Janvier 1942 (1/3)

 

1er janvier

Londres

Le Premier Ministre Winston Churchill rencontre le Premier Lord de la Mer, Sir Dudley Pound, pour étudier la situation stratégique après la bataille de Mer de Chine Méridionale. Ce dernier lui confirmera par écrit ses propos dans un mémorandum secret quelques jours plus tard (voir annexe 42-1-4).

 

Alger

Le Président du Conseil, Paul Reynaud, et le ministre de la Guerre, le général Charles de Gaulle, conviennent d’une réunion du Comité de la Défense Nationale pour le samedi 3. Le chef d’état-major de la Marine Nationale, l’amiral Lemonnier, doit y faire le bilan de la situation après les événements en Mer de Chine méridionale.

 

Port-Saïd

Arrivée de la 2e Flottille de Sous-Marins d’Extrême-Orient, qui comprend les 1500 tonnes Béveziers, Casabianca, Sfax et Sidi Ferruch, les 900 tonnes Aurore et La Créole et les mouilleurs de mines Diamant et Perle. La flottille doit ravitailler avant de traverser le canal de Suez.

 

Chine – Troisième bataille de Changsha

Le 73e Corps chinois traverse la Hsiang au nord de la ville et contre-attaque, soutenu par une artillerie relativement importante. Les Japonais subissent de lourdes pertes, surpris non seulement par l’appui d’artillerie, mais aussi par le fait que l’assaut est conduit par une brigade de la 200e Division Blindée de l’ANR.

« Cette unité mécanisée avait été constituée en 1938 par des conseillers soviétiques, autour d’un régiment blindé et un d’infanterie motorisée. Le premier comprenait quatre bataillons de chars à trois compagnies chacun et la division comptait en théorie 200 véhicules blindés. Pour équiper sa première division blindée, le gouvernement chinois (qui n’avait alors que des Panzer I et II) avait acheté 88 T-26 et des automitrailleuses BA-10 et BA-20. La 200e Division, commandée par le Général Du Yu-Ming, avait été engagée fin 1938, infligeant une défaite retentissante à l’Armée Impériale lors de la bataille de la Passe de Kunlun, où elle avait anéanti une brigade japonaise. Elle associait alors à ses deux premiers régiments un régiment d’automitrailleuses et un d’artillerie. Son équipement se composait à ce moment de 70 T-26, 40 BT-5 et une vingtaine de tankettes CV-33, plus 50 BA pour le régiment d’automitrailleuses. Le régiment d’infanterie motorisée utilisait des fusils et des camions soviétiques et le régiment d’artillerie disposait de 12 obusiers de 122 mm, de canons de DCA de 45 mm et de 8 ou 10 canons de campagne de 75 mm. Cependant, la division devait subir de lourdes pertes lors d’une contre-offensive japonaise tardive. Par la suite, elle allait perdre la plus grande partie de son équipement en combat, mais aussi à cause de pannes irréparables liées à l’absence de pièces détachées, l’aide soviétique allant déclinant.
Au milieu de 1941, la 200e était sur le point d’être transformée en division d’infanterie quand l’assistance anglo-française commença à se matérialiser. Cette aide permit au Major-Général Tai An-Lan de réserver son matériel soviétique pour l’entraînement et de rééquiper son unité avec des “chars légers” Mk-VI, des chars “moyens” H-35/R-35 et des chars “lourds” Valentine, ainsi qu’avec une trentaine d’engins italiens et quelques chars américains. »
(Frédéric Dey, Blitzkrieg ! Les batailles de chars de la Seconde Guerre Mondiale, Paris 1985).

Lors de “l’attaque du Nouvel An” (pour les journalistes occidentaux, pas pour les Chinois, bien sûr), la 200e DB est ainsi composée :

1er Régiment Blindé (Hu Hsien-Chun) : 16 Valentine et 20 H-35/R-35.
2e Régiment Blindé : 8 M2A1 medium, 10 M11/39 et 35 Mk-VIB
598e Régiment d’Infanterie (sur camions)
Compagnie antichar indépendante : 12 Mk-VID (armés d’un 2-livres en tourelle ouverte)
Compagnie de reconnaissance : 18 tankettes CV-33
Régiment du Génie (Li Shu-Cheng)
Régiment d’Artillerie (Chu Mo-Chin) : 24 canons de 75 mm
Régiment de camions (Hung Shih-Shou) – la présence des camions rendait inutile de recourir au régiment de cavalerie prévu pour y suppléer.
Bataillon de Transmission

De plus, une centaine d’automitrailleuses Marmon-Herrington Mk II jouent un rôle essentiel en assurant la sécurité des petits convois de ravitaillement soutenant la 200e et les unités d’artillerie. Si ces convois (deux à six camions en général) n’apportent pas grand-chose aux unités d’infanterie qui les voient passer, le simple fait de constater que leur armée possède un certain nombre de véhicules est si extraordinaire qu’il fait énormément de bien au moral des soldats de l’ARN – presque autant de bien que la vue occasionnelle d’un P-40 frappé de l’étoile du Kuomintang.

 

Birmanie

L’air vice-marshal D. Stevenson arrive à Rangoon dans un DC-2 du Sqn 31. Il doit remplacer le group captain E. Manning comme commandant en chef-air en Birmanie (AOC Burma). Le Sqn 2 BVAS déploie à Moulmein un flight de chasse (3 Hawker Fury) et un de bombardement léger (3 Hawker Audax). Le père d’un des pilotes, un riche marchand de teck, a fait préparer pour eux des alvéoles bien camouflées. A Moulmein se trouve déjà le 4e Coast Defence Flight, IAF, du F-Lt E. Sprawson (4 Wapiti et 2 Audax).

Côté japonais, la 55e Division, avec l’aide de l’armée thaï, conclut des contrats de ravitaillement à Rahaeng et le gouverneur de la province de Pitsanuloke organise une cérémonie pour célébrer cet accord. Deux bataillons de troupes thaïlandaises se sont déployés sur la frontière. Ils ont rassemblé du bétail pour nourrir les soldats japonais, posé des poteaux indicateurs, nettoyé les pistes. Des animaux de bâts ont été achetés par les Japonais pour remplacer leurs camions. Des éléphants ont même été amenés pour tasser la terre des chemins afin d’éviter que les blindés ne s’embourbent !

 

Malaisie

Comme d’habitude, des avions de la Marine japonaise basés à terre attaquent les installations ferroviaires à Ipoh et l’aérodrome de Medan, au nord de Sumatra. Toutefois, pour la première fois depuis deux semaines, il n’y a pas de raid majeur de l’aviation de l’Armée ce jour-là.

 

Singapour

Le superintendant du chantier naval rencontre le Contre-Amiral Palliser et le Général Catroux pour planifier la réparation des navires endommagés.

Après une réparation provisoire, le croiseur lourd français Duquesne quitte Singapour, escorté par les DD USS Balmer et Barker. Les trois navires se dirigent vers Sœrebaya, où les deux destroyers doivent se joindre aux navires américains déjà présents, tandis que le croiseur doit poursuivre vers Sydney pour des réparations plus complètes au chantier naval de Cockatoo.

Le Contre-Amiral Palliser ordonne aux trois croiseurs légers australiens Hobart, Perth et Sydney, qui ont escorté les survivants de la Force Z, de repartir pour Sœrebaja.

À 15h00, le croiseur mouilleur de mines rapide français Emile-Bertin quitte Singapour sans escorte. Accélérant à 33 nœuds, il atteint avant minuit la baie de Tandjung Blifung (côte ouest de la partie hollandaise de Bornéo). Après avoir posé ses mines, il récupère quelques personnels néerlandais avant de retourner à Singapour.

 

Mer de Chine Méridionale

Sur ordre de Yamamoto, les avions de Nagumo bombardent Tarempah (îles Ananbas). Dans l’après-midi, couverts par la force de Kondo, la 3ème Force d’attaque surprise du Contre-Amiral S. Hirose (DD Yamagumo, torpilleurs Chidori, Hatsukari, Manazuru et Tomozuru, deux dragueurs de mines, neuf chasseurs de sous-marins) débarque deux groupes d’infanterie de marine sur les îles de Natuna Selatan et Tambelan. Ces deux débarquements se déroulent pratiquement sans opposition.

À la tombée de la nuit, les forces de Kondo et Nagumo commencent à se retirer vers le nord pour ravitailler et réarmer dans les îles Paracels.

 

Sœrebaja (île de Java, Indes orientales néerlandaises)

Arrivée dans l’après-midi de l’Amiral Thomas C. Hart, commandant en chef de l’Asiatic Fleet américaine, à bord du sous-marin Shark.

 

Indochine

Cambodge

Les troupes japonaises se regroupent, tandis que leurs bombardiers légers attaquent Phnom-Penh à plusieurs reprises.

Viet-Nam

Au Tonkin, l’attaque japonaise sur Thai-Nguyen est stoppée, mais les défenseurs sont pratiquement épuisés.

Tard dans l’après-midi, les troupes françaises qui se battent sur la côte du Viet-Nam observent de nombreux bombardiers bimoteurs japonais volant vers l’ouest. Ces avions appartiennent aux 61ème et 63ème Sentai, basés auparavant en Mandchourie et qui ont reçu l’ordre de se rendre en Thaïlande pour renforcer les forces aériennes japonaises déjà déployées sur ce théâtre. Ils sont escortés par un Sentai de Ki-43. En tout, 59 bombardiers et 29 chasseurs sont transférés dans la journée en Thaïlande via Tourane.

 

 

2 janvier

Côte est des Etats-Unis

Des sous-marins allemands Type IX coulent trois cargos et un pétrolier le long des côtes de Virginie.

 

Londres

L’état-major britannique décide de préparer un nouveau convoi de renforts pour la Malaisie. Cependant, ce convoi doit également transporter des armes et du matériel pour la défense de l’Inde, de la Birmanie et des îles Andamans. L’aéronavale britannique a commencé à rassembler tous les bombardiers-torpilleurs Blackburn Skua encore disponibles, y compris ceux du squadron 767, jusque-là relégués au remorquage de cible. Il est prévu de former deux escadrons de Skua basés en Birmanie ou dans les Andamans, à Port-Blair (une fois achevée la piste d’atterrissage) pour la défense avancée de l’Océan Indien.

Winston Churchill demande au chef d’état-major de la RAF de préparer l’envoi en Extrême-Orient des deux squadrons de chasseurs bimoteurs monoplaces Westland Whirlwind (Sqn 137 et 263) pour renforcer la chasse à long rayon d’action. Cette demande est plus que fraîchement reçue, car l’avion paraît peu fiable et que son rayon d’action, certes supérieur à celui des Spitfire et Hurricane, reste assez court. Dans une note au Premier Ministre, le Fighter Command souligne que les Whirlwind vont avoir du mal à se rendre en vol de Grande-Bretagne à Singapour et ne pourront pas atteindre Singapour en partant de Birmanie, si le terrain de Medan n’est pas rouvert.

 

Berlin

L’ambassadeur japonais en Allemagne, le général Oshima, transmet à Ribbentrop une note japonaise officielle demandant l’envoi d’équipements d’alerte aérienne, de direction de tir antiaérien et des radars embarqués à bord d’avions, et la signature d’accords de licence pour ces équipements. Une note semblable est remise à l’ambassadeur allemand à Tokyo, le Général Ott, directement par le Premier Ministre japonais, le Général Tojo.

Tard dans la soirée, Hitler autorise le service technique de la Luftwaffe à envoyer à l’ambassade allemande à Tokyo des informations détaillées sur les équipements radars allemands. Il autorise aussi Ribbentrop à demander à l’ambassadeur soviétique la possibilité d’envoyer un train d’Allemagne en Mandchourie par la ligne trans-sibérienne.

 

Alger

Le ministère de l’Information fait le point sur la Presse clandestine. Il recense 246 titres au 31 décembre 1941. Ils vont des journaux à parution régulière ou presque, tirés par de véritables imprimeries à plusieurs milliers, voire dizaines de milliers d’exemplaires, comme Défense de la France, aux petits canards locaux réalisés au stencil qui ne dépassent pas le cadre d’une ville, d’un quartier ou d’une usine, tel le Bib combattant (pas plus de 100 exemplaires sans doute) destiné aux ouvriers de Michelin à Clermont-Ferrand. Un point commun : les risques immenses que prennent les rédacteurs.

 

Mer Egée

Lancement de la série des opérations “Dark Knight/Chevalier Noir”, prévues en janvier et février. Sous le commandement du major Roger Courtney, 23 hommes des commandos de marine, après avoir été transportés jusqu’à la côte est de la Grèce, tout près de leur cible, par le sous-marin HMS Thunderbolt, détruisent la ligne ferroviaire au sud de Katerini.

L’après-midi suivant, la voie ferrée est attaquée par deux vagues de bombardiers français et britanniques de la Force Aérienne de Mer Egée. La seconde est interceptée en force par la Luftwaffe. Trois DB-73 français et deux Boston III de la RAF sont détruits, ainsi que six chasseurs d’escorte (Hawk-87 et Hurricane II), contre la perte de cinq Bf-109F. Mais la ligne de chemin de fer, la seule à relier la Grèce continentale à l’Europe du sud par les Balkans) est hors d’usage pour au moins trois semaines.

 

Chine – Troisième bataille de Changsha

L’avancée du 73e Corps et de la 200e DB sur la Hsiang force le commandement japonais à engager ses réserves (et notamment ses blindés) pour contre-attaquer. Dans une brève et violente action, la plupart des blindés japonais engagés (une poignée de Type 89 CHI-RO moyens et de Type 95 HA-GO légers) sont mis hors de combat par une douzaine de R-35 et une paire de Valentine. Un R-35 est déchenillé par un coup heureux. Un instructeur français décrira le combat comme « un affrontement d’amateurs pleins de bonne volonté » – mais si le savoir-faire des Chinois n’est pas très supérieur à celui des Japonais, leur matériel, pour dépassé qu’il soit à l’époque en Europe, leur donne un net avantage.

 

Malaisie - Singapour

Ce jour-là encore, seule l’aviation de la Marine japonaise est vraiment active. La gare d’Ipoh est bombardée par 14 D3A1, escortés par 12 A6M2. Dans l’après-midi, 12 B5N2, escortés par 15 A6M2, bombardent Penang. Un B5N2 est abattu par la DCA, mais les bombes frappent durement la centrale électrique. Tard dans l’après-midi, 9 D3A1 sans escorte attaquent l’aérodrome de Medan. Mais, mis à part des attaques sporadiques par des Ki-51 sur le front à Jitra et Kroh, l’aviation de l’Armée japonaise est toujours absente du ciel du Kedah.

Après le crépuscule, la RAF envoie neuf bombardiers moyens Manchester attaquer Kuching. L’attaque ne se heurte qu’au tir de la DCA, qui manque totalement de précision, mais il en est de même pour le bombardement. Cependant, tous les Manchester parviennent à rejoindre leur base.

À Singapour, le croiseur français Lamotte-Picquet est inspecté par le superintendant du chantier naval, qui confirme la possibilité d’adapter rapidement le navire pour le mouillage de mines. La catapulte montée à l’arrière doit être débarquée ainsi que les deux tourelles arrière. De toute façon, la tourelle X est complètement hors service, et une inspection plus minutieuse montre que la tourelle Y a été elle aussi endommagée. Le débarquement des deux peut être très facilement effectué et les deux puits de tourelle peuvent être obturés et blindés. Deux canons de 40 mm (sur affûts simples, identiques à ceux de l’armée) et deux canons de DCA de 3 pouces doivent être pris au Tourville et montés à l’arrière. Quatre canons de 20 mm Œrlikon peuvent être boulonnés sur le pont. Puis, des rails pour 128 mines pourront être adaptés. Si le travail est effectué en cadence trois-huit, il pourra être accompli en trois jours.

 

Mer de Chine Méridionale

Un Maryland français de l’escadrille B du GB IV/62, opérant à partir de Sembawang (Singapour), prend des photos de la baie de Kuching et de Miri.

L’Emile-Bertin rentre à Singapour, où il arrive à 09h00.

L’Amiral Kondo transmet à l’Amiral Yamamoto son rapport sur la bataille de Mer de Chine Méridionale (voir annexe 42-1-3).

 

Mako (îles Paracels)

Les poseurs de mines Okinoshima et Tsugaru, rentrés de leur mission de soutien aux débarquements dans les îles Gilbert, quittent Mako à 04h00 vers la baie de Kuching, chargés de bombes et des torpilles pour les avions de la Marine japonaise, pour compléter ce qui a été apporté par des cargos. Les deux bateaux sont escortés par les destroyers Amagiri et Sagiri.

 

Rabaul

La base australienne, où se trouvent une douzaine de Buffalo, une demi-douzaine de Wirraway, autant de Battle, le même nombre de Catalina et trois Hudson, est attaquée par un gros hydravion H6K (Emily) de la Marine japonaise. Mauvaise idée : ses bombes ne font guère de dégâts, mais quatre Buffalo décollent et réussissent à l’abattre.

 

Indochine

Au Cambodge, les attaques aériennes répétées autour de Phnom-Penh neutralisent le train blindé, dont les canons sont récupérés. Les forces françaises et locales ne tiennent plus maintenant sur la rive droite (ouest) du Mékong que deux grandes poches autour de Phnom-Penh et de Kompong Cham, ainsi que la route vers Kompot. Entre les deux villes, les canonnières Tourane et Vigilante patrouillent sur le fleuve.

Au Tonkin, les avions de l’Armée japonaise lancent une violente attaque. Des bombardiers légers Ki-51, escortés par des Ki-27, attaquent Thai-Nguyen pendant que des Ki-48 et Ki-21, avec une escorte de Ki-43, attaquent les terrains d’aviation de Hanoï. Les deux squadrons de l’AVG présents au Tonkin sont constamment engagés. Au crépuscule, ils ont détruit 5 Ki-21, 7 Ki-48, 4 Ki-51, 7 Ki-27 et 4 Ki-43, soit 27 avions ennemis, mais ils ont perdu 7 de leurs appareils et 4 avions endommagés sont irréparables. Adam & Eve et Panda Bear sont réduits à un total de 26 avions, dont seulement 16 en état de vol.

Sur la côte d’Annam, la situation est calme, mais de nombreux avions japonais, utilisant Tourane comme point de ravitaillement, continuent à voler vers la Thaïlande. Dans la journée, 22 Ki-51 et 17 Ki-48 vont ainsi renforcer le 3ème Hikoshidan opérant de Thaïlande. Quelques avions de la Marine, 17 D3A1 et 9 A6M2, sont aussi transférés pour renforcer ce que les rapports de la Marine japonaise appellent maintenant le Singora Kokutai.

À Saïgon, un nouveau régiment d’infanterie vietnamien est mis sur pied (le 2ème RIV) et envoyé comme force de réserve sur la rive gauche du Mékong.

 

Kure (Japon)

Le poseur de mines et de filets Yaeyama, équipé en navire de soutien pour des plongeurs, part pour la baie de Kuching.

 

Au sud des îles Cook et de la Société (Pacifique Sud)

09h10 – L’E7K2 de l’AMC Aikoku Maru mitraille le cargo américain Malama, repéré l’avant-veille, et lui ordonne de stopper en code international.

14h15 – L’avion revient, armé de bombes bien visibles sous ses ailes

14h30 – L’équipage du Malama saborde le cargo et s’échappe dans deux canots.

15h30 – Les AMC Aikoku Maru et Hokoku Maru arrivent sur les lieux et récupèrent les 40 naufragés.

Quelques semaines plus tard (le 4 février), les deux croiseurs auxiliaires regagneront Truk sans avoir fait d’autres victimes (ils n’ont coulé que deux cargos en deux mois !).

 

 

3 janvier

Alger

Réunion du Comité de Défense Nationale. L’Amiral Lemonnier présente son rapport sur la situation de la Marine Nationale après les développements récents en Extrême-Orient (voir annexe 42-1-1). Le rapport Catroux (voir annexe 42-1-2) est officiellement approuvé.

 

Corse

Dans la nuit, les sous-marins français Poincaré et Monge débarquent au nord d’Ajaccio 17 commandos et trois radio-opérateurs pour soutenir les mouvements de Résistance.

 

Chine – Troisième bataille de Changsha

Le Général Hseuh Yueh referme son piège. Les 78e, 26e, 79e et 4e Corps ratissent le terrain autour de la rivière Liu-Yang, ébauchant l’encerclement des troupes de l’Armée Impériale qui attaquent Changsha (3e, 34e et 40e Divisions) et coupant leurs lignes de ravitaillement. Dans le même temps, les unités repliées dans les montagnes vers l’est en redescendent pour attaquer les voies de ravitaillement japonaises au nord et au nord-est de Changsha, avec le concours des groupes de guérilla du Kuomintang.

 

Birmanie

Neuf Ki-27 du 77e Sentai décollent de Lampong, ravitaillent à Raheng et attaquent Moulmein. Ils détruisent au sol deux Wapiti et deux Audax du 4e CDF s’apprêtant à décoller. Deux Fury du BVAS rentrant de patrouille arrivent alors et les chassent.

Pendant ce temps, quatre Hurricane du Sqn 67 mitraillent Raheng, incendiant un Ki-27 au sol. Attaqués par deux Ki-27, ils en abattent un.

 

Malaisie - Singapour

Pour la première fois, des positions britanniques et du Commonwealth autour de Jitra et d’Alor Setar sont directement attaquées par des bombardiers en piqué de la Marine japonaise. Ces raids, conduits par deux formations de 15 et 9 avions, ont été précédées par les attaques quelques attaques de Ki-51. Les troupes alliées, habituées à la relative inefficacité des avions d’appui au sol de l’Armée japonaise, sont désagréablement surpris par le bombardement beaucoup plus précis et dévastateur des D3A1.

Dans l’après-midi, les avions de la Marine reviennent sur Penang et Georgetown. Le dragueur de mines Lismore et les dragueurs de mines auxiliaires Tongkol et Olive Cam sont coulés ou si gravement endommagés qu’ils doivent être échoués.

Au crépuscule, des bombardiers moyens Wellington et Manchester de la RAF décollent pour attaquer des concentrations de troupes japonaises et des terrains d’aviation dans la péninsule de Kra. Un Manchester doit renoncer après le décollage à cause de problèmes de moteur.

 

Java (Indes Néerlandaises)

Arrivée à Sœrebaya des trois croiseurs australiens envoyés renforcer la force de l’Amiral Karel Doorman.

Réunion à Bandoeng entre le Vice-Amiral Helfrich (Marine Royale Néerlandaise), le Lt-Général Hein ter Poorten (Armée des Indes Orientales Néerlandaises), l’Amiral Thomas C. Hart, commandant l’Asiatic Fleet américaine, le Lt-Général G.H. Brett, commandant des forces de l’US Army en Australie, le Général Sir Archibald P. Wavell, commandant en chef britannique en Malaisie, le Contre-Amiral Palliser (Royal Navy), chef d’état-major de l’Eastern Fleet britannique, et le Général Georges Catroux, commandant des forces françaises combinées en Extrême-Orient. L’essentiel de la discussion porte sur la stratégie à adopter pour tenir la Barrière Malaise. Tous les participants conviennent que la barrière ne peut pas être entièrement tenue. Mais ensuite, les opinions divergent.

Les participants britanniques soulignent l’importance de l’aile occidentale de la Barrière : Malaisie, Singapour et Sumatra. Palliser explique qu’une petite escadre doit opérer de Singapour aussi longtemps que possible, avec le croiseur léger HMS Mauritius, les croiseurs mouilleurs de mines MN Emile-Bertin et Lamotte-Picquet, une flottille de destroyers de la Royal Navy (Ashanti, Eskimo, Encounter, Jervis) et une de la Marine Nationale (CT Lynx, DD Tempête, Tornade, Trombe). Singapour doit également servir de base de sous-marins aussi longtemps que possible pour contester les approches de la côte est de Malaisie. « La force rassemblée à Sœrebaya sous les ordres du Contre-Amiral Karel Doorman, explique Palliser, est principalement destinée à retarder l’avance japonaise par le détroit de Makassar, mais elle ne peut tenir Java. En revanche, elle peut et doit aider les forces basées à Singapour si nécessaire. »

Cette position est fortement contestée par les Hollandais et les Américains. « La défense de Java est de la plus haute importance politique pour le gouvernement de Sa Majesté la reine Wilhelmine » affirme le Contre-Amiral Helfrich. L’Amiral Hart s’oppose également à une stratégie centrée sur Singapour : « La défense de Singapour et de la Malaisie est sans espoir depuis la destruction de la plus grande partie de la Force Z. Notre défense doit être centrée sur le port de Darwin. Pour que l’US Navy mette ses forces à la disposition de l’Amiral Doorman, il faut donc que les principales missions dévolues à celui-ci soient la défense de Darwin et la protection des convois se rendant vers ce port. Et je vous rappelle que les forces de surface de l’Asiatic Fleet à Sœrabaya comptent un croiseur lourd, un croiseur léger et 18 destroyers. »

Le général Catroux soutient la position d’Helfrich. « Il faut reconnaître, Messieurs, dit-il aux Britanniques, que l’importance politique de Java est beaucoup plus grande que celle de Singapour, surtout dans la situation actuelle. S’il fallait choisir, la France proposerait de résister à l’est sur une ligne de Java à Darwin et de mettre en place à l’ouest un “bouchon” solide à la sortie du détroit de Malacca, en renforçant les Andamans. Avant d’en arriver là, il est évidemment nécessaire de retarder l’invasion de la Malaisie par les Japonais, en utilisant au maximum le mouillage de mines et les attaques de sous-marins. La France participe d’ailleurs activement aux efforts de défense alliés dans tous ces secteurs. »

Après cinq heures de discussion, la réunion est suspendue sans qu’une décision soit prise, mise à part la confirmation du Contre-Amiral Doorman comme commandant de la force navale basée à Sœrabaya. Les événements mettront bientôt les Alliés d’accord, en faisant disparaître certaines options…

 

Viet-Nam

Au Tonkin, les troupes japonaises lancent avant l’aube une attaque générale contre Thai-Nguyen. Malgré un temps nuageux, les avions sont intensivement engagés des deux côtés. L’AVG perd 3 chasseurs et 4 bombardiers légers français sont détruits ou sévèrement endommagés dans divers combats où 7 Ki-27, 5 Ki-48 et 4 Ki-51 sont abattus. Deux Potez 25 TOE utilisés pour le réglage d’artillerie sont également détruits. Au crépuscule, les troupes japonaises entourent Thai-Nguyen et ont commencé à avancer vers le sud et Bac-Ninh, menaçant la route Hanoï-Haïphong.

A Saïgon, en fin de journée, le Haut-Commissaire en Indochine, Jean Sainteny, transmet à Alger : « La situation se détériore rapidement au Tonkin. Au Cambodge, nous attendons dans les heures qui viennent une importante attaque ennemie pour traverser le fleuve Mékong. Dans l’ensemble de l’Indochine, nos forces aériennes sont maintenant à l’extrême limite de leurs possibilités ; elles ne comptent plus que quelques dizaines d’avions (voir pièce jointe). Au sol, en l’absence (prévisible) de renforts nombreux et rapides, nos troupes au sol sont débordées par le nombre à un point tel qu’il est vain d’espérer retarder l’ennemi encore bien longtemps.

P.J. Situation des forces aériennes alliées en Indochine le 3 janvier 1942 à 19h00 locales.

– Au Tonkin : 21 avions, dont 13 en état de vol, pour les deux escadrons de l’AVG. Deux Martin 167 seulement pour le GB II/62, et 4 Potez 25 TOE pour l’aviation de coopération.

– Région de Saïgon : un squadron de l’AVG réduit à 13 avions (dont 10 en état de vol).

– Rive gauche du Mékong : 7 Hawk 75A4 (GC II/40), 3 Hurricane (squadron 243 de la RAF), 2 Morane 406 et 3 Brewster 339 (Escadrilles de Protection).

– Forces d’attaque et d’observation en Cochinchine, Cambodge et Sud-Laos : 8 Martin 167, 7 Potez 63/11, 4 Wirraway et 15 Potez 25 TOE. »

Au même moment, Sainteny demande au commandant de la Division du Tonkin d’activer le plan d’urgence “Epervier” et d’accélérer la prise d’armes du 3ème régiment vietnamien d’infanterie.

Le plan Epervier concerne la retraite des forces françaises et locales de la région d’Hanoï vers les montagnes situées à la frontière entre Tonkin et Laos, non loin de la Chine. Quelques jours plus tard, Klaus Müller, récemment promu adjudant, fait partie d’une des premières unités de la Légion Etrangère à se replier dans cette zone. « L’endroit est notoirement difficile d’accès. Notre parcours jusqu’ici n’a pas été commode, et il n’y avait personne pour nous faire des misères ! Mais c’est un secteur fertile, où nous n’aurons pas à craindre de mourir de faim : une force de guérilla nombreuse peut vivre sur le terrain. Il faut reconnaître que, stratégiquement, il est aussi bien choisi : les hauteurs commandent les liaisons entre le Tonkin, le Laos et la Chine. Vers l’ouest, la Piste Pavie (ainsi baptisée en l’honneur de l’homme qui, en 1887, a enlevé la région au général siamois Phya Surisak) mène vers Luang-Prabang (au Laos). Vers l’est, la Route Coloniale 41 et le Fleuve Noir conduisent vers Hanoï. Tout cela explique pourquoi la Force Epervier (c’est nous – rien de tel qu’un nom bien martial pour redonner du courage aux soldats, c’est connu) s’installe ici comme dans une citadelle naturelle, où elle pourra communiquer et même être ravitaillée par la Chine.

Tout est prévu : dans une petite vallée, au cœur du dispositif, les gars du Génie viennent d’achever, avec de la main d’œuvre locale, la construction d’un petit terrain d’aviation où le Train achemine vaille que vaille de l’essence et des munitions pour les avions américains de l’AVG (je me demande si on aura jamais vu une force militaire plus mélangée que la nôtre !). La base en question, située sur le fleuve Nam Youm, porte en langue thaï le nom de Muong Theng, qui signifie simplement “Grand poste administratif sur la frontière” – puisque c’était naguère la fonction du lieu. Mais les Français préfèrent utiliser le nom vietnamien, qui est simplement la traduction du nom thaï : Dien-Bien-Phu. » (A mon Frère Ennemi – Lettres d’un Légionnaire allemand, par Klaus Müller. Manuscrit rassemblé et présenté par Uwe Müller – Paris, 1959 ; Munich, 1968).

 

Mako (îles Paracels)

Tard la nuit, la 2ème Flotte de Kondo et la Flotte Combinée de Nagumo arrivent à Mako pour ravitailler et charger quelques avions et équipages pour compenser les pertes subies pendant la bataille de Mer de Chine Méridionale. Elles croisent l’escadre de croiseurs lourds du Vice-Amiral Dsijaburo Ozawa (CA Mogami, Mikuma, Kumano, Suzuya), chargée de la protection d’un convoi de 56 navires rentrant sur Haïnan, avec l’écran rapproché commandé par le Contre-Amiral Shintaro Hashimoto (CA Chokai, CL Sendai [amiral] et DD Fubuki, Hatsuyuki, Shirayuki, Murakumo, Shirakumo, Isonami, Uranami, Ajanami, Shikinami, Asagiri, Jugiri et Shinonome). Ces forces reviendront bientôt à Mako en escortant des cargos déjà arrivés du Japon à Haïnan avec des renforts de l’Armée.

 

Japon

Les porte-avions Hiryu et Soryu quittent Hiroshima tôt le matin vers Mako, où ils doivent rejoindre la flotte de l’Amiral Nagumo.

L’après-midi, une importante réunion se déroule à l’école de chasse de la Marine, à Akeno, pour tirer les leçons de la campagne qui se poursuit en Malaisie et en Indochine. Cette réunion rassemble des représentants du Koku Hombu (Etat-major des forces aériennes) et du Koku Sokambu (Inspection générale de l’aviation), le directeur de l’école d’Akeno et ses adjoints, ainsi que des représentants de Kawasaki, de Mitsubishi et de Nakajima et deux délégués du Comité de Mobilisation Industrielle.

 

 

4 janvier

Alger

Le Président du Conseil français, Paul Reynaud, et le Général De Gaulle quittent Alger pour Londres, afin de conférer avec le gouvernement britannique et celui des Pays-Bas.

 

Mer Egée

Des Consolidated Mod.32 français escortés par des P-38 attaquent le port de Salonique. Celui-ci est durement touché, tandis que trois bombardiers et quatre chasseurs sont détruits en échange de quatre Bf-109F et d’un Reggiane Re-2000. Cette incursion, venant après l’attaque combinée commandos et aviation contre la voie ferrée, convainc le Général Kesselring d’avertir Berlin qu’il faut s’attendre à une attaque de grande envergure, comprenant des débarquements amphibies, contre la côte est de la Grèce. Il demande l’autorisation de redéployer les forces de l’Axe en conséquence.

 

Chine – Troisième bataille de Changsha

La ligne de défense japonaise s’effondre. Trois divisions se retrouvent encerclées et demandent pour se dégager l’aide de la 9e Brigade Mixte Indépendante (en fait, une division légère) stationnée à Yueh-Yang. Mais les jours suivants, celle-ci se retrouve enlisée dans des combats contre des unités chinoises très agressives.

 

Birmanie

Convoyés pour la plupart par des pilotes de transport, 37 Hawk-81 sont rassemblés sur le terrain de Myitkyina, où des pilotes français venant de Malaisie ou d’Indochine viennent les prendre en main. Avec des jeunes pilotes fraîchement sortis de l’école de chasse de Meknès, ils vont reformer les GC I, II et III/40. Le Lt-Col. Lionel de Marmier, en charge de l’opération, accueille le commandant de la 40e EC, le commandant Edmond Marin La Meslée : « J’espère que d’ici deux semaines, mes gars auront convoyé jusqu’ici 80 Hawk-81 en tout. Cependant, vous devrez les partager avec les Américains. L’AVG a déjà envoyé par Kunming 15 pilotes pour les récupérer. » Marin La Meslée espère que son escadre sera opérationnelle à la fin du mois.

Dans la journée, 32 Ki-27 du 77e Sentai effectuent une mission d’interdiction sur Rangoon. Ils tombent sur six P-40 chinois au-dessus de Mingaladon et en abattent deux (mais leurs pilotes peuvent sauter en parachute).

 

Malaisie – Singapour

Les avions de la Marine japonaise poursuivent leurs attaques, avec un raid sur le terrain d’aviation de Medan et l’autre à nouveau sur des positions du Commonwealth à Jitra. Un D3A1 et un A6M2 sont abattus par la DCA, mais les dommages causés aux lignes de défense sont substantiels.

L’aviation de l’Armée, renforcée, reprend ses attaques, avec une attaque massive (deux vagues de 27 Ki-21, chacune escortée par 40 Ki-43) contre Kuala-Lumpur. Ces deux raids infligent des dommages considérables à la ville et, après une accalmie de 3 jours, créent un choc psychologique énorme dans la population. Les Hurricane de la RAF interceptent la première vague, abattant quatre Ki-21 et trois Ki-43, pour trois Hurricane. Mais les chasseurs alliés ne peuvent rien faire contre la seconde vague. Le nombre de Hurricane disponibles dans la région est maintenant tombé à 16, dont 10 seulement en état de vol.

Dans l’après-midi, alerté par l’intense trafic radio japonais à Kuching, l’état-major de la RAF envoie un Maryland de l’escadrille B du GB IV/62 se rendre compte de la situation locale. L’équipage français, certain de pouvoir échapper aux hydravions japonais ou même à d’éventuels A5M4 grâce à la vitesse de leur avion, descendent à 10 000 pieds pour prendre de bonnes photos et sont surpris par 3 A6M2. Le Maryland est abattu et seul un membre de l’équipage parvient à sauter en parachute.

 

Kuching (Sarawak)

Les deux mouilleurs de mines Okinoshima et Tsugaru, envoyés des Paracels avec des munitions supplémentaires pour les avions de la Marine arrivent vers 02h00. Les deux navires sont rapidement déchargés. Le redéploiement de ces avions vers le terrain de Kuching, préparé par les troupes au sol depuis le 30 décembre, commence dans la journée. Venant de Bin Dinh (au Viet-Nam) ou de Mako (aux Paracels), cinq unités du 22ème Koku Sentai atterrissent à Kuching.

– Kanoya Kokutai : 36 bombardiers G4M1.

– Mihoro Kokutai : 27 bombardiers G3M2.

– Genzan Kokutai : 27 bombardiers G3M2 et 18 bombardiers G3M3 tout neufs.

– 3ème Kokutai : 60 chasseurs A6M2, 15 chasseurs A5M4 (pour la défense locale) et 4 C5M2.

– 1ère unité spéciale de reconnaissance du commandement de la flotte : 2 J1N1 et 3 C5M2.

 

Rabaul

Ce sont cette fois 22 G3M qui attaquent le terain de Lakunai. Malheureusement pour eux, les coastwatchers de l’île d’Emirau les ont signalés et les douze Buffalo en état de vol du Sqn 30 les interceptent à 12000 pieds. Les pilotes australiens sont novices, mais ils n’en abattent pas moins, sans perte de leur côté, trois des bimoteurs japonais. La formation des bombardiers est dispersée et leurs bombes vont pour la plupart se perdre.

 

Indochine

Au Tonkin, les forces françaises et locales évacuent Thai-Nguyen. Un bataillon de la Légion Etrangère tente de retarder l’avance des Japonais vers Bac-Ninh.

Au Cambodge, Phnom Penh et Kompong Cham sont brutalement attaquées par les aviations japonaise et thaï. En fin de journée, les deux villes sont la proie des flammes.

 

 

5 janvier

Alger

Parution, ce lundi à 13h30, du premier numéro du Monde, tiré depuis 7h30 sur les presses de L’Écho d’Alger. Des motards de la Garde républicaine et des unités de circulation routière en apportent aussitôt plusieurs exemplaires à la présidence de la République, à la présidence du Conseil, à l’Assemblée nationale, dans tous les ministères, à chaque ambassade ou légation. L’état-major est servi lui aussi, comme les directions des grandes entreprises. Des yaouleds crient le journal au coin des rues.

Signé Sirius, le pseudonyme d’Hubert Beuve-Méry, un “À nos lecteurs” annonce les ambitions du journal : « Servir la France et rechercher la Vérité, car s’attacher d’abord à dire la Vérité, c’est le meilleur service que la Presse d’aujourd’hui puisse rendre à la France. » Beuve-Méry, pour autant, n’esquive pas la filiation du Monde avec le Temps : « Ce journal ressemble à un quotidien qui continue de paraître en France occupée. Certains d’entre nous appartenaient à sa rédaction. Ils s’en sont séparés après Munich ou après notre défaite. De lui, nous ne voulons garder que le sérieux qui fut le sien en des temps moins difficiles. »

Le Monde affiche déjà sa personnalité, avec une mise en pages aussi peu racoleuse que le style de sa manchette : « Situation difficile en Asie pour les Alliés », surmontée, en caractères bâton, d’un « Le Japon attaque sur tous les fronts ». Le souci de l’intemporel, ou peu s’en faut, marque le Bulletin de l’Étranger consacré à… l’avenir de la SDN, qui a sombré dans le discrédit depuis qu’elle a démontré son impuissance à propos de l’Éthiopie puis de l’Espagne. Il n’y a, bien entendu, aucune photo, à peine quelques cartes. Par contre, la publicité ne manque pas : les grandes entreprises présentes en Afrique du Nord ont trouvé des budgets afin d’acquérir de l’espace dans un organe qui s’adresse, d’évidence, aux moins démunis.

 

Hammaguir

Après les premiers test mouvementés d’octobre 1941, les essais des modèles réduits au 1/4 du Leduc 010 se poursuivent à partir du bon vieux MB-175 n°23. En ce début d’année, l’appareil monte à 36 000 pieds, son plafond maximal. Le modèle réduit est largué et plane sans incident sur plusieurs kilomètres, piloté par l’opérateur situé dans le nez du bombardier.


Mer Egée

Pendant la nuit, les bombardiers lourds Stirling du 236ème Wing (squadrons 7 et 15) attaquent Sofia et la gare de triage voisine. Des Wellington du 202ème Wing, basé en Crète (squadrons 70, 142 et 150), attaquent de leur côté Salonique, renforçant les effets du raid des Consolidated 32 français de la veille.

 

Océan Indien

Le cuirassé Royal Sovereign et son escorte (DD Active, Amazon, Ambuscade et Electra) rencontre à l’est de Ceylan le convoi Long Sword. L’escadre française qui l’a escorté jusque là (CA Colbert et Dupleix, CL La Galissonnière, CT Cassard, Kersaint et Vauquelin et DD Bordelais, Forbin et Fougueux), retourne alors vers l’ouest, laissant le convoi sous la protection du groupe du Royal Sovereign et de son escorte rapprochée (six DE de classe Hunt-2 : Avon Vale, Blankney, Croome, Eridge, Farndale et Grove, trois avisos antiaériens : Black Swan, Erne et Ibis et le navire antiaérien auxiliaire Tynwald).

 

Birmanie

Les Ki-27 du 77e Sentai retournent sur Mingaladon à l’aube, escortant 8 Ki-30 du 31e. En l’absence d’opposition aérienne, ils détruisent le mess des officiers, endommagent les ateliers de réparations et démolissent un DC-2 du Sqn 31 sur la piste.

Cependant, des renforts de la RAF commencent à arriver. Venant d’Egypte, 16 Blenheim IV du Sqn 113 se sont déployés près de Rangoon, chaque avion amenant deux mécaniciens. Ces derniers se sont mis au travail avec leurs collègues du Sqn 60 pour entretenir les Blenheim des deux squadrons. De plus, le Sqn 28 est arrivé d’Inde avec 12 Lysander.

Dans la nuit du 5 au 6, onze Blenheim des Sqn 60 et 113 et trois Heyford du BVAS attaquent les quais de Bangkok. Malgré une DCA intense (un Heyford est endommagé), plusieurs grands entrepôts sont incendiés.

 

Malaisie – Singapour

À Singapour, l’Air Vice-Marshall Pulford, chef d’état-major de la RAF en Malaisie, suspecte que si le Maryland français n’est pas rentré de Kuching, c’est parce que l’aviation de la Marine japonaise s’y est installée. De plus, le fort trafic radio japonais provenant de la région indique que de nombreux avions y sont déployés. Devant ces indices, Pulford décide de lancer une attaque à l’aube avec les 11 Manchester du Squadron 97 de la RAF.

Simultanément, espérant couper court au regain d’activité de l’aviation de l’Armée japonaise, Pulford ordonne de lancer un raid similaire contre les aérodromes de l’isthme de Kra, avec les 19 Wellington des Squadrons 14 et 154.

Les Wellington décollent vers 02h00. Ils arrivent à l’aube au-dessus de leurs objectifs, mais un vent du nord assez fort a recouvert de nuages l’isthme de Kra. La visibilité est très médiocre et les équipages des Wellington bombardent un peu au hasard, sauf les cinq derniers, qui réussissent à détruire 4 Ki-51, 2 Ki-21 et 1 Ki-43 sur un terrain près de Singora. En revanche, la couverture nuageuse permet à tous les Wellington d’échapper aux patrouilles permanentes de Ki-27. Si le résultat du raid est décevant, aucun avion n’est perdu.

Mais ce matin-là, tous les équipages de la RAF n’ont pas la même chance.

« En raison, notamment, du manque de fiabilité de ses moteurs Vulture, l’Avro Manchester avait été considéré très tôt comme le vilain petit canard du Bomber Command (et, tel le caneton du conte, il devait donner naissance au fameux Lancaster, mais ceci est une autre histoire). Il ne fut pas construit plus de 200 Manchester, et l’état-major fut ravi de se débarrasser du Sqn 97, équipé de 15 de ces machines, en l’expédiant en Malaisie, sous prétexte qu’il portait le nom de Straits Settlements Squadron !

Le 5 janvier, à 03h00, les 11 Manchester restant au Sqn 97 décollent vers Kuching. Ils volent plein est, ou croient voler plein est, mais le vent du nord les repousse au sud de la route prévue. Les avions survolent ainsi les îles Tambelan, dont la garnison japonaise peut avertir Kuching de l’arrivée du raid.

Quand l’aube se lève, les équipages des Manchester découvrent qu’ils ont dévié de leur route, et qu’ils sont encore à 80 kilomètres au sud-ouest de l’aérodrome de Kuching. Le squadron leader décide néanmoins de poursuivre, malgré le retard, espérant toujours surprendre un nombre important d’avions japonais au sol.

Mais à tout juste 50 kilomètres de leur cible, les 11 avions sont interceptés par 27 A6M2 et 12 A5M4 ! Les Manchester L-7432 et L-7456 sont rapidement abattus. Trois autres, les L-7389, L-7396 et L-7412, plus ou moins gravement endommagés, se déroutent pour bombarder la ville de Kuching, craignant de ne pouvoir atteindre l’aérodrome. Le L-7396 s’écrase d’ailleurs avant d’atteindre la ville. Les L-7389 et L-7412, qui volent tous les deux sur un moteur, bombardent la ville à moins de 3 000 pieds, mais doivent ensuite amerrir dans la baie (leurs membres d’équipage, dont plusieurs sont blessés, sont faits prisonniers par la Marine japonaise).

L’avion du chef de la formation, le L-7388, est aperçu pour la dernière fois tombant en vrille non loin de l’aérodrome.

Les cinq derniers avions poursuivent leur route avec entêtement et réussissent à bombarder le terrain, où ils détruisent tout de même cinq G4M1 Betty et sept G3M2 Nell.

Le L-7414 vire ensuite au nord, mais s’écrase peu après.

Les L-7418 et L-7421, ayant chacun perdu un moteur, virent au sud en espérant atteindre le terrain de la ML-KNIL, Singkawang-II. Le L-7421 décroche et s’écrase près de la frontière entre le Sarawak et la partie hollandaise de Bornéo, tandis que le L-7418 échappe à ses tortionnaires et atteint Singkawang. Gravement endommagé, incapable d’abaisser ses volets, l’avion “avale” une partie de la piste (de surcroît constellée de cratères) et son pilote finit par le poser sur le ventre.

Les L-7428 et L-7434, tous deux très endommagés, s’échappent vers l’ouest. Incapable de maintenir son altitude sur un seul moteur, le L-7428 amerrit dans les Ananbas, où l’équipage est recueilli par des pêcheurs locaux. Tous ses membres, après une véritable odyssée sur une minuscule barque de pêche, réussiront à rallier la Malaisie. Enfin, grâce à un véritable exploit de son pilote, le L-7434, agonisant, rejoint Singapour, où il se pose dans un dernier soupir de l’unique moteur qui lui restait. Véritable épave volante, la malheureuse machine porte pas moins de onze impacts de 20 mm et plus de deux cents de 7,7 mm ! « Il fallait que je le ramène, dira son pilote. Je le devais aux gars de l’équipage, qui seraient restés tranquillement au sol si je n’avais pas demandé à voler. » Le Major Richard Dawson était en effet quelques jours plus tôt officier à l’état-major. Ne supportant plus d’envoyer ses camarades se battre, il avait demandé à être renvoyé au combat et avait remplacé un pilote blessé. Rentré en Angleterre, il se fera affecter dans un squadron de Lancaster. En 1943, il ne reviendra pas d’une mission sur la Ruhr, après avoir tenu son avion en flammes en ligne de vol assez longtemps pour que tout l’équipage puisse sauter… » (Pierre Clostermann, “Les Vilains Petits Canards de Singapour”, in Feux du Ciel, Paris, 1954).

Néanmoins, les Manchester n’ont pas succombé sans combattre. En 15 minutes d’affrontement – un temps exceptionnellement long pour un combat aérien – les chasseurs japonais, qui n’ont pas encore compris que se placer exactement dans la queue d’un bombardier doté à cet endroit d’une tourelle quadruple de 0,303 n’est pas bon pour la santé de leurs maniables mais fragiles machines, ont perdu 6 A6M2 et 5 A5M4.

………

Vers 08h00, des avions de l’Armée japonaise attaquent de nouveau les positions alliées près de Jitra et la gare d’Ipoh. Vers midi, un raid de 36 Ki-21 frappe durement Kluang, détruisant 9 bombardiers Blenheim et endommageant sérieusement la piste.

À 14h00, Singapour est pour la première fois attaquée en plein jour. Venant de Kuching, une première vague de 27 G4M1 escortés par 27 A6M2 attaque la base navale. Le bombardement est relativement précis, malgré une interception par 12 Spitfire du Squadron 132 et 4 Martlet de la réserve de la FAA. Cinq G4M1 et quatre A6M2 sont abattus, au prix de quatre Spitfire et un Martlet. Cependant, à 14h45, une seconde vague arrive, en deux formations de 27 G3M2 ou 3, escortées chacune par 12 A6M2. Cette fois, les aérodromes de Seletar et Sembawang sont visés et 5 Spitfire et 2 Martlet sont détruits au sol, ainsi que 3 Beaufort et 1 Beaufighter. Seuls 2 G3M2/3 sont abattus par le tir nourri de la DCA.

………

Au vu de la situation, l’Air Vice-Marshall Pullford ordonne que douze pilotes de Defiant NF II soient envoyés de nuit par DC3 à Rangoon. Pullford estime que les pilotes de Defiant ne seront pas déroutés par un avion comme le Hurricane et pourront le poser de nuit bien mieux que les pilotes de Hurricane, qui n’ont pas l’habitude de voler dans le noir. En décollant tard dans l’après-midi de Rangoon, ils pourront atterrir dans la nuit sur le terrain de la ML-KNIL à Sabang, à l’extrême nord de Sumatra, puis redécoller avant la fin de la nuit pour rejoindre Subang (Kuala-Lumpur) à l’aube. Le DC-3 chargé de convoyer les pilotes à Rangoon reviendra avec eux pour assurer la navigation. En procédant ainsi, le risque d’une attaque japonaise contre Sabang sera réduit au minimum et des chasseurs monoplaces pourront être récupérés.

Cependant, juste après que le DC-3 ait quitté Singapour (Tengah), un nouveau raid est détecté. Vers 23h00, 21 Ki-21 bombardent la ville de Singapour. Les quatre Defiant NF II restés de garde abattent cinq bombardiers, mais le bombardement crée une grand affolement dans la ville, jusque là préservée de l’horreur des raids aériens.

 

Mer de Chine Méridionale

Un grand convoi japonais, escorté par un écran rapproché commandé par le contre-amiral Shintaro Hashimoto (CB Sendai [amiral], DD Fubuki, Hatsuyuki, Shirayuki, Murakumo, Shirakumo, Isonami et Shinonome, croiseur d’entraînement Kashii, aviso Shimushu) quitte Haïnan à 02h00. Ce convoi compte 97 cargos, qui transportent l’équivalent de deux divisions d’infanterie, deux brigades renforcées et des renforts pour l’armée japonaise en Thaïlande.

 

Indochine

Cambodge

L’artillerie japonaise commence dès l’aube à pilonner massivement Phnom Penh et Kompong Cham. Les soldats du génie japonais avancent vers le Mekong et, vers midi, commencent à traverser le fleuve. Les deux canonnières françaises Tourane et Vigilante essayent de les arrêter. Après un certain succès contre les bateaux de la première vague, le Tourane est frappé par trois obus de 100 mm et au moins un de 152 mm. Le bateau, incendié, coule au milieu du Mékong. La Vigilante, à force de zigzags, réussit à éviter les obus japonais, et bloque toutes les tentatives de traverser le fleuve, coulant plusieurs barges ennemies. Mais à 16h15, le bateau est attaqué par 14 Ki-48 escortés par 12 Ki-27. Touchée par au moins deux bombes et secouée par de nombreuses autres, la Vigilante doit être échouée sous peine de couler. Vers 16h45, les troupes japonaises reprennent leur tentative de franchissement. Au crépuscule, elles ont réussi à prendre pied en trois endroits sur la rive gauche (est) du Mékong.

Viet-Nam

En Cochinchine, le commandement français, après en avoir référé au Haut-Commissaire, ordonne vers midi aux éléments du GBMS engagés sur la côte d’Annam de commencer à se retirer vers Saïgon.

Au Tonkin, les troupes japonaises avancent vers Bac-Ninh et Thai-Nguyen doit être évacuée, mais non sans que la Légion Etrangère ait une nouvelle fois rejeté l’infanterie japonaise après un farouche combat au corps à corps. À Hanoï, le 3ème Régiment d’Infanterie Vietnamienne (3ème RIV) est mis sur pied à la hâte et immédiatement envoyé à Bac-Ninh.

 

 

6 janvier

Londres

A la suite de l’entrée en guerre des Etats-Unis, la commission Concorde voit l’arrivée du Secrétaire à la Guerre américain Henry L. Stimson, porte-parole des militaires américains et tenant de la ligne “America first”.

 

Londres

Rencontre au sommet entre les gouvernements britannique et français pour étudier les opérations Crusader/Croisade et Avenger/Vengeur prévues en Méditerranée, ainsi que les résultats de la première opération Dark Knight/Chevalier Noir.

Puis, des ministres hollandais se joignent à la réunion, qui fait alors le point sur la situation en Extrême-Orient. La délégation française soutient fermement l’idée d’une défense sans réserve des Indes Néerlandaises.

 

Birmanie

Trois P-40 chinois, mais portant encore les cocardes britanniques, attaquent Raheng, démolissant quatre Ki-27 du 77e Sentai qui se préparaient à décoller. Touché par la DCA, le P-40 du FO Christopher Yung (de Shanghai) s’écrase dans une rivière. Son pilote saute en parachute et les Japonais se lancent à sa poursuite, mais, ayant observé les cocardes de l’avion, ils recherchent un Blanc. Yung s’empare de vêtements laissés à sécher au soleil et cherche refuge dans le dernier endroit auquel penseront les Japonais, Raheng même. Là, il se cache dans la maison d’une famille chinoise proche de la sienne. Deux mois plus tard, après bien des aventures, il réapparaîtra à John Haig.

Dans la nuit, trois Hurricane tentent sans succès d’intercepter le raid japonais quotidien. L’un d’eux s’écrase à l’atterrissage.

 

Malaisie – Singapour

L’activité aérienne japonaise est importante toute la journée.

Les bombardiers Ki-21 de l’Armée lancent une attaque massive (36 bombardiers escortés par 45 chasseurs, dont 33 Ki-43) contre les terrains de Kuala-Lumpur et de Subang.

Des avions de la Marine basés en Thaïlande attaquent les positions alliées près de Jitra, ainsi que l’aérodrome et la gare de Sungei Patani.

D’autres bombardiers de la Marine, basés à Kuching, frappent au même moment Singapour. Une première vague de 21 G4M1, escortée par 27 A6M2, cible la base navale. Le bombardement est assez précis. Le DD Trombe est très secoué par deux bombes qui le ratent de peu et le CB Enterprise est endommagé par une bombe de 220 kg entre les cheminées. Des équipements du chantier de construction navale sont endommagés.

Peu après, 36 G3M2 escortés par 18 A6M2 attaquent deux terrains de Singapour, Tengah et Seletar. Les chasseurs de la RAF réagissent principalement au deuxième raid, détruisant cinq G3M2 et trois A6M2 au prix de deux Spitfire et d’un Hurricane.

À 20h30, 12 Hurricane conduits par un DC3 atterrissent sans trop de difficultés à Sabang (Sumatra) sur le terrain de la ML-KNIL. Après avoir fait le plein en hâte (et principalement à la main), les avions redécollent à 22h30 à la lueur des phares de camions et d’automobiles pour aller se poser à Subang, en Malaisie, où ils atterrissent à 01h10 le 7 janvier, sans encombres en dehors d’un Hurricane qui casse son train d’atterrissage. Les Hurricane de la RAF et de la RAAF en Malaisie comptent maintenant de nouveau 24 avions, dont 21 en état de vol. Cependant, l’action des avions de la Marine japonaise venant de Kuching oblige à assigner une bonne partie de ces Hurricane à la défense de Singapour et non à celle du nord de la Malaisie.

Ravi du succès de cette opération de transfert, le vice-maréchal de l’air Pullford ordonne de la répéter le 8, en utilisant de nouveau des pilotes de Defiant, mais aussi de Blenheim. Au crépuscule, un ancien hydravion de la Quantas quitte Singapour pour Rangoon avec 5 pilotes de Defiant et 14 de Blenheim.

Pendant la nuit, Kuala-Lumpur est attaquée par un raid de 15 Ki-21, qui ne cause que peu de dégâts mais désorganise sévèrement l’activité, tandis que Singapour est frappée par 18 G3M2, dont trois sont abattus par les Defiant de la chasse de nuit. Cependant, contrairement à Kuala-Lumpur, ce raid est efficace, car les incendies déclenchés dans la base navale par le raid de la journée n’ont pas encore été éteints et guident le raid nocturne.

 

Mer de Chine Méridionale

Juste avant minuit, la force du Vice-Amiral Dsijaburo Ozawa (CA Mogami, Mikuma, Kumano, Suzuya, DD Uranami, Ajanami, Shikinami, Amagiri, Asagiri, Jugiri et Sagiri) quitte Mako (îles Paracels) pour escorter à distance le convoi parti de Haïnan.

 

Sœrebaya (Java, Indes Néerlandaises)

La marine royale néerlandaise (RNN) décide de remettre en service le sous-marin K-VIII, qui était en réserve à Sœrebaya, et d’accélérer les réparations du K-IX pour remettre ce dernier en service opérationnel le plus tôt possible. L’équipage ce sous-marin doit être constitué à partir du personnel de réserve de la base de sous-marins de Sœrebaya.

 

Rabaul

Six hydravions H6K, qui n’ont pas été repérés, attaquent le terrain de Vunakanau. Les bombes sont peu précises et peu efficaces. Deux Buffalo en patrouille interceptent les agresseurs, mais ceux-ci serrent la formation et s’échappent, non sans avoir blessé l’un des pilotes de chasse.

 

Indochine

Au Cambodge, les forces françaises et locales lancent à l’aube une forte contre-attaque contre les têtes de pont japonaises sur la rive est du Mékong, avec le soutien d’une compagnie blindée et d’une compagnie mécanisée du GBMS, et avec l’aide d’un effort maximal de tout ce qui reste d’aviation française au Cambodge et en Cochinchine. Une tête de pont est anéantie vers 08h30, mais à 09h00, l’aviation japonaise commence à montrer son nez au-dessus du champ de bataille, engageant les avions d’appui au sol de l’Armée de l’Air. Deux bombardiers Maryland, qui attaquaient l’artillerie japonaise sur la rive occidentale, sont détruits par des chasseurs Ki-27 à 09h30. Vers 10h15, cinq Potez 63/11, escortés par trois Wirraway (utilisés comme escorteurs improvisés), sont coiffés par 12 Ki-27. Deux Potez sont abattus ainsi qu’un Wirraway, contre quatre chasseurs japonais. Cependant, les cinq avions français rescapés sont si endommagés qu’ils ne pourront pas voler à nouveau.

Vers 13h45, le commandement français doit interrompre la contre-attaque et les forces françaises et locales commencent à se retrancher pour empêcher une percée japonaise à partir des deux têtes de pont restantes. Un P-40 de l’AVG est abattu en bombardant les bateaux japonais qui traversent le Mékong.

Saïgon est de nouveau bombardée par des D3A1 basés à Bin Dinh, escortés par de nombreux A6M2. Les trois derniers chasseurs du squadron 243 de la RAF sont éliminés, ainsi que deux P-40 de l’AVG, en échange de sept avions japonais.

Sur la côte d’Annam, des bombardiers légers japonais basés à Tourane et Bin Dinh commencent à harceler les positions de défense françaises et vietnamiennes.

Au Tonkin, les troupes japonaises atteignent Bac-Ninh, coupant effectivement la route Hanoï-Haïphong. Des pilotes de l’AVG se posent en fin de journée à Hanoï avec 14 Hawk-81 qu’ils ont convoyé en deux jours à partir de Myitkyina.

 

Philippines

Les troupes américaines établissent une première ligne de défense sur la presqu’île de Bataan, sur les pentes du Mont Nattib. L’USS Canopus est endommagé par des avions japonais, mais ce navire-atelier est toujours opérationnel pour soutenir les bateaux rescapés qui opèrent entre Bataan et Corregidor.

À Davao, récemment conquise, les forces japonaises commencent à se regrouper avant de nouvelles opérations.

 

San Diego (Californie)

Les renforts de Marines pour les Samoa, embarqués dans quatre transports et un cargo de la flotte, quittent San Diego. Ce convoi doit être escorté par une nouvelle force de porte-avions rapides, commandée par le Contre-Amiral Frank Fletcher et centrée autour des CV Yorktown et Wasp, qui viennent juste d’arriver de l’Atlantique par le canal de Panama.

 

 

7 janvier

Londres

La délégation militaire française rencontre l’état-major des opérations spéciales de Lord Mountbatten pour préparer de futures incursions sur les côtes françaises.

Avant de repartir pour Alger, elle rencontre également des représentants du Gouvernement belge. Il est décidé de renforcer la défense de Madagascar avec une brigade de la Force Publique du Congo belge. Cette manœuvre est rendue nécessaire par la menace japonaise dans l’Océan Indien. Du point de vue français, cet appoint belge permet d’éviter de transférer des troupes d’autres théâtres prioritaires pour une mesure qui reste avant tout de précaution, tout en renforçant les liens politiques entre les deux gouvernements face à un nouvel adversaire.

 

Brême

Important raid de bombardement nocturne de la RAF.

 

Mer Egée

Intense activité de la Force Aérienne de Mer Egée. Des bombardiers français et anglais attaquent les concentrations de troupes allemandes et les convois qui se dirigent vers la côte est de la Grèce. Deux vagues totalisant 212 avions obligent la Luftwaffe et la Regia Aeronautica à réagir. La flak et la chasse de l’Axe abattent onze bombardiers et dix-huit chasseurs, contre six Bf-109, trois MC-200 et 2 Reggiane Re-2000.

 

Sabang (Sumatra, Indes Néerlandaises)

Peu avant la tombée de la nuit, 16 Hurricane menés par un Blenheim basé à Rangoon se posent sur le terrain de la ML-KNIL à Sabang. Cependant, de violents orages les empêchent de redécoller dans la soirée et ils doivent passer la nuit à Sabang.

 

Malaisie – Singapour

Dans le nord de la Malaisie, les avions de la Marine et de l’Armée japonaises concentrent leurs attaques sur la région de Gurun. Tôt le matin, 15 bombardiers en piqué D3A1 attaquent Gurun et la ligne ferroviaire. Simultanément, 12 Ki-51 escortés par 9 Ki-27 frappent Champedak.

Peu avant midi, le raid quotidien contre Kuala-Lumpur et le terrain de Subang est détecté : 27 Ki-27 escortés par 18 Ki-43. Huit Hurricane basés à Subang interceptent le raid, détruisant trois bombardiers et deux chasseurs au prix de deux des leurs, mais ils ne peuvent empêcher un nouveau bombardement sérieux de la ville et du terrain d’aviation.

A la même heure, Singapour est attaquée par 36 G3M2 escortés par 27 A6M2, qui se concentrent sur les terrains d’aviation de Sembawang et de Tengah. Douze Hurricanes et six Spitfire décollent pour les intercepter et un des combats aériens les plus marquants de la campagne se déroule au-dessus de Singapour. Huit bombardiers et cinq chasseurs japonais sont abattus, au prix de trois Hurricane et deux Spitfire.

En milieu d’après-midi, un nouveau raid est détecté. Six Hurricane et quatre Spitfire décollent, mais le raid se compose en fait simplement de 9 G4M1 et de 21 A6M2, certains Zéro volant devant les bimoteurs afin de se faire passer, au radar, pour des bombardiers. Les chasseurs de la RAF ne peuvent pas éviter le combat. Trois Hurricane et un Spitfire sont détruits pour un maigre bilan de trois A6M2.

 

Mer de Chine Méridionale

Vers 15h00, la 2ème Flotte du vice-amiral Kondo quitte Mako, dans les Paracels, avec le cuirassé rapide Hiei, le cuirassé lent Hyuga, les croiseurs lourds Atago (amiral) et Chokai (détaché de la force d’Ozawa), les porte-avions Zuiho (12 chasseurs A6M2, 3 chasseurs A5M4 et 12 bombardiers-torpilleurs B5N2) et Shoho (9 A6M2, 6 A5M4 et 12 B5N2) escortés par les destroyers Hibiki, Nowaki, Arashio, Asashio, Mitsishio et Oshio.

À 17h00, la Flotte Combinée du vice-amiral Nagumo quitte à son tour Mako. Cette force comprend maintenant les porte-avions Akagi, Kaga, Shokaku, Zuikaku, les croiseurs lourds Chikuma et Tone, le croiseur léger Abukuma, les destroyers Hamakaze, Isokaze, Tanikaze, Urakaze et Kasumi. Les destroyers Akigumo, Arare, Kagero et Shiranuhi sont laissés en arrière pour attendre les porte-avions Hiryu et Soryu. Les groupes aériens des porte-avions de Nagumo ont été reconstitués à Mako ; ils comprennent maintenant 27 A6M2, 17 D3A1 et 27 B5N2 pour le Kaga, 27 A6M2, 18 D3A1 et 27 B5N2 pour l’Akagi, 15 A6M2, 27 D3A1 et 27 B5N2 pour le Zuikaku et le Shokaku.

 

Darwin (Australie)

Le général Brett, de l’USAAF, assiste à la prise d’armes sur le terrain d’aviation de Darwin du 17ème Pursuit Squadron (provisoire), dont les 18 P-40E ont été finalement ré-assemblés. Dans l’après-midi, Brett peut signaler à l’amiral Hart, maintenant à Bandoeng, que ce squadron pourra être transféré à Java dans une semaine.

 

Rabaul

Cette fois, c’est au crépuscule que se présentent 18 G3M, qui bombardent Lakunai. Un Hudson est très endommagé (il sera rafistolé et renvoyé en Australie). Deux Wirraway sont détruits (ils seront remplacés). Les deux Buffalo de patrouille interceptent les attaquants et en abattent un à 60 nautiques au nord de Rabaul. Il faudra allumer les feux de piste pour permettre aux chasseurs de se poser.

Quatre G3M bombardent dans la nuit, sans grands dommages.

 

Indochine

Au Cambodge, les forces françaises et locales évacuent pendant la nuit Kompong Cham et Phnom-Penh pour se regrouper sur la rive est du Mékong. Les troupes japonaises renforcent leurs deux têtes de pont. Le jeune prince Norodom Sihanouk, qui fait fonction de roi du Cambodge, prononce une allocution à la radio avant de quitter Phnom-Penh : « C’est aujourd’hui le devoir sacré de tous les Cambodgiens de se lever pour défendre leur pays. (…) Il ne faut pas hésiter à organiser dans la jungle des groupes de guérilla pour harceler et épuiser l’ennemi de toutes les façons. Dans cette lutte, nous avons l’aide de la France, dont les soldats, hier colonisateurs, se sont courageusement battus pour défendre notre terre contre un envahisseur brutal et sanguinaire et ont conquis par le sang versé le droit à notre amitié. (…) »

En Cochinchine, se déplaçant seulement de nuit, ce qui reste des éléments du GBMS engagés sur la côte se regroupe à Bien Hoa pour préparer la défense de Saigon.

Au Tonkin, les forces françaises, soutenues par les avions de l’AVG opérant à la fois comme couverture aérienne et chasseurs-bombardiers, contre-attaquent à Bac-Ninh pour rouvrir la route Hanoï-Haïphong. Une partie de Bac-Ninh est reprise par des troupes françaises, mais l’infanterie japonaise tient toujours la partie est de la petite ville au crépuscule.

Les avions de l’armée japonaise attaquent le port de Haïphong, incendiant le vieil aviso Marne. Le bateau, réduit à l’état d’épave, doit être échoué.

 

 

8 janvier

Chicago

Le prix Nobel de physique Arthur Holly Compton organise avec Marcus Oliphant le Metallurgical Laboratory de l’Université de Chicago afin d’étudier le plutonium et les piles à fission. Ils chargent Oppenheimer des calculs sur les neutrons rapides, aidé par John Manley et Francis Perrin, qui vont contacter et coordonner dans ce but plusieurs groupes de physique expérimentale dispersés à travers le pays. En effet, la mesure et le calcul des interactions des neutrons rapides avec les matériaux de la bombe sont essentiels pour la réussite de l’arme atomique. D’abord, il faut connaître le nombre de neutrons produits lors de la fission de l’uranium ou du plutonium. Ensuite, ces neutrons doivent être réfléchis par la substance entourant l’uranium ou le plutonium vers la réaction en chaîne. Cette substance, le réflecteur, augmente ainsi l’énergie produite.

L’estimation de la puissance explosive nécessite de connaître d’autres propriétés nucléaires, comme la section efficace de la réaction des neutrons avec les noyaux d’uranium et d’autres éléments. Or, les neutrons rapides ne peuvent être produits que dans des accélérateurs de particules, instruments peu courants dans les départements de physique en 1942.

 

Moscou

Visite-éclair du ministre allemand des Affaires Etrangères, Joachim von Ribbentrop, venu discuter de « droits commerciaux pour une nouvelle ligne aérienne eurasienne ». En fait, Ribbentrop demande l’autorisation des autorités d’URSS pour l’établissement d’une liaison Berlin-Moscou-Omsk-Tchita-Harbin-Tokyo. Cette ligne serait gérée conjointement par la Lufthansa, l’Aéroflot et le Nippon Koku Yuso Kabushiki Kaisha. Molotov donne l’accord de principe du gouvernement soviétique, mais il pose trois conditions :

– livraison fin janvier 1942 de trois avions FW-200 Condor, pour permettre à l’Aéroflot de participer à l’opération conjointe (Molotov précise même les avions désirés : les ex-D-ASHH, D-ACWG et D-AMHL, tous du type B2) ;

– octroi au ministère soviétique du Commerce Extérieur d’une licence de production du FW-200B2 – cette licence doit être supervisée par le bureau des projets (OKB) de Tupolev ;

– livraison rapide (avant la fin du mois de mars) de tous les équipements et armements nécessaires à la remise en service de l’ancien croiseur lourd allemand Lutzow (classe Hipper), à présent Petropavlovsk.

Obéissant à des ordres très stricts de Hitler, désireux de lancer l’opération le plus tôt possible, Ribbentrop accepte les conditions soviétiques. Il rentre à Berlin dans la soirée avec en poche l’accord officiel.

 

Port Blair (îles Andamans, Océan Indien)

Arrivée dans la matinée du ravitailleur d’hydravions français Commandant-Teste. Son “confrère” le HMS Albatross le rejoint un peu plus tard dans la journée. Les deux navires commencent à établir une base d’hydravions.

 

Birmanie

Des éléments du 143e Rgt japonais et des troupes thaï s’emparent du terrain d’aviation de Victoria Point.

 

Malaisie – Singapour

Le temps assez mauvais limite l’activité aérienne au-dessus de la Malaisie. Seules quelques attaques sporadiques sur la ligne de front, menées par des Ki-51 de l’Armée, sont à noter. Cette météo médiocre n’empêche pas les Hurricane arrivés à Sabang la veille d’être convoyés à Subang. Cependant, sur les 14 avions, deux sont perdus à l’arrivée en raison de très mauvaises conditions météos locales.

Devant l’intensification du trafic radio japonais, le contre-amiral Palliser ordonne une reconnaissance générale en Mer de Chine Méridionale. Vers 10h30, deux bombardiers légers Maryland du GB IV/62 décollent de Semabawang pour un vol de reconnaissance jusqu’à 9° Nord et 115° Est, mais ils ne repèrent rien. Palliser décide alors d’envoyer l’Emile-Bertin et le Lamotte-Picquet nouvellement converti poser dans la nuit des mines au large de Kota Bharu. Les deux navires quittent Singapour à midi et filent à 33 nœuds pour atteindre la zone visée vers minuit. Pendant ce temps, Palliser ordonne à tous les vaisseaux de guerre présents à Singapour, y compris ceux qui sont endommagés, de se tenir prêts à lever l’ancre après un court préavis.

 

Kuching (Sarawak, Bornéo)

Arrivée en fin de journée de 15 G3M2 Nell et 8 G4M1 Betty, envoyés pour compenser les pertes des jours précédents.

 

Indochine

Au Cambodge, les troupes japonaises renforcent toujours leurs têtes de pont sur la rive est du Mékong, tandis que les forces françaises et locales essayent de se regrouper. Des civils, fuyant Phnom-Penh et Kompong Cham, sont bombardés et mitraillés par des avions japonais et thaïs alors qu’ils essayent de traverser le fleuve.

A part une compagnie de chars (réduite à 8 SAV-41 et 5 M3F) et une compagnie mécanisée, qui soutiennent les forces défendant l’est du Cambodge, tout ce qui reste du GBMS est maintenant déployé autour de Saïgon. Les blindés rescapés sont réorganisés en deux compagnies mixtes avec chacune 12 SAV-41 et 4 chars légers M2A4 (survivants du DMC), soutenues par deux compagnies mécanisées. Le bataillon d’infanterie sur camions du GBMS a été dédoublé pour former, avec le renfort de volontaires français, deux bataillons. Deux autres bataillons d’infanterie sont formés par des volontaires vietnamiens (pour la plupart des dockers ou d’autres ouvriers du port) encadrés par des hommes de l’infanterie de marine de la base de Cam Ranh et des marins. Une compagnie autonome de l’infanterie de montagne basée à Pleiku garde la route qui part vers le nord et Ban-Me-Thuot.

Sur la côte d’Annam, après le départ des éléments du GBMS, le Général de Brigade Allessandri signale que les troupes japonaises avancent de nouveau vers le sud, mais avec de grandes précautions.

Au Tonkin, la bataille pour Bac Ninh fait toujours rage. Soutenues par les avions de l’AVG, les troupes françaises tentent de repousser les Japonais, mais elles manquent d’artillerie et ne sont tout simplement pas assez nombreuses. Le Haut-Commissaire, Jean Sainteny, et le commandant des forces terrestres, le Lieutenant-Général Mordant, décident d’évacuer Haïphong. L’équipement du port doit être détruit et saboté et les ponts sont minés.

 

Mako (îles Paracels)

Les porte-avions Hiryu et Soryu arrivent tôt dans la matinée à Mako, où ils ravitaillent avant de faire route au sud dans l’après-midi, avec leur escorte de destroyers.

 

Davao (île de Mindanao, Philippines)

Deux flottes d’invasion quittent Davao. D’une part, six transports de l’Armée escortés par le croiseur léger Jintsu et les destroyers Hayashio, Kuroshio, Natsushio, Oyashio, Amatsukaze et Hatsukaze (Contre-Amiral R. Tanaka) partent pour Manado (à la pointe nord de l’île de Célèbes). D’autre part, seize transports accompagnés par la 4ème Force d’Attaque Surprise commandée par l’Amiral Takagi, avec les CA Haguro, Myoko et Nachi, le porte-avions Ryujo (25 A5M4 et 18 B5N2), le porte-hydravions Chitose (12 F1M2, 8 E13A1, 4 E8N), le destroyer Shiokaze et six dragueurs de mines, partent pour Tarakan (côte est de Bornéo).

 

 

9 janvier

Grande-Bretagne

Les Britanniques commencent à intensifier leurs opérations quotidiennes au-dessus de la France occupée, pour attirer le plus possible de chasseurs de la Luftwaffe, et passent des “Rhubarb” aux “Circus”. En ce vendredi, la RAF monte une grande opération de type “Circus” avec 300 chasseurs Spitfire escortant 24 bombardiers lourds Halifax lancés à l’attaque de l’aérodrome de Saint-Omer.

 

Mer Egée

La gare de triage de Sofia est attaquée dans la nuit par 24 bombardiers lourds Stirling de la RAF et 30 Consolidated 32 de l’Armée de l’Air. Ce raid marque la première utilisation en opération d’un nouvel instrument de radio-navigation baptisé Gee.

La voix du navigateur dans les écouteurs du pilote couvrit soudain le bruit de fond entêtant des quatre moteurs Pratt & Whitney. “D’après Gee, nous sommes au-dessus d’un bled qui s’appelle Nevrokop, Jules ! On a fait plus des trois quarts du trajet ! Si cet ustensile tient sa promesse, ça va être du gâteau de trouver Sofia, d’ici !” Le Capitaine Roy grimaça un sourire. “Si ça continue, on va finir par me remplacer par un conducteur d’autobus ! Et toi, tu n’auras plus qu’une chose à faire : tirer sur la sonnette pour demander le largage des bombes !” Son copilote intervint : “Et qui fera le receveur ?” “Les mitrailleurs, bien sûr ! répondit Roy sans se démonter. Pour poinçonner à coups de .50 le ticket d’un éventuel chasseur de nuit !” Là-bas, en dessous d’eux, Sofia se croyait protégée par la nuit et le black-out… Mais plus pour très longtemps.

Des émetteurs Gee ont été positionnés sur les îles de Lesbos et de Naxos, ainsi qu’à Khania, en Crète. Si la portée du système ne dépasse pas une ligne allant de Burgas, sur la côte bulgare, à Vlorë (Valona), sur le littoral albanais, et passant près de Plovdiv (Bulgarie) et du lac Ohrid, il permet à des bombardiers attaquant des cibles un peu plus lointaines de disposer d’une indication de leur position assez précise avant leur passe de bombardement. Résultat : la gare de triage de Sofia est beaucoup plus endommagée cette nuit-là que par tous les raids nocturnes précédents. Le trafic ferroviaire de l’Axe dans les Balkans sera fortement perturbé pendant au moins deux semaines.

 

Mer de Chine Méridionale

À 02h30, le sous-marin HMS Otus signale « Grand convoi de navires japonais, au moins 60 transports, cap au sud-ouest, position 9° Nord, 110°20’ Est »… puis se tait définitivement. À 03h10, le croiseur d’entraînement Kashii avertit qu’il vient à l’instant d’éviter deux sillages de torpille. L’aviso Shimushu fouille le secteur et lance 12 grenades sous-marines. À 03h50, le croiseur léger Sendai catapulte un hydravion léger, qui détecte peu après une traînée d’huile sur laquelle il lâche deux bombes de 60 kg. À 04h20, le Contre-Amiral Hashimoto ordonne aux destroyers Shinonome et Isonami d’aller voir de qui se passe, et les deux bâtiments lancent à eux deux 20 grenades sous-marines. On ne saura jamais ce qui a coulé l’Otus… Ce sous-marin était connu, comme la plupart des submersibles de sa classe, pour être sujet à des fuites d’huile, lorsqu’il embarquait de l’huile de diesel dans ses ballasts.

À 03h30, le sous-marin français Argo, naviguant en surface, repère un grand nombre de vaisseaux de guerre japonais cap au sud-ouest par 9°30’ Nord et 110°50’ Est. Son commandant signale ce repérage à Singapour, mais à 03h41, alors qu’il s’efforce d’atteindre une bonne position de tir, le sous-marin est illuminé par des fusées éclairantes larguées par un hydravion, le forçant à plonger immédiatement. Une salve de trois torpilles de 550 mm, hâtivement tirée de l’affût orientable central, manque sa cible, le destroyer Uranami. En fait, l’Argo a aperçu le groupe de croiseurs du Contre-Amiral Ozawa.

 

Malaisie – Singapour

Le contre-amiral Palliser, au vu des messages de l’Otus et de l’Argo et après en avoir débattu avec le Général Wawell, ordonne à tous les vaisseaux de guerre endommagés de quitter Singapour. Rafistolé en urgence, le Rodney, escorté par les croiseurs Exeter, Danae, Tourville et Duguay-Trouin, également endommagés, et les destroyers Encounter, Jervis, Ashanti, Eskimo, quitte le port à 06h00 pour Colombo, par le détroit de la Sonde (d’où les DD reviendront ensuite à Sœrabaya). Les croiseurs légers Emerald et Enterprise partent pour Sœrebaya. Restent à Singapour le CL Mauritius, les DD français Lynx, Tempête, Tornade et Trombe, le groupe de mouilleurs de mines formé des HMS Adventure, des MN Emile-Bertin et Lamotte-Picquet et de deux mouilleurs de mines auxiliaires, les restes de la force du Détroit de Malacca composée des destroyers type Hunt Atherstone et Garth, enfin les sous-marins et quelques dragueurs de mines et petits bâtiments.

Vers 06h00, deux Maryland quittent Singapour pour un nouveau vol de reconnaissance. Le premier, qui patrouille au sud de l’île de Poulo-Condor (trop connue pour la détestable prison construite par les autorités coloniales françaises et fermée quelques mois plus tôt), détecte à 09h10 « un grand nombre de bateaux, cap au sud-ouest ». C’est le convoi déjà aperçu par le HMS Otus. Le second Maryland, qui vole plus à l’est, passe au-dessous d’une épaisse couche nuageuse et est pris à partie par trois A6M2. Son pilote réussit à éviter les chasseurs japonais en remontant dans les nuages et rapporte l’attaque à Singapour vers 09h45, confirmant ainsi la présence d’au moins un grand porte-avions japonais.

A 10h30, une réunion d’état-major se tient à Singapour pour évaluer la situation. À ce moment, on a appris qu’avec l’amélioration de la météo au-dessus du Kedah, des bombardiers en piqué de la Marine japonaise ont repris leurs attaques contre Jitra et Gurun. La discussion tourne autour des intentions japonaises. Certains estiment que le convoi amène de puissants renforts aux troupes japonaises dans l’isthme de Kra : en effet, le pilonnage aérien des défenses du Commonwealth au Kedah semble préluder à une offensive majeure. Pour d’autres, la meilleure option pour le commandement japonais, maintenant qu’il bénéficie d’une bonne base à Kuching, est d’attaquer sur la côte est de la Malaisie, probablement près d’Endau ou de Mersing. Toutefois, pour une telle attaque, un important soutien aérien est nécessaire. Les petits porte-avions opérant avec la 2ème Flotte de Kondo ne sont visiblement pas à la hauteur de l’enjeu. Tous s’accordent sur le fait que le plus important est de découvrir où se trouve Nagumo.

Peu après, non loin de Kuala-Lumpur, une attaque de l’aviation de l’Armée japonaise tourne au désastre pour la chasse alliée, grâce à une feinte intelligente. Une première incursion, composée en réalité de 12 bombardiers légers Ki-48 escortés par le même nombre de Ki-27, est détectée à 11h20. Douze Hurricane, sur les 20 présents à Subang, décollent pour l’intercepter, mais le raid japonais rebrousse chemin à grande vitesse alors qu’il se trouve à 70 km de sa cible supposée. Après une timide tentative de poursuite, l’officier commandant les chasseurs de la RAF décide de retourner à Subang pour faire le plein. Ses avions se sont à peine posés qu’un autre raid en approche est détecté, cette fois composé de 36 Ki-21 précédés par leur escorte de 27 Ki-43. Les Hurricane redécollent en catastrophe, mais ils sont coiffés avant d’avoir pu atteindre 15 000 pieds par les chasseurs japonais. Dans le combat désespéré qui suit, les chasseurs de la RAF perdent sept des leurs et trois autres sont gravement endommagés, en échange de quatre Ki-43 seulement. Pendant ce temps, les Ki-21 ont pu bombarder Subang sans être dérangés, sinon par la DCA, qui en abat deux. Cinq autres Hurricane sont détruits au sol, ce qui ne laisse que cinq avions pour défendre le centre du pays, car les 16 autres Hurricane de Malaisie (dont 13 en état de vol) ont été redéployés à Tengah (Singapour) pour aider à défendre la base navale.

Par bonheur, aucune autre attaque ne survient ce jour-là. En revanche, les terrains de Malaisie et Singapour sont méthodiquement survolés par des avions japonais de reconnaissance rapide à haute altitude rapide (Ki-46 II), clair présage que de nouvelles attaques d’importance sont à venir.

 

Mer de Célèbes

Un Dornier Do-24K hollandais de reconnaissance aperçoit le convoi japonais qui fait route vers Tarakan. Les forces hollandaises commencent à détruire les puits de pétrole et les installations essentielles

 

Birmanie

Raheng est à nouveau attaqué, cette fois par quatre P-40 de la ROCAF et six Hurricane. Un Ki-27 est détruit au sol et trois endommagés.

Le raid nocturne quotidien des Japonais sur Mingaladon touche un dépôt d’essence, détruisant un millier de barils de 44 gallons.

 

Indochine

Au Cambodge, les adversaires sont toujours en train de se regrouper après le franchissement du Mékong par les troupes japonaises.

A Saïgon et notamment à Cholon (le quartier chinois de Saïgon), des volontaires vietnamiens et chinois commencent un programme d’entraînement précipité.

Au Tonkin, les forces françaises évacuent Haïphong après avoir détruit tout l’équipement portuaire. A Bac Ninh, la violence des combats a beaucoup diminué et seules quelques escarmouches se produisent, tandis que les avions de l’AVG harcèlent les colonnes japonaises marchant pour soutenir l’attaque de la petite ville.

 

Mako (îles Paracels)

Arrivée dans la matinée du porte-hydravions Mizuho en provenance de Kure avec six F1M2 Pete, six E13A1 Jake, trois tout nouveaux A6M2-N (des Zéro dotés de flotteurs – il s’agit en fait d’avions de pré-production)… et six sous-marins miniatures de type “A”. Ce navire se joint aux mouilleurs de mines Okinoshima et Tsugaru, chargés de matériel pour les avions de la Marine basés à Kuching. Tous trois quittent Mako dans l’après-midi à 20 nœuds.

 

Bataan (Philippines)

Quatre-vingt mille combattants commandés par le Général MacArthur défendent la Péninsule de Bataan, au nord de la Baie de Manille. Ce sont 15 000 Américains et 65 000 Philippins, dont 10 000 soldats de métier et un conglomérat de 55 000 conscrits mal équipés et mal entraînés. Les défenseurs ont de quoi nourrir cent mille hommes… mais pendant un mois seulement.

 

Rabaul

La base est encore bombardée de nuit, par trois G3M, sans résultat.

Dans la journée, le Fl.Lt Yowart, dans le Hudson Tit Willow du Sqn 6, réussit à reconnaître Kavieng et la base de Truk. A Tol, il aperçoit de nombreux navires, dont 12 transports et plusieurs vaisseaux de guerre. Des chasseurs le poursuivent, mais il leur échappe, comme il échappe à la DCA, qui lui enlève quand même un morceau de gouverne de profondeur.

 

 

10 janvier

Mer Egée

Dans la nuit, utilisant le système Gee de radionavigation, 24 Stirling de la RAF attaquent les terrains de Tanagra et de Tatoi, près d’Athènes. Bien que deux bombardiers lourds soient abattus par des chasseurs de nuit et deux autres gravement endommagés par la Flak des aérodromes, le bombardement est très réussi et bon nombre d’avions allemands sont détruits ou endommagés au sol.

Pendant ce temps, les déchiffrages d’ULTRA permettent aux états-majors français et britannique de suivre à la trace un convoi de ravitaillement se rendant de Salonique au Pirée.

 

Chine – Troisième bataille de Changsha

Les Japonais lancent une attaque le long de la Liu-Yang pour couvrir leur retraite, mais les troupes chargées de cette mission tombent dans une véritable embuscade et sont encerclées et détruites avec le soutien de formations de la 200e DB. Sur un champ de bataille où la possession du moindre blindé garantit souvent une victoire tactique, la présence des H-35 et R-35, sans même parler des Valentine, a un impact hors de proportion avec leur nombre.

Dans le même temps, une tentative de percée vers le nord de ce qui reste des trois divisions japonaises encerclées réussit mieux. Les Japonais réussissent à percer et à forcer le passage de la rivière Lao-Tao, non sans subir de lourdes pertes.

 

Golfe du Siam

A 00h50, le sous-marin britannique Severn détecte « un énorme convoi japonais, cap au sud ». Filant 20 nœuds en surface, le grand sous-marin de patrouille atteint une position de tir à 02h30. Il tire six torpilles (toute une salve de proue) : deux frappent un transport de troupes qui coule rapidement, entraînant dans la mort un grand nombre de soldats, et une troisième endommage un cargo. Les destroyers Murakumo et Shirakumo exécutent alors un grenadage de 45 minutes, sans atteindre le sous-marin.

A 15h00, une partie du très grand convoi de Haïnan, escortée par le croiseur d’entraînement Kashii, l’aviso Shimushu et les DD Hinonome et Isonami, arrive à Singora et commence à y décharger des troupes et du matériel pour les unités japonaises affrontant les troupes du Commonwealth dans le nord de la Malaisie.

 

Mer de Chine Méridionale

A 01h30, les forces de soutien léger des Contre-Amiraux Hara et Hirose quittent la Baie de Kuching pour rejoindre le convoi de Haïnan à l’endroit du débarquement amphibie prévu, au large d’Endau et de Mersing. Ces forces comprennent les DD Harukaze, Hatakaze et Yamagumo, quatre dragueurs de mines et douze chasseurs de sous-marins. Kuching est laissé sous la protection des DD Nagatsuki et Satsuki, des torpilleurs Chidori, Hatsukari, Manazuru et Tomozuru et de deux chasseurs de sous-marins.

 

Malaisie – Singapour

A 04h50, 36 G3M2/3 escortés par 18 A6M2 décollent de Kuching.

A 05h20, la flotte de Nagumo, maintenant au complet pour ce qui est de ses six porte-avions, lance vers Singapour une première vague de 81 D3A1 escortés par 45 A6M2. Une seconde vague est lance à 06h10, avec 60 B5N2 et 18 A6M2. C’est donc en tout 258 appareils qui foncent vers Singapour, visant surtout les terrains d’aviation – Tengah, Seletar, Kalang et Sembawang – au-dessus desquels ils doivent arriver entre 07h25 et 08h20.

A peu près en même temps, l’aviation de l’Armée apporte sa contribution à l’assaut sous la forme de 36 bombardiers Ki-21 escortés par 21 Ki-43, cap sur Kuala-Lumpur : ils vont s’en prendre sans opposition au terrain de Kluang, endommageant sérieusement les installations. Derrière eux arrivent deux vagues de 15 D3A1 et 9 A6M2 chacune ; ces avions de la Marine attaquent Alor Setar (très efficacement) et Butterworth (avec moins de précision).

 

Mais l’essentiel des combats a lieu autour de Singapour. L’ennemi ayant été détecté par radar à 128 km (77 miles) de distance, le commandement de la RAF ordonne un effort maximum contre les forces japonaises. Les premiers à décoller sont les avions du Coastal Command, du terrain de Sembawang : à 07h00, 21 Beaufort escortés par 17 Beaufighter et précédés par l’un des ultimes Maryland du GB IV/62, qui doit repérer la principale force ennemie. A 07h15, une force mixte composée de 11 Beaufort du Sqn 458 de la RAAF et de 14 Blenheim des Sqn 34, 60 et 62 décolle de Kluang vers la position du grand convoi signalé dans la nuit par le Severn. Enfin, à 07h25, alors que les premiers avions japonais arrivent au-dessus de Singapour, 14 Hudson des Sqn 1 et 8 de la RAAF quittent Machang. Ces deux derniers raids sont sans escorte, tous les chasseurs monomoteurs étant requis pour protéger Singapour.

 

Contre les 258 avions japonais, les défenseurs sont 24 en tout et pour tout : treize Hurricane, neuf Spitfire et deux F4F3 Martlet. Aux commandes de l’un de ces deux rescapés, l’EV1 Yvon Lagadec.

« Je crois bien que c’était pire que ce que j’avais vécu en Méditerranée, contre la Luftwaffe. La disproportion des forces étaient d’autant plus flagrante que les trois vagues étaient échelonnées avec de brefs intervalles et surtout que les Zéro (81 en tout !), au contraire des Bf-109, avaient une autonomie prodigieuse, qui leur permettait d’être toujours un grand nombre à tournoyer au-dessus de Singapour et de nos terrains. Dans ces conditions, tout ce que le contrôle de la chasse pouvait nous dire, radar ou pas, était que le ciel était plein de Japs, ce dont nous nous rendions compte tout seuls. Vraiment tout seuls…

“Plein de Japs” était d’ailleurs à prendre au sens littéral : les formations nippones occupaient l’espace aérien de 15 000 pieds pour les Val à 30 000 pieds pour les patrouilles hautes de Zéro !

Commençant par le commencement, nous avons d’abord pris de face la formation de Nell, puis le combat a dégénéré en une série d’engagements individuels. Je ne garde qu’un souvenir confus des minutes qui suivirent. Notre chance, c’était qu’avec plus de dix fois plus de ronds rouges que de cocardes bleu et blanc (on venait de décider d’effacer le rouge pour éviter les erreurs), les Zéro avaient du mal à nous trouver dans la masse de leurs bombardiers ! Le décompte des épaves a prouvé qu’à 24 contre 258, nous avions descendu 20 adversaires (5 Nell, 5 Val, 2 Kate et 8 Zéro). Les gars de la DCA, de leur côté, s’étaient adjugé cinq assaillants (1 Nell, 2 Val et 2 Zéro). A un contre dix, nous pouvions être fiers, mais nous avions perdu 8 Hurricane et 5 Spitfire dans la bagarre.

Et le pire – de mon point de vue de pilote – était à venir. Des patrouilles de trois Zéro mitraillaient constamment les terrains où nous nous posions, à bout de pétrole et de munitions. C’est ainsi que je me suis fait allumer comme un canard posé, alors que je roulais déjà sur la piste, en essayant d’éviter les cratères. J’ai sauté en marche et je me suis retrouvé assis par terre, à traiter de lâches les avions qui s’en allaient (j’oubliais au passage que j’avais fait la même chose qu’eux, un siècle plus tôt, le 11 novembre, sur les terrains de Provence…). En plus de mon Martlet, les Japs ont démoli comme ça 2 Hurricane et 2 Spitfire au sol.

A 10h00, quand le dernier Japonais nous a dit « Au revoir et à bientôt ! », Singapour ne disposait plus que de six chasseurs de jour : 3 Hurricane, 2 Spitfire et 1 Martlet. Dans ces conditions, que les terrains de Kalang et Sembawang aient beaucoup souffert tandis que celui de Seletar avait été moins touché et que Tengah avait été pratiquement épargné n’avait plus guère d’importance… » (Au-dessus des Sept Mers – Souvenirs d’un Marin du Ciel, par le Contre-Amiral Yvon Lagadec, Editions France-Empire).

 

A 09h15, le Maryland de reconnaissance signale : « Deux CV, un BC et trois CA par 104°50’ Est, 05° 10’ Nord ». Puis, il avertit qu’il est attaqué par trois A6M2 et disparaît… Supposant qu’il a détecté Nagumo, le commandement dirige les avions du Coastal Command vers la position indiquée par le Maryland. En fait, il s’agit de la 2ème Flotte de Kondo, qui assure l’appui rapproché du convoi. A 09h35, quand les Beaufort et les Beaufighter arrivent, ils sont accueillis par 15 A6M2 et 6 A5M4. Le combat qui suit est meurtrier (4 Beaufort et 5 Beaufighter sont détruits, en échange de 4 A6M2 et 1 A5M4) mais surtout, l’attaque à la torpille est désorganisée. Six Beaufort seulement peuvent se mettre en position de lancer et aucune torpille ne touche sa cible, même si deux d’entre elles passent à une quinzaine de mètres du Hiei et du Chokai.

La force mixte de Beaufort et de Blenheim de la RAF/RAAF est elle aussi dirigée vers le point signalé par le Maryland. Cependant, leurs équipages, moins habitués que leurs collègues du Coastal Command à la navigation au-dessus de la mer et trompés par un vent du nord, dérivent à l’est de la position visée et ratent Kondo de presque 40 nautiques. Entendant à la radio les échos de la bataille livrée par le Coastal Command, ils commencent à tourner en rond, espérant tomber sur les vaisseaux signalés au moment où leur couverture de chasse serait à bout de carburant et de munitions. Après quelques minutes désespérantes, et juste avant de se décider à retourner vers Singapour, le leader de la formation aperçoit un énorme nombre de sillages. Ils ont trouvé des porte-avions mais, hélas pour eux, il s’agit bien cette fois de ceux de Nagumo. A 10h10, la formation qui se regroupe pour attaquer est coiffée par au moins trente 30 A6M2, avec des résultats catastrophiques. Cinq Beaufort et 9 Blenheim sont abattus, en échange de 4 chasseurs. Les survivants attaquent le CA Tone et le DD Abukuma, mais seul l’Abukuma est secoué par deux bombes qui le ratent de peu.

Les 14 Hudson de la RAAF sont les plus heureux. Ils trouvent le convoi et réussissent à couler deux cargos et à endommager gravement un transport de troupes, ne perdant qu’un avion du fait de la DCA.

Enfin, vers 12h30, comme les survivants des formations de bombardement regagnent leurs terrains, survient la seconde vague de Kuching : cette fois, ce sont 27 G4M1 escortés par 9 A6M2. Les Betty attaquent la base navale et le terrain de Sembawang, qui est également mitraillé par les Zéro. Ceux-ci détruisent au sol quatre Beaufort et trois Beaufighter à peine posés.

 

L’après-midi n’apporte aucune accalmie, du moins dans le nord.

De 14h20 à 18h30, les avions de la Marine et de l’Armée basés dans l’Isthme de Krah coopèrent d’une façon très inhabituelle sur le front, à Asun et Jitra. Les officiers britanniques notent un changement important dans les procédures employées. Les Ki-51, lents mais agiles, volent assez bas, harcelant parfois les positions du Commonwealth avec des bombes légères. En cas de tir anti-aérien, ils demandent l’intervention de trois à six D3A1, dont le bombardement en piqué est désagréablement précis.

A 13h45, Ipoh est attaquée par 12 Ki-48 et Gurun par 12 Ki-30.

A 16h30, l’Armée japonaise attaque à nouveau Kuala-Lumpur, cette fois avec 42 Ki-21 qui bombardent la ville même.

A 15h50, un nouveau raid des avions des porte-avions – 55 D3A1 et 32 B5B2, escortés par 36 A6M2 – s’en prend aux positions britanniques sur la côte est de la Malaisie, à Endau, Mersing et Jemaluang.

Enfin, à 16h10, 36 G2M2/3 venus de Kuching, escortés par 21 A6M2, attaquent à nouveau Tengah et Seletar, sans autre opposition que celle d’une forte DCA, qui abat l’un des bombardiers.

 

Après cette dure journée, le Général Wavell préside une conférence d’état-major, à laquelle participe le Général Catroux, pour réévaluer la situation.

– Il faut s’attendre à un débarquement japonais sur la côte est dans la nuit ou à l’aube du lendemain.

– Les forces aériennes du Commonwealth en Malaisie ont été pratiquement détruites, même si les Wellington vont attaquer dans la nuit les terrains de l’isthme de Krah, et si dix ou douze Hurricane devraient arriver dans les heures qui suivent de Rangoon via Sabang. La supériorité aérienne des Japonais est maintenant quasi totale au-dessus de Singapour comme de la Malaisie.

– Le Général Wavell ordonne de préparer l’évacuation et la destruction de tous les terrains près du front au Kedah.

– Le convoi Long Sword, qui approche du Détroit de la Sonde, est dérouté vers Tjilatjap, sur la côte sud de Java – un port médiocre, mais abrité des attaques aériennes venant du nord par une crête montagneuse. Son escorte rapprochée, sous les ordres du Cdr C.T. Jellicoe (six DE de classe Hunt-2 : Avon Vale, Blankney, Croome, Eridge, Farndale et Grove, trois avisos antiaériens : Black Swan, Erne et Ibis et le navire antiaérien auxiliaire Tynwald), est envoyée à Batavia (aujourd’hui Djakarta), à la pointe ouest de Java, pour pouvoir participer à des missions d’escorte à travers le Détroit de Malacca.

– Le Contre-Amiral Palliser ordonne à tous les navires de guerre de surface n’ayant pas une mission spécifique à Singapour de quitter le port au moins deux heures avant l’aube et demande à tous les sous-marins qui le peuvent d’attaquer le convoi de troupes et sa flotte de soutien. A 22h00, les croiseurs Mauritius, Emile-Bertin, Lamotte-Picquet et Adventure, escortés par les DD Lynx, Tempête, Tornade et Trombe, quittent Singapour pour Sœrabaya.

A bord de l’Emile-Bertin se trouve un passager : nul autre qu’Yvon Lagadec…

« J’étais en train de me demander où trouver un Martlet pour redécoller – parce que mon collègue de la FAA, Danny Potter, qui avait le dernier de Singapour, ne me le céderait pas – quand mon sixième sens de chasseur m’a averti que j’étais visé. Et je l’étais : par un officier de la Royal Navy couvert de galons et propre comme un sou neuf, malgré l’ambiance de cataclysme qui régnait dans tout Singapour. Avant que j’aie pu dégager, il a ouvert le feu : “Ensign of Vessel of 1st class Lagadec, I presume ?”

– Euh… Oui… Yes ! (pour la suite, je traduis).

– J’ai ici deux documents qui vous concernent. Le premier est de votre Amirauté. Vous êtes nommé au groupe aérien du CVE Lafayette, actuellement en essais aux Etats-Unis. Vous partez immédiatement. Vous embarquez ce soir sur l’Emile-Bertin, pour la première étape de votre voyage.

J’étais ahuri. Je ne savais même pas qu’il existait un CVE Lafayette, comme disait mon interlocuteur. Bêtement, j’essaye de résister : “Hmm, bien sûr, mais il y a une bataille, ici, vous voyez, et…”

– Ce soir, 9 PM, soyez à l’heure. Bien… A présent, de la part de notre Amirauté, pour votre belle conduite sur les HMS Furious, Ark-Royal et Formidable et vos neuf victoires confirmées…

– Onze, depuis ce matin, dis-je par réflexe (avec trois victoires pour deux avions, deux pour moi et une pour Danny, les marins avaient fait mieux que la RAF, par tête de pilote).

– Onze ? Excellent. Donc, pour vos signalés services rendus à la Couronne britannique, la Distinguished Flying Cross vous a été décernée. Désolé de ne pas avoir le temps d’organiser une remise de décoration en bonne et due forme. Félicitations !

Et il me tend une petite boîte. J’ai cru à une plaisanterie, mais la DFC était vraie, et le diplôme qui allait avec aussi. N’ayant guère de bagages à faire, j’ai consacré mes dernières heures à Singapour à payer à boire à tout ce qui se présentait. En embarquant, je chantais : “Et vive le Roi d’Angleterre, qui nous a décorés en guerre !” Quand je me suis réveillé, on approchait déjà de Sœrabaya. »

 

Mer de Célèbes

A 00h30, la 4ème Force d’Attaque Surprise commandée par l’amiral Takagi et seize transports chargés de troupes qui ont déjà pris Davao, atteint la petite île de Tarakan, tout près de la côte nord-est de Bornéo, où les installations des champs pétrolifères commencent à brûler, incendiées par les Hollandais, avertis la veille.

A 02h00, les troupes japonaises, emmenées par la 2ème Force Spéciale de Débarquement de la Marine de Kure, atteignent le rivage au nord de l’île. Débordant immédiatement les quelques patrouilles de la KNIL (l’armée néerlandaise), ils s’infiltrent le long d’un petit cours d’eau, l’Amal, et attaquent à l’aube les positions hollandaises, qui sont rapidement enlevées.

A midi, les Japonais arrivent aux champs pétrolifères, où ils sont provisoirement stoppés par des tirs de mitrailleuses lourdes. La résolution des défenseurs est fortement renforcée par le récit d’un survivant des patrouilles côtières : 30 soldats de la KNIL, capturés à l’aube par les Japonais, ont été massacrés sur le rivage, à l’embouchure de l’Amal.

Plus au sud, les Japonais ont débarqué à 04h00 dans la jungle pour attaquer les batteries côtières situées à la pointe sud de l’île.

Alors que les combats terrestres se poursuivent, le sous-marin RNN K-X tente d’atteindre les transports japonais, mais est attaqué deux fois par des hydravions et doit se retirer.

Le mouilleur de mines RNN Prins van Oranje (Lt.Cdr. A.C. van Versendaal), qui vient de poser trois champs de mines non loin de là, est aperçu par des avions ennemis au petit jour, alors qu’il remet le cap sur Sœrabaya. Il est alors attaqué par des B5N2 du porte-avions léger Ryujo et reçoit deux bombes de 50 kg, tandis que trois bombes plus lourdes le ratent de peu, provoquant de sévères dégâts internes. Il parvient néanmoins à s’échapper, mais, après quelques réparations d’urgence à Sœrabaya, il sera envoyé à Sydney pour y être remis en état, emmenant avec lui la plus grande partie du personnel de la base navale et de l’hydrobase.

 

A 08h00, à Manado (pointe nord de l’île Célèbes), 28 avions de transport japonais lâchent en tout 324 parachutistes de la Marine, pendant que des équipes d’assaut amphibie sont débarquées par six transports. La résistance rencontrée est minime, les Hollandais étant très peu nombreux dans la région. A midi, les Japonais contrôlent la ville et le terrain d’aviation. En fin de journée, les transports et leur escorte quittent leur mouillage par crainte d’une attaque sous-marine nocturne.

 

Birmanie

Quatre Hurricane du Sqn 67 attaquent Mehsoht, détruisant deux Ki-30 du 31e Sentai.

 

Indochine

Au Cambodge, les troupes japonaises sur la rive est du Mékong, au niveau de Kompong Cham, commencent à avancer vers la frontière du Viet-Nam, en direction de Saïgon.

A Saïgon, une partie de la population est mobilisée pour préparer des fortifications et creuser des tranchées. La population chinoise de Cholon s’enrôle en masse au dépôt local de l’Armée française.

En Annam, les troupes japonaises, progressant vers le sud, pénètrent dans Nha-Trang, dont la population a fui dans les collines, vers Dalat. Les dernières installations portuaires de Cam Ranh sont détruites par les Français.

Au Tonkin, Bac-Ninh est finalement évacuée. Les troupes japonaises marchent vers Haïphong, dont les installations sont maintenant totalement démolies.

 

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