Avril 1942 (2/4)
11 avril
Dallas (Texas)
Les quatre premiers chasseurs
North American NA-89, propulsés par un moteur Packard V-1650-I (comme celui
utilisé sur le P-40F) sont livrés à l’Armée de l’Air à la nouvelle usine de
Dallas, construite sur fonds français. Ces avions ont une vitesse maximum de
382 mph (614 km/h) à 11300 pieds
(3444 m) et de 395 mph (635 km/h) à 18600 pieds (5670 m), ce qui est nettement
supérieur aux performances du Spitfire V. Leur armement se compose de quatre
mitrailleuses de 12,7 mm avec 315 cpa, et les ailes sont prévues pour porter
deux bombes de 250 livres ou deux réservoirs supplémentaires largables de 65
Imp. Gal. Le rayon d’action en combat est de 1150 mls (1850 km) avec réservoirs
supplémentaires.
Acheté sur la planche
à dessin par l’Armée de l’Air pour remplacer le D-520, le NA-89 est appelé
“Mustang II” dans l’Armée de l’Air et dans la RAF. Les NA-73 à moteur
Allison sont rétrospectivement officiellement baptisés “Mustang I” dans
l’Armée de l’Air pour homogénéiser la nomenclature avec celle de la RAF
(officieusement, les pilotes français préfèrent depuis le début parler de
l’avion comme d’un cheval de western plutôt que d’un numéro matricule).
L’USAAF, qui a essayé l’avion à la fin de 1941, a décidé de l’acheter sous
l’étiquette P-51B. Ce dernier, doté de quelques équipements spécifiques à
l’USAAF, est identifié comme le NA-95 dans la nomenclature de North American.
Les Mustang à moteur Merlin-Packard ne doivent pas complètement remplacer les
modèles à moteur Allison, car la RAF et l’Armée de l’Air ont acheté des
variantes de chasse-bombardement du NA-73. Il s’agit des NA-83 et NA-91 (avec
quatre 20 mm) pour la RAF et du NA-92 pour l’Armée de l’Air (certains NA-92
seront équipés de deux canons de 40 mm Vickers “S” pour l’attaque au sol, des
blindés notamment). Ces avions à moteur Allison seront construits à l’usine
d’Inglewood (Californie), l’usine de Dallas se spécialisant dans les appareils
à moteur Packard au moins jusqu’à l’introduction du V-1650-3 (Merlin
séries-60), considéré comme la motorisation “idéale” du Mustang.
Gibraltar
Début de la Bataille de Gibraltar (voir annexe 42-4-3).
Alger
Les chefs d’état-major français de la Marine et de l’Armée de l’Air (Lemonnier
et Bouscat) rencontrent leurs homologues britanniques (Cunningham et Tedder)
pour discuter du redéploiement de leurs forces dans les semaines à venir.
– Le Dunkerque devra partir dans un mois pour les Etats-Unis, où il bénéficiera d’une remise en état générale et d’une amélioration de son armement anti-aérien, rappelle d’abord l’Amiral Lemonnier. Quelques semaines plus tard, ce sera le tour du Strasbourg.
– C’est une bonne
chose que la flotte italienne ne soit pas très en forme en ce moment, commente Sir A. Cunningham, car nos deux
porte-avions d’escadre de la Royal Navy en Méditerranée vont bientôt partir
pour Colombo. Et comme le Furious doit rejoindre la Home Fleet, le Ranger
de nos amis américains va être pour un moment le seul porte-avions allié en
Méditerranée.
– De toutes façons, estime Lemonnier, la Méditerranée est plutôt
dangereuse pour les porte-avions. Nous en avons perdu quatre dans ces eaux
depuis février 1941: deux vieux (le MN Béarn et l’HMS Eagle), un
moderne (l’HMS Ark-Royal) et un petit CVE (le MN Bois-Belleau).
Jusqu’ici, les sous-marins ont été une menace au moins aussi redoutable que les
bombardiers ennemis basés à terre, puisqu’ils ont coulé deux de ces bâtiments,
l’Ark-Royal et l’Eagle.
Et cette menace risque de s’amplifier encore, car les quatre interlocuteurs savent que la KriegsMarine est en train d’essayer de faire passer un grand nombre de sous-marins en Méditerranée par le Détroit de Gibraltar. Un Whitley français de lutte ASM a déjà annoncé la veille avoir attaqué et probablement coulé un sous-marin, 50 nautiques à l’ouest du détroit. Tant que durera la bataille qui commence, Gibraltar devra être considéré comme fermé, sauf pour les convois les mieux escortés et protégés.
– En pratique, précise Cunningham, le retour du Furious à Scapa Flow devra attendre la fin de ces opérations. Inutile de tenter le diable. D’ici là, il continuera d’opérer avec le Ranger en Méditerranée Orientale.
Bien que l’on espère
une grande efficacité des puissants groupes “chasseurs-tueurs” qui ont été
organisés pour cette bataille et opèrent avec un important soutien d’aviation,
il faut prévoir l’entrée dans la Méditerranée d’un certain nombre d’U-Boots.
Pour les semaines qui viennent, la guerre anti-sous-marine doit recevoir la
plus haute priorité, d’autant plus que les unités anti-navires de la Regia
Aeronautica et de la Luftwaffe ne vont pas se relever trop vite des coups
qu’elle ont subis depuis fin février. Le déploiement des porte-avions doit donc
se faire de façon à minimiser les risques. Autant que possible, le soutien
aérien aux opérations à terre doit être fourni à partir de terrains avancés,
comme ceux qui sont maintenant en activité dans le Péloponnèse ou comme celui
de Pantelleria, qui devrait bientôt être pleinement opérationnel. En Méditerranée,
les porte-avions ne devront plus être utilisés pour l’appui rapproché des
opérations terrestres qu’en cas d’urgence.
Péloponnèse
Durant la nuit, les hommes du 5ème RTM contre-attaquent les troupes
allemandes qui tentent de couper la route côtière. Les gains allemands des
derniers jours sont annulés, mais les troupes marocaines ne parviennent pas à
rejeter l’ennemi des collines qui dominent la route, et celle-ci reste sous le
feu allemand.
Dans le sud, le génie
militaire français ouvre à Kalamata une nouvelle piste, baptisée K2 (tout près
de l’actuelle base de la Force Aérienne Grecque de Kalamata).
Limnos
Le HMS Welshman
débarque à Mudros un nouveau radar à longue portée, qui doit être implanté sur
l’une des collines de l’ouest de l’île.
Singapour
Front nord.
Les Japonais débarquent de nouveaux éléments de la division dont le débarquement a commencé la veille près de Kranji. Les restes de la Division de la Garde attaquent vers l’est, sans succès, tandis que la division nouvellement débarquée attaque vers le sud. Le régiment débarqué la veille progresse vers l’entrepôt de munitions de Kranji, infligeant de lourdes pertes à la 63ème Brigade indienne, mais il est finalement arrêté par une contre-attaque de blindés britanniques et par le tir de l’artillerie de campagne, d’autant plus nourri qu’il apparaît que les munitions de l’entrepôt qui n’auront pas été dépensées vont bientôt devoir être détruites.
Devant l’accroissement des pertes de la 9ème Division indienne (8ème, 12ème et 22ème Brigades), pour raccourcir le front, faciliter son ravitaillement et créer des réserves, le commandement britannique ordonne aux unités du génie de préparer une série de lignes de défense pour se replier vers le sud si besoin : 1. Rivière Sembawang – Collines – Réservoir de Seletar ; 2. Base navale – Collines – Réservoir de Seletar ; 3. Sungei Simpana – Base aérienne de Sembawang – Réservoir de Seletar ; 4. Sungei Seletar – Nee Soon – Réservoir de Seletar.
Front ouest.
Sur la rive sud du Sungei Berih, la division japonaise dont un régiment a débarqué la veille achève son débarquement, grâce à un quai improvisé bâti par le génie.
Sur le front ouest, les 5ème et 18ème Divisions japonaises lancent des attaques répétées, de nuit comme de jour, cherchant avec acharnement la faille entre deux unités qui pourrait ouvrir une possibilité de débordement. Les Britanniques répondent aux poussées japonaises par de fortes contre-attaques locales.
A 11h30, après une intense préparation d’artillerie et d’aviation, les Japonais lancent leur principale attaque contre la “ligne Jurong avancée”, contre les 227ème et 214ème Brigade-Groups. Infanterie et blindées subissent de lourdes pertes dans les champs de mines, mais leur élan n’en est pas affecté. Les attaquants se jettent dans les brèches des barbelés et des fossés antichars, ou acceptent sans sourciller de nouvelles pertes pour écraser les barbelés ou combler les fossés. La première ligne de tranchées est abandonnée par les Britanniques, qui concentrent leur effort de défense sur les postes fortifiés des compagnies, autour desquels les mitrailleuses légères Vickers et les mortiers de 3 pouces font un véritable massacre dans les vagues d’assaut compactes de l’infanterie japonaise. Dans les tranchées se déroulent des combats au corps à corps. Les mitraillettes Thompson se montrent redoutablement efficaces et les combats à la baïonnette donnent l’avantage au fusil anglais, plus court donc plus maniable, et au soldat européen, entraîné de façon plus réaliste et en général plus musclé. Encore et encore, les Japonais se jettent sur les défenses adverses, encore et encore, ils subissent des échecs sanglants.
Les Britanniques sont stupéfaits par les tactiques d’assaut japonaises, qui privilégient absurdement l’ordre serré. Les formations japonaises se fient à la masse, à la vitesse et à “l’esprit du guerrier” pour surmonter toute opposition, matérielle ou humaine. Les unités qui chargent deviennent rapidement des masses incontrôlables, et des cibles impossibles à rater. Cent fois les unités repoussées se regroupent bien en vue et à portée de fusil des défenseurs. Quand ceux-ci ouvrent le feu, les Japonais resserrent encore les rangs pour former un bloc prêt à charger – l’exact opposé des pratiques de toutes les autres armées modernes.
…… « Un tel comportement ne pouvait avoir de sens que sur les champs de bataille envahis de fumée des années 1880-1900, où la combinaison des armes à tir rapide et des munitions à poudre noire provoquait une rapide baisse de la visibilité. Tout se passait comme si l’armée japonaise était prisonnière de ses victoires de la guerre sino-japonaise à la fin du XIXe siècle et de la guerre russo-japonaise de 1904-1905. En toute honnêteté, il faut se souvenir que l’armée britannique a mis quatre-vingt-dix ans pour se débarrasser de l’état d’esprit de “Waterloo 1815” et des autres victoires de Wellington. » (un officier anglais du 214ème Brigade Group, in P. N’Guyen-Minh, op. cit.)…… « On sait aujourd’hui que chaque bataillon d’infanterie japonais à Singapour avait déployé une compagnie d’assaut “coréenne” chargée de mener les attaques. Ces compagnies ont représenté un pourcentage disproportionné des morts japonais. »…… (P. N’Guyen-Minh, op. cit.)
Les unités japonaises attaquent sans cesse, jusqu’à être si affaiblies que tout progrès devienne évidemment impossible. Parfois, de petits groupes d’hommes se fraient un chemin au delà de la ligne de défense avancée, pour se faire abattre par le tir à longue distance de l’infanterie britannique de la réserve ou de la ligne principale, 500 à 200 mètres plus loin.
L’artillerie britannique se limite à de brefs mais très violents bombardements dirigés contre les canons ou les blindés japonais, pour réduire le risque d’une attaque de bombardiers en piqué, qui rôdent en quête d’une batterie à éliminer. En pratique, l’affrontement est d’abord une “bataille de soldat”, décidée par “the poor, bloody infantry”.
Au coucher du soleil, les Britanniques comptent 18 chars incendiés, 1209 Japonais morts sur les barbelés et autour (ou à l’intérieur) des positions de défense, et 115 Japonais blessés et prisonniers. Là encore, le nombre de morts japonais est accru par le refus de toute reddition, même lorsque la poursuite du combat est visiblement futile, et par des suicides, notamment chez les blessés. Le nombre de morts japonais à distance des lignes de défense est inconnu, mais certainement élevé.
Les pertes des deux brigades britanniques se montent à 297 morts, 605 blessés et 67 disparus, présumés morts. Presque toutes ces pertes touchent les unités en première ligne.
Sud-Est de Johore.
La force de diversion japonaise continue à menacer la batterie de défense côtière de Pengerang.
Sur tous les fronts, l’accroissement des pertes et la fatigue progressive des hommes préoccupent le commandement du Commonwealth. L’action est continuelle depuis la nuit du 8 au 9 avril sans pause réelle, car même à l’arrière du front, les hommes sont soumis à la menace des bombardements de l’aviation ou de l’artillerie. Au contraire, les Japonais ne sont pas soumis à un stress similaire lorsque leurs chefs leur octroient un moment de repos. Cependant, les quatre bataillons de la 15ème Brigade Indienne (4/9ème Jat Regt, 1/14ème et 5/14ème Punjab Regt, plus un bataillon de réserve composite) remontent en ligne. Ils doivent dans la soirée prendre place autour du Jurong Trig et de la Colline 85, sur Jurong Road, entre le 2ème King’s Own Yorkshire Light Infantry (KOYLI), à leur droite, et le 2ème Régiment Malais de la 2ème Brigade de Malaisie, à leur gauche.
Côte orientale de
l’Australie
15h00 – Le Ro-67
torpille le transport américain isolé Mormacsea
(7773 GRT, ex-Sea Panther, US
Maritime Commission, en route pour Melbourne avec un chargement militaire et
des avions stockés sur le pont). Une des deux torpilles tirées par le Ro-67 touche le gros transport, mais
celui-ci ne coule pas et il faut deux autres torpilles pour l’achever.
Pacifique Sud-Ouest
Les DD de la Marine Impériale Tokitsukaze et Yukikaze, accompagnés du TB Tomozuru, débarquent des troupes à l’ouest de la Nouvelle-Guinée, à Sorong et Sarmi/Hollandia.
Pearl Harbor
L’Amiral Nimitz est averti par la Naval Intelligence et le Signal Interception
Office que la densité du trafic radio japonais a récemment chuté de façon
spectaculaire en dehors des messages transmis en code JN-25. La chute la plus
nette concerne les messages envoyés par la base de Truck. Tous les grands
bâtiments japonais ont changé d’indicatif radio ces deux dernières semaines.
Des messages en clair indiquent un accroissement des vols de liaison à grande
distance effectués par des officiers de haut rang et les activités des
hydravions lourds japonais ont notablement augmenté, surtout sur la route
Yokohama-Saïpan-Truck.
Les services d’écoute
peuvent cependant fournir une indication plus positive, mais inquiétante :
la possibilité d’une offensive japonaise prochaine contre l’Australie, la
Nouvelle-Guinée et les Salomon britanniques ne peut être écartée.
12 avril
Londres
Les cryptographes britanniques avertissent les plus hautes autorités que les
codes allemands ont été changés en masse dans les jours précédents. La
situation n’est pas aussi mauvaise qu’on pourrait le craindre, car le système
de codage n’a apparemment pas été modifié (en effet, il s’agit toujours
d’Enigma). Cependant, il s’écoulera plusieurs semaines et peut-être plusieurs
mois avant que les nouveaux codes mis en place ne soient déchiffrés. Pendant ce
temps, les services d’écoute radio se contenteront d’étudier la provenance des
transmissions ennemies et d’analyser le volume de messages échangés entre les
correspondants – et c’est déjà très fructueux.
Kiel
Cent-vingt et un bombardiers de la RAF attaquent de nuit le port de Kiel,
espérant obtenir contre le Tirpitz, en réparations, le même succès que
contre le Gneisenau, qui ne naviguera plus jamais. Cependant, si le port
lui-même subit des dégâts, le cuirassé est épargné. Ce raid est néanmoins
marquant, puisqu’il s’agit du premier auquel participent (au sein des squadrons
44 et 97) des Avro Lancaster, futurs avions emblématiques du Bomber Command.
Péloponnèse
Alors que les combats au sol atteignent un état d’équilibre, les deux camps tentent de faire basculer la situation en leur faveur en attaquant les communications adverses. La ville de Kalamata est attaquée dans la matinée par une formation allemande, qui perd deux Ju-88 et trois Bf-109F, abattus par des Spitfire V des GC I/1 et II/1 en échange de deux des leurs (plus un troisième trop endommagé pour être réparé). A midi, un raid de la RAF contre Corinthe se traduit par la perte de trois Blenheim IV et deux P-40E en échange de deux Bf-109F.
Pendant la nuit, des
Wellington de la RAF poursuivent le mouillage de mines dans le Golfe de Patras
et devant Le Pirée, dont le port est attaqué par des Stirling et des
Consolidated-32 de Coronation/Couronnement. Au large de Pyrgos, un caboteur
grec est coulé par un sous-marin italien, qui est pourchassé par deux corvettes
françaises mais réussit à s’en tirer.
Mer Egée
Pour la première fois depuis le lancement de l’opération “Hector”, les communiqués des deux camps indiquent que « tout est calme sur le nord de la Mer Egée ». Mais tout près, les opérations continuent… Au crépuscule, quatre Mustang I venus de Mytilène en volant au ras des vagues, sous la couverture radar, attaquent l’aérodrome de Volos. Ils détruisent un Ju-52 et un He-111 et filent avant que la flak ne soit revenue de sa surprise.
Singapour
Front nord.
Le débarquement
d’une deuxième division se poursuit à l’ouest de la Jetée, par le quai de
Kranji et le quai “Pineapple” dans le Sungei Pang
Sau. En fin de journée, cette division sera
identifiée comme la 27ème D.I., l’une des deux débarquées à
Endau-Mersing. Ses unités vont au fur et à mesure renforcer la poussée vers le
sud, en direction de l’entrepôt de munitions de Kranji (carré 7221) et des
réservoirs de carburant de Yee Tee (Réf. 738196).
Elles sont arrêtées par la 16ème Brigade indienne et des renforts
d’artillerie et de chars (au point de Réf. 710238).
La Division de la
Garde continue d’essayer d’élargir la tête de pont vers l’est. Elle reprend sans opposition la
moitié ouest du terrain perdu l’avant-veille. Voulant profiter de son élan, le
4ème Régiment se jette sur la Colline 120 (Réf. 745249) et sa
voisine la Colline 105 (Réf. 743242). Mais bien que les défenseurs aient subi
des pertes et que la fatigue réduise leur efficacité, ils sont bien retranchés
et tiennent bon. La nuit précédente, huit chars d’infanterie Valentine sont
venus s’embusquer à couvert, fournissant un soutien matériel et moral bienvenu,
tandis que deux batteries d’artillerie de campagne se sont redéployées pour
améliorer l’appui-feu. Quand le 4ème Régiment de la Garde s’avance,
ses premiers rangs sont fauchés en quelques instants. Les survivants et leurs
chefs montrent qu’ils ont bénéficié de trois jours de sélection darwinienne :
au lieu de se masser pour repartir à l’assaut, ils reculent hors de portée des
armes légères et commencent à se retrancher.
Sur la droite du 4ème
Régiment, à l’est du Sungei Pang Sau, le 3ème Régiment, aidé par les
restes du bataillon de reconnaissance, de l’artillerie et du bataillon du
génie, fait le plus de bruit possible devant les positions de la 11ème
Division indienne pour masquer la faiblesse en nombre et en matériel des
Japonais à cet endroit.
Front ouest.
Six brigades du Commonwealth tiennent toujours solidement la ligne Jurong avancée (du nord au sud : les 7ème et 8ème Brigades de Malaisie (formant la 2ème Division), les 227ème et 214ème Brigades (ou Brigade-groups) britanniques, la 13ème Brigade indienne et la 2ème Brigade de Malaisie.
Au début de la nuit, la 5ème Division japonaise au nord et la 18ème Division au centre poursuivent leur pression et leurs tentatives d’infiltration, faisant aussi beaucoup de bruit pour empêcher les défenseurs de se reposer un seul instant. Pour leur disputer l’initiative, les Britanniques lancent entre minuit et 03h00 plusieurs “raids de tranchées” avec en tout un millier d’hommes bien soutenus par l’artillerie. Plusieurs groupes de Japonais sont surpris à découvert et anéantis : équipes d’infiltration, patrouilles d’observation, formations d’ouvriers coréens creusant des retranchements et, malheureusement, de nombreux brancardiers japonais profitant de la nuit pour rechercher des blessés. Le grand nombre d’ennemis tués indique qu’un assaut était en préparation pour la fin de la nuit, comme les Japonais en ont donné l’habitude à leurs adversaires.
Au sud, la nouvelle division qui a achevé son débarquement la veille est peu à peu identifiée comme la 9ème D.I. (qui a, comme la 27ème, débarqué à Endau). Dès 00h30, elle attaque droit vers la ville de Singapour, avec un certain succès. Des unités s’infiltrent par les marais du Sungei Jurong et attaquent sur ses arrières le 5/1er Punjab Regt, en réserve de la 13ème Brigade indienne à la borne des 12 miles de Jurong Road. A l’aile gauche de la brigade, le 2/7ème Rajput Regt perd tout contact avec ses deux compagnies de gauche.
…… « Les Japonais ont surgi sous notre nez, hurlant, jetant des grenades et chargeant à la baïonnette. La plupart des copains n’ont pas eu la moindre possibilité de repli, ils se sont fait tuer sur place. » (un des rares survivants de la compagnie tenant l’aile gauche du 2/7ème Rajput en première ligne)…… « Les Japs étaient très nombreux et visiblement expérimentés, mais nous avons pu replier presque tout le monde, sauf un peloton d’arrière-garde, dont on n’a plus entendu parler. Pauvres gars. Vous pouvez les compter comme Missing In Action, mais Killed In Action serait plus réaliste. » (un officier de la compagnie tenant l’aile gauche du 2/7ème Rajput en seconde ligne)……
Dans la matinée, deux compagnies de la Dalforce sont repoussées vers le nord-est jusqu’à la borne des 11 miles de Jurong Road, et la 2ème Brigade de Malaisie, à gauche de la 13ème Brigade, est durement pressée. Les 8ème et 11ème Buffs (Royal East Kent) signalent que tout leur front est attaqué par de l’infanterie soutenue par un très violent tir de mortiers. La 9ème D.I. japonaise traverse le Sungei Jurong sur 2000 mètres de front, détruisant une compagnie et en mettant une en fuite. Les six autres compagnies subissent de lourdes pertes et se replient selon un mouvement général vers le sud-est, chacune recherchant la protection de sa voisine de gauche, ce qui raccourcit le front de la brigade mais permet aux Japonais de progresser vers la route côtière, s’emparant d’une zone de 1500 mètres sur 5000 au flanc sud de la ligne alliée. En fin de journée, toute la 2ème Brigade de Malaisie et quelques éléments de la 1ère abandonnent le Sungei Jurong et se replient sur le cours inférieur du Sungei Pandan, où les Japonais les rattrapent.
La ligne Jurong principale est menacée d’être débordée et la route de Singapour paraît ouverte. Les Britanniques réagissent par des contre-attaques énergiques pour couvrir leur voie de retraite vers la ligne Jurong principale et engagent leurs dernières réserves locales sur leur flanc sud, le long du Sungei Pandan.
Sur son aile gauche, la 9ème Division japonaise cherche à répéter son succès de la matinée et tente de traverser le cours supérieur du Sungei Pandan, mais elle est stoppée net par la 13ème Brigade indienne, qui s’est rapidement retranchée sur cette rivière. De plus, l’artillerie britannique à courte portée déployée sur les côtes est et sud commence à pouvoir appuyer la défense le long du Sungei Pandan. En revanche, malgré la vitesse d’exécution remarquable de leurs pontonniers, qui mettent en place un pont de bateaux sur le Sungei Jurong pour la route de la côte ouest, les Japonais ont beaucoup de mal à faire avancer leurs unités de soutien et notamment leur artillerie et ses munitions.
C’est alors qu’en fin d’après-midi, les deux canons de 15 pouces de la batterie de Buona Vista entrent en action pour la première fois. Au contraire des autres batteries de l’île, pivotant sur 360°, les équipements (câbles électriques et autres) installés par Vickers ne laissaient à celle-ci qu’un champ de tir de 180°, orienté vers la mer, au sud. Mais depuis plusieurs mois, les servants de la batterie et les équipes d’entretien se sont battus pour obtenir le matériel nécessaire à la rotation des canons et ont démoli tous les obstacles (arbres, bâtiments, etc.) pouvant limiter le champ de tir. Et vers 17h00, sous un rideau de fumée tendu par une unité des Royal Engineers, les énormes canons ouvrent le feu sur les batteries japonaises dans le sud-ouest de Johore, à 20000 mètres environ, et sur des concentrations ennemies dans le sud de l’île de Singapour, à moins de 7000 mètres.
…… « La batterie s’est mise à faire feu comme un tireur d’élite géant, avec une précision née de notre long entraînement et du repérage soigneux des cibles. Dans nos jumelles, nous pouvions voir les résultats, et nos canons faisaient du joli travail ! De plus, cela nous donnait l’impression de venger le pauvre Malaya, car c’était avec ses obus que nous tirions. Avant de quitter l’île pour sa dernière mission, le vaisseau avait laissé à Singapour une bonne partie de ses obus de 15 pouces explosifs. L’idée en était venue à son commandant en voyant le Ramillies, endommagé, débarquer les siens. Et c’est du fond de la Mer de Chine que le cuirassé coulé répliquait, par notre intermédiaire. » (un officier de la batterie de Buona Vista)……
Au centre de l’île, les 5ème et 18ème Divisions japonaises se lancent à nouveau à l’attaque de la ligne Jurong avancée.
Toute la journée, la 18ème D.I. livre une bataille d’usure à la 13ème Brigade indienne et à la 214ème britannique. Des combats au corps à corps, à la baïonnette et à la grenade se succèdent, sans que les Japonais puissent percer les lignes du Commonwealth. Mais le flot continu de soldats blessés et choqués venant de la ligne Jurong révèle l’affaiblissement progressif des bataillons, dont chaque section subit des pertes. Britanniques et Indiens ont le dessus dans la plupart des engagements, mais l’effet cumulatif de deux jours de combat quasi permanent impose de raccourcir le front, et en fin de journée, les deux brigades se replient sur la ligne Jurong principale. De plus, il leur faut boucher le trou qui s’ouvre entre la gauche de la 13ème Brigade indienne et le Sungei Pandan, et seuls le 1er (MG) Manchester Regt et le 1er West Yorshire Rgt sont disponibles. Le commandement de la Région de Malaisie sera bientôt privé de ses meilleures unités d’infanterie, très bientôt – toute la question est de savoir si les Japonais ont souffert autant, et de quelles réserves ils disposent.
Plus au nord, l’aile droite de la 5ème Division japonaise attaque la 227ème Brigade britannique autour de Bulim. Elle a droit à l’appui de toute l’artillerie à longue portée installée en Sud-Johore et des meilleures unités de l’aviation de l’Armée. Mais les troupes japonaises qui attaquent Bulim doivent traverser des champs de lallang (de hautes herbes locales), brûlé par les bombardements ou écrasé par le passage des troupes. Obligés de se lancer en terrain découvert, les Japonais réussissent pourtant à percer près du village (Réf. 691192). Une lutte acharnée commence pour le contrôle de Bulim et des champs qui l’entourent, et à nouveau surgit le spectre des chocs désespérés de l’autre guerre. Le terrain change de mains à de nombreuses reprises, de petits groupes d’hommes ou des compagnies entières luttant pour la possession de quelques arpents de boue sans valeur et sans nom dans des empoignades innombrables sur 1500 mètres de front.
…… « A deux reprises, des gars de l’infanterie nous ont demandé de tirer sur leurs positions. La première fois, comme l’officier qui répondait hésitait, le type lui a dit “Allez-y, vous ne risquez pas de nous toucher, nous sommes littéralement couverts de Japs, ils grouillent comme des mouches sur une charogne !” Alors on a tiré des shrapnels. Mais à la fin de la journée, on n’a pas pu rétablir le contact avec la position qui avait demandé le tir. On a appris qu’elle n’existait plus et que le coin était couvert d’amas de cadavres japonais. Mais je me demanderai toujours si nos gars sont morts sous les balles des Japs ou sous nos obus. Vous me direz, ça fait pas une grosse différence, mais quand même… » (un servant d’une batterie d’artillerie de campagne de la 227ème Brigade)……
A l’extrémité nord de la ligne Jurong avancée, l’aile gauche de la 5ème Division traverse le Sungei Tengah et attaque la faible 2ème Division de Malaisie, qui se réorganisait près de Bukit Timah quand elle avait été envoyée en ligne. Ce sont les quatre bataillons en sous-effectifs de la 8ème Brigade de Malaisie (“Eastern Brigade”) qui subisssent le premier choc : du sud au nord, le 2/7 ème Royal Sussex Regt, le 2/10 ème Queen’s Own Royal West Kent Regt, le 2/9 ème Essex Regt et le 2/14 ème Queen’s Royal Regt (West Surrey) tiennent un front de 3000 mètres, avec le 1er Defence Regt (Essex) R.A. et le 4ème Defence Regt (East Sussex) R.A. (24 canons de 18 livres chacun) en appui direct. A droite et en arrière de la 8ème Brigade se trouve la 7ème (“Welsh Brigade”) avec deux bataillons, le 2/12ème Royal Welsh Fusiliers et le 2/7ème (MG) King’s Shropshire Light Infantry, couvrant les eaux du Sungei Peng Siang et du Sungei Kranji contre une attaque de flanc vers l’entrepôt de Kranji. Le troisième bataillon de la brigade, le 2/7ème South Wales Borderers, occupe la Colline 115, derrière le centre de la 8ème Brigade. L’ensemble de la division est soutenu par le 1er Mountain Regt R.A. (24 canons de montagne de 3,7 pouces). Un bataillon de réserve, le 2/8ème Royal Ulster Rifles, tient la crête vitale de la Colline 156, en arrière et au nord du village de Bulim. La Division ne dispose en réserve disponible que de la compagnie du génie “allemande”, de la compagnie de la prévôté et des blindés de la division, 16 chars Valentine.
Les Japonais poussent énergiquement et usent graduellement la résistance de la 2ème Division de Malaisie, dont les bataillons manquent tout simplement d’effectifs pour tenir le terrain. Pourtant, ils s’accrochent avec obstination. Dans les plantations ou les petits bois, les combats se déroulent à moins de 150 mètres de distance et le combat est aussi acharné qu’à Bulim, les chocs sont simplement plus dispersés. De plus, les 72 bouches à feu de la Division rétablissent en partie l’équilibre, matraquant les troupes japonaises à courte portée. Les Japonais réussissent pourtant à prendre la Colline 115, repoussant le2/7ème South Wales Borderers, dont les pertes sont lourdes, et s’avancent sur les pentes nord de la Collines 156. La Division engage alors ses dernières réserves, et les chars Valentine arrêtent l’avance ennemie.
A la tombée de la nuit, la ligne Jurong avancée plie ainsi à ses deux extrémités. Derrière, la ligne principale est occupée par des unités telles que la 15ème Brigade Indienne, qui s’est préparée fébrilement toute la journée à l’affrontement (voir annexe 42-4-1).
Autres combats.
Dans la journée, des bombardiers en vol horizontal attaquent le QG tactique avancé de la 9ème Division Indienne, situé dans la maison du Consul de Chine (Réf. 757182), le QG principal de la 9ème Division (Réf. 777145), l’échelon “B” de la 16ème Division Indienne à Grave Hill (Réf. 838146), le QG de la 16ème Division (Réf. 820235) et deux batteries d’artillerie (Réf. 717232 et 753283). Les bombes n’infligent que peu de dommages aux QG et aux batteries, mais de nombreux véhicules sont détruits et bon nombre de lignes téléphoniques coupées.
Gort décide.
L’heure de décisions capitales approche. Soixante bataillons d’infanterie du Commonwealth sont entrés en action, mais les Japonais avancent sur tous les fronts. Le commandement britannique doit maintenant choisir entre un recul permettant de raccourcir le front ouest et un allègement des forces gardant la côte est pour renforcer ce front. Mais cette seconde solution est dangereuse, en l’absence d’informations adéquates sur les forces japonaises disponibles. Une tentative de forcer la décision sur la ligne Kranji-Jurong pourrait être provisoirement victorieuse, mais aussi s’achever en écroulement catastrophique. La première solution permet de poursuivre une défense obstinée, en reculant pied à pied pour user les Japonais et surtout pour gagner le plus de temps possible, quel qu’en soit le prix.
Le soir, au retour de sa visite quotidienne des QG d’unités, entrecoupée d’arrêts effectués au hasard pour voir les troupes montant en ligne ou en descendant, Lord Gort, Commandant en Chef de la Région de Malaisie, se résigne à ordonner un repli. En effet, il est parvenu à la conclusion que, si les hommes ont toujours bon moral et conservent la volonté de se battre, la grande majorité de l’infanterie ne suffit pas à la tâche – les hommes ne sont tout simplement pas physiquement aptes à poursuivre le combat dans ces conditions. Il abrège les comptes-rendus détaillés des états-majors et questionne carrément les commandants de ses divisions : « Au taux de pertes actuel, nous pouvons encore tenir dix à quatorze jours au moins. Avons-nous suffisamment de carburant, de munitions, de nourriture et de tout le matériel nécessaire pour cela ? Il me faut une réponse par oui ou par non. »
La réponse est un oui unanime.
– Eh bien, Gentlemen, c’est très simple. Chacun de nous n’a plus qu’à emmener un Jap avec lui.
Il décide alors un repli par étapes des fronts ouest et nord vers la ville de Singapour. Des contre-attaques locales seront exécutées pour tenir les Japonais en respect le temps de mener à bien ce repli. L’opération doit commencer dès le lendemain 13 avril.
Pertes britanniques au 12 avril 1942 depuis les débarquements de la nuit du 8 au 9 avril sur l’île de Singapour.
a) Estimations par jour : 8 avril : 1500 hommes ; 9 avril : 4500 hommes ; 10 avril : 2000 hommes ; 11 avril : 2000 hommes ; 12 avril : 3000 hommes.
Totaux :
– Tués au combat et manquants présumés morts : 3000 hommes.
– Manquants présumés capturés : 1000 hommes.
– Blessés : 7000 hommes.
– Total : 13000 hommes.
b) Pertes confirmées : 1925 morts (toutes causes confondues) et 5721 blessés.
Pertes japonaises au 12 avril 1942.
a) Estimations :
– Tués : 6500 hommes.
– Blessés : 9500 hommes.
– Total : 16000 hommes.
b) Pertes confirmées : 4911 morts (toutes causes confondues) et 323 capturés.
Bataan (Philippines)
L’offensive japonaise est relancée.
Côte orientale de
l’Australie
23h30 – Le Ro-67 est
attaqué en surface par un Beaufort de la RAAF, utilisant des bombes de 250
livres classiques dotées de fusées de contact. Celles-ci encadrent le
sous-marin et bien qu’aucune ne le touche, l’une d’elles explose tout près. Le Ro-67 peut plonger, mais il est
sévèrement endommagé : l’un de ses moteurs principaux est hors service, sa
batterie est abîmée et son kiosque est criblé d’éclats. Deux hommes ont été
tués et deux blessés. Le sous-marin doit faire surface deux heures plus tard –
heureusement pour lui, hors de vue de toute unité alliée. Il réussit à regagner
Rabaul en surface.
Le Beaufort avait été détaché de la Central Flying School en réponse au naufrage du Mormacsea, et participait à un ratissage mené par huit avions de front. L’attaque a été conduite trop bas, et l’avion a été endommagé par des fragments de ses propres bombes. Il peut retourner à Mallacoota, mais doit se poser sur l’eau du bras de mer qui borde la ville, heureusement sans qu’il y ait de blessé parmi l’équipage. Celui-ci se voit crédité de la destruction d’un sous-marin, erreur qui sera rectifiée après la guerre.
13 avril
Savannah (Virginie)
Après la livraison des premiers Mustang II, l’industrie américaine montre à
nouveau qu’elle est capable de répondre rapidement aux besoins des alliés des
Etats-Unis. A l’usine de blindés de Savannah, l’Armée française prend
possession du premier escadron de Savannah Mod-42 Bélier. Le Bélier est en
réalité la version française du Ram canadien, lui-même dérivé du char moyen M3
américain, équipé d’une tourelle à trois hommes et d’un canon britannique de 6
livres. Le Bélier doit remplacer le SAV-41 comme char moyen standard de l’Armée
française. Cependant, comme la production du Bélier ne fait que démarrer et les
Divisions Blindées devant être servies les premières, les Divisions
d’Infanterie françaises doivent recevoir des chars américains M3 et M3A1
(medium) pour leurs bataillons de chars moyens. Ces modèles, parfois mal aimés
de leurs équipages français, constituent cependant un apport puissant pour les
unités d’infanterie grâce à leur canon de 75 mm.
Moscou
Lors d’une longue réunion au Kremlin, le Commissaire à la Défense, le Maréchal
S.K. Timochenko, le chef d’état-major général de l’Armée Rouge (RKKA), le
Général G.K. Joukov, et le Maréchal B.M. Chapochnikov, Commissaire délégué en
charge des Fortifications de Campagne de la Frontière Occidentale, discutent
avec Staline de la nécessité de renforcer les districts militaires occidentaux.
– Les rapports des services de renseignements ne laissent aucun doute, Camarade Secrétaire Général, explique Joukov. Les Allemands vont nous attaquer mi-mai, début juin au plus tard. La source Ramsay est formelle. Et elle s’est toujours montrée d’une extrême exactitude.
– Etes-vous si sûr de ces informations ? interroge Staline, soupçonnneux. Je m’étonne de leur précision même. “Ramsay” nous donne le nombre et même l’identité des divisions allemandes affectées aux différentes lignes d’attaque, c’est un peu trop, vous ne trouvez pas ! Et si il s’agissait d’une désinformation orchestrée par les Anglais et les Français ? Il serait alors catastrophique de prendre de façon irréfléchie des mesures ouvertement hostiles aux Allemands !
Mais Joukov et Chapochnikov insistent et finalement, au milieu de la
nuit, Staline accepte de prendre les mesures de prudence qu’ils
réclament : le transfert de deux armées en Ukraine et en Biélorussie, sous
prétexte de grandes manœuvres, et le rappel de 800000 réservistes pour cet
exercice.
– Très bien, très bien, Georgui
Konstantinovitch. Mais où en êtes-vous dans la remise sur pied de nos forces
armées ? s’inquiète Staline.
– Nous avons obtenu par rapport aux exercices de l’été 1941 des améliorations significatives, que les exercices de l’hiver dernier ont démontré, répond Joukov. Mais il subsiste un manque d’entraînement préoccupant parmi les jeunes officiers, en particulier ceux des corps mécanisés, qui ont été reconstitués il y a un an seulement. Je dois avouer, Camarade Secrétaire Général, que je ne pense pas que la RKKA sera capable de lutter à égalité avec l’armée allemande avant le printemps 1943. Les rapports de la source Ramsay m’inquiètent donc profondément.
– Et vos appréciations
confirment que j’ai bien raison de souligner l’importance capitale d’éviter
toute provocation sur la Frontière Occidentale ! conclut Staline.
Corse
Dans la nuit, le sous-marin Henri-Poincaré débarque sur la côte
ouest plus de 5 tonnes d’armes et de munitions destinés à des groupes de combat
opérant dans le maquis corse.
Péloponnèse
Le Roi de Grèce et son gouvernement
tiennent un conseil des ministres à Gythion, qui doit devenir la nouvelle
capitale provisoire grecque. Il s’agit surtout d’un geste politique symbolique,
car l’essentiel de l’administration grecque reste en Crète, où elle a émigré en
hâte moins d’un an plus tôt. Cependant, les autorités grecques ont considéré
qu’il leur fallait absolument affirmer officiellement leur retour dans le
Péloponnèse. Pour éviter qu’une attaque de la Luftwaffe ne vienne gâcher la
fête, la tenue de ce conseil des ministres n’est pas rendue publique avant la
fin de l’après-midi. A ce moment, le roi est en train de rendre visite à des
unités britanniques, françaises et grecques, bien sûr, stationnées autour de
Sparte. Il rembarque en fin de soirée pour Héraklion.
L’activité aérienne au-dessus du Péloponnèse est faible. Les bombardiers
britanniques continuent cependant de truffer de mines le Golfe de Patras. Deux
Wellington et un Stirling sont abattus cette nuit-là par la chasse allemande.
Nord de la Mer Egée
Guidés par le radar tout neuf de Limnos, deux P-38F venus
de Mytilène abattent un Ju-88 de reconnaissance au nord de Mudros.
Singapour
Les forces britanniques atteignent la limite de leurs possibilités de résistance sur leur périmètre de défense extérieur. Pour maintenir un niveau minimal de rotation des unités afin de pouvoir reposer les hommes, et pour répondre aux impératifs de la prochaine étape de la bataille, les actions suivantes sont décidées.
(1) – Restructuration du commandement.
Le siège du commandement de la Région de Malaisie est transféré de Simme Road à Fort Canning. Le QG de la 1ère Division de Malaisie (Major-Général Paris) est transféré de Changi à Simme Road pour diriger la défense des approches ouest de la ville de Singapour, et ses unités seront transférées du Secteur de Changi au Secteur Ouest. Le QG de la 11ème Division indienne (Major-Général Murray-Lyon) doit se replier sur Paya Lebar pour réorganiser les unités quittant la ligne de front et se préparer à reprendre le combat sous quatre jours. En effet, ayant rendu visite au Major-Général Murray-Lyon et à son état-major, le Général Gort considère qu’il est essentiel que ces hommes se reposent avant d’atteindre un niveau de fatigue tel que leur efficacité s’effondrerait de façon catastrophique.
(2) – Retraite dans le Secteur Nord.
Devant la poursuite de violents combats près de la Jetée, il est nécessaire de mettre en œuvre le début du repli échelonné vers le sud de la 9ème Division indienne, qui tient la ligne de défense des collines, et d’entamer le repli du flanc gauche de la 16ème Division indienne jusqu’à une position intermédiaire sur la ligne de la rivière Sembawang. Le but de ces actions est de réduire l’exposition de l’infanterie aux canons japonais à courte portée tirant par dessus le Détroit de Johore, tout en gardant la Jetée sous surveillance et sous le feu de l’artillerie. En raison des lourdes pertes subies par les transports à moteur, les nuits ne sont pas assez longues pour permettre aux véhicules restants de mener à bien toutes les navettes nécessaires à ces replis sur le réseau routier limité disponible. Dans ces conditions, l’infanterie utilisera sa méthode traditionnelle de déplacement – à pied.
Le commandement de la Royal Artillery du IIIème Corps dispose de six batteries moyennes (48 canons) et de douze batteries de campagne (144 canons). Elles sont prêtes à soutenir le repli par des barrages sur demande, des tirs de couverture d’urgence, des bombardements planifiés et de la contre-batterie. D’autres batteries seront disponibles quand leur redéploiement sera achevé et leurs transmissions reliées au réseau de commandement de l’artillerie.
(a) Redéploiement de la 16ème Division indienne.
Le flanc droit de la division, appuyé sur le Sungei Seletar, est formé par la 48ème Brigade indienne (1/3ème, 1/4ème et 2/5ème Gurkha Rifles). Au centre, la 63ème Brigade indienne (1/10ème Gurkha Rifles, 1/11ème Sikh, 2/13ème Frontier Force Rifles) couvre la base aérienne de Sembawang. Sur le flanc gauche, situé à 800 mètres de la Jetée, la 28ème Brigade indienne (2/1er, 2/2ème et 2/9ème Gurkha Rifles), qui a été durement éprouvée pendant plus de quatre jours, doit se retirer vers la base de Sembawang, pour s’y reposer derrière l’écran des unités de protection de la base (Régiment anti-aérien composite “V” [huit 3 pouces AA, seize 40 mm AA et seize mitrailleuses légères AA], 16 x LAA LMG), 5ème peloton blindé indépendant [six chars d’infanterie A11 Mk 1] et 1er Bataillon d’infanterie d’Hyderabad [Forces des Etats Indiens]). La compagnie la plus à gauche de la 28ème Brigade devant parcourir plus de 6 km vers la ligne du Sungei Sembawang, une arrière-garde de chenillettes et d’autos blindées doit patrouiller le long de la voie ferrée, des routes et des pistes pour en chasser les petits groupes ennemis infiltrés, et pour diriger des tirs d’artillerie sur les groupes les plus importants.
La 63ème Brigade doit laisser deux de ses bataillons sous le commandement opérationnel de la 48ème Brigade pour garder le rivage (et notamment la base navale). Pour couvrir les ponts routiers et de chemin de fer sur les 1500 derniers mètres du Sungei Sembawang, la 63ème Brigade prend donc sous son commandement opérationnel les 12ème et 13ème bataillons du South Staffordshire Regiment, qui viennent de la zone de Changi prendre position sur la gauche du 1/10ème Gurkha Rifles. Par ailleurs, le 1/3ème Gurkha Rifles est retiré de la ligne de la 48ème Brigade et passe en réserve de la 16ème division.
Le 4ème Régiment de la Garde Impériale suit les mouvements de la 16ème division, mais n’a pas les moyens de les perturber. Il y a quelques chocs de patrouilles, mais le plus gros des actions japonaises sont des tirs d’artillerie venant de Johore et des attaques aériennes, qui provoquent une certaine désorganisation et quelques pertes d’hommes et de camions sur les arrières de la 16ème division. En fin de journée, la Division de la Garde Impériale avance ce qui reste de ses unités divisionnaires pour soutenir l’avance du 4ème Régiment.
(b) Repli de la 9ème Division indienne.
A gauche de la 16ème Division, la droite de la 9ème Division est tenue par la 8ème Brigade indienne (2/10ème Baluch [Baloutche], 1/13ème Frontier Force Rifles, 3/17ème Dogra). Cette brigade doit se retirer le long de Mandai Road et se mettre en défense au niveau de la borne des 13 miles derrière le cours du Sungei Mandai. Juste derrière cette position, une piste mène vers le flanc droit, où les 1er et 2ème Bataillons de Voluntaires de Chine du Sud (de l’infanterie légère manquant de véhicules) se sont déjà installés pour assurer la liaison avec la 63ème Brigade le long du Sungei Mandai.
Au centre, au sud-ouest de la 8ème Brigade, la 22ème Brigade (5/11ème Sikh, 2/12ème Frontier Force, 2/18ème Royal Garhwal Rifles) doit bloquer le carrefour de Mandai Road et de Woodlands Road (Réf. 733222) et couvrir Woodlands Road jusqu’à Mandai.
Suivant l’aqueduc nord-sud et trois pistes, le 3ème Régiment de la Garde Impériale suit rapidement le repli allié pour maintenir la pression. Il est très largement inférieur en nombre et en armement, mais il n’en multiplie pas moins les patrouilles et les opérations de reconnaissance. Le 3ème Régiment d’Infanterie de Chine de la 27ème Division japonaise (moins un bataillon, perdu en mer) et le 27ème Régiment de Reconnaissance (des cavaliers démontés) avancent vers le sud en lançant des reconnaissances sur le front de la 22ème Brigade.
A gauche, au sud-ouest de la 22ème Brigade, la 12ème Brigade Indienne (5/2ème Punjab, 2/17ème Dogra, 4/19ème Hyderabad) appuie sa droite sur le Sungei Pang Sua, 400 mètres au sud de Yew Tee, et sa gauche sur le Sungei Peng Siang, 2400 mètres plus à l’ouest.
(3) – Destruction de l’entrepôt de munitions de Kranji avec le reste des stocks et destruction des réservoirs de carburant de Yew Tee.
Ces destructions doivent libérer les forces qui défendent ces deux points et supprimer la nécessité de défendre la ligne Jurong avancée et son prolongement nord vers Kranji. En particulier, après avoir couvert la destruction de l’entrepôt de Kranji et des réservoirs de carburant de Yew Tee, la 16ème Brigade (1/7ème Gurkha Rifles, 1/9ème Jat, 4/12ème Frontier Force) doit passer en réserve générale, dans la zone du village de Bukit Panjang. Son repli s’effectue sous la couverture de la SlittForce (Lt-Colonel Slitt M.C., Gordon Highlanders), composée du 2ème Gordon Highlanders à gauche et du 2ème Argyle & Sutherland Highlanders à droite. La SlittForce doit ensuite prendre position au village de Keat Hong, sur Choa Chu Kang Road, au pont sur le Sungei Peng Siang, à droite de la ligne Jurong.
Le 1er et le 2ème Régiment d’Infanterie de Chine de la 27ème Division japonaise et le 27ème Régiment d’artillerie de montagne (36 canons de 75 mm) tentent de gêner le repli de la 16ème Brigade, mais n’en ont pas les moyens.
Cependant, le repli allié manque de se transformer en une défaite majeure du fait de la désorganisation des programmes de destruction du génie. Si l’entrepôt de munitions de Kranji saute bien comme prévu, le bombardement intentionnel ou accidentel des 32 réservoirs de Yew Tee pendant leur destruction provoque l’écoulement de très grandes quantités d’essence et de pétrole sur Yew Tee Road et dans deux canaux de drainage tout proches, parallèles au Sungei Pang Sua. Dans ces conditions, les forces britanniques ne peuvent utiliser la route, car la moindre étincelle provoquerait un désastre. Abandonnant la plupart des camions, les cinq bataillons d’infanterie se replient par de simples pistes, utilisant les lourds chars d’infanterie pour ouvrir la voie aux chenillettes, aux quelques véhicules 4x4 et aux tracteurs des canons. Plus de quatre-vingts camions doivent être incendiés, leur masse d’acier servant tout de même à créer un barrage sur la route. Par la suite, en arrivant finalement à la mer, le carburant déversé devait rendre les débarquements dangereux dans la zone côtière de Kranji.
(4) Sur la ligne Jurong : repli de la ligne avancée à la ligne principale.
La ligne Jurong principale doit être tenue pour conserver de la profondeur devant les villages de Bukit Panjang et de Bukit Timah. La 2ème Division de Malaisie doit se retirer vers la “Ferme Laitière” (Dairy Farm), à mi-chemin entre Bukit Panjang et Bukit Timah, pour se reposer pendant une journée et passer ensuite en réserve.
Le repli britannique de la ligne Jurong avancée vers la ligne principale se révèle relativement facile, et c’est une heureuse surprise, les 5ème et 18ème Divisions japonaises s’étant montré les adversaires les plus redoutables des Britanniques depuis le début de la campagne de Malaisie. Mais ces deux divisions ont supporté l’essentiel du poids des combats depuis la nuit du 8 au 9 et n’ont pas été relevées un seul instant. Elles sont tout simplement incapables de consentir un nouvel effort.
A l’extrémité nord de la ligne avancée, les huit bataillons reconstitués de la 2ème Division de Malaisie comptaient en moyenne chacun 550 hommes et trois compagnies au début de la bataille. Les 600 hommes perdus dès la première journée ont été un coup sévère et les 7ème et 8ème Brigades doivent être retirées pour repos et réorganisation. Les trois régiments d’artillerie et la compagnie blindée de la Division restent provisoirement près du front pour soutenir la défense de la ligne principale.
Les 227ème et 214ème Brigades britanniques ont toutes deux perdu en deux jours 800 hommes, soit 200 par bataillon en moyenne, ce qui est proportionnellement moins que les autres unités de la ligne Jurong avancée. Elles n’en ont pas moins besoin de repos et passent donc en réserve derrière la ligne Jurong principale, tenue par quatre bataillons d’infanterie régulière britannique.
De son côté, la 13ème Brigade Indienne doit être retirée parce que ses trois bataillons ont perdu 700 hommes en deux jours et ont grand besoin d’être réorganisés.
Le 1/8ème Punjab est replié et rendu à la 6ème Brigade indienne.
(5) Au sud du front : la ligne du Sungei Pandan, de la mer au village d’Ulu Pandan.
Après les lourdes pertes subies par la 2ème Brigade de Malaisie, la 1ère Brigade de Malaisie a pris en charge le front à l’extrémité sud de la ligne alliée. Elle déploie le long du Sungei Pandan trois bataillons frais à plein effectif, du sud au nord : le 8ème Bedfordshire & Hertfordshire Regt, le 1er Malaya Regt et le 2ème Malaya Regt. La brigade couvre ainsi 2000 mètres, barrant la route de la côte ouest
Derrière la 1ère Brigade, les trois bataillons de Fusiliers intacts de la 2ème Brigade (deux de mitrailleuses et un d’infanterie) s’occupent de la défense côtière. Les deux bataillons de “Buffs”, qui ont perdu 290 hommes en une journée (plus 100 hommes séparés, qui ne rallieront qu’un jour ou deux plus tard) doivent être remis sur pied.
A droite de la 1ère Brigade de Malaisie, la rivière se divise en trois, l’affluent le plus à l’ouest menant vers le village d’Ulu Pandan, sur Jurong Road. Le front est tenu sur 1500 mètres par la 15ème Brigade Indienne réorganisée (2/9ème Jat, 1/14ème Punjab, 5/14ème Punjab), qui a installé deux points forts sur les collines 85 et 138 (Point d’Arrêt “Jurong I”). De “Jurong I” à l’extrémité sud de la ligne Jurong principale, sur 2500 mètres, le front est tenu par le 1er (M.G.) Manchester Rgt (48 mitrailleuses Vickers) et le 1er West Yorkshire Regt.
En face de ces unités, la 9ème Division japonaise aligne les 7ème, 19ème et 35ème Régiments d’Infanterie, soutenus par le 9ème Régiment d’Artillerie de Montagne (36 canons de 75 mm) et par le 9ème Régiment de Cavalerie (démonté). Ce dernier se livre à de nombreuses activités de patrouilles et d’infiltration contre les Brigades de Malaisie, en particulier à l’aube et au crépuscule, avec l’appui de l’artillerie. Les heurts de petites formations sont nombreux et les pertes importantes des deux côtés, en particulier dans les unités alliées, mais peu de terrain change de mains.
La principale opération organisée par la 9ème Division est montée contre la 15ème Brigade Indienne, pour percer en direction de Bukit Timah et couper toutes les forces britanniques dans le nord des bases de ravitaillement de la ville de Singapour. Dès le début de la nuit du 13 au 14, les 7ème et 19ème Régiments attaquent violemment et percent, mais les unités alliées résistent sous la forme de poches isolées qui tiennent leurs positions, en particulier sur les collines 85 et 138 (voir annexe 42-4-1).
Les attaques japonaises sont très destructrices, mais sont bloquées par l’arrivée rapide de réserves et l’usage intensif de l’artillerie par le commandement britannique. A minuit, les Japonais n’ont pas gagné grand chose, sinon un saillant dans les lignes britanniques à la jonction entre la 1ère Brigade de Malaisie et la 15ème Brigade Indienne. Des deux côtés, la bataille a été très coûteuse en hommes.
(6) Réponses à des demandes d’information du C.I.G.S., pour transmission au Premier Ministre.
– Rapport sur la pénétration des défenses du Sungei Kranji (extrait)
L’estuaire du Sungei Kranji était encore barré par des chaînes au soir du 8 avril et il avait été miné. Néanmoins, des forces japonaises y ont pénétré dans la nuit du 8 au 9, puis se sont engagées dans le Sungei Pang Sua, lui aussi miné, avant de débarquer en force sur sa rive sud. Il est apparu que les Japonais ont utilisé des canots de caoutchouc, qu’ils ont portés pour leur faire franchir les chaînes avant de remonter la rivière à la pagaie. Le bruit des pagaies a été étouffé par celui de la bataille et les lueurs de l’incendie des réservoirs de pétrole ont aveuglé les guetteurs.
– Dernière évaluation précise des effectifs de la Région Militaire de Malaisie (Singapour), selon les retours transmis par les unités, samedi 4 avril 1942.
Armée Indienne et Forces des Etats Indiens : 65076
Britanniques (Royaume Uni) : 55271
Engagés locaux (Chinois, Malais, Singapouriens) : 30440
Australiens : 4947
Canadiens : 325
Néo-Zélandais : 205
Allemands (immigrés en Australie d’origine allemande et autrichienne servant dans le corps des Pionniers) : 290
Total : 156554
Côte orientale de
l’Australie
Le Ro-65 constate que le trafic Newcastle-Sydney est solidement
escorté et de fréquentes patrouilles aériennes l’obligent à rester submergé. Il
décide alors de s’éloigner à 60 nautiques au large, où les patrouilles
aériennes sont bien plus rares, pour y chercher des navires isolés.
Océan Pacifique
Dans la matinée,
par un temps très médiocre et une faible visibilité, le porte-avions USN Hornet
et son escorte rejoignent le groupe de l’USN Enterprise par 38° Nord –
180° et l’escadre met le cap plein ouest. A partir de là, tout vaisseau ou
avion rencontré sera présumé ennemi.
14 avril
Les 24 premiers Panzer
V sont livrés à un bataillon blindé spécial rattaché au Panzer Gruppe 2,
qui doit opérer au sein du Groupe d’Armées Centre commandé par le Feld-Maréchal
von Bock.
Ce véhicule de 38 tonnes fabriqué par Henschel est le modèle de production du
VK-3601H, prototype répondant à la demande faite par l’état-major allemand d’un
“char de percée”, à la suite des difficultés rencontrées par les chars de la
Wehrmacht face aux chars B1 français et aux Matilda II anglais en mai-juin 1940
(un prototype concurrent, proposé par Porsche, a été écarté, mais doit donner
naisssance à un blindé de plus grande taille, destiné à évaluer la possibilité
d’installer le 88 mm AA sur un char). Le Pz-V de Henschel ressemble à un gros
Pz-IV, doté d’une nouvelle suspension à sept
galets de roulement de chaque côté
et d’un blindage frontal de 80 mm sur sa tourelle et sa coque. Dans les
premiers lots produits, trois véhicules sur cinq sont armés d’un 75 mm court
(24 cal.) et deux sur cinq d’un 75 mm long (43 ou 48 cal.). Ces derniers sont
destinés à engager les canons antichars ennemis à longue portée.
Le chef du Panzer Gruppe 2, le Général Guderian, a été informé qu’il recevra
suffisamment de chars pour équiper deux bataillons à trois compagnies (soit 102
chars en tout) avant le début de l’attaque contre l’URSS. En revanche, Guderian
n’a pu convaincre le bureau des Armements de l’Armée (HeeresWaffenamt)
d’accélérer la production des Pz-III armés du 50mm/L60, dont une centaine
seulement ont été livrés. La plupart des Pz-III produits continuent d’être
équipés du 50 mm court (L42) et une grande partie des 50 mm longs sont toujours
affectés à l’artillerie antichar, qui met en œuvre des canons autopropulsés sur
châssis de Pz-II.
Berlin
Hitler annonce qu’il va résider « pendant
quelque mois » dans ses nouveaux quartiers généraux de Rastenburg, la
“Tanière du Loup”.
Péloponnèse
Enfin une journée relativement calme, en dehors d’un raid aérien français
contre Patras, d’un mouillage de mines par des Wellington britanniques dans le
Golfe de Patras et d’une attaque nocturne des Consolidated-32 français contre
la gare de triage d’Athènes, dont la flak abat un avion.
Mais il y a aussi des indices d’une future relance des activités. En fin de
journée, arrive à Pyrgos une flottille de vedettes rapides françaises et
yougoslaves, qui se préparent à attaquer le trafic de l’Axe dans le Golfe de
Patras.
Alexandrie
En début de matinée, des renforts partant pour Colombo et l’Extrême-Orient
quittent Alexandrie pour traverser le canal de Suez. L’Amiral Sommerville
commande les porte-avions HMS Indomitable
(12 Sea Hurricane du Sqn 800 et 10 du Sqn 880, 9 Martlet II du Sqn 806 et 12
Albacore) et HMS Illustrious (12
Martlet II du Sqn 881 et 6 du Sqn 882, 12 F4F-3A de la flottille française
AC-2, 12 Swordfish et un Fulmar II du Sqn 829). Les porte-avions sont escortés
par un écran composé des CL HMS Sheffield
et Newcastle, du CLAA Charybdys et des huit DD Ithuriel, Jervis, Nestor, Onslow, Westcott, Wishart, Wrestler et Zulu.
Singapour
Le commandement japonais cherche à profiter des replis britanniques et relance son attaque sur tous les fronts, au nord et à l’ouest. Les pertes sont lourdes dans les deux camps. En dépit de quelques progrès mineurs, les Japonais ne gagnent rien de tangible, sinon de convaincre davantage encore le commandement britannique qu’il a en face de lui un ennemi acharné, qui attaquera jusqu’à la limite de ses ressources.
Front sud-ouest
Le 35ème Régiment d’Infanterie japonais (9ème Div.) tente dans la nuit de nombreuses infiltrations sur le front de la 1ère Brigade de Malaisie, provoquant de violents combats entre patrouilles. Le plus grand savoir-faire des forces japonaises dans ces combats de brousse leur donne l’avantage, mais dès le lever du jour, les troupes infiltrées souffrent gravement face à la puissance de feu de l’artillerie britannique dès qu’elles quittent le couvert.
Plus au nord, les 7ème et 19ème Régiments de la 9ème Division japonaise prolongent l’attaque en règle déclenchée la veille au soir contre la 15ème Brigade Indienne. Cette attaque est soutenue par le 9ème Régiment de Cavalerie, qui utilise vingt chenillettes britanniques capturées et réparées, plus ou moins converties en tankettes. Les Indiens, dont la défense s’appuie aux collines fortifiées 85 et 138, reçoivent d’importants renforts et les deux camps subissent de lourdes pertes. Le combat commencé en pleine nuit se prolonge toute la journée, signant le début officiel de la bataille de Bukit Timah.
Front ouest
A gauche de la 9ème Division, la 18ème Division japonaise lance une puissante attaque centrée sur Jurong Road. Le 55ème et le 56ème Régiment (qui constituent la 23ème Brigade) avancent respectivement d’ouest en est, au nord de la route, et du sud-ouest vers le nord-est, au sud de la route. L’attaque, qui totalise 12 bataillons, est soutenue par toute l’artillerie divisionnaire des 9ème et 18ème Divisions (72 canons de campagne), qui s’ajoutent aux canons et aux mortiers des deux régiments engagés. Avec une supériorité de trois contre un (il n’y a que quatre bataillons en défense) et avec l’appui de l’artillerie, les Japonais avancent profondément au milieu des positions alliées, isolant de nombreuses petites unités. Mais au bout de quelques heures, l’arrivée des réserves britanniques (214ème et 227ème Brigades) repoussent les deux régiments japonais sur leurs positions de départ.
Les Japonais ont en effet un problème majeur : les forces britanniques sont regroupées dans une zone si réduite que, même à pied, l’infanterie de réserve ne met que peu de temps pour secourir les premières lignes. La seule solution serait d’étendre les combats sur un front assez long pour disperser les réserves. Un bon point tout de même pour les Japonais après cette débauche d’efforts coûteux et sans résultat apparent : les deux brigades britanniques de réserve ont été privées du repos dont elles avaient pourtant grand besoin.
Plus au nord, les 114ème et 124ème Régiments d’Infanterie japonais (35ème Brigade) avancent avec précautions, de trou d’obus en trou d’obus, recherchant une bataille d’usure pour fixer les réserves alliées.
Front nord-ouest
La 5ème D.I. japonaise (qui, du point de vue de la qualité, n’est plus que l’ombre d’elle-même), a reporté son poids vers le nord. Les 11ème et 41ème Régiments (9ème Brigade) attaquent d’ouest en est les derniers éléments de la 2ème Division de Malaisie, qui se replie. Cette offensive fait monter la pression qui s’exerce sur la SlittForce (2ème Gordon Highlanders et 2ème Argyll & Sutherland Highlanders) et sur la 12ème Brigade Indienne, qui tiennent le front, car la 27ème D.I. japonaise, attaque du nord. Le gros de cette division doit cependant contourner l’immense incendie du dépôt de carburant de Yee Tew par le sud avant de pouvoir rejoindre son 3ème Régiment d’Infanterie de Chine, à l’est de la voie ferrée.
En effet, ce régiment (qui ne compte plus que deux bataillons) et le 27ème Régiment de Reconnaissance se sont avancés jusqu’aux positions de la 22ème Brigade indienne, pour évaluer sa force, à la jonction de Mandai Road et de Woodlands Road. Après avoir mené des patrouilles très agressives, les Japonais doivent se retirer sur les hauteurs au nord de Mandai Road.
Front nord
Le 3ème Régiment de la Garde Impériale, qui était au contact de la 8ème Brigade Indienne, se replie vers la route entre Woodlands et la Base Navale, pour concentrer ce qui reste de la Division de la Garde le long de la route de la côte nord.
Un peu plus à l’est, à partir de midi, les Japonais essaient avec plus ou moins de succès de s’infiltrer à l’intérieur des terres, mais ne trouvent aucune faille entre les unités alliées. Le 4ème Régiment de la Garde avance peu à peu et tente en fin d’après-midi de percer vers Sembawang Air Base, ce qui menacerait les lignes de communication de toute la 16ème Division Indienne. En face, le 1/10ème Gurkha Rifles tient les ponts sur le Sungei Sembawang. De violents duels à courte portée se déclenchent, à l’arme légère et à la grenade, et les combats vont parfois jusqu’au corps à corps. L’attaque perd cependant rapidement de son mordant, au fur et à mesure que la force des défenseurs se fait sentir. Les deux camps font un usage intensif de l’artillerie et des mortiers, mais les malheureux fantassins sont de plus en plus durement cloués au sol dans une sorte de match nul, car les Japonais sont incapables d’accroître leurs premiers et faibles gains, tandis que les Britanniques ne peuvent contre-attaquer pour repousser leurs adversaires. C’est une attaque aérienne qui rompt cet équilibre instable : des chasseurs japonais effectuent plusieurs passes de mitraillage, détruisant quelques camions et chenillettes qui s’efforçaient de ravitailler en munitions les compagnies d’infanterie.
Une forte pluie se met ensuite à tomber, permettant aux deux camps de bouger sans craindre l’artillerie adverse (ou les avions, côté allié). Le 4ème Régiment de la Garde se regroupe et tente d’infiltrer de nombreuses petites unités, mais celles-ci ne peuvent que découvrir que leurs adversaires ont plié bagage. Les Gurkhas n’avaient en effet plus que des grenades et leurs baïonnettes pour accueillir les Japonais. Le commandement britannique, comprenant que le bataillon risquait d’être éliminé avant que les réserves puissent venir à son secours, a décidé de le redéployer (d’autant plus que de nombreux blessés devaient être évacués) pour maintenir un front continu en reculant toute la ligne en pivot, le flanc droit restant arrimé à la Base Navale.
Sud-Est de Johore
Le bataillon japonais débarqué près de Pengerang, ayant repoussé plusieurs groupes de combattants chinois (1ère compagnie de la DalForce), tente de s’emparer des hauteurs du Bukit Pengerang pour attaquer par derrière la batterie côtière. Mais les attaquants sont surpris par l’importance de la garnison installée sur ce point stratégique. Elle compte en effet deux bataillons d’infanterie (des troupes de seconde ligne britanniques et australiennes formant deux unités de garnison récemment créées). Et les positions de défense de ces troupes sont organisées en un échiquier de postes qui se soutiennent mutuellement de leurs feux.
L’attaque est un échec sanglant, et comme les Japonais reculent en désordre devant la solidité de la défense et l’intensité de la mousqueterie (appellation traditionnelle d’un tir précis dans l’armée britannique de l’époque), les pelotons de la Dalforce, qui se sont reformés sur les flancs des Japonais, leur tombent dessus, attaquant les petits groupes ou les soldats isolés. Répondant à des fusées lancées par les Chinois, les deux bataillons du Commonwealth lancent alors chacun deux compagnies à l’attaque, et celles-ci rejettent en quelques heures les Japonais en pleine confusion jusqu’à leur point de débarquement sur la côte. Les survivants n’ont alors plus qu’une seule chance de survie : fuir en abandonnant matériel et armes lourdes.
En examinant les documents et les cartes récupérés et en interrogeant les blessés prisonniers, le commandement allié comprend que le bataillon ainsi anéanti était une unité improvisée constituée d’hommes venus des dépôts et des lignes arrières. Même en tenant compte de ce facteur, l’attaque démontre que les Japonais manquent de renseignements précis sur la force des défenses côtières – ou qu’ils ont voulu tester de façon très coûteuse l’efficacité de ces défenses.
Néanmoins, cette action retarde la mise en pratique de la décision du commandement de Malaisie de réduire les forces défendant les côtes du secteur de Changi. Le système de défense côtier est représente encore un atout important, qui empêche les Japonais d’utiliser plusieurs dangereuses possibilités d’attaque.
Côte orientale de
l’Australie
06h30 – Le Ro-65
aperçoit un Anson, volant en cercles plus loin vers le large. Il plonge et se
dirige vers le sud jusqu’à se trouver sur le chemin suivi par ce que l’avion
escorte…
09h20 – Astuce et patience sont récompensées : des mâts sont aperçus au périscope.
10h40 – Le sous-marin lance quatre torpilles sur le pétrolier norvégien isolé Akera (5248 GRT, Prebensen and Blakstad Co., ex-cargo converti en pétrolier en 1938, allant de Galveston à Sydney avec du kérosène). Une torpille touche en plein milieu le navire, qui se casse en deux.
15 avril
Après une trêve de
trois semaines, les bombardiers français repartent à l’attaque des terrains
italiens de Sicile. Les avions alliés accomplissent ce jour-là 114 missions
offensives, dont 24 par des chasseurs américains. Les attaquants perdent deux
avions en combat aérien, plus deux abattus par la DCA, et abattent deux
chasseurs italiens.
Péloponnèse
Peu après minuit, les vedettes
lance-torpilles yougoslaves Kajmakcalan,
Orjen, Suvobor et Triglav et les
françaises VTB-103, 104, 105
et 107, qui ont ravitaillé la veille
à Pyrgos, attaquent entre Leucade et Céphalonie un convoi italien composé de
six caboteurs escortés par les torpilleurs Ariel,
Sagittario et Sirio et quatre dragueurs de mines. Les escorteurs italiens
réagissent avec un temps de retard car, si les vedettes françaises sont des MTB
Higgins, les yougoslaves, qui mènent l’attaque, sont d’abord prises pour des
vedettes allemandes – et pour cause : elles ont été construites par les
chantiers Lurssen, à Kiel !
L’Orjen et le Triglav peuvent ainsi torpiller un caboteur chacun. Les deux petits
transports coulent rapidement, pendant que les torpilleurs italiens
contre-attaquent et, tirant de toutes leurs pièces, se jettent sur les
agresseurs. Mais les vedettes françaises déboulent à cet instant et, dans la
mêlée confuse qui suit, le Sirio est
torpillé par la VTB-105. Touché aux
machines, l’escorteur chavire à 01h40. Peu avant, la VTB-103, criblée de balles et d’obus de 20 mm par les navires
italiens, a dû être abandonnée, en flammes (son équipage étant secouru par le Suvobor). Avant de se replier, les
vedettes alliées coulent encore le dragueur RD-33,
qui couvre la fuite des transports, de deux torpilles tirées par le Kajmakcalan et la VTB-104.
Moscou
Le Général G.K. Joukov, chef d’état-major de l’Armée Rouge, organise dans sa
suite de l’hôtel Moskva une réunion
avec le Maréchal Chapochnikov, le Général Meretskov, le Major-Général Kopets et
le Lieutenant-Général Ptoukhine. Ces derniers commandent respectivement les
forces aériennes du District Militaire Spécial Ouest (Biélorussie) et du DMS de
Kiev. Les cinq hommes, après avoir étudié les tout derniers rapports des
services de renseignement sur les préparatifs militaires allemands, tombent
d’accord : la probabilité d’une attaque dans les semaines qui suivent est
maintenant très élevée.
– Nous avons vu la Wehrmacht à l’œuvre
lors des précédentes attaques surprises allemandes, contre la Pologne, contre
la France et contre la Yougoslavie, commente Joukov. C’est pourquoi nous pouvons être pratiquement sûrs que la guerre
commencera par une offensive aérienne massive contre Minsk et Kiev pour
désorganiser notre chaîne de commandement, ainsi que par des attaques contre
nos aérodromes. Où en sont nos préparatifs contre ces attaques ?
– Nous avons construit une bonne centaine de nouveaux terrains dans le District Ouest depuis l’année dernière, répond Kopets avec satisfaction. Nos forces vont pouvoir se disperser de façon à être aussi peu vulnérables que possible.
Ptoukhine n’est pas en reste : dans son district aussi, une centaine de nouveaux terrains ont été construits depuis avril 1941.
De plus, le nouveau
système de détection radar est maintenant opérationnel, même s’il subsiste quelques
trous dans la couverture. On attend pour la fin du printemps l’introduction de
systèmes améliorés. Quelques-unes de ces améliorations ont d’ailleurs été
inspirées par les appareillages allemands, discrètement examinés sur le chemin
du Japon…
Singapour
Au nord, après avoir bien résisté aux féroces attaques de la veille, la 16ème Division indienne se replie sur la ligne Base navale-Sembawang. Une nouvelle offensive japonaise tombe dans le vide.
A l’ouest, les Japonais semblent faire le point sur la situation et tenter de récupérer des fatigues accumulées jusque-là.
Mer de Banda
Le sous-marin français L’Aurore coule
un transport et un dragueur de mines japonais au large d’Ambon. Plus tard dans
la journée, L’Aurore repère « d’importantes forces navales ennemies »
quittant Ambon, cap à l’est.
Papouasie - Nouvelle-Guinée
Le Major-Général
Morris signale que les terrains d’aviation de Seven Mile, Kila, Bomana, Rorona
et Laloki sont achevés.
Bataan (Philippines)
L’est de la ligne Bagac-Orion s’effondre. Américains et Philippines battent en retraite.