Avril 1942 (1/4)
1er avril
Alameda NAS (près de San Francisco)
Le porte-avions USS Hornet s’amarre à la base navale d’Alameda, où
commence aussitôt l’installation à bord de seize bombardiers B-25 du 17ème
BG. Ces avions sont commandés par le Colonel “Jimmy” Doolittle, qui embarque
avec leurs équipages et quelques mécaniciens. Les appareils du Hornet
sont entassés dans le hangar, car les gros bimoteurs doivent rester sur le pont
d’envol pour ce qui semble n’être qu’une nouvelle mission de transport d’avions
vers le Pacifique Sud-Ouest.
Casablanca
Un grand convoi franco-américain, escorté notamment par le
CVE Lafayette, débarque les hommes et le matériel des 3ème et
9ème D.I.U.S.
Alger
Lors du Conseil des Ministres hebdomadaire, le Président du Conseil, Paul
Reynaud, annonce la participation de la France à la conférence des puissances
alliées qui doit se tenir le 6 avril à Washington. Organisée par le
gouvernement américain, qui la réclamait pratiquement depuis l’attaque de Pearl
Harbor, la conférence doit décider quel type de commandement militaire allié
doit s’exercer sur les différents théâtres d’opérations.
Le même Conseil des Ministres décide de mobiliser toutes les capacités de
transport d’Afrique du Nord pour accélérer l’envoi de renforts dans le Péloponnèse.
Pantelleria
Le 33ème FG américain, basé dans la région de Tunis, se redéploie à
Pantelleria avec les GC I/5 et II/5 français.
Péloponnèse
Les combats se concentrent dans la zone de Tripolis et autour d’Olympia.
Au nord de Tripolis, les blindés de l’Axe avançant vers
Milea et Skopi se heurtent aux forces françaises qui tiennent la route qui
vient de Tripolis et continue au nord-ouest, vers Levidi. Les brigades blindées
Langlade et De Larminat contre-attaquent, soutenues par la 1ère
D.I., et les combats se poursuivent sans trêve jusque dans l’après-midi. De
nombreux chars allemands et italiens tombent sous les coups des SAV-41 et des
chasseurs de char SAV-AU-41. En revanche, comme les contre-attaques se font
souvent en ordre dispersé, les canons antichars allemands leur infligent de
lourdes pertes. L’artillerie française et britannique déclenche alors des tirs
de suppression contre les 88 mm allemands. L’infanterie se bat dans les vergers
et les oliveraies, où des murets bloquent fréquemment la vue. Dans ces
conditions, les combats sont fragmentés, au niveau de la compagnie, et la
confusion règne. A 16h00, cependant, il est clair que la poussée principale
vise Milea, bombardé sans répit par l’artillerie allemande.
Plus au sud-est, la Brigade Mobile de la Légion Etrangère est engagée à
Agiorgitika, couvrant le flanc est de Tripolis avec l’appui de la 9ème
D.I. Coloniale.
Sur la côte ouest, les combats autour d’Olympia ne sont pas moins acharnés. Des
troupes françaises et yougoslaves s’efforcent d’arrêter l’avance des troupes de
montagne allemandes pour empêcher l’encerclement de la 10ème D.I.
française (Billote), qui se replie rapidement vers Pyrgos. Les unités
allemandes sont cependant gênées par le manque d’armes lourdes, car les
“routes” indiquées sur les cartes ne sont en fait que des sentiers muletiers où
transporter de l’artillerie est une tâche très difficile. Cela favorise une
fragile stabilisation au centre du front, où des unités yougoslaves, presque
encerclées à Karkalou, se battent pour maintenir ouverte la route entre
Karkalou et Levidi. Plus à l’ouest, entre Karkalou et Vassiliaki, les troupes
allemandes et italiennes venant de Stavrodromi avancent vers le sud, en
direction d’Andritsena. La 3ème Brigade de Montagne grecque, qui
s’est redéployée de Megalopoli à Andritsena, est engagée au nord de cette
localité en milieu d’après-midi.
Devant la possibilité d’une percée allemande au centre du Péloponnèse, le
Général Giraud ordonne à la 10ème D.I. d’accélérer son redéploiement
vers Pyrgos et Krestima, plus au sud. Si Olympia devait tomber, la route
Krestima-Megalopoli-Tripolis resterait ouverte, reliant les forces alliées dans
la presqu’île.
Les renforts nécessaires sont en route. La 4ème
D.I.M.M. (division d’infanterie de montagne marocaine, Général Sevez) et la 1ère
D.I. sud-africaine (Major-Général Brink) embarquent sur des transports à
Tripoli et Benghazi, cap sur Kalamata et Gythion.
Dans la journée, l’activité aérienne reste intense, et les pertes sérieuses.
Les Alliés perdent 21 appareils (neuf bombardiers et douze chasseurs ou
chasseurs-bombardiers) et l’Axe 17 (onze bombardiers et six chasseurs). Dans la
nuit, les Wellington du 202ème Wing mouillent des mines dans les
Golfes de Corinthe et de Patras pour ralentir les navettes de caboteurs et de
ferries ravitaillant les forces germano-italiennes.
Chios
A l’aube, la “division Perzo” se replie vers Chios, où l’escadre de Mer Egée
est stationnée. Les dommages subis par le Dido l’empêchent de jouer son
rôle de surveillance du ciel et, sans un radar d’alerte aérienne opérationnel,
le Contre-Amiral Vian considère sans objet de risquer ses navires à la mer dans
la journée.
Limnos (journée)
Les forces alliées à Limnos ayant été averties que le Dido
serait indisponible pendant un certain temps, des postes d’alerte sont
installés sur les collines dominant Katalakko, Myrina sur la côte ouest et
Kaminia sur la côte est. A 07h30, alors que la première patrouille de huit
NA-73 apparaît au-dessus de Mudros, les combats ont déjà repris autour de la
poche de Propouli. Les forces grecques tentent de s’infiltrer le long de la
côte pour priver les parachutistes allemands d’accès à la mer. Les
parachutistes français et les unités de la Légion attaquent à partir d’Atsikis,
et la poche allemande est constamment pilonnée par les obus des obusiers de 105
mm français, ainsi que par ceux des mortiers de 120 mm et des canons de 25
livres grecs.
La deuxième patrouille prend son tour de garde à 09h15 et reçoit peu après une
alerte radio du poste d’observation de Katalakko. Malheureusement, sans la
centralisation des communications assurée par le Dido et l’expérience de
ses contrôleurs de chasse, les huit NA-73 ne peuvent grimper assez haut avant
d’intercepter une formation de 32 Ju-52 escortés par 24 Bf-109 et 20 Bf-110. Assaillis
par les chasseurs d’escorte qui ont l’avantage de l’altitude, les Français
perdent trois des leurs en échange d’un Bf-109 et un Bf-110, sans pouvoir s’en
prendre aux transports. Les Ju-52 peuvent alors parachuter, sans être trop
dérangés, l’équivalent de deux compagnies et quelques conteneurs de munitions.
C’est un succès, mais il n’est évidemment pas suffisant. Kesselring et Student
mettent beaucoup d’espoir dans l’arrivée des planeurs Go-242, plus gros que les
DFS-230, mais plus maniables que les monstrueux Me-321.
Au sol, la bataille se poursuit sur l’axe Atsiki-Propouli. Manquant d’armes
lourdes, les Allemands subissent sans pouvoir répliquer plusieurs barrages
assénés par l’artillerie française et grecque. Et comme si ce n’était pas
assez, à 11h35, douze DB-73 du II/23 basés à Chios attaquent Propouli pour
soutenir l’attaque de la Légion.
Une deuxième mission de parachutage est signalée à 13h50, quand une nouvelle
formation, constituée de 42 Ju-52 escortés par 28 Bf-109 et 20 Bf-110, est
aperçue par le poste d’observation de Katalakko. Cette fois, la patrouille, qui
est plus puissante (six P-38 et huit NA-73) prépare mieux son interception. Les
NA-73 restent à basse altitude et filent droit sur les Ju-52 qui descendent
pour parachuter leur charge. Ils en abattent deux puis font face à l’escorte,
perdant trois avions en échange d’un Bf-109. Peu après, les P-38, perchés à
haute altitude, se laissent tomber sur la formation allemande, traversent
l’escorte à grande vitesse et abattent trois Ju-52 et un Bf-110, en perdant
deux avions. Les transports peuvent malgré tout parachuter deux compagnies,
deux pelotons de mitrailleuses et une batterie de canons sans recul. C’est
insuffisant pour arrêter l’avance des Français et, en milieu d’après-midi, la drop
zone sud est sous le feu des armes légères françaises.
Un troisième parachutage est organisé peu avant la nuit. Cette fois, 32 Ju-52
remorquant 20 DFS-230 et 12 Go-242 à peine arrivés réussissent à déposer un
bataillon de la 22ème Aéroportée allemande sans être dérangés. Un
problème de communication a en effet empêché les chasseurs en patrouille
d’intercepter les transports avant le lâcher des planeurs, et les huit NA-73 se
contentent d’abattre deux Bf-110 et un Bf-109 au prix de deux des leurs. Mais à
peine au sol, les passagers des planeurs sont très chaudement accueillis :
une averse d’obus de 25 livres grecs arrose la drop zone, infligeant
quelques pertes humaines et détruisant une partie du ravitaillement avant même
qu’il ne soit déchargé des planeurs.
Ses divers renforts aident Sturm à stabiliser le front au sud de Propouli. Il
doit pourtant avertir Salonique que seule la DZ nord, la plus proche des
plages, pourra recevoir des conteneurs de ravitaillement lors du parachutage
prévu pour la nuit suivante.
Limnos (nuit)
Au crépuscule, la flotte alliée quitte Chios, y laissant le Dido en réparations. Vian est à bord du Maori et, avec les Matabele, Somali, Partridge et Guépard, file monter la garde devant la côte nord de Limnos. Pendant ce temps, la “division Perzo” (Le Fantasque (amiral), L’Indomptable, Le Terrible et Welshman), accompagnée des torpilleurs L’Incomprise, La Poursuivante et Branlebas, de 4 MTB et de 6 MGB, escorte vers Limnos les deux LSI (S) Prince Albert et Prince Baudouin ainsi que les LCI venus de Mytilène.
Cette formation arrive à Mudros
peu avant minuit et débarque des troupes grecques, de l’artillerie et une
batterie complète de 40 mm AA. Pendant que ce chargement est fiévreusement
débarqué, la flottille de Vian commence à bombarder la poche allemande, se
concentrant sur les drop-zones, que les Allemands ont de nouveau tenté
d’illuminer pour baliser les parachutages de la nuit. Très vite, Sturm n’a plus
d’autre choix que d’ordonner l’extinction du balisage et les conteneurs sont
lâchés au hasard. Plus des deux tiers tombent à l’eau, où les pêcheurs en
récupèrent encore parfois de nos jours…
Singapour
La ville est à nouveau durement bombardée, cette fois par des avions de la
Marine japonaise. Un Spitfire de reconnaissance basé à Sabang prend des photos
des préparatifs japonais sur la rive nord du détroit de Johore, qui montrent
qu’un assaut massif contre Singapour est proche.
Sumatra
Les forces japonaises venant de Medan sont arrêtées à Langsa par des troupes
hollandaises et du Commonwealth.
Papouasie - Nouvelle-Guinée
Prévoyant une attaque japonaise sur l’est de la Nouvelle-Guinée, le Général Morris a ordonné au meilleur des trois bataillons de la 30ème Brigade de l’AMF, le 39ème (de l’Etat de Victoria), de prendre position à Buna (le port de la côte nord-est le plus proche de Port-Moresby). Les infatigables Lockheed Lodestar mènent à pied d’œuvre la plus grande partie du bataillon dans les premiers jours d’avril, mais le chef de l’unité, le Lt-Colonel W.T. Owen, a compris au premier coup d’œil sur la carte que sa formation risque fort d’avoir besoin d’une voie de repli enjambant la chaîne Owen-Stanley – or, la seule possible est la Piste de Kokoda. Le Brigadier Porter, commandant à l’époque la 30ème Brigade, est bien d’accord (il estime par ailleurs que sa brigade a été médiocrement traitée et fait de son mieux pour remédier à ses nombreux problèmes d’équipement et d’entraînement). Avant le départ, Owen et Porter choisissent donc 120 hommes du 39ème Bataillon, y ajoutent 100 hommes (sur 310) du Bataillon Papou et les envoient de Port-Moresby à Buna par la Piste de Kokoda pour cartographier la région et trouver des points où installer des dépôts de ravitaillement et des positions de défense. Il leur faudra un mois pour le faire.
De leur côté, les Japonais ont commencé à concentrer des forces pour occuper la Papouasie dès février, mais leurs projets ont été considérablement bouleversés par la résistance des forces du Commonwealth à Singapour. La 17ème Armée du Lieutenant-Général Harukichi Hyakutake (dont le QG est à Rabaul) doit prendre en charge cette invasion, mais beaucoup de ses forces lui ont été enlevées (telle la 56ème Division, envoyée en Malaisie) et elle va aussi devoir se soucier, par exemple, d’occuper Guadalcanal… Les troupes d’invasion de la Nouvelle-Guinée proviendront essentiellement des 5ème et 18ème Divisions.
Bataan (Philippines)
Nouvelle offensive japonaise à l’est du mont Samat.
Océan Indien, 180 nautiques au sud-est de Ceylan
Opération C
Pendant que ses équipiers I-2 et I-3 reconnaissent le golfe du Bengale et transmettent des rapports météo, le sous-marin japonais I-7 se prépare à effectuer une reconnaissance aérienne de Colombo et Trincomalee. Alors qu’il navigue en surface, il est attaqué par un PBY du Sqn 413 de la RCAF. Celui-ci lâche deux bombes… qui n’explosent pas et le sous-marin plonge sans demander son reste. Furieux, l’équipage du PBY masquera sa déception avec humour en soulignant dans son rapport qu’après tout, c’était le 1er avril…
Quatre heures plus tard, l’I-7 refait surface et aperçoit plusieurs petits patrouilleurs. Le commandant décide d’annuler le vol de reconnaissance, car la zone de lancement semble trop fréquentée. Il se contente de transmettre un rapport météo.
2 avril
Au large de la Californie
A 10h18, le Hornet est en route. Accompagné par les croiseurs lourds Northampton
et Salt Lake City, des destroyers Balch, Benham, Ellet
et Fanning et du pétrolier Sabine, il passe sous le Golden Gate
Bridge. Dans l’après-midi, ce groupe, baptisé Task Group 16.2, se dirige en
zigzaguant vers son point de rendez-vous avec le groupe de l’Amiral William F.
Halsey, autour du porte-avions USS Enterprise, au nord d’Hawaï. L’Amiral
Mitscher annonce alors par hauts-parleurs à tout l’équipage : « Messieurs,
cette force se dirige vers Tokyo », déclenchant des applaudissements
frénétiques dans tout le navire.
Washington
Après de multiples tractations, sous la pression américaine, le siège du projet Concorde est officiellement transporté de Londres à Washington D.C., ce qui traduit le passage de Concorde dans les mains américaines. Devant ce changement, Charles de Gaulle va décider de remplacer personnellement (au moins en théorie) son sous-secrétaire d’état Philippe Serre[1].
Oran (Algérie)
A 01h00, la Flotte de
Méditerranée Occidentale quitte Oran-Mers-el-Kébir. Le Vice-Amiral Gensoul
commande les cuirassés MN Dunkerque (amiral) et Strasbourg, les
porte-avions HMS Indomitable (12 Sea Hurricane du Sqn 800, 10 Sea
Hurricane du Sqn 880, 9 Martlet II du Sqn 806 et 12 Albacore) et USS Ranger
(21 F4F-3 de la VF-9, 21 F4F-3 de la VF-41, 15 SDN-3 de la VS-41), et un écran
composé des croiseurs lourds USS Augusta et MN Colbert, du
croiseur léger USS Brooklyn, de cinq contre-torpilleurs (MN Volta,
Cassard, Kersaint, Tartu, Vauquelin) et de huit
destroyers (USS Mayrant, Rhind, Trippe, Wainwright
et Ericsson, Ludlow, Swanson, Wilkes). Cette force
se dirige vers le Détroit de Sicile.
Sfax (Tunisie)
Le Groupement de Tabors Marocains du Général Guillaume, qui
s’entraînait dans les Aurès, se rassemble à Sfax avant son départ pour le
Péloponnèse. Les 4ème et 6ème Brigades Sud-Africaines,
qui avaient été tenues en réserve lors de l’opération Jaguar, se préparent
aussi à partir pour le Péloponnèse.
Péloponnèse
La bataille dans la région de Tripolis reste acharnée.
Au nord, les troupes françaises sont encore violemment
assaillies autour de Milea. A l’est de la petite ville, la 1ère D.I.
du Général De Lattre tente de contre-attaquer sur les arrières des forces
allemandes, mais doit se replier devant de violentes contre-attaques blindées.
En fin de journée, la division n’a plus que 19 chars moyens et 34 légers (pour
un effectif théorique de 51 et 159) – mais elle a infligé d’aussi lourdes
pertes à ses adversaires.
Plus au sud, le bourg d’Aghiorgitika tombe dans la matinée aux mains des
troupes germano-italiennes. C’est une brèche sérieuse dans les défenses de
Tripolis. La 9ème D.I. Coloniale du Général De Monsabert réagit
énergiquement, avec l’appui de la Brigade Mobile de la Légion Etrangère. En fin
d’après-midi, aux prix de pertes sérieuses, les hommes du 4ème
Régiment de Tirailleurs Tunisiens reprennent Aghiorgitika.
Plus au sud encore, les troupes allemandes avancent vers Korakovouni, sur la
route côtière en direction de Léonidio. Les Britanniques parviennent à freiner
cette poussée et, au coucher du soleil, Korakovouni est toujours aux mains des
Alliés.
A l’est, la 15ème Panzer attaque à la jonction du 1er
Corps Français et du XXXème Corps britannique. Les forces du
Commonwealth réussissent finalement à arrêter l’attaque à Aghios Petros et à
Rizes, où elles sont soutenues par les chars américains du bataillon du Colonel
Todd.
Pendant que les combats font rage autour de Tripolis, la 3ème
Division de Montagne allemande parvient à percer les défenses yougoslaves à
l’est de Karkalou, coupant la route de Levidi et progressant vers Alonitsena. A
13h00, le Général Giraud autorise les Yougoslaves à décrocher vers Megalopoli
par Dimitsana et Stemnitsa. La perte de Karkalou est un grave échec, car le
flanc ouest de Tripolis est laissé à découvert.
A l’ouest du front, près d’Olympia, les unités de la 10ème D.I.
française repoussent une nouvelle attaque allemande, aidées par de constantes
attaques de la Force Aérienne de Mer Egée sur les communications ennemies, qui
gênent sérieusement l’approvisionnement allemand.
En général, l’activité aérienne est intense dans les deux camps, même si les
pertes subies jusqu’alors ont réduit le nombre de missions. Les Alliés perdent
douze avions (cinq bombardiers et sept chasseurs) et l’Axe huit (trois
bombardiers, cinq chassseurs). Mais la plus importante opération aérienne de la
journée n’a pas lieu au-dessus du Péloponnèse.
Pour tenter de réduire le flux de renforts de l’Axe, les
Alliés décident de bombarder en plein jour la gare de triage d’Athènes. Tenant
compte du fait que l’activité aérienne récente a été essentiellement tactique,
le raid est programmé pour l’après-midi, dans l’espoir que les chasseurs de
l’Axe seront occupés au-dessus du Péloponnèse. D’Héraklion décollent 36 B-25 de
la 12ème Escadre de Bombardement et 24 Boston III du 234ème
Wing. L’escorte de chasse est fournie par 16 Hurricane II du 243ème
Wing (Naxos) et 16 P-40E des Sqn 112 et 250 (Maleme). Cette formation est
détectée par les radars allemands, mais n’est pas interceptée avant de franchir
la côte grecque, quelques minutes avant d’entamer la passe de bombardement, car
les chasseurs allemands sont effectivement engagés pour la plupart au-dessus du
champ de bataille terrestre. A 16h10, les bombes se mettent à pleuvoir,
endommageant gravement la gare et les voies. Les combats aériens qui suivent
voient la perte de 14 a ppareils alliés (4 Hurricane, 5 P-40E, 3 B-25 et 2
Boston III) en échange de huit chasseurs de l’Axe.
Mais la gare d’Athènes n’en a pas fini avec les bombes alliées. Peu après le
crépuscule, 18 Short Stirling et 12 Consolidated-32 de la Force Couronnement
attaquent, visant les feux des incendies allumés l’après-midi. Opérant près de
leurs bases, ces bombardiers emportent une charge de bombes maximale. La flak
abat un Stirling, mais les bombes des trente quadrimoteurs aggravent
considérablement les dommages causés à la gare.
Plus tard dans la nuit, les interceptions des communications
téléphoniques allemandes effectuées par la Résistance grecque indiquent que le
trafic ferroviaire passant par Athènes va être interrompu pendant près d’une
semaine et que des approvisionnements stockés avant leur transfert vers Mégare
et le Péloponnèse ont été en grande partie détruits.
Salonique
Peu avant 08h00, douze DB-73 du II/23 escortés par seize NA-73 attaquent à très
basse altitude les trois principaux terrains de Salonique. L’omniprésente flak
abat trois bombardiers et deux chasseurs, mais huit Ju-52 et cinq He-111P sont
détruits au sol. Aux abords des aérodromes, les attaquants se heurtent à
quelques chasseurs et abattent deux Bf-109 et trois Bf-110 en échange de deux
autres NA-73.
Limnos
Après une nuit difficile, hachée par les bombardements des
navires alliés, les Allemands espèrent l’arrivée rapide de nouveaux renforts,
mais le premier convoi aérien est retardé par l’attaque alliée de Salonique et
n’approche de l’île qu’à 12h20. Cette fois, ce sont 44 Ju-52, qui remorquent 15
DFS-230 et 29 Go-242. Mais un fort vent du nord oblige avions et planeurs à
aborder l’île par le sud et à survoler la côte à Myrina, avant de tourner vers
le nord au dessus de Livadachori et de libérer leurs planeurs pour qu’ils
aillent se poser sur la drop zone. Non seulement ce détour donne le
temps aux chasseurs français de grimper avant d’attaquer, mais il oblige les
planeurs à passer, lentement et à basse altitude, au dessus des canons de DCA
disposés pour couvrir la route la plus probable vers la seule DZ maintenant
utilisable. Pour les artilleurs, « C’était une sorte de tir au pigeon,
en plus facile » expliquera le sergent Vassilis Kakouyannis à Donald
Lincoln quelques jours plus tard. Les Bofors abattent cinq DFS-230 et onze gros
Go-242, pendant que l’escorte réussit – à ses dépens – à barrer le chemin aux
huit NA-73 et six P-38 de la patrouille. Trois Bf-109 et quatre Bf-110 sont
abattus, pour trois NA-73 et deux P-38. Il n’y aura pas d’autre tentative
d’envoi de renforts dans la journée.
En effet, après 13h00, le temps se gâte rapidement. Le vent apporte de lourds
nuages, chargés de pluie et même de neige. Les intempéries n’empêchent pas les
troupes alliées de reprendre leur attaque après un barrage d’artillerie de deux
heures, qui réduit au silence la plupart des mortiers et des canons adverses.
Pourtant, les paras allemands s’accrochent à chaque rocher et l’attaque contre
Propouli échoue à nouveau. Ce n’est que le long de la côte que les Grecs
parviennent à progresser. A 21h00, les Allemands ne contrôlent plus que 3 km de
plage à peine.
Avec la nuit, les navires alliés reviennent. La mer est très houleuse et Vian
annule le bombardement naval prévu, craignant que le tir de ses destroyers ne
soit pas assez précis. De toutes façons, le temps est aussi mauvais au-dessus
de Salonique qu’au dessus de Limnos et aucun parachutage de conteneurs n’a lieu
cette nuit-là. La “Division Perzo” et les deux LSI anglais arrivent à Mudros à
23h15, chargés de munitions et de ravitaillement, et repartent avec 550
blessés. En raison du mauvais état de la mer, les LCI ont été laissés à Mytilène.
Même les torpilleurs français, qui jaugent 600 tonnes, sont ballottés comme des
coquilles de noix entre Chios et Mudros. Au même moment, de l’autre côté de
l’île, le mauvais temps empêche les deux BV-222 opérationnels d’amerrir.
Océan Indien, au large de Bombay
Opération C
Le sous-marin I-6 a évité trois jours plus tôt de torpiller le navire-hôpital HMHS Vita, mais il ne rate pas le cargo britannique Clan Ross (5 897 GRT). Touché trois fois, le transport sombre, laissant trois canots de sauvetage. Le sous-marin fait surface, donne aux naufragés de l’eau et des biscuits, leur indique la direction de Bombay, puis les sous-mariniers souhaitent à leurs victimes « Bon voyage »… en français dans le texte !
Sumatra
L’Armée japonaise lance contre Langsa une attaque frontale, qui est repoussée
avec de lourdes pertes. Au début de la nuit, une tentative de débordement des
lignes de défense par la mer, grâce à des troupes embarquées sur des caboteurs,
est mise en échec par la canonnière HMS Scorpion et le vieux destroyer
HMS Sabre, qui coulent plusieurs petits bateaux chargés de soldats.
3 avril
New York
« Mon cher Mendès,
Toutes les nouvelles ou presque, outre votre lettre du 4 mars, me sont parvenues ici à la fois. Permettez-moi de vous dire que rarement Légion d’Honneur fut plus méritée que celle qui vous échoit. Après votre quatrième citation à palme, elle allait de soi. Ou elle serait allée de soi, devrais-je dire plutôt, si le maître de nos Défenses nationales ne se comportait pas d’une manière aussi haïssable, en général, et ne se faisait, en particulier, gloire de son ingratitude. Voilà un homme qui ne se soucie pas plus d’être apprécié par ses camarades qu’aimé par ses subordonnés ! Je n’en suis que plus surpris qu’il vous ait enfin accordé la Belle Rouge plus un quatrième galon. Peut-être a-t-il voulu compenser votre radiation du personnel navigant. Ce serait assez de son genre.
Quels que soient les motifs du Grand Sémaphore, je vous félicite du fond du cœur. Si le champagne m’attend encore à l’Aletti, aux bons soins du barman Edmond, nous en boirons plus d’une coupe quand je viendrai à Alger cet été – en juillet si c’est possible. On s’est enfin décidé en haut lieu à m’accorder une permission. On n’avait, d’évidence, guère envie de me voir traîner mes guêtres à moins de mille lieues du siège du Pouvoir. Je préfère imaginer que l’on redoutait l’écroulement des gratte-ciel de Manhattan, à l’instar des murailles de Jéricho, si je quittais le territoire des États-Unis. À quelles extrémités la solidarité entre alliés ne pousse-t-elle pas ceux qui nous gouvernent !
Il est temps que je change d’air. Je me lasse de jouer les maîtres de relais de poste exotiques, même si les Stratoliner remplacent les diligences. À vous, je puis confier que je me meurs d’ennui.
L’écriture elle-même ne suffit pas à me divertir. Mon Pilote de Guerre, traduit sous le titre Flight to Arras, a rencontré quelque succès, ce qui m’a valu maints déjeuners, dîners, cocktails, signatures, rendez-vous galants, interviews, conférences et tutti quanti. Un temps, ces festivités et les jolies femmes m’ont un peu amusé. Elles ne m’amusent plus. J’ai tout de même achevé mon conte illustré pour enfants, Le Petit Prince. Vous me pardonnerez d’avoir repris le dessin que je vous avais donné à Marrakech pour le personnage de l’Ivrogne. Votre sobriété à toute épreuve étant devenue proverbiale, vous n’y verrez, je l’espère, qu’un signe d’amitié.
Je m’attache maintenant – j’ai trop de loisirs – à mettre au net des monceaux de notes d’un disparate à faire peur. Il y a là, me semble-t-il, la matière de plusieurs livres. Si Dieu me prête vie, je commencerai par une suite à mon Pilote dont je n’ai rédigé encore que le titre, Orphelins du Ciel. Vous-même et vos petits cos de promo de Marrakech y apparaîtrez au premier plan. Qu’en pensez-vous ?
J’avais cru (non : j’avais voulu croire) qu’on ferait de moi, précisément, le pilote d’essai des avions américains que nous acquérons, qu’il s’agisse d’appareils entièrement nouveaux ou de versions nouvelles. Il n’en est rien. On me laisse le manche pendant dix minutes, on prend une photo, et le tour est joué. Si au moins on me versait un cachet digne d’Hollywood !
Je vois que je jacasse, si je puis m’exprimer ainsi, comme une commère au lavoir alors que je ne devrais vous parler que de vous.
Je ne sais si cette lettre vous trouvera encore à l’hôpital, ou si vous avez pu entamer votre convalescence. Dans le premier cas, guérissez vite, je vous en prie, et dans l’autre, reposez-vous énergiquement. Je vous donne l’ordre (je suis votre ancien) d’être sur vos deux pieds quand je viendrai à Alger.
À bientôt, mon cher Mendès, portez-vous bien, et croyez-moi plus que jamais votre ami fidèle.
Antoine de Saint-Exupéry »
Paul Reynaud, Georges Mandel et
Charles De Gaulle partent pour Washington. Avant de se rendre dans la capitale
fédérale, ils doivent rencontrer Winston Churchill et le Chef d’Etat-Major
Impérial à la Jamaïque.
Détroit de Sicile
Sous une solide couverture de chasse, la force du Vice-Amiral Gensoul traverse
en plein jour le Détroit de Sicile. En dehors de quelques avions de
reconnaissance, dont deux sont promptement expédiés par les Sea-Hurricane de l’Indomitable,
il n’y a aucune réaction de la Regia Aeronautica. Peu avant minuit, l’escadre
entre dans le port de Tripoli.
Péloponnèse
Le temps se gâte progressivement dans la journée. La Grèce centrale est la
première touchée, mais au milieu de l’après-midi, il pleut abondamment sur
Athènes et, à la tombée de la nuit, des averses de pluie et de neige mêlées
tombent sur le Péloponnèse.
Après les pertes des jours précédents, les deux camps se regroupent et se
réorganisent. Il apparaît que les Allemands récupèrent et réparent plus
efficacement que les Alliés les chars endommagés pendant la bataille.
Si les combats baissent d’intensité au nord de Tripolis, à l’est, la bataille
autour d’Aghiorgitika reprend. Le 4ème RTT, malgré le soutien des
chars de la Légion, doit se replier devant une violente contre-attaque
italo-allemande. Durant quelques heures, la petite ville devient un no-man’s-land
martelé par les mortiers et criblés d’obus par les canons des deux camps. A
21h00, les Tunisiens et les Légionnaires repartent à l’assaut et ils réoccupent
Aghiorgitika peu avant minuit. Malgré leurs pertes, ils repoussent les hommes
de la division motorisée Eugenio di Savoia. Presque toutes les tankettes
L3 et L6 du 14ème Régiment de Cavalerie Cavalleggeri di
Alessandria sont détruites par les blindés français et l’infanterie
mécanisée du 11ème Régiment de Bersaglieri subit de lourdes pertes et
doit reculer vers la côte.
Plus au sud, Rizes tombe aux mains d’éléments de la 15ème Panzer
pendant que, sur la route côtière, les troupes allemandes entrent dans
Korakovoumi et Aghios Andréas.
Les développements les plus préoccupants surviennent cependant à l’ouest de
Tripolis. Les troupes de montagne allemandes, qui ont percé sur la route entre
Karkalou et Levidi, avancent à présent vers Davia, sur les pentes ouest des
collines du Menalo. Les troupes françaises n’ont pas d’autre choix que
d’évacuer Levidi et de se concentrer autour de Milea, ce qui est fait en fin
d’après-midi.
Plus à l’ouest, si les troupes grecques tiennent solidement Andritsena contre
des attaques répétées, le saillant allemand s’étend maintenant à l’est vers
Kariteria. Il est de plus en plus douteux que la 3ème Brigade de
Montagne grecque et les éléments de la 1ère D.I. yougoslave qui se
battent à ses côtés puissent tenir la route Mégalopoli-Andritséna-Krestina.
Devant la possibilité d’une percée allemande, le Général Giraud ordonne au
Groupement de Tabors du Général Guillaume et au 5ème Régiment de
Tirailleurs Marocains (5ème RTM), encore en mer, d’aller débarquer à
Pyrgos, pour renforcer la 10ème D.I. de Billote.
Dans cette situation difficile, l’arrivée à Kalamata et à Gythion des premiers
éléments de la 4ème D.I.M.M. et de la 1ère Division
Sud-Africaine donne des raisons d’espérer. A Gythion, la 5ème
Brigade de cette division (Brigadier J.B. Kriegler) est la première unité
sud-africaine à débarquer. A Kalamata, les Marocains commencent à débarquer
dans l’après-midi et ce débarquement se poursuit toute la nuit.
La météo et les pertes récentes réduisent quelque peu l’activité aérienne, mais
les bombardiers légers alliés continuent à attaquer les convois routiers
germano-italiens sur la route Corinthe-Argos-Tripolis. Dans les combats qui
s’ensuivent, la Force Aérienne de Mer Egée perd onze avions (5 bombardiers, 6
chasseurs) contre six de l’Axe (2 chasseurs-bombardiers et 4 chasseurs).
Dans la journée, les GC I/1 et II/1 commencent à se redéployer sur K-1 (près de
Kalamata), avec 41 Spitfire Vb soutenus par 12 DC-3.
Limnos
Le temps est épouvantable toute la journée dans l’ensemble de la région, avec
des rafales atteignant plus de 90 km/h, une pluie abondante et des chutes de
neige, qui interdisent toute activité aérienne.
Toute la matinée, les canons grecs et français pilonnent les troupes
allemandes. Une batterie de mortiers de 120 mm pilonne Propouli, où les paras
allemands sont retranchés. Après de durs efforts et avec l’aide des habitants,
les Français réussissent à placer une autre batterie de mortiers de 120 en
bonne position pour frapper la seconde drop zone, et les tireurs comme
leurs cibles s’aperçoivent vite que les obus de ces mortiers lourds sont plus
efficaces que ceux des canons de 25 livres ou de 105 mm. « Il nous
faut d’urgence un raid aérien pour faire taire l’artillerie ennemie,
signale à Salonique le général Sturm. Sinon, la seule DZ capable de recevoir
des planeurs sera interdite. Et si nous ne recevons pas de nombreux planeurs de
renforts et de ravitaillement, nous ne pourrons pas défendre longtemps
Propouli ! » Kesselring et Student promettent d’envoyer des
bombardiers, mais la météo empêche l’organisation d’un raid aérien.
A 14h50, en pleine bourrasque de neige, les troupes de la Légion Etrangère repartent à l’attaque. Le colonel Dimitri Amilakhvari, l’officier de noble origine géorgiennne qui commande la 13ème Demi-Brigade, est passé sur le front dans la matinée pour expliquer à ses hommes que seul le contrôle ou l’interdiction des drop zones leur permettront d’anéantir les parachutistes allemands. A 16h00, la DZ sud tombe, malgré une résistance acharnée, après des combats au corps à corps sous la neige. « Le sergent Léonid Andropov, exilé d’Union Soviétique pour trotskisme, est un ancien des Brigades Internationales, et la bataille lui rappelle des souvenirs : “Je me suis revu près de Madrid, pendant l’hiver 36-37. Les fascistes étaient aussi enragés, leur sang avait la même couleur, et la neige le recouvrait aussi vite. Mais, comme là-bas, elle recouvrait aussi bien le sang des camarades.” Ou le sang de Léonid lui-même : il a pris une balle dans la cuisse, qu’il traite par le mépris et ne l’a d’ailleurs pas empêché d’abattre le tireur. » (Reportage de Donald Lincoln dans le New York Herald). Cette sauvage bataille inspirera, après la guerre, la fameuse chanson d’Edith Piaf “Le canon de la Légion” : « C’est le canon de la Légion – Ah la la la la Belle histoire ! – Dans la neige luttent des lions – Dans la tempête plane la Gloire – Et dans le vent claque un fanion – C’est le fanion de la Légion ! »
A la tombée de la nuit, les troupes françaises commencent à
encercler Propouli, menaçant de couper la poche en deux. A 20h00, Sturm ordonne
une contre-attaque, qui, à minuit, réussit à maintenir ouvert un corridor de
mille mètres entre Propouli et le reste de la zone encore contrôlée par les
Allemands. La situation des unités retranchées dans Propouli reste cependant
mauvaise, car le village est sans cesse martelé par les canons de campagne et
les mortiers lourds alliés.
Sur le rivage, les troupes grecques venant de l’ouest atteignent la petite
route reliant Propouli aux plages.
Le très mauvais temps épargne à nouveau aux Allemands une nuit de bombardement
naval. Mais il n’empêche pas les plus gros navires alliés (les
contre-torpilleurs, le Welshman et les deux LSI) d’apporter du
ravitaillement à Mudros et d’emmener des blessés.
Alexandrie
Pour soutenir le XXXème Corps, l’Amiral Cunningham ordonne dans la
nuit à l’Amiral Rawlings de partir avec l’Escadre de Méditerranée Orientale
pour le Golfe d’Argolykos. A 08h30, Rawlings quitte Alexandrie vers le Détroit
de Karpathos avec les cuirassés HMS Resolution (amiral), HMS Revenge
et MN Lorraine, les porte-avions HMS Illustrious (12 Martlet II
du Sqn 881 et 6 du 882, 12 F4F-3A de l’AC-2 française, 10 Swordfish et 1 Fulmar
II du Sqn 829) et HMS Furious (10 Fulmar II du Sqn 809, 7 du Sqn 807 et
6 Swordfish de patrouille ASM), et un écran constitué des CL HMS Kenya
(avec l’Amiral A. T. Curteis) et Sheffield, du CLAA HMS Charybdis
et des DD HMS Antelope, Ithuriel, Jervis, Nestor, Onslow,
Partridge, Westcott, Wishart et Wrestler.
Océan Indien, 300 milles à l’est des Maldives
Opération C
Il faut au sous-marin I-7 quatre torpilles et plusieurs dizaines d’obus de 140 mm pour venir à bout du cargo britannique Glenshiel (9 415 GRT).
Détroit de Malacca
Après deux tentatives infructueuses, les bombardiers en piqué de la Marine
japonaise basés à terre réussissent à trouver certains des bâtiments de la
Royal Navy qui patrouillent sur la côte du nord de Sumatra pour empêcher les
infiltrations de l’Armée japonaise par la mer. Quatorze D3A1 attaquent et
coulent la canonnière Scorpion et le dragueur auxiliaire Burnie.
Iles Christmas (sud-ouest de Java)
La force du Contre-Amiral T. Tagaki (CA Nachi [amiral], Haguro et Myoko, CV
Ryujo [25 A5M4 et 18 B5N2], porte-hydravions Chitose [12 F1M2, 8 E13A1,
4 E8N] et DD Shiokaze) couvre le CL Naka et les DD Minegumo,
Natsugumo, Amatsukaze et Hatsukaze débarquent des troupes
dans les îles Christmas, où des troupes britanniques et australiennes se
défendent avec énergie.
Bougainville (îles Salomon britanniques)
Les destroyers Motsizuki, Mutsuki et Yayoi débarquent des
troupes à Bougainville.
4 avril
A 06h00, l’escadre du Vice-Amiral Gensoul quittent Tripoli
et retrouvent bientôt dans le Golfe de Syrte les LCI(L) britanniques Glenearn,
Glengyle, Glenroy, Karanja et Keren, ainsi que six
transports français rapides, qui transportent les hommes et le matériel du 5ème
RTM (de la 4ème Division d’Infanterie de Montagne Marocaine) et les
3ème et 4ème Tabors du Groupement commandé par le Général
Guillaume Tabor. Au total, ce sont 9500 hommes et 1500 mulets qui voguent à 15
nœuds vers le Golfe de Pyrgos, sur la côte ouest du Péloponnèse.
Péloponnèse
Le temps est de pire en pire. Tout le Péloponnèse est balayé par de fortes
pluies qui se transforment en neige à partir de 300 mètres. La visibilité est
souvent inférieure à trente mètres. Malgré ces conditions abominables, Rommel,
qui enrage d’être bloqué à Athènes par le mauvais temps, aiguillonne par radio
les commandants de ses troupes de montagne. Ceux-ci entraînent leurs hommes à
l’attaque et réussissent à percer les lignes grecques à Andritséna. En fin d’après-midi,
les Grecs se replient sur Mégalopoli, pendant que les Allemands progressent
vers Pétraiona et la côte ouest du Péloponnèse. On se bat sur les collines
enneigées, à 1000 ou 1500 mètres d’altitude parfois, sous des bourrasques de
neige et dans le brouillard.
Devant le risque grandissant de voir l’ennemi atteindre la route côtière, le
Général Giraud ordonne aux premiers éléments de la 4ème D.I.M.M.,
débarqués à Kalamata, de se diriger immédiatement vers Filia, où la route
Kalamata-Mégalopoli bifurque vers Kiparissia. Le 4ème RTM, avec ses
300 mules, se met en route dans l’après-midi, par un temps épouvantable. A
22h00, ses premiers élements parviennent à Filia et prennent contact avec les
troupes grecques.
Autour de Tripolis, la 21ème Panzer et la division Centauro
reprennent leur attaque contre Milea. Après des heures d’un combat acharné à
courte portée dans des conditions météorologiques affreuses, les troupes
françaises tenant cette partie du front commencent à se replier vers Tripolis,
après avoir détruit plus de cinquante chars du 22ème Pz Rgmt et du
31ème Regimente Corrazato. A la nuit, les blindés de l’Axe ont
pénétré dans Milea, mais sont incapables d’avancer davantage.
Plus au sud, la 15ème Panzer pousse toujours vers Léonidio mais est
très ralentie par la 50ème D.I. britannique sur l’étroite route
côtière. Le commandant du XXXème Corps, le Général Norrie, demande à
Giraud et à Ritchie l’autorisation de faire débarquer des troupes
sud-africaines par LCT et LCI directement à Léonidio. Cette autorisation lui
est accordée en fin d’après-midi.
Limnos
Le ciel se dégage un peu et l’activité aérienne reprend aussitôt au-dessus de
la Mer Egée. A 10h30, un convoi de 44 Ju-52 remorquant 25 DFS-230 et 19 Go-242
et escortés par 24 Bf-109 et 27 Bf-110 approche de Limnos, mais il est très
vite détecté par le Dido, qui a quitté Chios à 03h30. En effet, bien que
sa tourelle X soit toujours hors service (les chocs successifs ont endommagé le
chemin de roulement), Vian estime que, son radar étant réparé, le navire doit
reprendre son rôle de sentinelle des défenseurs de Limnos. Le Dido est
accompagné par les Maori, Matabele et Somali, ainsi que
par le Partridge, le Gurkha et le Guépard.
Le radar du Dido détecte la formation allemande à 56 nautiques de
distance, et l’officier de direction de la chasse du navire peut positionner au
mieux la patrouille de six P-38 et huit NA-73 venue de Lesbos. Au même moment,
à Mytilène, le commandement de la chasse fait décoller 12 Hurricane.
Plongeant du soleil sur les transports, les chasseurs de la
patrouille abattent sept Ju-52 (avec trois DFS-230 et quatre Go-242) avant
d’avoir à affronter l’escorte. Deux P-38 et trois NA-73 sont alors abattus, en
échange d’un Bf-109 et de deux Bf-110. Mais pendant ce combat, l’escorte ne
peut s’occuper efficacement de réduire au silence les positions de DCA entre
Karpasio et Atsiki, et les planeurs servent à nouveau de cible d’exercice aux
artilleurs des Bofors. Ceux-ci abattent trois DFS-230 et trois Go-242, ainsi
que deux Bf-110 qui tentent de les faire taire. Les 31 planeurs survivants
doivent ensuite se poser sur une DZ constamment pilonnée par l’artillerie, et
dans la moitié d’entre eux, des hommes sont blessés ou tués juste après
l’atterrissage. Quant au ravitaillement transporté, la plus grande partie est
détruite avant d’avoir pu être déchargée.
Enfin, au moment où les avions allemands se replient, ils sont surpris par les
Hurricane qui arrivent de Mytilène. Ceux-ci abattent quatre Bf-110 et trois
Bf-109 au prix de trois d’entre eux.
Kesselring décide alors de suspendre les opérations de ravitaillement aérien
jusqu’à ce que l’artillerie et la DCA ennemies aient pu être matées, et les
deux FliegerKorps font un effort maximum pour une opération qui doit réduire
fortement les pertes subies lors des ravitaillements de Limnos. Les premiers
avions décollent à 13h00. Le IIème FK engage 18 Ju-88 escortés par
20 Bf-110 et 16 Bf-109, tandis que le Xème FK envoie d’abord, pour
la lutte anti-navires, 12 Ju-88 et 16 Bf-109 d’escorte accompagnés de 12 Bf-109
Jabos, puis, pour l’appui au sol, 18 Ju-87 escortés par 16 Bf-109. Une
quatrième vague composée de 16 Bf-110, dont huit chargés de bombes, ferme la
marche.
Le Dido détecte les avions allemands à 63 nautiques de distance et
dirige d’abord vers les attaquants la patrouille (6 P-38 et 8 NA-73), avant de
réaliser qu’un nombre de chasseurs bien plus important est nécessaire.Mytilène
lance alors 16 NA-73, 8 P-38 et 12 Hurricane, qui partent vers Limnos en trois
groupes. A partir de 14h50, une furieuse bataille aérienne se déroule dans le
ciel de Limnos et dans les eaux voisines.
La première cible est l’Escadre de Mer Egée. Les chasseurs français abattent
cinq Ju-88 et trois Bf-109 et désorganisent l’attaque des autres Ju-88, au prix
de deux P-38 et quatre NA-73. Mais les douze Jabos attaquent sans encombres et
se montrent très précis. Le Gurkha (qui semble avoir eu l’encombrant
honneur d’être pris pour un croiseur AA) est touché de trois bombes de 250 kg
et coule rapidement. Le Matabele reçoit deux bombes, qui allument un
violent incendie ; celui-ci devient vite incontrôlable et le grand
destroyer coule vers 16h00. Le Partridge, touché une fois est frôlé à
deux reprises, voit ses machines mises hors service, mais il est pris en
remorque par le Guépard et regagne Chios à 23h00.
Au-dessus de Limnos, les chasseurs français, britanniques et sud-africains,
guidés de main de maître par l’officier de direction de la chasse du Dido,
“oublié” par les bombes des Jabos, abattent quatre Ju-88, cinq Ju-87, quatre
Bf-109 et cinq Bf-110, perdant deux P-38, quatre NA-73 et quatre Hurricane. Les
batteries françaises de 105 mm subissent des pertes sous les bombes des Ju-87
et 88, mais les mortiers de 120 mm, bien camouflés, passent inaperçus et
reprennent le pilonnage de Propouli et de la dernière drop-zone dès que
les avions allemands repartent. De leur côté, les 18 canons AA Bofors
opérationnels livrent un duel acharné aux Messerschmitt qui les
mitraillent ; ils subissent des pertes en personnel, mais abattent deux
Bf-110 et un Bf-109.
Ce raid spectaculaire n’améliore pourtant en rien le sort des troupes
allemandes. Une pluie d’obus continue à tomber, d’autant plus meurtrière qu’il
est difficile de creuser des tranchées vraiment utiles dans le sol dur de
l’île. Les munitions sont rares, les médicaments s’épuisent rapidement et
l’opération de renforts du matin a coûté plus de pertes qu’elle n’a amené de
troupes fraîches. Après le froid et la neige des deux jours précédents,
beaucoup d’hommes soufrent de gelures.
La poche allemande s’est rétrécie à Propouli même, presque encerclée, et à la
zone située entre les routes reliant la plage à Propouli et à Atsiki. Les Grecs
font pression à l’ouest et les Français au sud. Alors qu’il tente de regrouper
ses hommes pour une contre-attaque près de la route d’Atsiki, le Général Sturm
tombe, blessé à la tête. Le Colonel Bräuer, qui dirige la défense de Propouli,
doit à nouveau prendre le commandement de l’ensemble des troupes. Au coucher du
soleil, il envoie à Salonique un message désespéré : « (…) Appui
et ravitaillement aériens inefficaces. Nombreux blessés laissés sans soins par
manque de médicaments et d’eau. Munitions réduites à 50 coups par homme pour
les armes individuelles, à 200 obus au total pour les mortiers de 8 cm et à 800
obus au total pour les mortiers de 5 cm. Demande l’autorisation de négocier une
trêve pour évacuer de Propouli les blessés les plus graves. »
L’autorisation est accordée par Kesselring, mais après une brève discussion,
les commandants français et grecs refusent toute idée de trêve, en ajoutant
cependant qu’ils sont prêts à accepter une reddition allemande à n’importe quel
moment. Le combat reprend et les obus recommencent à tomber sur l’étroit
corridor entre Propouli et le rivage.
Poursuivre le combat est évidemment futile, et Kesselring
comme Student en sont bien convaincus. Pourtant, craignant la réaction
d’Hitler, aucun des deux n’est prêt à accepter que les troupes de Limnos se
rendent. Absurdement, alors qu’aucune drop-zone n’est plus utilisable,
Kesselring ordonne que des Ju-52 et des He-111P reprennent les opérations de
parachutage de nuit. De son côté, Student embarque à 21h30 à bord d’un Ju-52
pour survoler la poche et pouvoir parler directement avec Bräuer.
Au début de la nuit, les contre-torpilleurs français arrivent à Mudros,
escortant les deux LSI et le Welshman, chargés d’hommes et de
ravitaillement. Puis, à la demande du Colonel Amilakhvari, commandant les
unités de la Légion Etrangère, ils ajoutent leurs canons au pilonnage de la
poche allemande.
Mais cette nuit, les Alliés ont décidé de ne pas s’en tenir
au pilonnage. Pendant que les Français attirent le plus possible l’attention de
l’ennemi, les Grecs lancent une nouvelle attaque le long de la côte. Puis, les
Français s’engagent à fond.
23h00 – Propouli est encerclé, et les Grecs ont presque réussi à rejeter
les Allemands du rivage.
23h15 – Le Colonel Amilakhvari demande par
haut-parleur la reddition des défenseurs de Propouli. Aucune réponse. Les
combats reprennent, tandis que les obus de 138 mm navals qui tombent sur
la petite ville se mêlent aux projectiles des canons de 25 livres et de 105 mm
et à ceux des mortiers de 120 et 82 mm.
23h40 – Dans son Ju-52, Student réussit à établir le contact avec le
dernier poste de radio en état de marche au sol. Il n’obtient qu’une évaluation
confuse de la situation : « Ici le lieutenant (crrrr…),
à Propouli… Non, le Colonel Bräuer n’est pas là, il n’est pas joignable – mort,
blessé, je ne sais pas (en fait, il a été blessé deux fois par des éclats
d’obus). Le pilonnage est continuel. La poche est coupée en deux, les Grecs
sont en train de régler le compte des copains du côté de la mer. Non, je ne
suis pas défaitiste ! Ici, les Français nous ont demandé de nous rendre et
on n’a même pas répondu… Mais… » Peu après, le contact est coupé. Les
avions allemands commencent pourtant à parachuter leurs conteneurs, un toutes
les trois minutes, mais à peu près au hasard.
23h50 – Volant à basse altitude au-dessus du champ de bataille, Student
échappe au sort qui attend certains des He-111P. Volant plus haut que les
Ju-52, entre 2000 et 3000 m, trois de ces appareils sont abattus par des
Beaufighter NF-I du Sqn 30, flight B, de la RAF.
23h55 – Student entre à nouveau en contact avec le même opérateur :
« La situation exacte, Herr General ? Bien sûr. L’ennemi est à
exactement cent mètres d’ici, pardon, quatre-vingt dix. Réserves de
munitions : onze cartouches. Et… (crrr…) » Une minute plus
tard, une autre voix : « Ennemi tout proche. Plus de munitions.
Cette radio n’émettra plus. » Sous l’avion de Student, l’obscurité est
toujours striée par les éclairs des coups de canon, cette fois au nord de
Propouli, mais le contact est décidément perdu.
00h25 – Student se décide à rentrer à Salonique, se
demandant si la prévisible colère du Führer sera pire que ce qu’il vient de
vivre.
Sumatra
Après plusieurs tentatives pour s’infiltrer dans les positions des défenseurs
pendant la nuit, une nouvelle attaque japonaise est repoussée devant Langsa par
les Hollandais et les troupes du Commonwealth.
Iles Christmas
Le sous-marin USS Seawolf torpille le croiseur léger Naka. Touché
par une torpille, celui-ci doit être échoué. Il pourra cependant être remorqué
à Macassar pour y être réparé.
Après deux jours de mauvais temps qui ont empêché les opérations de ravitaillement, les sous-marins légers Ro-64, 65 et 67 se ravitaillent auprès du I-6 en carburant, en pièces détachées, en matériels divers mais surtout en torpilles (seize en tout sont transférées).
5 avril
Dans la nuit, 275 bombardiers de la RAF, dont 89 équipés du
système “Gee” d’aide à la navigation, attaquent les usines Krupp d’Essen. Plus
de 75% des bombes touchent la “zone cible” (quoique moins de 25% atteignent la
cible elle-même). Cette attaque massive sature la direction de la chasse de
nuit allemande et seuls douze bombardiers sont abattus, pour la plupart de
vieux Whitley ou des Stirling volant à basse altitude.
Péloponnèse
Par un temps toujours aussi médiocre, les combats se poursuivent, car les
troupes de montagne allemandes continuent à pousser au sud d’Andritsena, vers
Filia, et à l’ouest, vers la côte. Au sud, leur avance est arrêtée, mais à
l’ouest, ils approchent de la côte, où les troupes franco-yougoslaves ne
tiennent qu’un mince corridor entre Zaharo et Kiparissia. Tard dans la nuit, le
convoi escorté par l’escadre de l’amiral Gensoul arrive dans le Golfe de
Pyrgos, et se prépare à débarquer à Pyrgos le 5ème RTM et les Tabors
du Général Guillaume.
Autour de Tripolis, les troupes des deux camps sont trop épuisées pour
reprendre l’offensive après la chute de Milea. L’artillerie alliée martèle la
petite ville, où des éléments de la 21ème Panzer et de la Centauro
se retranchent.
A l’est, dans le Golfe d’Argolykos, profitant du très mauvais temps qui
interdit presque toute activité aérienne, l’amiral Rawlings ordonne aux
cuirassés Revenge et Lorraine et au croiseur Sheffield de
soutenir les troupes sud-africaines qui débarquent à Léonidio par LCI pour
renforcer la 50ème Division britannique. A 10h30, les navires
approchent de la côte, mais ils ne peuvent ouvrir le feu avant midi en raison
d’un épais brouillard masquant leurs cibles. Enfin, le brouillard se dissipe
et, de 12h30 à 16h00, les trois bâtiments effectuent cinq bombardements sur les
portions tenues par les Allemands de la route côtière menant vers Léonidio. A
courte portée – moins de 4000 mètres parfois – ces bombardements ont des effets
spectaculaires. Les hommes de la 15ème Panzer découvrent à leurs
dépens qu’une route côtière offrant au touriste un superbe panorama sur la Mer
Egée n’est pas un bon endroit où séjourner quand huit canons de 15 pouces et
huit de 340 mm (sans compter de nombreux tubes de plus petit calibre) la
prennent pour cible à bout portant.
« Jusqu’aux années 1990, cette portion de route fut
le but d’une sorte de pèlerinage de la part des anciens combattants du
Skandenberg Korps, qui semblaient tenir à admirer la vue sans craindre de
recevoir une tonne d’explosifs sur la tête. On dit qu’aujourd’hui encore, le
promeneur peut trébucher sur les débris torturés des véhicules allemands
réduits en miettes par les énormes obus de marine… Mais la municipalité de
Léonidio est formelle : tous les projectiles non explosés ont été éliminés
depuis longtemps. » (Guide du Routard de la Grèce, édition
2004).
Limnos
02h15 – Le général Student se pose à Salonique et va immédiatement
transmettre à Kesselring et à son état-major la triste nouvelle de la chute de
Propouli. Il ajoute cependant que les parachutistes allemands contrôlent encore
des positions clefs entre Propouli et la côte, et demande aux officiers de la
Regia Marina d’envoyer des navires pour tenter d’évacuer les survivants. Mais
il est vite clair que la marine italienne ne pourra faire plus qu’envoyer
quelques vedettes rapides, toutes les autres unités encore à flot dans la
région étant mobilisées pour couvrir les convois de ravitaillement entre la
Grèce centrale et le Péloponnèse.
07h00 – Les avions des IIème et Xème FK décollent
des terrains de Salonique pour bombarder une nouvelle fois les positions
françaises et grecques sur Limnos. Après les furieuses batailles des jours
précédents, seuls 21 Ju-88 et 12 Ju-87, escortés par 24 Bf-109 et 20 Bf-110,
sont disponibles pour cette ultime mission. Du côté allié, le Dido et
son escorte sont restés à Chios, et le raid n’est détecté que par les guetteurs
grecs, alors qu’il est à dix minutes de vol de ses objectifs. Les six P-38 en
patrouille interviennent et abattent deux Ju-87 et un Ju-88 en échange de deux
des leurs, puis les avions allemands peuvent attaquer sans autre opposition que
celle de la DCA tout ce qui bouge sur l’île. Ils font subir aux Alliés des
pertes notables, mais sans apercevoir un seul soldat de l’Axe…
En effet, depuis la chute de Propouli, vers minuit, les forces alliées ont lancé un nettoyage en règle de l’île. L’un après l’autre, les parachutistes allemands cessent le combat.
13h00 – Kesselring et Student, informés des observations faites par les avions du raid de la matinée, comprennent qu’ils vont devoir annoncer la mauvaise nouvelle à Hitler. Mais ils veulent encore attendre le résultat d’une dernière mission de reconnaissance.
15h50 – Les occupants de la dernière poche de résistance épuisent leurs munitions avant de se rendre.
16h45 – Les commandants français et grec sur Limnos
envoient un message à Rhodes, où l’état-major allié s’est réuni pour évaluer la
situation dans le Péloponnèse et en Mer Egée : « Les dernières
troupes ennemies se sont rendues. La situation sur Limnos est maintenant
totalement sous contrôle. » Quelques soldats isolés ou par groupes de
deux ou trois tenteront encore de se cacher dans les collines durant les deux
jours suivants, mais la lutte est bel et bien terminée. Quelques minutes plus
tard, le Général Giraud peut l’annoncer aux correspondants de guerre : « Messieurs,
je vous avais dit que l’ennemi n’aurait pas Limnos. Il a tout fait pour s’en
emparer, mais il ne l’a pas eue. Et en prime, nous avons infligé à ses unités
d’élite, aéroportées, aériennes et navales, des pertes qui ne seront pas
comblées de sitôt. »
17h00 – Un Bf-110 de reconnaissance transmet à Salonique : « Plus
aucun signe de combats au sol. » Kesselring et Student se décident
alors à téléphoner à Berlin. A leur grande surprise, les réactions de Keitel et
surtout de Hitler sont relativement modérées. « Rien d’étonnant,
gémit Keitel, c’est la conséquence de l’incapacité lamentable des Italiens
d’organiser un ravitaillement naval. » Quant à Hitler, une seule chose
le préoccupe : « Le Général Stürm et le Colonel Bräuer ont-ils
survécu ? » demande-t-il à Student avec anxiété.
– D’après nos renseignements, il semble qu’ils aient tous deux été tués, mon Führer.
– Ah. C’est parfait.
Et le Führer raccroche, soulagé.
19h30 – Radio Berlin diffuse un communiqué de l’OKW :
« La bataille de Limnos est finie. Nos troupes ont combattu durant de
longs jours contre un ennemi beaucoup plus nombreux et malgré des conditions
météorologiques très défavorables, qui ont interdit l’envoi de renforts. Nos
soldats ont lutté en héros et sont tombés jusqu’au dernier pour l’honneur du
Reich allemand. » Ce message est suivi par la diffusion de la deuxième
partie de la Cinquième Symphonie de Beethoven.
En réalité, Sturm et Bräuer ont survécu, même s’ils sont tous les deux
sérieusement blessés. Personne sur Limnos ne donna l’ordre de combattre « jusqu’au
dernier », ce qui sauva certainement la vie d’un bon nombre d’hommes.
Sumatra
Une nouvelle attaque japonaise vers le nord est à nouveau bloquée par les
défenses alliées. Pendant ce temps, l’île de Sabang est attaquée par 14 D3A1 de
la Marine japonaise basés à terre.
Singapour
Après des jours de dur travail, l’Armée japonaise parvient à positionner sur la rive nord du détroit de Johore des canons de siège, qui commencent bientôt à pilonner Government House. La cité est attaquée deux fois par des avions de la Marine Impériale.
Le I-6 et les Ro-64, 65 et 67 regagnent leurs terrains de chasse respectifs. A la différence des sous-marins de la Phase 1, ils ont l’ordre de retourner à Kwajalein séparément une fois leurs réserves épuisées.
6 avril
Kingston (Jamaïque)
Avant de participer à la conférence interalliée à
Washington, les gouvernements français et britanniques se réunissent pour
tenter de présenter des positions semblables. Dans l’après-midi, des
représentants du gouvernement néerlandais se joignent à eux.
Toute la journée, Winston Churchill s’efforce de convaincre Reynaud, Mandel et
De Gaulle qu’il faut utiliser les troupes américaines qui arrivent maintenant
par convois entiers en Afrique du Nord pour lancer une nouvelle offensive en
Grèce ou pour envoyer des troupes en Birmanie et à Sumatra. « Bientôt,
ajoute le Premier Ministre, les troupes japonaises vont se ruer à l’assaut
de Singapour. Je sais que Lord Gort et ses hommes se défendront jusqu’à
l’extrême limite de leurs forces, mais nous ne pouvons espérer qu’ils tiennent
très longtemps. Et dès la chute de Singapour, la flotte japonaise sera libre de
se lancer dans l’Océan Indien, pour frapper Ceylan ou la côte ouest de
l’Australie. Il nous faut envoyer un groupe naval puissant dans cette région
pour s’opposer à ces raids. »
C’est De Gaulle qui exprime la position de la délégation française.
– Monsieur le Premier Ministre, nous comprenons vos préoccupations et toutes nos pensées vont vers Lord Gort et ses hommes. Mais la France ne pense pas qu’il soit possible, ni même stratégiquement souhaitable, de lancer dans l’immédiat une nouvelle offensive en Grèce. Nous sommes d’accord avec l’Angleterre pour agir dès que suffisamment de troupes américaines seront disponibles, mais une attaque sur le sol même de l’un de nos ennemis, en Italie, nous rapportera à coup sûr des bénéfices bien supérieurs à une accentuation de notre effort sur le sol grec.
Mais Churchill ne lâche pas prise facilement.
– Et l’Océan Indien ? La Royal Navy est prête à envoyer à Colombo et à Fremantle des forces importantes : le croiseur de bataille Renown, deux porte-avions d’escadre, le croiseur lourd Shropshire et leur escorte. Que peut faire la Marine Nationale ? Le Dunkerque et le Strasbourg iront-ils au combat avec le Renown, l’Indomitable et l’Illustrious ?
Comme De Gaulle l’écrirait dans ses Mémoires de Guerre (tome 2, L’Union), « J’étais sensible à la tristesse et à l’angoisse que je percevais dans la voix du Premier Ministre chaque fois qu’il évoquait le sort du courageux Lord Gort et des défenseurs de Singapour. Mais il était à ce moment impossible d’envoyer dans l’Océan Indien nos deux cuirassés rapides sans couverture aéronavale suffisante, d’autant plus qu’ils avaient grand besoin d’une remise en état générale et d’une modernisation de certains de leurs équipements. Au reste, du point de vue stratégique, cette guerre devait être gagnée d’abord en Europe. Pour cela, non seulement l’offensive contre l’Italie devait rester au premier rang de nos projets, mais encore il fallait prévoir l’envoi de troupes américaines en Grande-Bretagne pour y préparer une offensive vers la partie nord de la France. En effet, c’était sur notre sol, je n’en doutais pas, qu’il faudrait encore une fois affronter et vaincre l’ennemi commun. »
Le Dunkerque, puis le Strasbourg, doivent effectivement être envoyés aux Etat-Unis pour remise en état générale, installation d’un radar et amélioration de la DCA (l’implantation de cinq affûts quadruples et six doubles de 40 mm est prévue). Une fois cette modernisation achevée, les deux bâtiments pourront mettre le cap sur l’Extrême-Orient, à condition de disposer d’une couverture aérienne convenable. Dans l’immédiat, le gouvernement français propose de soulager la Royal Navy en Méditerranée en y remplaçant les deux cuirassés rapides par le groupe du Richelieu – la présence de ce dernier à Scapa Flow devient en effet superflue, en raison des dommages subis par le Tirpitz, le Scharnhorst et le Gneisenau et de l’entrée en service prochaine de nouveaux cuirassés britanniques, à commencer par le Duke of York.
De son côté, la délégation hollandaise rappelle qu’il est capital de stabiliser la situation autour de l’Australie. Singapour sera bientôt perdue, Sumatra est très menacée, mais une fois les positions alliées consolidées en Australie, des actions offensives limitées dans la région de la Nouvelle-Guinée ou de l’Indonésie pourraient être tentées pour déséquilibrer l’ennemi.
Péloponnèse
Avec l’amélioration de la météo, l’activité aérienne reprend au-dessus du
Péloponnèse.
Les avions de l’Axe sont très actifs sur la côte du Golfe
d’Argolikos, pour empêcher les navires alliés de débarquer des renforts à
Léonidio. Cependant, les chasseurs alliés, renforcés par les Martlet et les
F4F-3 de l’Illustrious et les Spitfire V de la 1ère E.C.
basés à K-1, montent une garde vigilante. Deux formations de Ju-88 et une de
Ju-87, chacune escortée par plus de vingt Bf-109, attaquent Léonidio et
l’escadre de Rawlings, mais sont incapables de faire des dégâts importants. Ces
combats voient la perte de 21 avions de l’Axe et de 17 appareils alliés.
A l’ouest du Péloponnèse, les avions de l’Indomitable et du Ranger
assurent la couverture des troupes françaises débarquées à Pyrgos et harcèlent
les troupes allemandes qui tentent d’atteindre la côte. L’activité aérienne de
l’Axe est limitée : les Wildcat du Ranger ne trouvent que deux
SM-79B à se mettre sous la dent. A 14h50, le Dunkerque et le Strasbourg,
assistés par les croiseurs lourds Brooklyn et Colbert, bombardent
les forces allemandes qui approchent de Zaharo et de Tholo, puis les
bombardiers en piqué de l’US Navy attaquent par deux fois les positions
allemandes.
En fin de journée, les deux camps font le point.
Les généraux Giraud et Ritchie n’ont guère de raisons de se
féliciter. A l’est, les offensives si soigneusement planifiées ont échoué de
façon sanglante et les troupes tenant Tripolis sont maintenant dans une
position précaire. Sur la côte ouest, si les forces allemandes n’ont pas
atteint la côte, elles tiennent la route côtière sous leur feu et la division
Billote, maintenant renforcée par le 5ème RTM et le Groupement de
Tabors, est fonctionnellement isolée. La poche peut être défendue grâce à la
supériorité navale alliée, mais son ravitaillement coûtera cher en ressources.
Giraud doit reconnaître que ses unités ont été mises sur la défensive et
qu’elles ont besoin de sérieux renforts avant de pouvoir de nouveau attaquer en
force. Il réclame donc à Alger davantage d’hommes et de matériel, en insistant
plus particulièrement sur les navires amphibies et d’appui-feu, qu’il considère
comme nécessaires pour renforcer et appuyer ses deux flancs.
Le général Erwin Rommel, qui a transféré son quartier général à Corinthe et bondit sur le front dans son Fieseler Storch dès que le temps le permet, doit admettre que son plan a partiellement échoué. Ses troupes de montagne, si elles ont réussi à percer les lignes alliées et à couper en partie du gros des troupes alliées les forces françaises qui se battent sur la côte ouest, n’ont pu s’emparer de Megalopoli et de Filia et ne menacent pas Tripolis. A l’est, l’attaque sur la côte d’Argolikos a été bloquée net. Enfin, sur tous les fronts, les hommes sont épuisés et le matériel a besoin d’être remis en état.
Pourtant, Rommel ne renonce pas. Il décide de faire une
nouvelle tentative contre Megalopoli. En fin de soirée, il ordonne à
l’infanterie de montagne allemande de se concentrer pour attaquer entre Filia
et Megalopoli.
Limnos
Dans la nuit, les quatre LSI et la Division Perzo déposent à Mudros de
nouvelles troupes et du matériel, tandis qu’un petit convoi de quatre LCT et
quatre LCI débarquent des unités du génie et l’équipement nécessaire pour
remettre l’aérodrome en service.
Au retour, ces bateaux commencent à transférer les prisonniers allemands vers Chios puis Rhodes. Au total, moins de 4 200 hommes, dont les trois quarts sont plus ou moins gravement blessés, arrivent dans les ports alliés, sous les flashes de la presse. Un homme attire notamment l’attention des photographes américains : c’est Max Schmeling, ancien champion du monde de boxe poids lourds. Mais beaucoup d’autres soldats de l’Axe ne quitteront pas Limnos de sitôt : sur environ 14 000 hommes engagés par la 7ème Aéroportée, la 5ème de Montagne, la 22ème Aérotransportée et la division italienne Pinerolo, près de 10 000 sont morts.
Les pertes alliées sont elles aussi élevées. Les forces
françaises ont perdu 1 150 morts et 2 130 blessés, et les troupes
grecques 1 350 tués et 2 430 blessés. Il faut y ajouter les pertes
civiles, qui se chiffrent à plusieurs centaines de morts et un millier de
blessés.
La même nuit, en catimini, les vedettes italiennes MAS 557 et 571
se glissent le long de la côte nord de Limnos, tentant de retrouver des
survivants allemands et italiens. Au bout de trois heures passées à explorer
les plages à petite vitesse, à quelques centaines de mètres du rivage, la MAS
557 récupère trois parachutistes et la MAS 571 deux hommes de la 5ème
Division de Montagne. Les deux bateaux rejoignent ensuite Alexandroupolis.
Rhodes
En fin de journée, une conférence d’état-major alliée revient sur la bataille
de Limnos et réévalue la situation dans le nord de la Mer Egée. « Les
trois facteurs les plus importants de notre victoire, résume l’Amiral Sir
Andrew Cunningham, furent la résolution inébranlable des troupes grecques et
françaises dans l’île, l’engagement à fond des chasseurs de l’Armée de l’Air,
grâce à l’endurance des nouveaux avions américains, et l’esprit de sacrifice de
la Royal Navy et de la Marine Nationale, prêtes à accepter de lourdes pertes
pour empêcher l’ennemi d’amener des renforts par la mer et pour garantir aux
défenseurs de l’île l’avantage d’une alerte radar précoce lors de l’arrivée des
avions de transport allemands. » (propos rapportés dans les Mémoires
de l’Amiral Cunningham, A Sailor’s Odissey).
Le Colonel Tulasne, commandant de la 2ème E.C., venu de Lesbos,
souligne lui aussi le rôle joué par la combinaison de l’alerte radar précoce
assurée par les croiseurs de la Royal Navy et de l’endurance des chasseurs P-38
et NA-73. « Je veux aussi préciser, ajoute-t-il, que les
croiseurs anglais n’ont pas été pour nous qu’un bon radar sur un navire. Il
faut rendre hommage à l’expérience des officiers de direction de la chasse de
la Royal Navy, et à l’efficacité des leurs moyens de communication. »
Le Contre-Amiral Vian a écouté avec plaisir l’officier français : « Je partage évidemment l’opinion du Colonel Tulasne. La Royal Navy est heureuse d’avoir mené à bien cette mission d’un type nouveau, malgré les pertes subies. Mais nous n’avons pas que des motifs de satisfaction. Aucun chasseur en service dans la RAF n’aurait pu couvrir Mudros et mes navires comme l’ont fait les Lightning et les Mustang. Le P-38 a un rayon d’action bien supérieur à celui des Hurricane et des Spitfire. De plus, ses capacités de piqué et son puissant armement concentré dans le nez en font un remarquable tueur de bombardiers. Il est certes moins maniable que les chasseurs de chez Hawker ou de chez Supermarine, mais une bonne direction de chasse s’appuyant sur un bon radar font plus que compenser ce défaut. »
« Par ailleurs, poursuit Philip Vian, l’armement des croiseurs anti-aériens de la classe Dido s’est révélé incapable de faire face aux attaques massives de l’aviation ennemie. La tourelle double de 5,25 pouces est une arme anti-navires admirable, elle l’a heureusement démontré contre les bâtiments italiens, mais sa cadence de tir est trop lente et sa vitesse de rotation trop faible pour l’usage anti-aérien. Le canon de 5 pouces américain utilisé sur le HMS Delhi s’est montré bien plus efficace : une tourelle simple a une cadence de tir supérieure à celle d’une tourelle double de 5,25 pouces. »
Océan Indien, au large des Maldives
Opération C
Le sous-marin I-5 torpille
et coule le cargo américain Washingtonian (6 617 GRT).
Singapour
L’artillerie japonaise
intensifie son tir contre les positions britanniques dans l’espoir de les
fragiliser. En fin de matinée, des mortiers lourds se joignent au bombardement.
Les avions de la Marine et de l’Armée japonaises attaquent régulièrement la
ville de Singapour et Keppel Harbour. Les Ki-51 de l’Armée sèment sur l’île des
bombes incendiaires dans l’espoir de brûler les feuillages sous lesquels se
camouflent les positions britanniques.
Lord Gort, commandant en chef pour la Malaisie, signale à Londres qu’il
s’attend à une attaque générale des Japonais dans les heures qui suivent :
« J’ai demandé à tous les hommes sous mon commandement d’écrire
à leurs familles. Ce courrier sera récupéré par des hydravions de la RAF la
nuit prochaine. » Beaucoup de ces lettres seront rasssemblées après la
guerre dans un ouvrage simplement intitulé Lettres de Singapour, qui
connaîtra un immense succès au Royaume-Uni et dans tout le Commonwealth.
7 avril
Berlin
Apprenant que Radio-Alger et la BBC ont annoncé que Sturm et
Bräuer ont été faits prisonniers et sont vivants, Hitler a une brève crise de
fureur : « Il faut dissoudre toutes les unités de ces lâches de
parachutistes ! hurle-t-il. Un général allemand n’est pas fait
prisonnier, il meurt au combat ! » Puis il se calme un peu et
ordonne que, « puisqu’ils sont sur place », les survivants du
XIème FK (en fait, les restes de la 5ème Division de
Montagne) et ceux de la 22ème Division Aérotransportée soient
transférés dans le Péloponnèse pour aider Rommel à relancer son offensive.
Péloponnèse
Sur la côte ouest, les bombardements navals alliés des positions allemandes se
poursuivent une partie de la nuit. Pourtant, dès l’aube, les troupes allemandes
attaquent entre Filia et Mégalopoli, appuyées par un effort maximum de la
Luftwaffe et de ce que la Regia Aeronautica possède encore d’avions
opérationnels en Grèce. L’Axe consacre à cette opération 287 missions
offensives, plus des trois quarts de celles conduites ce jour là au-dessus du
Péloponnèse. Ju-87 et Ju-88 attaquent les positions françaises et grecques,
mais doivent affronter l’opposition des Tomahawk britanniques (Sqn 260) et
grecs (Sqn 335 et 336), basés à Molai, et celle des Spitfire V français (GC I/1
et II/1) et des Hawk-87 français (GC II/7 et III/7) et yougoslaves (III/80),
basés à K-1. Au terme d’une journée de combats aériens presque continuels dans
la région de Mégalopoli et Filia, l’Axe perd 39 appareils (23 bombardiers et 16
chasseurs) et les Alliés 31 avions.
A midi, les pointes allemandes atteignent la route reliant Filia et Megalopoli,
5 km au sud de cette ville, mais sont rejetées par une contre-offensive menée
par le 4ème RTM et la 3ème Brigade de Montagne grecque,
qui n’hésitent pas à en venir au corps à corps. Pendant ce temps, les
bombardiers légers alliés sont très actifs, lançant des raids sans escorte à
basse altitude sur Andritsena pour empêcher les renforts allemands de monter au
front par la petite route de montagne qui relie Likéo à Léondari.
En fin de soirée, Rommel, très agacé, doit accepter l’échec de son attaque, et
il ordonne à ses troupes de se replier.
Océan Indien, golfe de Bombay
Opération C
Vers 22h00, le sous-marin I-6
aperçoit le cargo britannique Bahadar (5 424 GRT). Il lance deux
salves de deux torpilles, mais toutes manquent leur cible. Il fait alors
surface et ouvre le feu au canon de 140 mm, mais après le deuxième coup,
l’arme s’enraye. Obstiné, l’I-6 poursuit sa proie une partie de la nuit.
Ce n’est qu’après minuit (le 8, donc) qu’il parvient à ses fins, au prix de six
autres torpilles (!) et de quelques obus. L’équipage du sous-marin se rassemble
alors sur le pont supérieur pour assister au naufrage…
Cette action contre un cargo est un précurseur de l’une des recommandations
d’un rapport japonais daté de ce jour (voir annexe 42-4-5) :
utiliser des sous-marins à long rayon d’action relativement peu efficaces
contre les navires de guerre pour faire diversion en attaquant les transports
alliés.
Singapour
Le pilonnage de l’artillerie japonaise ne fait que s’accentuer pendant toute la journée.
Dans la zone de défense nord,
l’aviation japonaise s’attaque à de grands réservoirs de produits pétroliers
non loin de la jetée reliant l’île au continent. Non loin des réservoirs de
mazout, sont stockés deux millions de gallons (plus de huit millions de litres)
d’essence d’aviation et d’automobile. Des réservoirs endommagés s’écoulent le
mazout et l’essence en flammes, qui flotte sur le mazout. Celui-ci brûle plus
difficilement, mais finit par prendre feu sous l’effet de la chaleur dégagée
par l’incendie de l’essence, créant un infernal fleuve de flammes qui s’écoule
dans le Sungei Mandai Kechil.
Les obusiers et les mortiers lourds japonais ouvrent alors le feu sur d’autres
réservoirs de produits pétroliers et sur les systèmes de canalisations. Du
pétrole en flammes s’écoule dans la mer à l’ouest de la jetée, et une colonne
de fumée noire très dense s’élève à plus de cent cinquante mètres avant de
dériver vers le nord-est. Au sol, toute la végétation, desséchée par l’intense
chaleur, prend feu, créant plus près du sol un nuage d’une fumée plus légère.
Dans cet enfer de chaleur et de fumée, les compagnies les plus avancées de la
22ème Brigade Indienne doivent abandonner leurs positions et se
retirent 200 mètres plus loin environ, s’alignant sur le reste de la brigade
par rapport à la route principale plutôt que par rapport à la voie ferrée. La
28ème Brigade Gurkha signale qu’à l’est de la jetée, la visibilité
sur le Détroit de Johore est réduite à moins de 500 mètres, voire à zéro, selon
la direction du vent.
8 avril
Le Président Franklin D. Roosevelt ouvre la Conférence
Interalliée. La délégation américaine présente alors ses vues sur la structure
commune de commandement alliée qui doit diriger une guerre se déroulant sur
plusieurs théâtres d’opérations, très éloignés les uns des autres. Les Américains
recommandent une concentration des forces pour conduire l’offensive principale
à partir de la Grande-Bretagne en Europe Occidentale. Le Général Marshall
reconnaît sans doute l’importance du théâtre méditerranéen, notamment pour
venir à bout de l’Italie, mais, au grand chagrin de Churchill, il conteste
ouvertement que les opérations en Grèce puissent représenter autre chose qu’une
diversion stratégique.
Péloponnèse
Les opérations terrestres s’arrêtent, les troupes des deux camps étant
épuisées. En revanche, les combats aériens se poursuivent. La Luftwaffe attaque
Pyrgos, où les unités marocaines débarquent, mais aussi Tripolis et Léonidio.
Les bombardiers alliés attaquent Corinthe et les routes partant d’Andritsena
vers le sud. Quinze avions alliés et 17 allemands sont abattus.
Océan Indien
Opération C
Le
sous-marin I-3 torpille et coule le cargo britannique Fultala
(5 051 GRT).
Dans les semaines qui suivront, les six sous-marins de la 2e Escadre
de la Sixième Flotte vont rentrer l’un après l’autre à Kuching (l’I-4
sera le dernier, le 1er mai). Ils ont coulé en tout… cinq cargos
totalisant moins de 33 000 GRT (et trois petits bateaux à voiles).
Singapour
Toute la journée, les positions
britanniques sont copieusement bombardées par l’artillerie et l’aviation
japonaises. Les bombardiers en piqué de l’Armée s’efforcent notamment
d’atteindre les batteries anglaises.
Mais c’est dans la nuit du 8 au 9 avril que commence vraiment la bataille de
Singapour. Elle restera comme le siège le plus sanglant de la guerre, d’autant
plus acharné que les défenseurs savent dès le début que leur seul but est de
gagner du temps pour faciliter la suite des combats au niveau stratégique, et
qu’ils n’ont aucune chance d’être secourus. « Avant même que la lutte
ne commence, peut-on lire sous la plume d’un officier anglais dans Lettres
de Singapour, nous savons qu’elle sera désespérée, au sens propre: sans
espoir. C’est préférable. Nous nous battrons d’autant mieux, sans
arrière-pensée, allégés de l’idée de pouvoir, peut-être, nous en sortir. »
Zone de défense sud-ouest
Les îles de Pulau Pesek, Pulau Ayer Chawan et Pulau Ayer Merbau, situées
deux à cinq km au large de la pointe sud-ouest de l’île de Singapour, ont été
évacuées par les pêcheurs qui les habitaient. Elles ne sont pas défendues, car
elles ne comportent aucun point d’observation utile en direction de Singapour.
Cependant, l’état-major japonais a estimé qu’elles pourraient servir de base
pour pénétrer dans le Sungei Jurong, le cours d’eau qui forme la limite est du
secteur de Jurong (tenu par la 13ème Brigade indienne), et pour
faire peser la menace d’une avance vers le nord qui tournerait les défenses de
la côte ouest de l’île, ou d’une avance vers l’est, qui irait le long de la
route côtière jusqu’à la limite occidentale de la cité de Singapour.
Dans la soirée du 8, après le coucher du soleil, un demi-bataillon environ
débarque sur ces îles, dans de toutes petites embarcations qui réussissent à
traverser les champs de mines et à passer inaperçues des guetteurs et des radars.
Les intentions de ces troupes sont inconnues, mais elles finiront par être
signalées dans la journée du 9. Dès lors, les batteries britanniques les
bombarderont au moindre mouvement, les clouant sur
place.
Zone de défense de la côte ouest
Toute la journée, la zone est intensivement bombardée. Les vétérans de la
Première Guerre estiment que le nombre des obus est comparables aux pires
moments des barrages d’artillerie allemands, quoique les calibres soient
inférieurs. A partir de 20h30, les Japonais débarquent
en force tout le long de la côte ouest de l’île de Singapour, tenue par la 11ème
D.I. indienne : 6ème Brigade au nord et 15ème
Brigade au sud (voir
annexe 42-4-1). Au nord, la 5ème Division japonaise
débarque trois bataillons sur le front du 2ème East Surrey Regiment
et trois bataillons sur le front tenu par les 2 et 3/16ème Punjab
Regiment (trois autres suivront sur ce front le lendemain matin). Au sud, la 18ème
Division japonaise débarque trois bataillons sur les positions du 1/8ème
Punjab Regiment et quatre bataillons près de l’embouchure du Sungei Murai sur
les positions du 2/9ème Jat Regiment (deux autres suivront sur ce
front le lendemain matin). Partout, le site de débarquement a été calculé pour
être à proximité de voies de pénétration vers l’intérieur de l’île : le
Domaine Namazie, Ama Keng et la base aérienne de Tengah.
La vitesse et la violence de l’attaque, ainsi que l’habituel
mépris des Japonais pour leurs pertes, font que les défenseurs sont débordés
par une véritable marée. Rapidement séparés les uns des autres, ils forment des
îlots de résistance, puis s’efforcent de décrocher pour se rassembler, mais n’y
parviennent que pour se rendre compte que leur nouveau retranchement est à son
tour isolé.
Dans la nuit, la batterie de Pasir Laba (deux canons de 6 pouces) engage des
cibles navales et des positions d’artillerie ennemies de l’autre côté du
détroit. Mais à 07h00 le lendemain matin, toute communication est coupée avec
la batterie, après qu’un dernier message ait signalé une attaque de bombardiers
en piqué.
Zone de défense de la côte nord
Cette même nuit, la division de la Garde Impériale débarque discrètement un
bataillon dans le Sungei Kranji, au nord-ouest de l’île. Utilisant des petits
bateaux à rames, les hommes arrivent en silence à l’embouchure du Sungei Pang
Suo, sur la rive sud du Sungei Kranji, profitant du fait que les incendies qui
continuent de brûler perturbent la vision nocturne des sentinelles. Ils se
retrouvent ainsi sur le flanc gauche du 5/11ème Sikh Regiment et
d’une Compagnie d’Infanterie Volontaire, installés à Kranji. De là, ces troupes
sont en position pour agir au moment opportun, menacer le flanc gauche des
défenseurs de la côte nord et jeter la confusion chez l’ennemi.
Au centre de la côte nord, à l’est de la jetée, se déroule l’offensive principale. Trois bataillons de la Garde Impériale touchent terre sans être détectés, jusqu’à ce qu’ils rencontrent des unités des 8ème, 22ème et 28ème Brigades Indiennes.
Sur la droite japonaise, la compagnie D du 2/12ème Frontier Force Regiment, qui tient le secteur de la jetée, est surprise et presque annihilée dans les premières minutes du débarquement ; le reste du bataillon se replie vers le sud-ouest, et les Japonais entrent en contact avec le 3/17ème Dogra Regiment, qui occupe la Colline 120, et le 2/18ème Royal Garhwal Rifles, derrière le Sungei Mandai Kechil. Au centre, les Japonais tentent d’enlever d’assaut la Colline 90, tenue par la Compagnie d’Infanterie Volontaire de la Frontier Force et la compagnie A (mitrailleuses) du 4ème Gordon Highlanders. Mais les assaillants sont balayés par le tir meurtrier des douze mitrailleuses Vickers solidement retranchées sur la colline. Cet échec est suivi par une série d’actions confuses et coûteuses, qui ne permettent pas aux Japonais de percer la principale ligne de défense britannique. Sur la gauche japonaise, les hommes du 2/9ème Gurkha Rifles, armés de leurs fameux couteaux aiguisés comme des rasoirs, repoussent les attaquants après un corps à corps sanglant.
Côté britannique règne cependant une certaine confusion, car l’attaque est tombée non seulement à la limite de trois brigades, mais aussi à l’articulation entre les 9ème et 16ème Divisions Indiennes. Le temps que les états-majors se représentent ce qui se passe et s’accordent sur un plan d’action coordonné, les Japonais ont avancé le long de la voie ferrée, profitant du vide créé par le repli d’une partie de la 22ème Brigade sous l’effet de l’incendie, et ils ont établi une tête de pont de 2000 mètres de long et 500 à 800 mètres de profondeur. Cette tête de pont commence à l’ouest au pont de chemin de fer sur le Sungei Mandai Kechil, sa limite suit vers l’est la route Bukit Timah/Woodlands sur mille mètres jusqu’au village de Woodlands, puis se prolonge sur mille mètres vers la base navale, et se termine au niveau d’une série de petits ruisseaux qui séparent les deux camps. Par endroits, du fait de l’incendie des réservoirs de pétrole, la profondeur utile n’est que de 150 mètres, mais la Garde Impériale japonaise a pris pied sur l’île de Singapour.
Ce premier acte de la bataille se joue donc de nuit, mais l’incendie des réservoirs de pétrole fait que les conditions ne sont pas celles d’un combat de nuit normal. Les troupes d’assaut japonaises émergent sans avertissement d’une couche de fumée noire et surgissent dans la lumière infernale que jettent sur la scène les langues de feu écarlates et soufrées jaillissant des brasiers. Selon l’angle d’observation, cette lumière révèle nettement le terrain, les objets et les hommes, ou elle ne montre que des silhouettes noires aux contours clairs – mais un peu plus loin ou un peu plus tard, terrain, objets et hommes deviennent doublement invisibles, car ils cessent d’être éclairés alors que la lueur des flammes interdit à l’œil de s’adapter à l’obscurité nocturne. Même le clair de lune, relativement lumineux, ne sert à rien. Cette ambiance de cauchemar est responsable de nombreuses escarmouches qui s’achèvent en combats à mort. De petits groupes d’hommes se tombent littéralement dessus, se mitraillant à bout portant avant de se massacrer au couteau, à la baïonnette, à coups de crosse ou à mains nues – encore heureux lorsqu’on ne s’entretue pas avec des hommes de son propre camp. L’avantage passe brutalement et mortellement des uns aux autres en quelques mètres ou en quelques secondes. En de nombreux points, les avant-postes sont tout de suite débordés et les Japonais se ruent en avant, pour voir leur élan brisé par les tirs croisés venus des retranchements…
Pendant ce temps, plus à l’est, un régiment japonais à trois bataillons débarque avec son artillerie sur l’île de Pulau Ubin, en face de Changi. A cet endroit, le chenal navigable pour le commerce, qui passe entre Pulau Ubin et l’île de Singapour, n’est large que de 1500 mètres à l’extrémité ouest de Pulau Ubin, de 2000 à 3000 au centre et de 1500 mètres à l’extrémité est, en face de Changi. Sans perdre de temps, l’artillerie est mise en batterie et à l’aube, elle commence à bombarder la côte nord-est de Singapour.
Tokyo
La Marine Impériale accepte officiellement la requête des Allemands d’envoyer des sous-marins sur les côtes orientales de l’Afrique.
9 avril
Washington D.C.
La nouvelle de l’attaque
japonaise contre Singapour parvient à la délégation britannique pendant la
Conférence Interalliée. A midi, Winston Churchill demande une suspension de
séance pour avoir un entretien personnel avec le Président Roosevelt. Très
préoccupé par les conséquences de la bataille de Singapour, Churchill demande
au président américain que l’US Navy entreprenne une action énergique contre
Truk et les Mandats, afin de distraire quelques forces japonaises du Pacifique
Sud-Ouest et de l’Océan Indien. Roosevelt promet de renforcer les défenses de
l’Australie et d’envoyer une escadre aéronavale opérer à partir de Nouméa si le
Royaume-Uni est prêt à envoyer dans la région de nouvelles unités navales.
Alger
L’Amiral Lemonnier envoie au Général de Gaulle, à Washington, un message
indiquant que les forces aériennes et navales françaises et britanniques
chargées de la surveillance du Détroit de Gibraltar sont bien en place des deux
côtés du détroit pour faire face à la tentative de passage en force des U-boots
de la Kriegsmarine, que les écoutes radio prévoient pour les jours à venir.
Péloponnèse
L’activité aérienne ralentit, en raison des pertes subies des deux côtés. Au
sol, les deux camps se retranchent, ignorant qui reprendra l’offensive le
premier.
En mer, les escadres de l’Amiral Gensoul et de l’Amiral Rawlings retournent
respectivement à Benghazi et à Rhodes pour se réapprovisionner. Dans la nuit,
des LSI/T et des LCI/T venant de la Baie de Suda ou de Kalamata débarquent dans
la “quasi-poche” française de Pyrgos de nouveaux renforts et du matériel.
Singapour
Après les combats de la nuit, la
bataille s’amplifie sur les côtes nord et ouest. Dans la journée, les pertes
montent encore plus vite dans les deux camps, car l’artillerie des deux côtés
et l’aviation japonaise pilonnent le petit champ de bataille, où les
combattants s’entassent en groupes compacts.
Zone de défense de la côte nord
A l’aube, les Japonais débarquent sous le couvert de la fumée trois
nouveaux bataillons de la Garde Impériale, chargés d’attaquer pour élargir la
tête de pont. Mais le premier bateau qui approche de la plage est détruit par
une batterie côtière improvisée avec des canons de campagne, et les soldats qui
débarquent des autres bateaux sont pris pour cibles par des mortiers de 6
pouces. A 07h00 heures, des bombardiers en piqué repèrent et détruisent les
canons, mais ne trouvent pas les mortiers, qui poursuivent leur tir. A 08h30,
les bombardiers reviennent et, mieux renseignés, trouvent et détruisent à son
tour la batterie de mortiers.
Les assauts se répètent tout le long de la ligne de front, les troupes
japonaises tentant désespérément d’améliorer leurs positions et celles du
Commonwealth s’accrochant tout aussi désespérément à leurs retranchements sur
les collines. La Colline 90 est l’un des points brûlants de la matinée. Elle ne
représente qu’un minuscule bout de terrain, mais elle coupe presque la tête de
pont en deux. Les Japonais décident donc de l’écraser par un bombardement
massif d’artillerie et d’aviation, engageant même les bombardiers en piqué des
1er et 2ème Dokuritsu Sentai, avant de lancer une attaque
en règle sur trois côtés. Le résultat ne peut faire aucun doute, mais les
pertes dans les deux camps augmentent encore en flèche, chez les défenseurs
assommés par les bombardements comme chez les attaquants, mitraillés de flanc
pendant qu’ils se ruent à l’assaut. Cependant, la prise de la Colline 90 n’est
qu’un épisode isolé, car les Japonais ne parviennent toujours pas à chasser les
Britanniques et les Indiens de leurs positions sur les collines et le long de
la voie ferrée près de la base navale, sur leur gauche. Sur leur droite, au
sud-ouest, ils ont réussi à traverser le Sungei Mandai et à former un saillant
grâce à l’appui de l’aviation et de l’artillerie lourde, malgré les tirs de
flanc venant de la Colline 120, tenue par le 3/17ème Dogra Regiment.
Le 2/18ème Royal Garhwal Rifles a été repoussé et s’est replié sous
la protection du 2ème Gordon Highlanders, qui tient le pont de
Woodlands Road sur le Sungei Mandai, avec le 2/12ème Frontier Force
Regt, regroupé, en réserve. Comme les Japonais tentent de poursuivre leur
avance vers le sud, ils se heurtent au 1/13ème Frontier Force
Rifles, sur la Colline 168.
La Division de la Garde occupe donc maintenant une poche profonde d’un km à
l’ouest du Sungei Mandai et au sud de la voie ferrée, mais cette poche se
rétrécit vers l’est et ne mesure plus que 500 mètres (dont 200 de terrain
utile), face aux bataillons indiens qui tiennent les hauteurs au sud. Le
terrain gagné par les Japonais est à peine au dessus du niveau de la mer et,
dans ce secteur, les combattants sont obligés d’utiliser pour se protéger des
trous d’homme et des tranchées inondés ou de se contenter de retranchements en
saillie, plus vulnérables. Les pilonnages de la veille ont transformé le sol
des basses terres où avancent les Japonais en une boue épaisse et collante,
tandis que les Indiens et les Britanniques se replient vers les hauteurs, sur
un terrain plus solide. Les troupes alliées renforcent leur droite et leur
centre sous une pluie de bombes et d’obus, tout en mitraillant les Japonais qui
font de lents et coûteux progrès vers le sud-ouest. Dans les rangs
britanniques, les vétérans se voient replongés dans le “hachoir à viande” d’une
bataille d’usure telle qu’ils en ont connues vingt-cinq ans plus tôt. La lutte
prend en effet l’aspect d’une bataille de Passchendaele ou du Mort-Homme à
petite échelle.
Peu avant le coucher du soleil, après quatre heures de préparation
d’artillerie, les deux derniers bataillons de la Division de la Garde
débarquent à Kranji, à l’ouest de la jetée, pendant que le gros de la division
attaque à nouveau vers le sud-ouest, au-delà du Sungei Mandai. En même temps,
le bataillon caché depuis plus de trente-six heures au bord du Sungei Pang Suo
émerge des marais et attaque sur un front de 800 mètres, entre la borne 13
miles de la route Bukit Timah/Woodlands à gauche et le village de Mandai à
droite. Le 2ème Loyal Regiment déployé dans cette zone, justement
pour combattre les infiltrations, n’est qu’un bataillon en sous-effectif. Trop
dispersé, il perd une compagnie, prise par surprise et anénantie. Les
survivants du bataillon s’accrochent au coin sud-ouest du village, mais toutes
leurs communications sont coupées, car le PC du bataillon a dû décrocher et
fuir le temps que suffisamment d’hommes arrivent pour former un périmètre
défensif. Le dernier message reçu avant que l’équipe des transmissions ne soit
obligée de s’enfuir est justement un rapport de la 2ème Compagnie de
la Dalforce, plus au sud, dont des patrouilles ont repéré six heures plus tôt
le bataillon japonais embusqué près du Sungei Pang Suo – mais l’avertissement a
été retardé par les dégâts causés aux communications par les bombardements.
Le 5/11ème Sikh
Regiment, qui tient la côte à l’ouest de la jetée, est ainsi attaqué de front
et mencé sur ses deux flancs, à droite par le gros de la Division de la Garde,
à gauche par le bataillon embusqué. Il décroche alors de mille mètres pour
reformer un front vers le nord, avec le 2ème Gordon Highlanders à sa
droite. Le 2/18ème Royal Garhwal Rifles se regroupe pour se replacer
en réserve de la 22ème Brigade indienne.
La perte du village de Mandai, à l’extrême gauche du front allié, apparaît très
dangereuse, car le village est le débouché de Mandai Road. Or, la route côtière
étant coupée par les débarquements japonais, Mandai Road est le seul lien
routier (et le seul lien téléphonique civil) entre la côte est et le centre de
l’île dans la moitié nord de celle-ci. Le village de Mandai est aussi une
brèche dans la “Northern Hill Line”, la ligne de défense qui se prolonge
ensuite vers l’ouest. La 22ème Brigade indienne n’a de disponible en
réserve que le 2/12ème Frontier Force Regiment, qui s’est reformé
après les lourdes pertes subies la veille. Plus à l’est, la 8ème
Brigade (9ème Division) quitte la ligne de front pour reprendre des
forces. Elle est relevée par la 12ème Brigade, qui n’a en réserve
que le 2ème Argyll and Sunderland Highlanders. Alors que le soleil
commence à se coucher, ce bataillon et le 2/12ème Frontier Force
sont lancés au secours du 2ème Loyal Regiment. Les trois unités
contre-attaquent les Japonais qui tiennent Mandai et reprennent le village de
vive force.
Zone de défense de la côte ouest
Au nord, la 6ème Brigade bénéficie d’un front relativement court
et d’un terrain ferme, facilitant la construction de retranchements. Un terrain
ferme planté d’arbres rendent aussi l’artillerie plus efficace qu’un terrain
marécageux : les obus ne s’enfouissent pas dans la boue et les explosions
arrachent aux arbres de redoutables éclats. Routes et pistes des plantations
facilitent les communications par messagers, voitures de reconnaissance ou
chenillettes légères, qui signalent l’arrivée des Japonais et leur déploiement.
Ce terrain de bonne qualité a aussi facilité le débarquement des Japonais en
réduisant leurs pertes, et leur permet d’organiser leurs forces sur une
profondeur de 500 à 1000 mètres avant de se mettre en marche. Cet avantage est
d’ailleurs en partie aboli par la volonté des officiers japonais d’avancer le
plus vite possible : leurs troupes se lancent à l’assaut tout le long de
la ligne de défense, de nouvelles vagues se sucédant jusqu’à ce qu’une brèche
soit créée par le simple poids du nombre. Mais cette tactique coûteuse prend
aussi du temps et quand le 2ème East Surrey Regiment se voit forcé
de se replier, il fait jour, ce qui lui évite la confusion et le désordre d’une
retraite dans l’obscurité.
Du côté des 2 et 3/16ème Punjab Regiment, le débarquement à 07h00 de renforts japonais menace de transformer le repli en déroute jusqu’à l’arrivée opportune du Northern China Volunteer Regiment (Régiment des Volontaires de Chine du Nord, NCVR), constituant la réserve de la brigade, qui contre-attaquent avec férocité. Les Chinois n’hésitent pas un instant à se jeter au corps-à-corps, hurlant des insultes en japonais. Des deux côtés, on se tue sans pitié, nul ne fait ni ne demande de quartier : aucun blessé incapable de se sauver par ses propres moyens ne survit à la lutte. La cruauté particulière de cette action vient de la haine intense que se vouent les deux camps – les Japonais ont combattu en Chine du Nord et les Chinois sont des réfugiés ou ont de proches parents dans cette région, qui a beaucoup souffert des exactions japonaises les années précédentes. De plus, beaucoup des officiers de ce régiment sont des Russes Blancs réfugiés en Chine, qui n’ont plus ni terre ni argent et considèrent la carrière militaire comme un moyen de retrouver leur honneur et leur fierté. Ils sont dans le même état d’esprit que leurs hommes, car ils n’ont plus rien à perdre. Le millier d’hommes du régiment se bat donc avec rage. Ils infligent des pertes sévères à leurs adversaires, mais sont débordés et ne doivent leur survie qu’à l’intensité et la précision du soutien d’artillerie de la Brigade et à l’obstination du combat d’arrière-garde livré par le 2ème East Surrey Regiment, qui évite au régiment chinois d’être enveloppé et anéanti. « Nous n’avons fait qu’être fidèles à la tradition d’un régiment de l’armée de métier britannique d’avant-guerre » devait raconter avec flegme, bien après la guerre, un des officiers du 2ème East Surrey.
A l’aile gauche de la 6ème Brigade, le 1/8ème
Punjab Regiment s’est regroupé sur la dernière hauteur et a pris contact avec
les bataillons du Hong-Kong & Singapore Infantry Regiment (Régiment
d’Infanterie de Hong-Kong et Singapour, HKSIR) sur l’arrière de son flanc
gauche. Là, ils subissent longuement la charge furieuse des troupes japonaises
qui cherchent à percer le front allié pour prendre Ama Keng et isoler les
forces britanniques au nord de ce carrefour. Sous la pression japonaise, le
bataillon doit lutter pour sa survie et les troupes qui gardent la crête
dominant les voies de retraite de la 15ème Brigade, plus au sud,
sont repoussées et ne peuvent être renforcées pour contre-attaquer. Le 1/8ème
Punjab Regiment résiste pourtant avec acharnement contre des troupes très
supérieures en nombre. Malgré la maîtrise totale du ciel exercée par l’ennemi,
ses hommes s’accrochent à chaque colline, dirigeant le tir de l’artillerie anglaise
sur les brèches ouvertes entre leurs propres positions. Tout comme les
Britanniques et les autres soldats indiens qui luttent ce jour-là pour chaque
pouce de terrain, ils méritent l’hommage grinçant du Maréchal Soult, qui
estimait que “les Anglais sont de mauvais soldats : leurs flancs
tournés, leur centre percé, ils tiennent toujours et refusent de voir qu’ils
sont battus…”
Plus au sud, la 15ème Brigade indienne se compose du 2/9ème
Jat Regiment, des 1 et 5/14ème Punjab Regiment et du 1er
Leicestershire Regiment, appuyés par le Hong-Kong & Singapore Infantry
Regiment. Le 2/9ème Jat Regiment subit une attaque massive de la 5ème
Division japonaise, et les autres bataillons doivent reculer avec lui vers la
Ligne Jurong pour éviter d’être isolés.
Alors que les 6ème et 15ème Brigades battent en retraite,
les quatre bataillons du Hong Kong & Singapore Infantry Regiment doivent
les couvrir en bouchant l’énorme trou qui s’étend du Sungei Karanji à droite au
1er Leicestershire Regiment, en plein repli, à gauche. Jusqu’en fin
de soirée, les Japonais alternent entre infiltrations et attaques en règle,
usant rapidement les défenseurs, qui, à la fin de la journée, ont perdu 2000
hommes sur 4000 – mais les deux brigades ont pu reconstituer leur front.
Cependant, le courage de ces troupes relativement improvisées ne suffirait pas
si, à ce moment, les Japonais pouvaient lancer des troupes fraîches dans la
bataille. Fort heureusement, les attaquants sont déjà fatigués et si les
défenseurs sont très inférieurs en nombre, ils sont relativement frais. Ce
manque de troupes fraîches chez les assaillants est dû aux pertes subies par
les bateaux de débarquement lors de la première phase de l’opération, à
l’encombrement des points d’embarquement japonais en Johore, où les bateaux
reviennent chargés de blessés, aux besoins en ravitaillement et en munitions,
et au fait qu’il faut utiliser une partie des bateaux transportant l’infanterie
pour assembler des embarcations capables de transporter de l’artillerie, des
camions et des chars.
Petit à petit, le commandement britannique réussit à se représenter avec une
certaine précision la situation tactique et à réaliser l’importance de la
bataille qui se déroule dans l’ouest (voir annexe 42-4-2).
Les dommages subis par les lignes téléphoniques et par les quelques routes et
pistes existantes ne font que souligner les insuffisances du système de
communications par rapport à la taille des forces déployées ou disponibles, qui
provoquent des délais dans l’envoi des réserves, que le commandement a pourtant
décidé de mobiliser le 8, vers minuit.
Le 9 avril à minuit, les pertes sont de 1400 hommes sur 5700 pour la 6ème
Brigade (dont 460 sur mille hommes pour le NCVR). Elles atteignent 1000 hommes
sur 3200 pour la 15ème Brigade, et 2000 hommes sur 4000 pour le
HKSIR.
Zone de défense sud-ouest
De 08h00 à 10h00, les bombardiers en piqué de l’Armée japonaise attaquent
les deux petites batteries de canons de 4 pouces défendant la côte sud-ouest de
l’île de Singapour, les plus proches des îles occupées la veille par les
Japonais.
La 13ème Brigade d’Infanterie indienne n’est touchée que par
quelques obus et une attaque aérienne isolée mais très violente. Comme la
situation au nord se détériore, la brigade reçoit l’ordre de se replier,
d’abord pour couvrir le flanc sud de la 11ème D.I. indienne, puis
pour tenir l’extrémité sud de la Ligne du Jurong.
Premier bilan
Après un jour et demi d’une lutte sanglante, les combats s’apaisent quelque
peu, du fait de l’épuisement des hommes et non pour respecter un plan ou un
ordre quelconque. Dans la nuit du 9 au 10 avril, les troupes restent sur leurs
positions. Les gains japonais sont substantiels, bien qu’un peu trop cher payés
– selon certains historiens, le Général Yamashita avait confié volontairement
la mission la plus difficile à la Division de la Garde pour la punir et se
venger des désobéissances répétées de cette grande unité, qui, malgré son nom,
n’était pas une formation d’élite, mais plutôt réservée à des jeunes Japonais
de bonne famille.
Les Gardes contrôlent une tête de pont large de 4000 mètres et profonde de 400
mètres à l’est et de 1500 mètres à l’ouest. La plus grande partie du terrain
conquis est marécageux, notamment autour de l’embouchure du Sungei Pang Suo.
Trois mille mètres à l’ouest de la jetée, cette zone rejoint la partie de l’île
occupée par les 5ème et 18ème Divisions, qui atteint le
Sungei Kranji et s’étend vers le sud, à mi-chemin du village d’Ama Keng et de
l’ancien terrain d’aviation de Tengah, jusqu’au Sungei Berih.
En vingt-huit heures, au prix de
lourdes pertes, les Japonais se sont donc emparés de l’angle nord-ouest de
l’île. Les troupes du Commonwealth ont eu plus de 6000 morts et blessés, mais
ils occupent toujours leurs positions défensives les plus importantes et leurs
forces principales sont intactes.
Côte sud de l’Australie
07h30 – Le I-6 aperçoit, 25 nautiques au large de Warnambool, le HMS Edinburgh Castle (13 329 GRT). Cet ex-paquebot de l’Union Castle Line, lancé en 1910 et converti au début de la guerre en transport militaire, est utilisé depuis le début de la guerre pour des navettes entre l’Afrique du Sud et Melbourne, bien qu’il ne puisse dépasser 10 nœuds. Ce jour-là, il transporte 800 hommes, soldats, marins et aviateurs, avec du matériel militaire. Il est escorté par l’AMC Bulolo et les chalutiers armés sud-africains Mooivlei et Blomvlei. Sur quatre torpilles lancées, une seule le touche, mais elle suffit pour sceller le destin du vieux bâtiment, qui coule assez vite. Les deux chalutiers mènent une chasse enthousiaste sinon efficace, qui a quand même le mérite d’éloigner le I-6 pendant que le Bulolo secourt les survivants, mais 200 hommes sont perdus.
10 avril
En fin de journée, la Conférence Inter-Alliée parvient à un accord. Tous les participants admettent qu’il faut créer un poste de Chef d’Etat-Major Combiné Allié pour mener la guerre contre l’Allemagne. L’Etat-Major Combiné Allié doit être placé sous commandement américain, avec des Chefs d’Etat-Major délégués britannique et français. Le gouvernement américain accepte de son côté la création d’un Etat-Major Combiné Allié en Extrême-Orient, dont la compétence doit s’étendre de l’Inde à l’Australie et aux Iles Salomon, placé sous commandement britannique, avec des délégués hollandais, français et américain. Les Etats-Unis prennent le commandement des opérations dans le reste de la zone Pacifique. Autant que possible, les forces américaines doivent rester sous commandement local américain et ne pas être intégrées dans des groupements alliés.
En retour, le gouvernement américain accepte de soutenir une offensive majeure sur le théâtre méditerranéen « à la fin de l’été ou au début de l’automne », sous commandement français. Par la suite, l’accent doit être mis sur une offensive dans la partie nord de l’Europe, avec un débarquement en France ou en Belgique, à l’automne 1943 ou au printemps 1944.
Par ailleurs, les Alliés « accueillent
avec une très grande satisfaction la participation fraternelle du Brésil et du
Mexique au combat mondial de la liberté contre l’oppression. » Le
Brésil et le Mexique ont en effet déclaré la guerre depuis quelques semaines
aux trois Puissances de l’Axe. L’intégration de leurs forces armées dans les
opérations doit se faire sous commandement américain et la plus grande partie
de leur équipement doit venir de l’industrie américaine. Tous les participants
ont pris bonne note de la volonté officiellement exprimée par le gouvernement
brésilien d’envoyer des troupes sur le théâtre d’opérations méditerranéen, et
du souhait mexicain de participer aux opérations dans le Pacifique, en
particulier dans le cadre de la défense des Philippines.
Liverpool
En début de matinée, le croiseur de bataille HMS Renown et le croiseur
lourd HMS Shropshire quittent Liverpool vers « une destination
inconnue ». Cependant, des équipements tropicaux ayant été embarqués,
les équipages des deux bâtiments identifient rapidement leur destination comme
le Pacifique ou l’Extrême-Orient. Le Shropshire, tout juste rénové à
Chatham, a vu ses huit 4 pouces remplacés par quatre affûts doubles
polyvalents, et il a gagné sept canons de 20 mm AA. Le navire a aussi reçu un
système radar très complet (radars de type 281, 273, 285 et 282).
Berlin
Une très importante réunion sur l’équipement de la Luftwaffe se tient à
Karinhall entre Goering, Milch, Jeschonnek et le directeur du Bureau de la
Production Aéronautique au RLM (le ministère de l’Air). Il est en effet
nécessaire de tirer les leçons des récents affrontements au-dessus de la Mer
Egée et de ce qu’il faut bien appeler la sanglante défaite de l’offensive
aéroportée allemande.
– L’un des principaux handicaps dont nous avons souffert, estime Jeschonnek, est l’absence d’un chasseur à long rayon d’action du genre du bimoteur bipoutre américain utilisé par les Français. Les… difficultés rencontrées par le programme du Zerstörer Me-210 exigent le développement d’un appareil original. Je sais que Herr Messerschmitt nous a promis que le Me-410 serait opérationnel l’an prochain, mais je pense qu’il ne faut pas nous contenter de cette perspective.
– Vous avez raison, grogne Goering. Il est bien dommage que Focke-Wulf ait ferraillé les prototypes et les machines-outils du FW-187 il y a deux ans.
– C’est vrai, s’exclame Milch, mais par bonheur, les bureaux d’étude de Kurt Tank ne sont pas restés inactifs depuis. Herr Tank vient de me proposer de développer un chasseur bimoteur très évolué utilisant des matériaux non stratégiques, en s’inspirant de ce que font les Anglais avec le nouveau bombardier rapide que la RAF vient de mettre en service. Il espère bien faire mieux, évidemment, et si nous pouvons donner à ce projet une priorité assez élevée, Herr Tank nous promet les premières livraisons dès la fin de l’année prochaine.
Considérant le succès obtenu par
Focke-Wulf avec le FW-190, Milch et Jeschonnek sont enthousiastes, et Goering
ne tarde pas à donner son accord à la proposition de Kurt Tank. Néanmoins, pour
s’assurer une solution de repli en cas d’échec de ce projet, Milch et Goering
décident d’autoriser un développement limité d’un projet de Messerschmitt
envisageant “d’accoupler” deux Bf-109F pour en faire un bimoteur à deux
fuselages réunis par une aile centrale. Il est prévu de tester la configuration
aérodynamique originale de cet avion, baptisé Bf-109Z, dans la soufflerie
française de Chalais-Meudon (près de Paris) avant la fin de l’année.
Autre sujet important au programme de la réunion : l’insuffisance des
capacités de transport de la Luftwaffe.
– Il faut reconnaître qu’une bonne partie de l’échec de Theseus a été causée par la trop faible charge utile du Ju-52 et l’inadaptation des planeurs au travail demandé, gémit Goering. Il est vrai que ces gros Me-321 sont de vrais sacs de patates. Pas comme mon vieux Fokker…
Le directeur de la Production Aéronautique interrompt le ReichsMinister avant qu’il ne se lance dans la narration d’un de ses combats de la guerre précédente : « Justement, Herr ReichsMinister, Arado est sur le point de faire voler un nouvel avion de transport tactique très perfectionné, l’Arado-232. Ils l’ont équipé d’un train d’atterrissage révolutionnaire et d’un système de soufflage des volets. Avec ça, l’avion devrait être capable de déposer une charge utile bien supérieure à celle d’un Ju-52 sur des pistes à peine aménagées. »
Réconforté par cette nouvelle, Goering ordonne la production rapide de cet avion, mais il s’intéresse aussi à divers projets de “Gigant motorisé” imaginés par Messerschmitt à partir du Me-321. La production d’un “Gigant” équipé de quatre ou de six moteurs BMW-801 est en effet envisagée. Le prototype du quadrimoteur a déjà volé, et les modèles de production devraient peser 24 tonnes à vide et 42 tonnes à pleine charge. Le “Gigant” hexamoteur, qui est déjà sur la planche à dessin avec une aile légèrement redessinée, devrait atteindre 60 tonnes à pleine charge avec 18,5 tonnes de charge utile.
« Il espère sans doute en utiliser un comme avion personnel, enfin une machine à sa taille ! » songe irrespectueusement Jeschonnek.
Milch a d’autres soucis : « Herr ReichsMinister, ces projets vont exiger un grand nombre de moteurs BMW-801, dont nous avons grand besoin pour le FW-190, le Do-217 et le programme du Ju-188, sans parler du Ju-290 de reconnaissance maritime ! »
C’est à nouveau l’homme de la Production Aéronautique qui propose une solution : les usines aéronautiques françaises ont été pratiquement rasées en juin et juillet 1940, et la production française de moteurs Gnôme et Rhône destinés à la Luftwaffe est actuellement très faible, malgré les efforts du gouvernement Laval. Mieux vaudrait utiliser ces capacités de production limitées pour construire des moteurs BMW complets, ou au moins des pièces pour ces moteurs, ce qui pourrait notablement améliorer les possibilités de production des usines allemandes.
Goering accepte rapidement
l’organisation d’un système de sous-traitance dans lequel des usines françaises
construiraient des blocs cylindres et des pistons à l’intention des usines
allemandes. Milch approuve le principe, tout en avertissant que ce système de
sous-traitance ne pourra être opérationnel avant début 1943. Mais cela
n’empêche pas Goering de demander à la Production Aéronautique d’accélérer le
développement des deux projets de Messerschmitt et d’ordonner à Jeschonnek de
dresser des plans pour réorganiser la force de transport aérien de la Luftwaffe
autour de cinq Gruppen équipés d’Arado-232 et de deux Gruppen équipés de
“Gigant” motorisés, et ce dès le printemps 1943.
Péloponnèse
En dehors de quelques tentatives sporadiques des troupes de montagne allemandes
pour atteindre la route côtière ouest, qui ne leur rapportent que des gains
limités, l’activité au sol est réduite. A Pyrgos, le Génie français s’active
pour établir une piste aérienne permettant à des chasseurs d’opérer plus facilement
en protection de ce que tout le monde appelle maintenant la poche de Pyrgos.
C’est à cette période que se
déroule l’histoire racontée par le film de Denys de La Patellière “Un Taxi
pour Pyrgos” (avec Lino Ventura, Charles Aznavour, Djamel Saïd, Amadou M’ba
et Hardy Krüger), qui restitue bien l’ambiance de l’époque et la mosaïque de
combattants composant les forces françaises engagées dans le Péloponnèse (son
scénario, signé Michel Audiard, a été primé au Festival de Cannes 1960).
Des avions français attaquent Patras et Corinthe. Le premier raid ne rencontre
aucune opposition, mais la chasse allemande est présente en force au-dessus de
Corinthe, où 5 bombardiers et 4 chasseurs alliés sont abattus, en échange de 3
chasseurs allemands.
Nord de la Mer Egée
Sur Limnos, les forces alliées capturent les derniers parachutistes allemands
dispersés dans l’île. Considérant qu’une nouvelle attaque allemande est
improbable avant quelques semaines, l’Amiral Cunningham ordonne au Dido
et au Matabele de se rendre à Alexandrie pour réparations. Le
commandement de l’Escadre de Mer Egée est temporairement transmis au CV Perzo,
qui a sous ses ordres les CT MN Le Fantasque (amiral), L’Indomptable,
Le Terrible, les DD MN Guepard, HMS Partridge, Maori
et Somali, ainsi que le mouilleur de mines rapides HMS Welshman
(surtout utilisé pour de rapides opérations de ravitaillement entre Rhodes et
Limnos) et des forces légères qui patrouillent aux environs de Limnos.
Celles-ci comprennent les torpilleurs MN L’Incomprise, La Poursuivante,
Branlebas, avec 8 MGB et 12 MTB, dont les équipages sont britanniques,
français, grecs et yougoslaves.
Durant l’opération de ravitaillement de la nuit, le mini-sous-marin italien CB-3
coule un caboteur grec devant Mudros. Cela n’empêche pas les LCT français de
débarquer un escadron de chars légers composé de 4 M3F et 6 Valentine-III.
Alexandrie
Les DD yougoslaves Ljubljana et Zagreb reviennent après des
travaux de rééquipement à Greenock. Sur les deux navires, des 120 mm modèle
Royal Navy ont été mis en place en position A, B et X, un 4 pouces anti-aérien
occupant la position Y.
Singapour
D’après le compte-rendu des opérations fait par l’état-major de la Région de Malaisie.
Est du secteur de la Jetée – Le Commonwealth contre-attaque.
A 03h00, les Britanniques donnent aux Japonais un petit goût de ce qu’était la guerre en France vingt-cinq ans plus tôt. Sur un front de 2000 mètres, 2500 hommes attaquent, mais pas avant une soigneuse préparation d’artillerie, confiée à plus de 250 canons. En une heure, ces derniers pulvérisent le 5ème Régiment de la Garde avec 400 tonnes d’obus, et expédient 200 tonnes de métal et d’explosifs sur les positions du reste de la Division de la Garde, à l’ouest, ce “tir de suppression” faisant de gros dégâts et étouffant toute velléité de secourir le régiment attaqué. Les artilleurs britanniques donnent ainsi aux Japonais une leçon qu’eux-mêmes ont durement apprise en 1916, sur la Somme, où leur barrage d’artillerie avait été long et intense, comme celui des Japonais les jours précédents, mais, comme lui, avait été trop peu concentré et composé d’obus de trop petits calibres. Les tirs britanniques de la nuit du 9 au 10, au contraire, sont concentrés et de gros calibres, comme en 1918 et, comme à cette époque, l’effet est dévastateur.
Le branle est donné par les trois 15 pouces de la Batterie de Johore, à Changi, avec des obus explosifs « courtesy of HMS Ramillies », selon le mot du commandant de la batterie. Aussitôt, la quasi-totalité des canons britanniques à portée de tir ouvrent le feu. La plupart matraquent la Division de la Garde, mais les 15 pouces et les 9,2 pouces ciblent les principaux réservoirs de carburant de la RAF enterrés près de Woodville dans le secteur de la Jetée, d’où le carburant s’échappe et s’écoule en ruisseaux de feu vers les rivières qui se jettent dans le Détroit de Johore, sous les pieds des Japonais. D’autres canons engagent les batteries de l’île de Pulau Ubin ou du Sud-Johore, pendant que l’artillerie de la 11ème Division s’en prend aux positions des 5ème et 18ème Divisions japonaises. En un instant, il semble que toute l’île s’illumine d’éclairs de départ, mais aussi de fusées de signalisation, d’obus éclairants, et en général de tout ce qui peut déguiser la véritable localisation des batteries. Du coup, la riposte de l’artillerie japonaise, quoique massive, est imprécise. Puis, au bout d’une heure, aussi vite qu’il avait commencé, le feu général s’arrête et les canons anglais reviennent à leur programme de tir habituel, prenant cette fois pour cible avec une précision redoutable les batteries japonaises qui ont désespérément tenté de soutenir leurs troupes.
Après 15 minutes de barrage “ouragan” et 25 minutes de barrage roulant, l’infanterie reprend sans difficulté tout le terrain non marécageux à l’est du Sungei Mandai Kechil, sur 550 mètres de profondeur. La première vague se compose des 1er et 2ème Bataillons du Régiment des Volontaires de Chine du Sud, soit 1500 hommes soutenus par 16 chars Valentine. Les Chinois avancent sans se soucier de nettoyer les poches de résistance, laissant ce travail aux mains expertes des Gurkhas de la deuxième vague, 1000 hommes des 2/1er et 2/9ème Gurkha Rifles, qui vérifient chaque trou d’obus.
Les Japonais encore vivants et en état de se battre sont incapables d’opposer une résistance efficace. Battre en retraite est presque aussi impossible : derrière eux, il n’y a que les mille mètres d’eau du Détroit de Johore ou le Sungei Mandai Kechil, qui semble charrier plus de pétrole en flammes que d’eau et dont les seuls gués sont couverts par les mitrailleuses et les mortiers britanniques, postés sur les collines alentour. L’obscurité n’est pas une protection, à cause d’une pluie d’obus éclairants et de nombreux projecteurs de DCA ou de phares de camions démontés, tandis que la fumée des incendies est repoussée vers Johore par le vent, masquant les canons japonais de l’autre côté du détroit. Et trois jours de bombardements variés ont réduit à néant la couverture de végétation.
Cependant, les pertes du Commonwealth ne sont pas nulles : environ 500 hommes en une heure sur le front nord. Les pertes japonaises dans ce secteur dépassent 3000 hommes, presque tous tués. « Les Chinois et les Gurkhas prenaient leur travail très au sérieux, racontera un des officiers britanniques attachés à ces unités. Ils avaient tous d’excellentes raisons de penser qu’un bon Japonais était un Japonais mort, la principale étant qu’ils savaient pertinemment que l’ennemi, lui, ne se soucierait pas de faire des prisonniers asiatiques. Nous avons dû intervenir pour que quelques Japonais soient épargnés à des fins de renseignements et de propagande. » La forte proportion de morts parmi les Japonais s’explique aussi parce que ceux qui devraient se rendre, leur résistance étant sans espoir, se suicident ou tentent de se faire tuer en se lançant dans des charges absurdes aux yeux des Occidentaux.
Les Britanniques qui surveillent le trafic radio constatent que les Japonais perdent toute discipline radio, ne respectent plus les procédures et multiplient les appels en clair. De nombreux centres de communications ont en effet été atteints, les opérateurs tués ou blessés, les machines à coder endommagées…
Au lever du jour, le 5ème Régiment de la Garde Impériale n’existe plus. Au total, les forces de la Division de la Garde sont réduites de 50%, son bataillon blindé de reconnaissance est anéanti et toute son artillerie divisionnaire est hors de combat. Cependant, les Britanniques décident de ne pas attaquer à l’ouest du Sungei Mandai Kechil, où le terrain marécageux réduit l’effet des tirs d’artillerie et pourrait ralentir les attaquants et faciliter la tâche des défenseurs.
« Les Japonais n’avaient jamais subi pareille expérience. Ils étaient assommés. Cette approche scientifique et mécanique de la guerre, apprise au prix de millions de morts dans les tranchées de 14-18, était tout simplement étrangère à leur concept de l’esprit guerrier triomphant toujours d’adversaires moralement inférieurs. » (Pascal N’Guyen-Minh, Guerre et Paix en Asie du Sud-Est).
Toute la journée du 10, l’artillerie japonaise dépensera des milliers d’obus pour bombarder les anciennes positions de la Garde, espérant ainsi punir les Britanniques de leur offensive, mais à l’aveuglette et le plus souvent en pure perte.
Ouest du secteur de la Jetée – Les Japonais insistent.
Dans la matinée, un régiment d’une nouvelle division et les derniers éléments de la Division de la Garde débarquent à Kranji, à l’ouest de la Jetée. Au partir de cette plage, les Gardes débarqués la veille poursuivent leur poussée vers le sud, à l’ouest de la voie ferrée, le long de la route Woodlands - Bukit Timah. Ils respectent ainsi à la lettre les ordres reçus deux jours plus tôt, malgré la victoire britannique de la nuit précédente.
Dans cette zone, les Royal Engineers ont littéralement ravagé le terrain en utilisant des chars Matilda II. Ces engins, la tourelle endommagée, sont hors de combat, mais ils ont pu traîner de lourdes chaînes d’ancre de marine, arrachant toute la végétation, qui a été ensuite arrosée de pétrole et brûlée. Des charges explosives ont encore augmenté le chaos et agrandi la zone envahie par l’eau.
Pourtant, sur ce terrain affreux, le 3ème Régiment de la Garde avance de 500 mètres, repoussant les Gordon Highlanders et les Sikhs.
A sa gauche, le 4ème Régiment attaque vers l’est pour accrocher les Britanniques et cacher la faiblesse des forces japonaises dans ce secteur. Il occupe quelques collines, qu’il reperd aussitôt face à de puissantes contre-attaques.
A droite du 3ème Régiment, les renforts débarqués le matin attaquent avec quatre bataillons à l’est du Sungei Krangji. Ces unités avancent de 800 mètres sur un front de 800 mètres de large, grâce à un soutien aérien et à un appui d’artillerie constant.
Cependant, l’offensive est finalement bloquée par des contre-attaques locales des unités du Commonwealth, qui ont l’avantage du nombre.
Secteur Ouest – La 11ème Division se replie.
Durant la nuit, la 11ème Division indienne s’efforce de reculer lentement vers la ligne Jurong, sous les coups répétés des forces japonaises.
Au nord, à 02h00, couverts par l’artillerie de la division, les 1er, 2ème et 3ème bataillons du Hong-Kong & Singapore Infantry Regt (HKSIR) décrochent vers le village d’Ama Keng, par des sentiers forestiers dont les arbres ont été marqués au chiffre de chaque bataillon. Mais de petits groupes de Japonais se sont infiltrés avant le déclenchement du barrage et font de certains sentiers des pièges meurtriers. Finalement, le HKSIR parvient à rejoindre son 4ème bataillon et à se replier derrière les unités de la 6ème Brigade, qui a elle-même décroché la veille et s’est disposée en arc de cercle pour couvrir Tengah Air Base. Le 1/8ème Punjab Regt est installé en avant de la ligne principale, à un carrefour routier. Au nord, les 2 et 3/16ème Punjab Regt appuient leur droite sur le cours du Sungei Tengah, tenu par la 4ème Cie de la Dalforce. Au sud, le 2ème East Surrey Regt, renforcé par douze chars Cruisers A9 enterrés, appuie sa gauche sur le Sungei Berih et sur une crête tenue par une partie du 6ème (MG) bataillon des Argyll & Sutherland Highlanders. Plus loin, le 1er Leicestershire Regt et le reste du 6ème Argyll & Sutherland Highlanders défendent la zone de Choa Chu Kang, couverte au sud par le 2ème King’s Own Yorkshire Light Infantry.
Secteur Ouest – Bataille de Tengah Air Base.
En début de matinée, la 5ème Division japonaise lance un violent assaut vers l’aérodrome de Tengah, et se heurte à la résistance du 1/8ème Punjab Regt. Alors que celui-ci est menacé d’encerclement, les pelotons de chenillettes de la brigade et le North China Volunteers Regt contre-attaquent, brisent la branche sud de la pince japonaise et permettent aux Punjabis de se replier.
Les Japonais récidivent à 13h00, sur un front de 2500 mètres, avec un appui d’artillerie, d’aviation et de blindés. De nombreux chars sont détruits par les 2 livres antichars et les mitrailleuses font de nombreuses victimes dans l’infanterie, mais le nombre et l’acharnement des Japonais finissent par produire leurs effets et au bout de trente minutes, la ligne de la 6ème Brigade est percée en plusieurs points. A 14h00, les défenseurs, débordés, doivent se replier, sous un barrage d’artillerie précis.
A 14h15, le commandement japonais lance une attaque surprise mûrement préparée : douze chars traversent le barrage d’artillerie de couverture, entourés par une bonne vingtaine de Bren carriers capturés, dont les équipages ont coiffé des casques britanniques typiques. Quelques chenillettes sont détruites par le barrage, mais la plupart des véhicules passent et tombent sur le HKSI Regt, repoussant le 4ème bataillon et jetant le désordre et l’inquiétude dans les trois autres. La colonne fonce alors à travers les pistes de la base aérienne de Tengah, qu’elle traverse du nord-ouest au sud-est, y semant la panique et désorganisant les opérations de repli des unités de soutien de la 6ème Brigade. Réalisant que l’infanterie n’a pas suivi, le chef de la colonne choisit la fuite en avant et traverse le Sungei Tengah, détruisant une vingtaine de camions et dispersant une équipe des Royal Engineers qui préparait la destruction du pont. Chars et chenillettes font alors irruption dans le village de Bulim, où ils plongent dans le chaos pour plusieurs heures le QG avancé de la 11ème Division. Reprenant sa course vers l’est, la colonne traverse le Sungei Pen Siang et arrive au village de Keat Hong, où elle démolit les camions de munitions d’une batterie d’artillerie de campagne. Puis, approchant du village de Bukit Panjang, où Choa Chu Kang Road rejoint Woodlands Road, les dix chars et la douzaine de Bren carriers survivants aperçoivent à 15h15 un train immobilisé, en cours de chargement, sur la voie ferrée qui traverse le village. Ils ouvrent le feu avec un bel élan sur le train… qui contient cinquante tonnes de munitions en cours d’évacuation de l’entrepôt de munitions de Kranji. Une explosion gigantesque balaye le village, anéantit la colonne japonaise, et écrase sous les débris deux ou trois cents hommes des troupes du Commonwealth qui travaillaient autour du train.
Pendant ce temps, la DCA de l’aérodrome forme une ligne de défense à la lisière est du terrain, ligne renforcée par de vieux chars Mk I et par le renfort de quelques-unes des compagnies qui battent en retraite à travers le terrain. Le 1/8ème Punjab Regt, qui s’était replié dans le secteur après les combats de la matinée, se joint à cette force improvisée, avec un peu d’artillerie de campagne. Pendant plus d’une heure, ces troupes bloquent l’élan des Japonais qui poursuivent la 6ème Brigade en retraite, en mettant à profit le parfait champ de tir que représentent les pistes.
Secteur Ouest – Bataille des Fermes Malaises (Malayan Farms).
Toute la journée, la 18ème Division japonaise attaque l’aile sud de la 6ème Brigade. En fin d’après-midi, malgré la résistance obstinée du 2ème East Surrey Regt, qui protège la retraite du gros de la 11ème Division indienne, les Japonais finissent par s’emparer des Fermes Malaises.
Secteur Sud-Ouest – Tentative de débordement par Choa Chu Kang.
Un peu plus au sud, un nouveau régiment japonais débarque en fin de nuit sur la rive gauche du Sungei Berih. Ne rencontrant d’abord aucune résistance, il progresse rapidement vers l’est et engage dans la matinée les arrières-gardes britanniques près du village de Choa Chu Kang, alors qu’il tente de déborder la 11ème Division indienne. Le régiment se heurte d’abord à une compagnie de volontaires embusquée dans un défilé au sud de la colline 155, qui réussit à le tenir en respect. Les Japonais se lancent alors dans un double débordement classique.
Leur aile droite rencontre la compagnie “D” du 2ème King’s Own Yorkshire Light Infantry (2ème KOYLI), retranchée sur les hauteurs qui dominent le cimetière hindou. La colonne japonaise élargit alors son mouvement pour trouver le flanc gauche britannique et traverse les eaux boueuses du Sungei Tho Peh Kang, où la compagnie de tête se fait hacher par les tirs du reste du 2ème KOYLI et de ses blindés d’appui. La colonne se rabat alors vers le centre, malgré les tirs de flanc du 2ème KOYLI, repousse la compagnie “D” et entre dans le village de Choa Chu Kang avant d’être arrêté dans le cimetière chinois par la résistance acharnée de la compagnie de QG du 1er Leicestershire Regt.
Pendant ce temps, la colonne de gauche suit le cours du Sungei Poyan. En approchant de la Malayan Brick Works, les Japonais se retrouvent sous la paroi de la carrière alimentant l’usine et doivent progresser sur un front très étroit, entre la rivière et le bord de la carrière. Ils sont alors bien en vue d’un observateur d’artillerie posté sur la colline 155, qui dirige le tir d’une batterie sur la colonne. S’abritant au pied de la paroi, les Japonais voient un petit détachement de volontaires les arroser de grenades. Ils montent alors à l’assaut de la colline, d’où les défenseurs s’enfuient vers Choa Chu Kang.
Pendant ce temps, un détachement d’artillerie japonais s’est installé sur la colline 182, un peu plus à l’ouest, d’où il tient toute la zone sous son feu.
La compagnie de volontaires décroche alors et se disperse pour passer à travers les mailles du filet, mais la moitié des hommes seulement peuvent rejoindre les forces britanniques – le destin des autres est inconnu, mais comme il s’agissait de Chinois, il est fort probable que les Japonais n’ont pas fait de quartier. Après une contre-attaque par la compagnie “B” et le peloton de chenillettes, soutenus par quelques blindés, le 2ème KOYLI se replie et abandonne Choa Chu Kang. Cependant, la tentative de débordement de l’aile gauche de la 11ème Division a été mise en échec, et le régiment japonais a subi de lourdes pertes.
Ligne Jurong – Les Britanniques se préparent à la défense.
Finalement, après toute une journée de durs combats, le gros de la 11ème Division réussit à se retirer à l’abri de la ligne Jurong Line.
Du nord au sud, le Commonwealth déploie la 2ème Division de Malaisie (7ème et 8ème Brigades de Malaisie, rapidement reconstituées) derrière le Sungei Tengah, pour protéger le flanc nord de la ligne. Puis, les 214ème et 227ème Brigades (ou Brigade-Groups) britanniques au centre, sous le commandement opérationnel de la 11ème Division indienne, dont la 13ème Brigade indienne tient le sud de la ligne, à l’est du Sungei Jurong. Cette brigade est elle-même appuyée sur son flanc sud, près de la mer, par la 2ème Brigade de Malaisie.
Très atteinte par les premiers combats, la 6ème Brigade indienne est retirée pour reposer les hommes et réorganiser les unités.
Moins touchée, la 15ème Brigade indienne a l’ordre de se préparer à remonter en ligne à partir du 11 avril. Elle doit occuper le flanc droit de la 1ère Brigade de Malaisie, derrière le Sungei Pandan, pour garder les approches ouest de la ville de Singapour. La Brigade a donc vingt-quatre heures pour se refaire une santé. Elles seront bien employées (voir annexe 42-4-1).
Pengerang – Les Japonais attaquent la dernière parcelle de Malaisie
britannique
Des troupes japonaises (infanterie de la Marine, infanterie de l’Armée, sapeurs…), représentant un bataillon renforcé, débarquent à l’est de la pointe sud de Johore. Il s’agit de la dernière parcelle de Malaisie tenue par les Alliés, qui s’y accrochent en raison de la présence d’une batterie permanente de deux 6 pouces, qui couvre l’est du Détroit de Johore, face à l'île de Pulau Tekong (où se trouve une batterie de 9,2 pouces). Elles avancent à travers les plantations d’hévéas vers le Bukit Pengerang, une colline de 200 mètres qui domine la batterie, et se heurtent à la 1ère Compagnie des volontaires chinois de la Dalforce.
Le gouvernement sud-africain accepte de prêter pendant six mois au gouvernement australien les chalutiers armés Mooivlei et Blomvlei pour des missions d’escorte sur la côte d’Australie.
Sous la protection des DD Motsizuki, Mutsuki et Yayoi, des troupes japonaises sont débarquées à Bougainville. Une hydrobase est rapidement installée et les travaux d’agrandissement de la petite piste d’aviation commencent.
[1] Mécontent des concessions faites aux Américains, De Gaulle mettra tout son poids dans la balance pour obtenir que les scientifiques français (et anglais) soient traités sur un pied d’égalité avec leurs collègues américains. L’avocat de la Bombe française va montrer, dans ce domaine comme dans d’autres, une constance touchant à l’obstination pour obtenir le respect du rang que le France doit, selon lui, tenir.