Février 1942 (1/3)


1er février

Rome
Mussolini, très préoccupé par les attaques aériennes franco-britanniques contre la Sardaigne et la Sicile, ordonne le transfert en Italie, à Reggio de Calabre, du 6° Stormo Caccia Terrestre, composé du 2° Gruppo (Squadriglie 150, 152 et 358), avec 14 Reggiane Re.2001 Falco II, et du 22° Gruppo (Lt-Colonel Quarantotti, Squadriglie 359, 362, 369 et 371), avec 19 Reggiane Re.2000 Falco I. Ce Stormo opérait jusqu’alors dans le nord de la Grèce, sous commandement allemand. L’ordre de Mussolini, donné sans avertissement et sans en référer à la hiérarchie allemande, rend furieux les officiers de la Luftwaffe et de l’état-major de Kesselring.

Alger
Les Généraux Dwight D. Eisenhower et George S. Patton rencontrent les Généraux Giraud (commandant “l’Armée d’Orient”), De Monsabert (qui doit commander le 1er Corps Blindé français), Sudre (commandant la 1ère Division Blindée), De Vernejoul (2ème Division Blindée) et Delestraint (Inspecteur de la Force Blindée – Cavalerie). Patton réclame énergiquement, avec le soutien d’Eisenhower, que des unités blindées américaines soient engagées dans l’opération Crusader/Croisade. Les généraux français sont très réticents à engager de nouvelles unités (voir annexe 42-2-2) si tardivement dans une opération planifiée depuis le mois d’octobre 1941, d’autant plus que beaucoup de ces unités manquent d’entraînement (même si quelques-uns de leurs officiers ont participé l’année précédente à des formations au Maroc et près d’Oran), et que les Français expriment quelques doutes sur la qualité des matériels blindés actuels de l’US Army. En outre, les moyens de transport et de débarquement de blindés suffisent déjà à peine aux missions qui leur ont été assignées, les bateaux spécifiquement destinés à ces tâches étant encore peu nombreux.

L’un des principaux sujets de controverse est la répartition actuelle entre les chars légers et moyens dans les régiments blindés américains. De plus, les officiers français ne sont pas vraiment impressionnés par le “M3 medium”, qu’ils trouvent trop haut et peu maniable, même s’ils apprécient son puissant armement et la qualité de sa mécanique (le futur char moyen franco-canadien standard “Bélier”, dont la production va commencer début mars à l’usine de Savannah, doit d’ailleurs utiliser le châssis du M3, mais il aura une silhouette beaucoup plus basse et une tourelle dotée du canon 6-pounder anglais). Quant au char léger M3A1 actuel, il est considéré comme bien trop légèrement armé, comme l’ont montré les combats livrés en Grèce en 1941. Giraud et Monsabert, qui y étaient, soulignent qu’un canon de 47 mm à haut pouvoir de pénétration est un minimum pour affronter les Panzers.

Après une discussion animée (pendant laquelle, racontera De Vernejoul, « j’ai parfois craint que notre ami George ne sorte les superbes Colts accrochés à sa ceinture »), un compromis est trouvé : le 13ème Régiment Blindé US pourra faire partie de la deuxième vague d’assaut dans le secteur français de Crusader/Croisade, si un entraînement accéléré organisé dans les installations d’Oran montre qu’il peut s’intégrer aux autres unités prévues pour cette mission.

Birmanie – Bataille de Moulmein

Les Japonais, aidés par les Thaïlandais, renouvellent leurs attaques dès l’aube, rétrécissant peu à peu le périmètre de défens allié. Comprenant qu’il n’a d’autre choix que de poursuivre son repli à travers le fleuve, Smythe ordonne la retraite générale.

Alors que la victoire se précise pour les Japonais, l’état-major nippon doit pourtant ralentir l’offensive. En effet, la situation des forces engagées sur les fronts de Malaisie et du Cambodge est de plus en plus difficile. La 33e Division doit être retirée à la 7e Armée pour couvrir les arrières de la 20e Armée en Malaisie. Le fardeau de l’attaque repose dès lors entièrement sur la 55e DI japonaise et la 2e DI thaïlandaise.

 

Singapour – Malaisie – Sumatra
Le terrain de Sabang est à nouveau attaqué en début de matinée, cette fois par 18 bombardiers Ki-21 de l’Armée. La piste est très endommagée et les réservoirs de carburant sont incendiés, mais trois des bombardiers sont abattus par une paire de Hurricane en patrouille.
Les avions de la Marine attaquent Penang et Butterworth, endommageant sérieusement les installations, et soutiennent (avec les Ki-51 de l’Armée) les premières attaques qui testent la résistance de la ligne de Sungei Muda. Pendant ce temps, les troupes britanniques se retirent de Grik.
Au sud de la Malaisie, la situation est assez calme, en dehors de continuelles attaques aériennes contre Kota Tinggi.

Mer de Banda
La force japonaise en route vers Timor est aperçue à l’aube par un hydravion Do-24K du ML-KNIL, qui parvient à la signaler à Batavia avant d’être abattu par les chasseurs A5M4 du Ryujo. En fin de journée, le sous-marin américain S-40 et le hollandais K-XII attaquent la formation japonaise. A 17h32, un dragueur de mines (un vieux destroyer converti) est coulé, sans doute par le S-40. Vingt minutes plus tard, un transport est touché par deux torpilles du K-XII et coule rapidement. Le sous-marin hollandais endure un grenadage énergique et inhabituellement obstiné, mais s’en tire bien.

Mer de Florès
L’Amiral Hart, commandant d’ABDAFFloat, ordonne au Contre-Amiral Karel Doorman de quitter immédiatement le mouillage de Bali pour intercepter la nuit suivante les navires japonais qui se dirigent vers Timor. Une violente controverse politico-militaire s’ensuit, car Doorman fait des objections à cet ordre, soulignant que la supériorité aérienne japonaise en Mer de Banda, bien démontrée par les constants raids aériens contre Timor et par la présence d’au moins un porte-avions, rend un tel mouvement sans espoir. Après un échange de messages radio de plus en plus énervés, Hart s’adresse à l’Amiral Helfrich, ministre de la Marine hollandaise, exigeant qu’il demande à Doorman de choisir entre obéir et être relevé de son commandement. Helfrich s’accorde avec Hart pour dire que Timor doit être défendu à tout prix jusqu’à ce que le convoi venant de Fremantle puisse y débarquer ses troupes ; à 12h30, il envoie à Doorman un message comminatoire.
A 13h00, la Strike Force quitte donc sans enthousiasme la Baie de Denpasar (CA USS Houston ; CL RNN De Ruyter [amiral], Java et Tromp, RAN Perth ; CLAA RNN Jacob van Heemskerck ; DD RNN Banckert, Evertsen, Kortenaer, Piet Hein, Van Ghent, Van Nes et Witte de With, USS Alden et Edsall). Cependant, comme beaucoup de temps a été perdu, Doorman décide de longer la côte sud des Petites Iles de la Sonde, cherchant à atteindre une position un peu au large de la Baie de Kupang dans l’après-midi du 2 février. Ce faisant, il espère d’abord ne pas être remarqué par les avions japonais, ensuite être sous la couverture des P-40 de l’USAAF en approchant de Timor.

Iles Palau
A 02h00 du matin, la Force de Débarquement à Rabaul quitte Palau. Elle comprend le Kido Butai du Vice-Amiral C. Nagumo (porte-avions Kaga, Akagi, Shokaku et Zuikaku, CA Chikuma et Tone, CL Abukuma, DD Hamakaze, Isokaze, Tanikaze, Urakaze, Akigumo, Arare, Kagero, Shiranuhi et Kasumi), accompagné de la Force de Soutien Direct du Contre-Amiral Goto (CA Aoba, Furutaka, Kako et Kinugasa avec 4 DD) et du Groupe Spécial du Contre-Amiral R. Tanaka (CL Jintsu, DD Hayashio, Kuroshio, Oyashio, Amatsukaze et Hatsukaze). La Force d’Attaque proprement dite, commandée par le Contre-Amiral Kajioka, comprend seize transports escortés par les CL Yubari et Tatsuta, les DD Mochizuki, Mutsuki, Oite et Yayoi et les patrouilleurs PC 32 et PC 33 ; elle est accompagnée par la Force de Soutien Spéciale composée du porte-hydravions Mizuho (12 F1M2, 4 E13A1, 4 E8N), du ravitailleur d’hydravions Sanyo Maru (4 E13A1, 4 E8N) et des mouilleurs de mines Itsukushima, Okinoshima, Tatsuhara Maru et Tsugaru.

Nouméa
Le croiseur lourd Australia (RAN) et les croiseurs légers Leander et Trinidad (RN) viennent se joindre aux forces du Vice-Amiral Wilson Brown pour la mission de ravitaillement de Rabaul.

Pacifique Sud (heures locales)
A 04h30, sous une superbe pleine lune, l’Enterprise lance ses avions à l’attaque des atolls de Maloelap, de Kwajalein et de Roi. L’attaque de Roi n’est pas un succès, car l’atoll est obscurci par la brume jusqu’à 07h05, et les défenseurs sont dument alertés par les bruits de moteurs au-dessus de leurs têtes. Quatre SBD sont détruits par la DCA et des chasseurs. En revanche, l’attaque de Kwajalein est très réussie : SBD et Devastator coulent le transport Bordeaux Maru et endommagent deux autres cargos, coulent un chasseur de sous-marins et infligent de graves dégâts au croiseur léger Katori, au poseur de filets Kashima Maru et à la canonnière Hoyo Maru. Les appareils qui attaquent l’aéroport détruisent 18 avions, tuant 90 hommes, dont le Contre-Amiral Yashiro, commandant de la région. Le terrain de Taroa, sur Maloelap, est attaqué par cinq Wildcat, qui abattent deux avions japonais sans perte.

A 09h05, Roi est de nouveau attaqué. Au même moment, les croiseurs Northampton et Salt Lake City font feu sur des bateaux dans le lagon de Wotje, mais sans grand résultat. Le croiseur Chester bombarde Taroa, mais il est attaqué par huit bombardiers bimoteurs et touché par une bombe qui perce son pont principal, tuant 8 hommes et en blessant 11.

A 13h00, Halsey décide de se retirer, estimant qu’il a suffisamment tenté le sort.

De fait, il a risqué plus qu’il ne l’imagine.

« Pendant que l’Enterprise manœuvrait au large de Maloelap, le porte-avions et son écran furent aperçus par les sous-marins japonais Ro-67 (un sous-marin ancien de seconde classe) et I-6 (un grand sous-marin de classe J2, converti en submersible de ravitaillement et de soutien pour d’autres sous-marins, tout comme les U-boots type X allemands). Les deux bateaux revenaient d’une sortie d’entraînement, ayant éprouvé les possibilités de ravitaillement en pleine mer. Le Ro-67 essaya à deux reprises de se placer en position de tir, mais l’Enterprise manœuvrait trop vite pour que le sous-marin en plongée puisse se rapprocher. Le commandant du I-6 avait l’interdiction d’attaquer un navire ennemi, car son sous-marin converti était devenu trop précieux pour courir ce genre de risques. Au moment où Halsey décida de s’en aller, le Ro-67 essayait pour la troisième fois de se placer en position de tir. Il lança une salve de proue complète, mais le porte-avions abattit à cet instant sur tribord et se retrouva rapidement hors de portée.
Aux alentours de Wotje, les croiseurs
Northampton et Salt Lake City s’approchèrent tout près des sous-marins Ro-64 et Ro-66. Là encore, les sous-marins japonais eurent beaucoup de mal à se mettre en position de tir contre des cibles rapides et manœuvrantes. Le Ro-66 lança une demi-salve contre le Northampton, mais le rata. Ses torpilles ne furent même pas aperçues par l’écran américain , beaucoup plus préoccupé à ce moment par de potentielles attaques aériennes japonaises. » (extrait de Sixth Fleet Operation Plans – Research for Australian Official Histories, 1949 – Research Notes, par Mr Norman).


Pendant ce temps, le Yorktown a attaqué les Marshall du sud, ses objectifs étant Jaluit et Makin. Cependant, un très mauvais temps et une forte défense gâchent le raid sur Jaluit, où deux navires sont endommagés au prix de six avions. A Makin, les neuf SBD envoyés ne trouvent qu’un mouilleur de mines, qui est seulement endommagé. Dans l’après-midi, le groupe du Yorktown se retire lui aussi.

Après la guerre, l’historien naval américain S.E. Morison écrira : « Il ne serait pas honnête de juger ce raid d’après ses maigres résultats matériels. Les deux groupes aériens des porte-avions avaient acquis un entraînement au combat sans prix. L’énumération excessivement optimiste des dommages infligés à l’ennemi aida certainement à relever le moral du peuple américain, encore déprimé par le massacre de l’escadre de l’Amiral Glassford à Balikpapan. L’audace de Halsey, frappant au cœur des Mandats japonais, donna au pays son premier héros naval de la guerre. » (S.E. Morison, The Rising Sun in the Pacific – History of US Naval Operations in WW II, vol. III, p. 265).


Indochine
En Cochinchine, à l’ouest de Saïgon, Cu Chi tombe à la suite d’une succession d’attaques japonaises. A l’est, les Japonais atteignent les abords de Bien Hoa, mais sont arrêtés par un dense réseau de tranchées et de barrages, défendu avec ardeur par le 1er Régiment de Volontaires Mixte et par les derniers éléments du GBMS, regroupés sous l’appellation de “Régiment de Marche Lecoq”.


2 février

Mer Egée

Intense activité aérienne toute la journée : bombardiers légers et chasseurs-bombardiers alliés attaquent les positions allemandes à Andros et sur la côte d’Eubée.

– J’espère que tu es content ! lança Heinz Becker à Thomas Von Stahlman dans la salle de débriefing de leur terrain, tout près d’Athènes. Est-ce que la bagarre est devenue assez sportive pour ton goût ?

Son camarade grogna en enlevant son écharpe blanche trempée de sueur : « Ils commencent à être un peu trop nombreux. Et trop bien équipés : mon ailier s’est fait avoir par un des nouveaux chasseurs américains, avec le petit ventre… »

– La machine à laver ?

– Quoi ? Je ne plaisante pas, Heinz ! C’est le deuxième ailier que je perds en dix jours.

– Moi non plus, je ne plaisante pas. Mais ton gars a été descendu par une machine à laver, ou par une voiture de tourisme. Tu sais bien que le Gros Hermann nous a expliqué que c’est tout ce que savent fabriquer les Américains ! (Pierre Clostermann, Les exilés de la LuftFlotte “MittelMeer”, in Feux du Ciel).


Singapour – Malaisie

La 8ème D.I. australienne, encore désorganisée par les pertes subies en décembre et janvier, mais relativement reposée, remonte en ligne pour soutenir la 11ème D.I. indienne, qui commence à se retrancher le long de la rivière Perak. La 13ème D.I., à laquelle est rattaché le 2/9e bataillon d’infanterie de Manchester, reçoit confirmation de l’ordre de gagner Penang, en dépit des constantes attaques aériennes japonaises.

En Johore, les troupes japonaises, soutenues par un nouveau bombardement massif de Kota Tinggi, commencent à sonder les défenses du Commonwealth, essayant de déborder la position par l’ouest.

Sœrabaya
La base navale est brutalement bombardée par des avions de la Marine japonaise basés à Kuching (18 G4M1 et 36 G3M2/3, escortés par 36 A6M2). Des chasseurs de la RAF et de l RAAF interceptent le raid après le bombardement et peuvent abattre 5 bombardiers et 4 escorteurs, au prix de 4 Hurricane. Cependant, le bombardement a été très efficace. Les dragueurs de mines hollandais
Merbaboe et Rindjani ont été coulés et, plus grave, la base sous-marine a été touchée. Les sous-marins ont pour la plupart plongé pour se poser sur le fond, relativement à l’abri, mais leur grand nombre les a rendus vulnérables aux grappes de bombes lâchées plus ou moins au hasard. Ainsi, les sous-marins hollandais K-VIII et K-IX sont mis définitivement hors de combat, tandis que le Français Argo et l’Anglais Severn, sérieusement endommagés, sont envoyés le jour même se faire réparer en Australie.

En fin de journée, constatant la vulnérabilité de Sœrebaya aux raids aériens, mais aussi l’encombrement de la base sous-marine, ABADAFFloat (l’Amiral Hart) décide de redéployer les sous-marins américains (sauf les quatre bateaux de classe S) à Fremantle, en Australie.

Timor et Mer de Banda

Bataille de la Mer de Savu
Dès 07h45, Timor est attaquée par les avions de la Marine basés à Kendari et à Amboine, qui commencent à “ramollir” l’objectif. Les avions venus d’Amboine attaquent Kupang. Ceux de Kendari (36 G4M1 escortés) attaquent l’aérodrome, où se trouvent 12 P-40 de l’USAAF, mais ceux-ci ne sont prévenus qu’au dernier moment de l’arrivée des Japonais. Seuls neuf chasseurs ont le temps de décoller, mais surtout, ils se font massacrer par les Zéro d’escorte, perdant sept des leurs contre deux A6M2. Sept autres avions sont détruits au sol, ou trop endommagés pour être réparés : les trois derniers P-40, deux bombardiers Martin WH-3 du ML-KNIL et deux DC-3 assurant la liaison entre Java et l’Australie.
Vers la même heure, l’escadre de Karel Doorman est repérée entre Flores et Sumba par un hydravion Kawanishi “Emily”. Apprenant sa présence, le Vice-Amiral I. Takahashi ordonne aux transports de faire route vers Dili (partie portugaise de Timor) sous la protection des bâtiments légers close et du porte-hydravions
Chitose. Il envoie alors les Amiraux Takagi et Hara vers le sud pour détruire l’ennemi et, à 08h40, le Ryujo lance un raid constitué de 15 B5N2 escortés par 12 chasseurs A5M4.
10h25 – Les avions du
Ryujo aperçoivent l’escadre de Doorman et commencent immédiatement leur attaque, malgré une DCA intense. Les navires zigzaguent follement et réussissent à éviter toutes les torpilles, parfois de moins de 50 mètres.

10h28 – Le Contre-Amiral Doorman signale à ABDAFFloat qu’il est attaqué par des avions et demande une couverture aérienne, mais il n’est pas possible de lui en fournir une – les avions de Timor, qui auraient dû remplir cette mission, sont déjà réduits à l’état d’épaves. 11h00 – Laissant le Ryujo sous la seule protection du DD Shiokaze et d’un chasseur de sous-marins, le Vice-Amiral Takahashi ordonne à Takagi et Hara : « Entrez en Mer de Savu et finissez-en avec la force ennemie. »

12h45 – Les CA Haguro, Myoko et Nachi (amiral), escortés par les DD Harukaze, Hatakaze, Minatsuki, Nagatsuki et Satsuki, sont au sud des îles Alor, cap ouest-sud-ouest. Takagi ordonne alors de lancer un hydravion du Nachi.

14h10 – L’appareil détecte les navires alliés, qui font route à vitesse modérée (15 nœuds) vers le sud-est, à 75 nautiques de l’escadre japonaise. Le petit E5N8 guide alors les G4M1 basés à Kendari, qui ont ravitaillé sitôt revenus de Timor et ont redécollé.
14h33 – Les 36 bombardiers sont tardivement signalés, car le radar du
Perth est débranché pour entretien et que l’autre radar de veille aérienne que compte la petite flotte, celui du Jacob van Heemskerck (un type 279), n’est pas non plus actif, à moins que les informations reçues n’aient pas été transmises à temps au vaisseau amiral. Les 18 premiers bombardiers peuvent donc effectuer un bombardement en vol horizontal assez précis, lâchant leurs bombes en grappes serrées. Le De Ruyter est arrosé d’éclats, tout comme le Houston, dont la DCA, très active, se venge en abattant au moins un des attaquants. Moins chanceux, le Java est touché par une bombe qui explose entre les cheminées, provoquant un violent incendie, puis une minute plus tard par une autre, qui le frappe juste en arrière du mât principal, endommageant gravement son système de gouvernes. Le Java dévie sur bâbord, désorganisant la ligne alliée. Profitant de la confusion, les 18 autres G4M1 lancent alors une attaque à la torpille. Sans le feu du Jacob van Heemskerck, si intense que l’équipage du Perth croit que le petit croiseur a été incendié par une bombe, cette attaque aurait pu être dévastatrice. Mais le croiseur anti-aérien réussit à abattre deux des assaillants et les équipages des autres Betty ont du mal à ajuster leur tir. Seuls deux navires sont touchés. Le Java, bien sûr, incapable de manœuvrer, est frappé au niveau de la chaudière avant. Et le DD Kortenaer est stoppé net, ses machines gravement endommagées. Il devra être sabordé.

14h54 – Les bimoteurs ont à peine quitté la scène – les avions du Ryujo reviennent. Les B5N2 s’acharnent sur le Java, qui reçoit une seconde torpille, cette fois au niveau de la passerelle, puis s’en prennent au Houston.

15h04 – Le croiseur lourd est touché à bâbord au niveau de la tourelle B. Le capitaine Rooks doit ralentir à 8 nœuds avant de retrouver assez de puissance pour remonter à 12 nœuds. A cet instant, le Java, stoppé, est en train de couler. Alors que les avions du Ryujo s’en vont, un autre petit hydravion est repéré. Il est alors évident pour Karel Doorman qu’une escadre japonaise ne peut être très loin.
L’amiral hollandais est pris entre ses ordres, qui lui ont été clairement énoncés tant par Hart que par Helfrich, et le fait qu’il est évident que ses navires ne peuvent espérer survivre très longtemps sous les attaques aériennes répétées des Japonais.

15h10 – Doorman signale désespérément : « Houston endommagé, Java très endommagé (en fait, le vieux croiseur léger ne survivra que jusqu’à 15h45). Essaye de me retirer vers l’ouest jusqu’au crépuscule. » On ignore s’il a en réalité l’intention de se replier jusqu’au détroit entre les îles Flores et Sumba jusqu’à la nuit, puis de remettre le cap sur la Baie de Kupang sous le couvert de l’obscurité, ou de se retirer jusqu’à Bali. Quoi qu’il en soit, c’est de la seconde façon qu’Helfrich interprète le message de Doorman.

15h25 – Négligeant la chaîne de commandement d’ABDAFFloat, Helfrich transmet à Doorman : « Transports ennemis signalés près de la côte nord de Timor. Vous devez poursuivre vers l’est sans tenir compte des attaques aériennes pour rechercher et attaquer l’ennemi, quelle que soit votre situation présente. » Le vieux pirate ne pouvait comprendre la prudence de Doorman. Mais sur la passerelle du De Ruyter, ce dernier avait bien d’autres préoccupations que le message de son ministre.

15h21 – Un nouveau groupe de 24 bombardiers bimoteurs a été détecté, cette fois par le radar du Perth. Pour les bombardiers basés à Amboine, c’est le moment d’attaquer. Ils effectuent une attaque coordonnée, proche de celle des avions de Kendari moins de deux heures plus tôt. Quinze d’entre eux bombardent, puis les neuf autres mènent une attaque à la torpille. L’escadre alliée vient de se reformer, mais reste ralentie par le Houston. Le bombardement est très précis. Le De Ruyter prend une bombe sur le pont principal, qui met les deux tourelles arrières hors service. Une bombe frappe le Perth près de la cheminée arrière, mais ce croiseur est plus gravement touché par deux projectiles qui le frôlent et explosent près de la coque, endommageant sévèrement les turbines bâbord par effet de mine. Le Houston, en dépit des dommages subis, abat un nouveau bombardier et sans doute deux de plus, ainsi que le Jacob Van Heemskerck. Cependant, pour éviter les bombes, les navires alliés ont considérablement distendu leur formation. Avant qu’ils aient le temps de se reformer, les neuf bombardiers-torpilleurs effectuent une attaque efficace, plaçant deux torpilles dans le navire amiral de Doorman.

15h31 – Le De Ruyter chavire, entraînant avec lui de nombreux hommes d’équipage, dont le Contre-Amiral Karel Doorman.

Pour les survivants, la situation est critique. Des hydravions suivent les bâtiments alliés à la trace, prêts à guider de nouvelles attaques aériennes, et annonçant l’arrivée prochaine d’une escadre japonaise. Après avoir secouru les survivants des navires coulés, le commandant du Houston, dont le grade est le plus élevé parmi les officiers présents, ordonne aux bâtiments intacts : « Retirez-vous vers l’ouest à la vitesse la plus élevée possible. » Les deux destroyers américains Alden et Edsall refusent tout net et restent en formation avec le Houston et le Perth, qui ne peuvent donner que 12 nœuds. Conduits par le CL Tromp, le CLAA Jacob Van Heemskerck et les six DD hollandais survivants filent rapidement vers Florès.

Comme aucun nouveau bombardier japonais ne se montre, les marins alliés commencent à espérer avoir surmonté leur dernière épreuve de la journée et peu à peu, les derniers incendies sur le Houston et le Perth sont éteints.

17h44 – Des silhouettes apparaissent sur l’horizon et des gerbes d’eau s’élèvent non loin des quatre navires. Takagi et Hara les ont rejoints, après trois heures de chasse à vitesse maximum.

17h46 – Le Houston commence à répondre, après un léger virage sur tribord pour ouvrir l’arc de tir de ses tourelles avant (les navires japonais sont hors de portée des 6 pouces du Perth). Avec ses six canons de 8 pouces (sa tourelle arrière est toujours hors service), le croiseur américain est très inférieur aux trois japonais, qui portent chacun dix canons de 8 pouces. Il réussit quand même à encadrer par deux fois le Nachi. Au début, malgré la présence de deux hydravions, le feu japonais n’est pas très précis et les trois croiseurs tirent à une cadence délibérément lente.

17h51 – L’Alden et l’Edsall commencent à tendre un écran de fumée devant leurs croiseurs, mais un fort vent du nord le déchire à plusieurs reprises.

17h54 – La distance s’est suffisamment réduite pour que le Perth commence lui aussi à tirer, chaque fois que l’écran de fumée se dissipe. Les bâtiments alliés continuent à faire route vers l’ouest à environ 11 nœuds ; leur seul espoir est de tenir jusqu’à la nuit, en espérant pouvoir décrocher dans l’obscurité, mais leurs adversaires les rattrapent trop vite pour leur laisser la moindre chance.

18h01 – Après qu’il ait été encadré deux fois de suite, le Perth est touché par une salve japonaise. Deux obus de 8 pouces explosent dans la chaudière arrière, coupant les conduits de vapeur et ébouillantant à mort la plus grande partie des malheureux marins de la salle des machines. Un troisième obus frappe la catapulte et un quatrième détruit la tourelle Y. Le croiseur australien ralentit à 8, puis à 6 nœuds.
L’
Alden et l’Edsall sortent alors de l’écran de fumée et tentent une attaque à la torpille contre les croiseurs japonais, forçant Takagi à prendre ses distances. Mais les deux petits navires sont pris sous le feu des cinq grands destroyers de Hara (Harukaze, Hatakaze, Minatsuki, Nagatsuki et Satsuki). Touché par de multiples obus de 127, l’Edsall est vite stoppé, en flammes, mais continue à tirer jusqu’à ce qu’il soit exécuté par une torpille probablement tirée par le Minatsuki. L’Alden est lui aussi touché, mais parvient à se replier vers les croiseurs.

18h10 – Le Commandant Rooks ordonne de venir légèrement au nord pour faciliter le tir du Houston. De fait, il réussit à toucher le vaisseau amiral japonais, endommageant son installation électrique, qui est cependant rapidement réparée.

18h22 – Le Nachi a repris le tir et touche de plusieurs obus le croiseur américain, détruisant la catapulte tribord et les deux 5,25 pouces proches de la cheminée arrière et provoquant un violent incendie.

18h28 – Le Houston s’est éloigné du Perth, qui se traîne à moins de 4 nœuds. Les destroyers japonais effectuent alors une attaque à la torpille contre l’agonisant. Trois, peut-être quatre torpilles le frappent et le croiseur australien sombre quelques instants plus tard.

18h29 à 18h33 – La nuit tombe, mais l’incendie du Houston attire les obus japonais. Cinq nouveaux obus de 8 pouces le frappent, dont trois au moins explosent dans la salle des machines arrière, provoquant d’importants dommages et tuant de nombreux hommes. L’Alden, dont la vitesse est réduite à 24 nœuds, tente une attaque désespérée contre les croiseurs japonais, qui dévient leur course vers le nord pour éviter de possibles torpilles, tout en tirant les leurs. L’Alden est touché par les obus des destroyers japonais, mais aussi par ceux de l’artillerie secondaire des croiseurs.

18h39 – L’Alden stoppe puis sombre par la proue. Les croiseurs japonais remettent alors le cap au 310, se rapprochant inexorablement du Houston, touché à l’avant par une torpille qui met hors service sa direction de tir, obligeant les tourelles à tirer sous contrôle local.

18h41 – Un obus frappe la tourelle B, enflammant des sacs de poudre et forçant le Commandant Rooks à noyer les magasins avant. L’artillerie principale n’a alors plus que les obus qui restent dans les puits des tourelles. De nouveaux obus de 8 et 5 pouces touchent l’avant du navire, balayant la passerelle en y faisant de nombreuses victimes, dont le Commandant Rooks. La distance est alors tombée à moins de 4 000 mètres et les navires japonais martèlent le Houston avec tout ce qu’ils ont. Ce dernier continue pourtant à se diriger vers le nord, comme si les officiers survivants espéraient l’échouer sur l’île de Florès.

18h45 – Les destroyers japonais prononcent une nouvelle attaque à la torpille, touchant le croiseur à deux ou trois reprises.

18h56 – Le Houston , qui avance encore, chavire et coule.

Peu après, le Vice-Amiral I. Takahashi ordonne à trois des transports se trouvant à Dili de se rendre en Baie de Kupang.


Côte Ouest de l’Australie
Le convoi de six navires, escorté par les croiseurs de la RAN
Sydney et Hobart et par les DD américains Bailey, Meade, Shubrick et Swasey, qui se dirigeait vers Timor, est dérouté vers Darwin par ABDAFFloat à 15h30.

Nouméa
La force du Vice-Amiral Wilson Brown lève l’ancre à 11h00 avec un convoi de six transports pour Rabaul. Autour des porte-avions
Lexington et Wasp (Contre-Amiral Leigh Noyes), quatre CA (USS Indianapolis, Portland et San Francisco, RAN Australia), deux CL (RN Leander et Trinidad), onze destroyers de l’US Navy (DesRon 1 : Dale, Farragut, McDonough, Phelps, Worden ; et DesRon 12 : Aaron Ward, Farenholt, Lang, Selfridge, Stack, Sterett). Le convoi, qui transporte la 1ère Brigade de Marines est mené par le MN Jeanne d’Arc, dont les caractéristiques originales de croiseur d’entraînement font un excellent navire de commandement de convoi.

Indochine
A l’ouest de Saïgon, la 23ème D.I. japonaise, qui a pris Cu Chi la veille, commence à tester les défenses de Hoc Mon, où le 1er Régiment de Volontaires Vietnamiens vient de prendre position.

Sur le front est, trois attaques frontales contre Bien Hoa sont repoussées, tandis que les réfugiés continuent à fuir sous les bombes japonaises sur la route de Ban Me Thuot.

« Depuis plusieurs jours, les deux derniers P-40 opérationnels du squadron Hell’s Angels de l’AVG et les deux ultimes Hawk 75 de l’ancienne 40ème E.C. continuent de harceler les forces japonaises à la mitrailleuse et à la bombe légère. L’aérodrome de Tan Son Nut étant totalement détruit, ils décollent d’une grande avenue de Saïgon, où les bombardiers japonais ne pensent pas à les chercher. Il y a longtemps que plus personne ne se souvient que les deux pilotes américains sont censés être des “mercenaires”, pas même eux, sans doute.

Le 2 février, les deux P-40 vont par trois fois mitrailler et bombarder les Japonais qui avancent sur la RC-1 vers Bien Hoa, jouant à cache-cache avec les chasseurs japonais. La troisième fois, alors qu’ils viennent de lâcher sur les troupes ennemies des bombes de 100 kg et des conteneurs de grenades MAC, ils sont attaqués par cinq A6M2. Ils tentent d’atteindre la base des nuages, mais les Zéro sont plus rapides et ont l’avantage de l’altitude. Moins nombreux et ne pouvant piquer pour s’échapper puisqu’ils sont à ras du sol, les P-40 sont condamnés. L’un s’écrase rapidement près de la rivière Nha Be, mais le second, en feu, réussit par miracle à survivre assez longtemps pour gagner la zone du port, où la DCA légère touche deux des poursuivants, qui n’insistent pas. Le P-40 s’écrase peu après en tentant de se poser dans un des nombreux canaux de Saïgon.

En fin de journée, le Colonel Tavera doit ordonner la destruction des deux derniers Hawk-75, trop endommagés après deux mois de combats quasi quotidiens pour tenter de se sauver par la voie des airs. C’est la fin de la chasse alliée à Saïgon.

La ville se souvient pourtant aujourd’hui des pilotes qui l’ont défendue : l’avenue d’où ils décollaient pour leurs ultimes missions porte le nom des deux derniers pilotes de P-40, ces deux Américains dont les corps n’ont jamais été retrouvés : John Petach et Arnold Shamblin. » (Pierre Clostermann, Les Anges de Saïgon, in Feux du Ciel).

Juste après la tombée de la nuit, trois Potez-25 TOE et un Potez-29 EVASAN (EVAcuation SANitaire), venant de Saravane, atterrissent sur cette même avenue. Un Potez-25 et le Potez-29 décollent peu après, emmenant des blessés et les deux pilotes survivants de la 40ème E.C., qui sont évacués vers le nord (les pilotes réussiront, non sans mal, à rejoindre la “nouvelle” 40ème E.C. sur la base Epervier). Dans la nuit, les deux autres vieux biplans effectuent chacun deux courtes missions de harcèlement des troupes japonaises avec de petites bombes de 10 kg.


3 février

Alger
Sur proposition de Georges Mandel (ministre de l’Intérieur), le Conseil des Ministres décide de modifier la situation des anciens représentants du Parti Communiste Français, actuellement dissous depuis près de trois ans. Détenus jusqu’alors dans une prison spéciale près de Sidi-Bel-Abès, ils doivent être transférés à Alger, et simplement mis aux arrêts à domicile. Cette décision résulte de contacts établis entre le gouvernement français et des délégués des mouvements de Résistance en France occupée (que le PCF ne soutient pourtant pas officiellement). En fait, un accord a été négocié entre Léon Blum, Georges Mandel et André Marti, chef de l’ancien groupe parlementaire communiste à l’Assemblée. En fin de journée, Marti est conduit à Alger par un avion spécial.

Singapour – Malaisie
Au nord…
La 39ème Lancashire Brigade (13ème D.I. britannique) commence à être transférée à Penang par de petits caboteurs. Cependant, l’intense activité des bombardiers japonais contre les lignes de communications et Port-Weld oblige à effectuer la plupart des mouvements de nuit.
Au sud… Les bombardiers de l’Armée japonaise basés à Kuching frappent à nouveau Kota Tinggi – ce bombardement quotidien a été surnommé par les Anglais “la tournée du laitier jap”. Cependant, une nouvelle tentative pour déborder les positions défensives britanniques est mise en échec.

Mer de Chine Méridionale

Les sous-marins français Casabianca et Sidi-Ferruch, arrivés à Sœrabaya le 25, ont été les premiers prêts à l’action. Dans la nuit du 2 au 3, ils croisent dans le secteur des îles Ananbas, où les Alliés savent que la 2ème Flotte de Kondo opère pour soutenir les forces japonaises qui ont débarqué à Endau et Mersing et tentent de progresser vers Singapour et vers la côte ouest de la Malaisie.
A 02h35, le L.V. Bellet (second du Casabianca) et les deux matelots de vigie aperçoivent plusieurs navires de guerre qu’ils identifient comme une partie de l’écran des forces de Kondo. Le “pacha” du sous-marin, le Commandant L’Herminier, alerté, ordonne de monter à 15 nœuds et de naviguer en “semi-submersion” (le pont au ras de l’eau) pour réduire la silhouette du sous-marin. « Nous naviguions en quelque sorte sur la pointe des pieds, racontera L’Herminier dans son livre de souvenirs “Casabianca”. Je donnais mes ordres à voix basse et chacun s’efforçais de faire le moins de bruit possible. » Le Casabianca évite ainsi deux destroyers, qui ne l’ont sans doute pas vu.

Enfin, à 02h51, les marins français, scrutant l’obscurité, détectent « trois cibles de grande taille », par tribord avant, suivant le cap inverse de celui du sous-marin. Alors que L’Herminier, fait braquer les deux affûts orientables (qui portent tous les deux trois torpilles de 550 mm) sur l’une ce ces cibles, le kiosque est soudainement balayé par un rayon de lumière. C’est un projecteur de l’un des escorteurs japonais, l’Hibiki. L’Herminier : « Il n’est plus temps d’être discrets ! D’un même souffle, je crie de lancer les six torpilles des affûts orientables, puis de plonger. Pendant que nous nous enfonçons – toujours trop lentement, en pareil cas – je serre les dents, craignant de recevoir une pluie d’obus avant d’être submergés. Mais tout se passe bien, pour l’instant. Cependant, alors que nous plongeons de plus en plus profond, un bruit d’hélices en furie nous prévient de l’arrivée prochaine de grenades sous-marines. A 02h58, le Casabianca est durement secoué par leurs explosions, qui provoquent quelques dommages. Mais à 03h00 juste, deux énormes explosions sont nettement perçues à quelque distance : ce sont nos torpilles ! J’ignore ce que nous avons touché, mais nous lui avons sûrement fait très mal ! »

La victime est le Shoho, touché à tribord au niveau du premier ascenseur et de la salle des machines. Le porte-avions léger est bientôt stoppé, avec une gîte qui atteint 17°, avant d’être réduite à 12° lorsque le commandant fait noyer quelques compartiments à bâbord.

Cependant, l’équipage du Casabianca ne peut se réjouir très longtemps, car leur sous-marin est alors pourchassé par deux, voire trois destroyers japonais très agressifs, qui le soumettent à un grenadage acharné. « La situation s’aggrave progressivement. Au fil des minutes, des explosions et des chocs subis par notre pauvre Casabianca, le système de commande principal de plan de gouverne de profondeur, l’éclairage électrique principal et le gyroscope maître sont plus ou moins gravement endommagés. Après plus d’une heure et demie de ce régime, à 04h43, des fuites d’acide sont détectées dans la chambre des batteries avant. Je commence à craindre d’être obligé de faire surface si de nouvelles cellules de batterie sont endommagées. Bellet est de mon avis, mais lui et moi tâchons de ne rien laisser paraître de notre inquiétude. Inutile effort : les hommes savent que nous sommes en mauvaise posture, et un silence presque total règne, dans l’attente anxieuse de nouvelles grenades. C’est alors qu’à 04h48, deux explosions bien différentes nous font dresser l’oreille. Peu après, nous entendons les destroyers qui nous torturaient s’éloigner vers le nord, et un soupir de soulagement s’échappe de toutes les lèvres. »
Le Sidi-Ferruch, qui patrouillait environ 20 nautiques à l’est de la zone du Casabianca, a entendu l’explosion des torpilles, puis les détonations des grenades ASM. Naviguant en surface, puis en immersion périscopique, il aperçoit « une cible de grande taille en panne » et peut se placer en bonne position de tir. A 04h42, il lance une salve de proue. L’une des quatre torpilles frappe le Shoho à bâbord, en arrière de la salle des machines. Une autre touche le Nowaki, stoppé sur le flanc bâbord du porte-avions endommagé, et explose au niveau de la soute à munitions arrière du destroyer. L’arrière de celui-ci est littéralement désintégré par une formidable explosion, qui éventre aussi en partie la coque du Shoho.
Dans la confusion qui s’ensuit, les autres escorteurs japonais se lancent sur les traces de ce qu’ils croient être le premier sous-marin ennemi, qui leur aurait échappé pour revenir donner le coup de grâce. C’est la chance qu’attendait le Casabianca. L’Herminier : « A 04h59, nous faisons surface pour quelques rapides réparations, puis nous filons vers le sud à 17 nœuds sur le diesel sans demander notre reste. Dans l’obscurité, derrière nous, il y a bien quelques bruits de grenadage, mais plus rien ne nous menace jusqu’à l’aube. Nous replongeons alors tranquillement pour éviter les patrouilles aériennes. »

De son côté, le Sidi-Ferruch peut facilement s’échapper, car les bruits du naufrage du Nowaki puis du Shoho rendent très difficile toute détection acoustique. Le destroyer disparaît sous les eaux à 04h51, suivi à 04h57 par le porte-avions léger, et les autres destroyers sont occupés à secourir les survivants jusqu’à 06h10.
Avec leurs 3000 tonnes à eux deux, les deux sous-marins français viennent de venger quelque peu le massacre de la Strike Force de Karel Doorman.


Détroit de Macassar
L’escadre du vice-amiral J. Ozawa (CA Mogami, Mikuma, Kumano, Suzuya, DD Ajanami, Shikinami, Uranami, Amagiri, Jugiri, Sagiri), escortant la 4ème Force d’Attaque Surprise du Contre-Amiral K. Kubo, se présente à l’aube devant la ville de Macassar. Les Japonais se heurtent surtout au champ de mines très dense posé par les croiseurs français pendant l’attaque de Balikpapan. Le débarquement, exécuté par une partie des forces qui ont attaqué Balikpapan quelques jours plus tôt, s’effectue donc avec plusieurs heures de retard, mais ne rencontre guère de résistance et, en fin de journée, les forces japonaises contrôlent la ville. Cependant, vers 16h00, le sous-marin américain S-40 s’infiltre au milieu de la flotte japonaise au mouillage et coule l’un des transports retardé par les opérations de déminage et attendant de décharger, ainsi que le petit escorteur AM-17. Le submersible américain est pris en chasse par les DD Amagiri et Sagiri et subit un intense grenadage, mais parvient à s’échapper à la tombée de la nuit.

Timor
Le débarquement japonais en Baie de Kupang rencontre une vigoureuse opposition de la part des hommes de la “Rose Force”. Au matin, le terrain est attaqué par des avions basés à Kendari, qui perdent lors d’une passe de mitraillage deux A6M2, abattus par des canons AA Bofors débarqués le 27 janvier par l’Emile-Bertin.
De l’autre côté de l’île, les forces japonaises ont débarqué à Dili sans la moindre résistance de la part des autorités portugaises. Elles commencent à faire mouvement vers Kupang.

Côte Est de l’Australie

A la grande consternation des autorités australiennes, trois transports sont torpillés dans la journée par des sous-marins. Le premier, dès 10h30, est le cargo grec Nikolaos Michalos (4 342 GRT, Michalinos Maritime & Commercial), chargé de cotonnades, venant de Bombay et approchant de Brisbane. A 11h00, c’est le tour du panaméen Platano, au large de l’île de Gabo (5 949 GRT, Balboa Shipping), chargé de véhicules de l’US Army, sur le trajet San Diego-Melbourne. Le français Bangkok (8 056 GRT, Chargeurs Réunis et Compagnie Française de Navigation à Vapeur), chargé de charbon pour Nouméa, est coulé à 13h30, peu après avoir quitté Newcastle. Dans la soirée, le US Firmore (7 117 GRT Ore Steamship Corp), allant de Bell Bay à Seattle, va par le fond à 19h00.

L’opération Oni vient d’entrer dans sa phase active !

A 21h00, les autorités australiennes ordonnent l’interdiction des mouvements navals individuels sur la côte est et mettent en œuvre un système de convois. Néanmoins, beaucoup de bateaux déjà en mer continuent de faire route isolément.

Indochine
Les fronts sont stables autour de Saïgon. La cité et Bien Hoa sont copieusement bombardées par l’aviation japonaise et l’artillerie lourde de campagne s’y met aussi dans l’après-midi. Le 1er Régiment de Volontaires Chinois commence à être engagé à l’ouest, mais seulement au niveau de la compagnie.
Au crépuscule, deux Potez-25 et deux Potez-29 biplans, accompagnés d’un petit bimoteur de transport Potez-56 (6 sièges) se posent sur ce que les Français ont surnommé par dérision “l’Aéroport International de Saïgon”. Le Potez-29 et 56 évacuent des blessés vers Saravane (pour le Potez-56) ou Ban Me Thuot (pour les Potez-29), pendant que les Potez-25 reprennent leur harcèlement des positions japonaises.
Au Tonkin, les chasseurs français opérant de Dien-Bien-Phu reçoivent l’aide des bombardiers légers Martin-167, du G.B. III/62 reconstitué, qui opèrent de la région de Kunming. Ils attaquent plusieurs fois dans la journée les colonnes japonaises qui tentent de se frayer un chemin de Hanoï vers l’ouest.


4 février

Berlin (dans une salle de réunion discrète d’un bâtiment officiel)
– Heil Hitler !

Les participants à la conférence s’asseyent autour de la grande table. Devant eux, des sous-mains, du papier, des crayons, comme pour une réunion de conseil d’administration banale. Mais c’est Reynhardt Heydrich, Commissaire général de la Gestapo et homme de confiance de Himmler, qui préside.

– Messieurs, nous sommes ici pour permettre à l’Allemagne d’accomplir l’une des plus grandes missions dont l’ait chargée notre bien-aimé Führer. Il s’agit aujourd’hui de déterminer les moyens techniques nécessaires à la mise en œuvre de la Solution Finale. Je sais que vous aurez à cœur de mener à bien cette tâche avec compétence, rigueur et efficacité, pour le bien suprême de la race aryenne, du Grand Reich et du Parti National-Socialiste.

Singapour – Malaisie
Le transfert de la 13ème D.I. à Penang se poursuit à un rythme assez lent, car le port est durement bombardé par l’aviation de la Marine japonaise. Les troupes du Commonwealth commencent à reculer sur la “Ligne Verte” (Kuala Kangsar et Sungei Perak), maintenant défendue par la 11ème D.I. indienne.
Les bombardiers moyens Ki-21 de l’Armée japonaise basés en Thaïlande attaquent Kuala-Lumpur et des Ki-48 bombardent la gare de Taiping.

Mer de Chine Méridionale

Peu après minuit, le sous-marin anglais Clyde intercepte à la sortie du Golfe de Siam un convoi de treize cargos japonais se dirigeant vers Singora et escorté par l’aviso thaïlandais Maeklong. A 00h58, une salve de proue de six torpilles frappe à la fois un cargo, qui explose, et l’aviso, qui est touché au niveau de la salle des machines et chavire peu après.

Java
Le port de Sœrabaya est attaqué deux fois dans la journée, d’abord par 36 G3M2/3 escortés par 24 A6M2 et venant de Kuching, puis, juste après midi, par 36 G4M1 escortés par 18 A6M2 et venant de Kendari. Les deux raids visent la base navale.

Lors du premier, la canonnière américaine Asheville est gravement endommagée, ainsi que le mouilleur de mines hollandais Jan van Brakel et les petits dragueurs Ardjoeno, Gedeh et Kawi. Les cinq bateaux sont désarmés et toutes leurs armes encore utilisables sont démontées pour être utilisées sur le rivage.

Le second raid se traduit par la destruction du navire atelier hollandais Pelikaan, et surtout par les graves dommages infligés aux sous-marins anglais Uproar et Ultimatum, qui étaient pourtant posés sur le fond du port. Les deux submersibles sont irréparables et doivent être désarmés ; ils serviront eux aussi de stocks de pièces détachées pour les autres sous-marins de la Xème flottille.

Les deux raids ont été interceptés par des chasseurs alliés, mais ceux-ci ont perdu en tout sept Hurricane et deux P-40 en échange de trois G3M2, un G4M1 et trois A6M2.
Dans l’après-midi, Bandoeng est attaquée par 18 G4M1 escortés par 12 A6M2 et venant de Kuching. Ce raid, qui survient juste après le deuxième contre Sœrabaya, ne rencontre aucune opposition, et les secteurs administratifs de la ville sont durement touchés. Les Zéro d’escorte mitraillent le terrain voisin, surprenant et détruisant au sol deux Hurricane et un Curtiss CW-21 isolé. Ce raid interrompt une réunion de l’ABDAF, où l’on discutait les conséquences de la destruction de la Strike Force, ainsi que la controverse soulevée par le message de l’Amiral Helfrich, qui avait brûlé la politesse à la chaîne de commandement de l’ABDAFFloat.
En fin de journée, les huit survivants de l’escadre de l’Amiral Doorman atteignent Tjilatjap.

Mer de Java
Rentrant à Sœrabaya, le sous-marin américain S-40 est coulé par des hydravions E13A1 du Kamoi basés à Macassar. Il semble que, depuis le grenadage subi après son attaque de la veille, le sous-marin laissait derrière lui, même en plongée, une traînée d’huile révélatrice.

Manado (nord de Célèbes).
Les avions du 4ème Hikoshidan, basés aux Philippines, commencent à se redéployer à Manado en prévision d’opérations contre Java.

Macassar (sud de Célèbes)
Neuf Blenheim IV des Sqn 60 et 62 de la RAF, basés à Singosari (dans l’est de Java), attaquent les forces japonaises qui ont débarqué à Macassar la veille. Ils coulent un transport et endommagent le mouilleur de mines Tatsuhara Maru.

Timor
Après d’intenses combats toute la nuit, les survivants de la “Rose Force” et de la petite garnison hollandaise se dispersent et commencent à se diriger vers la côte sud, dans l’espoir de trouver des bateaux pour quitter l’île.

Côte Ouest de l’Australie

Le convoi destiné à Timor, dérouté la veille, entre à l’aube dans le port de Darwin.

Côte Est de l’Australie

Le pétrolier Vancolite (Imperial Oil Shipping, 11404 GRT, allant de Balikpapan à Sydney avec des produits pétroliers raffinés) est stoppé par une torpille dans la salle des machines, à 5 nautiques au large de Broken Bay. Le sous-marin japonais fait alors surface et incendie le pétrolier en lui tirant dessus au canon de 76 mm, avant de lui lancer une nouvelle torpille. Le navire en feu dérive au sud de Sydney avant de se briser et de couler le lendemain.


Indochine
Les forces japonaises venant du Cambodge commencent à déborder les défenseurs de Saïgon à Hoc Mon. Dans la soirée, les Franco-Vietnamiens doivent se replier vers Ba Diem.
Peu après le coucher du soleil, un Lockheed 18 des Lignes Aériennes Militaires se pose à la lueur des phares d’automobiles sur l’avenue de Saïgon servant d’aérodrome, décharge en hâte quelques médicaments et du matériel chirurgical et embarque des blessés à destination de Luang-Prabang. L’avion redécolle peu avant minuit, juste au moment où un violent bombardement d’artillerie japonais commence à marteler la cité. Malgré cette pluie d’obus, c’est trois Potez-25 TOE qui harcèlent cette nuit-là les positions japonaises, autour de Ba Diem comme sur le front de Bien Hoa. « Leurs cibles n’étant qu’à une trentaine de kilomètres de leur “terrain”, les vieux biplans peuvent faire trois sorties chacun dans la nuit, avant d’être soigneusement camouflés pour la journée. Ces piqûres d’insecte sont très mal supportées par le commandement japonais, qui les prend comme des affronts personnels et une insulte à l’esprit guerrier du Bushi-Do. Les antiquités volantes françaises refusant obstinément d’affronter en plein jour les chasseurs japonais, il est décidé d’intensifier les bombardements d’artillerie, en attendant des représailles plus directes. En pratique, cet accroissement des bombardements nocturnes facilite la tâche des Potez-25, qui repèrent plus facilement les batteries, les approchent en plané et ne relancent leur moteur que pour fuir, après avoir laissé tomber leurs petites bombes et leurs grenades sur des artilleurs douloureusement surpris. » (Pascal N’Guyen-Minh, op. cit.).
Journal de Jacques Lelong« Tout va mal. Les bulletins de victoire navale japonais se multiplient, et en Europe, j’ai l’impression que l’Allemagne va continuer tranquillement d’écraser toute l’Europe entre Manche et Méditerranée jusqu’à la fin des temps. Radio Alger dit qu’ils ont décrété la levée en masse à Saïgon. Si seulement ils en avaient fait autant à Paris en 40 ! Je me serais engagé en trichant sur mon âge, et je ne me poserais plus aujourd’hui des questions idiotes, du genre “Pourquoi Isabelle ne m’adresse-t-elle plus la parole ?” Aujourd’hui, j’ai acheté un bouquet de fleurs (en cette saison et en cette “douloureuse période”, comme dit l’inénarrable Philippe Henriot, je me suis ruiné) et j’ai voulu le porter chez elle. Je sonne : rien. Je vais demander à la concierge si M. Maroux et sa fille habitent toujours ici, elle me répond qu’ils sont partis il y a huit jours, et bon débarras, et un jeune homme bien comme moi ne devrait rien avoir à faire avec une fille “que je serais pas étonnée qu’elle fricotte avec ces Messieurs.” Avec les Boches ? Elle est complètement folle, cette pipelette ! Mais je la vois tous les jours en cours, Isabelle, même si elle regarde ailleurs que dans ma direction. J’arriverai bien à la coincer un de ces quatre matins.

En attendant, avec mon bouquet, j’avais l’air niais, et une inspiration idiote m’a pris, à force d’entendre parler des braves Vietnamiens qui s’engagent en foule pour défendre les idéaux révolutionnaires. J’ai marché à grands pas jusqu’à la rue de Saïgon, dans le 16ème, près de l’avenue Foch – il faisait un froid de canard, ça m’a réchauffé. Là, j’ai soigneusement déposé mon bouquet contre un mur, juste sous la plaque portant le nom de la rue. Je crois que personne ne m’a vu, à part une petite dame qui m’a regardé d’un air bizarre. Quel bel acte de Résistance, n’est-ce pas ! »


Tachikawa (Japon)
Le 2ème Dokuritsu Sentai (groupe indépendant) d’appui rapproché est créé avec des matériels similaires à ceux du précédent (c’est-à-dire relativement a­nciens). Le 1er Dokuritsu Sentai d’appui rapproché reçoit l’ordre d’accélérer son entraînement afin d’être prêt mi-février à être déployé en zone d’opérations.


5 février

Méditerranée Centrale
Syracuse et Catane sont attaquées par 168 appareils de l’Armée de l’Air : 72 B-25B des 11ème et 31ème Escadres de Bombardement, escortés par 32 Spitfire Vb de la 1ère Escadre de Chasse (basés à Gozo), et par 64 Hawk-87 de la 3ème E.C. (basés à Gozo et Tunis) et du GC I/5 (basé à Tunis). Simultanément, les terrains d’aviation de Sicile sont attaqués par 114 avions : 27 DB-73 de la 25ème E.B. (basés à Malte) et 27 Blenheim IV de la RAF (Sqn 21, 82 et 110, basés à Malte), protégés par 60 Hurricane II de la RAF (Sqn 78, 126, 185, 242 et 249, basés à Malte).

Cette opération offensive majeure marque le début d’Avenger/Vengeur et surprend le commandement aérien germano-italien local, qui ne s’attendait pas à une forte activité aérienne alliée en l’absence de convoi passant par le Détroit de Sicile. En raison d’une certaine lenteur de réaction (accrue par le fait que les avions attaquants arrivent de différentes directions et à des altitudes variées), les chasseurs de l’Axe réagissent de façon quelque peu désorganisée. Les Alliés ne perdent que 11 avions (dont 4 du fait de la DCA), en échange de 6 chasseurs allemands et 8 italiens.

Mer Egée
Dans la nuit, les Wellington du 202ème Wing commencent à mouiller des mines dans le Golfe de Patras et le Canal de Corinthe.

De l’aube au crépuscule, les chasseurs, chasseurs-bombardiers et bombardiers légers de la Force Aérienne de Mer Egée effectuent des attaques continuelles contre les positions de l’Axe sur les côtes du nord de la Mer Egée et de l’île d’Eubée. 14 avions sont perdus, contre 8 chasseurs allemands.

Aden
Le convoi Stone-Age rencontre le Groupe d’Escorte de l’Océan Indien. La Force H et les escorteurs français venus de Méditerranée retournent vers Alexandrie.

Singapour – Malaisie
Les fronts nord et sud sont relativement calmes, ce qui permet aux troupes du Commonwealth d’évacuer la position défensive de Grik sans difficulté. En revanche, les avions japonais sont très actifs contre les aérodromes. Ils frappent Sabang (nord de Sumatra), mais aussi Subang (Kuala-Lumpur) et les terrains de Singapour.

Indochine
A l’est, les forces japonaises sont toujours bloquées devant Bien Hoa, où s’accrochent les derniers éléments de l’ex-GBMS, en dépit d’attaques répétées des avions de l’Armée basés à Bin-Dinh. A l’ouest, les Japonais ont réussi à chasser les défenseurs de Ba Diem et approchent des faubourgs de Saïgon.

De toutes parts, l’artillerie japonaise pilonne la cité et l’aérodrome improvisé est touché à de nombreuses reprises dans l’après-midi. Un nouveau vol d’évacuation que devait effectuer le Lockheed-18 des LAM est annulé, mais les Potez-25 et 29 restent très actifs toute la nuit : le Po-29 transporte des blessés à Ban-Me-Thuot et les trois Po-25 continuent de harceler les batteries japonaises.

Timor
L’île est maintenant plus ou moins contrôlée par les forces japonaises. A la nuit, deux sous-marins américains embarquent des survivants de la “Rose Force”. Mais certains restent à Timor pour harceler les troupes d’occupation.

Darwin (côte nord-ouest de l’Australie)
Le convoi destiné originellement à Timor quitte Darwin pour Tjilatjap, mais il va faire un large détour pour éviter au mieux une possible intervention de navires japonais opérant aux alentours de Timor.

Côte Est de l’Australie
Les sous-marins japonais continuent de faire du dégât dans le trafic naval allié. Il s’agit en fait d’un groupe de trois petits sous-marins, les Ro-61, Ro-62 et Ro-63, soutenus par le sous-marin de ravitaillement I-5. Le 5 février, ils se contentent de la destruction au canon du charbonnier
Our Jack II (Coal & Allied, 900 GRT), par le Ro-61.

Pacifique Sud-Ouest

En route entre Truk et Oita Bay (où ils doivent débarquer leurs 76 prisonniers), les AMC Hokoku Maru et Aikoku Maru interceptent et inspectent en pleine nuit un vaisseau suspect qui s’avère être le cargo soviétique Kym (5 114 GRT).


Pacifique Sud-Ouest

Brève rencontre près de Rabaul

04h00 – Les quatre porte-avions japonais et leur écran parviennent au sud de Rabaul, par 152°30’ Est et 5°30’ Sud, ayant longé durant la nuit l’est de la Nouvelle-Irlande avant de mettre le cap à l’ouest. Un temps assez médiocre a empêché leur détection précoce. Le Vice-Amiral Nagumo ordonne aux croiseurs Tone et Chikuma de lancer chacun deux hydravions en reconnaissance vers le sud, pour se prémunir contre toute interférence alliée.

04h50 – Le Tone lance un troisième hydravion vers Vunakanau pour reconnaître l’objectif.

05h20 – Le premier raid de suppression est principalement confié aux Shokaku et Zuikaku, car le Commandant Fuchida veut conserver sous la main les groupes aériens des Kaga et Akagi, plus expérimentés, pour réagir en cas de détection d’une escadre alliée. Néanmoins, ce raid comprend 126 avions : 36 D3A1 (18 du Shokaku et autant du Zuikaku), 48 B5N2 armés de bombes (24 de chacun des mêmes porte-avions), 42 chasseurs A6M2 (12 du Shokaku, 12 du Zuikaku, 9 du Kaga et 9 de l’Akagi).
A la même heure, les forces commandées par Wilson Brown continuent de faire route vers Rabaul, où elles espèrent arriver la nuit suivante.

06h10 – La force alliée navigue par 154° Est et 8° Sud, quand le radar du Lexington détecte à 55 nautiques un écho qui se rapproche. Il faut savoir qu’à ce moment de la guerre, les porte-avions américains opèrent en solitaires et non en formation, comme la Royal Navy et la Marine Impériale japonaise le font déjà. Ce matin-là, la Task Force du Lexington est à 30 nautiques environ à l’est de celle du Wasp, tandis que le convoi, escorté par les croiseurs HMS Leander, HMS Trinidad et MN Jeanne d’Arc et par les DD USS Selfridge, Stack et Sterett, navigue à égale distance des deux porte-avions et 25 nautiques en arrière. Au moment où la détection de l’écho radar déclenche l’alarme, une partie de ces forces traverse un grain violent et un orage pointe à l’ouest. “Lady Lex” lance huit chasseurs de la VF-3.

06h31 – L’appareil repéré, le premier hydravion du Chikuma, est détruit avant d’avoir le temps de signaler qu’il est attaqué.
06h40 – Les trois autres hydravions entament leur parcours de recherche, volant d’ouest en est, et commencent à le signaler. Constatant que le premier hydravion du
Chikuma ne répond plus, le Commandant Fuchida s’inquiète et ordonne de lancer un B5N2 du Kaga et un de l’Akagi pour compléter les reconnaissances des hydravions. Précisons qu’à ce moment, Fuchida ne soupçonne en aucune façon la présence de Brown, mais veut seulement s’assurer que la couverture aérienne du sud de la flotte est complète. Il semble que l’un des opérateurs radio du Chikuma ait à ce moment détecté le trafic radio entre les chasseurs de la VF-3 et le Lexington, mais que cette observation n’ai pas été portée à la connaissance de Nagumo en temps utile.
06h45 – Le raid japonais arrive au-dessus de Vunakanau. Les 126 attaquants ont été détectés que quelques minutes plus tôt, et ne sont interceptés que par les trois Buffalo de la “patrouille de l’aube” du Sqn 30 (RAAF). Sept autres Buffalo et six Wirraway du Sqn 24 (RAAF) peuvent cependant décoller avant l’arrivée des Japonais. En énorme infériorité numérique et technique, les seize défenseurs de Rabaul sont rapidement balayés, mais parviennent pourtant à abattre trois A6M2 et deux B5N2. Pendant ce temps, cinq Fairey Battle du Sqn 32 (RAAF) et deux Lockheed Hudson du Sqn 24 (RAAF) ont réussi à décoller et partent à la recherche de la flotte ennemie. Pourtant, leur tentative est symbolique, voire dérisoire, et tous les équipages le savent…
06h47 – Brown apprend l’attaque de Rabaul. Cette information complète le tableau. L’hydravion de reconnaissance abattu un moment plus tôt a révélé la présence de vaisseaux japonais en Mer des Salomon : il est maintenant clair que ces navires font partie d’une force incluant des porte-avions. Les rapports des services de renseignement venant d’Australie et de Pearl Harbor sont schématiques, mais le fait que les sous-marins français qui viennent de couler le
Shoho n’aient pas trouvé de grand porte-avions avec la flotte de Kondo peut laisser penser que la Flotte Combinée n’opère plus en Mer de Chine Méridionale ou en Mer de Banda. Enfin, les attaques d’avions de porte-avions contre la Strike Force de l’ABDAF ont été réduites, les coups les plus puissants provenant de bombardiers basés à terre. Dès lors, il y a de bonnes raisons de penser qu’au moins quatre et peut-être six grands porte-avions japonais opèrent au large de Rabaul.

Après en avoir discuté avec le Capitaine Sherman, qui commande le Lexington, et avec le Commodore W.B. Ault, chef du groupe aérien du porte-avions, Brown juge qu’un raid aérien n’aurait aucune chance de trouver et de frapper la force japonaise avant 09h30, voire 10h00 ou pire. A ce moment, les porte-avions japonais auraient récupéré les avions envoyés contre Rabaul. Dans ces conditions, et avec un convoi à protéger, le Vice-Amiral Wilson Brown prend la décision de se retirer vers le sud-est.

06h55 – Le convoi transportant la 1ère Brigade de Marines fait un 180°, bientôt imité par les deux groupes des porte-avions.
La décision de Brown a été très discutée, dès cette époque et depuis lors. Certains officiers et la plupart des pilotes du
Lexington ont été profondément choqués par la décision de Brown. Venant après le raid hardi de “Bill” Halsey dans les Marshall, cette retraite paraissait à première vue consternante. Cependant, dans un livre écrit après la guerre, Jules Roy, pilote devenu écrivain (il pilotait à cette époque un Consolidated-32 de l’opération Couronnement) écrirait : « Il fallut à l’Amiral Brown un remarquable courage pour agir comme il le fit. Néanmoins, son action n’est pas sans rappeler certains précédents historiques. Le 17 juin 1647, le Maréchal de Condé – le Grand Condé lui-même – assiégeait Lerida. Considérant la maladie qu­i ravageait ses troupes, la qualité des défenses de Lerida et le fait qu’une forte armée de secours espagnole était à trois jours de marche, il décida de se retirer. Le jour même, il écrivit au Cardinal Mazarin : “Vous ne serez pas peu surpris, après toutes les espérances que vous aviez formées selon ce que je vous avais narré, d’apprendre que j’ai quitté Lerida. Vous me connaissez assez bien, Monseigneur, pour croire que ce ne fut pas sans douleur ni tristesse que, sacrifiant mon honneur à mon devoir envers le Roi, j’ai fait ce qui n’a pas été un mince eff­ort contre moi-même.” A Paris, les gens ignorants et mal informés eurent vite fait de moquer Condé et de le traiter de couard. Mais la vérité fut bientôt évidente. Il avait risqué sa réputation personnelle pour préserver l’une des plus importantes armées de son Roi, refusant de la risquer dans un combat d’un intérêt fort douteux à seule fin de s’épargner moqueries et railleries de la Cour. Au bout du compte, cette attitude accrut considérablement son prestige. En ce 5 février 1942, l’Amiral Wilson Brown n’agit pas autrement en Mer des Salomon, et il faut l’en féliciter. » (Jules Roy, Le Métier des Armes, Julliard, Paris, 1948).
08h25 – Les porte-avions de Nagumo commencent à faire apponter les avions du premier raid contre Rabaul. L’Amiral, ayant discuté avec le Commandant Fuchida, a accepté de n’envoyer un autre raid, si besoin, qu’avec des B5N2, afin de conserver les D3A1 pour une possible frappe anti-navire.

08h52 – Les bombardiers basés à Vunakanau aperçoivent la flotte japonaise, mais sont immédiatement coiffés par une patrouille d’A6M2. Les cinq Battle sont expédiés en un rien de temps par les chasseurs japonais, ainsi qu’un des deux Hudson. Ils ont pourtant bombardé, certaines bombes tombant à 200 mètres de l’Akagi. Le combat a été si rapide et si inégal qu’aucun des avions de la RAAF abattus n’a pu envoyer de message. Il n’y aura aucun survivant parmi leurs équipages. Le commandant du Sqn 32 recevra la Victoria Cross à titre posthume. Mais cette action ne sera pas sans influence sur la suite.

09h03 – Le Hudson survivant, qui a pu s’échapper dans un nuage, signale « Au moins quatre porte-avions ennemis et de nombreux autres navires de guerre ». Ce message est capté à bord du Lexington, confirmant les craintes du Vice-Amiral Brown, qui confirme son ordre de retrait et fait même forcer l’allure.

09h08 – Le radar CXAM du Lexington détecte l’approche d’un nouvel avion. Mais les multiples grains qui hachent le ciel empêchent les chasseurs de la VF-3 d’intercepter et détruire le B5N2 de l’Akagi avant qu’il repère le Lexington et signale avoir observé un porte-avions ennemi.

09h14 – Le message du Kate est transmis à Nagumo. Avec Fuchida, il décide de n’envoyer qu’un raid aérien limité contre le porte-avions américain, pensant qu’il peut s’agir d’un appât pour un autre groupe. Après tout, les deux porte-avions américains qui ont attaqué les Mandats ont fort bien pu, après l’attaque, faire route au sud-ouest et non vers Pearl Harbor. De plus, si cette stratégie de l’appât n’est pas dans les habitudes américaines, elle fait en revanche partie des procédures japonaises.

09h55 – La Flotte Combinée lance 24 D3A1 (12 du Kaga, 6 de l’Akagi et 6 du Shokaku), escortés par 36 A6M2 (9 par porte-avions).

10h25 – Les Shokaku et Zuikaku envoient 12 D3A1 et 15 B5N2 sans escorte à la recherche d’autres navires américains à l’est de la position du porte-avions repéré.
12h18 – Le radar du
Lexington détecte le premier raid. Les 8 F4F3 alors en CAP, commandés par le Lt-Cdr Edward H. O’Hare, sont aussitôt dirigés vers les avions japonais – aux commandes de l’un d’eux, Yvon Lagadec. « Dès que nous les voyons, je comprends que l’Officier Directeur de la Chasse (Fighter Direction Officer, FDO) a sous-estimé l’altitude du raid. Il nous a positionnés à 18000 pieds, mais les Japonais sont au même niveau, à peine un peu plus bas. Toute une troupe de Zéro nous arrive dessus, ils sont au moins trois fois plus nombreux que nous. Comme les autres, je fonce dans le tas, et en un instant, je ne vois plus autour de moi que des insignes rouges. Alors, je me mets à hurler comme un possédé : “Don’t dogfight ! Don’t dogfight !” dans mon laryngo. Mais peine perdue. Cinq de mes nouveaux copains se font descendre, contre deux Zéro, abattus tous les deux par Edward O’Hare. Pendant ce temps, tentant de suivre mon propre conseil, j’aperçois une trouée dans la masse de nos adversaires et, par cette trouée, des Val qui commencent leur piqué. Je plonge aussitôt à leur suite, m’attendant à me faire courser par un Zéro, mais rien. En revanche, je rattrape très vite les Val, qui piquent presque à la verticale, mais sont ralentis par leur train fixe et leurs freins de piqué. Ils sont peu nombreux, une dizaine ; j’en ajuste un, qui éclate dans un gros nuage de fumée noire et écarlate – j’ai dû toucher sa bombe. J’aimerais bien en flinguer d’autres, mais je commence à aller trop vite pour bien viser. Je pique à travers leur groupe bien ordonné, j’en frôle deux ou trois au passage, mourir en percutant un bombardier japonais, ce serait trop bête, mais il semble qu’eux non plus n’ont pas envie de me percuter, ils s’écartent et je me retrouve seul, et plus très haut, au-dessus du Lady Lex. Là, il va falloir redresser, car mourir en percutant le Lexington, ce serait vraiment bête ! Je tire sur le manche, mon zinc relève le nez, je suis incrusté dans mon siège et un peu voilé par les g positifs… mais j’arrive à redresser sans que ma machine parte en morceaux. Le Wildcat était un engin vraiment solide, capable d’encaisser plus de g que ses ingénieurs eux-mêmes ne l’auraient cru ! »

La CAP n’a en fait intercepté que les six Val du Shokaku, couverts par les 36 Zéro de l’escorte, car les 18 autres Val ont perdu le reste du groupe en traversant d’épais nuages. L’un des Val ratés par Lagadec est abattu par une DCA très dense et seul l’un des quatre autres parvient à toucher le Lexington, plaçant sa bombe juste devant l’ascenseur avant, au niveau de la première tourelle. Cette bombe allume un incendie qui va brûler une heure, dégageant un large panache de fumée noire. Lagadec : « Quand je reprends mes esprits, ruisselant de sueur, je cherche aussitôt le porte-avions. Horreur : il a été touché, et il brûle. Mais d’autres que moi le cherchent : j’entends le FDO guider des chasseurs vers une vingtaine de nouveaux Val. Furieux, je les suis. »

Douze autres Wildcat et six bombardiers en piqué SDB3 (ces derniers devant se placer à trois miles de l’écran, à 2 000 pieds, pour disperser d’éventuels avions torpilleurs) ont décollé du Lexington. Ils disposent rapidement d’une belle cible : les 18 Val du Kaga et de l’Akagi, qui ont perdu leur escorte et viennent de repérer le porte-avions grâce au panache de fumée de l’incendie. Les Wildcat abattent sept bombardiers en piqué, Lagadec s’adjugeant l’un d’entre eux : « Je reviens au Lexington enchanté, avec l’impression d’être un peu ivre et transpirant toujours à grosses gouttes. Merveille des équipes de contrôle des dommages américaines : l’incendie est contrôlé et nous pouvons nous poser. Quand je m’extrais de mon cockpit, je vois une petite foule accourir vers mon avion, bien reconnaissable au drapeau tricolore que j’ai fait peindre sur le gouvernail. Des cris, des mains qui se tendent vers moi… et je perds connaissance. Je me réveille à l’infirmerie, avec un superbe turban et un mal au crâne de première classe. Pendant mon piqué, ou juste avant, un morceau de ferraille nippon a transpercé ma verrière et arraché un morceau du cuir de mon casque et de mon propre cuir chevelu, sans que je m’en aperçoive. Ce n’était pas de la sueur que j’essuyais d’un revers de mes gants de vol, c’était du sang ! Mais une fois recousu, je me suis senti comme neuf, ou presque. Surtout que pas mal des marins du Lady Lex venaient congratuler leur Frenchie : m’ayant reconnu au milieu des Val, ils étaient sûrs que j’avais désorganisé leur visée (c’était bien possible…) et même que je l’avais fait exprès ! Mais là, c’était excessif…

Le plus curieux, c’est qu’ils en oubliaient ce qu’avait fait Edward O’Hare, qui commandait la CAP. Après avoir réussi à rester vivant à un contre trois et à descendre deux Zéro pour sa première rencontre avec eux, il avait participé à la bagarre contre le deuxième groupe de Val, et en avait abattu deux. Evidemment, lui, il ne s’était pas fait à moitié scalper ! Il ne m’en a pas voulu de lui avoir volé la vedette. Remarquez qu’il s’est rattrapé depuis : l’Aéroport International de Chicago porte son nom, et j’attends encore qu’on donne le mien au terrain de l’aéroclub de Saint-Malo ! Evidemment, moi, je n’y suis pas resté… » (Au-dessus des Sept Mers – Souvenirs d’un Marin du Ciel, par le Contre-Amiral Yvon Lagadec, Editions France-Empire).

Les onze Val survivants, incapables d’atteindre le porte-avions, attaquent son écran. Le croiseur lourd Indianapolis est touché deux fois, à la catapulte bâbord et au directeur de tir arrière, et secoué par deux bombes qui le frôlent. Les machines du destroyer Farragut sont endommagées par deux bombes qui le ratent de peu et le Phelps voit le D3A1 que sa vigoureuse DCA vient d’abattre s’écraser juste en arrière de sa passerelle. Les incendies sont violents sur l’Indianapolis et sur le Phelps, mais les trois bâtiments peuvent continuer à naviguer avec la Task-Force du Lexington.

Alertés, des chasseurs du Wasp interceptent les Japonais en retraite et détruisent un autre D3A1 et un A6M2 sans pertes.
Comme souvent lors de ces batailles, Nagumo reçoit des rapports contradictoires. A 12h45, il est informé que “Le porte-avions ennemi a été touché et brûle.” A 13h01, un nouveau message affirme: “Un cuirassé en feu” (en fait, il s’agit du croiseur lourd Indianapolis). Nagumo demande alors à Fuchida de préparer une nouvelle frappe pour achever l’ennemi. Cependant, à 13h16, un autre message signale que “Le porte-avions ennemi endommagé fait toujours route au sud-est.” Pour Nagumo et son état-major, cela ne peut avoir que deux significations. Soit la force américaine se replie rapidement sans essayer de contre-attaquer, soit, ce que les Japonais croient plus probable, cette force n’est qu’un appât destiné à les attirer dans une chasse vers le sud, où guettent d’autres porte-avions et peut-être des avions basés à terre.

A 13h25, Nagumo annule le nouveau raid et décide d’attendre le résultat de la mission du groupe lancé à 10h25. Mais ces avions reviennent sans avoir rien vu, quoique certains d’entre eux soient passés à moins de 35 nautiques du groupe du Wasp, opportunément masqué par un orage.
A 15h10, n’ayant pas de nouvelles informations, Nagumo décide de lancer un nouveau raid contre Rabaul, en n’utilisant que 32 B5N2 escortés par 21 A6M2. Cette attaque accroît les dégâts causés par la première, pendant que les soldats japonais se préparent à débarquer.
A ce moment, le Vice-Amiral Wilson Brown commence à respirer plus facilement. Les dommages subis par le Lexington sont sous contrôle et le porte-avions a récupéré ses avions, tandis que l’Indianapolis et les deux destroyers touchés tiennent le coup eux aussi, bien que le croiseur lourd fume encore. L’escadre s’est éloignée des navires japonais et n’a pas subi de dommage catastrophique.

En fin de journée, Nagumo contrôle son objectif. Sa mission est remplie. Les troupes qu’il escorte vont bientôt prendre Rabaul d’assaut. Ses pilotes ont décrit le porte-avions touché comme “gravement endommagé” et sont persuadés d’avoir très sévèrement atteint un cuirassé. Pourtant, il n’a pas su infliger un coup décisif à l’US Navy alors qu’avec davantage de chance, d’informations et de hardiesse, il aurait pu détruire la moitié des porte-avions alliés du Pacifique. Mais il l’ignore !
Au total, cette “Brève Rencontre” peut à peine être appelée bataille. C’est pourtant la première fois que deux flottes se sont heurtées “au delà de l’horizon”, sans véritable soutien d’avions basés à terre (en dehors des quelques malheureux australiens de Vunakanau), et elle fait donc date dans l’Histoire.


6 février

Norfolk (Etats-Unis)

Les contre-torpilleurs Guépard et Verdun rejoignent le Mogador et le trio lève l’ancre pour escorter un convoi partant pour Casablanca. Les trois navires ont participé à diverses opérations en Méditerranée (où le Mogador a été endommagé) avant d’être rééquipés. Les Guépard et Verdun sont maintenant armés de quatre 5 pouces/38 avec boucliers montés sur pivot, trois affûts doubles Bofors de 40 mm, six Oerlikon de 20 mm, des armes ASM améliorées et six (2 x 3) torpilles de 550 mm. La silhouette des navires a été modifiée par le regroupement des quatre cheminées en deux plus larges. Avec leur nouvel armement, ce changement leur donne une allure originale, très différente de leur aspect précédent ou de celui des autres contre-torpilleurs français. De son côté, le Mogador a vu ses deux tourelles arrières de 138 mm remplacées par trois 5 pouces/38, trois affûts doubles Bofors et six Œrlikon.

Au large des côtes marocaines
La TF-34, autour du Ranger, commence à s’entraîner avec les avions de l’Armée de l’Air et de la RAF pour préparer les opérations de traversée de la Méditerranée.

Sicile et Italie du Sud
Dans la nuit, des bombardiers Wellington (Sqn 37, 38 et 104, basés à Sfax, en Tunisie, et Sqn 40 et 148, basés à Malte) frappent Syracuse et Messine. A l’aube, des NA-73 français de la 6ème E.C. et des Tomahawk et Kittyhawk du 233ème Wing de la SAAF (Sqn 2, 4 et 7) attaquent tout ce qui bouge autour d’Agrigente et de Marsala.

Mer Egée
L’Escadre de Mer Egée (Contre-Amiral P. Vian) couvre le transfert dans l’île de Lesbos de la 1ère Brigade d’Infanterie grecque.

Malaisie – Singapour
Les deux fronts restent plutôt calmes, mais Penang, Ipoh et Kuala-Lumpur sont copieusement bombardées par l’aviation japonaise.

Indochine
Les troupes japonaises venant de l’ouest sont maintenant aux portes de Saïgon. En revanche, le front est, à Bien Hoa, paraît stabilisé, car les unités japonaises manquent quelque peu d’équipement lourd. De plus, les attaques de harcèlement effectuées le long de la route côtière par de petites unités indépendantes, composées d’hommes des tribus locales et de quelques Français, obligent le commandement japonais à organiser des unités de sécurité, réduisant le nombre d’hommes disponibles pour l’attaque de Bien Hoa.
Au Tonkin, le temps s’améliorant un peu, les avions français basés à Muong-Thien / Dien Bien Phu accentuent leurs attaques contre les forces japonaises.

Manado (nord de Célèbes)
De nouvelles unités de l’Armée japonaise arrivent à Manado, venant des Philippines, pendant que des troupes venant de Chine se dirigent vers Luçon via Taïwan.
Au crépuscule, le sous-marin américain Swordfish coule un cargo de 4000 tonnes au large du port.

Bandoeng (Java)
Une importante réunion du commandement de l’ABDAF met en lumière l’opposition entre les différents participants à cette structure. Les autorités hollandaises, arguant du fait que la contribution navale de l’US Navy à la défense de l’Indonésie est maintenant réduite à quelques sous-marins, demandent que l’Amiral T. Hart soit remplacé par l’Amiral Helfrich. Ce dernier réclame à Wavell et à Palliser de consacrer davantage de forces à la défense de l’est de Java, car on peut s’attendre à ce que l’ennemi pousse son avantage à partir de Timor. De leur côté, les deux officiers britanniques persistent à donner la priorité à Sumatra et à la Malaisie.

Les deux officiers supérieurs français présents sont dans une position difficile. Le Général Catroux, représentant officiel du gouvernement français, est déchiré entre ses instructions de « soutenir à fond la volonté hollandaise de défendre l’Indonésie » mais aussi de « prêter toute l’assistance possible aux forces britanniques et américaines, en tenant compte de la nécessité stratégique d’une étroite coopération avec ces deux pays. » La situation de Catroux n’est pas facilitée par le fait que la rancune ressentie par l’Amiral Decoux envers l’Amiral Hart à propos de ce qu’il considère comme une utilisation fautive de la Mine Force (principalement composée de navires français et placée sous son commandement) s’est transformée en un conflit ouvert avec l’amiral américain.

Sœrabaya (Java)
Arrivée du sous-marin français Casabianca, pour réparer les dommages subis en attaquant la 2ème Flotte japonaise.

Côte Est de l’Australie
Dans la nuit, le sous-marin Ro-61 coule au canon le charbonnier côtier Moonandah (Coal and Allied, 650 GRT). Puis, il s’approche de Catherine Hill Bay et, stationnant à 900 mètres du rivage, bombarde la mine de charbon. Ce bombardement provoque un incendie qui brûlera durant plusieurs jours.

Pacifique Sud-Ouest

Les troupes japonaises débarquent en force à Rabaul et en Nouvelle-Irlande. L’escadre américaine attaquée la veille s’étant visiblement retirée hors de portée, les porte-avions de Nagumo s’en prennent à Kavieng. Sous le commandement du Lt Takehiko Chihaya (de l’Akagi), 34 D3A1 escortés par 18 A6M2 bombardent Kavieng sans perte.
Pendnat ce temps, les avions du Shokaku et du Zuikaku attaquent Lae, Salamaue, Madang et Bulolo, sur la côte de Nouvelle-Guinée.

Pearl Harbor
Le croiseur sous-marin Surcouf rentre du raid qui l’a conduit de Papeete aux Bonin, ponctué par son action à Wake et par une reconnaissance dans les Mandats avant le raid aéronaval américain.


7 février

Paris
Extrait de l’Echo d’Alger (édition du 9 février) –
Paris soutient les héros de Saïgon !

De l’un de nos correspondants secrets à Paris – « Un petit événement vient de montrer aux Occupants et à leurs marionnettes que Paris, qu’ils croient à leur botte, est toujours la capitale combattante d’un pays en guerre, et qu’elle soutient ses enfants sur toute la surface du Globe. Depuis le 5 février, certains disent même depuis le 4, des inconnus animés d’un pieux patriotisme ont commencé à déposer des fleurs rue de Saïgon, dans le 16ème arrondissement. Le 6, les deux trottoirs de cette calme rue résidentielle étaient ornés d’une véritable guirlande, d’autant que les éboueurs, feignant la distraction, “oubliaient” d’enlever ces encouragements évidemment adressés aux héroïques combattants du Viet-Nam. Le 6 au soir seulement, réagissant avec une vivacité d’esprit bien germanique, la Kommandantur décidait de faire enlever ces fleurs par ses FeldGendarmes et plaçait deux hommes à chaque bout de la rue, avec ordre d’arrêter toute personne porteuse d’un bouquet ou même d’une seule fleurette ! Dommage que le ridicule ne tue plus guère !

Résultat : le 7 février, dès la fin de la matinée, le boulevard d’Indochine, dans le 19ème arrondissement, était aussi fleuri que la Promenade des Anglais à Nice un jour de Carnaval ! »

Normandie

Dans la nuit se déroule l’opération “Biting”. Douze bombardiers A.W. Whitley convertis parachutent 119 hommes près de la station radar allemande de Bruneval, sur la côte française, près du Havre. Avec des pertes minimes, le commando réussit à s’emparer d’un radar de contrôle aérien Würzburg et à le rapporter en Angleterre par mer.

Méditerranée Centrale
Le convoi BC41 (Benghazi-Héraklion) compte 17 transports escortés par le CA Dupleix, les six DD de classe Adroit Basque, Bordelais, Boulonnais, Forbin, Le Fortuné et Frondeur, les quatre DD de classe Bourrasque Ouragan, Simoun, Tramontane et Typhon (équipés d’un radar Type-271 particulièrement efficace pour repérer les sous-marins en surface), les DE grecs de classe Hunt-I Adrias et Kritè (ex-Cotemmore et Mendip de la Royal Navy) et les corvettes grecques de classe Flower Apostolis et Pindos. Du lever au coucher du soleil, il est constamment survolé par deux PBY-5 de la Flottille E23.

Dans la nuit, le convoi est attaqué par une petite meute de sous-marins allemands de type VII. Deux transports sont très vite détruits et le DD Le Fortuné, lui aussi torpillé, coulera à l’aube. Mais l’escorte riposte avec énergie et efficacité, car plusieurs de ses navires ont été spécialement équipés pour la lutte anti-sous-marine, et la contre-attaque est coûteuse pour les U-boots. Le U-372, sévèrement grenadé, est contraint à faire surface et éperonné par le Boulonnais, qui endommage sa proue dans cette action et doit être envoyé se faire réparer à Alexandrie. Le U-375 est détruit par les grenades des Simoun et Tramontane travaillant en équipe. Enfin, au matin, le U-751 est surpris en immersion périscopique par un des PBY-5 de l’E23 et coulé par un bombardement précis.

Mer Egée

Le commando du Major Courtney (68 hommes transportés par les sous-marins français Fresnel et Monge et par l’anglais Thunderbolt), soutenu par le Bataillon de Choc du Colonel Gambiez (365 hommes transportés par les contre-torpilleurs Le Fantasque, L’Indomptable et Le Terrible), attaque l’île de Skyros (Sporades du nord). La petite garnison germano-italienne est rapidement débordée et la véritable cible du raid, le radar d’alerte avancée Freya, est capturée. Avant l’aube, les éléments essentiels du radar sont démontés et chargés à bord des navires français, qui quittent Skyros sous une forte couverture aérienne fournie par la Force Aérienne de Mer Egée. Ce raid, l’une des opérations “Dark Knight/Chevalier Noir”, est particulièrement important, non seulement pour les renseignements techniques obtenus, mais aussi parce qu’il fait partie de l’opération de leurre “Hector”, lancée pendant la préparation de Crusader/Croisade.

Malaisie – Singapour
Au nord… Les Japonais commencent à évaluer la force de la “Green line” tenue par les troupes du Commonwealth.

Au sud… Ils reprennent leur avance vers Kluang.

Mer de Chine Méridionale

Dans la nuit, le sous-marin anglais Clyde, toujours en patrouille à l’entrée du Golfe de Siam, coule le sous-marin thaïlandais Vilun.

Indochine
Les combats de rue font rage dans l’ouest de Saïgon, déclenchant une terrible panique dans la population, qui fuit les bombardements de l’artillerie et de l’aviation vers les Hautes Terres ou vers le Delta. Le Général Mordant et le Haut-Commissaire Sainteny ordonnent l’évacuation finale de Saïgon par « toutes les troupes organisées », qui doivent se replier vers Bien Hoa pour pouvoir ensuite battre en retraite jusqu’à Ban Me Thuot.

Dans la nuit, les dernières personnalités vietnamiennes et chinoises sont évacuées par un petit Potez-56 à 8 places et par trois Potez-25, qui réussissent à se poser et à redécoller de “l’Aéroport International de Saïgon”. Mordant et Sainteny tombent d’accord pour refuser d’être eux-mêmes évacués par avion et pour se rendre à pied de Bien Hoa à Ban Me Thuot avec les troupes survivantes. « L’équipage du Margaux (sans doute le dernier SAV-41 encore opérationnel), qui tient Bien Hoa, voit passer le groupe formé par Mordant, Sainteny et leurs collaborateurs, où Sainteny est toujours en costume civil – à peine a-t-il daigné desserrer sa cravate et mettre des chaussures militaires, mieux adaptées à une longue marche. “C’est un bourgeois, ton Sainteny, y’a pas de doute, lance Roger Carmaux à Pierre Naudin, mais au moins, on peut pas dire que c’est un petit-bourgeois !” » (P. N’Guyen-Minh, op. cit.).

Côte Est de l’Australie
En plein midi, le sous-marin I-5 torpille et coule le cargo anglais Inventor (Harrison Lines, 6210 GRT, allant de Wellington à Melbourne pour compléter sa cargaison).

Pacifique Sud-Ouest
Les avions du Kaga et de l’Akagi attaquent à nouveau les terrains de Rabaul (Vunakanau et Lakunai) et appuient les troupes débarquées la veille.


8 février

Sicile
Plusieurs terrains de l’Axe dans l’île sont attaqués par 325 chasseurs et bombardiers alliés. Cette fois, la Luftwaffe et la Regia Aeronautica réagissent en force. Les attaquants perdent 9 bombardiers et 14 chasseurs, en échange de 6 chasseurs allemands et 8 italiens. Le terrain de Comiso est gravement endommagé, les dégâts sur les autres aérodromes étant considérés comme légers à modérés.

La nuit suivante, nouvelle opération Dark Knight. Les Lieutenants Robert “Tug” Wilson et David Stirling, du 1er SBS, arrivent en canoë sur la côte sicilienne, font sauter un tunnel de chemin de fer, puis retournent en pagayant jusqu’au sous-marin HMS Una qui les attend.

Malaisie – Singapour
Au nord…
La 11ème D.I. indienne est maintenant engagée à fond pour défendre la “Green Line” (Kuala Kangsar et Sungei Perak), malgré la reprise des opérations d’appui au sol des appareils de la Marine japonaise basés à terre.

Au sud… La nouvelle avance japonaise vers Kluang est arrêtée après de durs combats. Au crépuscule, un Spitfire de reconnaissance photographie une piste d’aviation dont une unité du Génie japonaise a commencé la construction près de Mersing, malgré le terrain marécageux.

Mer de Chine Méridionale

Opérant pour la première fois en meute, “à l’allemande”, les sous-marins de la 2ème Flottille d’Extrême-Orient patrouillent dans les eaux de Mako et entre Taïwan et les Philippines.

Le Sfax coule le pétrolier Azusa (11177 GRT), 20 nautiques au nord de Mako. Ce précieux navire est accompagné d’un chasseur de sous-marin, qui tente de riposter et lâche une douzaine de grenades, sans grande efficacité.
Mais c’est sur la route Taïwan-Philippines que les nouvelles tactiques vont montrer leur efficacité.

En début de matinée, le Béveziers détecte un convoi japonais se dirigeant vers Lingayen (car la Baie de Manille est toujours considérée comme interdite à la navigation par les Japonais, en raison de la présence des troupes américaines à Bataan et Corregidor). Après avoir signalé le convoi, son cap et sa vitesse, le Béveziers suit le convoi toute la journée et fait surface au crépuscule. A 21h15, il est rejoint par La Créole et L’Aurore, qui ont rallié vers la position prévue en début de journée. Appliquant les nouvelles instructions, les trois sous-marins attaquent en surface.

La Créole place deux torpilles dans les flancs du paquebot Teiko Maru, qui stoppe, et une (lancée de ses tubes orientables arrières) dans le cargo Okuni Maru, qui coule rapidement ensuite.

L’Aurore touche de deux torpilles un cargo non identifié, qui coule peu après, mais est contre-attaquée par l’un des escorteurs, le vieux destroyer Sanae (classe Wakatake). Après une heure de chasse et de contre-chasse, L’Aurore finit par exécuter son poursuivant d’une torpille de 550 mm.

Pendant ce temps, le Béveziers tire une salve d’un de ses affûts orientables contre un transport de troupes et le manque, mais il repère alors le Teiko Maru arrêté, s’enfonçant doucement. Le sous-marin l’achève d’une salve de proue de quatre torpilles, dont trois frappent le gros bâtiment. Le Bévezier est alors la cible du vieux DD Fuyo et doit plonger. Deux heures plus tard, son poursuivant ayant renoncé, il remonte à immersion périscopique et aperçoit alors un cargo solitaire sans escorte (en réalité, un navire du convoi, qui s’était dispersé après sa première attaque) et le coule d’une salve de son second affût orientable.

Au total, quatre transports et un escorteur coulés pour cette seule attaque !

Indochine
Les troupes japonaises contrôlent maintenant un tiers de Saïgon, mais avec beaucoup de difficultés. De violents combats de rue continuent de secouer la ville – ou ses ruines – et un convoi de ravitaillement est attaqué sur la route entre Cu Chi et Saïgon. A l’est de la cité, les dernières unités organisées françaises et vietnamiennes commencent à évacuer les positions défensives de Bien Hoa.

Péninsule de Bataan (Philippines)
L’avance des troupes japonaises, qui se poursuivait presque sans interruption depuis leur débarquement, est arrêtée au milieu de la presqu’île de Bataan, sur la ligne Bagac-Orion, par les forces américano-philippines. Les unités japonaises infiltrées sont coupées et anéanties lors des Batailles des Pointes et des Poches. Les défenseurs sont en théorie commandés par le Général MacArthur, mais c’est en réalité son second, le Général Wainwright, qu’il faut créditer de cette victoire défensive – à ce moment, MacArthur ne sort pas de son QG sur l’île de Corregidor (voir annexe 42-3-1).

Manado (nord de Célèbes)
Escorté par la force du Contre-Amiral Kubo, un convoi quitte Manado vers 03h00 pour Macassar.

Mer de Célèbes
L’unique navire de guerre japonais sérieusement touché lors de la bataille de Balikpapan le 22 janvier, le DD Natsushio, a quitté Balikpapan la veille pour Haïnan après des réparations provisoires. Ne pouvant dépasser les 15 nœuds, c’est une cible relativement facile pour le sous-marin américain S-37, qui l’envoie par le fond, sans savoir qu’il venge un peu les morts de l’escadre Glassford.

Côte Orientale de l’Australie
L’opération ONI se poursuit.

Embusqué près de Sydney, le Ro-63 aperçoit à 04h00 le convoi GP-2 (quatre transports et deux escorteurs) en train de quitter le port. A 05h20, ayant réussi à se placer en bonne position, il lance une salve complète. Une torpille frappe l’un des escorteurs, le dragueur auxiliaire Bunbury (opérationnel depuis moins d’un mois !), qui se casse en deux et coule immédiatement. Une autre torpille touche à l’avant le transport américain Portmar (Calmar Steamship Corp, 5505 GRT), qui parvient cependant à se traîner jusqu’à Sydney. Une troisième torpille atteint à l’arrière le hollandais Tjitjalenka (Java-Chine-Japon LIJN, 10972 GRT), qui peut lui aussi rentrer à Sydney. L’escorteur survivant attaque vigoureusement le Ro-63, lançant 37 grenades en quatre attaques. Puis il poursuit le sous-marin toute la journée, dans une chasse “jusqu’à épuisement”, mais le Ro-63, légèrement endommagé et toujours en état de combattre, réussit à se dégager à la tombée de la nuit.

Pacifique Sud-Ouest

Considérant que Rabaul est à présent sous le contrôle des forces japonaises, le Vice-Amiral Nagumo se retire vers Truck avec le Kaga et l’Akagi. Les Shokaku et Zuikaku, restés en arrière, lancent de nouvelles attaques contre Lae et Salamaue.

Nouméa
Escorté par le Wasp et son écran, le convoi transportant la 1ère Brigade de Marines rentre dans le port de Nouméa. Pendant ce temps, le Lexington, l’Indianapolis et les deux destroyers endommagés se dirigent vers Pearl Harbor, dont les équipes de réparations sont déjà en alerte.


9 février

Londres

En échange de l’achat du stock d’uranium entreposé à New York, de la fourniture pour vingt ans de minerai d’uranium aux trois puissances signataires et de la mise à disposition du matériel nécessaire à la remise en état de sa mine congolaise, l’UMHK se voit confirmer par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France l’accord précédemment signé avec les Franco-Britanniques. De plus, elle se voit accorder une augmentation du prix du minerai (dans le cadre de sa participation à l’effort de guerre allié, la Belgique avait gelé le prix des matières premières du Congo).

Méditerranée Centrale

Nouvelle journée d’intense activité aérienne alliée, cette fois au-dessus de la Sardaigne. Les avions de la RAF et de l’Armée de l’Air effectuent 227 missions de combat, perdant trois bombardiers et quatre chasseurs en échange de six chasseurs italiens abattus et de quinze avions détruits au sol.

Mer Egée

Escortés par 32 P-38 et 32 NA-73, 63 bombardiers lourds alliés (36 Consolidated-32 et 27 Stirling) bombardent en plein jour l’île de Limnos. Avec un courage suicidaire, cinq Fiat CR-42 décollent de la petite piste pour intercepter le raid, mais ils sont très vite anéantis par l’escorte.

Malaisie – Singapour
Au nord…
Les combats se font plus violents. La “Green Line” est maintenant directement menacée, et les bombardiers en piqué de la Marine sont constamment lancés à l’assaut de l’artillerie britannique.

Au sud… Les bombardiers basés à Kuching attaquent les positions du Commonwealth près de Kluang pour soutenir la poussée japonaise dans cette direction. Cependant, ces bombardements effectués par des bombardiers à moyenne altitude (des Ki-21) ne sont pas très efficaces.

Indochine
La bataille fait toujours rage dans Saïgon, où l’avance japonaise est ralentie par des combats de rue et la destruction d’immeubles entiers par des équipes de démolition pour créer des obstacles. A l’est, en arrière-garde, le Régiment de Marche Lecoq tient toujours Bien Hoa, pendant que l’immense colonne de réfugiés s’écoule lentement vers Ban Me Thuot, sous les constantes attaques des Ki-36 et des Ki-51.

Tjilatjap (côte sud de Java)
Escorté par les croiseurs australiens
Sydney et Hobart, le convoi naguère destiné à Timor entre à Tjilatjap en fin de journée. En effet, dans la matinée, l’Amiral Hart, dans son dernier ordre important à ABDAFFloat, a concentré tous les navires de surface alliés importants à Tjilatjap, ne laissant que des sous-marins et de petits bateaux à Sœrabaya et à Batavia, qui sont maintenant attaquées presque quotidiennement par les avions japonais.


10 février

Washington
A la suite d’un intense travail de lobbying de l’Ambassadeur des Pays-Bas, le Président F.D. Roosevelt, après en avoir longuement discuté avec le Secrétaire d’Etat Knox et l’Amiral King, décide de rappeler l’Amiral Hart et de laisser un Amiral hollandais commander ce qui reste d’ABDAFFloat. En réalité, le Maréchal Wavell a déjà reçu une directive de l’Etat-Major Combiné pour laisser Hart garder le titre nominal d’ABDAFFloat, mais en déléguant ses prérogatives opérationnelles à l’Amiral Helfrich. En fin de journée, Hart quitte Java, officiellement pour cause de “mauvaise santé”. Comme l’écrivit plus tard S.E. Morison : « Cette histoire fut considérée comme un mauvaise plaisanterie par les derniers équipages de l’Asiatic Fleet, car quelques jours plus tôt, inspectant les survivants de la Strike Force à Tjilattjap, “Tommy” Hart avait parcouru tous les navires comme un jeune enseigne. Chacun détestait l’idée de perdre ce bon barreur par gros temps. »
(S.E. Morison, The Rising Sun in the Pacific, p. 312). Il semble que S.E. Morison n’ait pas demandé l’avis des hommes du Lamotte-Picquet et de l’Emile-Bertin, ni celui des marins hollandais…

Casablanca
Arrivée du premier convoi “Bolero”. Après avoir ravitaillé, le groupe du Richelieu repart dans l’après-midi pour Scapa Flow.

Munich
Le Chef d’Etat-Major allemand, le Général Halder, rencontre le Maréchal Badoglio et le Général Kesselring pour discuter la situation en Mer Egée et en Méditerranée après la soudaine augmentation de l’activité aérienne alliée. Les opinions sont très discordantes.

– C’est très clair, affirme Kesselring : l’activité des forces ennemies en Mer Egée, les convois entre Benghazi et Héraklion, le fait que nos liens logistiques ferroviaires avec les Balkans soient systématiquement attaqués, tout prouve qu’une opération majeure contre la Grèce centrale est en préparation !

– Ne ramenez pas tout à vous, proteste Badoglio. Toute cette activité n’est sans doute qu’un rideau de fumée destiné à nous faire oublier que la Sicile est l’objectif logique de la prochaine offensive ennemie, c’est une évidence ! Où tombe le gros des attaques aériennes franco-britanniques ? Contre notre Sicile ! Ou contre notre Sardaigne !

– Il me semble que vos inquiétudes sont excessives, grogne Halder. Je pense que, si des opérations ennemies contre la Grèce sont envisageables, il s’agira probablement de diversions. Je m’attends à quelques débarquements limités dans les Sporades du nord pour impressionner les Turcs, qui auront bientôt d’autres raisons d’être impressionnés. Quant à l’activité aérienne au-dessus de la Sicile, elle est très certainement destinée à préparer le passage d’un nouveau convoi pour l’Extrême-Orient, qui doit être en préparation.

Aucune conclusion définitive ne ressort de cette conférence.

Malaisie – Singapour
Au nord…
Les forces japonaises commencent à percer la “Green Line”, mais à un coût très élevé.

Au sud… L’offensive japonaise vers Kluang est maintenant bloquée à 10 km de l’aérodrome, ou plutôt de ses ruines.

Mer de Chine Méridionale

Le sous-marin mouilleur de mines Perle effectue sa première mission offensive en Extrême-Orient, posant deux champs de mines à l’entrée de la Baie de Kuching.

Indochine
Alors que les troupes japonaises livrent encore des combats de rue acharnés dans Saïgon, les dernières forces franco-sino-vietnamiennes évacuent Bien Hoa, formant l’arrière-garde de la colonne de réfugiés.
« Manquant de carburant et de munitions, le char Margaux doit être abandonné, après avoir été dûment piégé. Son explosion coûtera la vie à deux soldats japonais trop curieux, et les officiers japonais qui examineront l’épave s’interrogeront longtemps sur la signification de l’inscription hâtivement peinte sur son flanc : “Ci-gît Margaux, meilleur char de la 1ère PanzerDivision de l’Armée du Front Populaire franco-vietnamien”. » (P. N’Guyen-Minh, op. cit.).

Au Tonkin, en dépit du très mauvais temps, les Hawk-81 et les Martin-167 français accomplissent de nombreuses missions contre les colonnes japonaises qui tentent de progresser vers l’ouest en suivant le cours de la Rivière Noire. Beaucoup d’embarcations sont détruites sur la Rivière par bombardement ou mitraillage.

Java
Bandoeng et Batavia sont sévèrement bombardés dans la matinée par des avions de la Marine basés à Kuching. Ceux basés à Kendari et à Amboine ciblent les terrains du ML-KNIL à l’est de Java dans l’après-midi.

En début de soirée, un nouvelle réunion de l’ABDAF se tient à Bandoeng. Le Maréchal Wavell demande au Général Ter Poorten de préparer la défense de l’est de Java. Ter Poorten souligne alors que la protection aérienne de Java est pratiquement inexistante. Les quelques Hurricane assemblés à Bandoeng ou même à Tjilatjap sont pour la plupart envoyés à Palembang-II pour défendre le Détroit de Malacca. Depuis la chute de Timor, les P-40 de l’USAAF ne peuvent plus venir de Darwin. Transférer des chasseurs par bateau à partir de Fremantle est devenu nécessaire pour organiser la défense aérienne de Java.

Tokyo
L’Etat-Major Général de l’Armée (Koku Hombu) accepte d’envoyer le 1er Régiment Aérien Indépendant d’Appui Tactique sur le “Front Sud”. Les avions doivent voler du Japon en Malaisie par Formose, Haïnan, Tourane et la Thaïlande. Une fois son entraînement achevé, le 2ème Régiment doit être transporté par des cargos de la Marine jusqu’à la nouvelle piste en construction près de Mersing.

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