la vitesse du malheureux navire tombe à 13 nœuds.

05h15 – Profitant de ce que les croiseurs s’intéressaient à d’autres cibles, l’Onslaught et l’Opportune ont contourné l’obstacle et se dirigent vers le sud. Ne pouvant joindre Bérenger, le capitaine de l’Onslaught, le Lt-Cdr Lester D. Niven, prend le commandement de l’escorte.

05h17 – En fait, Bérenger est à ce moment en train de mourir de ses blessures sur la passerelle du Lynx. Les survivants sont récupérés tant bien que mal par la SGB-3, qui a “marché au canon” de la bataille contre les croiseurs. « Depuis que notre attirail de dragage de mine avait cassé, racontera son capitaine, nous ne servions plus à grand-chose, alors, quand j’ai entendu que ça chauffait, j’ai décidé d’aller voir si nous pouvions nous rendre utiles… »

05h20 – Continuant de fouiller la nuit du haut de la passerelle du Mogami, Kurita se demande toujours où est passé le convoi. Soudain, il se tourne vers le commandant du croiseur lourd : « Le navire qui a tenté de nous éperonner n’était pas anglais, n’est-ce pas ? »

– Non, c’était un de ces petits croiseurs français. Je ne sais pas ce qu’il faisait là, le rapport envoyé par le Ministère en novembre disait pourtant que les Occidentaux ne s’entr’aideraient pas.

– Oui. Et il disait aussi que les marins occidentaux étaient incompétents et manquaient d’esprit combatif. Faites-moi penser à signaler à l’Amiral Yamamoto que les faits semblent montrer que ce rapport est un peu… optimiste.

05h23 – Kurita ordonne à ses destroyers de balayer la zone jusqu’à la côte malaise. L’orage perd de sa force, mais les nuages de fumée émis par les navires alliés traînent sur l’eau, poussés par le vent vers la côte. Les capitaines des destroyers avancent avec précautions, car des vedettes rapides ennemies jaillissent à intervalles réguliers de la fumée, semblant rechercher une bonne position pour lancer des torpilles. Pressés par le Contre-Amiral, les destroyers tentent de reprendre l’initiative et engagent l’ennemi à courte distance. L’Arashio éperonne et coule la ML-212, puis incendie la ML-219. L’Hibiki coule la ML-220 au canon, mais le Mitsishio, poursuivant la ML-218, est brutalement secoué par deux grenades ASM qui explosent en eau peu profonde, moins de 25 mètres devant sa proue. Le choc coince la tourelle de 5-pouces A et tord l’avant de la coque, provoquant une voie d’eau.

06h05 – Les destroyers signalent à Kurita qu’il n’y a plus au nord de leur position aucun navire ennemi, en dehors de quelques vedettes. L’escadre japonaise met alors le cap au sud-est et monte à 28 nœuds.

06h07 – Le convoi double Ayer Bahru. Il se trouve alors à 38 nautiques des navires de Kurita.

06h15 – Kurita demande un soutien aérien au QG du 25ème Koku Sentai, à Ipoh, en signalant que le convoi pourrait approcher de Singapour. Mais à Ipoh, il pleut à verse, et aucun avion ne peut prendre l’air pour le moment.

06h21 – Aux premières lueurs du jour, une vigie du Mikuma aperçoit par tribord un grand bâtiment et deux petits. Ce sont le Tempête et ses deux SGB. Les croiseurs ouvrent le feu et le Mogami comme le Mikuma lancent des torpilles. Les SGB-8 et 9 accélèrent et se replient dans un nuage de fumée, mais le pauvre Tempête ne peut en faire autant et il est rapidement réduit à l’état d’épave en flammes.

06h31 – Cette fois, c’est la malchance qui frappe le convoi. Le Priam fait exploser deux mines à quelques instants d’intervalle, et le Sardonyx une autre. Le vieux destroyer stoppe, mais le cargo réussit à se traîner à 6 nœuds. Le Commodore Hutchinson ordonne aux SGB-4, 5 et 6 de rester avec le Priam et au Shikari de récupérer les hommes du Sardonyx avant de saborder le bateau. Il transmet aux autres – trois transports, quatre vieux destroyers-dragueurs et quelques vedettes – de filer vers Singapour à la vitesse maximale… Mais le message du Commodore est « en langage de marin », ce qui semble stimuler le convoi, qui gagne près d’un nœud.

06h52 – A bord des navires de Kurita, les hommes font aussi de leur mieux. Les nuages de l’orage nocturne commencent lentement à se déchirer et la nébulosité est encore de 8/10, quand le jour qui se lève révèle deux destroyers par tribord avant. Ce sont l’Onslaught et l’Opportune, qui sont volontairement restés bien en arrière du convoi. Rapidement encadrés par des gerbes de 8-pouces, ils commencent pourtant à manœuvrer pour se placer en position de lancement de torpilles ! Kurita ne peut ignorer cette menace, car il lui semble que les deux navires viennent de l’escorte rapprochée du convoi et qu’ils sont donc encore “frais”. Une nouvelle fois, les croiseurs changent de cap.

06h59 – Les conditions de tir sont bien meilleures que durant la nuit et deux obus de 8 pouces touchent à la chambre des machines l’Opportune, qui doit stopper.

07h02 – L’Onslaught est touché à son tour, perdant d’abord ses canons arrières, puis son gouvernail. Le courageux destroyer continue pourtant de tirer avec sa tourelle B de 4,7 pouces.

07h14 – Frappé par deux nouveaux 8-pouces et quatre 5-pouces, l’Onslaught est lui aussi stoppé. Mais Kurita n’a pas le temps d’achever les deux Anglais. Un hydravion E13A1 de Port-Swettenham l’a survolé, puis lui a signalé que le convoi ennemi s’est divisé en deux tronçons. L’un fait route assez rapidement vers Singapour, mais l’autre marche à petite vitesse. Il est sans doute trop tard pour rattraper les premiers navires, qu’il faudra laisser à l’aviation, mais les autres sont une proie possible. Les croiseurs abandonnent alors à leur sort les destroyers britanniques, stoppés et muets, et foncent vers Singapour.

07h15 – Le raid aérien réclamé par Kurita décolle enfin d’Ipoh : 15 D3A1 escortés par 18 A6M2, bientôt suivis par 12 G3M2. Avertis de la présence des croiseurs, les avions doivent se concentrer sur le premier groupe.

07h55 – Kondo, qui a suivi toute la nuit les efforts peu fructueux de Kurita, lance de sa propre initiative 33 D3A1 (21 du Junyo et 12 du Ryujo) escortés par 18 A6M2 (neuf de chaque porte-avions), alors qu’il est encore à 210 nautiques de Singapour (il n’a pas d’avions torpilleurs, ses groupes aériens étant “optimisés” pour l’appui au sol).

07h45 – L’équipage de l’Onslaught réussit à tendre une antenne radio provisoire, qui lui permet d’avertir Singapour de la situation des deux destroyers.

08h12 – La SGB-4 aperçoit au nord-ouest des fumées puis des mâtures. Ce sont les croiseurs japonais. Les trois canonnières se mettent aussitôt à tendre un écran de fumée pour masquer le Priam, qui continue à marcher à 6 nœuds, avec une gîte de 7° à bâbord.

08h19 – Un peu gênés par la fumée, les croiseurs ouvrent le feu, lentement pour mieux ajuster leur tir. Les SGB-4 et 6 miment une attaque à la torpille, mais sont repoussées par l’artillerie secondaire des croiseurs.

08h27 – Touchée à la machinerie par des éclats de 5-pouces, la SGB-6 stoppe. L’équipage est secouru par la SGB-4, pendant que les croiseurs concentrent leur tir sur le cargo et la SGB-5, qui continue d’émettre de la fumée.

08h33 – Atteint par plusieurs obus, le Priam stoppe, en flammes. La SGB-5 tente de recueillir son équipage, mais elle est touchée à son tour, et commence à brûler. Peu après, les deux bâtiments doivent être abandonnés et sombrent, entraînant une grande partie de leurs équipages.

08h35 – Les Val et les Zéro d’Ipoh arrivent au-dessus du convoi, quand ils sont attaqués par des fantômes : la chasse de Singapour, une quinzaine de Hurricane reconstruits avec amour par les mécaniciens de l’île à partir des restes de nombreuses machines détruites au sol et manœuvrés par des pilotes envoyés de Rangoon par hydravion. Le premier combat aérien au-dessus de Singapour depuis des mois se termine par la destruction de quatre Val, trois Zéro et cinq Hurricane. Les onze D3A1 restants attaquent, mais leur cohésion a été perturbée. Le Breconshire, raté de peu trois fois, s’en tire. Le vieux DD/MS Skate, touché par une bombe de 250 kg, stoppe.

08h41 – Les douze G3M2 effectuent un bombardement horizontal de 10000 pieds. Le Glenorchy est atteint deux fois, mais maîtrise un début d’incendie et poursuit sa route. A bout de carburant, les dix Hurricane survivants se replient, mais les quinze Zéro s’acharnent, une fois leurs bombardiers sur le chemin du retour. Ils mitraillent les navires survivants, mais perdent un des leurs sous le feu des Bofors du Breconshire. Ils se tournent alors vers les vedettes, incendiant les ML-117, 120 et 122. Celles-ci se défendent désespérément et parviennent à abattre l’un de leurs tourmenteurs.

09h30 – Singapour est en vue ! Mais c’est à ce moment qu’arrivent les avions de Kondo. Et il n’y a rien d’autre pour les gêner que la fumée émise par les vedettes rapides. Le DD/MS Shikari, touché trois fois, chavire. Le Breconshire est lui aussi touché à trois reprises. Le Captain Hutchinson, après avoir dirigé la navigation du convoi puis le tir de ses canons anti-aériens, prend personnellement la barre de son navire agonisant sous les mitraillages des Zéro qui tuent ou blessent grièvement toute l’équipe de la passerelle. Quoique lui-même blessé, il réussit à échouer le Breconshire dans de bonnes conditions, ce qui permettra la récupération d’une bonne partie de sa cargaison.

09h35 – Le Glenorchny est touché de nouveau, et douloureusement secoué par deux bombes qui le frôlent. Le cargo parvient malgré tout à s’échouer.

09h38 – Le Denbeighshire encaisse une bombe, mais contrôle des dégâts sans trop de mal et entre dans Keppel Harbour, seul des six cargos à y parvenir. Il est suivi des DD/MS Sabre et Scimitar, de la canonnière SGB-4 et de trois Fairmile de la flottille A.

09h39 – Le pauvre Skate reçoit le coup de grâce et sombre. Mitraillés, les ML-115 et 118 sont laissées en flammes.

09h41 – De hautes colonnes de fumée signalent à Kurita que les raids aériens ont réussi où il a échoué. Selon les rapports des pilotes, qui lui sont retransmis, tout le convoi est au fond de l’eau, et le Contre-Amiral décide de rebrousser chemin et de se consoler en coulant les deux destroyers qu’il a laissés immobilisés.

09h43 – Les vigies des croiseurs aperçoivent un petit navire filant vers le sud, mais ce dernier parvient à s’échapper en zigzaguant à 35 nœuds. C’est la SGB-3, avec les survivants du Lynx. La vedette se glisse entre les îles du Détroit et entre à 11h30 dans Keppel Harbour.

09h58 – Les SGB-8 et 9 n’ont pas autant de chance. Chargés des survivants du Tempête, elles sont surprises par six E13A1, qui les attaquent en demi-piqué. Les hydravions n’ont que des bombes légères, mais les éclats de celles-ci sont mortels pour la fragile machinerie des vedettes. En panne, les deux bâtiments vont s’échouer près de Pontian Kechi.

10h30 – Deux des vedettes de la flottille B, les ML-125 et 134, sont victimes de Zéro en maraude entre l’île de Rangsang et Singapour. Les autres (ML-136, 152 et 154) réussissent à trouver refuge le long de la côte de Sumatra.

11h40 – Lorsque les croiseurs retrouvent l’Onslaught et l’Opportune, Kurita a la déception de constater que les deux destroyers ont été sabordés et coulent. Leurs équipages ont été recueillis par les vedettes de la flottille C (ML-214, 215, 218, 222 et 223), que Singapour a dirigées sur les lieux. Les cinq vedettes s’échappent à l’arrivée des croiseurs et vont se cacher jusqu’à la nuit près de la côte de Rangsang.

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22h15 – Après avoir vu défiler tout près d’elles trois destroyers japonais, qui recherchent visiblement des éclopés, les cinq vedettes de la flottille C parviennent jusqu’à Keppel Harbour.

23h35 – Sous le couvert de la nuit, les trois vedettes survivantes de la flottille B entrent dans Keppel Harbour. Ce sont les derniers bâtiments de Pedestal à y parvenir.

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A l’heure du bilan chiffré, pour faire parvenir à Singapour un cargo à peu près intact, plus deux échoués sur la côte, les Alliés ont perdu trois autres cargos, un contre-torpilleur, six DD anciens, quatre vieux DD/MS, un DE, un sous-marin, treize vedettes Fairmile et quatre canonnières SGB, plus 17 avions (9 Martlet et 8 Hurricane et Sea-Hurricane) et huit pilotes. Les pertes japonaises sont bien inférieures : trois torpilleurs coulés (plus trois autres, et quatre DD, plus ou moins gravement endommagés), neuf mini-sous-marins détruits, mais surtout 63 avions perdus (24 Ki-21, deux Ki-30, un Ki-43, onze A6M2, neuf D3A1, neuf B5N1, sept G3M2), avec presque tous leurs équipages. Cependant, ces chiffres ne disent pas tout, et les conséquences tactiques, stratégiques et même politiques de Pedestal, à court, moyen et long terme, seront considérables.

………

« Pas moins de neuf Victoria Cross furent attribuées lors de Pedestal : pour des officiers et matelots de l’Onslaught (dont son capitaine, Lester D. Niven), de l’Opportune et de plusieurs vedettes, mais aussi pour un civil, le Captain Hutchinson, du Breconshire, qui fut l’un des trois sur les neuf à ne pas être décoré à titre posthume. Comme Sommerville l’avait prévu, le roi George VI approuva l’attribution de l’Ordre du Bain à l’Amiral Bérenger – avec la restriction de rigueur disant que l’Amiral, n’étant pas sujet de Sa Majesté, ne pouvait porter le titre de chevalier. La France fit Bérenger Grand-Croix de la Légion d’Honneur et Compagnon de la Libération. De plus, le Lynx et le Tempête furent eux aussi nommés Compagnons de la Libération, puisque cette décoration pouvait être attribuée à une unité, donc à un navire. » (Jack Bailey, Singapore’s Light Brigade – The inside story of Operation Pedestal, Londres, 1969)

Enfin, on dit que c’est aux hommes du Lynx et du Tempête que pensait André Malraux lors de son fameux discours de réception des cendres de Jean Moulin au Panthéon, en prononçant la phrase « Entre ici, Jean Moulin, au nom de tous ceux qui ne le pourront pas, car leurs dépouilles reposent sous les flots, bien loin du sol de France… »

 

Corregidor

MacArthur tombe au milieu de ses derniers fidèles. Les Japonais vont l’enterrer à l’endroit de sa mort, dans un grand déploiement d’honneurs militaires.

 

Piste de Kokoda, bataille de Templeton’s Crossing (Papouasie - Nouvelle-Guinée)

Dans la nuit du 7 au 8, les positions du 49ème subissent quatre violentes attaques, mais les Japonais ne cherchent pas à effectuer d’enveloppement. Malgré leur brutalité, ces actions sont limitées et visiblement destinées à faire tenir tranquille le 49ème. Dans la journée, les Japonais font une tentative pour passer par la piste qui contourne le Crossing ; cette tentative est repoussée par le détachement du 49ème qui tient le secteur, il n’y en aura pas d’autre.

Mais le grondement du combat venant des positions du 39ème ne cesse pas, et ne cessera pas pendant près de quatre-vingts heures. Et le tir des armes lourdes que protège le 49ème ne cessera pas, lui non plus. Les seules communications entre les deux bataillons sont des fusées Very, mais c’est bien suffisant.

 

Au large de Brisbane – La bataille du GP-19

Opération Oni, Phase 3c (d’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman)

Les 27e et 33e Divisions de Sous-Marins ont rejoint sur zone l’I-31. Celui-ci, toujours au large de Coffs Harbour, lance à nouveau son hydravion. L’appareil repère un convoi à environ 60 nautiques au sud de l’I-31 et le signale mais, malheureusement pour lui, le convoi est escorté par un Avro Anson. Celui-ci repère le Glen, s’approche pour l’identifier et, reconnaissant les insignes japonais, se débarrasse de ses bombes ASM et passe aussitôt à l’attaque. Ce qui suit sera le plus étrange duel aérien jamais vu dans la région. L’Anson va bien plus vite que l’E14Y1 (188 mph contre 153), mais le lent monomoteur est bien plus manœuvrable et tous deux ont un armement dérisoire. Au bout de dix minutes d’évolutions en vue du convoi, le mitrailleur de l’Anson est tué par une rafale heureuse de l’observateur japonais, mais peu après, le pilote de l’Australien réussit enfin à aligner son adversaire dans son viseur et l’abat d’une longue rafale de son unique mitrailleuse tirant en chasse (une Vickers K de .303). Le Glen s’écrase à 5 nautiques du convoi ; un des escorteurs récupèrera une aile et un flotteur.

Ce convoi est le GP 19, un convoi côtier “double”, avec dix petits cargos (3 500 GRT en moyenne, se traînant à 8 nœuds) et quatre escorteurs. Ces escorteurs sont les Moresby, Doomba, Armidale et Castlemaine. Les deux premiers sont déjà des vétérans, mais les deux autres, de classe Bathurst, sont tout neufs et leurs équipages sont novices. Les Bathurst ont un Asdic type 128A (un Type 12 fabriqué en Australie), alors que les Moresby et Doomba ont un Type 123, un peu plus ancien. Aucun ne possède de radar, ce qui sera un handicap notable.

 

 

9 juillet

Londres

Dans un discours devant la Chambre des Communes, Winston Churchill loue hautement « le courage et la ténacité des marins alliés, qui ont permis au convoi Pedestal d’atteindre Singapour et ont infligé à l’ennemi une sérieuse défaite. » Ce discours est complété quelques heures plus tard par une déclaration du chef d’état-major de la Marine Nationale, l’Amiral Lemonnier, sur Radio-Alger.

 

Turnhouse (Ecosse)

Les pilotes de la 1ère EC découvrent leurs nouveaux avions : une poignée de Spitfire V pour que les jeunes se familiarisent avec le “Spit”, et 32 Spitfire H.F. IX tout neufs.

 

Berlin

Devant l’accroissement de l’activité aérienne alliée en Méditerranée, le chef d’état-major de la Luftwaffe, le Général Jeschonek, demande l’autorisation de renforcer les Luftflotten de Grèce et des Balkans. Il constate cependant très vite que les exigences du Front de l’Est interdisent d’affecter des forces supplémentaires significatives sur le flanc sud de l’Axe, au moins en ce qui concerne la chasse. Jeschonek obtient quand même l’autorisation de redéployer des escadrilles spécialisées anti-navires de Norvège en Méditerranée, dont le KG-30, équipé de Ju-88, et le I/StG 5, équipé de Ju-87. Ils doivent rejoindre dans le Midi de la France le IV/KG 100, récemment formé pour monter des opérations offensives contre les convois alliés.

 

Front russe

Secteur Nord et opérations navales

Sur l’ordre de Joukov, un nouveau groupe opérationnel, dit Groupe Opérationnel de Luga (GOL), constitué de la 177ème Division de Fusiliers et du 10ème Corps Mécanisé, est créé pour exploiter le succès de la veille. Mais ce groupe ne peut arriver à Pskov avant la fin de la journée. A ce moment, les combats ont à peu près cessé aux abords d’Ostrov, où les deux camps sont trop affaiblis et épuisés pour enter une manœuvre sérieuse.

A l’ouest, le pas de clerc ordonné par von Leeb aux troupes de Schubert a laissé le temps à Vatoutine de faire sa jonction avec la 42ème Armée, venant de Narva. Vatoutine a reconstitué une solide ligne de défense allant d’Ainaji, sur la côte du Golfe de Riga, à l’extrême sud du lac Peipous. Le front longe ensuite le lac de Pskov (qui prolonge le Peipous), continue vers le sud et passe à mi-chemin entre Pskov et Ostrov, avant de redescendre jusqu’à 30 km environ à l’ouest de Velikiye Luki. A cet endroit, la 34ème Armée s’est solidement installée, fournissant un bon point d’appui à l’aile gauche des forces de Sobennikov.

Beaucoup de bruit sera fait autour de la bataille de Pskov, en URSS et ailleurs. Les jours suivants, une équipe de cinéma soviétique dirigée par un metteur en scène connu tournera un film de 20 minutes montrant des chars allemands détruits dans les champs près de Pskov ; des cadavres carbonisés de tankistes allemands y sont bien visibles. Ces images vont figurer dans un film de propagande qui sera diffusé aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et dans les territoires français en octobre 1942, sous le titre “La mort du Blitzkrieg”. La version soviétique, elle, sera titrée “Mort de Fascistes”.

Plus importante sans doute, mais bien plus discrète conséquence de la destruction de la 8ème Panzer : la capture par les Soviétiques de deux machines “Enigma améliorées” légèrement endommagée. Le haut commandement allemand avait bien trop investi dans le système de chiffrage Enigma pour s’en passer entièrement du jour au lendemain lorsque les Japonais lui avaient appris qu’il semblait avoir été brisé. L’ajout de deux nouvelles “roues” à la machine avait paru largement suffisant pour restaurer la sécurité du système. De fait, les Alliés avaient perdu une partie de leurs capacités de déchiffrage à partir du mois de mai. Le 11 juillet, les deux machines seront transportées à Moscou et l’une d’elle remise à l’Ambassade britannique.

En Courlande, la poche de Ventspils va maintenant d’Ulavi, plus au sud sur la côte ouest, jusqu’au détroit d’Irben. Dans la nuit, un petit convoi escorté par les DD Stoikyi, Strashnyi et Surovyi et les grands dragueurs de mines Vladimir Poloukhine, Pavel Khokhryanov et Vasiliy Gromov, débarque à Ventspils la 3ème Brigade Indépendante de Fusiliers. Mis au courant de ce débarquement, le Grand Amiral Raeder en déduit avec exactitude que les Soviétiques sont prêts à tout pour défendre Ventspils. Il autorise alors le Vice-Amiral Bey à engager ses grandes unités pour interdire l’acheminement des renforts russes.

 

Secteur centre

Au nord, les forces de von Hoth sont devant Vitebsk. Le KampfGruppe Harpe, constitué avec des unités de la 12ème PanzerDivision (Général Harpe) et de la 18ème D.I., contourne la ville pour avancer vers Orsha et parachever l’encerclement de la poche de Minsk.

Au même moment, Timochenko ordonne à Rakoutine d’attaquer avec sa 24ème Armée de Yartsevo vers Orsha, à la fois pour rouvrir un passage pour les forces soviétiques encerclées et pour tenter d’entourer les unités allemandes dans le secteur de Smolensk.

A Minsk même, la bataille ne faiblit pas. L’infanterie allemande subit de lourdes pertes dans des combats de rues qui dévastent une grande partie de la cité.

Sous l’impulsion de Guderian, le XLVIIème PanzerKorps atteint Gnezhoyo vers midi et prend immédiatement la ville d’assaut. Voyant les Soviétiques donner des signes de faiblesse, Guderian relance vers l’avant ses troupes épuisées. A la tombée de la nuit, ses pointes blindées sont aux portes de Smolensk, mais l’infanterie est restée en arrière, et les chars doivent s’arrêter. Pendant ce temps, le XXIVème Corps d’Armée prend Roudn’a, sur la route Smolensk-Vitebsk, pour protéger le flanc gauche du XLVIIème PanzerKorps.

Au sud, le XLVIème PanzerKorps est toujours bloqué devant Gomel. Pour briser la défense soviétique, le Général von Vietinghoff-Scheel ordonne un mouvement tournant par Novozybkov, mais ses blindés sont ralentis par des troupes russes bien retranchées.

 

Secteur sud

La décision de concentrer les forces du PzG-1 ayant été prise tard dans la nuit, le XIVème PanzerKorps est encore le seul à se diriger vers Starokonstantinov, et il progresse lentement. Pendant ce temps, Vlasov et Konev s’efforcent de déployer ce qui leur reste de troupes possédant encore quelques capacités de combat le long de la voie ferrée allant de Starokonstantinov à Vinnitsa, tout en organisant l’évacuation de la poche qui se forme. Soldats et civils cheminent vers l’est sur des pistes forestières ou sur la voie ferrée. Par bonheur, la Luftwaffe a tellement souffert les jours précédents qu’elle ne peut attaquer qu’épisodiquement les colonnes de réfugiés. On ne note que quelques raids, pour la plupart à l’ouest de Starokonstantinov.

La 6ème Armée allemande, constatant la retraite de ses adversaires, avance derrière eux. Ses troupes entrent à Brody à la mi-journée sans coup férir, puis se dirigent vers Kramenec.

La 17ème Armée, venant du sud-ouest, avance elle aussi vers Starokonstantinov, mais ses meilleurs troupes sont encore concentrées à l’ouest de Vinnitsa.

Dans le secteur de Kishinev, les forces allemandes progressent peu à peu, en dépit de quelques contre-attaques locales.

 

Mer Noire

Le sous-marin roumain Delfinul torpille et coule le cargo soviétique Urals au large d’Odessa juste avant le lever du soleil. Les garde-côtes Kaguar et Leopard pourchassent le coupable pendant 50 minutes. Le Delfinul n’est pas coulé, mais endommagé ; il doit rentrer à Constantsa pour de longues réparations.

A Sébastopol, les contre-amiraux Vladimirskiy et Gorshkov, assistés du Capitaine de 1er rang Ivanov (chef du Département des Opérations de la Région de Défense d’Odessa) reçoivent l’ordre du Vice-Amiral F.S. Oktyabrskiy (commandant en chef de la Flotte de Mer Noire) de préparer une force pour un assaut amphibie derrière le front (opération Desant). Cette force doit être organisée autour du 3ème Régiment d’Infanterie de Marine de la Mer Noire et de deux groupes de “forces de reconnaissance, diversion et sabotage”, son entraînement doit commencer immédiatement.

 

Dans l’ouest de l’Océan Indien

Opération D

Depuis qu’il a cessé de tenter de diriger par radio ses quatre équipiers, le sous-marin amiral I-9 a de nouveau connu des succès. En deux semaines, il a coulé quatre cargos alliés : le Queen Victoria (4 937 GRT, 28 juin), l’Express (6 736 GRT, 30 juin), la Nymphe (4 504 GRT, 6 juillet) et l’Hartismere (5 498 GRT, 8 juillet). Cependant, devant le renforcement visible des défenses ennemies et la baisse de ses réserves de carburant, le Contre-Amiral Ishizaki, considérant que sa mission d’évaluation est terminée, ordonne à son escadre de rejoindre un point de rendez-vous.

 

Piste de Kokoda, bataille de Templeton’s Crossing (Papouasie - Nouvelle-Guinée)

La journée des hommes du 49ème est entrecoupée par les harcèlements ou les attaques en règle des Japonais. Mais le bruit de la lutte que livre le 39ème , les fusées qui s’élèvent de ses positions et les tirs des mortiers et du 25-livres qui leur répondent forment comme un fond de décor immuable.

 

Au large de Brisbane – La bataille du GP-19

Opération Oni, Phase 3c (d’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman)

01h00 – Grâce aux coordonnées transmises par son hydravion, l’I-31 repère le convoi et commence à le pister, sans grande difficulté grâce à sa vitesse très supérieure en surface. Mais surtout, il signale sa position et son cap aux autres sous-marins engagés.

Les I-5 et I-6 convergent vers l’I-31, tout en transmettant à leurs équipiers respectifs de les suivre. Le plan est que tout le monde soit en position d’attaquer le convoi au début de la nuit suivante.

06h30-18h30 – Toute la journée, l’I-31 s’efforce de rester avec le convoi, profitant de sa vitesse et de la brume hivernale. Cependant, il est aperçu à trois reprises dans la matinée par les deux Anson de couverture qui se relaient au-dessus du convoi, qui le signalent au commandant de l’escorte, le Capitaine Henry McIntyre, sur le Moresby. Un hydravion Saro Lerwick vient renforcer la couverture et trois bombardiers Douglas A-24 hollandais interviennent. A 13h00, ils attaquent l’I-31 et le ratent, mais le sous-marin, obligé de plonger, perd le contact.

Plus important encore : les échanges de messages radios entre les sous-marins japonais sont détectés par les écoutes australiennes. A Brisbane, le Centre de Renseignements Opérationnels combinés (Combined Operational Intelligence Centre, COIC), comprenant que d’autres submersibles ennemis sont dans le secteur, autorise le QG de contrôle de zone (Area Control HQ) à fournir une couverture nocturne continue, grâce à six Botha, dont quatre venus de Victoria, pendant que deux Beaufort, un Manchester et deux Wellington sont en alerte à 10 minutes. De plus, le GP-19 bénéficie d’un rare privilège : deux escorteurs supplémentaires, le mouilleur de mines hollandais Oranje et la corvette HMS Hollyhock lui sont envoyés. Ils arrivent en fin de journée. Le Hollyhock, escorteur expérimenté, est équipé d’un radar.

Au crépuscule, deux Botha prennent le relais des Anson.

20h30 – Dès la tombée de la nuit, l’I-31 a refait surface. Navigant à toute vitesse, il rattrape le convoi, le retrouve et le signale.

21h05 – Neuf nautiques en arrière du convoi, l’I-31 est attaqué par un Botha. Deux charges manquent de peu le grand sous-marin, qui plonge en catastrophe et ne subit que de légers dommages.

22h00-22h30 – La 27e Division (I-5 et Ro-61, Ro-62, Ro-63) arrive en ordre dispersé par tribord avant du convoi. Le commandant du Ro-61, le déjà fameux Yoritomo Sato, a pris l’initiative de choisir son propre cap d’attaque et ses collègues des Ro-62 et Ro-63 l’ont imité. La bataille du GP-19 commence avec le repérage du Ro-62 par un Botha, qui attaque immédiatement, attirant le feu de plusieurs autres sous-marins. L’avion réussit à encadrer le Ro-62, mais il utilise de vieilles bombes de 100 livres et le sous-marin ne subit que de légers dommages. Décidément malchanceux, le Botha survole l’I-5 à très basse altitude et reçoit du grand sous-marin une rafale de 25 mm. Gravement touché, l’appareil se traîne jusqu’à la côte et se pose sur l’eau devant Coffs Harbour (tout l’équipage sera récupéré sain et sauf). Il a cependant eu le temps de signaler l’action au Moresby, qui se trouve à 12 000 mètres environ et fait immédiatement appel aux avions en alerte. L’escorteur a vu les tirs de DCA et tire des obus éclairants. Pour ne pas être en reste, l’I-5 expédie lui aussi des obus éclairants, qui illuminent le convoi, puis il entame avec le Moresby un duel d’artillerie intermittent, dans lequel les deux 5,5-pouces du sous-marin prennent vite l’avantage sur le 4-pouces de l’escorteur. Sur la passerelle de l’Australien, le second, Scott Clement, s’inquiète devant la hauteur des gerbes japonaises : « Henry ! dit-il au commandant, c’est un croiseur léger qui nous tire dessus, ce n’est pas possible ! » Le Capitaine Henry McIntyre n’est pas convaincu : « Nous serions déjà au fond si c’était un croiseur, Scotty ! Ce salopard doit être un gros sous-marin, mais ce qui m’inquiète, c’est que les grosses bêtes sont souvent accompagnées de petites ! »

McIntyre a raison. Dans l’obscurité, les trois Ro se sont approchés du convoi et le Hollyhock, venant prendre la place du Moresby en tête du convoi, est stupéfait de découvrir sur son écran radar plusieurs échos très suspects. La corvette a à peine le temps de donner l’alarme que la vigie tribord signale deux torpilles. Le Hollyhock abat brutalement sur tribord, évite les torpilles et se précipite furieusement sur l’écho le plus proche, qui ne tarde pas à apparaître en visuel. C’est le Ro-62, qui plonge en hâte. La corvette lui expédie une salve de grenades ASM, puis prend le temps de le repérer à l’Asdic avant de recommencer à grenader.

22h30-23h00 – Après la quatrième attaque du Hollyhock, le Ro-62 a une voie d’eau à l’arrière et se retrouve à 80 mètres de profondeur, 15 mètres au-dessous de sa profondeur opérationnelle maximale sûre. Craignant de succomber au cinquième grenadage, le commandant du sous-marin ordonne de faire surface. Le Ro-62 émerge brutalement, pour se retrouver avec stupéfaction et soulagement sur une mer qui semble déserte. L’équipage saute de joie, persuadé, après avoir échappé à l’attaque du Botha et au grenadage, que la chance est cette nuit-là avec leur navire. Malgré la voie d’eau, le sous-marin repart en direction du convoi.

Si le Hollyhock a lâché prise, c’est pour répondre à un appel à l’aide du HMAS Doomba. A son poste sur le flanc tribord du convoi, celui-ci a aperçu « plusieurs sous-marins en surface, s’approchant en formation, cap au 270 ! » C’est la 33e Division, l’I-6 précédant réglementairement les Ro-64, Ro-65 et Ro-67 en ligne de file. Les Japonais sont encore loin de la technique allemande d’attaque en meute ! Au moment où le Doomba ouvre le feu, les Ro-64 et Ro-65 plongent, laissant le Ro-67 et l’I-6 soutenir un bref combat au canon contre l’escorteur australien. Le commandant de l’I-6 est tué par un obus du Doomba, qui tente d’éperonner son adversaire, mais le rate.

A ce moment, le Moresby, comprenant d’après les messages du Hollyhock et du Doomba qu’il a affaire à de nombreux adversaires, ordonne au convoi de se rapprocher de la côte. Dans la confusion, l’Armidale et le Castlemaine se retrouvent au milieu des cargos et le premier manque heurter l’un des transports. Alors que le Hollyhock et l’Oranje s’empressent de venir l’aider, le Doomba a un contact Asdic et attaque sans résultat mais, dans la foulée, évite une torpille.

Le changement de cap du convoi fait qu’il se présente de flanc aux Ro-61 et Ro-63, qui en profitent. Le Grec Peleus (4 695 GRT, Nereus Steam Navigation, 9,5 nœuds, chargé d’aliments en boîte et de matériaux de construction) est frappé par une torpille du Ro-61 et prend feu. Le vieux vapeur yougoslave Bosanka (3 456 GRT, Dubrovacka Plovidba Ackionarsko Drustvo, chargé de fer-blanc et de matériel pour voie ferrée) est éventré par une torpille du Ro-63 et coule immédiatement.

23h00-23h30 – La plus grande confusion règne. L’arrivée des avions de Coffs Harbour et de Newcastle ne fait qu’y ajouter. Un Manchester attaque par erreur l’Oranje et un Beaufort est perdu après avoir attaqué (et raté) l’I-6, quand il heurte le mât du vapeur australien Corio. Les Japonais tirent de nombreuses torpilles, mais le seul autre cargo touché est l’Australien Goulburn (2 367 GRT, Huddart-Parker, chargé de farine et de tissus) ; navigant en queue du convoi, il est rattrapé par le Ro-67, resté en surface, qui le coule de deux torpilles.

23h30-24h00 – Soudain, tout se calme. Au nord, le Moresby, endommagé à l’arrière par un obus de 5,5-pouces, a décroché et l’I-5, dont l’ardeur a été quelque peu refroidie par deux obus du Moresby, a rappelé ses trois sous-marins « pour réorganiser l’attaque. » L’I-6 a fait de même à l’est.

 

 

10 juillet

Londres

A la suite des lourdes pertes subies en mai et juin par les Spitfire V engagés dans les opérations “Circus” au-dessus de l’Europe occupée, les essais intensifs menés avec le FW-190 posé par erreur à Pembrey le 23 juin ont confirmé la supériorité du chasseur allemand sur le Spitfire V. Inquiet, le Fighter Command demande d’accélérer le déploiement des nouveaux chasseurs à haute performance qui arrivent des usines (Supermarine Spitfire IX et XII, Hawker Tornado) pour rétablir l’équilibre avant les importantes opérations aériennes prévues pour fin août.

Les Sqn 56, 174, 181, 245 et 609, équipés de Tornado, et les squadrons déjà équipés de Spitfire XII (à moteur Griffon) doivent travailler au-dessous de 5000 mètres, tandis que les squadrons équipés de Spitfire IX les couvriront en altitude.

Au fur et à mesure que de nouveaux Spitfire XII entreront en service à l’automne 1942, les Tornado se consacreront à l’attaque au sol. Leurs capacités dans ce domaine ont en effet été bien démontrées par le Wing-Commander R.P. Beamont.

A partir du début de 1943, les Spitfire Mk.VIII, que l’on a pris le temps de redessiner légèrement, viendront s’ajouter aux Mk.IX.

 

Tobrouk

La 1ère Division d’Infanterie et la 1ère Brigade Blindée grecques reçoivent leurs couleurs des mains du Roi de Grèce. Ces forces vont rejoindre les autres unités grecques opérant dans le Péloponnèse.

 

Front russe

Secteur Nord et opérations navales

En Estonie, les forces de Vatoutine commencent à se retrancher au sud de Tartu. Dix petites canonnières de classe “1125” (n° 63, 64, 65, 201, 202, 203, 204, 212, 213 et 214) et deux plus grosses, de classe “1124” (n° 62 et 99) transitent de Narva au lac Peipous pour soutenir les unités soviétiques. Elles forment la PPOVF (Flottille Militaire des Lacs Peipous et Pskov), dont le QG reste à Narva. Dans la soirée, les n°63, 64 et 65 passent dans le lac de Pskov et canonnent les positions allemandes sur la rive.

Sur ordre de Joukov, le groupe mobile de Chernyakovsky se joint aux forces de Sobennikov près d’Ostrov pour tenter de reprendre l’initiative. Cependant, le manque d’infanterie empêche les chars lourds soviétiques de profiter de leurs percées locales; en fin de journée, aucun progrès notable n’a été accompli.

Dans le Golfe de Riga, de nombreux petits bâtiments soviétiques s’activent toute la journée pour achever l’évacuation vers l’île de Saaremaa des forces isolées sur la côte est de la péninsule.

Le Capitaine de 1er rang N.E. Feldman, chargé de soutenir la poche de Ventspils, quitte Tallinn vers 11h00 pour escorter un nouveau convoi et bombarder les positions allemandes. Avant même de quitter Tallinn, Feldman a d’ailleurs envoyé à Ventspils un hydravion MBR-6, emmenant une équipe de réglage de tir chargée de diriger le bombardement. Son escadre se compose du vieux cuirassé Marat, du croiseur Kirov, du DL Leningrad et de sept DD (Obrazsovyj, Odaryonnyi, Odvazhnyi, Smertlivyi, Spokoinyi, Steregushchyi, Svirepyi). Cette force est précédée par les DD Stoikyi, Strashnyi et Surovyi, les grands dragueurs de mines Vladimir Poloukhine, Pavel Khokhryanov et Vasiliy Gromov et huit vedettes lance-torpilles, qui doivent jouer les éclaireurs et patrouiller au sud de Ventspils. L’escadre est suivie par un groupe de transport (DD anciens Artem, Engel’s, Kalinine, Volodarskij, garde-côtes Berkut et Gryf, trois ferries rapides et plusieurs chasseurs de sous-marins MO), amenant des renforts à Ventspils.

A 18h30, Feldman fait envoyer deux MBR-2 de ses navires à Ventspils. Après avoir ravitaillé, ils doivent redécoller pour patrouiller au sud des positions prévues des navires soviétiques, afin de repérer d’éventuels bâtiments allemands. L’un des deux petits hydravions déchire sa coque sur un récif invisible en s’apprêtant à décoller et coule rapidement. L’autre décolle à 22h45 et se trouve vite à son poste.

A 23h30, le groupe de transport chargé d’hommes et de matériel entre dans le port gravement endommagé par l’aviation allemande. Au même moment, le groupe éclaireur prend positions au sud-ouest de Ventspils et les DD Strashnyi et Stoikyi commencent à mouiller des mines.

Mais la sortie de la flotte soviétique n’est pas passée inaperçue de l’aviation allemande. Le Vice-Amiral Bey, qui prévoyait qu’une nouvelle opération de ravitaillement de la poche était imminente, a quitté Gdynia en début d’après-midi pour intercepter ce qu’il pense être surtout un convoi et son escorte. Bey a mis son pavillon sur le BB Tirpitz, entouré des CL Köln et Nürnberg et des TB T-10, T-11, T-17 et T-18. Il a envoyé en avant-garde le Kpt.zS. Stichling avec le CL Emden, les DD Z-25 et Z-30, les TB T-7 et T-8, et quatre S-boots de la 3ème Flottille, les S.47, S.67, S.71 et S.74.[5]

23h45 – Les S-boots détectent le groupe éclaireur soviétique, dont la force du Kpt.zS. Stichling se rapproche à vive allure. Stichling signale à Bey que plusieurs destroyers soviétiques, et peut-être un groupe de vedettes lance-torpilles, protègent les approches du port.

 

Secteur centre

La bataille de Minsk se poursuit toute la journée. Les survivants de la 22ème Armée résistent désespérément, bien que la cité soit entièrement encerclée par les troupes allemandes. Pendant ce temps, ce qui reste des 25ème et 28ème Armées et du 2ème Corps de Cavalerie forment une poche entre Borisov à l’ouest, Tolochine à l’est, la Zapadnaya Dvina au nord et Dmitrovki au sud.

Dans l’après-midi, le KampfGruppe Harpe du PanzerGruppe 3 entre en contact avec les unités du XXIVème Corps d’Armée du PanzerGruppe 2 de Guderian, près d’Orechovsk, refermant le cercle autour d’une grande partie des forces de Timochenko. Pourtant, la 24ème Armée soviétique lance une contre-attaque résolue contre le XXIVème Corps et réussit à reprendre Roudn’a. Cette armée est cependant trop faible pour suivre les ordres reçus et pousser vers Orsha.

La nouvelle de la perte de Roudn’a arrive à Guderian au moment où son XLVIIème PanzerKorps entre dans Smolensk. Le chef du PzG 2 n’a pas d’autre choix que d’ordonner à la 18ème PanzerDivision (Général Walther Nehring) et à la 167ème D.I. de frapper vers le nord pour briser la contre-attaque soviétique.

La tâche d’enlever Smolensk revient à la 29ème Division d’Infanterie Motorisée, aidée par les chars de la 17ème PanzerDivision. Le 71ème Régiment d’Infanterie se lance à l’assaut contre le sud de la ville, pendant que le 15ème R.I. en fait autant à l’ouest, mais tous deux se heurtent à un véritable mur de feu. Le Major-Général Rakoutine a en effet disposé toute la 241ème Division d’artillerie sur la rive droite du Dnepr, au nord de la ville. Tout le jour, l’infanterie allemande est clouée au sol par le tir violent de l’artillerie soviétique. Cela laisse le temps aux restes de la 166ème Division de Fusiliers de renforcer leurs positions dans la ville.

Au sud, autour de Gomel, le XLVIème PanzerKorps progresse peu. Il ne parvient pas à prendre Novozybkov avant la tombée de la nuit.

 

Secteur sud

A 00h45, profitant du redéploiement des forces allemandes vers Starokonstantinov, les défenseurs de Novograd-Volynskiy tentent une percée. Des survivants de la 5ème Armée et du 1er Corps Aéroporté, aidés par des soldats des “Bataillons Ukreplennye” locaux, assaillent le XXIXème Corps d’Armée, qui encercle Novograd-Volynskiy. L’attaque tombe sur la 111ème D.I., au nord-est de la ville. Après de violents combats, les attaquants se frayent un passage jusqu’aux forêts bordant la voie ferrée qui se dirige vers Korosten’. Cette percée surprend von Kleist, qui doit affecter des forces supplémentaires à l’encerclement. Cependant, la plupart des défenseurs ayant quitté Novograd-Volynskiy, les soldats allemands entrent à la tombée de la nuit dans une cité presque entièrement détruite, où seuls quelques groupes de soldats isolés continueront à combattre pendant 48 heures.

L’attaque de Starokonstantinov ne commence qu’en début d’après-midi. A la nuit, les premiers éléments du PzG-1 sont encore arrêtés au nord de la ville.

De l’autre côté du saillant, les forces de Von Stülpnagel avancent vers le nord à partir de la route Khmel’nitskiy-Vinnitsa. Comme les Allemands approchent du bourg de Khmel’nik et de la voie ferrée allant vers Vinnitsa, ils sont arrêtés à 5 km de la voie par des groupements improvisés d’unités soviétiques (l’un de ces groupes, de la taille d’un bataillon, est composé de survivants de neuf unités différentes !).

Les colonnes de réfugiés tentent de passer pendant la nuit, sous un tir de harcèlement de l’artillerie allemande.

Dans le secteur de Kishinev, le Colonel-Général I.V. Tioulenev demande à la Stavka l’autorisation de redéployer ses troupes sur une ligne Katovsk-Tiraspol, pour éviter d’être encerclé par les forces allemandes venant de Kamenka. La Stavka s’oppose pour l’instant à un tel mouvement : Moscou demande que Tioulenev organise mieux la défense de Kishinev pour épuiser les forces ennemies et protéger Odessa. Néanmoins, l’état-major n’interdit pas formellement d’abandonner la ville si la situation se détériorait.

 

Mer Noire

Le premier convoi Prêt-Bail entre en Mer d’Azov, où les dragueurs de mines T-411, T-412, T-413, T-414, T-415 et T-416 prennent le relais de l’escorte principale. Celle-ci rentre à Sébastopol pour ravitailler et préparer de nouvelles opérations.

A Sébastopol, le Vice-Amiral F.S. Oktyabrskiy ordonne de renforcer l’armement anti-aérien du cuirassé Parijskaya Kommouna. Celui-ci doit perdre quatre de ses canons de 120 mm et sa grue principale (qui devait servir pour l’hydravion léger KOR-2), déchargés pour faire place à 4 x 76 mm AA, 2 x 37 mm AA (type Armée) et 5 x affûts quadruples de mitrailleuses de 12,7 mm. Cette modification doit « refléter les leçons tactiques des missions de guerre conduites par des unités lourdes en appui des opérations amphibies, qui se sont dégagées lors de l’étude de la première période de la guerre[6]. » (Capitaine de 1er rang V.I. Achkasov et Contre-Amiral N.B. Pavlovich : “Sovetskoe Voenno-Morskoe Iskusstvo v Velikoy Otechestvennoy Voyne” – Opérations navales soviétiques dans la Grande Guerre Patriotique, Voennizdat, Moscou, 1973). Achkasov et Pavlovich ne mentionnent pas ici la Mission navale franco-britannique, mais ils discutent longuement, au début de leur chapitre 5, de l’expérience acquise par la Royal Navy et la Marine Nationale en appui de leurs principales opérations de débarquement en Méditerranée.

 

Piste de Kokoda, bataille de Templeton’s Crossing (Papouasie - Nouvelle-Guinée)

En début de matinée, près avoir repoussé deux nouvelles attaques nocturnes, les hommes du 49ème voient monter des positions du 39ème une fusée Very blanche. Suivie par une fusée d’une autre couleur qui correspond à un secteur des retranchements, la fusée blanche demande à l’artillerie de tirer sur les positions mêmes du 39ème. Le bataillon commence à être englouti. D’autres fusées blanches suivront dans la journée, associées à d’autres couleurs indiquant d’autres secteurs…

Les hommes du 49ème n’ont guère le temps d’y penser. Certes, leurs positions ne sont pas la cible de l’artillerie ennemie ; elles ne reçoivent qu’une pluie de petits projectiles tirés par les lance-grenades, ou mini-mortiers (knee-mortars). Mais les Japonais lancent contre le 49ème une attaque toutes les deux heures environ, et ce harcèlement rageur ne s’arrête pas avec la tombée de la nuit, pas plus que la pluie froide et continue, qui imprègne le sol sans parvenir à laver le sang. Car si ces attaques sont plus ou moins prolongées, toutes s’achèvent au corps à corps, et des luttes désespérées mettent aux prises des hommes qui s’affrontent à coups de baïonnette, de couteau, de massue, de pierre, de poings … de dents …

 

Guadalcanal

Un détachement de la 24ème Flottille Aérienne de la Marine japonaise commence à se déployer sur le terrain de Tenaru.

 

Au large de Brisbane – La bataille du GP-19

Opération Oni, Phase 3c (d’après Research for Australian Official Histories, 1949, notes de Mr Norman)

00h00-01h00 – L’I-31, revenant du sud, tombe sur le Peleus en flammes et l’achève au canon. Les autres sous-marins, qui ont du mal à s’orienter, ne font que de timides tentatives.

01h00-02h00 – Le Ro-62 s’apprête à repartir à l’attaque quand il est attaqué par un Wellington, guidé par le radar du Hollyhock. Quatre bombes de 500 livres l’encadrent et la coque du petit bâtiment, fragilisée sans doute par les dégâts subis lors des attaques du Botha et surtout du Hollyhock, n’y résiste pas. Fait rare, huit hommes vont échapper au naufrage ; ils seront retrouvés et faits prisonniers le lendemain.

Au même moment, le Ro-67 lance une salve de quatre torpilles vers ce qu’il croit être un croiseur mais n’est en réalité que le petit Armidale. Une torpille frappe la corvette, qui coule en quelques minutes. McIntyre, sur le Moresby, réagit en ordonnant au convoi d’effectuer un 180°, pendant que les avions parachutent des feux éclairants et que les deux sous-marins de commandement tirent des obus éclairants. Avions et escorteurs repoussent plusieurs autres attaques, mais dans la confusion, le Ro-61 et le Ro-65 pénètrent le fragile écran. Le Ro-61 place une torpille sur le Queen Anne (Dunlop and Sons, 4 937 GRT, chargement militaire) qui stoppe mais ne coule pas, à la grande frustration du Capitaine Yoritomo. Le Ro-65 attaque deux navires à courte portée et les touche tous les deux, mais ses torpilles n’explosent pas, n’ayant sans doute pas eu le temps de s’armer !

Alors que d’autres attaques sont repoussées, le Capitaine Yoritomo s’acharne sur le Queen Anne, en panne mais que le Hollyhock tente de protéger. Le Ro-61 finit par placer une nouvelle torpille sur le cargo, qui coule, pendant que le Hollyhock contre-attaque, mais ne peut que secouer Yoritomo et ses hommes, qui réussissent à s’échapper vers 04h00.

02h00-03h00 – De nouvelles attaques sont repoussées. A 02h20, le Castlemaine force un sous-marin à plonger et demande de l’aide. Le Moresby s’empresse et obtient vite un contact Asdic solide. Il dirige deux attaques du Castlemaine et en effectue une lui-même. Après celle-ci, le Ro-63 jaillit à la surface, la proue pointée vers le haut et le Castlemaine se rue aussitôt en avant pour l’éperonner, bien que le Capitaine McIntyre, sur le Moresby, tente de l’en empêcher par radio. La corvette défonce le flanc du sous-marin, qui sombre très rapidement avec tout son équipage, mais elle subit elle-même des dommages assez importants. McIntyre est furieux : « Scotty ! ordonne-t-il à son second. Signale à cette bande de gamins qu’ils viennent d’endommager la propriété du peuple d’Australie et de Sa Majesté George VI en éperonnant un sous-marin ennemi qui était déjà à l’agonie. Dis-leur d’aller se mettre à l’abri tant que leur bateau flotte encore ! »

03h00-04h00 – Les six submersibles japonais restants commencent à se replier pour s’éloigner avant le jour de la côte, qui n’est plus qu’à cinq nautiques. L’I-6 repère alors le Castlemaine endommagé, qui se traîne à huit nœuds. Il ouvre le feu de son 5,5-pouces et touche par trois fois la corvette. Celle-ci brûle mais, par bonheur, l’incendie dégage tant de fumée que le sous-marin perd de vue l’escorteur et, croyant l’avoir coulé, s’éloigne vers le large. Le Castlemaine parvient néanmoins à se traîner jusqu’à Coffs Harbour et à s’y échouer.

 

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[1] Groupe aérien du HMS Indomitable : 12 Sea Hurricane du Sqn 800, 10 Sea Hurricane du Sqn 880, 14 Martlet II du Sqn 806 et 5 Albacore.

[2] Groupe aérien du HMS Illustrious : 21 Martlet II du Sqn 881 (dont celui piloté par le fameux Danny Potter), 15 F4F-3A de la flottille française AC-2, 4 Swordfish et un Fulmar II du Sqn 829.

[3] 1ère EAFC : six IFSS-G (MN M 100, 101, RGN M 102, 103, 104, MRY M 105), deux IFSS-F (MN M 120, RGN M 122), auxquels s’ajoutent six LCI (L)-F (MN LCI(L)-F 2, 5, 6, 11 et RGN LCI(L)-F 8, 12).

 

[4] La paravane du SGB-3 a cassé dans l’après-midi.

[5] Bey aurait même aimé emmener aussi le CA Hipper, mais celui-ci a des problèmes récurrents avec ses turbines bâbord et il n’est pas opérationnel ce soir-là.

[6] L’expression “première période de la guerre” est employée pour désigner la période allant de septembre 1939 à mai 1942.